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QUESTIONS

T11ËULOGIQUES. i

LA

DOCTRINE Il K

L'ASSOMPTION DE LA T. S. VIERGE SA

U É F J N 1 B I L I T É

COMME DOGME DE FOI DIVINE

PAR

le

R.

P.

Ali H h

D.

Paul

RENAUDIN

DU îaAINT-MAURK K D E C I . K R N A L X

P A R I S P .

T É Q T J I , 82,

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R U E B O N A P A II T K ,

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DOCTRINE

L ' A S S O M P T I O N DE LA T. S. V I E R G E


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L'auteur

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ce modeste maine très

à déclarer

travail,

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ici qu'il

au jugement toujours

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très

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Eglise

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obéissant

dévoué. Pât/ucs,

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-;- Fr.

P.

7 aoril

lUt'J.

POTEST

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AI>l)us S. Pelri d e Solesrnis

Quarr Abbcy, 27 Ofl. 1H12.

IMPRIMATUR

P.

F A G E S , v.

g.

Parisiiflj die 22 nov. 1912.

et


LA

DOCTRINE DE

L'ASSOMPTION DE LA. T. S. VIERGE SA DÉFINIBILITÉ COMME DOGME DE FOI DIVINE

AVANT-PKOPOS

Le désir de voir la croyance à l'Assomption de la Très Sainte Vierge proclamée d o g m e de foi a eu sa p r e m i è r e expression solennelle au Concile d u Vatican. 11 ne sera pas sans intérêt de r e c h e r c h e r les raisons q u i r e n d e n t possible la définition sollicitée p a r cent q u a t r e - v i n g t - q u a t o r z e Pères de l'auguste assemblée . Plus q u e tout a u t r e , le sujet mérite l'attention des théologiens, et, à elle seule, son i m p o r t a n c e doctrinale nous autoriserait à poursuivre la solution d ' u n p r o b l è m e d o n t les catholiques c o m p r e n n e n t toute l ' i m p o r t a n c e . l

L'Assomption corporelle de Notre-Dame ne fait aucun d o u t e pour les enfants de l'Église. Il y aurait t é m é r i t é , et témérité coupable, à contester l'existence d'un privilège qui p a r a î t être le c o u r o n n e m e n t indispensable des prérogatives de la Très Sainte Vierge, et q u e l'Église elle-même n o u s enseigne infailliblement p a r les divers organes de son magistère o r d i n a i r e , d a n s la liturgie, dans la tradition orale et écrite et dans les œ u v r e s des t h é o 1. Leurs suppliques sont données dans l'Appendice LA

DOCTRINE DE i/ASSOMPTION.

/ du présent travail. 1


9

LA DOCTRINE HE L'ASSOMPTION.

logiens. Si l'absence de j u g e m e n t dogmatique sur la m a t i è r e n e n u i t en rien à la certitude de la croyance universelle, il faut cependant reconnaître que quelque chose m a n q u e à ce m y s t è r e , qui n ' a point encore été p r o c l a m é , glorifié p a r la sentence d u Docteur infaillible. Bien plus, certaines questions fondamentales,, comme celles de savoir de quelle m a n i è r e le l'ail de l'Assomption a été connu, à quel titre il a été enseigné aux premiers fidèles, et p a r suite q u e l g e n r e d'adhésion il m é r i t e , ne sont pas encore résolues. 11 y a donc là u n point de théologie à éclaircir a u t a n t qu un h o m m a g e à r e n d r e à la Mère de Dieu. Sans vouloir r é p o n d r e à toutes les i n t e r r o g a t i o n s que Ton p e u t faire, nous essaierons simplement de m o n t r e r q u e la doctrine de l'Assomption est susceptible d'être r a n g é e au n o m b r e des dogmes de foi. 11 s'agit de savoir si elle fait réellement p a r t i e du dépôt de la révélation, ou bien si c'est une connaissance p u r e m e n t naturelle acquise p a r la claire vue d u fait lui-môme ou p a r u n raisonnement exclusif de toute intervention divine, et si, m ê m e dans ces deux derniers cas, l a croyance au privilège de Marie ne serait pas appuyée sur l'autorité de Dieu. L'Église seule a le droit de trancher cette question en d e r n i e r ressort. Comme elle n ' a pas encore parlé, nous proposerons diverses hypothèses, en ind i q u a n t nos préférences, et, p o u r employer les t e r m e s de saint Augustin, « c'est plutôt une question que nous faisons, q u ' u n e affirmation p r é c i p i t é e . » 1

1. Quaerendo dicimus, non sentenliam praecipilamus. Serm. c. 4 (P. Z t. XXXVIII, c. 575). v

XCIil,

De

ScripturiSj


CHAPITRE I LES DÉFINITIONS DOGMATIQUES.

I' I. — L é g i t i m i t é

et motifs des définitions

dogmatiques.

En premier lieu, il est nécessaire d ' e x a m i n e r brièvement les conditions requises p o u r u n e définition d o g m a t i q u e , de dire quelles formes diverses elle peut revêtir et quels motifs sont de n a t u r e à p r o v o q u e r cet acte de magistère s u p r ê m e . P o u r q u ' u n e vérité puisse être l'objet d ' u n e définition strictem e n t d o g m a t i q u e , il faut, avant tout, qu'elle soit contenue, explicitement ou implicitement, dans le dépôt, écrit ou oral, de la révélation. La foi divine, en effet, ne s'accorde qu'à l a seule parole de Dieu qui n o u s g a r a n t i t u n point de doctrine, confié p a r lui à la prédication des Apôtres et transmis d'âge en âge p a r l'autorité do l'Église sous une forme a u t h e n t i q u e . La révélation et l'origine apostolique doivent nécessairement être constatées p a r le pouvoir enseignant, lorsqu'il présente u n d o g m e à notre croyance; car, s'il y a p r o g r è s dans la connaissance des dogmes, la perfection de l'économie évangélique i n t e r d i t d'admettre u n développement n u m é r i q u e des vérités révélées, a u t r e m e n t dit, u n e addition quelconque. D e m ô m e qu'elle n ' a pas le droit de r i e n retrancher du dépôt confié à ses soins vigilants, l'Église ne s a u rait n o n plus introduire dans ce trésor de la p a r o l e divine, des enseignements qui seraient, de toute nécessité, ou des découvertes de l'esprit h u m a i n ou des révélations nouvelles. Cela n ' e m p ê c h e pas q u e la doctrine de la foi p r o g r e s s e , sans c h a n g e r , p a r la science explicite de ce q u i n'était c o n n u qu'implicitement, p a r l'éclaircissement de points obscurs, p a r plus de p r o b a b i l i t é ou par u n e entière certitude des questions douteuses; mais, à toutes


4

les cet on du

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

époques, elle conserve sa merveilleuse u n i t é . P o u r expliquer épanouissement de la doctrine r é v é l é e , Vincent de L c r i n s , le sait, emploie avec succès la comparaison des c h a n g e m e n t s corps h u m a i n , depuis l'enfance j u s q u ' à la vieillesse . 1

D'après ces principes, l'Église, attentive à c o n d u i r e j u s q u ' à la fleur et au fruit la semence de la p a r o l e divine, d o n t elle a reçu la garde, peut être a m e n é e à apercevoir d a n s le dépôt des r é v é lations, des vérités jusque-là u n peu confuses et indécises, a u inoins sur certains points* elle ne les crée p a s , elle les discerne p a r la lumière q u e les d o g m e s reçoivent de l'enseignement t r a ditionnel, du travail des théologiens et de la suggestion i n t é r i e u r e de l'Esprit-Saint. Elle m e t tous ses soins à faire q u e ces vérités, d'abord inaperçues ou incomplètement saisies, b r i l l e n t de t o u t l'éclat qui leur est p r o p r e , et d e v i e n n e n t l'objet d ' u n assentiment particulier, en r a p p o r t avec l e u r caractère i n t i m e . P a r son enseig n e m e n t infaillible, TÉglise, i n t e r p r è t e aussi b i e n que g a r d i e n n e de l a doctrine révélée, cuslos cl magistra, c o m m e l'appelle le Concile d u Vatican, atteste la vie d u d o g m e , en même temps q u ' e l l e en p r é p a r e de nouveaux épanouissements. Ainsi le n o m b r e d e s vérités divines a u g m e n t e p a r r a p p o r t à n o u s , b i e n que l a révélation subsiste toujours dans son intégrité p r i m i t i v e . La foi c a t h o l i q u e elle-même ne c h a n g e d o n c pas dans sa substance ; et saint T h o m a s a raison de dire : « Quant à l a substance des articles de foi, la succession des t e m p s n ' a a p p o r t é a u c u n e a u g m e n t a t i o n ; et tout ce que l'époque postérieure a cru, était r e n f e r m é d a n s la foi d e l'époque précédente, mais implicitement. Toutefois, q u a n t à l'explication, le n o m b r e des articles s'est a u g m e n t é , car q u e l q u e s - u n s ont été connus, postérieurement, d ' u n e m a n i è r e explicite, et n e l'étaient p a s , a n t é r i e u r e m e n t , de cette f a ç o n . » Dans ce passage, le saint docteur compare les diverses époques de la révélation, depuis le commencement jusqu'aux Apôtres, a u t r e m e n t dit, les 2

1. Commonitorium primum, n. 23 [P. L. t. h, c. 667, q.) 2. Quantum ad substantiam articulorum fidei, non est faclum eorum augmentant per temporum successionem, quia quaecumque posteriores crediderunt, conlincbanlur iu iîde praecedenlium, licet implicite. Sed quantum ad explicationem, crevit numerus articulorum, quia quaedam explicite cognita sunt a posterioribus, quae a prioribus non cognoscebantur explicite. 11* q. 1, a. 7. 3


LES DÉFINITIONS DOGMATIQUES.

îj

phases du dépôt révélé in ficri. 11 s'agit, ici, d e la révélation terminée et complète; et cependant, le texte, a p p l i q u é à n o t r e sujet, conserve toute sa vérité. Le p r o g r è s d u d o g m e , pris au sens strict, c'est-à-dire, celui qui consiste dans l a proclamation officielle d'une vérité c o m m e révélée, peut avoir indifféremment p o u r objet u n e doctrine jusque-là c o n troversée en elle-même, ou certaine en soi, mais indécise q u a n t à son mode de certitude, et p a r suite q u a n t au g e n r e d'adhésion définitive qu'elle r é c l a m e . La r e m a r q u e a son i m p o r t a n c e pour le b u t que-no us poursuivons. De ces notions fondamentales sur le d é v e l o p p e m e n t extrinsèque de la révélation, il faut bien se g a r d e r de conclure à l'infériorité de la science infuse des Apôtres. Dépositaires des enscignemenls divins, ils avaient reçu de Dieu une connaissance des mystères q u e ne surpasseront j a m a i s les investigations de nos p l u s grands t h é o logiens; ils ont p u ignorer l'application contingente, faite dans les Ages suivants, des principes de la foi, sans rien p e r d r e de la science divine qu'ils avaient puisée à la double source des enseignements de Notre-Seigneur et des révélations de l'Esprit-Saint. lis ont connu explicitement ce q u i forme p o u r ainsi dire la substance de notre foi, et ils ont eu l'entière intelligence des É c r i t u r e s . II n e suivrait pas de là que Tun d'eux ait connu p a r avance u n fait d o g m a t i q u e arrivé après sa mort, ou u n e révélation ultérieure faite à u n a u t r e a p ô t r e , et p a r conséquent destinée à entrer d a n s le dépôt des vérités de foi divine catholique. 1

1. DocLorcs Ecclesiae posteriorcs Apostolis fuisse sapienliores in Fide, Tel habuisse illam magis explicitant quam ipsi Apostoli, dici non potest, et a theologis communiter reprobatur, cLiam tanquam temerarium; nam illis specialiter commisit Christus : Me vos docebit omnia, et suggeret vobis omnia qtiaecumque dixero vobis... Omnia quaecumque novi a Pâtre, nota feci vobis (Joan., xiv, 2G ; xv, 15) ; et idem dieu ni ur JUabere primitias SpiiHus [Rom., YIII, 2 3 ) et II ad Corintk., III : Nos vero omnes revelata fade gtoriam Domini spéculantes ; et ad Ephes., I : Secundum divitias graliac cjxts quae surabundavit in nobis in omni sapientia; un de Epiphanius, haer. 6 6 , versus fînem dicit apostolos accepisse donum quo omnia ipsi s clare Spiritus Sanctusexposuit, se. claritatc lidei explicitac, non scientiae; et idem senliunt de apostolis Cyprianus (ep. 7 4 ) , Augustinus (De Baplismo, I. 5 , c. 26), et Cyrillus (In Isaîam, 1. 4 , or. 4). Et ratio vîdetur id ostendere, quia ipsi fueruni magislri Fidei Novi Xestamenti; et ideo Fides Ecclesiae dicitur fundala super Fidcm aposlolorum ; non ergo polest esse major in Ecclesîa quam in apostolis fuerit. SUAHEZ, De Fide, disp. 2 , sect. 6 , n 7 - 1 8 . Voir aussi D E L U G O , De virtute fidei divinae, disp. 3 , sect. 5, n. 7 0 . 05


0

LA D0GTK1NE DE L'ASSOMPTION

P o u r s u i v r e un o r d r e logique, c'est ici le lieu de r e c h e r c h e r les motifs qui p e u v e n t a m e n e r l'Église à s c r u t e r l'origine et l a n a t u r e d'une croyance, afin de découvrir si elle a r é e l l e m e n t Dieu p o u r auteur ou pour g a r a n t . Quoiqu'ils se confondent souvent avec les raisons qui d é t e r m i n e n t le pouvoir à p r o c l a m e r u n d o g m e , ils p r é cèdent ex se la constatation du caractère divin d'une doctrine, tandis que les autres l u i sont p o s t é r i e u r s ; car le Souverain Pontife pourrait avoir acquis la certitude parfaite sur l a présence de telle ou telle vérité dans le dépôt de l a révélation, et ne pas d i r e i m m é diatement au m o n d e c h r é t i e n la p a r o l e qui fixe à j a m a i s , s u r un point donné, la conviction des c a t h o l i q u e s . La vie intime d u d o g m e , le p r o g r è s constant de la connaissance de la doctrine, qui sont une loi g é n é r a l e , invitent l'Église à p o r t e r son attention sur u n e croyance qui t e n d à se préciser et à s'épan o u i r plus c o m p l è t e m e n t ; la vérité d e m a n d e à b r i l l e r de tout son éclat, et l'esprit h u m a i n n'est satisfait q u e lorsqu'il en saisit l'essence, les divers aspects, les r a p p o r t s et les conséquences, e n u n mot lorsqu'il la c o m p r e n d , comprehendii, a u t a n t qu'il lui est p o s sible. Sans d o u t e , il faut se g a r d e r de p r é t e n d r e avec G i m t h c r que le dépôt de la foi confié aux apôtres se composait simplement de faits et de notions fondamentales, qui a u r a i e n t fourni les m a t é riaux dont se serait servie la raison h u m a i n e p o u r développer le corps des doctrines dogmatiques ; mais ce serait aussi u n e e r r e u r de dire que dans l'Église, aux t e m p s qui ont suivi les Apôtres, on a toujours eu l a conscience entière, l u m i n e u s e e t a u m ê m e d e g r é de tous les d o g m e s . Une telle opinion contredirait la n a t u r e et l'histoire d u d é v e l o p p e m e n t de la d o c t r i n e . Donc, en v e r t u de ce développement g é n é r a l , et de l'état particulier d ' u n e croyance , TÉglise peut et doit r e m p l i r son rôle d ' i n t e r p r è t e de la parole de Dieu, p a r un examen approfondi d e s vérités dont elle a la g a r d e . 1

Fréquemment, l a lutte contre les hérésies a fait a v a n c e r la marche des doctrines religieuses; on peut m ê m e le d i r e , r i e n n a contribué autant q u e T e r r e u r a u p r o g r è s du d o g m e catholique, et cela se conçoit facilement, puisqu'il s'agit de défendre les parties essentielles du s y m b o l e . « Les sectes h é r é t i q u e s , dit saint Augustin, ont mis en l u m i è r e la vérité (d'autres suppléent : l'Eglise) T


•1 t

LES DEFINITIONS DOGMATIQUES.

catholique, el ceux qui p e n s e n t m a l ont manifesté ceux qui pensent bien. Car il y avait dans les Écritures beaucoup de choses cachées, et les hérétiques q u i ont été retranchés du corps des fidèles, ont agité l'Église de Dieu p a r une foule de questions ; de la sorte, ce qui était caché a été découvert, et la volonté de Dieu a été comprise, Ex hœreticis asserta est catholica, mulla nnim latebant InScripturis, et ciun prœcisi essent hœretici, qiuestionibus fff/i/averunt Ecclesiam Dei; aperta stint quai latebant, et intellecta est voluntas Dei . » L'histoire de l'Église nous offre u n e application évidente des paroles d u g r a n d d o c t e u r ; mais il n e faut pas exagérer l'importance de ces conditions extérieures. La connaissance des dogmes progresse surtout suivant l e u r n a t u r e et d'après l'enchaîn e m e n t logique qui les relie les uns aux a u t r e s ; à r e g a r d e r les choses de près, peut-être beaucoup d'hérésies sont-elles nées des questions q u e soulevait la m a r c h e régulière de l a doctrine. « Le p r o g r è s n'a pas besoin d ' u n e occasion ou d'uno cause extérieure. Le m o u v e m e n t intime q u i pousse l'Église vers de nouveaux développements lui est un motif suffisant d ' a p p r o f o n d i r et d'élucider les questions j u s q u ' a l o r s obscures; l'intérêt q u e p r é s e n t e u n e doctrine suffit à lui seul p o u r a m e n e r u n e solution d o g m a t i q u e . » 1

2

On s'explique alors très b i e n un troisième motif de l'exercice du pouvoir doctrinal en m a t i è r e d o g m a t i q u e . Dans l'Église, l'autorité agissant humano modo n'épuise p a s en u n seul acte toute son énergie et ne résout p a s toutes les difficultés p a r u n e seule décision. Il peut donc arriver qu'elle n'ait pas examiné a u t h e n t i q u e m e n t si tel point a p p a r t e n a i t au trésor de la révélation. La c o m p a r a i son, quelquefois obligatoire, de doctrines q u e l'on n ' a v a i t pas r a p prochées avec assez de r i g u e u r , l'étude plus attentive de certaines pratiques p e u v e n t l ' a m e n e r ainsi à constater l'existence d ' u n dogme, jusque-là imparfaitement connu. La vigilance qu'exerce l'Église à l'égard de la doctrine confiée à ses soins, doctrine vivante et féconde, l'oblige elle-même à u n e étude continuelle, minutieuse, de la p a r o l e divine, dont elle est l'interprète et qu'elle doit p r ê c h e r a u m o n d e dans toute son a m p l e u r . À" ce devoir vient 1. In Psalm. u v , n. 22 [P. L., t. XXXVI, c. 643). 2. SCIIEEBEN, Dogmatique, c, 5, g 36, t. 1, n. 610 (Irad. Bélel).


8

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

s'en joindre u n autre, celui de suivre les travaux des théologiens, de les diriger, et a u besoin de t e r m i n e r les controverses p a r u n jugement solennel. Il y a là aussi p o u r l'Épouse du Christ l'occasion plus ou moins prochaine d'arriver à u n e définition dogmatique; car, bien q u e l a théologie ait strictement p o u r objet les conclusions théologiques, le docteur chrétien doit connaître parfaitement les principes d'où il déduit ces conclusions, à savoir les vérités révélées, afin d'établir mieux l e u r distinction, leurs r a p p o r t s et leurs conséquences. Quand, dans cette étude de l a doctrine s u r n a t u r e l l e , qui est en m ê m e temps analyse et synthèse, il se forme des opinions contradictoires, l'intervention de l'Église d e v i e n d r a souvent nécessaire, surtout s'il s'agit de s a u v e g a r d e r l'intégrité d u d o g m e . De m ê m e , l'accord unanime des théologiens a p p e l l e r a peut-être la décision souveraine qui v i e n d r a confirmer leur enseig n e m e n t , si l a n a t u r e d e l a question l e r é c l a m e . P a r conséquent, le double rôle d'interprète d'une doctrine, qui progresse toujours extérieurement, et de directrice des travaux des théologiens, p e u t amener l'Église à rechercher si telle croyance ne serait pas en soi au n o m b r e des dogmes. De plus, le Saint-Esprit, qui réside d a n s l'Église comme son maître et son guide, peut lui inspirer l a pensée d'examiner une partie indécise de la révélation en v u e d ' u n j u g e m e n t solennel. Dieu n'est pas seulement le p r o m u l g a t e u r , mais encore le distributeur, pour ainsi dire, de la vérité s u r n a t u r e l l e , dans ses diverses manifestations. P a r u n e impulsion aussi réelle que mystérieuse, n'excitera-t-il pas chez le Docteur infaillible l'initiative qui doit aboutir à l'acte le p l u s élevé de son pouvoir doctrinal? Et l'Église, toujours docile à l'action de l'Esprit, q u ' i l s'agisse de l'assistance ordinaire ou d ' u n mouvement e x t r a o r d i n a i r e c o m m u n i q u é d ' E n hant, ne m é p r i s e r a p a s le souffle divin, et fera b r i l l e r la l u m i è r e aux yeux de tous. Les diverses raisons q u e nous é n u m é r o n s ici n e sont p o i n t exclusives les unes des autres, on le c o m p r e n d , et il i m p o r t e d e le dire au sujet de l a d e r n i è r e , afin de n e p a s p a r a î t r e a t t r i b u e r a u p e u p l e chrétien une fonction qui ne lui a p p a r t i e n t p a s . Le désir des fidèles, le v œ u q u ' à plusieurs reprises dans l'histoire ils ont


LES DÉFINITIONS DOGMATIQUES.

i)

manifesté, de voir définir u n e vérité, n ' a rien q u e de très légitime, s'il reste d a n s les limites de l'obéissance; il p e u t m ê m e être u n e indication providentielle, tout à l a fois suscitée et a t t e n d u e p a r l'Esprit divin, et que l'autorité maternelle de l'Église n e n é g l i g e r a p a s . Cela est tout n a t u r e l , p u i s q u e la vie divine qui a n i m e le corps mystique d u Christ se manifeste aussi dans ses m e m b r e s . « C'est du Christ, dit saint Paul, que tout le corps, coordonné et uni p a r les liens des m e m b r e s qui se p r ê t e n t u n m u t u e l secours et d o n t c h a c u n opère selon sa m e s u r e d'activité, g r a n d i t et se p e r fectionne, Toium corpus compaciimi et connexion per omnem jiincturam subministrationis secundum operationem in mensuram uniuscujusçue meinbri augmentum corporis facil in èedificationem sut . » Aussi les théologiens o n t r a n g é p a r m i les caractères extrinsèques d'une doctrine susceptible d'être définie le désir et les prières des catholiques; et l'histoire a, plus d'une fois, confirmé leur sentiment. 1

Donc, p r o g r è s du d o g m e , état imparfait d ' u n e croyance, réfutation des hérésies, rôle de l'Église dans le d é v e l o p p e m e n t des vérités particulières et l a fixation des p r a t i q u e s diverses, t r a v a u x des théologiens, inspiration de l'Esprit-Saint et désir des fidèles sont a u t a n t de motifs q u i d é t e r m i n e n t le pouvoir s u p r ê m e à soum e t t r e une doctrine à l'examen définitif qui doit la r a n g e r officiellement soit p a r m i les d o g m e s , soit au moins p a r m i les vérités s i m p l e m e n t certaines. Mais à quels signes l'Église reconnaitra-t-elle q u e cette doctrine a p p a r t i e n t à l a révélation? C'est à quoi il faut m a i n t e n a n t r é pondre . 2

§ II. — V é r i t é s s u s c e p t i b l e s d'une définition d o g m a t i q u e .

Une vérité peut être c o n t e n u e de deux manières d a n s le d é p ô t de l a révélation, qu'il s'agisse de l'Écriture ou de l a t r a d i t i o n orale r e m o n t a n t aux Apôtres : explicitement, en termes formels, et 1. Ephes,, iv, 16. 2. Il va de soi que cette question n'a pas lieu d'être posée pour les vérités formellement, exprimées dans l'Écriture, bien qu'elles puissent être, de la part de l'Église, l'objet d'une affirmation nouvelle contre les opposants ou pour un autre motif.


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LA DOCTRINE L)K L'ASSOMPTION.

implicitement, p a r voie de simple exposition ou de c o n s é q u e n c e . Dans l'un et l'autre cas, l'objet formel d e la foi, la parole de Dieu, existe, et Ton doit croire ces sortes de vérités à cause d e l ' a u t o r i t é divine qui les propose i m m é d i a t e m e n t ou m é d i a t e m e n t . Mais, il faut le r e m a r q u e r , la conclusion d ' u n r a i s o n n e m e n t n'est d e foi divine que si les deux prémisses sont révélées, selon tous les t h é o logiens, ou a u moins lorsque Tune est révélée et l'autre reconnue certaine p a r la raison, d'après u n e opinion p r o b a b l e . La n a t u r e du lien qui rattache u n e proposition à u n e vérité révélée est d o n c l a cause immédiate et p h y s i q u e de l'assentiment donné à u n e conclusion théologique. Ici les auteurs se p a r t a g e n t en diverses opinions, qu'il n ' e n t r e p a s dans notre p l a n de r a p p o r t e r . R e m a r quons seulement q u e t o u t ce q u i , sans être exprimé dans a u c u n texte, r e n t r a i t dans l'intention de Dieu r é v é l a t e u r , doit être r e g a r d é comme révélé, implicitement sans doute, mais formellement. Or, cette intention ressort de la manière d o n t Dieu s'exprime ei de la nécessité de concilier entre elles ses affirmations; l'Église, assistée de l'Esprit-Saint, la découvre sans c r a i n t e d'erreur. Il est donc nécessaire q u e Dieu ait voulu p r o p o s e r une vérité p o u r q u ' e l l e puisse entrer dans la foi divine et c a t h o l i q u e ; et l'infaillibilité d e l'Église n'est point le motif de n o t r e assentiment aux propositions révélées, mais l ' o r g a n e authentique q u i nous i n d i q u e le contenu de la révélation, ce La vérité divine, dit Gonet, est seule l'objet formel sub quo d e n o t r e foi; c'est s u r elle, e n d e r n i è r e a n a l y s e , q u e s'appuie notre assentiment, et n o n s u r l'autorité et le t é m o i gnage de l'Église q u i propose l a révélation divine, niais q u i n'est p a s le motif d'ajouter foi aux vérités r é v é l é e s . Sola veritas 1

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1. Voir G O N E T , Clypeus thcologiae tïiomislicae, disput. proem., art. 3, § 3 : Sola praemissa de tide continet loLam veritaiem et ceilitudinem conclusions, et altéra lumine nalurali nota assumilur tantum per accidens et proplcr imperfectionem s u b jecti quod eget ministerio luminis naturalis ad acquirendam scientlam. Un de in scientia beata, quae non eget discursu formali, haec veritas : Chris tus est risibilis, videlur in hac sola propositions : Oliristus est homo, tanquam in causa adaequata. Quando proposilio, lumine naturalï nota, conjungitur cum altéra de fide, aliquo modo substat révélation! vktuali, quia tune ab altéra quae est de iide, înodificalur, confortatur, et elevatur: sicut cogilatira in homine. propter conjunclioncm quam habet cum potentia intellectiva participât modum que m dam intellectualitatis, et veluli radium quemdam luminis intellcctualis, ratione cujus potest perfecte discurrere. 2. M annale thomisiarum, tract. 8, cap. i, § 2.


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Il

divina et increata, erit objection formate sub quo fidei nostrœ, subindeque in illam tanlum fiel pliima ejus resolutio quoad assensum, non vero in auctoritatem seu lestimonium Ecclesiœ, quod se habet solum per modum conditionis applicantis et proponentis divinam revelationem, non vero ut motivum assentiendi vcritatibus revelalis. » Une autre condition doit nécessairement a c c o m p a g n e r celle que nous venons de signaler, c'est l'origine apostolique. Depuis que le Seigneur a confié aux Apôtres les enseignements de la nouvelle alliance, il n ' y a plus eu et il n ' y a u r a j a m a i s de r é v é l a tion catholique u l t é r i e u r e ; l a loi, dont les Apôtres ont été constitués les p r o m u l g a t c u r s , renferme toutes les vérités d o g m a t i q u e s et morales d u christianisme, comme l'enseigne le Concile de Trente : « Notre-Seigneur Jésus-Christ a o r d o n n é de p r ê c h e r à toute c r é a t u r e l'Évangile q u ' i l a p r o m u l g u é , de sa p r o p r e b o u c h e et ensuite p a r ses Apôtres, c o m m e l a source de la vérité qui sauve et de la direction de la vie. Quod (Evangeliutn) Dominas Nosler Jésus Chris/us proprio ore promulgavii deindc per suos apostolos tanquam fonlem omnis et salutaris veritalis et morum discipliner, omnz creaturte prœdicari jitssil ». Aussi l'Église, d a n s ses définilions d o g m a t i q u e s , ne fait-elle autre chose q u e de notifier u n e doctrine transmise p a r les Apôtres, qui l'avaient r e ç u e , soit de Notre-Seigneur l u i - m ê m e , soit d u Saint-Esprit après l'Ascension, ou tout au moins qui l e u r a v a i t été confirmée p a r l'autorité divine. Il n'est pas douteux, en effet, que l'enseignement d u Paraclet ait fait connaître aux Apôtres des vérités que le S a u v e u r n e leur avait point manifestées : Adhuc midla habeo vobis diccre, sed non poteslis porlare modo. Cum aittem vencril Spirilus Me verilatis, docebit vos omnem veritatem , et des événements futurs, quae ventura sunt annuntiabit vobis ^ en m ê m e temps q u e , sans d é t r u i r e leur autorité de témoins humains, il l e u r r a p p e l a i t les instructions de Notre-Seigneur et l e u r en d o n n a i t l'intelligence, ille (Spirilus) docebit vos omnia et suggerei vobis omnia qiuv}

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2

?

1. Sess., 4. lî. JOAN., XVI,

2. Ibid.,

13.

12.


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION. 1

cumque dixero vobis , il l e u r c o m m u n i q u a i t é g a l e m e n t l a science des choses naturelles dans la mesure nécessaire à l'accomplissem e n t de la mission divine q u i l e u r avait été confiée. D'après le sentiment quasi u n a n i m e des théologiens, la r é v é l a tion de toutes les vérités catholiques ne fut p a s faite aux Apôtres en une seule fois, le j o u r de la Pentecôte, mais successivement, p a r parties, et suivant les besoins de l'Église naissante. Le terme e m ployé p a r Notre-Seigncur, selon le g r e c , le laisse à e n t e n d r e : ' O s e r a i ÛJASÇ K A C A V r/JY « À ^ O s i a v , l i t t é r a l e m e n t : « 11 vous cond u i r a comme p a r l a main dans toute la vérité » ; ce que l a Vulgate traduit imparfaitement : Docebit vos omnem veritatem; et le texte d u Concile de T r e n t e , reproduit p a r celui du Vatican , l'insinue à son tour, q u a n d il p a r l e des traditions transmises p a r les A p ô tres d'après l'enseignement de TEsprit-Saint : Ab ipsis aposlolis, Spirilu scindo dittante, quasi per mamts tradì tèe. D'ailleurs, les Actes nous fournissent la preuve q u e les Apôtres ne furent p a s instruits, dès le principe, de toutes les p a r t i c u l a r i t é s , au m o i n s secondaires, de la doctrine, p a r exemple en ce qui concernait la vocation des Gentils et l'abrogation des observances j u d a ï q u e s . Enfin l'Apocalypse ne rcnferme-t-elle p a s des propositions q u i n e furent pas connues de tous les ApôtresV Ce qui autorise à croire que le temps des révélations divines catholiques fut s e u l e m e n t clos à la mort de saint Jean. 2

3

4

Toute vérité susceptible d'être définie a p p a r t i e n t donc au n o m b r e des traditions qu'on appelle dimno-apostoliques en raison de leur source p r e m i è r e , p a r c e qu'elles ont été c o m m u n i q u é e s ou confirmées aux Apôtres p a r Notre-Sòigneur l u i - m ê m e ou p a r le SaintEsprit après l'Ascension. Ce ne serait p a s assez qu'elle eût p o u r origine l'autorité des Apôtres agissant en v e r t u de l e u r pouvoir p r o p r e ;

1. JOAN., XIV,

20.

2. ...sine scripto traditionibus quae ab ipsius Christe ore ab Apostoli s acceptae, aul ab ipsis aposlolis, Spirilu Sanclo dictante, quasi per manus traditae, ad nos usque pervenerunt;... traditioncs ipsas, tum ad fidem, tum ad mores pertinentes, tanquam vel orelenus a Chris lo, vel a Spiritu Sancto dirtatas, et continua successione in Ecclesia catholica conservatas. S es s., TV. 3. ConsL Dei Filins, cap. n, De Revelatione. 4. Act. Ap., x et xv.


LES DÉFINITIONS DOGMATIQUES.

car alors il n ' y a u r a i t pas lieu de lui accorder la foi s t r i c t e m e n t divine, et on devrait l a r a n g e r p a r m i les traditions simplement apostoliques, qui se r a t t a c h e n t n o n à la p r é r o g a t i v e de p r o m u l g a tcurs d e la doctrine révélée, mais à celle de p a s t e u r s de l'Eglise. Pour distinguer ces deux sortes de traditions, il en faut e x a m i n e r l'objet et les témoins, ainsi q u e le titre de transmission; en effet, si p a r n a t u r e elle réclame u n e intervention de Dieu, si u n concile œ c u m é n i q u e ou la p l u p a r t des Pères r e g a r d e n t le sentiment opposé comme h é r é t i q u e , si aux temps primitifs, d a n s l'Église apostolique, les chrétiens la t e n a i e n t p o u r divine, on p e u t croire q u ' e l l e l'est en réalité. Mais la r è g l e la plus s û r e de d i s c e r n e m e n t esl la p r a t i q u e et la pensée de l'Église, q u a n d elle a été exprimée d ' u n e m a n i è r e q u e l c o n q u e , a u m o i n s sous l'autorité de son magistère ordinaire. Lorsque les deux conditions que nous venons d ' e x p o s e r se vérifient, c'est-à-dire q u a n d Dieu a révélé u n e doctrine et qu'il Ta confiée à l'enseignement apostolique, l'Église peut alors la mettre officiellement au n o m b r e des d o g m e s . Divine e n soi qu'elle était a u p a r a v a n t , elle le d e v i e n d r a désormais a u t h e n t i q u e m e n t p o u r tous les fidèles, elle a p p a r t i e n d r a à la foi catholique p a r le seul fait de la définition. Mais l a vérité d o n t les Apôtres ont été constitués les h é r a u t s ne r e n f e r m e - t - e l l e que des éléments s u r n a t u r e l s ? N'y a-t-il pas des parties accessibles à la raison, des faits extérieurs et visibles que Dieu nous propose p a r l'entremise de ses envoyés et q u i , faisant dès lors partie du dépôt divin, doivent être acceptés à cause de l'autorité de Dieu? On ne petit pas en d o u t e r , et la Sainte Écriture à elle seule n o u s en fournit des exemples manifestes. Un théologien a donc r a i s o n de d i r e : « Tous les faits consignés p a r écrit, ou vérifiés p a r les sens peuvent e n t r e r d a n s le trésor de la foi, si après avoir été connus naturellement et en outre i l l u m i nés p a r la divine lumière de la révélation et manifestés p a r u n e d é claration spéciale d u Saint-Esprit, ils sont confiés k l'Ecriture ou à la tradition apostolique. Ainsi, u n fait d ' o r d r e historique et n e d é passant point la raison naturelle acquiert la très g r a n d e autorité de l a foi; car son existence est a p p u y é e sur l'autorité môme de Dieu révélateur. — Quœvis facta vel scriptis consignata, vel sert-


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sibits subjecta in fidei thesaurum utique ex /ustoria possimi traduci, si cognita jam naturaliter, divino prmterea revelatinnis lumino collustrata, specialigue S. Spi rit as deelaratione patef :ta Scripturarum monttmentis vel apostolica traditioni commet lata fucrinl. Rebus ita se habentibus, factum, cniicroquin historicum et naturœ ordinerei non excedens, maximam fidei auctoritatem nanciscitur. Tune enim ejus existentim credendo formale argumentant ipsius Dei revelantis auc tori tate fu/citar K » Ce n'est là q u e le c o m mentaire des paroles de saint Thomas (II I I , q. 1, a. 1, ad 1) : « Ce qui se r a p p o r t e à l ' h u m a n i t é du Christ, et aux sacrements de l'Église, et à toute c r é a t u r e , r e n t r e dans le d o m a i n e de l a foi, en tant que, p a r là, n o u s sommes ordonnes vers Dieu, Nous y d o n n o n s notre assentiment à cause de la vérité divine. — Ea qam pertinent ad humanitatem Christi et ad sacramenta Ecclesia?, vel ad qaascumque creaturas, cadunt sub fide in quantum per fave ordinami^ ad Deum; et eis etiam assentimus propter divinam veritàtem. » 0

ac

Quels sont en particulier ces faits historiques, entrés d a n s la sorte dans le dépôt de la révélation? On peut r é p o n d r e seulement : Tous ceux qui se r a t t a c h e n t à la doctrine et qui ont été enseignés p a r les Apôlres. Mais comment les distinguer? C'est ce que nous devons dire avant de préciser d a v a n t a g e les prérogatives des Apôtres comme proinulgateurs de la foi. Un certain n o m b r e des faits devenus partie intégrante du dépôt confié à l a prédication apostolique sont consignés d a n s les écrits inspirés d u Nouveau Testament. Pour ceux-là, il n'y a aucun doute possible : ils se présentent à nous avec la m a r q u e d'en-haut, et on doit les croire de foi divine, quelle que soit leur n a t u r e . Ils forment une p r e m i è r e c a t é g o r i e , facile à distinguer, et s u r laquelle nous n'avons pas à insister d a v a n t a g e . Quant à ceux que l'Écriture ne r a p p o r t e p a s , et qui ont pu faire partie de r e n s e i g n e m e n t oral des Apôtres, p a r l a n t comme envoyés de Dieu et hérauts de l'Évangile, il y en a de deux sortes. Les premiers ont p o u r objet une m a t i è r e d o g m a t i q u e , dont ils ne sont que la réalisation extérieure; u n fait de cette n a t u r e entre donc 1.

D . VACCARI,

0.

S. B.,

epìscop. Synop. : De B. V. Marte

Assttmplione,

p. 3 3 4 .


LES DÉFINITIONS DOGMATIQUES.

dans la doctrine, de p a r son o b j e t ; u n de ses c a r a c t è r e s essentiels est d'être d o g m a t i q u e in se; extérieur et visible, c o m m e tout é v é n e m e n t h u m a i n , il r é c l a m e , p a r . s a substance m ê m e , d'être d o c trinal. Qu'il soit nécessaire ou n o n , que son a b s e n c e r e n d e le d o g m e incomplet ou q u e l a vérité catholique n e le compte p a s p a r m i ses éléments indispensables, il n ' i m p o r t e ; d u m o m e n t q u ' i l a été réalisé, il r e n t r e , de l u i - m ê m e , essentiellement, d a n s la doctrine. Dépassant les faits p u r e m e n t historiques, il a p p a r t i e n t à u n e classe s u p é r i e u r e , parce q u ' i l consiste dans l a réalisation d ' u n objet d o g m a t i q u e p a r essence. Nous en avons un exemple dans la résurrection g é n é r a l e . I n d é p e n d a m m e n t de ses autres caractères, de sa mention dans l'Écriture, de sa futurition, elle fait partie d e l'ensemble des croyances catholiques en raison d e l a matière doctrinale qui constitue sa n a t u r e môme. Il en est d e m ê m e p o u r la résurrection de Notre-Seigneur ; car, supposé q u ' e l l e n ait pas été consignée dans l'Écriture, elle n ' e n est pas moins, de p a r soi, u n fait historique, q u i a réalisé une m a t i è r e d o c t r i n a l e , bien plus, le d o g m e fondamental d e tout le christianisme, et qui est, à cause de cela, la base de l a doctrine catholique. On en trouve encore u n exemple dans la m a t i è r e et l a forme des s a c r e m e n t s , dont l'Écriture n e p a r l e pas explicitement, au moins p o u r le plus g r a n d n o m b r e , et q u i cependant, personne n ' e n d o u t e , a p p a r t i e n n e n t à la foi. T

Nous n'avons en v u e ici q u e ceux q u i ont p u être transmis p a r la tradition. Le n o m de faits dogmatiques l e u r conviendrait donc essentiellement; mais l'usage Ta réservé à ceux qui, sans r e n t r e r , de soi, dans la doctrine, ont cependant u n lien nécessaire avec le d o g m e , que cette nécessité r e g a r d e soit l'exposition de l a croyance, soit l a défense de son i n t é g r i t é . Cette d e r n i è r e classe comprend les é v é n e m e n t s dont l'existence et la n a t u r e ne s a u r a i e n t être révoquées en doute sans détriment p o u r la foi, et les décisions qui d é t e r m i n e n t le sens objectif des ouvrages a y a n t quelque r a p p o r t avec la révélation. Les Apôtres ont p e u t - ê t r e enseigné des faits de ce g e n r e q u i , à la différence des précédents, ne r e n t r e n t p a s directement dans le nombre des vérités révélées. La doctrine chrétienne était prfcchée p a r les Apôtres sous l a g a -


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION

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rantie de l'autorité m ê m e de Dieu, de m a n i è r e à réclamer l ' a d h é sion de foi divine, et p a s s i m p l e m e n t celle d e foi ecclésiastique; car tout ce qui a p p a r t i e n t à l a doctrine est r e c o n n u p o u r avoir été révélé, ou au m o i n s inspiré, affirmé p a r Dieu, dès q u ' o n a constaté que ce sont les Apôtres qui l'ont enseigné p r i m i t i v e m e n t . Ce principe, d ' u n e importance capitale, appelle quelques développements; de sa pleine intelligence d é p e n d p e u t - ê t r e la réponse définitive à la question qui nous occupe. 1

§ III. — L e s p r é r o g a t i v e s d e l'Apostolat c o n c e r n a n t l a R é v é l a t i o n .

Si l'on y p r e n d g a r d e , il ne s'agit d ' a u t r e chose ici q u e de d é t e r m i n e r exactement le pouvoir doctrinal extraordinaire des Apôtres. Parmi les prérogatives inhérentes à l'apostolat, et qui font p a r t i e de sa notion, la c h a r g e d'enseigner se distingue n e t t e m e n t des a u t r e s ; elle diffère aussi, q u a n t à son caractère, de celle qui r e vient an Souverain Pontife et aux évèques, réunis ou pris s é p a r é m e n t . Nous n'avons p a s à l a considérer dans ses r a p p o r t s avec le double pouvoir d ' o r d r e et de juridiction, mais en e l l e - m ê m e . Le pouvoir enseignant dans l'Église, c'est-à-dire le corps episcopal u n i à son chef, continue la mission apostolique, d o n t il n'est que le développement, en qualité de t é m o i n et d'interprète de l a doctrine révélée. 11 y a p o u r t a n t des différences, m ê m e à ce point de vue, entre les Apôtres et les évoques, entre les Apôtres et le Souverain Pontife. L'examen attentif d'un des attributs de l'Apostolat fera suffisamment ressorfir celles d o n t la connaissance est utile à notre dessein. Ce q u i distingue a v a n t tous les Apôtres de l e u r s successeurs, c'est la qualité de p r o m u l g a t e u r s de l a révélation. Choisis p a r Notre-Seigneur Jésus-Christ l u i - m ê m e , ils devaient enseigner a u t h e n t i q u e m e n t et originairement [originative) l a doctrine que Dieu voulait, p a r eux, a n n o n c e r au monde et t r a n s m e t t r e aux continuateurs de l e u r m i n i s t è r e . Ils sont réellement les sources secondaires, mais véritables, de la foi, et ses bases fondamentales. ' 1. « Quae ad doctrinam per Unen I, religiosam, eo ipso quod demonstrantur ab a p o stolis tradita, etiam divinilus rcvelata esse constat. » F R A N Z E U N , De divina tradiíione, thés. I, xxii. — SCIÏEEHEN, Dogmatique, l. Г, p. 222 (Irad. B É L E T ) .


LES DEFINITIONS DOGMATIQUES.

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Toute la révélation l e u r a été confiée; ils l'ont reçue de la b o u c h e m ê m e d u Verbe fait h o m m e , et du Saint-Esprit, d a n s toute son i n t é g r i t é ; après eux l a vérité catholique ne recevra p l u s d'accroissement, et la prédication future, sous ses diverses formes, ne fera que puiser au trésor de la doctrine. Le concile de Trente fait n e t t e m e n t ressortir ce caractère de l'apostolat, q u a n d il p a r l e d e l'Évangile en ces t e r m e s d é j à cités : [evangelium) quod Dominus Noster Jesus Christus, Dei Filius, proprio ore promulgami, deinde per suos apostolos, tanquam fontem omnis et salutaris veritatis e( morum disciplina?, omni creatura? prsedicari jussit . Il y a là, en quelque sorte, u n e application faite en m ê m e temps à NôtreSeigneur et aux Apôtres de la qualité c o m m u n e — avec les différences que comporte l e u r condition — de p r o m u l g a t e n e de la vérité révélée, qui place les douze dans un r a n g a u q u e l personne autre n e sera a p p e l é . Ils ont transmis à leurs disciples et à leurs successeurs le d é p ô t des enseignements divins, t o u t entier et p o u r tous les t e m p s ; aussi l e u r recommandent-ils de le g a r d e r avec un soin jaloux, en é c a r t a n t toute doctrine é t r a n g è r e : « Timothée, g a r d e le dépôt, en évitant les discours profanes. 0 Timothée, depositimi custodi, déviions profanas vocum novitates*. — Garde le b o n dépôt, p a r le Saint-Esprit qui h a b i t e en n o u s . — Les e n seignements q u e t u as r e ç u s de moi en présence de n o m b r e u x témoins, confie-les à des hommes sûrs qui soient capables d'en instruire d'autres. — Tu m ' a s suivi dans m a doctrine... Demeure ferme d a n s ce que t u as appris et qui t ' a été confié [en grec : et dont tu as la certitude), sachant de qui tu le tiens. — Bonum depositimi custodi per Spiritimi Sanctum, qui habitat in nobis. — Qua? audisti a me per multos testes, lime commenda fidelibus hominibus, qui idonei erunt et alios docere. — Tu autem assecìttus es mea?n doctrinam... Permane in lis quai didicisti et ereditasunt tibi. sciens a quo didiceris . » C'est un enseignement en dehors d u quel et contre lequel les disciples des Apôtres ne doivent rien a d m e t t r e , un e n s e i g n e m e n t complet et parfait, u n e n s e i g n e m e n t [

z

t. Sess. 4. 2. I Tim., vi, 20. 3. U Tim., i, 14;

U,

2 ; in, 10, 14.

IA DOCTRINE DE L*ASSOMPTION.

2


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

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qui a p p a r t i e n t aux Apôtres : meam doctrinam. Aussi les Actes et les Epures ne p a r l e n t nulle p a r t d'additions futures, mais toujours de fidélité à la doctrine reçue de l a b o u c h e des Apôtres, à tel point qu'ils en font u n des caractères du Christianisme : « Ils étaient fidèles à la doctrine des Apôtres, aux r é u n i o n s c o m m u n e s , à la fraction d u p a i n et aux prières. — Erant autem persévérantes in doctrina Àpostolorum et communicatione fractionis panis et orationibits . » Et l'Église, à toutes les é p o q u e s de son histoire, n'a j a mais eu d ' a u t r e b u t q u e celui de conserver intacte et de p r ê c h e r l a vérité confiée aux apôtres. [

Cette qualité d'être sources de l a doctrine s u r n a t u r e l l e a p p a r tient en p r o p r e et d'une m a n i è r e exclusive à l'apostolat primitif; la tradition postérieure ressemble p l u t ô t à un canal qui nous transmet avec autorité les enseignements divins, selon l'expression si juste de saint C y p r i e n . P o u r faire p a r t i e , a u t h e n t i q u e m e n t , de l a doctrine catholique, toute vérité doit avoir été p r o m u l g u é e , ou p o u r le moins confirmée p a r les apôtres e u x - m c mes. C'est ce qui a p o r t é quelques auteurs à dire avec raison q u e les deux évangiles de saint Marc et de saint Luc avaient d û être approuvés p a r saint PieiTe et p a r saint P a u l avant d ' o b t e n i r dans l'Eglise le crédit a u q u e l ils ont droit. Constitués organes a u t h e n tiques des révélations nouvelles qui devaient j u s q u ' à la m o r t du dernier d'entre eux s'ajouter a u dépôt original, les apôtres exercèrent en cela une fonction de l e u r m a g i s t è r e extraordinaire, qui ne passa point à leurs successeurs. 3

En poursuivant l'analyse de cette p r é r o g a t i v e apostolique, on se r e n d compte q u e les Apôtres, témoins oculaires et auriculaires immédiats, et investis d'un pouvoir doctrinal excep(ionnel, étaient sous une influence particulière du Saint-Esprit, qui donnait à l e u r enseignement u n e perfection i n t é r i e u r e et extérieure toute spéciale, c ' e s t - à - d i r e l'infaillibilité personnelle et le don des miracles. « Comme ils possédaient la plénitude du SainL-Esprit, il 1. Ad. Ap., H, 42. 2. « Quod admonet Cyprianus {cp. ad Pmnp.), ut ad foatem recurramus, id esl, ad apostolicam tradilionem, et indc canalem in nostra tempora dirigamus, optimum esl. » S. A u c , De Bapt. contr. Don., 1. 5, c , 26. (P. L., t. XLIU, c. 194).


LES DÉFINITIONS DOGMATIQUES.

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n'est pas nécessaire de distinguer chez eux, c o m m e chez leurs successeurs, les formes spéciales que revêtait l'action divine p o u r les d i r i g e r . L'infaillibilité de leurs .actes reposait sur u n e perfection personnelle, intrinsèque et habituelle, d'où elle jaillissait c o m m e d'elle-même, tandis qu'elle n'existe dans le corps enseignant q u e p o u r certains actes et dans certaines conditions d é t e r m i n é s . » Faut-il ajouter que le magistère ordinaire n'existait chez les A p ô tres q u e d'une m a n i è r e éminente, et qu'il n ' a j a m a i s été en exercice? Nous réservons l a question. Mais ce qui n'est pas douteux, c'est que, p o u r le moins, la doctrine enseignée p a r les Apôtres l'était de p a r l'autorité i m m é d i a t e de Dieu, sous sa g a r a n t i e et sa responsabilité, même s'il s'agit d'éléments qu'ils avaient p u connaître d'une m a n i è r e n a t u r e l l e . Le concile de T r e n t e l'indique et d é clare « recevoir avec la m ô m e piété et la m ê m e vénération tous les livres de l'Ancien et d u Nouveau Testament, parce que Dieu est l ' a u t e u r de l'un et de l ' a u t r e , ainsi q u e les traditions concernant la foi ou les m œ u r s , révélées p a r le Christ ou p a r l'Esprit-Saint et q u e l'Église a conservées fidèlement. — Omnes libros tam Veterh quam Novi Testamenti, cum utriusque anus Deus sit auctor, nec non tradiùones ipsas tum ad /idem, tum ad mores pertinentes tanquant oretenus a Christo vel a Spiritu Sancto dictatas, et continua successione in Ecclesia catholica conservatas, pari pietatis affectu ac révèrentia suscipil et veneratur (synodus) . » E n dehors des t r a ditions relatives à la foi et aux m œ u r s , il n ' y a q u e les traditions disciplinaires; donc, les premières seules ont été transmises toutes comme é t a n t la parole de Dieu. Nous disons toutes, parce q u e dans le texte cite l'adverbe tanguam doit conserver sa signification naturelle, il n ' a j a m a i s le sens de quia, ni de qum, qui, tous les deux, sont restrictifs. P a r conséquent, il faut entendre ici : les traditions doctrinales, soit révélées p a r Notre-Seigneur l u i m ê m e , soit dictées par le Saint-Esprit, et n o n pas : les traditions doctrinales, pourvu qu'elles aient l'une de ces deux origines. 1

2

L'Écriture sainte nous fournit des preuves suffisantes de ce q u ' o n p o u r r a i t a p p e l e r cette a p p a r t e n a n c e totale de l'intelligence 1. SciIEEBEN, l. C.j n.

2. Sess. 4, c. 4.

136.


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

et de la volonté des Apôtres à l'action de Dieu pour la p r é d i c a t i o n de la doctrine. Ils ont été choisis, douze seulement, p a r m i t o u s les autres dispies, et établis docteurs et m a î t r e s , avec u n p o u v o i r d'enseigner universel, c o m m u n i q u é à c h a c u n d'eux p a r NotreSeigneur l u i - m ê m e . Leur parole doit c o m p l é t e r celle du Verbe i n c a r n é ; et en u n sens la mission d u Christ et celle d e s Apôtres n ' e n font q u ' u n e ; car le S e i g n e u r n'avait pas révélé t o u t ce qu'il avait à dire, laissant à ses envoyés i m m é d i a t s le soin de compléter, sous l'inspiration de l'Esprit, le trésor de la vérité s u r n a t u relle. Partout d a n s l'exercice de l e u r magistère, ils sont présentés comme envoyés de Dieu et t e n a n t sa place, — Pro Christo legatione fungimur, tanquam Deo exhortante per nos . Toujours ils d o n n e n t la doctrine qu'ils prêchent c o m m e r e ç u e de Dieu; j a m a i s , en aucune circonstance, q u e l q u ' u n d'entre eux n e s'en réfère à u n enseignement a u t r e que celui de Notre-Seigneur ou d u Paraclet, jamais aussi ils ne disent p r ê c h e r leurs p r o p r e s opinions. C'est donc qu'ils p a r l e n t toujours a u nom de Dieu. Il n ' y a dès lors a u c u n motif de rechercher à restreindre leur p r é r o g a t i v e , puisque déjà nous savons que, p r o m u l g a t e u r s de l a foi, sources de la vérité révélée, et favorisés d'une pleine et i m m é d i a t e i l l u m i n a t i o n de l'Esprit divin, ils ont enseigné c o m m e légats du Christ et t é moins directs de la révélation. Mais interrogeons l'Écriture ellemême. i

Pour être témoin a u t h e n t i q u e , il ne suffisait pas d'avoir vécu avec Notre-Seigneur et les Apôtres; il fallait encore u n a p p e l p a r ticulier et u n choix direct, c o m m e le m o n t r e l'élection de saint Mathias : « Il faut q u e p a r m i les h o m m e s qui nous ont a c c o m p a g n é s tout le temps que le Seigneur a vécu avec n o u s , à p a r t i r d u b a p t ê m e de Jean j u s q u ' a u j o u r où il a été enlevé d u milieu de nous, il y en ait u n q u i devienne avec n o u s t é m o i n de sa résurrection. Il en p r é s e n t è r e n t d e u x . . . Et s'étant mis en p r i è r e ils d i r e n t : Seigneur, vous q u i connaissez le c œ u r de t o u s , i n diquez lequel de ces deux vous avez choisi p o u r occuper ce m i nistère de l'apostolat. On tira l e u r s noms au sort; et le sort tomba 1 . II Cor., v, 20.


LES DÉFINITIONS DOGMATIQUES.

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sur Mathias, qui fut associé aux ouze Apôtres. — Oportet ergo ex his viris, qui nobiseum sunt congregati in omni lempore, quo intravii et ejcivil inter nos Dominas Jésus, incipiens a baptismale loannis asque in diem, qua asswnplus est a nobis, T G S T E M R K S U R RECTIONIS E J U S JVOBISCUM iTERi unum ex istis. Et statiierunt duos... Et oranles dixcrunt : Tu Domine, qui corda nosti omnium, ostende quem elegeris ex his duobus unum, accipere locum ministerii hujus et aposlolalus... Et dederunt sortes eis, et cecidil sors super Matthiam, et annumeratus est cum undecim Apostolis . « Et c'est précisément la qualité de témoin à litre spécial que l'Écriture mentionne ici c o m m e l a principale des p r é r o g a t i v e s apostoliques. Car il ne s'agissait é v i d e m m e n t pas de faire de saint Mathias u n témoin h u m a i n , chose d'ailleurs impossible, puisqu'il l'était déjàmais de l'élever à la dignité apostolique p a r une opération s u r n a turelle, qui ferait de son t é m o i g n a g e h u m a i n u n t é m o i g n a g e divin, fieri teslem nobiseum, c o m m e Notre-Seigneur l'avait fait p o u r les a u t r e s Apôtres. l

La vocation de saint P a u l m o n t r e bien aussi q u e l'autorité doctrinale des Apôtres repose s u r une élection i m m é d i a t e , faite p a r Dieu l u i - m ê m e , et q u ' e l l e se distingue d u m a g i s t è r e , qui appartient au corps enseignant. Le Seigneur Ta choisi comme témoin p o u r qu'il p r ê c h e son n o m aux Gentils et à leurs rois, ainsi qu'aux fils d ' I s r a ë l ; c'est l à le c a r a c t è r e de sa mission, caractère d ' e n s e i g n e m e n t , on le voit. « P a u l , serviteur du Christ-Jésus, apôtre p a r son a p p e l , mis à p a r t p o u r a n n o n c e r l'Évangile de Dieu, — P a u l u s , servies Jesu Christi, vocalus apostolus, segregatus in evangelium Dei . » Comme les a u t r e s , il est Apôtre p o u r a n n o n c e r l'Évangile avec l a m ê m e autorité q u e ceux qui ont été élus p a r Notre-Seigneur aux j o u r s de sa vie m o r t e l l e ; il r e v e n d i q u e h a u t e m e n t ce titre, affirm a n t qu'il Ta reçu de Jésus-Christ et de Dieu le Père : « P a u l , Apôtre, n o n de la p a r t . d e s h o m m e s , n i p a r l ' i n t e r m é d i a i r e d'un h o m m e , mais p a r Jésus-Christ et Dieu le P è r e , q u i Ta ressuscité d'entre les 2

3

1. Act. Ap., I, 21-26. 2. Vaclc, quo niai ii vas eleclionis est mihi iste ut p or tel nomen m eu m cor a m gentibus et regibus et filiis Israël. Act. Ap., ix, 15. 3. Rom., i, 1.


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LA DOCTRINE UE L'ASSOMPTION.

morts, — Paulus, Apostolus non ab hominibus, nec/ue per hominein, sed per Jesuni Christian et Deam Patrem, qui suscitavit eum a morluis » ; il le place en tète de l a p l u p a r t de ses tipitres, et lorsque la suscription p o r t e plusieurs noms, il omet cette mention de son apostolat (Philipp., 1 et II Thess.), ou bien il p r e n d soin de l'intercaler a p r è s son p r o p r e n o m et avant celui de ses collaborateurs (1 et II Cor. Coloss.). 1

y

Le fait relatif à saint Paul et à saint B a r n a b e , raconté au c h a pitre m u des Actes, ne concerne point la vocation à l'apostolat p r o p r e m e n t dit, et ne met point saint Barnabe sur le m ê m e r a n g que le g r a n d Apôtre des Gentils. 11 s'agit là d ' u n e mission p a r t i c u lière, ayant p o u r b u t de p r ê c h e r l'Évangile dans l'île de Chypre, et qui fut précédée, selon saint Jean Chrysostomc et saint Léon, de l'ordination sacerdotale des deux envoyés, ou tout au moins de l a reconnaissance a u t h e n t i q u e , p a r le moyen d'un rite extérieur, d e la charge qui leur était confiée . 0

2

D'ailleurs, cette notion de l'apostolat, au sens strict, que nous cherchons à préciser, se trouve nettement formulée dans le récit de la vocation des Douze. Us sont choisis et n o m m e s Apôtres p o u r p r ê c h e r ; et afin de m o n t r e r que l e u r enseignement revêt une a u t o rité s u r h u m a i n e , Notrc-Seigneur le met au même r a n g que le p o u voir d'accomplir les miracles : « Jésus envoya les Douze, après leur avoir d o n n é ses instructions : Allez, annoncez que le r o y a u m e des cieux est p r o c h e . Guérissez les m a l a d e s , ressuscitez les m o r t s , duodecimmisil guérissez les lépreux, chassez les d é m o n s . — Hos Jésus y prœcipiens eis dicens : Eitnies autem praidicate, dicentes quia appropinquavit regnum cœlorum. Infirmas citrate, mortuos suscîtate, leprosos mandate, dœmones ejicite . » Il faut r e m a r q u e r soigneusement que ce pouvoir doctrinal extraordinaire forme la note distinctive de l e u r apostolat dont il est i n s é p a r a b l e , et q u e , par conséquent, il est réservé à eux seuls. Car les autres disciples ne l'ont pas r e ç u , tandis que plusieurs ont eu la puissance d'opérer des miracles. Jésus appela ses disciples, et choisit d o u z e d ' e n t r e 3

1. GaL,

i,

l.

2 . PASSAGLIA,

De Ecclesia

3. AlATTfi., X, 5, 7,

8.

Christi,

lib. III, n.

115.


LES DÉFINITIONS DOGMATIQUES.

23

eux, qu'il n o m m a Apôtres. Vocavit (Jésus) disciptdos saos, el elegit daodecim ex ipsis, quos et apostolos nominavit *. Ce choix avait un b u t , que saint Marc indique en r a c o n t a n t le même fait : Jésus en établit douze p o u r les avoir avec lui et p o u r les envoyer p r ê c h e r . Fecit (Jésus) ut essent duodecim eum illo, et ut mitteret eos prwdicare*A\ s'agit sans a u c u n doute d'une prédication s p é c i a l e , puisque les simples disciples p r ê c h è r e n t aussi et ne furent pas Apôtres. Donc, d ' a p r è s l'intention de Dieu, manifestée p a r l'Écriture, être Apôtre, c'est avoir été choisi directement p a r le Seigneur p o u r enseigner, comme l é g a t de la divinité, l a doctrine s u r n a t u r e l l e . L'étyrnologie elle-même du mot l ' i n d i q u e , iiuos-éAAoj, envoyer; l'apôtre est l'interprète de la volonté d'un a u t r e , c h a r g é de r e m p l i r avec une autorité d é l é g u é e la mission qu'il a r e ç u e . Qu'on le r e m a r q u e b i e n , dans l'étendue de cette mission d i v i n e , aucune limite n'est posée à ce pouvoir d o c t r i n a l extraordinaire des Apôtres, non seulement q u a n t aux t e r r i t o i r e s , mais aussi q u a n t ù. l'objet. Ils n ' e n seraient sortis que si, p a r i m p o s s i b l e , ils avaient enseigné quelque chose de contraire à la doctrine dont ils étaient les p r o m u l g a t e u r s infaillibles et autorisés. Tout ce qu'ils ont p r ê c h é de la doctrine vient donc de Dieu, ou comme révélateur, ou comme inspirateur, et saint P a u l a raison de d i r e en p a r l a n t de la prédication . « Ayant reçu l a divine parole q u e nous avons fait e n t e n d r e , vous l'avez r e ç u e , non comme p a r o l e des hommes, m a i s , ainsi qu'elle l'est v é r i t a b l e m e n t , comme u n e parole de Dieu. C'est elle (selon le grec) qui déploie sa puissance en vous qui croyez. — Quum accepissetis a no bis verbum auditus Dei, accepistis illud non ut verbum hominum, sed, sicut est vere, verbum Dei, qui operatur invobis qui credidistis^. » De môme, après le renvoi de saint Pierre et de saint Jean p a r les Sanhédrites, les Apôtres d e m a n d a i e n t au Seigneur le courage d'annoncer sa p a r o l e en toute hardiesse : Et m a i n t e n a n t , S e i g n e u r , donnez à vos serviteurs d'annoncer votre p a r o l e avec u n e pleine 1. L u c , vr, 13. 2 . M A U C , m,

14.

