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Synthèse


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PREMIER ATELIER PÉRI/MÉTROPOLITAIN - 1ER JUILLET 2016

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Sommaire

INTERVENANTS 08 AVANT-PROPOS 10 RAPPEL DU PROGRAMME DE LA JOURNÉE

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L’ATELIER PÉRI/MÉTROPOLITAIN- RETOUR 13 CROISER LES REGARDS DES PENSEURS DE LA VILLE ET DES ACTEURS 16 Table ronde : confluence Métropole-Pays 16 Table ronde : confluence ville-nature 26

RETOUR EN IMAGES 32 LES ÉLUS ÉCHANGENT SUR LA QUESTION DE LA PÉRI/MÉTROPOLISATION 40 PRÉSENTATION DU PROJET URBAIN : "LIBOURNE 2025 - LA CONFLUENTE" 44 À explorer : une exposition « Redessiner les casernes »

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PROPOS CHOISIS 47 CONTRIBUTION D’UN CHERCHEUR DU « FORUM URBAIN »

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POUR ALLER PLUS LOIN… 55 5


Philippe Buisson Maire de Libourne, prĂŠsident de La Cali

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Le mot du maire...

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INTERVENANTS Christian Moueix

Alain Malmartel

Négociant en vins et Président du groupe Jean-Pierre Moueix

Directeur du centre de formation de l’INSEE (CEFIL)

Alain Bourdin

Stephan de Faÿ

Sociologue-urbaniste, professeur

Directeur Général de l’EPA

à l’Institut Français d’Urbanisme

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(Etablissement public d'aménagement) Bordeaux-Euratlantique

Sophie Tiano

Gilles Pinson

Directrice de la délégation de Bordeaux à la direction de la Région Nouvelle-Aquitaine de la Caisse des Dépôts et Consignations

Politiste, Professeur à Sciences Po Bordeaux et Responsable scientifique du forum urbain. Initiative d'Excellence Université de Bordeaux

Henri Bava

Delphine Empio

Urbaniste-paysagiste, co-fondateur et directeur de l'Agence TER

Chargée de mission développement territorial à la Fabrique singulière

Thierry Saumier

Roland Thieleke

Directeur du Musée des Beaux-arts de Libourne

Directeur adjoint d’Epidor, Etablissement public territorial du bassin de la Dordogne

David Derain

Bernard Lensel

Directeur des ressources « monde » de CEVA

Architecte-urbaniste chargé des relations externes au Grand Lyon et Président d’Urbanistes des territoires


Philippe Buisson

Benoît Lasserre

Maire de Libourne, président de La Cali

Journaliste à Sud-ouest

Gérard Vandenbroucke

Jean-Marc Offner

1er Vice-président du Conseil Régional Nouvelle-Aquitaine en charge de l’aménagement du territoire, de la politique contractuelle et du déploiement du très haut débit

Directeur Agence d’urbanisme de Bordeaux métropole Aquitaine

Jean Galand

Cécile Rasselet

Maire de Lalande de Fronsac, conseiller départemental

Urbaniste-géographe Directrice d'équipe agence d'urbanisme Bordeaux Métropole Aquitaine

Ingrid Voisin-Chadoin DGA Ville de Libourne, Pôle stratégie urbaine et rayonnement culturel, directrice du projet urbain

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AVANT-PROPOS Le temps des métropoles est à son point culminant, reconnu. Institutionnalisée par la loi MAPTAM, la dynamique métropolitaine est un fait. Pour autant entre les territoires métropolitains existent d’autres tissus, d’autres dynamiques sociales, urbaines et économiques. Cette réalité est aujourd’hui reconnue. Les débats sur la « France périphérique », le « périurbain », le « périrural », les petites et moyennes villes, attestent d’une prise de conscience de la nécessaire connaissance et action de ces territoires. Les images de la France de Raymond Depardon comme les récents rapports du Commissariat Général à l’Egalité des Territoires sont autant d’indices de ce renouveau nécessaire de la pensée et de l’action sur les rapport métropoles/périphéries. Si longtemps le « logiciel » de l’aménagement du territoire a dominé, il est aujourd’hui questionné par ces nouvelles dynamiques. Il est aujourd’hui difficile de penser seulement en termes de centralité, périphérie et équilibre. Il s’agit, pour de nombreuses situations territoriales de parvenir à identifier leurs relations et spécificités au regard des dynamiques métropolitaines. C’est ce que la ville de Libourne souhaite engager avec cet Atelier péri/métropolitain. Le néologisme lui-même traduit cette volonté d’identification, de connaissance et de reconnaissance de sa situation singulière. Libourne est en effet ce que les géographes pourraient nommer une ville intermédiaire. Une ville à proximité (20 à 40 minutes) de la ville de Bordeaux mais une ville centrale, un pôle de services par rapport à un territoire rural. Autrement dit une ville qui bénéficie de la dynamique de la métropole bordelaise tout en ayant un développement et une fonction territoriale singulière par rapport à cette dernière. Libourne cherche donc à construire un projet urbain qui soit aussi une stratégie de positionnement territorial. Plus encore, consciente de la dimension « intermédiaire » de son territoire elle cherche à développer et renouveler une vision interterritoriale du développement. Comprenant que son développement ne peut être ni seulement métropolitain, ni seulement celui d’une centralité d’un territoire périphérique à la métropole. Libourne cherche à identifier, comprendre, et activer les éléments d’un système territorial et donc d’une structure d’interdépendances. L’objectif est triple : d’abord, réfléchir et identifier la situation territoriale singulière et l’identité de Libourne, ensuite construire et mobiliser, sur la base d’un constat partagé les acteurs et partenaires (privés et publics) d’un réseau pour son développement, enfin engager l’action à partir d’un projet urbain mobilisateur et fédérateur. Située à une trentaine de minutes en voiture de Bordeaux, dont l’agglomération est devenue Métropole le 1er janvier 2015, Libourne voit son attractivité et sa population augmenter chaque année. Le projet Libourne 2025 vise à construire une ville attractive pour les futurs habitants tout en assurant une cohérence territoriale avec les dynamiques déjà en place. Traditionnellement tournée vers son arrière-pays viticole, Libourne doit aujourd’hui composer avec de nouvelles pratiques urbaines tout en intégrant des espaces délaissés ou en friche. La volonté de structurer le développement de Libourne nécessite alors d’impliquer une diversité d’acteurs pour pouvoir faire émerger ce que les auteurs du rapport "Requalifier les campagnes 10


urbaines de France" appellent une « ville-territoire ». Mettre en valeur les ressources présentes sur le territoire et inclure les acteurs le plus en amont du projet semble donc être une bonne stratégie pour accompagner le processus de métropolisation et éviter un « assèchement » de Libourne au profit de la métropole bordelaise. Bien que cette dernière bénéficie d’une reconnaissance institutionnelle, sa dynamique dépasse son périmètre d’action ce qui nécessite la construction de nouveaux mécanismes de coopération entre les territoires. C’est en ce sens qu’il est pertinent de parler de situation péri/métropolitaine. Pour désigner une situation à la fois connectée aux dynamiques métropolitaines mais également attachée à un « arrière-pays » plus rural, comme placée en situation « intermédiaire » appelant à une connaissance et une action interterritoriale. L’atelier péri/métropolitain, appelé à être reconduit, s’est donc bien révélé être une des façons d’activer le renouvellement nécessaire d’une action pour le développement de ce type de territoires désormais au centre des réflexions nationales sur l’égalité des territoires. L’atelier péri/métropolitain comme le projet urbain sont finalement, comme les ont qualifiés respectivement Gilles Pinson, politiste, et Alain Bourdin, sociologue-urbaniste, des outils de « planification stratégique » et des instruments d’une action « interterritoriale ». Ce document s’organise en deux temps : il restitue la synthèse des échanges de la journée qui a regroupé plus de 200 participants et propose une contribution pour aller plus loin dans la réflexion grâce au partenariat du Forum urbain-IdEx Bordeaux. Il témoigne de notre volonté d’associer au changement du territoire une large palette d’acteurs : élus, chercheurs, professionnels de la ville, entreprises, citoyens,… Il pose les bases d’une seconde rencontre en 2017.

INGRID VOISIN-CHADOIN, DGA PÔLE STRATÉGIE URBAINE ET RAYONNEMENT CULTUREL VILLE DE LIBOURNE

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PROGRAMME DE LA JOURNÉE En matinée Table-ronde métropole/pays Propos introductif : Alain Bourdin, sociologue-urbaniste Animation : Jean-Marc Offner, directeur Agence d’urbanisme de Bordeaux métropole Aquitaine

Table ronde Ville nature Propos introductif : Henri Bava, cofondateur et directeur de TER, agence de paysagistes, urbanistes, architectes Animation de table : Cécile Rasselet, directrice d’équipe Agence d’urbanisme de Bordeaux métropole Aquitaine

Après-midi Mise en perspective de l’Atelier, qu’en pensent les élus du territoire ? Animation : Benoît Lasserre, journaliste à Sud-Ouest

Présentation du projet urbain Philippe Buisson, Maire Ingrid Voisin-Chadoin, directrice projet urbain

Visites de Chantier : Cœur de Bastide : aménagement des rues et place de la bastide (maîtrise d’ouvrage, Ville de Libourne, concepteur, CREHAM) Camille Batal, chargée de concertation à la direction du projet urbain Quais de la confluence, aménagement des quais et berges Marina Daviu, architecte-paysagiste, agence TER, (maîtrise d’ouvrage, Ville de Libourne, concepteur, agence TER) Inauguration du 2e ponton d’accueil des croisières fluviales : "Ponton Jeanne d’Albret" (maîtrise d'ouvrage : Ville de Libourne, concepteur : SEAPORT et CA+SA-architectes En présence du slackliner-performeur, Théo Sanson 12


L’ATELIER PÉRI/MÉTROPOLITAIN- RETOUR Synthèse réalisée par Aurélie Bousquet, ATER à l’Université Bordeaux Montaigne et membre de l’UMR PASSAGES, dans le cadre du Forum urbain-IdEx Bordeaux.

Le 1er juillet 2016, la ville de Libourne organise son premier Atelier péri/métropolitain en partenariat avec la Caisse des Dépôts et Consignations, le Forum urbain et l’Agence d’urbanisme Bordeaux métropole Aquitaine. Acteurs locaux et nationaux, issus du monde universitaire, économique et social, se retrouvent autour de plusieurs tables rondes pour discuter et échanger sur l’avenir de Libourne. Cette journée est conçue comme un temps de réflexion original autour du projet de la ville, un moment où Libourne « est pensée » sur son territoire et avec ses acteurs. Cette première rencontre entre les acteurs a deux objectifs majeurs. Le premier vise à dégager des éléments de langage commun afin de favoriser l’émergence d’une culture commune. Le second, quant à lui, vise à entamer une réflexion autour de la notion de péri/métropolitain et de lui donner du contenu.

Les partenaires de la journée : La Caisse des Dépôts et Consignations accompagne le projet de la ville de Libourne dans le cadre d’une convention de partenariat et de préfiguration du dispositif « centre-ville de demain » (20162019) Le Forum urbain-Initiative d'excellence de l'Université de Bordeaux, structure visant à rapprocher le monde universitaire des acteurs du territoire autour de problématiques urbaines L’Agence d’urbanisme Bordeaux métropole Aquitaine, experte des questions territoriales

Accueil par Philippe Buisson Maire de Libourne et président de la Communauté d’agglomération du libournais (La Cali) Philippe Buisson, accueille la centaine de personnes venue assister à l’atelier péri/métropolitain organisé par la Ville de Libourne. Pour permettre aux participants extérieurs de suivre facilement les échanges et de saisir les enjeux du territoire, il brosse un rapide portrait de cette ville aux identités multiples : - Une identité de ville portuaire, située à la confluence de l’Isle et de la Dordogne où un fort négoce a pu se développer indépendamment de Bordeaux. Ce passé fluvial se retrouve dans les armoiries de 13


la ville. Aujourd’hui cette identité renaît avec l’essor du tourisme fluvial ; - Une identité historique de ville bastide, cette réalité de ville marchande s’est confortée à l’époque médiévale sous forme de bastide, place forte anglaise ; Libourne doit son nom à Roger de Leyburn, lieutenant du roi d’Angleterre au XIIIe siècle ; - Une identité de ville viticole qui abrite notamment l’appellation de Saint-Émilion et de Pomerol ; - Une identité de ville active, car elle accueille aujourd’hui encore plus de personnes venant y travailler que de personnes travaillant à l’extérieur. Sa spécificité est liée à la représentation du secteur de la santé que ce soit avec son hôpital ou la présence de CEVA santé animale, reconnue à l’international.

