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Belgïe - Belgique

Faire route ensemble 1

P.B. - P.P. Gent X 3/1751

Afgiftekantoor Gent X ISSN=1370-5814 P 6022489

Premier trimestre 2014 // Revue trimestrielle: année 22, n° 1

let’s develop our future


Editorial & Sommaire

“Être aux côtés …” Chers lecteurs, Je vous écris alors que le carême est déjà bien entamé. 40 jours pour nous ressourcer … pour pouvoir à nouveau “être” pleinement ... aux côtés de groupes qui risquent l'exclusion, de nos partenaires dans le Sud qui jour après jour consacrent toute leur foi et leur énergie pour éduquer des jeunes vulnérables à devenir des citoyens autonomes, d’individus et d’organisations qui collaborent avec nous en Belgique, convaincus comme nous de l’importance de la solidarité. Le progrès économique est souvent une condition indispensable au progrès social. En même temps, nous voyons que dans de nombreux pays en pleine croissance économique, d’importants groupes de personnes restent sur la touche. Tant en Colombie qu'au Pérou, des jeunes sont déracinés suite aux migrations économiques internes, comme nous le lisons dans cette édition de Faire route ensemble. Contraints de partir en quête d'un eldorado en ville ou dans de nouvelles implantations où s’installent des secteurs axés sur l’exportation, les parents ont bien du mal à offrir à leurs rejetons un foyer où il fait bon vivre. Dans ce contexte,

Au Salvador, ce sont surtout les droits des filles et des femmes qui sont foulés au pied, comme nous en témoignons. Les femmes sont victimes de nombreuses violences, tant au sein qu'à l’extérieur du cercle familial. Elles sont écartées du marché du travail et se retrouvent ainsi en marge de la société. Elles ont pourtant besoin d’un travail décent pour renforcer leur position au sein de la famille. C’est donc à très juste titre que les partenaires de VIA Don Bosco vont consacrer une attention particulière aux chances de formation et d'emploi pour les filles ces prochaines années. VIA Don Bosco sera à leurs côtés. Et vous aussi naturellement. C’est tellement bon de pouvoir contribuer, avec l'aide de tous nos donateurs, aux efforts de nos partenaires. Ce sont eux qui tiennent le cap, nous les soutenons et restons à leurs côtés. Laissons-nous inspirer par leur enthousiasme!  Maud SEGHERS Directrice

Thème

Education au développement

3. Education et développement Cherche: femmes pompiers et puériculteurs…

Voyage d'immersion au Sénégal  “Nio Far” … tous ensemble School–to–School Belgique – RDC “Chez vous on ne parle pas de la RDC”

Coopération au développement Colombie  6 Le Pacto Motor: une force motrice de l’emploi pour les jeunes. Pérou8 La transformation de Majes.

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l'école doit se limiter au transfert de connaissances. Elle doit, fidèle à la tradition salésienne, remplir le rôle de “famille scolaire”.

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LeMonde.be Inégalités de genre La lutte pour les droits des femmes est loin d'être terminée. A l'Agenda

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Thème // Genre & Éducation

Recherche: carrossières et puériculteurs

Investir dans l’éducation de qualité pour les filles renforce leur place dans la société.

Vous en avez certainement entendu parler: le 8 mars, Journée internationale de la Femme, la Belgique a battu un record mondial. Avec 606 mots lisibles, le timbre émis par bpost à l'occasion de cette journée a été inscrit au Guinness World Records pour le plus grand nombre de mots jamais placés sur un timbre-poste. Celui-ci présente le portrait d'une femme constitué de fragments de la “Convention des Nations Unies sur l'élimination de toutes les discriminations à l'égard des femmes”. Il reste du pain sur la planche pour que les mots deviennent réalité…

Inégalité des chances Ces dernières décennies, la participation des femmes au marché de l'emploi a indéniablement augmenté. C’est

bien ... Il n’empêche que les femmes, pour toutes sortes de raisons, ne reçoivent pas les mêmes chances. Leurs possibilités sont limitées et leur potentiel reste sousexploité. Ainsi, les femmes occupent, plus souvent que les hommes, des postes offrant moins de sécurité, dans des secteurs et des fonctions qui sont moins bien payés et/ou accordent moins d'avantages extralégaux. Pour le même travail, elles gagnent en moyenne moins que leurs collègues masculins. En dépit d’une législation anti-discrimination étendue et d'une législation censée favoriser l'égalité d'accès au marché du travail, ces inégalités existent en Belgique aussi. Dans la plupart des pays partenaires de VIA Don Bosco, la situation au niveau de la participation

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Thème // Genre & Éducation

filles s’orientent vers l’habillement, les soins, la santé et le bien-être et deviennent vendeuse, couturière ou coiffeuse. Les garçons choisissent les branches techniques et deviennent maçon, menuisier ou métallurgiste. Plus tard, ce n'est pas non plus par hasard que les jeunes femmes aboutissent dans les secteurs bien-être “doux”, qui paient moins bien – ou dans l'imprévisibilité de l'économie informelle – tandis que les jeunes gens tentent (peuvent tenter!) leur chance dans les secteurs producteurs de prospérité “durs”.

Stéréotypes

Les filles sont en minorité dans l’enseignement technique et professionnel.

économique et des chances pour les femmes est encore plus préoccupante. Étonnamment, selon les dernières statistiques du Forum économique mondial (WEF), nos pays partenaires africains – Bénin, Madagascar, Mali et Tanzanie – obtiennent une meilleure cote en la matière que nos pays partenaires en Amérique latine – Bolivie, Equateur, Salvador et Pérou. Les données concernant la RD du Congo et Haïti sont insuffisantes.

