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Graines de lecteurs Récits

École Les Géraniums (Lyon) - Classe de CM1/CM2


Chapitre 1

Entré dans la salle Je ne connais personne Le nouveau monde me rend peureux – Maman-san, pourquoi sommes-nous obligés d’aller dans ce chugakko ? Les bâtiments sont lugubres et les professeurs très sévères. – Mais, enfin, les enfants ! C’est un des meilleurs de la région de Tochigi. Votre père a décidé que faire vos études dans cet établissement vous permettrait d’entrer plus tard dans une grande entreprise. Il veut le meilleur pour ses enfants. – Mais pourquoi devons-nous être internes ? demanda Tsubaki. – Votre père l’a souhaité. Il pense que vous ne devez pas être distraits par les choses de la vie et vous consacrer le soir, à vos devoirs. Avezvous bien ajusté vos uniformes ? Vous savez que Monsieur Hiroshi-san vérifie chaque élève entrant au collège. – Tu savais que beaucoup d’histoires circulent sur cet endroit ? interrogea Masayuki. Emiko Kimura n’eut pas le temps de répondre. La Toyota s’arrêta dans la rue et les enfants en sortirent. Ils devaient maintenant se presser pour parcourir les derniers mètres les séparant de l’entrée du collège. Un retard serait immédiatement suivi d’un blâme et le déshonneur qui s’abattrait sur la famille serait insoutenable. Les Kimura venaient d’arriver dans la ville d’Utsunomiya. Le déménagement avait eu lieu une semaine auparavant et les cartons n’avaient pas encore tous été déballés. Monsieur Kimura travaillait dans une grande entreprise de télécommunication dont le siège se situait à Tokyo. Malheureusement, il n’avait pas encore eu de poste dans leur nouvelle ville. Il devait donc quitter sa famille très tôt tous les lundis matins, prendre le shinkansen, ce train japonais que l’on disait le plus rapide au monde, afin de parcourir la centaine de kilomètres qui le séparait de la capitale. Il ne rentrait que le vendredi soir et n’était pas présent la semaine. Madame Kimura ne travaillait pas. Elle attendait patiemment sa famille


toute la semaine et passait ses journées entre le temple de Oya, où elle allait déposer des offrandes chaque matin, et son association destinée à aider les plus démunis. Masayuki et Tsubaki étaient âgés de douze ans. Ils étaient jumeaux mais ne se ressemblaient pas vraiment. Masayuki, le garçon, était plus grand que sa sœur et assez mince de corps. Tsubaki, quant à elle, était une jeune fille replète. On remarquait tout de même une certaine similitude dans leurs traits de visage qu’ils tenaient de leur maman. Les deux enfants arrivèrent à temps pour le cours d’histoire de Monsieur Takeo. – Installez-vous à vos places en silence, lança le professeur. Aujourd’hui, nous allons parler du Tochigi. Est-ce que l’un d’entre vous peut nous dire comment était notre région il y a plusieurs siècles ? Tsubaki hésita. Elle prit son courage à deux mains, la tentation était trop forte. – Maître Takeo-san, j’ai entendu dire que notre région était réputée pour les légendes et... – Mais enfin, Mademoiselle Kimura, je ne parle pas de légendes. Ma question portait sur l’histoire de notre région, sur des faits historiques et non sur des rumeurs destinées à effrayer les tout petits. Tsubaki devint toute rouge et ne prononça aucune parole du reste du cours. Le professeur Takeo était réputé pour donner facilement des punitions et il valait mieux ne pas insister. Masayuki fit un clin d’œil à sa sœur, comme pour dire : ne t’inquiète pas, Tsubaki ! Nous allons trouver un moyen d’en savoir plus.


