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Ex’il Paul O’Moore

édition

...un ....temps ......de .....chien


Ex’il Paul O’Moore


Un temps de Chien édition

6 rue Branda, 29200 Brest. temps.de.chien@gmail.com www.tempsdechien.com conception graphique : Isabelle Jégo ISBN : 978-2-9535811-1-9 EAN : 9782953581119

Dépôt légal : décembre 2011


Ex’il

Paul O’Moore

aphorismes

et poésie

édition

...un ....temps ......de .....chien


“No man is an island” nul homme n’est une île

John Donne

“La langue doit-elle se renier pour daigner se délier ? En tout cas, la ponctuation étant une respiration que notre époque ne peut plus se permettre, ami de la virgule : passe ton chemin !”

Paul O’Moore


Port... port perdu heure égarée de la nuit pêcheurs et promeneurs s’en sont allés depuis... longtemps déjà n’ont plus dansé la java sur les quais depuis... un bail d’années ont valsé accordéons cédant la place au silence des noyés à la faïence des glaces...

l’écriture est le sang de la solitude...

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Fils... “J’emporte avec moi la conscience de la défaite, comme un étendard couvert de gloire.” alors... des pâtés de sable... donner à ces châteaux siliceux la consistance particulière qui leur confère la durée le silence tombé des cieux immobilise le cours des marées ...neutralise l’érosion des mots.

écrire permet de supporter la vie ...comment supporter d’écrire ?

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...Perdu ...en mer ou ...milieu de foule écriveur invisible au monde des hommes au monde des esprits au monde des nuages d’automne à celui des chats endormis... ne jamais questionner assis à travers la nuit en écouter les cris... tout est musique ne répondre à rien à personne sans bruit... vivre au loin au delà de la vie...

21 décembre : les jours les plus courts...

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...Sont toujours les meilleurs se mélangent la fiction et le reste mélasse quel reste ? ne pas oser la vérité ? qui s’y risquerait ? Plonger entre ses cuisses dans l’espoir secret d’y être broyé prêt à toute concession pour ne pas se savoir vieux.

le cynisme ? trop d’intelligence pour trop peu de vie...

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Cette journée... aurait dû être autre chose quelque chose de chaud une arrivée imprudente de printemps... cette journée aurait dû être quelque chose... en effet dehors ça soleil pour rien rester dedans cloîtré sous la pluie dans ses tristesses de gonzesse

la nuit est la mémoire de l’oubli ?

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Trop de mort pour ne pas penser que la vie a eu tort seul jusqu’à l’extrême fatigue... de la fatigue à la lassitude... de la lassitude à la lâcheté il n’y a qu’un silence épais peur d’y disparaître se surveiller

se taire : plus assez de temps pour parler le silence de celui qui sait plus abject que la parole de celui qui se trompe ?

ne rien savoir angoisse échapper à l’erreur par l’angoisse ? la peur coupe coupe du monde souffrir occupe n’occupe jamais assez...

une autre lâcheté

ne plus avoir la disponibilité de se sentir coupable.

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Boulimie

la poésie doit sauver le monde

...on le sait bien

plutôt s’empiffrer à crédit que de s’offrir à elle...

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Hier... je me souviens de vous comme d’un premier roman geste un peu fou qu’on meurt de n’avoir fait avant on ne se dit pas... pourtant il nous pousse... nous pousse à plonger piscine sans rêve nuit sans eau vient le réveil toujours trop tôt... on se tait... larmes asséchées ne pas s’endormir pour se rappeler bruit du soupir espéré Pas du mirage qui s’en va ...nos corps ont déjà compris... l’extase coïtale n’existe pas en féerie au reste... reste la vie petits confettis jubilatoires confectionnés d’irréel le temps colorie de pastels marins ces parcellaires bouts d’amour si parfait de ne l’être point... diaphane bénédiction telle celle du bourreau à celui qu’il va occire.

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Blues de vache...

le beau c’est l’amour du vrai ne l’oublie jamais bébé ! le beau c’est l’amour du vrai même si pour cela je dois te quitter...

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À Paris à vélo... silence éboulant d’amour sur des rêves paniques non recouvrement de vide les bruits ne font plus vie assis sans remords moment à vif ne pas céder au mouvement entre la veille et le vent couché sur la paille ne plus faire poutre à part ainsi a-t’on beau ouvrir la boîte à vitesse... s’en échapperont crissements de sang aux échos argentins de l’autre côté de la terre sans s’en amercevoir se noyer immobile de tous les chemins pour quitter la ville ne plus mandater le moins difficile... parmi tous les moyens de locomotion j’ai toujours préféré l’auto destruction ! ne se prendre au sérieux que lorsque l’on joue...

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Ce que j’écris... rien je n’écris plus rien depuis que j’ai quitté la clandestinité j’ai écrit de moins en moins jusqu’au rien s’effacer derrière les mots passés disparaître ? paraître ce que l’on dit dire ce que j’ai écrit jusqu’à l’extinction du moi reprendre le maquis pour retrouver les mots quelques mots plats pour se tenir chaud

l’écriture est un plat qui se mange seul et froid.

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Ce matin... prévoir de travailler et... rien ou pire... attendre la nuit pour y voir clair attendre la nuit attendre enfin quelque chose qui va venir en attendant... Emaz parle du silence autour de la mort de sa sœur elle n’a pas un an et lui 4 ou 5 ans “on le protège il comprend qu’on le protège – mais de quoi – et ça lui fait plus peur encore”

le silence est une arme de destruction massive d’enfance.

