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BEL : 2,80 € - CH : 5,50 FS - CAN : 8 $C – A : 3,60 € - D : 3,60 € - ESP : 3,20 € – GR : 3,20 € - ITA : 3,20 € – LUX : 2,80 € – NL : 3,30 € - PORT.CONT. : 3,20 € –DOM : Avion : 4 € – Maroc : 30 DH – Tunisie : 4 200 TDU - Zone CFA Avion : 3 000 CFA - Zone CFP Avion : 950 CFP. photos : abaca - r. dumas/vu - kcs - yves bottalico pour vsd

le nouveau

2,40e N° 1653 - Du 29 avril au 5 mai 2009

vsd.fr

le premier hebdo d’information du week-end

bashung

raconté par sa femme

exclusif : chloé mons se confie

tout en images

les premières photos du film choc de yann arthus-bertrand

denisot

mis en boîte

par sa bande du « grand journal »

reportage

l’impossible retour au pays des sans-papiers

de charlotte de monaco à la jet-set

La fille de Mick Jagger lors d’un défilé

cette jeunesse doree qui ne connait pas la crise


BUZZLES INDISCRETS DE VSD PaGES COORDON N É E S PA R OLIVIA ELKAIM

arbre-pylône Il abrite à Uzès (Gard) une antenne-relais de Bouygues Telecom.

TEXTOS ➤ Diamants sur

Internet

Le premier joaillier en ligne, adamence.com, organise du 1er au 3 mai une vente inédite de diamants de couleur de plus de 2 carats. ➤ Carrefour,

c’est chic

Carrefour a lancé des travaux dans son hypermarché de la porte d’Auteuil, dans l’ouest parisien, pour en faire son navire amiral, avec une décoration et un aménagement haut de gamme adaptés à sa clientèle du 16e. ➤ Fête au Bristol

Les trois grands de la téléphonie posent des antennes-relais sans le signaler. Un technicien témoigne.

A

lors même qu’opérateurs, gouvernement et associations sont en train de plancher sur l’éventuelle nocivité des antennes-relais au sein du Grenelle des Ondes, on sait moins que les opérateurs posent, en catimini, des antennes, en particulier à Paris. Officiellement, environ 1 200 stations de base macrocellulaires (posées sur les toits) et 950 microcellulaires, moins puissantes (posées en façade), ont été implantées dans la capitale. « J’en ai aussi disposé à Paris dans des enseignes de commerçants », confie un installateur, travaillant pour

l’un des prestataires d’Alcatel, entreprise qui fournit le matériel pour les opérateurs. « Le principe est simple, poursuit-il. Invisible, l’antenne est installée par exemple dans l’enseigne d’un fleuriste. Il suffit juste de la relier à un amplificateur que l’on fixe dans le magasin. » Une bonne affaire pour le commerçant, qui se voit rémunérer entre 4 000 et 8 000 euros par an. Il doit, en contrepartie, s’engager à ne pas révéler l’existence de cette antenne « clandestine ». Cette pratique concernerait les trois opérateurs (Bouygues, SFR, Orange). Antoine Dreyfus 

20,94 s

C’est le temps de Fré­dérick Bousquet sur 50 m nage libre aux Championnats de France. Il est le premier à passer sous les 21 secondes. Mais sa combinaison fait polémique.

QUI EST DERRIÈRE… Dominique Sopo, président de SOS racisme ? Né d’une mère française et d’un père togolais, cet ex-militant de l’Unef-ID préside SOS Racisme depuis le départ de Malek Boutih, en juin 2003. Il enseigne également les sciences économiques et sociales depuis septembre dans deux lycées. Ève Ysern Hermann Ebongue

Il fait « partie des murs », selon Sopo. Il était là avant lui et s’est occupé de la constitution des comités de province de l’association, qu’il dirige aujourd’hui.

Cindy Leoni 

Cette ex-militante de la Fédération indé­ pendante et démocratique lycéenne (FIDL), est responsable du pôle éducation et secrétaire générale de SOS Racisme.



Philippe Val

Le directeur de la publication de Charlie Hebdo a notamment lutté, avec Sopo, contre l’amendement proposé par Thierry Mariani sur les tests d’ADN pour le regroupement familial.

Gaëlle Tainmont

Elle dirige le pôle asile et immigration. Elle a rencontré Sopo pendant la crise de Cachan. En réaction à la politique de Nicolas Sarkozy, elle a rejoint l’association l’an dernier.

Guillaume Ayné

Directeur général de SOS Racisme, il est le plus proche collaborateur du président. Il a adhéré lors d’une campagne contre la politique migra­ toire. Rapidement, on lui a proposé ce poste.

VSD n° 1653 du 29 avril au 5 mai 2009

photos : Maxppp - iba - k. Meguedad - visual - nicky - dppi - sucré-salé - d. R.

Le marché des antennes « clandestines »

Éric Fréchon, le chef du Bristol (Paris 8e), trois étoiles au Michelin et proche de Sarkozy, a réalisé son rêve le 27 avril en invitant à cuisiner dans son repaire Michel Guérard, fondateur de la nouvelle cuisine dans les années soixante-dix, et Pierre Troisgros, patron de la célèbre maison de Roanne.


Époque PLUS D’infoS SUR vsd.fr

Sur scène pour la paix

Noa et Mira Awad : un duo pour l’Eurovision qui indigne des artistes en Israël. C’est une première. Les chanteuses israéliennes Noa, juive (à dr.), et Mira Awad, arabe, représenteront leur pays à l’Eurovision, le 16 mai. Noa, engagée pour la paix, a voulu ce duo au début de la guerre contre Gaza, en décembre. Ironie du sort : d’ori­gine yéménite, elle est souvent prise pour une arabe et Mira, au teint et aux yeux clairs, pour une juive askhénaze.  Daphné Mathieu

expulsée de Cuba

une française de 22 ans, qui réalisait un mémoire pour l’Institut d’études politiques, a été arrêtée à la Havane.

S

uivie pendant plusieurs semaines dans La Havane, la capitale, Angélique Ruet, 22 ans, a été convoquée puis expulsée vers la France en moins de vingtquatre heures, sans même que l’ambassade soit prévenue. Le crime de cette étudiante de Sciences-Po présente sur l’île depuis deux mois et demi ? Un mémoire sur la dissidence cubaine. Aujourd’hui, Angélique, dont l’ordinateur a été fouillé et endommagé par la police castriste, craint de ne plus avoir accès à ses travaux. Plus grave, elle tremble pour sa logeuse, qui risque une amende de 1 000 dollars (755 e, plus de quatre ans de salaire) et la supression de sa licence pour ne pas l’avoir dénoncée à la police.  Antoine de Tournemire

“J’ai vu les policiers de la sécurité d’État au coin de la rue… Cinq minutes après, ils perquisitionnaient”  Angélique Ruet

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INSOLITES ➤ Un « Loft Story »

BAROMÈTRE En hausse

pour cochons

En Autriche, pour promouvoir le lard, un site Internet (pigbrother.at) propose un « Loft Story » porcin. Chaque semaine le public élit un « supercochon » sur ses capacités à engraisser. À l’issue du jeu, un internaute ayant misé sur le champion remportera un lot de charcuterie. Fabriqué avec l’animal gagnant ?

Alain Némarq Le P-DG de Mauboussin, joaillier place Vendôme, vient d’être fait chevalier de la Légion d’honneur par la ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi.

➤ « Un long fleuve

tranquille » russe

Une maternité russe va devoir verser 150 000 roubles (env. 3 400 €) à deux familles pour avoir échangé, en 2007, deux nouveau-nés, un Russe et un Tchétchène. Après des tests d’ADN et une décision de justice, chaque enfant, à 18 mois, a réintégré sa famille.

ZINÉDINE ZIDANE Le 12 mai, l’ex n° 10 des Bleus rechaussera les crampons lors d’un match en faveur du don du sang organisé contre le FC Istres, à Fos-sur-Mer (13).

➤ Le lait maternel,

une œuvre d’art

Dans une galerie londonienne, un artiste mexicain propose du fromage fabriqué avec du lait maternel. Pour interroger notre « première rencontre avec les aliments ». Ledit fromage est servi avec des biscottes. Les blasés du chabichou ou de l’époisses n’ont plus qu’à sauter dans l’Eurostar.

Sophie Davant Le livre de la présentatrice, Au-delà… Grandir après la perte (Lafon), est cinquième des ven­ tes, quinze jours après sa sortie. Elle y traite du décès de sa mère.

En BAISSE

AXEL MILLER En septembre, il renon­ çait à 3,7 M€ pour son départ. Mais l’ex-administrateur délégué de Dexia, le bancassureur renfloué par l’État, au­ rait touché 825 000 €.