Chapitre 2

La lune brille dans la nuit Comme une fleur Triste d’être seule dans le ciel La journée se déroula comme d’habitude, excepté cette ambiance étrange que ressentaient les deux enfants. C’était comme si quelqu’un les observait. Il y avait aussi cette histoire de craies qui s’étaient volatilisées. Chacun des professeurs qu’ils avaient eus ce lundi avait commencé son cours en cherchant comment ces petits bâtons blancs avaient bien pu disparaître. Vers 18h30, ils rejoignirent les autres internes au réfectoire pour dîner. L’odeur du poisson cru en sashimi les alléchait. Leur surprise fut grande quand ils s’aperçurent que toutes les baguettes étaient abîmées et tordues. – Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer ? s’interrogea Tsubaki. – Comment allons-nous faire pour manger maintenant ? – Si tu t’étais lavé les mains, Masayuki, comme tout le monde, ton problème serait résolu. – Oui, on sait. Les filles japonaises ont une hygiène irréprochable. Malgré le manque de baguettes, le repas fut englouti en quelques minutes. Les internes regagnèrent le dortoir et s’apprêtèrent à dormir. Masayuki et Tsubaki partageaient une petite pièce à l’écart des grands dortoirs de filles et de garçons déjà bien pleins. Il faut croire que les parents japonais souhaitent que leurs enfants se consacrent entièrement aux études. Cela arrangeait beaucoup les enfants Kimura qui préféraient rester ensemble. Au moment de se coucher, ils se demandèrent : – Crois-tu que nous sommes les seuls à avoir observé ces faits étranges ?


– J’ai bien l’impression que oui, Tsubaki. Je pense que les autres élèves sont trop inquiétés par les évaluations de la semaine prochaine. – Tu crois qu’on doit en parler ? Mazayuki s’apprêtait à répondre quand il aperçut le visage de sa petite sœur blêmir. Il se retourna brusquement et vit ce qui effrayait la fillette. A travers la fenêtre de leur chambre, les enfants pouvaient observer la cour de récréation et le bâtiment sud du chugakko. C’était le paysage habituel qui les accompagnait dans leur sommeil. Mais ce soir, toutes les fenêtres des salles de cours de ce bâtiment s’étaient mises à clignoter. Comment était-ce possible ? Qui s’amusait à appuyer sur quinze interrupteurs en même temps ? Était-ce d’ailleurs réalisable ? Les questions arrivaient dans la tête des enfants sans qu’aucune réponse ne les accompagne. Soudain, l’interrogation fit place à la terreur lorsqu’une silhouette se dessina dans l’encadrement d’une des fenêtres. –

Regarde ! Là-bas, Masayuki ! On dirait qu’il nous a vus.

Les enfants se précipitèrent sur leur futon et restèrent camouflés en attendant désespérément que l’angoisse ne retombe. – Tsubaki, tu dors ? – Si tu crois que je vais réussir à dormir avec ce qu’on vient de voir, tu te trompes. – Il faut pourtant que nous reprenions des forces pour demain. Nous avons une enquête à mener. – Je vais essayer. Bonne nuit grand frère. – Bonne nuit sœurette.


Chapitre 3

Dans la bibliothèque je me cache Tous poussière Mes pages sont vides comme l’air Le lendemain, les deux enfants cachèrent à leurs camarades ce qu’ils avaient décidé de faire. La matinée se déroula habituellement. Vers midi, chaque collégien sortit de son sac son obento. Ce petit récipient en plastique leur servait à apporter le déjeuner que leur mère préparait la veille. La file d’attente s’allongeait devant le réfectoire. Tsubaki et Masayuki s’éclipsèrent et réussirent à sortir de l’enceinte du collège en suivant Monsieur Aoki San, le professeur de mathématiques, qui préférait manger à l’extérieur. Les enfants restèrent cachés derrière une voiture en attendant que le professeur ne disparaisse de leur champ de vision. Une fois seuls, leur recherche pouvait commencer. Le plan était déjà tout tracé. Ils se dirigèrent vers le marchand d’encens, situé dans la rue du collège. Ce commerçant avait la réputation de connaître le quartier comme sa poche. Malheureusement, la déception des enfants fut grande quand il leur précisa qu’il n’avait jamais entendu parler de phénomènes étranges. Le frère et la soeur avaient même eu la sensation désagréable que le marchand ne les prenait pas au sérieux. Il leur conseilla quand même d’aller voir le vieux Fujita. Si une personne savait quelque chose, ce serait forcément lui. Il avait plus de quatre-vingt-dix ans et ses voisins l’appelaient la «mémoire des lieux». Il habitait dans une petite maison isolée dans un terrain vague, située à quelques rues du collège. Les enfants s’avancèrent et frappèrent à la porte. – Qui est-ce ? interrogea le vieil homme. – Nous sommes Masayuki et Tsubaki, deux collégiens, et nous faisons un exposé sur le quartier. Voudriez-vous nous accorder un peu de votre temps pour répondre à nos questions, vénérable Fujita-san ? – Bien sûr mes enfants. Je ne vois pas souvent de visiteurs et cela


