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Du développement d’une filière bovine «la Bazadaise», au paysage de son berceau :

LE BAZADAIS

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COLLARD Vincent // Mémoire personnel d’étude et de recherche Mémoire Cent ans de paysage - 2016 Formation des paysagistes D.E.P - Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux


COLLARD Vincent

Du développement d’une filière bovine «la Bazadaise», au paysage de son berceau :

LE BAZADAIS

Mémoire personnel d’étude et de recherche - Mémoire Cent ans de paysage - 2016 Formation des paysagistes D.E.P - Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux


PRéambule. Avant de poursuivre mes d’études en paysage à Bordeaux, je n’étais que rarement venu dans le Sud-Ouest et encore moins en Gironde. Bien sûr, j’avais entendu parler des vastes paysages de vignes et de pins qui font la fierté de cette région. Mais avant une mission de jardinier intérimaire lors de l’été 2015, je n’avais jamais entendu parler de Bazas ni de son paysage. C’est mon chef de chantier préchacais, Nicolas, qui m’initia à l’existence de cette région. A en juger par ses deux heures de routes quotidiennes pour aller travailler et surtout à sa manière de me parler du paysage Bazadais, celui-ci est certainement très cher à son coeur. Il me parlait alors de paysages vallonés parcourus de cours d’eau et de lacs dans lesquels il pêchait frénétiquement. Il m’expliquait qu’à chaque automne, le pays s’arrêtait de travailler pour aller rejoindre les palombières dans les forêts où, avec les anciens, il traquait dans la plus pure tradition qui soit le célèbre volatile migrateur. Mais il me parlait aussi et surtout, et c’est ce qui retenait le plus mon attention, d’une race bovine locale, peu connue, qui faisait la fierté du Bazadais. Ancien outil de travail, elle avait trouvé sa reconversion grâce à ses qualités bouchères. A tel point que chaque année, et ce depuis sept siècles, une journée est spécialement dédiée à l’élection des plus beaux boeufs gras et que celle-ci fait se déplacer des foules inconsidérables sur la place de la cathédrale de Bazas. J’imaginais le Bazadais comme un paysage relativement semblable au territoire Charollais, dans lequel pâtures, prairies, cours d’eau et boisements ponctuels étaient les principales composantes et où les bovins en grand nombre parcoureraient l’ensemble du paysage. Pourtant, lors d’une brève et impromptue traversée du Bazadais en août 2015, étonné d’être confronté à un paysage beaucoup plus complexe et difficile à lire. Je fus encore plus surpris que de n’y croiser que peu de troupeaux de Bazadaises et que les quelques cheptels aperçus étaient en fait bien plus diversifiés. Ce paysage est en réalité un enchevêtrement de champs céraliers, de pâtures, de peupleraies, pinèdes et autres boisements de feuillus qui engendrent un vaste maillage paysager complexe de déchiffrage.

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Sommaire. Introduction.p.8 I - Le Bazadais, paysage de polyculture-élevage.p.11

1 - L’hétérogénéité des plateaux : habitats, cultures, boisements et élevages.

1.1 - Des villages aujourd’hui habités, autrefois agricoles.  1.2 - Des plateaux polyculturaux. a - Les champs céraliers.

p.12 p.15 p.16

b - Les pâtures et prairies de fauche.  c - Les boisements libres et cultivés.

p.17 2 - Des coteaux polyculturaux, ponctuellement habités. p.18 2.1 - Des combes et coteaux considérés comme riches en biodiversité. p.20 3 - Des fonds de vallons marqués par l’eau. p.21 3.1 - Les lacs de la Prade et du Praderon: du fonctionnalisme agricole à la richesse naturelle et au loisir. p.22 3.2 - Les cultures de fonds de vallons : peupleraies, céréales et prairies de fauche.  p.24 4 - Synthèse du paysage Bazadais en 2016 et questionnement sur sa mise en place. p.26 II - Du XIX° siècle à aujourd’hui :Transition du paysage de polyculture-élevage Bazadais. p.28  1 - Vue d’ensemble de la transition paysagère Bazadaise.  p.30 2 - Du XIX° à 1950 : Un paysage de polyculture-élevage façonné par le métayage. p.32 2.1 - Fonctionnement du métayage du XIXe siècle. 2.2 - L’étagement des cultures, lisibilité du territoire. p.33 2.3 - La Bazadaise : de l’outil agricole à l’amorce d’une fierté patrimoniale locale. p.36 2.4 - Synthèse du paysage Bazadais à la moitié du XXe siècle. p.38 3 - De 1950 au années 1970’ : Vers un paysage de spécialisation céréalière. p.40 3.1 - Le rôle de la mécanisation dans la métamorphose du paysage Bazadais. 3.2 - Le déclin de la Bazadaise. p.41 3.3 - Synthèse du paysage Bazadais au début des années 70’. p.42 4 - Des années 70’ à 2000 : La co-spécialisation du paysage Bazadais. p.44 4.1 - La création des lacs de la Prade et du Praderon. 4.2 - Le programme de sauvegarde et le plan de relance de la Bazadaise. p.45 4.3 - Synthèse du paysage Bazadais au début des années 2000. p.48 5 - Conclusion sur la transition paysagère Bazadaise. p.50

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III - La Bazadaise : du patrimoine agro-culturel à l’outil au service du paysage Bazadais. p.52

1 - Les dynamiques paysagères du territoire Bazadais depuis les années 2000’.

1.1 - Poursuite du développement de la filière Bazadaise. 1.2 - Poursuite de la dynamique de déprise agricole.

p.54 p.55 p.58

2 - Scénario 1 : la déprise agricole se poursuit.

3 - Scénario 2 : le paysage comme outil de valorisation du berceau de la Bazadaise. p.60

4 - Synthèse des enjeux paysagers du territoire Bazadais.

p.62

Conclusion. 

p.63

Bibliographiep.64 Remerciements 

p.67

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Introduction. Le Bazadais se situe dans la plus grande région française Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente à la frontière Sud de la Gironde. Ce territoire bénéficie d’une situation particulière, d’une part par sa proximité avec la métropole bordelaise (environ 70km), d’autre part il est bordé par les paysages viticoles du Sauternais et des Graves au Nord, d’Ouest au Sud par le couvert forestier Landais et à l’Est par le Lot-et-Garonne. Selon notre localisation dans le Bazadais, nous pouvons constater les différentes influences des contextes économiques sur les paysages. Aussi, dans le Nord Bazadais, la vitticulture est plus présente alors qu’à l’Ouest ou au Sud l’influence forestière des Landes l’est davantage dans la morphologie du paysage. Pourtant entre ces grands espaces influencés, demeure une partie de territoire au paysage particulier. C’est sur celui-ci que nous allons nous pencher. Le territoire étudié jouxte la ville de Bazas, la célèbre cité gasconne vieille de 25 siècles qui a donné son nom au canton. Le paysage qui nous est donné à contempler ici, est complexe. Il consiste en un réel enchevêtrement de prairies, pâtures, champs, boisements divers et variés parsemés de petits villages à la faible population. On les trouve sur un relief légèrement vallonné qui dans ses niveaux les plus bas accueille une multitude de petits cours d’eau qui jouaient un rôle essentiel dans le fonctionnement du territoire. Aussi, mon étude se concentre sur les territoires des villages de Birac, St Côme, Gajac et Gans même si au cours de mes recherches je serai amené à évoquer les territoires de Bazas, Lados ou encore Sauviac.

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Localisation en France métropolitaine du Bazadais. Source : Géoportail retravaillé

Canton Sud Gironde

Bordeaux Paysages viticoles Bazadais Paysages forestiers

50km

Entre pinèdes et vignobles,localisation du Bazadais en Sud Gironde.

Source : Géoportail retravaillé

GANS

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BAZAS

Lac de la Prade

Localisation précise du territoire d’étude.

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Source : Géoportail retravaillé


Ce paysage de polyculture-élevage offre une grande diversité d’ambiances selon les endroits où on se situe : parfois des espaces vastes et ouverts, d’autres fois des espaces couverts ou même intimes. Cependant, un élément, qui fait pourtant l’identité du canton, reste peu présent : la Bazadaise. Pourquoi cette race bovine, réel atout patrimonial Bazadais n’est pas plus présente et ressentie dans le paysage local? Pourquoi le Bazadais n’est pas à l’image de ce que j’avais imaginé? C’est à dire un paysage d’élevage très uniforme. Mais surtout, comment le Bazadais a-t’il pu se doter d’un si riche et diversifié paysage? Pour tenter de répondre à ces questions, je me suis d’abord interrogé sur la race Bazadaise, afin d’intégrer au mieux son histoire et de comprendre sa place et son influence dans la forme des paysages Bazadais. L’intérêt de cette démarche et de l’important travail de terrain, de rencontres et d’investigations, bien que cet élément soit très spécifique et pourrait être considéré presque comme restrictif, m’a ouvert de nombreuses portes sur les autres constituants du territoire et sur leur mise en place. A travers cet animal, j’ai pu comprendre l’évolution des paysages Bazadais jusqu’à aujourd’hui mais surtout comprendre ce lien si intime qui existe entre cette race, les habitants locaux et bien sûr ce territoire.

Jeune boeuf Bazadais près de St Côme.

Source personnelle

L’objectif final de cet exercice est d’effectuer une prospective territoriale grâce à une analyse paysagère prenant en considération la juste compréhension des dynamiques actuelles comme passées. Aussi pour cela et pour répondre aux interrogations évoquées précédemment, nous présenterons dans un premier temps le Bazadais, paysage de polyculture-élevage. Nous chercherons ici à comprendre la complexité du paysage et ses dynamiques actuelles. Puis dans un second temps, nous remontrons le temps jusqu’au XIX° siècle afin de comprendre quelles dynamiques passées ont pu intervenir dans la mise en place du paysage tel qu’il peut nous être présenté aujourd’hui. Parallèlement, nous verrons quelle place prend la race Bazadaise dans la société Bazadaise et ce depuis le XIX° siècle.Enfin, nous chercherons à voir vers quel paysage le Bazadais tend-il et comment le patrimoine agro-culturel que représente la race Bazadaise peut-il servir le paysage et à l’inverse, comment le paysage peut accompagner la promotion de produits de terroir issus de cette filière économique particulière. Forêt des Landes

Pinède Prairie fauchée Champ de luzerne

Ruisseau de Tauziette et sa végétation riveraine Pâture

Boisement de feuillus

Champ de maïs

Peupleraie

Champ de tournesol moissoné

Vue d’ensemble sur le paysage de polyculture-élevage duBazadais depuis Gans.

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Source personnelle


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i - le bazadais, paysage de polyculture-élevage. Comme nous avons pu l’évoquer dans l’introduction, nous chercherons dans cette première partie à présenter et à expliquer le fonctionnement actuel du paysage de polyculture-élevage Bazadais. Comme nous pouvons le constater sur le document ci-dessous, le territoire Bazadais est bel et bien un maillage complexe d’espaces boisés et cultivés entre lesquels coulent de nombreux et fins cours d’eau. Aussi, champs de céréales (blés, orges, tournesols, colzas, maïs...), prairies (fauches et pâtures), parcelles maraîchères ou de vignes, peupleraies, pinèdes et bois de feuillus divers sont autant d’éléments participants à la difficile lisibilité du paysage. Au vu de mes diverses et variées visites dans le Bazadais, nous en lirons le paysage en trois parties distinctes. Dans un premier temps, nous étudierons l’hétérogénéité des plateaux qui offre des paysages à la croisée entre habitats, cultures, boisements et élevage. Dans un second temps, nous observerons et décrirons les coteaux, également polyculturaux mais ponctuellement habités et souvent refuge d’une riche bio-diversité. Enfin, nous étudierons les fonds de vallons marqués par les cours d’eau, lacs et cultures hygrophiles.

GANS

GAJAC

ST CÔME

BIRAC

L’hétérogénéité des occupations du sol participant à un paysage de polyculture - élevage. Source : Géoportail retravaillé

Légende :

Cultures basses :

Couverts forestiers :

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Réseau Hydrographique

Relief


1-L’hétérogénéité des plateaux : Habitats, cultures, boisements et élevage. Si nous observons les photos aériennes ci-dessous, nous remarquons assez facilement l’hétérogénéité des plateaux. Nous observons diverses cultures et utilisations du sol, céréales, prairies, vignes mais aussi jardins et habitations. Aussi nous nous intéresserons d’abord aux villages de St Côme, Birac, Gans et Gajac dans leurs formes bâties pour ensuite nous pencher sur leurs environnements proches à savoir les cultures et boisements.

GANS

BIRAC

ST CÔME

Photos aériennes des plateaux de Gans, Birac, St Côme et Gajac. Source : géoportail

GAJAC

1.1 - Des villages aujourd’hui habités, autrefois agricoles.

Nous voyons grâce aux vues aériennes précédentes, la forme générale des villages. St Côme et Birac sont des villages tas alors que Gans et Gajac se rapprochent de villages rue. Contrairement à ce que nous pourrions croire, à la vue de la proximité de ces villages avec Bazas, Langon ou encore Bordeaux et de la tendance actuelle des villages français à se peupler de personnes cherchant un cadre de vie rural tout en ayant un emploi citadin, ces villages sont aujourd’hui moins habités qu’autrefois, comme peut nous le montrer le graphique ci-dessous. Décroissance démographique des populations Bazadaises.