3 . I Thcss.> ii, 1 3 .


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

a s s u r a n c e . Ils furent tous remplis d u Saint-Esprit, et ils annoncèrent la parole de Dieu avec a s s u r a n c e ; — E l mine, Domine..., da servis luis cum omni fiducia loqui oerbum luitm... Et replet/, s uni omnes Spirilu Sanclo et loquebantur verbum Dei cum fiducia . Toujours et partout, c'est la doctrine du Seigneur qu'ils annonçaient; j a m a i s ils n ' o n t voulu donner au m o n d e un e n s e i g n e m e n t h u m a i n , personnel à eux; ils ne le pouvaient m ê m e pas, car ils savaient la promesse d u Christ et le rôle du Saint-Esprit à leur endroit. 1

Si éclatante q u ' e û t été la descente du P a r a d e t au j o u r de la Pentecôte, elle n'avait pas tout illuminé d'un seul c o u p ; niais en découvrant aux Apôtres l'essentiel de la foi et en l e u r p r o c u r a n t la p l é n i t u d e du don d'intelligence, elle avait laissé place à des manifestations successives de la vérité, que l'on aperçoit très bien quand on étudie les œuvres apostoliques. L'Esprit, qui g u i d a i t pas à pas les p r o m u l g a t c u r s de l'Évangile dans ce m o n d e s u r n a t u r e l , sans détruire l e u r activité naturelle, exposait à l e u r r e g a r d , progressivement, selon les circonstances et les besoins des chrétiens, la foi qu'ils devaient annoncer. Il leur l'appelait ce qu'ils avaient entendu de la b o u c h e de Notre-Seigneur, l e u r donnait l'intelligence des enseignements divins et dévoilait les doctrines qu'ils n'avaient pu p o r t e r a u t r e f o i s . Le Consolateur, l'Esprit-Saint que mon Père e n v e r r a en mon n o m , vous enseignera toutes choses, et vous r a p p e l l e r a tout ce que j e vous ai dit : J'ai encore beaucoup de choses à vous d i r e ; mais vous ne pouvez les porter à présent. Quand l'Esprit de vérité sera venu, il vous g u i dera clans toute la vérité; — Parade lus autem Spiritus Sa) te lus, qaem mittet Pater innomme meo Me vos docehit omnia. et suggeret vobis omnia quaecumque dixero vobis... Adàuc mu lia haheo vobis dicere, sed non polestis porlare modo. Quum autem venerif illc bpirilus verilatis docebit vos omnem veritatem*. Comme il faut nécessairement, surtout en pareille matière, p r e n d r e les mots dans leur sens n a t u r e l , cl que r i e n n'autorise à r e s t r e i n d r e l e u r p o r t é e , 2

1.

Ad. Ap.

t

iv, 29, 31.

2 . FRANZELIN,

De divina

3 . JOAN., x i v , 2 6 ; xvi,

12,

tradiiione, 13.

th. XXII et V.


LES DEFINITIONS DOGMATIQUES.

2*

on doil conclure de ce qui p r é c è d e que t o u t e tradition d o c t r i n a l e , au moins essentiellement doctrinale, a été prèchée p a r les A p ô tres, comme p a r l a n t au nom de Dieu, comme p r o m u l g a t e u r s et sources secondaires de la révélation, et q u e , p a r c o n s é q u e n t , cette croyance repose sur l'autorité de Dieu l u i - m ê m e . On en trouve encore u n e preuve dans la conduite des Apôtres à l'égard des fidèles, dont ils exigeaient un assentiment de foi divine. Comme p o u r le raisonnement exposé plus h a u t , si l'Ecriture témoigne toujours dans le m ê m e sens, au moins chaque fois qu'il est question de doctrine, p o u r q u o i supposerait-on les choses différentes p o u r les cas dont le souvenir n'a point été t r a n s m i s par écrit? La connaissance de l'organisation de l'Église nous vient de Dieu, et, d e v a n t u n e manière de faire toujours i d e n t i q u e , personne n ' a le droit de supposer u n e exception capable de d é truire la c o u t u m e h a b i t u e l l e . Quand les Apôtres écrivaient, sous la dictée de Dieu, les Évangiles ou les Épitres, c'était bien à la parole du Très-Haut q u e les fidèles acquiesçaient librement. Ceci a été écrit, dit saint J e a n , afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et q u ' e n croyant vous ayez la vie en son nom ; — Haec aulem scripta s uni, ut credatis quia Jésus est Chris tus Inlius l)ei, et ut credenles vitiun habcatis in nomine ejus*. Il en était de m ê m e lorsqu'ils enseignaient de vive voix aux juifs et aux gentils l a vérité divine, qui purifiait leurs c œ u r s et en faisait la d e m e u r e de l'Esprit-Saint; le chef du collège apostolique, vicaire du Christ, l'affirme expressément : « Mes frères, vous savez que Dieu, il y a l o n g t e m p s déjà, m ' a choisi p a r m i vous, afin q u e , par m a bouche, les gentils entendent l a parole de l'Évangile et qu'ils croient ; — Viri fr aires, vos scitis quoniamab antiquis diebus Deus in nobis elegit per os meum audire génies verbum evangelii et credere*. » Saint Paul établit plus n e t t e m e n t encore cette relation entre la parole des Apôtres et la créance qu'elle doit o b t e n i r . Selon l u i , l'apostolat a p o u r b u t d ' a m e n e r les intelligences à r e c o n n a î t r e la doctrine s u r n a t u r e l l e et de les soumettre à Jésus-Christ : « Nous 1. JOAN., \ . \ ,

2. Ad.

Ap.,

31. x v , 7.


26

LA ÜUCTIUNE m

L'ASSOMPTION.

avons reçu la grâce et l'apostolat p o u r a m e n e r en son nom à l'obéissance de la foi tous les gentils. — Je n'ose point p a r l e r de choses que le Christ n'aurait pas faites p a r mon ministère p o u r amener les païens à obéir (à l'Évangile i . — Nous renversons les raisonnements et toute h a u t e u r q u i s'élève contre la science de Dieu, et assujettissons toute pensée à l'obéissance du Christ; —Accepimus gratiam et apostolatum ad obediendum fide! in omnibus gentibus, pro nomine ejus. — Non enim audeo aliqüid loqui eorum quds per me non effecit Christ us in obedientiam gentium. — Consilia destrnenies et omnem altitudinem extolleniem se adversas scientiam Dei. et in captivitatem rédigeâtes omnem intellectum in obsequium Christi * » 1

D'ailleurs, Notre-Scigneur lui-même avait dit : « Prêchez l ' É v a n gile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; — Predicate evangeliumomni creaturae. Qui crediderit et baptízalas faerit, salmis erit . » Il s'agit b i e n là d'une croyance de foi divine, puisqu'elle est le moyen nécessaire p o u r arriver au salui. Sans doute, les vérités dogmatiques, enseignées a u j o u r d ' h u i p a r les divers organes du magistère ecclésiastique, d e m a n d e n t le m ê m e genre d'adhésion; mais il y a cette différence que les Apôtres les annonçaient comme p r o m u l g a t e u r s , en vertu de l e u r p o u v o i r spécial ad primam /idei prœdicationem, pour la p r e m i è r e p r é d i cation de la foi, tandis que le corps episcopal, avec sou chef, a seulement mission de p r ê c h e r et de g a r d e r une doctrine parce qu'elle a été déjà officiellement acceptée comme divine. Envoyés p a r Notrc-Seigneur comme le Verbe l'avait été l u i - m ê m e p a r le Père, et revêtus de l'autorité de légats d u Christ, les Apôtres demandaient foi et obéissance à tout enseignement, non point comme à leur parole, mais comme à la parole de Dieu, ce qu'elle était réellement, selon l'affirmation de saint P a u l aux T h e s s a l o niciens, déjà citée : Quam accepisseìis a nobis verbum auditus Dei, accepistis illud non ut verbum Iwminam^ sed, sicut estvere^ verbum Dei . 2

:]

1. 7?O?ÏÎ., I, 5 ; XV, 1 8 ; I I Cor,, 2.

M A R C , XVI, 1 5 ,

3. Thess., il, 1 3 .

16.

\,

5.


LES DÉFINITIONS DOQLYTIIJUES.

27

De là vient q u e , dans l'Église, d'après la r e m a r q u e de P a s saglia, on a toujours r e g a r d é comme synonymes les deux ternies .* doctrine révélée et doctrine apostolique, et que, toute et seule, la doctrine apostolique p e u t être dite révélée : « Les iidèles ont toujours r e g a r d é comme synonyme doctrine révélée, doctrine chrétienne, et doctrine apostolique; de m ô m e , on a toujours cru qu'aucune doctrine n e peut être tenue p o u r chrélienne et révélée, qui ne soit apostolique, et que seule la doctrine apostolique peut être regardée comme révélée et c h r é t i e n n e ; — Si cuti apud fidèles semper obtinuit, ut non secus ac synonyma haberentur doctrina revelata, chris tirant et apostolica ; ita ratwa idem semper fuit tum doctrinam nullam revelatam chrntianamque censeri posse, quœ apostolica non fuerit, tum omnem et solam doctrinam apostolicam existimari dosse revelatam et rhristianam^. » N'est-ce point aussi la cause p o u r l a q u e l l e l'Église se réfère toujours à la d o c trine des Apôtres comme à la règle de son enseignement? Au point de vue de l'autorité, elle ne distingue pas entre leur p a role et celle de Notre-Seigneur lui-même, au n o m d u q u e l ils p a r laient; elle affirme n ' ê t r e que la g a r d i e n n e de la doctrine apostol i q u e ; elle r é p r o u v e les nouveautés, qui v o u d r a i e n t altérer l'objet de la loi en r e t r a n c h a n t ou ajoutant quelque chose à la révélation, en niant ou i u t e r p r é t a n t mal la vérité traditionnelle. La doctrine apostolique est la matière m ê m e de sa p r o p r e prédication, le fondement sur lequel elle appuie sa parole, l'autorité q u e l l e oppose aux fausses théories des hérésies. Si la doctrine de l'Église s'impose à la croyance des peuples, ce n'est point en raison de l'autorité qui lui vient de la série de siècles déjà l o n g u e q u ' e l l e a traversée, mais à cause de celle q u e lui donne son o r i g i n e apostolique; car, dès le c o m m e n c e m e n t elle a témoigné, selon le précepte des Apôtres e u x - m ê m e s , n ' ê t r e que la dépositaire des vérités p r o m u l g u é e s p a r eux. Pour elle, enseignements de Notre-Seigneur et enseignements des Apôtres, c'est tout un. Il y a donc, au point de vue d u pouvoir doctrinal, une réelle différence entre les apôtres et l'Église : celle-ci t r a n s m e t 2

1. L. c. n. 147. 2. 1 Tim., w. 20. f


28

LA DOCTIUNE DE L'ASSOMPTION.

et interprète la doctrine c a t h o l i q u e ; ceux-là la p r o m u l g u e n t et la fondent véritablement. Les plus anciens Pères, c ' e s t - à - d i r e les théologiens les plus r a p prochés de la promulgation de la vérité révélée, attestent la pensée de l'Église sur ce point, et, confondant à dessein les enseignements de Notre-Seigneur et ceux des a p ô t r e s , a t t r i b u e n t aux uns et aux aulres la m ê m e autorité. Citons eu particulier saint Ignace, martyr, disciple de saint Pierre et son deuxième successeur sur le siège d'Antioche : « Efforcez-vous d'être fermes dans les d o g m e s du Seig n e u r et des Apôtres, p o u r q u e tout ce que vous faites réussisse; — H ^ C U O A Ç S T E ouv ¡3s 3<uwO?¡V3¡i, èv TOEÇ cóy[¿AC7LV той Kupíou v.zì T W V ÛETTGCTOAÎOV ha izáv-zy. ocra TTGIYJTE у.атгиоосО^сге... ». Tertullien dit aussi : « Il ne nous est pas p e r m i s d ' a d m e t t r e q u e l q u e doctrine, de n o t r e p r o p r e a r b i t r e ou sur la volonté d'un autre. Nous avons p o u r maîtres les Apôtres, qui n'ont rien accepté non p l u s , de l e u r p r o p r e choix; mais ils ont fidèlement p r ê c h é aux nations la discipline qu'ils avaient reçue du Chribt. Nobis niliil ex nostro arbitrio iudiicere licei, sed пес eligere guod aliquis de arbitrio suo indujerit. Apostólos Domini habemus auclores, qui пес ipsi quidquam ex suo arbitrio, guod inducerent elegerunt; sed acceptam a divisto disciplinant fideliter nationibvs adsignavcrunl* ». t

1

3

Il serait facile de citer u n plus g r a n d n o m b r e d ' a u t e u r s ecclésiastiques des premiers siècles qui, d o n n e n t à la prédication des apôtres le titre de règle de la foi. Rappelons au moins le mot de Clément d'Alexandrie, qui n o m m e les Apôtres тирстгаторес TÍOV ооу¡¿eawv. L'opinion générale était donc que la doctrine apostolique avait Dieu pour auteur et p o u r inspirateur, puisque toujours l'Église lui attribue la m ê m e autorité divine, sans d i s t i n g u e r entre les parties révélées p a r Notre-Seigneur d u r a n t sa vie mortelle, et celles que le Saint-Esprit a r a p p e l é e s , c o m m u n i q u é e s aux apôtres ou q u ' i l leur a inspiré de p r ê c h e r . Mais précisons d a v a n t a g e ; c o m m e en a u c u n e n d r o i t , ni dans les décisions solennelles des conciles, ni dans l ' e n s e i g n e m e n t o r d i n a i r e de l'Église, n i dans l a sainte É c r i t u r e , il n'est fait de r e s 1. Epist. ad Magnes., g 13. Ed. llaroack, Leipzig. 1877, p. 96. 2. De prœscript., cap. vi [P. L., t. II, c. 18).


LES DÉFINITIONS DOGMATIQUES.

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friction ¡i Ja thèse g é n é r a l e que nous avons cherché à faire r e s sortir, il faut conclure que la d o c t r i n e , c'est-à-dire fouie la doctrine enseignée p a r les apôtres est g a r a n t i e par l e u r a u t o r i t é de p r o m u l g a t c u r s de l'Évangile, de sources de la révélation et de représentants du Christ, qui l e u r a confié son pouvoir doctrinal en vue de la p r é d i c a t i o n première et a u t h e n t i q u e de la vérité s u r n a turelle. Le principe formulé par Franzelin trouve donc ici sa place : Tout ce qui a p p a r t i e n t à la doctrine religieuse est d é m o n t r é être révélé par le fait m ê m e q u i l est certain que cela vient des A p ô tres; — Qiuv ad doctrinam pertinent religiosam, eo ipso quod demoîistrantur ab Apostolis tradita, etiam divinitus revelata esse constat. Unde semper in Ecclesia quœrere de doctrine apostolicitate et de ejusdem revelatione divina, prorsus unum idemque censebaturK Il faut bien e n t e n d r e ces paroles et ne pas en exagérer le sens. A notre avis, le docte théologien ne p r é t e n d pas que tous les é l é ments de la doctrine catholique ont été révélés p a r Dieu aux Apô tres, qui n ' a u r a i e n t pu les connaître a u t r e m e n t , ou, tout au moins, en r é a l i t é , n e les a u r a i e n t p a s connus d ' u n e a u t r e manière. Une telle i n t e r p r é t a t i o n contredirait l ' É c r i t u r e , qui r a p p o r t e des faits soit naturels, soit miraculeux, constatés à la façon o r d i n a i r e . F r a n zelin a donc voulu p a r l e r d u dépôt de la v é r i t é , confié par Dieu à la prédication apostolique, et dire que toute doctrine enseignée p a r les apôtres avait pour elle l'autorité d i v i n e , comme les vérités révélées au sens strict. Il n'importe pas qu'elle soit accessible à la raison ou n o n ; c a r , dès lors que son objet est v é r i t a b l e m e n t et essentiellement d o c t r i n a l , elle tombe sous le pouvoir e x t r a o r d i naire des Apôtres, a u t r e m e n t dit, sons l'autorité d e Dieu, a n n o n çant la vérité s u r n a t u r e l l e p a r l a b o u c h e de ses envoyés. Ainsi la t r a d i t i o n orale divino-apostolique p e u t , de même q u e l'Écriture, renfermer des éléments s u r n a t u r e l s et naturels, tous r e vêtus de la m ê m e g a r a n t i e et enseignés p a r ordre divin. De toutes les traditions doctrinales apostoliques, il faut donc dire q u ' e l l e s sont divines, et l e u r a p p l i q u e r r i g o u r e u s e m e n t ces p a r o l e s de

1. L.

c.j

the. i, n. 2.


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Mazzella : Les traditions du Seigneur et les t r a d i t i o n s divinoapostoliques ont u n e égale autorité, car elles sont également d i vines et ne se distinguent q u ' e n raison du p r e m i e r p r o m u l g a t c u r visible; — Tradilionibus dominicis ac dwino-aposlolicis par incst vis, cum œque sinl divina*, et disfiuguanfur solummodo ratione primi prs&conis visibilis . 1

Les Apôtres pouvaient se servir d'un double m o d e d'enseignem e n t : de la parole ou de l'écriture, q u i sont p o u r l ' h o m m e les deux manières de c o m m u n i q u e r sa pensée à a u t r u i . Ce serait faire u n e r e m a r q u e b i e n connue que de dire que Notre-Seigneur a confié à la tradition orale le p r i n c i p a l rôle dans la transmission de la doctrine révélée. Les livres de l'Ancien cl d u Nouveau Testament ne contiennent pas toute l a vérité s u r n a t u r e l l e , et p o u r ce qu'ils r e n f e r m e n t , l'interprétation doit toujours être s u b o r d o n n é e au magistère oral et vivant de l'Église c a t h o l i q u e ; on sait que le p r o testantisme est basé sur des principes absolument opposés. Après sa résurrection, Notre-Seigneur, en investissant de leur mission les onze disciples fidèles, avait surtout en vue r e n s e i g n e m e n t p a r la parole : « Allez p a r t o u t le m o n d e , et prêchez l'Evangile à toute c r é a t u r e . — Il fallait que l a pénitence et la rémission des péchés fussent proches en son n o m à toutes les n a t i o n s ; — Eunies in mwidwn universum, prvedicalc evangelium omni créa titras. » — Oportebat... préedicari in nomine ejus pœnitentiam et remissionem peccatorum in omnes génies-. Dans le grec il y a le mot : s ^ p ^ a r s , y^puyOYjvat, proclamer par la voix du héraut. Toutefois, comme l'expérience Fa m o n t r é , r e n s e i g n e m e n t p a r écrit n'était pas exclu de la promulgation de l'Évangile, mais il est indispensable de faire observer que tous les livres du Nouveau Testament sont des écrits de circonstance et ont tous un b u t s p é cial. Vinspirai!o ad scribenchnn la qualité d'écrivain sacré, ne r e n t r e pas nécessairement d a n s le n o m b r e des p r é r o g a t i v e s de l ' a p o s tolat; car six Apôtres seulement : saint P i e r r e , saint J e a n , saint Matthieu, saint J a c q u e s , saint Jude et saint P a u l , nous ont laissé des œuvres authentiques : évangiles, épîtrès et Apocalypse, q u e ?

1. MAZZELLA, De reîigione et Ecclesia, 2. M vite, xvi, 15; L u c , \ x i v , 46. 47.

n. 322.


LES DEFINITIONS DOGMATIQUES.

l'Église a reconnus p o u r inspirés. Or, si la qualité d'écrivain sacré était i n h é r e n t e à l'apostolat, il faudrait dire q u e les autres n ' o n t pas suivi le m o u v e m e n t de lagrAcc, ou bien que leurs écrits se sont perdus et n ' o n t laissé a u c u n e trace d a n s la tradition c h r é t i e n n e . La première supposition serait injurieuse p o u r les Apôtres, et rien n'autorise à faire l a seconde. D'ailleurs, on peut croire que Dieu, en favorisant saint Marc et saint Luc de l'inspiration ad scribe adum, a m o n t r é p a r là qu'elle n'était p a s u n e uote essentielle de l'apostolat p r o p r e m e n t d i t . 1

En fait, tous les écrits des Apôtres, reconnus a u t h e n t i q u e s , sont r e g a r d é s p a r l'Église comme inspirés. Si ce m o d e ( r e n s e i g n e m e n t p a r l'écriture, secondaire p a r r a p p o r t à l'idée même de l'apostolat, était soumis à l'inspiration, pourquoi refuser ce privilège à la prédication o r a l e , qui r é p o n d plus i m m é d i a t e m e n t à la fin d e la mission apostolique? A ce sujet, l'Écriture fournit peut-être des indications suggestives. Le p r e m i e r sermon de saint P i e r r e , au jour de la Pentecôte, est é v i d e m m e n t inspiré, comme il l'affirme lui-même et comme il le p r o u v e ; et il faut r e m a r q u e r qu'il s'associe les onze a p ô t r e s , ses compagnons : Alors Pierre, se p r é s e n t a n t avec les onze, éleva la voix, et leur d i t . . . C'est ce qui a été a n n o n c é par le p r o p h è t e Joël... .le répandrai de m o n Esprit... et ils p r o p h é tiseront; — Slans autem Peints CUM UNDEGIM, leuavil vocem sttam et locutus est eis Hoc est quod dictum est per prophetam Joël Effundam de Spiritu meo... et prophetablait . En u n e a u t r e circonstance, les Apôtres répondent tous a u g r a n d p r ê t r e , qui voulait 2

1. La question de savoir si tous les écrits authentiques des apôtres sonf inspirés diffère de celle qui nous occupe. Michaêlis y répond dans un sens trop absolu, indépendamment du principe qui le guide en cette matière. Pour préciser notre pensée, nous croyons que, s'il existait un écrit doctrinal, attribué par une tradition des temps apostoliques à l'un des Apôtres, et que si son authenticité était établie sans doute possible, l'Eglise en regarderait la doctrine comme divine cl infaillible, et tiendrait son auteur pour inspiré. N'est-ce pas ce qui a eu lieu pour i'épître aux Hébreux? Et remarquons bien que tous les écrits connus des apôtres rentrent dans le Canon des Écritures. « Sans doute, comme le dit fort bien M. Vacant [Études Utéologigues sur les constitutions du concile du Vatican, t. I, p. 484j, les Apôtres ont pu écrire, en tant qu'hommes privés, des lettres qui n'étaient pas inspirées; toutefois, lorsqu'ils écrivaient comme Apôtres, c'est-à-dire comme organes du Saint-Esprit, pour proclamer la révélation (autrement dit, pour enseigner la doctrine catboliquej, ils étaient inspirés. » 2. Act. Ap.j il, 14, 17.


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LA DOCTIUNE DE L'ASSOMPTION.

l e u r interdire d'annoncer l'Évangile aux Juifs : Pierre et les Apôtres dirent : Nous s o m m e s ses témoins p o u r ces choses, avec le Saint-Esprit que Dieu a d o n n é à ceux qui lui sont dociles ; — Hespondens auiem Petrus et apostoli dixerunt Et nos sumus testes horum vrrborum, et Spiritus sanctus quem dédit Deus omnibus obedientibus sibi . Leur t é m o i g n a g e se trouve d o n c placé sous la garantie de l'Esprit-Saint, q u i rend t é m o i g n a g e p a r l e u r b o u c h e , et p a r conséquent fait p l u s q u e leur p r o c u r e r u n e assistauce n é g a tive. Bien plus , il semble, d ' a p r è s l'Écriture, qu'ils sont avec lui les témoins d'une même doctrine : Nous s o m m e s ses témoins pour ces choses, avec le Saint-Esprit. Nos sumus testes... etSpiriius sanctus. Loin de voir ce qui e m p ê c h e r a i t d ' a d m e t t r e chez les Apôtres le d o n de l'inspiration ad loquendum, q u a n d ils devaient p r ê c h e r la d o c trine aux fidèles, tout i n d i q u e qu'elle existait; c o m m e p o u r l'écrivain sacré, elle consistait d a n s une excitation et u n e motion s u r n a turelles, par lesquelles Dieu faisait annoncer infailliblement p a r les p r o m u l g a t c u r s de la foi tout ce qu'il voulait, et cela seulement. Cette inspiration se distingue de la révélation qu'elle comportait quelquefois, et de l'assistance, quoique cette d e r n i è r e l'accomp a g n e toujours. Saint Thomas en p a r l e à p r o p o s d e la p r o p h é t i e : « L'esprit du p r o p h è t e est m û non seulement p o u r saisir q u e l q u e chose, mais aussi p o u r dire ou faire q u e l q u e chose; et, soit les trois choses en même temps, soit deux, soit u n e s e u l e m e n t ; — Movetur autem mens prophètes non solum ad aliquid apprehendendum, sed etiam ad aliquid loquendum, vel aliquid faciendum; et quandoque quidem ad omnia tria simul, quandoque autem ad duo horum, quandoque vero ad unum tantum- ». 1

Or, il nous parait certain que les Apôtres, i n t e r p r è t e s de la p e n sée divine pour l'éducation intellectuelle s u r n a t u r e l l e d u inonde, jouissaient de ce privilège sinon d ' u n e m a n i è r e p e r m a n e n t e , ad modum habitus, ce q u e saint Thomas n ' a d m e t p a s en p r i n c i p e , au moins lorsqu'ils présentaient la doctrine s u r n a t u r e l l e - Saint P a u l semble l'indiquer, en p a r l a n t de sa prédication aux Corinthiens : 3

1. AcU Ap., v , 29, 32. 2. I M I " , q. 173, a. 4. 3. Ibid., q. 171, a. 2.


LES DÉFINITIONS DOGMATIQUES.

« C'est à nous q u e Dieu a révélé ices choses; p a r son E s p r i t . . . Nous avons reçu, n o n l'esprit du m o n d e , mais l'Esprit qui vient de Dieu, aiin que nous connaissions les choses q u e Dieu nous a données p a r sa grâce ; et n o u s en p a r l o n s , non avec des paroles qu'enseigne la sagesse h u m a i n e , m a i s avec celle q u ' e n s e i g n e l'Esprit; — Nobis autem revelavit Deus per Spirilum suum... Nos autem non spiritum ivujus mundi uccepimus, sed Spirilum, qui ex De о est, ut sciamus quœ a Deo donata sunt nobis, quœ et loquimur non in doclis humante sapientiœ verbis, sed in doctrina Spiritus » ; c'est-à-dire, comme l'explique Estius, ils se servaient d u l a n g a g e que l e u r enseignait et l e u r suggérait l'Esprit-Saint, utentes oratione, qnalem docet ac sugyerit Spiritus sanctus . C'est l à u n p r i n c i p e qui s'applique ù tous les Apôtres. P o u r q u o i ceux q u i n ' o n t rien écrit auraient-ils été privés d'une p r é r o g a t i v e accordée aux prophètes de l'ancienne Loi, aux simples évangélistes du Nouveau Testament? Est-ce que la doctrine qu'ils prêchaient n'était p a s l a m ê m e et de m ê m e i m p o r tance que celle des Épîtres et des deux Évangiles écrits p a r leurs collègues d a n s l'apostolat? Est-ce q u e l e u r mission n'était p a s d'égale dignité et n e d e m a n d a i t pas les mêmes privilèges? Il n o u s semble que ces raisons, a p p u y é e s sur les paroles de l'Écriture, qui toutes favorisent n o t r e sentiment, n e laissent place à a u c u n d o u t e possible. x

Comme nous l'avons v u , toute la prédication doctrinale est garantie p a r l'autorité de Dieu. Si donc l'on n e veut pas a d m e t tre que l'inspiration s'ajoute à la p r é d i c a t i o n des Apôtres p o u r conférer le c a r a c t è r e divin à l e u r enseignement, n o t r e thèse reste vraie q u a n d m ê m e . Il faut dire alors que Dieu, sans agir i m m é diatement s u r l'intelligence et la volonté de l ' a p ô t r e , q u a n d il exposait la d o c t r i n e aux fidèles, se contentait de p r e n d r e sous sa responsabilité les paroles de son h é r a u t ; et m ê m e dans ce cas, la doctrine annoncée p a r lui fait p a r t i e d u dépôt de révélation (qu'elle soit ou n o n au-dessus de n o t r e p o r t é e n a t u r e l l e , q u ' e l l e soit déjà connue ou encore i g n o r é e ) , puisque Dieu nous en a garanti la vérité d'une m a n i è r e s u r n a t u r e l l e , en investissant les i. Comment

in ер. I ad Cor,, i, 10. 12, 13.

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

3


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Apôtres de la qualité de legati divini p o u r compléter l'œuvre doctrinale que Notre-Seigneur n'avait p a s accomplie tout entière, et qu'ils devaient r e m e t t r e parfaite à. leurs successeurs. Ils étaient, selon l'expression de Franzelin, le livre authentique écrit p a r le Christ lui-même, d a n s l e q u e l il avait déposé les enseignements de TEsprit-Saint, q u i doivent être l a règle d e toutes les intelligences, aussi bien des pasteurs que des fidèles . 1

§ IV. — Conditions e x t r i n s è q u e s d'une définition dogmatique.

Le pouvoir doctrinal de l'apostolat, d é t e r m i n é comme n o u s avons essayé de le faire, a p p a r t i e n t à tous et à c h a c u n des Apôtres. « Comme ils devaient a p p u y e r efficacement le chef dans la p r e mière fondation d u r o y a u m e de Dieu, s u r t o u t d a n s la p r e m i è r e p r o m u l g a t i o n de l a vérité chrétienne, l a p l é n i t u d e d u pouvoir enseignant, qui, en soi, n ' a p p a r t i e n t q u ' a u chef, se diversifia tellem e n t en e u x , que chacun reçut un pouvoir doctrinal, non pas absolument souverain, mais pourtant e n t i e r et universel, qui lui permettait d'accomplir, de sa pleine a u t o r i t é , tous les actes d u pouvoir enseignant avec le m ê m e efficacité que le chef ». 2

Il s'ensuit que la révélation, faite à u n seul, si elle existait, l ' i m poserait à notre croyance avec autant d'autorité q u e si elle avait été faite au collège apostolique tout entier. Peu i m p o r t e donc le n o m b r e des Apôtres au p o i n t de vue qui n o u s occupe en ce m o m e n t ; peu i m p o r t e é g a l e m e n t la question de savoir si ceux des Apôtres, morts a v a n t u n e révélation p o s t é r i e u r e , dans le cas où elle aurait existé, l'auraient connue explicitement p a r avance. Si Dieu a révélé à u n des douze Apôtres u n p o i n t de doctrine, si m ô m e il n ' a fait que lui inspirer de le prêcher, ou encore si, d'après les principes démontrés p l u s h a u t , il a seulement pris sous sa g a r a n t i e cet enseignement particulier, celui-ci r e n t r e dès lors dans le d é p ô t de la vérité s u r n a t u r e l l e catholique, et doit être cru de foi divine. 1. Liber ,ilaque authenticus, quem scripsil ipse Chris tus Doininus, eranl Aposloli; scriptus non atramenlo sed Spirilu Sancto, quibus charismale Spirilus Sancli. auctoritaie et potestale inslructis subjecît celeros fidèles docendos, regendos et sancliiicandos. L. c , th. iv. 2. SCIIEEIÎIÎN, L c ,

n.

135.


LES DÉFINITIONS DOGMATIQUES.

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Il faut r e m a r q u e r avec soin q u e ce pouvoir extraordinaire a p p a r tenant à c h a c u n des Apôtres était subordonné à celui de saint Pierre, quoique non formellement soumis comme Test le p o u v o i r enseignant de l'épiscopat à celui du Souverain Pontife. A l'égard du P a p e , successeur de saint P i e r r e , les survivants d u collège apostolique étaient inférieurs en juridiction, et lui devaient obéissance; car, encore qu'ils eussent, comme p r o m u l g a t e m i de l a révélation et fondateurs de l'Église, des prérogatives supérieures aux siennes, ils ne pouvaient pas faire des ordonnances obligeant toute l'Église, n i t r a n s m e t t r e à, d'autres l a faculté exceptionnelle, dont ils jouissaient, de prêcher, d'absoudre et d'instituer des évêques p a r toute la t e r r e . Mais q u a n t a u pouvoir doctrinal, on p e u t dire qu'ils surpassaient le Souverain Pontife lui-même, qui devait accepter d'eux, m ê m e d ' u n seul d'entre eux, comme de la p a r t de Jésus-Christ, tout enseignement nouveau, p o u r le transmettre au monde, à titre de révélation catholique. 1

D'après ce que nous avons dit jusqu'ici, on voit qu'il existe u n e différence très réelle e n t r e l'action d u Saint-Esprit sur les Apôtres, p r o m u l g a t e u r s de la doctrine c a t h o l i q u e , et l'assistance promise à l'Église enseignante, qui constitue l'élément formel de son infaillibilité. Ce ite assistance n'est n i la révélation de vérités nouvelles qui s'ajouteraient au dépôt de la foi, n i m ê m e la révélation de celles qui y sont contenues explicitement ou implicitement, n i l'inspiration ad loquendum, q u i semble être une p r é r o g a t i v e spéciale aux Apôtres, ni enfin la g a r a n t i e formelle p a r laquelle Dieu p r e n d sous sa p r o p r e responsabilité la p a r o l e apostolique; mais elle consiste dans u n secours efficace p a r lequel l'Esprit-Saint p r é s e r v e l'Église de toute e r r e u r d a n s l'exposition et la conservation de la doctrine r é v é l é e ; et il le fait d'une double manière, soit en é c a r tant les faux raisonnements et les formules inexactes, soit en p r o 1. « An Apostoli, qui Petro supervixerant, fucrint vere subditi Episcopo Romano Petri successore, nihil apud auctores. Vidctur tamen infcriores cxlilisse jurisdictionc. atque ideo jurìsdiclioni Pontiucis romani subjeclos, quamvis aliis praerogativis et excellcnliis superiorcs. Nani eadem poleslas et juri&diclio, quac fuit in Pctro, transfusa est in successores... Nam ad successorem Petri portine! per se primo cura cf gubcrnatio totius Ecclesiae; quod non competivit caeteris Aposlolis. » SUAUEZ, De fide Iheologica, disp. 10, sect. I , n. 28.


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

curant une claire perception de la vérité à enseigner, pour n e signaler q u ' u n des moyens positifs qui sont a u p o u v o i r de la P r o v i dence. Ce n'est là. que le c o m m e n t a i r e des p a r o l e s d u concile du Vatican, qui établissent clairement la distinction e n t r e le rôle des Àpôlres et celui des Papes : « Le Saint-Esprit n ' a p o i n t été promis a u x successeurs de Pierre, comme s'il devait l e u r révéler u n e nouvelle doctrine k faire connaître, mais pour q u e , avec son assistance, ils g a r d e n t saintement et exposent fidèlement la révélation transmise p a r les Apôtres, a u t r e m e n t dit, le dépôt d e l a foi; — Neque enim Pétri saccessoriàus Spiritus Sanctus promisses est, ut eo révélante, novam doctrinam patefacerent, sed ut eo assistenlc, tradilani per Apostolos revelationem seu fidei depositum, sancte custodirent et jideliler exponerent ». Le Saint-Esprit assiste les successeurs d e saint Pierre dans leurs fonctions de g a r d i e n s et d'interprètes d e l a vérité, révélée autrefois aux Apôtres et t r a n s m i s e p a r eux au p o u voir enseignant. Donc cette influence particulière, dont les Apôtres étaient l'objet, faisait de leur doctrine une parole v r a i m e n t divine, landis que l'assistance accordée à l'Église n e fait de son j u g e m e n t une parole de Dieu q u e m o r a l e m e n t . x

2

Une autre conséquence de la doctrine exposée p l u s h a u t , q u ' i l est à peine besoin d e faire r e m a r q u e r , c'est q u e tout e n s e i g n e m e n t apostolique réclame de la p a r t des chrétiens u n e adhésion de foi divine proprement dite. Pour les décisions é m a n é e s d u Souverain Pontife, agissant dans la plénitude de son p o u v o i r et p a r l a n t ex cathedra, il ressort d e ce q u e nous venons d e dire q u ' o n l e u r doit un assentiment aussi entier, mais de dignité m o i n d r e , q u e les t h é o logiens appellent la foi ecclésiastique ou* encore la foi médiatement divine, parce qu'il a p o u r motif i m m é d i a t , p o u r objet formel, l'infaillibilité de l'Église, g a r a n t i e p a r l a promesse d e Dieu . Quant aux enseignements d e même n a t u r e d o n n é s p a r le Pape n e >

1. Sess. 4. c. 4 . 2. SCIIEISBEN, 1. C, D. 304.

3. Il ne rentre pas dans noire plan de disculei* l'opinion qui enseigne que la foi divine est due à la parole de l'Eglise, parce que le Saint-Esprit régit cette dernièreObservons seulement que le motif immédiat de notre soumission aux jugements doctrinaux, l'objet formol de notre assentiment, est l'autorilé de l'Eglise.


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p a r l a n t pas ex cathedra, et aux décrets édictés par les c o n g r é g a tions r o m a i n e s , ils réclament une obéissance complète dans la mesure et d'après le sens où ils sont proposés. C'est donc bien de l'acte de foi le plus élevé qu'il s'agit, lorsqu'on a d h è r e à la doctrine des Apôlres. On sait m a i n t e n a n t quelles sortes de vérités l'Église peut r a n g e r au n o m b r e des dogmes d e foi divine catholique; c e s o n t celles qui ont été enseignées p a r les Apôtres, en tant que p r o m u l g a t e u r s de l'Évangile et sources de la doctrine confiée p a r eux au pouvoir enseignant; elles font partie du dépôt de la révélation, quoique plusieurs aient pu être connues p a r les moyens naturels o r d i n a i r e s , et déjà d o g m e s quoad se, elles le d e v i e n d r o n t quoad 110s, p a r le seul fait de la décision du Docteur infaillible. Il n'est point nécessaire q u e les opinions n ' a i e n t j a m a i s varié dans l'Église à l'égard de la doctrine à définir, ni qu'on puisse alléguer en sa laveur des t é m o i g n a g e s explicites ou implicites d e l'Écriture, ni q u ' a u c u n n e lui soit en a p p a r e n c e c o n t r a i r e , n i e n f i n que Ton p r o d u i s e une série i n i n t e r r o m p u e de p r e u v e s patristiques r e m o n t a n t j u s q u ' à l'époque des Apôtres; ainsi Ta r e c o n n u l a commission chargée p a r Pie IX de p r é p a r e r l a définition de l'Immaculée Gonception. Il ne faut p a s l'oublier, en ellct, l'objet de la foi n ' a y a n t pas toujours été distinctement compris et formellement exprimé tout entier, des divergences d'opinions particulières ont p u se p r o duire, m ê m e sur le fond d ' u n e doctrine, sans n u i r e a u s e n t i m e n t de l'Église. De p l u s , exiger u n texte s c r i p t u r a i r e serait m é c o n n a î t r e l a valeur d o g m a t i q u e de r e n s e i g n e m e n t oral et a d m e t t r e l e p r i n c i p e p r o testant, qui restreint à l a seule Écriture tout le d é p ô t de la r é v é l a tion. Que certains passages des Livres saints puissent p a r a î t r e à q u e l q u e s - u n s contraires k la doctrine qu'il s'agit de définir, il n ' y a là rien de s u r p r e n a n t , si Ton fait attention à l'absence de j u g e m e n t dogmatique et à la variété des esprits. Enfin, d e m a n d e r des t é m o i g n a g e s écrits à toutes les é p o q u e s , c'est s'abuser d ' u n e triple m a n i è r e : d ' a b o r d en e x a g é r a n t l ' i m p o r tance de la tradition écrite n o n officielle; puis, e n . s ' i m a g i n a n t q u e toute la d o c t r i n e ecclésiastique a été consignée d a n s les œ u v r e s


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

des Pères et que tous les m o n u m e n t s écrits de la tradition sont p a r venus jusqu'à nous, c'est, sous u n e a u t r e forme, détruire r e n s e i g n e m e n t oral. L'on doit bien plutôt se souvenir q u ' u n e vérité enseignée p a r l'Église, à u n m o m e n t q u e l c o n q u e , a toujours été crue a u moins implicitement. D'ailleurs, « la tradition vivante en matière de foi et de m œ u r s est u n e règle infaillible de vérité, indépend a m m e n t de tout m o n u m e n t écrit et de tout a r g u m e n t thôologique. Le fait ici suppose le droit. Ce q u e l'Église universelle croit est la vérité; et si elle a cru une vérité u n e seule fois, cette vérité reste toujours ». Lorsqu'elle trouve réunies les deux conditions essentielles que n o u s avons exposées p l u s h a u t , elle p e u t donc procéder à u n e définition d o g m a t i q u e , s u r t o u t si la doctrine r é u n i t des témoignages explicites de docteurs illustres, et si, p a r sa n a t u r e , elle est en i n t i m e connexité avec u n ou plusieurs p r i n cipes révélés, et confirmée p a r la p r a t i q u e de l'Église et l'accord de l'épiscopat. 1

Les conditions ex parée objecti ainsi r e c o n n u e s , quels sont les motifs qui a m è n e n t l'Église à définir une doctrine comme étant de foi divine, à proclamer qu'elle fait p a r t i e d u dépôt de la révélation, et qu'elle repose s u r l'autorité de Dieu l u i - m ê m e ? En d ' a u tres termes, quelles raisons incitent le Saint-Siège à r a n g e r a u n o m b r e des vérités de foi divine catholique u n point de doctrine qui pouvait être j u s q u ' a l o r s certain et de croyance obligatoire, quoique n o n proposé comme révélé, ou m ê m e controversé? Il y en a de plusieurs sortes. La p r e m i è r e , q u e toutes les a u t r e s p r é supposent, et qui, à clic seule, suffit, se tire de la mission m ê m e q u e Dieu a confiée à l'Église, de p r ê c h e r la doctrine s u r n a t u r e l l e tout entière, n o n s e u l e m e n t quant à l'essence des vérités p a r t i c u lières, mais encore q u a n t à leur intégrité, j u s q u ' à leur complet épanouissement. Car Noti'e-Seigneur n ' a p a s d o n n é à son Église un pouvoir d'enseigner imparfait, limité, tronqué, p o u r ainsi d i r e , vis-à-vis de son objet p r o p r e ; or, il en serait ainsi, si elle ne p o u vait présenter toute vérité avec ses d é v e l o p p e m e n t s naturels, avec toutes les réponses aux questions qu'elle soulève; il y aurait u n e

P

t. 3I«

MALOU.

évoque de Bruges, L'Immaculée

Conception,

l. I, p. 25.


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39

sorte de contradiction e n t r e la promesse de Notre-Seigncur JésusChrist : « Allez, enseignez toutes les nations », et la r é a l i t é , si l'Église ne pouvait, ne devait môme, d o n n e r tout l e u r éclat aux doctrines qu'elle propose, afin de ne pas laisser l a croyance des fidèles dans l'incertitude sur des points i m p o r t a n t s . D'ailleurs, la vérité, par n a t u r e , d e m a n d e à paraître sans restriction a u c u n e , avec ses conséquences et ses ramifications, de même q u e l'esprit humain d e m a n d e à la saisir tout e n t i è r e . Le sentiment de ceux qui croient que le Saint-Siège n e p e u t d é finir une d o c t r i n e que contradictoirement à u n e e r r e u r , a p p a r a î t donc t r i p l e m e n t faux : d ' a b o r d , p a r c e q u ' i l ne s'accorde pas avec les paroles de Notre-Scigneur, prises dans leur sens n a t u r e l ; ensuite, parce q u ' i l semble supposer vraie u n e conception fausse en métaphysique, à savoir q u e la vérité a besoin de l ' e r r e u r p o u r être affirmée; enfin, parce q u ' o n en p o u r r a i t tirer cette conclusion q u e Terreur préexiste à la vérité, c'est-à-dire la négation h l'affirmation; ce q u i serait d o n n e r l a p r i m a u t é d'ordre et de n a t u r e au non-être s u r l'être. Sans doute, il y a d'autres modes d'enseignement que les définitions d o g m a t i q u e s ; mais celles-ci d e v i e n n e n t la forme nécessaire, s'il s'agit de vérités révélées dont le caractère était j u s q u ' a l o r s indécis. Il faut le r e m a r q u e r soigneusement, l'Église enseigne, en p r e m i e r l i e u ; elle ne condamne q u e per accidens; elle est d ' a b o r d u n e chaire, p u i s u n t r i b u n a l ; elle vit d ' a bord, elle se défend ensuite. Donc la p r e m i è r e raison qu'elle a de prononcer u n e définition d o g m a t i q u e , est fondée s u r l a n a t u r e d e s choses, c'est-à-dire de la vérité m ê m e et de sa p r o p r e mission; et, répétons-le, à elle seule, cette r a i s o n suffit; car il y va du plus sacré et du plus inviolable des droits conférés p a r le Christ à son Eglise, celui d'enseigner la d o c t r i n e s u r n a t u r e l l e . En d e h o r s de ce p r e m i e r motif, qui doit toujours exister, i l en est d'autres d'un c a r a c t è r e g é n é r a l , qui l ' a c c o m p a g n e n t nécessairement et qui peuvent être des raisons p l u s i m m é d i a t e m e n t d é t e r minantes en tel ou tel cas; ce sont la gloire de Dieu, le salut des fidèles, le b i e n de l'Eglise, comme l'indique l a constitution Pastor wlernus du concile d u Vatican : P o u r la gloire de Dieu, n o t r e S a u veur, p o u r l'exaltation de la r e l i g i o n catholique et p o u r le salut


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

des peuples c h r é t i e n s . . . Ad Dei Salvatoris nostri gloriam, reiigionis catholicM cxaltationem ei christianorum populontm sahtlem... docemus et.,, deftnimus. Assurément des fins p l u s spéciales peuvent être renfermées d a n s ces raisons p r i n c i p a l e s ; quelquefois môme, ce sont elles qui, dans l'ordre d u t e m p s , p r é c è d e n t les a u tres, p a r exemple, s'il s'agit de p r o s c r i r e u n e e r r e u r formelle, éclatante, de t e r m i n e r une controverse, de dissiper certains doutes, de les empêcher de p r o d u i r e , de ne p a s laisser i n t e r p r é t e r le silence du pouvoir e n s e i g n a n t d a n s u n sens q u i ne serait p a s orthodoxe, et de p r o c u r e r u n avantage spirituel au peuple c h r é t i e n ; mais il n ' e n est p a s m o i n s v r a i que ces motifs se r a m è n e n t aux précédents, quoiqu'ils attirent d a v a n t a g e l'attention, à p r e m i è r e vue. On ne saurait donc contester l e u r légitimité, p a s p l u s que l e u r attribuer une dignité et u n e i m p o r t a n c e q u i ne l e u r r e v i e n n e n t pas. Il suit de là que c'est u n préjugé sans fondement q u e de croire inutile la définition d o g m a t i q u e d'une d o c t r i n e que p e r s o n n e n e révoque en d o u t e ; car, du m o m e n t q u e son c a r a c t è r e de doctrine révélée n'a pas encore été proclamé a u t h e n t i q u e m e n t , i l faut r e g a r d e r comme u n a v a n t a g e de voir l'Église fixer n o t r e c r o y a n c e sur ce point, et ajouter u n d e r n i e r rayon de l u m i è r e à u n e vérité déjà acceptée q u a n t à son essence, sans p a r l e r de la dignité q u e revêt dès lors n o t r e acte de foi. Nous pouvons le r é p é t e r ici, l ' a c cord des théologiens facilite la décision d u Saint-Siège, et le sentiment u n a n i m e des fidèles, loin d'être u n obstacle, appelle e n quelque sorte la consécration s u p r ê m e q u e l u i a p p o r t e r a la définition d o g m a t i q u e ; le chrétien croyait sur l'autorité du m a g i s t è r e de l'Église; il croira désormais p a r c e q u e l'objet de s a foi repose sur l'autorité i m m é d i a t e de Dieu, l'Église l'en assure. Encore q u ' i l y ail certitude absolue dans les deux cas, il existe c e p e n d a n t u n e différence que tout le m o n d e aperçoit. Quant à la question d ' o p p o r t u n i t é extrinsèque, c'est-à-dire de la convenance p a r r a p p o r t aux circonstances extérieures, elle r e lève u n i q u e m e n t du Souverain Pontife, et n e p o u r r a i t être examinée que p a r analogie avec les définitions a n t é r i e u r e s . Le t h é o logien, qui l'étudié au point de vue p u r e m e n t spéculatif, doit se


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tenir dans les considérations générales de la gloire de Dieu à procurer, de la vérité à proclamer ou à défendre, d e s intérêts de l'Église et d e s chrétiens à promouvoir ou à s a u v e g a r d e r . Il suffit de savoir q u e l'Église p e u t définir toute vérité révélée, q u a n d elle le j u g e convenable, et dans l a forme qui lui parait le mieux r é p o n d r e aux besoins du m o m e n t . L'objection que l'on a coutume de tirer d u m é c o n t e n t e m e n t probable des hérétiques, a été réduite à n é a n t dans la réunion des évoques a u Vatican l e 20 n o v e m b r e 1854, quelques j o u r s avant la proclamation solennelle d u d o g m e de l'Immaculée Conception. « Personne, dit u n des prélats, ne voudrait à dessein poser u n e pierre de scandale sous le pied des h é r é t i q u e s , nos frères séparés, ou m ê m e les blesser p a r des m e s u r e s superflues; mais, d'autre part, i l y aurait u n inconvénient i m m e n s e à sacrifier les développements d e l'enseignement catholique à d e m a l h e u r e u x p r é j u g é s . . . Le chef de l'Église, s'il doit éviter d e froisser les h é r é t i q u e s , doit aussi, et à plus de titres, enseigner aux catholiques les vérités saintes et l e u r i n d i q u e r la base de leur croyance ». 1

Ce l a n g a g e de l a vraie théologie n ' a p a s besoin d e c o m m e n t a i r e ; il précise n e t t e m e n t le b u t p r e m i e r d e l a mission d u pouvoir enseignant, q u e p l u s i e u r s s e m b l e n t trop oublier. Nous ne nions p a s q u e l'hérésie, l a t é m é r i t é et l'ignorance aient, à p l u sieurs r e p r i s e s , fourni à l'Église l'occasion d'affirmer sa doctrine ; mais ce n'est p a s d i r e c t e m e n t p o u r cela q u e Notre-Seigneur a institué, p a r m i les h o m m e s , u n magistère infaillible; la vérité n'a p a s besoin d e l ' e r r e u r p o u r b r i l l e r de t o u t son é c l a t ; car elle existe a v a n t elle, et ce n'est q u e p a r c e qu'elle existe q u e T e r r e u r est e r r e u r . Ceux qui r e d o u t e n t u n e définition d o g m a t i q u e , parce qu'elle leur p a r a i t restreindre la l i b e r t é de penser, ou les p r i v e r de l'avantage de croire librement, c'est-à-dire, d'après eux, sans obligation, méconnaissent et l a dignité d e l'acte d e foi, et l e m é r i t e qu'il p r o cure, et l a l i b e r t é qu'il r é c l a m e comme tout acte m é r i t o i r e . Une pareille opinion n ' a b o u t i r a i t à rien moins q u ' a u r e n v e r s e m e n t d e toute l'économie s u r n a t u r e l l e ; car, s'il est p l u s profitable d e fon1. Summa

aurea

(MIGNE), t. V I I I , p. 553.


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

der ses convictions s u r u n e autorité h u m a i n e que sur la parole d i vine, Dieu n'a pas agi dans l'intérêt de l'homme en se révélant à lui, et l'Église, dans le cours des âges, a commis l a faute de p r o clamer solennellement divers points de la doctrine catholique. Cette conclusion est i m p i e , mais elle s'impose. Ajoutons q u e , si c'est là restreindre l'objet de la foi, c'est aussi contrevenir à la n a t u r e m ê m e de n o t r e esprit, qui a p o u r objet p r o p r e la vérité, à laquelle il a d h è r e n a t u r e l l e m e n t ; c'est n i e r la convenance intime q u i existe entre l a foi et la raison; c'est enfin contredire à l'essence d e l à b é a t i t u d e , qui, ici-bas, réside d a n s la connaissance l a plus parfaite possible de Dieu, p a r le double m o y e n de la raison n a t u r e l l e et de la l u m i è r e s u r n a t u r e l l e . Il faut dire que plus le chrétien reçoit la l u m i è r e divine, plus il doit s'estimer heureux, et q u ' a u c u n e certitude h u m a i n e l a mieux d é m o n t r é e n'égale celle qui est garantie p a r l'autorité de Dieu, encore q u ' o n ne puisse douter d'une vérité naturelle démontrée certaine ou a p puyée sur u n témoignage indiscutable. A ces faussetés, il est b o n d'opposer ces paroles d'un de nos g r a n d s évoques, qui t r a d u i s e n t notre pensée mieux q u e nous ne saurions faire : « Quelle est la définition contre laquelle certains esprits égarés n ' a i e n t pas cru devoir se récrier avec plus ou moins d ' a m e r t u m e ou d'ironie? Quelle est celle dont quelques cœurs fidèles mais timides n e se sont pas inquiétés? l'Église avec son chef, sans sortir de la vraie p r u d e n c e , se m e t au-dessus de ces susceptibilités illégitimes et de ces délicatesses exagérées. Elle sait q u e j a m a i s u n décret d o g m a t i q u e n e p a r a î t r a sans' exciter des sarcasm e s et des m u r m u r e s ; s'il fallait éviter toutes ces protestations, elle devrait toujours se t a i r e . Et c o m m e il faut qu'elle p a r l e , elle réfléchit, elle observe, elle discerne le point de m a t u r i t é de ses doctrines; et q u a n d le m o m e n t de les e x p r i m e r tout h a u t lui semble arrivé, elle les p u b l i e avec courage sans s'inquiéter des réclamations qu'elle soulèvera, sans p a r t a g e r les a l a r m e s q u ' o n eu p o u r r a concevoir, parce que ces orages sont nécessaires et q u ' i l s passent, tandis que la vérité définie reste é t e r n e l l e m e n t i m muable . » 1

1. M*

P

PLANTIBW,

Œuvres,

t.

XIV.

p . 82, 83.


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Les objections é c a r t é e s , il convient m a i n t e n a n t de dire q u e l'Eglise ne procède à une définition dogmatique q u ' a p r è s u n e étude p r é p a r a t o i r e très sérieuse de la doctrine à p r o c l a m e r . La prérogative de l'infaillibilité ne dispense pas le pouvoir enseignant d'apporter tous ses soins à éviter la m o i n d r e inexactitude et à bien proposer la v é r i t é ; mais plutôt elle constitue p o u r le S o u verain Pontife une plus étroite obligation de se livrer à u n examen prudent, q u e lui impose la loi naturelle elle-même, de m ê m e que celui qui est confirmé en grâce n'en a p a s moins le devoir de g a r der les c o m m a n d e m e n t s et d'éviter l'occasion d u p é c h é . La p r o vidence de Dieu veille à ce que les p a p e s ne p r o c l a m e n t a u c u n e vérité comme étant de foi divine catholique sans une étude suffisante. Mais il faut r e m a r q u e r que ces travaux p r é p a r a t o i r e s , ces recherches minutieuses, cet examen parfois très l o n g ne sont point la cause de l'infaillibilité de l'Église, qui repose formellement sur l'assistance divine et n o n sur les efforts h u m a i n s . Ils prouvent q u e l'Église use d e son autorité avec u n e sagesse extrême et entoure ses j u g e m e n t s des plus g r a n d e s mesures de p r u d e n c e , même lorsqu'il n'existe p l u s aucun doute sur l a vérité à définir . Les Apôtres lui en ont d o n n é l'exemple, q u a n d ils d i s c u t è r e n t ensemble la question de l ' a b r o g a t i o n des observances judaïques : Les Apôtres et les anciens s'assemblèrent p o u r e x a m i n e r cette affaire. Une longue discussion s'étant e n g a g é e , P i e r r e se leva, e t c . . Convenenmt apostoli et seniores V I D E R E D E V E R B O noc. .Quum autp.m magna conqiùsitio fieret, suvgen* Peints, e t c . . L'histoire en fournit d'ailleurs des p r e u v e s nombreuses, dont les p l u s r é c e n t e s sont les travaux exécutés a u siècle d e r n i e r p a r o r d r e de Pie IX en vue des d e u x définitions de l ' I m m a c u l é e Conception et de l'Infaillibilité pontificale. A cette p r é p a r a t i o n , qui s'accomplit sous la s u r veillance de l'autorité ecclésiastique, la t h é o l o g i e avec les diverses sciences ses auxiliaires, c o n t r i b u e pour l a meilleur p a r t , sans exclure les connaissances p u r e m e n t r a t i o n n e l l e s , q u i p e u v e n t apporter u n précieux concours. Que l'on considère ce travail d a n s le corps e n s e i g n a n t l u i - m ê m e , ou dans ceux qui sont enseignés, i l J

2

1. D E LUGO, De virilité 2. Act. Ap„ xv, 6, 7.

fidei divinse,

disp. 1, sect. 1 3 , § 1 .


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

ne faut jamais oublier l'action particulière du Saint-Esprit, qui dirige la société chrétienne vers un épanouissement plus complet de la vérité révélée, et ne j a m a i s séparer l'élément divin de l'élém e n t h u m a i n . Quant à l'organisation officielle des études p r é p a r a toires, elle d é p e n d u n i q u e m e n t d u Souverain Pontife, qui peut les confier aux congrégations o r d i n a i r e s des c a r d i n a u x , ou à des commissions spécialement instituées dans ce L u t , en u n mol, employer tels moyens qu'il j u g e r a bons p o u r donner à sa décision la plus h a u t e garantie m o r a l e de prudence et de m a t u r i t é , même au point de vue h u m a i n . On voit p a r là que, conformément aux principes exposés plus h a u t , une définition d o g m a t i q u e n'est p a s la proclamation d'une doctrine n o u v e l l e m e n t révélée, mais l a proposition officielle d'une vérité contenue dans le dépôt primitif. La croyance catholique ne s'augmente pas d'éléments n o u v e a u x ; tout son p r o g r è s consiste à être mieux connue, moins i m p a r f a i t e m e n t e x p r i m é e , p l u s solennellement affirmée. Sans doute le Saint-esprit aide l'Église dans la recherche de la vérité s u r n a t u r e l l e , mais il ne lui révèle r i e n de n o u v e a u qui soit destiné à d e v e n i r objet de foi c a t h o l i q u e ; il assiste le Pontife dans l'acte m ê m e de l a définition, et a u p a r a v a n t il peut lui s u g g é r e r le désir de définir, et lui manifester de diverses manières la n a t u r e de la doctrine qu'il doit p r o c l a m e r . Cette influence de l'Esprit-Saint, qui r é g i t toujours l'Église, et qui est attestée p a r la b u l l e Ine/fabilis p o u r les cas qui nous occup e n t [advocalo cum gemilibus Paraclito Spiritu, eoque sic adspirante), 11est point l'inspiration s u r n a t u r e l l e p r o p r e m e n t dite, d o n t furent favorisés les prophètes et les écrivains sacrés; car le Pontife p a r l e en son nom p r o p r e , en v e r t u de l'autorité doctrinale qu'il a reçue, autorité assistée p a r Dieu sans doute, mais distincte de celle de Dieu, tandis que les a u t e u r s inspirés p a r l a i e n t au n o m d u Seig n e u r et pas en leur n o m p r o p r e . Scheeben explique b i e n cette dif-; férence : « La p a r o l e de l'Église, quoiqu'elle n ' é m a n e p a s physiquem e n t de Dieu, peut lui être m o r a l e m e n t a t t r i b u é e . Ses sentences, au lieu d'être infaillibles en elles-mêmes et p a r l e u r origine p h y sique, ne le deviennent q u e p a r la promesse divine ; tandis que l'Écriture procédant de Dieu p h y s i q u e m e n t , c o m m e sa p a r o l e , est


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*:>

immédiatement infaillible. Cela ne veut pas dire que l'influence de Dieu sur les organes de l'Église soit p u r e m e n t extérieure et n é gative, et qu'elle n e soit p a s , en partie du moins, intérieure et p o sitive. Nous disons s e u l e m e n t que cette influence intérieure n'est pas la raison essentielle et a d é q u a t e q u i g a r a n t i t l'infaillibilité de la parole de l'Église. Autrefois on ne faisait pas assez ressortir la différence qui sépare l'influence de Dieu sur les a u t e u r s sacrés de celle qu'il exerce sur l'Église; on renfermait dans le mot d'inspiration toute l'influence positive et toute la direction négative d u Saint-Esprit, comme étant l ' â m e de l'Église dans laquelle i l r é side . » 1

Il ne p e u t être question ici non p l u s de révélation privée faite au Souverain Pontife; si elle existait, il faudrait l a considérer comme un secours e x t r a o r d i n a i r e , u n e g r â c e spéciale, donnée p e r sonnellement à tel Pape en particulier, et n o n c o m m e la cause de l'infaillibilité, qui découle de l'assistance p r o m i s e à, l'Église et d e s prérogatives d u Docteur u n i v e r s e l . Nous ne p a r l o n s pas de la proposition d'une doctrine révélée, qui p o u r r a i t être faite p a r le magistère o r d i n a i r e et universel d e l'Église, comme l ' e n s e i g n e le Concile d u Vatican : « il faut croire de foi divine ci catholique t o u t ce qui est proposé p a r l'Église, soit dans un j u g e m e n t s o l e n n e l , soit p a r son m a g i s t è r e ordinaire et universel c o m m e é t a n t révélé p a r Dieu ; — Fide divina et calholica ea omnia credenda sunt, quae... aù Ecclesia sive solemni judie io, sive ordinario et universali magisterio, ianquam dimnitus reveíala credenda proponuntur' », non p l u s q u e de l ' h y p o t h è s e , admise p a r le cardinal de Lugo, d'après laquelle le c o n s e n t e m e n t u n a n i m e des fidèles, soumis aux p a s t e u r s , cela va de soi, serait une déclaration suffisante de la vérité révélée . Il n e s'agit ici q u e de la sentence doctrinale é m a n a n t d u Saint-Siège, car le S o u v e r a i n Pontife s e u l entre tous les m e m b r e s d u corps e n s e i g n a n t p e u t prononcer u n e définition d o g m a t i q u e ; telle est en effet la r é p o n s e à la question q u i se présente n a t u r e l l e m e n t en cet endroit ; Qui p e u t définir u n e d o c 1

3

J. SciiiíEífEíV, l. c ,

nn.