Julien Doré Interviewé par la radio Hit & Sport, le chan­ teur a raccroché lorsque les animateurs ont évoqué sa relation avec la comédienne Louise Bourgoin.

Philippe de Villiers Le président du MPF décroche le pompon du plus mauvais eurodéputé français, quant à l’assiduité : 910e position sur 921, selon parlorama.eu.

l’affaire de La saucisse corse

Des savants de Marseille mettent en cause les figatelli corses. Tollé.

D

eux chercheurs marseillais qui recommandent de manger le figatellu cuit, la saucisse traditionnelle corse à base de foie de porc, à cause des risques de transmission de l’hépatite E, ont provoqué une belle pagaille sur l’île de Beauté. En toute discrétion, les autorités sanitaires multiplient les contrôles chez les bouchers et les éleveurs de porcs. Et les mouvements nationalistes ouvrent leurs forums aux internautes corses, ulcérés que l’on touche à A. D. leur monument gastronomique. 




BUZZLES INDISCRETS DE VSD Pa GES COORDONNÉES PAR le service médias

LE CHIFFRE

Monsieur parrainage 2,9 millions Privée de publicité après 20 heures,

France 2 continue de faire son miel grâce à Hervé Labeille.

L

e M. parrainage télé, c’est lui. Depuis le 5 janvier, date de la fin de la réclame après 20 heures sur le service public, l’activité d’Hervé Labeille est en plein boom. Début 2009, les téléspectateurs de France 2 ont pu voir, entre 20 h 30 et 20 h 35, une pastille intitulée « Partir » avec Jet Tours. L’opération a généré plus de 1  million d’euros de recettes pour la chaîne. C’est aussi à lui que France 2 doit la séquence « Ma plus belle émotion de tournage », avec Franck Provost, actuellement en diffusion après le JT de 20 heures. Pour un annonceur, cette façon de communiquer coûte de 25 à 50 % moins cher qu’une campagne classique. « Le ticket d’entrée, à partir de 150 000 euros, est beaucoup plus abordable qu’une vague de spots », note Labeille, qui sait qu’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Philippe Lebariller 

Valérie Benaïm enchaîne Animatrice sur 13ème Rue, elle sera aussi sur Direct 8.

S

on magazine « L’Instant T » à peine installé sur 13ème Rue, Valérie Benaïm travaille déjà sur un prime time consacré aux ­superstitions. La diffusion est prévue pour juin, mais sur ­Direct 8. Quant à l’adaptation pour la télé de son livre ­Carla et Nicolas, la véritable histoire, coécrit avec Yves ­Azéroual, elle est toujours en cours. Le scénario est terminé, le casting débute bientôt. P. L.

LA QUESTION QUI FÂCHE À Alexandre Devoise

Animateur sur la TNT, ne souffrez-vous pas de votre manque de visibilité ?

Je ne ferais pas une émission que je ne cautionne pas, sous prétexte qu’elle est à 20 h 45 sur TF1. J’ignore si c’est payant, mais je suis en accord avec moi-même.

de téléspectatrices (âgées de 15 à 49 ans, source Mé­ diamétrie) ont regardé, en moyenne, les trois premiers grands prix de F1, sur TF1, soit 26 % de parts de mar­ ché. Étonnant ? Pas vraiment. En 2008, elles ont été trois millions de fans, soit 21 % de parts de marché, à suivre la saison. Avec un pic à 32 % de PDM lors du Grand Prix du Japon diffusé à… 6 h 30 !

VU & ENTENDU ➤ Biétry en vue

Charles Biétry, parfois accompagné du réali­ sateur et producteur ­Jérôme Revon, se mon­ tre très présent à la ­rédaction de L’Équipe TV, ces derniers jours. ­Depuis son départ de France Télévisions, en 2004, il s’était fait discret. On lui prête un rôle de consultant. Seulement ? À suivre. ➤ « sept à huit » ouvert l’été

Pas de vacances pour l’équipe du magazine d’infos dominical de TF1 qui, pour la pre­ mière fois, continue en juillet et août. Harry Roselmack assu­rera à la fois l’intérim de Lau­ rence Ferrari au JT ­pendant son break esti­ val, et la permanence de « Sept à huit », le ­dimanche à 18 h 40. ➤ Anaïs sur les rails

Un trio pour le JT de nrj 12

le concept  : Douze infos, neuf minutes et trois présentateurs.

V

oilà deux mois que le pôle télé de NRJ peaufine le concept de son JT. Le 4 mai, à 19 h 40, debout face à la caméra, ­David Jacquot lancera le premier titre. Il officiera en alternance avec Patrice Boisfer et Chakib Lahssaini. Au menu : douze ­ infos traitées en neuf minutes. Ils ont jusqu’au 30 juin pour convaincre. Si la formule ne rassemble pas au moins cent S. M. mille téléspectateurs, l’expérience s’arrêtera là.

14

Le 27 avril, les passagers des voitures iDTGV du Paris-Lyon de 11 h 50 ont eu la surprise de ­découvrir, au bar, la chanteuse Anaïs en plein récital, seule avec sa ­guitare mais entourée d’une équipe de télé. Ce concert impromptu sera diffusé le 3  juin sur M6 Music Hits dans l’émission « Miss Vip ».

Vsd n° 1653 du 29 avril au 5 mai 2009

photos : jean-brice lemal/w9 – christophe abramowitz/radio france – jean-marc surea/tf1 – D. R.

TÉLÉ


MÉDIAS PLUS D’infoS SUR vsd.fr

3 Questions à Christine Ockrent Directrice générale de France 24

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Depuis le 27 avril, la chaîne en langue arabe de France 24 est passée de quatre à dix heures de programmes quotidiens. Objectif ?

France 24 a été la première chaîne internationale occidentale à parler arabe. Notre cible privilégiée est bien sûr le Proche-Orient. Face à la concurrence comme CNN, la BBC, Al Jazira, il faut une chaîne qui exprime, en arabe, langue prioritaire pour nous, nos valeurs, notre regard français sur l’actualité.

2Pas de sujet tabou ?

Ce n’est pas une chaîne arabe de plus. Le débat sur la place des femmes, l’éducation des filles ou les questions de mœurs y a sa place.

ternationale de la liberté de la presse, elle devrait recevoir ­Florence Aubenas, puis le secrétaire général de Reporters sans ­frontières, Jean-François Juillard.

RADIO E Demorand part en campagne

Après son départ le 30 avril ­ d’i-Télé, Nicolas Demorand va pouvoir se consacrer pleinement à la matinale de France Inter et à l’Europe, qu’il va parcourir, avec son équipe, jusqu’à l’échéance des élections européennes, le 7 juin. Destination Berlin, le 8 mai, après un crochet par le Festival de Cannes. Puis Varsovie, le 22 mai, pour y évoquer la crise économique, et le 29, il sera question de jeunesse à Barcelone.

E Mouv’ : l’actu avec Aïda Touihri

La présentatrice de « 66 minutes », sur M6, anime aussi, depuis le 8

WEB

E Les artistes se laissent tenter

mars, « Mouv’ l’actu » (sur Le Mouv’, évidemment), chaque ­dimanche. De 20 heures à 22 heures, Aïda Touihri (photo) reçoit à tour de rôle, en face à face, deux invités pour commenter l’actualité, sur un ton à la fois jeune et ­sérieux. Le 3  mai, pour célébrer la Journée in-

services gagnants en ligne

de l’argent de poche aux internautes, en échange de petites tâches trop complexes pour un ordinateur.

3Qui la regarde ?

France 24 est accessible à tous sur le satellite et l’ADSL. Nous sommes parmi les chaînes leaders au Maghreb et en Afrique. Les décideurs nous regardent beaucoup mais pas seulement. J’étais récemment sur un marché d’Abidjan et une dame m’a dit : « Pourquoi on ne voit plus ­votre chronique, madame France 24 ? »  Recueilli par Sandrine Mouchet

Émission de radio la plus écoutée entre 9 heures et 9 h 30 (2,1 millions d’auditeurs), « Laissez-vous tenter », animée par Vincent ­Parizot sur RTL, attire du coup les ­artistes, qui s’y pressent. Ainsi, le 28 avril, Johnny, Laeticia et David Hallyday en étaient les invités ­exceptionnels. Le 30 avril, au tour de deux phénomènes de librairie de s’y croiser, Guillaume Musso, l’invité du jour, et Douglas Kennedy, venu enregistrer une interview qui sera diffusée le 4 mai.

mturk.com

A

rrondir ses fins de mois en ­effectuant des petits travaux ­rémunérés : c’est le principe du site Mechanical Turk lancé par Amazon. On propose aux internautes des ­tâches Web simples mais difficiles à confier à une machine, comme vérifier l’adresse

postale d’une entreprise ou identifier des rues pour le guide Street Advisor. Si les rémunérations offertes sont dans l’ensemble très ­faibles (de 1 cent à 8 $), ­elles pourraient, dans certains pays pauvres, constituer une source de revenus appréciable. Le nom choisi par Amazon pour ce site fait référence à une célèbre supercherie, un automate inventé au XVIIIe siècle qui était prétendument capable de jouer aux échecs, mais qui était en ­réalité ­actionné par un être humain. Une façon de dire que pour certaines tâches, le cerveau humain est encore M. P. irremplaçable.

