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Le Tour du Cameroun se transforme en épopée Posted on March 4, 2011 Ci-dessous, un papier écrit pour Mutations, quotidien camerounais indépendant, qui résume l’ambiance sur le tour du Cameroun. Changement de dates au dernier moment, retards d’une à deux heures sur les plannings prévus, problèmes de transferts en avion, de logistique… Depuis le départ, la 9ème édition du Tour cycliste du Cameroun accumule les ratés.

@ Matthieu Cotinat

Le directeur technique national de la Fécacylisme n’a même pas pu monter dans l’avion militaire. Mardi après-midi, depuis le tarmac de l’aéroport de Ngaoundéré, JeanPhilippe Duracka a regardé décoller le Hercule C-130 qui devait l’emmener à Bafoussam pour profiter de la journée de repos de mercredi et poursuivre la 9 ème édition du tour cycliste du Cameroun. Peine perdue. Le Français est resté au sol tout comme des coureurs de la SNH, les équipes israélienne et slovaque ! Athlètes ou cadres devraient pourtant être prioritaires sur une telle épreuve. Les conditions de repos n’auront donc pas été les mêmes pour tous les coureurs. Au total, une soixantaine de personnes sont restées

bloquées pendant une nuit à Ngaoundéré. Autre image marquante : personne de la Fécacyclisme n’est venu voir Jean-Philippe Duracka pour lui proposer de monter à bord de l’aéronef. François Njellé, le président de la Fécacylisme, et sa délégation sont passés devant tout le monde sans adresser un mot. Tout un symbole. Le DTN pense donc démissionner de son poste à l’issue de la course. Il confie : « Le cyclisme en Afrique centrale manque de sérieux et d’un réel projet ». Sous le coup de l’énervement, le coach de Galilee Cycles, lui, envisageait d’abandonner la course. Cohue autour de l’avion


Trois rotations aériennes étaient prévues mardi. Lors de la première, vers 14 h 30, l’avion n’a même pas été rempli. La troisième étape entre Mbe et Ngaoundéré venait tout juste de finir et certains coureurs ne savaient même pas comment rejoindre l’aéroport… Le second vol ne pouvait accueillir toutes les personnes présentes et le matériel. Le chargement de l’avion a donné lieu à une véritable cohue, chacun espérant prendre les airs. Le mécanicien de l’équipe du Rwanda, Max, a même été frappé par un coureur. Et le troisième transfert ? Il n’a pas pu se faire car il était trop tard. L’avion ne pouvait pas se poser à Bafoussam, la piste de l’aéroport n’étant pas éclairée.

affirme le masseur des coureurs rwandais. Certains journalistes camerounais n’hésitent pas à accuser François Njelé au mieux de mauvaise gestion au pire de détournement d’argent… Le président du collège des commissaires de course (UCI), Roberto Coca, ne cache pas son désarroi : « C’est une mauvaise course très mal organisée ! ». Le rapport que l’Espagnol va remettre à l’UCI à l’issue de la compétition ne devrait pas manquer de piment. Dans ces conditions, même si le succès du tour du Cameroun auprès de la population ne se dément pas, il n’est pas évident pour les coureurs (surtout occidentaux) de s’adapter au climat, de rester en forme, d’assurer les résultats et indirectement… le spectacle.

Ce n’est pas tout. Le tour a d’abord été décalé d’une semaine quelques jours seulement avant le départ. Dès le lancement de la compétition, les horaires n’ont jamais été respectés avec des retards d’une à deux heures sur le planning prévu. Depuis le début du tour, les coureurs n’ont qu’un seul repas par jour en plus du petit déjeuner. Pendant la course, certains chauffeurs mettent en danger la sécurité des coureurs avec une conduite dangereuse. Les règles traditionnelles d’une compétition cycliste ne sont pas toujours respectées. Ces différents points font pourtant partie des critères à respecter pour une course reconnue par l’Union Cycliste Internationale (UCI).

