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L’écriture de la sexualité L’auteur

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Nicholson Baker est né en 1957 et a fréquenté l'école de musique Eastman School ainsi que Harverford College. Il a publié 5 romans et 3 essais dont l'un, intitulé Double Fold fut couronné par le National Book Critics Circle Award en 2001. En 1999, il a fondé le American Newspapers Repository, une collection de journaux des XIXe et XXe siècles. Collaborateur du New Yorker et de l'Atlantic Monthly, il a récemment publié un violent pamphlet anti-Bush. Son dernier roman, paru aux États-Unis sous le titre The House Of Holes, s'inscrit dans la ligne de ses écrits pornographiques et humoristiques ; il a été unanimement salué par la critique.

La Belle Échappée, traduit de l'anglais (États-Unis) par Éric Chédaille (Bourgois, 2012) À PARAÎTRE EN AVRIL 2012

L’œuvre > Romans La Belle Échappée, traduit de l'anglais (États-Unis) par Éric Chédaille (Bourgois, 2012) À PARAÎTRE EN AVRIL 2012 Contrecoup, traduit de l’anglais (États-Unis) par Claro (ChercheMidi, 2006) (117 p.) Une boîte d'allumettes, traduit de l'anglais (États-Unis) par Antoine Cazé (Christian Bourgois, 2004 ; 10/18, 2006) (168 p.) Nory au pays des Anglais, traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie-Claire Pasquier (Balland, 2000) (223 p.) Le Point d'orgue, traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Guiloineau (Bourgois, 1995 ; 10/18, 1998) (306 p.) Vox, traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Lederer (Julliard, 1993 ; 10/18, 1995 ÉPUISÉ) (185 p.) À servir chambré, traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Lederer (Julliard, 1992 ; Robert Laffont, 2005) (182 p.) La Mezzanine, traduit de l’anglais (États-Unis) par Arlette Stroumza (Julliard, 1990 ; 10/18, 1993 ; Laffont, coll. « Pavillons Poche », 2008) (242 p.) © Margaret Brentano

Nicholson Baker états-Unis

> Essais Updike et moi, traduit de l'anglais (États-Unis) par Martin Winckler (Bourgois, 2009) (196 p.) Human smoke, traduit de l’anglais (États-Unis) par Éric Chédaille (Bourgois, 2009) (574 p.) La Taille des pensées, traduit de l’anglais (États-Unis) par Antoine Cazé (Bourgois, 2004 ; 10/18, 2006) (294 pages)

Dans La Belle Échappée, des personnes ordinaires, moyennement satisfaites de leur sort, disparaissent par des portes – sèche-linge, tunnel, trou de golf, etc. – et se retrouvent dans un parc à thème baptisé La Belle Échappée. Sorte de « sex resort » coûteux, on y stimule et assouvit tous les fantasmes féminins et masculins, à travers un éventail large de divertissements – « masturbateaux  », « berceau-vulve », «  levrettes alignées », «  salle de velours ». Chaque chapitre conte ainsi une expérience différente, illustrant le caractère étrange, surprenant et divers de la libido humaine. Au début du roman, la jeune Shandee découvre un avant-bras, celui de Dave, qui a accepté cette séparation temporaire pour accéder à La Belle Échappée, comme nombre d'autres hommes dont mains, têtes ou phallus amputés sont la condition d'accès à l'établissement. Le bras de Dave découvre avec bonheur le corps de Shandee, avant que les deux personnages se rencontrent au cours de la grande fête qui referme le roman : tous les membres séparés étant restitués à leurs proporiétaires, le bras de Dave retrouve le reste du jeune homme, et le désir de ce dernier pour Shandee est immédiat. Baker revient au registre érotique avec un texte joyeusement délirant, festival d’obscénité imagée et véritable exercice d'écriture. Dans le même temps, La Belle Échappée est habité par un humour bonhomme qui fait de ce livre un texte destiné à divertir plus qu’à troubler, une bacchanale boschienne des temps modernes, dont les péripéties hautes en couleurs l’élèvent audessus de la simple pornographie. Parodiant un certain parler contemporain (jargon psychologique, jargon des entreprises), Baker s’interroge aussi sur la valeur du bonheur proposé par cette utopie consumériste qu'est l'établissement payant de son roman.

