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Où sont les femmes ? L’auteur

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Christoph Hein est né en 1944 en Silésie, avant que sa famille ne s’installe dans une petite ville de Saxe. Tour à tour monteur, libraire, garçon de café, journaliste, acteur et assistant de Benno Besson à la Volksbuhne, il étudie la philosophie et la logique à Leipzig et Berlin. Après ses études, il retourne au théâtre, à la Volksbuhne, d’abord comme conseiller littéraire, puis comme auteur maison. Depuis 1979, il se consacre totalement à l’écriture. Tout aussi célèbre pour son œuvre dramatique - il a écrit une vingtaine de pièces de théâtre - que pour ses récits et essais, il est également l’auteur d’un livre pour enfants, Les Grandes découvertes de Jacob. Malmené par les autorités de la RDA, censuré dans son théâtre et dans ses romans, Christoph Hein est devenu dans les années 1980 une instance morale dans laquelle les citoyens critiques ou dissidents ont trouvé les nourritures intellectuelles qui leurs étaient nécessaires pour se libérer de la dictature. Ses interventions publiques en 1989, ses mises en garde contre l’euphorie qui a suivi la chute du Mur, ses prises de parole dans l’Allemagne réunifiée en ont fait l’un des intellectuels allemands les plus importants à côté de Christa Wolf et de Günter Grass.

Paula T. une femme allemande, traduit de l’allemand par Nicole Bary (Métailié, 2010) (417 p.)

L’œuvre

© Sven Paustian-Suhrkamp Verlag

Christoph Hein Allemagne

Paula T. une femme allemande, traduit de l’allemand par Nicole Bary (Métailié, 2010) (417 p.) Prise de territoire, traduit de l’allemand par Nicole Bary (Métailié, 2006) (315 p.) Dès le tout début, traduit de l’allemand par Nicole Bary (Métailié, 2002) (200 p.) Willenbrock, traduit de l’allemand par Nicole Bary (Métailié, 2001) (262 p.) Le Jeu de Napoléon, traduit de l’allemand par Nicole Bary (Métailié, 1997) (170 p.) La Mise à mort, traduit de l’allemand par Nicole Bary (Métailié, 1995) (182 p.) Le Joueur de tango, traduit de l’allemand par François Mathieu (Alinéa, 1990 ÉPUISÉ) (204 p.) La Fin de Horn, traduit de l’allemand par François Mathieu (Alinéa, 1987 ; Métailié, 1999) (247 p.) L’Ami étranger, traduit de l’allemand par François Mathieu et Régine Mathieu (Alinéa, 1985 ; Métailié, 2001) (201 p.) Invitation au lever bourgeois, traduit de l’allemand par François Mathieu et Régine Mathieu (Alinéa, 1989 ÉPUISÉ) (131 p.) Entre chien et loup : la véritable histoire de Ah Q, traduit de l’allemand par François Rey (L’Avant-Scène Théâtre, 1985)

Paula veut être peintre, elle ne veut que cela. La petite fille terrorisée par son père va trouver la force de s’opposer à lui d’abord, puis à son mari. Elle luttera pour exister, pour disposer de son corps, puis pour faire des études aux Beaux-Arts. Elle en paiera le prix: elle renoncera à son premier enfant. Paula se cuirasse contre ses sentiments, elle se construit contre les hommes, qu’elle n’hésitera pas à utiliser pour réaliser son rêve : peindre comme elle le veut, dans une Allemagne de l’Est où il est dangereux de s’éloigner des canons du réalisme socialiste. Christoph Hein crée un personnage magnifique de femme forte et pourtant si faible, qui est aussi une métaphore de la difficulté à être un créateur à certaines époques et une illustration du degré de contrôle et d’égoïsme nécessaire à qui sent et sait qu’il doit construire une oeuvre, qu’il y arrive ou pas. Un grand roman aussi émouvant que dérangeant.

La presse « Christoph Hein a fait un magnifique roman sur la passion créatrice et la difficulté d’être femme dans un monde masculin. » Marianne « Pour dresser ce remarquable portrait de femme, Christoph Hein ne s’autorise aucune des armes de la séduction ordinaire du roman. Le style est grave, le rythme narratif lent, et le destin de Paula T. dramatique, mais la grande beauté du livre puise précisément à cette austérité. » Télérama « L’originalité de ce roman, c’est que le «je» qui parle sous la plume de Christoph Hein est féminin. Les souvenirs et les confessions de cette femme insatisfaite, maladroite, pas toujours sympathique mais profondément attachante, sont le fait d’un homme – et la majorité des critiques allemands a salué à juste titre dans ce livre une prouesse d’écriture. » La Quinzaine Littéraire

6es Assises Internationales du Roman / Un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet / Du 28 mai au 3 juin 2012 aux Subsistances (Lyon) / www.villagillet.net

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Prise de territoire, traduit de l’allemand par Nicole Bary (Métailié, 2006) (315 p.)

