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Volume 12

| Numéro 1 | Été 2014

Îsle-Verte

23 janvier 2014

Mégantic 2e partie

Question de fibres

Drogues au volant

p. 4 à 7

p. 12

p. 20 à 23


Dans ce Numéro

Et nous réagissons de diverses façons pour gérer ce stress, qui n’est pas nécessairement unique à notre domaine : par l’humour noir, assez répandu (on pourrait même dire généralisé) dans nos locaux; en effectuant des tâches dites « normales », pour nous rappeler que nous sommes des humains comme les autres; en participant à des activités qui nous détendent, nous instruisent, nous font rire, nous permettent de rencontrer des amis et de nous sentir heureux ou tout simplement bien dans notre peau, de nous éloigner, ne serait-ce que temporairement, de ce que nous vivons dans notre travail quotidien. Ce numéro du Voir-Dire correspond bien à cette dichotomie. La suite de notre article sur Lac-Mégantic confirme que ce n’est pas uniquement le personnel du secteur de Médecine légale qui a été affecté par ce désastre. Et lorsque s’est produite l’incendie de L’Isle-Verte, une répétition, mais dans des

conditions climatiques tout à fait opposées; nous avons obtenu les commentaires personnels d’un des spécialistes concernés par le travail sur le terrain, qui nous décrit comment il a réagi à cette situation.

Photo de la couverture par : La Sûreté du Québec

Nous avons des exemples de ce que nous faisons pour nous détendre : le Club de lecture indiquant nos goûts multiples en matière de livres intéressants; le Club de tricot qui illustre bien notre désir de nous impliquer socialement, tout en effectuant des tâches agréables en bonne compagnie; la poursuite de l’amélioration de notre travail (les techniques Kaizen); etc.

Rédacteur en chef Denis Cimon - dcimon75@gmail.com Direction artistique/Graphisme Thierry Marcoux - thierry.marcoux@msp.gouv.qc.ca Mise en page Nabil Laham - nabil.laham@msp.gouv.qc.ca Équipe de rédaction Isabelle Loranger - isabelle.loranger@msp.gouv.qc.ca Vahé Sarafian - vahe.sarafian@msp.gouv.qc.ca Vickie Mercier - vickie.mercier@msp.gouv.qc.ca Zineb Bahi - zineb.bahi@msp.gouv.qc.ca

Je vous invite à découvrir toute la richesse développée par VOS efforts en parcourant ce numéro du printemps 2014 du Voir-Dire, le magazine du LSJML.

Révision linguistique et correction Denis Cimon - dcimon75@gmail.com Isabelle Loranger - isabelle.loranger@msp.gouv.qc.ca Direction Photo Thierry Marcoux - thierry.marcoux@msp.gouv.qc.ca

Bonne lecture et à bientôt! Denis Cimon Rédacteur en chef

Collaboration rédaction / photographies Y. Dazé, S. Noël, J. Tessier, L. Lavergne, J. Houde K. Thibodeau, É. Viel, S. Roy, A. Tremblay, D. Angeles J. Prévost, S. Auger, I. Dumais, M. Boissonneault, Sûreté du Québec

Thierry Marcoux

Quel que soit notre rôle à l’intérieur du Laboratoire, nous sommes régulièrement confrontés à des situations difficiles. Qu’il s’agisse d’un crime particulièrement crapuleux, de pièces spécialement écoeurantes ou simplement de situations qui viennent nous chercher personnellement, qui nous affectent dans ce que nous avons de plus fragile ou de plus sensible, notre travail nous amène toutes et tous à côtoyer des aspects plus sombres de la nature humaine.

VOLUME 12, NUMÉRO 1 ÉTÉ 2014

Le Voir-Dire est publié environ trois fois par année par le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale et distribué aux employés, aux retraités et aux différents contributeurs du LSJML. Toute correspondance peut-être adressée au: Voir-Dire, Équipe de rédaction,1701 rue Parthenais, 12ième étage, Montréal, Québec, CANADA H2K 3S7. Téléphone: (514) 873-3301 poste 61583. Adresse courriel: voirdire-lsjml@msp.gouv.qc.ca Tous droits réservés pour tous les pays. Toute traduction, adaptation ou reproduction de tout ou en partie par quelque procédé que ce soit est interdite sans l’autorisation de la Rédaction du Voir-Dire du LSJML. © Juin 2014 Voir-Dire, LSJML

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Thierry Marcoux Thierry Marcoux

Thierry Marcoux

Mots du DG

L’année du Centenaire Notre Laboratoire, le premier à voir le jour en Amérique du Nord, fête cette année son centième anniversaire de fondation; tout un exploit. Nous le fêterons avec beaucoup d’enthousiasme. D’ailleurs un comité d’organisation formé de collègues sous la direction de M. Jean Brazeau s’affaire depuis près d’un an déjà à mettre en place plein d’activités qui s’échelonneront au cours de l’année 2014. Toute une transition avec 2013. L’année qui vient de s’écouler aura été marquante pour le Laboratoire. En effet, nous avons dû faire face à deux tragédies majeures, sans précédent au Québec (Lac Mégantic et Isle Verte), et par lesquelles notre organisation s’est distinguée autant par sa compétence que par l’efficacité de ses équipes.

...

Le principal objectif de souligner le 100e anniversaire du LSJML vise à faire connaître notre organisation et les employés qui y travaillent, notre mission, nos mandats et notre rôle dans le système de justice au Québec. Il a pour but également de reconnaître le fait que notre Laboratoire est une organisation moderne, performante et dotée d’un personnel hautement qualifié disposant d’équipements scientifiques des plus modernes et à la fine pointe des nouvelles technologies. Enfin, il nous apparaît opportun de faire connaître aux principaux médias d’informations, notre Laboratoire et son personnel et leur permettre de visiter notre organisation lors d’une journée « Porte ouverte » réservé aux médias.

Le centième anniversaire du Laboratoire nous permettra de voir le chemin parcouru depuis le 26 juin 1914, date où le Dr Wilfrid Derome démarra un projet unique à son époque : la création du premier « Laboratoire de recherches médico-légales » en Amérique.

Je vous souhaite, en terminant, une année du centenaire heureuse, agréable et remplie de surprises.

Parmi les objectifs visés par la commémoration du centenaire du Laboratoire, il faut distinguer ceux qui touchent le personnel du LSJML (ancien et actuel) et leurs familles, la population en général et les médias d’information.

Yves ”Bob” Dufour

Bonne Année

À ce titre, parmi les activités prévues au cours de l’année, la plupart s’adresseront au personnel de notre organisation et leurs familles et d’autres aux médias.

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juillet 2013 2e partie

En Biologie/ADN De nombreuses personnes ont été impliquées au niveau de la Biologie/ADN dans le dossier de Lac-Mégantic. Diane Séguin et France Gingras, respectivement directrice et directrice adjointe aux opérations, participaient aux réunions avec le comité de Direction du Laboratoire et aux discussions téléphoniques avec le Bureau du coroner tous les matins. Elles ont rencontré tout le personnel de la Biologie/ADN pour les informer du déclenchement de l’opération Filet IV et de l’organisation des opérations qui allaient en découler. Diane assurait le suivi des réunions du comité de Direction du Laboratoire sous forme de compte rendu et a mis en place un tableau pour suivre l’évolution des identifications pour toutes les

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Filet IV Il y a environ 2 ans, en biologie, les administrateurs de la banque de données génétiques du Laboratoire ont reçu une formation sur l’utilisation d’un nouveau module du logiciel CODIS (Combined DNA Index System) dans sa version 7.0. Ce module vise à l’identification de victimes dans les cas de fatalités de masse, en misant sur la comparaison de profils obtenus de restes humains à ceux d’un groupe de profils intégrés au «  pedigree familial » d’une personne disparue. Jugeant qu’il vaut mieux battre le fer quand il est chaud et que cet outil pourrait s’avérer important si jamais une catastrophe survenait, Léo Lavergne et Dominique Roberge avaient entrepris de valider la méthode au cours de la dernière année, « juste au cas où ». Ce processus avait été terminé quelques mois seulement avant les événements tragiques de Lac-Mégantic! Le logiciel s’est finalement révélé fort utile en fin de ligne, après le travail sur le terrain et celui en laboratoire. Ce logiciel puissant permet en quelques clics de souris d’associer le bon échantillon à une famille. C’est ainsi que plusieurs d’entre elles ont pu trouver un peu de paix pour vivre leur deuil, pouvant s’appuyer sur des réponses fermes à travers tout ce chaos et cette tristesse infinie. Photo : Pascal Mireault LSJML

Dans notre dernier numéro, nous vous avons décrit le travail des professionnels de Médecine légale sur le site de Lac-Mégantic. Mais cette catastrophe a aussi affecté d’autres secteurs du Laboratoire : la Biologie/ADN, la Balistique, la Toxicologie et les Documents. Voici un aperçu de comment cela a été vécu par le personnel de ces secteurs.

