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et de leur avenir… Par Jean-Louis IMBS, naturaliste alsacien Voyageurs de l’Arctique et de l’Antarctique, visiteurs assidus de la Terre de Feu dans l’hémisphère sud et du grand nord canadien dans l’hémisphère opposée, il n’y eu pas un instant d’hésitation lorsqu’AnneChristine et moi-même avons choisi notre lieu de paix : ce sera la forêt pluviale tempérée du nord-ouest de la Colombie Britannique, à la frontière du Canada et de l’Alaska. C’est dans cette forêt que nous faisons escale plusieurs fois par an, c’est ici que nous posons notre sac à dos pour nous connecter à l’univers. Les forêts ont toujours fait partie de notre vie : celles feuillues de l’Alsace Bossue pour moi-même, les sapinières des Vosges du sud pour Anne-Christine.

Dimanche premier novembre. Tandis que l’Europe fête la Toussaint, les enfants canadiens fêtent Halloween, l’occasion pour eux de faire le tour du village et de récolter des friandises, règle à laquelle il vaut mieux se plier, faute de quoi ils vous jettent un sort. Vous avez dit un sort ? Dans l’immensité de la forêt canadienne, l’imaginaire des hommes est en connexion avec les arbres et le monde secret de la forêt : ours, loups, lynx, castors, aigles, saumons, gloutons, renards, tous font partie de la mythologie, tous hantent l’imaginaire collectif. Mais pas seulement, car quotidiennement, au détour d’une frondaison, vous pouvez vous trouver nez à nez avec l’un de ces habitants de la forêt. Hier samedi, alors que j’observais la remontée des saumons dans Rainey Creek dans le village de Stewart, j’entends des chiens aboyer. Bagarre entre canidés ? Que non ! Les chiens avaient flairé l’ours bien avant que je ne le voie. Le voilà qui avance dans ma direction, je m’abrite de son regard derrière un cèdre rouge plusieurs fois centenaire, et le spectacle qui s’offre à moi me fait vibrer, frissonner ! Il me fait réfléchir aussi. Ne sommes-nous pas des

intrus, nous les humains qui avons conquis ces grands espaces sans trop de considération pour leurs habitants, nous qui jour après jour grignotons le territoire des autres pour des besoins pas toujours justifiés ? Afin d’éveiller les consciences, de sensibiliser à la fragilité des écosystèmes et ainsi éviter dans le futur les conflits entre les ours et les hommes, j’ai pris l’initiative d’ouvrir un centre d’initiation à la nature et à la connaissance des ours et de leur écosystème. Il s’agit d’un lieu d’accueil pour les écoliers et les habitants de la région, ainsi que pour les nombreux touristes qui viennent visiter la Colombie Britannique. Abrité dans un bâtiment construit par les premiers chercheurs d’or arrivés dans le coin vers 1898, le Bear River Interpretive Centre (c’est son nom) est le lieu où j’apporte ma contribution : jour après jour, tout l’été durant, j’anime des conférences, organise des ateliers, et avec l’aide de jeunes biologistes, nous étudions la distribution géographique des ours, leurs habitudes alimentaires, leur état de santé. Nous proposons également des programmes de formation pour une meilleure compréhension 9

A chaque homme son arbre  

Extrait du livre de Marie-Hélène et Frédéric Engel (photos © Frédéric Engel)

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