« Le projet de Libourne ne doit pas se construire en opposition à celui de la métropole bordelaise, mais au contraire, il doit épouser son mouvement et capter son dynamisme. » Philippe Buisson complète ce portrait en présentant le contexte géographique et géopolitique de Libourne. Libourne occupe une place de ville centre, avec des fonctions bien établies. Elle draine un bassin de vie de 120 000 habitants. La fonction centrale de la ville est marquée par la présence d’un important centre hospitalier (2000 lits, 3000 employés) et d’une gare TGV, qui en 2017 accueillera l’arrivée de la nouvelle Ligne à Grande Vitesse (LGV). Pour l’élu, l’arrivée de la LGV est un des éléments majeurs des futurs bouleversements de la ville. Pour le maire de Libourne, l’adoption en 2015 de la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République), marque la consécration du fait métropolitain. En effet, c’est dans les métropoles que s’organise la vie et c’est dans cette dynamique de métropolisation que la ville de Libourne se place. Il s’agit alors de s’interroger sur le devenir de la ville située à la marge de la métropole bordelaise. Libourne n’est pas une ville dortoir, ses activités ne sont pas uniquement tournées vers Bordeaux. Libourne compose avec son arrière-pays, ce qui donne à la ville une fonction qui lui est propre. Le risque, en s’appuyant uniquement sur la métropole, est que celle-ci assèche les territoires situés à sa périphérie. La métropole bordelaise est effectivement en plein essor et Libourne doit penser son organisation en s’interrogeant sur sa fonction sans écarter ce constat. Pour cela, il est essentiel, selon le maire, de dépasser les questions de gouvernance qui sont du court terme, pour penser un projet à l’horizon 2025 : « Libourne 2025-la Confluente ». Philippe Buisson conclut son intervention en rappelant que le projet de Libourne ne doit pas se construire en opposition à celui de la métropole bordelaise, mais qu’au contraire, il doit épouser son mouvement et capter son dynamisme.

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Ingrid Voisin-Chadoin, DGA Pôle stratégie urbaine et rayonnement culturel

Avant que la première table ronde ne débute, Ingrid Voisin-Chadoin, directrice du projet urbain, rappelle à l’assistance le contexte d’élaboration du projet urbain de Libourne. Ce projet part d’actions engagées, de leur mise en articulation puis de leur mise en perspective. C’est une démarche itérative, pragmatique, qui part des volontés. Cette dernière a eu la chance de pouvoir s’inscrire au sein de trois démarches de planification conjointement menées : le Schéma de cohérence territorial du Pôle d’équilibre territorial (ex-Pays), le Programme Local de l’Habitat et le Plan Local d’Urbanisme de la Ville, ce qui la renforce dans sa cohérence. Sa formalisation et son écriture, engagent une transversalité et des priorisations, mais ne constituent pas une fin. Ce projet urbain est bien la première marche d’une impulsion qui doit se conforter, se construire à plusieurs, sur un temps long. Les objectifs à atteindre sont précisés, les moyens sont à enrichir. « Libourne 2025-la Confluente » part d’une volonté de faire confluer les territoires (Métropole/pays), les richesses de ces territoires (ville/nature), les acteurs publics et privés de ces territoires d’où la présence de chacun ici.

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CROISER LES REGARDS DES PENSEURS DE LA VILLE ET DES ACTEURS Table ronde : confluence Métropole-Pays Table ronde animée par Jean-Marc Offner, ingénieur-urbaniste et politologue, directeur général de l’A’urba (Agence d’urbanisme Bordeaux métropole Aquitaine) Cette première table ronde de la matinée, avec les acteurs et les experts du territoire, rassemble universitaires, acteurs publics et acteurs privés. Chacun leur tour, les participants présentent comment dans leurs domaines respectifs, ils tirent parti ou envisagent cette « situation de porte et d’entre-deux » de Libourne. Il s’agit également de discuter des flux que Libourne doit attirer ou canaliser pour bien vivre son développement économique et démographique. Avant de laisser la parole aux différents intervenants, Jean-Marc Offner, directeur de l’A’urba, tient à rappeler que le « a » de l’A’urba désigne l’Aquitaine, que l’agence d’urbanisme n’a pas vocation à traiter uniquement de Bordeaux, mais bien à travailler avec tous les territoires et cela en bonne intelligence. Alors que les enjeux viennent d’être posés par Monsieur le Maire, il s’agit maintenant de donner corps collectivement, entre acteurs et penseurs, au concept de « péri/métropolitain ».

Alain Bourdin, sociologue, Professeur à l’Institut Français d’Urbanisme Pour Alain Bourdin la réflexion entamée par la ville de Libourne intervient à un moment intéressant, car jusqu’à présent les questionnements portaient essentiellement sur les métropoles. Aujourd’hui les préoccupations concernent plutôt les villes moyennes. Le propos d’introduction d’Alain Bourdin dresse d’entrée une typologie des villes moyennes françaises. L’urbaniste distingue trois catégories de villes moyennes : - celles qui ont un rôle de « petites capitales » au milieu de nulle part ; - celles ayant subi un choc industriel et qui seraient plutôt en décroissance ; - et enfin celles qui sont situées à côté d’une métropole et qui peuvent être qualifiées de « péri/ métropolitaines ». Avant de présenter les trois principales stratégies que ces villes de taille moyenne peuvent adopter pour tirer leur épingle du jeu, Alain Bourdin tient à rappeler que la notion de périphérie par rapport à une métropole n’est pas une question de distance, mais bien une question d’insertion dans le réseau. 16


« La notion de périphérie par rapport à une métropole n’est pas une question de distance, mais bien une question d’insertion dans le réseau. » Le sociologue distingue 3 types de stratégie par les villes intermédiaires :

Stratégie n°1 : s’inscrire dans le jeu métropolitain Pour Alain Bourdin les villes moyennes doivent commencer par s’interroger sur ce qu’elles ont à offrir aux métropoles. Il insiste sur le fait que, la plupart du temps, les villes moyennes sous-estiment leurs ressources et leurs potentialités. Elles doivent s’interroger sur le type de population métropolitaine à fixer, ou sur les aménités urbaines à offrir. Les villes moyennes doivent également questionner le lien qui les relie avec leur métropole. Cette relation doit être aussi étudiée sous un aspect matériel. En même temps que ces villes moyennes s’interrogent sur ce qu’elles peuvent apporter aux métropoles, elles doivent se demander comment elles peuvent accéder aux ressources métropolitaines.

Stratégie n°2 : la ville/pays Souvent les liens entre métropoles et villes moyennes sont pensés en termes de hiérarchie, de centralité, et non en termes de complémentarité. L’enjeu consiste alors bien plus à relier les spécificités territoriales. L’urbaniste prend l’exemple d’une petite ville d’eau qui a surement plus intérêt à développer un circuit touristique valorisant son patrimoine aquatique. Les réflexions autour du thème de la ville/pays peuvent être éclairées par le tourisme, le commerce ou le numérique, les trois secteurs qui structurent les territoires.

Stratégie n°3 : la niche Les villes moyennes qui tirent le mieux leur épingle du jeu possèdent le plus souvent une niche économique, la plupart du temps doublée d’une niche culturelle. Cependant les stratégies de développement d’une niche se limitent bien trop souvent à vouloir faire venir des start-up, sans pour autant qu’il y ait de réflexions préalables sur leurs conditions d’accueil ou encore sur les secteurs d’activité à privilégier. Cependant, ce risque ne semble pas concerner la ville de Libourne qui, pour Alain Bourdin, semble déjà posséder « une bonne base » pour se développer en tant que niche. Pour Alain Bourdin ces trois axes stratégiques ne s’excluent pas les uns des autres, ils doivent s’entremêler. Cependant un important travail de réflexion en amont est fondamental pour pouvoir développer une stratégie d’essor efficace de ces villes moyennes.

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Quel que soit l’axe stratégique choisi, les moyennes villes disposent « d’un atout dont les métropoles ne disposent plus », c’est-à-dire que des actions même très modestes peuvent avoir un fort impact sur l’ensemble du territoire. Les villes moyennes doivent développer leur réflexion autour de ces « micro-actions stratégiques ». En conclusion, Alain Bourdin tient à revenir sur l’importance de la réflexion sur les ressources territoriales et sur la manière dont elles peuvent être mobilisées. Si certaines de ces ressources sont manquantes, il est alors important de connaître les acteurs à contacter hors du territoire pour pouvoir les mobiliser.

Thierry Saumier, Directeur du Musée des Beaux-Arts de Libourne Thierry Saumier, directeur du Musée des Beaux-Arts de Libourne, labellisé « Musée de France », amorce son témoignage par ce constat : le musée est un lieu de la lenteur dans un monde qui s’accélère. Le musée est aussi un lieu de pensée, où l’on réfléchit sur le monde alentour et les actions qui y sont conduites sont tournées vers cette idée. De par sa fonction, Thierry Saumier est souvent confronté à l’idée que pour trouver de la culture, il faut se déplacer à Bordeaux. Pourtant il est aussi possible de faire venir des bordelais à Libourne pour la qualité de ses activités culturelles.

« Le musée est un lieu de lenteur dans un monde qui s’accélère. » Afin d’attirer un public extérieur, le musée de Libourne a pour stratégie de proposer des collections rares ou des actions qui sont généralement cachées au public. L’une de ces actions en 2016 est le prêt d’un tableau, « Jésus chassant les marchands du temple » de Bartolomeo Manfredi, au Métropolitan Museum of Art de New-York. Cette action a donné l’occasion de restaurer le tableau et d’ouvrir au public sa restauration. De plus, toujours pour attirer plus de monde, le musée s’insère dans un réseau en développant des partenariats, c’est notamment le cas avec des actions communes menées avec le FRAC (Fond Régional d’Art Contemporain). Pour 2017, c’est la participation aux 40 ans du musée Pompidou qui marquera la ville avec en mai une exposition de dessins de Miro à la chapelle du Carmel. Les visiteurs sont pour la moitié des locaux et l’autre moitié provient de l’extérieur. Les personnes étrangères à Libourne sont essentiellement des vacanciers, dont certains arrivent par bateau, et des bordelais. De plus le directeur a pu constater au cours des années que le public a tendance à rajeunir. Monsieur le Maire, Philippe Buisson, profite de l’intervention de Thierry Saumier pour annoncer officiellement que la direction de la culture sera rassemblée à l’avenir avec la direction du projet urbain dans un Pôle « stratégie urbaine et rayonnement culturel ». Ce pôle sera confié à la Directrice actuelle du projet urbain. Ainsi la culture, une des forces du projet urbain, est placée comme l’un de ses piliers. 18


David Derain, Directeur des ressources humaines « monde » du groupe CEVA Santé animale Directeur des ressources humaines « monde » du groupe CEVA Santé animale dont le siège est à Libourne, David Derain témoigne sur les stratégies de recrutement à l’international après une rapide présentation de l’entreprise. Le groupe CEVA est le sixième acteur mondial de la santé animale. Il compte six usines en France dont la plus importante est localisée à Libourne et emploie près de 750 personnes. Les salariés du site libournais vivent pour un tiers à Bordeaux, un tiers à Libourne et le dernier tiers dans l’arrière-pays éloigné.

« Un des grands défis de la ville est de travailler sur son identité pour construire un "capital image" » Libourne a la particularité d’abriter à la fois le siège de l’entreprise et plusieurs de ses filières : recherche et développement, production et commercialisation. La dimension technologique de l’entreprise est très importante ce qui nécessite de recruter des personnes très spécialisées à travers le monde. L’enjeu alors pour CEVA est d’être capable de faire venir des cadres moyens qui, une fois formés, vont devenir les futurs cadres de l’entreprise. En effet, l’entreprise n’en est qu’à ses débuts1 , David Derain estime que l’entreprise doit encore faire face pendant une dizaine d’années à un problème d’attractivité, mais sa croissance au niveau mondial facilite tout de même les recrutements. Selon lui, un des grands défis de la Ville est de travailler sur l’identité de Libourne pour construire un « capital image » afin de faciliter l’identification de Libourne par les personnes étrangères au territoire. À l’heure actuelle, quand il souhaite recruter une personne étrangère, il lui propose un poste à Bordeaux, mais plus précisément dans une ville à côté de Saint-Émilion. C’est volontairement qu’il emploie les mots « Bordeaux » et « Saint-Émilion » au moment des recrutements, car il sait qu’ils sont parlants, même pour des étrangers. Avant de clore son intervention, David Derain souhaite également aborder la question de l’accueil temporaire de personnes qui ne doit pas se réduire à la question du tourisme. Selon lui, les conditions actuelles ne permettent pas d’organiser des événements réunissant une centaine de cadres sur le territoire.

(Ceva Santé Animale est créé en 1999)

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Sophie Tiano, Directrice de la délégation de Bordeaux (Direction Régionale Aquitaine Limousin - Poitou-Charentes Caisse des Dépôts et consignations) Sophie Tiano, directrice de la délégation de Bordeaux de la Caisse des Dépôts et consignations, est venue présenter la convention « centre-ville de demain », signée le 19 mai 2016, entre la Caisse et la Ville de Libourne. La Caisse des Dépôts et consignations est un établissement public d’envergure nationale qui finance les grands aménagements en prêtant aux bailleurs sociaux et aux collectivités locales. Le phénomène de métropolisation a entrainé un déséquilibre entre les métropoles et les villes moyennes. Jusqu’à présent la Caisse des dépôts n’intervenait pas sur les thématiques de redynamisation des centres-villes qui pourtant sont des pôles d’équilibre des territoires. Le groupe a entrepris trois types de démarches. De manière globale, elle accompagne les initiatives de l’Etat dans ces politiques en faveur des centres-bourgs des plus petites collectivités. En complément, la Caisse des dépôts dispose de dix démonstrateurs dans dix autres villes pour expérimenter et tester de nouveaux outils afin d’améliorer les offres du groupe. Enfin, elle propose la signature de conventions « centre-ville de demain » directement avec les villes éligibles. La première de ces conventions est celle qui a été signée avec Libourne, véritable pilote à l’échelle nationale. La convention offre l’occasion de réfléchir à ce qu’est le centre-ville de demain et non pas à la restauration d’un centre-ville du passé. L’offre « centre-ville de demain » s’adresse aux collectivités ayant une aire urbaine comprise entre 20.000 et 100 000 habitants et qui comporte des indicateurs de fragilité comme l’appauvrissement de la population ou une forte vacance des bâtiments commerciaux. L’enjeu est alors double, réduire les écarts de développement et créer les conditions de la centralité de la ville de demain. Pour atteindre ces objectifs, il s’agit de réfléchir de manière globale sur ces cinq leviers : foncier/immobilier ; déplacement/mobilité ; habitat/logement ; activités du centreville et nouveaux commerces de centre-ville. Il s’agit donc pour Libourne de limiter l’étalement urbain, de conforter les commerces de la bastide tout en limitant l’extension commerciale. Ce renforcement de la centralité passe aussi par des questions démographiques.