« Clim’ City » s’exporte sans gaz une version écolo et française de « sim city ».

C

réé à Bordeaux, le jeu « Clim’ City » propose d’aménager une ville en réduisant les émissions de gaz et la consommation d’énergie. Apprécié des enseignants, « Clim’ City » pourrait intéresser la Banque mondiale ou l’OCDE. « L’objectif serait d’adapter ce jeu dans les pays émergents en fonction de leur contexte », indique Éric Gorman, l’un de ses créateurs. A. C.

Vsd n° 1653 du 29 avril au 5 mai 2009

NIKAL, VIGIE DU NET ➤ La bibliothèque numérique de l’Unesco

L’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) a lancé sa Bibliothèque numérique mondiale  wdl.org/en  : une banque de documents sur Internet, accessible gratuitement et universellement. Le nombre de références disponibles est encore faible, mais de nombreuses bibliothèques, dans le monde, vont y ajouter leurs ouvrages. ➤ 60 ans de Scrabble

Et si les mots d’une grille de Scrabble prenaient vie ? L’agence Ogilvy ­Paris a concocté trois spots déjantés pour célébrer les 60  ans du jeu. Découvrez-les sur le blog*.

➤ Pardon, avec Ségo

Vous avez quelque ­chose qui vous pèse sur la conscience ? Alors ­faites-vous pardonner ­grâce au générateur de pardon de Ségolène  sacreesego.com .

(*) Plus de buzz sur le blog de ­Nikal (rubrique Ça fait débat).

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EN COUVERTURE

À MONACO, PARIS, MILAN, LONDRES OU NEW YORK

LA JEUNESSE DORÉE NE CONNAÎT PAS LA CRISE Pour les héritiers de solides et colossales fortunes, la planète jet-set continue de tourner, Mais si certains affichent une discrétion de bon aloi, d’autres continuent à flamber.

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VSD N° 1653 DU 29 AVRIL AU 5 MAI 2009

de nuits chics en virées sélectes.

Par Christophe d’Antonio VSD N° 1653 DU 29 AVRIL AU 5 MAI 2009

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VILLARD-NIVIERE/SIPA

L’ICÔNE SAGE Même si la relève monégasque s’avère moins flambeuse, Charlotte entretient la légende à sa manière, ici au dernier bal de la Rose, le 28 mars, en fourreau Chanel et pendentifs de diamants.

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de nuits chics en virées sélectes.

Par Christophe d’Antonio VSD N° 1653 du 29 avril au 5 mai 2009

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Villard-Niviere/SIPA

L’icône sage Même si la relève monégasque s’avère moins flambeuse, Charlotte entretient la légende à sa manière, ici au dernier bal de la Rose, le 28 mars, en fourreau Chanel et pendentifs de diamants.


à l’instar des Camilla al Fayed, Margherita Missoni ou Eugenie Niarchos, Charlotte choisit ses fêtes, comme celle de Stella McCartney, donnée à Milan le 22 avril.

big pictures/elliot press

En couverture

les nuits du gotha

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VSD N° 1653 du 29 avril au 5 mai 2009


prête à tout à 28 ans, Kim Kardashian (ci-contre) – ici avec sa sœur Kourtney –, fille d’un des avocats d’O.J. Simpson, est devenue célèbre grâce à une vidéo porno diffusée sur le Net. sur les podiums Georgia May Jagger, la plus jeune fille de Mick Jagger et de Jerry Hall, fait, à 16 ans, ses débuts de mannequin.

harlotte Casiraghi n’a pas à forcer sa nature pour se faire discrète. La nièce du prince Albert II de Monaco n’appartient pas à la race des flambeuses : à 22 ans, elle ne recherche pas la lumière et ne fait rien pour alimenter la chronique mondaine. Cela tombe bien, car la principauté monégasque n’a pas besoin de publicité. En cette période de débâcle financière, les paradis fiscaux et aux autres refuges pour super-riches sont déjà dans le collimateur de la communauté internationale : inutile d’en rajouter sur le thème d’une jeunesse dorée qui s’éclate et qui claque l’argent à tout-va, tandis que les usines ferment et que le taux de chômage s’envole... « Le Rocher a, depuis l’accès au trône d’Albert II, véritablement changé d’image. Le prince souverain a voulu donner une nouvelle impulsion à Monaco. L’époque de la frime, de la jetset et des extravagances est révolue, confirme le journaliste Stéphane Bern. Seules les jeunes jet-set russe et bulgare continuent chaque année d’écumer les plages de la Côte d’Azur, on les voit surtout dans les hôtels les plus luxueux du Rocher, au casino et, évidemment, sur les yachts. Mais la jeunesse monégasque, elle, se fait plus discrète, moins “show off” et moins bling-bling. En tout cas, les Casiraghi n’habitent pas à Monaco. Ils s’y rendent de façon assez exceptionnelle, puisque chacun poursuit ses études à l’étranger : Pierre est à Rome, Charlotte à Londres et Andrea à New York. » Cette jeune jet-set, Charlotte Casiraghi en est pourtant – qu’elle le  VSD N° 1653 du 29 avril au 5 mai 2009

photos : M. Dufour/KCS - Donnelly/Starface

C

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En couverture

l’exubérance rock Peaches Geldof, la fille de Bob, est tout à tour modèle, DJ, chanteuse, journaliste… Et jet-setteuse impénitente, entre fashion week, ici à New York, et excès divers.

veuille ou non – l’un des chefs de file, avec son frère aîné Andrea et la compagne colombienne de ce dernier, Tatiana Santo Domingo. à Londres, où elle s’est installée avec son ami Alex Dellal, le fils d’un magnat de l’immobilier, la princesse règne sur une joyeuse coterie de jeunes femmes nées dans la soie : Eugenie Niarchos, l’héritière du légendaire armateur grec ; Camilla al Fayed, la fille du propriétaire des magasins Harrods, à Londres, et de l’hôtel Ritz, à Paris ; Valentine Pozzo Di Borgo, sa meilleure amie, ou encore la sœur d’Alex, le mannequin Alice Dellal, présentée comme la nouvelle Kate Moss. Cette aristocratie de la nouvelle jet-set, qui se déplace en tribu à travers l’Europe au gré des défilés de mode et des galas de charité, présente la particularité d’être « sage et bien élevée », selon Xavier Brunet, le directeur artistique du club privé parisien Castel.

H. valenilla/KCS



sage descendance ou « aristos trash » « Ils ne sont pas flambeurs pour deux sous, affirme-t-il. Vous ne les verrez jamais claquer des sommes inconsidérées en cocaïne ou en bouteilles de champagne. Ils sont classiques dans leurs goûts et fréquentent les mêmes lieux que leurs parents, à Paris, Gstaad, Londres, Milan, Monte-Carlo ou New York. » Classiques et sages, donc. Tout le contraire des héritières des stars du rock anglais, telles que les filles de Bob Geldof, Pixie et Peaches, avec lesquelles il arrive au clan Casiraghi de frayer occasionnellement dans les clubs de Londres. En comparaison des filles Geldof, celle de Caroline de Hanovre ferait presque figure de jeune femme rangée. Les journaux britanniques n’annoncent-ils pas le mariage prochain de 24

‘‘

Les héritiers de Monaco ne sont pas flambeurs pour deux sous.