Photo : Sûreté du Québec

Lac Mégantic


Mégantic les meilleures identifications possible, soit l’ADN des parents proches des victimes (parents, enfants, frères, sœurs) et les objets personnels des victimes si possible (brosses à cheveux, brosses à dents, etc.).

sections impliquées. Elle a aussi pris contact avec des Laboratoires externes pour des analyses plus poussées concernant certains os en mauvaise condition (New York, Thunder Bay et Bosnie). Elle est allée sur les lieux de la tragédie dans les premières semaines afin d’évaluer et de planifier le travail pour la suite, en collaboration avec les membres du Laboratoire et les autres intervenants, soit les enquêteurs et les membres du Bureau du coroner. Diane s’est à nouveau déplacée à Lac-Mégantic 6 semaines après l’événement afin de rencontrer les familles des personnes disparues et expliquer la complexité du travail des experts du Laboratoire. Elle a également participé à des entrevues de certains médias afin d’expliquer en quoi consistait le travail d’identification de l’équipe de la Biologie/ADN.

Josée H. s’occupait des prélèvements d’autopsie (sang, muscle, organes, os, etc.) et elle interagissait fréquemment avec les pathologistes et l’anthropologue Renée Kosalka. Elle a d’abord été à la morgue pour cibler ce qu’elle voulait comme prélèvements et combien d’échantillons il lui fallait par restes humains. Elle faisait un suivi avec les pathologistes pour leur indiquer quels prélèvements donnaient de bons rendements en ADN. Elle participait également aux discussions avec le Bureau du coroner concernant les ossements qui seraient traités au Laboratoire vs ceux à envoyer à l’extérieur.

Sonia s’occupait des prélèvements de référence (objets personnels et échantillons des familles) et elle a participé aux fouilles sur le terrain du 23 juillet au 1er août. La première semaine, elle était accompagnée de Yann Dazé et, les premiers jours, Jacques Jr Beauchemin était également présent. Josée et Sonia ont fait l’analyse des résultats obtenus, les calculs statistiques et écrit 36 rapports d’identification. Plusieurs autres biologistes ont été impliqués. Dominic Granger, France Mailly et Marie-Christine Théberge ont mis en place des normes statistiques appliquées à l’événement; Léo Lavergne, Josée Noël et Dominique Roberge ont utilisé le nouveau module Pedigree de CODIS 7.0 pour la vérification de liens familiaux; Caroline Paquet, Joana Dias et Sarah Noël ont aidé leurs collègues à différentes tâches (vérification, classement, etc.); Sarah Noël a aussi effectué une compilation des résultats obtenus en relation avec l’aspect et le degré de dégradation des échantillons reçus; Sarah Bourgoin chapeautait l’équipe technique et coordonnait 13 techniciens. Elle a aussi participé à la vérification des rapports.

Photos : Thierry Marcoux

France assurait le suivi des réunions du comité interne de la Biologie/ADN. Des rencontres quotidiennes avaient lieu entre France, Josée Houde et Sonia Roy (deux biologistes ayant une formation en désastre de masse) pour discuter des résultats obtenus. France a aussi vu à mettre en place des outils de travail (tableaux de résultats) pour suivre l’évolution des résultats en Biologie/ADN. En relation avec le Bureau du coroner, elle s’est occupée de bien cibler les échantillons de référence à recevoir afin de pouvoir faire

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La Une En Toxicologie

de Lac-Mégantic. Ils ont trouvé cela très stimulant et enrichissant. Ils étaient fiers d’y participer. Le travail d’équipe était senti, tant au niveau de la bio, qu’avec tous les autres secteurs. On peut dire que dans l’ensemble, tout s’est bien déroulé. Excellente prise en main du projet par Diane et France. Chapeau à tous!

En Balistique

Photo: Thierry Marcoux

Chantal Côté, agente de bureau, recevait les pièces (prélèvements d’autopsie et prélèvements de référence des disparus) tandis qu’Isabelle Loranger et Julie Tardif, secrétaires, faisaient la vérification et l’envoi des rapports d’expertises aux personnes concernées via Internet.

Les employés de la Biologie/ADN ont beaucoup aimé l’expérience FILET IV

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Érik Hudon a reçu une hanche artificielle d’une des victimes. La hanche en inox était carbonisée et, au départ, le numéro de lot était illisible. Érik l’a donc poli et a réussi à découvrir tous les chiffres dudit lot. De ce lot, il y avait 8 prothèses existantes dont 2 avaient été installées à l’hôpital de Lac-Mégantic. Grâce à la recherche de la personne possédant la 2e prothèse, on a pu confirmer l’identité de la victime. Ce fut la première victime identifiée dans ce dossier et Érik en est doublement fier!

Une partie des analyses visait à déterminer si certaines des victimes avaient été intoxiquées au monoxyde de carbone. En effet, un résultat positif implique qu’une personne a eu le temps de respirer l’air autour d’elle avant de mourir et donc qu’elle n’est pas morte sur le coup. Cette information peut être ensuite utilisée par les héritiers pour justifier une indemnité supérieure pour la souffrance accrue subie par la victime. Cependant, l’état des corps était tel que peu de résultats se sont avérés concluants, seules quelques victimes – surtout celles recouvrées au début – étant dans un état permettant ce genre d’analyse. Par la suite, la faillite de la MMA est venue rendre encore plus ardue les poursuites. S’il est vrai que cette tragédie a occasionné un léger surplus de travail en plein cœur de l’été, c’est resté malgré tout marginal, car les résultats des analyses ne servaient pas à

Photos : Pascal Mireault LSJML

Les treize techniciens (Catherine Maltais, Claire Bergeron, Annie Ciarlo, Isabelle Dumais, Manon Hébert, Halim Kazouit, Amélie Laporte, Catherine Lepage, Sébastien Mainville, Sylvain Raymond, Sara-Kim Rochette, Élisabeth Lebel et Mila Bakardzhieva) se sont réparti les différentes tâches, soit la réception des échantillons d’autopsie, l’aide aux prélèvements, la lyse cellulaire, la lyse cellulaire des échantillons d’os, l’extraction d’ADN, l’extraction au phénol des os, le dosage, l’amplification des échantillons, l’électrophorèse et l’analyse des résultats.

La Toxicologie a également été impliquée dans la tragédie de Lac-Mégantic, effectuant des analyses pour un total de 36 victimes. Comme on croyait au début que seulement quelques cas seraient traités, il avait été décidé de tous les confier au même professionnel, à savoir Édith Viel. Rendu au 17e dossier, il y a eu une modification et tout le Service a finalement été mis à contribution, à divers degrés.


identifier les victimes et qu’il n’y avait donc pas la même urgence à sortir les résultats que celle vécue par d’autres secteurs.

de conséquences létales, n’était pas en soi plus pénible à lire que beaucoup d’autres dossiers reçus régulièrement dans la section.

En Documents L’apport de la section Documents a été très marginal, s’étant résumé à la tentative de relecture de cartes d’identité dans un portefeuille carbonisé récupéré dans les décombres. Malgré tout, ce travail a permis de recouvrer partiellement plusieurs informations et ainsi de confirmer l’identification de la victime en question. Claude Boisvert, qui s’est occupé du dossier, a quand même pu ressentir la fébrilité et l’urgence qui se dégageait de l’atmosphère entourant le dossier, surtout lorsqu’il est allé récupérer les pièces au sous-sol. Isabelle Loranger et Vickie Mercier

Commentaires des gens Mon implication dans Lac-Mégantic a été

D’un point de vue humain, s’il est évident que les personnes auxquelles j’ai parlé ont été touchées par la catastrophe de la même façon que tous les citoyens du Québec, les dossiers liés à la tragédie n’ont pas été, eux, plus lourds à traiter émotivement. Ainsi, la plupart des victimes étaient simplement identifiées par un numéro et le résumé des événements, bien qu’absolument disproportionné en termes

minime (compilations et vérification de dossiers), mais ce fut très motivant de travailler sur ce dossier. Ça me faisait réellement plaisir de faire quelques heures de plus pour donner un coup de main à Sonia et Josée H. et contribuer aux efforts de l’équipe d’identification. Sarah Noël

Roberge, pour mettre en place les index nécessaires et tester son bon fonctionnement. Nous avions terminé le tout en mai si je me souviens bien. Sans cela l’identification aurait imposé plus de travail pour certains des cas. Par contre dans Mégantic nous avions beaucoup d’objets personnels des disparus, ce qui amène une identification directe et la recherche par arbre généalogique (pedigree) n’est pas aussi nécessaire qu’elle l’a été pour L’Isle-Verte où les objets personnels ont été emportés avec les victimes et où les odontologistes n’ont eu que peu de dents!!! Nous avons donc eu le sentiment d’être très utiles, Josée Noël et moi (Dominique en vacances), à notre place avec notre technologie de pointe fonctionnelle pour offrir un bon service rapide et efficace. Ce genre de travail donne davantage un sentiment de service public et de satisfaction personnelle. Léo Lavergne

Le mandat dans Lac-Mégantic était totalement différent des dossiers habituels. Il venait chercher la fibre humanitaire en moi. Josée Houde

Pour moi et mes autres collègues de la banque, Lac-Mégantic a été tout un baptême de feu... sans jeu de mots. C’était la première fois que nous utilisions les fonctions de la banque dans sa version CODIS 7.0 avec les recherches de Pedigree pour les désastres de masse. Ces nouvelles fonctions intégrées dans CODIS nous ont été livrées environ un an avant les événements et à quelques reprises durant l’année j’ai travaillé à la validation du système avec Dominique

J’ai trouvé l’expérience extrêmement enrichissante et stimulante. La disponibilité des collègues de travail a été d’une grande utilité. Ce fut un beau travail d’équipe. Je suis très fière d’avoir participé à ce dossier si particulier et d’avoir pu aider à identifier des victimes. Sonia Roy

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L’Îsle-Verte Photos: Sûreté du Québec

23 janvier 2014

Jeudi 23 janvier de l’an de grâce 2014. Je suis un gars d’habitudes, de routine. Ce matin-là, le réveil sonne à 5h, comme d’habitude. Je me lève et j’ouvre la TV à LCN, comme d’habitude. Le visage de Jean-François Guérin, comme d’habitude. Un incendie quelque part cette nuit, comme d’habitude. Plus de 30 morts, comme d’hab... Non. Non. NON. Ils se trompent. Ça se passe où? Han ouin, au Québec? L’Isle-Verte? WTF. C’est où ça?