« La convention offre l’occasion de réfléchir à ce qu’est le centre-ville de demain et non pas à la restauration d’un centre-ville du passé. » L’objectif est de faire un centre-ville plus compact, plus connecté, tout en s’appuyant sur ses atouts spécifiques. La Caisse propose également des outils ou des services à la collectivité. Elle accompagne dans le temps le projet "Libourne 2025" dans la déclinaison de son plan d’action. Par exemple elle encourage les échanges et en particulier ceux de la ville avec son intercommunalité et les communes alentours. Les échanges sont également encouragés avec la métropole, d’autant plus que la Caisse de Dépôts a signé une convention avec la métropole bordelaise. Elle souhaite aborder la question de la péri/métropolisation avec la métropole pour assister au début d’une réflexion entre la métropole et Libourne. 20


Alain Malmartel, Directeur du centre de formation INSEE de Libourne (CEFIL) Alain Malmartel, directeur du centre de formation de l’INSEE, nous présente le centre national localisé à Libourne et qui a la particularité d’accueillir chaque année, depuis 1990, tous les nouveaux stagiaires, employés, cadres ou enquêteurs qui ont réussi le concours d’entrée de l’INSEE. Ces stagiaires viennent de toute la France, métropole et DOM-TOM, ils représentent près de 200 personnes qui viennent vivre plusieurs mois à Libourne.

« Les stagiaires, qui passent plusieurs mois dans la ville, sont véritablement immergés dans la vie libournaise et (…) ressortent un peu comme les ambassadeurs de Libourne.» Le centre prête également ses locaux et ses structures d’encadrement à d’autres organismes pour l’organisation de colloques, de réunions, de séminaires ou des formations qui au total rassemblent près de 300 personnes extérieures par an. Certes, ces personnes ne restent que quelques jours, mais elles participent tout de même à la vie libournaise et sont des ambassadeurs. Le rayonnement du CEFIL ne s’arrête pas là, puisque l’INSEE accueille dans ses infrastructures un certain nombre de statisticiens étrangers. D’ailleurs, le centre accueille pendant deux semaines en juillet des statisticiens africains qui représentent une vingtaine de pays autour d’un colloque sur la gestion du secret statistique. Ainsi, chaque année le centre de formation attire environ 500 personnes à Libourne, ce qui représente pour Alain Malmartel trois sortes d’enjeux : Un premier enjeu économique, lié à la consommation des personnes qui arrivent à Libourne et achètent des produits et des services. Le directeur du centre de formation témoigne du fait que ces personnes sont généralement de grands consommateurs de vin et de gastronomie. Le deuxième enjeu identifié est de l’ordre de la communication, avec des personnes, en particulier les stagiaires, qui passent plusieurs mois dans la ville, « sont véritablement immergées dans la vie libournaise et (…) ressortent un peu comme les ambassadeurs de Libourne ». De plus on peut dire que ce sont des ambassadeurs qui peuvent se prévaloir d’une expérience vécue authentique qui va au-delà de la vision des cartes postales touristiques, ils portent ainsi vers l’extérieur l’image de marque de la ville. Enfin le troisième enjeu est celui de « l’intelligence collective ». Dans leur projet pédagogique, les stagiaires sont amenés à consulter de la donnée, puis construire de la statistique avec des projets d’enquête qui répondent à des questions locales portées par certains acteurs publics. Il y a donc une opportunité pour les acteurs locaux de disposer d’une forme d’ingénierie statistique pour éclairer le débat économique et social.

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Stephan De Faÿ, Directeur général de l’EPA Bordeaux Euratlantique Stephan De Faÿ, le directeur général de l’Etablissement Public d’Aménagement Bordeaux Euratlantique, confirme que dès sa conception, Libourne faisait partie du périmètre de réflexion autour du projet de la Ligne à Grande Vitesse (LGV), ce qui témoigne de la relation particulière qui existe entre Libourne et le territoire bordelais. L’arrivée de la LGV permet de rebattre les cartes de la métropole bordelaise, non pas tellement au regard de la vitesse que propose le transport, mais parce qu’elle offre une opportunité de repenser son organisation territoriale. Pour Stephan De Faÿ cette réorganisation semble être très favorable à Libourne, et ce par plusieurs aspects. L’un de ces aspects est que quand on regarde la géographie de l’emploi au sein de la métropole bordelaise, on note trois principales polarités si l’on exclut l’emploi diffus du centre de Bordeaux : Pessac, Mérignac et Bordeaux-Lac. Ces trois bassins d’emplois sont « effroyablement » éloignés de Libourne dont le seul moyen d’accès est la voiture. Aujourd’hui le quartier de la gare est plutôt un quartier « d’arrière-ville ». Comme dans beaucoup d’autres villes, avant d’être reconquis, ces quartiers servaient de limite entre la ville et les quartiers périphériques qui abritaient les abattoirs, les MIN (marchés d’intérêt national). De plus les quartiers de gare étaient souvent délaissés avec des commerces « vieux comme le monde », ce qui est encore le cas aujourd’hui quand on se promène à proximité de la gare de Bordeaux. L’arrivée de la grande vitesse est réellement un prétexte, car quand elle arrive quelque part, elle n’a aucun effet, « elle ne fait que créer des opportunités que l’on saisit ou pas ». Dans le cas de l’agglomération bordelaise, l’ensemble des collectivités du territoire (Conseil Régional, Conseil Départemental, Métropole), ont demandé à l’État de créer cette opération. On peut dire que cette opération est une opportunité, car ce qui était à l’arrière est en train de devenir un centre proche de Libourne. Cette proximité est alors totalement nouvelle, une proximité avec des emplois, avec des institutions culturelles. Cette proximité va permettre aussi de changer le regard, car dans les questions de réseau, il y a certes des effets de proximité physique, auxquels le directeur général ne croit que moyennement, des proximités temporelles qui lui semblent plus importantes que les proximités physiques. En effet on réfléchit plus souvent en termes d’isochrones et il y a de nombreuses communes bordelaises qui sont plus éloignées d’Euratlantique que Libourne, par exemple Blanquefort est à 45 minutes et Libourne à 30 minutes. Du côté d’Euratlantique, il s’agit d’apprendre à savoir ce qui se passe. Il ne s’agit pas d’appliquer des idées reçues sur une carte. Stephan De Faÿ revient sur la question des ressources, évoquée en introduction par Alain Bourdin, qui lui semble importante, mais surtout il faut des envies pour pouvoir construire un projet politique. La position charnière de Libourne entre la métropole et des territoires ruraux constitue alors un véritable enjeu politique et d’unité territoriale. Euratlantique ne fait pas qu’aménager une ville, elle a d’autres objectifs plus ambitieux. L’opération cherche également à attirer des entreprises et des emplois. Pour autant, quand il s’agit de vendre le projet à l’extérieur, comme à San Francisco, en Asie ou à Paris, ce n’est pas Euratlantique qui est

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présentée, mais Bordeaux et toutes ces richesses alentours dont Libourne fait partie. Cela se traduit notamment dans les documents de communication à destination des entreprises qui intègrent de plus en plus Libourne. Le territoire bordelais au sens large a une grande attractivité et beaucoup de français veulent y travailler. Pour le néo-bordelais qu’il est, Stephan De Faÿ, confirme que « cette attractivité n’est pas faite que de mots, il y a une réalité derrière ». Cependant les personnes qui arrivent ont aussi des images en tête, comme l’image du Bordeaux du 18e siècle avec laquelle Libourne possède sûrement plus de points communs que certaines communes de l’agglomération bordelaise. Cet atout est à valoriser sans perdre l’identité de Libourne. Le plus grand défi sera de ne pas fondre l’identité de la ville dans celle de la métropole.

« L’arrivée de la LGV permet de rebattre les cartes de la métropole bordelaise, non pas tellement par la vitesse, mais parce qu’elle offre une opportunité de repenser son organisation territoriale. » Stephan De Faÿ souligne enfin que les travaux d’Euratlantique vont avoir quelques effets vertueux. Ils vont reconfigurer tout le réseau autour de la gare, comme c’est le cas des TER qui ont obtenu beaucoup de financement de la part du Conseil Régional. Ensuite, il y a tout le réseau de transport à partir de la gare, qui avant était un cul-de-sac et qui maintenant devient un centre. Dans un futur proche, 2019, le campus de Talence ne sera plus qu’à un quart d’heure de la gare. Toutes ces modifications des temps de trajet vont entraîner également des modifications dans la perception des territoires et Libourne en fait partie. Stéphan De Faÿ clos son intervention en proposant que le prochain séminaire interne des collaborateurs d’Euratlantique, se tienne à Libourne, notamment pour favoriser un rapprochement des équipes.

Gilles Pinson, politiste, Professeur à Sciences-Po Bordeaux et responsable scientifique du Forum urbain Avant d’entamer les discussions entre les participants, Gilles Pinson, politiste spécialiste des thématiques de la gouvernance et de la métropolisation, revient sur le concept de péri/métropolitain et les enjeux auxquels les moyennes villes doivent faire face. C’est en toute honnêteté que Gilles Pinson reconnait découvrir la ville de Libourne et son projet, mais à partir des premiers échanges, il peut déjà constater que la ville est dotée d’une « planification stratégique », ce qui est peu fréquent dans une ville de cette taille. En effet, l’élaboration du projet urbain, dès sa conception, s’articule autour d'une réflexion sur la construction d’une identité, tout en reconnaissant les relations d’interdépendance avec sa métropole et les territoires voisins. L’expression « péri/métropolitain » lui semble pertinente dans le contexte libournais, car les questionnements sont différents quand une ville de taille moyenne est localisée à proximité d’une métropole. Cependant, péri/métropolitain signifie pour lui « être à la périphérie d’une métropole », ce 23


qui n’est pas le cas de Libourne qui, elle, fait partie intégrante de la métropole. Gilles Pinson tient également à faire remarquer l’intelligence du discours des acteurs locaux qui se situe sur une « ligne de crête » entre d’un côté la construction et l’entretien d’une identité, d’une fonction de centralité et de l’autre la reconnaissance d’une interdépendance vis-à-vis de la métropole.

« Libourne n’est pas une ville moyenne. C’est Bordeaux qui est la ville moyenne à l’échelle mondiale. » Pour le politiste, un sentiment d’urgence semble se dégager des échanges précédents. En effet, l’un des risques des effets de la métropolisation pointés par la littérature internationale est « un assèchement des villes moyennes » au profit des métropoles. Certains auteurs, moins pessimistes, considèrent au contraire que les villes moyennes ont encore un bel avenir devant elles. Cependant Gilles Pinson affirme que : « Libourne n’est pas une ville moyenne. C’est Bordeaux qui est la ville moyenne à l’échelle mondiale ». À cette échelle, Libourne est une partie de Bordeaux qui est la ville moyenne. Après cette petite provocation, le poliste revient sur le cas de Libourne. Il est beaucoup plus optimiste sur son devenir que pour d’autres villes moyennes, comme Guéret ou Limoges, qui pour lui ont plus de soucis à se faire, car ces villes ne bénéficient pas du rayonnement d’une grande métropole. Gilles Pinson souhaite également évoquer la question de la coopération territoriale. Pour lui la France a réussi à relever deux des trois grands défis suivants : La résorption de la fragmentation municipale, la France des 36 000 communes ayant été surmontée par la création de nombreuses intercommunalités qui offrent aux élus une échelle pertinente pour la mise en place des politiques publiques. Le deuxième défi, qui a été relevé, est la reconnaissance du fait urbain métropolitain : la ville peut être intéressante, associée à des valeurs positives, mais il ne faut pas pour autant oublier le reste du territoire qui n’abrite pas de métropole et ne dispose pas de politiques spécifiques à sa situation. Le troisième défi, qui lui n’est pas relevé est celui de « l’oubli des coopérations territoriales ». Aujourd’hui la constitution des métropoles fait courir le risque d’oublier les « coopérations interterritoriales ». Si on veut régler les problèmes d’interdépendances entre les différents territoires à échelle des intercommunalités, on peut créer des institutions, mais au-delà de cette échelle, il ne sera pas évident de créer des structures couvrant des larges territoires fonctionnels. Gilles Pinson illustre cette dernière idée avec l’exemple de Libourne : il ne pense pas utile que Bordeaux Métropole annexe la Cali pour régler les problèmes d’interdépendance entre les deux villes ; il s’agirait plutôt de trouver les moyens de faire coopérer les différentes structures, sans pour autant créer de nouveaux périmètres. Le politiste regrette que le SudOuest soit, pour le moment, en retard par rapport aux autres régions sur ces questions de coopération interterritoriale.