’’

Xavier Brunet, directeur artistique de Castel

Charlotte avec le jeune propriétaire de galerie qui partage sa vie depuis deux ans, alors que Peaches Geldof, de trois ans sa cadette, est déjà divorcée, après un mariage express de six mois avec un musicien ? Et ce n’est pas Charlotte, non plus, qu’on risque de surprendre, l’air hagard, titubant à la sortie d’une boîte de nuit, comme Pixie Geldof… qui, à 17 ans, n’a pourtant pas encore l’âge légal pour boire de l’alcool. Outre-Manche, les frasques de celles qu’on surnomme les « aristos trash », une clique débraillée dans laquelle on retrouve aussi les filles de Mick Jagger, de Keith Richards ou de Rod Stewart, relèvent d’un folklore entretenu par la presse tabloïd. Mais, dans un pays qui traverse une crise économique encore plus brutale qu’en France, rien ne dit que l’opinion publique ne va pas finir par se retourner, excédée par ces privilégiés qui

caprices de gosses de riches

sur MTV, la progéniture de richissimes américains fête ses 16 ans. Irréel. Elle s’appelle Bre, vit à Los Angeles dans une grande maison climatisée. Pour ses 16 ans, ses parents lui offrent une fête monstre, avec concert de rap, robe à 1 000 dollars, arrivée en hélico. Son cadeau ? La Porsche Cayenne de ses rêves, bien sûr ! Diffusée sur MTV, « Mon incroyable anniversaire » (« My Super Sweet 16 », en anglais), émission de télé-réalité, raconte les préparatifs et le déroulement d’une « party » chez des gosses de riches. Largement scénarisée, l’émission est tellement indécente qu’elle en devient hilarante. Vu son succès, la chaîne a imaginé une suite en forme de délicieuse vengeance. Depuis janvier, elle diffuse « Mon incroyable galère », où les mêmes rejetons sont envoyés à l’autre bout du monde, sans téléphone portable ni carte de crédit. Pour apprendre « la vraie vie ».  S. D. VSD N° 1653 du 29 avril au 5 mai 2009


photos : retnous/starface - Venturelli/wireimages

La panoplie du jeune nanti

la crise ne prive pas les enfants gâtés de leur indispensable kit. E avoir son profil sur asmallworld.net

Bien plus pointu que le réseau Facebook, voici le bottin mondain du Net (260 000 inscrits), qui réunit les enfants de grandes familles aristocratiques, les réseaux des grandes écoles (Harvard, Polytechnique, etc.), les jet-setteurs et à peu près la totalité des fils et filles de patrons du CAC 40. Pour y figurer, il faut être invité par l’un des membres.

profession : célébrité Paris Hilton, l’héritière de l’empire Hilton qui a fait de sa célébrité une profession et de sa vie un feuilleton, fête ses 28 ans à Las Vegas, le 17 février dernier.

dépensent sans compter l’argent qu’ils ne se sont pas donné la peine de gagner. Gare, alors, au retour de bâton ! Car Peaches et Pixie Geldof sont représentatives d’une réalité plus large que leurs petites personnes : pour la jeunesse dorée, la crise n’a guère de réalité. C’est vrai à Londres comme à Paris. « La crise, on en parle entre nous en rigolant », ironise Stanislas Braud, étudiant à l’American Business School de Paris et organisateur de soirées dans les beaux quartiers de la capitale. « La jeunesse dorée, ce sont des jeunes gens qui sortent avec la carte de crédit de leurs parents, ajoute-t-il. Or, dans les familles de riches, les parents ont tendance à faire écran et à protéger leurs enfants. Même s’ils ont perdu de l’argent, ils ne le disent pas et leurs enfants continuent de flamber comme avant. Je le vois dans les soirées et dans les boîtes que je fréquente : rien n’a changé. » Même son de cloche, avec un bémol, chez l’écrivain et journaliste Henry-Jean Servat, connaisseur de la haute société parisienne : « La plupart des riches supportent très bien la crise. En revanche, les extravagances de leurs enfants sont un peu moins tapageuses. Même les princes arabes se font plus discrets. Maintenant, ils louent des Ferrari pour remonter les Champs-élysées à 40 km/h, en regardant des DVD. » VSD N° 1653 du 29 avril au 5 mai 2009

E boire de la Belvedere*

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La crise ? On en parle entre nous, en rigolant

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Stanislas Braud, organisateur de soirées

dandy déjanté Lapo Elkann, petitfils de Giovanni Agnelli, le patron de Fiat, a déjà tout connu, de la for­ tune à l’overdose.

à la différence des grandes discothèques ouvertes à tous, dont les propriétaires se plaignent d’une chute de leurs revenus et rognent sur leur programmation artistique, comme en témoigne l’agent de DJs Sandrine Lévy-Provençal, les restaurants-bars et les clubs parisiens fréquentés par ces héritiers platinum – le Chacha, le Black Calvados, le Régine, le Néo, etc. – ne semblent guère affectés par la crise. Ils ne désemplissent pas et on y fait toujours la queue, jusqu’à une heure avancée de la nuit en attendant le verdict du « physio ». « L’ambiance y est quand même plus cool, moins frime, les gens moins arrogants que dans les clubs qui étaient à la mode, il y a encore un ou deux ans », note Gael, une scénariste anglaise installée à Paris. Mais ces endroits restent des lieux publics et ce n’est pas entre leurs murs que les « fils et fille de très riches » se « lâchent ». Les clubs font face à la concurrence croissante de soirées organisées dans des appartements ou des villas loués – on dit « privatisés » dans le jargon des noctambules – pour l’occasion. « Une tendance qui a le vent en poupe car, dans ces soirées privées, les gens se sentent plus en sécurité pour consommer de la cocaïne, observe Clément, un habitué. Et de la cocaïne, je n’en ai jamais vu autant. » J

Avec sa bouteille longiligne souvent relookée par des artistes branchés, comme le Français André, cette vodka polonaise est de toutes les fêtes. E descendre au Four Seasons

C’est LA chaîne d’hôtel, où l’on dort dans de beaux draps, avec prestations haut de gamme. Au top également : le Park Hyatt de Tokyo, décor de « Lost In Translation », de Sofia Coppola. E porter du Marc Jacobs

Les robes flashy du créateur new-yorkais, également directeur artistique de Vuitton, seront incontournables cet été. E se tartiner de Crème de la Mer

Dès la première ridule, elles se jettent dessus. Elle contient un extrait d’algue géante qui s’épanouit au large des côtes californiennes (215 € les 60 ml !).

E se trémousser sur la Riviera

En été, la Costa Smeralda, en Sardaigne, ou la Côte d’Azur restent des valeurs sûres. Sans oublier les escapades classiques comme l’île Maurice.

E se pomponner chez Neil George

Le salon de coiffure de Los Angeles, pour revigorer sa blondeur (à partir de 113 € la coupe). En Europe, on prend rendez-vous avec le coiffeur du cinéma français, John Nollet.  Sébastien Desurmont (*) L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. à consommer avec modération.

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époquereportage

anéanti Après un périple qui l’a conduit aux Canaries et en Espagne, Mody a été arrêté à Bordeaux, placé en centre de rétention à Toulouse, avant d’être renvoyé dans la capitale malienne, d’où il n’ose pas appeler son père.

avec les expulsés à bamako

la honte du retour Presque chaque jour, des sans-papiers sont reconduits au Mali. Sur leur terre natale, considérés comme le déshonneur de leur famille. Par Sylvie Lotiron. Photos : Olivier Jobard/

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au pays sans avenir, ils sont souvent

Sipa pour VSD

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L

es deux policiers français ont remis l’expulsé à l’inspecteur du bureau 118 de l’aéroport de Bamako. Il consigne son identité sur un registre. Kanté, Mody, né en mai 1977, ­redevenu un « Malien de l’intérieur », ­libre. Libre de vivre dans son pays, l’un des plus pauvres au monde. Vêtu de son anorak qu’il garde malgré les 39 °C, le regard absent, il refuse d’abord de nous parler. Et de suivre ­Mah­madou Keita, membre de l’AME (Association malienne des expulsés)*, ­reconduit, lui aussi, cinq ans plus tôt, qui finira par le convaincre de le raccompagner chez un oncle, dans la banlieue de la capitale. Mody n’a pas voulu prévenir son père, qui cultive le mil dans la région de Koulikouro, à 65 kilomètres de Bamako, de son retour. Il a trop honte. Trop peur de devoir avouer à sa famille qu’elle ne pourra plus compter sur son argent.

