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8 novembre 1918. La Grande Guerre s’achève. La France veut récupérer l’Alsace-Lorraine. Les troupes allemandes sont sur le départ, l’armée française est sur la crête des Vosges.

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les enquêtes rhénanes

En Alsace comme en Allemagne, les soldats mutinés font la révolution. Ils rêvent de construire, sur les ruines du vieil Empire, une République des conseils, solidaire et fraternelle.

Mais quand ses investigations lui font croiser la belle et indépendante Tania, Jules se sent un peu déboussolé. Quinze jours seulement vont s’écouler avant que les Français défilent à Strasbourg et mettent fin à la révolution alsacienne. Dans cet intervalle, Jules aura-t-il vu clair dans ce crime bizarre, dans l’Alsace qui cherche son destin, et dans son propre cœur ? Un roman policier passionnant dans une période méconnue de l’histoire d’Alsace, quand le drapeau rouge flottait sur la cathédrale de Strasbourg. Jacques Fortier est journaliste aux Dernières Nouvelles d’Alsace à Strasbourg, et correspondant du Monde. Il avait auparavant travaillé au Nouvel Alsacien (Strasbourg), puis comme rédacteur en chef de France Bleu Alsace (Radio France). Il a publié, dans la même collection, Sherlock Holmes et le mystère du Haut-Kœnigsbourg qui a connu un très grand succès public.

JACQUES FORTIER • QUINZE JOURS EN ROUGE

Jules Meyer a 20 ans. Il a été marin sur la Baltique et revient à Strasbourg. Petit garçon, il a croisé la route du célèbre Sherlock Holmes au pied du HautKoenigsbourg. Aussi, quand sa marraine de guerre, la ravissante Violette, lui parle d’un meurtre commis dans une mystérieuse villa, Jules mène aussitôt l’enquête.

JACQUES FORTIER

272 pages • 9,50 € Couverture de Vlou.

les enquêtes rhénanes ISBN 978-2-84574-126-3

Des extraits, des avis et toute la collection sur :

9 782845 741263

http://verger-editeur.fr

OLICIER


Quinze jours en rouge


Š

2011

www.verger-editeur.fr


Jacques Fortier

Quinze jours en rouge

Collection

Les enquêtes rhénanes


Aux "Liberty Square Irregulars", avec ma gratitude.


Chapitre I er

Cadeaux d'a nniversaire

Kiel (Allemagne) Vendredi 8 novembre 1918 — Bon anniversaire ! Nos vœux les plus sincères ! Herzlichen Glückwunsch zum Geburtstag ! Jules s'arrêta net sur le pas de la porte, décontenancé et ravi. Ses vingt ans ! Ils y avaient pensé ! Dans la petite cambuse, les uns attablés, les autres debout, tous en uniforme gris, ses camarades de chambrée, sourire aux lèvres, levaient en son honneur leurs gobelets métalliques. Sur la table, à côté de quelques bouteilles de vin du Rhin, un biscuit rose était couronné de courtes bougies allumées. — Quelle surprise ! C'est vraiment sympathique. Vous n'auriez pas dû. Surtout en ce moment… Jules avait du mal à cacher son émotion. Tous ses amis étaient là, dans ce hangar métallique que réchauffait un vieux poêle à charbon. Le petit Sepp, avec ses lunettes rondes, le grand Albrecht, qui avait toujours un pantalon trop court, le discret Jürgen, qui venait de Lübeck toute proche, et qui partageait généreusement les colis que lui envoyait sa famille. Même Hans, le sombre Hans était là, alors qu'on ne l'avait guère vu ces derniers jours, toujours à courir sur le port, dans les casernes. Depuis le début des événements, une semaine 7


auparavant, il en était un des meneurs. Il avait échappé de peu à la prison. Il avait failli être blessé. Il jouait à cache-cache avec les autorités. Il ne dormait jamais deux fois au même endroit. Il était attendu dans des réunions secrètes. Mais là, malgré tout, il était venu pour les 20 ans de Jules. — C'est tellement… Vous êtes des frères ! Il y avait aussi Charles, Paul et toute cette petite bande d'Alsaciens qui s'étaient retrouvés à Kiel et qui faisaient équipe au milieu de cette guerre compliquée. Cela faisait plus d'un an maintenant qu'ils portaient tous l'uniforme de la Kaiserliche Marine, la marine impériale de Guillaume II. Enrôlés ensemble – ils n'avaient pas le choix – ils avaient navigué sur le même cuirassé ; ils avaient partagé la peur au ventre en scrutant l'horizon pour surveiller les navires russes ou britanniques ; ils avaient supporté les ordres cassants de la hiérarchie ; ils avaient mal mangé et mal dormi ; ils avaient vomi et s'étaient soûlés ; ils avaient été pour la plupart punis, certains récompensés ; mais ils s'étaient serré les coudes. Et ils avaient eu beaucoup de chance : ils n'avaient pas entendu le canon une seule fois sur cette mer que dominait l'Empire. — Il faut que tu souffles tes bougies, sinon on va bouffer de la cire ! Jürgen, le débrouillard, qui avait toujours une combine pour améliorer l'ordinaire, était sûrement celui qui avait trouvé le biscuit. Pas facile, dans un port bloqué, dans une ville en grève générale, de trouver un pâtissier. Jules s'approcha, se pencha, souffla d'un coup. Dix-neuf petites flammes disparurent. Il lui fallut reprendre son souffle pour éteindre la vingtième. 8