Ressources Le site des éditions Bourgois : www.christianbourgois-editeur.com

6es Assises Internationales du Roman / Un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet / Du 28 mai au 3 juin 2012 aux Subsistances (Lyon) / www.villagillet.net

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> Romans

Le Point d'orgue, traduit de l'anglais (ÉtatsUnis) par Jean Guiloineau (Bourgois, 1995 ; 10/18, 1998) (306 p.)

Contrecoup, traduit de l’anglais (États-Unis) par Claro (Cherche-Midi, 2006) (117 p.)

Une boîte d'allumettes, traduit de l'anglais (États-Unis) par Antoine Cazé (Christian Bourgois, 2004 ; 10/18, 2006) (168 p.)

Nory au pays des Anglais, traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie-Claire Pasquier (Balland, 2000) (223 p.)

Arno Strive est doué d'un pouvoir extraordinaire  : il peut arrêter le temps. Et dans l'univers ainsi suspendu, il est le seul à continuer à vivre. Mais que peut-on faire dans ce temps hors du temps, dans ce « point d'orgue » qu'on peut faire durer à volonté? Arno, lui, déshabille les femmes.
Dans ce livre - son autobiographie écrite hors du temps - il raconte ses aventures et ses mésaventures, afin de séduire la belle Joyce pour qui il travaille. Il y raconte aussi comment il arrête le temps pour écrire des histoires violemment pornographiques dont il fait ensuite cadeau à des inconnues.
Le Point d'orgue est un jeu sur le temps de l'écriture et l'écriture du temps. Nicholson Baker entraîne le lecteur sur de fausses pistes, et le détournement de la pornographie lui permet de mêler provocation et humour avec l'art qu'on lui reconnaît depuis La Mezzanine et Vox.

Mai 2004. Washington. Dans sa chambre d'hôtel, Jay attend son ami Ben. Il a une confession à faire : il s'apprête, pour le bien de l'humanité, à assassiner le président George Bush.

Ses raisons sont multiples : la guerre en Irak, l'insolence de l'argent, les délires religieux. Une société américaine dans laquelle Jay ne se reconnaît plus, et où, d'échec en échec, il a perdu sa place.

Tentative désespérée d'un homme fragilisé psychologiquement ou raisonnement froid poussé jusqu'à l'extrême  ?

Le dialogue s'engage entre les deux hommes. Ben va essayer d'empêcher son ami de commettre l'irréparable. Jusqu'où croitil aux arguments qu'il lui oppose ? À partir de quand ceux de Jay deviennent-ils irrecevables ? Et, surtout, comment un président démocratiquement élu peut-il susciter autant de haine et de colère ?

La nuit promet d'être longue.

Nicholson Baker nous offre un roman passionnant, d'une actualité brûlante et d'une ironie souveraine.

Les questions morales et politiques qu'il soulève dans ce dialogue tendu à l'extrême n'ont pas fini de faire débat.


Prenez un rédacteur médical de quarante-quatre ans en pleine crise existentielle, placez-le tous les matins, « à l’heure où l’aube noircit la campagne », face à ses pensées et à l’âtre de sa petite maison perdue dans les frimas de l’hiver, ajoutez-y l’évocation tendrement triste de sa famille, les mille et un objets domestiques qui encombrent son esprit et son intérieur bourgeois, un chat, une cane domestique, et même quelques ratons-laveurs… Ne reste plus alors qu’à craquer une allumette au début de chacun des trentetrois chapitres pour voir s’animer tout le drôle de petit monde ainsi créé par Nicholson Baker pour son anti-héros. Un monde miniature, qui serait comme le négatif de l’immense fresque de Proust : Brièvement, je me suis levé de bonne heure ! Le monde d’un magicien de l’ordinaire, qui initie son lecteur aux beautés de la goutte d’eau qui glisse sur la paroi d’un gobelet, aux délices de l’achat d’un frigo miniature pour la chambre d’amis. Ce monde, si familier et surréel, c’est le nôtre. Et si nous sommes invités à en parcourir les replis les plus insignifiants et les plus drôles, c’est pour mieux apprivoiser le désespoir et la mort qui le hante, qui nous hante.