Ce qu'on apprend au berceau ... ... dure jusqu'au tombeau. Mais qu'apprennent en fait les garçons et les filles? Une raison importante pour laquelle les femmes vont moins haut/loin dans le monde du travail est le fait qu’elles sont moins bien préparées à y faire leur entrée. L’inégalité des chances marque la vie de la plupart des filles dès leur jeune âge. Même l’enseignement de base reste pour beaucoup un rêve lointain; le fossé entre hommes et femmes en matière d’alphabétisation crève les yeux. Au moment où les filles et les garçons peuvent choisir une formation qui les préparera au marché du travail, ils auront déjà bien intégré leurs rôles respectifs. Dans l’enseignement technique et professionnel, par exemple, ce n'est pas un hasard si les garçons forment une nette majorité. Filles et garçons y font des choix différents: les

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“Logique, non?” pensez-vous peut-être, “car les femmes sont de nature plus attentionnées que les hommes et donc mieux placées pour exercer une profession d’infirmière, d’aide-soignante, de gardienne d'enfants, d’assistante sociale ou d’institutrice, des domaines où elles s’occupent d’enfants, de malades ou de personnes âgées; elles sont plus douées et ont plus d’expérience dans les tâches ménagères, pourquoi ne deviendraientelles pas aide familiale ou aide-ménagère? Elles disposent d’une plus grande habileté parce qu'elles ont des doigts plus petits et sont dès lors prédestinées à devenir couturière ou dactylo; elles ont moins de mal à accepter des ordres et sont moins enclines à superviser d’autres ... Une carrière de secrétaire (de direction) s’inscrit donc tout à fait dans la lignée de leurs attentes. Les femmes assertives qui occupent des fonctions dirigeantes ne sont-elles pas encore souvent considérées comme des femmes difficiles à vivre?” Autant de stéréotypes qui font que le marché du travail aux quatre coins du monde est toujours le théâtre d’une forte ségrégation des genres. Cette ségrégation en défaveur des femmes réduit considérablement la capacité des sociétés à répondre aux évolutions économiques et aux nouvelles opportunités. Les stéréotypes ont la peau dure. Ils sont perpétués tant par les hommes que par les femmes. Profondément ancrés dans le tissu social, ils sont renforcés dans la famille, les médias et l'enseignement.

Situation au Salvador D’après les chiffres du WEF sur les pays partenaires de VIA Don Bosco, le Salvador traîne en queue de peloton sur le plan de la participation économique et des chances pour les femmes. Si les filles bénéficient des mêmes


chances d'éducation que les garçons – on compte autant de filles que de garçons dans l'enseignement primaire, secondaire et supérieur – elles gagnent considérablement moins même pour un travail similaire. Cette triste réalité préoccupe nos partenaires.

jeunes, issus de quartiers défavorisés, comme Soyapango à San Salvador, ou de faubourgs habités par des familles qui ont fui la campagne dans l’espoir d’une vie meilleure en ville. Le plan d'action de nos partenaires se concentre sur divers aspects.

Ils se font en outre beaucoup de soucis concernant l’extrême violence dont sont victimes les femmes dans leur pays. Dans le monde, le Salvador est le pays qui compte le nombre le plus élevé de meurtres à l'encontre des femmes et où les violences intrafamiliales sont légion, ce qui reflète aussi une culture “machiste” profondément enracinée.

Que faire?

Nos partenaires refusent cependant de rester les bras croisés. Ciudadela Don Bosco et le centro de formación profesional de l’institut technique Ricaldone dans la capitale San Salvador, le Colegio San José à Santa Ana sont déterminés à promouvoir l’égalité des chances pour les filles ces trois prochaines années. Ces trois centres de formation atteignent chaque année un total de 2.600

D’abord, ils veulent faire en sorte qu’un plus grand nombre de filles s’engagent dans une formation professionnelle intéressante. Pour y arriver, ils ont lancé des campagnes promotionnelles qui doivent interpeller les filles. Ces actions vont d'aspects subtils liés à l’image – montrer des filles dans les photos utilisées pour les brochures ou un site web – à des discussions avec les parents et les animateurs de quartier pour lutter contre certains préjugés. Une deuxième démarche consiste à créer de nouvelles formations. Après une analyse approfondie du marché de l’emploi, il a été décidé d'ouvrir des formations dans des secteurs qui concernent tant les filles que les garçons, tels que le développement d’applications web et l’entretien d’appareils électroniques et sont axés sur les nouvelles technologies. Les anciennes filières classiques, telles que la coupe/couture, sont abandonnées car elles conduisent les filles vers des professions saturées et des secteurs n’offrant que peu d’avenir. De plus, tous les cours contiennent une composante “aptitudes de vie” – habilidades para la vida – qui stimule le leadership chez les filles et sensibilise les garçons aux thèmes liés au genre. Enfin, on consacrera aussi de l’attention au genre dans la formation permanente des enseignants et dans la sélection du personnel administratif et des cadres. Il est en effet important de créer un contexte au sein duquel tant le personnel féminin que les filles qui viennent suivre une formation se sentent en sécurité et valorisées. La lutte pour plus d’égalité des genres est loin d’être gagnée, mais les nouvelles formations mises sur pied démontrent que la volonté de lutter contre les inégalités au travail est bien présente. Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant de l’évolution de ce dossier. 

Maud SEGHERS ■

La promotion de l’égalité des chances pour les filles est une priorité.