Vingt ans ! Il n'avait jamais imaginé qu'il les fêterait là, ses vingt ans, à Kiel, cette grande ville de la Baltique, avec ses camarades de la marine, dans un hangar au bout d'une jetée, à la fin d'une guerre, au début d'une révolution, à plus de neuf cents kilomètres de chez lui. Ses yeux se mouillèrent fugitivement. Jürgen lui tendit son poignard. — Tu le coupes en douze au moins. Il n'est pas gros, mais ce n'était pas évident de trouver un gâteau. Tu sais le bordel qu'il y a en ville… Jules enleva les trognons de bougies et partagea le biscuit. Hans, qui s'était approché, lui versa un gobelet de vin blanc et le lui mit en main. — Tiens Jules, buvons à tes vingt ans, et au monde nouveau qui s'annonce ! Tu en as de la chance : ton anniversaire tombe au milieu d'une page d'histoire. Tu sais que les ouvriers et les soldats se réveillent partout : hier, c'était à Munich, à Cologne, à Hanovre, à Brunswick. Et ce matin, ils ont libéré Rosa Luxemburg ! — Rosa Luxemburg, c'est qui ? C'était Charles, l'A lsacien, qui avait posé la question. Hans le fusilla du regard : — Tu ne la connais pas ? Une grande dame, qui aime le peuple. Une journaliste. Elle a lu Karl Marx, elle a tout compris. Elle a essayé de faire la révolution en Pologne, là où elle est née. Mais elle a échoué. Elle a passé presque toute la guerre en prison, à Breslau, parce qu'elle refusait que les ouvriers s'entretuent pour protéger les privilèges des possédants. Ce matin, le peuple a ouvert les portes de sa prison. Elle est libre ! — Et l'Empereur, Guillaume, où est-il ? Que devient-il ? Seuls ceux qui connaissaient bien Charles pouvaient deviner qu'il était un peu vexé. Karl Marx, Rosa Luxemburg, 9


cela ne lui disait rien. C'est vrai qu'il ne lisait pas les journaux, ne s'intéressait pas à la politique. Son truc, quand il cherchait à comprendre ce qui se passait autour de lui, c'était la petite bible reliée de cuir qui ne le quittait jamais. Elle l'aidait beaucoup. Mais Marx n'y jouait aucun rôle. Pourtant, Charles l'Alsacien aimait bien Hans, cet Allemand fougueux qui faisait la Révolution après avoir fait la guerre. Il le sentait généreux, altruiste, même si ses explications étaient parfois un peu compliquées et ses décisions imprévisibles. — L'Empereur ? Il faut qu'il parte ! Il est à Berlin, il hésite, il a peur, tout le monde lui demande d'abdiquer, mais il n'arrive pas à se décider. Pourtant, il a fait assez de mal comme ça… Jules, qui se léchait les doigts après avoir distribué les parts de biscuit, interrogea Hans : — Mais si l'Empereur abdique, qui va commander à Berlin ? — Personne ! Bien sûr, il y a plein de vieilles badernes dans les couloirs qui veulent récupérer le pouvoir, refaire l'Empire sans l'Empereur. Mais la porte sera ouverte pour la révolution, pour les ouvriers, les soldats et les paysans ! Et crois-moi, Jules, on ne la laissera pas se refermer. Ce qui se passe ici, à Kiel, va transformer l'histoire de l'A llemagne. Jules avala une gorgée de vin. Il le trouva un peu piquant, sans profondeur. Rien à voir avec le velouté d'un gewürztraminer ou la robustesse d'un riesling de chez lui. Mais il ne dit rien. Ses copains n'auraient pas compris, sauf les Alsaciens, bien sûr. Mais depuis un an, tout le monde faisait attention, dans le groupe, à ne pas mettre de barrière entre les Alsaciens et les autres. On portait le même uniforme, on était dans la même galère. 10