Il est vrai que cette année le budget de l’épreuve a été divisé par deux. Mais avec une enveloppe quasi similaire (237 milliards de F cfa), le tour du Rwanda fait beaucoup mieux. Mardi soir, dans le bus des journalistes restés à Ngaoundéré, le débat était vif. « Au moins c’est la seule compétition proposée par des Camerounais avec une expertise locale » assure l’un. Et un autre de surenchérir : « L’’épreuve n’est pas organisée par des colons européens ! » Ces propos visent directement GSO spécialisée dans l’organisation ou l’assistance d’événements sportifs en France et à l’étranger. L’entreprise française organise (ou coorganise), entre autres, la Tropicale Amissa Bongo et le tour du Rwanda. Comme les tours d’Afrique du sud, du Maroc et du Faso, ces deux courses ont acquis une véritable renommée auprès des médias internationaux.

“Une expertise locale” « Il y a un vrai manque de considération pour tous les coureurs et le matériel »

Matthieu Cotinat


Cyclisme

L’Afrique en selle Cette année encore, des milliers de spectateurs ont suivi le Tour du Cameroun, qui s’est achevé début mars. Preuve de l’engouement croissant que suscite la petite reine sur le continent, même s’il reste beaucoup à faire…

@ Matthieu Cotinat Sur la ligne d'arrivée, les commentaires

L'organisation un peu moins. Changement de

enflammés des speakers font patienter le

dates au dernier moment, retards de plusieurs

public : « Il y a des coureurs européens ! Ils

heures

sont surentraînés ! Ils ont des vélos que tu

logistique, de transferts des coureurs et de

soulèves avec le petit doigt ! » Une foule

sécurité

nombreuse est venue accueillir le vainqueur de

internationale (UCI) s'est parfois agacée des

la dernière étape sur le boulevard du 20 mai, à

difficultés rencontrées, mais à Yaoundé, Garoua

Yaoundé. La neuvième édition du tour du

ou Bamenda, journalistes et spectateurs se sont

Cameroun est sur le point de s'achever et, cette

enthousiasmés pour cette course, « la seule qui

année encore, l'ambiance était au rendez-vous.

soit tenue par des Camerounais ». La seule

sur

les

plannings,

routière...

problèmes

L'Union

de

cycliste


aussi « qui ne soit pas organisée par des

d'organiser son premier tour estampillé UCI et

colons» – référence directe à Grandjean Sport

la Tanzanie devrait faire de même au mois de

Organisation (GSO), l'entreprise française qui,

juillet. Les boucles organisées au Maroc et au

de la Côte d'Ivoire au Sénégal en passant par le

Gabon (Tropicale Amissa Bongo, Tabo) ont

Rwanda, organise de nombreuses épreuves

acquis une véritable renommée. Avec un budget

cyclistes en Afrique.

de deux millions de dollars, la Tabo est souvent

Pour l'instant, le tour du Cameroun a bien du

décrite comme « très professionnelle » et « bien

mal à rivaliser avec le célèbre tour du Faso.

gérée » par les connaisseurs. En janvier,

Avec vingt-quatre éditions au compteur et un

plusieurs équipes professionnelles y ont pris

budget annuel de plus de 850 000 dollars, il est

part.

sans

anciennes

Dernière réussite de la petite reine : le tour du

compétitions africaines. « Il y a une véritable

Rwanda. La dernière édition a drainé plus de

culture cycliste au Burkina Faso, explique

trois millions de spectateurs sur le bord des

Laurent Bezault, ancien directeur de course sur

routes, selon les organisateurs. La compétition

le tour. Le Faso fait partie du patrimoine

bénéficie d'une enveloppe pourtant limitée

national. D'ailleurs, on en parle souvent au

(550 000 dollars, à peine plus que les 425 000

président Compaoré quand il est à l'étranger. »

dollars alloués à la préparation du Tour du

Bénin, Niger, Mali, Togo... Une vingtaine de

Cameroun),

courses sont aujourd'hui organisées de manière

d'hébergement, de nourriture, de déplacement et

plus ou moins régulière en Afrique, mais l'UCI

les salaires. Inclus, aussi, les prix attribués aux

en

(voir

coureurs. Sur le Tour du Cameroun, le

coureurs

vainqueur d'une étape remportait un peu plus de

africains et parfois des occidentaux en phase de

600 dollars (300 000 F CFA) et le maillot jaune

préparation pour les épreuves majeures du

à Yaoundé empochait environ 1 000 dollars

circuit européen. « Le cyclisme est devenu le

(500 000 F CFA). Parmi les sponsors, peu de

sport le plus populaire en Afrique après le foot,

surprise : on y retrouve les habituelles loteries

assure le Français Francis Ducreux, ancien

nationales, des groupes pétroliers (comme la

coureur

Société

doute

reconnaît

infographie).