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Coopération au développement // Colombie

Le Pacto Motor: une force motrice de l’emploi pour les jeunes à la fois par un urbanisme révolutionnaire et innovant (il suffit de penser à Medellín et, plus récemment, à la capitale Bogota) et par un conflit armé et un exode rural forcé. Le centre Juan Bosco Obrero se situe au cœur de Ciudad Bolívar, l’un des quartiers populaires les plus peuplés, les plus pauvres et les moins sûrs de Bogota. Au cours des dernières décennies, Ciudad Bolívar a accueilli des familles déracinées venues du pays tout entier, fuyant la lutte armée qui oppose les différents groupements (para) militaires et révolutionnaires. Aujourd’hui, à quelque 3.000 mètres d’altitude, ce sont plus de 500.000 personnes qui vivent entassées dans d’innombrables mini-habitations en béton le long d’un lacis inextricable de ruelles. Chaque année, plus de 800 jeunes suivent une formation professionnelle chez JBO.

Fin 2013, après plus de deux décennies, VIA Don Bosco a bouclé son programme de coopération en Colombie. Ou plutôt, il a mis fin au support financier assuré avec les fonds des autorités fédérales belges. Nous espérons toutefois maintenir durant de nombreuses années les excellentes relations que nous entretenons avec nos partenaires colombiens. C’est qu’ils peuvent encore apprendre beaucoup tant à VIA Don Bosco qu’à nos organisations partenaires dans d’autres pays. Prenons pour exemple le Pacto Motor, une initiative réussie en matière d’emploi pour les jeunes défavorisés. Ce projet issu d’une “idée intéressante” pourrait bien se révéler en Colombie le modèle d’avenir pour un enseignement professionnel durable, axé sur la pratique. Commençons par Juan Bosco Obrero (JBO), un grand centre de formation salésien qui, depuis sa création en 1998, est étroitement lié à VIA Don Bosco. C’est ici que la “graine” du Pacto Motor a germé.

Un “rap” pour l’avenir La Colombie: un pays d’une richesse et d’une croissance économique incroyables mais affecté en même temps par une pauvreté et une inégalité sociale extrêmes; marqué

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C’est ici qu’il y a 15 ans, padre Jaime – un salésien colombien qui ne manque aucune occasion de rappeler qu’il a étudié trois ans à Louvain – a concrétisé son rêve: la construction d’un centre professionnel et d’un foyer pour les fils et les filles de Ciudad Bolívar. Nombre de jeunes entrent en contact avec le centre JBO via les cours hebdomadaires de rap, de salsa, de capoeira et de break dance organisés par les associations de jeunes du centre. En s’adonnant à leur nouveau passe-temps, ils découvrent une nouvelle manière d’exprimer leurs peurs, leurs rêves et leurs désirs. Chaque année, au centre JBO, plus de 800 jeunes suivent une formation professionnelle et deviennent électriciens, charpentiers ou mécaniciens automobiles. Mais il ne leur suffit pas de suivre une formation pour accéder automatiquement au marché du travail et encore moins pour décrocher un emploi décent. Tant s’en faut. Ciudad Bolívar connaît un taux de chômage extrêmement élevé, et sur cinq jeunes entre 16 et 24 ans, un seul fréquente l’école. Bon nombre de jeunes cherchent leur salut dans des bandes armées et des pratiques commerciales illégales, un cercle vicieux qui entretient l’image négative du quartier et de ses habitants, et favorise encore l’exclusion socio-économique. Pour accompagner les jeunes diplômés dans leur recherche d’un emploi, le centre JBO a mis sur pied, voici une dizaine d’années, une agence pour l’emploi avec le support de VIA Don Bosco. Cette agence a rapidement enregistré des résultats remarquables sous la houlette de Rosalba Díaz, une dame très compétente et motivée.


Un partenariat entre les secteurs public et privé Au lendemain d’un grand salon pour l’emploi en 2010, Rosalba et son équipe ont fait un constat douloureux mais limpide: des dizaines d’entreprises actives dans le secteur automobile et du transport cherchent du personnel, mais les jeunes diplômés de Ciudad Bolívar sont recalés par les processus de sélection. C’est ce manque manifeste de rapprochement entre les attentes des entreprises, d’une part, et “l’offre” de jeunes chercheurs d’emploi, de l’autre, qui a rassemblé Rosalba et le président de la Fondation Chevrolet autour de la table. Cette rencontre a donné naissance au Pacto Motor.

je n’ai plus pu refuser. A ce moment-là, je ne savais pas quelle tournure prendrait ma vie. Je vais bien, grâce à Dieu. Je ne manque de rien pour le moment.” Ce modèle de “Pacte pour un travail décent” a suscité un tel enthousiasme de la part du Ministère colombien de l’Emploi et du Travail que des projets pilotes ont déjà été mis sur pied dans d’autres villes et secteurs. Le secteur touristique se trouve en tête de la liste des priorités. Pour VIA Don Bosco, il est très valorisant de constater que les projets dans lesquels nous avons investi avec nos

L’idée centrale du Pacto Motor est que tout le monde profite d’un pacte multi-acteurs en faveur du travail décent dans un secteur déterminé. Le secteur automobile recherche du personnel technique bien formé, les fondations du secteur automobile poursuivent un entreprenariat socialement responsable et les salésiens, en tant qu’éducateurs, entendent préparer les jeunes à exercer un travail décent par le biais de programmes de formation de haute qualité. C’est pourquoi le secteur automobile investit dans une formation intégrale et nettement axée sur la pratique, aux côtés du centre JBO. Plusieurs agences spécialisées des Nations unies ont rejoint l’initiative. C’est ainsi que le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) et l’Organisation internationale du Travail (OIT) se sont chargés de l’étude sur les profils de compétences et des mesures de satisfaction. Enfin, plusieurs autorités locales aident les bénéficiaires finaux en leur accordant un petit bonus pour le transport et les repas pendant le cycle de formation.

