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Le CHUM en PPP? (Le Devoir)

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Le Devoir 2006.03.02 ÉDITORIAL a6 Sansfaçon, Jean−Robert 661

Aux dernières nouvelles, la construction des deux grands hôpitaux universitaires montréalais, le CHUM et le CUSM, serait une fois de plus retardée à cause des coûts plus élevés que prévu par Québec. La solution à ces dépassements se trouverait−elle dans la fusion des deux projets en un seul, ou dans le recours à la formule de partenariat public−privé? Si l'on en croit leur direction respective, l'ouverture des deux grands hôpitaux est toujours annoncée pour 2010. Pourtant, plusieurs signaux permettent de croire qu'il s'agit là d'une vision optimiste. A Québec, on n'accepte toujours pas la dernière évaluation présentée par le directeur exécutif des projets, Clermont Gignac, qui estime les coûts à 600 millions de plus que les 2,2 milliards envisagés. Pour le président du conseil du CHUM, Patrick Molinari, ces dépassements ne seraient plus aussi importants qu'on le dit et n'atteindraient désormais que 120 millions pour son établissement, surtout causés par l'inflation. Ce qui ne semble pas avoir convaincu le premier ministre Charest, qui a décidé de former un comité ministériel pour étudier la question. Devant le risque d'explosion des coûts, certains reviennent à l'idée d'un seul grand hôpital. Or la chose est difficilement envisageable pour des raisons culturelles et historiques, mais aussi très concrètes: un seul grand hôpital devrait accueillir le même nombre de lits que les deux grands hôpitaux projetés et offrir des équipements et des locaux pour le même nombre de médecins et d'étudiants. N'oublions pas que les deux projets viendront remplacer une bonne demi−douzaine d'hôpitaux et d'instituts affiliés à deux universités de langue différente. S'imaginer qu'on puisse générer de réelles économies en regroupant tout ce beau monde dans une seule bâtisse n'est pas réaliste. Par ailleurs, on sait que l'Agence des partenariats public−privé doit évaluer la pertinence d'emprunter la voie d'un PPP pour réaliser ces projets. Grand bien lui fasse! Mais voilà de l'argent gaspillé. Un PPP implique que le partenaire finance lui−même la construction de l'hôpital dont il aura la gestion pendant 40 ans. En plus de l'obligation de dégager un rendement satisfaisant dans un secteur structurellement déficitaire, le partenaire privé n'a pas accès à des taux d'intérêt aussi bas qu'un gouvernement. Et comme l'hôpital appartiendra à ce dernier en bout de piste, le Trésor public doit ajouter la totalité de la dette contractée par le partenaire privé à la sienne, ce qui aggrave sa propre situation. En Angleterre, où le gouvernement Blair a lancé un programme de construction d'hôpitaux en PPP, on a mis un frein au plus important d'entre eux avant Noël, la rénovation des hôpitaux Barts et Royal London. Sans remettre en cause le contrat de PPP, la ministre de la Santé doit annoncer ces jours−ci une réduction de la taille de ces projets, à cause des coûts. Dans d'autres cas, les fiducies locales de santé en sont réduites à sabrer les services pour être en mesure de respecter les engagements financiers contractés auprès du partenaire privé gestionnaire de l'établissement.

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03/02/2006

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