Jules s'assit sur un banc. Il dévisagea le groupe autour de lui, qu'éclairait davantage l'ampoule jaune sale suspendue au plafond que le jour blême qui traversait les minces ouvertures des parois. Pour la dixième fois, le petit Sepp ré-essuyait la buée sur les verres de ses lunettes. Jürgen avait des miettes sur le menton. Hans avait pris Charles à part et tentait de lui expliquer la révolution. On aurait pu se croire, un instant, à l'abri, hors du temps et de l'histoire, dans ce hangar portuaire où l'on stockait d'habitude des tonneaux de bière ou des billes de bois. Dehors, les grands cuirassés étaient immobilisés dans le port. Pas un navire n'avait bougé depuis le 30 octobre, quand trois équipages avaient refusé d'appareiller. Pourquoi reprendre la mer alors que la guerre était perdue ? Cela avait été le début de la mutinerie. Les centaines de marins rétifs avaient été mis aux arrêts, jetés en prison. Dans les heures qui avaient suivi, les autres marins de Kiel s'étaient révoltés. Le port, la garnison s'étaient enflammés. « Libérez nos camarades ! » avait été le slogan de trois jours de manifestation dans la ville. L'infanterie, appelée en renfort par le commandement, avait refusé de tirer sur les marins. D'autres n'avaient pas eu ce scrupule. Les armes avaient parlé : il y avait eu le 3 novembre une dizaine de morts et de nombreux blessés. Les ouvriers du chantier naval de la Germania tout proche – là où l'on avait construit les plus gros navires et les sousmarins de guerre de la Kaiserliche Marine – s'étaient joints aux marins venus de toute l'Allemagne. Des conseils d'ouvriers et de soldats s'étaient créés spontanément. L'ennemi, c'était l'officier, le politique, tous ces « valets de l'Empire », disait Hans. 11


Jules et ses camarades avaient vu leurs officiers perdre pied, pour certains réellement paniquer. Les uns s'étaient joints à eux, arrachant symboliquement les galons et les épaulettes de leurs uniformes ; d'autres avaient disparu. On disait que certains avaient été molestés. On parlait même de meurtres. Depuis lundi, les mutins tenaient la ville, contrôlaient les dépôts d'armes. Le mouvement de révolte, parti de Kiel, avait fait boule de neige. Hans et ses copains des transmissions leur avaient dit que la révolution avait déjà touché Stuttgart, Hambourg, Brême. Les civils, lassés des privations de quatre années de guerre, rejoignaient les militaires, refusaient les ordres des officiers comme des patrons, se lançaient dans la grève. Le drapeau rouge était apparu dans plusieurs villes. À Kiel, il flottait depuis le 5 novembre. Jules posa son gobelet, leva le doigt pour demander un peu de silence. — Merci à vous tous ! C'est vraiment une belle surprise : je pensais que mes vingt ans allaient passer à l'as, avec tous ces événements. Je ne sais pas trop ce qu'on va devenir, si on va pouvoir vite rentrer chez nous. Mais si on y arrive, je ne vous oublierai pas ! Promis ! Les marins applaudirent le discours improvisé. Charles, l'Alsacien de Weyersheim, un petit village au nord de Strasbourg, sortit deux petits objets d'une sacoche de cuir. — Pour un anniversaire, il faut des cadeaux. Tu en auras deux, Jules. Tiens, voilà le premier ! Il lui tendit le paquet allongé, emballé d'une page de journal. Jules déchira le papier. C'était un livre relié, en cuir fauve, avec la tranche dorée. 12


— Der Hund von Baskerville ! Oh, c'est extraordinaire ! Une belle traduction en allemand… Il entrouvrit l'ouvrage avec précaution. —… et même des illustrations. Ce sont les dessins de Sidney Paget, ceux de l'édition originale. Et la reliure ! Superbe ! Mais où l'avez-vous trouvé ? — Dans le bureau de Schneckenburger, tu sais, cette peau de vache qui a déguerpi il y a trois jours. Les copains se sont occupés de sa cave, moi de sa bibliothèque… Jules essayait d'imaginer Schneckenburger, le hautain dirigeant de l'Arsenal, cassant et redouté, fier de ses décorations et de ses succès féminins, lire Le chien des Baskerville. Une œuvre ennemie, puisque britannique, écrite par un ancien médecin militaire anglais et qui, de plus, racontait ses aventures avec un détective de Londres qui avait démantelé tout un réseau d'espionnage allemand ! Schneckenburger devait haïr ces deux hommes. Et pourtant, il avait dans sa bibliothèque une belle édition allemande du Chien des Baskerville. Étonnant ! Maintenant, le patron de l'Arsenal était en fuite, et les mutins s'étaient partagé ses bouteilles et ses livres. Jules se tourna vers Charles dont les yeux pétillaient de malice. — Encore merci ! C'est vraiment un beau cadeau. Comment as-tu pensé à moi ? — On connaît tes petits travers, Jules. Sherlock Holmes, c'est ton Karl Marx à toi ! Évidemment tu l'as déjà lu, mais en français. Cela te fera du bien en allemand… Jules sourit. Il avait même essayé de lire Le chien des Baskerville en anglais, avec beaucoup de mal, mais il n'allait pas 13