Pour une petite Californienne de 9 ans comme Nory, l'Angleterre c'est l'exotisme absolu ! Des cathédrales gothiques, des châteaux centenaires, une certaine manière de chanter à l'église, un moine chinois fou et des scarabées horloges de la mort... Cette Alice des temps modernes est dotée d'un imaginaire en forme de kaléidoscope. Nory raconte des histoires délirantes. Tout y passe parce que tout l'étonne  : Shakespeare, Achille, Dieu, sa meilleure amie et même son père qui « écrit des livres qui aident les gens à s'endormir » .

6es Assises Internationales du Roman / Un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet / Du 28 mai au 3 juin 2012 aux Subsistances (Lyon) / www.villagillet.net

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> Essais À servir chambré, traduit de l’anglais (ÉtatsUnis) par Michel Lederer (Julliard, 1992 ; Robert Laffont, 2005) (182 p.)

La Mezzanine, traduit de l’anglais (États-Unis) par Arlette Stroumza (Julliard, 1990 ; 10/18, 1993 ; Laffont, coll. « Pavillons Poche », 2008) (242 p.)

Updike et moi, traduit de l'anglais (États-Unis) par Martin Winckler (Bourgois, 2009) (196 p.)

Human smoke, traduit de l’anglais (États-Unis) par Éric Chédaille (Bourgois, 2009) (574 p.)

Nicholson Baker, cet «  improbable rejeton d'un Nabokov, d'un Perec », connu pour son humour décapant, est considéré comme l'une des voix les plus originales de la littérature américaine. Prenant le parti d'étudier nos semblables à la loupe, il nous livre des romans déjantés sur la nature humaine. Son plaisir d'écrire, sa folie narrative, sa capacité d'invention de situations les plus délirantes font de ses livres des mines d'humour burlesque. Dans cette lignée, À servir chambré confirme à merveille le style inclassable de Baker. Alors qu'il donne le biberon à sa petite fille, le narrateur s'interroge sur sa vie et étudie successivement : l'impact des climatiseurs individuels dans les avions, le rôle de la virgule comme agent actif dans le processus de modernisation de la civilisation, et surtout le pouvoir de l'amour à transformer les fonctions les plus organiques en sources d'émerveillement permanent... Chaque micro-action fait ainsi l'objet d'une analyse réjouissante et quasi-exhaustive qui en évalue les retombées sur le monde et les milliards d'êtres qui l'habitent. Une comédie domestique désopilante et débridée, ou comment vingt minutes d'allaitement peuvent servir de prétexte à refaire le monde...

Quel est le point commun entre un lacet de chaussure et un sandwich au thon ? Les deux objets sont à l'origine d'une métaphysique de l'univers quotidien redéfinie sous la plume de Nicholson Baker. L'auteur raconte les (més-)aventures d'un jeune cadre qui, venant de casser un lacet de chaussure, quitte son bureau pendant l'heure du déjeuner pour aller s'en acheter un nouveau. Sur les marches de l'escalier mécanique qui le mène dans la rue, il dissèque le matériau brut de la vie moderne. Dans ce traité de savoir-vivre hilarant, l'auteur démontre une fois de plus avec une enviable dextérité sa faculté à manipuler le temps. Ce premier roman est décisif dans la mise en place de son style. Montrant une grande finesse d'esprit, Nicholson Baker joue avec délectation de toutes les possibilités que lui offre une situation a priori banale engendrant réflexions profondes et digressions parfois déroutantes sur l'Homme.