Extension vers d’autres secteurs Le projet pilote a remporté un vif succès: en 2013, plus de 150 jeunes ont trouvé un travail décent grâce au Pacto Motor, soit 98 pour cent des diplômés. Cette année, ce sont pas moins de 900 jeunes victimes du conflit armé en Colombie qui ont la chance de suivre une formation gratuite et de haute qualité dans le secteur de l’automobile et du transport. Ingrid Moreno, l’une des jeunes bénéficiaires des avantages du Pacto Motor, témoigne: “Le Pacto Motor, cela a simplement été une opportunité qui s’est présentée à moi. Je l’ai rejetée une fois, mais quand ils m’ont rappelée,

JBO et l’industrie automobile investissent dans une formation intégrale et axée sur la pratique.

partenaires au cours des dernières années – le centre professionnel avec ses ateliers, son agence pour l’emploi et ses associations de jeunes – peuvent ainsi se développer et s’épanouir. Donner aux jeunes des chances pour l’avenir sans discontinuer ... Voilà notre objectif ! Kaat TORFS ■

Ne passez pas à côté de “Microhistoria sobre Trabajo Decente Pacto Motor”, une vidéo simple mais intéressante qui témoigne de l’impact que le Pacto Motor a eu sur Ingrid Moreno de Ciudad Bolívar. À voir sur YouTube, à l’adresse: www. youtube.com/watch?v=j7GQKc8ekj0

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Coopération au développement // Pérou

La transformation de Majes

Une formation de qualité aide les jeunes de el Pedregal à trouver du travail.

Le district de Majes, dans le département d'Arequipo au sud du Pérou, formait jusqu'il y a une quinzaine d’années une région désertique particulièrement aride. Depuis lors, la contrée a subi une véritable transformation. D’importants investissements publics ont permis d'aménager une digue et de réaliser des travaux d'irrigation afin de créer au cœur de ce vaste désert une grande oasis de verdure, destinée à l’agriculture d'exportation. Le projet Majes-Siguas fait l'objet de controverses. Ces dernières années, les travaux ont même été interrompus après des heurts avec des habitants du département voisin d'Espinar, qui voient leurs réserves d'eau menacées. La population d'Espinar exigeait une étude approfondie de l'impact de ces projets de construction sur l'approvisionnement en eau de leur région. L’affaire a été traitée par la Cour constitutionnelle qui, fin 2013, a donné son feu vert à la deuxième phase des travaux. Cette décision aura certainement des conséquences aussi pour el Pedregal, le centre urbain du projet d'irrigation Majes. On craint en effet qu'el Pedregal n'arrive à saturation.

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Déplacement de population Le vaste système d'irrigation que les pouvoirs publics ont aménagé cette dernière décennie, après la construction de la digue Condoroma dans les années 1970, et qui a transformé le plateau de Majes en une région agricole prospère, a entraîné un véritable exode. Au départ d'Arequipa surtout, la capitale de la région homonyme. La population pauvre, entassée dans des bidonvilles, a vu dans le nouveau centre el Pedregal l'occasion de se bâtir une nouvelle existence. En 14 ans, pas moins de 70.000 personnes se sont jointes à l'implantation! La deuxième phase du projet va probablement provoquer un nouvel afflux de gens en quête d'un travail et d'un avenir. A el Pedregal, je discute entre autres avec Amaro. A l'instar de tous les ados au Pérou, il porte un jean et l'inévitable casquette de baseball. Amaro raconte l’expédition de sa famille vers la terre promise, il y a trois ans. Comme tous nouveaux habitants, leur première action a été de délimiter leur terrain au moyen de gros galets. Moment magique: c'était la première fois depuis des générations que la famille d'Amaro possédait quelque chose. Leur habitation


se réduit pourtant à quelques planches et à une bâche en plastique. Il n’empêche qu'Amaro estime que la vie de sa famille s'est améliorée. A Arequipa, le gamin essayait de gagner quelques sous en mendiant et en commettant de petites rapines. Maintenant, il suit une formation de trois mois en horticulture dans l’école professionnelle salésienne locale. Les nouveaux-venus, qui ont quitté la ville pour rejoindre el Pedregal, n’ont en effet aucune connaissance ou expérience de l'agriculture ou de l’horticulture. Indépendamment des problèmes provoqués par le projet de digue controversé, la communauté Don Bosco à Arequipa, interpellée par l’afflux de jeunes illettrés, a créé en 2000 une école professionnelle dans la nouvelle capitale de la province. Les conditions de travail étaient très difficiles. Il n’y avait au départ aucun équipement: pas d'électricité, pas d'égouts, pas de classes ni de toit pour les enseignants. Dans une première phase, ils ont séjourné dans des containers que la chaleur transformait en véritable sauna quand le froid ne les transformait pas en glacière. Ces conditions de travail extrêmes expliquent que les salésiens ont eu du mal à trouver des enseignants. Pendant des années, l’école n’a compté qu'une quarantaine d’élèves. Entretemps, les salésiens ont construit des ateliers pour les différentes formations professionnelles ainsi qu'une maison pour les enseignants et les bénévoles du projet. Tout le monde a sa chambre désormais.

Croissance explosive L’école connaît une croissance explosive. 250 élèves y suivent une formation de deux ans. Ils ont le choix entre la soudure, la maçonnerie ou la mécanique agricole, des formations spécifiquement axées sur une ville se développant dans une région agraire.