l'avouer à ses camarades. Un passionné de Sherlock Holmes qui patauge en anglais ? Cela les aurait fait rire… Ses petits travers ? Toute la chambrée savait qu'il avait, depuis l'enfance, beaucoup d'admiration pour le détective de Baker Street. Il en suivait fidèlement les aventures, publiées à Londres par le docteur Watson, ami et colocataire pendant longtemps de Holmes. Jules ne cachait pas sa fascination pour le grand homme, il en connaissait la biographie presque par cœur. Les camarades en avaient ri, au début. Puis, quand Jules avait expérimenté les techniques du détective anglais pour résoudre l'une ou l'autre énigme de leur vie de soldat, ils avaient cessé de rire. Le jeune Alsacien avait élucidé en deux heures le vol d'une montre pendant une période en mer, grâce à la cendre d'une cigarette tombée sur le plancher d'une cabine. Il avait fait libérer un mécanicien, injustement accusé d'avoir négligé sa tâche, en démontrant qu'une bielle de la machinerie était fendue avant qu'il ne la cogne avec un outil. Surtout, il avait été le premier, bien avant l'État-major, à comprendre que les Britanniques avaient percé depuis 1914 le code secret des transmissions chiffrées de la Kaiserliche Marine1. Jules, avec beaucoup de méthode, avait rapproché toute une série d'événements bizarres que racontaient les équipages revenus de mission, et la conclusion s'était imposée à ses yeux. Mais là, il avait supplié ses camarades de se taire : personne n'aurait cru que c'était là la simple déduction d'un marin de base. Il aurait risqué gros si sa hiérarchie en avait eu vent. Londres avait réussi cet exploit grâce à un manuel de déchiffrage récupéré par leurs alliés russes sur l'épave du croiseur Magdeburg, échoué près du golfe de Finlande. 1

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Jules glissa le livre dans sa besace. — Le chien des Baskerville… Il est paru en français quand j'avais dix ans ! Vous savez que le chien qui a fait mourir de peur Sir Charles Baskerville, même si Watson ne le dit pas, c'était sans doute un dogue allemand ! C'est peut-être pour ça que Schneckenburger aimait le livre… Charles sortit de la sacoche une enveloppe de papier bistre. — Et voilà le second cadeau : ton courrier ! Du courrier, les marins de Kiel n'en avaient plus depuis une semaine. Avec la mutinerie, beaucoup de services étaient complètement désorganisés, et la poste militaire ne marchait plus vraiment. Tous les efforts des conseils de soldats avaient porté d'abord sur l'intendance : il fallait assurer la nourriture de milliers d'hommes avec les moyens du bord, avant qu'ils ne soient tentés de piller les magasins du centre ville ou les entrepôts du port. Jules était étonné. — J'ai eu de la chance, expliqua Charles. J'ai un copain qui était affecté à la poste, ils ont tous arrêté de travailler, mais il y avait encore sur son bureau un sac qui venait du Reichsland2. J'ai tout étalé sur le meuble et j'ai pris les lettres qui étaient pour des camarades connus. La plus belle est pour toi ! Jules s'empara de l'enveloppe. Elle ne portait aucun nom d'expéditeur, simplement l'adresse de son unité, écrite dans une belle calligraphie, un peu enfantine, à l'encre bleue pâle, et une série de tampons bleus et noirs. Le premier avait été apposé à Strasbourg. Il n'y avait aucun doute : c'était une lettre de Violette. Il la glissa dans sa poche. Pas question de l'ouvrir devant les copains. Le Reichsland (terre d'Empire) est le nom commun de l'Alsace et de la partie de la Lorraine annexées par l'Empire allemand entre 1870 et 1918. 2

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Il voyait déjà le sourire grivois de Charles, craignait déjà la question égrillarde qui allait suivre. Mais tout à coup, la porte du hangar fut brusquement ouverte et un courant d'air froid figea le petit groupe. — Les gars, on va partir, on peut partir, il y a un train ! Dans l'embrasure, c'était Jacques, un marin alsacien un peu plus âgé que les amis de Jules. Jacques venait de Schiltigheim ; dans la vie civile il avait été instituteur, il était dans la Kaiserliche Marine depuis 1915, il avait des galons sur la manche. Il avait connu la bataille du Jutland et leur avait déjà raconté cent fois l'explosion du croiseur cuirassé Defence, le navire-amiral anglais, qu'il avait vu s'embraser de ses propres yeux. En général, les copains le respectaient comme un frère aîné, qui avait vécu. Mais là, le baroudeur était excité comme un enfant de son école alsacienne, quand sonnait l'heure de la récréation. — Je vous le dis : il y a un train. Il y a un train ! Pour l'A lsace. Départ dans la nuit, vers le sud. Et il s'arrêtera demain soir à Kehl. — Kehl ? C'était Thomas, le petit Allemand à lunettes, qui posait la question. Évidemment, pensa Jules, lui qui vient de Berlin ne connaît pas Kehl… Il posa sa main sur le bras de Sepp. — Kehl, rien à voir avec Kiel, c'est une petite ville au bord du Rhin, dans le pays de Bade. Tu franchis le Rhin, et hop ! tu te retrouves à Strasbourg. C'est à quelques kilomètres de notre cathédrale, celle qui n'a qu'une flèche. Pour nous, c'est parfait. « Nous », c'était les Alsaciens, dont les visages s'éclairaient d'un grand sourire. Charles en avait oublié d'ironiser 16