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La discussion : Pour les participants la composition de cette table ronde illustre très bien les ressources de Libourne et son potentiel. Les acteurs reprennent tous les thèmes autour desquels se joue la stratégie du territoire. Il s’agit donc de mettre en place une véritable coordination entre les offres de la ville et de la métropole bordelaise. La question de l’évolution des modes de vie paraît aussi un des points importants à considérer dans l’élaboration du projet. Il s’agit notamment de prendre en compte l’évolution des habitudes des classes moyennes, de prévoir où elles voudront vivre, ce qu’elles voudront consommer et quelles ambiances urbaines elles vont rechercher.

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Table ronde : confluence ville-nature Animatrice : Cécile Rasselet, urbaniste-géographe, directrice de l’équipe socio-économie urbaine de l’A’urba En introduction à la table ronde, Cécile Rasselet rappelle que pour Thierry Paquot, philosophe de l’urbain, la ville est forcément artificielle. Elle possède une ambiance urbaine qui peut soit assécher les territoires périphériques, soit les nourrir. De manière générale, la réinterprétation de la nature au sein des villes est là pour répondre au besoin de nature des citadins. La ville incarne également une utopie, elle n’est pas qu’un contenant naturel, elle est aussi une ressource. L’articulation ville/nature possède aussi une valeur de bien commun, au sens de ce qui nous envgage les uns envers les autres plutôt que de ce que nous partageons.

Henri Bava, concepteur d’espace public, agence TER Henri Bava préfère penser que Libourne se situe plus dans une logique métropolitaine que dans une logique périphérique. Bien entendu une métropole n’est pas homogène, mais Libourne possède une identité forte. Elle se situe premièrement à une confluence géographique avec L’Isle et la Dordogne qui sont au contact du cœur historique de la ville.

« Dans un contexte de métropolisation, il s’agit de penser la ville en passant par la nature, par le paysage. Le paysage doit être un préalable à la planification afin que le contact ville/nature soit assuré. » Le thème du paysage est central dans un projet, car pendant longtemps pour les urbanistes le paysage était ce qui rapproche, le vide qui relie les éléments entre eux. Aujourd’hui le paysage n’est plus une question réservée aux paysagistes, sa prise en compte par les urbanistes ou les architectes est aujourd’hui très positive et permet de pallier un vide conceptuel. En effet, ce manque de conceptualisation du paysage était une gêne pour définir le phénomène de métropolisation de manière générale, car il manquait une clé de lecture pour définir les ensembles urbains composites. La nature répond à un besoin des êtres humains, mais ce n’est que récemment, notamment avec la photographie prise par Apollo 17 en 1972 où la Terre est vue comme un jardin clos, que l’homme a pris conscience que les ressources de la nature ne sont pas inépuisables. De fait, les ressources diminuent notamment à cause de l’étalement des villes, mais plutôt que de voir la ville et la nature comme deux « ennemis » il s’agit plutôt de les articuler en créant de nouvelles interfaces. En effet nous sommes en plein changement de paradigme, il ne s’agit plus d’encourager

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l’étalement de la ville, mais au contraire de la densifier en développant la vie à son contact. Tous les éléments naturels placés à la lisière de la ville permettent d’élaborer un réseau qui met en lien les différents espaces dont les espaces en eau. Une fois mis bout à bout ces éléments forment une véritable armature paysagère à l’échelle de la métropole. Cependant, ces lisières en contact avec la ville restent fragiles, mais avec ce changement de paradigme, elles sont perçues comme de véritables aménités paysagères. L’un des éléments les plus structurants du réseau paysager est l’eau. En effet, les fleuves et les rivières sont de véritables corridors de biodiversité. Ces continuités écologiques peuvent également assurer d’autres fonctionnalités, notamment de loisirs. Le travail de paysagiste consiste essentiellement à révéler les éléments existants qui sont la plupart du temps déjà présents sur le territoire. Paysage et nature sont alors de véritables opportunités pour le développement du projet urbain. L’élaboration de projets est aussi l’occasion de co-concevoir avec les habitants. À Libourne, le projet de l’agence TER est de révéler, de mettre en contact le centre-ville avec l’Isle et la Dordogne, mais aussi d’étendre ce contact au Nord et au Sud. Aujourd’hui cet espace de contact est juste un immense parking. Il s’agit également de mettre en scène le patrimoine historique et naturel afin de créer un espace dédié à la contemplation tout en intégrant les rythmes de la nature. Dans un contexte de métropolisation, il s’agit de penser la ville en passant par la nature, par le paysage. Le paysage doit être un préalable à la planification afin que le contact ville/nature soit assuré.

Delphine Empio, chargée de mission développement territorial à La Fabrique Singulière, Et animatrice de l’espace de co-working l’Arrêt minute à Libourne Pour Delphine Empio, qui vit à Libourne depuis maintenant un an et demi, la Dordogne est un élément fédérateur qui fait bien commun, un élément connecteur qui renforce l’identité des territoires qu’elle traverse. Entre ville et rural, entre ville et nature, ces espaces métissés sont des espaces de créativité et d’inventivité. La reconnaissance de cette confluence, de toutes ces identités fait partie de celle de Libourne. Les expressions « Libourne petite sœur de Bordeaux », « filleule de Bordeaux », montrent que la ville est bien connectée, mais elle a sa propre identité qui vient en partie de la Dordogne. En effet, la Dordogne est une armature et comme beaucoup de rivières, elle a fondé la ville. Cette rivière jusqu’au 19e siècle était un connecteur avec Bordeaux et a favorisé autour les déplacements doux. Au 20e siècle, l’arrivée de la voiture a motivé l’essor de voies de circulation horizontales alors déconnectées du fleuve et de la nature. Il s’agit alors de savoir comment reconquérir les berges pour redonner une identité aux villes.

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Le fleuve permet de reconnecter « l'ici », mais aussi « l’ailleurs ». L’ici s’appréhende rapidement en parlant avec les habitants : parler du fleuve fait immédiatement ressortir des images, du vécu, du patrimoine… Des habitants vivant au bord de la rivière déclaraient qu’elle était une source de vie, un héritage culturel et enfin un lien puissant pour l’avenir. Il s’agit donc à la fois de s’ancrer dans l'existant et de se projeter dans l’avenir.

« Parler du fleuve fait immédiatement ressortir des images, du vécu, du patrimoine… » Libourne abrite de nombreuses ressources locales qui peuvent se décliner ailleurs. En effet, la Dordogne a été élue en 2015 destination touristique d’excellence, ce qui encourage le développement du tourisme international. Un exemple concret qui illustre le lien entre l’ici et l’ailleurs est le Château de la rivière à Fronsac. Ce château propose des dégustations de vin et de thé, car une majeure partie de son public est chinoise. En s’appuyant sur un récit du 12e siècle, intitulé "Dialogue du vin et du thé", une carte postale sonore a pu être réalisée. Dans ce récit, l’eau du fleuve met fin à une querelle entre le vin et le thé en leur disant qu’aucun des deux n’est le plus fort, car sans elle ils ne peuvent exister. Cette carte postale met en scène les ressources locales (le vin, le thé, le fleuve et le château de Fronsac) qui font sens pour un public extérieur. La visibilité de Libourne passe en tissant des liens entre la ville et la nature et cela à toutes les échelles. À un niveau local en créant des connexions, des cheminements autour de l’Isle. À une échelle régionale et nationale en créant des connexions au niveau de la Dordogne en favorisant des projets touristiques. L’enjeu pour Libourne est de créer des liens matériels et immatériels entre la ville et la rivière.

Roland Thieleke, Directeur-Adjoint d'EPIDOR EPIDOR est une structure départementale créée par les six départements traversés par la Dordogne qui vise à développer l’image de marque du fleuve et le développement des différentes aménités. De manière générale l’eau et les rivières sont des opportunités, mais elles sont aussi porteuses de risques. Elles sont des lieux de convivialité, mais elles sont aussi des lieux de conflictualité entre les divers usages. Ces lieux antagonistes peuvent être perçus soit sous l’angle de la contrainte, soit sous l’angle de la gestion. À Libourne, la question de la gestion est intéressante, car elle suppose une réflexion à différentes échelles spatiales et temporelles. Libourne a été classée comme un territoire avec un risque d’inondation important lors de l’élaboration de la Directive européenne sur les risques d’inondation. Il y a fréquemment des débordements à Libourne. Ces débordements sont liés, en partie, au ruissellement qui dépend de la façon dont la ville est urbanisée, ce qui peut accroître le risque d’inondation. Le niveau de l’eau est également dépendant de l’influence maritime, une élévation du niveau de la mer à cause du réchauffement climatique pouvant avoir des conséquences sur le risque d’inondation. Cette rapide présentation des facteurs jouant sur le risque d’inondation permet de se rendre compte que lors de l’élaboration d’un projet il faut 28


tenir compte des interactions spatiales entre l’amont et l’aval, car elles peuvent influencer le niveau de l’inondation. La question temporelle est aussi importante, il n’y a pas qu’un seul aménagement qui peut avoir un impact, il faut intégrer l’accumulation des ouvrages qui a pu se faire sur 20 à 30 ans. Il faut donc une approche globale et intégrée de l’eau dans l’aménagement en prenant en compte les barrages, les politiques agricoles, les usages du sol, l’urbanisation, etc. Libourne est située au centre d’une zone de palud. Ces territoires sont en pleine mutation et sont le lieu d’enjeux très forts. Ces espaces sont encore dominés par des paysages ruraux, mais ils subissent de plus en plus l’influence de la croissance urbaine. Les paluds sont des lieux d’interpénétration entre le rural et l’urbain. Ces secteurs sont alors sensibles aux dégradations environnementales alors qu’ils jouent un rôle essentiel pour l’adduction en eau potable et abritent d’importantes ressources piscicoles. Ces espaces peuvent être également perçus comme des espaces verts et être pensés comme les poumons de la métropole bordelaise.

« Libourne est située au centre d’une zone de palud. Ces territoires sont en pleine mutation et sont le lieu d’enjeux très forts. (…) Les paluds sont des lieux d’interpénétration entre le rural et l’urbain. » La Dordogne est l’une des vingt destinations du tourisme international et elle doit cela en grande partie à sa naturalité.

Bernard Lensel, architecte-urbaniste chargé des relations externes au Grand Lyon et président d’Urbanistes des Territoires Bernard Lensel s’appuie sur des exemples de mise en valeur du Rhône, fleuve suisse et français, pour montrer comment la volonté d’augmentation des mobilités dites « douces » puis ensuite « actives » ont marqué la réappropriation par les collectivités de leurs espaces de nature. L’architecte-urbaniste explique par exemple que la ville de Genève qui est constituée de plusieurs pôles marqués et qui possède une coulée verte très protégée s’est inscrite dans cette réflexion. En matière d’aménagement du territoire, il s’agit de construire une agglomération compacte, multipolaire et verte. En réfléchissant au désenclavement du passage du Rhône, très vite le thème de la mobilité verte est apparu avec les mobilités actives que sont la marche et le vélo, associant ainsi le besoin de mobilité et la nécessité de préserver la nature. Un plan directeur de chemins pour piétons fait partie des outils mobilisés, adoptés depuis plus de dix ans déjà.

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Le Grand Lyon est lui aussi un territoire disposant de plusieurs polarités et qui a connu une opération pilote de mise en valeur des Trames Verte et Bleue, avant que le dispositif ne soit une mesure phare du Grenelle de l’environnement puis reconnue comme un outil d’aménagement en 2009/2010. Le Grand Lyon avait amorcé cette conquête en 2002 avec l’aménagement des Berges du Rhône. Le projet Rives de Saône, aujourd’hui en cours, s’inscrit dans cette démarche de reconquête des fleuves. Avec l’opération Rives de Saône, architectes, paysagistes et artistes ont réinvestis les berges en réalisant une promenade alliant patrimoine naturel, historique et culturel. Un premier segment relie dans une promenade quasi continue 11 km de la confluence à l’île Barbe. Il s’agissait pour le territoire lyonnais de créer un assemblage entre le Bleu et le Vert, tout en partant de la structure existante bleue.

« On ne densifie pas la ville de manière homogène, on prend en compte ses spécificités. » Sur l’exemple de l’eau, le principe est de passer de la ville dense, à la ville intense en prenant en compte un fort aspect qualitatif. On ne densifie pas la ville de manière homogène, on prend en compte ses spécificités. Si l’on préserve l’environnement et la biodiversité, on étire également les secteurs naturels jusqu’au cœur de l’agglomération pour réintroduire la nature en ville. Geste qu’aujourd’hui on comprend dans le projet des Quais de la confluence à Libourne.