La plupart des jeunes à el Pedregal n'ont cependant ni les pré-requis ni les possibilités financières pour étudier deux ans. Leur premier souci est d'aider leur famille aux travaux dans les champs. Raison pour laquelle les salésiens ont décidé de proposer aussi des modules courts, axés sur la pratique. Bon nombre de ces jeunes n’ont pu achever l'école primaire. Ces modules leur donnent une formation de base dans les techniques agricoles et horticoles, en maçonnerie, petit entretien de machines agricoles, ... Depuis peu, un nombre croissant de fermiers font également de l'élevage. Ces formations courtes portent des fruits d’emblée. Elles augmentent les chances des jeunes de trouver du travail dans le secteur agricole ou leur permettent de bricoler dans la construction. L’école a également mis sur pied une école de conduite automobile agréée. Les jeunes qui décrochent leur permis de conduire peuvent travailler comme chauffeur de camion auprès des entreprises de transport locales qui assurent le transport des récoltes et des produits de l’élevage vers Arequipa.

Besoin d'un coup de pouce financier L’école à el Pedregal répond manifestement aux besoins de la nouvelle implantation. C’est la seule à proposer un enseignement technique et professionnel à des lieues à la ronde. L’avantage est qu’après leur formation, les jeunes trouvent facilement du travail tout près de chez eux. Chaque nouvelle solution, chaque création de possibilités apporte cependant son lot de soucis. L’offre de courts modules de formation répond certes à une nécessité … mais l’école manque à nouveau d'espace et de matériel pédagogique. La communauté salésienne tente d'exploiter les classes et le matériel au mieux en répartissant les élèves en groupes. Certains ont cours tôt le matin, d’autres l’après-midi, d’autres encore le soir. Malheureusement, ce système ne suffit plus. L’école professionnelle à el Pedregal a besoin d'une aide financière urgente. Les salésiens sont déterminés à offrir aux jeunes comme Amaro et aux générations suivantes une chance de vivre une existence digne. Grâce à leur persévérance et à votre solidarité, nous pouvons faire en sorte que la transformation de Majes profite réellement à la population.



Eric JORIS ■

CETPRO Don Bosco est unique dans la région.

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Éducation au développement // Voyage d’immersion au Sénégal

“Nio Far” … tous ensemble

Un grand enthousiasme chez les participants au foum des jeunes à Dakar.

Terranga! C’est ce que les jeunes Sénégalais répondent en chœur quand on leur demande ce qui fait la fierté de leur pays: l’hospitalité. Un groupe de jeunes Belges ont pu l'expérimenter lors des vacances de Noël dernières. Fin décembre, 16 élèves de sixième et quatre enseignants issus de quatre écoles secondaires sont partis en voyage d'immersion au Sénégal, une initiative conjointe de VIA Don Bosco et de Broederlijk Delen. Les élèves, qui représentaient le Sint-Calasanzinstituut Nijlen, Don Bosco Hechtel, SintJan-Berchmanscollege Malle et Kindsheid Jesu Hasselt, ont été plongés pendant deux semaines dans la culture et la vie au Sénégal.

Forum de la jeunesse à Dakar Les élèves n’ont guère eu le temps de lambiner! Au programme du premier jour figurait déjà un forum des jeunes dans une école Don Bosco à Dakar. Le thème central n'était autre que l'avenir des jeunes. Les élèves belges et une trentaine de jeunes Sénégalais ont échangé pendant toute la journée sur leurs rêves et leurs perspectives d'avenir. Grâce à quelques chants et djembés sénégalais, la timidité initiale a rapidement fait place à

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des discussions animées dans une ambiance joyeuse. Un jeu à thèses a permis de mettre en lumière les ressemblances comme les différences. Est-il plus important de faire un boulot qui permet de gagner beaucoup d'argent plutôt qu'un boulot que l’on aime? Les femmes reçoiventelles autant de chances que les hommes pour décider de leur avenir? Dans quelle mesure mon avenir est-il déterminé par le destin ou par Dieu? Ce sont ces questions et bien d'autres qui ont été abordées et ont rapidement permis aux jeunes Belges et Sénégalais de découvrir des tas de choses sur leurs cultures et leurs rêves mutuels. Un élève belge a dit par après: “Quand on demande aux jeunes Sénégalais quels sont leurs rêves et ce qu'ils veulent atteindre dans la vie, ils ont en général les mêmes rêves que nous: un bon boulot, une belle famille, des voyages, devenir avocat ou médecin, etc. Des rêves très normaux en fait. Les jeunes Sénégalais sont faits comme nous, même s'ils ont été élevés dans une autre culture”.

“Tubaab, tubaab!” Après une visite de la ville de Dakar, un atelier “art à partir de déchets”, une fête de Noël musicale et une visite à l’île de


Gorée, un des centres de l’esclavage transatlantique d’il y a plusieurs siècles, nous avons quitté la métropole. A l’animation d’une grande ville africaine ont succédé le calme et la sérénité de la campagne sénégalaise. Quoique, ... peut-on vraiment qualifier de calme un tour en taxi brousse sur des chemins non-asphaltés, lorsqu’une des jeeps se retrouve coincée dans un trou? Les yeux des aventuriers du groupe ont commencé à briller. “This is Africa”, comme le dit Leonardo DiCaprio dans le film “Blood Diamond”. Bruyamment encouragés par des enfants sénégalais aux cris de “tubaab, tubaab” (blancs, blancs), nous poursuivons notre expédition.

quatre élèves par école, les voyageurs témoignent dans leur école de ce qu’ils ont vécu au Sénégal et du travail de VIA Don Bosco et de Broederlijk Delen dans le Sud.