Source : INSEE

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Pourtant malgré la tendance générale des villages Bazadais à se dépeupler, même si depuis les années 90’ ces communes se repeuplent, ces dernières ont eu tendance à s’étendre modérément. Cela offre des paysages villageois diversifiés entre habitations anciennes, pavillons des années 70’ et 2000, fermes réhabilitées et surtout jardins privés très présents. Chacun de ces villages est doté d’une Eglise souvent de style roman et datant du XII° siécle, souvent remaniée et revisitée au fil du temps (XIX° à Gans et St Côme, XVI° à Birac...) donnant un repère important dans le village.

Eglise St Martin

Bâti ancien

Autour des Eglises, les habitats sont souvent anciens. Auparavant ceux-ci étaient les demeures de propriétaires terriens (bailleurs de métairies) ou des métayers les cultivant. Aujourd’hui, ces bâtiments ne sont plus réservés qu’à l’habitation et les anciennes cours souvent réaménagées aux besoins actuels : jardins d’ornement, stationnement automobile...

Eglise St Côme et St Damien Garage à voitures récent

Tilleuls centenaires marquant l’entrée d’une cour

Bâtiment agricole ancien

Ambiance minérale près de l’Eglise de Gajac.

Source personnelle

Aussi dans les centre-bourgs des villages Bazadais, patrimoines bâtis, parfois arborés et jardins ornementaux contemporains participent ensemble à la création d’ambiances villageoises particulièrement intéressantes. Parfois celles-ci sont très minérales comme à Gajac ou très végétales comme à St Côme ou encore un juste milieu entre ces deux types d’ambiances. Ambiance végétale près de l’Eglise de St Côme.

Bâti ancien

Eglise St Laurent

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Place de la Mairie

Ambiance villageoise près de l’Eglise de Birac.


Les villages de Gajac et St Côme sont organisés respectivement le long de la D9 et de la D655. Les habitations anciennes, des années 70’ et contemporaines s’alignent avec plus ou moins de recul le long de ces routes et avec leur jardins participent à l’existence de perspectives diverses et intéressantes débouchant souvent sur des paysages beaucoup plus vastes. Ces espaces bâtis le long des routes ne constituent pas l’implantation originelle des villages. C’est lors des années 1970 à 1980 que nous assistons à un phénomène de construction le long d’axes routiers importants en prolongement de bâtis anciens éparpillés

Perspective vers un paysage ouvert Habitat des années 70’

Habitat ancien modernisé

Le village rue de Gajac : une longue perspective appuyée par des habitats diversifiés.

Perspective vers un paysage ouvert

Habitat ancien Maison des années 70’ Jardin privé

Le village rue de St Côme : habitats et jardins accollés participent à des ambiances villageoises variées. Source : googlestreetview

Que ce soit par la contruction de nouvelles habitations pavillonaires ou par la reconversion d’anciennes fermes, les nouveaux habitants des villages Bazadais participent beaucoup à la forme actuelle des espaces habités. Dans leur recherche d’un cadre de vie rural et d’une manière de vivre plus proche de la nature, les habitants jardinent, cultivent et parfois élèvent, ce qui joue un rôle essentiel dans l’entretien des paysages des plateaux mais aussi à la protection du patrimoine local, notamment avec la reconversion des fermes et des grandes granges à tabac, symboles du territoire Bazadais. Les villages Bazadais ne subissent pas comme dans d’autres territoires français une urbanisation des campagnes. En Bazadais, le développement pavillonnaire est en réalité assez restreint. Habitat ancien Parc de la Salle Eglise St Pierre des fêtes

Habitats pavillonaires contemporains à Birac bénéficiant d’une vue remarquable sur le paysage Bazadais. Source : googlestreetview

Une ferme et sa grange à tabac noire reconvertie en habitation participant à la conservation du patrimoine bâti. Source : googlestreetview

Cimetière

Maison des années 70’

Pavillon récent

A Gans, la diversité de bâtis participe à un village hétérogène.

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Source : googlestreetview


1.2 - Des plateaux polyculturaux. Si l’on observe ces cartes, on remarque assez aisément l’hétérogénéité d’occupation du sol des plateaux. Cette diversité de cultures sur ces plateaux nous offre un paysage de polyculture-élevage se déclinant en différentes ambiances selon qu’une culture prédomine par rapport à une autre et/ou de leur juxtaposition entre elles ou avec les villages. Même s’il n’est pas rare de croiser quelques parcelles de vignes ou en friches, les cultures céréalières sont principalement présentes sur ces plateaux, ainsi que des prairies et des boisements libres ou cultivés qui participent à des paysages de polyculture-élevage plus ou moins ouverts.

GANS

L’hétérogénéité des occupations du sol sur les plateaux. Source : Géoportail retravaillé

Légende : Cultures basses: Céréales diverses: Blé, orge, colza... Tournesol ST CÔME

Maïs grain et ensillage Vignes Prairies de fauche et pâtures

GAJAC

Friches et boisements : Friches agricoles Peupleraies BIRAC

Pinèdes Boisements de Robiniers Boisements de feuillus divers Boisements de chênes

Champs de tournesols

Boisement libre

Champs de maïs

Prairie de fauche

Pâture

Le plateau polycultural de St Côme.

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1.2.a - Les champs céréaliers. Colza

Orge

Blé

Maïs

Tournesol

Les parcelles dédiées à la céréaliculture sont nombreuses sur les plateaux. Elles sont de diverses étendues allant d’un hectare à une quinzaine, permettant l’utilisation des machines agricoles. Nous pouvons alors voir des champs de maïs, de colzas, de blés, d’orges ou encore de tournesols tous bordés par quelques haies champêtres et systèmes de drainage sous la forme de fossés. Ces productions sont destinées à la vente soit à à l’alimentation des bovins bazadais. Aussi selon les saisons, les paysages de plateaux se ferment lors de la prédominance de cultures de maïs ou de tournesols en été et s’ouvrent lors des moissons, labours ou lorsque ces champs sont de blés, d’orges ou de colzas. Espèces céréales cultivées. Champs de maïs

Haie champêtre Fossés drainants

Prairie de fauche

Champs de tournesols

Champs céréaliers sur le plateau de Gajac.

1.2.b - Les pâtures et prairies de fauche. Comme nous avons pu le remarquer précédemment, les surfaces enherbées sont très présentes sur les plateaux Bazadais. Celles-ci sont principalement dédiées à l’élevage de la Bazadaise. Cette race bovine locale est une ancienne race de travail reconvertie en race à viande et faisant la renommée du Bazadais de par sa rareté, sa qualité bouchère et ses différents outils de valorisation (labels rouges «veau élevé sous la mère» et «boeufs de Bazas», Indication Géographique Protégée). Cependant, les pâtures sont également peuplées de Normandes, de Blondes d’Aquitaine et bien sûr de Bazadaises. De nombreuses autres surfaces enherbées servent de prairies de fauche permettant de nourir les bovins durant l’hiver. Tous ces espaces dédiés à l’élevage, parfois accolés à leur ferme participent à ce paysage ouvert et vaste des plateaux Bazadais et autour des villages. Souvent, les pâtures sont bordées de quelques haies champêtres et ponctuées de grands chênes servant d’ombrage aux bovins. Elles sont aussi toujours dôtées de râtelier et délimitées par une clôture de piquets de bois et de fins fils de fers barbelés ou électrifiés.

Clôture de barbelés

Chênes d’ombrage Ferme proche de la pâture

Pâture pour différentes races bovines à St Côme.

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Source personnelle


Blonde d’Aquitaine

Bâtiment agricole pour stockarge d’aliments

Forêt de feuillus bordant la pâture Velle Bazadaise

Normande

Bazadaise

Râtelier

Pâture pour différentes races bovines à Birac.

Source personnelle

Prairie prochainement fauchée

Vue vers Birac

Haie champêtre en limite de prairie

Une grande prairie de fauche libère une vue vers Birac depuis Gajac .

1.2.C - Les boisements libres et cultivés. Chênes

Les plateaux n’échappent pas à la présence de forêts. Cependant elles sont assez variées dans leur composition, leur forme et leurs fonction. Nous pouvons alors trouver sur les plateaux des forêts libres mixtes (chênes, châtaigniers, pins...), de chênes purs, ou de robiniers purs. Celles-ci sont les plus présentes sur les plateaux et sont tout de même entretenues et récoltées ponctuellement.

Châtaignier

Récolte récente

Pins maritimes

Forêt mixte près du village de Birac.

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Source : googlestreetview


Pinède sur sol sableux

Les autres boisements moins présents et plus éparpillés ont une visée productive. Elles sont constituées d’alignements de pins maritimes (sur les sols sableaux et drainants ) ou de peupliers (dans les légères dépressions où l’humidité du sol est plus forte). Cependant ces pinèdes et peupleraies ne sont pas toujours très bien entretenues et parfois même sénescentes, preuve d’un affaiblissement de l’objectif initial productif. Ces boisements sur les plateaux sont les principaux obstacles à une vue dégagée sur les coteaux et vallons proches. Mais leur présence et leur diversité de peuplements offrent des limites ou transitions intéressantes aux différentes situations paysagères des plateaux et participent à leur hétérogénéité.

Fossé drainant

Limite du plateau

Pinède en limite de plateau à Gajac.

Source : googlestreetview

Peupleraie dans le commencement d’une combe

Limite du plateau

Peupleraie en limite de plateau à Gans.

Source : googlestreetview

2 - des coteaux polyculturaux, ponctuellement habités. Comme pour les plateaux, nous pouvons constater à l’aide de ces trois cartes, la diversité d’occupations du sol des coteaux. On remarque assez facilement la présence des champs, prairies et forêts se modulant en fonction de l’importance de la pente. Ces coteaux, contrairement aux plateaux, ne sont que ponctuellement habités. Le plus souvent, ces habitations sont d’anciens corps de fermes réhabilités en logements. Cependant, de nombreuses fermes ont conservé leurs usages agricoles.

Prairie Boisement mixte

Chênaie

Champ de blé

Champ de tournesols

Peupleraie

Coteaux de la vallée du Beuve et du vallon du Guiron.

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Source : Géoportail retravaillé


Souvent, ces fermes encore en activité sont en lien avec leur terres environnantes. Aussi selon le type de production choisi, le paysage proche a tendance à se spécialiser, soit vers l’élevage avec de grands espaces enherbés ponctués de haies champêtres et d’arbres d’ombrage, soit vers la céraliculture avec de grands champs de blés, d’orges ou de tournesols, voire de maïs. Cependant, ces espaces de cultures et d’élevage sont toujours sur les coteaux les moins pentus. En effet, lorsque les coteaux sont plus raides, ceux-ci ont rapidemment tendance à être boisés que ce soit par des forêts libres mixtes ou de chênes. Quant aux petites combes sur ces raides coteaux, elles sont souvent occupées par des peupleraies. On ne retrouve cependant jamais de pinèdes sur ces espaces pentus aux sols marneux ou argileux, rétenteurs d’eau. On retrouve sur ces coteaux pentus de petites routes, anciens chemins agricoles, serpentant sous des voûtes arborées et faisant le lien entre les différents plateaux.

Elevage de Elevage de Boisement mixte porcs poulets

Prairie Chênaie

Champ de maïs Champ de maïs

Ces coteaux, par leurs variations de pentes et d’occupations du sol offrent, ici encore, une alternance intéressante de paysages tantôt ouverts et tantôt fermés.

Peupleraie

Champ de Chênaie tournesols

Ancien corps de ferme réhabilité en habitation. Pâture

Boisement mixte

Boisement mixte

Coteaux du vallon de Tauziette.

Source : Géoportail retravaillé. Champ de blé Champ de tournesols

Coteaux du vallon de Birac. Source : Géoportail retravaillé.

Elevage de Bazadaises sur le coteau sud de la Rouille-Barbat.

Source : Géoportail retravaillé.

Jachère

Peupleraie

Source personnelle

Champ de tournesols

Le coteau Nord du vallon de la Tauziette dédié aux céréales et à l’élevage.  Source personnelle

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Route serpentant sous les châtaigniers et chênes du coteau Nord du vallon de Birac. Source personnelle


2.1 - des combes et coteaux considérés comme riches en bio-diversité.

Espaces inventoriés comme Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique I et II.

Source : Géoportail retravaillé

Ces coteaux sont partiellement inventoriés en ZNIEFF au titre de «secteurs de grand intérêt biologique ou écologique» et «grands ensembles naturels riches et peu modifiés, offrant des potentialités biologiques importantes». Ces inventaires ZNIEFF comprennent également les fonds de vallons qui abritent grâce à leur cours d’eau des espèces de plus en plus rares (écrevisse à pattes blanches et lamproie de Planer). Mais c’est grâce à la diversité des coteaux, offrant des habitats variés, que l’inventaire a pu relever de nombreuses espèces terrestres intéressantes comme le damier de la succise et potentiellement le vison d’Europe, mais aussi un grand nombre d’espèces de chauve-souris, d’oiseaux (rapaces, gibiers) et de végétaux. L’inventaire ZNIEFF montre par ailleurs l’importance des activités humaines dans la diversité d’habitats (agriculture, sylviculture, élevage, pêche et chasse).

