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UN VIGNOBLE Cette photographie aérienne montre le terroir d'un très grand cru du Médoc. Au fond, la Gironde, estuaire commun de la Garonne et de la Dordogne. Les nuances de couleur permettent de distinguer les cultures, les prés et les bois qui s'étirent le long du fleuve sur les terres humides des " palus". Ceux-ci sont surmontés par les parcelles du vignoble, damier à peine troué par les bâtiments d'exploitation - le chai - et le logis ombragé du propriétaire - le château. Les pieds de vigne sont plantés en rangs, appelés règes en Bordelais. On obtient de la sorte une bonne utilisation de l'espace tout en facilitant au maximum l'emploi de machines telles que les tracteurs enjambeurs qui, montés très haut, laissent filer une rège entre les roues. Ce site est caractéristique des vignobles de vins fins et, en particulier, du vignoble bordelais. On peut y relever trois constantes des paysages viticoles: 1 Le vignoble s'étend à proximité d'un cours d'eau. C'est, en partie, un héritage du passé car jusqu'à l'avènement du chemin de fer, au milieu du XIX' siècle, la batellerie représentait le seul mode de transport à longue distance adapté aux charges lourdes. Les grands vignobles français se sont tous développés au voisinage d'une voie d'eau, car celle-ci permettait la conquête d'un vaste marché de consommation, indispensable pour financer le coût élevé d'une production de qualité. Les grands vins sont nés du commerce. Celui de Bordeaux s'est construit et maintenu grâce aux clientèles anglaise, puis hollandaise et allemande, enfin américaine. 2 Les grands vignobles restent à distance de l’eau. Le bas des versants est laissé à d'autres activités. Les vignobles septentrionaux (Bourgogne, Champagne, Alsace...) colonisent exclusivement les pentes, car celles-ci captent mieux les rayons du soleil que les espaces plats. Dans le Bordelais les pentes sont peu marquées, mais néanmoins recherchées car elles assurent un écoulement rapide de l'eau de pluie.


Ainsi la pente d'une part, la dénivellation par rapport au cours d'eau d'autre part, limite l'humidité du sol. Celle-ci accroît le rendement de la vigne mais, du même coup, abaisse la qualité du vin. En effet, le vin tire sa personnalité des arômes du raisin, à condition qu'ils atteignent une concentration suffisante : il faut donc éviter de dépasser un certain volume de production. Pour comprendre ce phénomène, les enfants peuvent faire appel à leur expérience : s'il est trop additionné d'eau, le sirop s'affadit. Au total, le premier secret d'un grand vignoble, c'est une alimentation limitée, mais constante, en eau. 3 La vigne exige un climat spécifique. Bien entendu, le climat ne se lit pas sur le paysage. Mais la présence de l'estuaire évoque l'effet de régulation thermique exercé par celui-ci: sa masse d'eau, comme celle de l'océan Atlantique, réchauffe la température en cas de grand froid et limite les risques de gel au printemps. Le climat aquitain est bien ensoleillé du printemps à la mi automne; les hivers y sont doux et pluvieux, les étés chauds et modérément arrosés: la vigne dispose ainsi de l'alimentation en eau et de la chaleur favorables à la maturation du raisin et à sa concentration en sucres et arômes. Des conditions climatiques trop généreuses ne conduisent pas à des vins de très haute qualité : une chaleur excessive provoque la maturation trop rapide des raisins, d'où des vins au bouquet moins développé. La combinaison du site (exposition, environnement) et du climat forme ce qu'on appelle un microclimat. La notion de terroir associe au microclimat le sol et le soussol. Ceux-ci présentent une grande diversité dans le Bordelais: graviers et galets (les fameux graves), sables, calcaires, argiles; d'où l'étendue de la gamme des vins de Bordeaux. Mais il s'agit toujours de sols relativement pauvres. Au total, quel que soit le facteur considéré, on note que les grands vins se déploient dans des conditions passables ou médiocres : on dit que "la vigne doit peiner et souffrir".


La Gironde verte - Un vignoble