227,

228.

2. Comt. Dei Filins, c. 3. 3. De virlute fidei, disp. l, sect. 13, n. 277.


4G

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

trine comme étant de foi divine catholique ? Aucun évêque ne le p e u t , ni aucun concile, soit particulier, soit g é n é r a l ; c'est le droit exclusif du P a p e , qui définit directement p a r l u i - m ê m e , ou indirectement p a r l ' a p p r o b a t i o n d o n n é e aux décisions des conciles. Il n'est m ê m e p a s t e n u de s'appuyer sur l'avis favorable d'un Concile g é n é r a l ou des évoques consultés s é p a r é m e n t ; il suffit q u ' i l p r e n n e les moyens voulus p o u r avoir u n e connaissance certaine de la cause, moyens laissés à son choix; et c o m m e les m o tifs qui le déterminent à définir ne sont ni la cause de son infaillibilité, n i la raison de notre foi, il p e u t fort b i e n les passer sous silence dans la définition; mais le plus souvent il les exprime p o u r d o n n e r plus de relief à son j u g e m e n t et p o u r faciliter l ' a d h é sion. Une définition d o g m a t i q u e est u n e sentence j u r i d i q u e , portée p a r le Souverain Pontife sur u n e m a t i è r e doctrinale, p a r laquelle il r a n g e une vérité au n o m b r e des d o g m e s catholiques, et oblige tous les fidèles à la croire de foi divine. Elle se différencie donc n e t t e m e n t d'avec les autres sentences doctrinales, décisions cij u g e m e n t s , qui n'ont p o i n t p o u r b u t de p r o c l a m e r u n e vérité comme faisant partie du d é p ô t de la révélation. Si l'on d e m a n d e en quels termes elle doit être r e n d u e , il faut r é p o n d r e qu'il n'existe p a s de formule arrêtée p o u r ces sortes de cas. La bulle Ineffabilis dit : Nous déclarons, p r o n o n ç o n s et définissons, declaramos, pronuntiamus et defiitimits; et la constitution Pastor aetemus du concile du Vatican p a r l e de cette m a n i è r e : Nous enseignons et définissons que c'est un d o g m e divinement révélé, docemuset divinitus revelaium dogma esse defmimus. C'est évidemment l a forme la plus directe et la plus s o l e n n e l l e ; il y en a d ' a u tres q u i , b i e n qu'indirectes, n e seraient p a s moins décisives ; il suffit q u e le Pape p a r l e ex cathedra, c'est-à-dire c o m m e p a s t e u r de tous les chrétiens et docteur universel, et qu'il affirme l'origine divine d'une d o c t r i n e ; mais q u e ce soit dans u n e b u l l e , u n e encyclique ou une constitution, il n ' i m p o r t e . Le j u g e m e n t ainsi r e n d u , irreformable ex se, à cause de l'assistance certaine d u Saint-Esprit, revêt u n caractère d'autorité et cle fermeté q u e rien ne p e u t faire disparaître, et qui n ' a besoin d'aucune confirmation, de l a p a r t de


47

LES DÉFINITIONS DOGMATIQUES.

qui que ce soit. Les évoques doivent seulement p r o m u l g u e r et maintenir la décision pontificale, dont ils renforcent la valeur au point de vue e x t r i n s è q u e ; mais ils n ' y a j o u t e n t rien en ellemême. De ces nolions générales, que nous n ' a v o n s pas à préciser d a v a n tage ici, découlent plusieurs conséquences, qu'il sera utile de signaler, au moins en p a r t i e , dans l'intérêt de notre thèse. La première est que toute définition d o g m a t i q u e réclame de la p a r t de tous u n e a d h é s i o n complète, c'est-à-dire, u n assentiment i n t é rieur et extérieur absolu, et, p a r sa t e n d a n c e n a t u r e l l e , irrévocable et indestructible, q u o i q u e p h y s i q u e m e n t il soit possible de r e j e t e r la foi. Il s'agit donc de l'acte de foi divine p a r lequel l ' h o m m e accepte la vérité à cause de Dieu qui la r é v è l e ; le rôle de l'Eglise se b o r n e s i m p l e m e n t à d é c l a r e r infailliblement que Dieu a p a r l é : ab Ecclesia tanquam divinitus revelata credenda proponuntur, mais son autorité, à elle, n'est point le motif formel de notre a d h é s i o n . Et p u i s q u e la foi divine est supérieure en dignité à la foi ecclésiastique, l'acte qui lui correspond est nécessairement p l u s élevé que l'acte de foi ecclésiastique; car tout acte est spécifié p a r son objet p r o p r e . 1

Une vérité p r o c l a m é e officiellement c o m m e révélée et imposée à la croyance des fidèles p a r l'injonction qui accompagne toujours la définition d o g m a t i q u e sous forme de sentence, fait d é s o r m a i s partie de la doctrine c a t h o l i q u e , c o m m e objet de foi divine et catholique. La rejeter sciemment serait d o n c t o m b e r dans le p é c h é d'hérésie, r e n o n c e r à la c o m m u n i o n de l'Église et d é t r u i r e e n soi-même la v e r t u de foi, p u i s q u e cette doctrine est révélée de Dieu et p r o p o s é e c o m m e telle p a r le chef du corps e n s e i g n a n t . Il n ' y a pas de faute plus g r a v e contre la foi, de m ê m e q u ' i l n y a pas d'enseignement p l u s élevé, de p a r o l e p l u s f e r m e , de sanction plus h a u t e et p l u s efficace q u ' u n e définition d o g m a t i q u e . Il n ' y a pas n o n plus d'affirmation plus solennelle; et c'est p o u r q u o i le i. Saint Thomas dit, à ce sujet : « Si consideremus tbrmalem ralionem objecti, nihil est aliud quam verilas prima ; non enim fides assenlit alicui, nisi quia est a D e o revelatum; undc ipsi veritati divinac fides innitilur, lanquain medio. *> H U ^ q . 1 , a. I. Voir Goncl, Clypeus Iheologiae thomislicae, tr. 1 0 , disp. 1 . a. n. 2. 1


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Saint-Siège p e u t très b i e n définir u n e doctrine, déjà acceptée de tous et dont tous les points sont fixés, soit p o u r écarter des doutes menaçants, soit p o u r fortifier l a croyance des chrétiens, soit pour donner a une doctrine u n relief nouveau et un éclat plus saisissant; car le pouvoir souverain, d o n t j o u i t l'Église, ne d é p e n d que de son p r o p r e j u g e m e n t ; elle a donc le droit d'en u s e r lorsque cela lui parait utile et o p p o r t u n .


C H A P I T R E

CAHACTKKE

DOGTUINAL

DIS

JI

I,'ASSOMPTION.

§ I. — N o t i o n d e l ' A s s o m p t i o n .

Dans toute démonstration, il i m p o r t e , en p r e m i e r lieu, de b i e n définir les t e r m e s employés, et de délimiter exactement le t e r r a i n sur lequel on p o r t e ses r e c h e r c h e s ; c'est u n e des conditions essentielles pour a r r i v e r a la pleine l u m i è r e . Or, il s'agit de montrer q u e la doctrine de l'Assomption de la Très Sainte Vierge repose s u r l'autorité de D i e u l u i - m ê m e , soit qu'il l'ail révélée explicitement ou implicitement, soit que les Apôtres Paient enseignée comme u n fait doctrinal. Que faut-il donc e n t e n d r e p a r ce t e r m e d'Assomption? Autrement dit, à q u e l objet voulons-nous a t t r i b u e r , ou p l u t ô t reconnaître, le caractère divin, sinon d a n s son origine, au moins dans sa transmission? On le c o m p r e n d aisément, il ne saurait être question ici d ' a u t r e chose que de l a substance m ê m e du fait, d é g a g é de toutes les circonstances adventices, peut-être vraies, p e u t - ê t r e fausses, que des récits, dont l'exactitude est difficile, p o u r n e pas dire impossible à prouver, nous r a p p o r t e n t sur la m o r t et la résurrection anticipée de Notre-Dame. Le privilège de Marie consiste essentiellement d a n s la glorification de sou corps r é u n i à son â m e b i e n h e u r e u s e ; l e reste s'y ajoute p a r voie de conséquence ou de convenance, o u même de simple possibilité. Il serait d o n c aussi inutile que difficile d e vouloir d é t e r m i n e r l a valeur de certains détails, dont nous trouvons la p r e m i è r e m e n tion écrite dans des œuvres apocryphes ou chez des h é r é t i q u e s . Le théologien n e doit r e t e n i r q u ' u n e seule chose de ces récits p l u s o u moins circonstanciés; c'est la tradition a u t h e n t i q u e de l'AssompLA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION,

i


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

lion corporelle de l a T. S. Vierge, tradition fondée sur une base dogmatique indiscutable, et qui se présente en p r e m i e r lieu comme une vérité d'ordre doctrinal, et n o n pas s i m p l e m e n t comme un fait externe. L'Assomption a p p a r t i e n t , essentiellement et premièrement, à la théologie. C'est sur des a r g u m e n t s théologiques, intrinsèques ou extrinsèques à l'Assomption e l l e - m ê m e , que repose l'absolue et entière certitude do la résurrection de Marie el de sa présence au ciel en corps et en â m e , et n u l l e m e n t s u r des récits apocryphes. Nous devons croire à l'Assomption, d'abord, parce que l'Église y croit, et q u ' e l l e enseigne a u t h e n t i q u e m e n t cette doctrine, et aussi à cause des raisons q u e la théologie découvre à l'existence de ce sublime privilège de la Mère de Dieu, c o r é d e m p trice d u g e n r e h u m a i n . P o u r quiconque a u n e idée m ê m e incomplète de la dignité de la Mère de Dieu, il p a r a î t r a t o u t n a t u r e l que l'Assomption doive cour o n n e r ses prérogatives, a u t a n t du moins que l'esprit h u m a i n p e u t p é n é t r e r les desseins de Dieu. Il faudrait é n u m é r e r ici toutes les raisons de convenance que l'on apporte en faveur de la résurrection et d u triomphe céleste de la Très Sainte Vierge; l e u r n o m b r e seul prouve, à n ' e n pas d o u t e r , q u e l'Assomption se r a t t a c h e , p a r les liens les plus étroits, à des d o g m e s déjà définis et à des vérités théologiques indiscutables. La résurrection de Notre-Dame est un fait extérieur et cle l u i - m ê m e soumis à la vérification p a r les sens, comme tout a u t r e ; en cela, il n e se distingue pas des événements, miraculeux ou non, q u i composent le d o m a i n e de l'histoire. Mais il appartient en réalité à u n e classe spéciale, celle de ceux q u i , p a r nature, ont leur raison d'être dans la doctrine, et présentent en eux-mêmes, un caractère d o g m a t i q u e . L'Immaculée Conception, l a maternité d i v i n e , la virginité parfaite de Marie, l'amour de Jésus-Christ p o u r sa Mère, l a coopération de Notre-Dame au rachat d u monde réclamaient, en q u e l q u e sorte, l'Assomption. Intimement u n i e à son fils p a r les liens maternels, exempte de la condamnation portée contre le p r e m i e r h o m m e à cause de son péché, et p u r e de toute souillure q u i appelle l a corruption du tombeau, la sainte Vierge avait des titres exceptionnels à l a vie glorieuse de son p r o p r e corps. Notre-Seigneur, le fils le


CARACTERE DOCTRINAL DE L'ASSOMPTION.

5i

plus aimant q u i fut j a m a i s , ne devait-il pas à sa divine Mère, de l'honorer et de l'exalter p a r ce dernier privilège, comme il l'avait comblée j u s q u e - l à des grâces les plus abondantes? Ne devait-il pas glorifier le corps i m m a c u l é , où l u i - m ê m e avait puisé la vie humaine? Ne devait-il pas accorder celle d e r n i è r e victoire sur le péché à Celle d o n t les souffrances et l'amour avaient fait la Corétlcniptricc du g e n r e h u m a i n ? On le voit p a r ce rapide exposé de motifs, l'Assomption, loin d'être i n d é p e n d a n t e du d o g m e , en ressort comme u n e conséquence très convenable, a u t a n t q u e l'homme peut s'en r e n d r e compte, det» prérogatives antérieures de la sainte Vierge; elle est donc bien u n e matière d o c t r i n a l e . De plus, l'Assomption est é v i d e m m e n t u n e exception à la loi générale posée p a r Dieu, d'après laquelle tous les hommes ressusciteront à l a lin des temps. Toutes les fois qu'elle p a r l e de cet événement qui doit terminer l'histoire du m o n d e , l'Écriture Sainte n'indique pas d ' a u t r e époque : « C'est la volonté de mon Père qui m'a envoyé, dit Notre-Seigneur, que quiconque voit le Fils et croit en lui, ait la vie é t e r n e l l e ; et moi j e le ressusciterai au d e r n i e r j o u r . . . Nul ne p e u t venir à moi, si le Père qui m ' a envoyé ne l'attire; et moi, j e le ressusciterai au d e r n i e r j o u r . . . Celui qui m a n g e ma chair et b o i t m o n s a n g a la vie éternelle, et moi, j e le r e s s u s c i terai au d e r n i e r j o u r ; — liœc est autem voluntas Patris тег, qui misit me, ut omnis qui bidet Filium et crédit in eum habeal vitam mlemam, et ego resuscitabo eum in novissimo die,,, Nemo potest venire ad me, nisi Pater, qui misit me, traxerit eum, et ego rv.ïuscitabo eum in novissimo die... Qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem, habet vitam mternam^ et ego resuscitabo eum in novissimo die . » Les disciples de Jésus avaient recueilli fidèlement cette p a r o l e comme le g a g e d ' u n e espérance c e r t a i n e , ainsi que le t é m o i g n a sainte Marthe, à la m o r t de son frère Lazare : « Je sais q u ' i l ressuscitera lors de l a résurrection, au d e r n i e r j o u r ; — Scio quia resurget in resurreclione in novissimo die' . » Il est donc certain q u e l'époque de la r é s u r r e c t i o n g é n é r a l e constitue u n l

2

1. S . J O A N . , YI, 4 0 , 4 4 , 2 . S . JOAN., XI,

24.

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LA U0CTU1NE m

L'ASSOMPTION.

objet doctrinal, d ' a b o r d parce qu'elle se trouve explicitement indiquée dans l'Écriture, et ensuite parce qu'elle concerne la réalisation d'un fait p r o p h é t i q u e m e n t révélé. Or, prise en elle-même, l'Assomption n'étant que l'application anticipée, en faveur de la sainte Vierge, d'une r è g l e c o m m u n e r é v é lée, cette exception se r a p p o r t e nécessairement au d o g m e . En outre, p a r la résurrection, Marie échappe à l a c o r r u p t i o n du tombeau à laquelle est soumise toute c r é a t u r e h u m a i n e p a r usité de la s e n tence divine : « Tu es poussière et tu r e t o u r n e r a s en poussière, — Pulvis es et in pulvcrem reverteris »; c'est u n e a u t r e exception k u n e autre loi révélée. Bien p l u s , elle a, c o m m e on Ta vu, des racines profondes dans le dogme p a r ses r a p p o r t s essentiels avec plusieurs points de la doctrine s u r n a t u r e l l e . Elle est donc ellem ê m e u n objet d o c t r i n a l ; elle est u n fait d o g m a t i q u e , en u n sens différent et b e a u c o u p p l u s vrai que le sens t r o p restreint, o r d i n a i r e m e n t attribué à ce m o t . 1

Si elle n ' e n d é p e n d p a s comme de ses causes, il n'en est p a s moins vrai qu'elle en d é p e n d comme de conditions réelles. En d'autres termes, ces divers privilèges ne suffisent p a s à l'exiger, en v e r t u de l e u r concept et de l e u r essence ; mais ils en sont les motifs les plus convenables, quoique non r i g o u r e u x . Il semblerait q u e la corédemptricc devait r e m p o r t e r victoire c o m p l è t e sur l a m o r t p a r la résurrection. En t o u t cas, il a p p a r a î t clairement, p a r cet exposé, q u e l'Assomption est b i e n u n e matière d o c t r i n a l e . La théologie nous fournit donc les raisons de convenance les plus graves en faveur de l'Assomption. Mais il est b o n d e r a p p e l e r q u e les motifs de cette n a t u r e ne sauraient p r o c u r e r u n e entière c e r t i t u d e ; car toutes les choses convenables n'existent p a s , et n o u s i g n o r o n s si d'autres raisons de convenance n e sollicitent pas plus efficacement la volonté divine vers u n e solution différente de la p r e m i è r e , qui restera toujours convenable et possible, et m ê m e vers la solution opposée, à moins qu'elle ne r e n f e r m e u n e c o n t r a diction ou entraîne u n e indignité. Sans contester la règle de convenance, suivie p a r les saints, p a r les Pères et les théologiens, et l. Gen.

t

ni, 19.


CARACTÈRE DOCTRINAL DE L'ASSOMPTION.

formulée en ces termes p a r Salmerón : « Dieu pouvait lui faire (à la sainte Vierge) cette g r â c e ; il convenait cle plus qu'il l a fit; donc, â n ' e n pas douter, il l'a faite », il est bon de faire u n e remarque. Le S e i g n e u r ne peut accomplir que ce qui est conven a b l e ; s'il a p u accorder à sa Mère plus de dons qu'elle n ' e n a reçu, il n ' a donc pas fait p o u r elle tout ce qui convenait, et la loi énoncée n e subsiste p l u s . Or, la loi subsiste, mais la difficulté, p o u r nous, est d e saisir exactement la convenance des choses, de dire quelles perfections s'harmonisent le mieux avec la dignité de NotreDame; de plus, en pareille m a t i è r e , il ne faut pas confondre le possible avec le plus convenable, témoin l a mort dont Marie était exempte et à laquelle elle s'est soumise, témoin la vision beatifique qu'elle n ' a pas eue à cause de l'état de voie, témoin aussi le p o u voir de consacrer le corps du Seigneur, qui ne lui a point été accordé. Notre-Dame a reçu autant d e dons et de grâces qu'il était convenable et q u ' i l lui était possible d'en recevoir e n tant que créature n o n encore p a r v e n u e au t e r m e . Il est donc p e r m i s de dire que Dieu a d o n n é à Notre-Dame tout ce qu'il a pu lui p r o d i g u e r d e grâces de toute n a t u r e , mais sans q u ' o n puisse toujours les d é t e r miner avec u n e certitude absolue. 1

Quoique tenue p o u r certaine, la croyance à l'Assomption n e p a raissait pas j o u i r de toute l a faveur qu'elle mérite au point d e v u e théologique, j u s q u ' a u m o m e n t où l a définition d o g m a t i q u e de Tlmmaculée Conception est v e n u e r é p a n d r e u n e nouvelle l u m i è r e sur les p r é r o g a t i v e s de la Mère de Dieu. Plusieurs n e v o u l a i e n t y voir q u ' u n é v é n e m e n t extérieur, miraculeux sans doute, constaté à la m a n i è r e ordinaire p a r des témoins véridiques, et d o n t l a connaissance nous aurait été transmise selon la loi c o m m u n e . La convencince intrinsèque passait a u second plan, et, dans ce système, tout reposait en définitive sur la véracité, au moins substantielle, d u récit de la mort et de la résurrection de Marie; d e là, la nécessité de p r o u v e r historiquement l'exactitude d e ce récit s'imposait sous peine de voir d i s p a r a î t r e le fondement m ê m e de la croyance. On faisait fausse r o u t e ; car, si la tradition h i s t o r i q u e

1.

Comment,

in Hist. Kvang.,

tract. 1 2 , p. 1 1 0 .


34

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

fournit un élément appréciable p o u r la solution d u p r o b l è m e qui nous occupe, ce n'est p o i n t d'histoire q u ' i l s ' a g i t , m a i s de théologie. Les historiens éprouveraient p e u t - ê t r e q u e l q u e e m b a r r a s pour nous dire d'une m a n i è r e a b s o l u m e n t c o n c l u a n t e , en d e h o r s d ' u n e tradition orale toujours possible, s u r quelle autorité repose la certitude de l'Assomption de la T. S. Vierge. En répondant q u e c'est sur l'autorité de l'Église, on ne fait q u e reculer la question, qui se présente d ' e l l e - m ê m e : Où l'Église a-t-clle puisé cette connaissance infaillible de l a glorification totale de Marie? Qui lui certifie que Notre-Dame est p r é s e n t e au ciel e n corps et en â m e ? Car l'Église croit et enseigne a u t h e n t i q u e m e n t — on le verra dans le chapitre suivant — q u e la divine Mère d u Sauveur n'a p o i n t à a t t e n d r e , comme les autres bienheureux, le m o m e n t de la r é s u r rection générale p o u r j o u i r de toute l a b é a t i t u d e promise a u x élus. Or, elle ne peut se t r o m p e r en cette m a t i è r e ; et puisqu'elle croit à l'existence de ce privilège et q u e l l e l'enseigne aux fidèles, nous sommes donc en présence d'une vérité qui fait partie d e la révélation, ou qui en découle nécessairement, ou encore qui a été démontrée p a r les moyens naturels et est entrée d a n s l'enseignem e n t catholique à cause des liens qui la r a t t a c h e n t au d o g m e ; il n'y a pas d'autre h y p o t h è s e possible. Jusqu'ici, la question n'avait pas été posée sous cette forme très n e t t e ; peut-être m ê m e n ' y avait-on p a s assez réfléchi, m a l g r é son importance. Les récits des livres a p o c r y p h e s j e t a i e n t comme u n certain discrédit sur cette glorieuse prérogative de la Vierge, qui s'harmonise si bien avec les grâces ineffables d o n t le Seigneur Ta enrichie. On a d m e t t a i t la croyance, et p a r crainte de détails faux et ridicules, r a p p o r t é s p a r des ouvrages p l u s ou moins véridiques, on n'osait pas r e c h e r c h e r sur quelle base l'Église infaillible a p p u i e sa conviction. Répétons-le, qui d o n n e à l'Église l'assurance de la certitude de l'Assomption de Marie? En d'autres termes, q u i a a p p r i s ce fait à l'Église? Qui nous garantit son enseignement sur ce point? Quel est le c a r a c t è r e de cette doctrine? Il ne s'agit d o n c plus seulement de p r o u v e r l'existence de l'Assomption, mais de m o n t r e r à quel ordre de vérités elle a p p a r t i e n t . Les deux questions sont différentes, quoique intimement unies,


CARACTÈRE DOCTRINAL DE [/ASSOMPTION.

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et il importe de les distinguer p o u r maintenir nos r e c h e r c h e s sur le vrai terrain, comme aussi p o u r arriver plus s û r e m e n t au b u t ; on y p a r v i e n d r a en m a r c h a n t à la lumière des principes fournis par la théologie, d'une p a r t , cl p a r la philosophie, de l'autre, en ce qui concerne la certitude historique et la légitimité de la t r a dition orale. Il n'est donc point nécessaire à notre dessein d ' e n t r e prendre u n examen approfondi des affirmations d u pseudo-Méliton, du récit a t t r i b u é à Juvénal, évèque de Jérusalem, et de toute la littérature a p o c r y p h e qui fleurit, avant môme le concile d'Éphèse, s u r la m o r t et la r é s u r r e c t i o n de la Sainte Vierge; l'étude des diverses circonstances, q u i viennent s'ajouter à la s u b stance m ê m e d u fait de l'assomption, serait plus nuisible q u ' u t i l e . Par c o n s é q u e n t , nous ne rechercherons point j u s q u ' à quel âge a vécu Notre-Dame, ni en quel endroit se trouve son t o m b e a u , ni combien de temps son corps est resté d a n s le sépulcre, ni si l a résurrection a eu lieu d a n s le ciel ou sur la t e r r e ; nous nous occuperons exclusivement de la présence au séjour de l a gloire, de la Très Sainte Vierge, e n corps et en â m e ; c'est seulement sur ce point que p o r t e le d é b a t . Il ne faut pas p e r d r e de v u e cette idée précise, si l'on veut suivre n o t r e a r g u m e n t a t i o n , dans laquelle n ' e n t r e r a r i e n de ce qui ne va pas directement au b u t . Afin de p r é v e n i r une objection, il est b o n de dire que si, conformément à la croyance de l'Église, n o u s supposons la réalité de la mort de Notre-Dame, la glorification corporelle de Marie n'exige p o u r t a n t p a s l a m o r t c o m m e condition nécessaire, et q u e les raisonnements qui seront exposés dans cette étude g a r d e r a i e n t toute leur v a l e u r , m ê m e dans le cas où la sainte Vierge ne serait pas m o r t e ; car alors il n ' y a u r a i t plus lieu de p a r l e r de sa r é s u r rection, mais seulement de la présence au ciel de son corps vivant et glorieux; et ce sont précisément les termes du p r o b l è m e , d a n s lequel n o u s nous d e m a n d o n s si cette doctrine est révélée. Toutefois, parce q u e Notre-Dame a passé p a r l a m o r t , à l'exemple de son Divin Fils, il faut bien p a r l e r de son r e t o u r à la vie corporelle. En effet, m a l g r é les hésitations de saint Ë p i p h a n e , l'Église a toujours enseigné p a r la voix de la liturgie et p a r celle des Pères que l'incomparable Mère de Dieu a connu, p a r expérience,


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

la séparation de l'âme avec le corps. Ne suffit-il pas de r a p p e l e r les prières si explicites des anciens s a c r a m e n t a i r c s , le terme de Dormition employé surtout p a r les Grecs, et p r i n c i p a l e m e n t la Secrète qui se trouve dans le Missel r o m a i n au j o u r de la fête de l'Assomption : Subvniiat, Domine, plebi tuœ Dei genitricis ovatio, quam etsi pro conditione carnis migrasse cognoscimns,..*! D'ailleurs, le d o g m e d e l'Immaculée Conception n ' e n t r a î n e p o i n t p o u r la sainte Vierge l'immortalité b i e n h e u r e u s e non précédée de la m o r t , non mediante morte. Dans l'état de justice originelle, l'absence d u péché ne rendait point, à elle seule, l ' h o m m e i m m o r t e l ; cet effet était dû surtout à u n e providence spéciale de la p a r t de Dieu, à la protection des anges et au fruit de l ' a r b r e de vie. La justice originelle était véritablement la cause de l'immortalité de l'homme a v a n t sa c h u t e , en raison des moyens e x t é r i e u r s qu'elle lui valait, et m ê m e en raison de l a parfaite h a r m o n i e de toutes ses facultés; mais elle ne la p r o d u i s a i t pas p h y s i q u e m e n t ; il n ' y avait pas entre elles de liens i n t r i n s è q u e s . Comme l'enseigne saint Thomas, Adam e n l'état d'innocence avait u n corps passible e t m o r t e l , qu'il p o u vait préserver de tout accident p a r sa p r o p r e vigilance et que Dieu protégeait d'une m a n i è r e spéciale; il devait m ê m e , sous peine de péché, recourir à la n o u r r i t u r e ordinaire p o u r r é p a r e r et conserver ses forces, et le fruit de l ' a r b r e de vie le défendait contre les atteintes de la vieillesse . Il suit de l à n o n seulement q u e l ' h o m m e est et a toujours été m o r t e l en vertu de sa n a t u r e , mais encore q u e la mort n'est point l'effet nécessaire d e la faute originelle prise en elle-même; a u t r e m e n t , il f a u d r a i t conclure d u fait de la m o r t à l'existence d u péché originel chez Notre-Seigneur, ce qui serait un blasphème monstrueux. Et, si l'Immaculée-Conception 1

1. « Ad quarluin dicendum quod corpus hoininis in slalu innocentiac paierai prœaervari, nû pateretur laasionem ab aliquo duro, partim quidem per propriam ralionein, per quam poterat nociva vitarc, partim cliam per divinam providentiam, quio sic ipsum tuebatur, ut nihil ei occurreret ex improviso a qu» licdcrelur. » Sum. th., I p.* q. 97, a. 2. u Ad lertium dicendum quod si homo sibi non subveniret de cibo, pcccarcl si eut peccavil sumendo vetitum cibum. » ibid., a. 3 . « No totaliter consumerctur, necessc crat per assumplionem cibi ho mini subveniri. » Ibid., ad t. — « Sequilur decrementum et finaliter dissolutio corporis. Et contra hune defectum subveniebatur ho mi ni per lignum vitas. » Ibid., a. 4, c.


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supprimait p o u r la sainte A ierge la possibilité de mourir, p a r c e que, de fait, c'est le péché qui a introduit la mort dans le m o n d e , selon la parole de saint P a u l , p o u r q u o i n ' e n va-t-il pas de m ê m e de louées les autres défectuosités causées p a r la chute d'Adam? Pourquoi Marie a-t-elle pu, comme son Divin Fils, se soumettre volontairement aux douleurs, qui ont fait d'elle l a reine des m a r tyrs? En tant que conséquences de la faute primitive, toutes les suites du p é c h é originel sont dans le m ê m e cas; il n ' y a p a s de relation plus nécessaire entre la désobéissance du p r e m i e r h o m m e et la mort q u ' e n t r e cette m ê m e faute et toute autre souffrance. Tous ces châtiments ont été infligés p a r Dieu à l ' h o m m e p r é v a r i cateur, au m ê m e instant et pour la m ê m e faute : « Tu m a n g e r a s ton pain à la s u e u r de ton front j u s q u ' à ce q u e tu r e t o u r n e s en la terre d'où tu as été tiré; car tu es poussière, et tu r e t o u r n e r a s e n poussière; — In sudore vultus lui vesceris pane, donec reoerlaris in terrain de qua sumpius es; quia pulvis es et in pidverem reverteris*. » l

Or, Notre-Dame a souffert, la p r o p h é t i e du vieillard Siméon le p r o u v e ; associée à l'œuvre d u r a c h a t de l ' h u m a n i t é et v é r i t a b l e m.cnt corédemptrice, elle eut de la n a t u r e h u m a i n e les défectuosités que d e m a n d a i t son rôle et qui n e r é p u g n a i e n t p a s à sa dignité; mais elle ne les a pas contractées, parce qu'elle n ' e n avait pas en elle la cause, c'est-à-dire le p é c h é . Donc la b i e n h e u r e u s e Vierge a p u m o u r i r , quoique i m m a c u l é e et sainte a u delà de toute expression dès le p r e m i e r m o m e n t de son existence; et, comme le croit et l'affirme l'Église, elle est morte réellement, p o u r des motifs a n a l o g u e s à ceux qui ont porté Notre-Seigneur à mourir. Le caractère de son t r é p a s s a u v e g a r d e et complète ses prérogatives; car il ne faut y voir n i u n e expiation indispensable, ni une p e i n e p e r s o n n e l l e , ni u n e nécessité i n é l u c t a b l e , mais u n acte de conformité avec Jésus-Christ, u n e preuve d e sa n a t u r e humaine, u n e n c o u r a g e m e n t pour tous les chrétiens, u n holocauste d'amour et un événement s u r n a t u r e l , dont les causes diffèrent de celles qui p r o d u i s e n t la m o r t des autres h o m m e s . 1. « Per peccatum mors. » Rom., v, 12. 2. Gen., m, 19.


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

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Bien plus, Marie trouva dans la m o r t l a matière d'un triomphe qui eût manque à sa g l o i r e , si elle e û t été transportée vivante au ciel; il était plus h o n o r a b l e p o u r elle de ressusciter, après un t r é pas, qui, encore u n e fois, diffère essentiellement du nôtre, et d ' a p paraître victorieuse des liens de la m o r t aux chrétiens de tous les Ages. Puisque l'Église l'affirme, puisque Marie était mortelle p a r n a t u r e , et que des motifs si élevés le d e m a n d a i e n t , croyons donc qu'elle est morte r é e l l e m e n t , sans p a r t i c i p e r en r i e n au p é c h é , comme le témoigne l a condamnation, p a r saint Pie V, de cette p r o position de Baïus (73°) : « Personne, sauf le Christ, n'est exempt d u péché originel : Aussi la Bienheureuse Vierge est morte à cause d u p é c h é , et toutes les afflictions de cette vie, p o u r elle et les autres justes, ont été des punitions du péché aeluel ou du péché o r i g i n e l ; — NemOy prmter Christurn, est absque originali peccato : hinc IJeata Virgo mortua est propter peccatum ex Adam contractum omnesque ejus afflictiones in hac vita sicitt et aliorum justorum, fuerunt ultiones peccaii actualis, vel originalis. » De la mort de Notre-Dame on ne p e u t conclure il l'existence du péché originel ou actuel. Ajoutons q u e , comme on vient de le voir, de l'immunité de touf p é c h é , il serait faux aussi de conclure à l'impossibilité de mourir . 1

§ II. — L'Assomption et les d o n n é e s m a r i aie s de la révélation.

La très sainte Vierge m o r t e , et, si l'on v e u t , son corps déposé dans le tombeau, devait-elle ressusciter? Ses prérogatives, spécialement la maternité d i v i n e , raison de toutes les a u t r e s , et l ' I m m a culée Conception, exigeaient-elles q u e son corps virginal fût r é u n i à son ûme b i e n h e u r e u s e ? La question se présente d'elle-même, et r

1. Le D Arnaldi, du collège Saint-Thomas, de Gênes, a été, durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle, le principal représentant de l'opinion qui prétend que le privilège de l'Immaculée Conception entraînait pour la sainte Vierge l'impossibilité de mourir {Super transitu Beat se Mari/r Virginia Deiparœ eaperlis omni lobe culpœ originalis dubia proposita, Genuœ, 187U). Il-'" Virdia, dans sa pétiton Pro dogmatica dcfinilione intégra ad cœlos Assump/ionis Deiparx Virginis (1880), paraît favorable à cette thèse, assez spécieuse au premier abord, mais qui a contre elle la p e r suasion de l'Église, la tradition et de bonnes raisons théologiques. D'ailleurs elle n' a été adoptée que par un très petit nombre de théologiens. 1


CARACTERE DOCTRINAL DE I/ASSOMPTIOX.

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la réponse qui y sera faite affirmera ou niera, p a r voie de conséquence, l'existence de la révélation implicite formelle. On saura si l'Assomption est contenue dans un autre d o g m e , à la manière des parties essentielles dans le tout, ou si c'est une conclusion strictement théologique, déduite, p a r raisonnement, d'une vérité révélée, ou m ê m e si elle ne repose que sur des raisons de convenance. Pour avoir une idée exacte des privilèges de Notre-Dame, il ne suffit p o i n t de comparer son état avec celui de nos premiers p a rents avant l e u r p é c h é . F o r m a n t , à elle seule, un monde spécial dans Tordre s u r n a t u r e l , la sainte Vierge reçut d e Dieu, en vue de son ineffable maternité, des dons intérieurs qui surpassent de b e a u coup ceux d e Télat de justice originelle, et aussi ceux d e la n a t u r e angelique, qui n'est point en cause ici; car, c o m m e le dit Bossuet, « cette maternité glorieuse, cette alliance éternelle qu'elle a contractée avec Dieu, l a met d a n s u n r a n g tout singulier, qui ne soulfre aucune c o m p a r a i s o n ». 1

On n e p e u t d o n c raisonner q u e p a r analogie d e Notre-Dame ex de nos p r e m i e r s p a r e n t s , s'il s'agit des dons surnaturels de la grâce, des dons de la n a t u r e , et même des dons p r é t e r n a t u r c l s qui les a c c o m p a g n a i e n t en l'état d'innocence. Sans d o u t e , p a r m i ces derniers, il en est que Marie n ' a point eus effectivement, k cause de son rôle d a n s l'économie d e l a R é d e m p t i o n ; mais il faut r e m a r quer q u e , comme Notre-Scigneur, elle n ' a pris des suites du p é c h é originel q u e celles qui n ' e n l r a i n a i e n t a u c u n e indignité et qui convenaient à son caractère de Mère d u R é d e m p t e u r , c'est-à-dire la passibilité dans u n e certaine m e s u r e et l a m o r t . Il n e p e u t être question p o u r elle d ' a u c u n e a u t r e des misères q u e la faute d'Adam a introduites d a n s le m o n d e , soit le m o n d e m o r a l , soit le m o n d e p h y s i q u e . La perfection de son intelligence et de sa volonté s u r passe celle de toute c r é a t u r e ; il en est de m ê m e de sa beauté p h y sique; et qui p o u r r a i t d o u t e r que Dieu Tait entourée d'une p r o vidence plus spéciale que la protection accordée à nos p r e m i e r s p a r e n t s , et q u e , p a r e x e m p l e , Marie ait conservé l ' e m p i r e s u r les animaux? Cependant elle ne connut p o i n t , du m o i n s p a r e x p é -

1. Premier

sermon

sur la conception

de la sainte

Vierge,

t

ur

point.


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

ricnce, le séjour au p a r a d i s terrestre, ni l ' a r b r e de vie, parce que cela ne s'accordait pas avec le plan divin de la Rédemption: et il ne résulte de là aucune infériorité p o u r Notre-Dame, pas plus que pour Notre-Scigneur. En résumé, la Sainte Vierge reçut des d o n s s u r n a t u r e l s et n a t u rels supérieurs à ceux de l'état d'innocence, et des dons p r ê t e r naturels c o r r e s p o n d a n t s ; si, de fait, elle a eu quelques défectuosités de la nature h u m a i n e , ce n'était p o i n t , chez e l l e , u n e suite de la c h u t e ; elle en était e x e m p t e ; mais elle s'y est soumise dans l a mesure demandée p a r sa dignité cle corédeniptrice d u g e n r e h u m a i n . Les souffrances qu'elles a endurées et l a mort, p a r laquelle elle a passé, ont donc une cause bien différente de celles des a u t r e s h o m m e s ; c'est pourquoi, du double fait de ses douleurs et de sa m o r t , on ne p e u t établir a u c u n e comparaison avec n o u s ; c o m m e toujours, lorsqu'il s'agit d e Notre-Dame on est en présence d'un ordre spécial de la grâce, qui n'a pas d'équivalent. Il faut donc croire a priori que les dons p r ê t e r n a t u r e l s accordés à la Sainte Vierge furent au moins égaux à ceux de nos p r e m i e r s p a r e n t s ; la doctrine contraire choquerait à bon droit les catholiques. Mais, si l'on veut, d'après les données théologiques, é t a b l i r leur existence certaine, on ne p o u r r a pas le faire, pour tous, d ' u n e manière rigoureuse. En effet, puisque nous sommes obligés de raisonner par analogie avec l'état de justice originelle, il faut d i r e que ces d o n s , q u i , chez Adam et E v e , perfectionnaient la n a t u r e humaine dans ses propres l i m i t e s , mais sans lui être dus et sans l'élever à une vie nouvelle, n ' a c c o m p a g n a i e n t pas nécessairement les perfections surnaturelles de la g r â c e sanctifiante et des v e r t u s infuses. La preuve en est q u e , dans l'état de n a t u r e d é c h u e et rachetée, l'homme reçoit la g r â c e et n e j o u i t n i de l'immortalité, ni de l'immunité de l a concupiscence, n i des a u t r e s dons p r é t e r n a turels, que Dieu accordait à nos p r e m i e r s p a r e n t s p a r un acte spécial de sa souveraine libéralité; il n'y avait entre ces dons et la justice originelle q u ' u n e connexion m o r a l e , p r o v e n a n t de la v o lonté divine. Saint Thomas enseigne que la grâce sanctifiante, quoique toujours de m ê m e essence, n e p r o c u r a i t point, en t a n t quegrâce, l'impassibilité, l'immortalité et autres biens p r ô t e r n a t u r e l s :


CARACTÈRE DOCTRINAL DE L'ASSOMPTION.

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Excludere hujusmodi pamcdilales [rebellionem carnis ad spiritimi, corruptionem, passibilitalem) non est effeclus jttstifuc, in quantum justitia est sed fuit effectus originalis justitue ratione cujusdam accidentis ci annexi, in quantum scilicet fuit continuata et non intrinseca in natura fiumana . D'après Gonet, expliquant ce p a s s a g e , ^ justice originelle avait un mode p a r t i c u l i e r d'informer, qui donnait à la grâce n o n u n e plus g r a n d e intensiié, mais un empire plus étendu sur l'âme, de m a n i è r e a. c o m m u n i q u e r au corps lui-même des qualités spéciales, comme plus t a r d , t o u t e p r o p o r tion g a r d é e , dans le ciel, après la résurrection' . Il y a cette différence profonde q u e , dans l'état primitif, les conséquences de la fragilité de la n a t u r e h u m a i n e étaient simplement suspendues, tandis q u e , dans la g l o i r e , elles n'existeront p l u s ; le corps sera devenu spirituel, selon l'énergique expression de saint P a u l . ?

x

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3

Les perfections p r é t c r n a t u r c l l e s de nos premiers p a r e n t s étaient des dons gratuits de la bienfaisance divine, et ne découlaient pas nécessairement des prérogatives surnaturelles et n a t u r e l l e s , auxquelles Dieu les avait r é u n i e s , pour former, e n quelque sorte, l'apanage de l'état d'innocence. Sur ce terrain de la p u r e libéralité du Seigneur, il faut a b s o l u m e n t s'en tenir à ce qu'il a lui-même déterminé, si l'on veut a r r i v e r à, u n e conclusion rigoureuse. Or, pour n e p a r l e r q u e de l'immortalité d ' a v a n t l a c h u t e , il est certain que l'homme de par sa n a t u r e était m o r t e l , et qu'il devait à u n e disposition particulière de la Providence, de ne point mourir, s'il avait observé Tordre de Dieu : Non enim, dit saint T h o m a s , corpus ejus erat indissolubile per aliquem immortalitatis vigorem in eo existentem, sedineral animée vis qu&dam supernaturaliter divinilus 1. Mil Sent, dist. 32, quœst. 1, ari. 2, ad 2. 2. <( Debuit esse alius modus inforni aridi ejusdem gratiae (originalis). non quideni pênes majorcm intensionem (intensior enim modo est in aliquibus jus lis gratia sanctificans, quam fuisset in aliquibus hominibus in statu innocenliae, si ille pcrserverassel, et (amen in illis non babet ralionem originalis justiliac, si cui in istis) sed pênes majus dominium gratiae supra animam, majoremque subordinalioncm istius ac illam; co proportionali modo quo in pallia, post resmrectionem, ex pienissimo dominio gratiae supra animam redundabunt dotes in corpus, quae perfectissime illud animae subordinatomi et subjicien! ; quo enim gratia magi s dominalur menti, co dat animac majus dominium supra corpus, illudque magis ei subjicit. » Clypeus theologisa thomisUcœ^ tr. S De Ilominc, dìsp. 1, art. 5. 3. « Surget corpus spiritale. » I Cor,, xv, 44.


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

data, per quam poterai corpus ab omni corruptione preservare, quandiu ipsa Deo subjecta mansisset. — Ex principiis naturalibus esse perpetuimi habere non potest [homo), cum et conlrariis componatur, quod est causa comtplio?iis in rebus . La distinction e n t r e ne pouvoir pas mourir et pouvoir ne pas ?nourir, mise en relief p a r saint A u g u s t i n , se trouve donc parfaitement justifiée ; d a n s quelque état privilégié que ce soil, l'homme conserve toujours icibas la possibilité naturelle de m o u r i r . 1

2

D'autre p a r t , nous savons que Dieu lui avait accordé un don spécial d'incorruptibilité, différent de celui de la glorification finale, qui est ex parle [ormœ, tandis q u e l'autre est e.r parie cauStV efficiently; et nous savons aussi q u e , de fait, c'est la désobéissance d'Adam q u i a introduit la mort d a n s le m o n d e , c o m m e dit saint P a u F . Que conclure de l à p a r r a p p o r t à Notre-Dame, i m m a c u l é e dans sa conception, pleine de g r â c e , selon l a parole de Tange Gabriel? Est-ce q u e l ' i m m o r t a l i t é , ou mieux la glorification totale, soit celle qui doit exister au ciel, soit celle qui était p r o p r e à l'état d'innocence, se trouve comprise d a n s le privilège de l ' I m m a c u l é e Conception, de telle sorte qu'il suffise de le définir, de l'exposer pour être obligé d'admettre l'immortalité de la Sainte Vierge? en d'autres t e r m e s , peut-on s'appuyer s u r le d o g m e de l ' I m m a c u l é e Conception pour prouver la révélation implicite formelle de l'Assomption? Nous ne le croyons p a s .

1 . S. Tu., I. p., q. 97, a. 1, c. — In II sent., I. II, d. 1U, a. 2, c. 2. « (Ad a e corpus) ante peccatum. et mortale secundum aliam, et immortale secundum aliam causam dici poterat; id est mortale, quia poterai mori; immortale, quia poterai non mori. Aliud est enim non posse mori, sicut quasdam naluras immortalcs crea vit Deus; aliud est au lem posse non mori, secundum quem modum primus creates est homo immortalisi quod ci praeslabatur de Ugno vitae, non de constitutione naturae ; a quo Ugno separalus est cum peccasset, ut posset mori, qui nisi peccasset posset non mori. Morlalis ergo erat conditione corporis animalis, immorlalis au lem beneficio conditoris. Si enim corpus animale, ulique mortale, quia et mori poterai ; quanwis et immortale, ideo quia et non mori polerat. Neifue enim immortale quod mori omnino non possit, crii nisi spirituale, quod nobis futurum in resurrectionc promitlitur. Ac per illud animale et ob hoc mortale, quod propter justitiain spirituale fierct eL ob hoc omni modo immortale, factum est propter peccatum non mortale, quod et antea erat, sed mortuum, quod possct non (ieri, si homo non peccasset. » De Genes, ad lilt., 1. VI, c. xxv [P. L. xxxiv, 354). t

3. « Per peccatum mors. » Roìu., v, 12.


CARACTÈRE DOCTRINAL DE L'ASSOMPTION.

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En effet, considérée sous son double aspect positif et négatif, l'Immaculée Conception consiste essentiellement dans la présence de la grâce sanctifiante, p r o p r e à l'état, de voie, et dans l'absence du péché originel. Or, l'analyse de ces deux concepts ne d o n n e pas nécessairement l'idée d ' i n c o r r u p t i b i l i t é , encore moins celle d'assomption. Chez ceux qui sont encore in siala oiêe, la g r â c e habituelle, si puissante soit-elle, ne c h a n g e point l e u r n a t u r e et laisse libre cours aux lois qui régissent leurs éléments. Sans d o u t e , en m ê m e temps q u e la g r â c e p r e m i è r e , très p r o b a b l e m e n t s u p é rieure à celles qui ont été accordées à tous les anges et à tous les hommes, m ô m e prises e n s e m b l e , Notre-Dame reçut aussi des d o n s qui formaient c o m m e le cortège de son ineffable s a i n t e t é , m a i s dont a u c u n n ' e n t r a î n a i t inévitablement l'incorruptibilité et l'assomption; car celles-ci ne font nécessairement p a r t i e ni des d o n s du Saint-Esprit, ni de l ' i m m u n i t é de la concupiscence, ni de la science infuse. Il parait d o n c impossible d ' a d m e t t r e que l ' I m m a c u lée Conception r e n f e r m e l'Assomption c o m m e u n e p a r t i e essentielle, de telle sorte q u ' o n ne puisse n i e r l'une sans r u i n e r l'autre. Qu'on n'oublie pas q u e nous raisonnons en ce m o m e n t d'après la nature m ê m e des choses, n o n d'après la simple convenance; a u t r e ment, n o t r e conclusion définitive resterait flottante el donnerait prise à l'objection. L'examen du péché originel conduil au m ê m e résultat. La faute véritable q u e n o u s c o n t r a c t o n s p a r notre seule a p p a r t e n a n c e à l a race h u m a i n e est essentiellement l a privation d e la g r â c e sanctifiante, l'aversion h a b i t u e l l e de Dieu, fin s u r n a t u r e l l e , et, c o m m e dit le concile de Trente, la m o r t de l ' â m e , d'où résulte aussi l'absence des vertus infuses, q u i sont connaturelles à la g r â c e . C'est en cela q u e consiste précisément le péché originel, puisque, d'après 'l'enseignement formel de l'Église, le b a p t ê m e l'efface e n nous véritablement : Si q u e l q u ' u n dit q u e tout ce qui est vraiment 1

1. « Si quis Adae pracvaricalionem sibi soli, el non ejus propagali asserii nocuisse ; et acceptam a Dco sanclitatem, et jusUtiaiu, quam perdidil, sibi soli, e t non nobis etiam euin perdidisse; aut inquinatimi illum per inobedienliae peccatimi, mortem et poenas corporis tantum in omne genus humanum transfudisse, non autem el peccatimi, quod est mors anima e, anatkema sit. » Sess. V, c. 2.


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

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et p r o p r e m e n t péché n'es! pas effacé p a r la grâce de Noire-Seigneur Jésus-Christ qui est conférée d a n s le b a p t ê m e , qu'il soit a n a Lhème. Si guis per Jesu Chrisli bomini nostri graliam, quœ in baptismale confertur... asserit non tolli totum id quod veram et propriam peccati rationem habet... anathema sit . Or, l a possibilité, l a concupiscence, la m o r t , et les a u t r e s p é n a l i t é s , conséquences de la faute de nos p r e m i e r s parents, subsistent; elles ne rentrent donc pas dans l'essence m ê m e du p é c h é origiuol, et par conséquent, l'exemption de ce d e r n i e r peut, r i g o u r e u s e m e n t , se concevoir sans l'immortalité. 11 est v r a i , Dieu, dans>sa sagesse et sa bonté, a établi u n lien inévitable entre la désobéissance d'Adam et les misères auxquelles nous restons soumis, c o m m e p r i m i t i v e m e n t il avait uni les dons les plus magnifiques à l'état de g r â c e d u premier h o m m e ; mais la n a t u r e des choses ne l'exige p a s , et urdinaq u a n d on étudie ce que le Seigneur règle ex intrínseca tione, il n'est pas possible d'arriver à des conclusions rigoureuses. Car personne n e connaît les secrets de Dieu, p e r s o n n e n ' a sondé les abîmes de sa science, ni pénétré les ressources de sa puissance : « 0 profondeur inépuisable d e l a sagesse et d e la science d e Dieu! Que ses j u g e m e n t s sont insondables et ses voies incompréhensibles! Car qui a connu l a pensée d u Seigneur ou a été son conseiller? O allitudo divitiarum sapientim et scientiœ DeiJ quant incomviœ ejus! Qui* prehensibilia sunt jicdicia ejus, et investigábales enim cognovit sensum Bomini, aut quis consiliarius ejus fuit? . » Il faut donc dire q u e , soit d u côté positif : p r é s e n c e de la grûcc sanctifiante, soit d u côté négatif : exemption d u p é c h é originel, l'Immaculée Conception, q u i consiste essentiellement en ce d o u b l e privilège, ne renferme pas l'Assomption, et que, de ce chef, il n'y a pas révélation implicite formelle. 1

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Mais n'y a-t-il pas révélation implicite virtuelle? En d'autres t e r m e s , est-il possible de p r o u v e r , en p a r t a n t de l'Immaculée Conception, vérité révélée, et à l'aide d'une proposition métaphysiquem e n t ou physiquement c e r t a i n e , que l a glorification corporelle de Notre-Dame découle nécessairement du privilège dont fut favorisée 1. Scss. V, 5. 2. Rom., M , 33, 34.


CARACTERE DOCTRINAL DE L'ASSOMPTION.

sa conception? Nous n'oserions pas l'affirmer; car, d ' u n côté, la grâce sanctifiante, on l'a vu, n e confère point u n droit strict à l'incorruptibilité, et rien ne nous prouve positivement que Dieu l'ait unie ii la sainteté, d o n t il o r n a l'âme d e l ' i n c o m p a r a b l e Vierge dès le p r e m i e r m o m e n t de son existence. Par ailleurs, l'exemption d u péché originel n e donne pas u n e certitude absolue, dans laquelle l'esprit se repose complètement. Sans doute, la faute d'Adam est b i e n l a cause de la mort, saint Paul - l'affirme à plusieurs r e p r i s e s ; et en cela s'exécute l a menace faite p a r Dieu à Adam : « Le .jour où tu e n m a n g e r a s , t u m o u r r a s certainement, — In guoeumque enim die comederis ex co, morte morieris-. » Parce q u e l ' h o m m e n ' a p o i n t observé le c o m m a n dement du Seigneur, son corps est soumis à la dissolution du t o m beau : « Tu es poussière, et t u r e t o u r n e r a s en p o u s s i è r e , — Pulcis es et in pulverem revertcris' . » Les lois n a t u r e l l e s , suspendues p a r l a bonté de Dieu, r e p r e n n e n t leur cours. Le d o n p r é t c r n a t u r c l est. enlevé à Adam p é c h e u r et à toute sa r a c e . Notre-Dame ellem ê m e , p o u r d'autres motifs, ne f a pas eu, p u i s q u ' e l l e est m o r t e ; il n'était donc pas i n s é p a r a b l e de son I m m a c u l é e Conception. Mais devait-elle, d u m o i n s , parce q u e exempte de la faute originelle, revenir â la vie et j o u i r d u b o n h e u r céleste, en corps et en â m e , a v a n t m ê m e la résurrection générale? 1

A

Il faut distinguer ici les deux suites de la m o r t , qui sont la putréfaction et la p e r m a n e n c e de la séparation de l a m e e t d u corps. A n e considérer q u e ce côté négatif de l'absence d u p é ché originel, il est très p r o b a b l e , d'après le texte de la Genèse, qu'on doive a p p l i q u e r à Notre-Dame i m m a c u l é e dans sa conception, la contradictoire : « In pulverem non reverteris, — T u n e r e tourneras p a s en poussière » ; ce qui, i n d é p e n d a m m e n t des a u t r e s motifs, la préserve d e l a corruption d u t o m b e a u . Quant â la d u r é e de la m o r t , aucune p a r o l e explicite d u récit de la chute d'Adam * ne donne lieu de formuler u n e contradictoire e n faveur de la r é 1. « Per peccatum m o r s — Stipendia pcccali, mors — Corpus quidem morluurn es! proplcr peccatum. » Rom., v, 12: vi. 2 3 ; v m 10. — « Per Jiominem mors. » I Cor., xv, 21. 2. Gcn., il, 17. 3. Jôtd., m, 19. 7

L\

DOCTRINE DE L'ASSQMPTION.

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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

surrection anticipée de la Sainte Vierge ; on ne peut pas dire : « Non morte morieria, — Tu ne m o u r r a s pas » ; ce serait en opposition avec la réalité et avec la croyance de l'Église. La condamnation portée contre le p r e m i e r h o m m e c o m p r e n d à la fois, et la m o r t ellemême et la p e r m a n e n c e de l'état qu'elle cause, jusqu'au j o u r de la résurrection g é n é r a l e . Or, p o u r des raisons de sublime convenance, Marie avait renoncé au privilège qui l'exemptait de la mort, ttien ne prouve, explicitement, qu'elle n ' a u r a i t p u renoncer aussi, p o u r des motifs n o n moins élevés, à celui qui l'exemptait de la longue séparation de l'âme et d u corps. Elle a u r a i t p u l'accepter sans q u e cette conduite portât atteinte à l'Immaculée Conception ou à ses conséquences, puisque l a m o r t elle-même n e les contredisait p a s . Et de m ê m e que la m o r t de la Sainte Vierge a un tout a u t r e caractère q u e celle des autres h u m a i n s , Dieu a u r a i t p u , en n e r é u n i s sant pas le corps de Marie à son â m e , le conserver plus parfaitement encore qu'il n e Ta fait p o u r les corps de plusieurs saints, et faire éclater à son occasion des miracles de sa puissance, que nous ne soupçonnons p a s . C'aurait été encore u n e victoire sur la mort, moins complète sans doute q u e la résurrection, m a i s p o u r t a n t réelle. Il parait donc impossible de conclure à la nécessité de la glorification totale de Marie a v a n t le temps fixé p o u r tous les élus, si l'on procède à u n e analyse rigoureuse d u privilège de l'Immaculée Conception. D'ailleurs, la conséquence r é s u l t a n t des seuls textes qui r a p p o r tent l a condamnation de l ' h o m m e aux misères, suites de son péché, m o n t r e l'inconvénient qu'il y a à être obligé de r a i s o n n e r par analogie et avec des termes q u i n ' o n t pas u n sens c o m p l è t e ment identique pour Notre-Dame et p o u r nos p r e m i e r s p a r e n t s ; car la m o r t de Marie, soit dans ses causes, soit d a n s le fait l u i m ô m e , diffère totalement de celle de l ' h o m m e p r é v a r i c a t e u r . Encore une fois, la sainte Vierge appartient à u n ordre spécial, u n i q u e dans le monde s u r n a t u r e l , où l ' h o m m e n e peut, souvent, introduire ses méthodes de r a i s o n n e m e n t p a r déductions r i g o u reuses; c'est le terrain de la souveraine libéralité et d e la t o u t e puissante liberté de Dieu ; nous n'avons là qu'à a d m i r e r et à prouver la convenance des actions divines. Ainsi, en p a r t a n t de ce


CARACTÈRE DOCTRINAL DE L'ASSOMPTION-

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principe incontestable q u e le Seigneur a accorde à Marie des p r i vilèges plus n o m b r e u x et plus élevés q u ' à nos p r e m i e r s p a r e n t s dans l'état de justice originelle, on aurait d u conclure que l a sainte Vierge n e devait expérimenter a u c u n e souffrance, encore moins l a m o r t . Et cependant, elle a souffert, elle est morte, c o m m e son Divin Fils l u i - m ê m e a souffert et est m o r t , m a l g r é sa dignité infinie et quoiqu'il eut p u r a c h e t e r le monde p a r d'autres moyens. Donc, c o m m e n o u s ne connaissons pas toutes les ressources de la sagesse et de la puissance divines, nous n e p o u v o n s pas conclure des données positives c o n c e r n a n t le p é c h é originel, que Dieu n'avait pas d ' a u t r e m o y e n que l'Assomption, p o u r s a u v e g a r d e r , après la m o r t de Marie, le privilège de son I m m a c u l é e Conception, ou q u ' i l ne pouvait se proposer u n b u t , p o u r l'obtention duquel l'Assomption a u r a i t été exclue, avec raison, il faut le dire, a priori; ce qui n o u s p a r a î t convenable p e u t n e pas toujours être le plus convenable aux yeux d u Seigneur. P a r suite, il semble i m p o s sible d'affirmer que l'exemplion du péché originel entraîne nécessairement p o u r la sainte Vierge, la résurrection anticipée, et qu'il y ait eu, m ê m e d e ce côté, révélation implicite virtuelle. D'ailleurs existerait-elle, la possibilité de la définition d o g m a t i q u e ne serait pas, p o u r cela, démontrée, parce que, d'après une opinion très fondée en théologie, à notre avis la plus p r o b a b l e , les vérités contenues virtuellement dans une p r o p o s i t i o n révélée ne sont point objet matériel de l a l o i ; car n o u s les croyons non pas u n i quement à cause de l'autorité de Dieu qui p a r l e , mais aussi à cause de la vérité de la proposition n o n révélée, à l'aide de laquelle nous formons notre r a i s o n n e m e n t . Pejorem sequitur semper conclusio parlem. Il n'est pas besoin, c o m m e n o u s venons de le faire p o u r l ' I m m a culée Conception, de s o u m e t t r e à un examen minutieux les a u t r e s prérogatives de Notre-Dame, p a r exemple sa m a t e r n i t é divine et son ineffable virginité, afin de rechercher si l e u r concept renferme celui d'Assomption; ou si ce d e r n i e r en dérive c o m m e une conséquence nécessaire. Devenir m è r e d ' u n Fils q u i est Dieu, c'est-à-dire lui d o n n e r m i r a c u l e u s e m e n t , en qualité de vraie m è r e , ce q u i constitue l'un des deux éléments de la n a t u r e h u m a i n e , n'exige


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

pas autre chose qu'être femme, de la p a r t de Notre-Dame, et n'éveille point d a n s l'esprit l'idée d'incorruptibilité et de r é s u r r e c tion. De m ê m e , être p u r e au delà de toute expression, être vierge dans l'enfantement et p l u s vierge encore, si l'on pouvait ainsi p a r l e r , après ce divin enfantement, cela n e d e m a n d e n i l'exemption de la m o r t , n i l'admission anticipée à la vie glorieuse, mais seulement l'intégrité parfaite de corps et d'esprit. Et de ces deux qualités de Mère de Dieu et de Vierge sans t a c h e , il n e suit point nécessair e m e n t q u e Notre-Dame soit immortelle ou qu'elle doive ressusciter, mais b i e n qu'elle soit placée d a n s u n e relation spéciale avec le Seigneur, et qu'elle réunisse en elle-même tout l'idéal de la p u r e t é convenant à son caractère. D'après ce qui vient d'être dit, en r i g u e u r de logique, l'Assomption n ' a p a s été révélée de révélation implicite formelle. Nous laissons de côté l a révélation implicite virtuelle, dont l'objet ne se r a p p o r t e pas, du moins d'une façon certaine, à la foi divine.


CHAPITRE 111

LA CROYANCE DE L'ÉGLISE A LA DOCTAJME L'ASSOMPTION.

La croyance de l'Église se reconnaît à son enseignement et à l'adhésion q u e lui donnent l'ensemble de ses fidèles. Or, elle d i s tribue son enseignement, de la m a n i è r e o r d i n a i r e , p a r le t r i p l e moyen de l a prédication, de la liturgie, des œ u v r e s des docteurs, Pères de l'Église ou simples théologiens, témoins d e sa pensée ou travaillant p a r m a n d a t r e ç u d'elle ou sous sa surveillance. % I. — L a p r é d i c a t i o n o r d i n a i r e d e l ' É g l i s e e t l a p e r s u a s i o n d e s f i d è l e s .

Le Saint-Esprit Ta p r o c l a m é p a r la b o u c h e d e saint P a u l : l'Église est l a colonne et l'appui solide de l a v é r i t é . Son pouvoir doctrinal ne yicillit p a s et n e se d é v e l o p p e p a s ; il était, en t a n t q u e pouvoir, au l e n d e m a i n de l'Ascension du Seigneur, ce qu'il est a u j o u r d ' h u i — nous ne parlons p a s des prérogatives spéciales de l'apostolat — et il est a u j o u r d ' h u i ce qu'il sera j u s q u ' à la fin des temps, n i plus, ni moins. Et d a n s l'exercice de ce p o u v o i r , de ce m a g i s t è r e , comme dit la théologie, n o n seulement elle n ' e r r e pas de fait, m a i s elle ne p e u t pas errer, à cause de l'assistance que Dieu lui a p r o mise : « Allez donc, enseignez toutes les n a t i o n s , . . . leur a p p r e n a n t à g a r d e r tout ce que j e vous ai c o m m a n d é ; voici q u e j e suis avec vous j u s q u ' à l a fin d u m o n d e ; — Euntes ergo, docete omnes génies,... docentes nos servare omnia qumeumque mandavi vobis, et ecce ego vobiscum swn omnibus die bus usque ad consummationem sœculï . C'est l'infaillibilité absolue, l'impossibilité de se t r o m p e r assurée à l'Église p a r l'assistance efficace et indéfectible d u S e i g n e u r , en 1

1

1. « EccLesia Dci vivi, columna et firmamenlum verilatis. » 1 Tim.