me fait plaisir que des jeunes s’intéressent à l’histoire de cet endroit. De quoi voulez-vous parler en particulier ? De la destruction du vieux quartier et de la construction du grand centre commercial, ou encore des nouveaux aménagements apportés au grand temple ? – Nous préférerions évoquer la vie du collège, déclara Tsubaki. Ce chugakko existe depuis longtemps, non ? – Oui, effectivement. Il a été construit à la fin du XIXème siècle. Avant, cette colline était très sauvage. Il y avait très peu d’habitations et la forêt était encore bien présente. Que voulez-vous savoir à son sujet ? – Êtes-vous au courant d’histoires étranges qui se seraient passées en ce lieu auparavant ? Le visage du vieil homme blêmit. A présent, il semblait effrayé. – Ne me dites pas, chers enfants, que cela recommence. J’avais essayé tant bien que mal d’effacer ces moments de ma mémoire. Je ne veux surtout pas en reparler. – Mais, vénérable Fujita-san, nous avons besoin de vous. – Je suis désolé. Je ne peux pas. Trop de souffrance, trop de détresse sont entre ces murs. Avez-vous trouvé le livre ? – De quoi parlez-vous ? – Cherchez-le ! Avec les autres il se cache, tous poussière, ses pages sont vides comme l’air. Au revoir et soyez courageux. Sur ces mots, le vieil homme referma brusquement la porte, laissant les enfants désemparés. – Pourquoi semble-t-il si terrifié ? Demanda Tsubaki. – Je n’en sais rien soeurette. Mais, une chose est sûre, il faut partir à la recherche de ce livre. – Il est avec les autres, nous a dit le vieil homme. – La bibliothèque ! S’exclama Masayuki. Retournons au collège. 


Chapitre 4

La découverte du monde du silence L’impatience pour trouver un vieux livre L’angoisse de ne rien trouver Pourquoi le monde nous cache des choses La bibliothèque était vide. A cette heure-ci, tous les élèves étaient encore en train de manger. Seul Monsieur Akimoto, le bibliothéquaire était dans la réserve, occupé à trier de nouveaux magazines reçus la veille. Masayuki et Tsubaki se faufilèrent à travers les rayons. Ils cherchaient l’endroit où se trouvaient les vieux livres. – Mazayuki, souviens-toi des paroles du vieil homme, conseilla Tsubaki. – Tu veux parler de l’haïku que M. Fujita-san nous a dit en partant. Je crois qu’il était question de poussière et de pages vides. Cherchons donc ce livre. Il doit être ancien. Discrètement, les deux enfants vérifièrent tous les vieux ouvrages. C’est alors que Tsubaki aperçut, dissimulé derrière une rangée de romans, un livre tout poussiéreux. – Regarde, Masayuki. Je crois que j’ai trouvé le bon livre. – Ouvre-le tout de suite. Je ne peux plus attendre. – Attends ! Il y a quelque chose d’écrit sur la couverture. « L’hiver est froid comme son cœur, son sang est noir, elle montre son désespoir ». C’est un haïku ! – Que peut-il bien vouloir dire ? S’interrogea Masayuki. – Il suffit de commencer la lecture pour savoir. Les deux enfants s’installèrent à une table, à l’écart des élèves qui venaient de terminer leur repas et qui commençaient à arriver. Ils débutèrent l’histoire.


