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Où sont les femmes ? L’auteur

Zoom

Zoyâ Pirzâd est née à Abadan en 1952 de père russe et de mère arménienne. Romancière, traductrice, nouvelliste, elle fait partie de ces auteurs iraniens, profondément humanistes, qui ouvrent sur le monde l’écriture persane sans rien céder de leur singularité, et cela dans une langue simple, quotidienne. Elle a d’abord publié trois recueils de nouvelles dont Comme tous les après-midi, en 1990. En 2001, elle a publié son premier roman, C’est moi qui éteins les lumières, salué par de nombreux prix, dont celui du meilleur livre de l'année. En 2004 a paru On s'y fera, suivi en 2009 par Le Goût âpre des kakis, récompensé par le Prix Courrier international du meilleur livre étranger. Zoyâ Pirzâd est également traductrice de textes aussi différents que des poèmes japonais ou Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

C’est moi qui éteins les lumières, traduit du persan (Iran) par Christophe Balaÿ (Zulma, 2011) (350 p.)

Ressources Le site internet des éditions Zulma (interviews, documents) : http://www.zulma.fr/auteur-zoya--pirzad-300.html#actu

La presse

© R. Gaillarde

Zoyâ Pirzâd Iran

« Le rythme qui nait de cette simplicité, l’hyperréalisme des descriptions font la force du livre, que l’auteur conçoit comme « un hommage à son lieu de naissance ». » Transfuge

Dans un quartier préservé d’Abadan, Clarisse, l’épouse et mère de famille à travers qui l’histoire se déploie, est une femme d’une profonde humanité, intelligente, d’une simplicité de cœur qui nous la rend spontanément attachante. Par ses yeux, on observe le petit cercle qui se presse autour du foyer : un mari ingénieur à la raffinerie, fervent de jeu d’échecs et de politique, les deux filles, adorables et malicieuses jumelles, Armène, le fils vénéré en pleine crise d’adolescence, et la vieille mère enfin qui règne sur la mémoire familiale. Pourtant la très modeste Clarisse, cuisinière éprouvée qui se dévoue sans compter pour les siens, va bientôt révéler sa nature de personnage tchekhovien, au romanesque d’autant plus désarmant qu’il se montre on ne peut plus retenu. De nouveaux voisins se manifestent en effet, une famille arménienne débarquée de Téhéran qui va très vite bouleverser l’équilibre affectif de notre femme invisible. La description de ces nouveaux venus nous vaut des pages d’une remarquable pénétration psychologique. Le lecteur s’insinue avec une manière de sensualité chagrine dans le monologue intérieur de cette femme devenue presque invisible aux siens comme aux autres à force de s’être identifiée à son statut de parfaite ménagère. Peintre de la vie quotidienne, penchée avec une rare perspicacité sur la condition féminine en Orient, Zoyâ Pirzâd sait créer avec une langue simple, savamment proche de l’oralité, des décors et des situations quasi cinématographiques. Le roman refermé sur l’image de papillons migrateurs, on gardera longtemps en mémoire cette foule de gens qui nous ressemblent de si loin, et parmi eux en priorité cette émouvante Clarisse.

« Zoyâ Pirzâd dresse dans ce livre le savoureux portrait d’une femme sincère qui porte toujours en elle la douleur intime de la mort de son père et qui, sans céder aux sirènes du bovarysme, essaie de maintenir vivantes en elle les figures parfois contradictoires de l’enfant, l’épouse, la mère et l’amante. » Elle

6es Assises Internationales du Roman / Un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet / Du 28 mai au 3 juin 2012 aux Subsistances (Lyon) / www.villagillet.net

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L’œuvre

Le Goût âpre des kakis, nouvelles traduites du persan (Iran) par Christophe Balaÿ (Zulma, 2009) (218 p.)

Un Jour avant Pâques, traduit du persan (Iran) par Christophe Balaÿ (Zulma, 2008 ; LGF/Livre de Poche, 2010) (136 p.)

On s’y fera, traduit du persan (Iran) par Christophe Balaÿ (Zulma, 2007 ; LGF/Livre de Poche, 2008) (331 p.)