Christian Moueix, négociant en vin et président du groupe Jean-Pierre Moueix Christian Moueix, acteur important du monde viticole libournais et issu d’une famille qui a contribué à son émergence, partage avec l’assemblée son regard sur l’articulation entre l’eau et la vigne. Bordeaux, pendant longtemps nommée « la belle endormie », s’est magnifiquement réveillée. Aujourd’hui c’est à Libourne de se réveiller, ce qui n’est pas une tâche facile. Les interventions précédentes ont évoqué à Christian Moueix ce quatrain de Baudelaire qui incarne ce rapport fascinant entre la ville et la nature :

« La nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L’homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l’observent avec des regards familiers. » (Correspondances, Les Fleurs du mal, Baudelaire) Plus particulièrement à propos de son métier, il souligne que les vins de Libourne, Pomerol, SaintEmilion et Fronsac, n’ont été promus que depuis quelques décennies par deux Corréziens, dont son père Jean-Pierre Moueix. À l’époque, le vin quittait la ville en gabare pour être déchargé à Bordeaux avant de partir vers le Nord de la France et la Belgique. Le négoce est alors conçu en s’appuyant sur la propriété, ce qui permet d’avoir une double casquette. L’activité est ainsi moins fragile puisqu’elle ne repose pas seulement sur le négoce. 30


Son rapport au fleuve est également esthétique, lié en grande partie à la contemplation, pour les employés qui travaillent dans des chais actifs en bord de Dordogne, mais aussi pour les clients qui souvent se promènent le long du fleuve. Les acteurs du vin ne devront pas être oubliés lors de l’aménagement des quais de la ville, les chais et leurs activités font partie de l’histoire et de l’avenir de la ville. Il faut s’assurer que les nouveaux aménagements et les pratiques nouvelles ne viennent pas contraindre cette activité essentielle. Christian Moueix n’y voit pas une source de conflit, mais une confluente à bien travailler. Il ne faudrait pas conduire à ce que le négoce quitte les quais, et pourtant, aujourd’hui, il lui est difficile d’imaginer le quai du Priourat réaménagé avec le chargement de près de 3000 camions par an.

La discussion : Lors de la discussion, les acteurs de cette table ronde sont revenus sur trois thèmes tous en rapport avec l’eau : les inondations, le tourisme fluvial et le mascaret. En général, les individus ont tendance à perdre la mémoire des inondations et des catastrophes naturelles d’où la difficulté à faire intégrer la notion de risque. Cependant, à Libourne ce risque est souvent rappelé à la mémoire des habitants, car les débordements, bien que faibles, sont fréquents et ont des impacts directs sur leur quotidien. Ils les empêchent par exemple d’accéder à leur lieu de travail. Très récemment le quai du Priourat a été inondé jusqu’aux portes des chais. La marée se fait sentir chaque jour à la confluence. La notion de résilience est également à prendre en compte dans le projet urbain, c’est-à-dire qu’il faut prévoir des aménagements qui supportent les crues et qui soient rapidement opérationnels. Cela se traduit concrètement par le fait de dégager et de ne pas encombrer les bords de rivière pour permettre aux crues de s’étendre et de repartir, par la végétalisation d’espaces acceptant l’inondation fréquente (c’est le cas du jardin créé à la pointe du quai Souchet), par la mise en place de surface à l’entretien facilité après des phénomènes de crue, de mobilier urbain conçu pour résister aux inondations… L’aménagement des rives permet de renforcer l’espace public au bénéfice des habitants du grand libournais et ne sont pas seulement des espaces dédiés au tourisme. Il est vrai cependant que rendre les quais plus attractifs et multifonctionnels, permet aussi de capter une partie des touristes qui jusqu’à présent débarquaient pour prendre le bus et visiter le vignoble et les inciter désormais à visiter la bastide. La place de l’eau comme bien commun semble être un point d’accord entre les participants. La Dordogne est un lieu qui rassemble plusieurs générations autour d’usages multiples. Les habitants connaissent leur environnement et les ressources présentes localement. L’identité libournaise est donc très attachée à la Dordogne dont certains phénomènes naturels comme le mascaret sont intégrés à la culture locale.

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Atelier péri/métropolitain - Table-ronde confluence Métropole/Pays A.Malmartel, S. Tiano, A. Bourdin, J-M. Offner

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Atelier péri/métropolitain - Table-ronde confluence Métropole/Pays


Découverte de l’exposition « workshop Les casernes » – Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage Bordeaux

Atelier péri/métropolitain -–Le projet urbain 33


Atelier péri/métropolitain - Henri Bava à la table-ronde confluence ville/nature

Atelier péri/métropolitain – Philippe Buisson, Maire de Libourne et Président de la Cali, aux côtés de Laurence Rouede, 1ère adjointe et conseillère régionale Nouvelle Aquitaine 34


Atelier péri/métropolitain -–Le projet urbain

Atelier péri/métropolitain -–Le projet urbain 35


Libourne 2025 - Rue Montesquieu, marché couvert Rue rénovée du cœur de bastide 2016

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Libourne 2025 - Maquette du projet Quai de la confluence Agence TER, réalisation 2017


Libourne 2025 - Théo Sanson, slackliner, traverse la Dordogne entre deux bateaux à l’occasion de l’inauguration du ponton de croisière fluviale Jeanne d’Albret

Libourne 2025 - ponton Jeanne d’Albret inauguré le 1er juillet 2016 37


FĂŞte de la confluence - 1er juillet 2016

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FĂŞte de la confluence - 1er juillet 2016


Exposition « Workshop Les Casernes » Ville de Libourne/ENSAP Bordeaux

Exposition « Workshop Les Casernes » Ville de Libourne/ENSAP Bordeaux 39


LES ÉLUS ÉCHANGENT SUR LA QUESTION DE LA PÉRI/MÉTROPOLISATION Benoît Lasserre, journaliste à Sud-Ouest, interroge les animateurs de la matinée et les élus sur la place qu’occupe Libourne dans ce contexte de métropolisation. Jean-Marc Offner et Cécile Rasselet, font la synthèse des échanges qui ont eu lieu au cours des tables rondes de la matinée. Jean-Marc Offner, directeur de l’A’urba, fait le bilan sur le premier temps d’échange de la matinée qui été consacré à « décortiquer » la notion de péri/métropolitain. La situation de Libourne semble particulièrement intéressante, puisque son rôle reste à réinventer visà-vis du grand pays qui l’entoure et vis-à-vis de la métropole bordelaise dont il s’agit de capter le dynamisme. La future Ligne à Grande Vitesse en est un bon exemple, qui rapprochera Libourne de Bordeaux, mais également Bordeaux de Libourne. Il apparaît clairement des échanges de la table ronde que Libourne doit apporter sa contribution à ce système métropolitain complexe. La composition de la table ronde illustre très bien les ressources libournaises. Bien que présentes sur le territoire, ces ressources peuvent et doivent être encore largement valorisées. Il est également ressorti au cours des discussions qu’un dispositif permettant de mettre en réseau les territoires, sans créer de hiérarchisation centre/périphérie, reste encore à construire. Un tel réseau permettrait de favoriser la complémentarité territoriale, notamment s’il intègre dès sa constitution la diversité des usages et les usagers. En effet, le territoire comporte une grande diversité d’usagers : l’habitant de Libourne, l’habitant du grand libournais, le stagiaire de l’INSEE présent le temps de quelques mois, le biologiste de renommée internationale de l’entreprise CEVA ou encore le bordelais qui se rend au musée. Jean-Marc Offner conclut que Libourne doit accepter de faire partie du système métropolitain bordelais tout en faisant valoir une ressource dont ne dispose pas la métropole : la ressource naturelle. Lors de la table ronde ville/nature, Cécile Rasselet urbaniste-géographe à l’A’urba, a pu noter que la nature est perçue comme une ressource par les acteurs. Ceci est notamment vrai pour l’eau qui forme une « trame première » dans de nombreuses villes. Aujourd’hui la nature forme un palimpseste dont il faut réétudier les couches. L’articulation ville/nature peut se faire, mais sous certaines conditions, en acceptant que la nature possède une valeur qui lui est propre. Il faut donc respecter ses rythmes de manière à faciliter la gestion des risques, mais aussi des conflits d’usage. Faire projet signifie donc qu’il faut allier les compétences. Les réflexions sur cette articulation ville/nature permettent de révéler l’identité du territoire, elles offrent aussi l’occasion de faire dialoguer des techniciens avec des poètes, et de renouer avec le désir de nature. Cécile Rasselet conclut sa restitution par cette citation : « élaborer un projet c’est avoir la tête dans les étoiles et les pieds dans la boue ». 40


Benoît Lasserre interroge, Jean-Marc Offner, l’animateur de la première table ronde, sur ce qu’est devenu le projet de grande agglomération bordelaise, comprenant le Bassin d’Arcachon, Bordeaux et Libourne (BAL). Jean-Marc Offner : Ce projet n’existe plus vraiment, à l’époque avec l’étalement urbain et la diffusion du bâti, on pensait que les agglomérations finiraient par se toucher. Aujourd’hui on est plus dans une logique d’interconnexion, car être en contact n’assure pas forcément la proximité. Mieux vaut être plus éloigné, mais plus connecté. Benoît Lasserre : À l’époque, le projet BAL a pu être envisagé, car on ne prenait pas encore assez les continuités écologiques et les espaces sauvages ? Jean-Marc Offner : Avec la loi Grenelle apparaît l’idée qu’une Trame Verte et Bleue peut structurer les grands territoires métropolitains. Les trames bleues et les trames vertes sont à identifier, recoudre, et ce qui au départ ne prenait en compte que la dimension écologique est devenu un véritable outil de l’aménagement. Benoît Lasserre : L’arrivée de la LGV rapproche Libourne de Bordeaux et de Paris, a-t-elle aussi un rôle important sur l’urbanisation ? Cécile Rasselet : La LGV est effectivement une opportunité à l’horizon 2017, mais il faut se rappeler que quand Bordeaux est passée à 3h de Paris, aucun changement n’a eu lieu. 2017 est un début, où d’autres centralités sont à développer, Libourne ne doit pas devenir un quartier de Bordeaux. Libourne doit également développer ses propres centralités. Le premier élu à se soumettre au jeu des questions-réponses, posées par le journaliste de Sud-Ouest, est Gérard Vandenbroucke, le Premier vice-président de la Région Nouvelle Aquitaine. Benoît Lasserre : Quelle place pour Libourne et que peut-elle apporter dans une Région aussi vaste ? Gérard Vandenbroucke : Cette nouvelle Région est un vaste territoire organisé en réseau avec des pôles urbains bien identifiés, au Nord Poitiers, Limoges et la Rochelle et au Sud le Pays Basque et bien entendu Bordeaux. Il s’agit donc de réfléchir à construire un réseau qui les relie, mais qui les relie également à leur arrière-pays. Il s’agit d’interroger la manière dont les villes comme Libourne doivent faire projet à proximité de métropoles. Leur projet ne doit pas être construit en s’opposant à la métropole, ce qui n’aurait aucun sens, mais en développant les complémentarités. Il faut donc déceler les points forts pour pouvoir les accompagner et déceler les points faibles pour pouvoir les compenser. Benoît Lasserre : Pour vous, peut-on dire que Libourne offre un visage rassurant, comme ville d’équilibre par rapport à une ville comme Bordeaux qui domine la nouvelle Région ? Gérard Vandenbroucke : Effectivement, maintenant je vais pouvoir citer Libourne comme exemple de ville qui s’en sort à proximité d’une métropole, car fréquemment dans le Limousin, la Région dont j’étais 41


élu, on entend que Limoges paraît « manger » tout le territoire. Faire projet consiste donc à tisser des liens, les territoires doivent s’organiser. Benoît Lasserre : Qu’est-ce la Région Nouvelle Aquitaine peut faire pour aider Libourne à se développer ? Gérard Vandenbroucke : L’objectif est d’accompagner les trois anciennes Régions à développer leurs territoires, mais pour cela il faut mettre en place des outils et une ingénierie spécifique pour chaque territoire. Il faudra ajuster les méthodes et les financements aux spécificités territoriales. Benoît Lasserre interroge ensuite Jean Galand, conseiller départemental du canton du Libournais Fronsadais. Benoît Lasserre : Comment le département fait-il pour encourager un maintien de l’équilibre entre les territoires urbains et ruraux ? Jean Galand : Le Conseil départemental de la Gironde a la volonté d’accompagner ce développement urbain qui se matérialise par le vote du Schéma d’Aménagement du Tourisme Fluvial ou encore la signature de Pactes territoriaux pour accompagner le libournais dans son développement urbain. Benoît Lasserre : Est-ce que la création de la Nouvelle Aquitaine a entrainé une redistribution des compétences entre le département, la Région et les villes ? Jean Galand : Pas du tout, l’aide aux communes n’a pas changé, Libourne conserve ses aides. Benoît Lasserre : Le tourisme fluvial est-il un axe majeur de développement ? Jean Galand : Bien sûr que le tourisme fluvial est important et son développement ne se limite pas qu’à l’aménagement des quais de Libourne. Il concerne également d’autres dessertes dans les autres cantons avec l’essor du tourisme fluvial. Benoît Lasserre : La situation de Libourne est alors heureuse entre le département et la Région ? Philippe Buisson : C’est la première fois que se tient une réflexion sur le fait péri/métropolitain. Le phénomène de métropolisation est incontestable. D’ailleurs la loi Notre le consacre. Il est incontestable que Bordeaux Métropole a regagné de son attractivité et de son dynamisme et joue un rôle moteur pour le département et la Région. Alors quand on est le maire d’une ville comme Libourne, il faut développer un projet qui est propre à sa commune pour pas à se retrouver confronté à choisir entre le projet de grande agglomération bordelaise (Bassin d’Arcachon, Bordeaux, Libourne) ou de s’effacer comme un arrière-pays de la métropole. Libourne se trouve sur un territoire interstitiel par rapport à la métropole bordelaise et la Région Nouvelle Aquitaine. Libourne possède un interland qui s’ouvre au Nord et doit apprendre à faire avec de nouvelles villes comme Angoulême et Poitiers. Le projet ne doit pas se placer en opposition à Bordeaux, ni au département et ni à la Région. Benoît Lasserre : Est-ce un avantage ou un inconvénient d’être à 20 minutes de Bordeaux ? Philippe Buisson : Avant, Bordeaux et Libourne se pensaient séparément. Il n’y avait pas de discussion 42


entre l’ancien maire de Libourne, Gilbert Mitterrand, et communication entre Bordeaux et Libourne. Aujourd’hui le Département, la Région, mais aussi régulièrement avec Métropole. Libourne doit marcher sur ce chemin de crête construisant une identité propre.