Chapitre 5 L’hiver est froid comme son cœur noir Son sang est noir Elle montre son désespoir Il y a bien longtemps, un pauvre bûcheron vivait dans une petite cabane à l’orée de la forêt. Un jour de grande tempête, le bûcheron dut aller chercher du bois loin dans la forêt afin de se chauffer. Il décida de se faire accompagner par un ami bûcheron, plus vieux que lui. Le vent soufflait et la neige tourbillonnait autour d’eux. Ils finirent par se perdre. Heureusement, ils aperçurent une vieille cabane abandonnée et se réfugièrent à l’intérieur. Très fatigués, ils s’endormirent très vite. Vers le milieu de la nuit, le jeune bûcheron se réveilla. La porte de la cabane était ouverte. Dans la lumière de la lune, une femme d’une grande beauté apparut. Son visage, ses mains et sa robe étaient blancs comme la neige. Elle avança et se glissa tout près du vieux bûcheron. Elle souffla sur lui. Ce que touchait son souffle se couvrait de glace. Le vieil homme ne tarda pas à mourir gelé. Elle voulut faire de même avec le jeune bûcheron mais au moment de souffler, elle s’arrêta. - Tu es si jeune et si beau, je ne peux te tuer ainsi. Je te laisse donc la vie sauve. Mais sache que si tu révèles un jour à quiconque ce qui s’est passé ici, je reviendrai et te ferai regretter de n’être pas mort cette nuit. Les villageois le découvrirent au matin, blanc de peur. Quelques temps plus tard, le jeune bûcheron rencontra une jolie jeune fille. Ils tombèrent amoureux et décidèrent de se marier. Ils eurent deux enfants l’année suivante. Tout allait à merveille et bien que peu riche, la petite famille vivait heureuse. Les années passèrent. Jusqu’au soir où le bûcheron, n’en pouvant plus de garder ce secret trop lourd, décida de se confier à sa femme. Après lui avoir tout dévoilé, celle-ci resta immobile. Le bûcheron ajouta... Tsubaki et Masayaki se regardèrent, stupéfaits. Il manquait la dernière page du livre. Comment allaient-ils faire pour connaître la fin de l’histoire ?


Chapitre 6

Une valse dans les ténèbres L’obscurité noire Dans l’infini du néant – Qui peut bien être ce fameux bûcheron ? – Oui, et pourquoi le vénérable Fujita-san nous a conseillés de trouver ce livre? – C’est un grand mystère. – Nous allons prendre le livre avec nous et nous regarderons ça de plus près ce soir. Aucun problème ne vint perturber l’après-midi et les cours se déroulèrent normalement. Ce n’est qu’après le repas du soir, que les évènements s’accélérèrent. Les enfants avaient décidé de se retrouver et de parcourir les couloirs à la recherche d’indices. A la lueur de leurs lampes torches, ils avançaient dans la pénombre. – As-tu eu le temps de réfléchir à qui pouvait être ce bûcheron ? Chuchota Masayuki. – Aucune idée, grand frère et toi, tu... Soudain, Tsubaki s’arrêta de parler. Elle fit un geste à Masayuki pour lui dire d’écouter. On entendait comme un grattement sourd. Cela venait de derrière la porte de la classe de Monsieur Hiroshi-san. Les deux enfants s’avancèrent terrifiés. Au moment où ils s’apprêtaient à ouvrir, un long hurlement se fit entendre. Leur sang se glaça dans leurs veines. Ils virent alors une silhouette blanche aller dans leur direction. Plus cette forme avançait, plus ils arrivaient à distinguer le visage barbu du personnage. Il s’agissait bien d’un fantôme qui se dressait devant eux. –

Aidez-moi, s’il vous plait. Mes pauvres petits. Où se trouvent-ils ?

Les deux enfants restèrent pétrifiés. Aucun des deux ne parvint à faire un


seul geste. Ils restèrent là, immobiles, à scruter cette apparition. –

Où sont mes pauvres enfants ? Vous me manquez trop. Revenez !

Le fantôme accéléra jusqu’à passer au travers de Tsubaki. Elle devint toute pâle et tomba dans les pommes. Quand elle reprit ses esprits, son frère était penché au-dessus d’elle et le fantôme avait disparu. – Masayuki, que s’est-il passé ? – Nous avons rencontré un revenant, Tsubaki. Je crois avoir compris qui il était.