A la campagne, les élèves ont séjourné dans des familles d'accueil par groupe de deux. Pendant trois jours, ils ont vécu au rythme de familles qui vivent essentiellement d’activités agricoles. C’est avec un peu d'appréhension qu’ils ont été déposés dans leur famille, mais c’est avec de multiples anecdotes et une expérience extraordinaire qu’ils sont revenus trois jours plus tard. Un homme qui avait trois femmes, des musulmans qui priaient cinq fois par jour, un baptême, une fête de circoncision, une jeune fille qui se marie à l’âge de 14 ans et a déjà cinq enfants à 24 ans, une petite école de village, le travail au champ, des heures d'inactivité, ... 1001 impressions, et pour la plupart manifestement le point d’orgue du voyage. Un élève a témoigné par après: “Je me souviendrai longtemps du séjour dans ma famille d’accueil. A la télé, on voit beaucoup d’images de la vie dans les pays pauvres, mais maintenant, nous l’avons vécu de près. C’était du réel! On vit avec ces gens, on parle avec eux et on se rend compte: des cultures totalement différentes, mais les mêmes désirs et les mêmes sentiments.”

La plupart veulent cependant réaliser leurs projets au Sénégal où les défis sont énormes. A la campagne, on est quotidiennement confronté au manque d’eau et à l'épuisement des sols, raisons pour lesquelles les champs ne produisent pas suffisamment. L’exode rural est dès lors élevé. Mais dans les villes, les jeunes sont tout aussi vulnérables. Le manque d’emplois et l’insuffisance de possibilités d'enseignement et de formation de qualité expliquent que les jeunes ne peuvent concrétiser leurs rêves d'avenir. Avec le slogan “Construis l'avenir”, VIA Don Bosco souligne l’importance de formations techniques et professionnelles sérieuses et de l’accompagnement vers un travail.

Construire l'avenir Ce voyage d’immersion fait partie d'un long trajet de préparation et de suivi qui se clôturera par la campagne de Carême. Pour que cette expérience unique ne se limite pas à

Cette année, notre campagne est axée sur le Sénégal, et plus particulièrement sur l'avenir des jeunes. Le Sénégal fait partie du groupe de pays les moins développés. Les jeunes surtout constituent un groupe de population vulnérable, confronté à des conditions de vie de plus en plus difficiles. Le taux de chômage est élevé et beaucoup d'entre eux espèrent une vie meilleure, en Europe notamment, via l’immigration illégale.

Le programme du voyage prévoyait également des visites aux partenaires de VIA Don Bosco et de Broederlijk Delen. A la campagne, nous avons découvert quelques projets de lutte contre l’érosion et d’agriculture biologique. Dans la ville de Thiès, nous avons visité un centre de formation Don Bosco où garçons et filles peuvent apprendre un métier, comme l’électricité ou la mécanique.

Ensemble Nous avons clôturé le voyage comme nous l’avions commencé: par une rencontre avec des jeunes Sénégalais. Nous avons passé les trois derniers jours avec une troupe scoute locale. Au menu: une après-midi de jeu belge, une soirée sénégalaise agrémentée de danse et d’une pièce de théâtre sur le rituel de la circoncision, un quizz belge, du foot sur la plage, la collaboration à un projet de reboisement et une petite visite à l’île de Ngor. A l’issue du séjour, après un échange des numéros de GSM et des données Facebook, nous avons pris la direction de l’aéroport, riches d’une expérience supplémentaire. En prenant congé, un jeune sénégalais a résumé le sentiment dominant: “Nio far” ... nous sommes ensemble. 

Bram REEKMANS ■

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Éducation au développement // School-to-School Belgique-RDC

“Chez vous on ne parle pas de la RDC” Autant de signes annonciateurs d’un partenariat riche en découvertes. Car qu’est-ce que le projet s2s, sinon un dialogue de long terme, au fil duquel les préjugés s’effilochent pour laisser place à une réelle connaissance de l’autre?

Lorsque les hommes travaillent ensemble, les montagnes se changent en or Dès le mois de février, moment du lancement officiel du projet, les écoles entameront des activités de réflexion communes: à quoi ressemble une semaine type pour un élève belge ou congolais? Quelles valeurs sont les plus représentatives de nos cultures respectives? Parmi les jeunes Congolais, certains semblent avoir une image très précise de l’enseignement en Belgique: “La différence avec nous, c’est que les élèves belges n’écrivent pas en classe. Ils ont des manuels et des photocopies.” D’autres peinent à imaginer à quoi peut bien ressembler un cours dans une école belge. Nul doute que, dans l’hémisphère Nord comme dans l’hémisphère Sud, élèves et professeurs auront une multitude de questions à adresser à leurs correspondants!

Multiples paires d’yeux bridés, conversations en chinois … Nous sommes en décembre 2013 dans le vol vers la République démocratique du Congo. Les violences dans les rues et l’aéroport de Lubumbashi quelques jours plus tôt n’ont eu raison ni du business sino-africain … ni du projet School-to-School (s2s) Belgique-RDC! Une visite sur le terrain s’imposait avant le lancement officiel du partenariat entre les écoles de Lubumbashi – Imara, Salama, Kitulizo, Hodari et Kafubu – et les écoles belges – les instituts Saint-Joseph / SaintRaphaël de Remouchamps, Don Bosco de Woluwe-SaintPierre (francophone et néerlandophone), Saint-Guidon d’Anderlecht et Saint-Louis de Bruxelles. Des explications complémentaires sur le projet ont ainsi pu être données à la direction, tout comme aux professeurs, qui ont accueilli le projet à bras ouverts. Exaltation des élèves à l’idée de communiquer avec de jeunes Belges, intérêt de la direction et des professeurs à échanger des idées pédagogiques avec leurs homologues issus d’une autre culture …