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1. perdu dans l’aéroport Après les formalités d’usage dans le bureau de police, Mody erre, désespéré, dans l’aéroport de Bamako. Il est libre. Mais libre d’aller où ? 2. étranger dans sa propre famille Après son retour, Mody a passé trois jours dans la banlieue de ­Bamako, chez un oncle qui ne peut le prendre en charge, faute de moyens. 3. comme une âme en peine Mody marche sans but dans les rues de la capitale malienne. Il est ­terrassé, car son retour signifie la ruine de sa famille.

comme des poissons hors de l’eau Chaque soir, au volant de sa Mercedes brinquebalante, Mahmadou Keita se rend à l’aéroport pour attendre l’un de ceux qu’Alassane Dicko, secrétaire ­permanent de l’AME, nomme avec ironie « les exploiteurs de l’Europe ». En France, ils ont les visages familiers de nos nounous, agents de sécurité, techniciens de surface ou employés du bâtiment. La plupart paient des impôts et des charges ­sociales dont ils ne profiteront pas, ou peu (2 milliards d’euros par an, selon ­l’association Droits devant !!, qui lance une campagne contre ce ­« racket »). Certains, vivaient depuis plus de dix ans en France. Vingt ans pour Sissoko Modibo, expulsé et très affaibli, après une grève de la faim dans un centre de rétention. « Après des séjours aussi longs, ils sont ici comme des poissons hors de l’eau », explique Alassane Dicko. « Il n’y a pas de place pour vous », s’est entendu répondre Djamwoyé Keita à l’agence pour l’emploi de Bamako. Pas de place pour de nouveaux venus dans un pays sahélien où la 40

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désertification chasse les agriculteurs, et où des femmes et des enfants récupèrent les sacs-poubelles dans les ­décharges de Bamako pour les revendre quelques centimes de francs CFA (1 euro = 650 F CFA). « Plutôt que de proposer, pour leur ­installation en France, de nouveaux ­candidats formatés, ne serait-il pas plus judicieux et humain de régulariser ceux qui s’y trouvent déjà ? » s’emporte Alassane Dicko, qui dénonce « l’aberration du principe de l’immigration choisie ».

6 000 euros, le prix   d’un visa au noir

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La plupart n’ont qu’une idée en tête : regagner la France, où ils ont souvent laissé tous leurs biens

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4. différent pour toujours « On les reconnaît au premier coup d’œil, disent les Maliens à propos des expulsés. À l’allure, la façon de parler, leur air triste. » 5. Consultation à l’hôpital Pour le Dr Anselme Konaté, l’hépatite de Tieny est en train d’évoluer vers un cancer. « Son expulsion relève de la non-assistance à personne en danger. » 6. un petit boulot pour tenir Tieny consulte sans cesse son dossier médical, ses bulletins de salaire et ses feuilles d’impôt. Pour « penser à autre chose », il fait le ménage à l’AME. VSD n° 1653 du 29 avril au 5 mai 2009

Faute de moyens suffisants pour prendre en charge leurs protégés et en raison du flot incessant d’expulsés (478 en 2008, ­selon l’AME, 410 selon l’État français), la petite association installée dans le quartier de Djelli Boubou, à Bamako, ne peut leur offrir le gîte que trois jours. « On a pris en charge un fardeau que même Hercule ne pourrait porter », concède Alassane qui ­remarque pourtant, sans ­savoir s’il y a un lien de cause à effet, que depuis quelques années il n’a « plus ­entendu parler de ­suicides d’expulsés du haut de la colline du Silence, au-dessus du stade ModiboKeita ». Pour autant, le ­désespoir et la honte liés à ­l’expulsion sont si grands que la plupart n’ont qu’une idée : regagner la France, où ils ont souvent laissé tous leurs biens. Mais aussi, parfois, leur femme et leurs enfants. La plupart repartiront pour 4 millions de francs CFA (plus de 6 000 euros), le prix d’un visa au noir. Certains tenteront une traversée périlleuse par la mer, via les îles Canaries et l’Espagne, ou par les terres, via la Libye et la Mauritanie, notamment, où ils exercent des emplois de maraîchage au risque d’être une fois encore reconduits : par charter, de Libye, en camionnette, de Mauritanie. Expulsé de France le 6 juillet 2007, avec son « sac banane et 5 euros », Demba Tanda, maçon à Paris pendant cinq ans, avait choisi de rester, bravant ­l’opprobre de ses voisins d’un village de la région  41


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1. au petit matin à la recherche d’un hypothétique emploi, Demba dort sur la terrasse d’un immeuble en ville, loin de sa femme et de son bébé. 2. la vie malgré tout Après son expulsion, Demba a épousé Niagaté au village, qui lui a donné un bébé. Il rêve de pouvoir les rejoindre. 3. des papiers coûte que coûte Pour tenter de récupérer l’argent qu’il ­détient sur un compte bancaire en ­France, Demba doit se procurer des papiers maliens.

80 % des expatriés viennent de la région de Kayes, ville la plus chaude d’Afrique de Kayes, d’où sont issus 80 % des ­expatriés. Comme eux, du temps où il ­résidait à ­Paris, il faisait ­vivre ses parents, auxquels il envoyait de 260 à 300 euros par mois. Pour « l’encourager à croire que sa vie n’était pas finie », ceux-ci l’ont marié au pays à une jeune femme qui lui a donné un bébé. Demba a alors repris le chemin de Bamako où il cherche un emploi, en vain, depuis des mois. Il s’accroche à ­l’espoir de récupérer un jour son argent bloqué sur un compte en France et rêve d’un petit commerce d’épices, entre ­Bamako et son village. 

« de la non-assistance à personne en danger » Tieny Kanouté, expulsé de France le 4 mars 2008, lui, ne rêve plus. Atteint d’une ­hépatite B chronique, il s’en remet au diagnostic du Dr Anselme Konaté, gastro-entérologue à l’hôpital GabrielTouré. « Nous ne disposons pas de médicaments pour soigner cette maladie encore méconnue ici », ­explique le médecin, qui ne peut qu’assister impuissant à l’évolution de l’hépatite vers un cancer. « L’avoir ­expulsé de France dans ces circonstances relève, ­estime-t-il, de la nonassistance à personne en danger. Ici, Tieny est condamné à mort. » Pour le soulager, il négocie avec le pharmacien de l’hôpital un peu de lamiduvine, utilisée aussi dans le traitement du sida. « Je lui donne par42

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Ce garçon, arrivé en France à l’âge de 7  ans, expulsé à 20  ans, ne pourra jamais se réinsérer, ici. C’est un pur produit de vos banlieues

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Alassane Dicko, de l’AME

fois des petits sous. Au nom de Dieu », ajoute le médecin qui, dès qu’il le peut, passe à l’AME où il atténue les souffrances des expulsés en leur donnant, entre autres, des tranquillisants. « Certains ­deviennent fous », précise Alassane Dicko, citant l’exemple de « ce jeune garçon ­arrivé en France avec sa grand-mère à l’âge de 7  ans, expulsé à 20 ans et qui ne pourra ­jamais se réinsérer ici. Même avec nous, il est agressif. C’est un pur produit de vos banlieues », reproche-t-il. D’autres vivent reclus, de peur de croiser un parent. Clandestins dans leur propre pays. Parce qu’il ne voulait plus vivre caché, Mounimi Soumano a pris, à 52 ans, et après huit ans passés en France, la décision de rentrer volontairement. Avec les 5 000 euros que lui a versés l’Anaem (devenue Office français de l’immigration et de l’intégration, cf. encadré), il vient d’ouvrir un petit resto près du marché Ouolofobougou à Bamako. ­Secondé par sa fille Fatou, il travaille « pour l’instant, à perte ». Mais, « même pour un ­enfant de la France, c’est dur en ce moment », concède celui qui a été éduqué à « l’école coloniale ». Difficile, dit-il, de prévoir si les clients viendront ou pas. « C’est un peu la roulette russe, mais, pour un ­Malien qui se respecte, c’est mieux que de rentrer menotté, et les mains vides. » J (*) AME, rue 312, porte 626. Djelli Boubou. BP 91 55 ­Bamako. (00) 223.20.24.30.16.

Une aide au retour

pour financer des projets commerciaux

En 2008, 137 Maliens ont bénéficié des dispositifs d’aide au retour et à la réinsertion de l’Anaem (Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations). Pour qu’il puissent mettre en place leurs projets, essentiellement dans le secteur des transports, de la restauration ou du commerce, l’agence française leur verse en trois fois une subvention comprise entre 4 000 et 7 000 euros, après avoir pris en charge les frais du ­retour. Une solution encore méconnue par les travailleurs sans-papiers, qui craignent, par ailleurs, de se rapprocher d’un organisme d’État. affaire conclue Assetou Keita (à g.), qui travaillait dans une ­cantine en France, rachète avec l’aide de l’Anaem un petit car.

un restaurant en famille Épaulée par sa fille Fatou, Mounimi a ­choisi d’ouvrir un petit resto à Bamako.