l'une

des

moins S'y

plus

d'une

affrontent

professionnel

dizaine des

reconverti

dans

pour

nationale

couvrir

des

les

hydrocarbures

frais

du

l'organisations de compétitions. C'est le seul

Cameroun ou PétroGabon), des opérateurs

sport qui sort des grandes villes et qui va à la

téléphoniques (Camtel au Cameroun, MTN en

rencontre des gens. » L'Afrique du sud vient

Afrique du Sud) et des entreprises locales ou


étrangères (Castel, Total ou Colgate).

véhiculée par le cyclisme africain, ainsi que la

Figure emblématique du cyclisme en Afrique,

couverture assurée par les médias étrangers, est

l'Érythréen Daniel Teklehaymanot. À 22 ans, il

globalement très positive.

est passé par le centre d'entraînement de l'UCI,

Malgré cet essor, la marge de progression reste

à Aigle, en Suisse. Il a ramené chez lui cinq

encore importante. À l'exception de l'Afrique du

médailles lors des derniers championnats

sud, le continent ne dispose pas de véritable

continentaux en novembre, a terminé sixième

structure de formation et les écoles de cyclisme

du tour de l'Avenir 2009, qui réunit chaque

sont

année, en France, les espoirs du cyclisme

continental de l'UCI, situé au sud-ouest de

mondial, et a remporté une étape sur la dernière

Johannesburg,

Tabo face à des coureurs européens aguerris. «Il

quelques heureux élus. Les meilleurs pourront

a tout du champion, conclut Jean-Philippe

ensuite se rendre en Suisse. Mais le cyclisme

Duracka, directeur technique de l'équipe du

africain a besoin de plus moyens et de matériel

Cameroun. Le charisme, la force physique et

pour rouler vers le professionnalisme. « Il

l'intelligence de course. »

manque encore de sérieux, estime Jean-Philippe

Il n'est pas le seul coureur africain à avoir

Duracka. Il faut aussi un réel projet pour

marqué les esprits. Le Marocain Adil Jelloul a

l'Afrique centrale. Aujourd'hui, les Érythréens

terminé troisième de la dernière Tabo. Quant au

ont un très bon niveau alors qu'il y a cinq ans,

Rwandais Adrien Niyonshuti, il est déjà passé

le cyclisme n'était rien en Afrique de l'Est. C'est

professionnel dans l'équipe MTN, en Afrique du

la preuve que quand il y a la volonté et les

Sud. Les Rwandais, comme les Kenyans et les

moyens, les résultats suivent ! »

Éthiopiens, sont de redoutables grimpeurs. Les

En attendant, c'est l'Afrique du Sud qui tient le

Burkinabé sont, eux, connus pour être de très

haut du tableau avec plusieurs milliers de

bons rouleurs et sprinteurs.

licenciés. Suivent le Maroc et l'Algérie. Malgré

La politique s'invite parfois dans les courses.

les bonnes performances des nouveaux élèves

Cette année, les fédérations camerounaises et

que sont le Rwanda, le Kenya ou l'Éthiopie, le

gabonaises ont refusé que la Côte d'Ivoire

centre et l'est du continent restent les lanternes

prenne part à la compétition, faute de savoir

rouges. Alors à quand un coureur noir sur le

qui, de Laurent Gbagbo ou d'Alassane Ouattara,

tour de France ? À en croire les spécialistes, ce

avait envoyé les coureurs. Mais l'image

ne serait plus qu'une question de temps. « Et le

quasi

inexistantes.

à

Seul

Potchefstroom,

le

centre

accueille

jour où ça arrivera, promet Francis Ducreux, il


aura toute l'Afrique derrière lui ! »

Matthieu Cotinat, à Yaoundé


Le tour du Cameroun