Coups de fil à mes collègues pour organiser l’équipe, vite vite au Labo pour récupérer un peu de matériel, je prends le camion de scène et je passe chercher Jean-Luc (que nous avons, Pascal et moi, tiré de son sommeil profond… Jean-Luc et moi sommes l’exact opposé au niveau des horaires de travail!) et nous filons via la 20, direction L’Isle-Verte. On roule vite, parce que je sais pertinemment que la SQ n’est pas super patiente (pas l’une de leurs principales

Je me revois encore, planté comme un idiot au milieu de mon salon, vivant les 5 phases du deuil de Kübler-Ross en accéléré. Ça ne peut pas être vrai. Ça ne se passe pas ici. Je rêve encore. Merde, ça se passe ici. Merde. Merde. MERDE!!! PAS ENCORE! On vient à peine de sortir de Mégantic, give me a break! OK, on pourrait peut-être s’arranger pour que ça aille vite, qu’on ne fasse que quelques cas en autopsie, ils ne doivent pas être si brûlés que ça, non? Ben non idiot, regarde les images, ça a flambé pas à peu près… OK, je retourne me coucher en position fœtale, full depress. Coup de fil de Pascal Mireault à 5h30 qui me tire de ce tourbillon sans fin. Bien sûr que je suis disponible pour me rendre sur la scène. J’ai manqué le début de Mégantic (pas pire pour la personne responsable des désastres de masse en médecine légale…), pas question que je manque cet événement-ci.

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qualités…) et que si nous tardons trop, le travail aura commencé sans nous… Bon, peut-être pas aussi vite que la balistique (ben quoi, vous viendrez pas me faire croire que Guillaume Arnet, pilote de drone de son état, ou Gilbert Desjardins, au volant de


La Une sa rutilante Mercedes, roulent à 100 km/h sur l’autoroute!). Coup de chance, on se fait dépasser par des enquêteurs de la SQ que je connais bien et qui montent eux aussi à L’Isle-Verte; je les appelle et ils acceptent de nous ouvrir le chemin! C’est donc à la hauteur de Drummondville que j’ai appris que le camion de scène est barré à 135 km/h…

On arrive finalement vers 11h. Pendant près de 5h de trajet, je me suis fait plein de scénarios. Mais la vue de la scène les a tous fait fondre comme neige au soleil. Tout est figé dans la glace. Vous avez vu les photos… Sinon, eh bien allez les voir. De la glace. Beaucoup de glace. Plusieurs pouces de glace. Comment va-t-on faire… Et ça fume encore. La scène n’est même pas encore libérée par les pompiers, nous n’y avons donc pas encore accès. Autre profond moment de découragement…

la fouille terrain, et nous faisons de nouvelles rencontres. Notre réputation nous précède, mais nos preuves sont toujours à faire, à recommencer. On se doit d’être un élément facilitateur, une ressource, pas un « empêcheur de tourner en rond ». « Yann, nous pensions procéder comme ça, qu’en penses-tu? » « Jean-Luc, estce que les recherches sont assez minutieuses? » D’emblée, nous jetons les bases qui nous serviront pendant 10 jours. Ça a flambé fort, nous retrouverons probablement des corps dans des états de conservation divers, certains complets, mais d’autres qui pourraient ressembler à ce qui fut retrouvé à Mégantic (même si je n’y crois pas vraiment). Malheureusement, l’avenir nous donnera raison. On doit donc procéder lentement, minutieusement, ne passer à côté de rien. Certains l’ignorent, mais il y a eu deux phases à Mégantic, la deuxième pour « refaire » des maisons qui avaient déjà été fouillées, mais où personne n’avait été retrouvé, même si l’enquête disait le contraire. On ne veut pas de ça. Pas de phase 2. Une seule phase, lentement mais sûrement, et quand ce sera terminé, ce sera terminé. Une fois bien équipés (après quelques jours à avoir crevé de froid avec nos vêtements de scène non adaptés à du -40oC avec le vent!) et bien logés (après une horrible nuit dans un motel miteux sur le bord de la 132, Pascal nous a déniché un joli « Bed and Breakfast » tout à fait confortable!), j’ai retrouvé une certaine forme de routine… Levé à 6h (pour moi, la grasse matinée! Mais parlez-en à JeanLuc !), sur la scène vers 7h, on fouille, on creuse, on s’excite quand on trouve, on se décourage (un peu) quand on ne trouve pas…

On en profite donc pour s’installer. L’école primaire locale est prise d’assaut par la SQ, par la Sécurité civile, par la Croix-Rouge, par le Bureau du coroner, etc. On se fait une place, avec notre « allié » naturel, le Bureau du coroner. Après tout, nous travaillerons en étroite collaboration. Jean-Luc et moi commençons à passer nos commandes. Nous aurons besoin de matériel et d’équipement, bien plus que ce que nous avons amené. Et vers la fin de l’aprèsmidi, toujours en ce 23 janvier, nous nous rendons sur la scène et y entamons les recherches. On s’aperçoit tout de suite de l’expérience tirée de Mégantic. Tout est plus fluide, mieux rodé, même si un désastre de masse est toujours un capharnaüm dans les premières heures. Nous trouvons, Jean-Luc et moi, notre place naturelle. On reconnaît quelques visages parmi les policiers de la SQ qui s’occuperont de

45 minutes pour dîner, fermeture de la scène vers 16h30, ce qui ne clôt pas la journée toutefois, puisque suivent des «  débriefings  » avec le Bureau du coroner d’abord (qui abattent une job colossale de leur côté…), puis avec le Poste de commandement de la SQ

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Photos: Sûreté du Québec

et les autres partenaires (certains d’entre vous commencent à me connaître, je n’ai pas attendu d’invitation pour aller m’y asseoir, nous sommes un partenaire important et nous devons être là à la fin de la journée). On quitte généralement vers 18h30 ou 19h, retour au gîte, rapide souper et au pieu! Ça recommence demain…

Avant d’oublier, il faut, dans notre métier, rester humble et reconnaître que nous avons parfois besoin d’aide. Après deux jours, quand nous avons commencé à sortir les corps calcinés, nous avons réalisé, Jean-Luc et moi, que nous allions avoir besoin d’aide. On appelle donc Renee Kosalka, notre anthropologue consultante, en renfort. Nous nous félicitons encore aujourd’hui de cette décision. Elle a fait un travail formidable, parfois sur la scène, pour nous aider à lever un corps particulièrement calciné et fragmenté, souvent dans la morgue temporaire, une grande tente mise à notre disposition par la SQ pour procéder à des examens préliminaires (j’en effectuerai personnellement 3, ce qui nous sauvera d’une autopsie, et Renee travaillera sur plusieurs cas, sauvant du temps une fois le corps arrivé au LSJML…). On se serait cru dans un hôpital militaire de campagne… Cette scène aura duré 10 jours. 12h ou 13h par jour, dans des conditions climatiques difficiles. Mais pas question de se plaindre. Au Labo, ça travaille tout aussi fort que nous, en plus de se charger du volume habituel. On ne travaille pas plus fort, simplement différemment. Sur la scène, les policiers et les pompiers travaillent tout aussi fort, et même plus, que nous. Mais on doit sortir de notre zone de confort. Naviguer en eaux troubles, s’ajuster, changer 100 fois de stratégie et s’adapter aux imprévus. La scène est terminée, les autopsies sont faites, les analyses achèvent. Qu’en reste-t-il? Pour moi, une extraordinaire expérience. Professionnelle oui, mais surtout humaine. Pour qui l’ai-je fait? Pas

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pour ma photo dans le journal, pas parce que c’était ma job d’être là. Pour les 32 personnes qui y sont mortes, et leur famille. Pour ceux et celles dont la photo était affichée dans le « PC famille », un lieu de recueillement mis sur pied par la SQ et le Bureau du coroner pour les familles, un lieu que je n’ai pas visité. Pourquoi? Premièrement, parce qu’on ne me l’a pas demandé. Heureusement. Mais aussi, parce que la charge émotionnelle est déjà assez forte. Pour me protéger. Parce que, même si je dis parfois le contraire ou que je fais comme si, je n’ai pas un cœur de pierre. J’ai donné le meilleur de moi-même pour que ces gens que je ne connais pas, ces pères et mères, grands-pères et grands-mères, frères et sœurs, reposent en paix, et que leurs familles vivent sereinement leur deuil. Juste pour ça. Je n’ai pas besoin de voir leur photo, de parler à leurs familles pour savoir pourquoi je l’ai fait. J’ai en souvenir ce que j’ai vécu, avec qui je l’ai vécu, des hommes et des femmes, pathologiste, anthropologue, gestionnaire, coroners, pompiers et policiers, des gens de grande valeur, qui me redonnent foi en la race humaine, moi qui en manque souvent cruellement, quand je vois de quoi l’Homme est capable. Du pire, mais également du meilleur. Et ce souvenir me suffit. Yann Dazé


Concours Photo

Concours photo Le Voir-Dire vous invite à participer à son sixième Concours Photo Ouvert à tous les employés et retraités du LSJML (à part l’équipe du Voir-Dire, bien sûr!)