}

2.

S . M À T T I I . , XXVIII, 19,

20.

m , 15.


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

vertu même de la promesse divine, toutes les fois qu'elle p a r l e pour proposer à la croyance des p e u p l e s la révélation faite j a d i s et confiée ù. sa g a r d e , p o u r en d é t e r m i n e r le véritable sens, p o u r la défendre soit en elle-même, soit d a n s les vérités qui en découlent ou qui s'y rattachent. Dieu ne p o u v a i t exposer à la perte ou à l'altération le dépôt de ses p r o p r e s enseignements, et c'est p o u r q u o i le Christ a institué u n e h i é r a r c h i e enseignante, qui g a r d e et explique infailliblement la révélation. En u n sens très vrai, mais avec des différences m a r q u é e s , d o n t ce n'est point ici le lieu de p a r l e r , le p o u v o i r doctrinal d e l'Église remplace la mission e x t r a o r d i n a i r e dès P r o p h è t e s de l ' a n c i e n n e L o i ; dans l'un et l ' a u t r e cas, c'est Dieu q u i , p a r un i n t e r m é diaire h u m a i n , veille à l'intégrité d e l a doctrine r é v é l é e . Il n ' y a donc pas lieu de se d e m a n d e r , c o m m e p o u r un e n s e i g n e m e n t q u i n ' a point r e ç u cette g a r a n t i e d i v i n e , si toutes les règles ont été observées, s'il n e s'égare pas en d e h o r s de son objet et s'il l e c o n naît suffisamment; dès lors q u e l'Église p a r l e , sa doctrine doit ê t r e tenue pour certaine. Mais q u a n d p a r l e - t - e l l e c o m m e g a r d i e n n e et interprète de l a révélation? 1

La question appelle une double r é p o n s e ; car il faut d é t e r m i n e r l'objet de l'infaillibilité, la m a t i è r e d e cet e n s e i g n e m e n t c e r t a i n , et indiquer d'une manière concrète le sujet de l'infaillibilité, d i r e quelle autorité, dans l'Église, possède ce privilège et en quelles circonstances elle en jouit. En p r e m i e r lieu, le pouvoir doctrinal de l'Église s'exerce à l ' e n droit des vérités révélées, ou mieux de toute doctrine concernant la foi et les m œ u r s , et c o n t e n u e , soit explicitement soit i m plicitement, mais formellement, d a n s le d é p ô t de l a r é v é l a t i o n . La raison en est évidente, puisque Dieu a confié à l'Église u n e mission d'enseignement p o u r exposer et g a r d e r sa p r o p r e p a r o l e . Ensuite, il y a des doctrines, qui sans faire p a r t i e d u dépôt révélé, ont cependant u n lien nécessaire a v e c le d o g m e , p a r c e qu'elles sont indispensables p o u r proposer et expliquer c o n v e n a b l e m e n t l a révélation p r o p r e m e n t dite, p o u r la conserver i n t é g r a l e m e n t et l a 1. D'après quelques théologiens, la Synagogue aurait eu le privilège de l'infaillibilité. La question est en dehors de noire sujet.


LA CROYANCE DE L'ÉGLISE A LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

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défendre efficacement. Elles aussi r e n t r e n t dans le domaine d u m a g i s t è r e de l'Église, qui les enseigne en vertu de l'autorité q u e lui a conférée Notre-Scigncur; elles forment ce que Ton a p p e l l e l'objet indirect et secondaire de l'infaillibilité, ou encore le d é p ô t de la foi, a u sens l a r g e . Le schéma de la constitution d o g m a t i q u e De ecclesia Christi, a u concile du Vatican, le disait fort clairement : Nous enseignons q u e l'objet de l'infaillibilité s'étend aussi loin q u e le dépôt de la foi, et a u l a n t q u e le d e m a n d e le devoir de le c o n server intact. Aussi l'infaillibilité dont j o u i t l'Église du Christ comprend, dans son d o m a i n e , toute la parole de Dieu révélée, et tout ce qui, sans être révélé en soi, est c e p e n d a n t nécessaire p o u r conserver la révélation, p o u r la proposer et l'expliquer d'une manière certaine et définitive, pour l'affirmer et l a défendre efficacement contre les e r r e u r s h u m a i n e s et les contradictions de l a fausse science : Objectum infallibilitatis tantum patere docemus, quantum fideipatet depositum, et ejus ctistodiendi officiumpostidat ; adeoque praeroyativam infallibilitatis qua Christi Ecclesia poliet, ambitu suo complecti tum universum Dei verbum revelatum, tum ejusmodi id omne quod, licet in se revelatum non sit, est tamen sine quo illud tuto conservari, certo ac définitive ad credendum praponi et explicariy oui contra ewores hominum ac falsi nominis scientiae uppositiones valide asseri defendique non possit . De là vient que l'Église j u g e , sans e r r e u r possible, dans les q u e s tions q u i r e g a r d e n t les textes et les faits d o g m a t i q u e s , la c a n o n i sation des saints, et l a discipline g é n é r a l e , à laquelle se r a t t a c h e n t la liturgie et l'administration des sacrements. l

Quant au sujet de l'infaillibilité, c'est-à-dire à celui ou à ceux que Notre-Seigneur a établis docteurs des p e u p l e s , il est d o u b l e : le Souverain Pontife, chef visible de l'Église, et le corps des évoques en u n i o n avec le P a p e , qu'ils soient dispersés p a r le m o n d e ou réunis en concile œ c u m é n i q u e . La constitution Pastor aeternus du concile d u Vatican i n d i q u e cette division et les r a p p o r t s des deux sujets, p a r ces paroles Le Pontife r o m a i n (premier sujet) jouit de l'infaillibilité, d o n t le divin R é d e m p t e u r a voulu q u e son Église [deuxième sujet) fût m u n i e , q u a n d il s'agit de définir u n e 1.

MARTIN.

Çoncilii

Yaticani

documentorum

colleclio,

p. 38.


"2

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

doctrine concernant la foi ou les m œ u r s . Romanum pontificem{$vtmier sujet)... ea infallibilitate pollere, qua divinus Redemptor Ecclesiam suam (autre sujet) in definienda doclrina de fi.de vel moribus instrtictam esse volait . Il s'agit é v i d e m m e n t ici de tout le corps enseignant, m a t é r i e l l e m e n t distinct d u Souverain Pontife en tant que p e r s o n n e s , mais toujours m o r a l e m e n t uni à lui dans l'exercice d u pouvoir doctrinal. {

Quelques théologiens préfèrent d i r e qu'il y a dans l'Église un seul sujet de l'infaillibilité, le P a p e , q u i i n d i r e c t e m e n t c o m m u n i que à Tépiscopat entier ce p r i v i l è g e , en ce sens q u e les évêques réunis ou dispersés ne sont pas infaillibles sans l'union morale avec le Souverain Pontife, d'où l e u r vient, p a r participation, l'assistance spéciale d u Saint-Esprit. Il n o u s p a r a i t plus rationnel d ' a c cepter la distinction exposée plus h a u t ; elle s'accorde mieux avec la diversité des actes du p o u v o i r enseignant, q u i é m a n e n t , les u n s , d u Pape seul, docteur universel et j u g e s o u v e r a i n , — les autres, de tous les m e m b r e s de l'Église enseignante : le Pape et les évêques ensemble. Si m a i n t e n a n t on d e m a n d e en quelles circonstances précises le Souverain Pontife et le corps épiscopal sont infaillibles, il faut répondre qu'ils le sont toutes les fois qu'ils p r o p o s e n t , expliquent ou défendent la doctrine s u r n a t u r e l l e , en v e r t u de l'autorité d o c trinale, p r o p r e à l e u r c a r a c t è r e . Il n ' y a donc que deux choses à considérer : l'objet de l e u r e n s e i g n e m e n t , et le titre sous lequel ils se présentent ; le p r e m i e r est facile à r e c o n n a î t r e , et le second également, pourvu que Ton n ' i g n o r e pas les diverses m a n i è r e s dont s'exprime l'Église. Le Pape est infaillible q u a n d il p a r l e à t o u t e l'Église comme Docteur, Juge et chef universel ; les évoques ont le même privilège, nous venons de le voir, en tant q u e formant u n seul corps enseignant uni au S o u v e r a i n Pontife. Le Pape et les évêques sont infaillibles, q u a n d ils s e r v e n t d o r g a n e s a u m a g i s t è r e ordinaire de l'Église, soit p a r e u x - m ê m e s , soit p a r l'accord u n a n i m e et constant des théologiens, auxquels ils d o n n e n t la mission ou la permission d'enseigner, sous l a s u r v e i l l a n c e des p a s t e u r s . T

1. ilAUTIN, l. C , p .

20.


LA CROYANCE DE L'EGLISE A LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

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L'Église, il est à peine besoin de le faire r e m a r q u e r , a toujours eu, et a u r a toujours le privilège de l'infaillibilité, parce q u ' à toutes les époques, elle a l a mênxe autorité et jouit de la m ô m e assistance divine. Si donc elle p r ê c h e u n e vérité u n e seule fois, cette vérité est a b s o l u m e n t et à j a m a i s c e r t a i n e ; et l'Église l'a toujours c r u e , au moins implicitement. Ici, il n'est p a s nécessaire d'interroger la tradition a n t é r i e u r e , de rechercher avec labeur la croyance des p r e m i e r s c h r é t i e n s ; il suffit de constater le sentiment actuel d e l'Église et d'écouter l'enseignement contemporain, a u t h e n tique et officiel. 11 suit de là q u e le catholique doit, d'obligation g r a v e , accepter toute doctrine spéculative ou m o r a l e , proposée p a r l'autorité de l'Église, quelle q u e soit la forme d e son e n s e i g n e m e n t : p a r voie directe, comme d a n s les définitions d o g m a t i q u e s , les j u g e m e n t s doctrinaux, les encycliques pontificales, les décisions des conciles œcuméniques et l a prédication des p a s t e u r s ; — ou p a r voie i n d i recte, comme dans les sentences et c o n d a m n a t i o n s d o g m a t i q u e s , la discipline et la l i t u r g i e ; — voir m ê m e d ' u n e m a n i è r e tacite, p a r le fait qu'elle nous p r é s e n t e ou nous a p r é s e n t é d'autres vérités d'une façon expresse, ou p a r c e qu'elle n o u s i n d i q u e divers m o n u ments comme règle de notre croyance e t n o u s p e r m e t de les r e g a r d e r c o m m e l'expression de sa p e n s é e ; en un m o t , p a r toute manifestation d e son m a g i s t è r e o r d i n a i r e , d'après la m é m o r a b l e lettre de Pie IX à l ' a r c h e v ê q u e de Munich : Sapientibus catholicis haud salis esse, ul prmfata Ecclesiie dogmata recipianl ac vencrenlur, verum etiam opns esse, ut se subjicianl tum decisionibits, qu<v. ad doclrinam pertinentes a Ponlificiis congregationïbus proferuntur, tum ifs doctrine capitibus, quœ communi et conslanii Catholicorum consensu relinentur ut theologicie veritates et conclusiones ita certie, ut opiniones eisdem doctrine capitibus adverse, quamquam haereticœ dici nequeant, lamen aliam Iheologicam mereantur censuram. Les savants catholiques n e doivent pas seulement recevoir et respecter les d o g m e s d e l'Église, m a i s il faut aussi qu'ils acceptent les décisions a y a n t trait à la doctrine, q u i émanent des congrégations pontificales, et aussi les points de d o c trine que le consentement g é n é r a l et constant des catholiques


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- r e g a r d e comme des vérités théologiques et des conclusions tellem e n t certaines que les opinions contraires, sans être hérétiques, doivent cependant recevoir une censure en théologie. Jusqu'ici nous avons parlé de l'infaillibilité active, p r o p r e au pouvoir enseignant et qui nous g a r a n t i t la certitude absolue de toute doctrine catholique. Il y en a u n e autre que l'on appelle passive et qui réside dans l'Église enseignée. Elle d é p e n d de la p r e mière et coexiste, avec elle, à toutes les époques d u christianisme. En d'autres termes, à r e n s e i g n e m e n t infaillible de l'autorité correspond, de la p a r t des chrétiens, u n e a d h é s i o n à des vérités absolument certaines; c'est u n e relation d'effet à cause. Lorsque Ton constate l'cfTet, le sentiment u n a n i m e des fidèles, il faut le t e n i r pour v r a i , en vertu m ê m e des promesses de Notre-Scigneur, et en déduire l'existence de la cause; car Dieu n e p e r m e t t r a j a m a i s que les pasteurs enseignent, ni, p a r conséquent, que les fidèles acceptent une doctrine contraire à la révélation. Et, notons-le encore une fois, le témoignage de l'Église enseignée, comme la parole de l'Église enseignante, a la m ô m e valeur dans tous les âges, p a r c e qu'il a la m ê m e g a r a n t i e j u s q u ' à la consommation des siècles. D'après les principes que nous venons de r a p p e l e r , deux q u e s tions se présentent m a i n t e n a n t p o u r le sujet qui nous occupe : La croyance à l'Assomption de la sainte Vierge, qui, nous l'avons vu, est u n objet doctrinal, e s t - e l l e enseignée a u t h e n t i q u e m e n t dans l'Église? Ou m ê m e simplement est-elle reçue u n i v e r s e l l e m e n t dans l'Église? Dans l'affirmative de l ' u n e ou de l'autre, cette croyance s'impose à tous les fidèles, et la rejeter sciemment serait commettre une faute g r a v e . La persuasion des fidèles, étant l'écho de la parole de l'autorité doctrinale, nous manifeste, à coup siir, l'enseignement d o n n é p a r les p a s t e u r s . Le privilège de l a résurrection accordé à Marie, la présence de l a Vierge en corps et en â m e au ciel, n e fait aucun doute pour tous les catholiques dignes de ce n o m . Les fidèles y croient sans conteste; à l e u r s yeux, l a question n e se pose m ê m e p a s , et qui oserait élever des doutes à ce sujet causerait le plus g r a n d scandale et soulèverait les p l u s vives protestations. Cette croyance générale d u peuple chrétien est l'évidence m ê m e ; p o u r


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s'en r e n d r e compte, il suffit d'écouter, de recueillir des lèvres du plus h u m b l e fidèle le t é m o i g n a g e de sa foi au sujet d u glorieux mystère, qui complète si bien le n o m b r e des prérogatives de NotreDame. Et si Ton veut des preuves écrites, les ouvrages p u b l i é s môme par des laïques les fournissent abondantes et indiscutables; il serait aussi difficile q u e périlleux de vouloir é n u m é r e r , et s u r tout r e p r o d u i r e tous les passages des œuvres dues à la plume des catholiques, q u i a1 testent l e u r croyance à l'Assomption. On p e u t l'affirmer sans crainte, il y a, s u r ce point, unanimité de sentiment dans l'Église e n s e i g n é e ; et à cause de l'infaillibilité passive, qui préserve d ' e r r e u r le corps des fidèles, ce sentiment est certain en vertu m ê m e de la promesse d u S e i g n e u r ; s'en écarter serait r o m p r e avec l ' u n i t é d o c t r i n a l e . De p l u s , comme, d a n s ce q u i r e g a r d e les intérêts g é n é r a u x des fidèles, le pouvoir j o u i t d ' u n e assistance particulière et à j a m a i s indéfectible de l'Esprit-Saint, il n e peut se faire q u ' i l les induise en e r r e u r , ou m ê m e qu'il laisse subsister chez eux une e r r e u r universellement r é p a n d u e . Si cela arrivait, on ne p o u r r a i t le r e p r o c h e r aux simples chrétiens, niais à l'Église enseignante, qui a u r a i t été p o u r eux, sinon la cause, au moins l a complice de l e u r é g a r e m e n t ; la faute en rejaillirait jusqu!à Notrc-Seigneur l u i - m ê m e , chef sacré et infaillible de son corps m y s t i q u e . 1

Déjà on est en droit de conclure q u e l'Église enseignante p r o fesse la doctrine de l'Assomption; car les fidèles n e font que t r a duire l ' e n s e i g n e m e n t des p a s t e u r s . Mais n e connaît-on pas d ' u n e manière précise la règle doctrinale e l l e - m ê m e q u i appuie la croyance du p e u p l e c h r é t i e n ? N'y a-t-il pas une proposition a u thentique d e cette d o c t r i n e , faite p a r l'Église sous une forme obligatoire? Oui, et cela de trois, manières : p a r l a prédication, c'est-à-dire, p a r la tradition orale vivante, — p a r la liturgie, — et par l'enseignement des Pères et des théologiens. Autrement dit, 1. « Oum in îis quae ad commune regimen (idelium spectanl, peculiarem haheat (fîcclesia) nec unquain deficienluin S p i n lu s San cl i assislentiam, mmquam evenire potcsl, ut nos inducat in errorciii, aul palialur aliquem errorem universim eorum animis insidere. Si enim alterulrum eveniret, non jam in vitio vertcrelur iidelibus, sed Ecclesia ipsa culpae foret obnoxia; quae nîmium illis errandi causa, vcl saltein. occasio extitisset. » J. G A U D I K , Assiunplio Marix Virginis vindicata. PaTisiis, 1Ô70, p. 31.


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l'Église, p a r son magistère ordinaire, exercé soit explicitement, soit implicitement, soit môme tacitement, professe la croyance à l'assomption de la sainte V i e r g e ; et si elle la professe, elle le fait donc infailliblement, et personne n e p e u t contredire sa p a r o l e . Il n'existe aucun j u g e m e n t solennel, aucune définition d o g m a t i q u e , aucune décision d u pouvoir enseignant d u Souverain Pontife ou d'un concile œ c u m é n i q u e , qui n o u s intime la croyance à l'Assomption. Toutefois l'Église n e laisse pas de l'enseigner d'une manière explicite dans la prédication o r d i n a i r e des pasteurs, dont il est facile de constater le t é m o i g n a g e u n a n i m e c h a q u e année à la fête du 15 août. Que les évoques p r ê c h e n t eux-mêmes ou qu'ils se choisissent des r e p r é s e n t a n t s p o u r cette fonction, il n ' i m p o r t e ; car les ministres inférieurs recevant u n e p a r t de l'autorité doctrinale n e sont q u e des i n s t r u m e n t s du corps épiscopal et enseignent au nom et en la place des évoques. Or, qui n e le sait? les orateurs sacrés célèbrent a n n u e l l e m e n t dans leurs discours le triomphe céleste de la Vierge, en font voir les sublimes convenances et c h e r c h e n t à nous en expliquer toute l'étendue. Si Marie n'était pas présente au ciel en corps et en â m e , l'Église ne nous enseignerait p a s l'existence de ce p r i v i l è g e , par u n des plus importants organes de son magistère o r d i n a i r e ; elle ne tolérerait pas, dans la chaire de vérité, sous l a p l u m e ou d a n s la b o u c h e de ses auxiliaires, m ê m e des laïques, u n e affirmation redite p a r t o u t et répétée u n a n i m e m e n t depuis t a n t de siècles et qui serait u n e erreur. Car l'Église, dit saint Augustin, n ' a p p r o u v e , ne laisse p a s s e r , et ne fait rien de ce qui est contre l a foi ou les bonnes m œ u r s . Quœ sunt contra /idem vel bonam vitam non approbat, nec tacet, nec facit Ecclesia . {

II L'enseignement de la liturgie. Cette voie directe de la prédication n'est pas la seule p a r laquelle l'Église enseigne à ses fidèles l a doctrine de l'Assomption, c'est-à-dire de la résurrection et de la vie glorieuse du corps de la Vierge, réuni à sa très sainte ûme. La li1. Epist. LV ad Januarium,

c. x i \ . P. L., t. XXXIII, c. 221, 222.


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turgic nous offre un t é m o i g n a g e a u t h e n t i q u e de sa croyance à l'auguste prérogative de l a Mère de Oicu ; et personne ne p e u t contester la valeur de cet enseigneûient implicite, qui a force de loi pour tous les chrétiens, d'après l'adage reçu en théologie : Leyem credendi lex slatuit supplicandi. L'Église n e saurait i n t r o d u i r e clans sa prière solennelle rien qui ne soit conforme à la règle de la foi et des m œ u r s , ni établir s u r l'erreur le culte p u r et saint qu'elle r e n d à Dieu; là, comme toujours, sa conduite m o n t r e la vérité, p a r une proposition expresse ou p a r supposition, puisque, selon la parole de saint Thomas, l'honneur r e n d u aux saints est u n e véritable profession de f o i ; elle n e peut pas plus se t r o m p e r lorsqu'elle croit à u n e doctrine que lorsqu'elle l'enseigne formellement. « Dans le corps mystique d e Jésus-Christ, la doctrine et la foi se g a r d e n t , grâce à la morale, à Ja discipline et au culte, sans lesquels les enseignements révélés cesseraient vite d'être prêches, crus et respectés; et r é c i p r o q u e m e n t la morale, la discipline et le culte ont, p o u r p r e m i è r e règle, l a doctrine révélée. Aussi a u c u n de ces organismes ne peut-il être en souffrance, sans que tous les autres en subissent le contre-coup; et pour s a u v e g a r d e r l'infaillibilité du magistère apostolique, il faut que l'assistance du Saint-Esprit s élende à la législation ecclésiatique. En conséquence, la d o c t r i n e c h r é t i e n n e se manifeste p a r la discipline et la liturgie, en m ê m e t e m p s que p a r les enseignements exprès de l ' É g l i s e . » 1

2

On comprend b i e n que cette infaillibilité qui s'exerce p a r le moyen de la liturgie, a seulement j>our objet l a d o c t r i n e et la m o rale, à l'exclusion des faits p u r e m e n t historiques, qui n'ont pas de connexion avec la foi et la p r a t i q u e de l a vie c h r é t i e n n e . Aussi l'Église a-t-elle corrigé quelquefois clans les leçons de ses oflices, des détails b i o g r a p h i q u e s reconnus inexacts, sans c o n t r e d i r e à sa p r é rogative de l'infaillibilité. Elle r a p p o r t a i t ces divers points, n o n en vertu d e son autorité p r o p r e , m a i s sur des t é m o i g n a g e s qu'elle avait crus suffisants et qui, en réalité, n e l'étaient p a s . Mais ce 1. <. Honor quem sanclise\hil>emus quœdam iidei prolessio est. » Quodlib. IX, art. 167. 1. V A C A N T , Etudes (héologiques sur les constitutions du concile du Vatican, t. I I . p. m 10. t


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qu'elle ne sera j a m a i s conduite à s u p p r i m e r p a r m a n q u e de fondement fóci, ce sont les solennités destinées à h o n o r e r les saints et les bienheureux, parce qu'elle n e peut se t r o m p e r sur leur présence au ciel; a u t r e m e n t , le d o g m e de l'invocation des saints resterait lettre morte, si les fidèles ne recevaient pas de l'Eglise l'assurance parfaite de pouvoir r e n d r e leurs h o m m a g e s à tel ou tel h a b i t a n t du paradis . [

Or, l'Église célèbre, à la date du 15 a o û t , la fête de l'Assomption, p a r laquelle elle e n t e n d h o n o r e r l'entrée t r i o m p h a n t e et la présence au ciel, en corps et en ilme, de la Vierge ressuscitée. Car tel est bien le sens actuel des louanges qu'elle adresse ù. Notre-Dame, en ce j o u r et d u r a n t l'octave; le texte des lectures à l'office et le nom d'Assomption le m o n t r e n t suffisamment. Benoît XIV présente ainsi cette double preuve : « Si l'Église n e c é l è b r e pas seulement l'Assomption de la sainte Vierge a u ciel, le 15 août et les j o u r s suivants, mais si elle fait lire aux fidèles les homélies de saint Jean Damascène et de saint Bernard, on ne peut m e t t r e en doute son autorité et son enseignement ; — Si Ecclesia non modo assumptam in codum Virginem celebrai die decima quinta Augusti et aliis sequentibus, sed etiam homilias sanctorum Damasceni et Bernardi legendas fidelibus tradii* quae corpore simili et anima assumptam diserlissimis verbis affirmant, de ejus auctoritale ac suffragio neutiquam dubitandum esse videlur . » 2

En cllet, nous lisons, au deuxième n o c t u r n e du j o u r m ê m e de la fête, la deuxième homélie de saint Jean Damascène s u r la d o r m i tion de Marie, où se trouve cette affirmation expresse du privilège de Notre-Dame : « Aujourd'hui, l'Arche sainte du Dieu vivant, qui a reçu dans son sein son Créateur, est placée dans le temple du Seigneur, que la m a i n de l ' h o m m e n ' a p o i n t é l e v é . . . Comment la m o r t engloutirait-elle cette b i e n h e u r e u s e Vierge? Comment les enfers pourraient-ils devenir sa d e m e u r e ? Comment la corruption envahirait-elle ce corps, où la vie m ê m e a été r e ç u e ? » 3

Et, au cinquième j o u r dans l'Octave, l'office renferme ces paroles 1. BENIÌDICTUS XIV, De canonizatione sanctorum, 1. 1, c. xu : « De potestatc canonizandi. )> 2. Iblei,, 1. I, c. XLIII. 3. Leçons du deuxième nocturne de l'Assomption. S. JOAIW D V U A S C , Ilom. Il in


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de saint Bernard, qui n ' a u r a i e n t pas de sens, si la Mère de Dieu avilit eu u subir la corruption d u t o m b e a u ou â attendre la r é s u r rection g é n é r a l e : « Qu'ils étaient" doux les baisers q u e la Mère imprimait sur les lèvres de son Enfant, lorsque, sur son sein virginal, Marie lui souriait! Mais comment ne pas croire bien plus doux les baisers qu'elle reçut, en ce j o u r de bienheureuse r e n c o n t r e , de la bouche de Celui qui siège à la droite du Père, lorsqu'elle prit possession d u trône de g l o i r e ! » 1

Ц ne servirait à rien d'objecter que saint Jean Damascène et saint Bernax^d a d m e t t e n t , dans l e u r s sermons, des détails apocryphes ou impossibles à prouver, ou môme inexacts, que l'Église n ' e n t e n d aucunement sanctionner. Car, extrinsèques au d o u b l e fait de la résurrection de Notre-Dame et de sa présence en corps et en â m e au ciel, c'est-à-dire très distincts de ce q u e l'on p e u t a p p e l e r l a s u b stance de l'Assomption, et de plus, d é p o u r v u s de caractère d o g m a tique, ils r c n l r e n t dans l a catégorie des faits p u r e m e n t historiques, sur lesquels peut s'exercer la critique. Leur fausseté n ' e n t r a î n e r a i t donc pas celle de l'Assomption, autour de laquelle ils sont venus se grouper plus ou moins légitimement. Si, quelque j o u r , on lui en d é m o n t r e , sans r e t o u r possible, l'inexactitude, l'Église p o u r r a supprimer du corps de ses offices liturgiques, la m e n t i o n de ces détails légendaires, parce qu'ils n'ont pas de connexion nécessaire avec le d o g m e et la morale, et qu'ils relèvent u n i q u e m e n t de l'histoire. Mais il n'en est pas de môme de la résurrection de la sainte Vierge, qui constitue — nous l'avons vu — u n objet doctrinal, et se r a t t a c h a n t p a r des liens intimes et essentiels à plusieurs vérités de foi. Ceux qui n'y voient q u ' u n p r o b l è m e historique s'abusent, et, on est en droit de Faffirmcr, sur ce point leur théologie est en défaut; ils n e saisissent pas le vrai caractère de l'Assomption. dormit.

В. V. Marias,

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P. G., I. XCVl, C. 724-728 : Iví^spov vj Upa TE xal вририхо;, x i ê a u T î j ; TS-/VÍTT¡V /.uosopîiffaffa, ¿ v varí) Kupíov а:/Щйх\ьгру хатопсСф ó Q á v a T o ; ; т г ш ; ó а о т к sîffSsgeTOu; 7Ш; otasOopà т о й £шооо*хои

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1. Levons du premier nocturne da cinquième jour dans l'octave de l'Assomption. Sermo I de Assumptione, P . L. t. CLXXXïII, c. 4 1 6 : Felicia prorsns oscula lahiis hnpressa lactentis, cui virgíneo mater applaudebat in gremio. Verum numquid non feliciora ccnsehhnus, quae ab ore sedentis in dextera Palris bodie in beata saluLationc suscepit, cum ascenderet ad thronum gioriae. S. UEHÏUHD,

t


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Il faut se souvenir ici q u e , dans les q u e s t i o n s doctrinales, l'autorité dogmatique des m o n u m e n t s écrits de la t r a d i t i o n dépend surtout de l'usage q u ' e n fait l'Église. L e u r a u t h e n t i c i t é peut être douteuse ou n u l l e ; ils sont, m a l g r é cela, des témoins v é r i d i q u e s de la doctrine de l'Église, qui, p a r la place q u ' e l l e l e u r d o n n e d a n s sa liturgie ou ailleurs, atteste t r o u v e r en eux u n fidèle écho de sa pensée. Qu'on ne dise donc plus que saint J e a n Damascène et saint Bernard p a r l e n t d'après u n e l é g e n d e , d o n t on n e trouve pas de traces écrites dans les p r e m i e r s siècles du christianisme, ce serait confondre l a théologie avec l'histoire. Le concept que n o u s renfermons, sous le n o m d'Assomption, c'est-à-dire, la résurrection de Marie et sa présence en corps et en ûme au ciel, est u n e m a t i è r e d o c t r i n a l e , a b s o l u m e n t distincte des circonstances vraies ou fausses, que n o u s r a p p o r t e n t des ouvrages authentiques ou non, et plus ou moins anciens. Et puisque c'est u n e matière doctrinale, si l'Église nous enseigne à ce sujet, m ê m e implicitement, elle parle infailliblement, et personne ne p e u t faire dépendre son e n s e i g n e m e n t de l'authenticité plus ou moins p r o blématique de récits historiques. La question d u fait m ê m e de l'Assomption, au sens indiqué, la seule qui nous occupe, appartient, en premier lieu, à la théologie. L'Église enseigne la doctrine de la r é s u r r e c t i o n de la Très Sainte Vierge non seulement p a r les lectures de sa l i t u r g i e , mais encore p a r le nom m ê m e qu'elle donne à la fête d u 15 a o û t et qui doit nécessairement concorder avec le sens des p r i è r e s ecclésiastiques. En effet, les mots r e p r é s e n t e n t les choses p a r l'entremise de l'idée, et p a r là m ê m e ils n'ont de r a p p o r t avec la chose signifiée que dans la mesure où l'intelligence les a déjà conçus. Les mots représentent les idées, dit saint Thomas, et les idées r e p r é s e n t e n t les choses. El ainsi il est évident que les mots représentent les choses p a r le moyen de l'idée. Voccs surit signa intellectuum, et inlellectus sunt rerum similitudines. Et sic palet quod voces referuntur ad res significandas medianle conceptione inlellectus . L'idée de l'Assomption existait donc avant qu'on employai ce m o t pour l'exprimer. 1

1. I ]>., q. 13, a. 1, c.


LA CROYANCE DE L'EGLISE A LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

SI

C'est le n o m officiel, réservé à la seule solennité du glorieux triomphe de Marie. S'il n'indiquait r i e n de particulier p o u r NotreDame, s'il n'avait p a s , en quelque sorte, u n e aptitude nouvelle â signifier sa résurrection, on ne voit pas pourquoi l'Eglise ne le donnerait pas aux fêtes des autres saints, qui, eux aussi, jouissent, dans leur â m e , de la félicité céleste . Cette conduite a une raison d'être; elle est fondée sur In n a t u r e mémo du t e r m e d'Assumptio, qui était plus apte que tout a u t r e à exprimer et le privilège de Marie, sensible pour une p a r t , et sa différence d'avec l'Ascension de Notre-Seigneur. En effet, quoique le verbe assumere soit quelquefois employé pour signifier u n e opération de l'esprit, il désigne originairement une action matérielle qui implique le passage d ' u n lieu dans u n autre, sumere ad, L'Écriture le p r e n d le plus h a b i t u e l l e m e n t dans ce sens n a t u r e l , c o m m e on peut le voir dans les divers livres de l'Ancien et du Nouveau Testament; c'est le mot que l'Évangile emploie dans le récit de la tentation de Notre-Seigneur : A S S U M P S I T eum diabolus-, et qu'elle r é p è t e d a n s celui d e l'Ascension : Après leur avoir ainsi p a r l é , le Seigneur Jésus fut enlevé au Ciel. Dominas Jesus, postquam local us est eis, A S S U M P T U S est in cœhim. C'est également celui dont saint Pierro se sert, a p r è s saint Marc et avec Jésus saint Luc : Le Seigneur Jésus fut enlevé a u ciel. Dominas ...assumptus est. J u s q u ' a u j o u r où il fut enlevé au c i e l ...Ce Jésus qui, du milieu de vous, a été enlevé au ciel . . . J u s q u ' a u j o u r o ù il a été enlevé d u milieu de nous, — Usque in diem, qua... A S S U M P T U S est... Hic Jésus y qui A S S U M P T U S esta vobis in cœlum... Usque in diem qua A S S U M P T U S est a nobis ''. Les auteurs inspirés m o n t r a i e n t p a r là que l ' h u m a n i t é du Christ, p a r la v e r t u de la personne divine à la1

;j

1. « Neque est verjsimile, inlelligeredc assumplionesoliusanimac; turn quia assumptio iocalis proprie et in ri gore refertur ad corpus; turn quia eliam auimae aliorum sanctorum deferunlur in cœlum; et lamen Ecclesia nullius assumptionem confitetur, aul célébrai, sed solum transitum, migralioncm, aut natalcm diem. » SCÏAREZ, In I I I p . , q. 37, art. 4. disp. 21, sect. 2. — S. P E R R E L L A . Utrum B. Virgo non solum in anima, sed etiam in corpore evecta fuerit in cœlum. Ncapoli 1901, p. 47 et seq. 2. S . M A T T I Ï . , IV, 5, 3. S. M A R C , XVI,

8.

19.

4. S. М д п с , XVI, 19. — Act. Àp., i, 2, 11, 22. I,\

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6


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quelle elle a p p a r t e n a i t , a été transportée au ciel; car c'est bien de Notre-Seigneur, h o m m e vivant, qu'ils parlent. L'Ascension de Jésus est en môme temps assomption parce que son h u m a n i t é , en tant que telle, ne pouvait s'élever au ciel; l'Assomption de Marie n'est qu'une assomption, p a r c e qu'elle a eu besoin d ' u n e force c o m m u niquée p a r la puissance divine. La sainte Eglise ne pouvait donc choisir, pour la fôte du triomphe céleste da Notre-Dame ressuscitée, une dénomination plus conforme à l a pensée qu'elle exprime dans ses lectures, mieux fondée en raison d'après l'étymologie, et p l u s en rapport avec la m a n i è r e de s'exprimer des écrivains sacrés. Il s'ensuit que autant de fois qu'elle redit dans sa liturgie l'expression : Assumpta est Maria, autant de fois elle conçoit et elle affirme la résurrection et la vie glorieuse de la Très Sainte Vierge. Nous savons que la fête d u 15 août n ' a pas toujours été appelée exclusivement Assomption; mais nous ne nous occupons ici que de son appellation actuelle dans l'Église r o m a i n e , et n'avons a u c u n e ment pour but d'en faire l'histoire. Les a u t r e s noms, employés pins fréquemment autrefois, et usités p e u t - ê t r e encore dans quelques T?*a?isitits, Églises orientales catholiques, Dormitio, Pausatio Quies, n'excluent point l'idée d e l à résurrection de Marie; ils i n d i quent seulement q u e le point de vue p r i n c i p a l est différent. De m ê m e , le t e r m e Assumptio signifie in recto l'entrée t r i o m p h a l e dans le ciel de la Vierge ressuscitée, et in obliquo sa bienheureuse mort qu'il présuppose. }

Nous n'ignorons p a s non plus qu'on s'en est servi parfois, r a r e ment, pour désigner la fête ou le t r é p a s de quelques saints, mais l'emploi de ce mot, fait p a r des p a r t i c u l i e r s , ne p r o u v e rien contre l'usage officiel de l'Église. On sait que les o r a t e u r s et les historiens n e donnent pas toujours aux mots le sens qu'ils ont d a n s la l a n g u e ecclésiastique; le m a r t y r o l o g e h i é r o n y m i e n , qui p a r l e de l'Assomption de saint Jean l'Évangéliste, peut t r è s b i e n faire allusion, en cet endroit, à l'opinion de ceux qui croient q u e le Disciple b i e n aimé est au ciel, en corps et en à m e . Quoi qu'il en soit, i l n e s'agit p o i n t ici de la signification a t t r i buée à un mot par tel ou tel document de c a r a c t è r e p r i v é , mais de celle que lui reconnaît l a p r a t i q u e actuelle, d'ailleurs conforme à


LA CROYANCE RE L'ÉGLISE A LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

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l'ancienne, de l'Église dans sa liturgie ; il s'agit de ridée que l'Église renferme sous cette expression et que nous manifestent suffisamment le texte des prières, la g r a m m a i r e elle-même et un usage très a n cien, a p p u y é sur l'exemple de la Sainte Écriture. Qui dit fête de l'Assomption dit fête de l'entrée dans la g l o i r e , de la Très Sainte Vierge ressuscitée. Dans le concert u n a n i m e de louanges que l'Église adresse à la Vierge ressuscitée, il convient de r e m a r q u e r les voix qui s'élèvent de l'Orient catholique. Le témoignage des diverses liturgies orientales est précieux à recueillir, à cause de leur antiquité et de leur caractère spécial, p o u r m o n t r e r q u e la croyance a u privilège de Marie existe là aussi où l'on trouve diverses formes a u t h e n t i q u e s de la prière officielle. Tous les Orientaux consacrent u n j o u r de fête à la m é m o i r e du triomphe céleste de la Très Sainte Vierge. Les Grecs l'appellent la Dormition de la très sainte et glorieuse NotreDame, Mère de Dieu et toujours Vierge Marie; et il est absolument certain, p a r les formules des prières empruntées aux Porcs grecs et par le l a n g a g e usuel, q u e l'objet de la fête c o m p r e n d l a résurrection de l a sainte Vierge et sa présence au ciel en c o r p s et en àme De plus, ils ont i n t r o d u i t dans leur Synaxaire la célèbre homélie de saint Jean Damascène qui contient le récit de la m o r t et de la résurrection de Notre-Dame, d'après le récit de Juvénal, évoque de Jérusalem au v° siècle, et qui se trouve dans le bréviaire latin à la date du 18 août. Chez les Arméniens, la fête de l'Assomption est, c o m m e la Pentecôte d a n s le rite r o m a i n , le point de d é p a r t d'une p é r i o d e liturgique, qui va j u s q u ' a u j o u r de l'Exaltation de la Sainte-Croix. Elle se célèbre aussi avec u n e g r a n d e solennité au 15 août chez les Chaldécns, les Syriens, les Maronites' . Le calendrier de l'Église 2

1. F A M U C I U S ,

p. 2 1 3 , et Àugusti dies

1878,

fîibliothecn grasca, t. 1 8 8 0 , p. 6 4 6 . X V - lé. H Koipiciç E

IX,

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116. —

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Théologie*

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2. « Quamvis Graeci íes tum KoiprjŒiv vocenl, iidem nikilo tamen minus cum Latinis credunt, codem die et obiissc et ad ótelos reducta in corpus anima assumptam esse sanciissimam Deiparam, quemadmodumprodunt orationes patrum. » N I L L E S . Kalendarium manuale utrmsque EcclesUc orienlalis et occidentalisa t. ï , p. 2 4 5 - 2 4 9 ; Ibid. I . I I , p. 5 6 3 , 7 0 3 . —•• Revue de l'Orient chrétien, 1 8 9 7 . p. 3 2 0 .


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

copte la mentionne de la manière suivante a u JG du mois de Mesor (21 août) : « Assomption d u corps de la Mère de Dieu dans le ciel. » Ainsi, partout dans l'Église catholique, l'objet de la fête du 15 août est le même et la liturgie officielle enseigne a u t h e n t i q u e m e n t la doctrine de l'Assomption, c'est-à-dire de la résurrection de la Très Sainte Vierge et de sa présence au ciel en corps et en âme. § III. — L'enseignement des Pères de l'Église, des Théologiens, et des Auteurs ecclésiastiques.

Après la prédication des p a s t e u r s et r e n s e i g n e m e n t de la liturgie, il nous reste à i n t e r r o g e r u n autre o r g a n e du magistère ordinaire de l'Église, à l'autorité duquel tout catholique doit conformer ses propres sentiments : les écrits des Pères et des théologiens. On sait dans quelles conditions leur parole s'impose à notre croyance; il s u f f i r a d'en examiner u n e seule p o u r l a question présente, et de constater l'unanimité éclatante avec laquelle Pères grecs et latins, théologiens du m o y e n Age et des temps modernes, scolasliques et autres, affirment que Dieu a accordé le privilège de la résurrection et de la vie glorieuse au corps très p u r de Marie, qui avait été la d e m e u r e du Verbe i n c a r n é . Ici les exigences de l'unanimité morale sont a m p l e m e n t satisfaites, le cadre de la méthode de constatation e m p r u n t é e à saint Augustin, et dont Bossuet a si bien tiré p a r t i *, est facilement dépassé; car n o n seulement l'Église latine p a r la voix de ses Pontifes et de ses docteurs, n o n seulement u n ou deux Pères célèbres parmi les Orientaux, enseignent la résurrection a n ticipée de Notre-Dame, mais il y a accord parfait d a n s leur témoig n a g e . S'ils ne sont p a s pasteurs en m ô m e t e m p s q u e Pères de 1. Défense de la tradition et des saints Pères, partie H, liv. VIII : Quatre principes infaillibles de saint Augustin pour établir sa méthode : 1 principe : Que la tradition étant établie par des actes authentiques et univerversels, la discussion des passages particuliers des saints Pères n'est pas absolument nécessaire. (Ch. n.) 2" principe : Le témoignage de l'Église d'Occident suffit pour établir la saine doctrine. (Ch. m.) 3 principe : Un ou deux Pères célèbres de l'Église d'Orient suffisent pour en faire voir la tradition. (Ch. iv.) 4* principe : Le sentiment unanime de l'Église présente suffît pour ne point douter de l'Église ancienne. {Ch. v.) er

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LA CROYANCE DE L'EGLISE A LA DOCTRINE DE [/ASSOMPTION.

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l'Église ou théologiens, leur enseignement u n a n i m e n ' e n a pas moins une autorité décisive, parce qu'ils exposent la doctrine sous la surveillance et avec l ' a p p r o b a t i o n , au moins t a c i t e , de l'épiscopat, dont ils sont les auxiliaires. Bien plus, le magistère tacite de TÉglisc s'exprimant par les diverses manifestations de la tradition donl elle g a r d e le dépôt, les points de doctrine enseignés u n a n i mement p a r les Pères ou les théologiens sont, p a r conséquent, d'une certitude absolue. Pour d o n n e r la preuve do l'unanimité morale des a u t e u r s ecclésiastiques d a n s la question du fait de l'Assomption, il n'est point nécessaire de r a p p o r t e r tous les passages de leurs ouvrages d a n s lesquels ils affirment la croyance au privilège de la sainte Vierge ; il suffira de citer les principaux et d'en indiquer un certain n o m b r e d'autres, en faisant r e m a r q u e r qu'il serait légitime d ' a u g m e n t e r la liste, des n o m s de tous ceux q u i , sans e n s e i g n e r explicitement la résurrection de Marie, p a r l e n t c e p e n d a n t de son Assomption. Le passage du Traité contre les hérésies, d a n s lequel saint Kpiphanc (f 403) déclare — à tort, on l'a vu plus h a u t — n e vouloir rien affirmer sur le fait de la mort de la sainte Vierge, donne à entendre q u e le célèbre évoque de Salamine croyait à l'Assomption. En effet, il dit que si Notre-Dame est m o r t e , son corps a été comblé de bénédictions, mais q u e l l e est peut-être resiée en v i e . Or, dans le cas où il n ' a u r a i t pas cru à la présence de Marie au ciel, en corps et en â m e , p o u r q u o i aurait-il hésité à d i r e qu'elle était m o r t e r é e l l e m e n t ? Il a u r a i t dû. se p r o n o n c e r p o u r l'affirmative. 1

Il existe des indications suffisantes de la croyance à l'Assomption chez d'autres Pères antérieurs au concile d'Éphèse (431); mais nous n'avons en vue ici que les témoignages explicites en faveur de notre m y s t è r e . 1. '£v (untccpiffpolt TÛ aywv W J T Î J ; (?fflu,a. P. G., t. XLIf, c. 737, 716. Quand saint ISpiphane dit que la sainte Vierge est peut-être restée en vie, évidemment il ne veut pas dire que Dieu l'a mise dans un état où elle n'aurait pas joui de la vision bcatifique : cette immortalité serait, en réalité, une condition inférieure à celle des bienheureux. Une pareille doctrine ne s'accorderait pas avec les enseignements du grand défenseur de la virginité de Marie. E! ainsi notre argument emprunté a l'autorité de ce Pore garde toute sa valeur.


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Le premier q u i s'offre à nous vient d'Occident. C'est celui de saint Grégoire, évèque de Tours (f 59:]), dans son livre De gloria martyrum (1.1, c. iv et rx) : « Le Seigneur, dit-il, fit p o r t e r le corps très sainl de l a Vierge dans l e ciel, o ù , r é u n i à son â m e , il j o u i t maintenant du b o n h e u r sans fin ... Marie, l a glorieuse Mère du Christ, fut enlevée au ciel, sous la conduite du Seigneur et au milieu des hymnes de joie d e s c h œ u r s a n g e l i q u e s ». 1

Vers le môme t e m p s , saint Modeste, p a t r i a r c h e de Jérusalem (f 614), p r ê c h a i t , e n Orient, la m ê m e d o c t r i n e , en ces t e r m e s : « Aujourd'hui, disait-il en son sermon d u j o u r de la Dormition de la Mère de Dieu, le Seigneur d u ciel et d e l a t e r r e a consacré le tabernacle h u m a i n , dans lequel il avait été lui-même reçu selon la chair, pour le l'aire jouir avec l u i e t à j a m a i s d u d o n de l'incorruptibilité. 0 b i e n h e u r e u s e dormition de l a glorieuse Mère de Dieu, toujours vierge, qui n ' a point connu l a c o r r u p t i o n d u t o m b e a u ; car le Christ, n o t r e tout-puissant Sauveur, a g a r d é intacte la chair qui lui avait d o n n é la sienne p r o p r e . . . Salut, très sainte Mère de Dieu, Jésus a voulu vous avoir dans son r o y a u m e , avec votre corps, revêtu d'incorruptiblité... La très glorieuse Mère du Christ, n o t r e Dieu et Sauveur, q u i donne la vie et l'immortalité, est ressuscitée p a r son Fils et possède à j a m a i s l'incorruptibilité avec Celui q u i Ta appelée du t o m b e a u ». 2

Saint A n d r é , métropolitain de Crète (f 720) , saint Germain,

1. « ...Dominus, suseeptumque corpus sanctum in nube jussit deferri in paradisuin, ubi nunc, resumpta anima, cum elcctis ejus exultans, aeternitatis bonis nuUo occasuris line, perfruiLur... Maria gloriosa genilrix Christi, angelicis choris canentibus, in paradisuin, Domino praecedente, transiaia est. » P. £ . , t. LXXI. c . 708, 7 1 3 .

2. £vJii.Epov xov £>EOV v.al AeaTCOTrjv oOpavou xai yfc inrep^uffl; öeEjcqAsvvi Xoytx^j ov-rivy) хата ?äpxa, auvs<rca/.Tat, xal xa0i8puxai eu<r<7co(Xo; Ол* аитои ev а<?0арсг1а elvat cuv аОтш aviwito?... * Q

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LA CROYANCE DE L'EGLISE A LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

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patriarche de Constantinople (-j- 7 3 3 ) , saint Jean Damascene (f 700)-, Cosmas le Hiérosolymitain, é v è q u e de Majuma en Palestine (f 7 8 1 ) , saint Théodore Stadite (•;- 8 26)*, saint Joseph l'Hymnographc (f 8 8 3 ) , Siméon Métaphrastc (f 9 7 0 ? ) r é p è t e n t la môme affirmation, p e n d a n t q u e , dans l'Église l a l i u e , l e s divers livres l i t u r g i q u e s , sacramelitaires et missels, t a n t d u rite r o m a i n que du gallican et du m o z a r a b e , l'expriment en t e r m e s f o r m e l s . 1

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P. G.. XCVU, 1054. — "*IIv oûv 0Éa[xa xaivbv àXY)8û; -/.ai XoyiGiLoïi; àvsnfêa-rov ^ u v ï ) t û v oùpaVûiv OKepSàaa t ^ v çûariv tt) xaOapÓTYjTi, t m v ê v oOpavoïç à3utaw <ncr)va6aTotiffa T a àyta... ó Tdtço: t y ] v âiaçûopàv où irpoffrjita-o. Ibid., 1081. 1. ilw$ y * P ï"/ StàXufftç ffapxoç itpoç xoùv xai x<mv àvOunoarpé^at <?£, ttjv àiïo OavaTou xaTotpOopSç. t ò v avOpunov, ôià t ï ; ; t o û H o û aou ÀUTpoKjapLévyjv rrapy.axrEtri; ; / » rfor?niîionem B. Mariae senno I. P. G . , XCVIII; 345. 2. Te Tocvuv t ò ïrept <rs t o O t o [/.uff-cirçpiov àvotiâcûfAEV' OdcvaTOV; à)Xà xai çuctxtoç 7j Ttavtspo; xai [xa/.apîa sou ^ wavoXâtau v.ai àxïjpaTou aou xwpiÇETai (TtojiaTC/c, xai t ò c£5p.a ir) vo|iiï|JWj> tayrj 7tapaoîÔoTai, o p u ; oùx è^airo|jL£VÊt èv t ô » 8avaT(iî, oû3' ûno xrjç «Ûopa; ô i a )ÛETat... Oùôs 7j crapE cou eÏ5e ôia?0ûpàv. Ilo initia I in dormitionem B. V. Mariae. P. G., XCVI, 716, 720. 3. « VllrJcia trophaea de natura extulisti, pura Deum enixa, sîmnlquc iactorein el Filium IMILULURA supra naUiram, naturae succumbis legibus : itlcirco ACQUE AC FILIUS iiiorlua, excitaris simul semper vielura. » Fabricius, iiibl. graec. X. 217 (M Vaccari, O. S. B., De B. V. Mariae morte, resurrectione et in coelum gloriosa Assumptions disqui&itho hislorico-crUieo-theologica, p. 127. — Janucci, De psychosomalica el pneumatosomatica Deiparenlis Assumptions disquisitioncs, p. 55. 4. ljó(j.spov ó èiELYSio; oùpavò; t < ï i t ï } ; àyOapffta^ nspieoXaLCi) éXidco^evoç, ÊÇa).târrETai etc Siofioviìv Trjv peXTtova xai [j.axpaïu)va. Qralio V in dormitionem sanctae Dominae nostrae Deiparae. P. G-, XCIX, 720, 721. 5. *0 xâfos cou xYjpÛTTEt, 7ravâ[j.a>|j.E, t t q v Taçyjv ffou, xai t v j v (Jletìffa>|j.aTOçrcpò;oOpavoù; £

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vùv pLETCtdTaffiv. 6. M s v e i xsvò; ó Q î Î û ; t « ? o ; ffou t o - j aoifjLcao;, t a ; yàp'.To; Ss TCÀ^pi]^. "UpOïi t ò <7u>[ta jiiv noû Txfo'j, 7capa|iivKi o'e Vjitïv •/] eO.ovîa trou. /»i pro fesiio Hate obdormitioriis B. V. Mariae. P. G., CV, 1001, 1004. 6. « Siquidem quod ex ea natum eral, lotam earn Verbum ad SE Iranstulit, et volait earn APUD SE EL ESSE, EL PERPETUO simul VIVERE. » Ovatto de sancia Maria. P. G . , XCV. 5 6 0 . 7. « . . . F U S I S PRECIBUS D O M I U U M IMPLOREMUS UL EJUS INDULGENLIA illuc DEF'UNCTI libcrentur a tartaro, quo beatae Virgin is translalum corpus est de sepulcro. » Missale Goth, missa in Assumpt. S. M. collect, post. nom. P. L., LXXII. 243 lì- — « Rccle ab ipso suscej>ta es in Assumptions, quern pie suscepìsli conceptura per (idem, ut quœ terra* non eras conscia, non tencret rupes inclusa. » Contestation ibid., 246 B. « IHud ...quod non dubium de Enoch credi tur. vel Helia certi u s, eo magis verius confitemur de Joanne vel Maria dicam, dicam, hoc illi meruere ante sacrum adventum, quod et isti experli sunt post evuin paratum » Missel Mozarabe. InlaUo, P. />., LXXXV, 823, c, D. — « Accipe numera. Domine, que in beatae Maria; iterata solemnitate defcriinus, quia ad tua praeconia recurrit ad laudem, quod vel talis assumpta est. — Sacram. Gelas. In Ass. S. M. Secreta. P. L., LXX1V, 1174, B. — « Veneranda nobis, domine, hujus est diei feslivitas, in qua sancta Dei genitrix mortem subiit temporalem. nec tarnen mortis nexibus deprimi poluit, quae F ilium tuum Oominum


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

En Occident, les témoignages des auteurs ecclésiastiques ne manquent pas non plus j u s q u ' à l'époque de la scolastique. L'Italie nous apporte ceux de Atton, évèque de Verceil (f 960) ^ de saint Pierre Damien (f 1 0 7 2 ) et de Sicard , évoque de Crémone (f 1 2 1 5 ) ; l'Angleterre, ceux de saint Anselme 1109) et de Pierre de Blois, archidiacre de Bath (f 1 2 0 0 ) ; la F r a n c e , ceux de Fulbert, évoque de'Chartres ( f 1029) , du vénérable IIïl— debert, évoque du Mans et ensuite a r c h e v ê q u e de Tours (f U 3 3 ) , de Hugues de Saint-Victor (f 1141 ) , de saiut Bernard (f 1153°, 2

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nostrum de se genuit incarnalum. » Sacram. Greg. AssumpL S. M. V. P. L., LXXVÏIl. 133, B. 1. « Quid mirum si Matri per quemdam miserationis efl'ecturn, dominus anticipando praestitît quod omnibus in une saeculi Sanctis donabït c u m mortalia corpora îmmorI alita te induerit? Morti succumbcrc diu non meruit, quam, ex ea sump ta caro jam resurgendo devicit... » Sermo XVII in As sump t. B. Dei genilr. P. L.. CXXXIV, 857. A, C. ?.. « Tota conglomerate angelorum frequentîa, ut videat reginam sedenlem a dextris domini virtutum, in vestitu deauralo, in corpore semper immaculalo... » Sermo XL de AssumpL B. M. V. P. L . , C X L L V , 717. li. 3. « Transitus beatae Virgin is antonomastice assumptio nominatur, quse prius est assumpta in anima et posfmodum sicut pie creditur, assumpta in corpore, » Mitrale. lib. IX, cap. XL. P. Z., CCXUI, 420, A. 4. « 0 Virgo Gloriosa, qua: mortem subiisti, sed mortis nexîbus deprimi non poluisli. quia tu sola, Virgo, genuisli cum, qui erat mors mortis el morsus inferni. » Oral, ad S. V. U. in Assumpt. ejus. P. L., CLVUI, W66, A. 5. « Desiderio ergo desiderabat Christus habere secuin vas illud clectum, corpus Virginis dico, in quo sibi bene complacuit. » serm. XXXIII in AssumpL lî. M. P. L., CCVII, 662, B. 6. « Credit C h r i s t i a n a pielas quia Christus Deus, Dei Filius, Matrein suam gloriose CXLI, resuscilaverit et cxallaverit s u p e r cœlos. » serm. V, de JXativ. D. M. P. 325, ß. 7. « Sabbatismus animae, etiam nunc in medio temporis hu jus, datur spiritibus beatorum. Corporis vero sabbatismum in fine sacculorum expectamus. Hodierna clamat oratio : Nec tarnen mortis nexibus deprimi potuit, e t c . . Fuit etiam prophetice pracdicta de asecnsu Virginis : « quae est ista quae ascendit velut aurora coruscans, pulchra utluna, electa ut sol?... » {Cant., vi, 9)... « Sicut beala Virgo a malediclione mulicris, cui dictum est : « In dolore paries » [Gen., m, 16) facta est immunis, quia peperit sine dolore, sic et a communi viri et mulieris malediclione, cui dictum est : in cinerem ibis, facta est immunis. » Sermo MX, in festo Assumptions B. Mariae. P. L., CLXXI, 630. 8. « Septimum (Privilegium) quod cum corpore suo, quantum credimus, in coelo vivil... qui trîum puerorum vestimenta in camino ignis illaesa servavit, corpus inalris propriae incorruptum servare et voluit et potuit. » Miscellanea, lib. V, tit. 125 : De Assumptions el decern praeconiis Mariai semper virginis. P. L., CLXXVU, SOS. 9. « Virgo hodic gloriosa coelos ascendens, supcrnorum gaudia civium copiosis sine d u b i o cumulavit augmentis. Haec est enim, cujus salutalionis vox et ipsos cxultare


LA CKOYANCE DE I/ËGLISE) A LA DOCTKINIS DE L'ASSOMPTION.

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de Richard de Saint-Victor (-]- 1173) , de Pierre, a b b é de Celle, puis évéque de Chartres (']' 1187)-; l a Belgique, celui de Philippe, a b b é de Bonne-Espérance (-f U 8 7 ) ; la Suisse, celui de saint A m é d é e , a b b é de Hautccombe et ensuite évéque de Lausanne (f 115!>) . Au p r e m i e r r a n g des théologiens du moyen âge, se présente l'incomparable saint Thomas d'Aquin. Il convient de recueillir tout d'abord r e n s e i g n e m e n t de l'Ange de l'École, d o n t la seule autorité domine toutes les autres. Nous devons citer tout d'abord un passage de son Opuscule sur la Salutation angélique, qui est aussi formel que possible. Il dit encore dans son Explication d u Symbole des Apôtres, en p a r l a n t des caractères qui distinguent l a résurrection de Notre-Soigneur de celle des é l u s : « En quatrième lieu, elle se distingue q u a n t au temps, parce que la résurrection : t

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facit in «audio, quos materna adhuc visecra claudunt. Quod si parvuli needum nati anima liquefatila est uL Maria locuta osi, quid pnlamus quaonam ïlla inerii, cncleslium cxullalio, cum el vocem atidire el videre fa eie m, cl beala ejus fruì praesentia merueB. V. Mar M; sermo I. P. L., CLXXXIIT, 415. runt? » In Assumptione 1. « Ave Maria, gralia piena. Tabescat in fallacia seductor Sadducaeus-, nani vere surrexisti. » Esplicano in Cantica canticorum, cap. x u t ; De assumptione Mariae. P.£.,.CXCVi, f,23, 524. 2. « Secundo reverlere ah nomine sine corrupLibilîtale caruis, quia, sicut immunis es a corrupLione peccati, sic ad immorlalitaLem transire debes absorpta morlalitale per gratiain Dei. Tertio reverlere ad liberlatem glorine üliorum Dei, quia sicut pcccalum nun quam regna vit in tuo mortali corpore, sic digna es perfrui, etiam in CÜ nie virginali, eadem spiri!us liberiate, qua fruunlur in sua spirituali substantìa angeli. » Sërmo LXV III, De Assumptione B. Mario e virginis II, V. L CCI1, 850. 3. « Est igitur mater cum Filio non solum spiritu, de quo vel tcnuis dubita Lio non habetur, sed ctiam corpore, quod ni m ir um incredibile non videtur. quìa etsi hoc Scripta ra canonica non clamat ovidenlibus documentis, ad hoc tarnen pia li Jes a riduci tur veresimilibus argumentis, quod, etsi non satìs probat quis in verbo et scieuLia repentinus, ittud tarnen dìgnuin credi nos ter illc asserii Augustinus. Ncc est molestum angelis si cum S ponsò Sponsam, ma tre m cum Filio thronuut vident regi um obtinerc, et quem prius in gremio, in codesti solio nunc tenere; si humanam carnem vident supra se in maire cl Filio gloriosius honorari, et apud nos inchoatas féliciter, illic felicius nuptias consummari. » Commentarla in Cantica canticorum, cap. L P. CCIII, 488. 4. « Elevala igitur cum vocibus exultalionis et laudis prima post Deum super omnes omnes caeligenas in sede glorine collocatili*. Ibi rcsumpla carnis substantia (neque enim credi fas est corpus ejus vidisse corruptionem) et duplici stola induta, Deum et h o m i nem in utraque natura, quanto caeleris clarius, tanto ardentius universis mentis et rarnis ocuHs contemplata!*. » ffomilia VII, De B. VirgìnU obitit, assumptione in coe/ìim, exaltatione ad Filii dcxleram. P. L., CLXXXYI1I, 1342. v


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

des autres est différée j u s q u ' à la fin du m o n d e , à moins qu'elle n'ait été concédée à quelques-uns p a r privilège, c o m m e à la Bienheureuse Vierge, et aussi, croit-on p i e u s e m e n t , à saint Jean l'Évangôliste . » R e m a r q u o n s la m a n i è r e d o n t s'exprime saint T h o m a s ; il donne comme certaine la résurrection anticipée de la sainte Vierge, tandis q u e celle d e saint Jean n'est que l'objet d'une pieuse croyance, a u t r e m e n t dit, une opinion qui ne r é p u g n e pas à l a sagesse de Dieu. Et dans la Somme théologique, lorque le saint Docteur explique le sens mystique de la fraction de l'hostie à la messe, il dit aussi : « La p a r t i e que le p r ê t r e m e t d a n s le calice signifie le corps du Christ, qui est déjà ressuscité, c'est-à-dire, le Christ lui-même et la bienheureuse Vierge, et les a u t r e s saints, s'il y en a, qui déjà sont dans la gloire, avec l e u r s corps* . » Il n ' y a 1

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1. « Tertia (malediclio) fuit communis viris et mulicribus, sciliect ut in pulverein rcvcrlerenlur. Et ab hac immunis fuit beala Virgo quia eu ni corpore assumpta est in creluin. Credimns enim quod post mortein resuscilala Fuevït cl portala in coelum. Psalm. cxxxi, Surgc, Domine, in requiem luam, lu et arca sanctihcalionis Luae. » Opusc. VI. Jn Salutotionem angelicam. Opéra, ed. Parm., t. XVI, p. 134. « Diffcrt (resurrccLio Chrisli) quantum ad tempus; quia resurreelio aliorum differtur usque ad finem mundi, nisi aliquibus ex privilcgio concedatur, ut BeaLae Virgini, et ut pie credilur, bealo Joanni Evangclîstae. » Opusc. VU, In Symbolum Aposlolorum, ibid., p. 144. 2. Ad octavum dicendum quod sicut Scrgius papa dicit, et liabclur De consecr. (Dist. 2, c. 22) Informe est corpus Chïisli : pars oblata in caliccm missa corpus Cbristi, quod jam surrexit, inoiibtiat » bcilicet ipsum Chris lu m, et B. Virginein, vel si qui alii sancti cuin corporibusjam sunt in gloria. S. Th., III p., q. 83, a. 5. — Cf. ibid., q. 27, a. 1, c. L'assomplion corporelle de Marie est mentionnée dans le Martyrologe de Nolker, moine de Saint-Gall (870) [P. L., t. CXXXI, c. 11-12); le grand hymnographe de l'Église grecque, saint Joseph 883;, la célèbre dans ses chants (P. G., t. GV, c. 1000 et s q . j ; Alton, évoque de Vcrccil (960), enseigne que « le Seigneur, par un effet de sa bonté, a anticipé, pour sa More, ce qu'il accordera à tous les saints, à la fin des siècles lorsqu'il revêtira d'immortalité leurs corps mortels ». [Sermon XVII in A&sumptione B. Dei genUricis. P. L., t. CXXX1V, c. 857.) Le même témoignage est donné par Siméon Métaphraste (f 960), à la fête du 15 août P. <?., t. CXV, c. 660); par Fulbert, évoque de Chartres ( f 1029), dans son Sermon V sur la Nativité de Marie (P. L., t. GXLI, c. 325); par le moine Jean Maurope, métropolite des Euchaïles (1050), dans son Discours sur la Dormition de la Mère de Dieu [P. G., t. CXX, c. 1080, 1175); par saint Anselme (+ 1109), dans ses Prières à la Vierge (LX) (P. t., t. CLVIII, c. 960); par Pierre, abbé de Celle, puis cvêque de Chartres ' f 1187), dans son Sermon II sur VAssomption (P. L., t. CCII, c. 850); par Pierre de Blois, archidiacre de Bath en Angleterre (f 1200), dans ses Sermons XXXIII et XXXIV sur VAssomption (P. L., t. CCVII, c. 662, 664); par Sicard, évêque de Crémone '+ 1215), dans son Mitralc, au chapitre sur l'Assomption (/ . I. CCXI1I, c. 420). J

La iisle des auteurs antérieurs à la période scolastique est certainement incomplète.