C’est moi qui éteins les lumières, traduit du persan (Iran) par Christophe Balaÿ (Zulma, 2011) (350 p.) Le Goût âpre des kakis, nouvelles traduites du persan (Iran) par Christophe Balaÿ (Zulma, 2009) (218 p.) Un Jour avant Pâques, traduit du persan (Iran) par Christophe Balaÿ (Zulma, 2008 ; LGF/Livre de Poche, 2010) (136 p.) On s’y fera, traduit du persan (Iran) par Christophe Balaÿ (Zulma, 2007 ; LGF/Livre de Poche, 2008) (331 p.) Comme tous les après-midi, nouvelles traduites du persan (Iran) par Christophe Balaÿ (Zulma, 2007 ; LGF/Livre de Poche, 2009) (149 p.)

Un bassin, des massifs de roses et un plaqueminier donnent de quoi s’occuper au jardinier d’une vieille dame qui, depuis la mort de son mari, se sent très seule et en danger dans sa grande maison au cœur de la ville. Les fleurs donnent des fruits, les kakis mûrissent et elle ne se prive pas d’en offrir, notamment à son locataire. Des liens subtils se tissent entre eux, que vient troubler l’apparition d’une fiancée… Zoyâ Pirzâd explore sous divers angles, avec subtilité, lucidité, tendresse et une certaine nostalgie, la vie de couple en Iran. Une quête passionnante et universelle.

Au bord de la mer Caspienne, un jeune garçon découvre les prodiges minuscules de l’univers, comme la visite d’une coccinelle ou les joies et jeux de l’enfance avec son amie Tahereh. Lui est Arménien. Elle, fille du concierge musulman de l’école. Ainsi se côtoient dans la petite communauté arménienne, entre l’église, l’école et le cimetière, chrétiens et musulmans, femmes et hommes, crispations anciennes et libres aspirations. Pâques, c’est la fête des œufs peints, des pensées blanches, des pâtisseries à la fleur d’oranger. C’est aussi l’occasion d’allers et retours entre passé et présent, entre Téhéran et le village de l’enfance – tout un quotidien dessiné ici avec virtuosité, un art précieux du détail et beaucoup de finesse. Zoyâ Pirzâd donne à son univers romanesque une profondeur et une dimension quasi ethnologique. Elle y décrit cette vie iranienne au cosmopolitisme encore vivace.

Les apparences sont trompeuses ; on entre avec plus de vigilance et de curiosité dans une belle histoire d'amour à travers le destin d'Arezou, une femme iranienne, active et divorcée, écartelée entre sa mère et sa fille. Trois générations s'affrontent dans un monde où règnent depuis longtemps les interdits et le non-dit. On la suit au bord du rire ou des larmes, espérant avec elle profiter enfin d'une certaine beauté de la vie. Dans un roman d'une richesse et d'une vigueur exceptionnelles, Zoyâ Pirzâd brosse à la fois le portrait d'une société pleine de contradictions et celui d'une femme passionnante, drôle et attachante.

6es Assises Internationales du Roman / Un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet / Du 28 mai au 3 juin 2012 aux Subsistances (Lyon) / www.villagillet.net

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Comme tous les après-midi, nouvelles traduites du persan (Iran) par Christophe Balaÿ (Zulma, 2007 ; LGF/Livre de Poche, 2009) (149 p.) Alieh, Rowshanak ou Raeheleh sont souvent à leur fenêtre. Entre le riz pilaf aux lentilles et les pétunias, le voile et une paire de bas, le mari, les enfants, les aïeuls ou les voisines, elles guettent ce qui va venir conforter ou bousculer leurs habitudes. Au fil des saisons et des générations de femmes flotte sur Comme tous les après-midi un parfum de mystère étrange et pénétrant. Par touches légères, prégnantes, se dessine en filigrane, parfois à la lisière du fantastique, un portrait discret mais audacieux de la femme iranienne. Par la simplicité et la sobriété de son style, Zoyâ Pirzâd épingle comme un papillon rare la fuite du temps et déjoue d’un regard incisif les pièges de la vie quotidienne.

6es Assises Internationales du Roman / Un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet / Du 28 mai au 3 juin 2012 aux Subsistances (Lyon) / www.villagillet.net

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Zoyâ Pirzâd