celui de Bordeaux. Il n’y avait aucune je communique quotidiennement avec le maire de Bordeaux et l’exécutif de la en se réinventant une attractivité, en se

Benoît Lasserre : Libourne, doit-elle aussi se tourner vers le Nord pour développer son attractivité ? Philippe Buisson : Si nous en avons les moyens, nous devons jouer cette carte. Par exemple, 80 % des cadres parisiens souhaitent travailler à Bordeaux. Libourne peut en capter une partie pour qu’ils s’installent sur son territoire. Ils profiteront alors d’un cadre de vie agréable, d’une ville connectée et qui offrent de nombreux services Benoît Lasserre : Le projet urbain de Libourne fait-il écho à celui de Bordeaux ? Philippe Buisson : S’il y a des similitudes, des comparaisons à faire, on peut dire que les deux ont une gare traversée par la future LGV. Elles sont aussi traversées par une rivière. J’espère que les deux villes auront un destin en parallèle. C’est bien de reconnaître que la métropole puisse nourrir les territoires, un échec signifierait un assèchement des territoires voisins de la métropole. Les territoires péri/ métropolitains doivent se nourrir de la vague impulsée par la métropole.

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PRÉSENTATION DU PROJET URBAIN : "LIBOURNE 2025 - LA CONFLUENTE" PHILIPPE BUISSON, MAIRE DE LIBOURNE INGRID VOISIN-CHADOIN, DIRECTRICE DU PROJET URBAIN DE LIBOURNE L’atelier péri/métropolitain est l’occasion de présenter le projet urbain de Libourne. Philippe Buisson tient à rappeler qu’un élu local n’est élu que pour six années, ce qui implique de ne pas tomber dans le piège du court terme. C’est pour cette raison que le projet urbain est intitulé « Libourne 2025 », une échéance qui pousse à voir plus loin. Pour ce projet a été utilisé le néologisme « la Confluente », car Libourne se trouve à la confluence de l’Isle et de la Dordogne, géographiquement, mais la ville prétend aussi être à la confluence de plusieurs influences sociales et économiques. L’idée est d’en faire un projet et non seulement une disposition dont on hérite. Faire du fait d’être à la croisée, un atout. Le projet comprend des intentions transversales : rayonner et connecter, révéler et réinventer, recentrer. Ces objectifs se retrouvent dans chacun des 5 sites qui font l‘objet d’un projet spécifique. Ainsi, le projet s’actualise sur cinq territoires distincts :

Cœur de bastide, la Confluente inclusive Un des premiers enjeux est de revitaliser le cœur de la bastide pour en faire un centre-ville dynamique, du point de vue de l’habitat, de l’équipement, des offres commerciales et de service, mais aussi de la culture. Ce projet comprend un important programme d’aménagement qui a déjà commencé et se concrétise par les imposants travaux sur la place centrale et à ses alentours en direction notamment de la Dordogne. Le groupe scolaire maternelle et élémentaire fait l’objet d’une complète restauration.

Casernes, la Confluente accueillante Ce projet concerne les casernes de Lamarque et Proteau qui par le passé accueillaient l’École des Sous-Officiers de Gendarmerie. Ces casernes sont la trace de l’identité militaire de la ville et leur nouvelle vocation est d’ouvrir le site sur la ville et de l’articuler pleinement avec le centre-ville. Ce projet représente 6 hectares à reconquérir au cœur de Libourne. Ce lieu vise à accueillir un projet hôtelier accompagné d’un centre de séminaires et d’une grande salle de spectacle (l’ancien manège). Un espace aura pour vocation de servir de vitrine aux territoires viticoles qui environnent la ville avec de nouvelles cellules commerciales s’ouvrant sur la place d’Armes.

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Gare-Épinette, la Confluente connectée La gare conserve son statut de gare TGV, cela a été confirmé au moment de la réalisation de la LGV. L’enjeu est d’améliorer les liaisons avec Bordeaux, tout en maintenant des liaisons directes avec Paris. Il s’agit également d’améliorer l’intermodalité et l’accueil des voyageurs en gare de Libourne. Cependant, le secteur proche de la gare reste une zone de friche qu’il faut reconquérir. Pour cela, plusieurs solutions sont envisagées comme le fait d’encourager l’implantation d’une filière numérique ou bien d’accueillir des activités innovantes au moyen de structures du type pépinière ou incubateur d’entreprises.

Quais et berges, la Confluente attachante Pour l’instant les quais sont simplement utilisés comme un parking. L’objectif est que les quais deviennent le cœur de la ville, ce qui va profondément bousculer les habitudes infracommunales. L’objectif est d’animer ces quais en proposant de nouveaux usages aux habitants : balade, détente, activités sportives, etc. Ce projet s’étend sur 1,2 km le long des quais et sur 3 km le long des berges en direction de Condat et des Dagueys.

Dagueys, la Confluente vivifiante Les Dagueys est un secteur qui comprend notamment un lac artificiel de 40 ha qui est lui-même situé sur un site naturel de 150 ha. L’objectif est ici de préserver et de mettre en valeur le patrimoine naturel du site et de favoriser son appropriation par le grand public. Il s’agit également de conforter sa fonction de loisir avec l’installation d’un futur centre aquatique. Ingrid Voisin-Chadoin conclut la journée par le constat que le projet Libourne 2025 est à la fois ambitieux et réaliste. Il ne pourra cependant se concrétiser en travaillant de manière isolée, il doit pouvoir accueillir les initiatives tout en restant cohérent. Le financement des premiers équipements lançant le projet est établi, ce qui permet d’engager la discussion avec les acteurs qui souhaiteraient y développer des actions concrètes et de leur signifier la direction dans laquelle évolue Libourne. A eux de voir ensuite s’ils s’y reconnaissent et comment alors y contribuer pour le renforcer. Libourne doit profiter du rayonnement de la métropole voisine, mais elle doit également apprendre à rayonner par elle-même. Cela passe par la connexion, pas seulement numérique, mais aussi entre les projets et entre les acteurs. Il s’agit de se révéler, de se réinventer. Ce premier atelier péri/métropolitain a été l’occasion d’initier une discussion inédite à Libourne entre des acteurs qui ne sont pas toujours amenés à se rencontrer. Peu à peu, au fil des discussions, des éléments de réflexion ont émergé autour du néologisme « péri/métropolitain ». Les échanges ont permis de mettre en exergue les différentes ressources de la ville, aussi bien matérielles qu’humaines. La présentation du projet urbain « Libourne 2025 » traduit bien le potentiel de la ville et le dynamisme de la réflexion sur son avenir, comme l’illustre le questionnement sur le devenir des friches ferroviaires.

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À explorer : une exposition « Redessiner les casernes » (pages 13 et 14)

Oser imaginer un devenir aux anciennes casernes, oser en bousculer l’ordonnancement, oser proposer des programmes audacieux… et surtout rattacher ces casernes au reste de la ville, de futurs architectes ont relevé ce défi dans l’attente d’un projet bien concret qui démarrera en 2017. En avril 2016, dans le cadre d'un partenariat avec l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Bordeaux, la ville a accueilli pendant une semaine une vingtaine d’étudiants en workshop avec pour mission d’imaginer l’avenir des casernes. Cet exercice, au cours duquel chaque étudiant pouvait laisser libre cours à son imagination pour penser de nouvelles fonctions aux 6 ha des casernes, a été mené dans le cadre de l’atelier de Master « Patrimoine et ville durable », dirigé par Chantal Callais, architecte-historienne. Le groupe d’étudiants français et étrangers a pu poser un regard neuf sur le patrimoine libournais. Leur imagination foisonnante a donné lieu à cinq propositions intitulées « Cap sur les casernes », « Cas’Lib », « Les Casernes en robe rouge », « Libourne en folies » et « Château caserne ». Ces cinq propositions ont pris la forme d’une douzaine d’affiches exposées lors de l’atelier péri/ métropolitain. Ainsi à chacune des pauses, les participants ont pu déambuler devant les propositions audacieuses des étudiants. Chaque poster est une occasion pour les participants de s’arrêter un instant et d’imaginer leur ville autrement. Les posters sont également le point de départ pour discuter et échanger. Bien que ces propositions offrent une vision futuriste de la ville, elles sont également une opportunité pour évoquer le passé ou des souvenirs.

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PROPOS CHOISIS Philippe Buisson : « Le projet de Libourne ne doit pas se construire en opposition à celui de la métropole bordelaise, mais au contraire, il doit épouser son mouvement et capter son dynamisme. » « La culture est une des forces du projet urbain, elle est placée comme l’un de ses piliers. » Alain Bourdin : « La réflexion entamée par la Ville de Libourne intervient à un moment intéressant, car jusqu’à présent les questionnements portaient essentiellement sur les métropoles. Aujourd’hui les préoccupations concernent plutôt les villes moyennes. » « La notion de périphérie par rapport à une métropole n’est pas une question de distance, mais bien une question d’insertion dans le réseau. » « Souvent les liens entre métropoles et villes moyennes sont pensés en termes de hiérarchie, de centralité, et non en termes de complémentarité. L’enjeu consiste alors bien plus à relier les spécificités territoriales. » « Quel que soit l’axe stratégique choisi, les moyennes villes disposent d’un atout dont les métropoles ne disposent plus, c’est-à-dire que des actions même très modestes peuvent avoir un fort impact sur l’ensemble du territoire. » Thierry Saumier : « Le musée est un lieu de lenteur dans un monde qui s’accélère. » « Pour attirer un public extérieur, le musée de Libourne a pour stratégie de proposer des collections rares ou des actions qui sont généralement cachées au public. » David Derain : « L’enjeu alors pour CEVA est d’être capable de faire venir des cadres moyens qui, une fois formés, vont devenir les futurs cadres de l’entreprise. » « Un des grands défis de la ville est de travailler sur son identité pour construire un « capital image » afin de faciliter l’identification de Libourne par les personnes étrangères au territoire. » Sophie Tiano : « La convention offre l’occasion de réfléchir à ce qu’est le centre-ville de demain et non pas à la restauration d’un centre-ville du passé. » « L’objectif est de faire un centre-ville plus compact, plus connecté, tout en s’appuyant sur ses atouts spécifiques. » Alain Malmartel : « Les stagiaires, qui passent plusieurs mois dans la ville, sont véritablement immergés dans la vie libournaise et (…) ressortent un peu comme les ambassadeurs de Libourne. On peut dire que ce sont des ambassadeurs qui peuvent se prévaloir d’une expérience vécue authentique qui va au-delà de la vision 47


des cartes postales touristiques, ils portent vers l’extérieur l’image de marque de la ville. » « Il y a donc une opportunité pour les acteurs locaux de disposer d’une forme d’ingénierie statistique pour éclairer le débat économique et social. » Stephan De Faÿ : « L’arrivée de la LGV permet de rebattre les cartes de la métropole bordelaise, non pas tellement par la vitesse, mais parce qu’elle offre une opportunité de repenser son organisation territoriale. » « L’arrivée de la grande vitesse est réellement un prétexte, car quand elle arrive quelque part, elle n’a aucun effet, elle ne fait que créer des opportunités que l’on saisit ou pas ». Gilles Pinson : « Libourne n’est pas une ville moyenne. C’est Bordeaux qui est la ville moyenne à l’échelle mondiale. À cette échelle, Libourne est une partie de Bordeaux qui est la ville moyenne. » « La ville peut être intéressante et associée à des valeurs positives, mais il ne faut pas pour autant oublier le reste du territoire qui n’abrite pas de métropole et ne dispose pas de politiques spécifiques. » Henri Bava : « Nous sommes en plein changement de paradigme, il ne s’agit plus d’encourager l’étalement de la ville, mais au contraire de la densifier en développant la vie à son contact. » « Le travail de paysagiste consiste essentiellement à révéler les éléments existants qui sont la plupart du temps déjà présents sur le territoire. Paysage et nature sont alors de véritables opportunités pour le développement du projet urbain. » « Dans un contexte de métropolisation, il s’agit de penser la ville en passant par la nature, par le paysage. Le paysage doit être un préalable à la planification afin que le contact ville/nature soit assuré. » Delphine Empio : « Il s’agit alors de savoir comment reconquérir les berges pour redonner une identité aux villes. » « Parler du fleuve fait immédiatement ressortir des images, du vécu, du patrimoine… Des habitants vivant au bord de la rivière déclaraient qu’elle était une source de vie, un héritage culturel et enfin un lien puissant pour l’avenir. » « La visibilité de Libourne passe en tissant des liens entre la ville et la nature et cela à toutes les échelles. » Roland Thieleke : « De manière générale l’eau et les rivières sont des opportunités, mais elles sont aussi porteuses de risques. Elles sont des lieux de convivialités, mais elles sont aussi des lieux de conflictualité entre les divers usages. » « Libourne est située au centre d’une zone de palud. Ces territoires sont en pleine mutation et sont le lieu d’enjeux très forts. (…) Les paluds sont des lieux d’interpénétration entre le rural et l’urbain. »