Sujet :

Les modes de transports ! Pour participer, vous devrez présenter des photographies évocatives qui font ressortir un ou plusieurs moyens de transport. Que vous soyez à bord ou que vous en captiez l’image sur la route, en l’air ou sur mer il sera important que le moyen de transport soit le sujet principal. Le Jury ne souhaite pas recevoir des images dépourvues d’originalité, sans intérêt ni émotion. La préférence sera accordée aux photos où se manifestent l’atmosphère, la lumière, le moment saisi et le mouvement où l’originalité et le respect du thème des déplacements se dégagent.

Format :

Numérique – maximum de 3 photos par personne

Prix :

Accessoires photographiques (gracieuseté de Royal Photo)

Produits de bureau divers (gracieuseté de Staples)

Agrandissements photos (gracieuseté de l’Imagerie)

Jury :

Équipe du Voir-Dire

Critères : Vous devez être l’auteur des photos que vous soumettez et vous devez avoir la permission des gens qui figurent sur celles-ci afin que leurs photos soient publiées Respect du thème et originalité du sujet

Qualités techniques (cadrage, mise au point, éclairage, contraste, netteté, etc.)

Qualités esthétiques (composition, harmonie des couleurs et des éléments, évidence du sujet, etc.)

Date limite : Le 25 août 2014

Les photos gagnantes paraîtront dans le Voir-Dire d’automne 2014.

Alors… à vos clics ... partez!

Envoyer les photos à: voirdire-lsjml@msp.gouv.qc.ca

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QUESTION DE F Tout a commencé par un coup de fil. Une enquêteure téléphone à André Tremblay pour discuter de la pertinence de lui faire parvenir des pièces dans un dossier d’agression sexuelle. La victime dit avoir été agrippée par derrière (« la prise de l’ours ») et que le devant de son manteau présente des traces provenant du manteau du suspect. Il s’agit donc d’un dossier de transfert et André doit en premier lieu s’assurer que toutes les conditions sont remplies pour que les résultats puissent être significatifs.

Tout d’abord, la victime et le suspect n’habitent pas ensemble; dans un même appartement, leurs manteaux pourraient facilement avoir été en contact l’un avec l’autre. Ensuite, la victime et le suspect n’ont pas d’activités communes, c’est-àdire des lieux où des transferts pourraient avoir eu lieu; par exemple, il ne s’agit pas de collègues de travail ou de membres d’un même club de sport, partageant un vestiaire. Dernièrement, les manteaux doivent présenter des caractéristiques ayant un potentiel d’unicité; dans ce cas-ci, d’après la description de l’enquêteur, cela semble être le cas.

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Le dossier entre donc au Laboratoire en janvier 2011 et la première action d’André est d’examiner en profondeur les deux manteaux afin de déterminer la meilleure approche d’analyse. Le manteau de la victime est de couleur mauve, au fini feutré/brossé et, selon l’étiquette, il est composé d’un mélange de fibres (laine, polyester, acrylique, rayonne, nylon et coton), toutes caractéristiques qui en font un excellent donneur de fibres pour une analyse de transfert. Il présente aussi des traces poudreuses de couleur beige sur le rabat gauche. André décide d’utiliser la technique du « taping » (voir encart) pour recueillir les éléments potentiellement transférés d’un manteau à l’autre. Il faut agir avec précaution si on veut que les résultats soient probants; après tout, les deux manteaux ont déjà subi de nombreuses manipulations par les policiers, avant d’arriver au laboratoire. Par conséquent, les pièces provenant de la victime et du suspect sont traitées dans des salles

différentes (pour qu’il n’y ait aucun contact entre elles) et à des journées différentes (pour que l’analyste ne soit pas une source indirecte de transfert). Dix bandes adhésives numérotées sont apposées à différents endroits sur le manteau de la victime (avant gauche, avant droit, rabat droit, rabat gauche, collet intérieur, manche droite, manche gauche, dos gauche, dos droit, collet extérieur). La seconde pièce, le manteau du suspect, est en cuir brun, au fini suède légèrement usé, avec un intérieur en mouton;

l’extrémité des manches est rabattue, dégageant la bordure en mouton vers l’extérieur. Il s’agit donc aussi d’un bon candidat pour un transfert potentiel de fibres ou d’autres traces. À nouveau, des bandes adhésives numérotées sont apposées à différents endroits. Un total de neuf bandes est utilisé pour le manteau du suspect (avant droit, avant gauche, bordure du bras droit, bras droit, bordure du bras gauche, bras gauche, bordure avant au bas du manteau, rebord intérieur de la fermeture éclair du côté


FIBRES droit, rebord intérieur de la fermeture éclair du côté gauche). Suite à l’examen des bandes, les éléments recueillis sont les suivants : -

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sur les deux bordures en mouton et sur le bras droit du manteau du suspect, on trouve de très nombreuses fibres de couleur mauve, ayant la même apparence visuelle que celles prélevées sur le manteau de la victime; bien que l’examen microscopique des bandes soit axé sur la recherche de fibres sur le manteau du suspect, deux particularités attirent l’attention du spécialiste : 1- le cuir au fini suède laisse de fins résidus noirâtres sur les bandes adhésives et, 2- sur la bordure en mouton du bras droit, on retrouve des traces poudreuses de couleur beige; - sur toutes les surfaces du manteau de la victime (sauf le collet), on retrouve plus d’une cinquantaine de résidus noirâtres ayant la même apparence visuelle que des résidus observés sur les bandes associées au manteau du suspect; on trouve aussi (sur le rabat gauche) des traces poudreuses de couleur beige semblables à celles présentes sur la bordure en mouton du manteau du suspect.

Faisant suite à ces premiers résultats prometteurs, André procède alors à différentes analyses physico-chimiques pour comparer les diverses traces recueillies. Les traces poudreuses sont analysées par microscopie et par spectroscopie FTIR (Fourier Transform Infra Red); les résidus noirâtres par spectroscopie FTIR et, après extraction des colorants, par

chromatographie sur couche mince (TLC - Thin Layer Chromatography); les fibres sont d’abord isolées et regroupées par types, puis caractérisées par microscopie, par microspectrophotométrie et par spectroscopie FTIR. Des analyses similaires sont aussi effectuées sur des cosmétiques provenant de la victime pour tenter de poursuivre l’identification. Les analyses confirment la correspondance entre les éléments retrouvés sur les deux manteaux. Les résidus noirâtres sont des morceaux de cuir provenant du manteau du suspect; les fibres de couleur mauve

Science Judiciaire La technique du «  taping  » consiste à appliquer des bandes adhésives sur la surface d’un objet à analyser, afin d’y prélever des éléments pouvant y avoir été transférés d’un autre objet. Les bandes sont numérotées et spécifiquement localisées, pour être en mesure de reconstituer le mode de transfert. Bien que facilement adaptable aux innombrables situations auxquelles peut faire face le spécialiste, la méthode a été très abondamment testée, validée et normalisée par les spécialistes de la Belgique, de l’Institut National de Criminalistique et de Criminologie (INCC). À chaque dossier, le professionnel doit déterminer, selon la description du cas et les témoignages des personnes impliquées, la pertinence de la méthode (i.e. les pièces en question sont-elles propices à être des donneurs ou des récepteurs de fibres ou d’autres matériaux), le nombre de bandes à appliquer, où les placer et, selon les éléments recueillies, quelles analyses effectuer. De plus, cette technique peut aider au prélèvement de fibres sur des surfaces difficiles à analyser autrement. Par exemple, André Tremblay s’en sert pour recueillir les fibres isolées de teinte pâle sur un couteau : comme il est presque impossible de voir les fibres sur une surface luisante et claire comme une lame, il est plus pratique de faire le prélèvement par bande adhésive dans un premier temps, puis de visualiser/caractériser ensuite les fibres recueillies en les regardant sur un fond blanc (ou noir, selon leurs caractéristiques).

