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Vers un système à deux vitesses? (L'Acadie Nouvelle)

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L'Acadie Nouvelle 2006.03.02 Éditorial 12 Serge Rousselle 649

L'Alberta a confirmé, mardi, son intention d'ouvrir la porte à un système de soins de santé à deux vitesses en permettant à des patients de payer pour avoir accès plus rapidement à certaines chirurgies et en autorisant les médecins à pratiquer à la fois dans les systèmes de santé public et privé. Or, cette proposition de permettre la privatisation de certains soins de santé risque non seulement de créer une brèche importante dans notre système public de santé, mais elle met également le nouveau premier ministre canadien dans une situation où il n'aura d'autres choix que de démontrer clairement ses couleurs. De prime abord, force est de constater que la proposition albertaine risque de contrevenir à la Loi canadienne sur la santé et de mettre en danger les fondements mêmes de notre système de santé public universel et gratuit. Ainsi, les riches pourraient avoir plus rapidement accès à certaines chirurgies, dont celles de la hanche et du genou, en passant devant ceux moins riches qui devraient attendre patiemment leur tour sur la liste publique. De plus, permettre aux médecins de pratiquer dans le public et dans le privé peut contribuer à un déplacement des ressources vers le privé, alors qu'il y a déjà une grave pénurie de spécialistes et de professionnels en ce domaine. En ce sens, il n'est pas certain que cette proposition va permettre des économies au système public et écourter les listes d'attente en déplaçant les professionnels vers le privé, alors que le pays tout entier fait face à une pénurie importante en ce domaine. D'ailleurs, selon un expert en droit de la santé de l'Université de Toronto, Coleen Flood, des études ont démontré que les délais d'attente ont augmenté dans des pays comme l'Espagne, l'Irlande et la Nouvelle−Zélande qui ont permis aux médecins de travailler simultanément dans le public et dans le privé. Devant pareille situation, le nouveau premier ministre canadien n'aura d'autres choix que d'intervenir s'il désire préserver l'intégrité de notre système public de soins de santé. M. Harper se retrouve ainsi dans une situation difficile face à son compatriote et allié politique Ralph Klein, une situation qui lui offre cependant l'occasion de démontrer ses vraies couleurs. Il a fréquemment déclaré durant la dernière campagne électorale qu'il appuyait la Loi canadienne sur la santé. A cet égard, il lui reste maintenant à démontrer que, dans son coeur et dans ses tripes, il croit vraiment en un régime universel gratuit de soins de santé offerts par le système public. Pour ce faire, il ne doit pas se contenter de faire croire que la proposition albertaine ne viole pas le sacro−saint principe de l'universalité au pays et n'est pas contraire à la Loi canadienne sur la santé. Il doit démontrer du leadership en disant clairement que la proposition albertaine va trop loin et qu'il prendra les mesures appropriées pour qu'elle ne devienne jamais réalité.

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03/02/2006

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