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Poids plume

le spectre du suicide... une fois de plus au premier plan “Spectre” dans tout le spectre de ses signifiants une fois de plus face à la mort... n’avoir à offrir que mon art malade rien d’autre pour m’opposer à la disparition rien d’autre...

parole de plume et de silence.

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Écrire... ...soupire-t’on le nez dans la soupière panne de texte panne de sexe en pire... pas de petite pilule bleue pour faire remonter l’encre à la surface

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Écrire encore... agrandir l’espace entre la mort et soi-même tout en réduisant le temps qui les sépare comme cette fille des vents qui en passant a retourné ma vie comme un gant tu as lu à travers mon corps un enfant de 13 ans écrit : “la mort n’a été pour moi qu’une étape entre mes phantasmes et mes phantasmes ?” des décennies plus tard il en ignore encore le sens comme si cette ignorance le condamnait à avoir 13 ans toute sa vie

la mort des enfants tristes est-elle moins triste que celle des abeilles qui piquent ?

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Aujourd’hui... sauvé par le gris un ciel bleu rend nerveux l’azur est malsain... quoi de plus dépareillé à un jour sans nuage qu’un homme sans destin ? éclats ? ce qui brille même en mille morceaux

je suis l’idée que l’on a de moi la charité que l’on y a versée

ne plus entendre parler ne plus jamais discuter le monde la poésie comme ultime bouée... la poésie... ce verre d’eau imaginaire qu’on boit les yeux bandés au milieu d’un désert osseux l’époque a l’éloquence négative... la critique s’abysse entre soumission et suffisance

il n’y a plus rien à tirer de la mendicité intellectuelle.

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Martyr clandestin... comme le marin amarré aux tours de lumière à l’orée de la mer les aspirations volitives se sont envolées dans le sillage fumigène d’un avion sans réaction entre océan et ciel... dans les rêves opiacés d’un autre passé jusqu’à l’ombre de souvenirs éteints

l’oubli est la mémoire de la nuit...

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Idées de l’importance de la musique... les notes ne sont jamais malades : on peut toujours compter sur elles les idées ne m’ayant mené nulle part je n’étais plus qu’en émotion après des années à penser consacrer mon temps à pleurer sans gloussement et sans larmes... la mélancolie s’échappe de mes yeux pour rejoindre des nuages imaginaires si les larmes coulent à l’intérieur peut-être sont elles veines ? ...peut-être n’y a-t’il plus personne pour les voir ?

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Comme comme pluie... le bruit de la pluie rassure comme la mémoire d’une caresse amie comme cécité... des lendemains à perte de vue comme poésie... il n’ y a que la poésie qui vaille le reste n’est que littérature ...bruit de ferraille comme laver la nuit... je laissais passer la lumière en attendant la vie passer la matinée à laver les carreaux comment dissiper ce gris flou qui rend impossible l’espoir des mots ?

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Quitter ? quitter le pays ? donner un sens à l’exil intérieur

la routine ?

la santé mentale du solitaire

son garde-fou

son seul bonheur...

son sang

son cœur

sa terre

la poésie... signifier l’inexpressible ...et courir très vite très loin très longtemps.

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Razi à Bagdad pour choisir l’emplacement d’un futur hôpital : suspendre à différents endroits de la ville des bouts de viande ériger le bâtiment là où la décomposition a été la plus lente je m’inspirais de cette technique avant de prendre concubine et déposais un baiser sur la bouche d’une douzaine de courtisanes puis chaque jour je vérifiais ce qu’il restait du baiser sur la bouche de chacune...

l’oubli est à l’amour ce que les vers sont à la viande.

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Mourir d’accord... mais pour aller où ?

l’amour... ultime chance d’éternité ?

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Commerce équitable diviser équitablement mon temps entre remédier à mes souffrances et en élaborer de nouvelles

l’art rend supportable la vie

mais comment supporter l’art ?

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Elle un repas avec elle comme une séance chez le dentiste serrer les poings tétanisé par la douleur à venir la torture de cette attente écho de plaies antédiluviennes et le son de sa voix comme la roulette électrique...

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Mon père... Sean O’Moore “Je suis compteur de lacs dans l’ouest irlandais. Plus qu’un métier, c’est une mission ...dangereuse... entre Clifden et Tomboola... la Bog Road... un paysage lunaire où ne poussent pas même les pierres. Des lacs par milliers et des tourbières à foison. Parfois la limite est trompeuse ...ce qu’on appelle les lacs cachés. D’aucuns s’y sont noyés... croyant fouler la terre ferme, alors qu’ils marchent pour ainsi dire sur de l’eau. Fatalement ils passent à travers la tendre moquette végétale et plongent dans un lac glacé. Je rêve que grâce à mes relevés plus personne ne se noie. Je dénombre les étendues d’eau et la tâche n’est pas facile... comme les dunes, les lacs peuvent se déplacer. Si j’étais né dans le Sahara, je serais sans doute devenu compteur de dunes...” pour fuir la folie de mon père je suis devenu conteur celui qui conte des heures durant pour oublier... le temps ensablé des déserts le temps arrêté des tourbières … conter pour ne plus avoir à compter

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… pour personne.