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Perspective d’éducation au développement oblige, l’analyse de problématiques sociales, telles que les inégalités face à l’éducation, occupe aussi une place de choix dans le programme. L’accès souvent difficile à l’éducation dans les pays du Sud, thème cher à VIA Don Bosco, s’il n’est pas toujours compris, est au moins connu de tous. Les inégalités qui affectent la Belgique, en revanche, passent souvent inaperçues. Or, le dernier rapport PISA, qui s’est intéressé à l’équité et aux performances des écoles partout dans le monde, classe notre système éducatif parmi les plus inégalitaires des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE): l’indice socio-économique y explique, en effet, 20 pour cent des performances scolaires. Oui, plus d’un adulte belge sur quatre n’a pas de diplôme du secondaire. Oui, la pauvreté, le chômage, la mendicité, cela existe aussi en Belgique. “C’est vrai, ça?” demande, les yeux écarquillés, une professeure congolaise, visiblement sceptique. Tout aussi vrai que l’Afrique ne se résume pas à la misère, la famine ou la maladie, malgré les images misérabilistes véhiculées par les médias, qui ont le don


d’irriter Père Didier Umbi, préfet d’Imara: “Nous voulons saisir l’opportunité présentée par s2s pour montrer qu’en RDC, il y a aussi des choses qui vont bien!”

“La Belgique est omniprésente dans nos programmes scolaires,” faisait remarquer, à raison, un professeur

Avec du temps et de la patience, les feuilles de mûrier se transforment en robe de soie. Une vision plus réaliste du Nord et du Sud, exempte de stéréotypes: tel est l’objectif ambitieux du projet d’échange s2s. Ambitieux, car les écoles participantes ont du pain sur la planche et des embûches les guettent, notamment en termes de moyens de communication. Seules deux écoles sur les cinq participantes disposent d’un accès à internet, le bureau de poste de Lubumbashi s’est transformé en gigantesque magasin de téléphonie, la vitesse de la connexion internet peut décourager les surfeurs les plus patients. Ambitieux, car l’identification de ses propres stéréotypes n’est pas toujours aisée et nécessite une prise de recul continue, même pour les voyageurs les plus aguerris. Ambitieux, enfin, car parvenir à une relation horizontale, d’égal à égal, ne sera pas une sinécure au vu de l’histoire colonialiste qui relie nos deux pays. Jusqu’il y a peu, les programmes scolaires coïncidaient encore avec le programme du Congo belge. Vous avez dit “indépendance”?

Ce n’est qu’avec les yeux des autres que l’on peut bien voir ses défauts Dans un monde globalisé, l’indépendance est un terme bien abstrait. Plus que jamais, les décisions que nous prenons au quotidien, nos choix en tant que consommateurs et citoyens, refaçonnent le monde. Les élèves belges se doutent-ils que les portables, tablettes, PlayStation ou autres ordinateurs portables qu’ils manipulent chaque jour les relient directement aux mineurs du Kivu qui extraient le coltan – minerai indispensable à la fabrication de ces technologies – dans des conditions exécrables? Quelques mots au JT sur les atrocités commises par les rebelles du M23 recouvrent-ils un sens quelconque tant qu’aucun regard critique sur les dérives provoquées par le commerce du coltan ne vient éclairer ces propos? Doter les élèves d’un sens critique suffisant pour appréhender toute la complexité des relations Nord-Sud: ça aussi, c’est un objectif ambitieux. VIA Don Bosco compte bien déployer toute son énergie pour aiguiller les écoles participantes dans cette tâche difficile.

“La Belgique est omniprésente dans les programmes scolaires congolais, mais chez vous on ne parle pas de la RDC.”

d’Imara, “mais chez vous on ne parle pas de la RDC.” Le projet s2s a bien l’intention de combler cette lacune et d’intégrer la RDC dans les cours en Belgique. Mais pas de n’importe quelle façon. Parler des conflits qui ravagent le Congo, oui, mais de façon constructive. Expliquer la guerre du Kivu, oui, mais dans une perspective systémique: ce ne sont pas eux, qui se battent, là-bas, et nous qui assistons, ici, impuissants, à ces images. S’apitoyer sur le sort des populations du Sud, victimes de la malédiction des ressources, non; remettre en question nos politiques et modes de consommation, oui. Telle est l’approche qui fera des élèves des citoyens responsables, actifs, critiques et solidaires. Telle est l’approche susceptible d’évincer peu à peu le pire stéréotype entretenu au sujet des relations Nord-Sud, qui est aussi le plus répandu, en RDC comme en Belgique: celui du “retard” du Sud par rapport au Nord. 

Anne-Sophie TIRMARCHE ■

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LeMonde.be // Genre

La lutte pour les droits des femmes est loin d'être terminée d’autres implications. Des études de cas montrent qu’en période de vaches maigres, les femmes économisent sur leur propre alimentation afin d'assurer d'abord les besoins de leur époux et de leurs enfants (masculins). .

Droit à une société saine

Les crises financières mondiales successives et les mesures d’économie prises pour les combattre ont des répercussions sur le droit au travail, à l’enseignement, à la santé et à l’alimentation. Elles touchent surtout les femmes, qui sont toujours confrontées aux inégalités de genre et ont dès lors moins aisément accès aux moyens d'échapper à leur situation. Dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les femmes ont jusqu’à 15 fois plus de “chance” d’obtenir des emplois mal rémunérés. En Asie, par exemple, la femme est traditionnellement considérée comme obéissante et soumise; en l’absence de mobilisation et de syndicalisme, diminuer leur salaire ou les licencier est chose facile. A cela s’ajoute qu'en raison de leurs responsabilités au sein de la famille, les femmes travaillent souvent chez elles, formant ainsi une main d’œuvre bon marché et flexible qui ne menace guère la hiérarchie patriarcale. En période de crise, les filles sont les premières à être retirées de l'école pour aider leur mère. Qui plus est, en raison de la lourde inflation des prix des aliments dans les pays en développement, les crises ont