Dès le tout début, traduit de l’allemand par Nicole Bary (Métailié, 2002) (200 p.)

Willenbrock, traduit de l’allemand par Nicole Bary (Métailié, 2001) (262 p.)

Le Jeu de Napoléon, traduit de l’allemand par Nicole Bary (Métailié, 1997) (170 p.)

Bernhard Haber, enfant d’une famille de réfugiés chassée de sa terre natale, ne parvient pas à se sentir chez lui dans la ville où ses parents ont dû se réinstaller. Il a dix ans lorsqu’en 1950 sa famille quitte Breslau (Wroclaw) en Silésie pour une petite ville de Saxe dont les habitants voient d’un très mauvais œil l’afflux de réfugiés et de sinistrés. Certes, on a besoin d’artisans mais l’atelier de son père, le menuisier, brûle. Lui non plus n’a pas la vie facile à l’école, les maîtres veulent le « rééduquer », il est la risée de ses camarades et on abat même son chien. Il jure de se venger. Christoph Hein laisse à cinq personnages, à cinq voix, le soin de raconter cinquante années de la vie de Bernhard Haber, des années 50 jusqu’à la fin du XXe siècle. Chacun des narrateurs l’a connu à un moment ou à un autre de sa vie, chacun d’entre eux porte sur lui un regard différent ; de l’écolier au militant communiste, puis au passeur- de clandestins vers Berlin Ouest jusqu’à l’homme d’affaires prospère... Comme dans l’ensemble de son œuvre narrative, Christoph Hein se veut dans ce roman un chroniqueur attentif de son époque et des conflits qui l’agitent et la perturbent. Il y parvient magistralement et brosse un tableau inhabituel de la société est-allemande avant, pendant et après la chute du Mur de Berlin.

Voici une enfance lointaine dans un monde disparu. Le narrateur, en proie à un grand trouble intérieur, fait de curiosité, d’angoisse, de souffrance et de plaisir, raconte l’année de ses treize ans, année décisive, faite de découverte de la sexualité et de la vie, de séparations et de ruptures, avec la famille, avec sa petite ville, avec la RDA où ses parents se sont fixés. Il montre le paysage sociologique de l’Allemagne de l’Est des années 50, vu par un adolescent, élevé en milieu chrétien farouchement anticommuniste, qui subit les conséquences amères de l’opposition familiale au régime. Le refus des autorités politiques de laisser ce fils de pasteur continuer ses études classiques l’obligera, de même que son frère aîné, à partir pour l’Ouest. Le récit s’achève en 1956, lorsqu’en visite à Berlin-Ouest avec ses parents, il apprend en lisant un panneau lumineux l’entrée des chars soviétiques à Budapest. L’écriture sobre, retenue, distanciée, pleine d’humour mais aussi de sensualité atteint une grande puissance émotionnelle. C’est ici un écrivain dans la peine possession de ses moyens littéraires qui décrit avec tendresse et ironie l’enfant qu’il a été.

Ancien ingénieur, Willenbrock s’est retrouvé au chômage après la réunification. Il a rapidement pris les mesures de la nouvelle société et s’est lancé dans un négoce florissant : l’achat et la vente de voitures d’occasion. Ses clients viennent de l’Est, paient cash et sont pressés. Certains emportent la marchandise en Russie, notamment un certain Krylow, qui a travaillé en Allemagne pour le compte du gouvernement soviétique et s’est maintenant reconverti dans les «affaires», celles qui nécessitent des gardes du corps. Les temps ont changé : la nouvelle société voit désormais la violence et la corruption régler les rapports sociaux dans un monde sans espoir qui n’offre d’autre issue que le repli sur soi. Victime de cambriolages et d’agressions à répétition, Willenbrock résiste puis sombre peu à peu dans une paranoïa qui ne lui laisse aucune échappatoire : à la violence, il répondra lui aussi par la violence. Chroniqueur de notre époque incertaine, Christoph Hein raconte la transformation des rapports sociaux et humains dans les sociétés Occidentales, avec pour toile de fond la renaissance du capitalisme sauvage comme corrélat du postcommunisme.

