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The Sea // La mer Mamie adorait la mer. Elle avait grandi et passé une bonne partie de sa vie d’adulte au Maroc avant de venir s’enterrer en banlieue. Souvent elle me parlait des moments où elle allait à bicyclette avec ses sœurs a la plage, c’était avant que les militants pro-indépendance ne tendent des câbles en travers des rues où passaient les français, pour les faire tomber. Mamie n’était pas fâchée, mais il y a toujours eu un vide dans son cœur là où la mer aurait dû faire du bruit. C’était la mer du sud, avec les jeux de cartes, les promenades le soir pour manger les churros et la criée. Ça sentait l’iode et quand on était petits on allait au Café de la Gare, pas loin des canaux, et on avait droit à un coca ou une glace, mais jamais les deux. On jouait au flipper avec Papa, et sans faire exprès il m’écrasait les doigts très fort. Des fois en rentrant on avait du goudron sur les pieds, et alors il fallait les frotter avec du beurre. Mamie, quand elle était jeune, avait un prétendant grec qui voulait la demander en mariage. Alors il l’invitait souvent sur le port, pour manger une glace, sans jamais lui demander quel parfum elle voulait. Il lui commandait toujours une glace à la fraise, et Mamie détestait. Elle me racontait souvent cette histoire, l’histoire de Zimboulis, pour m’expliquer que c’est pas parce qu’on aime quelque chose que tout le monde aime. Je sais pas si Mamie a refusé de l’épouser parce qu’elle aimait pas la glace à la fraise. De toute façon moi non plus j’aime pas la glace a la fraise. Au Café de la Gare, pas loin des canaux, je prenais toujours une glace à la pistache, ou un coca, mais jamais les deux.

Mamie loved the sea. She grew up and spent a great deal of her adult life in Morocco before burying herself in the Parisian suburbs. She would often tell me about the times when she rode her bicycle with her sisters to go to the beach. That was before the independence activists stretched cables across the streets where French people were cycling, to make them fall off their bikes. Mamie wasn’t cross, but there was always a certain emptiness inside her where the noise of the sea should have been. It was the Southern Sea, with the card games, the evening strolls leading to churros and fish markets. It smelt of iodine and when we were kids we used to hang out at the Café de la Gare, not far from the canals, and we could have a Coke, or an ice-cream, but we could never have both. We played pinball with Papa, and even if he didn’t mean to, he would crush my fingers with his own. Sometimes when we got home, our feet were covered in tar, and we had to rub them with butter. When Mamie was young, there was a Greek lad who meant to propose to her. He would take her out to the harbour to eat ice-cream, but never asked her which flavour she liked. He would always order a strawberry ice-cream, which Mamie hated. She often told me that story − the story of Zimboulis the Greek wooer − to teach me that it’s not because you like something that everybody else does. I never knew if it was because she didn’t like strawberry ice-cream that Mamie refused him. I don’t like strawberry ice-cream anyway. At the Café de la Gare, not far from the canals, I would order a pistachio ice-cream, or a Coke, but I could never have both. Margaux Portron, éditrice/editor


Vortex W

Vortex Webzine issue #1 - The Sea // La Mer - sept. 2012 if you have any questions, feel free to contact us : vortexwebzine@gmail.com


Webzine Sommaire/Summary

Edito p. 3

The sea, European tour // La mer, tour d’Europe p. 6

The Girl from the Bay // La Fille de la Baie p. 14

Down by the Jetty Blues p. 21

Mobilis in Mobile p. 22

Vingt mille lieues sous les mers // Twenty-thousands leagues under the sea p. 27

Portraits p. 28

La memoire de la mer p.29

Pirates, illustration p.30

Fishtival p.32


The sea, European tour

l La mer, tour d’Europe

Claire Dunaud - Suède // Sweden - Nov. 2010 clairedunaud.tumblr.com


RĂŠmy Lerebour La Manche // English Channel 2010 halogenure. tumblr.com


CĂŠcile Armand - Bretagne // Britany, France - Jul. 2012 cecilephotography.tumblr.com


0livier 4rroyo - La Gravière, Hossegor - France - 2009 www.845k.com


top/haut Francesco Luciani - Costa Brava, Catalogne flickr.com/photos/francescolucianiphotography

bas/bottom Anthony Herbin - Marseille, France - 2012 flickr.com/photos/blurryblot


ClĂŠment BĂŠraud Croatie // Croatia - 2011 clementberaud.com


Olivier Donadieu - 2011 haut/top Sicile // Sicily bas/bottom Syrie // Syria olivierdonadieu.photoshelter.com


The Girl from the Bay La Fille de la Baie - Black Rock Beach, Melbourne - sept. 2012 images : sabine legrand sabinelegrand.carbonmade.com model/modèle : Ellie Cocker (London management) stylisme : Greg Dennis make up & hair/maquillage et cheveux : Kylie Fenech


designers credit lace dress : Lady Petrova - Teen Romance Dress hat from Madame Virtue&Co, laces body from H&M black and white striped dress : Leopold - Razorback stripe dress green shift dress : Leopold - limited edition Joan dress sunnies : vintage


Down by the jetty blues Dr Feelgood, Album Primo I’m going down by the jetty Tonight the tide is high It’s tankers in the channel laying Flames up in the sky I’m going down by the jetty (Be)fore I leave this world behind ‘Cause that oil slick on the water Is band to ease my worried mind My face is slowly burning My eyes are turning red In the shadow of the refinery, baby Tonight I’ll make my bed I’m going down by the jetty (Be)fore I leave this world behind (Fore I leave this world behind) ‘Cause that oil slick on the water Is band to ease my worried mind