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Science Judiciaire proviennent du manteau de la victime. Les traces poudreuses sur les deux manteaux ont une même composition chimique; même si on ne peut les relier aux produits utilisés par la victime, il s’agit quand même d’un transfert corroborant la description de la victime. Comme le suspect l’a agrippé par derrière, son bras aurait glissé sur le visage de la victime avant de se retrouver sur le devant de son manteau, transportant ainsi des traces de cosmétiques du visage de la victime à la manche du manteau du suspect, puis sur le devant du manteau de la victime. Le rapport a été envoyé à l’enquêteure en mars 2011, indiquant un lien par transfert entre les manteaux du suspect et de la victime. Précisons qu’il y a eu également dans ce dossier des analyses d’ADN, mais

Club de tricot du LSJML

Le 14 décembre dernier, nous avons participé à la Guignolée du Dr Julien. Nous ne sommes pas frileuses de nature, mais étant donné qu’il faisait -39°C avec le facteur éolien et l’humidité relative, nous n’avons survécu que 50 minutes dehors. Nous avons tout de même remis les 445$ de la vente des Artisans, une vingtaine d’ensembles tuque-foulard et nous

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le suspect. C’est souvent le cas dans ce type de dossiers; malgré que le Laboratoire en reçoive peu, l’analyse de fibres est souvent importante pour la suite du dossier (que les résultats soient positifs ou négatifs) parce qu’il s’agit de faits non-négligeables et, selon l’expression du procureur, « très révélateurs ».

quelles se sont avérées négatives. Deux années plus tard, en début 2013, André a reçu une assignation à comparaître dans ce dossier mais n’a pas eu à témoigner : le suspect a plaidé coupable. La procureure a mentionné à André qu’elle avait été très emballée par les résultats de l’expertise et la force des résultats exprimés, puisqu’il s’agissait de la seule preuve formelle contre

avons eu le plaisir de rencontrer Claude Lafortune, alias « L’Évangile en papier », ainsi que le Dr Julien. Petite anecdote… : il faisait tellement froid que, pour réussir à prendre des photos où nous pouvions voir le visage des gens photographiés, nous retenions notre respiration le temps de la pose! Dès notre entrée au chaud, nous avons pleinement apprécié notre soupe, qui nous a permis de récupérer la sensation dans nos extrémités. Depuis le 15 janvier, les rencontres hebdomadaires ont recommencé. Le club regroupe maintenant sept employées du Laboratoire. Nous faisons trois types de pantoufles différents. Si vous voulez des pantoufles, au coût de 10$, communiquez avec nous, afin que nous puissions prendre votre commande.

D’ailleurs, ce cas a été jugé suffisamment intéressant pour faire l’objet d’une communication scientifique par André, lors de la dernière rencontre de l’Association des Laboratoires Fibres Francophones (ALFF), au Laboratoire de Recherches et d’Analyses Techniques et Scientifiques (LARATES) de la Gendarmerie Royale Marocaine à Rabat, Maroc au printemps 2013. Denis Cimon

Les profits seront remis à un groupe d’entraide pour femmes ou à la fondation du Dr Julien. Ce sera choisi selon la production des participantes et selon les sommes amassées.

Le groupe est ouvert donc si vous entendez l’appel du « Phentex » ou des aiguilles, vous pouvez vous joindre à nous à tout moment! Jolyne Tessier et Karine Thibodeau Co-responsables


Défi Kaizen « Kaizen », petit mot japonais qu’on peut traduire par « bon changement ». Cette philosophie de gestion prône l’amélioration continue et l’accroissement de la productivité par le biais de la satisfaction individuelle des travailleurs et la réduction des sources de gaspillage. Pour améliorer la performance, le climat doit être détendu, le travail en équipe fluide et les irritants diminués au minimum. Le travailleur est donc le premier consulté et devient l’expert-conseil dans l’élaboration des solutions souhaitables.

Retour sur ce défi passionnant.

L’automne a servi de préparation à l’atelier lui-même. Dès le début octobre, on nomme une chargée de projet et deux conseillers externes spécialistes de l’approche Kaizen se joignent à elle. Ils élaborent ensemble les éléments pertinents à la réflexion qui suivra : visite du labo, lecture de documents, préparation de sondages et collecte de données auprès du personnel. Munis de ces informations essentielles, on est prêts pour la rencontre.

Nouvelles Offre

dossiers sera au cœur des préoccupations de chacun. Comment éviter le gaspillage de temps et d’énergie et s’assurer de mettre à contribution toutes les compétences du personnel concerné. Dans cette optique, on cherche des solutions pour réduire les délais d’expertise, fluidifier le processus et redonner la motivation aux intervenants en instaurant de nouvelles pratiques. De nombreuses étapes se succèdent : définition des objectifs, précision du cadre de travail, attente des participants, énumération des irritants, proposition de solutions, cartographie de la procédure et enfin plan d’action. Beaucoup de travail, plusieurs sessions de brainstorming, des centaines de post-it, et une implication de tous les instants pour en arriver à dégager quelques pistes de solution. Enfin, phase finale  : implantation du nouveau processus. Présentation du projet à l’ensemble du personnel de biologie en deux étapes : d’abord une courte rétrospective des étapes franchies et, dans un deuxième temps, session d’information plus longue avec une explication détaillée des changements à venir et réponses aux questions.

À la section Biologie/ADN, le passage au dossier électronique via l’utilisation de Docuthèque a suscité quelques remous au sein de l’équipe, en plus de diminuer l’efficacité des professionnels. C’est dans ce contexte que la Direction a choisi de s’engager dans une démarche Kaizen en collaboration avec la Direction des ressources humaines du ministère de la Sécurité publique. Prévu en trois phases distinctes, le projet est maintenant réalité.

Début janvier, branlebas de combat. La date est fixée, les participants convoqués, les maîtres d’œuvre du projet peaufinent les derniers éléments pour faire de cette session une réussite à tous les niveaux. Arrive enfin l’atelier du 14 janvier. Autour de la table, huit professionnels, une technicienne, une secrétaire ainsi que les deux animateurs spécialistes qui encadrent les participants et s’assurent du bon déroulement du travail. Durant quatre jours, le traitement des

À quelques jours de l’entrée en fonction du nouveau processus, les paris sont ouverts. Réussite sur tous les plans ou succès mitigé, l’avenir le dira. Il reste maintenant à appliquer concrètement les solutions mises de l’avant et souhaiter que chacun bénéficie des retombées positives de cette démarche Kaizen. On s’en reparle dans quelques mois? Sarah Noël En collaboration avec sa maman, Monique Boissonneault

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Club de Lecture

À lire...

Pour les gens qui ne connaîtraient pas le Club de lecture, il a lieu 3 à 4 fois par année, pendant l’heure du dîner, dans une de nos salles et les participants apportent leur lunch.  Ce n’est pas un club de lecture traditionnel, c’est-à-dire que nous ne lisons pas tous le même livre et faisons nos commentaires, mais nous lisons chacun nos types de livres et nous faisons nos commentaires et suggestions aux autres.  De plus, pas besoin d’avoir de livres à commenter ou présenter pour participer, les gens peuvent simplement venir assister à la rencontre.  Habituellement, j’envoie un courriel à ceux qui sont intéressés à faire partie du groupe pour annoncer la date du prochain rendez-vous.  Donc si vous n’êtes pas abonnés à mon courriel de club de lecture et aimeriez en faire partie, vous n’avez qu’à m’appeler (61427) ou m’écrire et je vous ajouterai dans mes contacts. Isabelle Loranger

Bloc 11 Piero Degli Antoni

(Roman / Littérature étrangère / Seconde guerre mondiale)

Résumé : Nous sommes à Auschwitz en 1944; des détenus se sont évadés. En représailles, le commandant choisit 10 déportés qu’il fait enfermer dans le « Bloc 11 » le temps d’une nuit. Leur mission : désigner l’un d’entre eux qui sera exécuté le lendemain. S’ils ne parviennent pas à se mettre d’accord, ils

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seront tous fusillés. Commence alors une nuit qu’ils n’oublieront jamais... Qui choisir? Pour quelle raison? Que leur réserve le commandant du camp? Autant de questions qui les tortureront. Commentaire  : Ce livre se lit d’un bloc, sans jeu de mots! Il se passe mille et un trucs pendant la nuit, nous ne savons pas du tout à quoi nous attendre d’un chapitre à l’autre. Il nous permet également d’apprendre les conditions de survie à l’intérieur du camp, les types de détenus, les comportements inhumains des nazis, les petits arrangements entre détenus et officiers, etc. Intéressant. Isabelle Loranger

et sur la vie qui passe. Surtout, rien ne vous oblige à croire à la réincarnation pour vous glisser dans cette histoire rocambolesque. Isabelle Dumais

Maudit Karma, David Safier (Roman / Littérature étrangère)

Résumé : Kim Lange, dont le mariage bat de l’aile, reçoit son prix de meilleure présentatrice télé le jour de l’anniversaire de sa fille Lilly (5 ans), qu’elle fêtera avec elle le lendemain. Mais elle meurt le soir même. Dans l’au-delà, elle apprend qu’elle a trop mal agi dans sa vie et est réincarnée en fourmi. Alors, un énorme Bouddha – en forme de fourmi également – lui explique le sens de la vie. Elle commence tranquillement à découvrir à quel point elle tenait à sa fille et à son mari et considère sa vie privée – son rôle de mère et d’épouse – comme un échec. Commentaire : Original par son sujet, Maudit karma est drôle et sensible. S’il possède une bonne dose de clichés, ils semblent être là pour la forme. Traités avec humour, ils apportent même une touche de charme à cette histoire qui se lit d’une traite. C’est un roman qui propose une réflexion sur notre existence

Les baleines ontelles le mal de mer? L’histoire surprenante des habitants de la mer, Caroline Lepage (Ouvrage)

Résumé : Mais que se passet-il donc au fond des océans? La mer et ses habitants nous fascinent autant qu’ils nous interrogent. Le monde sousmarin compte quelques milliers d’espèces animales et chacune renferme ses mystères. Experte aquatique reconnue, Caroline Lepage nous entraîne, en 150 questions (et autant de réponses!) dans ce « monde du silence » qui grouille d’anecdotes et de petites histoires animales surprenantes. Avec humour et précision, elle lève le voile sur les secrets bien gardés des grandes profondeurs...


