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Les NOTES de l’UEF-France c/o Europe Direct 13 Rue de l’arbre sec – 69001 Lyon www.europe-federale.asso.fr www.uef.fr

2° année - N° 6 – 12 mai 2008

Fiche de lecture fédéraliste :

Bertrand VAYSSIERE - Vers une Europe fédérale ? Les espoirs et les actions fédéralistes au sortir de la Seconde Guerre mondiale, éd. Presses universitaires européennes - Peter Lang - Collection « Cité européenne » - n° 36, 2006, pp. 416

Le travail de thèse de Bernard Vayssière a le grand mérite d’être d’une minutieuse précision et d’une grande clarté. De plus, on peut le lire « comme un roman » pour peu que l’on s’attache à la personnalité et aux joutes des principaux acteurs qui l’animent : Alexandre (Marc), Altiero (Spinelli) et les deux Henri (Brugmans et Frenay). Le fédéralisme « intégral » dont Alexandre Marc fut, par excellence, la figure de proue, était-il seulement, un « moyen de répondre au problème de répartition des pouvoirs à l’intérieur d’une société donnée, dans un équilibre sans cesse remis en cause », alors qu’il s’inspirait du mutuellisme fédératif de Proudhon et de la pensée personnaliste des années 1930 et au-delà ? Dans quelle mesure ce fédéralisme là était-il compatible avec le constitutionnalisme incandescent d’Altiero, le bien prénommé ? Leur commun périple au sein de la même organisation a illustré la difficulté de la démarche. Néanmoins, l’auteur de ce bref compte-rendu étant un survivant d’une époque où la « supranationalité » apparaissait à ses découvreurs comme une ardente obligation au cours des première années 1950, cette symbiose (et non synthèse) a existé à ses yeux, dans des circonstances elles-mêmes bien définies, notamment dans le vécu de l’action pour le Congrès du Peuple européen (années 1950) et du Front démocratique pour l’Europe fédérale (1960). C’était le cas également, à des degrés divers, de leurs plus proches compagnons de route. Nous pensons, disant cela, à des personnages comme Michel Mouskhely, Raymond Rifflet et à certains égards Georges Goriely. Par contre, Henri (Brugmans), fédéraliste intégral comme Alexandre (Marc) était rarement sur le même longueur

d’onde que ce dernier à l’heure des choix. Il faut tenir compte souvent de l’irrationnel plus que de la logique dans le comportement des « leaders », du fait de l’extrême diversité des caractères, des affinités, des tempéraments, des engagements vécus, d’autant plus contrastés souvent que les uns et les autres avaient été confrontés aux épreuves très dures de la guerre mondiale. Ce commentaire vaut également pour Henri (Frenay) et pour le compagnonnage tumultueux qu’il entretint avec Altiero. Ceci dit, l’ouvrage de Bertrand Vayssière apprend beaucoup, même aux initiés du sérail… A titre d‘exemple, on peut citer : sa description du « laboratoire fédéraliste italien » et du Partito d’Azione issu de « la lave incandescente de 1945 », ses précisions sur le rôle complice des Suisses à l’égard des fédéralistes, pendant la Seconde Guerre mondiale, avec l’indication au passage du rôle de Nestlé, beaucoup moins repéré que celui d’Olivetti en Italie ; ses précieuses informations sur certains « évènements » notables, un peu perdus dans les brumes d’un passé incertain, comme la réunion des 22 et 23 mars 1945, à Paris, à l’initiative d’un éphémère Comité français pour la Fédération européenne, d’une cinquantaine de personnes parmi lesquelles Albert Camus, dont le rôle à ce titre était connu, mais aussi André Malraux, jamais cité jusqu’ici, à notre connaissance, par d’autres auteurs. De même, le rôle des Américains, comme supporters du combat fédéraliste européen est évalué avec une grande netteté, qu’il s’agisse des questions politiques ou des interventions financières, en particulier quand l’auteur cite le cas du Général Eisenhower, alors candidat à la …/…


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présidence des Etats-Unis, rendant visite « aux locaux du Moviento Federalista Europeo (Via del Corso, à Rome) le 6 mai 1952 » après avoir été convaincu par Jean Monnet de la nécessité d’accorder une attention prioritaire à l’intégration européenne naissante. Or, Eisenhower, président des Etats-Unis au début de 1953, fût -bien que républicain- un appui précieux pour les fédéralistes. Le rôle du Mouvement européen n’échappe pas, non plus, à l’auteur, notamment quand il observe : « débarrassé de l’hypothèque britannique qui le freinait jusque là, l’européisme (en fait, le Mouvement européen présidé par Paul-Henri Spaak) semble être enfin devenu une force cohérente, tendue vers un seul objectif, la Constitution européenne, domaine dans lequel l’U.E.F. est bien précurseur… » L’attitude de Pierre Mendes-France, devenu président du gouvernement français, dans le grand débat qui devait mener à la disparition de la CED (Communauté européenne de défense) est bien décrite également, quand l’auteur rappelle de quelle manière l’homme auréolé de prestige qui venait de mettre fin à la guerre d’Indochine où la France était piégée, a d‘abord tenté de sauver le traité de CED en le vidant de sa substance. De quelle manière, en effet ? En proposant dans des protocoles soumis aux pays signataires du projet de traité, d’une part, « de supprimer tout caractère supranational au futur traité », d’autre part, de ne pas appliquer l’article 38 du dit traité : « le seul permettant d’instituer une fédération ou une confédération européenne ». Formulation, soit dit en passant, suffisamment ambiguë d’Alcide de Gasperi, pourtant vigoureusement incité par Spinelli, qui permettait de projeter une chose et son contraire. On pourrait relater encore nombre d’autres évènements éclairants du processus historique présenté par l’auteur toujours soucieux d’objectivité dans ce livre articulé en quatre partie bien distinctes : « l’illusion d’une Europe de la Résistance (1941 – 1947) » ; « l’adaptation des fédéralistes à la guerre froide (1947 – 1949) » ; « les fédéralistes au cœur du combat sur la supranationalité (1949 – 1953) » ; « la fin d’une illusion (1953 – 1956) ». Sur les « conclusions » de Bertrand Vayssière, il pourrait évidemment y avoir matière à débat. Lui-même estime, d’ailleurs, en se référant à la crise actuelle de la construction européenne que « le débat sur le fédéralisme européen est loin d’être clos ». Comme il l’écrit d’ailleurs « on peut reconnaître dans les dernières réalisations européennes les fruits tardifs d’un débat d’avant-garde dont l’U.E.F. est un lointain précurseur ». Jean-Pierre GOUZY

L’UEF-France est une association fondée en 1947, dont les adhérents militent pour la construction européenne et pour l’émergence d’une Europe politique fédérale. Totalement indépendante des partis politiques, l’UEFFrance appartient à l’Union des fédéralistes européens. L’UEF Europe est membre du World Federalist Movement (Mouvement fédéraliste mondial) et du Mouvement Européen International. Contact presse UEF - FRANCE Sandra FERNANDES Sandrafernandes1@yahoo.fr Tél : (33) 06 84 15 53 19


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