« Updike et moi est un « texte d'écrivain », une introspection portant à la fois sur ce qui fait écrire et ce qui en empêche, sur les plaisirs rares que peut apporter ce drôle de boulot et sur le bon gros paquet, bien plus encombrant, de doutes, d'incertitudes, de bourdes et d'inaccomplissement qui viennent avec [...]. 
C'est un texte drôle et sans complaisance, tant Baker sait s'y moquer d'Updike, de lui-même et de toutes les vanités littéraires. C'est un texte gratifiant, tant il sait, aux moments les plus inattendus, ménager ses surprises. C'est un texte émouvant quand il évoque en parallèle les relations entre Updike et sa mère et entre Baker et la sienne [...]. C'est enfin un texte passionnant, qui brosse un portrait partial, partiel mais fascinant de l'Amérique littéraire de la deuxième moitié du XXe siècle 
[...]. S'il est une seule raison de lire ce petit livre paradoxal, elle tient tout entière dans une phrase que Baker y sème, l'air de rien, avec une modestie sincère, et qui résume à elle seule son éthique professionnelle et le défi qu'il se lance à chaque livre  : « La tâche d'un écrivain est simplement de régaler et d'instruire du mieux qu'il peut. »


« Je ne suis pas historien et Human smoke n'est en rien un livre d'histoire traditionnel. Je l'ai écrit car j'ai réalisé que je ne comprenais pas la Seconde Guerre Mondiale - la comprendre non pas dans le sens d'arriver à formuler des théories mécaniques qui en détermineraient les causes, mais dans le sens plus modeste d'avancer à tâtons, avec compassion, dans son énormité. [...] Le livre s'achève le 31 décembre 1941 - juste avant que les dernières barrières ne soient levées, quand la civilisation était au bord du gouffre. Comment en sommes-nous arrivés là ?
J'ai fractionné le temps en petits morceaux et en images. Je n'en tire aucune conclusion. [...] Mais j'ai choisi ces instants afin de poser une question qui doit être posée. Notre décision de combattre de la façon dont nous avons combattu, par des bombardements nocturnes et des blocus alimentaires, a-t-elle vraiment aidé ceux qui avaient besoin d'aide ? J'espère que ce livre ajoutera une confusion enrichissante à votre connaissance de base de la « bonne guerre ». Nicholson Baker

Martin Winckler

6es Assises Internationales du Roman / Un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet / Du 28 mai au 3 juin 2012 aux Subsistances (Lyon) / www.villagillet.net

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La Taille des pensées, traduit de l’anglais (États-Unis) par Antoine Cazé (Bourgois, 2004 ; 10/18, 2006) (294 pages) Avez-vous jamais essayé de mesurer la taille de vos pensées ? Si oui, vous savez sûrement déjà que « la plupart ont trois pieds de haut et le degré de complexité d’un moteur de tondeuse », comme nous le révèle ici même Nicholson Baker. Si non, plongez avec délectation dans l’univers du romancier américain, qui s’avère pour l’occasion essayiste hors pair. Dans la meilleure tradition des polygraphes érudits et flâneurs de ce XVIIIe siècle qu’à l’évidence il admire, Baker nous offre avec La Taille des pensées un savoureux mélange de réflexions philosophiques, de conseils et de morales élémentaires, pimenté d’anecdotes intimes. De sa plume trempée dans un puissant philtre d’humour, il croque avec une précision diabolique les menus objets du quotidien et les fantasmes qu’ils suscitent, les souvenirs d’enfance ou les micro-événements de la vie. Et surtout, il dit les livres et la fascination qu’ils exercent sur lui : lus, cités, critiqués, manipulés, caressés, soupesés puis amoureusement replacés sur les rayons d’une bibliothèque digne de celles qu’inventa Borges, les livres sont les véritables héros de ces essais qui en assurent la brillante défense et illustration.

6es Assises Internationales du Roman / Un événement conçu et réalisé par Le Monde et la Villa Gillet / Du 28 mai au 3 juin 2012 aux Subsistances (Lyon) / www.villagillet.net

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