Source personnelle

Grande pimprenelle.

Damier de la succise.

Source : Tela-botanica

Perdrix rouge.

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Source : JL Hentz


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Le Be uve

3 - Des fonds de vallons marqués par l’eau.

GANS

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Fonds de vallons et réseau hydrographique du Bazadais.

Source : Géoportail retravaillé

Le Beuve et ses affluents ont sculpté le relief et le paysage Bazadais. Dans ces fonds de vallons circulent plusieurs modestes cours d’eau qui ne restent visibles le plus souvent que grâce à leur végétation riveraine composée principalement d’aulnes et de frênes et par les nombreux anciens moulins (7 sur le Beuve) ponctuellement disposés sur leur rives. C’est d’ailleurs près de ces moulins que l’on peut retrouver les seules modifications des cours d’eau (biefs). Autrement, ces rivières et ruisseaux semblent serpenter de manière naturelle et ne semblent jamais avoir été canalisés. En témoignent les diverses cultures riveraines qui par la forme de leur parcelles semblent s’adapter au cours d’eau et à la proximité des coteaux. Aulnaie-frênaie

Ancien moulin de Carbonneau

Pâture

Peupleraie ancienne Peupleraie récente

Moulin de Carbonneau sur le Beuve près du lac de la Prade.

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Aulnaie-frênaie riveraine du ruisseau de Birac


Mais en plus d’une végétation riveraine abondante et de quelques moulins, d’autres éléments paysagers plus catégoriques prouvent la proximité et la forte présence de l’eau dans ces fonds de vallons. Aussi, les lacs de la Prade et du Praderon ou les cultures présentes nous indiquent des milieux beaucoup plus hydromorphes. Par ailleurs, les fonds de vallons du Beuve et des ruisseaux de Rouille-Barbat, de Guiron, de Sauviac et de Birac sont classés Natura 2000 au titre de la directive «Habitats» notamment pour la présence d’espèces animales telles que la loutre et le vison d’Europe vivants dans ce réseau de cours d’eau et de végétation riveraine. Aulne glutineux

Peuplier noir

Vison d’Europe à gauche et Loutre à droite.

Source : Association Fous de Nature

Aulne glutineux

Frêne commun

Végétation riveraine d’aulnes, de frênes et de peupliers.

Frêne commun

Le Beuve et sa végétation riveraine : un corridor écologique.

Source personnelle

Source :personnelle

3.1 - Les lacs de la prade et du praderon : du fonctionnalisme agricole à la richesse naturelle et au loisir. Sur le trajet du ruisseau de Guiron et du Beuve, s’étendent deux retenues d’eau, dont une très vaste de 60 hectares : le lac de la Prade. Ces lacs furent créés en 1981 dans une optique agricole et d’un besoin fort d’irrigation estivale pour les céréalicultueurs locaux. Le Lac de la Prade prend place à la jonction du Beuve et des ruisseaux de Birac et Sauviac. Il se situe à la fois sur le territoire communal de Bazas, St Côme et Gajac. Pourtant cette massive retenue d’eau de 800 000m3 a aujourd’hui perdu sa fonction principale qui était l’approvisionnement en eau des agriculteurs locaux. Alignement de peuplier camouflant Ripisylve d’aulnes et de frênes

les champs de tournesols

Le Lac de la Prade, une vaste ouverture en fond de vallon du Beuve.

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Source personnelle


Au fil du temps, ce lac artificiel a trouvé des fonctions écologiques et de loisirs remarquables. En effet, aujourd’hui, le lac de la Prade est un espace de loisir important dédié notamment à la pêche, à la promenade et à l’observation de la nature. Le lac est un très important réservoir de bio-diversité et recense plus de 300 espèces végétales et propose de nombreux habitats aux oiseaux d’eau migrateurs. A tel point que le lac de la Prade est aujourd’hui une réserve ornithologique protégée et qu’un long parcours aménagé de panneaux pédagogiques et d’observatoires est présent. Mais au-delà d’un espace d’observation de la faune et de la flore, le lac de la Prade offre un des seuls espaces en fond de vallon permettant l’observation du paysage des coteaux avoisinants. Au total, les lacs de la Prade et du Praderon représentent une retenue d’eau de plus d’un million de m3 aujourd’hui plus dédiés aux loisirs qu’à la fonction agricole initiale.

Des espèces végétales remarquables sur les pelouses sèches.

Source : Conservatoire d’espaces naturels Aquitaine

Observatoires Balbuzard pêcheur

Ripisylve d’aulnes et de frênes

Ophrys bécasse

Grèbe huppé

Bécassine des marais

Prairie sur coteau

Orchis maculé Orchis pyramidal Ophrys araignée Orchis de Fuchs

Quelques habitants du lac.

Des observatoires des oiseaux devenant observatoires du paysage.

Source : oiseaux.net

Source personnelle.

Le parcours pédestre offre des points de vue remarquables le lac et les coteaux.

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Source personnelle


3.2 - Les cultures de fonds de vallons : peupleraies, céréales et prairies de fauche. Les étroits fonds de vallons serpentant dans le Bazadais n’échappent pas à une diversité de cultures et d’occupations du sol. Ici aussi, nous retrouvons de la céréaliculture, de la sylviculture et des espaces dédiés à l’élevage. Cependant, les cultures des fonds de vallons du Bazadais restent moins diversifiées que sur les plateaux et les plaines. En effet, elles sont en lien direct avec le caractère hydromorphique des sols de fonds de vallons. Le peuplier étant une essence préférant les sols alluvionaires riches en nutriments et en eau et à la vue de l’étroitesse des fonds de vallons du Bazadais, il n’est pas étonnant de voir la populiculture comme l’unique forme de sylviculture dans ces espaces. Aussi les forêts de peupliers bien alignés sont nombreuses mais pas omniprésentes comme dans d’autres régions françaises.

Récolte récente

Peupleraie

Peupleraie récemment plantée

Peupleraie

Le Beuve et sa ripisylve

De nombreuses peupleraies le long du Beuve près du Lac de la Prade.

Source personnelle

La céréaliculture et plus précisément celle du maïs notamment d’ensilage est très présente grâce à l’importante présence d’eau dans ces sols alluvionnaires riches en nutriments. Elle prend la plupart du temps la forme de longues parcelles s’accomodant sur chacune de ses franges, au tracé du ruisseau d’un côté et au bas du coteau de l’autre. Le beuve et sa ripisylve Peupleraie

Champ de maïs

Culture de maïs en fond du vallon du Beuve.

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Les prairies en fonds de vallons ne sont pas rares non plus. Ces espaces enherbés ne sont dédiés qu’en général à la fauche car trop éloignés des fermes et moins pratiques pour stocker le matériel aux soins des bovins. Ces prairies sont toujours bordées de haies champêtres et souvent accolées comme les champs de maïs au bas du coteau et au ruisseau.

Ruisseau de Tauziette et sa végétation riveraine

Prairie de fauche

Coteau boisé

Vaste prairie bordée par le ruisseau de Tauziette et un coteau.

Parfois certains fonds de vallons, trop étroits pour un quelconque usage agricole sont totalement boisés d’un mélange d’essences venant de la végétation riveraine du ruisseau et du coteau. Lorsque l’on voit la multiplicité des espaces dans ces fonds de vallons entre champs, boisements, praries, cours d’eau et proximité avec les coteaux, on comprend facilement en quoi ceux-ci sont considérés comme riches écologiquement parlant. La diversité d’habitats et leurs juxtapositions offrent effectivement de nombreux lieux propices au développement et au déplacement d’une faune et d’une flore remarquables. Forêt Prairie de fauche

Champ de maïs

Peupleraie

Le Beuve

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Des fonds de vallons aussi hétérogènes.


4 - Synthèse du paysage Bazadais en 2016. Nous avons bien remarqué au travers de cette première immersion dans le paysage Bazadais qu’il n’était pas strictement dédié à l’élevage de cette race si particulière qui fait la renommée du canton. Mais le Bazadais est en réalité un riche territoire de polyculture-élevage où la valorisation de la terre se fait d’un grand nombre de manières. Les plateaux,où subsistent de petits villages aux ambiances villageoises si particulières et qui ne s’étendent que peu depuis la fin des années 80’, abritent une importante hétérogénéité de cultures qui se poursuivent dans les coteaux et les fonds de vallons en s’adaptant au fur et à mesure aux dénivellés et/ou aux qualités pédologiques des sols. Que ce soit par les champs céréaliers, les prairies, les pâtures, les boisements libres, les forêts de production, les ruisseaux ou les lacs, le territoire Bazadais offre un vaste panel de situations paysagères toutes aussi particulières les unes que les autres en fonction de la prédominance ou non d’éléments paysagers et s’ouvrant plus ou moins en fonction de ceux-ci. C’est la multiplicité de ces éléments qui fait du Bazadais un paysage intéressant mais aussi riche en bio-diversité comme nous le prouve le classement Natura 2000 et les inventaires ZNIEFF 1 et 2 sur les fonds de vallons et coteaux. Aussi, à la vue de la réalité du paysage Bazadais, il apparaît difficile de comprendre : Pourquoi existe-t’il cette idée reçue d’un territoire voué à l’élevage de la Bazadaise? Comment se fait-il que le Bazadais ne soit pas plus dédié à la céréaliculture à la vue des grandes retenues collinaires présentes? Pourquoi les cultures de ce territoire sont-t’elles si dispersées? Comment un territoire à la réputation si ancrée peut avoir un paysage si diversifié? Et quels processus en sont à l’origine?

Champs de Tournesols Friche agricole

Grands champs de maïs Boisement libre Peupleraie en fond de vallon Champs de blé

Elevage Bazadaises

Lac de la Prade de l’outil agricole à l’espace naturel et de loisirs Ruisseau de Birac

Vignes résiduelles Pinède sur plateau sableux

Peupleraie dans une combe

Ruisseau de Sauviac et Elevage son ancien Bazadaises moulin Le Beuve bordé de maïs

1KM

Le paysage Bazadais de polyculture-élevage : situation près du Lac de la Prade et de St Côme.

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ST CÔME


Grand champ de tournesols

Friche agricole

Friche agricole Peupleraie dans une combe

GAJAC

Elevage Bazadaises

Champs tournesols blés, orges, colzas

Prairie pour chevaux (particuliers) BIRAC

Vignes résiduelles

Fond de vallon étroit boisé Champs de tournesols, Elevage blés, colzas Bazadaises Elevage Bazadaises

Ruisseau Pinède sur de Birac plateau sableux

1KM

Le paysage Bazadais de polyculture-élevage : situation de Birac à Gajac.

LADOS

Vergers

Fond de vallon étroit boisé

Pinède sur plateau sableux

Elevage Bazadaises

Elevage porcin Coteau raide GANS Elevage de boisé poulets Peupleraie dans une combe Ruisseau de Tauziette

1KM

Le paysage Bazadais de polyculture-élevage : situation de Gans au vallon du Beuve.

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Moulin de Carbonneau sur le Beuve Maïs en fond de vallon Peupleraies en fond de vallon


XIX°

-195

0’

1970

2000

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ii - du xix° siècle à aujourd’hui : transition du paysage de polyculture- élevage bazadais. Il semble que le Bazadais soit connu principalement pour sa race bovine si particulière et pour la riche histoire dont Bazas est dotée. La cité gasconne a joui durant de nombreux siècles d’une forte renommée. Reconnue comme place forte militaire depuis l’empire romain puis comme important diocèse, l’histoire récente de Bazas et du Bazadais est plus méconnue. Pourtant, c’est lors du dernier siècle et demi qu’ont eu lieu les plus grands changements du paysage Bazadais et que sa renommée pour la Bazadaise s’est faite. Aussi, dans cette seconde partie, nous chercherons à comprendre comment ce territoire a évolué pour passer d’un paysage de polyculture-élevage issu du métayage au paysage que nous connaissons aujourd’hui en passant par la mécanisation d’aprèsguerre et les successifs outils de relance de la race Bazadaise. Nous essaierons, dans un même temps, de comprendre comment s’est construite cette fierté locale pour cette race bovine qui fait la renommée de la région.

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1 - Vue d’ensemble de la transition paysagère bazadaise.

A la veille de la mécanisation de l’agriculture, on observe grâce aux prises de vue aériennes de 1945, qu’il existe déjà un paysage diversifié. Celui-ci, semble à priori structuré. On constate un grand nombre de petites parcelles cultivées sur les plateaux et qui se prolongent sur les coteaux exposés Sud, à l’inverse des coteaux exposés Nord qui eux semblent plus forestiers. On observe aussi que les fonds de vallons, possèdent un maillage relativement proche de celui existant aujourd’hui, à l’exception près qu’aucune parcelle n’est boisée.