sur la lettre de Jules. Paul avait les larmes aux yeux. Jacques, qui venait de leur annoncer la nouvelle, était encore frémissant. Hans, qui trouvait qu'il commençait à faire vraiment froid, ferma la porte derrière lui. — Vous savez, les Alsaciens, quand vous serez rentrés, il ne faut pas oublier la révolution. À Strasbourg, elle doit aussi s'installer. Ce qu'ils appellent le Reichsland d'AlsaceLorraine doit partager cette nouvelle histoire. Je compte sur vous ! Le peuple allemand compte sur vous ! Il est temps de bousculer les puissants, ceux qui ont voulu la guerre, qui ont provoqué tant de souffrances, qui ont fait tant de mal ! Vous avez une mission… Charles n'écoutait pas, tout à la joie de ce retour annoncé en Alsace demain. Il avait sa main dans la poche de sa veste et Jules devinait qu'il la serrait sur sa petite bible. Mais Paul, Jacques, d'autres encore hochèrent la tête pour approuver Hans. Hans reprit la parole. — Jules, je suis content d'avoir partagé la fête de tes vingt ans ! Et je ne savais pas que tu aurais en plus, pour cadeau, un billet de retour pour l'Alsace. Dans le train, tu liras Der Hund von Baskerville, et demain tu seras chez toi. N'oublie pas le peuple qui espère, n'oublie pas la fraternité allemande, n'oublie pas la démocratie des conseils, n'oublie pas le drapeau rouge qui flotte ici. On se reverra, j'en suis sûr. Bonne route les gars ! À l'Allemagne et à la révolution ! Le jeune marin saisit un gobelet sur la table, le vida cul-sec, rouvrit la porte et disparut sur le quai. Sous les nuages bas, on distinguait les silhouettes allongées d'une dizaine de navires de guerre dans la rade. 17


Jules plongea la main dans la poche intérieure de sa veste. La lettre de Violette était là, serrée contre sa poitrine. Il ne réembarquerait plus sur un cuirassé, il n'aurait plus peur des canons, des torpilles, du naufrage, du feu, de l'eau. L'Alsace, Strasbourg, Violette. La guerre était vraiment finie. Il avait vingt ans. Il s'appelait Jules Meyer. Il prenait le train ce soir pour une vie nouvelle.

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Chapitre II

Le crime de la villa Gunderloch

Strasbourg (Allemagne) Samedi 9 novembre 1918 Le train s'arrêta dans un long crissement aigu. La locomotive souffla des jets de vapeur. Cela sentait le charbon et la sueur. Il était environ trois heures de l'après-midi. Derrière les vitres, des panneaux blancs et noirs indiquaient Kehl. Jules était déjà debout, comme des centaines d'autres soldats dans les wagons, son sac marin sur l'épaule. Son cœur battait la chamade. Un pont à passer, et ce serait l'Alsace. Le train aurait pu le faire : un pont ferroviaire franchissait le Rhin. Mais à Kiel on avait expliqué aux Alsaciens qu'il n'en était pas question : Strasbourg était agitée, la gare n'était pas sûre, et le convoi ne voulait pas être bloqué. Il lui fallait repartir vers Bâle. Un flot de jeunes soldats en manteau gris jaillissait du train, emplissait le quai de la petite gare provinciale. Jules était avec Charles, Paul, Jacques, Sepp et un petit groupe de camarades. Sur le quai, ils se regardèrent avec émotion. — On essaie de prendre le tramway ? proposa Paul. — Tu parles ! Il va être pris d'assaut, rétorqua Charles en montrant les rangs serrés de soldats qui remontaient le quai vers les modestes bâtiments de la gare. 19


— Eh bien, on y va à pied. Une bière sur le Kleberplatz3, et chacun chez soi ensuite. Fin de l'aventure. Jacques pointa le doigt vers la gare. — La fin ? Je n'en suis pas si sûr. Regarde ceux-là. Ce sont les Hans locaux. Et ils sont aussi déterminés que lui. Nos copains du train sont très excités. Ils sont prêts à tout entendre. Je crois qu'on va avoir des surprises. Un petit groupe de soldats avait rangé une charrette en tête de quai. Plusieurs d'entre eux s'étaient juchés dessus. Ils étaient armés. En allemand, ils haranguaient la foule des marins sortis du train. — Bienvenue aux soldats de Kiel ! Nous connaissons votre combat depuis une semaine. Strasbourg vous attend, et toute l'Alsace avec la ville. Ici, les manifestations ont commencé jeudi soir. Le commandant de la place a emprisonné plusieurs de nos camarades. Mais il n'arrêtera pas la révolution, pas plus que les sbires du Kaiser. Rendez-vous à la gare de Strasbourg. La révolution vous attend ! Jules jeta un œil sur les soldats massés autour de la charrette. Le discours portait. Les marins alsaciens avaient été au premier rang du mouvement à Kiel, ils avaient agi pour libérer leurs amis emprisonnés, certains avaient vu des camarades mourir sous les balles le 3 novembre. Ils ne se sentaient plus soldats du Kaiser, mais toujours sous les armes, chargés d'une tâche à accomplir, d'un évangile à porter. — Il paraît que des permissionnaires ont été mis en prison à Strasbourg. Ils sont enfermés dans la Fadengasse4, me dit-on. L'actuelle place Kléber. L'actuelle rue du Fil, où était la Maison d'arrêt pour hommes de 1816 à 1988. 3 4