LA 0 HO Y AN CE DE L'EGLISE A LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

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donc aucun d o u t e possible sur la pensée du Docteur angélique au sujet de l'Assomption. On n e p e u t omettre de citer le 'témoignage du m a î t r e de saint Thomas, le b i e n h e u r e u x Albert le Grand, dans ses Questions sta* l'Evangile Missus est ; « II est manifeste, pour ces motifs et à cause de ces autorités, et pour b e a u c o u p d'autres raisons, que la b i e n heureuse Mère de Dieu a été enlevée a u ciel en corps et en Ame, a u dessus des c h œ u r s des anges. Et nous croyous q u e cette vérité est tout à fait c e r t a i n e ». 1

Saint Bonaventure dit d a n s son Brevïloquium : « La justice divine exige que tous ressuscitent en môme temps, selon la loi commune ; ce que j ' a j o u t e à cause d u Christ et de sa bienheureuse Mère, la glorieuse Vierge I l a r i o ». 2

Après les g r a n d s maîtres d e la scolastiquc au moyen Age, les théologiens ont enseigné la môme doctrine, avec u n a n i m i t é , on peut le dire. Les plus célèbres sont Guillaume Durand, évèque de Mende'*, Barthélémy de Trente' , Nicolas de L i r e , Guillaume d'Ali1

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li faudrait y joindre Burchard, évoque de \Vonn-»; Olbcrt, abbé de Gembloux; Pandulfe, du Mont Cassin; saint Bruno, évèque de Segni; Lan franc, archevêque de Cantorbery; Abailard; Honorius, évèque d'Autun; Rupert. abbe de T u i l ; Pierre, abbé de Cluny; Adam de Saint-Victor, et le chroniqueur grec Michel Glycas. Cf.

Gaudin,

Assumptio âlariae Virginia vindicata, Parisìls 1G70, p. 249. 1. « Ilis ralionibus et auclorilaLibus cl m l'Ili s aliis manifestala est quod beatissima Bei mater in corpore et anima super choros Angeiorum est assumpta. Et hoc modis omnibus credimus esse verum. » Quaestio GXXXII. 2. ti Requirit hoc divina justilia ut omnes resurgant simul, quantum est de lege communi... Quod dico propter Chris Lu m, et ejus Beatissimam Matrein, gloriosam Virginem Mariani. » Part. VII, c. 5. 3. « Pic credendum est earn tolaliter fuisse assumplam. » nationale divinoruvi officiorum, I. 7, c. 24. 4. ti Ecclesia m romanam omnium ecclesiarum procul dubio praestanlissimam et cauti ssi ma ni favere docel, du m solcmnem Assumptionis memoriam celebrai : <t Transit ad aethera Virgo puerpera, Virgula Jesse, Non sine corpore, Sed sine tempore Coepit adesse. » Cité par Vaccari, De B. V. Marias morte, resurrectione. et in coelum gloriosa assumptione disqui&ilio historico-critico-theologica, Ferrariae, 1881, p. 191. 0. o Ulrum V. Maria fuerit assura pta in corpore et anima... Kst lì des universali* E c -


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION. 1

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vergno, évèque de P a r i s ; G c r s o n ; saint Antonin, archevèque de Florence"; saint Bernardin

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de S i e n u e , saint Vincent Ferriera.

clesiae ... Esl secundum Thoinam, in IV, d. 43, a. S, q. 1, ad 2. n Nic. de Lira, Postillar majores, seu Enar. in Epist. et Evany. tolius anni. Venctiis 1572. Cile par Bussclli, La Virgine Maria vivente in corpo ed in anima in cielo, ossia Dissertazione teoìogico-slorico-critica sulla defìnibìlUà dogmatica deità corporea assunzione delia Madre di Dio. Firenze, 1S03, p. 148, n. 1. « Vera ratio ne sentìo Mariani ad ieLcrnilatis gaudia gloriose assuinplani, Christi benignitalp cele ri s honoralins susceplam, et ad communem puLreilinis, veri iris et pulveris humilitalem non esse adductam x Serm. Il de Ass. li. J/. Le poète thcologicn Dante eh a n Le dans la Divine comédie : Queste è colui ebe giacque sovra il petto Del nostro Pellicano, e questi fué D'in su la croce al granile ufficio eletto. La Donna mia così : ne pero più Mosser la vista sua da slare allenta Poscia che prima, le parole sue. Quale colui eh adocchia, e s'argomenta Di vedere ccclissar lo sole un poco, Ohe per veder, non vedente diventa : Tal mi fcc' io a queir ultimo foco, Mentre che detto fu : Perché L'abbagli Per veder cosa, che qui non ha loco? In terra e terra '1 mio corpo e saragli Tanto con gli altri, e h ci numero nostro Coir eterno proposilo s'agguagli. Con le sue stole nel beato chiostro. Son le due luci sole che salirò ; E questo porterai vel mondo vostro. Cane, del Paradiso, 1

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XXV.

2. « Fuit tempus aliquod in quo non tenebatur generaliter Mariani Virginem esse in Paradiso cum corporc et anima sicut modo lenclur... Serm. De Concepì. Ad dexlram Filii Beata Virgo Mater Salvaloris nostri Jesu Christi exaitata est super omnes choros Angelorum. ut credit sancla Mater Ecclesia, cui non est derogandum. » Snmma theologomm, de gaudio paradisi. Cile par Gaudin, Assumplio Mariae Vìrginis vendicala, Parisiis, 1769, p. 269-274, et par Vaccari. p. 194, 195. 3. « De Virgine gloriosa pie creditur ab omni Ecclesia et doctoribus in corpore et anima glorificata in coelis. » Summo, p. IV, Ut. 15. 4. « Quod autem beala Virgo tam corpore quam anima gloriosa rcgnet in coelis osteuditur septemplici ralione ... Sic gloriosa Virgo et mater in anima simul et corpore glorificata in coelis assumpta est, et ad Filii dexteram collocala... Sed quanta fuit perfectio praedictarum virlutum in Virgine gloriosa, et quantum est praemium earumdem in coelo tantum per redundantiam gloriae animae in Virginis gloriosi!ni corpus appare! in praedictis dotibus gloriosum. » De Assumpt. glor. V. 31. Serm. XII. cap. i. Venise, 1745, iv, 122. seq. passim. 5. « Ducta est ad domum sponsi ad gloriam paradisi, non solimi in anima, sed Christus .post eam suscitavi!, et in corporc et in anima vivit et regnai in aeternum. » — Serm. 67. De Assumpt. B. V. M. I, in fine. Ed. Vienne. 1729, in, 222.


I A CROYANCE DE I/ÉGLISE A LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

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Dcnys le C h a r t r e u x ; saint Thomas de Villeneuve, archevêque de Valence , Dominique Solo, théologien au concile de Trente^, Pallavicini , Melchior Cano^, le b i e n h e u r e u x Canisius", le cardinal B e l l a r m i n , saint François de S a l e s , Suarez , Baronius , T h o 2

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1. » Jam namque in mca Assumptione ad suam me dexteram collocavi!,, el assumplam cum corpore, corporaliler sibi uni vi t. » Enarrai, in cap. Il Cant, cantic, art. vin. (ì. — Monlreuil, t. VII, 3 4 6 . A. 2. « Non enim decet ut pu trescai in sepulcro corpus quod non est m acuì a tum in vilio, aul redigatur in pulvcrem caro qua* nescivit peccati labein. » Serin. II de Assuinpt. Cf. it. Herrn. IV. 3. « De salicissima Virgine non est dubium, quin in vitam sempiterna ni resurrexerit, quai in cœlis cum l ilio fruitur. » In IV sent., disi. 43, quest. 2, art. 2. 4. Accorder à Marie ce grand privilege (l'Assomption) était possible au Christ; cela convenait a sa piété envers sa Mère, à la gloire de sa chair, a son honneur, aux d é sirs de Marie, aux désirs de tous les Saints du Paradis, à la pureté originale de ses membres, a l'innocence parfaite de son esprit... Grandezze di Maria, part. II, c. iv. 5. « Bcatam Virginem non esse in cœlos cum corpore assumptain ... quia communi Ecclesiale consensioni répugnât, petulanti 1 emeritate dicerclur. » De locis theol.^ 1. XII, cap. tO. 6. « Qua senlentia jam saîculis aliquot obtinel, ac piorum animis infixa tolique tolesiije sic commendata est, ut qui Marine corpus in cœlum neganl, assumptum, ne patienter quidem audiantur, sed velut nimium contenliosi aut prorsus temerarii, et hœrelico magis quam catholico spiritu imbuti homines passim cxsibiUmlur. » De M. V. incomp. et Dei genii, sacros. lib. V, cap. v. — Summ, aurea, Mariana (Migne), ix, 70. •7. « ... Dei Filius post obilum beatissima swu ma tris non din corpus illud separatum jacere in tumulo passus est; sed illud pro privilegio singular! post modicum ternpus et revocavit ad vilam et evexit ad gloriam... » Concio XL De Ass. H. M. V. Condones. Ed. Venise. 1687, p. 439. — Cf. it. Secunda controversia generalis de amissione gratiœ, et statu peccati, 1. IV, c. xvi. Opera, éd. Venise, t. IV, p. 1 3 5 . 8. « La bienheureuse Vierge ne demeura guère sans ressusciter; son corps ne fut point sujet à la corruption, corps qui n'en reçut jamais pendant sa sainte vie... Nous qui sommes chrétiens, croyons, assurons et prêchons qu'elle est morte et bientôt ress u s c i t e , parce que la tradition le porte, parce que l'Eglise le témoigne. » Sermons autographes, I.XJ (éd. d'Annecy, lbU6, t. VII, p. 4 5 1 , 4 5 3 ) . « Tout ainsy que Notre-Seigneur ressuscita au bout, de trois jours, elle ressuscita de même au bout de trois jours; différemment néanmoins, d'autant que le Sauveur ressuscita de sa propre puissance et autorité, et Notre-Dame ressuscita par la toute-puissance de son Fils qui commanda à l'àme bénite de sa très sainte Mère de s'aller réunir à son corps. » Serin. XXI pour la fêle de VAssompt. Ibid. IX, p. 1 8 4 - 1 8 5 . 9. (( Addendum est ultimo Beatam Virginem paulo post mortem ad gloriam et immortalem vitam corporis et anima? resurrexisse atque in cœlum glorìosam ascendisse. Ita sentit universa Ecclesia. » In III p. II Thorn., quest. 37, art. 4, disp. 21, sec. 2. Edit. Venise, 1746, toni. XVII, col. 166. 10. te Ecquid, rogo vos, sibi vultquod ... Ecclesia ... cum agit de obitu saldissima; Dei Genlricis Maria; non natalitium, non dormitionem, nec mîgrafionem, sed assumptionem appellai? nisi quoniam non soli us anima; ad Deum transi tuin, sed et corporis simul eveclioncm voluit significare... » Annal. Eccles., édit. Bar-le-Duc, 1 8 6 4 , 1 , 328. 7

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m a s s i n , E s t i u s , De L u g o , B o n n e t , Billuart -, G o t t e \ De V e g a , Benoit XIV , Sylvius*', S o r r y , Jean de C a r t h a g ò n e , S t r o z z i . s

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1. a lì n e faut point mettre e n doute q u e la Vierge ne soil dans le ciel avec s o n corps; quoique ce ne soit p a s un article de f o i . » Traité des fêtes de l'Eglise, l i v . II, c a p . X X , n. 20. 2. « ... De beata deipara Virgine pie ereditar a mullís quod quamvis rnortua fuisse n o n dubiletur, pos lea tarnen resuscitato a d vi tarn sempiterna»! corpore, fuerit assumpta i n coiaio. » In IV Sent. lib. IV, dist, 43, g 8. Paris, 1(580, t . IV, 476, B. 3. « Proposilio temeraria talis eril sì aliquis dical ... Beatissima»! Vìrginem n o n esse assumptam i n corpore et anima i n crtilum. » De Virfute (idei divin&s disp. XX, sect. 3, n" y<j. Paris, 18(58, torn. II, p. 10. 4. « Le corps sacré de Marie, le trône de la chasteté, le temple d e la sagesse incarn é e , l'organe du Saint-Esprit et le siège de la vertu du Trcs-Uaut, n'a p a s dû demeurer dans le tombeau : et le triomphe de Marie serait imparfait, s'il s'accomplissait s a n s s a sainte chair qui a élé comme la source d e sa gloire ... Comment l a chair de la Sainte Vierge aurait-elle é t é corrompue, à laquelle la virginité d'esprit et de corps et celte parfaite conformité avec Jésus-Christ a o t é avec le foyer d e l a convoitise fout le prinl'Assomption. Edit. Lcbarq, iu, 490 seq. cipe de corruption? » Serm. Ipour 5. » Tcmcrarium foret negare Bealam Virgin em e s s e corpore e t anima assumptain in crclum. » De myst. Christi d i s s . XIV, art. 2. 6. Tom. III, Tract. XV, quaesl. 3, dub. 2 : « TJtrum Resurreclio futura sit omnium gencraliter — Proccdit praesens dubium allenta lege generali de resurreclione in fine mundi seen tura. Nam i n aliquibus e x speciali privilegio fuisse niiticipatam n o n diffitcmur... Hoc iti primis de S. Virgine Dei Maire pie credit Ecclesia, oinniumque theologoruin firmai consensus, ul oppositum asse rere ad minus temeritatis notam non effugeret. Quìa decult ut Dominus glome qui etiam posi partum incorruplam servavi! ejus virgiuilalcm, ipsius, postquam migravit, immaculatum corpus incorruptum servatimi, transialione honorarct ante communem et universalem resurrectìonem, ut ex Damasceno recital Ecclesia. » 7. « Hice ìgitur est universalis Ecclesia^ opinio. Doclorumque, ac Patrum communis conscnsio, et licet nulla expresse extet Ecclesia) defìnitio, tarnen si qui spi am aliud sentire vel asserere auderct, temeritatis, errorisque notam non effugeret. » Theolofj. Mariana, palest. 35, cap. 4, n° 18S4. 8. « Non hic projtereundutìt, beatas Virgin i s corpus paulo post obitum, incorruptibili et gloriosa tcuiperatione suscepta, rursum cum anima coaluisse et nunc in cuelo esse, u — De fest. iì. M. T. cap. vin, 12. — Summa, aur. Mariana, Ili, 1464, c. f. De canoni* sanct. I, cap. x u i , n. 15. 9. « Ad fidem pertlnens est omnes omni no mortuos, ne m i ne excepto, resurrecturos, nisi jam ante resurrexerint, ut iliï qui resurrexerunt cum Christo, el B. Virgo Deipara, et quorumdam opinione, S. Joannes Evangelista, ut q. 77, argumento 2 indicai B. Thomas. » In ìli p. S. Th., supply q. 75, a. 2. 10. <c Virginem non animo tantum, verum etiam corpore in coelos fuisse assumptam pie ac religiose tenendum est, nec nisi ingenti teineritate negari hodie potest. » De Exercit. 66. corporea Deipara: in eœlos assumptione. 11. « Bealam Virginem in coelum assumptam in corpore glorioso, ex Sacris Scripturis secundum sensummysticum, ex S a n c t i s Palribus, ex theologis scholasticis, ex universali Ecctesiae consensu, ac tandem ex multis conjecturis cum ra (io ne valdc conjunctis, demonstramus; pariterque aperimus errovem esse in fxde id abnegare. » Ilomiliae caUiolicae de sacris arcanis Deiparae Alariae ciD Jose phi ejusdem sponsi, lib. 14, ho m. 13. 12. L'Assunzione al cielo della Madre di Dio dimostrata secondo il sentimento y

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LA CROYANCE DE L'EGLISE A LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Ob'

En un mot, c'est toute la série des théologiens catholiques qui témoigne en faveur de la doctrine de l'Assomption ; et comme Ton sait que leur accord est, à lui seul,- une preuve de la vérité ou de la fausseté d'une proposition, il faut donc conclure que, de ce chef encore, le privilège de Marie est absolument certain. Ainsi. l'Eglise, dépositaire et interprète infaillible de la doctrine surnaturelle, loin de se taire sur la résurrection de la Très Sainte Vierge, matière d o g m a t i q u e , nous l'enseigne de plusieurs manières, dont u n e seule exigerait l'assentiment de tout chrétien : p a r la prédication o r d i n a i r e des pasteurs, p a r la l i t u r g i e , p a r la t r a dition écrite des Pères et p a r les œuvres des théologiens. Et la preuve qu'elle l'enseigne, l a preuve a posteriori, c'est la croyance unanime et incontestée d u peuple iidèle. Le caractère obligatoire de l'Assomption nous conduit à examiner quelle note il faudrait appliquer à i a proposition qui n i e r a i t l'existence du privilège de Notre-Dame. Selon l a r e m a r q u e de Franzelin, sauf p o u r celle d'hérésie la plus g r a n d e diversité règne parmi les théologiens, lorsqu'il s'agit de d é t e r m i n e r d'une manière rigoureusement spécifique la notion des différentes censures t h é o logiques. Ce serait u n e exagération q u e de taxer d ' h é r é s i e , comme l'ont fait quelques auteurs, le sentiment opposé à l a doctrine de l'Assomption, p u i s q u e l'Église ne l'a pas encore suffisamment proposée comme révélée. di santa Chiesa contra l'opinione de qualque scrittore, opera lasciata in embrione dal sacerdote P. /<". Strozzi canonico della basilica liberiana, e ridotta nella predella compagnia di Gesù. In Roma, MDCCLXVt, sente forma da G. F. Strozzi, in-4°, 96 p. Cap. ir. — Che il mistero dell' Assunzione corporea al cielo di Maria santissima ò ogetto di Religione, non di Fede. Cap. ui. — Grave temerità di chi revochi in dubbio l'Assunzione corporea della gran Vergine conlra il sentimento della Chiesa. Aux auteurs que l'on vient de citer il faudrait joindre les noms de saint Laurent Justinien, de Jean Simon, évoque de Paris, de Louis Pinella, chancelier de l'Eglise de Paris, puis évoque de Metz, du cardinal Jean de Turrecremata, et de Marc-Antoine Sabellico (Cf. Gaudin, l. c , p. 285J. A une époque postérieure, on doit aussi enregistrer le témoignage de MassiUon (Sermon pour la fête de l'Assomption), Muratori Dissertano de rebus liturgicis, c. n), Fiorentini dans son commentaire sur le Martyrologe hièronymien (Exerc. I'.), Lambccius, luthérien converti de Hambourg (Diarium sacri ilineris cellensis, n. 8), ïrombelli (Vita Deiparae, dist. 36, q. 3), Noël Alexandre (Historia ecclesiastica, s. 2, c. 4, a. 3, s. 1).


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTinN.

La p l u p a r t des théologiens qualiiient de téméraire ou fterronèc l'opinion q u i contesterait la glorieuse prérogative de Marie. « La proposition téméraire, dit De Lugo, d'après les théologiens, est celle qui est opposée au sentiment c o m m u n des P è r e s , ou qui contredit sans raison suffisante r e n s e i g n e m e n t des théologiens. Telle serait celle qui dirait q u e la b i e n h e u r e u s e Vierge n ' a p a s été enlevée au ciel en corps et en Ame ». Melchior C a n o , Suarcz , Baronius* pensent de m ê m e . D'autres théologiens signalent la doctrine opposée à l'Assomption comme erronée ou proche d'Itérésic. « La glorieuse assomption de la bienheureuse Vierge, dit Gotti, doit être tenue p o u r tellement certaine qu'on ne p o u r r a i t la nier sans se r e n d r e coupable de témérité ou m ê m e d ' e r r e u r . J'ajoute que celui q u i nierait que la b i e n h e u r e u s e Vierge a été enlevée au ciel avec son corps, serait suspect d'hérésie, parce qu'il m o n t r e rait ainsi la conviction q u e l'Église universelle honore la b i e n h e u reuse Vierge sous un titre faux*"' ». Le bienheureux Pierre Canisius dit que ceux qui nieraient la présence du corps de Marie dans le ciel seraient animés d'un esprit plutôt hérétique' . On peut dire 1

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1. « Propositio temeraria, apud censores theologos, est quae communi Patrum sensui opponi tur, aut quae contra doc tores theologos sentii sine sufficienti fondamento... Talis erit si quis dical Bealissimam Virginom non essf assumptam in corporc et anima in coelum. » De virtnte fidei divinœ, disp. 20, sect. 3, n. 96. 2. « Theologi in presenti temeraria censent, alque inter errorum gradus eonsliluunt et iocant qui, quoniam kaeresuin appendices sunl, a Fidei judicibus sunt animadverlendi : Ut Beatam Virginem non esse in cœlos cmn corpore assumptam. » De locis theologiciSj 1. M I , c. x. 3. « Est jain nunc tam recepta haec senlentia ut a nullo pio et cattolico possit in dubium revocavi aut sine temeritalc negari. » De Incanì., p. 2, q. 37, a. 4, d. 11, s. ìì. 4. « ï n q u a m sententiam cum Patres oinnes qui de ea re egerant, coque conspirent, cl scholasticorum classis pariter con senti a t. nullus remaneal dubitandi de ea re locus, adeo ut perfriclac frontis et procacis sit animi indici mu, Ecdesiae universalis usui et tot Patrum sententiis non acquiescere ; maximamque omnium esse temeritatem his omnibus contradicerc. » Annal, ad an. 48, § 17. 5. «Tanta certitudine gloriosa Beatac Virginis assumptio in corpore tenenda est, ut sine temeritatis aut etiam erroris labe negari non possit. Adderem negantein B. Virginem fuisse ad cœlos cum corpore assumptam, fore vehementer suspectum de b a resi, quia prrcsumeretur. hoc ex judicio erroneo procedere, nimirum quod Ecclesia universalis proponeret B. Virginem sub Ululo falso colendam. » De veritatc religioni* Christiana:, p. 2, c. M.I, % 2. lì. « ... Velut minium contentiosi. aut prorsus temerari!, et hacretico magis quain calhoHco spiriti! imbuti. » De Beala Deipara, I. V, c. v. Jean de Garthagènc dit aussi : « Ulain (Assumptionem) negare plane mihi crcdilur 1


LA CROYANCE DE L'EGLISE A LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

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que leur sentiment serait téméraire comme opposé à u n e doctrine certaine, faux comme contredisant une vérité théologique, et proche d'hérésie comme contraire k la persuasion générale et à r e n seignement a u t h e n t i q u e de l'Église; (fui l'adopterait, se r e n d r a i t coupable d'une faute g r a v e . C'est l'avis des savants rédacteurs de UAmi du Clergé: « Quant i\ l'Assomption d e la Suinte Vierge, s'il s'agissait seulement de dire s'il y aurait matière à péché mortel de ne pas y croire comme k u n dogme de foi, on devrait r é p o n d r e affirmativement, parce q u e l'Assomption est enseignée p a r le magistère ordinaire de l'Église, ainsi q u ' e n témoigne, entre a u t r e s preuves, la célébration de la fôte ». 1

§ IV. — T é m o i g n a g e s d'Églises particulières et réprobation du sentiment opposé.

Nous connaissons m a i n t e n a n t ce qu'enseigne le magistère o r d i naire et universel de l'Église, au sujet de l'Assomption. Paen donc de plus certain que la glorification complète do Notre-Dame au ciel, en corps et en â m e . Il ne sera p a s , toutefois, sans intérêt d'entendre l'écho de r e n s e i g n e m e n t de l'Église catholique dans quelques églises particulières, et de constater avec quel soin j a l o u x , elles onl proscrit le sentiment contraire au glorieux privilège de Marie. La fôte de la Dormition de la Sainte Vierge avait acquis u n plus grand éclat sous le pontificat du p a p e Sergius (G87-707) qui établit une procession solennelle ce j o u r - l à . Au d é p a r t , le pontife chantait cette oraison : « Seigneur, la fôte de ce j o u r est d i g n e de toute notre vénération; car a u j o u r d ' h u i , la sainte More de Dieu, qui a mis au monde votre Fils i n c a r n é , a passé p a r la m o r t t e m p o r e l l e , mais n ' a pu être r e t e n u e d a n s ses l i e n s ». 2

cironcum quia pugnat cuín omnium catholicorum sensu, scu cum communi Ecclesitr catholicre judicio, quae assumptionem Virginisin corpore sole m ni ri tu colendam omnibus Jidclibus p ropo ni t et praecipil. » Desacris arcanis BeaUe Virginia, 1. 14, boni. 13, g 3 . 1. 10 décembre 1896, p. 1033. 2. » Veneranda nobis, Domine, bujus est diei feslivitas, in qua sancta Dei Genilrix mortem subiil temporalem, nec lamen mortis nexibus deprimí poluit, quae Filium lu uni Do mi nu m nostrum de se genuit incaniatum. Qui tecuin vivit e! régnât Deus. » [P. L. JLXXVIU, 133.) }

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

7


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Dès la fin du sixième siècle, sous l ' e m p e r e u r Maurice (582-60-2), l'Orient célébrait la fête de la Dormition avec solennité K A l'exemple de Home, les diverses Eglises des Gaules honorèrent bientôt l'Assomption de la Vierge d ' u n culte de plus en plus solennel. « La Vierge Mère de Dieu, dit la Liturgie gallicane, a quitté ce monde pour aller rejoindre le Christ. ÏJe môme qu'elle n'a point subi la contagion de la corruption du péché, ainsi n'a-t-elle point connu la dissolution du t o m b e a u . . . A juste titre, vous avez été h e u r e u s e m e n t reçue dans l'Assomption p a r Celui que vous avez conçu; et la pierre d u tombeau n ' a point retenu celle qui n'avait rien commis de terrestre - ». 1

Au neuvième siècle, le concile de Maycnce, réuni p a r ordre de Charletnagne en 813, et les ordonnances de Hérard, archevêque de Tours, prescrivent de fêter solennellement l'Assomption de la Vierge . :i

Trois siècles plus tard, Gui, évoque d u Mans (1126-1130), disciple de saint Anselme, estimant que la fête de l'Assomption n'était pas célébrée avec une assez g r a n d e solennité, ordonna, d'accord avec les chanoines de son Église, q u e désormais elle serait élevée au môme degré que la fôte d'été de saint (Servais, et qu'elle aurait une octave, comme celle de saint Laurent. Et le pieux pontife voul u t contribuer de ses deniers aux frais que sa décision entraînerait*. 1. « Nicëphore Callisto dit que ce fut l'empereur Maurice qui ordonna de fêler dans tout l'empire d'Orient la mort de la Sainte Vierge, le 15 d'août; ce qui n'empùclie pas qu'on en fît, dès auparavant, quelque solennité. » Tiiieinont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. I, Notes sur la Sainte Vierge, n. 18, p. 476. 2. « . . . N e c p e r Assumptionemde morie sensilinluviem, quae vitae portavil Auctoretn; fusis precibus Dominimi imploremus, ut ejus indulgenza illuc defuncti hherentur a tartaro, quo beatae Virginia Iranslatum corpus est de sepulcro. » Cotlectio post nomina. «...Virgo Dei GeniLrixdcinundo migrava ad Ohristuin. Quae noe de corruptions suscepit contagium, nec resolutionein pertulil in sepulcro... Recte ab ipso (Christo) suscepla es in Assumptionem féliciter, quem pie suscepisti conceptura per lidem, ut quae terrae non eras conscia, non teneret rupes inclusa. » Contestano. (P. LXXU, 244, 245.) 3. Concilium Moguntiacum, canon XXXVI : « Festos dies in anno celebrare sancimus... assumptionem sanctae Mariae... » Mansi, Sacrar uni concilwrum nova et amplissima collecfio, t. XV, c. i,\xm. Capitula ìlcrardi. areh. Tur., collecta rx Capitularìbus regum Francorum, c. LX1 : « De feslivitalibus quae feriari debeant... Purificatione sanctae Mariae, et Asï.umptionc... (P. L., CXXI, 768.; •i. « Guido interim, omnibus canonicis astantibus et assensum praebentibus, in suo


LA CROYANCE DE l/ECLISE X LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

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La doctrine de l'Assomption était chère à l'ancienne Soi^bonnc, (jui se lit un devoir de la défendre contre les témérités de quelques rares opposants. Eu 1497, un prédicateur n o m m é Jean Morcelle, osa avancer dans un s e r m o n , prêché le j o u r m ê m e de l'Assomption, plusieurs propositions qui firent scandale. Dès que la faculté de théologie en eut connaissance, elle se réunit, le 23 d'août, et décida d'obliger Jean Morcelle h se r é t r a c t e r . Avec le consentement de Jean Simon, évêque de Paris, elle o r d o n n a au p r é d i c a teur t é m é r a i r e de r e t i r e r ses propositions et de lire la censure à elles appliquées p a r l a faculté, dans l'église où il les avait é n o n cées, le j o u r de la nativité de Marie. L'émoi avait été g r a n d ; la répression n e se fit pas a t t e n d r e . Jean Morcelle se soumit de b o n n e grâce et sincèrement : « Je, frère Jean Morcelle, p r ê t r e , bachelier formé en théologie, confesse avoir p r ê c h é le j o u r de l'Assomption de la très p u r e e t glorieuse Vierge Marie d e r n i e r passé, en l'église de céans Saint-Benoit le bien t o u r n é , les trois propositions qui s u i vent... La deuxième est celle-ci : C'est chose a p o c r y p h e que JésusChrist soit venu a u - d e v a n t de la Vierge Marie sa m è r e , q u a n d elle a été assumée et élevée en p a r a d i s . — Cette proposition est fausse, contre les dires des docteurs, favorisant à impiété ou faute d'honneur de fils à m è r e , offensive de bonnes et dévotes oreilles, diminulive de la dévotion du peuple c h r é t i e n , qu'il a à la t r è s glorieuse Vierge Marie, Mère de notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ. « La troisième proposition est : Nous ne s o m m e s point tenus de croire sous peine de péché mortel q u e la Vierge Marie ait été assumée en corps et en à m e , p a r c e que ce n'est pas article de foi. — Cette proposition, comme elle git, est téméraire, scandaleuse contre la c o m m u n e croyance, diminutive de la b o n n e dévotion du peuple couslituit capitulo, Assumptioncm bealae Mariac, quae ab antiquo usque ad sua teinpora apud nos minus quam deberet, solemniLer colebatur; codem modo eodemque bonore, sed inajori ainodo celebrari, quo soleinnitas sancli Gervasii aeslivalis in nostra servaiur ecclesia; el oclavas Assumplionis, sicul. feslum sancli Laurcnlii. ConcesMlquc idem l'ontifex. de censu proprio unde dupiiees fieri, et Ibus valeat praeparari in eadem A s sumptione ad nocturnos. Nam antea ea festivitale uno tantum duplice et thure ad laudes noslri ulebantur Canonici. » Gcsla GuidonU episcopi. (Aclus Pontificum cenomanenslum.) — D. Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 339.


LA UOCTKLNlï DE L'ASSOMPTION.

100

chrétien & la très excellente et très benoîte Vierge Marie, fausse et hérétique. « Et parce que j e , frère Jean Morcelle, veux et désire p r ê c h e r au peuple de Dieu vraie et saine doctrine à l'édification des âmes, honorer Dieu et la très p u r e et très glorieuse Vierge Marie, sa Mère, obéir à notre Mère sainte Église, à Révérend Père Monseigneur Téveque de Paris et à la très sacrée Faculté de Théologie, ma m è r e , j e rétracte, révoque et rappelle les trois propositions ainsi p a r moi prêchées en ce lieu, en a d h é r a n t et consentant auxdites qualifications faites p a r l a très sacrée Faculté de Théologie, m a mère, confirmées et approuvées p a r m o n d i t sieur Révérend P è r e en Dieu Monsieur l'évcquc de Paris, j u r e et p r o m e t s par mes saints o r d r e s , en suivre l e u r dite détermination, et j a m a i s ne venir au contraire, lit ainsi m'aide notre Sauveur et R é d e m p t e u r Jésus-Christ, et sa très p u r e et glorieuse Mère Marie ». 1

L'Eglise de Paris s'est toujours distinguée p a r le c u l t e qu'elle rendait à la Vierge ressusciiée. Depuis I3fc(>, elle avait coutume de lire le sermon suivant où l'Assomption corporelle de Marie est explicitement affirmée : (c La fête de la dormition de l a sainte Mère de Dieu et de son Assomption au ciel, en corps et en à m e , repose s u r l'autorité des saints, sur les a r g u m e n t s des théologiens, môme sur les révélations, et sur le culte solennel q u i lui a été r e n d u ; ceux qui sont de l ' h é ritage du Seigneur doivent la célébrer. Il ne faut p a s tenir compte du doute émis dans un écrit adressé à Paula et à Eustochium et attribué à Sophrone et à saint J é r ô m e ; car la conduite et l'autorité de notre Mère l'Église nous manifeste le c o n t r a i r e . Aussi, mes Frères, écoutez saint Agustin dire que personne n'est sage contre la raison, ni chrétien, s'il ne pense comme l'Écriture, ni pacifique s'il n'est d'accord avec l'Église. L'Écriture dit : Levez-vous, Seig n e u r , entrez dans le lieu de votre repos, vous et l ' a r c h e que vous avez sanctifiée. Le S e i g n e u r s'est levé, non q u a n t à sa divinité, ni q u a n t à son àme, qui n'est point m o r t e , mais q u a n t à son corps qui, après de n o m b r e u s e s souffrances, est mort, et ensuite est l,

G. GAUDW,

Assumptio

Mariac

Yirginis

vindicala.

Paris, 1670.'Appendice, p. 7-10.


LA CROYANCE DE L'EGLISE A LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

101

ressuscité. De m ê m e l'arche sanctifiée, c'est-à-dire, Marie, pleine de g r â c e , est ressuscitéc, comme son Fils, en corps et en â m e . Saint Augustin nous l ' a p p r e n d en ces termes : Il est nécessaire q u e le trône de Dieu, le tabernacle du Christ, l'habitation du Seigneur, c'est-à-dire le corps de Marie, soit l à où est le Christ. Il est p l u s digne que ce trésor soit conservé d a n s le ciel plutôt que s u r la terre. Le bienheureux Bernard nous le confirme p a r cette raison : Si le corps de l a Vierge Marie n'avait point été enlevé a u ciel avec son â m e , mais restait caché s u r terre, le S e i g n e u r Christ semblerait avoir méprisé ou n'avoir p a s suffisamment préservé l'honneur de sa m è r e , qu'il a c e p e n d a n t honorée et aimée au plus haut d e g r é . Car les corps des saints sont restés sur terre et les endroits où ils reposent sont c o n n u s ; aussi les chrétiens s'y r e n d e n t - i l s avec empressement p o u r les v é n é r e r ; ce qui est évident pour les corps des saints Pierre et P a u l et des autres élus de Dieu; à combien plus forte raison les fidèles honoreraient-ils p a r de pieuses visites le corps de la Bienheureuse Marie, s'il était sur t e r r e , et verraiton de nombreuses foules de chrétiens accourir près de lui. Donc .si le corps de la Sainte Vierge n'avait pas été enlevé au ciel avec son ihne, mais restait caché sur t e r r e , le Seigneur, q u i est son Fils et sa chair, aurait soulïert q u e le lieu o ù reposerait le corps d e sa Mère lut i g n o r é , alors que nous devons a d m e t t r e qu'il mérite u n e vénération plus g r a n d e q u e les corps des a u t r e s saints, c'est-àdire l ' h y p e r d u l i e . Dites, j e vous p r i e , est-ce que Élie n'est p a s élevé dans le ciel dans u n c h a r de feu, et la Mère de Dieu s e r a i t victime de la corruption dans le t o m b e a u ? Non; voici q u e l'Église nous enseigne le c o n t r a i r e , et que sa p r i è r e universelle dit de la Vierge : Elle n ' a pu être r e t e n u e d a n s les liens de l a mort, celle qui a mis a u m o n d e son Fils, Notre-Seigneur i n c a r n é , Jésus-Christ. Si cela est vrai, il s'ensuit qu'elle a vaincu la m o r t , et qu elle est montée au ciel avec son corps glorifié. P u i s q u e après sa m o r t , son corps a été confié au t o m b e a u , q u e les contradicteurs n o u s le m o n t r e n t enseveli, ou qu'ils avouent sa résurrection. Bien p l u tôt, qu'ils prient et h o n o r e n t avec nous la Vierge enlevée au •ciel avec son corps, afin que, p a r son intervention, nous m é r i t i o n s d'être admis clans la m ê m e félicité glorieuse, où elle est e n t r é e


102

LA DOCTRINE DE Ï/ASSOMPTION.

aujourd'hui, p a r la faveur de Noire-Seigneur Jésus-ChrisL, dont 1

le règne d e m e u r e dans les siècles des siècles ». Or, vers 16G8, à l'occasion d u renouvellement de l'exemplaire du martyrologe, un chanoine n o m m é Claude Joly réussit à faire substituer au témoignage si formel q u e l'on vient de lire les paroles trop timides et théologiquement inexactes d'Usuard, malgré l'opposition de plusieurs docteurs de Sorbonne, surtout de Jacques Caudin, dont l'ouvrage a été déjà cité, et de Nicolas Billiard (Ladvocat), qui p u b l i a l a m ê m e année 1G70 ses Yindiciœ partheniae de vera assumplione corpórea. IL Marias. Les jansénistes parurent favorables au sentiment de Claude Joly, ainsi que ceux qui étaient plus ou moins suspects d'accepter leurs idées; en 1727, un de l e u r s livres : La solide dévotion du Rosaire, enseignait qu'il fallait g a r d e r le silence sur l'Assomption et ne point h o n o rer la Sainte Vierge p a r la témérité et le m e n s o n g e . Quelques historiens aussi, constatant le p e u de valeur des récits a p o c r y p h e s , et, d'autre p a r t , oubliant qu'ils ne sont point le fondement de la croyance de l'Église et qu'ils sont é t r a n g e r s à l'essence de la doctrine de l'Assomption, manifestèrent l a môme opinion, avec des réserves toutefois. Tillemont, q u i p e n c h e visiblement vers le sentiment opposé à l'Assomption déclare p a r l e r « suivant les principes de l'histoire et non suivant ceux de la t h é o l o g i e , — et ne point se r e n d r e j u g e de l'opinion q u i semble reçue p a r le commun consentement des fidèles, que Dieu a ressuscité la Sainte Vierge"' ». Le grave historien a le tort de laisser croire ici q u ' u n e chose peut être fausse en histoire et vraie en théologie, et qu'on peut, à son g r é , accepter ou nier la doctrine de l ' A s s o m p t i o n . 2

4

L'historien dominicain Noël Alexandre p a r u t aussi d o u t e r du privilège de Marie, et fui b l â m é p a r les supérieurs de son o r d r e . Alors il n'hésita pas à dire qu'il avait seulement voulu p r é t e n d r e

t. G A U D I N , ¿06*. cit.) Appendice. 2. P. 135. 3. Mémoires, t. I, Notes sur la Sainte Vierge, n. x v . 4. Ces détails sont empruntés â mon opuscule publié dans la collection Science et Religion : « L'Assomption de la Sainte Vierge. Exposé et Histoire d'une croyance catholique, » p. 45 et suiv.


LA CROYANCE DE L'EGLISE A LA DOCTRINE DE l/ASSOMPTION.

lo»

que l'Assomption n'est pas un dogme défini p a r l'Église : « D'ailleurs, ajouta-t-il, j e n'ai point m a n q u é an devoir de la piété, j e n'ai [joint pensé q u ' o n pouvait révoquer en doute l'Assomption de la Vierge More de Dieu au ciel, avec son corps ressuscité. Bien plus, j ' a i dit qu'on devait embrasser cette doclrine connue conforme à la piété et b e a u c o u p plus p r o b a b l e à cause des raisons sur lesquelles elle s'appuie, parce que l'Église l'enseigne ainsi, de telle sorte qne celui q u i en douterait n ' é c h a p p e r a i t pas à la noie de témérité . » l

La controverse parisienne eut son p e n d a n t en Belgique, à l ' u n i versité de Louvain, au déclin du X V I I I * siècle. Mais là, comme à Paris, la thèse opposée à l'Assomption trouva de n o m b r e u x et savants contradicteurs; elle h e u r t a i t trop le sentiment chrétien et la vraie théologie pour q u ' i l en l u t a u t r e m e n t . Un professeur d'histoire, le docteur Marant, ne c o m p r e n a n t pas le caractère théologique du fait de l'Assomption, voulut le traiter comme tout événement historique; au uom de ce qu'il croyait être la c r i t i q u e , il révoqua en doute la résurrection d e Marie, d'abord d a n s des propos réitérés qui le firent accuser de témérité par le corps professoral de Louvain, puis dans un ouvrage qu'il publia m a l g r é la défense d u cardinal-archevêque de Malinos, et m a l g r é les exhortations de ses amis et collègues, b i e n p l u s , contre le g r é d u g o u v e r n e u r du Brabant. Son livre suscita plusieurs réfutations, entre autres celles des prêtres S a l m ó n , van den B a v i è r e , et v a n den D r i e s c h . Le mécontentement était g é n é r a l , dans l'Université et dans tout le pays. Comme l ' o u v r a g e avait été i m p r i m é à la t y p o g r a p h i e a c a d é mique sans que les surintendants en eussent eu connaissance l'auteur s'étant c h a r g é de tous les frais, on décida, dans une assem2

3

4

1. Historia ecclesiastica, saee. n, c. 2, a. 3 , s. 1 . 2. Apologeticum tentamen pro communi Ecclesia; persuasione, qua pie creditur lieatic Maria; Virginio corpus in cœlis existere. Gandavi, 1788. 3. He flexiones inlibrum,cui litulus : P. S. Marant discussio histórica, lìrugio, in-8. •i. Discussio discussionis histórica; P. S. Marant, Gandavi, in 4. Sans nom d'auteur : Assumptio B. Maroc Virginis in cœlum eu m corpore ef anima, ex traditions ecclesiastica, et mente Ecclesia; vindícala contra P. Marant. hist. Eccìes. profess. in í'niversiíate Lovaniensi, discussione»! historicam. Ypris. apud T. F. Wahvein, MDCCLXXXVÏI.


un

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

blée des docteurs de l'Université, « que le directeur de l'imprimerie ne pourrait d o r é n a v a n t a d m e t t r e aucun o u v r a g e quelconque, dût-il même être i m p r i m é aux dépens de l ' a u t e u r , sans la connaissance et le consentement des s u r i n t e n d a n t s de ladite imprimerie . » Tant avait été grand le scandale causé p a r le livre de Marant! ]

I . D E BACKKH.

186.

Bibliothèque

des écrivains

de la Compagnie

de Jésus, i.

V,

p.

184-


CHAPITRE IV LA TRADITION JHVINO-AVOSTOLIQUE. Nisi firmissima Ecclesia' lides quoad corpoream Bcatae Maria? assumptionem ilici vclit levis nimis crcdulilas, quod vel conitarc impium est, procul dubio eu m a Tradilione divino-aposlolica, id est a Revclalione, or lu m haberc firmissîmc lenendum. (Poslulalum au Concile du Vatican.)

§ I. —

Révélation.

Le développement logique de notre travail appelle ici l'examen de la présence de l a doctrine de l'Assomption d a n s le dépôt de la révélation évangéliqne. Il est indispensable, avant tout, de ne pas perdre de vue les d e u x points qui ont été démontrés plus h a u t , à. savoir q u e l'Église enseigne a u t h e n t i q u e m e n t , et p a r conséquent infailliblement, la résurrection d e l à Sainte Vierge, objet doctrin a l — et que ce privilège accordé à Marie n e r e n t r e rigoureusement dans le concept d'aucun d o g m e révélé en t a n t que tel, bien qu'il soit une vérité catholique, au sens strict d u mot. De plus, il faut se souvenir q u e la tradition écrite ne peut, à elle seule, nous fournir la preuve d e l'Assomption, puisque les documents o r t h o doxes les plus anciens ne r e m o n t e n t pas au delà d u v i siècle. Sur quelle base repose d o n c l'absolue c e r t i t u d e de l a croyance de l'Eglise enseignante à l a résurrection de Notre-Dame? Dieu ne l'a-t-il pas placée sous la g a r a n t i e de sa divine a u t o r i t é , d a n s l'économie de la Loi nouvelle, qui réalise tous les desseins de l a miséricorde du Seigneur pour le salut d u m o n d e ? Il faut r é p o n d r e affirmativement, et d i r e que l a doctrine de l'Assomption est du n o m b r e de ces vérités qui composent le dépôt d e l à révélation évangelique et q u e c


100

LA DOCTRINE DE LASSOMPTION.

les Apôtres ont transmises à leurs successeurs, c o m m e appuyées sur l'autorité de Dieu. Nous allons tâcher d'en d o n n e r la preuve aussi clairement et aussi b r i è v e m e n t q u e possible. Comme il s'agit d ' u n objet doctrinal, toute l a question se réduit, en fin de compte, à r e c h e r c h e r son origine apostolique, soit qu'il ait été révélé explicitement, p a r u n m o d e q u e l c o n q u e , soit môme qu'il ait été constaté p a r les moyens ordinaires, si la chose était possible; car, d a n s l ' u n et l'autre cas, il a pour g a r a n t Dieu lui-même, ainsi que nous l a v o n s d é m o n t r é au d é b u t de ce travail, en c h e r c h a n t à préciser la n a t u r e du pouvoir doctrinal des apôtres. Aucune croyance ne p e u t être déclarée de foi divine catholique, si elle ne procède de cette source divino-apostolique. Or, on le sait, il n e nous reste pas de d o c u m e n t a u t h e n t i q u e et orthodoxe, antérieur au vi ' siècle, qui al'Jirmc d'une manière explicite la résurrection et la vie glorieuse du corps de la Très Sainte Vierge. En effet, le s e r m o n De Assumplione a t t r i b u é à saint Augustin est de beaucoup postérieur à cette époque, et les érudits r e g a r d e n t comme interpolé un texte de la Chronique d'Ëusèbe, où il y a une allusion n o n équivoque à l'Assomption. Les ouvrages tipocryphes, entre autres le livre du pseudo-Méliton, De Iransilu Mariée Virgin is qui date d u vi ' siècle, et qui ne fait, assure-t-on, qu'imiter un écrit d u n siècle, et les manuscrits syriaques du Musée britannique nous a p p o r t e n t p r o b a b l e m e n t un témoignage plus a n c i e n . L'existence m ê m e de la fête d e l'Assomption, en Orient, au vi'* et au v' siècle, ne fait a u c u n d o u t e p o u r les historiens les plus sévères. 1

1

}

p

1

:

Mais au point de vue théologique qui nous occupe, il vaut mieux négliger toutes ces questions de l ' a u t h e n t i c i t é , de l'antiquité et du n o m b r e des documents écrits, où la r é s u r r e c t i o n de la Sainte Vierge se trouve affirmée en termes explicites ou équivale ruinent. Ce qu'il y a de certain, c'est q u e ces d o c u m e n t s ne r e m o n t e n t pas à la période apostolique el qu'il subsiste dans la tradition écrite u n vide que les découvertes futures ne combleront pas, p r o b a b l e ment. De quelque étendue qu'il soit, cela n e c h a n g e p a s la ques 1. Dictionnaire de la Bible, de bibliques, t. II, sect. 3. art. 4.

VIGOUHOUX,

au mot : Assomption.

—LE

llin. Éludes


LA TliAWTIOX MVINO-APOSTOMQUE.

107

tion pour le théologien ; nécessairement il faut trouver, à la p a r o l e infaillible de l'Église enseignante cl à la c r o y a n c e , aussi infaillible, de l'Église enseignée, un fondement ailleurs q u e dans l a tradition écrite; et la plus ou moins g r a n d e d u r é e d u silence des d o cuments n'ajoute ni n'enlève rien à l a facilité ou à la difficulté de la r é p o n s e , d o n t la circonstance de temps ne change pas la nature p u r e m e n t théologique. Aussi, p r e n d r o n s - n o u s comme point de départ le m o m e n t où la tradition a p p a r a î t incontestable et doublement a p p u y é e , de l'aveu de tous, sur le témoignage d'œuvres authentiques et sur l'existence de la fête de l'Assomption en Orient et en Occident, c'est-à-dire le début du vu ' siècle K 1

Si le r a i s o n n e m e n t ne devait pas ê t r e le m ê m e , q u e Ton s'arrête au v u siècle ou q u e Ton remonte plus h a u t , il y aurait i n j u s tice à ne pas tenir c o m p t e des p r e u v e s certaines de la croyance à l'Assomption et d e l'existence de la fête, données p a r les âges p r é cédents. En effet, l'Orient célébrait l'Assomption au p l u s tard au vi ' siècle, puisque l'empereur Maurice (582-002) trouvant la fête déjà établie, voulut lui assurer le plus d'éclat pos&ible p a r des prescriptions positives é m a n a n t de son a u t o r i t é i m p é r i a l e E t les papes, surtout saint Grégoire le G r a n d , c o n t e m p o r a i n et ami de Maurice, n ' a u r a i e n t pas m a n q u é de r é c l a m e r , si dans celte p a r t i e importante de l'Église qu'était l'Orient, on avait attribué un sens laux à une fête religieuse. A Jérusalem, la tradition orale est constatée, au v i siècle, p a r l'auteur de l'Itinéraire des Lieux saints, écrit vers 570 : « Dans la vallée d e G e t h s e m a n i se trouve la basilique de sainte Marie, où Ton m o n t r e le sépulcre, d'où on r a p p o r t e q u e la sainte Vierge Marie fut enlevée dans les cieux; — I?i qua {valle 0

1

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1. « Vers le temps du concile in Trullo, nous trouvons à Rome un document non seulement sur ces deux fêles (la Présentai ion et l'Annonciation), mais encore sur deux autres fêtes de la sainte Vierge, celle de la Nativité ( 8 septembre) et celle de la Donnition (15 août). Les quatre fêtes sont marquées dans le sacra m en taire gèlasien du commencement du huitième siècle. Elles étaient donc entrées, dès le septième siècle, dans l'usage romain... Ces quatre ietes sont, pour l'Occident, d'importation byzantine. Elles furent d'abord introduites à Rome; les pays de rit gallican ne les connurent pas avant l'adoption de la liturgie romaine. » Uuchesne, Origines du culte chrétien, p. 261, 2. 2. TILLEMONT, Mémoires, t. I , Notes sur la sainte Vierge, n. 18, p. 476. — B E N E DICTUS XIV, De festis /S. M. V. c. 8. (Summa aurea, t. IIL, p. 1457-1477. — N I L L E S , l. c, t. I, p. 93. t


J08

LA

DOCTRINE

DE

L'ASSOMPTION.

Gethsemane) est basìlica sanctae Mariae, in gita monslvatur seputcrum de quo die uni sane tam Mariani ad endos fuisse sublatamK » D'outre part, en Occident, les plus anciens et les plua importants d o c u m e n t s , liturgiques et a u t r e s , ne p r é s e n t e n t point la lete de l'Assomption comme v e n a n t d'être instituée d a n s l'Église romaine, à l'epoque où. eux-mêmes ont été écrits. Au contraire, ils en parlent comme d'une solennité déjà entrée d a n s la coutume ci ayant une origine a n c i e n n e , témoin le décret d u p a p e saint Seri^'ius V (($87-701), qui o r d o n n e une procession p o u r ce j o u r - l à - ; témoin la réponse de Nicolas T aux Bulgares (858), qui représente, comme d'un usage a n t i q u e , les j e û n e s des veilles de l'Assomption et de Noël : L'Église romaine g a r d e ces saints j e û n e s qu'elle a reçus de l'antiquité. Quae jejunia sanela Romana suscepit antiquitus et tenet Ecclesia , On avait cru u n a n i m e m e n t jusqu'ici que Home célébrait la fòle de l'Assomption au t e m p s de saint Grégoire le Grand (590-604) et m ê m e a u p a r a v a n t . Benoît XIV pense même que ce saint pape a e m p r u n t é à l'œuvre de saint Gélasc (492-496) la collecte suivante : « Que la solennité v é n é r a b l e de ce j o u r nous apporte un secours salutaire, puisque a u j o u r d ' h u i la sainte Mère de Dieu, qui a mis au m o n d e le Fils i n c a r n é , a subi la mort temporelle, mais n ' a pu être r e t e n u e dans ses liens; — Veneranda nobis Domine, hujus dici festivitas opem conferai salutarci}** in qua sancta Dei Genitri.c morlem snbiit lemporalem, nec lamen morti* nexibus deprimipotuit quae Filium tuum de se genint incarnatimi » D'autres auteurs l'ont r e m o n t e r j u s q u ' à saint Léon l (440-461) plusieurs formules des sacramentaires, dits gélasicn et grégorien. L'étude des manuscrits les plus anciens a conduit les érudits de notre temps à conclure qu'il est impossible d e r e c o n n a î t r e dans ces deux sacramentaires ce qui a p p a r t i e n t r é e l l e m e n t à saint Gélase r

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1. TOBLER, Antonini martyvis Perambulalio locorum sanctorum (circa 570), dans Publications de l'Orient latin^ Hinera et descriptioncs Terrœ Sanctx, t. I, p. 100. — Dis Kossi. Bulletin d'archéologie chrétienne, 1865, p. 85. 2. Constitua au te m ut in diebus AdnuntiaLionis Domini. Dormitionis et Nativilalis s a n c i i Dui gcnitrîcis semperque virginis Marias ac sancii Symconis, quod Ypapanfi Gratti appellane letama e.\eat a sancto lladriano et ad sancLam Mariam populus occurrat. Liber pontificatisi ed. D U C I I E S N E , t. I, p. 370; voir notes 43 et 44, p. 381. 3. LARBE, Conciliorum collectio, 4. P. L-, XXVIII, 133.

t. VIII, p. 185.


LA TRADITION DIVINO-APOSTOLIUIX

109

et à saint Grégoire le Grand. Mais il n'est p a s moins vrai que le résultat négatif de l e u r s investigations, poursuivies à l'aide des seuls m o n u m e n t s écrits, n e saurait expliquer l'institution et l'éclat de la fête en Occident, au v u siècle . De plus, le témoignage des apocryphes orthodoxes ne doit pas être rejeté à priori; car ceux-ci peuvent très bien m é r i t e r créance p o u r une p a r t , et q u a n d on a réussi à d é t e r m i n e r exactement l'époque de leur composition, ils prouvent a u moins l'existence d u n e opinion à cette é p o q u e précise. c

!

Quoi qu'il en soit des données positives de la tradition écrite, elles ne constituent pas une série qui r e m o n t e j u s q u ' a u x apôtres, elles ne peuvent, p a r conséquent, nous r e n d r e raison de l a croyance absolument infaillible de l'Église à. la résurrection de Marie; et il nous est i n t e r d i t de p e n s e r , sans p r e u v e s certaines, qu'il existait des documents, a u j o u r d ' h u i p e r d u s , à l'époque où la doctrine de l'Assomption a p p a r a î t reçue dans r e n s e i g n e m e n t a u t h e n t i q u e de l'Église; la chose est possible, mais nous ne pouvons baser n o t r e raisonnement sur une supposition. Et n o u s rentrons ici sur le t e r rain p u r e m e n t t h é o l o g i q u e . L'Église a-t-elle commencé à croire et à enseigner la doctrine de la résurrection et de la vie glorieuse d u corps de la Sainte Vierge, au moment assez tardif où les témoignages écrits nous apportent la preuve p a l p a b l e de sa croyance et de son enseignement? Pour répondre, il faut d'abord expliquer comment l'Église peut être amenée à croire explicitement et à enseigner a u t h e n t i q u e m e n t u n e doctrine qu'elle n ' a v a i t pas professée j u s q u e - l à en termes formels. La théologie nous l ' a p p r e n d , il est de foi que tout p r o g r è s de la doctrine révélée consiste d a n s un plus g r a n d épanouissement de la vérité surnaturelle, dans une intelligence p l u s parfaite des dogmes de la part de l'Église; il faut se g a r d e r d'y voir une a u g m e n t a tion n u m é r i q u e des vérités révélées, p a r de nouvelles révélations ou par évolution. Le d é p ô t confié aux Apôtres et transmis par eux à leurs successeurs est c o m p l e t ; la révélation évangélique n ' a u r a 1. Notes liturgiques sur l'Assomption dans Revue bénédictine, De lilurgia gatlicana, 1. H (P. L., LXX1I, 180j. MUBATOIII, De rébus liturgicis, c. v (/*. L., LXXÏV, 802 sq.). .UABILLCW,

1888, p. 342-351.


uo

LA IJOCTK1NE DE L'ASSOMPTION.

pas de supplément q u i l'enrichisse et ne d e v r a pas céder la place à une autre économie qui a p p o r t e au m o n d e plus de l u m i è r e ; après elle, il n'y a plus à a t t e n d r e q u e les clartés de l a vision béatifique. Les révélations privées n ' o n t pas un caractère catholique et n e sont point destinées à e n t r e r dans le credo de l'Église universelle, auquel elles ne peuvent ni ajouter ni contredire. Dieu les donne à des hommes privés, p o u r l e u r intérêt particulier ou p o u r la conduite de plusieurs; elles p e u v e n t aussi, selon la r e m a r q u e de Benoit XIV servir au bien général de l'Eglise, mais indirectement et sans p e r d r e leur caractère privé, sans j a m a i s devenir u n d o g m e catholique. Saint Thomas dit à ce sujet : « Dans tous les temps, il y a eu des chrétiens doués de l'esprit de p r o p h é t i e : non p o u r p r o c l a m e r une nouvelle doctrine de foi, mais pour favoriser l a direction de la vie h u m a i n e ; — Singulis temporibm non defuerunù aliqui propheliae apiritum habentea, non quidem ad novam doclrinam fidei depromendani, sed ad humanorum acluum direclionem . On ne p e u t donc parler de révélation privée lorsqu'il s'agit de fixer l'origine d ' u n e doctrine catholique, au sens s l r i c t d u mot. 2

L'Eglise commence à croire explicitement à u n point de l a doctrine catholique, en raison des p r o g r è s m ê m e qu'elle réalise dans la connaissance de la révélation; car, si la foi diffère essentiellem e n t des systèmes philosophiques e t n e p e u t recevoir aucun accroissement des elibrts d u génie humain, elle est. c e p e n d a n t susceptible d ' u n progrès véritable, n o n en e l l e - m ê m e , m a i s dans l'enseignemenl de l'Église, qui, p a r u n e étude attentive et constante d e l à révélation, arrive à découvrir la présence de certaines vérités dans le dépôt primitif. Ici revient le grand p r i n c i p e de l'immutabilité et du développement du d o g m e chrétien, q u i repose sur la double fonction de gardienne et d'inlerprôte d e la révélation, dévolue à l'Église selon la parole d u concile de Vatican : Tanquam divinum deposiium Christ? Sponsae Lradiia [doctrina) fideliler custodienda et infallib'diter decluranda*. Or, l'Eglise n e p e u t apercevoir dans 1. « Kevelalio privata non proponilur Ecclesiic, sed solum (il pcculiariler alicui Personal, sive id quod rcvclalur non cédai in bon uni commune Ecclcsifc, sive eliam in bonum Ecclesbo cedat. » De can. sancL. 1. 3, c. ult.. n. 2. 2. U» H» q. 174, a. 6. ad 3. 3. Const. JDef FUius, c. iv.


LA TRADITION DI VINO-Ai'OSTOLIQUE.

i 11

le trésor de la foi qup ce qui s'y trouve contenu en proposition formelle explicite ou implicite. Quant aux vérités qui sont simplement connexes à la révélation, comme conséquences nécessaires de d o c trines formellement révélées, elles oifrcnl aussi matière à de v é r i tables p r o g r è s ; mais, c o m m e elles n e sont p a s , d'après l'opinion la plus p r o b a b l e , objet de foi divine, elles n e peuvent e n t r e r en ligne de compte ici. À plus forle raison en est-il de m ê m e des p r o positions q u i ne se rattachent au d o g m e que p a r des liens de convenance plus ou moins g r a n d e , et surtout des opinions l i b r e m e n t discutées en théologie. Et comme les vérités révélées se trouvent toutes renfermées dans la tradition orale d'origine divino-apostolique et dans l'Écriture sainte, c'est p a r l'étude de ce dépôt de la parole divine, d o u b l e q u a n t a la forme, mais unique q u a n t à l ' a u t o rité, que l'Église p a r v i e n t à la connaissance de doctrines révélées, jusque-là imparfaitement saisies, ou inaperçues. L'Église est l'interprète et la dépositaire de la tradition orale et de l'Ecriture Sainte; toutes deux lui a p p a r t i e n n e n t et relèvent de son autorité doctrinale pour l'exposition q u i doit en être laite à la communauté des fidèles. De là vient qu'elle met un soin vigilant à en pénétrer le sens, à découvrir les vérités qui y sont r e n f e r m é e s , et, on peut le d i r e , sur l'un et l'autre t e r r a i n , le c h a m p d e ses connaissances d o g m a t i q u e s s'est accru p a r la découverte ou p a r la précision de plusieurs vérités révélées : l'histoire en témoigne. Aucun théologien ne sera surpris de n o u s voir i n d i q u e r la tradition orale comme source partielle de la révélation, m ê m e a n t é r i e u r e ment à r É c r i t u r e ; car l'Église est fondée s u r r e n s e i g n e m e n t oral et la parole vivante du pouvoir enseignant, en vertu de la volonté même de Notre-Scigneur, qui a placé l'essence de F apostolat dans la mission de prédicateur et n o n pas d a n s celle d'écrivain inspiré : « Allez, enseignez toutes les nations. — Allez p a r tout le m o n d e , p r ê chez l'Évangile; — Etudes docetc omnes génies. — Eunies in munditm universum, prœdicate evangelium ». Et l'Écriture n e vaut p o u r nous que p a r c e que l'Égli se infaillible nous assure de son caractère 1

1. S . M A T T . . X W I I I , 1 9 . —

logicis, 1. III, c . m.