Des coquillages aux pingouins, en passant par les algues et les méduses, l’auteur rétablit quelques vérités et revient sur nos idées reçues. Les baleines ont-elles le mal de mer? L’oursin a-t-il des dents? Quelle est l’odeur de la mer? Le requin est-il un mangeur d’hommes? Le corail peut-il se noyer? Un poisson peut-il hiberner?... Des révélations biologiques qui surprendront et enchanteront les plus grands comme les plus petits, les passionnés comme les curieux.

irremplaçable. Commentaire : C’est un livre très intéressant parce qu’il évoque avec précision l’histoire mouvementée de l’Inde et du Pakistan et le parcours précis de Gandhi dans sa vie de tous les jours et sa quête d’un avenir meilleur et plus paisible pour les gens de son pays. C’est par contre très difficile de rester impassible devant le portrait détaillé des meurtres, viols et massacres perpétrés entre gens de religions différentes et cela tout le long du livre.

Isabelle Dumais

Sylvie Auger

criminologie évoquent ainsi une « mort par étouffement avec un poisson vivant » et un meurtre à la débiteuse à lames circulaires multiples. Du chasseur tué - au fusil par son chien au suicide dans une voiture par étranglement à la ceinture de sécurité, ce nouveau recueil de chroniques est un hymne à l’ingéniosité humaine et un merveilleux exercice d’humour noir genre pour lequel la littérature scientifique est vraiment une source intarissable. Commentaire : J’ai dévoré les courts chapitres de ce petit livre en quelques jours à peine : une lecture morbide et drôle à la fois. C’est toujours étonnant de découvrir toutes les bizarreries macabres dont l’être humain est capable. Ce n’est vraiment pas un livre grand public, mais si vous aimez l’humour noir vous serez servis! Sarah Noël

Cette nuit la liberté : le triomphe et la tragédie de Ghandi

Viande froide cornichons : crimes et suicides à mourir de rire Edouard Launet

Dominique Lapierre et

(Science ouverte / Sociologie)

Larry Collins

Résume : Au fond du labo à gauche, le précédent livre d’Edouard Launet, révélait quelques trésors insoupçonnés de la littérature savante. Viande froide cornichons tend à prouver que les sciences médicolégales sont particulièrement riches. Comptes rendus de médecin légiste et Annales de

(Récit / Littérature étrangère)

Résumé : Une fresque historique, documentée, pleine d’exotisme, de fureur et de force, consacrée à la lutte de l’Inde pour son indépendance. Les tigres, les maharadjas, Ghandi, des photos et des cartes... un ouvrage

La paix des dupes Philip Kerr

(Roman policier / Thriller / Politiquefiction)

Résumé : Octobre 1943 : Roosevelt, Churchill et Staline doivent se rencontrer à Téhéran pour discuter du sort de l’Allemagne et se partager l’Europe. Chacun s’y prépare au mieux de ses intérêts. L’espion personnel de Roosevelt, Willard Mayer, est un agent de l’OSS qui se trouve également être juif, d’origine allemande, philosophe et ancien membre du parti communiste. Avoir tant de choses à cacher ne va pas lui faciliter la tâche... Quant à Hitler, il sait, après Stalingrad, que l’Allemagne ne peut plus gagner la guerre. Dans son entourage, on oeuvre discrètement pour sauver les meubles. De Londres à Stockholm, de Berlin au Caire et enfin à Téhéran, agents secrets, sbires et traîtres de tous bords s’en donnent à coeur joie. Meurtres, complots, projets d’attentats se succèdent dans une atmosphère d’urgence extrême. Jusqu’au jour J, où rien ne se passe comme l’Histoire

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Club de lecture l’a écrit... Léo Lavergne

La fiancée

annonce la fin du monde aux enfants pour le 10 novembre, les racontars abondent. Commentaire : La petite histoire des femmes et du Québec avec l’autorité des pères, le silence des mères, la religion et une fille un peu plus délurée que les autres pour son temps. Un excellent roman pour les vacances. Jacinthe Prévost

Le chuchoteur, américaine Éric Dupont (Roman québécois)

Résumé : Un gâteau renversé à l’ananas peut-il changer le cours de l’histoire? Louis dit « le Cheval » Lamontagne est né en pleine messe de minuit alors que sa mère était figurante dans la crèche vivante. Son père, le plus bel homme de Rivière-du-Loup était follement amoureux de sa nouvelle femme Madeleine dite « l’Américaine », cuisinière hors pair dont le livre de recettes transformera la vie de toutes les femmes dans la famille sur 4 générations. Leur fils se trouvera mal marié mais les yeux sarcelle de sa mère continueront à se répandre dans la région tout comme en Europe où il est déployé et dans l’État de New York où il gagnera sa vie comme homme fort dans les foires. Dans ce village pentu encore sous l’emprise du curé qui

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Mila Vasquez, experte dans les affaires d’enlèvement. Dans le huis clos d’un appartement spartiate converti en QG, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs. Quand on tue des enfants, Dieu se tait et le diable murmure… Inspiré de faits réels. Commentaire : Un thriller des plus excitants; ça ne m’était jamais arrivé, mais je l’ai relu juste après que mon conjoint l’ait lu. car il m’en parlait et j’avais oublié plusieurs détails. Un des meilleurs polars que j’ai lu.

un jeune garçon issu d’une lignée royale, fait à la cour le rude apprentissage de la vie. Un maître d’écurie, étrange et bourru, lui prodigue conseils et affection; un vieux sage, isolé au sommet d’une tour, l’initie à la délicate perception du Bien et du Mal; des molosses qui l’ont adopté lui apportent réconfort et protection. Commence alors pour le jeune homme un long voyage initiatique semé d’embûches et de trahisons. Un voyage sans retour au bout de l’angoisse, de l’amour, de la désespérance. Confronté aux cruelles exigences de la loyauté, existe-t-il pour lui une autre voie que celle du sacrifice?

Jacinthe Prévost

Damien Angeles

Donato Carisi (Policier / Thriller)

Résumé : Cinq petites filles ont disparu. Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière. Au fond de chacune, un petit bras, le gauche. Depuis qu’ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d’agents spéciaux ont l’impression d’être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d’un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d’appeler en renfort

La Citadelle des ombres – 12 livres (L’Assassin royal) Robin Hobb

(Science-fiction et fantastique)

Résumé : Au royaume des Six-Duchés, dans l’inquiétant décor d’une forteresse battue par les vents et les flots, Fitz,


Profil France GINGRAS DIirectrice adjointe, Biologie / ADN

Née à Laval, France fait ses études secondaires au Collège Regina Assumpta, en pensant « je suis pas assez douée pour aller en sciences ». Il s’agit surtout d’une aversion pour la chimie et la physique, car, heureusement, elle trouve une professeure extraordinaire, ancienne danseuse des Grands Ballets Canadiens, qui lui fait aimer la biologie. Malgré tout, au CÉGEP Rosemont, elle étudie en géographie. À la fin du cégep, elle part en Europe deux mois avec une amie, faire le tour des auberges de jeunesse. Ensuite, elle participe au projet Katimavik pendant 9 mois : près de Penetanguishine, en Ontario, elle travaille dans une institution pour handicapés mentaux (« au départ, mon anglais était tellement mauvais qu’on se demandait si j’étais une préposée ou une bénéficiaire!  »); dans le Nord de l’Alberta (tout près des Territoires du Nord-Ouest), vivant dans une tente en plein hiver, elle participe à la fabrication d’un pont en bois rond pour un camp scout; à Charlo, au Nouveau-Brunswick, elle participe à la création d’un bassin de rétention pour recueillir le déversement de ruisseaux afin d’aménager une minicentrale électrique pour les chalets avoisinants. De retour au Québec, France est admise à l’Université de Montréal en géographie, mais bifurque en traduction à l’université Concordia. Cependant, elle n’est toujours pas convaincue. Elle part donc six mois visiter des amis de Katimavik à travers le Canada; elle restera 4

mois à Vancouver, travaillant comme nanny pour des familles huppées de la région. Cette expérience lui permet de réfléchir sérieusement à son avenir. France décide alors de s’attaquer au nœud du problème : elle retourne au cégep et termine les fameux cours de chimie et physique qui lui manquent, puis obtient un baccalauréat en Biologie moléculaire et Biotechnologie de l’UQAM suivi d’une maîtrise en Biologie moléculaire de l’Université de Montréal. France a enfin trouvé sa voie. À sa sortie de l’université, en 1991, elle travaille brièvement comme assistante de recherche à l’Hôpital Général de Montréal, puis entre au LSJML en septembre. Le secteur de Biologie ne compte alors qu’une dizaine de personnes, qui effectuent principalement des tests sérologiques. France se joindra à Léo Lavergne et participera à l’implantation de l’analyse d’ADN, changement qui exigera une adaptation parfois difficile de l’équipe en place… France est professionnelle de 1991 à 2013; devant la possibilité de la transformation du LSJML en agence, elle s’inscrit aux concours pour cadres, « au cas où »; nommée Chef d’équipe Crimes majeurs en 2011, elle devient Directrice par intérim du secteur Biologie/ADN de janvier à juin 2013; elle occupe le poste de Directrice adjointe aux opérations depuis juillet 2013. Heureuse au travail, France l’est tout autant dans ses temps libres, à promener Tatoo (son Golden Doodle de 7 ans) trois fois par jour, à faire de la calligraphie (pour le plaisir du geste et la beauté du résultat), à lire (un peu de tout), à rénover/ décorer son appartement, à jardiner et écouter de la musique (du québécois, du blues/jazz, du folk), à cuisiner et à recevoir des amis devant un bon repas et un bon verre de vin