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Bernard Lensel : « Sur l’exemple de l’eau, le principe est de passer de la ville dense, à la ville intense en prenant en compte un fort aspect qualitatif. On ne densifie pas la ville de manière homogène, on prend en compte ses spécificités. » Christian Moueix : « Bordeaux, pendant longtemps nommée « la belle endormie », s’est magnifiquement réveillée. Aujourd’hui c’est à Libourne de se réveiller, ce qui n’est pas une tâche facile. » Jean-Marc Offner : « La situation de Libourne semble particulièrement intéressante, puisque son rôle reste à réinventer vis-à-vis du grand pays qui l’entoure et vis-à-vis de la métropole bordelaise dont il s’agit de capter le dynamisme. » « Un dispositif permettant de mettre en réseau les territoires, sans créer de hiérarchisation centre/périphérie, reste encore à construire. » Cécile Rasselet : « L’articulation ville/nature peut se faire, mais sous certaines conditions, en acceptant que la nature possède une valeur qui lui est propre. Il faut donc respecter ses rythmes de manière à faciliter la gestion des risques, mais aussi des conflits d’usage. » « Élaborer un projet c’est avoir la tête dans les étoiles et les pieds dans la boue ». Gérard Vandenbroucke : « Il s’agit d’interroger la manière dont les villes comme Libourne doivent faire projet à proximité de métropoles. Leur projet ne doit pas être construit en s’opposant à la métropole, ce qui n’aurait aucun sens, mais en développant les complémentarités. » « Il faut ajuster les méthodes et les financements aux spécificités territoriales. » Jean Galand : « Le tourisme fluvial est important et son développement ne se limite pas qu’à l’aménagement des quais de Libourne. Il concerne également d’autres dessertes dans les autres cantons. »

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CONTRIBUTION D’UN CHERCHEUR DU « FORUM URBAIN » La question péri/métropolitaine En France, la question de la métropolisation est au centre des débats sur l’aménagement du territoire. Si la notion de métropole est ancienne, celle de métropolisation n’a été mise en évidence que plus tardivement. Aujourd’hui, elle est devenue une notion déterminante pour étudier et comprendre l’évolution des territoires. La définition de la métropolisation peut être réduite à « un processus de concentration de valeur à l’intérieur et autour des villes les plus importantes » (Ascher, 2003). Néanmoins, les dynamiques qu’elle engendre dépassent le cadre de la métropole et affectent des territoires de plus en plus éloignés. Les travaux en sciences sociales des 25 dernières années ont confirmé « l’avènement d’une réalité métropolitaine fonctionnelle » (Ghorra-Gobin, 2015). Désormais, les métropoles sont un nouveau cadre pour les pratiques quotidiennes et habituelles des habitants et des entreprises. En effet, la métropolisation ne se résume pas à un simple accroissement des grandes agglomérations. Elle a aussi des répercussions sur les modes de vie et de consommation des résidents. Ces derniers développent désormais leurs pratiques non plus seulement à l’échelle de quartier, mais également à celle d’un vaste territoire plus ou moins discontinu. En s’appuyant sur le développement des moyens de transports et de télécommunication pour former de vastes ensembles, la métropolisation conduit à une recomposition de la mobilité et de la localisation des biens et des personnes.

De la domination du fait métropolitain à l’émergence de la « question périphérique » Face à cette réalité, la France a fait le choix d’institutionnaliser le fait métropolitain avec l’adoption en 2014 de la loi Modernisation de l’Action Publique Territoriale et d’Affirmation des Métropoles (MAPTAM) qui crée un nouveau statut spécifique aux métropoles permettant aux agglomérations de plus de 400 000 habitants d’exercer pleinement leur rôle en matière de développement économique et d’innovation. Cette institutionnalisation se poursuit en 2015 avec la loi portant sur la Nouvelle Organisation Territoriale de la République (NOTRe) qui redéfinit les compétences des différentes collectivités territoriales. Pour certains cette inscription institutionnelle marque une avancée politique susceptible de faciliter l’insertion de la France dans la mondialisation, d’autres n’y voient qu’un renforcement d’une opposition entre une « France des flux » connectée au monde et une « France périphérique » (Ghorra-Gobin, 2015, Guilluy, 2014). Cette attention accrue sur les métropoles est la base sur laquelle se forme une crainte que l’État et les entreprises se désengagent à l’égard des territoires dits « périphériques ». La métropolisation est parfois perçue comme un processus prédateur qui concentrerait les investissements de l’État au détriment des territoires localisés en périphérie des métropoles.

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Reste le constat d’une méconnaissance des territoires périphériques ou aux franges des métropoles. Cette tendance s’est trouvée, ces dernières années, renforcée par les travaux sur les dynamiques métropolitaines. Saisissant la métropolisation comme une adaptation inévitable des villes à la globalisation économique la recherche urbaine s’est, le plus souvent, focalisée sur les effets sociaux et spatiaux des nouvelles concentrations urbaines (gentrification, concurrences interurbaines…). La recherche ne voit finalement alors dans l’urbanisation diffuse qu’un effet d’exclusion ou une pathologie, c’est-à-dire un effet ou une conséquence indésirable de la logique globale de métropolisation. Aussi, ces espaces n’ont que très rarement été traités comme éléments « nécessaires » au développement des logiques métropolitaines. A l’exception des travaux de Thomas Sieverts (2004), peu de recherches ont tenté de saisir ces zones comme des lieux d’articulation entre des logiques globales et locales. Y compris avec les notions « d’influence urbaine » et « d’aire urbaine », ces territoires sont compris dans une lecture hiérarchique dans laquelle la figure de la métropole et son développement dominent. Tout se passe comme si la dynamique de la recherche avait conduit à produire une connaissance focalisée sur les nouvelles formes de la production économique à forte valeur ajoutée (services, recherche, innovation, création) et les modes de vie urbains associés (consommation culturelle, gentrification, cadres à haut potentiel…) et qu’ainsi le tissu urbain ordinaire et diffus ait été considéré implicitement comme une survivance ou un défaut d’adaptation économique, toujours finalement dépendant des métropoles comprises comme des « centres de commandement ». Nombre de travaux sont ainsi portés par une lecture implicitement évolutionniste de l’économie, considérant que la logique de l’économie post-industrielle métropolitaine ne pouvait que s’imposer partout sans que survivent d’autres types d’activités. Cette vision « hiérarchique » est présente dans de nombreux travaux faisant de l’urbain diffus un envers de la ville et de ses qualités d’urbanité et de diversité. Pourtant, les territoires à la périphérie des métropoles, et en particulier les petites et moyennes villes, sont aussi « les lieux d’installation de nombre d’activités économiques, notamment celles liées à la logistique – enjeu majeur des agglomérations – et celles nécessitant pour leurs implantations des surfaces importantes », lesquelles activités participent pourtant, c’est un truisme, de la productivité et du fonctionnement de l’urbain métropolisé ». Ainsi, si les grandes villes accumulent les emplois appartenant aux fonctions intellectuelles, de gestion et de décision, les activités de fabrication industrielles se localisent désormais surtout dans les espaces ruraux ou périurbains (Puymbroeck et Reynard 2010). On y observe également un impact grandissant des économies autoentreprenariales (services à la personne et production de biens). Un tel rappel est nécessaire. Non seulement il tempère une vision de la globalisation (et certain déterminisme économique associé), mais il oblige à enrichir et complexifier l’analyse de la métropolisation en cours en considérant ces territoires comme les éléments d’un système qui n’est pas dominé par une seule logique économique. Au contraire, ce système, pour fonctionner, nécessite que cohabitent des orientations économiques plurielles, et donc de lieux. Il s’agit, pour l’exprimer clairement de penser la question de « l’inter-territorialité ». Mieux encore, 51


ces régions, où le logement n’est pas cher intéressent, notamment, deux catégories de personnes qui sont actuellement en expansion : les retraités, qui vont connaître une baisse de leur pouvoir d’achat dans les années à venir, et les travailleurs indépendants. Depuis dix ans, de nombreux emplois hors salariat ont vu le jour et un nombre croissant de personnes travaillent chez elles ; pas seulement des artistes ou des intellectuels, mais aussi des artisans ou des professionnels d’Internet (Davezies, 2012). Ces occupations nécessitent de l’espace, mais celui des grandes villes restant onéreux on peut penser qu’ils se tourneront de plus en plus vers ces régions. Ainsi par exemple, dans son analyse de l’économie territoriale Laurent Davezies (2012) tempère assez fortement les effets d’un développement qui ne serait que métropolitain. Il propose de distinguer quatre France : une « France productive, marchande et dynamique, concentrée dans les plus grandes villes, où se forgent les nouveaux atouts de la compétitivité du pays », dans laquelle vit 36% de la population ; une « France non productive, non marchande et pourtant dynamique, située à l’ouest d’une ligne Cherbourg-Nice », « qui vit d’une combinaison de tourisme, de retraites et de salaires publics », rassemblant 44% de la population ; une «France productive, marchande et en difficulté, composée de bassins industriels déprimés, principalement dans la moitié nord du pays », « dont le déclin semble difficile à enrayer » et qui regroupe 8% de la population ; et enfin une «  France non productive, non marchande et en difficulté, située également dans le nord-est du pays et faite de territoires si frappés par le déclin industriel qu’ils dépendent essentiellement de l’injection de revenus sociaux », regroupant 12% de la population. L’hypothèse d’un développement économique spécifique de ces zones et donc d’un rapport singulier et complémentaire aux dynamiques économiques métropolitaines n’est pas absurde. Les questions sont : quelle est encore la part de l’économie agricole, directe et indirecte, dans le monde rural ? Quels types d’économie se développent sur ces territoires ? Comment s’articulent-ils au territoire urbain ? Comment ils contribuent au fonctionnement de l’urbain dans son ensemble, l’alimentant et le renforçant ? Ces territoires sont en effet aujourd’hui marqués par des pressions à l’urbanisation alors qui subsiste des formes d’activité économiques et de vie sociale peu visibles qui ont récemment fait l’objet de travaux attestant en creux de leur complexité et rapport singulier aux dynamiques métropolitaines (Renahy 2010, Mischi 2013, Legoff 2012, Dibie 2008).

Quelle périphérie ? Quelle égalité des territoires ? Vu des villes, ces territoires ne sont bien souvent compris par le sens commun comme les professionnels de la ville que comme des lieux de tourisme dont l’emploi est dépendant des villes et donc de l’usage de l’automobile. Aussi, l’action urbanistique y semble le plus souvent réduite aux questions de l’environnement, du tourisme et des paysages. Pourtant, nombre de ces territoires subissent de nouvelles formes d’urbanisation et de développement économique. Il est clair que ces zones se caractérisent aujourd’hui tant du point de vue de leur fonctionnement spatial et rapport à la ville que du point de vue de leur peuplement. On sait par ailleurs que s’y concentrent plus qu’ailleurs les employés, ouvriers et diplômés de l’enseignement technique (Todd, Lebras 2013, 52


Mischi 2013), que des activités industrielles s’y concentrent et y cohabitent avec un tissu de petites entreprises dans lesquelles subsistent des formes de paternalisme de de patronage (Renahy, 2010). Aussi le périurbain est-il « la seule zone où le groupe ouvrier n’a pas vu ses effectifs diminuer. Alors que la France métropolitaine concentre plus de 76 % de ses cadres en ville, plus on s’éloigne des « pôles urbains », plus la part des classes populaires augmente : la part des ouvriers et employés parmi les actifs est de 55 % dans l’espace urbain, de 58 % dans le périurbain, et de 61 % dans l’espace à dominante rurale » notent Nicolas Renahy et Julian Mischi (in Politix, p. 14). Ces espaces « périphériques » subissent de profonds changements avec des transitions démographiques fortes qui se traduisent par exemple par des luttes de pouvoir local importantes. Aussi, ce qui a pu être dépeint comme la « fin du village » par des auteurs comme Jacques Legoff ou Pascal Dibie n’est peut-être pas seulement une fin, mais pourrait être compris comme une recomposition de ces territoires fait de communes rurales multipolarisées et/ou isolées ou simplement de « petites villes » dans le contexte de la métropolisation généralisée. Plus exactement, les évolutions de ces territoires peuvent aussi être saisies non pas comme des effets de l’urbanisation généralisée anéantissant ces derniers mais comme une adaptation complémentaire et nécessaire à la métropolisation. Ce que les scenarii élaborés dans le cadre du programme 2040 de la DATAR ont par ailleurs esquissé. Ce changement qui semble se réaliser sans volonté ou accompagnement politique et économique apparent ne peut donc être réduit à une simple conséquence des logiques métropolitaines. Il convient d’en comprendre les mécanismes sociologiques et urbains. Le visage du territoire français ne peut être envisagé à partir d’une simple opposition entre un monde rural prétendument abandonné et menacé de désertification, et des métropoles, présentées comme des solutions inéluctables à la croissance économique. Les analyses récentes du développement économique des territoires semblent infirmer cette représentation et montrent que le modèle territorial qui a réussi durant ces dernières années de crise, sur le plan d’un développement à la fois économique, social et démographique, est celui d’un territoire faiblement métropolisé, peu exposé à la mondialisation et qui, souvent, capte plus de richesses qu’il n’en crée (Davezies, 2010, 2012). La question de la qualification de ces territoires passe donc souvent par des enjeux spatiaux et de définitions de périmètres, puis par une attention à la qualité d’aménagement des territoires, architectures et paysages. Les questions du peuplement de ces zones, du vécu de ses habitants et surtout de la trajectoire de développement ou de déclassement conduisent aujourd’hui les chercheurs et les pouvoirs publics à se pencher sur le sort de ces petites villes et territoires éloignés des métropoles et à engager une réflexion en terme « d’égalité des territoires ». L’économie territoriale de son côté a fourni de nombreux et importants travaux sur le devenir de ces territoires et leurs relations aux dynamiques métropolitaines. Citons entres autres les travaux de Laurent Davezies ou d’Éloi Laurent. Ceux-ci questionnent largement la qualification des territoires en termes géographiques et lui préfèrent un raisonnement plus global en termes de processus économiques et sociaux.