Merci Morel

Continent... elle aurait voulu être aventurière parcourir la terre entière pas rater complètement : elle est caissière à Continent elle rêvait d’un prince charmant qui l’aurait prise sur son destrier ou même du premier gars passé par là qui un tout petit peu lui aurait souri ou même fait semblant … pour une nuit il s’appelait peut-être Pierre la nuit entière a duré 1 minute 30 et depuis elle vit dans son attente elle aurait voulu faire aventurière elle regarde défiler sur le tapis roulant les achats des gens en pensant à Pierre son si bref amant l’ombre de Pierre lourde comme celle des cimetières elle voulait voyager la terre elle est caissière à Continent

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Les souffrances d’amour protègent parfois... de moins nobles tracas l’espoir ? je voulais pour elle les plus beaux endroits l’espoir ? un mensonge diffus pour celui qui n’a jamais cru je me maudissais à genoux devant des déités improvisées implorant d’improbables paradis d’ ouvrir en grand leurs portes sacrées l’espoir ? je voudrais tant que recommence ta vie

les souffrances d’amour protègent parfois... de moins nobles tracas

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Le système des larmes les larmes de la tristesse font éclore au cœur des déserts les plus désolés les fleurs d’une beauté aux splendeurs de l’or dans l’étrange liesse de se croire renaître.

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Régression de l’Histoire le drame de notre temps ? croyance ignorance suffisance la certitude d’avoir trouvé supplante la volonté de chercher

seul l’amour rend immortel

la culture sigle la pensée slogan la vérité pub

la pub est vérité

seul l’amour rend immortel

mais pour combien de temps encore ?

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La vérité, l’art... la vérité ? un fantasme qui prend ses congés payés l’art ? une simple respiration du silence

les êtres perdus recherchent la vérité les autres doivent se contenter de la vie.

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...Et le voyage “Notre vie est un long voyage Dans l’hiver et dans la nuit Nous cherchons notre passage Dans le ciel où rien ne luit” ❄ Chaque jour s’écrase en flaque Sous le sabot du levant, Jetant aux pas qui nous traquent L’encre âcre du serment. Quelle marche marchons marcher Sous la vente sous la pluie, Nous jurâmes d’avancer Sans la honte d’un abri. Porterons esprit et foi Jusqu’en lune sorcière ; Une étoile nous bénira Pour les pauvres hères sans terre Pourquoi gémir dans le noir ...le temps précieux du Nadir Éclaircit le désespoir De ceux que la nuit vampire La vie... piteux mirage Qui sépare la mer du bruit, Pour qui oublie le voyage... Passeur en rêve de vraie vie Voyageur d’immobile... Ses pieds en triste cire, Pourvoyeurs inutiles, L’emmènent au bout de la mire.

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L’homme hagard... l’homme riche croit en la destinée l’homme puissant en lui-même l’homme heureux en la chance les autres s’en remettent à la fatalité ...et aux horaires de train

la vérité... un fantasme qui part en vacances.

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De la fatigue à l’océan de la fatigue... à la lâcheté trou noir où finalement disparaître vivre en paix... ne jamais prendre parti ne pas risquer d’être pris à partie le silence de celui qui sait... la parole de celui qui se trompe... ce qu’il reste à ceux qui n’existent plus ? incapables de le taire ? privés à la fois de vie et de silence ? la poésie ? la poésie comme un cri rauque ...animal pour aucune oreille un épanchement gastrique acide le bruit d’une douleur abdominale il n’y a rien de raisonnable dans tout cela il y a des hommes qui marchent au bord de la rivière ils ne dérangent personne

...qui aurait pu les apercevoir ?

nous avons marché sur la rive jusqu’à l’improbable retour de l’océan...

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Enlevez les superlatifs et les adverbes... que reste-t’il de notre époque ?

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Messe demi-nuit un curé parle de la perfection : “lorsque l’on achète une machine, on attend d’elle qu’elle fonctionne. si l’on achète un vêtement, un aliment, on leur demande d’être portable ou consommable. mais si, d’un homme ou d’une femme, on attend la perfection, on sera déçu”. j’étais déçu incapable de respirer parfaitement... je n’osais même plus respirer le curé essayait de me sauver rien d’anormal... c’était son métier je quittais l’église avant qu’il ne pousse la conscience professionnelle jusqu’au bouche à bouche

croire en Dieu d’accord... mais tout seul et dans le noir.

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Passion la passion est-elle le seul moyen d’échapper à la mélancolie ? “Donner de l’amour, c’est en perdre. Renoncer à la vie, pour ne pas renoncer à soi-même. La femme – source idéale pour les rêves –. N’y touche jamais. Apprends à séparer l’idée de volupté de celle de plaisir. Apprends à jouir, en toute chose, non pas de ce qu’elle est, mais des idées et des rêves qu’elle suscite. Car nulle chose n’est ce qu’elle est : mais les rêves sont toujours les rêves.” ...l’Intranquille effleure le sublime d’un revers de main cette main désœuvrée gantée de cynisme ouvre dans l’obscurité des chemins escarpés la passion... seul amour du poète ne pouvoir aimer sans perdre la tête s’y jeter à corps perdu... reniant ce pourquoi il a vécu les femmes ont été ma perte... une seule saura-t’elle me retrouver ?

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Attente... malade de froid quand elle n’est pas là ...et bouillant de fièvre dès que j’entends ses pas. j’aurais voulu avoir l’air de celui qui n’attend pas... l’accueillir d’un désinvolte : “c’est déjà toi !” mais je me rue dans l’escalier au moindre bruit... au plus petit courant d’air... croyant y reconnaître le signe de son arrivée je finis sur le trottoir guettant voitures taxis autobus qui auraient dû la ramener ainsi que les passantes qui, au loin, lui ressemblent toutes tellement...

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Le vide comme rĂŠsurgence.