Chapitre 7

En me promenant Une page perdue sur le sol Vais-je la voir – Tu penses au bûcheron de l’histoire ? J’y ai songé tout de suite aussi, répondit Masayuki. Pourquoi recherche-t-il ses enfants comme cela ? Il faut absolument retrouver la page manquante du livre. Je suis sûre que sur cette page, on trouvera des informations sur les enfants du bûcheron. – Mais comment faire ? Cette feuille peut être n’importe où ! – Commençons par regarder qui a emprunté le livre. Le frère et la sœur partirent à la bibliothèque. Cette pièce semblait bien lugubre, la nuit. Les étagères remplies de livres formaient des silhouettes surnaturelles. Après leur rencontre avec le fantôme, ils n’étaient pas rassurés mais l’envie de comprendre et d’aider ce pauvre bûcheron était plus grande. C’est dans le tiroir du haut du bureau du bibliothécaire qu’ils découvrirent la liste des personnes ayant emprunté ce livre. Cela faisait longtemps qu’aucun élève ne s’interessait plus à cet ouvrage. Cependant, cette année, un seul élève, nommé Tsû Omaïko l’avait consulté. Masayuki le connaissait. C’était une grosse brute qui effrayait tout le monde au collège. Les enfants savaient que lui aussi était interne. A cette heure, il devait dormir profondément. Et pourquoi pas en profiter pour lui rendre une petite visite nocturne. Masayuki et Tsubaki se faufilèrent dans le grand dortoir des garçons. Il ne fallait surtout pas se faire remarquer. S’ils étaient surpris ici, ils seraient à coup sûr renvoyés du collège. Tsû Omaïko n’était pas difficile à retrouver, même dans le noir. Il faisait deux têtes de plus que tous les autres et on pouvait voir ses orteils dépasser de son futon. Les enfants regardèrent partout autour de lui, même dans son cartable mais ils ne trouvèrent rien d’intéressant.


C’est à ce moment que Tsubaki aperçut dans la pénombre un morceau de papier épinglé au mur qui faisait face au futon de Tsû. Elle le prit et ils sortirent de la pièce. De retour dans leur chambre, ils regardèrent de plus près. Cette feuille était un peu jaunâtre, on aurait dit qu’elle datait de plusieurs dizaines d’années et l’un de ses bords étaient déchirés. Dessus était écrite à l’encre noire une série de noms. En les lisant, Masayuki su tout de suite de quoi il s’agissait. C’était la liste des élèves du collège que Tsû Omaïko avait frappés depuis la rentrée. Il les avait griffonnés rapidement et se servait de cette feuille comme d’un trophée. Pourtant, Masayuki en était presque persuadée. C’était le même papier que le livre de la bibliothèque. Tsû aurait-il pu arracher une page pour s’en servir comme simple pense-bête ? Quoi qu’il en soit, il n’y avait rien d’autre sur cette feuille. Seulement l’écriture de Tsû Omaïko. − Nous voilà bien avancés, regarde. Elle est bonne pour le feu, grogna Masayuki. Tsubaki la lui arracha des mains et l’approcha de sa lampe de bureau. L’ampoule était très puissante et éclairait leur chambre d’une lumière forte. Elle cherchait un détail, quelque chose qui lui permettrait de comprendre toute cette histoire. Soudain, comme par magie, le texte apparut. Il s’agissait de la fin du livre. La jeune fille comprit tout de suite que ce texte avait été écrit à l’encre sympathique, une encre invisible qui n’apparait qu’en la chauffant. Elle était très anxieuse à l’idée de lire ces mots.  