En 1973, à la suite de la mécanisation comme dans la majorité des régions rurales françaises, on observe un fort agrandissement des parcelles agricoles et une faible disparition des haies champêtres sur les plateaux et les coteaux. On remarque cependant, que les fonds de vallons conservent une forme relativement identique même si quelques parcelles s’enfrichent ou deviennent des champs.

Photographie aérienne du vallon de Birac et des plateaux 1945.

Photographie aérienne du vallon de Birac et des plateaux 1973.

Photographie aérienne du vallon du Beuve et des plateaux 1945.

Photographie aérienne du vallon du Beuve et des plateaux 1973.

Source : géoportail

Source : géoportail

Source : géoportail

Source : géoportail

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On observe qu’en 2000, de nombreuses parcelles sur les plateaux et coteaux se sont verdifiées en devenant des prairies ou pâtures. Certains espaces se boisent notamment sur les coteaux et plateaux. Des friches sont apparues dans les fonds de vallons et les anciennes se sont boisées. On remarque aussi que les villages se sont quelque peu agrandis. Le lac de la Prade s’est imposé dans le fond du vallon du Beuve.

Aujourd’hui, on observe que le processus d’enfrichement des fonds de vallons s’est accentué. Ce même processus a aussi débuté ponctuellement sur les plateaux. Cependant, les espaces de prairies sont plus présents et ont remplacé quelques champs. Les pinèdes sur les plateaux, les peupleraies dans les fonds de vallons et les combes se sont elles aussi largement développées.

Photographie aérienne du vallon de Birac et des plateaux 2000.

Photographie aérienne du vallon de Birac et des plateaux 2012.

Photographie aérienne du vallon du Beuve et des plateaux 2000.

Photographie aérienne du vallon du Beuve et des plateaux 2012.

Source : géoportail

Source : géoportail

Source : géoportail

Source : géoportail

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2 - Du XIX° à 1950 : un paysage de polyculture -élevage façonné par le métayage. Le métayage consistait en un accord entre un propriétaire de terres (le bailleur) et un paysan (le métayer). C’était, jusqu’en 1950, le système principal de faire-valoir des terres agricoles. Il fût apprécié jusqu’à la seconde guerre mondiale car il permettait une réelle stabilité des exploitations agricoles en terme de rendement, d’autonomie financière et alimentaire.

Exemple d’une métaierie.

Source : Delcampe

2.1 - fonctionnement du métayage au XIX°siècle. Le fonctionnement du métayage était relativement simple. Le métayer était chargé de cultiver les terres du bailleur (8 à 20ha). En échange, la production agricole était répartie équitablement entre eux. Les faibles surplus de production, étaient vendus sur les marchés locaux notamment à Bazas et parfois sur les marchés extérieurs. La somme d’argent que représentait ces ventes servait au paiement des charges de la métaierie, elles aussi réparties équitablement entre le propriétaire et le métayer. Cet argent permettait aussi au métayer de se procurer des denrées alimentaires qui n’étaient pas produites sur place et d’effectuer quelques investissements en vue d’une conservation du capital qui lui avait été confié par le bailleur (terres, bâtiments et matériel). Le métayage, bien qu’il soit un contrat, représentait un système social intéressant, où les principes d’équité, de partage, de confiance et d’entraide étaient respectés. Fonctionnement du métayage en Bazadais Propriétaire Exploitation forestière

Capital et moitié des charges

Métayer

Métairie

Travail et moitié des charges

Forêt

Activité et rémunérations des charrois

Forêt

Rémunération du capital Paiement des charges

Production agricole

Autoconsommation Paiement des charges

Surplus de production vendu

Marché extérieur

Source : Du patrimoine rural au développement local : les atouts de la race Bazadaise. H. GUICHENEY

« Et vous savez, à l’époque ... c’était pas comme aujourd’hui. A l’époque, il n’y avait pas de rivalités entre les gens. Il y avait vraiment de l’entraide et du partage vous savez! ... Et même entre les propriétaires et les paysans! Ah ça oui, et ça empêchait pas qu’il y ait du respect entre tous! »  Jean-Pierre Dutreuilh, éleveur de Bazadaises à Birac, 2016 32


2.2 - L’étagement des cultures, lisibilité du territoire Bazadais. Jusqu’en 1950, l’agriculture en Bazadais avait une organisation spécifique et adaptée à son territoire et à son fonctionnement métayer. A cette époque, nous pouvions assister à un étagement des cultures assez remarquable et qui facilitait certainement beaucoup la lisibilité du territoire. Aussi, les plateaux, coteaux et fonds de vallons étaient dédiés à un type de production bien particulier et adapté aux conditions de chaque situation.

Si l’on observe ces cartes d’Etat-Major relevées entre 1845 et 1855, on constate que les plateaux et coteaux sont les principaux espaces cultivés (terres labourées en beige et vignes en rose), même si quelques espaces semblent être boisés (en jaune ou vert) ou en prairie (en bleu). On remarque par ailleurs, que les fonds de vallons semblent, eux, être une alternance de pâtures et de terres labourées.

Carte d’Etat-Major (1845-1855) : Gajac et Birac.

Source : Géoportail

Carte d’Etat-Major (1845-1855) : Saint Côme.

Carte d’Etat-Major (1845-1855) : Gans.

Source : Géoportail

Source : Géoportail

« De Bazas à Langon, la forêt se morcelle, coupée de cultures, de vallonnements verts, de prairies, de vignes en hauteur, de champs de maïs et de tabac. Sur les routes passent de grands chars à deux roues, attelés de Bazadais trapus, aux cornes courbes, encapuchonnés de draps blancs. »  Emmanuel Delbousquet 1874-1909 33


Les plateaux, espaces les plus vastes et les moins contraignants possédaient le plus grand nombre de cultures. La culture en joualle était assez répandue. Celle-ci, consistait à intercaller entre deux rangs éloignés d’arbres fruitiers (pommiers, poiriers, pêchers et châtaigniers principalement ) plusieurs sillons de céréales ou de légumes. Sur ces sillons, la culture du blé, de l’avoine, de l’orge, du seigle ou encore du froment était la plus présente. Les céréales étaient principalement échangées avec le meunier ou le boulanger contre du pain. Le surplus de grains servait à l’alimentation des bêtes élevées.

Champs labourés

Fruitiers ou arbres têtard Boisement sur un coteau trop raide ou mal exposé

Labour des plateaux et des coteaux.

Source : Archives municipales de Bazas

Fruitiers ou arbres têtard

Fruitiers ou arbres têtard

Double rang de vignes Céréales

Céréales

Coupe de principe de la culture en joualles.

En effet, chaque métaierie élevait, en règle générale un porc, quelques vaches laitières, des veaux et de la volaille pour sa consommation personnelle annuelle. Chaque métaierie possédait aussi un potager où l’on retrouvait pommes de terre, betterave, rutabaga, topinambour et tout autre légume destinés à l’auto-consommation.

Champ de Tabac

Séchoir à Tabac

A Ruffiac, vers 1907 à la frontière du Bazadais : on tue le porc pour la métaierie

Source : Les cahiers du Bazadais n°146

Les plateaux accueillaient aussi, sur les sols les plus sableux, des champs de tabac relativement grands. Le tabac était principalement cultivé comme complément financier au bon fonctionnement de la métaierie et était donc destiné à la vente. Celui-ci, une fois récolté en juillet/août était entreposé dans les séchoirs à tabac pour qu’il s’y déshydrate. Ces grands séchoirs à tabac étaient faits de bois de pin imperméabilisé par une couche de coaltar (goudron de houille) et servait aussi à entreposer outils et autres récoltes.

*

* Un champ de tabac et un séchoir à tabac. Source : vallée-du-ciron.com

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La viticulture, bien que parfois présente dans les joualles était aussi présente sur des parcelles plus étendues souvent à proximité des fermes. Il arrivait que parfois celle-ci s’étende comme les champs de céréales sur les coteaux les mieux exposés (jamais exposée Nord sur les coteaux trop raides). Les rangs de vignes étaient suffisamment écartés afin de permettre le passage d’un attelage de boeufs ( environ 1m80). Le raisin servait principalement à la création de vin pour la métaierie.

*

Le coteau en face semble cultivé Pâture

* Un vignoble sur un coteau du Bazadais (au Sud de Bazas).

Boisements ou haies de fond de vallons

Source : vallée-du-ciron.com

Il n’était pas rare de trouver sur les plateaux quelques boisements de chênes et de robiniers ou même de pins. Ceux-ci, étaient certainement dédiés à ne nombreux usages notamment pour la construction des séchoirs, la création de piquets de vignes... Souvent, les boisements se poursuivaient sur les coteaux les moins exposés (Nord) et les plus raides (difficiles à cultiver). D’autres coteaux pouvaient être enherbés afin de permettre le pâturage des bovins à proximité de la ferme.

*

* Pâturages sur les coteaux du Bazadais.

Prairie

Source : vallée-du-ciron.com

Haie champêtre

Coteau cultivé ou en prairie

Les fonds de vallons étaient principalement enherbés et servaient de pâtures pour les ovins et pour les bovins lorsqu’ils ne travaillaient pas au champ. On trouvait aussi, dans ces fonds de vallons, quelques champs de céréales de printemps (orge, blé dur et maïs). Comme nous avons pu l’évoquer dans la première partie, les fonds de vallons et surtout celui du Beuve possédaient de nombreux moulins où les paysans venaient moudre leur grain et le troquer contre du pain.

*

* Saint-Côme : Le vallon. Source : vallée-du-ciron.com

Boisement Tabac

Ferme

Culture en joualles

Boisement

Pâture ovins, bovins

Vignes

Elevage de subsistance porcs, vollailles

Culture en joualles

Ferme

Culture de printemps Pâture ovins, bovins

Plateau habité et très exploité

Coteau peu raide, exposé Sud et très exploité

Fond de vallon exploité

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Coteau raide mal exposé

Vignes

Plateau habité et très exploité

Coupe de principe : étagement des cultures.


2.3 - La bazadaise : de l’outil agricole à l’amorce d’une fierté patrimoniale locale.

Même s’il est vrai que la fête des Boeufs gras se déroule à Bazas depuis 1283, c’est surtout durant les deux derniers siècles que la fierté locale pour ce patrimoine rural qu’est la Bazadaise s’est développée. Mais la transition effectuée par la Bazadaise d’un état d’outil agricole à une fierté patrimoniale s’est principalement impulsée sur la période de la moitié du XIX°siècle à la moitié du XX°siècle. Fête des Boeufs Gras de 1914

Source : Cahiers du Bazadais n°127

Utilisation de la Bazadaise pour le transport de bois.

Attelage revenant du champ.

Source : Archives municipales de Bazas

Source : Archives municipales de Bazas

Avant d’être une race à viande, la bazadaise était utilisé comme un animal de trait dans toutes les métaieries du Bazadais et même dans d’autres départements. Leurs qualités , robustesse, endurance et énergie permettaient à ces animaux d’effectuer de nombreux travaux à la fois dans les champs (labours, hersages...) mais aussi, de transport de marchandises (le bois dans les Landes, les vins et eaux-devie dans le Bas-Armagnac ou encore la pierre dans la vallée de l’Adour). Mais, au-delà de l’outil de travail ou du moyen de transport, la Bazadaise représentait déjà à cette époque un bien important et avait une place importante dans la société rurale, notamment par son commerce avec les départements cités précédemment.

«Depuis le moment de leur appareillage, les jeunes boeufs commencent à travailler. Ils font les labours légers, les hersages, et quand le dressage paraît suffisant (vers 18mois), ils sont conduits en foire. Là, ils trouvent un débouché dans le département des Landes ou du Gers, où ils vont aider aux travaux de la culture des terres légères de ces départements. Ou bien ils restent dans le pays, entre les mains d’un nouvel acheteur qui les gardera jusqu’à l’âge de trois ans. Ils seront de nouveau vendus, et vers l’âge de quatre ans, ils sont vendus soit pour labourer la vigne, soit encore pour travailler à l’exploitation des forêts dans les parties boisées du département […]. Vers l’âge de cinq ans, après avoir accompli une période de travail dans les conditions que nous venons d’exposer, les boeufs reviennent dans les contrées riches du Bazadais pour être engraissés. Ils sont achetés au début du printemps afin de leur faire consommer les fourrages de première saison»  M. Courrègelongue août 1893 36


Même si on consommait déjà la viande de l’animal à la fin de sa vie après engraissement, ce n’est qu’à la fin du XIX° siècle que la race commence à être reconnue pour ses qualités bouchères, ,notamment avec la production des veaux, qui étaient très appréciés à Paris et à Bordeaux.

Attelages servant au transport de foin.

Attelages servant au transport de bois.

Source : Archives municipales de Bazas

Source : Archives municipales de Bazas

«Ils s’élèvent et s’engraissent facilement, ils donnent une chair très blanche [...] et sont très appréciés de la boucherie soit à Bordeaux, soit à Paris. Ils se vendent à de très hauts cours.»  C. Daugreuilh 1929

Carte postale ventant les rendements de la Bazadaise.

Un éleveur pose fièrement au coté de son boeuf.