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22 décembre... les jours les plus courts sont toujours les meilleurs soleil meurt... de rêves éteints en lettres mortes ne plus avoir la place d’avancer la vérité... le corps devient trop lourd s’épuiser à le trimbaler d’une journée à l’autre. rester coincé entre deux jours comme entre deux marches d’escalier quitter le pays pour donner un sens à son exil intérieur phrase creuse ? “Nul ne fera jamais s’épanouir les capacités de son intellect s’il ne fait en sorte que la solitude occupe au moins la moitié de sa vie. Autant de solitude, autant de vigueur.” ✺

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Réplétion obstination insane du “pas si vite”... on se sait en sursis se remplir en vitesse des choses les plus grosses des objets les plus intransportables sans savoir à-quoi-ça-sert-à-quoi sans se le demander remplir du temps compté plus on remplit plus on rapetisse plus rapetisse le temps comment comprendre comment ne pas agir à quoi bon ne pas se répéter ? se faire vomir et vite recommencer.

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Rêver... comme rêver de disparaître pour se protéger... comment ne pas avoir à me tuer pour prouver que j’existe en vrai ? éviter les “pas si vite” qui précipitent dans l’agitation ne plus se tuer de quotidien vivre chaque jour comme si c’était le bon vivre chaque matin... comme une fin de nuit échapper à la tyrannie du temps... mourir demain et alors... alors la vie devient or se dépêcher de vivre avant que les rêves partent se coucher.

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Jouissance illusion urinoir et constipation ne peut plus s’aimer... mais jouir encore jouissance de ne plus pouvoir s’aimer ? jouissance du non sens : du sens qui jouissait ? mauvaises nouvelles pour l’humanité... le sens qui jouit se passe très bien de l’humain !

la prison : l’urinoir de la République

j’ai acheté des wc de la marque “maya” maya l’illusion... tous les jours pouvoir m’asseoir sur mes illusions sans qu’elles ne se dérobent sous mon poids

le pire ennemi du poète : la constipation.

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Jazz tristesse pari pendule névrose et jonquille “Quant à pleurer, cela m’était impossible, lorsque je mourrai, les gens auront peut-être raison de pleurer sur moi parce qu’ils sauront que je suis damné et que je vais vers quelque chose de pire que ma vie terrestre.” ✿ ce que je sais du monde me rend triste et coupable ce que je sais des autres me rend triste et méfiant quant à ce que je sais de moi... cela me rend seulement triste mais triste longtemps

le jour de mes 40 ans... une seule question qu’ai je fait jusqu’à présent de ma vie ? rien à part être névrosé

la névrose : une occupation à plein temps.

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Et qui libre comme... entre pari pascalien – croire pour ne plus douter – et duperie lacanienne – croire pour pouvoir douter – trouver l’équilibre presque fiable que l’on appelle survie quand l’épithalame mord dans l’âme... je pouvais me briser m’écraser à chaque instant mais aujourd’hui... je devais écrire, la mort dans l’âme, un épithalame

briser le cercle des fatalités qui nous sert de chambre à coucher

l’existence n’est qu’un problème quotidien.

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L’existence n’est qu’un problème de quotidien les jonquilles émergent de toute part les ajoncs éclairent les bas côtés les agneaux envahissent la chaussée

je vous l’ai déjà raconté ? ...au printemps dernier ?

ne pas oublier... le printemps en Connemara la danse vernale du ciel et de la terre au loin des solitudes de l’hiver

combien de temps s’écoule-t’il réellement entre deux printemps ?

ne pas se fier aux pendules...

le temps dissimule ses heures au revers des horloges

le printemps change la nuit en espoir pour un instant seulement...

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Peupler le silence indélébile d’encre épaisse laisser les mots à Shakespeare... entre les lignes du temps... si peu de place pour les mots... Shakespeare le savait il se donna à peine d’exister entre les lignes du temps... si peu de place... si peu d’esprit en mémoire se souvenir de Shakespeare la mémoire est limitée ne pas la saturer de livres sans stature entre les lignes du temps... si peu de place sous des draps virtuels glisser en douce quelques ratures sans durée entre des jambes inventées... laisser à Shakespeare l’espace des mots !

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Oublier oublier de se moquer du présent absurde ou ridicule... des lacs artificiels du progrès écrire pour se croire exister et à la fin tout effacer...

la solitude est le sang de l’écriture...

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Enfermer des mots dans un livre c’est mettre des rêves en prison.

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Où Maurice le chien ne rencontre pas Emily jolie aujourd’hui le créateur est le lecteur ...retour à “l’espace”...  “la lecture fait du livre ce que la mer, le vent font de l’ouvrage façonné par les hommes : une pierre plus lisse, le fragment tombé du ciel, sans passé, sans avenir, sur lequel on ne s’interroge pas pendant qu’on le voit. […] elle laisse être ce qui est, […] laisse s’affirmer la décision bouleversante de l’œuvre, l’affirmation qu’elle est – et rien de plus.” ✱ le poète n’a rien à dire la poésie est ce que l’on ne peut taire lire encore et encore pour ne pas disparaître et disparaître quand même alors écrire... l’écriture comme simple prolongation de la lecture l’écriture comme une fuite une fuite d’encre du livre lu jusqu’au papier blanc peupler la nuit rapace d’encre épaisse la poète a toujours raison... “ne pas être publié pour ne pas risquer de perdre l’approbation de son chien”

continuer à publier tant chaque année et mourir asphyxié sous mégatonne de papier.