Chapitre 8

Cette découverte Comme un grand sac empli de joie Un grand sourire - Je ne suis plus sûr que cela se soit réellement passé. Après tout, j’ai peut-être rêvé. - Non, tu n’as pas rêvé, lui répondit sa femme. C’est bien la vérité mais tu m’avais promis de ne rien dire à personne, Hiro Kimura. Sur ces mots, l’épouse reprit sa silhouette de femme des neiges. - Pour te punir, je vais te priver de ce que tu aimes le plus. Et dans une bourrasque de vent enneigé, elle disparut emportant les deux enfants avec elle. Le pauvre homme n’arriva pas à se consoler et passa le reste de sa vie à chercher ses enfants. Il mourut bien seul et très triste. On dit que son esprit hante encore la forêt, à la recherche de ses deux petits. Les enfants lurent à toute vitesse la page, impatients de découvrir la vérité. Arrivés à la dernière ligne, ils restèrent bouche bée. Ils étaient choqués et s’écrièrent tous les deux : –

Mais comment est-ce possible ?

Masayuki et Tsubaki se regardaient. C’est le garçon qui prit la parole. – Hiro Kimura ! Le bûcheron se prénommait Hiro Kimura ! – Un Kimura ! Tu crois qu’il était de notre famille ? – Je ne crois pas, soeurette, j’en suis certain. Papa-san a fait des recherches généalogiques il y a quelques années et il me semble bien que nous avions un ancêtre qui portait ce nom, il y a plus de cent cinquante ans.


– Ce fantôme serait donc un membre de notre famille ? S’exclama Tsubaki. – Oui, quelque chose comme l’arrière grand-père de notre grandpère. – Il est donc toujours à la recherche de ses enfants. La sorcière, sa femme, les avait emportés avec elle et il est mort de désespoir sans les avoir retrouvés. C’est très triste, Masayuki. Comment pouvons-nous l’aider, nous sommes quand même ses descendants ? – Justement, petite soeur, je crois que j’ai une idée.  


Chapitre 9

Revoir ses descendants Rien d’autre que de l’amour Mais maintenant plus le temps Juste un regard et au revoir Les enfants décidèrent de retourner dans le couloir où ils avaient croisé le fantôme du bûcheron quelques heures plus tôt. Ils se cachèrent derrière la porte de la salle du professeur Hiroshi-san et attendirent que le fantôme revienne. Désormais, ils n’avaient plus peur car ils savaient que le revenant était de leur famille. Ils étaient même très pressés de le revoir. Leur ancêtre ne tarda pas à se faire entendre. –

Où sont mes petits ? Aidez-moi ?

Masayuki cria de toutes ses forces : –

Hiro Kimura ! Arrêtez tout de suite !

Le fantôme se figea, comme s’il entendait enfin une voix, comme s’il percevait enfin la présence de quelqu’un. – Qui êtes-vous et comment connaissez-vous mon nom ? Voilà des années que je ne l’ai entendu prononcé. – Nous sommes Masayuki et Tsubaki cher Hiro Kimura-san, nous savons qui vous êtes et qui vous recherchez. – Mes petits ont disparu. C’est elle qui les a emmenés. Je suis très inquiet mais...mais....vous leur ressemblez beaucoup. Qui êtes-vous ? Alors, les deux enfants racontèrent toute l’histoire au bûcheron. Sa réaction fut un mélange de grande tristesse et de soulagement. Il était effondré parce qu’il avait perdu ses enfants pour toujours mais en même temps, il éprouvait un immense plaisir de voir sa descendance. Désormais, il pouvait arrêter ses recherches et partir enfin se reposer.


– Merci beaucoup à vous deux, mes petits. – Nous sommes très heureux d’avoir pu t’aider, déclara Tsubaki. Au revoir cher Hiro-san. – Adieu mes enfants. Les deux enfants reprirent leur vie sans jamais parler à quiconque de cette histoire. C’était leur secret. Plus rien d’étrange ne survint au collège depuis ce jour même si de temps en temps, Masayuki et Tsubaki avaient l’impression qu’un oeil bienveillant les observait.


7è m e s A s s i s e s I n t e r n at i o n a l e s du R o m a n 27 mai - 2 juin 2013

17 classes primaires du département du Rhône ont lu, rencontré et écrit avec :

Gilles Abier, Jean-Philippe Arrou-Vignod, Audren, Hélèna Villovitch Les versions intégrales des histoires écrites par les enfants sont disponibles sur www.villagillet.net Avec les Éditions Célestines : http://petits livres.free.fr


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