The air is filled with poison The sea is thick with grease Somewhere in this hell on earth I’ll surely get some peace With one foot on the water And one foot on the pier I’m ready for the next world To get me outta here I’m going down by the jetty (Be)fore I leave this world behind ‘Cause that oil slick on the water Is bound to ease my worried mind Bye bye, cruel world...


mobilis in


n mobile


Vingt Mille Lieues Sous Les Mers Vingt mille lieues sous les mers, Jules Verne - 1870 Partie 1, Chapitre XII: Tout par l’électricité. “Monsieur, dit le capitaine Nemo, me montrant les instruments suspendus aux parois de sa chambre, voici les appareils exigés par la navigation duNautilus. Ici comme dans le salon, je les ai toujours sous les yeux, et ils m’indiquent ma situation et ma direction exacte au milieu de l’Océan. Les uns vous sont connus, tels que le thermomètre qui donne la température intérieure du  Nautilus  ; le baromètre, qui pèse le poids de l’air et prédit les changements de temps  ; l’hygromètre, qui marque le degré de sécheresse de l’atmosphère ; le storm-glass, dont le mélange, en se décomposant, annonce l’arrivée des tempêtes ; la boussole, qui dirige ma route ; le sextant, qui par la hauteur du soleil m’apprend ma latitude  ; les chronomètres, qui me permettent de calculer ma longitude ; et enfin des lunettes de jour et de nuit, qui me servent à scruter tous les points de l’horizon, quand le Nautilus est remonté à la surface des flots.”

Twenty-thousands leagues under the sea, Jules Verne - 1870 Part 1, Chapter 12: Everything through electricity. “Sir” Captain Nemo said, showing me the instruments hanging on the walls of his stateroom, “these are the devices needed to navigate the Nautilus. Here, as in the lounge, I always have them before my eyes, and they indicate my position and exact heading in the midst of the ocean. You’re familiar with some of them, such as the thermometer, which gives the temperature inside the Nautilus; the barometer, which measures the heaviness of the outside air and forecasts changes in the weather; the humidistat, which indicates the degree of dryness in the atmosphere; the storm glass, whose mixture decomposes to foretell the arrival of tempests; the compass, which steers my course; the sextant, which takes the sun’s altitude and tells me my latitude; chronometers, which allow me to calculate my longitude; and finally, spyglasses for both day and night, enabling me to scrutinize every point of the horizon once the Nautilus has risen to the surface of the waves.”


La mémoire et la mer Léo Ferré

Album Amour, Anarchie Vol.1.

Et le diable des soirs conquis Avec ses pâleurs de rescousse Et le squale des paradis Dans le milieu mouillé de mousse Reviens fille verte des fjords Reviens violon des violonades Dans le port fanfarent les cors Pour le retour des camarades Ö parfum rare des salants Dans le poivre feu des gerçures Quand j´allais, géométrisant, Mon âme au creux de ta blessure Dans le désordre de ton cul Poissé dans des draps d´aube fine Je voyais un vitrail de plus, Et toi fille verte, mon spleen

La marée, je l´ai dans le cœur Qui me remonte comme un signe Je meurs de ma petite sœur,de mon enfance et de mon cygne Un bateau, ça dépend comment On l´arrime au port de justesse Il pleure de mon firmament Des années lumières et j´en laisse Je suis le fantôme jersey Celui qui vient les soirs de frime Te lancer la brume en baiser Et te ramasser dans ses rimes Comme le trémail de juillet Où luisait le loup solitaire Celui que je voyais briller Aux doigts de sable de la terre

Les coquillages figurant Sous les sunlights cassés liquides Jouent de la castagnette tans Qu´on dirait l´Espagne livide Dieux de granits, ayez pitié De leur vocation de parure Quand le couteau vient s´immiscer Dans leur castagnette figure Et je voyais ce qu´on pressent Quand on pressent l´entrevoyure Entre les persiennes du sang Et que les globules figurent Une mathématique bleue, Sur cette mer jamais étale D´où me remonte peu à peu Cette mémoire des étoiles

Rappelle-toi ce chien de mer Que nous libérions sur parole Et qui gueule dans le désert Des goémons de nécropole Je suis sûr que la vie est là Avec ses poumons de flanelle Quand il pleure de ces temps là Le froid tout gris qui nous appelle Je me souviens des soirs là-bas Et des sprints gagnés sur l´écume Cette bave des chevaux ras Au raz des rocs qui se consument Ö l´ange des plaisirs perdus Ö rumeurs d´une autre habitude Mes désirs dès lors ne sont plus Qu´un chagrin de ma solitude

Cette rumeur qui vient de là Sous l´arc copain où je m´aveugle Ces mains qui me font du fla-fla Ces mains ruminantes qui meuglent Cette rumeur me suit longtemps Comme un mendiant sous l´anathème Comme l´ombre qui perd son temps À dessiner mon théorème Et sous mon maquillage roux S´en vient battre comme une porte Cette rumeur qui va debout Dans la rue, aux musiques mortes C´est fini, la mer, c´est fini Sur la plage, le sable bêle Comme des moutons d´infini... Quand la mer bergère m´appelle


illustration : Daniel Goria - danigodia.blogspot.com.es next page/pagesuivante images : Margaux Portron Camille Ballouche - Corse // Corsica 2012


Vortex  

This month Vortex can't believe summer is over and gets in its swimsuit. From Sweden to Syria, our photographers have been inspired by the s...

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