S. MAI»:,

15.

— Voir

MELCIIIOR C \ N O ,

De locis

theo-


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

112

divin. Ces principes, élémentaires en théologie, sont à l'opposé de la théorie p r o t e s t a n t e ; ils ne s'éloignent p a s moins des tendances rationalistes d ' u n e critique exagérée qui n e veut accepter aucun témoignage en dehors des preuves écrites, c o m m e si l a révélation n'avait pas été confiée au magistère oral de l'Eglise, et comme si elle avait dû, les Apôtres les premiers, e n s e i g n e r par écrit toutes les croyances chrétiennes, en prévision de certaines exigences qui, dans Tordre des idées, sentent trop le m a t é r i a l i s m e positiviste. D'ailleurs, la simple raison d é m o n t r e q u e le t é m o i g n a g e verbal, transmis fidèlement d'âge en Age, mérite créance, aussi bien que les documents écrits. Sous peine de contredire en même temps la théologie catholique et la saine philosophie, on est donc obligé d'admettre la légitimité du principe de la tradition orale, en matière de dogme c o m m e en autre chose. Donc, puisque l'Église croit et enseigne, à u n e époque donnée : au A Ti siècle, au vi , m ô m e au v , la glorieuse Assomption de la Sainte Vierge, il faut de toute nécessité qu'elle appuie sa croyance sur des documents i n a t t a q u a b l e s ou sur l a tradition doctrinale vivante, ou enfin sur l'Écriture Sainte. Mais, nous l'avons vu, les premiers m o n u m e n t s écrits qui témoignent explicitement de la croyance à la résurrection de Marie datent d ' u n e époque de b e a u coup postérieure h la période apostolique. Il reste donc à eu chercher la raison dans la tradition orale ou d a n s l'Écriture. On p e u t admettre alors qu'il y a eu progrès de la p a r t de l'Église, qui serait parvenue à connaître la présence de la doctrine de l'Assomption dans l'une ou l'autre partie d u dépôt révélé. Môme avec des données précises sur ce fait du développement de la croyance à la r é s u r r e c tion de Marie, on devrait conclure q u e cette d o c t r i n e , — car c'en est une, nous l'avons vu, — a été formulée dès le d é b u t de l'Église, a p r è s le triomphe de la Vierge, bien q u e , tout d ' a b o r d o r a l e , peut-être môme partielle, elle n'ait été consignée p a r écrit que daus les siècles suivants. P e u i m p o r t e , en effet, qu'il y ait e u ou non, sur ce point, p r o g r è s dans l'interprétation de l'Écriture ou dans l'extension de la tradition o r a l e ; l'Assomption n ' e n ferait pas moins nécessairement partie de la r é v é l a t i o n , q u o i q u ' o n ne l'eût reconnu que plus t a r d , puisque, dans le p r e m i e r cas, elle se conr

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I A TRADITION DIVINO-APOSTOLIQLE.

113

fondrait avec les autres vérités de la Bible, et q u e , dans le second, elle émanerait, comme de sa source, du pouvoir doctrinal p r o p r e aux Apôtres. Uemarquons-le bieu, le développement d'une vérité dogmatique qui n ' a u r a i t pas p o u r base r e n s e i g n e m e n t des Apôtres ou TÉcriture Sainte, ne saurait, à lui seul, a p p o r t e r toute la certitude voulue à la croyance de l'Église; car celle-ci ne p e u t inférer rigoureusement sa croyance que d'une tradition r é v é l é e : c'est le seul fondement possible, en dehors de documents apostoliques. La persuasion infaillible g a r a n t i s s a n t l'absolue certitude de la r é s u r rection et de la vie glorieuse d u corps de l'auguste Vierge doit donc nécessairement reposer sur une autre base q u e sur des i n ductions q u i , — n o u s l'avons vu plus h a u t — ne fixent pas l'esprit d'une m a n i è r e irrévocable dans la conclusion et laissent possibilité à d'autres desseins de Dieu sur sa Mère i m m a c u l é e . P a r conséquent, la tradition et l'enseignement dogmatiques n ' o n t p u , p a r leur seul développement externe, a m e n e r l'Église ¿1 enseigner sa foi avec cette certitude complète, i n é b r a n l a b l e , infaillible, qui s'a!tache à sa parole. 11 faut trouver ailleurs l a vraie raison de sa c o n d u i t e ; et puisqu'une explication est nécessaire, on doit la c h e r c h e r dans la plus plausible des possibilités. Il n'y en a q u ' u n e : l'existence d ' u n e tradition orale d é r i v a n t de l a source apostolique et transmise authentiquement p a r r e n s e i g n e m e n t du magistère ecclésiastique, même supposé le progrès dans l'interprétation typique de l'Écriture. Le type p r o p h é t i q u e , alors môme q u e dans son sens obvie et n a t u rel il aurait un r a p p o r t plus ou moins éloigné avec l'aotitype, n e tire toute sa valeur q u e de la libre volonté de Dieu qui lui donne d'être un signe p r o p h é t i q u e . Comme cette l i b r e volonté est p a r elle-même cachée aux h o m m e s , le sens typique de l'Écriture reste inconnu sans une l u m i è r e surnalurelle. L'interprétation des types s'appuie donc sur u n e révélation qui a sa source dans les Livres inspirés, comme il y en a plus d'un exemple, ou bien dans la tradition o r a l e . Si l'antitype est connu p a r le moyen de cette tradition orale a p o s tolique, l'Église, i n t e r p r è t e infaillible de tous les sens de l'Écriture, peut découvrir et enseigner le r a p p o r t de deux termes, du type et de l'antitype. Mais elle a toujours besoin de r e c o u r i r à l'enseignement apostolique qui, s'il n e l u i a p a s révélé le sens d u t y p e , l u i LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

8


II*

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

fait connaître l'existence d e l'antitype. Or, l'Église ne saurait avoir accepté cette tradition d ' u n faussaire ou d ' u n h é r é t i q u e , ni d'un ou plusieurs auteurs orthodoxes p a r l a n t en l e u r p r o p r e n o m , ni même d'une révélation privée, car la p a r o l e d ' u n h o m m e quel qu'il soit ne peut, p a r e l l e - m ê m e , constituer u n e doctrine infaillible et destinée à l'ensemble des chrétiens, et les communications spéciales de Dieu à une à m c privilégiée n ' o n t point ce caractère de catholicité q u i d i s t i n g u e le dépôt de l a foi. Comme la doctrine de l'Assomption est, de l a p a r t de l'Église, au v n siècle, au vi° et m ê m e au v°, l'objet d'une croyance et d'un enseignement authentiques et p a r conséquent certains, i n d u b i t a b l e s et infaillibles, elle ne procède donc point d ' u n e a u t o r i t é p u r e m e n t h u m a i n e , parce que celle-ci n ' a u r a i t p u lui d o n n e r la certitude absolue que cette croyance n ' a pas p a r elle-même, mais qu'elle possède eu réalité. 11 est évident, après avoir procédé p a r voie d'élimination, qu'il ne reste plus à cette certitude aussi complète d ' a u t r e fondement que celui d'une tradition divino-apostolique reposant, comme toutes celles du môme g e n r e , s u r la g a r a n t i e divine. c

La doctrine de l'Assomption étant d u ressort de la théologie, nous devons nécessairement pouvoir trouver les raisons de son absolue certitude, et nous ne saurions n o u s récuser en face de ce p r o b l è m e dont la solution découle, on le voit, d e s principes mêmes de la science théologique. Loin d'être inexplicable, l'origine de la croyance à l'Assomption cadre parfaitement avec le caractère de l a doctrine révélée. Si quelques-uns n e l'ont pas a p e r ç u , c'est parce qu'ils se sont enfermés dans le d o m a i n e t r o p étroit de l'histoire écrite, alors qu'il s'agissait de t h é o l o g i e ; ou mieux, c'est parce que les idées fausses d ' u n e critique exagérée les empêchaient d'admettre l'existence d ' u n e tradition orale officielle, r e m o n t a n t à. l'époque m ê m e de la résurrection de la Sainte Vierge. Rien cependant de plus conforme à la constitution m ê m e de l'Église q u i r e pose sur la parole vivante des pasteurs établis de Dieu p o u r enseig n e r la doctrine révélée; rien de p l u s conforme aussi à la saine philosophie, qui r a n g e la tradition orale p a r m i les t é m o i g n a g e s capables d'asseoir une vérité historique. La croyance à l'Assomption, en tant que tradition, relève d o n c p a r t i e l l e m e n t de l'his-


LA TUADITION DlVlNO-APOSTOLiyi'E.

Mïi

toire, d o n t nous avons p u d i r e plus h a u t qu'elle était nécessaire à l'étude complète de la définibilité du privilège de Marie. On voit dans quel sens et dans quelle m e s u r e . De ce q u ' u n e vérité n ' a pas d'attestation écrite d u r a n t les premiers siècles, il faut se g a r d e r de croire qu'elle était ignorée des pasteurs et des fidèles, encore moins qu'elle n ' a p u , en raison de ce silence, faire p a r t i e du dépôt révélé. Tous les dogmes n'ont pas été consignés p a r écrit, et le principe de l a tradition d o g matique orale est essentiel à la constitution m ê m e de l'Eglise, d'après l'enseignement des deux conciles de Trente et du Vatic a n . « Il y a b e a u c o u p de choses, dit saint Augustin, q u e l'Église universelle g a r d e et q u e l'on croit avec raison avoir été prèchées par les Apôtres, quoiqu'elles n e soient écrites n u l l e p a r t . » N'en trouvons-nous p a s plusieurs p a r m i les dogmes catholiques, dont aucun document des p r e m i e r s siècles ne fait mention et qu'il est impossible de r a t t a c h e r à l'enseignement apostolique à l'aide des seuls témoignages de la tradition écrite? Et p o u r l a n t , comme ils font partie d u dépôt révélé et q u e ce dépôt a été confié p a r Dieu aux Apôtres, ils r e m o n t e n t nécessairement j u s q u ' à l a prédication de ceux que le Christ avait établis les p r o m u l g a t e u r s de la doctrine surnaturelle. Quand il n ' y a pas d'autre explication possible à la certitude absolue d'une croyance, comme c'est le cas p o u r l'Assomption, n o n seulement on n e doit pas hésiter à recourir à l'existence d'une tradition d o g m a t i q u e orale et d'un e n s e i g n e m e n t authentique de l'Église, mais la théologie et le simple bon sens nous y obligent. 1

2

Selon Scheeben, lorsqu'on veut se r e n d r e compte du caractère apostolique d'une d o c t r i n e , il n'est pas nécessaire de constater « d'une m a n i è r e directe et positive p a r des documents c o n t e m porains, q u ' à toutes les époques et spécialement dans l'époque la plus voisine des Apôtres, l'Église a r e n d u u n témoignage actuel de cette d o c t r i n e . Il n'est pas même nécessaire, e n g é n é r a l , de prouver p o s i t i v e m e n t et directement la tradition d'une é p o q u e 1. Conc. Trid., sess. IV. — Conc. V a t i c . consl. Dei Filius, c. n, De revelatione. 2. Sunt multa quic universa te ne t. Ecclesia. et ob hoc ah aposlolis pra'ccpta creduntur, quanquam scripta non reperiantur. De HapL, I. V, c. xxni. P. L., t. XLHI, c. 1!>2.


HO-

LA DOCTHINE DE I/ASSOMPTION.

antérieure. La tradition notoire du présent, là on elle existe, suffit parfaitement, car elle atteste si b i e n , ipso fado, l'existence antér i e u r e , quoique p e u t - ê t r e plus ou moins latente, d ' u n e tradition, qu'un catholique n'en p e u t pas d o u t e r . La connaissance directo de l a tradition antérieure n a plus, à ses yeux, q u ' u n e signification scientifique . » — Nous dirions, n o u s : n'est plus q u ' u n e simple affaire d'érudition. Il suffit d ' a p p l i q u e r ici le principe formulé par Melchior Cano, qui s'entend tout aussi bien de la doctrine que de la discipline : « Si une chose, dépassant le pouvoir de l'homme, est reçue a c t u e l l e m e n t dans l'Eglise, acceptée p a r l a c o m m u n a u t é des fidèles, elle dérive nécessairement de la tradition d e s Apôtres; — Si qiiidqaam est nunc in Ecclesia communi fidelium consensionc probatum, quod tamen humana potestas efficere non potuit, ici ex Àposloloram tradiiione neeessario deriva/um es/' . » 1

2

Que les historiens nous donnent, s'ils le peuvent, les raisons positives du silence des m o n u m e n t s écrits au sujet de la doctrine de l'Assomption, c'est la tûcbe toute secondaire qui l e u r revient. Mais la théologie les oblige, s'ils veulent rester orthodoxes, à admettre q u e la croyance à l'Assomption dérive de l'autorité surhumaine des Apôtres et qu'elle a été enseignée p a r le magistère de l'Eglise, avant môme l'époque où la p r a t i q u e de l a l i t u r g i e et les documents les plus incontestables nous la m o n t r e n t reçue en Orient et en Occident. Il faut en venir là, sous peine de déclarer inexplicable l'origine de cette doctrine absolument certaine. Elle date donc d u t e m p s des Apôtres; et son caract��re n e t t e m e n t doctrinal la distingue des traditions simplement apostoliques, q u e les Apôtres ont enseignées en leur nom, et la r a n g e p a r m i les traditions divines ou divino-apostoliqups. qu'ils ont transmises au nom de Dieu et comme ses p o r t e - p a r o l e . Ces deux d e r n i è r e s catégories ont la même autorité et ne se d i s t i n g u e n t que ratione primi prseconis visibilis, selon le m o t très juste de Mazzella . P o u r les premières, c'est Notre-Seigncur visible qui les a apprises l u i - m ê m e aux Apôtres; pour les secondes, c'est encore Notre-Seigncur invi3

1. Dogmatique, t. I, n. 361, 2. 2. De locis theologicis, 1. III, c. i v . 3. De religione et Ecclesia, n. 322, p. 252, 3 .


LA TRADITION DIVINO-APOSTOLIQL'E.

117

sible, qui les enseigne p a r l'intermédiaire de ses Apôtres, p r é d i c a teurs visibles. Dans laquelle de ces deux classes r e n t r e l a doctrine de l'Assomption? Plus p r o b a b l e m e n t clans la seconde, c'est-à-dire dans les t r a ditions divino-npostoliques; car rien n'autorise à penser que NoireSeigneur a, de sa p r o p r e bouche et à l'avance, annoncé à ses disciples la résurrection de sa très sainte Mère. Peut-être est-ce là un des points q u e Jésus a dévoilés à ses disciples d u r a n t les e n t r e tiens intimes de sa vie apostolique ou p e n d a n t les quarante j o u r s qui suivirent sa p r o p r e résurrection, lorsqu'il leur parlait d u royaume de D i e u . Nous n ' e n savons rien, et on n e p e u t affirmer que ce soit une tradition dominicale. Mais ce qui n'est pas douteux, c'est que le fait de l'Assomption de l a Sainte Vierge a été connu des douze, au moins d e l'un d'eux, sinon d e plusieurs, puisque, comme nous l'avons p r o u v é , il doit nécessairement reposer sur une tradition apostolique. A-t-il été révélé p a r u n e intervention spéciale de Dieu, p a r u n e action directe du Saint-Esprit sur l'intelligence d ' u n ou de plusieurs Apôtres? La résurrection de Marie a-t-elle été constatée au moyen des sens, c o m m e les autres faits miraculeux, p a r u n ou plusieurs m e m b r e s d u collège apostolique? Dieu a-t-il m o n t r é à q u e l q u ' u n des h é r a u t s d e l a révélation le corps de la Sainte Vierge dans l'état g l o r i e u x ? En un mot, d e quelle manière la doctrine de l'Assomption est-elle une tradition divino-apostolique? 1

Ici l'histoire d e v r a i t p a r l e r , e t elle se tait, ou d u moins elle n e nous a p p r e n d rien de certain et d ' i n d u b i t a b l e ; car les d o c u m e n t s qui nous r a p p o r t e n t l a présence miraculeuse des Apôtres auprès du t o m b e a u vide de la Sainte Vierge sont d ' é p o q u e tardive, et on ne p e u t les r e g a r d e r , a u seul p o i n t de v u e historique, comme l a preuve indiscutable d ' u n e tradition o r a l e , r e m o n t a n t aux j o u r s même de l'Assomption; ils n e peuvent m ê m e pas placer hors d e doute le lieu de la m o r t et du sépulcre de l a divine Mère du S a u veur. Si nous n'avions pas l'enseignement infaillible de l'Église p a r divers organes de son magistère ordinaire, comme il a été

1. « Per die* quadraginla apparens eis et loquens de regno JJei. >< Act. Ap., i, 3 .


118

LA DOiniUNE DE L'ASSOMPTION.

expliqué, nous ne serions pas assurés de la résurrection de la Sainte Vierge, de l'existence de la prérogative qui couronne toutes les autres; et c'est la. seule question q u i soit en j e u ici. Les circonstances secondaires de la mort, du t o m b e a u , de la présence des Apôtres, du lieu m ê m e de la résurrection, sont accidentelles à l'Assomption et ne font pas partie de l'enseignement dogmatique de l'Église, ce sont des détails p u r e m e n t historiques. D'ailleurs, de quelque manière que la résurrection et la glorification du corpb de Marie aient eu lieu, on est forcé de conclure que ce fait essentiellement doctrinal r e n t r e d a n s l'enseignement apostolique, sinon m ê m e q u i ! a été l'objet d'une révélation p r o p r e m e n t dite. Pour découvrir comment un ou plusieurs Apôtres, — il n e peut être question d'autres ici, — l'ont connu, il n ' y a q u e cinq suppositions possibles : Ou b i e n , de l'absence d u corps de Marie dans le tombeau, Ton a conclu à son Assomption; ou l'on a vu son corps être miraculeusement enlevé dans les airs p a r u n moyen choisi de Dieu, le ministère visible ou invisible des Anges, p a r exemple; ou la Vierge ressuscitée a été vue m o n t e r au ciel; ou son corps i m m a culé a été aperçu dans la gloire ; ou Dieu a révélé ce privilège de sa Mère, p a r révélation spéciale. Or, dans le p r e m i e r cas, c'est-à-dire, devant le t o m b e a u vide de son précieux dépôt, tout Apôtre devait confesser son ignorance de l'endroit où se trouvait le corps de Notre-Dame, p u i s q u e l'Assomption ne découle nécessairement d ' a u c u n e vérité déjà connue, nous l'avons p r o u v é . Sans doute, les Apôtres pouvaient émettre des probabilités assez g r a n d e s , mais incapables d ' e n t r a î n e r une certitude parfaite, irrésistible, telle q u e celle qui a c c o m p a g n e un point de doctrine enseigné a u t h e n t i q u e m e n t p a r eux, comme l'a été l'Assomption. C'est donc que Dieu l a révélée lui-même à l'un d'entre eux, sinon à plusieurs, et a donné ainsi à n o t r e mystère la sanction de son infaillible et a d o r a b l e autorité, en d e h o r s de celle qui lui revient de par sa n a t u r e de doctrine apostolique. Si, comme certains a u t e u r s l'ont p r é t e n d u , la r é u n i o n de l'âme de Marie à son corps eut lieu dans le ciel, la Sainte Vierge ne serait pas sortie vivante du tombeau, mais Dieu aurait transporté


LA TRADITION DIVINO-APOSTOLIUl'K.

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miraculeusement la dépouille mortelle de Notre-Dame au séjour des bienheureux, où se serait produite la résurrection. De cet enlèvement merveilleux d u corps de la Vierge, u n apôtre, p l u sieurs peut-être a u r a i e n t été les témoins; ils n'auraient p u cependani conclure à la résurrection et à l'Assomption, puisqu'ils a u raient vu s e u l e m e n t un corps inanimé cire transporté en un lieu qu'ils ignoraient. Il faudrait donc, môme d a n s cette h y p o t h è s e , recourir à. une révélation spéciale p o u r expliquer l'absolue certitude de r e n s e i g n e m e n t apostolique à ce sujet. Dans le cas où les Apôtres, au moins l'un d'eux, auraient vu la Sainte Vierge ressuscitée s'élever au ciel, ils auraient constaté, par les moyens n a t u r e l s ordinaires, le miracle de la résurrection de Marie. Pouvaient-ils conclure à la présence au ciel de son corps virginal et désormais glorieux? Étaient-ils en droit d'affirmer qu'il était r é u n i à son â m e b i e n h e u r e u s e qui, c o m m e forme substantielle et p r i n c i p e de m o u v e m e n t , l u i c o m m u n i q u a i t u n reflet de sa p r o p r e g l o i r e ? Peut-être virent-ils, de leurs yeux, quelques effets des qualités du corps glorifié, car le Seigneur voulut p r o bablement manifester l a gloire de sa Mère à ceux qui f r é q u e m m e n t avaient joui de sa société et de ses conseils. Mais cette gloire extérieure que les Apôtres ont p u voir ne se présentait pas nécessairement à eux comme q u e l q u e chose de p e r m a n e n t ; ils pouvaient n'y voir q u ' u n e manifestation p a s s a g è r e , semblable à celle dont quelques-uns d'entre eux avaient été témoins sur le Thabor p o u r Notre-Scigneur. Rien n e les autorisait à conclure, n a t u r e l l e m e n t , l'identité de cette g l o i r e avec celle des corps glorieux. En effet, les qualités glorieuses sont invisibles par e l l e s - m ê m e s ; leur principe, l'âme b i e n h e u r e u s e , n e p e u t être v u e n a t u r e l l e m e n t . Les Apôtres ne p u r e n t donc apercevoir, n a t u r e l l e m e n t , que les cilets de la gloire intime et des qualités qu'elle p r o d u i t d a n s le corps, selon l'opinion de saint T h o m a s . Or, ces effets, p a r exemple, le 1

2

1. «Dicendum quod anima est forma corporïset motor : unde cum dotes corporis ad hoc orriinenfur ut corpus perfecle anima) subjiciafur, boc erit, ut subjicialur ei perfecte. et sicut forma: etsicuï uiotori. » Saint Thomas, In IV, dist. i 9 , q. 4, a. 5, quaïsliunc. :J. 2. « Causant haruin proprietatum quidam attribuunt luci, quam dicunt esse de natura quinlœ csseiitifie, et venire in compositionem humani corporis. Quod quia frivolum est. et fabulosum, sequens August. dicimus quod procedunl e.x virlute animx glorificalas. » CqUcqU Salmanficensis cursus théologiens, t. V, p. 3 3 7 .


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

rayonnement c1 l'ascension d ' u n corps, n e d é n o t e n t p a s , par essence, les qualités glorieuses au r e g a r d n a t u r e l , m ê m e du théologien le plus exercé, car ils p e u v e n t procéder de toute autre cause, soit surnaturelle et miraculeuse, soit p r ê t e r n a t u r e l l e et diabolique. Donc les Apôtres, quelle q u e fût l e u r connaissance de la doctrine, étaient n a t u r e l l e m e n t incapables d ' a t t r i b u e r , à coup sûr, à la béatitude de Marie, l a gloire qui e n t o u r a i t son corps ressuscité. Sans doute, en vertu de celte p r é r o g a t i v e apostolique qui préservait leur foi de toute défaillance et de toute e r r e u r , ils n'avaient pas à craindre l'illusion; mais ce privilège était d'origine surnaturelle, parce q u e , n a t u r e l l e m e n t , ils pouvaient être trompés p a r le d é m o n , transformé en a n g e de l u m i è r e , c o m m e peuvent l'être les plus g r a n d s saints et les plus g r a n d s théologiens, livrés à leurs propres forces; et une s i extraordinaire p r é r o g a t i v e ne leur était accordée qu'en raison de leur mission, afin qu'ils n e fussent pas exposés à introduire d a n s le dépôt de la doctrine des erreurs p r o v e n a n t d'apparitions m e n s o n g è r e s ou d e suppôts d u démon. Cela l e u r permettait, s u r n a t u T e l l e m e n t , d e conclure sans crainte que ce miracle de la résurrection et de l'assomption glorieuse de Marie avait une cause divine, sur la n a t u r e de laquelle ils n e pouvaient êlre fixés q u e p a r u n e illumination particulière. Sans elle, en effet, l a n a t u r e du miracle l e u r échappait, et p a r l ù m ê m e , la n a t u r e de sa cause; a u t r e m e n t dit, ils savaient l'existence d u miracle, quodsit;'ûs ignoraient c o m m e i l s'opérait, quomodo sit. 11 l e u r était donc impossible, à un titre égal, d'affirmer que cette cause était i n t r i n s è q u e : la gloire de l ' â m e et les qualités glorieuses du corps, ou extrinsèque : l'action de Dieu ou de ses Anges. Qu'on n'objecte pas qu'ils devaient croire à la b é a t i t u d e de l'âme séparée d e la Vierge; la loi ordinaire les e m p ê c h a i t de conclure de sa résurrection, que son corps p a r t a g e a i t la gloire céleste. Car, selon T o r d r e commun de la Providence, p a r sa r é u n i o n a u corps, l'âme doit sortir de son t e r m e et p e r d r e sa b é a t i t u d e . La résurrection glorieuse des corps est r é s e r v é e à l a fin des t e m p s , et pour proclamer u n e exception à cette loi g é n é r a l e , il fallait u n e révélat i o n . Nous savons q u e l ' â m e qui sort de son t e r m e r e p r e n d son 1

1. Telle était bien la pensée des Pères du concile de Vatican qui demandaient la


LA TRADITION DIVINO-APOSTOLRJl"K.

corps non glorifié, tandis que .Marie, dans l'hypothèse, a p p a r u t pleine de gloire. Mais les Apôtres ne pouvaient ni qualifier d e céleste la gloire de 1 urne en raison'de celle du corps qu'ils voyaient et dont ils i g n o r a i e n t la n a t u r e , ni de la gloire de lYunc qu'ils n e voyaient pas et qu'ils devaient supposer d i s p a r u e , conclure la g l o rification du c o r p s . Ainsi, l'hypothèse q u e nous venons d'examiner ne peut, pas plus que les deux précédentes, d o n n e r r a i s o n de la certitude complète, inéluctable, de l'Assomption; seule u n e intervention divine p e u t l ' é t a b l i r ; le Seigneur seul pouvait a p p r e n dre, i n d u b i t a b l e m e n t et sans hésitation possible, aux Apôtres, qu'il faisait exception à la loi commune en faveur de Marie, et qu'il anticipait pour elle le m o m e n t de la résurrection avec toutes ses prérogatives. 1

Si la Très Sainte Vierge a été m o n t r é e , vivante et glorieuse, en corps et en àme d a n s le ciel, à un Apôtre ou à plusieurs; si, comme pour saint Etienne, les cieux se sont ouverts devant les Apôtres et s'ils ont vu le triomphe de Marie ressuscitéc, il est évident que l'on se trouve là en présence d ' u n m i r a c l e q u i constitue un véritable mode de révélation p a r lequel Dieu aurait fait connaître à q u e l q u e privilégié la gloire totale de sa Mère, car u n e pareille manifestation est absolument en dehors de la loi o r d i n a i r e . Et de la sorte, cette h y p o t h è s e , comme toutes les autres, nous condéfinition dogmatique de l'Assouiplion, car parmi les raisons invoquées se t r o m e celleci : « llagni momenli est, animadverlere juxta ordinariam Dei œconomiam animas juslorum, quibus nulla supersit peccatorum poena Iuenda, illico post niorlem ad intuilivam Dei visionem admitli; at non ita de corporibus, quae lanlum in novissimo judicii die evigilabunl resumploque spiritu divino intuitu frucnlur. » MÀHTJN, /. c , p. 107. l. Une opinion théologique, peu vraisemblable et difficile à concilier avec la véracité de Dieu, qui ne peut nous tromper, prétend que Dieu infuserait l'erreur non coupable, ou tout au inoins coopérerait à l'erreur prise formellement. Quelques-uns en prendraient peut-être occasion de nous objecter que Oieu aurait pu, a fortiori, faire adhérer les Apôtres, avec une absolue certitude, à une conclusion dont K*s preuves n'avaient en soi que des probabilités plus ou moins grandes, incapables de dissiper toute crainfc d'erreur. A supposer qu'il ait pu en être ainsi, nous aurions la un mode singulier, mais réel, de révélation, par lequel Dieu, sans se manifester et sans éclairer l'esprit, par une simple impulsion, qui ne saurai/ élre un molif de crédibilité, forcerait l'intelligence à donner un assentiment certain, alors qu'elle continue à voir qu'elle ne peut donner qu'un assentiment probable. Ce serait peu conforme à la nature de la foi qui, pour être inévidenle réclame cependant une certitude fondée cl raisonnable.


LA

DOCTRINE

DE

L'ASSOMPTION.

duit nécessairement à a d m e t t r e que les Apôtres n'avaient qu'un seul moyen de parvenir i n d u b i t a b l e m e n t à la connaissance de l'Assomption; c'est notre dernière hypothèse : celle d ' u n e révélation, quel qu'en soit le mode, d'ailleurs inconnu, qui, en instruisant les p r o m u l g a t e u r s de la foi et en suppléant à leur impuissance n a t u relle, a p u fonder l e u r enseignement, et p a r là même notre croyance. Enfin, à un autre titre, c o m m e doctrine, objet p r o p r e de r e n s e i g n e m e n t apostolique, la croyance à l'Assomption fait partie du dépôt révélé, d'après ce q u e nous avons dit d u pouvoir doctrinal des Apôtres. Les Pères d u Concile d u Vatican, signataires de l a supplique demandant l a définition d o g m a t i q u e de l'Assomption, disaient donc avec raison : « Si l'on ne veut pas que la foi très ferme de l'Église à l'Assomption corporelle de l a Bienheureuse Vierge Marie ne soit taxée de crédulité l é g è r e , ce qu'il serait i m p i e de p e n s e r , il faut tenir pour très assuré que cette croyance a son origine dans la tradition divino-apostolique, c'est-à-dire, dans la Révélation; — Nis? fmnissima Ecclesia? /ides quoad corpoream BeaUe Maria? Virginis assumptionem dici velil levis ni mis credulitas, quod vel cogitare impivm est, procul dubio eam a Tradilione divino-apostolica, id est a Bevelatione orlum habere firmissime tenendum. » C'est absolument, on le voit, la conclusion de notre r a i s o n n e m e n t . Et les prélats ajoutent encore ceci qui confirme notre h y p o t h è s e de la révélation faite même à u n seul, et qui s'accorde parfaitement avec l'enseignement g é n é r a l des théologiens sur la d a t e finale des révélations catholiques : « Ce glorieux fait a p u être r é v é l é à sain! Jean l'Évangéliste, qui m o u r u t après la b i e n h e u r e u s e Vierge; — Quod gloriosum quidem facinus Divo EmtngelisUv Joannij qui post Beatae Virginis dormitionem obiil, révélation esse potuit . . x

Il ne p e u t venir à la pensée de p e r s o n n e que cette révélation ait été faite à de simples fidèles, qui l ' a u r a i e n t transmise aux Apôtres, car ceux-ci étaient établis docteurs et pasteurs p o u r e n s e i g n e r ci non p o u r être enseignés. P a r u n e contradiction i m p u t a b l e à Dieu 1. MARTIN, l. c ,

p.

107.


LA THADITION DIYIXO-APOSTOLÏHLIE.

123

lui-même, c'eût été le renversement des rôles. Et q u a n d m ê m e , par impossible, le fait a u r a i t eu lieu, cette révélation privée serait entrée, p a r l'acceptation des Apôtres'et en vertu de sa n a t u r e doctrinale, dans le dépôt de la vérité surnaturelle, dont ils étaient seuls les témoins divins e1 les p r o m u l g a t c u r s infaillibles. En résumé, au point de vue envisagé dans ce c h a p i t r e , pour que l'esprit se repose avec une certitude complète dans une conclusion parfaitement établie, et p o u r q u e son assentiment au dogme de l'Assomption soit raisonnable, c'est au t é m o i g n a g e divin, manifesté par un ou plusieurs Apôtres, qu'il nous faul a b s o l u m e n t recourir. § I I . — L a doctrine de l ' A s s o m p t i o n d u r a n t les

cinq

l

p r e m i e r s siècles .

La doctrine de l'Assomption est une tradition d'origine divine, nous venons de le voir. Comme plusieurs a u t r e s doctrines révélées, elle n'est pas, au moins d'une manière formelle, attestée dans des écrits à la fois a u t h e n t i q u e s et orthodoxes, qui soient parvenus jusqu'à nous. D u r a n t cette période, elle a donc été l'objet d ' u n enseignement, p o u r le m o i n s o r a l ; et l'absence de témoignages écrits formels n e nuit en r i e n à son existence ; car la doctrine surnaturelle que l'Église a reçu mission d'enseigner au monde n'est pas contenue tout entière d a n s la sainte Écriture, ni dans les d o c u ments ecclésiastiques des p r e m i e r s siècles; elle se trouve aussi dans les traditions orales authentiques, transmises et conservées par l'autorité e n s e i g n a n t e . Plusieurs fois les conciles œcuméniques, ceux de Trente et du Vatican, en particulier, l'ont affirmé et condamné ceux qui oseraient les rejeter . 2

1. Je reproduis presque intégralement, dans ce paragraphe, le chapitre deuxième de mon opuscule : L'Assomption de la Sainte Vierge, de la collection Science et Religion. 2. « ...Hanc veritatem et disciplinant contineri in libris scriplis, et sine scriplo tradïtionibus, quacexipsius Christi ore ab Apostolis acceptac, aut ab ipsis Apostolis Spiritu Sancto dictante, quasi per manus tradilae, ad nos usque pervenerunl... » Conc. Trid., sess. 4, deerctum De canonicis Scripturis. « Haec porro supernaluralis revelatio, secundum universalis Ecclesiac fidein a sa ne ta Tridenlina Synodu dcclaratam conUnctur « in libris scriptis et sine scripto Iradifionibus, quae ipsius Christi ore ab Apostolis acceptae, aut ab ipsis Apostolis Spiritu Sancto


12f

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

« Il est évident, dit saint Jean Chrysostome, q u e les Apôtres n'ont p a s tout mis dans leurs lettres, mais q u ' i l s ont enseigné, de vive voix, beaucoup de choses, qu'il Tant croire. C'est pourquoi nous ajoutons foi à l a tradition de l'Église. C'est la t r a d i t i o n ; ne cherchez rien de plus . » Et saint Basile dit aussi : « Les dogmes que l'Église g a r d e et proche lui viennent, soit de la doctrine écrite, soit d e la traclilion apostolique p a r v e n u e j u s q u ' à nous. Les uns et les autres ont la môme a u t o r i t é ; et quiconque a l a moindre idée des droits de l'Église, se g a r d e bien d'y contredire ». l

2

Or, ces traditions orales n ' o n t pas toutes été consignées par écrit, surtout d è s le c o m m e n c e m e n t de l'Église; et l'on n e saurait d e m a n d e r aux premiers siècles de nous d o n n e r , soit dans des recueils officiels, soit dans des œuvres privées, l'énoncé intégral de ce qui compose le dépôt d e la doctrine révélée. Comme le lui a o r d o n n é son divin Fondateur, l'Église p r ê c h e l a vérité, et c'est sa parole q u i donne autorité à toute écriture doctrinale : à l'Écriture Sainte, parce qu'elle en g a r a n t i t l'origine divine et l'inspiration; aux recueils officiels, parce qu'ils contiennent ses décisions doctrin a l e s ; aux œuvres de ses docteurs, p a r c e qu'elles expriment sa pensée. L'absence de témoignages écrits, d'une époque, s u r u n e doctrine rec;ue dans l'Église ne n u i t donc en rien à la vérité de cette croyance. Pour n e citer qu'un exemple, les p r e m i e r s siècles n e nous apportent pas de témoignage écrit s u r l'Immaculée Conception; il faut la d é d u i r e , d'après l'enseignement de l'Église, des formules q u i la contiennent réellement, mais n o n formellement. Ainsi en va-t-il de l'Assomption, qui est affirmée en termes clairs, dictante quasi per m a n u s Iraditac, a d n o s usejue p e r v e n e r u n t . » Conc. cap. H , De revclalione.

Vatican.,

sess. 3,

Í. 'EVTSÎJÛÎV fîr)Xov ÔTt où T c a v x a àt iitictok^ç irapeôiSoffav, àXXà TioXXà xai à-Ypaswç' ójxoúoc 3 È x à x E t v a xai T a u x a ECTIV àÇtOTCLcxa. *Oare xai TÍJV TtapáSofftv Tfj; 'Exxhriffia; â g i o i c M T T o v rY(i>p.ËÛa. HapâSûtriç E G T I , pjosv lù.éov 3frtei. Hom. IV in cp. II ad Thessal., c. 2 {P. C , LXII, 488). (

2. Tü'J Èv Tfl *ExxXi)<TÍa. •Kevvl<xy\LÍ\urj GOYÍACCTÍOV xai x ï ] O u y [ j . a T w v T a y.èv sx TÎJÇ iyypâyov S'.SatyxaXiaç ËyotAEv, T a ôà èx TÏ)Ç TWV àuoffTOXwv TcapaSooEwç StaSoOévia '/\yXv èv iiuaruptu 7uap£ûc^7[j:E0a' a-£p àpLçaT&pa TYJV a Ù T ^ v leyyv iyi\ « p b ; TT,V sOfféâsiav. Kat TOÚTOIC OOSEÍC à v T E p E Î , oOxoüv o a n ; y s x a T à uixpôv yovv Get7[j.ù>v è / . x / 7 ] ' 7 i a ( j O T t x w v i c e t t E Í p a r a t , Liber de Spirilu Sancto, ad S . Amphitochium, lconii episcopum, c a p . x x v n P. G., XXXII, 188). f


I A TRADITION

DIVINO-APOSTOUQUE.

12ii

seulement au sixième siècle, clans le livre de saint Grégoire de Tours : De la gloire des martyrs. Auparavant, les saints Pères donnent à Marie des titres qui paraissent contenir, an moins d'une manière confuse, le privilège de Г Assomption, mais ne l'énoncent pas formellement. Saint Uippolyte de Dome ^260) dit en p a r l a n t de Notre-Scigneur qu'il « était sans péché, formé q u a n t à l ' h u m a n i t é , de bois incorruptibles* c'est-à-dire de la Vierge et du Saint-Esprit, revêtu, au dedans et au dehors, du Verbe de Dieu, comme de l'or le plus pur . » Saint Méthode (312) s'adresse à la Vierge en ces termes : « Quand vous êtes a p p a r u e en ce m o n d e , comme un j o u r resplendissant, la puissance du tyran infernal a été dissipée, la mort détruite et l'enfer vaincu . » 1

2

Et saint Ephrcm dans ses belles prières à la Mère de Dieu, Т а р pelle « toute p u r e , toute i m m a c u l é e , toute i r r é p r é h e n s i b l e , toute louable, ton te incorrompu e, toute bienheureuse^. » De son côté, saint E p i p h a n e ( 3 6 7 ) , dans son g r a n d ouvrage contre les hérésies, dit : « Est-ce que la Sainte Vierge Marie n ' e n t r e r a pas dans le r o y a u m e des cieux avec sa chair, elle qui n'a j a m a i s commis aucune action charnelle mais est restée sans t a c h e ? » Saint Grégoire de Nyssc, le frère de saint Dasilc le Grand, développe, sous u n e a u t r e forme, le même a r g u m e n t : « Depuis Adam jusqu'à la Mère de Dieu, l a mort a r é g n é ; m a i s elle a été détruite en Marie, parce q u e l l e a h e u r t é en elle le fruit de l a virginité, comme u n e p i e r r e d ' a c h o p p e m e n t . » 4

5

0 8s Kuptoç а у а [ л я р т У ] т о ; yjv, êx TWV «(TVJTTTWV i|u),wv то хата â v Q p c o i E o v , TOÛTECTIV ex. UapOévou x a i той a y t o u IIVEUUATOC EGCODÈM, x a i ÊHCOOEV той } . ó y o u той »-)еоС, o'ta x a O s c p w тхтш xpuiritp 7CEptxsy.a).u[A[j.evo;. In psalm. xxn (P. G., X, 00λ). 2 . SoO yàp TTrçc wxvayCaç fï»ç смтаиуоис r j p é p a ç s7rc?avEto~7)c т<в xótrpti). xaì TOV r?jç SixatoCUVY)Ç ïîXiov яроосуоуоОаг,;, £ x i r o o < b v [j.àv y i y o v e та TOÙ CTXOTO'JÇ a i u i T j p à , cppouôoç 6è x a i ó T Û p a w o ç хатвоспг xai otoJai^e [j,èv O a v a T o ; , х а т е т г о О г ] fîè xai ó a ô V , ç . Senno de Simeone et Anna, n. 5 [P. G., XVIII, 360). 1.

e

TÏ}Ç

3.

... H a v à j t p a v T E ,

raivàcniXe,

TcavapLÓXuvTE, л а ч а ^ с о ^ т е ,

7ravj[j.v7|Te, i r a v à ç O o p e ,

î:a[iu.a-

Oralio ad Deiparam. Opera yraeca (od. Assemani), 111, 528. JIûç où x).vipovo[A^c-£i THapîa /j ауСа цета <тархос t i q v paov.eiav t w v oùpavwv, tq JAÏI itopveOffaffa. [JLYJ ао-еЗДааса- j i f t o e r s u s haereses, 1. I, t. III, h. 4*2 (P. {?., XLI 777). Б . " Q a - i i s p y à p ÈTTI тг,с веотохои M a p i a ç ó ( J a c t ) e u e r a ; arcò 'Аоа|л. \iiy£i$ êK£Îvr,<; O à v a T o ç , ineiûrç liai хат' «OT^V s y s v s T O , хаОаязр t s v ì тгЕтрх тф хартгш TÏJS T i a p O e v t a ; кроаптаьаа;. nepi" OVTÏIV ( 7 u v E T p î 6 7 i . De Virginilate, c. xiu (P. С XLI, 377). xâptffTe... 4.

(


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Si d'après ces t é m o i g n a g e s , auxquels on p o u r r a i t en ajouter d'autres, la Sainte Vierge est i n c o r r u p t i b l e ; si de fait elle n ' a pas connu la corruption; si l'intégrité originale de sa c h a i r lui donne droit d'entrer au ciel avec son corps; si elle a d é t r u i t la mort, c'est donc q u e , dans la pensée de ces Pères, la Mère de Dieu jouit de la et le i v siècle, double gloire de l'àmc et d u corps : ainsi, dès le il existe des témoignages écrits authentiques et orthodoxes, affirm a n t , au moins implicitement, le privilège de l'Assomption de Marie. e

Il faut écarter u n passage de la Chronique d'Eusèbe, où l'Assomption est m e n t i o n n é e , mais que les érudits r e g a r d e n t comme interpolé. La m ê m e exclusion s'applique à un s e r m o n , dit de saint Augustin, composé a u x n ° siècle, et à l'histoire de l ' a b b é palestinien E u t h y m i u s , et de Ju vénal, p a t r i a r c h e de J é r u s a l e m , au v siècle. La tradition doctrinale ne p e u t invoquer ces divers textes. e

Au c o n t r a i r e , plusieurs ouvrages a p o c r y p h e s des premiers siècles fournissent, sur la réalité de l'Assomption de Marie, des témoignages qu'on ne doit pas n é g l i g e r . Car, ils sont, en cela, les échos de la croyance c a t h o l i q u e . En effet, s'ils s'accordent avec les données théologiques, — ce q u i est le cas, — et si l ' o n a réussi à d é t e r m i n e r exactement l ' é p o q u e de l e u r composition, ils prouvent l'existence de cette conviction à cette époque d o n n é e , r é s e r v e faite de ce qui n'est pas doctrinal en ce qu'ils disent. Le n o m , v r a i ou faux, de l'auteur n ' i m p o r t e p a s , mais bien l'époque et l'orthodoxie de la doctrine Il n e s'agit point — faisons-le r e m a r q u e r de n o u v e a u — des circonstances historiques dans lesquelles a eu l i e u f Assomption, mais d u fait m ê m e de la glorification de Marie d a n s son â m e et dans son corps p u r e m e n t et s i m p l e m e n t . Tout le r e s t e est en dehors de la question. De la sorte, les apocryphes p e u v e n t être invoqués comme des témoins véridiques de l a t r a d i t i o n doctrinale de l'Église, qui, loin de leur devoir sa p r o p r e existence, leur a elle-même donné naissance « Si quelquefois, dit l e savant M. Le Hir, ils ont influencé l'opinion des peuples, l'Église n ' e n 1 . JLÜIGEKS,

Zeitschrift

für hatolische

Theologie,

lnspruck

1880,

p.

641.


LA TRADITION DIVINO-APOSTOLIQUE.

1 2 7

est pas responsable; et d'ailleurs ils ont eux-mêmes tout a u t a n t suivi que dirigé le m o u v e m e n t de l'opinion. Rien ne m o n t r e mieux quel concert de louanges retentit de bonne h e u r e a u t o u r de son nom béni, quelle a u r é o l e de respect, de vénération et d ' a m o u r a toujours environné sa m é m o i r e que le g r a n d n o m b r e de légendes qui circulèrent dès les p r e m i e r s temps sur les époques les plus obscures de sa vie. Les textes sacrés n'avaient rien dit de son b e r ceau ni de sa t o m b e . Mais les souvenirs d ' u n e piété toute filiale devaient y suppléer. Et si la crédulité, l'imposture ou l'hérésie se sont emparées de ses souvenirs pour les d é n a t u r e r , n o u s sommes les premiers à d é p l o r e r cet a b u s . Mais il n ' e n faut pas moins reconnaître que p a r là l'imposture et l'hérésie ont, à leur insu, r e n d u à la vérité u n éclatant t é m o i g n a g e . » Quand les apocryphes n o u s parlent du fait de l'Assomption, on p e u t donc y ajouter foi. en laissant de coté les détails circonstanciels, dont l'authenticité n'est point p r o u v é e . 1

Lf Evangile des Douze Apôtres, r é c e m m e n t découvert et qui date du commencement d u n siècle, nous apporterait le plus ancien témoignage écrit sur l'Assomption, si ce récit faisait réellement corps avec l ' œ u v r e e l l e - m ê m e ; mais ce n'est q u ' u n supplément, dont l'attribution est loin d'être certaine, et qui olfre une g r a n d e analogie avec celui qui est attribué faussement à Evodius, disciple de saint P i e r r e . B

2

e

Un des écrits composés au n siècle sous le n o m de Leucius, est le livre d u Trépas de la Vierge. Dans cet o u v r a g e et dans les autres du m ê m e a u t e u r , faussement présenté c o m m e un disciple et un compagnon des Apôtres, il faut distinguer avec soin la doctrine et les faits. La p r e m i è r e p e u t n ' ê t r e p a s acceptable; et p o u r discerner le vrai d u faux chez les seconds, il n ' y a q u ' u n seul critérium possible, celui « d'une tradition plus ancienne et conservée par u n canal i n d é p e n d a n t dans la m é m o i r e des fidèles. Cette t r a dition n'a point fait défaut à l'Église ; et voilà pourquoi le p a r t i le plus sage, m ê m e aux yeux de la p u r e raison, sera toujours 1, Éludes bibliques, Revue Biblique 1 9 0 6 , p. 2 4 8 . 2.

sect. 3 , art. 4. p. 3 4 9 - 3 5 5 .

1904,

BAUMSTAHK,

Les Apocryphes

copies,

ibid.,


LA DOCTRINE DE l/ASSOMPTION.

1 2 8

de s'en rapporter à elle, d e croire ce qu'elle croit et de respecter ce qu'elle r e s p e c t e . ». 1

La r e m a r q u e est d'autant plus vraie qu'elle s ' a p p l i q u e à u n fait, où le d o g m e se trouve e n g a g é , comme c'est le cas p o u r l'Assomption. Avant le concile d'Éphèse ( M 3 j , u n ouvrage s y r i a q u e , dont le D Wright a publié clos fragments sous ce titre : Obsequies of ¿he holy Virgin, mentionne explicitement la r é s u r r e c t i o n d e Marie . Les autres apocryphes paraissent postérieurs à la célèbre assemb l é e , bien q u e quelques traits, surtout dans un texte copte publié p a r Zoëga, dénotent une plus h a u t e anliquilé . On n'est p a s fixé définitivement sur l'âge de l'évangile du pseudo-Gamaliel, et de celui du pseudo-Barthélemy, q u e l'on croit être de la seconde moitié du V s i è c l e . Le livre d u pscudo-Méliton, De iransitu Mariae Virginis, p a r u t vers le milieu du v siècle; il est le plus connu de tous, et se rapproche beaucoup du p r é c é d e n t . r

2

3

e

4

c

Il existe encore d'autres récits de l'Assomption, dont l'un est a t t r i b u é à saint Jean l'Ëvangéliste, et l'autre à Joseph d'Arimathie; ils datent, à p e u p r è s , d e la m ê m e époque \ On n e peut placer ici le livre des Noms divins, composé, disent les historiens d'aujourd'hui à la fin d u v° siècle, p a r u n a u t e u r q u e l'on a pris, à tort pour saint Denis l'Aréopagife. Le passage où quelques-uns ont cru voir le récit des derniers moments et d e l a résurrection de Marie, est très obscur, et p a r l e peut-être d e tout a u t r e chose. r

Ainsi les apocryphes eux-mêmes, où parfois les e r r e u r s doctrinales s'ajoutent aux extravagances d u récit, r e n d e n t h o m m a g e à la réalité du l'ait de l'Assomption. Us sont des témoins de la croyance catholique s u r ce p o i n t ; ils n e lui ont pas d o n n é naissance c o m m e le prétendent les critiques protestants ou rationalistes. Ce 1. Le HIR, loc. cit. 2. Contributions to the apocryphal littérature of the New Testament. London, 1865. 3. Catalogus codUntm copticorum musœi Borgiani, n. cxx, p. 223. 4. [MDEUZG, Apocryphes évangêliqucs copies [Revue d'histoire ecclésiastique de Louvain, avril 1UU6). 5. TiscuiüNDORF, Apocalypses apocryphes, Leipzig, 1866. — B O N N E T , Bemerkungen über die dllest&n Sehriftïen von der iliinmelfahrt Mariü (Zcilschrift fur wissenschaftliche Théologie. 1880).


L A T R A D I T I O N DIVINO-APOSTOLIQUE-

129

n'est point à d e s sources douteuses o u i m p u r e s q u e l'Église v a demander l'objet de sa loi. Loin d e l à ; les apocryphes inspiraient une telle défiance q u e l'Église, p a r t m décret solennel q u i est e n t r é dans le Corps du droit ( J partie, dist. 15), interdit aux lidèlcs la lecture d u livre De transita Mariée. Sa réserve et sa modération apparaissent l à , c o m m e toujours. Ainsi, b i e n qu'elle ait inséré dans l'office du quatrième j o u r de l'octave d e l'Assomption, u n passage de saint Jean Damascène reproduisant, dit le texte, u n e ancienne et très vëridique t r a d i t i o n , l'Église a s u p p r i m é l e s deux m o t s : très vëridique, p o u r n e p a s couvrir d e son autorité des détails fort contestables et r i e n moins q u e prouvés. IC

Au ix" siècle, saint Théodore Studite r e g a r d a i t la tradition d e la présence des Apôtres p r è s d u tombeau de l a Vierge comme a y a n t été rapportée p a r saint Clément de Rome. Voici ce q u ' o n lit dans sa Catechesis chronica, à propos d e s j e û n e s à observer : « Si l a fête de la d o r m i t i o n de l a Mère d e Dieu i m m a c u l é e tombe le mercredi ou le v e n d r e d i , nous n e p r e n o n s ni viande n i laitage à cause d u g r a n d p r o d i g e de cette mort a d m i r a b l e . Car alors, c o m m e nous le trouvons d a n s les écrits d e Clément d e Rome, les v é n é rables Apôtres d u Sauveur restèrent d u r a n t trois j o u r s près d u tombeau, j u s q u ' à ce q u ' u n ange les e u t instruits d e tout l'événement . » 1

La réaction contre les apocryphes eut même ses excès chez certains auteurs q u i , p a r crainte de l e u r e m p r u n t e r la substance même du fait de l'Assomption, préférèrent g a r d e r le silence s u r ce point incontestable d e l a doctrine c a t h o l i q u e . C'était m é c o n 2

oè aOxrjv £ , u , É p a v T r i ; xyta; K Q i i u f i a e h i ; t i f c 7 c a v a ( J L t « > ^ T 0 u xai Bso^TiXopoç, e l TU/yj -il Ç \ où ôia),'jo;j.£v et; y.péa if} ELÇ r u p ô v , ô i à t b [ l i y a Oœûu.a v . a i ç p i y . T Ô v TOU n a p a ô ô i f o u TOUTOU ûnvou. Oï *yàp OEIOI TOTE TOÛ Dwrijpo; 'aKtfirroXoi, u>; E u p w p i e v èv TOI; Osïotç G\)yyp^.u.\j.oLGi KXiîiievTo; TOÙ 'PCOU-OCMU, T p E Ï ç irX^psic ïjpLÉpac T'p T a y t i > T r p o f f p i v û v r s ; ï j u a v , EO>; où u î r à 6 e i o u àyYÉXo*j TO màv i\Lviih\aoN. Catechesis chronica, n. 11 (P. G., XC1X, 1701). 2. Une prétendue lettre de saint Jérôme à Pau la et à EusLochîuin, composée vers la fin du huitième siècle, probablement par Ambroisc Autbert, abbé de Saint-Vincent au Vulturne (D. Morin, Revue d'histoire ecclésiastique, Louvain, 1905, p. 33G, 337), donna lieu à des hésitations qui se traduisirent par les leçons imprudentes du m a r tyrologe d'Adon, archevêque de Vienne en Dauphiné (858) suivi par Usuard, moine de Saint-Germain de Paris. Mais ce n'étaient là que des dissonances accidentelles dans le concert général d'hommages rendus à l'assomplion corporelle de Marie par les Papes, par la liturgie en Orient ut en Occident, par la voie des Pères et des pasteurs. Dans 1.

Tyjv

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

9


n o

L A

U O i V m i N E

D E

L A S S O M P T I O N .

naître le caractère doctrinal du privilège de Marie, la portée des affirmations implicites des Pères des premiers siècles, la valeur de la tradition orale officielle, et on peut le dire, l'importance relative du témoignage des a p o c r y p h e s . Le silence des cinq p r e m i e r s siècles à l'égard de l'Assomption n'est donc pas tel qu'on n e puisse, d u r a n t cette p é r i o d e , recueillir les indications suffisantes sur le triomphe complet de la Vierge ressuscitéc. Si elles n e sont p a s plus explicites, sauf celles de quelques apocryphes qui sont recevahles dans l'espèce, il est facile d'en apercevoir les raisons. Outre que les d o g m e s n ' o n t p a s tous été consignés p a r écrit, dès ces c o m m e n c e m e n t s , il fallait laisser à l'économie de la croyance chrétienne le t e m p s de se préciser et de p r e n d r e corps, sous la d o u b l e influence d u progrès n o r m a l p a r r e n s e i g n e m e n t et l'étude, et des nécessités des circonstances, particulièrement, des luttes contre les hérésies. C'est u n e explication très plausible du peu de place de l'Assomption d a n s la littérature . chrétienne des p r e m i e r s siècles. Il y en a d'autres, qui montrent q u e cette doctrine, à laquelle les rédacteurs d'apocryphes ont ajouté des détails incertains ou puérils, doit être d'origine apostolique. A cette époque de l'Église, u n e g r a n d e réserve s'imposait dans r e n s e i g n e m e n t écrit à cause des hérétiques et des païens, qui auraient peut-être d é t o u r n é de son vrai sens le culte r e n d u à une femme, Vierge et Mère de Dieu. De p l u s , le culte de Marie n'était pas aussi développé que plus t a r d ; et l'attention des écrivains ecclésiastiques, souvent absorbée p a r l e s p r é o c c u p a t i o n s d e l à polémique ou les persécutions, ne pouvait s'arrêter, en détail, à tous les points du d o g m e . Il est u n point à signaler dans l'art chrétien, à propos de l'Assomption de la Sainte Vierge. Si le sarcophage de Santa Engi*acia, à Saragosse, représente v r a i m e n t l'enlèvement de Marie au ciel — ce qui parait certain — n o u s avons là u n témoignage de la croyance des chrétiens du iv° siècle a u privilège de la Mère de D i e u . 1

ses textes officiels, l'Église d'Occident exprimait sa croyance à la prérogative de la Vierge; cl les doutes de quelques personnages, même savants et respectables, n'ont pu prévaloir contre l'enseignement de l'Église et la persuasion du peuple chrétien. l. F E U N A N D E Z - G U E M U , Monumento zaragozano del ario 3 1 2 que representa la asunción de la Virgen.


LA TRADITION DIV1NO-APOSTOLIQUIC.

131

L'accord u n i v e r s e l d a n s l'Église, q u e la liturgie et les documents écrits nous manifestent dès la deuxième moitié du sixième siècle, ne s'explique aussi d'une manière' raisonnable et satisfaisante que par son origine apostolique. L'Église ne peut avoir reçu cette doctriuc de l'Assomption — car c'est une d o c t r i n e , et pas seulement un fait historique, m ê m e miraculeux — d ' u n a u t e u r hétérodoxe ou suspect. Une p u r e légende, due à une imagination enthousiaste, n'a pu s'imposer à l'autorité ecclésiastique, de façon à provoquer partout l'institution d ' u n e fète solennelle . Et sans la tradition orale apostolique, transmise et garantie p a r l'enseignement ofliciel, l'Église ne pouvait plus attester, au sixième siècle, la réalité de T Assomption; les témoins m a n q u a i e n t , et les documents aussi, p r o b a b l e m e n t . 1

Il est vrai q u e restait le progrès du d o g m e ; mais celui-ci vient des Apôtres. Il peut se faire, en effet, q u ' u n e vérité restée, j u s q u ' à un moment d o n n é , moins aperçue dans le dépôt doctrinal, vienne à resplendir d a v a n t a g e et à être mieux connue, p a r suite d'une étude plus a p p r o f o n d i e , provoquée p a r les circonstances, ou simplement a m e n é e p a r la m a r c h e naturelle des investigations d e la foi intelligente. C'est le p r o g r è s d u d o g m e , non pas en soi, puisqu'il est complet et achevé depuis l'établissement de l'économie évangélique, mais p a r r a p p o r t à nous, aux yeux desquels il apparaît avec plus de clarté. Il arrive ainsi q u ' à u n e période de silence, p l u s ou moins longue, sur un point de la doctrine révélée, succède un enseignement explicite et formel. Ainsi, soit p a r tradition orale explicite, soit p e u t - ê t r e aussi implicitement, p a r u n progrès parallèle de la connaissance de la vérité surnaturelle confiée aux Apôtres, l a doctrine de l'Assomption est d'origine apostolique. Autrement, disait le Postulatum des Pères du concile du Vatican, l'Église aurait fait preuve d'une crédulité excessive : Nisi firmissima Ecclesiae /ides rjuoad corjwreant Beatae Mariae Virginis Assumptionetn dici velit nimis credulitas, quod velcogitare impium est,pvocxd dubio eam a iraditione divinoapostolica, id est, a Rerelatione ortxtm habere firmissime tenendinn . 2

\. Dictionnaire de Ifi Bible (VICOUHOUX), au mot Assomption. 2. MAKTIN, Concilii Valicani documentorum collectio, p. 107. LA. DOCTUINE DE L'ASSOMPTION.


CHAPITRE V L'ASSOMPTION

et

L'ËCRITURK

SAINTE

(SS. Patres) in nonnullis Sanctarum Scripturarum oraculis etiain insinuari aulumant. (Poslulatum. au concile du Vatican.)

§ I . — L e s e n s t y p i q u e de l ' É c r i t u r e .

Antérieurement à tout examen, le sens catholique p o r t e à croire que la Très Sainte Vierge ressuscitée est présente au ciel en corps et en âme. Pourrait-il se faire que Notre-Seigncur, le Fils très aimant de Marie, qui s'est plu à combler sa divine Mère d ' a d m i r a bles privilèges, lui e û t refusé celui du b o n h e u r complet de la gloire et l'eût soumise, c o m m e les autres h u m a i n s , elle d o n t la b e a u t é immaculée n ' a j a m a i s été ternie p a r l ' o m b r e d'un péché, pas m ê m e du péché d'origine, à la longue attente de la résurrection g é n é rale? Les motifs les plus graves que la théologie é n u m è r e , i n t e r d i sent au chrétien de le penser, m ê m e si l'Église n'avait pas d o n n é , sur ce point, u n enseignement très a u t h e n t i q u e . En effet, p a r suite de cette union ineffable q u e l'Incarnation a établie entre Jésus et Marie, entre le Fils de Dieu et la Vierge-Mère, la chair de la Sainte Vierge est en q u e l q u e sorte la chair du Verbe incarné. Il ne convenait donc pas q u e ce corps très p u r restât i n a nimé j u s q u ' à la fin des temps, encore moins qu'il devînt la proie de la corruption o r d i n a i r e ; Dieu, qui l'avait p r é p a r é p o u r être le trône vivant de son Fils, n e devait pas p e r m e t t r e u n e telle h u m i l i a t i o n . Et si Ton p r e n d g a r d e à 1 a m o u r infini de Notre-Seigneur p o u r sa Mère, on est a m e n é à dire qu'il a dû vouloir la posséder tout entière au ciel, a b s o l u m e n t l a m ê m e qu'il avait aimée ici-bas. Oseronsnous ajouter q u e , sans la présence corporelle de Marie, le b o n h e u r


I3í

LÀ DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

de Jésus-Christ t r i o m p h a n t nous p a r a î t r a i t i m p a r f a i t ? 11 n e jouirait pas, dans son h u m a n i t é , des tendresses de sa m è r e ; il ne verrait pas, de ses yeux, la b e a u t é de Notre-Dame, transfigurée p a r la vie glorieuse, il n ' e n t e n d r a i t pas le son de cette voix, d o n t lui seul connaît tout le c h a r m e et qui lui r a p p e l l e les souvenirs île Bethléem et de Nazareth. De p l u s , l ' I m m a c u l é e Conception, qui, en droit, exemptait Marie de la m o r t , lui donnait un titre réel à la résurrection anticipée, à cette nouvelle victoire sur le p é c h é , qui continue l'analogie entre le R é d e m p t e u r et la Corédemptrice. Enfin, le corps de Notre-Dame participant à l a g r â c e de son i n c o m p a r a b l e virginité, devait, lui aussi, revêtir toutes les qualités d o n t il est susceptible, m ê m e celles de l'état glorieux, qui r é p o n d e n t si bien aux mérites de la Vierge sans t a c h e . Ces raisons, ou mieux, ces trois chefs de preuves, n'ont cependant pas une telle force, n o u s l'avons vu plus h a u t , qu'elles ne laissent place à d'autres desseins de l a souveraine liberté de Dieu, dont la sagesse aurait p u , par des moyens différents, couronner les mérites de sa Mère et compléter ses p r é r o g a t i v e s . Mais, étant donné ce que nous savons de la Sainte Vierge, p a r la révélation et p a r l'enseignement de l'Eglise, ces motifs ont u n e valeur réelle, très g r a n d e , p o u r n o u s aider à découvrir les intentions d u Seig n e u r au sujet de Notre-Dame. Nous devons nous d e m a n d e r si, en d e h o r s des raisons de convenance et des liens qui r a t t a c h e n t la doctrine de l'Assomption à des dogmes déjà définis, Dieu n ' a pas donné, à ce sujet, des i n d i cations positives, formelles, q u o i q u e voilées, dans l'Écriture. N'at-il pas voulu annoncer, d'une m a n i è r e p r o p h é t i q u e , le privilège de Marie? Ne Ta-t-il donc pas révélé p a r avance? Il est p e r m i s de le penser ; et, de ce chef encore, la croyance de l'Église à l'Assomption repose sur l'autorité de Dieu; elle est déjà, en soi, u n d o g m e . Pour le m o n t r e r , il faut de toute nécessité r a p p e l e r les enseignements de la théologie sur deux points : le sens t y p i q u e de l'Ancien Testament, et l'autorité des Pères et des Docteurs dans l'interprétation de l'Écriture. Sans ce r a p i d e exposé, la conclusion n'apparaîtrait p a s suffisamment a p p u y é e . Ces principes u n e fois remis en mémoire, le raisonnement est des plus s i m p l e s .