Source : Phila-carto-de-michel.blogspot.com

Source : Phila-carto-de-michel.blogspot.com

A cette même époque, l’Etat souhaite identifier précisément les races françaises bovines sur l’ensemble du territoire national dans un souci de les rendre productives comme d’autres pays peuvent le faire, notamment l’Angleterre. Pour cela, trois ouvrages sont successivement publiés dans lesquels sont vantées les qualités de la race. («De l’espèce bovine dans la Gironde» de M. Dupont 1853, «Race bovine Bazadaise» J. Courrègelongue 1869 et «Traité sur la race Bazadaise : ses origines, moyens de conservation et soins à donner au sujet des deux sexes» E. Barbe 1891). Le 31 juillet 1896, est créé le Herd-Book de la race Bazadais. Impulsé par des éleveurs locaux et par Marcel Courrègelonge, maire de Bazas de 1895 à 1905, le Herd-Book est une sorte d’ Etat-civil de la race Bazadaise et représente alors l’officialisation de celle-ci. Cet outil a pour objectifs de conserver la race mais surtout de favoriser son extension et sa diffusion. C’est donc à la fin du XIX°siècle et au début du XX° que naît l’engouement pour la fameuse Bazadaise, en témoignent les nombreuses photographies de l’animal à cette époque.

«Les cultivateurs bazadais aiment le bétail ; ils l’aiment de tradition, et leur attachement pour lui rendit la nouvelle épreuve d’autant plus sensible à ces travailleurs, pour qui les privations personnelles n’étaient rien pourvu que leur bétail ne souffrit pas...»  R.Séverin 1903 37


2.4 - Synthèse du paysage bazadais à la moitié du XX° siècle. Nous avons pu remarquer que le Bazadais, déjà à la moitié du XX° siècle, était un territoire de polyculture-élevage. A cette époque, le paysage était façonné par le métayage, par une juste connaissance du terroir et par une agriculture de subsistance. Aussi, l’agriculture d’autosuffisance dessinait un paysage complexe mais organisé selon des facteurs naturels déterminants (richesse du sol, hydromorphie, relief, exposition...). Nous avons donc vu que la majorité des cultures et élevages se faisait sur les plateaux sous la forme, la plupart du temps, de fines parcelles de céréales bordées de fruitiers et/ou de vignes. Des parcelles plus grandes de tabac, de vignes, de pâtures ou boisées pouvaient aussi prendre place sur les plateaux. Les coteaux et fonds de vallons pouvaient eux aussi être utilisés pour la culture de céréales ou l’élevage même si les conditions étaient souvent moins appropriées. Même si la Bazadaise était déjà reconnue comme fabuleux animal de trait ou pour ses qualités gustatives et qu’elle tenait une place importante dans la société paysanne du XIX° siècle en terme de commerce avec les départements limitrophes, c’est à cette époque, qu’elle acquière sa notoriété nationale. Certes, elle était déjà source de fierté pour les cultivateurs bazadais. Mais c’est avec la création du Herd-book en 1896 que celle-ci est reconnue et officialisée à l’échelle nationale. C’est par cet outil, que celle-ci connaitra un réel engouement, qui fera d’elle plus tard, la renommée du territoire bazadais. Cependant avec la mécanisation de l’agriculture à la moitié du XX° siècle qui a bouleversé les paysages de France, comment le paysage Bazadais - alors que la Bazadaise vient seulement d’être officialisée - subit-il la révolution mécanique?

Champ de tabac sur sols sableux

Champ de tabac sur sols sableux Boisement mixte

Pâtures en fond de vallon

Céréales de printemps en fond de vallon

Cultures en joualles

Vignes Cultures en joualles Pâture près de la ferme

Pâture près de la ferme

En 1945, le Bazadais est déjà un paysage de polyculture-élevage façonné par une société métayère et une agriculture d’autosuffissance : situation près de St Côme et du futur emplacement du Lac de la Prade.

1KM 38

Cultures en joualles

ST CÔME

Pâture près de la ferme


Vignes

Pâtures en fond de vallon Céréales de printemps en fond de vallon Boisement mixte

Champ de tabac sur sols sableux

GAJAC Vignes

Pâture près de la ferme

BIRAC

Pâture près de la ferme

Coteau raide et exposé Nord boisé

Cultures en joualles

Cultures en joualles

En 1945, le Bazadais est déjà un paysage de polyculture-élevage façonné par une société métayère et une agriculture d’autosuffissance : situation de Birac, Gajac et du vallon de Birac.

1KM Champ de tabac sur sols sableux

Pâtures en fond de vallon LADOS

Coteau raide et exposé Nord boisé

GANS Vignes

Coteau raide et exposé Nord boisé

Vignes

Cultures en joualles

Moulin de Carbonneau sur le Beuve Pâture près de la ferme Cultures en joualles

En 1945, le Bazadais est déjà un paysage de polyculture-élevage façonné par une société métayère et une agriculture d’autosuffissance : situation de Gans et du vallon du Beuve.

1KM

39


3 - De 1950 à 1970 : vers un paysage de spécialisation céréalière. Comme dans la majorité des régions françaises, on assiste de 1950 à 1970 à un bouleversement du paysage Bazadais. La mécanisation de l’agriculture impulsée par le plan Marshall d’après-guerre a poussé la société rurale à changer de modèle de vie et de production. Ce phénomène a alors eu de gros impacts sur la forme du paysage Bazadais mais aussi sur la Bazadaise en termes d’effectifs. Présentation de tracteurs à la ferme Guiron à Bazas vers 1950.

Source : archives municipales de Bazas

3.1 - Le rôle de la mécanisation dans la métamorphose du paysage Bazadais. Après la seconde guerre mondiale, la société rurale Bazadaise et l’agriculture locale sont largement bouleversées par la mécanisation et par le remplacement du métayage par le fermage. Ces deux phénomènes poussent les agriculteurs à se tourner vers un modèle agricole plus productiviste et expotateur et moins d’autosuffisance. Aussi, l’agriculture se voit largement modifiée. L’objectif est de permettre des rendements plus importants notamment par l’utilisation de tracteurs. On abandonne alors petit à petit la production en joualles pour favoriser des parcelles plus grandes plus propices à l’utilisation des engins motorisés. La mosaïque de champs zébrés et de prairies bordés par des fruitiers et des haies disparaît pour laisser la place à des champs massifs et vastes de céréales (blés, orges, colzas, tournesols, maïs ...) destinées à l’export dans d’autres régions ou pays. L’élevage jugé moins rentable économiquement parlant est largement abandonné. Même si quelques fermes décident de conserver de petits cheptels pour la consommation locale, la majorité des anciennes prairies et pâtures sont converties en champs de céréales, ou destinées à l’enfrichement si elles étaient mal appropriées à l’utilisation de matériels motorisés.

Présentation de tracteurs à la ferme Guiron à Bazas vers 1950.

Source : archives municipales de Bazas

Aussi, en 1970, les plateaux sont presque entièrement des paysages de céréalicultures. Quant aux coteaux et fonds de vallons, ils accueillent un paysage où espaces cultivés de céréales et boisements s’alternent.

Batteuse en fonctionnement lors des moissons.

Source : les Cahiers du Bazadais n°146

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3.2 - le déclin de la Bazadaise. Avec la motorisation, posséder un ou plusieurs attelages de bovins Bazadais devenait inutile et même encombrant. Quant à leur vente en boucherie, elle permettait aux nouveaux agriculteurs céréaliers d’investir plus facilement dans l’acquisition de moyens motorisés. Aussi malgré une importante augmentation des effectifs globaux de Bazadaise jusqu’en 1943 (61 000 têtes), on assiste après les années 40’ à une chute vertigineuse du nombre de bovins de cette race. En 1976, le cheptel Bazadais n’est composé que de 450 à 500 têtes seulement. Ce cheptel résiduel est principalement alors dédié à la production de veaux de boucherie, toujours autant appréciés à Paris ou à Bordeaux. Toutefois, ceux-ci sont souvent des croisements et la race Bazadaise est dans les années 70’ très proche de la disparition. En ce qui concerne la production de céréales, elle est plus rentable et moins chronophage en travail que l’élevage et donc le nombre de bêtes diminue énormément. Et comme nous l’avons dit précédemment, cela impacte fortement le paysage Bazadais qui se délaisse alors de la majorité de ses prairies et pâtures. Nombre de Bovins de race Baazadaise

Evolution des effectifs de la race bovine Bazadaise.

Année Source : les Cahiers du Bazadais n°127

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Le Bazadais dans les années 1970, un paysage de spécialisation céréalière.


3.3 - Synthèse du paysage bazadais au début des années 1970. Au début des années 1970’, le territoire Bazadais a subi de nombreux changements paysagers. La mécanisation et le modèle sociétal basé sur le rendement et non plus sur l’autosuffisance ont bouleversé le paysage Bazadais issu du métayage. Nous avons donc pu constater que la céréaliculture a pris une place très importante dans le territoire au détriment de l’élevage de subsistance, que le tracteur motorisé avait remplacé les attelages de Bazadaises faisant baisser considérablement le nombre de pâtures et de prairies pour privilégier de grands champs de blés, d’orges, de tournesols, de colzas, de maïs. La vigne, les fruitiers, les haies champêtres, les champs de tabac, les grands potagers, les pâtures à ovins ont eux aussi disparu. Les terres trop difficiles à cultiver à l’aide d’engins agricoles se sont enfrichées ou ont été reboisées (quelques peupleraies et pinèdes). Le déclin de la Bazadaise entre les années 1950’ et 1970’ est si important qu’il marque énormément le paysage Bazadais. Cependant, cette chute énorme d’effectifs de bovins Bazadais joue un rôle décisif dans l’avenir du paysage. En effet, c’est ce même phénomène qui va être initiateur de nombreuses mesures qui seront prises par la suite pour relancer l’élevage de la race Bazadaise.

Grands champs céréaliers (orge,blé,tournesol,colza...)

Vignes Grands champs céréaliers (orge,blé,tournesol,colza...)

Coteau boisé trop raide pour être cultivé

Prairie

Culture du maïs en fond de vallon

Peupleraie

Elevage bovin

Friche agricole

Ruisseau de Sauviac et son moulin devenu inactif

ST CÔME Extension village

Au début des années 1970’, le Bazadais est un paysage davantage tourné vers la céréaliculture même si l’élevage garde une certaine place : situation près de St Côme et du futur emplacement du Lac de la Prade.

1KM 42


Grands champs céréaliers (orge,blé,tournesol,colza...) Grands champs céréaliers GAJAC (orge,blé,tournesol,colza...)

BIRAC

Culture du maïs Coteau boisé en fond de vallontrop raide pour être cultivé

Extension village Vignes Prairie

Au début des années 1970’, le Bazadais est un paysage davantage tourné vers la céréaliculture même si l’élevage garde une certaine place : situation de Birac, Gajac et du vallon de Birac.

1KM Elevage bovin GANS Vignes

Grands champs céréaliers (orge,blé,tournesol,colza...) LADOS

Coteau boisé trop raide pour être cultivé

Friche agricole

Extension village

Grands champs céréaliers (orge,blé,tournesol,colza...) Coteau boisé trop raide pour être cultivé

Culture du maïs en fond de vallon

Prairie Moulin de Carbonneau devenu inactif

Au début des années 1970’, le Bazadais est un paysage davantage tourné vers la céréaliculture même si l’élevage garde une certaine place : situation de Gans et du vallon du Beuve.

1KM 43


4 - Des années 1970 à 2000 : la co-spécialisation du paysage Bazadais. C’est sur cette période de 30 ans que le paysage Bazadais va se co-spécifier vers sa forme actuelle. Malgré le fort déclin de la race Bazadaise que nous avons pu constater, cette période va accueillir deux plans de sauvegarde et de relance de la race entrecoupés par un important contrat de pays dans la continuité d’une spécialisation céréalière à l’initiative des lacs d’irrigations de la Prade et du Praderon. Nous verrons comment ces deux plans de valorisation de la race bovine ont influencé le territoire Bazadais alors que leurs objectifs étaient autres et que la tendance générale d’évolution était plutôt a priori liée à la céréaliculture.

4 .1 - La création des lacs de la prade et du praderon. Nous avons pu remarquer précédemment l’engouement qui est né de la mécanisation pour la céréaliculture. Cependant, ce changement brutal induisait un besoin important d’eau pour l’irrigation et la demande de la part des exploitants ne se fît pas attendre. La municipalité de Bazas et son maire le docteur Martin n’hésitèrent pas à investir fortement dans la création d’une première retenue d’eau sur le site du Praderon, y voyant un salut prochain pour l’agriculture et l’économie locale. L’Etat soutenant cette investissement, le projet bénéficia de subventions importantes et une retenue collinaire de 400 000m3 fût crée. Lac du Praderon en travaux en 1973.

Source : Géoportail

Mise en eau du Lac de la Prade en 1982.

Choix de l’emplacement du Lac de 800 000m3 sur le site de la Prade.