Thierry Marcoux

Aux questions « Un autre métier que tu aimerais exercer » et « Un métier que tu n’aimerais pas exercer », France répond respectivement « Aucun » et « Tous les autres ». Pourtant, on ne peut pas parler chez elle d’un métier choisi dès l’enfance ou d’un plan de carrière longuement mûri. Non, il s’agit plutôt d’un coup de foudre à retardement…

Un son/bruit qu’elle déteste :

La balayeuse. Un magasin dans lequel elle viderait son compte en banque Omer de Serres pour les papiers et Zone pour la vaisselle. Son repas préféré Les pâtes, n’importe n’importe comment.

lesquelles,

Ce qui l’importune le plus Le double discours, les gens qui disent une chose et son contraire variant leur opinion selon les individus auxquels ils s’adressent ou les circonstances auxquelles ils sont confrontés. Un souvenir de vacances agréable Dans un terrain de camping à Amsterdam, nos voisins étaient écossais et ils ont entrainé tout le camping dans des danses traditionnelles écossaises (avec des « épées » sur le sol). Cette soirée est restée gravée dans ma mémoire pour l’ambiance festive et la spontanéité du moment.

Denis Cimon

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Fin de la récréation « Je me fais une dernière ligne avant de partir : de toute façon, les flics ne pourront pas m’arrêter! » … « Quand je fume du pot, je suis full sécuritaire au volant : je ne roule pas vite … » … « Mon pharmacien me dit de ne pas conduire quand je prends mes pilules, mais moi, je conduis quand même : c’est tout de même juste des médicaments … ». Ce type de constats est voué à disparaître suite à l’apparition des agents évaluateurs experts en reconnaissance de drogues (ERD), ces supers policiers formés pour déceler un conducteur en capacités affaiblies par les drogues/médicaments et de déterminer le type de substance consommée. Mais d’où viennent ces agents et quel est le rôle du LSJML dans ce programme?

lieux et acquiert les motifs de croire qu’il a les capacités affaiblies. Test d’alcoolémie à l’aide d’un appareil de détection approuvé (ADA) : 0 mg%. Cependant, l’individu ne semble pas dans son état normal … Le prévenu est amené au poste, où un agent évaluateur sera appelé par les patrouilleurs afin d’effectuer son évaluation. Celleci se déroule en 12 étapes (figure A), Les 12 étapes de l’évaluation ERD •  Analyse d’alcool (ADA) •  Entrevue avec le patrouilleur •  Examen préliminaire •  Examen des yeux •  Tests d’attention divisée •  Épreuve de Romberg modifiée •  Test «Marcher et se retourner» •  Test «Se tenir sur un pied» •  Épreuve doigt-nez •  Signes vitaux

La base du programme Le programme d’experts en reconnaissance de drogues a été instauré au Canada en juillet 2008 suite à l’adoption de la loi C2. Ce programme, créé et mis en application depuis plus de 40 ans aux États-Unis (Drug Recognition Expert, DRE), a été adopté, en tout ou en partie, par plusieurs pays à travers le monde. Au Québec, les premiers agents évaluateurs ont fait leur apparition en février 2009. Ces agents ont suivi une formation sur les différents signes et symptômes propres à chaque catégorie de drogues visée par le programme, donc ayant un effet sur la conduite automobile. Le Québec compte présentement 63 agents évaluateurs actifs, répartis aux quatre coins de la province.

•  Examen dans la chambre noire •  Examen du tonus musculaire •  Examen des sites d’injections •  Déclaration du sujet et autres observations •  Opinion de l’agent évaluateur •  Prélèvement et analyse toxicologique  

lesquelles permettront à l’agent évaluateur d’émettre son opinion quant à la catégorie de substances pouvant amener les effets observés chez le prévenu (Figure B).

Suite à l’évaluation, un prélèvement d’urine est demandé au prévenu et séparé en deux pots identifiés et scellés.

Au laboratoire SSuite à l’évaluation, les deux prélèvements d’urine sont transmis au laboratoire. Chacun d’eux est identifié et enregistré au LIMS, mais un seul est analysé, l’autre étant conservé scellé pour les besoins de la contre-expertise. Les méthodes usuelles de dépistage sont utilisées pour l’analyse de ces échantillons. Comme toute autre analyse au département de toxicologie, chaque résultat positif à une drogue usuelle (médicament) ou d’abus, doit être confirmé par un deuxième extrait. Finalement, un rapport est émis par le toxicologue assigné au dossier, contenant, s’il y a lieu, la substance décelée, la classe thérapeutique à laquelle elle appartient ainsi qu’une brève description des effets découlant de sa consommation sur la conduite automobile.

Traitement de données Depuis le début du programme, plus de 800 dossiers ont été transmis au laboratoire, nombre qui croît d’année en année. Ces dossiers représentent maintenant 10% des dossiers reçus en Toxicologie par année. Avec l’aide de Maxime Gosselin

Catégories de substances visées par le programme Classes de substances

Exemples de substances

Alcool

Alcool éthylique (éthanol)

Anesthésiques dissociatifs

PCP, kétamine, dextrométhorphane

Cannabis

∆-9-THC, marijuana, haschich, Sativex®, synthétiques

Dépresseurs

Benzodiazépines, antihistaminiques, GHB

Hallucinogènes

LSD, psilocybine, MDMA (ecstasy)

De la route au labo …

Inhalants

Toluène, peinture, essence, fixatif à cheveux

Un véhicule suspect est signalé à la police : le conducteur dort au volant, arrêté à une lumière rouge. La police arrive sur les

Narcotiques analgésiques

Morphine, héroïne, méthadone, oxycodone

Stimulants

Cocaïne, méthamphétamine, Ritalin®, drogues de synthèse (ex. bath salts, piperazines)

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Science Judiciaire (stagiaire Toxicologie), Daniel Fournier (Administration) et de la base de données conçue par Estelle Blais (Administration), il nous a été possible d’illustrer les résultats et statistiques découlant des différents paramètres reliés à l’arrestation et à l’évaluation ainsi que des résultats obtenus au laboratoire. L’analyse de ces données nous a permis de répondre à plusieurs questions : • Quelles sont les catégories de drogues/ médicaments et les substances les plus décelées? • Est-ce que les prévenus ont consommé une seule ou plusieurs substances? • Quel est le « taux de réussite » des agents évaluateurs (concordance catégorie suspectée vs catégorie dépistée)? • Quelles sont les données sociologiques découlant de ces dossiers (âge, sexe, heure et jour de l’arrestation)?

Et la réponse est … Sur les quelque 800 dossiers reçus au LSJML, seulement 12 se sont avérés négatifs, donc ne contenant aucune substance pouvant altérer la conduite d’un véhicule moteur. Les catégories de substances les plus dépistées sont sans équivoque les stimulants et dépresseurs du système nerveux central ainsi que le cannabis (Figure C). Ceci se

confirme par la liste des substances les plus décelées, telle qu’illustrée en Figure D. Fait à Substances les plus prévalentes selon l’année d’arrestation % Dossier ERD

Substances

2009

2010

2011

2012

2013

2014*

Cannabis

47.6

58.6

48.2

51.4

55.2

44.0

Méthamphétamine (speed)

23.8

31.0

48.9

42.7

43.0

40.0

GHB

23.8

17.2

34.5

28.5

20.4

28.0

Cocaïne

28.6

17.2

23.0

28.9

34.4

28.0

9.5

6.9

13.7

19.8

12.6

0.0

-

3.4

10.1

15.4

8.5

8.0

Kétamine

4.8

6.9

7.9

12.3

10.7

12.0

Lorazépam (Ativan®)

9.5

6.9

6.5

9.5

11.5

4.0

MDMA (ecstasy)

9.5

3.4

5.8

0.8

1.9

12.0

Clonazépam (Rivotril®) Diphenhydramine (Benadryl®)

MDPV (bath salts)

-

-

-

9.9

5.2

-

Benzylpipérazine (BZP)

-

3.4

5.8

9.1

4.8

-

* En date du 5 mai 2014

noter dans cette liste : l’ecstasy semble être en diminution au Québec, en compétition avec l’arrivée de nouvelles substances stimulantes (BZP, MDPV). Notez également la présence de plusieurs médicaments d’ordonnance, comme quoi la prise de certains médicaments peut bel et bien entraîner une conduite erratique ou autre comportement routier inadéquat..