L'ASSOMPTION ET L'ECRITURE SAINTE.

133

Dieu a p a r l é à l ' h o m m e , d a n s l'Écriture Sainte, aussi b i e n d a n s les livres de l'Ancien Testament q u e dans ceux d u Nouveau. Comme son dessein a été de se faire e n t e n d r e , il faut donc r e c h e r cher ce que signifie le l a n g a g e divin, ce que le S e i g n e u r a voulu renfermer dans les p a g e s inspirées de la Bible. Or, l a p a r o l e , ou mieux, la proposition en t e r m e s explicites et i m m é d i a t s n'est p o i n t , pour Dieu, la seule m a n i è r e de manifester sa p e n s é e ; il peut, selon l'expression de saint T h o m a s , d o n n e r une signification aux choses elles-mêmes, aux personnes, aux événements, aux i n s i t u a t i o n s . Comme les paroles, les choses disent la vérité. De l à vient la d i s tinction des deux sens, littéral et spirituel, tous deux voulus p a r le Saint-Esprit, véritable a u t e u r des Écritures, le p r e m i e r , directement et i m m é d i a t e m e n t , l e second, d i r e c t e m e n t aussi, mais m é diatement, c'est-à-dire d a n s les personnes ou les choses qui l'indiquent et q u e l'on a p p e l l e p o u r cette raison types scripturaires. 1

Ainsi l'enseigne l'Église et, avec elle, tous les théologiens c a t h o liques, dont le plus illustre, saint Thomas d'Aquin, s'exprime en ces termes : La manifestation d'une vérité p e u t se faire p a r les choses et p a r les p a r o l e s , en t a n t que les paroles signifient les choses, et q u ' u n e chose p e u t être la ligure d ' u n e a u t r e . Dieu, a u teur de tout, ne p e u t pas seulement d o n n e r u n e signification aux paroles, mais aussi disposer les choses de telle sorte qu'une soit la figure de l ' a u t r e ; et c'est ainsi que l a vérité n o u s est manifestée, d'une double m a n i è r e , d a n s la Sainte Ecriture : p r e m i è r e m e n t , selon que les choses sont signifiées p a r les p a r o l e s , et c'est le sens littéral; deuxièmement, selon q u e les choses sont les figures des autres, et c'est le sens spirituel. EL ainsi les Saintes Ecritures comportent plusieurs sens. Le sens spirituel est toujours fondé sur le sens littéral, et procède de lui : Manifestatio alicujus veritatis potest fieri rébus et verbis in quantum scilicet verba significant rcs, 7

1. « Auctoi' Sacne Scriptunc est Deus, in cujus polcstatc est ut non sol uni voces ad voces ad significandum accommodet (quod etiam homo facere potest), sed etîain res ipsas. El ideo cuin in omnibus scienliis voces significent, hoc habet proprium ista scientia, quod ipsa> res per voces significaUe etiam significant aliquid. Hla ergo prima significalio qua voces significant res, pertinet ad primum sensum, qui est sensus historicus vel litteralis. Illa vero significalio qua res significalœ per voces iterum res alias significant dicitur sensus spiritualis. qui super litteralcm fundatur et eu m supponit. » (Sum. theol., I p., q. l a. lu.) s


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

1 3 G

et una res potest esse figura alterius. Auclor autem rerum Deus non solum potest verba accommodare ad aliquid significandum sed etiam res potest dispone?^ in figuram alterius ; et secundum hoc in Sacra Scriptura manifestatur veritax dupliciler. Uno modo, secundum quod res significantur per verba, ct in. hoc consislil sensns relitteralis\ alio modo, secundum quod res sunt figure aliarum rum, et in hoc consistit sensus spiritualis. Et sic Sacr<v Scriptural plures sensus competunt. Sensus spirilualis semper fundatur supra litteralem etprocedit ex eoK Le sens spirituel se divise en allégor i q u e , tropologique et a n a g o g i q u e , selon q u e l a signification vise l'économie de l a loi nouvelle, la vie m o r a l e ou l a félicité céleste; ce qui montre, dans l'Écriture, l'existence de trois espèces de types bien distincts : les types allégoriques ou p r o p h é t i q u e s , q u i a n n o n cent Notre-Seigneur, l'Église et ses m e m b r e s , les types tropologiques, qui i n d i q u e n t la m a n i è r e de se c o n d u i r e , les types a n a g o giques qui nous élèvent à la contemplation de l a béatitude éternelle. Les premiers, seuls, on le comprend, n o u s occuperont ici, p u i s q u e nous recherchons si l'Ancien Testament renferme des allégories ordonnées p a r Dieu à prédire le privilège de Marie, s'il contient des types p r o p h é t i q u e s de l'Assomption. 11 ne faut pas confondre les types avec les p r o p h é t i e s . Les p r e miers, qui sont, d'après Télymologie m ô m e du mot, des e m p r e i n t e s f-ÙTToç) du dessein conçu p a r Dieu, des indices de sa réalisation progressive dans l a période p r é p a r a t o i r e , font réellement partie de l'œuvre qu'ils commencent, qu'ils d o n n e n t déjà, p o u r ainsi d i r e , sous le voile des figures. Les prophéties, a u contraire, sont toujours distinctes de l'événement qu'elles a n n o n c e n t ; elles n e forment j a mais le point initial de sa réalisation; elles manifestent l a pensée divine, mais elles n e Vactualisent pas, m ê m e en une image plus ou moins imparfaite. De plus, la p r o p h é t i e r e n t r e dans l'ordre du l a n gage parlé, tandis que le type résulte d ' u n e disposition providentielle des choses ct des fails, en vue de l a chose signifiée de l'antitype . 2

Ce n'est point ici le lieu de r é s o u d r e toutes les questions q u e 1. Quodlib. VII, q. 6, 14. 2. M ^ T I B O N I , II misticismo

biblico,

cap. i, $ 12-17.


137

L ASSOMPTION ET I/ECltlTURE SAINTE.

Ton p e u t faire a u sujet des types p r o p h é t i q u e s ou d u sens a l l é g o rique de l'Ancien Testament, encore moins d ' e x a m i n e r celles q u i concernent le sens tropologiquc ét le sens a n a g o g i q u e . Il suffit de r a p p e l e r l'existence et la valeur des types, des allégories, p a r lesquels le Seigneur a p r é d i t l'économie d u Nouveau Testament, auxquels il a lui-même a t t a c h é u n sens p r o p h é t i q u e et dont, p a r conséquent, la signification repose sur l'autorité de sa parole. R e marquons-le, les types n e sont point i n s é p a r a b l e s de l ' É c r i t u r e ; création de Dieu, a u t e u r des choses, selon l'expression de s a i n t Thomas, ils a u r a i e n t p u exister sans q u ' a u c u n e m e n t i o n en e u t é t é faite dans les Livres saints, mais nous n ' e n connaissons pas d'autres q u e ceux qui y sont r a p p o r t é s . La croyance aux types p r o p h é tiques de l'Ancien T e s t a m e n t était g é n é r a l e chez le p e u p l e j u i f ; pour l e convaincre de la venue d u Messie, il sufiisait de lui p r o u v e r la concordance de l a réalité avec les figures qui l'avaient r e p r é sentée et p r é p a r é e . C'est ce q u e Notrc-Seigneur fit à plusieurs r e prises dans ses prédications, et, à son exemple, les a p u r e s enseignèrent la doctrine du sens typique et p r o p h é t i q u e de l ' a n c i e n n e Loi à l'Église, qui l'a fidèlement g a r d é e et défendue, comme u n e partie intégrante de la révélation. 1

Il faut conclure de ces p r i n c i p e s que les types prophétiques ont une valeur démonstrative é g a l e a celle qui résulte du sens littéral lui-même. La raison en est é v i d e n t e , puisque le Saint-Esprit est l'auteur de l'un et de l'autre sens, du sens t y p i q u e aussi bien q u e du sens littéral- Refuser force de p r e u v e aux types scripturaires équivaudrait à nier leur existence ; car ce serait m e t t r e en doute la véracité môme de Dieu; s'ils existent, ils doivent nécessairement être v r a i s , e t , comme toute v é r i t é , ils peuvent servir de base à une démonstration, p o u r v u q u e , b i e n e n t e n d u , leur signification soit a b s o l u m e n t c e r t a i n e . Ce sont des p r o p h é t i e s exprimées par le m o y e n des choses, mais sans prophètes e t , p a r conséquent, sans symboles, puisque le symbole a p o u r b u t de représenter sous MEIGNATÏ, Des types ou figures de l'Ancien Testament, dans Les prophéties messianiques, t. II, Introduction, p. I V - I X . 1. On peut consulter, à ce propos, le travail du P . P A T R I Z I , Inslitutio de interprétations Bibliorum, qui expose la doctrine catholique avec une grande lucidité. Nous lui empruntons plusieurs des idées exposées ici. M*

ÎL


138

l,A DOCTRINE DE l/ASSOMPTION.

forme d'image ou d'action, u n e idée, u n é v é n e m e n t futur ou passé de manière q u e le p r o p h è t e et 1<> p e u p l e e n saisissent la portée. En un mot, les symboles viennent en aide à la p r o p h é t i e ; ils lui sont extrinsèques; le t y p e , au c o n t r a i r e , est l u i - m ô m e une prophétie. Or quels moyens avons-nous de r e c o n n a î t r e les types p r o p h é tiques de l'Ancien T e s t a m e n t ? Il y en a trois, et ce sont les sources mêmes d'où nous vient r e n s e i g n e m e n t de la vérité s u r n a t u r e l l e : l'interprétation et le j u g e m e n t de l'Église, la sainte Ecriture dont l'Église nous atteste l'inspiration et l ' a u t h e n t i c i t é , enfin le sentiment commun des Pères et des Docteurs, interprètes lidèles de la doctrine de l'Église. La raison d ' a n a l o g i e , quoique très u t i l e , n'a cependant p a s assez de certitude p o u r e n t r e r en ligne de compte ici. A n'en pas douter, la sainte Église, infaillible d a n s l'exercice de son magistère ordinaire, p r ê c h e au p e u p l e chrétien l'existence des types p r o p h é t i q u e s . Mais, sans avoir recours à cet enseignement direct, dont la tradition orale nous fournit les p r e u v e s , il suffira de p r o d u i r e le témoignage des écrivains inspirés, et p a r l à - m ô m e , celui de l'Eglise, gardienne d e la vérité révélée. Tout le m o n d e connaii l'usage q u e iSotre-Seigneur a fait d u sens t y p i q u e des livres de l'ancienne Loi dans ses discussions avec les Pharisiens. Et s'il fait appel au témoignage des types p r o p h é t i q u e s , c'est donc que, réellement, en eux-mêmes, à F é p o q u e d e l e u r existence, ils annonçaient déjà la p e r s o n n e , l'objet d o n t ils étaient la figure de p a r une disposition spéciale de Dieu; a u t r e m e n t , la raison invoquée par Notre-Seigneur aurait été illusoire, ce q u ' o n n e p o u r r a i t dire, sans b l a s p h è m e , d e la Sagesse infinie. Pour citer quelques exemples, r a p p e l o n s l ' i n t e r p r é t a t i o n , d o n n é e par le Sauveur lui-même, du serpent d ' a i r a i n , de la p i e r r e rejetée p a r ceux q u i bâtissent-, de la m a n n e , d ' E l i c ' ^ d e s persécutions endurées p a r les P r o p h è t e s , d e David' . 1

5

1. S. JOAN., m,

14.

2. S . M A T T I I . , XXI, 4 2 . — S. M À K C , XII, 10, 3. S. JOAN., VI, 31

sqq.

4 . S. M A T T I I . , W I I , 12, J . S. M A T T I I . , v,

1

13. — S. M A R C , IX,

12.

0. S . JOAN., XIII, 18;

xv,

25.

12.

S.

LLC, \X,

17.


I/ASSOMPTION

ET L E C I U T l l t E

SAINTE.

Après celui de Notre-Scigneur, Dieu fait h o m m e , il importe de ne pas oublier le t é m o i g n a g e des a u t e u r s inspirés du Nouveau Testament, en particulier de saint Paul, qui nous révèle la s i g n i fication p r o p h é t i q u e de p l u s i e u r s lypes, soit de p e r s o n n e s : A d a m , Mclchisédech , Isaac et I s m ë c P , M o ï s e ; soit d e choses : 1*ancienne loi' , les victimes des sacrifices et les c é r é m o n i e s du culte mosaïque , les j o u r s de f ê t e s , la nuée qui g u i d a i t les Hébreux dans le désert, la m a n n e et le r o c h e r d'où j a i l l i t la source m i r a c u l e u s e ; soit d'événements : l'expulsion de la s e r v a n t e A g a r \ le passage de la m e r R o u g e . De m ô m e saint P i e r r e nous d o n n e le sens p r o p h é t i q u e de l'arche de N o é , de l a p i e r r e a n g u l a i r e qui ligure le C h r i s t , et saint Jean celui de l ' a g n e a u i m m o l é p o u r la p à q u e j u i v e . Ces i n t e r p r é t a t i o n s n e sont point fondées s u r des r a p p r o c h e m e n t s a r b i t r a i r e s ou des ressemblances extérieures; importance des types d a n s les desseins de Dieu, l a persuasion universelle d u p e u p l e choisi, la gravité des e n s e i g n e m e n t s a p o s toliques, l'inspiration môme accordée aux écrivains sacrés, i n terdisent de le penser. Si ces figures avaient été sans portée, si là n'avaient p a s existé de vrais types prophétiques, p o u r q u o i l ' a u teur inspiré affirmerait-il la réalisation de la p r o p h é t i e p a r ces mots : Alors a été accompli. Pour q u e soit accompli, Tune adimplelum es/., Ut implerelur, et autres paroles équivalentes? Car ces expressions n e peuvent s'appliquer au fait pris dans le sens littéral, puisqu'il est passé au m o m e n t où F a u t e u r écrit, mais b i e n dans le sens typique. Or,.selon la r e m a r q u e de Patrizi , toute la 1

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J. 2. 3. 4. 5. 6. 7.

/ Cor. \ v , 45. — liom, Ifebr. vu, :J. Cal. i \ , 22 sqq. / Cor. \ , 2 . Ilebr. x, l. Ibid.j iv, 9 sqq. Col., xi, 16, 17. 8 . I Cor., x, 1, 3, 4. 0. Gai. iv, 30, 31. 10. ICor.. \ , 1. 11. I PETII., m. 20, 21. 12.

I PETR.. H,

13. S. JOAN. 14. Loc. cit.,

G-8.

36. 176.

v, i i .


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

140

force de ce dernier lui vient de la volonté de Dieu; les divers auteurs des livres du Nouveau Testament le savaient bien, comme tous les juifs de l e u r t e m p s ; et c'est p o u r q u o i , en r e c o u r a n t aux types prophétiques p o u r exposer ou p r o u v e r l e u r sentiment, ils l'appuyaient sur l'autorité du Seigneur l u i - m ê m e . Saint Pierre le dit formellement dans son discours, r a p p o r t é au p r e m i e r chapitre des Actes des Apôtres : « Il faut que s'accomplisse l'Écriture que l'Esprit. Saint a prédit p a r la bouche de David a u sujet de Juda qui fut le g u i d e de ceux qui s ' e m p a r è r e n t de Jésus; — Oportel impleri Scripturam. qnam praedixit Spiriius Sanctus per os David de Juda, qui fuit dux eovum qui comprehenderunt Jesum (v. 4). » Or, les passages des P s a u m e s , auxquels il fait a l l u s i o n , doivent s ' e n t e n d r e , au sens littéral, h i s t o r i q u e , de p e r s o n n a g e s différents du traître J u d a s ; s'ils s'accomplissent en sa p e r s o n n e , c'est donc qu'ils l'annonçaient au sens typique. Il est superflu de d é m o n t r e r l'usage constant et universel q u e les Pères ont fait du sens t y p i q u e de l'Ancien Testament et de la valeur démonstrative qu'ils lui reconnaissaient. Depuis les temps apostoliques, leurs écrits sont remplis de p r e u v e s de la croyance aux types, clc quelque n o m qu'ils les appellent, c'est-à-dire aux figures ordonnées p a r Dieu à représenter, à p r é d i r e les personnes el les choses de la Loi de g r â c e . Mais ce qu'il i m p o r t e , c'est de bien mettre en l u m i è r e l e u r autorité comme interprètes de l'Écriture et l'obligation, qui en résulte p o u r les chrétiens, d'accepter leur sentiment. Le concile du Vatican, reproduisant en cela u n décret d u concile de Trente, a p r o c l a m é de nouveau qu'il n'est permis à personne d'interpréter l a Sainte Écriture c o n t r a i r e m e n t au sens reconnu p a r l'Église, ou m ê m e contrairement a u consentement unanime des P è r e s ; la m ê m e déclaration avait été faite l o n g t e m p s a u p a r a vant, et à plusieurs reprises, p a r les Souverains Pontifes et les Conciles, généraux ou particuliers -. On le c o m p r e n d , il s'agit ici 1

1

1. « ... Is pro vero sensu Sacrte STipUir» habewhis sit quem tonuil ac lenet Sancla Mater Ecclesia. cujus est judïcare de vero sensu et intcrprclatione Scripturarum sanctaruni; atque ideo nemini licere contra hune sensu m, aut etiam contra unanimem consensuni Palrum ipsam Scrîpturam interpretnri. » (Const. Dci Films, c. ir.) 2. FESSLER. fnslilutiones patrologiœ, c. i, g 1 5 .


L'ASSOMPTJON ET L'ECRITURE SAINTE.

141

des Pères e n t a n t q u e témoins de la foi de l'Église; car c'est p r é cisément c o m m e tels qu'ils font autorité d a n s l ' i n t e r p r é t a t i o n d e l'Écriture. El. cetLe a u t o r i t é n e s'élend p a s p l u s loin, mais s ' é t e n d aussi loin que celle de l'Eglise m ê m e , dont ils expriment la pensée . Il suit de là qu'elle e m b r a s s e r e n s e i g n e m e n t des vérités formellement r é v é l é e s , et aussi l'interprétation des d o c u m e n t s authentiques de l a révélation, et qu'elle s'impose d ' u n e m a n i è r e obligatoire. l

Les Pères représentent plus ou moins i m m é d i a t e m e n t l'ancienne tradition; en cela ils se d h t i n g u o n t des docteurs et théologiens des âges suivants, dont le rôle consiste plutôt à exposer, à défendre avec m é t h o d e la doctrine déjà formulée et qui ne sont plus pères et ancêtres c o m m e les écrivains a n t é r i e u r s . La période patristique se termine au vn° siècle . 11 est b o n d e le r e m a r q u e r , l a circonstance de plus ou moins g r a n d e antiquité n ' a q u ' u n e valeur secondaire a u point de vue de l ' a u t o r i t é théologique des Pères; qu'ils aient vécu au m siècle, ou a u v siècle, ou plus t a r d encore, leur sentiment de témoins ïidèles de lu tradition ecclésiastique fait toujours loi dans l'Église, parce qu'il est celui m ê m e de l'Église, dont le témoignage d e m e u r e é g a l e m e n t a u t h e n t i q u e et infaillible « sur tous les points du c o u r a n t traditionnel, qu'ils soient plus ou m o i n s éloignés ou rapprochés de leur s o u r c e ». 2

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3

Pour reconnaître ce s e n t i m e n t , il fout suivre la règle indiquée p a r les conciles de Trente et du Vatican, de constater l e u r accord m o r a l e m e n t u n a n i m e sur un point de doctrine; et il p e u t se faire que le sentiment de quelques-uns, échos fidèles de l a pensée de l'Église dans ses luttes contre l'hérésie ou dans l'cxposi1. SciiEEïiGïv, Dogmatique, t. L n. 375. 2. D a n b l'évolution formatrice de cet organisme qui s'appelle tbéologiqucment le Magistère ecclésiastique, dit le K. P. DE LA B A M I E ) [Vie du dogme catholique, p. lO'i), on priil dire qu'ils (les Pères) jouent un rôle analogue à ces organes Irophiques, qui dans ua embryon quelconque apparaissent Jes premiers a cause de leur importance fonctionnelle, hiérarchique, nourricière. — Et en note te savant théologien ajoute : « LPS derniers Pères en date sont S. Grégoire le Grand (f 004) et S. Jean Damascènc (f 604). Ils terminent I époque où l'enfance <le l'Eglise réclamait des soins paternels. » « Sî parfois on donne le même nom à des auteurs plus récents, vivant jusqu'au xir siècle, c'est une désignation moins apte, minus apta. » ( P E S C H , Prxlectiones. dogmaticœ, l. I, p. 344.) 3. Schccben, /, e\, n. 309.


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

tion de sa foi, p r o u v e l'existence d'une vérité comme r é v é l é e ; bien plus, l'affirmation d'un seul aurait le môme effet, s'il r é s u m a i t en sa personne l'autorité des autres, p a r a p p r o b a t i o n s u b s é q u e n t e ou d'autre m a n i è r e . Au témoignage des Pères il faut j o i n d r e celui des théologiens, dont les enseignements s'imposent à notre croyance c o m m e ceux des Pères et sous les m ê m e s conditions, q u o i q u e , en soi, leur autorité soit d'un degré inférieur. Et si, à ces motifs cle certitude, dont u n seul suffirait à exiger l'assentiment, viennent s'ajouter la prédication c o m m u n e des pasteurs et la p e r s u a s i o n d u p e u p l e chrétien, il est impossible de n e p a s reconnaître le vrai caractère d ' u n e doctrine. § I I . — L'Assomption dans l'Ancien Testament.

Existe-t-il dans l'Église un enseignement certain, une parole authentique, qui présente l'Assomption de la Bienheureuse Vierge comme prédite p a r Dieu sous l'ancienne Loi? On p o u r r a i t , en faveur d'une réponse affirmative, e m p r u n t e r une raison qui ne m a n q u e r a i t pas de force, quoique indirecte, aux figures bibliques, dans lesquelles l'Église et les Pères reconnaissent Notre-Dame; car p r e s q u e toutes renferment l'idée d'incorruptibilité parfaite ou de t r i o m p h e complet, auxquels le corps doit nécessairement, l u i aussi, participer. D'ailleurs, n e l'oublions pas, si Notre-Seigneur a été figuré dans l'Ancien Testament p a r des types prophétiques voulus de Dieu, il est à croire que la Très Sainte Vierge i n s é p a r a b l e de son Fils d a n s l'œuvre de la Rédemption, a eu le même privilège. De même que Dieu a m o n t r é à l'avance le Verbe incarné, ainsi a-t-il annoncé de la m ê m e m a n i è r e , sinon dans les mômes figures, la Mère toute belle et toute p u r e , q u e sa Providence avait p r é p a r é e , dès l'éternité, à cette mission unique. Rien d'étonnant donc, si les Pères de l'Église ont découvert, en plusieurs passages de l'Écriture, des t y p e s de Marie où l'Assomption se trouve indiquée et comprise 1. SCUEEBEN, l . c ,

Th. 1393.

LIVIUS,

n.

309.

The blessed

Virgin

in the Fathers

of the first six

centuries,

London,


L'ASSOMPTION ET L'ECRITURE SAINTE.

L'Église latine et l'Église g r e c q u e s a l u e n t l a Sainte Vierge d a n s le buisson ardent q u e Moïse voyait b r û l e r sans se c o n s u m e r : Bubwn даст viderai iMot/ses incombustum conservatam agnovimas iuam laudabilem oirginitatem ; Dei Genitrix, intercède pro nobixK M Arche d'alliance, faite de bois incorruptible, est, d'après le sentiment d ' u n certain n o m b r e de Pères, u n des types les plus expressifs d e la Très Sainte Vierge. L'Église p a r a i t favorable à ce sentiment; car elle invoque Marie sous le titre de Fœdcris arca, dans les Litanies de Lorette. Plusieurs Pères, e n t r e a u t r e s saint Méthode , saint P r o c l e , saint Modeste , saint A n d r é d e Crète"', saint Jean Damascène , exposent avec complaisance l ' h a r m o n i e qui existe entre l a B i e n h e u r e u s e Vierge i m m a c u l é e , ornée de 2

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1. Troisième a n t i e n n e d e la fôte d e la Circoncision d e N . - S . Menées. 2. El y à p

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laudibus S. Maria {V. G., LXV, 7 2 0 ) . 4. Encomium in dormitionem D. N. Deipanv

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LXXXYI, p. 2 , c. 3283, 328!»). Le t e x t e e s t d o n n é p l u s l o i n . 5. Oratio

III in dormitionem

S. Mariae

( P . G., XCVII, 1105j. L e t e x t e est cité plus

loin. (ï. TOTE ovj, Y\ хьбшта; той K'jptou ÈTîoxoupLévr,

TCÛÔ; то oùpàvtov

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В. V. Marier

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144

LA DOCTRIXË DE L'ASSOMPTION.

toutes les vertus, q u i a reçu clans son chaste sein l a deuxième personne de la Sainte Trinité, le Verbe d e v e n u Fils de l a F e m m e , et l'Arche d'alliance toute recouverte de l'or le plus précieux, qui renfermait les tables de la Loi, u n p e u de m a n n e , et la verge d'Aaron. Or, Notre-Dame n ' a u r a i t p u ê t r e figurée, en toute vérité, par l'arbre de vie, ni p a r le buisson a r d e n t , n i p a r l'arche de Noé, ni p a r l'arche d'alliance, si, victime de la m o r t , elle avait vu son corps consumé et englouti p a r le sort des p é c h e u r s d e v e n i r l a proie de la corruption d u t o m b e a u ou a t t e n d r e p e n d a n t de longs siècles la vie i m m o r t e l l e , le séjour dans le ciel, le repos sur la montagne de Dieu et tous les privilèges de la gloire, puisque ces figures signifient par elles-mêmes i n c o r r u p t i b i l i t é , intégrité, immortalité ou exemption d'une p e i n e . L'Ancien Testament n'offre pas d e s types de Notre-Dame que p a r m i les choses inanimées. Plusieurs femmes de la Bible la prédisent et annoncent les privilèges dont le Seigneur l'a comblée, et au n o m b r e desquels l'Assomption se place tout n a t u r e l l e m e n t . En premier lieu, il faut citer l'Épouse, d o n t le Cantique des Cantiques, le Livre dea mystères de la Vierge, c o m m e l'appelle le pieux abbé Rupert, décrit les sublimes communications avec le Créateur. L'Église elle-même, p a r la voix de sa l i t u r g i e , semble adopter cette interprétation, q u a n d e l l e e m p r u n t e les paroles du livre sacré, au j o u r de l'Assomption : Quîp est ista qu¿e ascendit sient aurora consargens, pule/ira al lima, electa ut sol, terribilis ut castroram acies ordinata? « Quelle est celle-ci, qui s'avance comme l'aurore à son lever, belle c o m m e l a l u n e , brillante comme le soleil, terrible c o m m e u n e a r m é e r a n g é e en b a t a i l l e ? » Et si cette femme privilégiée est le type de Notre-Dame, Tassomplion ressort clairement de plusieurs passages qui supposent u n e présence corp o r e l l e ; par exemple : Quœ est ista quœ ascendit de deserto, deliciis affluens, innixa super dilectum suum? « Quelle est celle qui monte du désert, inondée de délices et a p p u y é e sur son bien1

1. Ces paroles forment l'antienne du Bcnediclus. Elles sont tirées du Cantique des Cantiques (vi, 9), auquel l'Église emprunte plusieurs autres passages de l'office de l'Assomption.


L'ASSOMPTION ET L'ÉCRITURE SAINTE.

aimé? » — Surge, propera, arnica mea... et vent; ostende mihi faciem tuam, sonet vox tua in attribua meis; vox cnim tua dulcis, et faciès decora. « Levez-vous, hàtez-vous, ma b i e n - a i m é e . . . et v e n e z ; montrez-moi votre visage, q u e votre voix retentisse à mes oreilles; car votre voix est douce et votre visage éclatant de b e a u t é . » — Quam pulchri sunt gressus lui, filia principis! « Que votre m a r c h e est ravissante, fille du r o i ! » Tout comme le p r e m i e r , dont l'Église nous i n d i q u e le sens t y p i q u e p a r l'usage qu'elle en fait, ces textes annoncent la résurrection de Marie et son entrée au ciel. 1

2

Ainsi les ont expliqués saint Pierre D a m i e n , saint Bernard*, Richard de Saint-Laurent' , Pierre de Blois" , et d ' a u t r e s , a p r è s eux. Mais il s'agit s e u l e m e n t d e constater, en cet e n d r o i t , q u e les Pères reconnaissent d a n s l'héroïne du Cantique u n e figure de Notre-Dame, et que les privilèges décrits p a r l'épithalame sacré resteraient actuellement incomplets sans l'Assomption. Or, ce s e cond point est établi p a r les citations que nous avons faites d u livre i n s p i r é ; et q u a n t à l'autorité des Pères, elle est incontestable en faveur de l'existence de ce type de Marie sous les traits de la Sulamite; car à ceux des Latins que nous avons déjà n o m m é s , il faut joindre, p a r m i les Grecs, au moins saint André de Crète' et saint 1

1

1

1. Cant.

VIII, 5 ; II, 10,

14; VII, 1.

2. « Sequilur de ejus Assumptione : Quai est isLa quaï ascendit de deserto, deliciis aIHuens....? llœc est regina ilia quam vîdentes filia Sion, beafissimam pr.edicaverunl et reginœ laudaverunl earn. Ascendit au le m hodie de deserto, id est de mundo, ad regalis throni celsitudinem sublimata. » — Sermo XL in As sump t. B. M. Y. (P. £., CXLIV, 722, H). 3. « Ipsi Cctîlostis curiae principes in considerationc tant m novitatis clamant non sine ad mi ratio ne : Qua?, est ista qua; ascendit de deserto, deliciis affluons? Ac si manifestius dicanl : Quanta est ha?c? aut unde ci ascendenti utique de deserto alïluenlia tan ta deliciarum? » (P. L . , CLXXXIII, 425, C). 4. « Quae est ista quae ascendit et transiens déserta?.... Il fee est arbor inllammata.... sed et area foederis Tabescat in fallacia seductor Sadducrcus; nam vere surrexisli. — Explic. in Cant, cant., cap. 42 [P. L., CXCVI, 522, C, D-, 523 A). 5. » Quœ est ista quie procedit sicut aurora consurgens, pulchra ut hma, electa ut sol? 0 quam pulchra est ascensio t u a ! Credo siquidem quod qui nascendo integrum custodivit in Maire virginale signaculum, ipse corpus Virginia servavit ab omni mortalitate et corruplione illœsuin. » Sermo XXIV in Assumpt. B. M. [P. L., CCVIl. 664, A, D.) 6. l à r, xwv Aff{i.aTtov àY'-ÔY?*? ' P^Xoç upoôiaYpûbouffa u,uaïiitu>TEpov T r a p r . v i É a T O ' « Tï; autY] 7j à v a ê a t v o u c a à r c ô xïj; spiq^o-j ? Ilepl a o ù IZÀLW r, a Ù T ï j îrpoimgYpad>£ pîSXoç, » ' l o o ù 7| x).îvv), XsYousa, xoO £aXou.âv Kat a30t;* « 'ECEXUETE » In dor m. B- M. oral. III {P. G., XCV1L 1095). 1

3

0

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

10


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

1 4 6

{

Jean Damascène . On le voit p a r cette liste, la m ê m e interprétation se reproduit en des temps et en des pays différents, sans réclamation aucune, de telle sorte que Corneille Lapicrre a p u dire q u e le sens du Cantique des Cantiques se r a p p o r t a i t parfaitement à la Très Sainte Vierge . 2

Judith, victorieuse des ennemis d'Israël, Bcthsabée, la mère du roi Salomon, Esthcr, l'avocate d u p e u p l e de Dieu, sont, toujours d'après les Pères, des figures de Notre-Dame; et les exploits d e la p r e m i è r e comme les faveurs accordées a u x deux autres expriment avec une netteté saisissante le t r i o m p h e de l'Assomption. Toutefois, l'interprétation a u t h e n t i q u e de ces types de la Sainte Vierge n e nous a pas encore p a r l é explicitement d u privilège de l'assomption corporelle d e la Mère de Dieu; sans doute on peut conclure à son existence, d'après le caractère m ê m e de ces figures expliquées p a r l'usage de l'Église et la tradition des P è r e s ; déjà il est p e r m i s de dire qu'il parait annoncé p a r le Seigneur, c'est-àd i r e révélé, au moins implicitement. Il nous faut davantage*, pour * être immédiatement démonstrative, la p r e u v e , basée sur le sens typique de l'Écriture, a besoin d'une affirmation catégorique et formelle; autrement dit, il faut qu'une p a r o l e autorisée présente explicitement l'Assomption comme annoncée p a r divers types de l'ancienne Loi. A côté des raisons de convenance ou de tradition, les Pères en appellent surtout à l'Écriture pour établir la réalité d u mystère de l'Assomption, ce q u i p r o u v e q u e , dans l e u r p e n s é e , la croyance A la résurrection de Marie reposait sur l'autorité de D i e u . Mais cette 3

1. Xaîpe, Ôv|na|ia, Z'Q Orcàp y . < f a [ i Q U tcovtô; è v û i c t o v ICuptou xaTeuO'jv6tx.evov T C p O G e u x x ^ p i o v , il eùwotaç t o O Kve'JtxaTo;. icspl vjç î t û u OaupaaTtxûc Qtoôivzw,' « Tî; auzï) àvaSatvouffa a T t o tïjç Èpôn-ou, w ç axzkiffl xa?cvoO T E O u f u c c p i v Y i ; » / / o » i . II in Nalivitalem B. V. Marias {P. G., XCVI, 693). 2. Hoc Canticum u[>lc con^ruil Clirislo e t BeaUu V i r g i n i : t u m quia ipsa in ter justos erainet, sicut luna inter s t e l l a s ; t u m quia Vertu i n c a r n a t i o , e t per c o n s e q u e n s d e s ponsatio Ecclesia: i n ipsa e l per i p s a m perfecta e s t ; t u m q u i a caro assumpta a Verbo fuit caro B. Virginia; quarc, c u m c a r n e m sibi despondit Chris lus, q u a s i 0 . Virgtnem sibi d e s p o n d i t . U n d e d e B . V i r g i n e l o t u m h o c C a u l i c u m e x p l î c a n t R u p e r l u s , Guilielmus R a m u s , H o n o r i u s A u g u s t o d u n e n s i s , Ilailgrinus, Card. A l a n u s I n s u L , P l a c i dus Nîgidius et I o a n n e s P i e u s C a r l h u s . Prolegomena in Canticum canlicorum, c. 2. t,

à7roTïÊ7tXïipt»>ii.évYi

3. La remarque e s t du R. P. Terrien, La Mère d'après les Pères et la théologie, p. 361.

do Dieu

et la Mère

des

hommes


I/ASSOMPTION ET L'ÉCRITURE SAINTE.

147

r e m a r q u e g é n é r a l e ne suffit p a s ; quelques-uns des p l u s i m p o r t a n t s témoignages des Pères feront mieux ressortir leur e n s e i g n e m e n t sur ce point. Saint Modeste, p a t r i a r c h e do Jérusalem (f 634), d a n s son germon p o u r la fête de la Dormition de Notre-Dame où il affirme explicitement la glorification corporelle de Marie, m o n t r e c o m ment se sont accomplies, en cette circonstance, les prophéties d u Cantique des Cantiques et de l'arche d'alliance. •< C'est aujourd'hui, dit-il, l ' e n t r é e dans la d e m e u r e céleste du t r è s glorieux t a b e r n a c l e , où s'accomplit l'union hypostatique des d e u x n a t u r e s du Christ, le v é n é r a b l e Époux céleste, d o n t tous les a n g e s désirent c o n t e m p l e r l a b e a u t é . . . Notre Dieu q u i a d o n n é la loi sur le m o n t Sinaï et q u i Ta a p p o r t é e de Sion, a m a n d é a u p r è s de lui l'arche sainte dont le roi David, un de ses a n c ê t r e s , p a r l a i t ainsi e n ses chants : « Levez-vous, Seigneur, entrez dans v o t r e repos, vous, et votre a r c h e sainte. » Les a n g e s lui font cortège Elle n'est p o i n t faite de m a i n d ' h o m m e , ni recouverte d'or, mais elle a été p r é p a r é e p a r Dieu et elle brille de l'éclat de l'EspritS a i n t q u i l ' h a b i t e . Elle ne renferme ni la m a n n e , n i les tables de la Loi, mais celui q u i donnait la m a n n e et p r o c u r e les biens éternels, le Dieu de l'ancien et du n o u v e a u Testament qui est n é d'elle et qui a délivré de la malédiction de la Loi tous ceux q u i croient en lui. Elle ne renferme point la verge d'Aaron et n ' e s t point o m b r a g é e p a r les c h é r u b i n s de gloire, m a i s elle est d e la tige de Jessé; glorieuse entre toutes selon les prophéties, et la vertu d u Très-Haut la couvre de son o m b r e . Elle ne p r é c è d e point le peuple h é b r e u c o m m e l'arche mosaïque, mais elle suit Dieu qui a p a r u sur t e r r e avec l ' h u m a i n e n a t u r e ; et les anges et les hommes l'ont p r o c l a m é e bienheureuse, à la gloire de celui q u i Ta exaltée au-dessus de la terre et des cieux, car elle a c h a n t é : « Mon « ùme glorifie le Seigneur et m o n esprit s'est réjoui en Dieu, m o n « s a u v e u r » . . . Le Christ qui a reçu d'elle la vraie n a t u r e h u m a i n e l ' a appelée à lui ; il a revêtu son corps d'immortalité et Ta glorifiée plus qu'on n e peut d i r e , en lui donnant l'héritage céleste c o m m e 1

1. Littérale ment : « chambre nuptiale ».


148

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

à sa Mère très sainte, selon la parole d u psalmiste : « La reine a « pris place à voire droite, et son v ê t e m e n t est d ' u n e beauté écla« tante, comme celle d e Гог le plus soigneusement t r a v a i l l é . » Saint André d e Crète (f 720), célèbre aussi en termes m a g n i fiques l'Assomption corporelle de Marie, e n laquelle il aperçoit la réalisation des figures d e l'Ancien Testament. « О Vierge Mère, s'écrie-t-il, les h é r a u t s d e l'Esprit-Saint ont a n n o n c é votre t r i o m p h e . Moïse vous a reconnue dans le buisson a r d e n t et s'est dit : « Je veux voir quelle est cette vision s u b l i m e . » David, en parlant de vous, s'adressait a u Christ : « Levez-vous, Seigneur, vous « et votre a r c h e sainte. » 11 chantait d a n s l e p s a u m e votre sortie de ce m o n d e : «Tous les riches d u peuple d e v i e n d r o n t vos s u p p l i a n t s ; « voici que toute la gloire d e l a fille d u roi est intérieure ; son vête« m e n t est b r o d é de franges dorées d ' u n a r t merveilleux. » Le livre des Cantiques vous prophétisait mystérieusement p a r ces paroles : « Quelle est celle q u i monte du désert c o m m e u n n u a g e d ' e n « c e n s ? . . . Voyez-la, filles de Sion, et proclamez son b o n h e u r ; " « reines, louez-la, c a r l'odeur de ses vêtements surpasse celle de 1

1

1. Et; TÔV oùpâviov rjfjupwva eÏGY]XÛ£v $| YEVOIUVY) -avévoo^o; vujjupuv. x?j; xaG Окоатовш ¿vfóffsw; T t à v ÇOITECOV Xptsroù TQU àXqÛivou snoupaviou Jiuu.q>tou, O*J èmeviai TÎJ; vmEpçuouç (îïpaior/jTOç ïràcat

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L'ASSOMPTION ET L'ÉCRITIJKE SAINTE.

149

a tous les parfums »... Le s é p u l c r e n e p e u t vous retenir, car l a c o r ce ruption n e doit pas e n v a h i r le corps du Seigneur. Les enfers n e « vous ont p o i n t connue, car l a reine n'est point soumise au m ô m e « sort q u e la servante. Quittez les d e m e u r e s créées; entrez en pos« session d ' u n e plus g r a n d e joie q u e celle du p a t r i a r c h e Enoch, d a n s « un b o n h e u r i n é n a r r a b l e , d a n s la l u m i è r e éternelle, là où est l a « vraie vie. Jouissez de la vue de la b e a u t é de votre Fils; puisez « toujours plus à cette source i n é p u i s able de la félicité sans fm. » Et plus loin invitant tous les esprits célestes et tous les chrétiens à la louange, il ajoute : « Voici l a nouvelle a r c h e de la gloire de « Dieu en qui a été renfermée l ' u r n e toute d'or, la v e r g e d'Aaron « qui avait fleuri et les tables de l'alliance К » Dans sa p r e m i è r e homélie s u r la Dormition de la Sainte Vierge, saint Jean Damosccne s'adresse à Marie en ces ternies : « L'arche de Noé vous a n n o n ç a i t en l i g u r e , vous q u i avez enfanté le Christ, sauveur d u m o n d e . De m ê m e le buisson ardent, les tables écrites delà main de Dieu, l'arche d e l à Loi, l ' u r n e d'or, la v e r g e d'Aaron vous figuraient manifestement... » ; et après avoir é n u m é r é d ' a u tres types p r o p h é t i q u e s de Notre-Dame, il continue : <c Mais q u o i q u e votre très sainte et b i e n h e u r e u s e à m e ait été séparée de votre corps i m m a c u l é , toutefois c e l u i - c i n'est point d e m e u r é d a n s la m o r t et n ' a p o i n t été soumis à la corruption ; il a été transporté dans le ciel, où la mort n'intervient p a s , p o u r y vivre à j a m a i s dans les siècles sans f i n . » 2

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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION

150

Comme les Pères grecs, dont les p r é c é d e n t s t é m o i g n a g e s r é s u ment le sentiment g é n é r a l , les Pères latins, qui ont p a r l é formellement de l'Assomption corporelle de l a Sainte Vierge, ou dont les paroles en supposent manifestement la r é a l i t é , a p p u i e n t leur affirmation sur l'Écriture ; et — ce p o i n t est à r e m a r q u e r — ils font appel surtout au sens typique de l'Ancien Testament : ils voient dans le privilège cle Marie la réalisation des types p r o p h é t i q u e s de la loi ancienne. Pour eux, ces figures de l'Assomption sont les mêmes que pour les P è r e s orientaux : l ' a r c h e d'alliance, l'épouse du Cantique, la reine d o n t le Psalmiste a dit q u elle occupe u n trône de gloire à la droite de Dieu , e t c . . Il y a accord parfait entre les Pères d'Orient et ceux d'Occident, n o n pas seulement dans ce recours u n a n i m e aux Livres inspirés afin d'expliquer l'Assomption de Notre-Dame, mais même d a n s la désignation des principaux types p a r lesquels Dieu Ta a n n o n c é e au peuple juif, comme il a a n n o n c é , sous le voile des figures, l'Incarnation, la R é demption et l'Église. 1

Saint Pierre Damien, u n des plus g r a n d s docteurs de l'Église au moyen âge (f 1072), montre comment se sont accomplies, dans le triomphe d e l à Sainte Vierge, les prédictions q u e renferment, à ce sujet, le Cantique des Cantiques et les p s a u m e s : « Tous les c h œ u r s angéliques se rassemblent, dit-il, pour c o n t e m p l e r la Reine assise à la droite de Dieu, glorifiée dans son corps i m m a c u l é , p a r é e d ' u n vêtement magnifique... Le R é d e m p t e u r , son Fils, vient au-devant d'elle avec toute la cour céleste et l'élève j u s q u ' a u trône qu'il lui a p r é p a r é , en disant : « Vous êtes toute b e l l e et sans tache. » Et la Vierge, dans l'élan de sa reconnaissance, r é p o n d p a r ces paroles de

Xpifftov à i r e x y i i a a ç , TOV TÏJV &papt£av p.Èv x a x a x X y o - a v u a , T a ôà T a Ù T ï j ; xareuvap a t o ; npoÉypa^E, xXaxs; 0EÔYpa<poi 7cpoExâpai;av, v 6 ( J . o u ^ x t ê w T Ô ç Ttpoï< T T â p 7 ) ( 7 £ , GTàu-vo; y . p u f f ï ) x a i Xu/via, xai TpàïisÇa, x a i pâSôo; 'Aapwv tj pXacTqffcwra, è u . © a v w ; icposTUTCWffav ... « à).Xa x a i çucrixw; v j ftavispoç x a i u.%xap£a e r o u dw/rç TOÛ navoX6iou x a i à x T r i p à r o u <70*j yjùp'£z-aLi c a > u . a T o ; , xai TÔ < 7 t o ; i < x TYJ v o p . : c o T a ç f l T î a p a â t ô o t a t , opa>ç o ù x è v a i t o a i v E t èv TW Bavàrw, o ù ô " \JTZO T^Ç ?6opac 3iaX-j£iai. H ç y à p T t x T o u a ï i c aXa>6qTOç tf) T c a p Osvïa (jLE^£vr|XE, TCMIIK p L e Q i a r T a u i v T i ç àoiàXuTov xo cfropxc iceçuXaxTai, x a i npoç xpEiTova x a i OeiOTÉpav c x v j v ^ v [ X E T a T i O s T a i , où 3 t a x o î T T o [ i É v ï ) v û a v à - t p , à>,X* sic à î i E p a v x o u ç a î ù v a ; alcoVbrv ôiaïamÇoutrav. » tfowi. / in donnitionem B.V. M. ( P- C , XVI, 712, 7 16.) (jwTTjpcav ffavTcc

TOV

xyjiaTa.

T

1. Ps.

XLIV,

11.


L'ASSOMPTION ET L'ÉCllITURE SAINTE.

loi

David : « Vous m'avez conduite p a r la m a i n selon votre volonté et vous m'avez reçue d a n s la gloire » . . . Le Saint-Esprit, a u t e u r d e l'Ancien et d u Nouveau Testament, décrit d e la m ô m e m a n i è r e l'Ascension d u Fils et l'Assomption de la Mère : « Quelle est celuici? » clit-il dans le p s a u m e . « Quelle est cclle-lft,? » r e p r e n d - i l a u Cantique. C'est la Reine q u e les lìlles d e Sion o n t proclamée b i e n heureuse. Elle m o n t e a u j o u r d ' h u i d u désert, c'cst-à-dircdc la terre, pour o c c u p e r u n trône r o y a l ; elle s'avance a p p u y é e s u r son b i e n aimé. Quelle sublime faveur lui accorde ainsi Celui q u e les esprits augéliques osent à p e i n e contempler ! » 1

Le vénérable Hildebert, évoque d u Mans, plus t a r d a r c h e v ê q u e de Tours (Y 1133), p a r l e d a n s les m ê m e s termos q u e saint Pierre Damien : « Aujourd'hui la b i e n h e u r e u s e Vierge a o b t e n u l a félicité d e lYune et la glorification d e son corps ; et p o u r q u e p e r s o n n e n'en d o u t e , faisons a p p e l aux autorités. Or, la collecte de ce j o u r affirme q u e Marie n ' a p u être r e t e n u e p a r les liens d e la m o r t . A l'Ascension d u Seigneur les a n g e s ont d e m a n d é : « Quel est celui qui vient d ' E d o m ? » comme l'avait écrit Isaïe. L'Assomption de la Vierge avait été aussi prédite et prophétisée a u Cantique : « Quelle est celle-ci q u i m o n t e r a d i e u s e comme l ' a u r o r e , belle comjnc la lune, éclatante c o m m e le s o l e i l ? » 2

1. u T o l a c o n g l o m c r a t u r angcloruin frequentia, ut videa t regi nain sedenLein a d e x tri s Domini virluLum, i n vesti tu deaurato, in corpore s e m p e r i m m a c u l a t o , c i i x u m d a U m varietale, v i r t u t u m muItipHcitale d i s l i n c t a m . . . Matri c œ l o r u m palatia penetranti F i l i u s ipse, c u m tota curia tant a n g c l o r u m q u a m j u s t o n i m s o l c m n i t e r o c c u r r e n s , e v e * i t ad consislorium session is, e t ait : « Tota pu lehr a es, arnica m e a , et macula n o n e s t in t e . » ... S e d e t V i r g o g r a l i o s i s c u m u l a t a m u n e r i b u s , tanta b e n i g n i l a t e d a v i d i c o r e s p o n d e i , s u m m a ; d i g n a l i o n i s clarilatcm a d m i r a n s : « T e n n i s t i m a n u m dexlerarn mcam, ef in « v o l u n t a t e t u a d e d u x i s t i m e , e t c u m gloria suscepisti m e . » . . . A t t e n d e a u t e m d i l i g c n tiam et c o n s e q u e n t i a m S c r i p t u r a r u m . S p i r i t u s e ni m S a n c t u s , in cujus fabrîca, tam Vetcris q u a m N o v i T e s t a m e n t i fuit compositi fabricata, A s c c n s i o n c m Filii, e t Ata tris A s s u m p t i o n e m s i m i l i stylo p e r a m b u l a n s , ter interrogai : & Quis e s t i s t e ? » [Psalm. \ X I I I ) E t tertio repolit : « Quae e s t . i s l a ? » [Cani, in) ... Haec e s t regina illa q u a m v i d e n t e s filiaì S i o n Beatissima m p r a e d i e a v e r u n t . A s c e n d i t au lem h o d i e d e deserto, i d est de m u n d o , ad regalis throni cel&itudinem s u b l i m a t a . . . Innixa super d i l e c t u m s u u i n . Intra sponsi, i m o Filii s u i , brachi a requiescit. 0 quanta dignitas, q u a m specialis potentia, inniti super i l l u m q u e m angelica? p o l c s l a l e s reverentur a^picere! » Sermo XL, in Assumptionc ß. Mariœ I". (P. L . , CXLIV, 717, 722.) 2. « Ilodie beata Virgo, et animai b e a t i t u d i n e m e t gloriti catione m corporis est ade p ta, quod n e cui v e n i a l in d u b i u m auetoritatibus a s l r u a m u s . Ilodie c l a m a i oratio : Nec tarnen mortis nexibus deprimi potuit. T a m d c m e t i a m ad i n v i t a t i o n e m a n g e l o r u m in


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Hugues de Saint-Victor (f 1 H I ) trouve dans l ' É c r i t u r e , dans le psaume déjà cité p a r les Pères, u n e p r e u v e de la présence de Notre-Dame au ciel, en corps et en â m e . « Le septième privilège de Marie, dit-il, est qu'elle vit au ciel avec son c o r p s . . . Le n e u vième est qu'elle siège à la droite de son Fils, c o m m e l'atteste le Psalmiste : « La Reine s'est assise à votre d r o i t e . » 1

On ne peut passer sous silence les paroles de saint Bernard ( f 1 1 5 3 ) dont le p r e m i e r sermon pour la fête d e l'Assomption contient u n e affirmation si explicite de ce m y s t è r e , et q u i termine ainsi u n autre sermon p o u r l e même j o u r : « Elle s'avance donc, la glorieuse Vierge, dont la lampe a r d e n t e fait l'admiration des anges et l e u r fait dire : « Quelle est celle q u i s'avance, radieuse comme l'aurore, belle c o m m e la l u n e , eclatante comme le s o l e i l ' ? » A ce témoignage d u g r a n d abbé de Clairvaux, il faudrail j o i n d r e ceux de ses contemporains, saint Amédée, a b b é de Mautecombe, puis évêque de Lausanne ( f 1 1 5 9 ; , Richard d e Saint-Victor (7 1 1 7 3 ) , 3

4

a s c e n s i o n e Domini dicontium : a Quis est iste qui ascendit de l i d o m ? » F u i t ctiam prophotice pracdicla de ascenau Virginis : « Quae e s t ista q u a e ascendit v e l u t aurora coruscans, pulchra ut luna, electa u t s o l ? » Senno I, in fest. Assumpt. B. Marti (P. L-, CLXXI, 630.) 1. « S e p t i m u m quod c u m corporc s u o i n crrlo v i v i t . . . N o n u m q u o d ad d c x t c r a m Filii singulariler sedei,' Psalmista testante : « Astitit regina a d ex tri s tuis ». (Psal. x u v ) . Miscellanae. Tit. CXXV, de Assumpiione el decern prœconiis Maria'semper virginis (P. L . , CLXXVII, 808.) 2. « Process it igitur gloriosa Virgo, c u j u s l a m p a s a r d e n t i s s i m a ipsis q u o q u e angelis l u c i s miraculo fuit, ut dicerent : Quae e s t ista, q u a e progreditur sicut aurora consurg e n s , pulclira u t luna, electa u t sol? » Sermo II ììì Assumpiione B. Mariœ. V. ( P . L . , CLXXXIII, 421.) L e passage d u premier s e r m o n , auquel n o u s faisons a l l u s i o n et qui ailirme s i explicit e m e n t la présence de Marie au ciel en corps e t e n . a m e e s t celui-ci : v Felicia prorsus oscula labiis impressa l a c t e n t i s , cui virgíneo mater applaudcbat in gremio. V c r u m l u m c n n u m q u i d non felici ora cen sebi m u s qute ab orcsedenLis in d e s t e r à P a t r ì s h o d i c i n beata salutalionc suscepit, cuin a s c e n d e r e i ad t b r o n u m gloria?, c p i l l i a l a m i u m can en s et d ï cens : « Osculetur m e o s c u l o oris sui? » L'Église l i t ce passage à I'oflico d e la n u i t , au c i n q u i è m e jour d a n s l'octave de l'Assomption. 3 . & l l o c i n c c n s u m suavissimurn e s t , h o c thyiniama b e n n c o m p o s i t u m procedit de tliur i b u l o cordis Mariai, et universa s u a v i l e r olentia excedit. P o r r o Ihurîbulum s e q u e n s i n c e n s u m et elevatum m a n u D o m i n i , ascendit usque a d t h r o n u m Praîsidenlis. Ascendit slipatum prosecutione angelicoruin spiriluuin, c l a m a n t i u m in e x c e l s i s atquc Uicenlium : Qux est ista, qust ascendit per desertum, sicut virgula fumi, ex aromatibus myrrhae, et ihiiris, et universi pul veris pigmentarii? » Homilía VI ( P . L., CLXXXV1II. 1336.) 4 . « Qux est isla qux ascendit,H

transiens

deseria?

. . . Tabescat in fallacia s e d u c -


L'ASSOMPTION ET L'ÉCRITURE SAINTE.

153

P i e r r e , a b b é de Celle et p l u s tard évèque d e Chartres (7 1187) et Philippe d e Ilarveng, a b b é de Bonne-Espérance (7 1 J 8 7 ) . Nous t e n o n s à faire r e m a r q u e r q u e tous les textes sont e m p r u n tés à des P è r e s , qui i n v o q u e n t l'autorité de l'Écriture pour p r o u ver, expliquer, ou exposer l'Assomption de Marie, entendue formellement et explicitement p a r eux comme résurrection et présence corporelle d a n s le ciel. Il e û t été facile de multiplier ces citations, surtout si nous avions fait appel au témoignage des n o m b r e u x Pères, q u i , t r a i t a n t de l'Assomption, n e p a r l e n t p a s explicitement de la glorification d u corps très p u r d e Notre-Dame ; et c'eût été fort légitime, car la simple l e c t u r e d e leurs écrits m o n t r e , p a r les exigences d u sens total d u contexte, ou m ô m e d u caractère d e l'ouvrage, qu'ils c o m p r e n n e n t l'Assomption d a n s l e même sens que les p r e m i e r s . Mais tous ces a u t e u r s , Pères de l'Église ou écrivains ecclésiastiques forment-ils l'unanimité suffisante, requise pour q u e l e u r i n t e r p r é t a t i o n s'impose? Oui, p a r c e q u e , a p p a r t e nant à d e s époques et à, des pays différents, et r e m a r q u a b l e s p a r leur science de la théologie m a r i a l e , i l s d é c o u v r e n t , dans p l u sieurs passages de l'Écriture, u n sens t y p i q u e q u i est conforme à la persuasion d e l'Église d o n t la liturgie nous t r a d u i t l a pensée i n t i m e , conforme à la m a n i è r e d'interpréter d e s autres Pères, et au s e n t i m e n t des théologiens postérieurs; en d'autres t e r m e s , ils attestent, p a r l'autorité d e l e u r parole et l'ensemble d e l e u r t é m o i g n a g e , l'existence d u c o u r a n t traditionnel et r e n s e i g n e m e n t du m a g i s t è r e tacite de l'Église, p o u r l e moins. Sans d o u t e , ils n e présentent pas formellement leur interprétation c o m m e un point de d o c t r i n e , ils ne disent pas en termes explicites que l'Église l'enseigne; m a i s , si l'on fait attention q u ' à leur autorité, déjà, considérable p a r elle-même, et, dans le cas présent, inéluctable, 2

lor S a d d u c a u i s : nain verc s u r r e x i s t i . Explicalio

assumpiione

Maria',

et ejus laudibus

in Ca/itica

canlicorum,

c. x u i De

» (P. L., CXCVI, 522-524).

1. t( In Canlicis, ubi quasi in c u b i c u l i s s u i s e t lectulo florido pncrogalivaj.ejus m y s t i c c r e q u i e s c i t , sœpcnuincro Salomon sic de illa cecinit : Quw est ista, qnx progrediiur,

quas est ista quœ ascendit de deserto, qu,v. est ista gum ascendit per deserlumf » 2. « Fuge,dilecte mi, assimilare capressjiinnuloque cervorum super montes aromaium.

. . . E s t igitur mater c u m F i f i o n o n sol uni spiritu, s e d eliam corporc. «

laria in Cantica

canticomm,

L V ï , c. L ( P .

CC1II. 487, 488J.

Commen-


154

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

viennent s'ajouter la pensée de l'Église assez clairement m a n i festée dans la l i t u r g i e , le recours continuel des Pères à l'Écriture dans leurs homélies sur l'Assomption, l'enseignement des plus illustres théologiens, et l'absence de toute contradiction, on conviendra que, selon toutes les règles de l a certitude m o r a l e , il s'agit bien ici d'interprétations a u t h e n t i q u e m e n t reçues dans l'Église, soit l'Église enseignante soit l'Église enseignée. En tout cas, comme « le Saint-Esprit veille à ce que les t é m o i g n a g e s que l'on trouve chez les Pères ne produisent point une fausse a p p a r e n c e de consentement, il faut a d m e t t r e que leur accord est basé sur des documents valables, q u a n d tous ceux dont on possède des témoig n a g e s attestent l a m ê m e doctrine avec u n accord absolu o u m o ral, pourvu seulement qu'il y en ait p l u s i e u r s a p p a r t e n a n t à. des époques et à des pays différents. S'ils ne l a p r é s e n t e n t pas comme u n dogme formel, elle est au moins d ' u n e vérité catholique moral e m e n t certaine, parce q u e l'autorité des Pères consiste non seulem e n t dans le témoignage f o r m e l , mais aussi d a n s l e u r qualité de docteurs expliquant et développant l a doctrine r e l i g i e u s e ». 1

Il est donc certain q u e ces types de l'Assomption, qu'ils nous montrent : l'arche d'alliance, l'épouse d u Cantique, la reine des psaumes de David, ont été o r d o n n é s , de p a r Dieu, à signifier le privilège de Marie, et q u e celui-ci est révélé implicitement dans les livres de l'ancienne loi. C'est la conclusion logique de l'examen que nous avons fait de l a pensée m o r a l e m e n t u n a n i m e des Pères sur quelques figures de la Bible. Les plus g r a n d s théologiens c a t h o l i q u e s , n o u s l'avons d i t , s'accordent avec les Pères n o n seulement p o u r l a méthode de prouver p a r l'Écriture la réalité de l'Assomption, mais aussi p o u r la désig n a t i o n des types prophétiques e u x - m ê m e s ; s'ils font a p p e l aux textes des livres inspirés, c'est a s s u r é m e n t qu'ils y voient u n e p r e u v e de l e u r thèse. Or, saint Thomas d'Aquin, comme les Pères que nous avons cités, reconnaît l'Assomption dans le transfert de l'arche d'alliance : <c La troisième malédiction, dit-il, c o m m u n e à tout le genre h u m a i n , est celle qui c o n d a m n e tout le monde à re-

1. S C I I E C U C N ,

loc.

cit.,

il.

379,

376.