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Voyage bavardage cartouche stylo à bouche peu à peu perdre la vue jusqu’où peut-on baisser les yeux ? la journée passe dans des graffitis idiots la nuit tombée... un peu d’ inspiration descend de mon demi-cerveau... plus d’encre panne liquide courir dans la campagne noire pour remplir une cartouche Waterman usagée de bleu nuit... destination le continent indien... dissoudre mon ego frileux et paranoïaque dans les foules millénaires... participer à une grande fresque humaine malgré toute volonté accepter ma propre insignifiance avec bonheur direction Himalaya dans les montagnes... une autre histoire plus on monte en altitude plus l’air ressemble à Dieu rêver ce qu’on ne comprend pas oublier le reste inventer ce qu’on ne connaît pas effacer le reste.

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Avoir vécu pour écrire l’expérience n’ayant engendré... qu’une source ininterrompue de malentendus... je ne m’exprimais que sur ce que j’ignorais deux catégories de créateurs : les stylistes et les visionnaires il y a aussi les maudits et les modistes mais c’est une autre histoire... aujourd’hui encore être trop fatigué pour exister ...l’écriture pour faire semblant

mais les mots finissent toujours par ressembler trop à la vie.

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Alors se taire pire que la mort... le silence le silence n’est supportable qu’à plusieurs j’aime ces silences partagés où l’on peut enfin aimer sans avoir à se mentir l’homme de joie... celui qui se prostitue à la satisfaction de se savoir insatisfait sortir du mouvement pour comprendre la vie et... tomber la patrie n’est une bonne idée que lorsqu’elle est en danger et... en corps...

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In corpus veritas la vérité est ce moment particulier où les hommes sont morts ...et que tout autour la nature se tait aimer : les comptes ronds, les rendez-vous faciles, les choses simples à retenir... l’évidence ce qui coule de source... la beauté est limpide... la beauté est une forme inachevée de limpidité il y a des jours où... être oublieux jusqu’à la lâcheté taiseux comme un arbre noyé... des jours où... écouter du monde le bruit des vagues suicidaires à l’assaut des champs de sable argenté autre chose... si l’on trouve rarement ce que l’on cherche on ne trouve jamais ce dont on refuse l’existence... ...c’est pourquoi je refuse obstinément de croire en la mort.

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Nulle part... nulle part... un endroit parfait pour jouir en paix de ses regrets quoi de plus dépareillé à un ciel sans nuage qu’un homme indestiné... la pluie peut déprimer le soleil est plus cruel se contempler dans le gris comme un enfant abandonné dans les gestes du bourreau qui l’a recueilli comme l’aveugle hagard cherche à lire son propre visage à tâtons sur un miroir de hasard... je recherchais une quelconque identité dans les reflets des vitrines de la cité l’amour : ce qu’il reste après l’amour les jours roulent sur moi depuis des années sans que j’en sois ni plus mort ni plus vivant comme une paroi calcaire assaillie par l’océan... je fonds petit à petit sans espoir et sans mouvement seul Dieu serait assez puissant pour s’interposer

entre ma peau fatiguée et les éléments Dieu n’a jamais cru en moi

je n’ai jamais été aux yeux de Dieu qu’un vieux poème parsi aussitôt écrit aussitôt jeté.

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Ceci n’est pas un livre j’imaginais des jeux dont je sortais tout le temps gagnant des histoires floues où des héros invisibles évoluaient dans des mondes transparents dans ces moments-là je me rendais à l’évidence ce livre n’aurait jamais de fin il n’existait que dans des débuts qui ne débutaient rien publier c’est mettre des barreaux à ses rêves alors n’écrire rien de publiable... se perdre dans les phrases inarticulées de mots inarticulables

puis vient l’oubli...

fuir l’autobiographie jusque dans les bras de l’océan.

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Poésophie ne parler de philosophie qu’en musique laisser les mots au passé les enterrer danser sur leur tombe recouvrir leurs couinements de regrets il n’y a que la poésie qui vaille le reste n’est que littérature... et bruit de ferraille que la poésie pour échapper à la vénalité du vide que la poésie à opposer au mensonge des mots que la poésie ultime espace inutile dans un monde où tout doit servir et disparaître que la poésie pour...

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Celtitude en celtitude si tout est possible le plus probable reste la pluie

laver la nuit laisser passer la lumière en attendant la vie

laisser la chance de faire la paix par peur... ne pas avoir osé...

maintenant pleurer

jardins du silence... limites de la peur triste... tristesse : cet instant d’après la peur on n’a plus à avoir peur... on ne peut plus vaincre cette peur la mort a tout réglé tout emporté...

peur espoir rancœur amour amitié

...le plus probable reste la pluie.

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Métronomie dans le métro... des SDF un peu partout c’est pourtant pas l’hiver une pub Pampers faisait chier les nouveaux parents auraient besoin de vrais bons conseils : “Apprenez la musique à vos enfants. Pour faire la manche ça aide drôlement !”

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Connus quand on s’est connu... mes blagues la faisaient rire et elle croyait en mon avenir d’écrivain. je lui ai dit que ça risquait de prendre du temps. elle n’a rien voulu savoir... avec une femme comme elle à mes côtés... j’aurai bientôt richesse et célébrité. au bout d’une année à écumer les maisons d’édition, elle s’est rendu compte que c’était sans espoir. elle a décidé de prendre en main ma carrière et de me dire ce qu’il fallait que j’écrive. encore quelque peu sous les feux éthérés de la passion, j’ai obtempéré. le résultat ? un mélange entre Barbara C. et Gérard de V. en relisant les épreuves de ce “chef-d’œuvre” je pris la décision d’assassiner ma femme la nuit même... dans son sommeil elle ne souffrirait pas trop... je l’ai étranglée pour pouvoir respirer à nouveau... que je puisse reprendre mon travail d’écrivain raté.

l’écriture... le sang de la solitude.