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Éloi Laurent, s’inspirant des travaux de l’économiste Amartya Sen, considère pour sa part que la question posée par la concentration et l’agglomération métropolitaine doit être abordée comme une question d’égalité et d’aménagement du territoire. Ce faisant il renvoie dos à dos les deux analyses dominantes du rapport métropole/territoires ou métropole/périphérie. Aux tenants d’une vision heureuse de la métropole qui pensent que la question des inégalités est soluble par l’amélioration de la mobilité d’une part et aux approches qui saisissent, selon un regard culturaliste voir ethnicisant dans la métropolisation et l’extension périphérique l’émergence d’une France périphérique peuplée de populations déclassées et sécessionnistes, il préfère une approche en termes de « capacités » des territoires. Éloi Laurent invite donc à dépasser l’opposition entre une approche par les gens (people) ou par les lieux (place). Pour lui la question est celle de la justice spatiale la mieux à même d’articuler « égalité des territoires » et « égalités des personnes ». De son côté, Laurent Davezies partage le constat d’une relation métropole/périphérie problématique et son impossible résolution par la seule recette de la mobilité. Il y a pour lui certes une France aujourd’hui partagée en quatre grandes vitesses de développement, mais le seul modèle de développement n’est pas la métropolisation. D’autres territoires peuvent trouver des atouts. Pour ces deux auteurs, c’est finalement bien un choix de politique publique que de penser en termes de justice et égalité des territoires. Reste que ces approches de l’économie géographique sont d’une part portées et développées à une échelle qui n’est pas celle de l’observation sociologique ou ethnographique, d’autre part qu’elles sont conduites, comme la majorité des travaux, à partir des catégories de l’INSEE et donc tendent à faire du modèle métropolitain le centre et modèle de référence de l’analyse. Ainsi, la question de la vie sociale et économique des « petites villes » est encore peu présente dans ces analyses dans la mesure où la notion d’aire urbaine s’est imposée comme principale échelle d’observation. Finalement les tentatives de caractérisation de ces zones et « villes dont on ne parle pas » sont toujours plus ou moins portées par l’imposition de la problématique métropolitaine. Il s’agit le plus souvent de saisir ce qui se développe dans ces zones plus ou moins « péri-métropolitaines » voire « exo-métropolitaine ». De nouvelles représentations des territoires sont peut-être en passe de se révéler, qui remettent en cause leur réalité même (Vanier, 2013), qui influeront sur leur gouvernance et nécessitent de raisonner en termes de réseaux, d’interdépendances, et hybridation dans un système multiscalaire. Dans cette occurrence, où les vies quotidiennes, ordinaires sont plus souvent conduites par la proximité temporelle que permet Internet plutôt que par la proximité géographique, il importe de prospecter ce champ qui s’ouvre de territoires dont les limites mouvantes sont définies à chaque instant par chacun des acteurs qui y vivent et de tenter d’appréhender leurs représentations mentales des territoires vécus, afin d’en proposer à terme de nouvelles images, voire de nouveaux modes d’organisation. Pour le dire plus simplement, il s’agit de renouveler sinon de renouer avec une vision interterritoriale du développement. Il n’y a pas de métropole sans périphérie, pas de centre sans périphérie. Les petites et moyennes villes comme les territoires éloignés ne peuvent être saisis comme des territoires oubliés du développement métropolitain. A l’inverse ils doivent être saisi comme les éléments d’un système territorial et donc d’une structure d’interdépendances. 54


POUR ALLER PLUS LOIN… - Bonnet Fréderic, Aménager les territoires ruraux et périurbains, Rapport remis à Sylvia Pinel, Ministère du Logement, de l’Égalité des territoires et de la Ruralité, le jeudi 7 janvier 2016. - Bonnet Frédéric, Aménager les territoires ruraux et périurbains. Rapport remis le 7 janvier 2016. Ministère du logement, de l’égalité des territoires et de la ruralité. - Davezies Laurent, La crise vient. La nouvelle fracture territoriale, Paris, La république des idées /Seuil, 2012. - Davezies Laurent, La République et ses territoires. La circulation invisible des richesses, Paris, La république des idées /Seuil, 2008. - Dibie Pascal, Le village retrouvé, essai d’ethnologie de l’intérieur, La Tour D’Aigues, Ed. de L’Aube, 2008. - Ghorra-Gobin, Cynthia, La métropolisation en question, Paris, PUF, 2015. - Guilluy Christophe, La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Flammarion, 2014. - Hilal Mohamed, Barczak Aleksandra, Tourneux François-Pierre, Schaeffer Yves, Houdart Marie et Cremer-Schulte Dominik, « Typologie des campagnes françaises et des espaces à enjeux spécifiques », Synthèse, Datar, 2012. - Hilal Mohamed, Piquet Virginie, Schmitt, Bertrand, « Communes rurales et petites villes dans la hiérarchie urbaine », Économie et statistique, n° 282, 1995. - Jean Yves, Vanier Martin, La France, aménager les territoires, Paris, Armand Colin, 2009. - Laurent Éloi (dir.), Vers l’égalité des territoires - Dynamiques, mesures, politiques, rapport pour le Ministère de l’égalité des territoires et du logement, février 2013. - Magnaghi Alberto, La bio-région urbaine. Petit traité sur le territoire bien commun, Paris, Éterotopia / Rhizome, 2014. - Mischi Julian, « Les territoires ruraux, des espaces ouvriers en mutation », Métropolitiques, 16 septembre 2013. URL : http://www.metropolitiques.eu/Les-territoires-ruraux-des-espaces.html - Narring Pierre, Decourcelle Jean-Pierre et Peyrat Jérôme, Requalifier les campagnes urbaines de France : une stratégie pour la gestion des ranges et des territoires périurbains, CGET, remis à Sylvia Pinel, Ministre du Logement, de l’Egalité des territoires et de la Ruralité, le 8 septembre 2015. - Noyé Christophe, Bilan de mandat du développement de l’intercommunalité, AdCF, Observatoire de l’intercommunalité, 2008. 55


- Philippe Marc-André, Polombo Nadine, « 60 années de remembrement : essai critique de l’aménagement foncier en France », Études foncières, n°140, juillet-août 2009. - Plateau Claire, Rakotomalala, Josée, « L’attrait des maisons individuelles en milieu rural, mais proches des villes », SESP en bref N°1, juillet 2005. - Puymbroeck Cyrille, Reynard Robert, « Répartition géographique des emplois. Les grandes villes concentrent les fonctions intellectuelles, de gestion et de décision », Insee Première, n° 1278, 2010. - Asher François, « Métropolisation ». In Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés. Paris,Belin, 2003. - Renahy Nicolas, Les gars du coin, enquête sur une jeunesse rurale, Paris, découverte, 2010. - Revue Urbanisme, « les villes moyennes contre-attaquent, n°378, mai-juin 2011 - Sieverts Thomas, Entre-ville. Une lecture de la Zwischenstadt. Marseille, Parenthèses, 2004. - Ville de Libourne, Projet d’Aménagement et de Développement Durable. Plan Local d’Urbanisme de Libourne, adopté le 15 février 2016.

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Directeur de publication : Philippe Buisson, Maire de Libourne Rédacteur en chef : Ingrid Voisin-Chadoin, DGA Ville de Libourne Direction graphique : Joséphine Delpeyrat, directrice communication Ville de Libourne Rédaction synthèse Atelier : Aurélie Bousquet Conception graphique : direction de la communication Sélection iconographique : Virginie Meynard, Ville de Libourne Conception logo Atelier périmétropolitain : Pascale Mannant Photos : Aurélien Marquot (sauf mention) Parution : janvier 2017

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Remerciements La Ville de Libourne remercie tous les contributeurs de l’Atelier péri/métropolitain ayant participé aux tables-rondes, auditeurs, étudiants et les partenaires institutionnels et privés du projet urbain « Libourne 2025 - la Confluente ».

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LA CAISSE DES DÉPÔTS partenaire historique des collectivités territoriales

L

a Caisse des Dépôts et ses filiales constituent un groupe au service de l’intérêt général et du développement économique du pays, c’est un partenaire historique des collectivités territoriales. En tant que partenaire privilégié, la Caisse des dépôts accompagne ces dernières en ingénierie technique, juridique, et financière afin de contribuer à leur développement économique face aux profondes mutations que connaît le pays. Devant l’apparition du phénomène de métropolisation, la redynamisation des centres des villes moyennes constitue un enjeu majeur pour l’équilibre du territoire : fermeture des commerces, vacance des logements, vieillissement des résidants, diminution des services au public… Autant de symptômes qui frappent certains cœurs de ville et auxquels la Caisse des Dépôts s’est engagée à trouver, aux côtés de

l’État et avec ses partenaires, des remèdes nouveaux et durables, en faveur de l’intérêt général. Dans cette mission, le Groupe, s’appuyant sur l’ensemble de ses filiales, renforce ses interventions dans quatre domaines prioritaires : > la transition territoriale, pour les projets de développement notamment pour le financement > la transition écologique et énergétique, pour les projets d’efficacité énergétique des bâtiments > la transition numérique, en soutien au développement de l’économie numérique dans toutes la transition démographique, pour accompagner et protéger les personnes tout au long de la Caisse des Dépôts dispose d’une offre étendue de moyens et de services pouvant faciliter la réalisation des projets territoriaux. Elle intervient en qualité de financeur et d’investisseur avisé et de long terme, dans des domaines

d’utilité collective insuffisamment pris en compte par le secteur privé, afin de générer des effets d’entraînement et de favoriser la constitution de partenariats entre acteurs publics et privés en lien avec ses quatre domaines prioritaires d’intervention. Avec la Ville de Libourne et La Cali, la Caisse des Dépôts s’engage à accompagner un projet de développement de territoire, en apportant ses savoir-faire techniques, son expertise, ses moyens de financement en ingénierie, en fonds propres et en prêts pour accompagner la nouvelle dynamique de centre-ville initiée par Libourne. Cet engagement permet en retour à la Caisse des Dépôts d’approfondir sa connaissance du territoire, ses potentialités, ses perspectives de développement, et d’anticiper les mutations et projets qu’elle pourra accompagner conformément aux axes prioritaires de son plan stratégique.

Direction régionale Aquitaine - Limousin - Poitou-Charentes Directeur régional : Anne Fontagnères

Délégation de Limoges

Délégation de Poitiers

Directrice déléguée (par intérim) : Sophie Tiano

Directrice déléguée : Barbara Belle

Directeur délégué : Patrice Bodier

38, rue de Cursol, 1er étage - CS 61530 33081 BORDEAUX CEDEX Tél. : 05 56 00 01 60 - Fax : 05 56 00 01 66

Immeuble Cassiopée 26, rue Atlantis - CS 16983 87068 LIMOGES CEDEX 3 Tél. : 05 55 10 06 01

Immeuble Capitole V 14 boulevard Chasseigne 86036 POITIERS CEDEX Tel : 05 49 60 36 00 - Fax : 05 49 60 36 20

dr.aquitaine@caissedesdepots.fr

dr.limousin@caissedesdepots.fr

dr. poitou-charentes@caissedesdepots.fr

Délégation de Bordeaux

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Libourne 2025 - Synthèse atelier péri-métropolitain  

La Ville de Libourne a initié le 1er juillet 2016 l’Atelier péri-métropolitain en partenariat avec la Caisse des Dépôts et Consignations, le...

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