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WEEK-END

culture / télé / sorties / tendances / a table... le guide loisirs

tendances dans le cocon design de matali crasset P. 66

bénabar chanteur enragé contre les pirates du net P. 58

michel denisot dans la boîte à questions

voyages

rando vertigineuse à la réunion P. 72

scénic

à la conquête des clients perdus P. 78

photos : yves bottalico, j.-b. lemal, u. lebeuf/myop pour vsd – denis rouvre/corbis outline

avec les chroniqueurs du « grand journal »


WEEK-ENDCULTURE PaGES RÉALISÉE S PA R  F rançois Julien a v ec Olivier Bousquet e t Nora Sahli

Le Beau XVIe

94 chefs-d’œuvre des ymagiers champenois sur la sculpture du XVIe siècle. Jusqu’au 25 octobre. Église Saint-Jean-au-Marché, Troyes (10). sculpture-en-champagne.fr

Paris, design en mutation

Conjuguer esthétique et écologie ? Onze créateurs relèvent le défi (photo : chaise de François Azambourg). Jusqu’au 30 août. Espace Fondation EDF, ­Paris 7e. 01.53.63.23.45.

Henri CartierBresson

On ne se lassera jamais des images du chantre de « l’instant décisif », disparu voilà cinq ans. Jusqu’au 30 août. Maison européenne de la photographie, Paris 4e. 01.44.78.75.00.

Charles Lapicque

spectacles, théâtre, concerts, expositions… l’actualité culturelle d’un coup d’œil.

Rétrospective d’un peintre qui refusa les modes, creusant son sillon, entre figure et abstraction. Jusqu’au 1er juin. Musée de l’Hospice Saint-Roch, Issoudun (36).02.54.21.01.76.

Alpha Blondy

Depuis trente ans, l’Ivoirien chante son reggae en anglais, en dioula et en français, pour les laissés-pourcompte de son pays. Le 7 mai. ­Zénith, Paris 19e. 01.42.08.60.00.

Madeleine Peyroux

Elle chante le jazz comme personne et reprend ses idoles, de Billie Holiday à Bob Dylan, avec une ­fragilité touchante. Les 4 et 5 mai. L’Olympia, Paris 9e. 0892.68.33.68.

Jean-Pierre Kalfon

Avec ses albums, il n’a pas encombré les rayons des disquaires. L’acteur est pourtant une bête de scène, ­fasciné par la musique, comme il le prouve dans cet « Hommes d’âmes ». Le 6 mai. L’Entrepôt, Paris 14e. 01.45.40.07.50.

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PLUS D’infoS SUR vsd.fr

Milton Glaser

Le Dylan aux cheveux psychédéliques, c’est lui. Le logo et slogan « I Love NY », aussi. Première rétrospective ­française de ce génie du design depuis ­trente-deux ans ! Jusqu’au 30 mai. ­ alerie Martel, Paris 10e. 01.42.46.35.09. G

Mélissa ­Laveaux

Accompagnée de sa guitare, elle livre un blues-folk ­déchirant. La chanteuse, qui connaît ses classiques (Joni Mitchell, Nina ­Simone, Erikah Badu…), possède son ­propre univers. Le 6 mai. Le Trabendo, ­Paris 19e , puis tournée. ­myspace.com/­ melissalaveaux

Première scène parisienne pour cette Autrichienne. Son folk, joué au ­piano, allie la rigueur du classicisme à la folie de l’électronique. Le 6 mai. Zèbre de Belleville, Paris 11e. 01.43.55.55.55.

Camille attaque

Elle dit tout haut ce qu’on pense tout bas. Et tout le monde y passe : flic hargneux, mère envahissante, pauvre fille en manque de mec… Il vous reste deux jours ! Les 29 et 30 avril. L’Européen, Paris 17e. 01.43.87.97.13.

« Somewhere… la Mancha »

Don Quichotte et Sancho Pança en sdf en quête d’Holly­wood ? Une farce joyeuse, signée Irina Brook. Jusqu’au 9 mai. Les Bouffes du Nord, ­Paris 10e. 01.46.07.34.50.

Enrique Iglesias

Le fils de Julio a déjà vendu 50 millions d’albums, un mélange de rythmes dansants latinos et de ­caresses R  &  B. Latin lover par excellence, il charme en anglais et en espagnol. Le 4 mai. Zénith, Paris 19e. 01.42.08.60.00.

photos : P. allain – Dalle – PASCAL FRANçOIS – D. R.

Soap & Skin

Une folie de couleurs Tout Auvers honore le docteur Gachet, mécène et ami de Van Gogh. Jusqu’au 4 octobre. Auvers-sur-Oise (95). unefoliedecouleurs.fr

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WEEK-ENDTENDANCES

Matali Crasset

Le quotidien rEinventE Fonctionnelle

La chambre des enfants de la créatrice mixe vie commune et intimité autour d’un mobilier coloré à usages multiples.

La célèbre designer nous ouvre les portes de sa maison. Pour passer de la théorie à la pratique.

À

Par Virginie Seguin

deux pas du cosmopolite boulevard de Belleville, à Paris, le duplex en rez-dejardin de la famille Crasset se niche au fond d’une cour végétalisée, où la vie entre voisins bobos bat son plein. Pas de rideaux aux fenêtres ni de barrières pour délimiter son pré carré. L’ex-élève de Philippe Starck applique les règles qu’elle prône. Avec elle, exit les longs discours nébuleux, place à l’action. Sur tous les fronts, du mobilier en série limitée aux objets industriels en passant par des ateliers ludo-éducatifs destinés aux enfants. L’incontournable brune, qui a fait de sa légendaire coupe au bol le logo de sa société, Matali Crasset Productions, ne se contente pas d’ajouter une chaise de plus à notre société de consommation. « Ce qui est important, ce n’est pas tant l’esthétique que l’expression d’un nouveau mode de vie », précise-t-elle. Chez elle, Arto (6 ans) et Popline (9 ans) partagent la même chambre aménagée avec une zone de jeux au centre et les lits et bureaux placés aux extrémités. Ses premiers objets complices à usages multiples 66

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son actu SEs cOnseils

Nomade Matali Crasset et

ses poufs qui servent de siège, de table basse et même de cloison quand ils sont empilés.

Open space

Le seul mur de l’étage, qui isole l’escalier, s’arrête avant le plafond pour laisser passer la lumière du jour.

photos : j.-f. Jaussaud/lux/productions.com - patrick gries/adaga - D. R.

sont apparus dès 1998, l’année où elle fonde sa propre structure. Diplômée en 1991 de l’école nationale supérieure de création industrielle (ENSCI), elle a d’abord séjourné à Milan pour travailler avec Denis Santachiarra, puis collaboré cinq ans avec Starck. Deux personnalités différentes, qui reflètent bien le parcours de Matali Crasset poursuivant toujours le même objectif : « Travailler sur des scénarios plutôt que sur les formes. »

meubles modulables et multifonction Au Centre des arts d’Enghien-les-Bains, dans le Val-d’Oise (cda95.fr), elle présentait, en mars, Hyperactif, un mobilier modulable qui réunit en un seul objet table, chaise, fauteuil ou bureau. Des expérimentations qui deviennent toujours des réalités. Pour la première collection de canapés de la marque de literie Dunlopillo, Matali Crasset propose un modèle évolutif, testé depuis des années, chez elle, à chaque étage ! Compo’sit offre deux types de confort, actif ou passif, sans user de mécanisme compliqué. En un clin d’œil, les coussins se transforment en repose-pieds, accoudoirs, dossier, plateau ou siège surélevé pour un enfant. En attendant la commercialisation de cette création VSD N° 1653 du 29 avril au 5 mai 2009

• Scénographie du 59e salon d’art contemporain de Montrouge (92). 01.46.12.75.74. Du 30 avril au 20 mai. • Ouverture de la maison des Petits, au 104. 104.fr. Fin mai. • Another logic, une table multifonctionnelle surmontée d’un lustre dont la couleur varie selon les plats. Paris/Design en mutation à la Fondation EDF. 01.53.63.23.45. Jusqu’au 30 août. • MIXtree, dans l’exposition elles@ centrepompidou. centrepompidou.fr

À partir du 27 mai.

ses objets

• Optimiser l’espace. Sofa et table basse monopolisent les trois quarts du salon alors qu’ils ne servent que deux heures par jour. Remplacez-les par des coussins rigides, à l’image de Permis de construire, son canapélego avec lequel les enfants peuvent jouer. Et adoptez sa table Flat-Flat, composée de différents plateaux amovibles. • Casser les murs. « Maintenant que les cuisines ouvertes sur le reste de la maison sont passées dans les mœurs, il serait temps de désenclaver les autres pièces pour gagner des mètres carrés. » La baignoire peut être isolée des regards par un rideau. « Pourquoi réserver une salle aux bains que l’on ne pratique qu’une fois par jour ? » demande-t-elle. • S’offrir un cocon. Inspirez-vous de la cabane de votre enfance, au fond du jardin, pour vous réserver un coin à vous dans votre open space. Deux paravents, et le tour est joué.