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Le sang de la solitude... perdu dans l’Himalaya ou au milieu de la foule, je devenais invisible jusqu’à ce que l’écriture apparaisse sans bruit... au delà de la vie les heures se dissimulent au revers des horloges l’existence n’est qu’un problème quotidien

tourner la page une fois pour toute et puis tourner une autre page... que de page en page mon âme prenne forme qu’au fil des lignes mes rêves s’améliorent... que le style cesse de n’être qu’une apparence quitter le camp des modistes comment briser le cercle des fatalités qui me sert de chambre à coucher

la poésie doit sauver le monde... mais je préfère les calories.

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Encore du silence et bien entendu... de la pluie “Gens de Dublin” Joyce Huston pleuvoir jusqu’à n’en plus pouvoir de la pluie de la mémoire pleuvoir jusqu’à la neige grise souvenir désespéré d’amours passagères remords ne pas avoir aimé assez la morte je marche des heures dans la nuit champêtre entendre des cris des choses bouger je rentre en courant plus effrayant encore le silence abstrait de la maison faire gueuler la radio

ne pas sombrer sous les pluies torrentielles du dedans.

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Chaque matin ...désillusions et des souvenirs blets à me mettre sur le dos chaque matin avant d’aller tuer le temps pour rien à l’issue de la bataille un seul survivant blessé hors de danger les honneurs la gloire pour lui la gloire ? une chance pour les morts une mort pour les survivants jauger un homme sur... son travail ses richesses ses amis sa femme... lui ne se juge qu’à l’aune de ses morts la mort semble une idée trop simple pour être probable...

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Patience et humilité le vieil indien livre des messages de sagesse c’est ce que je suppose le sens de ce qu’il dit m’échappe le son de sa voix emplit l’air d’humilité toute la journée du dimanche : attendre le facteur entre le courage et la lâcheté, existe-t’il encore un espace pour aimer ? donner un sens à ma verticalité ? se lever... c’est commencer à tomber ! chaque sortie de lit... comme la chronique d’une chute annoncée pourquoi persévérer ?

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Distillerie la radio distillait les nouvelles du monde à quoi bon ressentir si l’on garde tout pour soi... gâchis cœur qui pompe de l’actualité... ne rejette que du sang essayer d’écrire... décrire ces images floues... en vain je n’étais sans doute pas écrivain. sans doute même plus humain je n’étais plus que flou... écrire est impossible mais pas encore suffisamment impossible...

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Frelaté convaincre le monde que mes ennemis étaient des vampires... ainsi mes peurs seraient partagées par tous ainsi peut-être l’ennemi succomberait sous le nombre... des anges volent dans le ciel embrouillé de la chambre à coucher depuis que Dieu n’existe plus... les anges n’ont plus personne pour les éclairer quant aux démons... ils n’ont plus à craindre de personne les revenants, eux, errent sans fin la chambre à coucher est devenue le sanctuaire des âmes égarées et des mondes perdus à force de tourner en rond finir par se creuser une tombe circulaire le sang haut en alcool... se croire un grand poète sans réelle illusion comme un mendiant se prend pour un prince... le monde, à travers les yeux du barman, me ramène à mon état frelaté.

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Désert la ville est déserte quand venu de loin... un soleil aux yeux clairs me prend la main. mais je n’ai pas fini mon verre – le bonheur est trop simple pour certains – ...pour un dernier verre l’amour repart au loin les qualificatifs non pour définir mais pour l’imaginaire l’impuissance à qualifier : telle était la force du poète se sentir sale sans savoir si c’était vrai heureusement ici la pluie... comme la solution à toutes questions

“an Irishman’s heart is nothing but his imagination”

écrire comme bouger... pour ne pas mourir de froid.

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L’empire du milieu un milieu petit bourgeois avec ses “vraies” valeurs : la nécessité de posséder un goût prononcé pour la mesquinerie alors partir vivre chez les pauvres entre maladies et sens déprimant de la fatalité survivre de justesse... ne plus croire en rien... surtout pas à l’action... “revenu de tout : je n’avais nulle part où aller.” quand la vérité commence à puer la formule... songer sérieusement à la réincarnation je me compliquais la vie à souhait comme si la confusion éloignait les certitudes... une sorte de sursis en forme d’amnésie

l’amnésie ? une forme de vanité...

la journée à utiliser des mots si usés qu’on pouvait voir à travers alors comme un con planté au milieu d’un champ de questions toujours plus hautes plus nombreuses... j’étais obligé de m’élever constamment pour garder un œil sur l’horizon

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bientôt... me contenter de l’imaginer.


Escargots dans un lit... entre escarres et cauchemars “néant vide chaos...” mots de peur mots de dépit mais faire face relever la tête ne plus supporter d’être courbé... mais cramponné à une même branche temps de se laisser aller emporté par le courant mais obstination à ne pas lâcher... désir de finir en beauté attendre l’occasion l’idée... une sortie remarquée mais à portée de ma main la rivière ne charrie nulle opportunité de briller ressasser des projets vengeurs... jusqu’à m’épuiser... à l’heure “adieux” je n’avais plus à noyer que souvenirs périmés et meurtres différés.