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En dépit du contexte, les soins et la reproduction sociale (élever et éduquer les enfants) sont considérés comme des responsabilités exclusivement féminines. La reproduction sociale est essentielle pour une société saine. Pourtant, les femmes sur le marché du travail sont systématiquement pénalisées par la maternité. Elles travaillent plus longtemps, ont moins de temps pour se détendre et dormir et courent un risque plus élevé de sous-alimentation, de maladies et de violences lors de crises économiques. Les mères seules sont particulièrement vulnérables: leurs salaires sont moins élevés et elles assument seules la lourde tâche de s'occuper de leur famille. Afin de corriger cette situation injuste, les lois et mesures de relance pour contrer les effets de la crise doivent tenir compte des droits et des intérêts des femmes. Elles doivent contenir des incitants permettant de créer des emplois et d'entretenir la reproduction sociale ainsi que des dispositions pour les femmes pauvres et seules, particulièrement vulnérables. De telles mesures de redressement peuvent être financées par des impôts et des taxes, tels que la taxe sur les transactions financières en complément d'autres législations dans le secteur financier. Elles peuvent s’inspirer des dispositions de la CEDAW (Convention on the Elimination of Discrimination against Women) des Nations Unies, qui élabore la politique visant à éliminer la discrimination entre hommes et femmes. 

Kilian DE JAGER ■


Evenement LeMonde.be // A l’agenda

25-27 avril: La formation “Développement et relations interculturelles”

15 mai: Formation POLITIKI, un outil pédagogique du SCI Projets

A travers des jeux, des mises en situations, des débats et témoignages, cette formation propose un cadre théorique et des pistes de réflexion pour aborder les relations Nord-Sud, la question du développement et l’interculturalité. Elle prépare aussi les participants à gérer des conflits pouvant survenir dans des groupes multiculturels. Oú? Braives. Organisée par: SCI Projets Internationaux

Le jeu “POLITIKI!” invite au débat et met l’accent sur la complexité de la notion de développement à partir de points de vue d’acteurs du Sud sur des thèmes tels que la santé, le logement, l’immigration ou le genre … Vous êtes invités à le vivre pour l’animer à votre tour ! Oú? Bruxelles et Province de Hainaut. Organisée par: SCI Projets Internationaux

Pour plus d‘info: www.scibelgium.be/spip.php?article42

Pour plus d‘info: www.scibelgium.be/spip.php?article380

17 juin: Avant-première - “Une douce révolte”

25 -26 juin: Droits reproductifs & sexuels: Genre et santé

Ce documentaire explore les nouvelles micro-révolutions qui aujourd’hui naissent un peu partout dans le monde. Des révolutionnaires qui ne luttent plus contre un système mais qui en proposent d’autres plus humains, plus justes, plus équilibrés. Des pratiques qui réinventent la finance, l’argent, le politique, en les remettant au service de l’homme. Projection en présence de l’équipe du film. Oú? Bruxelles. Organisée par: La Vénerie Pour plus d’info: www.lavenerie.be/agenda.cfm

Atelier interactif de promotion de la santé dans une perspective créatrice de santé. On parle d'autonomie dans le domaine de la santé voir l'empowerment. Mais en quoi cela consiste? Comment mettre en place des analyses, des réponses et les rattacher à des enjeux internationaux et développer la défense des droits des femmes dans le domaine de la santé. Oú? Bruxelles. Organisée par: Le Monde selon les femmes Pour plus d’info: www.mondefemmes.be

Rédacteur en chef: Maud SEGHERS - Rédacteur final: Kilian DE JAGER – Rédaction: Maud Seghers, Katrien DE WILDE, Eric JORIS – Lay-out: Pierre VANDEVIVERE – Imprimeur: GEERS OFFSET, Oostakker Editeur responsable: Albert VAN HECKE, Bd Léopold II 195, B-1080 Bruxelles Votre adresse est erronée ou vous avez déménagé? Veuillez nous communiquer les changements nécessaires afin que nous puissions vous envoyer le Faire Route Ensemble à la bonne adresse. Contactez VIA Don Bosco, Comptabilité des adresses, à l’att. de Jan De Broeck et Peter Goossens, Bd Léopold II 195, B-1080 Bruxelles. Par téléphone: + 32 (0)2 427 47 20 ou par mail: viadonbosco@skynet.be. Suivant les dispositions de la loi du 8 décembre 1992 concernant la protection de la vie privée, vos coordonnées sont insérées dans notre fichier d’adresses. Nous les utilisons uniquement pour la publication d’informations relatives à nos activités. Vous avez pleinement le droit de consulter notre fichier et d’y corriger vos coordonnées.

Partenaires: Association pour une Ethique dans la Récolte de Fonds

Voulez-vous nous soutenir? VIA Don Bosco Compte Banquaire: 435-8034101-59 IBAN: BE84 4358 0341 0159 BIC: KREDBEBB

Sponsors:

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Citoyenneté mondiale et mobilité sociale

VIA Don Bosco soutient des organisations en Afrique, en Asie et en Amérique Latine. Celles-ci ont pour objectif d’améliorer les capacités professionnelles et sociales de personnes défavorisées de façon à les intégrer dans le monde du travail. A travers nos projets d’éducation au développement, nous créons des liens entre des écoles belges et nos partenaires du Sud. De cette manière, nous contribuons à ce que les jeunes deviennent de vrais citoyens du monde. www.viadonbosco.org

Faire Route Ensemble 2014 n°1  
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