Corbeille en kit 

En panneaux de multipli de bouleau. Domestic, 45 €. domestic.fr

Canapé modulable  À configurer au gré de ses envies, Compo’sit est vendu au prix de 1  399 €. dunlopillo.fr

Verre à vin 

Une pièce de l’expo In Vino Veritas, dédiée au verre soufflé. à Paris, jusqu’au 23 mai. artcurial.fr

Série limitée  Living

Bench, en chêne et métal, édité à 3 exemplaires par la galerie Thaddaeus Ropac. ropac.net

Ludique 

Malin

La rambarde de sécurité pour l’escalier en colimaçon fait office d’étagères desservant le plan de travail de la cuisine.

Des champignons modulables pour la nouvelle maison des Petits au 104, à Paris 19e. 104.fr

en septembre prochain, vous pouvez vivre « à la Matali Crasset » en séjournant au Hi Hotel, à Nice (06). Chambres uniques en leur genre, avec piscine, le Hi bouleverse complètement les repères classiques de l’hôtellerie. Enchantés du résultat, les propriétaires lui ont demandé d’investir une plage sur la

promenade des Anglais. Là encore, des univers distincts se succèdent, entre matelas alignés sous des abris modulables, tables en bois à l’ombre de potsparasols. Cuis’In Nature ou sushis, le site est idéal pour appliquer à la lettre les mots d’ordre de cette mère de famille : générosité et convivialité. J 67


WEEK-ENDsport vertigineux Depuis 1997, un circuit mondial organise des sauts – ici, à Hambourg – au-dessus de fri­ches industrielles, du haut de monuments historiques ou de falaises.

plongeons extrêmes

plus belle, la chute De mai à septembre, les meilleurs plongeurs de la planète vont s’affronter. Première, le 8 mai, à La Rochelle.  Par Patricia Oudit

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rois secondes, et c’est fini. Le plongeur de haut vol (cliff diver) a sauté. Plus acrobate que kamikaze, il enchaîne les vrilles, doubles ou triples, les rotations, fendant l’air à près de 100 km/h avant de crever la surface de l’eau avec les pieds. Surtout pas tête la première, afin de ne pas se fendre le crâne. Car sauter dans l’eau de 26 mètres, hauteur réglementaire de la plate-forme lors des Red Bull Cliff Diving Series, c’est la promesse de sérieux problèmes en cas de ratage.

comme percuter un mur à moto L’impact ? De neuf à dix fois plus violent que d’un plongeoir olympique de 10 mètres, un peu comme si l’on percutait de plein fouet un mur, à moto. Pas question de risquer un plat pour ces hommes qui n’ont pour seule protection que leurs muscles bandés et un protègedents. Tout relâchement se paie cash par des fractures de vertèbres, du coccyx ou des chevilles. « Le risque de blessures est particulièrement élevé lors de l’entrée dans l’eau, lorsque certaines parties du corps sont freinées et les autres, toujours au-dessus de l’eau, en pleine accélération, précisent Hassan Mouti et Cyrille Oumedjkane, les deux Français engagés dans la compétition. Après avoir frappé la surface, le plongeur doit s’enfoncer pour éviter que son corps ne subisse la pression de l’eau. » À l’image d’un parachutiste qui doit comptabiliser des centaines de sauts VSD n° 1653 du 29 avril au 5 mai 2009

pour passer au « base jump » (saut d’une base fixe), il faut une quinzaine d’années d’expérience pour pratiquer le plongeon de super-haut vol. « Les spectateurs ne voient pas toujours la différence entre des sauts de 25 et de 27 mètres. Mais, pour les plongeurs, c’est colossal. Alors, forcément, quand on passe de 10 à 26 mètres, il faut procéder par étapes, presque centimètre par centimètre », explique Cyril­le Oumedjkane. Un entraînement de fond (trampoline, natation, musculation…), mais limité en nombre de sauts, car si le cliff diver plongeait tous les jours de 26 mètres, ses muscles seraient tétanisés et son oreille interne tellement mise à mal qu’il ne pourrait plus se lever le matin.

une quête de sensations Voler, maîtriser la vitesse de la rotation pour une entrée parfaite dans l’eau, canaliser la moindre parcelle d’énergie de son corps, se faire peur : le plongeon de haut vol a beau avoir évolué techniquement, il n’est pas si loin de ses origines, question sensations. Il y a trois siècles, les Hawaiiens s’amusaient déjà à se faire monter le cœur à coups de « lele kawa » (littéralement « sauts pieds en avant depuis une haute falaise sans faire d’éclaboussure dans l’eau »). Dans les années trente, les chercheurs de perles traquaient la merveille du haut des 36 mètres des falaises de La Quebrada, spot du plongeon de haut vol d’Acapulco. Aujourd’hui, les sites choisis pour la tournée Red Bull relèvent du catalogue de tour-opérateur branché : balcon privé en Italie, fort en Croatie, musée du port de Rotterdam, chapelle de Guillaume Tell en Suisse… Le 8 mai, La Rochelle (17) accueillera pour la première fois en France ce show entre air et eau*. Du haut de la tour Saint-Nicolas, ancienne forteresse militaire à l’entrée du vieux port, douze plongeurs de l’extrême s’affronteront. Le public massé dans les canots profitera du spectacle de lele kawa sans une éclaboussure. J (*) La première des étapes des Series 2009 se déroulera en trois séries de sauts, de 16 à 18 heures. redbullcliffdiving.com

photos : C. Stadler - M. Laemmerhirt - D. levati/red bull photofiles

L’homme à battre : le Colombien Orlando Duque, et ses neuf titres mondiaux, le seul à avoir obtenu 10, la note maximale

rotations parfaites Le départ, la position dans l’air et l’entrée dans l’eau déterminent la note. Ici, un plongeon à Polignano a Mare, en Italie.

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WEEK-ENDTvsd

interrogé par ses chroniqueurs

michel denisot mis en boîte

Comment « le Grand journal » de Canal+ est-il devenu un aimant à célébrités nous avons enfermé son animateur en chef dans « La boîte à questions ».

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Focus l’indéracinable

Entre les murs capitonnés de « La Boîte à questions », chahuté par son équipe (de g. à dr. : Yann Barthès, élise Chassaing, Ali Baddou, Jean-Michel Aphatie, Mouloud Achour, Tania BrunaRosso, Ariane Massenet et Pauline Lefèvre), Michel Denisot est resté zen.

C

hambrés dans «Le Petit Journal» de Yann Barthès, apostrophés par Jean-Michel Aphatie et passés à la Moulinette des interrogations des téléspectateurs dans « La Boîte à questions », les VIP – Carla Bruni, Ségolène Royal, Will Smith, etc. – se pressent néanmoins pour passer dans « Le Grand Journal ». Lancée en septembre 2004, l’émission enchaîne, depuis la rentrée, les records d’audience. Avec près de deux millions de téléspectateurs en moyenne et un pic historique à cinq millions le 16 mars (à l’occasion des 20 ans des Guignols), elle est devenue l’endroit du PAF où il faut être vu. U2 a ainsi choisi de venir sur le plateau pour son passage unique en France, en février. « à Los Angeles, les artistes surnomment Canal+ la chaîne “with funny and big show” », s’enorgueillit son animateur en chef, Michel Denisot.

sirènes de l’émission, en janvier dernier. Face à tant de succès, Michel Denisot ferait presque la fine bouche : « La demande d’inviter le président Nicolas Sarkozy est faite, bien entendu. Mais aujourd’hui, est-ce un événement d’inviter quelqu’un qui parle tous les jours ? Il faut une raison forte. » à la programmation, on refuse certaines personnalités. « On ne peut pas accepter tout le monde », lâche, laconique, l’animateur. Et si, au début, la qualité des invités était déterminante, « aujourd’hui, pour les audiences, on dépend beaucoup moins du casting, explique le coproducteur Renaud Le Van Kim. Les gens viennent avant tout voir “Le Grand Journal” ».