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Il y a des manifestations depuis deux soirs pour essayer de les faire libérer. Ça a bardé. Le général Finckenstein, qui commande la garnison, le maire Schwander ont exigé que ça s'arrête. Mais c'est raté. Et on me dit qu'ils ont très peur de nous, des marins alsaciens qui reviennent de Kiel. Il y a eu un train déjà, avant le nôtre, et les gars sont déjà à la gare de Strasbourg ! C'est Jacques qui venait de discuter avec un officier et qui leur faisait ainsi compte-rendu. Il avait l'air grave. Dans le petit groupe, on se consulta. On décida d'aller à cette gare strasbourgeoise, où des conseils de soldats étaient en train de s'organiser. — Juste pour voir, hein ? On en sort à peine, on ne va pas recommencer… Charles ne la sentait pas trop, cette révolution… Mais déjà un premier tramway, couvert d'uniformes gris, remontait vers le pont. La petite bande, à pied, prit la même direction. Jules avait bien envie de donner raison à Charles. Il avait imaginé, quant à lui, un tout autre emploi du temps. Il avait hâte d'aller voir ses parents, qui tenaient le bel hôtel du Schaentzel, près du château du Haut-Kœnigsbourg, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Strasbourg. Ils n'étaient plus tout jeunes, ils devaient être inquiets. Depuis le début des événements, il n'avait plus eu de lettres d'eux. Peut-être avaient-elles été perdues dans la tourmente. Le seul courrier reçu ces dernières semaines, c'était celui de Violette. Violette ! C'était sa marraine de guerre. De nombreuses jeunes filles avaient accepté, à l'initiative de sociétés de bienfaisance, souvent religieuses, de correspondre avec des soldats esseulés en garnison ou en opération. Le hasard avait attribué 21


à Jules cette Strasbourgeoise de vingt ans. Depuis près d'un an, les deux jeunes gens échangeaient ainsi des lettres. Au début, elles étaient très convenues, écrites dans un allemand soigné, et assez impersonnelles. Mais, peu à peu, Jules et Violette étaient passés à des échanges plus confiants, du « vous » au « tu » et de l'allemand scolaire au français de leurs livres préférés. Chacun parlait de sa vie quotidienne, mais aussi de ses joies, de ses peines, de ses projets. Jules avait raconté ses petites enquêtes, Violette son désir de devenir institutrice. Les dernières lettres, avec l'évolution de la guerre, avaient pris le ton de la confidence. Jules avait patienté avant d'ouvrir la grande enveloppe récupérée chez le vaguemestre. Il avait attendu, dans le compartiment du train, que ses camarades s'assoupissent un à un. Cela avait pris du temps après le chahut du départ, les discussions enflammées, stimulées par les bouteilles de bière qui circulaient de main en main. Quand, dernier de la bande, le petit Thomas s'était endormi la bouche ouverte, Jules avait tiré la lettre de sa veste. À la faible lumière de son briquet, au rythme du cahot régulier des wagons sur les rails, il avait déchiffré le dernier message de sa petite marraine de guerre. « Strasbourg, le 1er novembre 1918 Mon cher Jules, j'espère que tu vas bien. Avec toutes ces rumeurs que l'on entend sur la guerre, je suis bien contente de te savoir tout là-haut, au bord de la mer, et non dans nos montagnes ou sur le sol de France. Il paraît qu'on se bat beaucoup en… [ici, un passage avait été caviardé par la censure]. Mais les journaux qu'achète Papa ne disent pas tout et on a bien du mal à se faire une idée. 22