Source : Géoportail

Source : Revue Contact n° 55-56

En 1977, Bazas obtint un contrat de Pays au travers duquel le département, la région, l’Etat et les collectivités locales s’impliquèrent autour d’un nouveau projet de lac. Le site de la Prade, où se réunissaient le Beuve et les ruisseaux de Sauviac et Birac mais qui était aussi relativement large et plat, fût choisi pour accueillir un lac de 800 000m3 s’étendant sur 60 hectares. L’investissement dans le lac représentait 9,8 millions de francs. Les fonds provenaient principalement du Contrat de Pays, des collectivités, du Bassin Adour-Garonne et de l’Union Européenne. En 1981, le lac de la Prade est créé. Ce projet permit la distribution d’eau d’irrigation pour près de 150 exploitants répartis sur les cinq communes limitrophes. 44


Les travaux de terrassement pharaoniques pour la création du Lac d’irrigation de la Prade qui deviendra un lac essentiellement de loisirs (1980-1981). Source : Revue Contact n° 55-56

Le lac de la Prade a trouvé très rapidement des fonctions de loisirs puis au fur et à mesure une fonction écologique. Comme nous l’avons évoqué dans la première partie, il n’est aujourd’hui utilisé pratiquement plus que pour ces fonctions. La fonction initiale d’alimentation en eau pour l’irrigation des cultures à été très largement abandonnée notamment par une reprise de l’élevage de la race bovine Bazadaise à la même période.

4.2 - le programme de sauvegarde et le plan de relance de la Bazadaise. A la vue du risque de la perte d’un héritage naturel et culturel que représente la race Bazadaise, le docteur Marcel Martin sous son mandat de maire de Bazas jusqu’en 1971 avait déjà commencé à promouvoir la race Bazadaise. Il avait organisé de nombreux concours pour la race et créé une «régie municipale d’exploitation agricole du centre d’élevage de la race bovine Bazadaise», un abattoir et un lycée agricole. Cette régie qui n’était rien d’autre qu’une ferme municipale avait pour objectif de multiplier les bovins de race pure Bazadaise et de réaliser diverses démonstrations d’innovations agricoles (bâtiments, culture des fourrages et alimentation du bétail). C’est par cette ferme municipale que l’ensilage fît son apparition dans le Bazadais. Mais tous ces travaux traduisaient une volonté de faire rayonner Bazas et sa race bovine.

En 1971, le Label Rouge «Veau élevé sous la mère» est créé. Celui-ci devient une forte valorisation à l’échelle nationale de nombreuses races bovines et notamment de la Bazadaise. Pour la réalisation de ce produit de qualité, le veau doit téter aux pis de sa mère ou de vaches nourrices. Aussi, cette production incite nécessairement les éleveurs à se doter d’un grand nombre de prairies et pâtures mais aussi de vaches nourrices bonnes productrices de lait comme la Normande. Cependant, on ne peut pas considérer ce label comme un outil visant à redynamiser l’élevage en Bazadais car celui-ci, est bien la création d’une filière économique ayant impacté le territoire Bazadais.

Aire de production du Label Rouge «Veau élevé sous la mère».

Source : Association Veau sous la mère

45


En 1977, les éleveurs mettent en place avec l’aide des pouvoirs publics et l’Ecole Nationale des Ingénieurs des Techniques Agricoles de Bordeaux une gestion du patrimoine génétique de la race Bazadaise afin d’assurer l’existence et la diversité de la race. Le SELBOR (Syndicat des Eleveurs Bovins et Ovins de Race Bazadaise) a pu bénéficier d’aides financières accordées par l’OFIVAL (Office interprofessionnel des viandes et de l’aviculture) pour cette gestion génétique. Celle-ci, peut paraître anecdotique face à nos questionnements sur la mise en place du paysage Bazadais. Cependant, toutes ces manoeuvres techniques agricoles prouvent une réelle volonté des éleveurs et élus Bazadais à vouloir protéger et développer la race locale dont ils sont si fiers.

César, un exemple de la gestion génétique.

La descendance de César, développement d’une race pure.

Source : Excellence Bazadaise

Source : Excellence Bazadaise

En 1986, le SELBOR crée la marque commerciale «Boeuf de Bazas» soumis à un cahier des charges précis mais ouvert aux races Limousine et Blonde d’Aquitaine. Le mode d’élevage pour la réalisation de ce produit comprend un temps de pâturage et un temps d’engraissement en étable. Aussi, cette marque pousse les éleveurs à se doter d’encore plus de surfaces enherbées que ce soit en pâtures ou en prairies de fauche pour la période en étable. Mais, l’engraissement se réalise aussi par une alimentation à base de céréales. Aussi, les parties cultivées en céréales ne perdent pas toutes leur rôle dans le Bazadais et leur production se redirige parfois vers l’alimentation du bétail local.

Logo de la marque «Boeuf de Bazas»

Source : Excellence Bazadaise

A la fin des années 1980’, on assiste à un grand nombre de départs à la retraite d’agriculteurs dans le Bazadais, aussi le nombre de producteurs céréaliers et d’éleveurs diminue mais par l’acquisition de terres des agriculteurs restants, les troupeaux se gonflent et l’élevage reprend une plus forte place dans le paysage Bazadais.

46


Aussi, au début des années 1990’, la race a largement gonflé ses effectifs et est prête pour un plan de relance. La première étape de celui-ci, a été la création d’un Label Rouge sur la marque «Boeuf de Bazas» en 1997 par le ministère de l’agriculture. Ce signe de qualité met une fois de plus en avant la race Bazadaise (bien que la Limousine ou la Blonde d’Aquitaine soient aussi concernées). Et même, si ce Label a lui aussi vocation au développement d’une filière, il aura un impact sur le territoire Bazadais en confortant les éleveurs dans la production d’une race bovine reconnue demandant de nombreuses surfaces en herbes et cultures fourragères. Logo Label Rouge

Source : Excellence Bazadaise Nombre de têtes

Evolution des effectifs de Bazadaise contrôlés.

Année Source : Du patrimoine rural au développement local : les atouts de la race Bazadaise. H. GUICHENEY

Malgré la volonté de développer une filière bovine issue de la Bazadaise au travers de tous les labels et marque énoncés précédemment, on assiste à une reprise de l’élevage dans le Bazadais. Aux années 2000, les éleveurs, encouragés par les signes de qualités de leur production et la valeur qu’ils accordent au patrimoine agro-culturel que représente la race Bazadaise ont largement développé les prairies, pâtures et champs de céréales dédiés à l’alimentation du bétail.

47

Le Bazadais dans les années 2000, retour à un paysage de polyculture-élevage..


4.3 - Synthèse du paysage bazadais au début des années 2000. Au début des années 2000, le territoire Bazadais commence à ressembler au paysage que nous pouvons observer aujourd’hui. La dynamique de développement de la céréaliculture des années 1950 à 1970 s’est poursuivi quelque peu avec la création des lacs de la Prade et du Praderon, des retenues collinaires d’un million de mètres cubes. Cependant, cette dynamique a vite été renversée par un développement de l’élevage de veaux puis de boeufs. Nous avons vu que les plans de sauvegarde puis de relance de la race Bazadaise n’étaient au départ pas forcément destinés au développement de l’élevage dans son berceau mais avaient bien un objectif de développement d’une filière économique. Cependant, les départs à la retraite d’un certain nombre d’agriculteurs, les nombreuses création de labels et la fierté pour les éleveurs locaux d’élever une race devenue un vrai patrimoine agro-culturel Bazadais ont poussé ces derniers à reprendre un certain nombre de terres et à développer leur entreprise, marquant alors le paysage de nombreuses pâtures et prairies de fauche. Mais cette dynamique de départs à la retraite d’agriculteurs n’a pas eu que ces impacts sur le paysage Bazadais. Un grand nombre de parcelles, ne trouvant pas d’acquéreurs se sont alors enfrichées devenant boisements libres ou ont été plantées de peupleraies ou pinèdes. En 2000, cela n’est pas excessif et sur le plan écologique, même plutôt intéressant car ces boisements diversifient alors les types d’habitats. D’un point de vue paysager, il n’est pas non plus néfaste car ils renouvellent les paysages et offrent davantage d’ambiances que l’époque précédente beaucoup plus céréalicole, n’offrait pas. Dans un même temps, les fermes retrouvent elles aussi de nouvelles fonctions principalement dédiées à l’habitat par de nouvelles populations en quête d’un environnement rural.

Elevage bovin

Lac de la Prade

Prairie Champs céréaliers (blé, orge, colza...) Elevage bovin

Maïs d’ensillage en fond de vallon du Beuve

Peupleraie (déprise agricole) Elevage bovin

Friche agricole

Pinède (déprise agricole)

Friche devenue boisement

Au début des années 2000’, le Bazadais est de nouveau un paysage de polyculture-élevage : situation près de St Côme et du Lac de la Prade.

1KM 48

Ruisseau de Sauviac et son ancien moulin

ST CÔME Elevage bovin


Champs céréaliers (blé, orge, colza...) Maïs d’ensillage en fond de vallon

GAJAC

Prairie Friche agricole

Friche devenue boisement

Elevage bovin

BIRAC Vignes résiduelles

Peupleraie (déprise agricole)

Elevage bovin Champs céréaliers (blé, orge, colza...)

Pinède (déprise agricole)

Au début des années 2000’, le Bazadais est de nouveau un paysage de polyculture-élevage : situation de Birac, Gajac et du vallon de Birac.

Friche devenue boisement

1KM GANS

Peupleraie (déprise agricole) LADOS

Pinède (déprise agricole)

Elevage bovin

Vignes Elevage résiduelles porcin

Au début des années 2000’, le Bazadais est de nouveau un paysage de polyculture-élevage: situation de Gans et du vallon du Beuve.

Elevage bovin Elevage poulets

1KM 49

Maïs d’ensillage en fond de vallon Moulin de Carbonneau


5 - Conclusion sur la Transition Paysagère Bazadaise. Le territoire Bazadais semble avoir toujours été un paysage de polyculture-élevage. Il a cependant depuis le XIX° siècle changé de nombreuses fois de formes, en fonction d’évènements ou dynamiques sociétaux et locaux.

A partir des années 1950, le territoire Bazadais, comme la majorité des régions rurales subit la mécanisation. La société Bazadaise abandonne son modèle métayer pour se convertir au fermage. On assiste alors à la transition d’un paysage d’autosuffisance à un paysage de rentabilité économique. Le fermage pousse les cultivateurs à se tourner vers la mécanisation et les pratiques culturales qui l’accompagnent. Au début des années 1970, le paysage Bazadais est bouleversé et la majorité des espaces se tournent vers la céréaliculture. Cependant, quelques éleveurs continuent à élever des bovins, principalement des veaux qui restent largement appréciés et se commercialisent plutôt bien malgré un déclin de la Bazadaise frôlant la disparition de la race. Cette dynamique céréalicole se poursuit quelque peu avec la création des lacs de la Prade et du Praderon qui ne garderont que peu de temps leur fonction d’irrigation. Sur la période de 1970 à 2000, en réponse à la chute vertigineuse des effectifs, les plans de sauvegarde et de relance de la Bazadaise, malgré qu’ils soient plus dirigés vers le développement d’une filière économique, influencent grandement le territoire et redynamisent l’élevage dans le paysage Bazadais. En effet, les départs à la retraite d’agriculteurs libérent des terres pouvant être dédiées à l’élevage. La Bazadaise reprend une place importante dans le territoire et la société bazadaise. De nouveaux phénomènes d’enfrichement et de plantations de pinèdes ou de peupleraies apparaissent.

XIX° Situation près de St Côme et du Lac de la prade

Jusqu’aux années 1950, le Bazadais était un territoire largement dominé par une agriculture de subsistance dans une société façonnée par le métayage. Les cultures, très organisées en fonction du relief, des sols et de l’exposition provoquaient des paysages de plateaux, où s’alternaient pâtures, boisements, champs de tabac et petits champs céréaliers entrecoupés de haies, de fruitiers et de vignes. Nous avons aussi remarqué, déjà à cette époque, à quel point la Bazadaise possédait une place centrale dans la société locale. Elle était un outil de travail indispensable à la production agricole et donc à la survie. Elle était aussi à la base d’un commerce trans-départemental important notamment avec le Gers, les Landes ou le Lot-et-Garonne dans lesquels elle trouvait d’autres vocations. En 1896, la création du Herd-Book officialise à l’échelle nationale la race Bazadaise. C’est ici la symbolisation de la fierté locale pour le bovin et d’une volonté de développement de la race.

Cependant, ces phénomènes de déprises agricoles semblent se perpétuer depuis les années 2000 au sein du paysage Bazadais. Et c’est certainement en cela que résident les enjeux territoriaux du Bazadais.