« Le plus grand talk show du monde » Avec six cents invités par an et deux heures de diffusion quotidienne, « Le Grand Journal » serait, selon Michel Denisot, « le plus grand talk show au monde ». Du travail au quotidien, des coups et une évolution constante, avec des chroniqueurs renouvelés chaque année, ont permis d’installer durablement l’émission. à deux semaines de la transhumance du plateau à Cannes, sur la plage du Martinez, Michel Denisot a accepté de passer dans la fameuse boîte à questions (séquence qui cartonne chaque soir, vers 20 h 40) posées par… ses chroniqueurs. 

même françois fillon  a accepté l’invitation

et à audience ? Pour le savoir, 

Par Julie Gardett. Photos : Yves Bottalico pour VSD VSD N° 1653 du 29 avril au 5 mai 2009

Entre les stars, le bouche-à-oreille fonctionne et elles viennent bien ren­seignées sur les scores d’audience, l’âge des téléspectateurs, mais aussi, détail très important, sur l’impact sur les ventes de disques et de livres. Depuis 2006 et la campagne pour l’élection présidentielle – qui a fait décoller l’audience du « Grand Journal » –, le talk show en clair de Canal+ est également devenu le passage obligé des politiques qui souhaitent faire grimper leur cote de popularité. Le Premier ministre François Fillon, jusqu’alors rétif, a fini par céder aux

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« La Boîte à questions » clôt l’émission au moment de son pic d’audience, avec trois millions de fans « T’as déjà confondu   deux blondes ? »   Ariane Massenet

 Pauline LefèvreQue vouliez-vous faire quand vous étiez petit ? Michel Denisot. J’ai été petit jusqu’à l’âge

de 13 ans et j’ai su donc très tôt, et c’est une chance, que je voulais être journaliste. Je ne dis pas que je suis devenu grand du jour au lendemain, mais je me suis senti mieux. élise Chassaing Au choix, pour

descendre à Cannes, le jet privé de John Travolta ou le camping-­ car de Lars Von Trier ? M. D. J’opte pour le camping-car de Lars

Von Trier. C’est quelqu’un que l’on ne rencontre pas beaucoup, qui n’est pas très bavard, et j’aurais beaucoup de questions à lui poser. J’ai des chances d’avoir une ou deux réponses… Et aussi parce que l’un de ses premiers films, Europa, est un de mes meilleurs souvenirs de mes débuts à Cannes. Jean-Michel Aphatie Serez-vous

candidat, en 2012 ? M. D. Oui, je serai candidat, mais

à quoi, Jean-Michel ? La question est incomplète. 

‘‘

Ariane est blonde, comme chacun sait. Et je ne l’ai jamais confondue avec une autre

’’

Tania Bruna-Rosso Tu connais ton

de la télévision française ?

que c’est mieux qu’un gendre idéal, c’est un génie. 

alphabet de l’amour par cœur ?

M. D. Yann Barthès, évidemment,

Ariane Massenet T’as déjà confondu

M. D. Oh là là… Oui, je vois à quoi elle

comme Pamela Anderson, qui est très distinguée. Je dirais les frères Bogdanoff. Je vais faire une révélation : ils tournent à deux, mais ils sont trois, en fait.

deux blondes ?

fait référence. Il y a très longtemps, j’ai coproduit un disque avec Charles Talar (le producteur de Notre-Dame de Paris, NDLR), un 45-tours, d’une chanteuse qui s’appelle Cassie et qui faisait partie de Martin Circus. Il n’y en a pas beaucoup qui s’en souviennent, ça n’avait pas vraiment marqué, pour tout dire. Tania Bruna-Rosso Prouve-le

et chante ! M. D. Non, je ne m’en

souviens plus du tout. Là, franchement, ce n’est pas possible. C’était l’alphabet de l’amour : A comme…, B comme…, C comme… et Z, après.  Yann Barthès Ton « top 3 »

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des gens les plus distingués au sein

Mouloud Achour Parmi les chroni-

queurs de l’émission, quel est le gendre idéal ? M. D. Le gendre idéal, ce serait quelqu’un

qui pourrait additionner les qualités de tous les chroniqueurs de l’émission : avoir la french touch de Mouloud, le talent de Guillaume Gallienne, la pertinence de Jean-Michel Aphatie, l’espièglerie de Yann Barthès, l’humour d’Omar et Fred, évidemment, la causticité de Bruno Donnet et puis la culture d’Ali Baddou. Là, je pense

M. D. Ça, ce sont les questions d’Ariane

Massenet. Elle fait référence à un truc qui m’est arrivé à Cannes, avec de très jolies blondes que l’on a reçues au « Grand Journal ». Un matin, très tôt à Cannes, c’est-à-dire vers midi, j’ai confondu dans le hall du Martinez, qui devait être très mal éclairé, Estelle Lefébure et Adriana Karembeu. Je ne me suis pas senti très bien. Ali Baddou Pensez-vous comme

le philosophe George Berkeley que « être, c’est être perçu » ? M. D. Je dirais qu’être, pour nous, plutôt

qu’être perçus, c’est percevoir. Notre façon d’être dans l’émission, ensemble, avec toi, Ali, et les autres, c’est d’être perçus comme des gens qui perçoivent. J

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WEEK-ENDTVSD

décryptage coup de neuf Pour la quatrième saison de « D&Co » l’an prochain, l’animatrice souhaite faire « plus d’action sociale », en redécotant des crèches, des foyers, des écoles, etc.

valérie damidot

elle casse la baraque

‘‘

Je touche 10 000 e par mois. C’est cool, mais je ne fais pas ce métier pour ça

’’

Vsd n° 1653 Du 29 avril au 5 mai 2009

yeux », avant de devenir la nounou de la « Star Ac’ ». C’est au moment où elle bosse pour « Vie privée, vie publique », avec Mireille Dumas, qu’on lui propose de tourner un pilote sur la déco. Le défi n’effraie pas cette touche-àtout qui a été loueuse de moto­marines et propriétaire d’un bar à salades. Reconnaissant avoir démarré sans rien y connaître au bâtiment, elle est aujour­d’hui le boss sur ses chantiers : « Je suis le cauchemar de mon ­archi­tecte. » Parfois aussi de son équipe – une bande de ­potes – qui ne siffle pas toujours en ­travaillant. N’empêche, ça fonctionne au point qu’on peut parler, sans exagérer, de « damidomania ». Une aubaine pour M6 Interactions. La filiale de produits dérivés de la chaîne exploite d’un côté la licence D&Co (qui commercialise, par exemple, des stickers ­muraux, plus de 200 000 unités vendues, et des DVD M6 Vidéo, dont 65 000 exemplaires ont été écoulés), sur laquelle l’animatrice ne touche rien. Et de l’autre, la même filiale gère son image. Ainsi, sur son nom, ont été lan-

cés, notamment, des DVD-Rom ­Anumam (éditeur de jeux vidéo), 32 000 exemplaires vendus, et des ­livres, une douzaine de titres écoulés à plus de 250 000 exemplaires. Elle ­toucherait de 1 % à 8 % sur le produit de ces ventes. Il y a aussi la pub. Pour les cuisines Hygena, elle aurait empoché, selon Le Journal du Net, 200 000  euros en 2007. Elle est aussi sollicitée pour décorer des stands (au Salon du livre, par exemple) et créer des chambres pour enfants (pour Vert Baudet). L’intéressée se défend toutefois d’être devenue une business­ woman : « Je n’ai pas monté ma boîte comme Cyril Lignac. Je touche 10 000 euros par mois. C’est cool, mais je ne fais pas ce métier pour ça. Je continue à faire mes courses aux mêmes ­endroits, pas maquillée. » C’est dit ! J

Anniversaire Le 26 avril, sur M6, Valérie Damidot a fêté les 3 ans de son émission.

photos : m6

A

ux antipodes de la blonde inaccessible, Valérie Damidot c’est la bonne copine qui, truelle au poing et avec entrain, vient filer un coup de main aux gens, via son magazine « D&Co ». Il ne lui a fallu qu’une saison pour devenir la nouvelle star de M6 et l’une des animatrices ­préférées des Français, rassemblant une moyenne de 4,9 millions de fidèles ­devant ses prime times, la saison passée. « Lors des premières émissions, on ­disait : “Damidot, elle n’y connaît rien, elle ne fout rien. Ils sont cent cinquante sur le chantier.” Ceux qui sont venus nous voir sont repartis en s’excusant », se souvient-elle. La madone du Ripolin maintient le cap, même si l’audience ­accuse, cette année, une perte de 1,5 million de téléspectateurs lors des primes (ils rassemblent en moyenne 3,4 millions de fidèles). Une chute compensée par la stabilité des ­rendez-vous du dimanche, qui attirent 2,5  millions de fans. C’est d’ailleurs sur ce créneau dominical qu’elle a choisi de fêter les 3 ans de « D&Co », le 26 avril dernier, nous confirmant qu’elle serait sur la grille, en septembre, pour une quatrième saison. Journaliste pigiste à ses débuts, ­Valérie Damidot est engagée par ­Endemol en 1998, et travaille pour les émissions « Exclusif » et « Plein les

Grâce à « D&Co », elle est devenue,  en trois ans, une star de la télé et  une icône marketing. Par Delphine Germain

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la griffe du chat Par Philippe Geluck

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Le premier hebdo d'information du week-end

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