À Strasbourg, on manque un peu de tout. Heureusement que Lise [Lise était la bonne de la famille] va chaque semaine voir sa famille dans le Kochersberg5 : elle rapporte des légumes que Papa lui paye, et aussi de la bière, qu'on trouve plus facilement qu'en ville. Ici, les gens se demandent si on ne va pas bientôt redevenir français. Ils ne savent pas trop quoi penser de… [suivait un long passage censuré]. Mais ils espèrent tous que la guerre ne dure plus très longtemps et parlent beaucoup du proche retour des soldats. Est-ce que tu as des nouvelles pour toi ? Moi, je vis ma petite vie tranquille entre les cours et les conférences [Violette était à l'École normale] et ma famille [elle avait un frère, sous les drapeaux comme Jules, et une petite sœur]. Je me réjouis à chaque fois que je vais à mon cours de harpe : je travaille Mozart avec le Professeur. Il dit que je me débrouille très bien. Mais quand je joue, si je le regarde à la dérobée, il a un air triste et pensif qui me fait tout drôle. Je ne sais pas si cela a quelque chose à voir avec le cours de la guerre. À moins qu'il n'ait des soucis plus personnels ou que ce ne soit une attitude provoquée par sa mauvaise vue. Je pense à toi souvent. J'ai caché ta photographie dans mes partitions – personne n'ira la chercher là. J'espère la fin de cette guerre et ton retour pour bientôt. Tu te rends compte que ce sera notre première vraie rencontre ? J'ai pourtant l'impression que je te connais depuis bien longtemps. C'est la Toussaint aujourd'hui. Je suis allée au cimetière de La Robertsau6 avec Maman sur la tombe de mes grandsparents. Nous y avons posé un pot de chrysanthèmes. Il y Une riche région agricole à l'ouest de Strasbourg. Un quartier nord de Strasbourg, à l'époque celui des maraîchers.

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avait eu du vent dans la matinée et les allées entre les tombes étaient remplies de feuilles mortes, toutes dorées. Je t'embrasse. Violette. » Jules avait replié la lettre lentement. Il avait les yeux humides. Il s'en rendait bien compte : les relations nouées avec Violette avaient pris un tour plus sentimental qu’amical désormais. Quand cela avait-il commencé ? Peut-être en juin. Il devait alors revenir quelques jours en Alsace. Mais, au dernier moment, un ordre avait suspendu toutes les permissions. En réponse à la lettre où il lui annonçait, très déçu, ce contretemps, Jules avait reçu un message plus chaleureux qu'à l'habitude. Surtout, Violette y avait joint une petite photographie d'elle. Il avait été ébloui. En principe, les photos étaient interdites dans la correspondance des marraines de guerre. Dans la lettre suivante, Violette lui avait expliqué comment elle avait contourné la règle. La Caritas, l'organisme catholique qui avait mis en relation Jules et Violette, était assez sourcilleuse. Les enveloppes étaient en principe inspectées et les lettres relues par une vieille religieuse. Violette s'était vite rendu compte que celle-ci était assez paresseuse. Avec un sourire charmant, elle avait proposé ce jour-là de l'aider à refermer les enveloppes. Il lui avait suffi alors de repérer la sienne, et d'y glisser discrètement le cliché. Jules sourit : il aimait bien chez Violette ce mélange de sérieux et d'espièglerie. Sur la photo, un peu posée, elle avait un sourire malicieux et de grands yeux brillants. Son visage était rond, ses pommettes bien marquées, ses joues pleines. Ses cheveux bouclés, relevés en chignon, retombaient sur ses 24


tempes en accroche-cœurs. Étaient-ils blonds ? Ou châtains ? Le noir et blanc de la petite photo à bords crénelés ne permettait pas de trancher. Elle portait un petit chemisier blanc, un peu strict, avec une broche discrète. Jules avait profité d'un quartier libre pour se faire prendre en photo, dans son bel uniforme, chez un artisan de Kiel. Il avait envoyé le meilleur cliché à Violette. Mais elle n'avait, jusqu'ici, pas réagi. Savoir maintenant qu'elle avait bien reçu la photo, et qu'elle l'avait même cachée au milieu de ses partitions, réjouissait le jeune soldat. De Violette, il connaissait bien sûr l'adresse, un petit immeuble qui donnait sur le Fischerstaden, un des quai de la Krutenau7. Au fond, pourquoi ne pas y passer maintenant, lui faire la surprise ? La petite troupe de soldats, habituée aux marches, avait bien avancé ; elle avait franchi le Rhin et remontait une grande avenue. La gare, c'était un peu à gauche, en suivant les boulevards. Mais s'il faisait un crochet par le centre ville ? Après tout, il pourrait toujours rejoindre le foyer de la révolution dans une heure ou deux. — Hé, les gars. J'ai quelqu'un à voir. Je vous quitte un moment. Rendez-vous à la gare un peu plus tard. — Quelqu'un à voir ? Eh bien, Jules, tu ne perds pas ton temps… Charles, celui qui lui avait apporté la lettre, hier à Kiel, avait tout de suite compris. Jules coupa court. — Ce n'est pas ce que tu crois, petit malin. Et puis de toute façon, on est libres maintenant, la guerre est finie. Bon, j'y vais. Jules remonta sur son épaule son sac de toile et fit un geste de la main. Il obliqua dans une rue latérale, laissant là Un quartier sud de Strasbourg, proche du centre ville.