0’

1970

2000

2016

M

1K 50

-195


Situation de birac, gajac et du vallon de birac

1970 ’

2000 ’

2016

Situation de gans et du vallon du beuve

XIX° -195 0’ XIX°

1K

M

1K

M

51

-195

2000

2016

0’

1970 ’


52


iii - La bazadaise : du patrimoine agro-culturel à l’outil au service du paysage Bazadais. Nous avons bien remarqué à quel point la race Bazadaise tenait une place importante dans la société bazadaise et ce, depuis son utilisation comme animal de trait notamment au XIX° siècle. Même, si elle était déjà source de fierté pour les métayers à l’époque, celle-ci s’est accentuée au fil du temps en devenant un vrai patrimoine agricole et culturel local. Cette fierté s’est notamment accentuée par la rareté de la race et par les nombreuses mesures de valorisation des produits issus de ses boeufs et veaux. La création d’une filière économique se basant sur ce patrimoine que représente la race Bazadaise a bien contribué à la redynamisation de l’élevage dans le territoire bazadais. Mais, nous verrons dans cette partie que la poursuite du développement de cette filière n’assure pourtant pas un avenir stable pour le paysage bazadais. De plus, les dynamiques paysagères qui sévissent depuis les années 2000 en lien avec les départs à la retraite de nombreux agriculteurs soulèvent différents enjeux quant à l’avenir du territoire Bazadais. Nous essaierons enfin de montrer que la race Bazadaise peut servir à la protection et à la redynamisation du paysage Bazadais et que inversement, le paysage peut, lui aussi, être utile à la valorisation de produits issus d’un terroir particulier, berceau de la race.

53

Enjeux paysagers du territoire Bazadais : fermeture du paysage ou mise en valeur d’un produit de qualité grâce au paysage.


1 - Les dynamiques paysagères du territoire bazadais depuis les années 2000. Nous avons constaté dans la fin de la partie précédente qu’un développement de la filière Bazadaise avait débuté dans les années 70’ en réponse à une quasi-disparition de la race. Celle-ci s’est poursuivie après les années 2000, mais ne semble pas avoir le même impact paysager que les mesures précédentes notamment à cause des départs à la retraite d’agriculteurs de plus en plus nombreux, entrainant des gels de terres.

1 .1 - Poursuite du développement de la filière bazadaise. Pour poursuivre le développement de la filière Bazadaise, une IGP « Boeuf de Bazas » (Indication Géographique Protégée) fût inscrite au journal officiel de l’Union Européenne le 19 mars 2008 sous l’impulsion d’éleveurs, de bouchers et de l’Association de défense du Boeuf de Bazas. Cette IGP se veut être un label de terroir et s’applique sur l’ensemble du département de la Gironde, une grande partie de celui des Landes et sur quelques communes du Gers et du Lot-et-Garonne. On constate que l’IGP se concentre sur son territoire de répartition originel à savoir là où le boeuf de Bazas était largement élevé et utilisé au XIX°siècle. Elle fixe l’obligation de faire naître, grandir et abattre l’animal sur la localisation géographique décrite. Cet outil de valorisation de produit est pour la première fois l’annonce d’une volonté de développer la filière dans son berceau d’origine même si celui-ci s’étend sur un vaste territoire. Pour ne pas pénaliser d’autres éleveurs de la race qui ne seraient pas inclus dans l’IGP, l’Association de défense du Boeuf de Bazas a mis en place un label rouge supplémentaire nommé «Le Boeuf de nos Campagnes». Ce label est actif depuis le 1e janvier 2010 et confirme la volonté pour les responsables de la race de développer une filière bien au-delà de son berceau d’origne. L’organisme de sélection de la race «Excellence Bazadaise» a déposé en janvier 2016 une nouvelle marque appelée «La Bazadaise». Celle-ci, cherche une fois de plus à promouvoir la race et vise le développement de cette dernière bien plus loin que la simple petite région Bazadaise. La promotion de cette race notamment par la fête annuelle des Boeufs Gras et plus récemment avec «Cerise», égérie du Salon de l’Agriculture 2016 qui, par ailleurs est d’origine Landaise, illustre cette soif de propager la Bazadaise sur des territoires bien plus loin que son berceau qui subit la déprise agricole comme de nombreuses régions rurales françaises.

IGP «Boeuf de Bazas»

Source : INAO.gouv et boucherie-levilly.fr

Logo «le Boeuf de nos Campagnes»

Source :Excellence Bazadaise

«Cerise» : symbole du détachement d’une race à son berceau et du développement d’une filière économique.

54

Source :Europe 1


1 .2 - Poursuite de la dynamique de déprise agricole. Nous avions évoqué précédemment qu’à la fin des années 1980, les départs à la retraite d’agriculteurs étaient nombreux, mais que ces départs avaient souvent été au bénéfice d’une dynamisation de l’élevage et d’une reprise des terres agricoles par les éleveurs ou cultivateurs restants. Mais depuis les années 2000, les départs à la retraite des agriculteurs et éleveurs ne semblent pas avoir le même impact. En effet, la location ou l’achat de nouvelles terres à cultiver semblent aujourd’hui difficile pour les exploitants restants, du fait d’exploitations déjà relativement grandes et d’un âge souvent proche de celui de la retraite.

Evolution du nombre d’exploitations agricoles et des surfaces agricoles utilisées de 1988 à 2010.

Source : Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt.

Age des chefs d’exploitations en 2000 et 2010.

Source : Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt.

Les terres agricoles n’étant que peu reprises depuis les années 2000, on assiste de plus en plus à des gels de terres. Dans les paysages de plateaux, de coteaux et de fonds de vallons du Bazadais, cela prend la forme dans le meilleur des cas, d’une mise en jachère encouragée par la PAC (Politique Agricole Commune), plus rentable que la vente foncière. Celles-ci permettent une récolte par les éleveurs encore en activité pour l’alimentation du bétail et entretiennent un paysage notamment de plateaux et de coteaux ouvert sur les vallons. Alors que parfois, et même de plus en plus fréquemment, ces départs entraînent la plantation de pinèdes et peupleraies. Le Bazadais étant considéré comme ZRR (Zone de Revitalisation Rurale) et TRDP (Territoires Ruraux de Développement Prioritaire), ces reboisements sont encouragés à la fois par les subventions du FEADER (Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural) et par l’exonération d’impôts fonciers sur 10 ans pour les peupleraies et sur 30 ans pour les pinèdes. Ce sont donc des raisons financières et non pas une optique de développement d’une filière bois qui motivent les nouveaux retraités agriculteurs à boiser si fortement leur terres. 55


Légende : Peupleraies

GANS

Lande Forêt ouverte Taillis Mélange de futaie de conifères et taillis

GAJAC

Mélange de futaie de feuillus et taillis ST CÔME

Futaie mixte

Futaie de conifère

BIRAC

Futaie de feuillus

Carte des couverts forestiers entre 1987 et 2004.

Source : Géoportail retravaillé

En comparant ces deux cartes, on constate une forte avancée de la forêt malgré l’imprécision temporelle de celles-ci, on remarque que la majorité des forêts auparavant cultivées sont désormais des boisements libres de feuillus divers. On observe aussi que les pinèdes et peupleraies s’éparpillent sur le territoire Bazadais depuis 2006.

GANS

Légende :

Boisements de chênes Boisements de feuillus divers Boisements de Robiniers GAJAC

Pinèdes Peupleraies

ST CÔME

Gel de terres par mise en jachère Friches agricoles BIRAC

Carte des couverts forestiers depuis 2006.

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Source : Géoportail retravaillé


Il est vrai que le morcellement des terres qui s’est produit depuis la fin des années 1980’ a été positif pour le paysage Bazadais en provoquant des paysages diversifiés de polyculture-élevage. Même, si originellement, le parcellaire était déjà relativement éclaté, il s’est accentué par la suite, par les départs à la retraite des agriculteurs, au bénéfice des éleveurs de Bazadaise. Ceux-ci, pouvaient alors multiplier les troupeaux tout en évitant les risques sanitaires pouvant se développer lors de cheptels trop volumineux en un lieu fixe. Mais aujourd’hui, le territoire Bazadais voit ses agriculteurs vieillir et s’approcher de la retraite. Du fait des difficultés économiques, physiques et temporelles du métier, l’implantation de nouveaux éleveurs ou céréaliculteurs semble être de plus en plus difficile. Ce phénomène se produit dans toute la France, même dans la production de produits de renommée, comme ceux issus de la Bazadaise. Alors que dans d’autres régions rurales françaises, ce phénomène se lie à celui du développement pavillonaire notamment en périphérie urbaine. Le territoire Bazadais n’est pas concerné par celui-ci mais comme nous avons pu l’évoquer - par la forte plantation de pinèdes, peupleraies et par l’enfrichement.

Propriétaire 1

Propriétaire 4

Propriétaire 2

Propriétaire 5

Propriétaire 3

Propriétaire 6

1970

2000

Départ à la retraite du propriétaires 1 et 2. Acquisition de terres par les autres exploitants. Gels des terres restantes ou enfrichement

2010

Départ à la retraite des propriétaires 5. Acquisition de terres par les autres exploitants. Gels des terres restantes ou enfrichement

Une peupleraie empêche la vue sur le vallon sur le plateau de Gajac. Friche d’environ 10ans

Schéma du morcellement des terres participe à une diffusion sporadique des peupleraies, pinèdes et friches. Friche récente

Gel de terres par pinède

Une friche et une pinède coupe la vue sur les vallons depuis la route à Gajac.

57


Scénario 1 : la déprise agricole se poursuit. Dans le cas où la déprise agricole se poursuivrait, on assisterait certainement en Bazadais à un boisement de plus en plus important. Les fonds de vallons, les combes et toute autre dépression topographique suffisamment hydromorphe se verraient plantés de peupliers. Les terres sableuses seraient boisées de pins. D’autres parcelles s’enfricheraient pour finalement devenir des forêts. Il est vrai que ces phénomènes de plantations et d’enfrichement ont eu jusqu’à aujourd’hui un rôle plutôt positif pour le paysage Bazadais. En effet, ils ont participé - notamment grâce au morcellement du parcellaire agricole - a un territoire très diversifié qui offre d’un point de vue écologique de nombreux habitats pour la faune et la flore et d’un point de vue paysager une grande variété d’ambiances. Cependant, si le phénomène se poursuivait, à la vue du nombre d’’exploitants proches de la retraite, les conséquences seraient plus néfastes qu’auparavant pour le paysage Bazadais. De trop nombreux enfrichements et plantations pourraient à terme participer à une fermeture des paysages Bazadais. Depuis les plateaux, les vues sur les vallons et coteaux seraient entravées. Depuis les fonds de vallons, la visibilité des coteaux serait amoindrie. Le sur-boisement pourrait aussi être néfaste à la diversité actuelle du paysage. En effet, la trop forte plantation de pinèdes et de peupleraies et un enfrichement trop fort induiraient un forte diminution des surfaces agricoles utilisées, et donc une diminution progressive du nombre de champs, de prairies et de pâtures. Avec cette forte déprise agricole, une forte baisse des élevages de Bazadaises en résulterait. Alors que le développement d’une filière pour la race bovine est toujours autant souhaité, le territoire de son berceau en serait totalement dépourvu? Au-delà de la perte économique qui en découlerait, ce serait le patrimoine local, qui fait la renommée du territoire Bazadais, qui serait menacé.

Enfrichement Gel de terres par pinèdes

Boisements mixtes issus de friches agricoles

Vue limitée Elevage bovin restant Enfrichement

Lac de la Prade Boisements mixtes issus de friches agricoles

1KM

Scénario 1 près de St Côme et du Lac de la Prade : La déprise agricole se poursuit. Le Bazadais se boise et s’enfriche peu à peu.

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Gel de terres par peupleraies

Gel de terres par pinèdes ST CÔME


Boisements mixtes issus de friches agricoles

Enfrichement

Gel de terres par Vue limitée pinèdes Enfrichement

GAJAC

Gel de terres par Vue limitée pinèdes

Gel de terres par peupleraies

Scénario 1 près de Birac, Gajac et du Vallon de Birac : La déprise agricole se poursuit. Le Bazadais se boise et s’enfriche peu à peu.

Enfrichement LADOS

BIRAC

Gel de terres par peupleraies

1KM Boisements mixtes issus de friches agricoles Enfrichement Gel de terres par Gel de terres par pinèdes pinèdes

GANS

Vue limitée

Vue limitée

1KM

Scénario 1 près de Gans et du vallon du Beuve : La déprise agricole se poursuit. Le Bazadais se boise et s’enfriche peu à peu.