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Mémoire grise Œdipe à l’envers à l’âge de 5 ans rêve de tuer la mère seulement une fois la mère morte l’addition est salée ma mémoire ne fixe plus les mots nouveaux les plus anciens s’accrochent aux ramifications neuronales les autres comme des abeilles... butinent les pensées... puis s’envolent faire leur miel dans les ruches des monts analogues un signe de dégénérescence... je le sais on me dit que j’étais en train d’alzheimer je pensais : à force de nostalgie je suis simplement devenu le passé la poésie ? créer des mots nouveaux avec des mots anciens... la mémoire était grise comme le blé sous la pluie on croit que la faute est au ciel trop bas puis on s’aperçoit que les épis aussi sont gris

la mort n’a été qu’une étape entre mes fantasmes et mes fantasmes.

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La mort n’a été qu’une étape entre mes fantasmes et mes fantasmes des années après en saisir le sens ou des années après comprendre... qu’il n’y a rien à comprendre quoi de plus vertigineux de plus énigmatique qu’une formule vide !

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Les mots sonnent toujours deux fois mots sonnent faux les taire atteint d’aphonie épistolaire... journées à errer dans les silences de chambre miroirs excentriques remplacent carreaux aux fenêtres ramper sur lino humide et crasseux... écrasé par sons sans intérêt sur radio liquoreuse sentant venir la crise pousser volume à fond... la furie décibels ne peut couvrir l’appel du vide attendre prostré le retour du paysage attendre la fonte de la honte sérielle... au milieu de mes fantômes... capable de les nommer un par un ils n’ont pas changé depuis ma petite enfance en apparence rien d’effrayant... des Madame et Monsieur tout le monde quand elle revêt l’aspect le plus humain la peur est illimitée comment lutter contre une angoisse dont on ignore la cause ? l’angoisse... une peur sans cause dont on ne peut causer...

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Pénétrer pénétrer la beauté environnante... le chant de la mer les douceurs du soleil les morsures du vent... Ferme ta boîte à clichés ! être déprimé pour ne pas ne rien être tout à fait chaque seconde de silence une perche tendue vers l’inconnu... des milliers de fourmis forment un pont suspendu ...des quatre coins de la maison jusqu’à mon cou elles se précipitent vers ma gorge... comme si... elles avaient été piquées par des tarentules ...mordues par un chien enragé appuyer sur le “on” de la radio l’espace se remplit de sons et de voix sans intérêt et... tout disparaît les fourmis le pont...  

...même le chien et l’araignée lui semblent des souvenirs inventés.

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Le retour de l’indien “Le doute est la seule et la pire des vérités” dit le vieux séminole qui visite parfois mes rêves... peut-on s’attribuer les paroles de l’indien ? l’indien lui-même... est-il extérieur ou intérieur à mon être ? être incapable de définir des frontières entre la réalité et le reste être incapable de définir ce “reste” sentiment de vivre entre deux morts la pire des vérités... la perspective de ne pas durer rend les choses plus compliquées... la perspective de durer rend les choses plus compliquées... c’est la perspective qui complique la vie ! milieu aisé horizon dégagé aucune tare physique ou génétique ...à part la tristesse une place au soleil assurée alors j’ai aiguisé le refus jusqu’à l’extrême clandestinité... condamné à la marge... à la fange à la survie à la sous-vie... la bouteille à moitié vide ou... à moitié pleine dans les deux cas le liquide a effacé le message l’encre a rejoint l’eau.

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Chanson pour midinette... trop attendre de l’amour ou l’envisager comme une carrière professionnelle les idéaux romantiques ont tout dévasté en moi jeter au panier ces poètes genre 19e siècle mais un jour une vieille rengaine revient saigner mon cœur à blanc des larmes en torrent... bain de minuit du pauvre

la mélancolie à tout prix...

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Mauvaises fréquentations chaque fois que je formule des projets d’avenir il se met à pleuvoir... c’est Dieu qui pisse de rire ! la vérité et l’essentiel ont en commun de s’escamoter chaque fois qu’on les approche de trop près pour cette raison... je ne fréquente plus qu’aphorismes et poèmes...

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25 décembre... les mensonges les plus courts sont toujours les meilleurs au fond d’un puits la vie est un combat entre les ronds et les carrés... une lutte acharnée... courbes et lignes droites s’affrontent sans pitié

comme tout vagabond digne de ce nom... je finirai dans le pointillé.

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Écrire le silence parler d’autres choses ou... continuer à parler tout seul ? ...désert de mots perdus... personne pour écouter le calvaire des victimes parler tout haut pour couvrir les vents porteurs des nouvelles du monde je n’ai rien à me dire de nouveau alors parler pour de faux des crimes sont en train de se commettre juste à côté je ne fais rien par peur par logique par bon sens... je ne fais rien on peut crever de ne rien essayer devenir mesquin méfiant rabougri recroquevillé ...sourd à quoi bon se taire puisqu’on se tait toujours trop tard... la peur de perdre était la peur de perdre un ! par nature un être est si périssable... qu’on se ment en croyant l’aimer passionnément ...on ne peut aimer que désespérément

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la passion ? du désespoir en retard


Décibel éviter tout silence le prix à payer ? mensonges et tympans percés un voile sonore permanent nos apparences les plus prometteuses se retrouvent nues en pleine rue... ...aussi laides et inutiles que des bruits de ville.

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Il attend avec impatience l’heure des news à la télé en espérant la nouvelle immonde qui rachètera sa journée...

la révolte ? une tentative vaine pour ne pas oublier la vie c’est mieux que rien c’est mieux que tout.