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la file d'uniformes qui remontait l'avenue. Il hésita un peu, demanda son chemin à une dame âgée, tout de noir habillée, qui dévisagea le jeune soldat avec un peu de méfiance, mais l'orienta quand même. Dix minutes après, Jules était au bas de l'immeuble, devant une grande porte cochère. Une plaque de cuivre indiquait le nom du docteur Hoff, le père de Violette, qui avait son cabinet en-dessous de leur appartement. Jules enleva son calot, passa ses doigts dans sa chevelure rebelle, et sonna. Une petite dame en tablier vint lui ouvrir. Lise, peut-être ? Elle le toisa : — C'est pour le docteur ? — Euh, non, c'est-à-dire oui, un peu quand même. Je suis Jules Meyer, le soldat. — Ah oui, le Jules des lettres ! Celui qui est à la guerre sur les bateaux de l'Empereur… Euh, on a déjà parlé de vous à la maison, ajouta la jeune femme, très vite, craignant peut-être d'avoir l'air trop au courant. — Est-ce que je peux voir mademoiselle Violette ? — Mademoiselle Violette ? Mais, je ne sais pas. Le docteur est sorti et madame est sortie pour un moment. Ça ne se fait pas. Et puis avec tout ce remue-ménage en ville… Comment savoir si vous êtes vraiment le Jules des lettres ? Jules la regarda avec un sourire timide. Il posa son sac sur le pavé. Il allait y chercher son livret militaire, quand il entendit une porte claquer et une voix derrière le portail. — Lise ? Lise ? Qu'est-ce que c'est ? Quelqu'un vous embête ? Lise se retourna. Une silhouette gracile apparut derrière la porte entrouverte. 26


— Lise… Oh pardon monsieur. Oh monsieur. Vous êtes… tu es… Vous êtes Jules ? Jules était sans voix, les mains ouvertes au-dessus de son sac. Il se sentait frémissant et gauche. Blonde, elle était blonde cendrée, et délicieuse, avec une robe parme et un drôle de petit nœud dans les cheveux. Elle le regardait, avec un sourire, mais pas celui de la photo. Il n'y retrouvait pas la petite touche d'espièglerie qui lui avait tellement plu. On aurait dit qu'elle était fatiguée, peut-être… Mais si, elle avait pleuré, c'est ça. Elle l'avait questionné. Il fallait dire quelque chose. — Oui, c'est moi, je suis Jules Meyer. Vous voulez voir mes papiers…? Elle sourit : — Pas la peine, non. Qu'il était bête ! La photo, bien sûr. Mais, comme ça, devant Lise. Eh bien, elle ne manquait pas d'aplomb. — On vient de revenir. Le train nous a déposés à Kehl. On a marché ensuite. Les copains rejoignent la gare. Mais moi, je me suis dit que vous deviez vous demander… La poste ne marchait plus bien ces dernières semaines. Alors, je voulais vous dire bonjour… Violette le regarda dans les yeux avec, de nouveau, un air triste. — Quelle journée ! Vous, vous revenez. Et lui, il est parti. — Lui ? Jules se sentit comme électrifié. Lui ? Qui, lui ? — Lui, c'était monsieur Heimlich, mon professeur de harpe. C'est vraiment triste. — Il est parti, à cause de la fin de la guerre ? C'est parce qu'il habitait chez un Allemand ? 27


— Non, vous n'avez pas compris. Il est mort. La nuit dernière. Il est mort. C'est horrible. Jules ne savait plus quoi dire. Violette lui avait souvent parlé, dans ses lettres, du vieux professeur de harpe chez qui elle allait une ou deux fois par semaine. Il habitait quelques pièces dans une grande villa, à côté du jardin du Contades. Violette adorait cette grande maison, toute neuve et toute biscornue, qui avait été construite pour un riche industriel allemand, propriétaire de carrières de pierre. On appelait la maison de son nom, Gunderloch. C'est là que le vieil harpiste donnait ses cours à des jeunes filles de bonne famille. Il avait longtemps joué dans l'orchestre de la ville. Jules avait compris que Violette l'aimait beaucoup. Elle l'appelait toujours « le Professeur ». C'est la première fois que Jules entendait son nom. — Je suis désolé. C'est très triste. Mais vous ne m'aviez pas écrit qu'il était malade ? — Malade ? Non, non. Il allait très bien. Il était vieux, mais ça allait. C'est un crime, Jules, un crime. La police a appelé Papa. Il y est encore. Monsieur Heimlich, le pauvre, a été tué chez lui la nuit dernière d'un coup de pistolet ! Lise prit la main de sa jeune maîtresse. Jules avait très envie d'en faire autant. Mais il n'osa pas. Sur les joues de Violette perlèrent deux larmes étincelantes.

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Quinze jours en rouge  

Après "Sherlock Holmes et le mystère du haut-Koenigsbourg", le nouveau roman policier de Jacques Fortier

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