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Champs résiduels


3 - Scénario 2 : le paysage comme outil de valorisation du berceau de la bazadaise. Pour contrer cette perspective d’avenir d’un territoire si riche et diversifié que celui du Bazadais qui se fermerait et s’uniformiserait par l’enfrichement et la plantation de pinèdes et peupleraies, pourquoi ne pas utiliser l’hétérogénéité et la qualité du paysage local, dans l’objectif de valoriser cette production si particulière issue de la race Bazadaise? Dans cette perspective, la mise en place d’un plan paysage peut paraître une solution probable. Cet outil permettrait de mettre en place un objectif d’avenir pour le territoire Bazadais. En réunissant les différents acteurs locaux autour d’un projet fédérateur, cela permettrait dans un même temps de protéger et promouvoir la race Bazadaise par la mise en valeur de la spécificité du paysage de polyculture-élevage de son berceau et de modifier la dynamique actuelle du territoire en protégeant le paysage Bazadais par le développement de la race qui fait la fierté patrimoniale de la région. Il s’agirait ici, de réunir : - La communauté de communes du Bazadais (pour sa qualité de pouvoir décisionnel). - L’Organisme de Sélection «Excellence Bazadaise» (pour ses qualités de promotion et de protection de la race). - Les éleveurs, céréaliers et propriétaires terriens (même retraités pour leur capacité foncières et d’actions). - L’office de tourisme de Bazas (pour ses capacités en communication). - La population locale (pour sa force de propositions et sa capacité à agir de façon ponctuelle). Le plan paysage du Bazadais animé par les acteurs pré-cités pourrait alors se fixer des objectifs relatifs à la protection du paysage local dans un objectif de valorisation du patrimoine agro-culturel que représente l’élevage de la race Bazadaise. Ses objectifs qui pourraient se décliner en différentes actions seraient : - Mettre en avant l’hétérogénéité du paysage Bazadais : - Favoriser les vues dégagées le long des axes de communication (gérer le nombre de boisements le long des routes offrant des vues intéressantes sur les paysages de plateaux et de vallons). - Favoriser la mixité et le morcellement des cultures pour la variété d’ambiances paysagères et d’habitats pour la faune et la flore que ceux-ci engendrent. - Mettre en valeur le patrimoine agricole : fermes et granges à tabac. - Proposer au tourisme patrimonial à Bazas une branche tournée vers l’agro-tourisme. - Créer des sentiers «découverte du paysage de polyculture-élevage Bazadais». - Créer une ferme qui accueillerait les touristes voulant se cultiver sur la question de l’élevage de la Bazadaise et qui proposerait une multitudes de produits issus du terroir Bazadais (viande bien-sûr et d’autres produits locaux). - Favoriser les pâtures accueillant les cheptels Bazadais le long des axes de communication pour renforcer l’image que l’on se fait du territoire Bazadais. - Redynamiser l’élevage et plus généralement l’agriculture en créant une Association Foncière Agricole. Les propriétaires terriens, les éleveurs et agriculteurs locaux y adhèrent s’ils le souhaitent. S’ils sont encore en activité, ceux-ci, peuvent naturellement continuer normalement leur production. S’ils sont à la retraite, l’association peut rechercher de nouveaux exploitants voulant s’implanter en leur facilitant l’accès à des terres par un simple contrat de fermage. Les revenus issus de la location des terres sont ensuite redistribués entre l’association et les propriétaires de terres. L’association peut aussi orienter les exploitants sur des pratiques agricoles précises respectant l’environnement, les cahiers des charges quant à l’élevage de la Bazadaise, mais aussi le paysage... Celle-ci peut aussi être à l’initiative de projets plus importants : réhabilitation de boisements ou de friches en prairies, pâtures ou champs, mutualisation d’engins agricoles représentant de forts investissements... Elle pourrait aussi orienter la production céréalière en vue d’une consommation locale pour l’engraissement de boeufs ou pour d’autres fonctions. De manière générale, il est envisageable que cette association puisse être le pilier général sur lequel reposeraient les objectifs du plan paysage du Bazadais. Aussi, un plan paysage - qui serait animé par une juste compréhension du paysage Bazadais et par des acteurs soucieux de la protection et du développement de leur territoire et de leur patrimoine - serait une politique intéressante, forte de protection et de mise en valeur d’un paysage très spécifique en Gironde.

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Réhabiliter des friches

Lac de la Prade

Dégager des vues sur les vallons Favoriser les pâtures près des routes

ST CÔME

Conserver des boisements diversifiants les paysages et les habitats écologiques

Scénario 2 près de St Côme et du Lac de la Prade : Concertation entre les acteurs locaux et mise en place d’un plan paysage.

Favoriser les pâtures près des routes Dégager des vues sur les vallons

1KM

Dégager des vues sur les vallons

GAJAC

Réhabiliter des friches

BIRAC

Scénario 2 près de Birac, Gajac et du Vallon de Birac : Concertation entre les acteurs locaux et mise en place d’un plan paysage. Réhabiliter des peupleraies en Favoriser les pâtures prairies près des routes

Encourager les habitants à conserver leur élevage personnel (ici, chevaux)

1KM

GANS

LADOS

Réhabiliter des friches

Encourager les élevages d’autres espèces (ici, porcins et vollailles) Favoriser les pâtures près des routes

Conserver des boisements diversifiants les paysages et les habitats écologiques

Scénario 2 près de Gans et du vallon du Beuve : Concertation entre les acteurs locaux et mise en place d’un plan paysage.

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1KM


4 - Synthèse des enjeux paysagers du territoire bazadais. Nous avons pu comprendre dans cette partie, à quel point le morcellement des cultures et la dynamique actuelle de déprise agricole par les départs à la retraite des agriculteurs de plus en plus nombreux engendraient des enjeux importants pour le territoire et le paysage Bazadais. Au-delà de la simple problématique de la déprise agricole, de la plantation de pins et de peupliers et de l’enfrichement, c’est l’avenir d’un paysage singulier de Gironde qui est questionné ici. La fermeture du paysage et la perte de l’hétérogénéité de celui-ci n’est pas l’unique enjeu du territoire Bazadais. Cette dynamique soulève aussi un enjeu économique important lié à l’agriculture. Mais en plus de cela, elle questionne la notion de protection d’un héritage naturel et agro-culturel qui aujourd’hui représente un réel patrimoine participant à l’identité du territoire Bazadais. A la vue de cet avenir approchant, les responsables locaux se doivent d’agir pour contrer ces dynamiques qui mettent en exergue l’identité et la stabilité du territoire Bazadais. Un «plan paysage» réunissant l’ensemble des acteurs locaux autour d’une question centralisatrice et accessible par tous qu’est celle du paysage semble être une option intéressante. En effet, il permettrait d’une part, la promotion de produits de terroirs issus de la race Bazadaise par un paysage de qualité et d’autre part, l’entretien et la protection d’un paysage encore singulier en Gironde grâce à l’élevage et à l’agriculture. Par ailleurs, le tourisme présent à Bazas semble pouvoir être un levier intéressant à cette démarche de valorisation du paysage et des produits Bazadais.

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Conclusion. Le paysage Bazadais n’est pas à l’image que l’on se fait de lui. Nous avons pu constater, qu’il s’agit d’un territoire de polyculture-élevage riche de sa diversité de cultures et de boisements, dans lequel la vache Bazadaise n’est finalement pas si présente que cela. En remontant le temps, nous avons pu comprendre comment ce paysage si hétérogène avait pu se mettre en place. Nous avons aussi pu percevoir pourquoi il existait ce lien si intime entre ce territoire et la race bovine Bazadaise. A travers ctte relation, c’est finalement toute l’histoire de la transition paysagère Bazadaise que nous pouvons ressentir. Dès le XIX° siècle, le Bazadais était en lien avec cette race qui servait d’animal de trait mais qui, par ses capacités de travail, orientait déjà les formes paysagères locales. Et même si, avec la mécanisation, celle-ci fût quelque peu délaissée, nous avons pu constater que rapidement, dès les années 1970, elle a repris sa place dans le territoire. Mais aujourd’hui, le territoire Bazadais fait face, comme dans de nombreuses régions rurales françaises, à des enjeux importants de déprises agricoles, d’enfrichement et de forts reboisements. Ces questions interrogent directement l’économie et l’identité locale. Mais, de par sa localisation départementale, le territoire Bazadais représente un enjeu important en Gironde, notamment par la singularité de son paysage de polyculture-élevage dans un département qui reste très orienté vers la viticulture et la sylviculture. Le Bazadais possède une identité territoriale fortement mêlée au patrimoine agro-culturel que représente la race Bazadaise et c’est grâce à elle que l’on peut lui envisager un avenir différent. En effet, cette volonté de développer la filière Bazadaise peut servir le paysage de son berceau et en parallèle, sa protection peut permettre une valorisation des produits issus de cette filière. Il semble que le territoire Bazadais puisse avoir encore un avenir intimement lié à celui de la race bovine Bazadaise dans le cas où les acteurs locaux se saisiraient des enjeux territoriaux et agiraient pour la préservation d’un savoir faire agricole et d’un paysage de polyculture-élevage si particulier en Gironde.

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Bibliographie. Documents relatifs au paysage contemporain. Livres et ouvrages. - Du patrimoine rural au développement local, les atouts de la race Bazadaise. _ Hubert Guicheney _Educagri Editions Dijon _ 2001 - Les cahiers du Bazadais n°127 _ Association Les Amis du Bazadais _ 4e trimestre 1999 - Brochures d’Excellence Bazadaise Sites internet - cdcdubazadais.fr - insee.fr - atlas-paysages.gironde.fr - geoportail.gouv.fr - agreste.agriculture.gouv.fr - tourisme-bazadais.com - inpn.mnhn.fr Publication étudiante. - Thèse vétérinaire : La race bovine bazadaise : terroir, rusticité et développement international. _ Anne Bihet-Viguié _ 2006 Témoignages : -Jean-Pierre Dutreuilh -Excellence Bazadaise -Office de tourisme de Bazas

Documents relatifs au paysage passé. Livres et ouvrages. - Du patrimoine rural au développement local, les atouts de la race Bazadaise. _ Hubert Guicheney _Educagri Editions Dijon _ 2001 - Revue Contact n°21 _Association Les Amis du Bazadais _ 04/1997 - Revue Contact n°24 _Association Les Amis du Bazadais _ 04/1998 - Revue Contact n°55-56 _Association Les Amis du Bazadais _ 04/2009 - Revue Chroniques Bazadaises n°6 _ Association Les Amis du Bazadais _ 06/1996 - Revue Chroniques Bazadaises n°7 _ Association Les Amis du Bazadais _ 07/1997 - Les cahiers du Bazadais n°2 _ Association Les Amis du Bazadais _ 04 / 1962 - Les cahiers du Bazadais n°35 _ Association Les Amis du Bazadais _ 4e trimestre 1976 - Les cahiers du Bazadais n°71 _ Association Les Amis du Bazadais _ 4e trimestre 1985 - Les cahiers du Bazadais n°102 _ Association Les Amis du Bazadais _ 3e trimestre 1993 - Les cahiers du Bazadais n°127 _ Association Les Amis du Bazadais _ 4e trimestre 1999 - Les cahiers du Bazadais n°146 _ Association Les Amis du Bazadais _ 09/2004 - Les cahiers du Bazadais n°156 _ Association Les Amis du Bazadais _ 03/2007 - Les cahiers du Bazadais n°162 _ Association Les Amis du Bazadais _ 09/2008 - Les cahiers du Bazadais n°164 _ Association Les Amis du Bazadais _ 03/2009 - Brochures Excellence Bazadaise Sites internet - geoportail.gouv.fr - agreste.agriculture.gouv.fr - vallee-du-ciron.com 64


Publication étudiante. - Thèse vétérinaire : La race bovine bazadaise : terroir, rusticité et développement international. _ Anne Bihet-Viguié _ 2006 Témoignages : -Jean-Pierre Dutreuilh -Excellence Bazadaise

Documents relatifs aux enjeux actuels. Documents papier Brochures Excellence Bazadaise Documents informatiques - Projet de création d’une Association Foncière Agricole Autorisée sur les coteaux de Crolles_ Commune de Crolles _ 14/11/2014 - Le plan de paysage, agir pour le cadre de vie _ Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie _ 08/01/2015 - Caractérisation des terroirs et valorisation des paysages viticoles de l’appelation Côtes du Ventoux. _ Syndicat Général des Vignerons des Côtes du Ventoux _ 2006 Sites internet - cdcdubazadais.fr - insee.fr - atlas-paysages.gironde.fr - geoportail.gouv.fr - agreste.agriculture.gouv.fr -dordogne.chambagri.fr Témoignages : -Jean-Pierre Dutreuilh -Excellence Bazadaise

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Remerciements. - M. Dominique Henry, professeur-tuteur à l’ENSAP Bordeaux et aux autres enseignants Mme. Emmanuelle Heaulmé, M. Bernard Davasse et M. Didier Galop pour leurs conseils avisés. - M. Jean-Pierre Dutreuilh, éleveur de Bazadaises à Birac pour sa connaissance intime du territoire Bazadais et des méthodes culturales et d’élevage d’aujourd’hui et d’hier. - L’Organisme de Sélection «Excellence Bazadaise» pour leurs connaissances approfondies dans l’évolution des démarches de valorisation de la filière Bazadaise. - L’équipe de la médiathèque de Bazas pour m’avoir donné un accès longue durée à des documents rares et importants pour l’élaboration de ce mémoire. - Elise Vesperini, Christine,Philippe et Jocelyn Collard, pour leur soutien sans faille. - L’exercice du mémoire «100 ans de paysage» qui m’a permis de constater à quel point l’analyse approfondie de l’histoire d’un paysage peut amener à une démarche de projet en accord avec le territoire.

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100 ans de Paysage - LE BAZADAIS - Vincent COLLARD  

Du développement d'une filière bovine "La Bazadaise", au paysage de son berceau _ 2016

100 ans de Paysage - LE BAZADAIS - Vincent COLLARD  

Du développement d'une filière bovine "La Bazadaise", au paysage de son berceau _ 2016

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