Le modèle suprême de Wörle, avocat en détention préventive pour avoir tué un homme, est Napoléon, qui s’est engagé dans la campagne de Russie comme un joueur, car il n’avait jusquelà jamais connu de défaites. Wörle rédige l’histoire de sa vie pour aider son défenseur. Acquitté, Wörle avertit son défenseur qu’il est d’ores et déjà en train de méditer un nouveau coup, une nouvelle stratégie qui traînera dans la boue une personnalité en vue. En toute impunité. « La carrière d’un avocat cynique et délirant dans l’Allemagne de l’après-guerre : machiavélique. » Les Inrockuptibles

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La Mise à mort, traduit de l’allemand par Nicole Bary (Métailié, 1995) (182 p.)

La Fin de Horn, traduit de l’allemand par François Mathieu (Alinéa, 1987 ; Métailié, 1999) (247 p.)

L’Ami étranger, traduit de l’allemand par François Mathieu et Régine Mathieu (Alinéa, 1985 ; Métailié, 2001) (201 p.)

Entre chien et loup : la véritable histoire de Ah Q, traduit de l’allemand par François Rey (L’AvantScène Théâtre, 1985)

Scènes prises sur le vif, les seize récits qui composent ce volume dessinent une fresque dans laquelle le tragique et l’absurde rivalisent avec le burlesque ; écrits avant et après la chute du Mur, ils sont une chronique de la banalité grinçante du quotidien, une chronique des gens ordinaires.

L’aube des années 80, à Guldenberg, une petite cité thermale de RDA : des écoliers trouvent, à la fin de l’été, le corps de Horn pendu dans la forêt. Muté dans ce trou perdu quelques années auparavant sur ordre du Parti, profondément blessé par la mesure disciplinaire dont il a fait l’objet, Horn était resté l’étranger, un être secret et renfermé. Après sa mort, les langues se délient et cinq voix se conjuguent pour raconter, de leur point de vue, la « fin de Horn ». Leurs perspectives, contrastées et contradictoires, leurs souvenirs, refoulés ou falsifiés sont les pièces d’un puzzle où le lecteur voit se dessiner peu à peu la figure d’un homme vaincu par un appareil politique, bafoué par la bassesse et la lâcheté de ses concitoyens.

Claudia a 39 ans, elle est médecin, elle n’a aucune ambition, aucun intérêt politique, aucun désir. Elle a une liaison avec Henry, architecte séparé de sa famille. On se voit, mais jamais on ne parle de ses propres problèmes, on sait que l’autre en a, ça suffit. Il meurt subitement, bêtement. Mais ce n’est pas une raison pour sortir de cette «morale» sans aspérité qui réprime les sentiments pour éviter la souffrance. Rarement une vie si pauvre en amour a été définie avec une telle richesse de mots. Chroniqueur de son temps, Christoph Hein affirme : « Je ne fais qu’écrire ce que je vois et ce que j’entends. Je n’invente pas d’histoires, je les trouve. »

Ah Q, le personnage inventé par l’écrivain chinois Lou Sin, se situe si bas dans l’échelle sociale qu’il lui semble normal de ne rien posséder... même un nom ! Il accepte toutes les situations dégradantes jusqu’au jour où son compagnon Wang crie dans un accès de colère: «Anarchie !»... Hein transpose la vie du paysan chinois misérable dans l’univers d’une certaine variété d’intellectuels européens... Ah Q et Wang passent leur temps à attendre une hypothétique révolution, nourris par une nonne. Ils sont enfermés tous les jours par le gardien du temple. Ah Q part à la ville et à son retour, il est fêté. Il offre un déshabillé à la nonne avant de la violer et la tuer. L’angoisse apparaît chez Wang, alors que la Révolution s’avance, de payer à la place de Ah Q.

« Christoph Hein peint sans complaisance, avec un souffle nerveux et parfois une drôlerie déroutante, les déchirements et les faillites intimes de gens ordinaires. » Les Inrockuptibles

« Christoph Hein a un talent particulier, corrosif. Il réalise à sa manière le projet de son héros, le Dr Spodek l’un des cinq narrateurs dont nous connaissons l’âme : écrire une chronique de la bassesse humaine. » Le Nouvel Observateur

6es Assises Internationales du Roman / Un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet / Du 28 mai au 3 juin 2012 aux Subsistances (Lyon) / www.villagillet.net

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