Répartition du nombre de dossiers par catégories dépistées de substances visées par le programme Classes de substances détectées

% Dossier ERD 2009

2010

2011

2012

2013

2014*

4.8

10.3

7.9

14.6

14.5

12.0

Cannabis

47.6

58.6

48.9

51.4

55.4

44.0

Dépresseur

52.4

44.8

61.2

63.6

56.1

52.0

9.5

3.4

5.8

1.2

2.2

12.0

-

-

0.7

0.4

-

-

9.5

3.4

15.1

13.8

17.5

12.0

52.4

48.3

69.1

63.6

67.7

76.0

Anesthésique dissociatif

Hallucinogène Inhalant Narcotique analgésique Stimulant

* En date du 5 mai 2014

Le GHB : la déconstruction d’un mythe La prévalence des individus interceptés avec la présence de GHB dans l’urine a pris tout le monde par surprise. Non pas que certains individus consommaient du GHB de façon volontaire, ce qui était connu au laboratoire, mais à quel point cette consommation était importante chez les conducteurs automobiles. Les effets reconnus du GHB, semblables à ceux de l’alcool, son coût d’achat peu élevé et sa rapidité d’action peuvent expliquer en partie sa popularité auprès des individus, ne voulant manifestement pas « péter la balloune »…

Nouvelles tendances La polyconsommation a également été mise au grand jour grâce aux données recueillies. En effet, le nombre de substances différentes retrouvées dans les urines analysées (Figure E) démontre clairement que les conducteurs fautifs ne se contentent pas de ne prendre qu’une seule substance… Notez bien qu’une substance décelée conjointement avec son

|

Voir-Dire 21


métabolite ne c o m p t e Nombre de substances décelées % Dossier ERD (2013) que pour 1 19.6 une seule 2 20.4 substance. Il 3 22.6 4 13.0 est cependant 5 9.3 important de 6 4.8 7 3.0 préciser que 8 2.2 les substances 9 1.1 dépistées 10 0.4 ne sont pas forcément responsables des effets rencontrés chez l’individu, ces substances se retrouvant dans l’urine, soit un milieu et à l’agent évaluateur, les résultats du LSJML ne servant qu’à corroborer et supporter leur opinion. Répartition du nombre de substances différentes décelées par dossier (2013)

Figure  G   Répartition du nombre de dossiers selon le sexe du prévenu (2012)

Femme 17.8 %

Femme 47.9 %

Figure  H   Répartition du nombre de dossiers selon l’âge du prévenu (2012)

Répartition du nombre de titulaires de permis de conduire selon l’âge (SAAQ 2012)

0.9 % 16.6 %

20.4 %

9.9 %

31.7 % 16 - 24

33.5 %

25 - 44

47.1 %

39.9 %

45 - 64

Figure  F  

65 et plus

Répartition du nombre de dossiers en fonction de la concordance entre l’opinion de l’agent évaluateur et les catégories de substances dépistées (2013) 2.6 % 10.2 % 29.3 %

cependant moins de 45 ans. Le type de substances consommées varie également en fonction de l’âge des conducteurs (Figure I), le Figure  I   Répartition du nombre de dossiers selon le groupe d’âge et la catégorie de drogues dépistées (2009-2014)

Aucune substance détectée

Catégories suspectées toutes dépistées 57.9 %

Opinion de l'agent ERD inconnue

ci atteint même 82% lorsqu’on ne tient compte que des dossiers où l’opinion de l’agent évaluateur est connue. Soyons conscients également que l’évaluation d’un individu ayant consommé préalablement 10 substances différentes peut s’avérer très complexe! D’autres paramètres sociologiques ont été évalués, par exemple le sexe et l’âge du conducteur, en comparaison avec les données statistiques disponibles à ce jour de la SAAQ (figures G et H). Bien que la SAAQ illustre qu’il y ait presque autant d’hommes que de femmes détenteurs de permis, il s’avère judicieux de considérer la situation réelle sur les routes du Québec, à savoir si, culturellement, l’homme conduit plus souvent que la femme, donnée qui n’est malheureusement pas incluse dans le rapport de la SAAQ. La majorité des conducteurs fautifs (près de 80%) ont

Nombre de dossiers

Catégories suspectées pas toutes dépistées

|

Homme 52.1 %

Homme 82.2 %

La concordance entre l’opinion de l’agent évaluateur et les résultats obtenus au laboratoire a également été évaluée (Figure F). Celle-

22 Voir-Dire

Répartition du nombre de titulaires de permis de conduire selon le sexe (SAAQ 2012)

100 90 80 70 60 50 40 30 20 10 0 16

20

25

30

35

40

45

50

55

Âge minimum du groupe Anesthésiques dissociatifs

Cannabis et dérivés

Dépresseurs du système nerveux central

Narcotiques analgésiques

Stimulants du système nerveux central

cannabis étant plus prisé chez les jeunes (avec un bond à 40 ans!) contrairement aux dépresseurs et narcotiques, plus consommés par les 30 ans et +. Les stimulants atteignent quant à eu un sommet autour de 40 ans.Vendredi se détache légèrement quant au jour de la semaine où est effectuée l’arrestation, celle-ci ayant lieu d’ailleurs plus souvent la nuit que le jour (figure J et K). En conclusion … Soyez prudents: on ne sait jamais avec qui on partage la route … Édith Viel


Science Judiciaire Figure  J  

Figure  K   Répartition du nombre de dossiers selon le jour de semaine de l’arrestation (2013) Jour de la semaine

% Dossier ERD (2013)

Lundi

12.2

Mardi

11.9

Mercredi

13.7

Jeudi

13.7

Vendredi

18.5

Samedi

15.9

Dimanche

14.1

Répartition du nombre de dossiers en fonction de l’heure de l’arrestation (2013)

36.1 %

Nuit (20h - 8h) 63.9 %

Jour (8h - 20h)

Offre d’emploi Journaliste (reporter) Poste à pourvoir immédiatement Lieu : Voir-Dire du Laboratoire de sciences judiciaires et de médicine légale Attributions : Écrire des articles dans le Voir-Dire à tous les numéros ou de temps en temps. Interviewer des collègues de travail sur certains sujets. Être juge pour le concours photos (trippant!). Participer aux réunions du Voir-Dire. Postes ouverts : Journaliste littéraire Une personne qui a du style et de l’expression dans son écriture, qui a des aptitudes pour les lettres et qui ressent un profond besoin de s’exprimer.

Journaliste retraité  Nous vous sollicitons également. Si vous avez des histoires à nous raconter, des « cool cold case », des anecdotes ou autres, écrivez-nous, nous aurons un réel plaisir à vous lire et vous publier! Salaire : Dépassement de soi, fierté, échanges gratifiants avec les collègues. Conclusion : Il n’est pas nécessaire d’être docteur en écriture pour postuler, il y a des correcteurs dans l’équipe. Il s’agit juste d’apporter des idées, d’interviewer des collègues de temps en temps et d’écrire un ou deux articles ou résumés par numéro, sinon une fois de temps en temps.

Une personne possédant un côté pratico-pratique, habile à l’interview, organisé et structuré.

Un bienvenu à tous et chacun du laboratoire à partager vos idées, vos connaissances et vos anecdotes avec l’équipe du VD. Nous pouvons vous aider à rédiger un article.

Journaliste sporadique

Nous attendons avidement vos candidatures !

Journaliste technique

Personne qui écrira un article cà et là selon ses inspirations ou les suggestions de l’équipe. Il pourra assister aux réunions et être juge au concours photos.

Isabelle Loranger

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Voir-Dire 23


Allées et Venues NOM

POSTE

DATE

ENTRÉES EN FONCTION BALISTIQUE Manuel TOUSIGNANT BIOLOGIE Christine DESGAGNÉ Marie - Hélène LAVERGNE Nancy PAREDES

Spécialiste en sciences physiques

le 3 février 2014

Agente de secrétariat Technicienne de laboratoire Technicienne de laboratoire

le 23 septembre 2013 le 21 octobre 2013 le 6 janvier 2014

Technicienne de laboratoire Technicienne de laboratoire

le 17 décembre 2013 le 10 janvier 2014

DÉPARTS BIOLOGIE Isabelle DUMAIS Mila BAKARDZHIEVA

Dans mes favoris ...

Nous avons tous dans nos ordinateurs des liens internet favoris, ceux que nous consultons régulièrement et même parfois tous les jours. Ces liens nous mènent vers des sites informatifs, utilitaires, inspirants ou encore des blogues qui méritent d’être connus. Je dirais même qu’en consultant la liste des favoris d’une personne, nous en apprenons beaucoup sur celle-ci. Nous vous invitons à nous présenter un ou plusieurs de vos liens préférés.

Clic, clic, clic... Clic ! www.Ifixit.com Pourquoi jeter si on peut Fixer et sauver la planète d’un déchet électronique de plus !!! C’est la devise du site. Ifixit est le Wikipédia de tous les manuels de réparations toutes catégories confondues même si une grosse partie est réservée à l’électronique surtout: photos, détails et groupes de discussions à l’appui. Fixez, ne jetez plus s.v.p!

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https://www.kickstarter.com/projects/529668138/ jyrobike-auto-balance-bicycle C’est la belle saison et vos tous petits tentent de maîtriser l’art du vélo ? Aidez-les à l’aide de cette superbe invention ! Thierry Marcoux


Voir-Dire, Vol 12, numéro 1