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Merc’Il des messages à longueur d’années... dans des bouteilles à l’océan tant qu’Il écrit... Il est vivant s’Il arrête tout s’arrête ne pas accorder la moindre importance aux mots... mission secrète vitale pour l’humanité le plus sûr moyen de ne pas trahir un secret : tout en ignorer... une seule certitude : cesser d’écrire causerait la destruction du monde. pourquoi ? comment ? qui l’a chargé de cette tâche ? plus le temps d’y réfléchir... toute généralisation est un pas vers le fanatisme une pensée qui n’est pas poussée à outrance est une pensée outrancière toute généralisation est un pas vers le fanatisme.

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Jour hiver nuit la plus longue érection du sapin de noël il est temps... ramasser des branches mortes. puis les planter dans un seau de peinture désaffecté pour faire guirlandes découper en bande fine les centaines de pages manuscrites exemplaire unique de mon œuvre pour faire les boules se couper les c... c’est presque rond et ça devient rouge An 2011... une planète est habitée par 7 milliards de graines de peur à deux pattes toute ressemblance avec une planète existante serait le fruit du plus grand des hasards Dieu hait le hasard

Dieu est hasard

haïr Dieu est hasardeux...

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La phrase sacrée ...celle qui va rester elle a surgi au creux de la nuit depuis je la répète en boucle comme pour en jouir tout seul avant de la coucher sur du papier à la disposition de la postérité comment est-ce arrivé ? soudaine envie d’aller pisser ? au retour plus rien la phrase a disparu... toute ma vie j’ai couru après peut-être ai-je ainsi évité qu’elle soit salie par les regards médiocres peut-être personne ne l’aurait comprise un jour... quand le monde sera prêt je m’en souviendrai !

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Don Quichotte carmélite écrire ne m’a mené nulle part nulle part un endroit parfait pour les regrets obstinément me tailler un destin grêle dans le roc granitique de mots gris un destin insignifiant un destin de Sisyphe manchot... un destin de Don Quichotte carmélite obstinément écrire sur le sable du désert... le vent se chargeant des corrections l’homme seul finit par être au moins deux.

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Hier une fée brouillard a avalé le décor d’un air dédaigneux soir... toute la sainte journée ce matin les choses vont mieux... soleil bleu vent glacé hier la fille aime la musique de pizzeria elle a du sexe dans les yeux ça ne me dérange pas si le bonheur est à ce prix... je jure d’écouter de la musique de pizzeria uniquement de la musique de pizzeria jusqu’au jour de mon enterrement où l’orchestre jouera de la musique de pizzeria avec le soleil elle est partie il fait beau et froid c’est ça ou... pluie et doux ici le choix s’arrête là... gris mouillé ou soleil froid du vent dans tous les cas pour rester oisif dans ce pays il faut boire beaucoup...

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Dog’s God Dieu est l’Inconscient... il vit là terré impuissant il voit tout entend tout comprend tout ne peut plus rien ou seulement pendant nos rêves il nous envoie messages conseils avertissements agir sur le monde réel combattre les salauds les tyrans ...pour lui ça serait comme manger dans l’assiette du chien...

Dieu est le plus grand des empires rêvés.

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Science et inconscience sont dans un bateau... une science n’est qu’humainement exacte ou exactement humaine la pensée occidentale souffre du même handicap que sa musique : l’absence de quart de ton toutes deux y pallient par l’abus de force ou de mélancolie la névrose comme une distraction une diversion de la mélancolie

Être humain : rester envie “L’harmonie naît au souffle du Vide-médian.” ☯

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Sortie de Pub plus par habitude qu’en pensant à mal... marcher à l’envers des gouttes et puis ne plus lutter... m’allonger sur la route la nuit déferle sur terre par vague fumigène le ciel déverse sur ce corps rompu des brocs d’eau de vie brute diluant tout le doute qui me sert de sang alors le corps se relève et revient sur ses pas Dieu existe bien... Négociant en alcool pourfendeur de mémoire sur la devanture de son échoppe il a écrit : “Spiritueux en gros” spirituel en diable : Dieu ne fait pas dans le détail !

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Et si écrire n’était qu’un vaste manque d’humilité... une manière un peu hautaine de passer le temps.

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Mais... ...ma possibilité d’être père est morte avec la mort de la petite fille elle a créé en moi un vide d’une densité inviolable pour éviter l’expansion de cette planète melancholia j’écris tout autour de cette boule des mots courbes des mots peaux entre le trop plein de ce vide et le trop vain du monde des mots clandestins dont le seul sens est d’être là

Je m’appelle Paul O’Moore, écrivain clandestin.

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Pessoa

❄ Chant des gardes suisses ✺ Thomas De Quincey ✿ Billie Holyday ✱ Blanchot Emily Dickinson

G.B. Shaw

☯ Lao-tseu

Achevé d’imprimer en décembre 2011 à l’imprimerie Stipa (Montreuil)


9 782953 581119

Paul O’Moore oscille entre aphorismes et poésie, entre poser des mots sur des questions et ôter des mots aux réponses... entre sacrifier l’écriture pour échapper à l’artifice et sacrifier le silence pour ne pas disparaître. Poésie comme “sacrifice où les mots sont victimes” (G. Bataille), aphorismes comme degré zéro de la philosophie : une pensée dépensée. Vincent Vedovelli

Ex'il de Paul O'Moore  

aphorismes et poésie de Vincent Vedovelli mise en page par Isabelle Jégo

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