L'ASSOMPTION ET L'ÉCRITURE SAINTE.

tourner en p o u s s i è r e ; l a b i e n h e u r e u s e Vierge e n a été e x e m p t e , parce qu'elle est m o n t é e a u ciel avec son corps. En cfiet, n o u s croyons qu'elle est ressuscitée ajJrès sa mort et qu'elle a été t r a n s portée au ciel : Levez-vous, Seigneur, allez a u lieu de votre r e pos, vous et votre a r c h e sainte (Ps. c x x x i , 8 ) . » On ne s a u r a i t prétendre q u e saint Th o ma s emploie ici l'Écriture d a n s l e sens accommodatice, p u i s q u e celui-ci n ' a a u c u n e force démonstrative en théologie; à moins de d i r e q u e le Docteur a n g é l i q u e p a r l e e n vain, il faut donc convenir qu'il reconnaissait d a n s ce p a s s a g e du p s a u m e u n e preuve d e l'Assomption corporelle de la Sainte Vierge. 1

Le bienheureux Albert l e Grand, u n e des lumières d e la t h é o logie, n'est p a s moins affirmatif q u e saint Thomas. Voici c o m m e n t il s'exprime dans son Mariale, ou Questions sur F évangile Missu s est : « Que l e corps de la Vierge n'ait point été r é d u i t e n poussière, cela se voit clairement p a r la figure de l'arche d'alliance, q u i était faite de bois d e sétim, dont la propriété consiste à n e pouvoir être rongé p a r les vers et à se c o n s e r v e r intact d a n s l'eau. Elle est donc ressuscitée. D'ailleurs le Psalmiste lisant dans l'avenir l'annonçait h a r d i m e n t (Ps. cxxxi) : Levez-vous, Seigneur, entrez dans le l i e u de votre r e p o s . Et il ajoute aussitôt : Vous et votre a r c h e sainte. Ce qui i n d i q u e clairement q u e cela était dit en figure de Marie, dont le corps fut r a r c h c d u corps d u Christ. Or le ciel n ' a d m e t p a s d e figure, mais seulement l a r é a l i t é . » (Quest. 132.) L'auteur d u 2

1. ii Tertia

(maledictto) fuît c o m m u n i s

reverterentur.

KL ab h a c fuit iminunis

c o c l u m ; credimus e n î m q u o d

viris et m u l i c r i b u s ,

scilicet ut in p u l v e r e m

B e a t a Virgo quia c u m c o r p o r c assuinpla e s t i n

posL m o r Loin r e s u s c i l a t a

fucrit, el. pórtala

in c o e l u m .

l'salin. c \ x i , 8 : « S u r g e , D o m i n e , in r e q u i e m t u a m ; t u e t arca sancLificatïonis

Opusculum Varm.

VI in Safutationem

ant/clicam

expositio.

— S. Thomae

luae. »

opera, c d .

18G.->, l . X V I , p. 134.

2. « Quod n o n fucrit i n c i n é r a l a , í n l e l l i g i t u r m u n i f e s ü ; i n figura d e arca f œ d c r i s D o n i i n i , per

quaui

significabalur

1

Maria, q u u q u i d c i n

arca

quorum natura lalis e s l q u o d n u n q u a m a v e r m i b u s

constructa rodunlur

fuit

d e ligriis

setini

n e c perforantur. n e c in

aquis s u b m e r s a unquaui p u l r e s c u n t , s i c u t s o i e n t alia ligna f a c e r é ; ergo sine omni p u praïvidens P s a l m i s l a

clamât c u m

audacia, Ps. c x x x i ; S u r g e , D o m i n e , i n requiem t u a m . E t s l a l i m subinferl

tréfaction e s u r r e x i l . H o c idem etiam

: T u et arca

sanctilicationis

et clara l u c e

tuai. Q m c m a n i f e s t e c r e d u n t u r et in figura d e Maria, cujus c o r p u s fuit

arca corporis ChrisLi; s e d c œ l u m nulla figura, s e d soin m rei veritas p o s s i d e t . » Quscstiones super p. 88.

Missus

e s t , q . CXXXII. — B. Alberti

M. opera,

Lugduni,

1051, t. X X ,


150

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

livre Des louanges de Marie, q u i se trouve d a n s les œuvres d'Albert le Grand, mais qui est, plus g é n é r a l e m e n t , attribué à Richard de Saint-Laurent, sous le nom d u q u e l il a été édité à Douai en 1C25, s'exprime ainsi : « Son passage de l a t e r r e au ciel est appelé Assomption, p a r c e qu'elle monte du désert, inondée de délices, appuyée sur son Bien-Aimé. » (Canf. vin, 5. i Et il renvoie, p o u r les détails, au chapitre Des aromates du jardin fermé, où sont expliquées les mystérieuses significations d u Livre sacré, et où l'on trouve ces paroles : « Dépassant les h i é r a r c h i e s angéliques et tous les rangs des saints, elle monte j u s q u ' à l a droite d e Celui qui siège sur le trône. Aussi est-elle figurée p a r Bethsabée, à q u i son fils le roi Salomon fit p r é p a r e r u n trône à la droite du sien (III Reg. n , 19) : ce qui n'est que l a répétition d'une idée déjà émise : « Par u n privilège singulier, elle siège à la droite de son Fils, comme c'est la conviction g é n é r a l e , sur u n trône de gloire ; car elle est figurée par Bethsabée, m��re de Salomon, figure du Christ, à laquelle son fils ordonna de p r é p a r e r un trône à la droite du trône royal (III Reg. u ) . » P o u r cet a u t e u r , le type de l'arche d'alliance ne fait aucun d o u t e ; il y revient en d ' a u t r e s endroits du m ê m e ouvrage : « Marie est l'arche sainte, selon l a p a r o l e d u p s a u m e c x x x i : Levez-vous, Seig n e u r , entrez d a n s le lieu de votre repos, vous et l'arche de votre sainteté, c'est-à-dire que vous avez sanctifié... C'est p o u r q u o i le P r o p h è t e dit au Christ : Levez-vous, Seigneur, e t c . , vous d'abord, et ensuite l'arche, c'est-à-dire, Marie. De là on conclut qu'elle est montée au ciel avec son corps. Donc il est dit : Entrez, Seigneur, dans votre repos, après les d o u l e u r s de l a passion, vous p a r l'Ascension, et l'arche de votre sainteté p a r l'Assomption . » !

L « N o n SOIUIÏI c u m Angelicis sublimata. sed super o m n e s c h o r o s Angelorum exaltata ... ad dexteram Fil M, sicuL crcdilur, in tiirono g l o r û e ; q u i a ipsa designala e s l per Bethsabée matrem S a l o m o n î s q u i C h r i s t u m signal,, c u i v i d c l i c e l Itathsabcc de p r a c e p l o filii positus e s l t h r o n u s j u x t a t b r o n u m régis, c l s e d i t ad d c U e r a m e j u s . . . Asccndit in s u a a s s u m p t i o n e , Angelorum et s a n c l o r u m trans^rediens ordines u n i v e r s o s , a s c e n d e n s usque ad d e x t e r a m s e d e n t i s in i b r o n o . U n d e d e s i g n a t u r per B e t h s a b é e , cui p o s i t u s esl t h r o n u s j u x t a iilium regein S a l o m o n c m , et sedit ad d e x t e r a m ejus. ... Arca s a n c l i l i c a tionis. In P s a l . c x x x i : S u r g e , D o m i n e , in r e q u i e m tuant, l u et arca sanctificationis tua.*, id est quam t u sanclificasli... Ideo d i c i t Ghrislo prophela : Surge, D o m i n e , in r e q u i e m tuani. T u prius, id e s t , Maria p o s t e r a i s . Hinc conjicitur, q u i a as&urnpla sit simul c u m corpore. Dicitur ergo : Surge, D o m i n e , in r e q u i e m tuain, p o s t laborcm p a s s i o n i s , lu


L'ASSOMPTION ET L'ÉCRITURE SAINTE.

157

A l'exemple de saint T h o m a s et d'Albert le Grand, les t h é o l o giens scolastiqucs les plus considérables p r o u v e n t l e fait de l'Assomption corporelle p a r l'accomplissement d e s figures d u Cantique des Cantiques et des p s a u m e s , d e sorte q u e s u r le m ô m e sens t y p i q u e de plusieurs passages d e l'Écriture, la tradition écrite se continue palpable et u n a n i m e . Le pieux et savant Denys le Chartreux, q u e Ton a appelé le Docteur extatique, la suit fidèlement au xv° siècle : « Dans m o n Assomption, i'ait-il dire à la Vierge en expliquant iltius le verset d u Cantique : Leeva ejus sitb cap? te meo, et dextera amplexabitur me (vi, 2), Dieu m ' a placée à sa droite, et m ' a unie à lui après m'avoir élevée a u ciel avec m o n c o r p s ; i l m ' a accordé une vue de sa divinité aussi claire et aussi béatifiante qu'elle puisse être donnée à u n e créature sans l'élever à l'union p e r s o n n e l l e . » 1

Parmi les auteurs plus récents, dont il serait facile d e multiplier les noms, saint Thomas de Villeneuve parle l e m ô m e l a n g a g e et explique p a r les p r o p h é t i e s d u Cantique l'existence d u privilège de la Sainte Vierge : « Nous célébrons a u j o u r d ' h u i u n e triple fête, dit-il, dans son q u a t r i è m e sermon pour le j o u r de l'Assomption : nous célébrons d'abord l ' h e u r e u s e m o r t de la Vierge Mère, l'instant où elle sortit de la vie; nous célébrons encore sa résurrection qui l a revêtit d'une gloire i m m o r t e l l e ; nous célébrons enfin son Assomption glorieuse où son corps et son â m e p r i r e n t l e u r essor vers les cieux... Les anges étaient saisis d ' é t o n n e m e n t et ils a d m i r a i e n t une dignité aussi sublime et ils s'écriaient : te Quelle est celle-ci qui m o n t e d u désert, inondée d e délices, a p p u y é e s u r son b i e n aiiné? » C'est ainsi qu'au milieu des applaudissements et des joies de toute la cour céleste, le nouveau Salomon, plein de puissance et de sagesse, fit entrer, de ses p r o p r e s mains, l'arche où Dieu s'était renfermé, dans le temple céleste q u e la main de l ' h o m m e n'a point élevé. » Il avait dit dans son deuxième sermon : « Elle sort d u t o m per a s c e n s i o u e m , e t arca sanctificationis p e r a s s u m p t i o n e m . » Op. cit., 1. I V , c. i v , p. 107; I. XII, c. III, p. 3 5 4 ; 1. X, c. i, p . 250. 1. » In m e a assuinptione ad suain m e d e x t e r a m collocavit, e t assurnptam cum c o r p o r e , rorporalîler s i b i u n i v i t ; a t q u c a d tain clarain e t v o l u p t u o s i s s i m a i n &u& d e i l a t i s i n l u î tionetn promovil, quantam pura crealura sine personali u n i o n e v i d e t u r caperc p o s s e . » Enarr. in cap. Il Canl., art. 8. — Doctoris ecslatici D. Dionysii cartusiani opéra omnia, Monstrolii, 1898, t. V U , p. 346.


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

beau plus b r i l l a n t e que le soleil, plus p u r e que la l u n e ; elle s'élève dans les airs : de toutes parts les a n g e s applaudissent. Quelle est celle-ci? Elle est le t e m p l e de Dieu, le sanctuaire de i'Esprit-Saint, l'arche sainte, l'arche du Testament. Les p r o p h è t e s l'avaient annoncée, les patriarches l'avaient figurée, les oracles l'avaient p r o m i s e . » l

Saint François de Sales s'exprime de l a môme m a n i è r e en son sermon (LXI) pour l a fête de l'Assomption : « Si l a réception de l'ancienne arche fut si solennelle, quelle devons-nous penser avoir esté celle de la nouvelle Arche, je dis d e l a très glorieuse Vierge Mère d u Fils de Dieu au j o u r de son Assomption? O j o y e incompréhensible! 0 festc pleine de merveilles, et q u i fait que les Ames dévotes, les vrayes filles de Sion, s'escrient p a r admiration : Quae est isla quae ascendit? Quelle est c e l l e - c y laquelle monte du désert?... Ainsy donq m o u r u t la Mère de la vie. Mais comme le phœnix resuscite bien tost après sa m o r t et r e p r e n d une nouvelle et plus heureuse vie, ainsy cette b i e n h e u r e u s e Vierge n e demeura guères (ce ne fut tout au plus que trois jours) sans ressusciter; son cors n e fut point sujet à l a corruption a p r è s la m o r t , cors qui n'en rece ut jamais p e n d a n t sa sainte vie. La corruption n'avait point de prise sur u n e telle intégrité, ceste Arche estoit du bois incorruptible de sethim, c o m m e l'autre ancienne » Le savant cardinal Bcllarmin reconnaît aussi dans l'histoire de l'Arche sainte la p r o p h é t i e de l'Assomption. <' Parce que le Christ, n o t r e Sauveur, était le Roi et l e Maître de la Jérusalem céleste, il est entré d a n s le r o y a u m e des cieux avec son àme et son corps ; nous devons n o u s g a r d e r de penser et de dire qu'il en a été b e a u coup a u t r e m e n t de la Mère d u Roi et de l a Reine du m o n d e . Car le Fils de Dieu, après la m o r t de sa b i e n h e u r e u s e Mère, n ' a pas permis que son corps restât i n a n i m é dans le t o m b e a u ; m a i s , p a r u n singul i e r privilège, il l'a r a p p e l é à la vie au b o u t de p e u de temps, et l'a introduit dans la g l o i r e . . . Se r a p p e l a n t ces paroles du Père : Entrez dans votre repos, vous et l'arche de votre sainteté, et sachant bien que l'arche de sa sainteté était le corps de sa b i e n heureuse Mère après son ascension, il a introduit, le plus tùt pos1. Œuvres de saint Thomas de Villeneuve (trad. Fcrrier), t. III, p . 4 i 5 , 446, 4 0 8 , 410. 2. ( E u o r e s de saint François de Sales, Annecy, 1896, p . 440, 4 5 1 .


r / À S S O M P T I O i N

ET F/ECRITriUS

S A I N T E .

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sible, cette très sainte a r c h e dans le t e m p l e d u v r a i S a l o m o n . . . Et q u y a-t-il d'étonnant, si cettte arche, plus a u g u s t e et plus s a i n t e que toute c r é a t u r e , soit entrée dans le ciel a u milieu des c h a n t s et de l'allégresse des esprits b i e n h e u r e u x ? » 1

De tous ces témoignages, é m a n a n t de Pères, d e docteurs et d e théologiens, différents p a r l e pays, l'époque et le caractère, on est en droit de conclure que l ' a r c h e d'alliance et l'épouse du Cantique sans p a r l e r du buisson a r d e n t , des faveurs accordées à Bethsabée et à Judith, etc., sont des t y p e s de l'Assomption, réellement voulus de Dieu c o m m e tels; car l'interprétation d o n n é e p a r t a n t d ' a u teurs ecclésiastiques réalise toutes les conditions exigées p a r la théologie p o u r être au moins m o r a l e m e n t certaine, môme s'ils n'avaient p a r l é q u e c o m m e docteurs particuliers. Il est difficile de croire q u ' u n p a r e i l accord eut existé, si l e u r explication de ces types n'avait pas été l'écho de r e n s e i g n e m e n t m ê m e d e l'Église et de la persuasion g é n é r a l e du peuple chrétien. Cette conclusion, au sujet de quelques types particuliers, à laquelle nous sommes arrivés en suivant r i g o u r e u s e m e n t les p r i n cipes de la théologie, n e fait q u ' e n préciser u n e autre plus g é n é rale, qui résulte de la m é t h o d e interprétative des Pères et des t h é o logiens. En dehors des raisons de convenance qu'ils apportent p o u r prouver la réalité de l'Assomption, ils font toujours a p p e l à l'Écriture, dans laquelle ils voient ce mystère figuré et a n n o n c é ; c'est leur h a b i t u d e constante, et il y a chez eux unanimité morale, sur ce point. Cette persuasion de l'annonce p r o p h é t i q u e de l'Assomption par le moyen des types est donc u n e vérité catholique certaine, car l'autorité des Pères s'impose aussi lorsqu'ils expliquent la doctrine religieuse avec u n tel e n s e m b l e ; surtout en p a r e i l cas s'exerce l'assistance d u Saint-Esprit qui préserve de Terreur l'Église enseig n a n t e et le corps des fidèles, et q u i n e peut laisser croire universellement que la doctrine de l'Assomption repose sur l'Écriture, si, de fait, elle ne s'y trouve p a s . De plus, cette unanimité, e m b r a s sant des ailleurs de contrées et d'époques diverses, ne s'explique bien que p a r une croyance générale et d'un enseignement a u t h e n 1. Cane. A X , De Assumpt. 1617, p. 439-440.

R. Mariac,

parle 2". — BELLAIIMINI Conciones,

Vcneliis,


100

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

tique. Ainsi à l'autorité des Pères et des théologiens vient s'ajouter celle du magistère ordinaire de l'Église, attestant l'existence des types prophétiques d e l'Assomption ; ou mieux, les p r e m i e r s ne sont que les organes du second. Devant ce témoignage unanime des Pères, et m ê m e des théologiens, qui voient dans l'Écriture des types d e l'Assomption, — devant cette autre unanimité morale q u i désigne très explicitement plusieurs de ces types, — d e v a n t l c s indications si claires de l'Église d a n s sa liturgie, — devant m ê m e la croyance aux figures où l'on a reconnu les autres prérogatives de l a Vierge, q u e l théologien catholique oserait p r é t e n d r e q u e l'Assomption corporelle de NotreDame n ' a pas été prophétisée dans les Livres Saints, sous le voile de types auxquels Dieu avait attaché cette signification? Il nous semble qu'on ne p o u r r a i t le faire à moins de nier le sens typique de l'Écriture, et de rejeter l'autorité doctrinale de l'Église, des Pères et des théologiens. La croyance à l'Assomption repose donc sur l a parole de Dieu, qui l'a révélée formellement, quoique implicitement, en plusieurs types de l'époque a n t é r i e u r e à l'économie évangélique. Jusqu'ici nous n'avons interrogé q u e l'Ancien T e s t a m e n t ; le Nouveau ne comporte pas l'existence de types prophétiques, au moins après la mort d u Christ ou la venue d u Saint-Esprit, c'està-dire après l a p r o m u l g a t i o n de l a Loi nouvelle, parce que les choses signifiées sont plus dignes que les types qui les signifient, e t parce q u e ceux-ci sont faits p a r Dieu à l ' i m a g e d e celles-là, de leur antitype. Or, depuis l'Évangile, il n ' y a pas à a t t e n d r e d'autre perfection, et toute la destinée h u m a i n e se modèle sur celle de Notre-Seigneur. Il resterait à se d e m a n d e r si q u e l q u e livre du Nouveau Testament ne nous m o n t r e pas l'Assomption, n o n plus prophétisée par u n type quelconque, mais s'accomplissant ou déjà réalisée, sous le voile d'un symbole. Aucune p a g e écrite p a r les Évangélistes et les Apôtres ne nous p a r l e d u fait m ê m e de l'Assomption, mais peut-être certains passages de l'Apocalypse nous m o n trent-ils Notre-Dame t r i o m p h a n t e a u ciel, glorifiée d a n s son Ame et dans son corps. Plusieurs l'ont cru et ont expliqué dans ce sens le verset de l'Apocalypse (xi, 19) : Et apertum est t emplum Dei r


L'ASSOMPTION ET L'ÉCRITURE SAINTE.

Wil

in cœlo ; et visa es/ arca testament}, ejus in templo ejus. « Certainement, dit l ' a u t e u r des Sermons p u b l i é s sous le n o m de saint I l d c phonse, cette a r c h e n'est point l'arche m o s a ï q u e , mais la b i e n h e u reuse Vierge qui avait été confiée à saint Jean I'Évangélistc et q u e ce lidèle témoin de la vérité a p e r ç u t dans le ciel ». Plusieurs ont adopté ce sentiment, qui n e fait que c o m p l é t e r la t r a d i t i o n d e s Pères et des théologiens au sujet de l'arche. Quoi qu'il en soit de cette interprétation et de celle q u e d'autres ont d o n n é e , d a n s le même sens, au p r e m i e r verset d u chapitre suivant : « Il p a r u t d a n s le ciel un g r a n d signe : u n e femme revêtue du soleil, la l u n e sous ses pieds, e t u n e c o u r o n n e d e douze étoiles sur sa tête; — S i g n u m magnum apparuii in cœlo. Millier amicta sole et lima suh pedibus ejus, et in capite ejus corona stellarum duodecim », nous ne l'invoquerons point en faveur de n o t r e thèse. II reste d o n c acquis, croyons-nous, que l'Assomption corporelle de Marie a été révélée de Dieu sous le voile de types auxquels il avait attaché cette signification p r o p h é t i q u e . C'est un deuxième mode de révélation, p r e m i e r q u a n t à l'époque, p a r lequel Dieu a fait connaître la glorieuse Assomption de Marie.

£A DOCTRINE DC

)/\SÂO.M|>TION.

11


CHAPITRE VI LE MOUVEMENT CATHOLIQUE

EN FAVEUR DE LA DÉFINITION

DE

DOGMATIQUE

LASSOMPTION.

§ I . — A v a n t le c o n c i l e d u

Vatican.

La doctrine de l'Assomption a reçu a u cours d u dix-neuvième siècle de n o m b r e u x t é m o i g n a g e s . Un des plus i m p o r t a n t s vient d e s discours q u i , tous les a n s , l e j o u r d e l a féte de l'Assomption, de 1829 à 1835, furent prononcés, à Rome, dans la basilique Sainte-MarieMajeure, p a r les Pères Jésuites du Collège des Nobles . C'est toujours la môme affirmation de la g l o i r e d e la Sainte Vierge, présente a u ciel en corps et en â m e . Et l'enseignement oral des p r é d i c a t e u r s , s exerçant sous l a vigilance d e l'Église, n e diffère point de celui des théologiens. P a r m i ces derniers, il est nécessaire d ' e n citer q u e l q u e s - u n s : M ' Scotti, archevêque d e Thessalonique , De Carlo, p r ê t r e de N a p l e s , Passaglia *, W Anni1

1

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2

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1. D e Backer, Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, t. V, p. 3 6 ô 366. 2. « L'Assunzione di Maria ci fà meditare tre stupende v e r i t à : I. La carne di Maria non si c o r r o m p e . — l i . Ebbe innanzi tempo una nuova vita. — III. Fu ben tosto assunta in cielo. » (Vaccari, l. e, p. 222, n. 2.) 3. « Quœr. — De fide n e s i t Virginis c o r p u s a inortuis c x c i l a t u m a d c œ l u m fuisse a s sumptum. — Rcsp. Quoniam liae de re nulla extat Ecclesia) definitio, proinde n o n p e r line!. — (L'auteur veut évidemment parler de la foi divine, puisqu'il affirme que VAssomption est une tradition reconnue et enseignée par l'Église); — negari l a m e n non p o l e s t nisi e x p e t u l a n t i ( c m c r i l a l e , uL i n d u i t Melchior Ca nu s ; nam c o n s l a n s et perpetua traditio quai incorruptibilitalem corporis Virginis t u e t u r in tota E c c l e s i a , luetur e l i a m g l o r i o a m incorrupti corporis A s s u n i p l i o n e m . » Theotocologia, 1. c , p r . r». a

4. « Qu um plurima sint q w e morti forum orîgînalîs t r a n s g r e s s i o n s virus oculis p r o p e subjiciunt, horrifiai m illud e s t q u o d huinani corporis sanie e t in nati vu m p u l v e r e m résolu li on e c o n ü n e U i r . Lata natnque d i v i n i t u s in a u c t o r c m originalis prœvaricationis reverteris, u n i v e r s a m c o m p l e c t i t u r inlectam p o s sentenlia : Pulvis es et in pulverem


LA DOCTRINE DE I/ASSOMI'TION. 1

3

v i t i , De Luise', le cardinal P a t r i z i . D'autres vont être plus spécialement mentionnés. Quelques années après la définition d o g m a t i q u e de l'Immaculée Conception, u n e préoccupation et u n désir, qui n ' o n t fait q u e s'accentuer depuis lors, se firent j o u r p a r m i les catholiques. L'acte solennel de Pie IX les portait à se d e m a n d e r si l'Assomption n'est pas, comme l'Immaculée Conception, u n e doctrine révélée, ot à désirer un nouveau t r i o m p h e pour la Vierge ressuscitée. Les théologiens ne t a r d è r e n t pas à étudier, dans des travaux spéciaux, le point de v u e sous lequel la question de l'Assomption se présentait. La plus ancienne étude est celle d u P . Rémi Buselli, Ycryiw. franciscain, publiée à Rome on 1863 et intitulée : La terilalem, n e m i n e m pra*lcril, s u a s q u e tabificas v i r e s in o m n e s e x e r c e t . U n a laineu perhibetur Virgo qua.* evaserit, u n a qua' corruptionis ignoininiain non subierit. e t una qua* carnis in sepulcro d i s s o l u t i o n e m non persenserit. Cujus e x i i m V s i n g u l a r i s q u e irnm u n i t a t i s illud i m p r i m i s a r g u m e n t a t u m est, q u o d Christiana; a n t i q u i l a l i s persuasio de assumpta in corpore V i r g i n c luculentissimuin p n e b e t . N e m i n e m fugil innuiueros pro- p e m o d u m e x t i l i s s e qui d e h o c Jacto splendide d i s s e n i e r i n t ; s e d n e m i n e m pariter tugil h os in ter tum e r u d i t i o n e , t u m n o m i n i s c l a r i l a l e r e l i q u i s n o n m i n i m u m p n e c e l l c r r P e t r u m Canisiuin, Ca'saivm B a r o n i u m , M a b i l l o n i u m , Jtuinarlium, M a r t e i i ï u m , A s s c m a n u m , Strozium, Maratorium, T r o m b e l l i u m el Tîenedictum decimum q u a r t u m . Qui quidem o m n e s pro ea qua pollebant eruditione nihil n o n e x c u s s u m reliquerunt, u t uberiorcm q u a m possent s p l c n d i d i o r e m testium copiam in l u e cm p r o l e r r c n l . N c q u e v o u s impensisque studiïs e x i t u s dcfuil isque secundissirmis, q u u m in ipsorum iibris d e assurnpta in corpore Virginc testes legantur e x Gr;«cis M o d e s t u s h i e r o s o l y m i t a n u s , Andreas creteusis, German il s constantinopolitanus, J o h a n n e s d a m a s c e n u s . Leo c o g n o m e n l o sapiens, Metap h r a s l e s , Johannes G e o m e t r a , Johannes ouchailarum autistes, Callistus patriarche constantinopolitanus, Manuel P a l e o l o g u s et Isidorus t h e s s a l o n i c e n s i s ; e x Latinis v e r o Gregorius l u r o n e n s i s , vulgati Sophronius e t l l i l d e p h o n s u s l o l e t a n u s , A u l b c r l u s , synodus mogunlina celebrata anno D C C C X U I , annales b e r ü n i a n i , Pasehalis I et Leo IV, sanctus Odilo. Hildebertus c e n o m a n e n s i s , F u Iber tu s c a r n o t e n s i s , P e t r u s Damiani, P s e u d o A u gustinus, Bernardus, Hugo V i c t o r i n u s , P e t r u s B l e s e n s i s , S i c a r d u s ( r e m o n c n s i s , et ne recentiores a p p e l l e m , B a r t h o l o m a u s TridenLinus. ((Qua sane t e s t i u m copia s i c u l i difficile a d m o d u m e s t n o n c o m m o v e r i , ita pronum est ac piane dixerim necessarium eidem acquiescera. Prfesertim q u u m Christiana; anliquitalis persuasio ac seutentia non e o r u m d u n f a x a t suffragio c o i n m u n ì a t u r , quorum illuslria nomina m e m o r a v i m u s , et q u i b u s merito adjiciuntur T h c o d o r u s s t u d i l a , Ilincmarus H h e m e n s i s et Atto V c r c c l l e n s i s , sed festo praHerea c o m p r o b e t u r q u o d ab antiquissimis usque temporibus ad r e c o i e n d u m m y s l e r i u m assumptfc in corpore Virgìnis celcbratum s c i m u s . » De Jnimaculato Deipara Semper Virgìnis concepito commentarius, pars HI, s e c l . V I , c a p . vi, art. I. p. 975 s q q . 1. C i l e par Vaccari, /. e , p. 227, n. 1.

?.. L'Assunzione

di Maria Madre

turalismo. T o r i n o , Marietti, 13G9. 3 . Vaccari, l. e, p. 2 2 1 , n. 2.

di Dio, trionfo

della

dottrina

cattolica

sul ?ta-


LE MOUVEMENT CATHOLiyUE EN FAVKU1Ì DE LA DÉFINITION.

Maria vivente in corpo ed in anima in cielo ossia leoloyico-slorico-crilica sulla de/iniùilita dogmatica Dio, in-12, -212 p . porea assunzione della Madre'di

10:ï

Dissertazione della cor-

A Tapprochc du concile d u Vatican, deux importantes revues et la Scienza r ta Ferle' signalaient d'Italie, la Civiltà cattolica et favorisaient le m o u v e m e n t q u i entraînait u n g r a n d n o m b r e d e catholiques à d e m a n d e r au Souverain Pontife d e p r o n o n c e r la d é finition d o g m a t i q u e d e l'Assomption. L'expression de ce d é s i r venait, en m ê m e t e m p s , de divers p a y s . En Angleterre, a u mois d e juillet 1S<>9, le R. P. Huntcr, d u collège Saint-Rennon, d e l a Compagnie de Jésus, soutenait, dans ses thèses dogmatiques, la définibilité d e l'Assomption d e la Sainte V i e r g e . 1

1

:!

1. « Un gran n u m e r o di c a t t o l i c i e m e t t o n o il v o t o c h e il f u t u r o Concilio chiuda i l r i e l o degli oinmagi resi dalla Chiesa alla Vergine i m m a c o l a t a , p r o m u l g a n d o il domina della gloriosa A s s u n z i o n e di l e i . » F e b . 1809. 2. « Noi lo affermiano d i e t r o la u n a n i m e sentenza d e i teologi, c h e si a c c o r d a n o nel chiamar temerario e s o s p e t t o di eresia, s t o l t a m e n t e gonfio della s u a scienza, p e t u l a n t e , blasfemo, colui c h e i m p u g n a s s e c o d e s t a verità. P o s t o ciò, non vi è alcun d u b b i o . clir. in pieno Concilio la Chiesa potesse a n c o r s o l e n n e m e n t e proclamare la m e d e s i m a v e r i t à , e protestare il s u o c u l t o e la s u a v e n e r a z i o n e all' e c c e l s o trionfo della Madre di D i o . » 20 Juglio 18fìu. 3 . •< Q u u m j u x t a apostolicam d o c l r i n a m (Rom. v - \ i n , I Cor. x \ , 2<í-2fi, 54-57. Jfc.b. il, 14-15) triplici victoria d e P e c c a t o , e t de Peccali fructibus, Concupiscentia et M o r t e , quasi e x parlibus i n l f g r a n t i b u s c o n s t i l u a t u r iIle triuinphus q u e m de Satana, a n t i q u o serpente, Chrislus r e t u l i l ; e t q u u m in Prolnevungclio (Gen. I H , 15), tteata Virilo n x h i beatur singulariter associata i n h o c triumplio Filii s u i , n o n d u b i l a m u s quia i n e o d e m oráculo, cadem Beala Virgo p n e s i g n i l i c c t u r eadfìm triplici v i c t o r i a msïgiiilev i l l u s l r i s ; atque a d c o , sicut de P e c c a l o per Immaculatam Gonceptionem e t d e Concupiscentia per virginalem Maternitatem, ila e t d e inimica morte singularcm ( r i u m p h u m relatura. per acceleratala ad sìmUiludincm Filii sui KesuvrecLioncm. Id q u o d e x speciali unitale e a r n i s , Christum i a ter ejusque Ma treni, n o v a m acccpit. 1

« D e b a c liiimaculalíi Virginis Resurrectionc c i in coelos A s s u m p t i o n c , antiqua e s t utriusque Kcclesiai recepta Ir ad i l i o ; in quarn s e r v a n d o l o , rei manifesta eohicrenlia c u m alus Beata Virginis prasrogativis, c a r e n i l a reliquiarum, e t s e p u l c r u m corpore virgíneo vacuum conspiraban!. Quod si in Ecclesia occidentali a l i q u a n d o lucsilaliu q u i d a m exlUerit. occasione, u t vid e Lui , Decreti Gelasiani de libris apocryphis, ea lumen n o n obstante, antiqua sentcntia l a l e m n a c l a e s t a pluribus s i e c u l i s conscnsuni, ut a T h e o l o gis cotnmuniter h a b e a t u r pro c o r l a , pro definibili; de q u a d u b i t a r e c a t t o l i c o nefas s i t ; immo non d e s u n t graves a u c t o r e s q u i e a m ut j a m de F i d e h a b e a n t . 1

1

« E x i n d e c o n s t a t h o c privilegium, q u o d in s y s t e m a t e Mariano conspicua pars e s t , et quod tan t o p e n cuín aliis d o c l r i n i s rcvelatis colmerei. A p o s t ó l o s , i p s u m q u e J o a n n c m . laterc non potuisse, ac proinde e x apostolica traditìonc E c c l e s i a i n n o t u i s s e . « Spntentia igitur de Corporali A s s u m p t i o n e Beat» Virginis certa est, e t próximo deíinibilis. Qua? cjusdem Deipara» V i r g i n i s gloria u t per s o l e m n e m Deiìnitionem in p r ó x i m o Concilio novo splendore augeatur, l o t o corde e \ p e t i m u s . » Thèses dogmatica; de Ecclc1

1


1G6

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION. r

Peu de temps avant le concile, № Spaccapietra, archevêque de Smyrnc, adressait à Pie IX u n e supplique dans laquelle il d e m a n dait au Souverain Pontife de glorifier la Sainte Vierge en déclarant dogme de foi son ineffable Assomption . !

La même année 1809 vit paraître, à Rome, le travail de D. Vaccari, bénédictin de Saint-Paul-hors-les-murs : De corporea Deipara*? assumplione

in cœlum,

an dogmatico

decreto

definiri

possi/,

dis-

quisì fio lustoricO'Cridco-theologica. L'ouvrage fut très bien a c cueilli; et b e a u c o u p d e s a r g u m e n t s q u i y sont exposés, surtout ceux d'ordre théologique, o n t conservé l e u r valeur. On s'émut d a n s certains milieux, spécialement e n F r a n c e , de ce désir, exprimé p a r u n assez g r a n d n o m b r e de catholiques, d e voir l'Assomption définie d o g m e de foi. La Civiltà cattolica de février 1869 avait fait naître, chez q u e l q u e s - u n s mal éclairés, des craintes, auxquelles l'illustre évêque de Nîmes, W Plantier, répondait en ces termes : « Parce q u ' u n e revue r o m a i n e a p u souhaiter q u e cette pieuse et universelle croyance (de l'Assomption de la Sainte Vierge) fût élevée p a r acclamation, dans le concile, à la dignité d'un dogme défini, u n j o u r n a l p r u d e n t de notre France s'est presque scandalisé de ce v œ u , qui semblait u n acte de sainte étourderie. Comme si cette question n'avait j a m a i s été abordée de p r è s ! Comme si Tépiscopat n'était p a s , depuis longtemps, en possession d e tous les éléments nécessaires p o u r la t r a n c h e r ! Comme si déjà, de fait, elle n'était p a s à ce point d e maturité glorieuse où Pie IX saisit l'Immaculée-Conception de Marie pour l'imposer à la foi des p e u p l e s ! » r

2

sia

ejvsque

capile,

et de

homine,

nec non

thèses

de

historia

ecclesiastica,

collegio Sancii Bennonis prov. angl. societalis Jesn propugnandas Sylvester Joseph Hunier, ejusdem societatis, tertio halendas Avgusti

quas

in

assumpsit F. A. S. li., 1869.

1. «e Nabbiamo altresì s u p p l i c a l o il S . Padre d i aggiungere alla corona, c h e egli ha poslo in capo all' immacolata Maitre di Dio, q u e l fiore c h e ancora le m a n c a , la d e c i sione dommatica della s u a A s s u n z i o n e al c i e l o , o g g e t t o di u n a delle feste più antiche della Chiesa greca e latina. » Cf. Vaccari, /. e, p . 2 2 0 . n. 1.

2. Instruction p. 136, 7 ) .

pastorale

sur les conciles

généraux

{Œuvres

complètes,

t. XVI


LE MOUVEMENT CATHOLIQUE EN FAVEUR DE LA DÉFINITION.

167

§ I I . — A u Concile d u V a t i c a n .

Le concile du Vatican m a r q u e une date i m p o r t a n t e dans l ' h i s toire d e la doctrine d e l'Assomption de la Très Sainte Vierge. Le désir de sa définition d o g m a t i q u e eut son expression au concile d u Vatican, d ' a b o r d dans le mémoire de M"' Jacinto Martincz, évoque de la Havane, puis d a n s la proposition de l'évèque de Jaen, M Moncscillo, p l u s tard a r c h e v ê q u e de Tolède et c a r d i n a l , et s u r t o u t dans les suppliques de cent quatre-vingt-quatorze évoques d e m a n dant a u Saint Père d'ajouter cette gloire n o u v e l l e à la couronne de la Reine des cieux. ër

des Pères d u L'exposé des motifs contenus dans le Posiulaium Concile forme une pièce doctrinale très i m p o r t a n t e , o ù l'on trouve les raisons les plus fortes, d é m o n t r a n t et le fait d e l'Assomption d e la Vierge, et sa révélation, et l'opportunité d e sa définition d o g matique Outre la croyance constante et unanime de l'Eglise enseignante et de l'Église enseignée, les prélats i n v o q u e n t surtout les deux a r guments tirés de la victoire de Marie sur la m o r t , et de son union avec Notre-Seigneur p a r son rôle d a n s la Rédemption et p a r sa virginale m a t e r n i t é . D'après la doctrine d e saint Paul, le t r i o m p h e d u Christ s u r le Diable se compose d ' u n e triple victoire sur le péché, et sur l a concupiscence et la m o r t , fruits d u péché. Comme l'oracle p r o p h é t i q u e du Protévangile, a u livre de la Genèse, associe la Bienheureuse Vierge a u t r i o m p h e de son Fils, le R é d e m p t e u r , i l est nécessaire qu'elle, aussi, brise les liens de la mort p a r sa résurrection, et il a p paraît que celle-ci a été annoncée de la bouche m ê m e d u Seigneur. A cause d u respect d ù a u corps d e Marie, q u i a donné au Verbe incarné la matière de son p r o p r e corps; à cause de cette unité d e chair dans le Christ et dans sa Mère, p o u r e m p l o y e r l'énergique langage des Saints Pères, Dieu n'a p u livrer le corps de la Vierge aux conséquences d e l a m o r t . i . L e r é s u m é d o n n é i c i e s t e m p r u n t é à notre o p u s c u l e : L* Assomption de la Sainte Vierge (p. 51-53), de la collection Science et Religion. L e t e x t e e s t donné intégralement dans Y Appendice I d u présent o u v r a g e .


i OS

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Telle a été la croyance très ancienne, de toute l'Église, pasteurs et fidèles, en Orient comme en Occident, croyance attestée p a r une fête solennelle. Par suite de récits a p o c r y p h e s , m a n q u a n t d autorité suffisante, des doutes ont p u se p r o d u i r e sur les circonstances, dans lesquelles a eu lieu la résurrection de la Vierge. Mais le fait l u i - m ê m e de cette glorieuse Assomption reste h o r s de conteste ; r e n s e i g n e m e n t de l'Église, p a r sa liturgie, p a r son enseigne ment oral, p a r les leçons de ses théologiens, nous en g a r a n t i t la certitude. La question n e fut point soumise à l'examen du Concile. Elle n'avait point fait partie des matières confiées à l ' é t u d e de la commission p r é p a r a t o i r e ; et le dogme de l'Infaillibilité pontificale était a peine déliai, lorsque les plus douloureux événements forcèrent le Pape à « suspendre la célébration du Concile œ c u m é n i q u e du Vatican jusqu'à des t e m p s opportuns et plus propices ». Mais ces contretemps ne firent point disparaître les espérances des dévots clients de la Vierge ressuscitéc. Bien plus, depuis cette époque le désir de voir l'Assomption proclamée d o g m e de foi devient, de j o u r en j o u r , plus vif et plus g é n é r a l ; et le m o u v e m e n t de p r i è r e s à l'effet d'obtenir la définition d u privilège de Marie s'étend de p l u s en plus dans toutes les parties du m o n d e catholique. Il n e suffit plus à la piété chrétienne de savoir q u e l a Mère do Dieu jouit, au ciel, eu corps et en à m c , de toute l a gloire d u e a sa dignité et à ses mérites; elle voudrait a p p r e n d r e , d u Chef infaillible de l'Église, que la certitude du privilège de la résurrection de Marie repose sur le témoignage même de Dieu, a u t e u r de la révélation. Ce privilège de Marie, qui s'harmonise si bien avec ses autres prérogatives, n a pu être i g n o r é des Apôtres, surtout de saint Jean, que le Seigneur m o u r a n t avait donné p o u r fils à sa divine Mère. Une tradition orale apostolique, de n a t u r e d o g m a t i q u e puisqu'il s'agit d'une résurrection anticipée (objet doctrinal), a u t r e m e n t dit, u n e tradition divino-apostolique, — c o n s é q u e m m e n t , la r é v é l a tion, — en a transmis le souvenir aux premiers c h r é t i e n s , qui le conservèrent fidèlement, avec q u e l q u e s exagérations de détail peut-être, j u s q u ' a u j o u r où u n e fête solennelle et universelle le consacra dans l'Église entière.


LE MOUVEMENT CATNOLIOUE EN KAYEUH DE LA DEFINITION.

lui)

En plus de la raison g é n é r a l e , tirée de l'obligation d ' a n n o n c e r la vérité révélée d a n s son intégrité, les évoques voient de g r a v e s motifs d'opportunité en faveur de la définition d o g m a t i q u e de l'Assomption. A leurs yeux, u n acte d o c t r i n a l aussi i m p o r t a n t serait une affirmation éclatante d e la foi de l'Église à l a résurrection future de tous les hommes, et u n e réponse victorieuse aux b l a s p h è m e s audacieux du rationalisme et du matérialisme contemporains. Il vaudrait à l'Église u n secours spécial contre les e r r e u r s qui p u l l u lent de notre temps, d e la p a r t de Celle q u i a vaincu toutes les hérésies dans le m o n d e entier. Il constituerait u n h o m m a g e indirecf il la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à cause d e laquelle sa Mère a reçu tant et d e si incomparables p r i v i l è g e s . Enfin, ce serait une nouvelle glorification de la divine Vierge, et la réalisation des vœux des p a s t e u r s et du peuple c h r é t i e n . Voici la liste des prélats signataires des Postulata la définition d o g m a t i q u e de l'Assomption :

en faveur de

L.L. E.E. les Cardinaux. NN. SS. M A T T E I , évoque d'Ostie et Velletri. V A N N I O E L L I , a r c h e v ê q u e de F e r r a r e . C A R A F A D E T R A E T T O , a r c h e v ê q u e de Rénovent. ASQUINl. PITRA.

a r c h e v ê q u e de R a v e n n e . A N T O N U C C I , archevèque-évèque d'Ancóne et d'Umana. T R E V I S A N A T O , p a t r i a r c h e de Venise. G U I D I , archevêque de Bologne. PJSCCI, évoque de Perouse. ORFEI,

MILITI PIRONI F E R R E T T I .

a r c h e v ê q u e de Besançon. M OR ICI UNI, évoque de Jesi. AlATiiiKU,

BONAPARTE. BERARPI. BORROMEO. DE

L A LASTRA

Y CUESTA,

a r c h e v ê q u e deSéville.


170 N N . SS.

LA DOCTWNE DE L'ASSOMPTION. MONACO L A V A L E T T A .

Joseph D U S M E T , archevêque de Catane. Laurent P O S T I L L O , a r c h e v ê q u e d e Cosenza. Vincent Si* A ce A p i KTII A , a r c h e v ê q u e de S m y r n c . Gaétan R O S S I N I , a r c h e v è q u e - é v ê q u e de Molletta et Terlizzi. Joseph D E B I A N X I I I - D O T T U L A , archevêque de Trani. Janvier-Maria A C C I A R D I , évoque d'Anglona. et Tursi. Charles-Victor P A P A R D O , évoque de Myndos. Ma rien R I C C I A R D I , a r c h e v ê q u e de Reggio de Calabre Aloys M E N C A C C I , évoque de Civita-Castellana. Jean-Baptiste L E Q U E T T E , évoque d'Arras. Pierre-Paul T R U C C I I Y , évèque de Forli. Aloys N A T O L V , a r c h e v ê q u e d e Messine. Joseph-Marie P A P A R D O , évoque de Sinope. Jean, évèque de Derbe. Louis-Marie I D E O , évèque de Lipari. Jean REHURDONNK, évoque de Caltanisetta. Gaspar W I L L I , évoque d'Antipatris. Raphaël-Marie D E F R A N C O , évèque d e Catanzaro.Vincent B I S C E U L I A , évèque d e Termoli. Aloys V E T T A , évèque de Nardo. Darius , évèque d'Uskub. Aloys C I U R C I A , archevêque d'Irenopolis. Aimé P A G N U C C I , évoque d'Aghafcopolis. Ange K R A L J E V I C , évèque de Métellopolis. Pierre S E V E R I M , évèque de Sappa. Aloys M O C C A G A T T A , évèque de Zenopolis. Eloi Cosi, évèque de P r i e n c . Pascal V I N C I E , évèque d'Antiphellos. R a p h a ë l M O R I S C I A N O , évèque de Squillace. Charles P O O T E N , a r c h e v ê q u e d'Antivari. Pierre-Marie V R A N C K E N , évèque de Colophon. Joseph-Marie F A N E L L I , évèque de San Angelo de Lombardie. Jean-Joseph

LONGOBARDI,

évèque d'Andria.


LE MOUVEMENT CATHOLIQUE EN FAVEUR DE LA DÉFINITION.

NN. SS.

Joseph T E T A , évoque d'Oppido. .loseph-Marie B O V I E R I , évoque de Montefiasconc. Antoine R A N Z A , évoque de Plaisance. Edmond G U I E R R Y , évoque de Danaba. Innocent S A N M R A L E , évoque de Gubbio. François G I A M P A O L O , évêque de Larino. Vincent M A T K R O Z Z I , évêque de Ruvo et Bitonto. Àloys S O D O , évoque de Cerreto-Sannita. Dominique F A N E L L I , évêque de Diano. Henri Rossi, évoque de Casertc. François G A L L O , évêque d'Avellino. Aloys-Marie D E M A R I N I S , archevêque de Chicti Vasto. Aloys-Marie

17!

et

évoque de Cortone. François-Emile C U G I N I , archevêque de Modène. Etienne , évoque de Thermopyles. LËMIÏO,

Philippe-Joseph Y I A R D , évoque de Wellington. Joseph R O S A T I , évêque de Luni-Sarzana. Salvator M A G N A S C O , évêque de Bolina. Joseph A G G A R K A T I , évêque de Senigaglia. André C A S A S O L A , archevêque d'Udine. Pierre C I L E N T O , archevêque de Rossano. Aloys D E A G A Z I O , évêque de Trivento. Aloys F I L I P P I , évêque d'Aquila. Livius P O R T A T O R E , évêque de San Marco et Bisignano. Philijïpe D E S I M O N E , évêque d e Nicotera et Tropea. Antoine M A C D O N A L D , évêque de Nicopolis. Jean R E N I E R , évêque d e Bellune et Feltro. Rudesindo S A L V A D O , évêque de Porto-Vittoria. Bienvenu , archevêque de Grenade. Constantin B O N E T , évêque de Gerona. Antoine C L A R E T Y C L A R A , archevêque de Trajanopolis. Paul C A R R I O N , évêque de Porto Rico. Joseph O R D O N E Z , évêque de Riobamba. Benoît Vi LA M I L J A N A , évêque de ï o r t o s a . Ferdinand A R G ( T E L L E S Y M I R A N D A , évêque d'Astorga.


2

NN. SS.

L\

Joseph

DOC/HUNE DE L'ASSOMPTION.

CIIECA,

archevêque d e Quito.

Joseph MELGIIKR, évoque d e Àyacucho. Bernard P I N O L Y A Y C I N E X A , archevêque de Guatemala. E m m a n u e l U L L O A , évoque d e Nicaragua. Joseph E S C A L A D A , archevêque d e Buenos-Ayres. Joseph S E R R A , évéque de Daulie. Grégoire M A R T I N E Z , a r c h e v ê q u e de Manille. Joseph DR L A C U E S T A Y M A R O T O , évêque d'Orensc. Hyacinthe V E R A , évêque de Mégarc. Joseph D U B A R , évêque d e Canatha. Michel E S T È Y E S ni T O R R A L , évêque d e Cucnca. François, , évêque d'Arca. Sébastien A V E N Z A N A , évêque d e Calali o r r a . Antoine K O S S I - Y A C C A I U , archevêque de Colosses. Pierre NL-NKZ, évêque de Coria. Francois V I B E R T , évêque de Saint-Jean d e Mauriennc. Philippe M J N C I O X E , évêque de Milet. Pierre Н О Т А , évêque de Guastalla. Éléonore A R O N N E , évêque d e Montalto. Léonard A L B E R A N I , évêque d'Ascoli c t C e r i g n o l a . Pierre D E D R E U X - B R É Z K , évêque d e Moulins. Antoine Pierre I X H A S S O U N , p a t r i a r c h e arménien de Cilicie. Pierre A P E L I A N , archevêque arménien de Marase. Jean G H I U R E G I I I A N , évêque a r m é n i e n d e Trébizondc. Etienne M E L C I I I S E D E C I H A N , évêque a r m é n i e n d'Erzeroum. Etienne I S R A É L I A N , évoque a r m é n i e n de Karpouth. Grégoire D E L I ' C A , a r c h e v ê q u e de Conza et Campagna. Jacques D O N N E L L Y , évêque de Clogher. Philippe C A M M A R O T A , archevêque de Gaëtc. Jacques , évêque de Brisbane. Auguste M A R T I N , évêque de Natchitoches. Anselme F A U L I , évêque de Grosseto. Raphaël C O R R A D I , évêque de Bagnorca. Nicolas A D A M E S , évêque d l l a l i c a r n a s s e .


L E M O U V E M E N T C A T H O L I Q U E E N K A V E U H D E LA D É F I N I T I O N .

NN. SS.

m

Henri B R A C Q , évèque de Gaud. Michel H A N K I N S O N , évèque de Port-Louis. Pierre D U F A L , évoque de Delcos. François M A J O R S I N I . évoque de Lacedonia. François Xavier P E T A G N A , évoque de Castcllamare. Léon M B U R I N , évoque d'Àscalon. Jean-Baptiste M I È G E , évèquc de Messene. Adrien L A N G L I L L A X , évoque de Sergiopolis. Joseph G I A G I A , archevêque maronite de Chypre. Joseph M A T A R , a r c h e v ê q u e m a r o n i t e d'Alep. Pierre B O S T A N I , a r c h e v ê q u e maronite de Tyr et Sidon. Pierre DE V I L L A N O VA C A S T E L L A R C I , archevêque de Pétra. Salvator

NOBILI

VITKLLESCIII,

évoque d'Osimo et (cin-

goli. Aloys D E T O L A , évoque de Berisa. Thomas G A L L U C C I , a r c h e v ê q u e de Recanati. Ambroise , évoque d e Chilapa. Germain A S C E N S I O N E V I L L A L V A S O , évoque de Chiapa. Boniface T O S C A N O , évèque de l a Nouvcilc-Pampclune. Jcan-JJaptisfce O K A I A E C I I K A , évoque de Tulacingo. Jean , évèque de Comayagua. Calixte C L A V I G O , évoque de La Paz. Pierre L O Z A , archevêque de Guadalaxara. Charles B E R M U D E S , évèque de P o p a y a n . Remi P A Y A Y R I C O , évèque de P o p a y a n . Bonaventura R i z o , évèque de Salta. Pierre ni? L A C E R D A , évèque de Saint-Sébastien et Rio Janeiro. Aloys Dos S A N T O S , évèque de Fortelezza et Clara. Antoine , a r c h e v ê q u e de Salerne. Philippe G A L L O , archevêque de Patras. Henri Rossi, évèque de Caserte. Vincent D ' A L F O N S O , évèque d e P e n n e et Atri. Barthélémy D ' A V A N Z O , évèque de Calvi et Teano. Bonaventure A T A N A S I O , ancien évèque de Lipari.


174 NN. S S .

LA DOCTRINE DE LASSOMPTION.

Joseph F O R M I S A N O , évèquc d e Nola. Thomas , évèque de Tana. Antoine F A M A , évèquc de Marsico et Potenza. Etienne B A G N O U D , évèque d e Bethléem. Eugène L Â C H Â T , évoque d e Bàie. Victor-Auguste D E C H A M P S , a r c h e v ê q u e de Malincs. Gaspar Joseph L A Ï U S , évèque de Tournay. Jean J. F A I C T . évèque de Bruges. Fidèle , évèquc de Rosalia. Michel-Ange Jacques , évèque d e Pentacomie. P a u l Tosi, évoque de Rhodiopolis. Antoine-Marie P E T T I N A I U , évoque de Nocera. Bernard T R I O N F E T T I , évèque d e Terracine. Jean de Jésus Z E P E D A , é v è q u e d e C o m a y a g u a . Eustache Z A K O L I , évèque d'Eleuteropolis. Laurent B E R G E R E T T I , a r c h e v ê q u e d e Naxos. Raphaël D ' A M B R O S I O , a r c h e v ê q u e de Durazzo. Joseph N O V E L L A , évèque de P a t a r c . Gabriel G R I O G L I O , évèque d'Euria. Gabriel C A P A C C I O , évèque d e Mellipotamos. Ignace-Philippe I I A R C C S , p a t r i a r c h e d'Antioche (Syrie). Fr. François Xavier D ' A M B R O S I O , évoque de Muro. Fr. Thomas-Marie G E N T I L I , évoque de Dionysiadc. Guillaume D E C E S A R E , a b b é g é n é r a l de Montevergine. D . Jules D E R U G G I E R O , a b b é de la Santissima Trinità della Cava. François-Joseph Z E L L I , a b b é de Saint-Paul. D. Charles-Marie D E V E R A , a b b é d u Mont-Cassin. Henri C O R V A I A , a b b é et supérieur g é n é r a l de la Congrégation du Mont Cassin. Fr. Bernard D A P O R T O G R U A R O , ministre g é n é r a l des frères m i n e u r s . Fr. Nicolas DA S A N G I O V A N N I , ministre g é n é r a l des capucins. Fr. François-Marie C I R I N O , v i c a i r e - g é n é r a l des clercs réguliers.


LE MOUVEMENT CATHOLIQUE EN FAVEUR DE LA DEFINITION.

Pierre B K C K S , g é n é r a l des Jésuites. Nicolas M A U R O N , s u p é r i e u r - g é n é r a l ristes. Basile

GRIFONI,

des

i?:»

ttédempto-

a b b é g é n é r a l des Camaldulcs.

§ I I I . — D e p u i s le concile d u V a t i c a n .

<• Depuis u n e dizaine d'années, écrivait M. l'abbé Châtain, p r o fesseur de philosophie a u collège Saint-Maurice, à Vienne (Isère i, u n mouvement de piété a p a r c o u r u u n e p a r t i e notable du m o n d e catholique. Il est b o n q u e Ton sache d'où est sorti le grain de sénevé, qui, déjà, est u n a r b r e aux r a m e a u x n o m b r e u x et verdoyants. Quelles personnes ont eu les premières l a pensée de celte nouvelle glorification d e Marie? Et p a r qui d ' a b o r d a-t-ellc été favorisée? Les voies de Dieu ont d e saisissantes a n a l o g i e s , et c'est toujours dans les profondeurs d e l'humilité q u ' i l pose les fondements d e ses œuvres. On a pu voir dans Y Univers, les derniers j o u r s de j u i n 1910, un article sur M Tamisicr, la t r è s modeste et inlassable initiatrice des Congrès eucharistiques. Elle a rendu son â m e à Dieu le 20 j u i n . Bien peu soupçonnaient q u e les manifestations grandioses de Metz, de Cologne, de Montréal, p o u r n e p a r l e r que des dernières, avaient leur origine dans le zèle, nous osons le dire inspiré, d e cette simple chrétienne. Ainsi c'est d a n s l ' h u m b l e silence d ' u n Carmel qu'il faut aller chercher la pensée d e r e p r e n d r e le v œ u , formulé au Concile du Vatican p a r deux cents Pères, s u r l'Assomption c o r p o relle d e Marie, et laissé en suspens avec tant d ' a u t r e s projets. Comme, p a r l e bénéfice des circonstances, nous avons été mêlés d'une manière très intime à ces affaires, nous pouvons en d o n n e r les détails avec la plus exacte vérité, et nous avons e n mains n o m b r e d e pièces p o u r justifier n o s assertions. Avant l'initiative d o n t nous allons p a r l e r , le Congrès Mariai régional d e Livourne, e n 1895, le p r e m i e r e n date, avait exprimé le désir que la question fût étudiée et obtint u n e solution favorable. Nous sommes certains q u e l'écho d u Congrès n ' a r r i v a point j u s qu'au milieu très fermé q u e nous allons designer. IIe


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

C'est donc en 1898 q u ' u n e Carmélite d u monastère de Vienne s'entretenait avec un des prêtres a t t a c h é s a u service religieux du monastère, de ce q u ' o n p o u r r a i t faire p o u r a u g m e n t e r la gloire de la sainte Vierge, p o u r laquelle, disait-elle, elle se sentait une indicible a r d e u r . Le p r ê t r e p a r l a de l'Assomption q u i , d ' a p r è s les plus éminents théologiens, est une vérité très p r o c h e d ' u n e définition solennelle, et il ajouta que ce serait u n e très g r a n d e gloire p o u r Marie q u ' u n j u g e m e n t dogmatique fut porté sur cette vérité, comme Pie IX l'a fait p o u r l'Immaculée Conception. Ce fut p o u r l a religieuse u n trait de l u m i è r e . Bientôt on soumit la pensée ¿1 un P è r e Dominicain d u couvent de Carpentras, le II. P. Chauvet, originaire de Lyon, m a i n t e n a n t d é c é d é . Avec l'agrément de ses supérieurs, il composa u n e courte p r i è r e qui fut i m primée à Valence, p a r le fait des relations q u e le Carmel de Vienne avait dans la Drôme. — La permission d ' i m p r i m e r est datée du 27 juillet 1898 et signée de M. Chosson, vicaire g é n é r a l . Le j o u r de l'Assomption, ces feuilles de p r i è r e furent distribuées aux fidèles qui avaient assisté à la messe dans la Chapelle du Carmel de Vienne; il en fut ainsi en divers endroits, n o t a m m e n t à Valence et au Puy. Les Petites Fleurs du Rosaire, d a n s l e u r n u m é r o de septembre, reproduisirent cette « Prière d ' u n e Ame désireuse de voir glorifier la b i e n h e u r e u s e Vierge Marie ». C'est à la diffusion de ces feuilles p e n d a n t un an environ que se b o r n a l'action d u Carmel de Vienne. A la tin de 1899, on aurait pu croire q u e les choses en resteraient là, c o m m e il arrive p o u r d'autres projets très louables, mais q u i ne dépassent pas la v a l e u r d'un m o u v e m e n t de ferveur personnelle. Dieu, qui donne à telle àme la grâce de m o n t r e r , donne à d ' a u t r e s celle de poursuivre et d'accroître. Saint Paul ne nous a p p r e n d - i l pas q u e Tunique Esprit divise ses grAces, et que les mêmes q u i sont p r o p h è t e s ne sont pas docteurs, ni ceux-ci a p ô t r e s ? » 1

De leur côté, les théologiens ne cessent, sous la surveillance attentive de l'Église, de chercher à élucider une matière aussi importante. La série des études publiées sur cet objet, depuis le 1. Gerbe d'honnevr

au SS. Enfant

Jésus, 25 sept. 1910, p. 29G-2U7.


LE MOUVEMENT CATHOLIQUE EN FAVEUR DE LA DEFINITION.

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concile du Vatican, c o m m e n c e , en Italie, p a r les articles de D. Rcrtani dans la Scuola cattolica de Milan (1877), et p a r le travail du P. Lana, consultcur de la Congrégation des Rites ('1880), qui l'ut traduit en français q u e l q u e temps après : La Résurrection et l'Assomption en corps et pu âme de la Sainte Vierge, Mère de Dieu. Dijon, 1885. En 1881, D. Vaccari, devenu évèque de Synope et coadjuteur de Tropea et Nicotera, d o n n a une nouvelle édition de son travail, q u e suivit bientôt celui du docteur Jannucci. p r ê t r e de Sainte-Agathe des Uoths, De psychosomatica Deiparentis assumptione disquisitiones. Taurini 11884). Jusqu'alors la France n'avait p r o d u i t aucun travail spécial sur la définition d o g m a t i q u e de l'Assomption. Or, en 1900, p a r u t , à Angers, u n e dissertation théologique, q u i fut t r a d u i t e en espagnol par D. Brugulat, archidiacre de Lérida, et en italien p a r M- Falaschi, chanoine de la m é t r o p o l e de Florence. Quelques semaines après sa publication, l'archevêque de Sévillc, M * Spinola, d e p u i s cardinal, adressait à son p e u p l e u n e magnifique letlre p a s t o r a l e , où il exposait m a g i s t r a l e m e n t toute l a doctrine de l'Assomption (30 aoiit 1900). Plus tard, le savant et pieux p r é l a t , de concert avec le clergé de son église, d e m a n d a i t au Saint-Père de déclarer dogme de foi l'assomption corporelle de Marie, « p e r s u a d é q u ' u n si h e u r e u x é v é n e m e n t contribuerait efficacement à r a n i m e r l a piélé des fidèles et à faire fleurir les vertus chrétiennes, en b a r r a n t le chemin au p r o g r è s d u funeste n a t u r a l i s m e qui envahit les domaines de la science et trouble toutes les classes de la société, menaçant d ' e n t r a î n e r les peuples dans une i m m e n s e r u i n e m o r a l e et matérielle ». r

gl

1

En 1902, l ' a u t e u r de la dissertation française publia, d a n s l a Revue thomiste, sur la défînibilité de l'Assomption, u n e série d ' a r ticles, réunis ensuite en un volume, qui fut traduit aussitôt en espagnol, en italien et en a l l e m a n d . Les circonstances qui l'avaient a m e n é à traiter cette question de la délinibilité de l'Assomption sont d'ordre p r i v é . Mais, c o m m e elles r e n t r e n t dans le m o u v e m e n t 1. Voir Appendice II, n .

VXAVII.

LA DOCTRINE DE l/ASSOMPTION.

12


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

ffui s'est manifesté p l u s intense à cette é p o q u e , nous croyons utile de d o n n e r quelques détails, et de les e m p r u n t e r au récit autorisé d u pieux et savant professeur d u collège de Vienne. « Le faible mouvement, dont nous avons m a r q u é les traces dans un précédent article, p r i t des proportions considérables au cours de Tannée 1900. Un religieux bénédictin de l'abbaye de SaintMaur, au diocèse d'Angers, et la R. M, Marie-Xavier, alors P r i e u r e du Carmel de Tours, furent, chacun dans leur sens, les a u t e u r s de ce progrès de tout point s u r p r e n a n t . Il n'est que juste d'ajouter que le religieux fut non seulement autorisé, m a i s p u i s s a m m e n t encouragé p a r le R" Abbé de Saint-Maur, et que la Prieure trouva dans ses filles des auxiliaires aussi persévérantes q u e dévouées. 1ÏJ

Le religieux bénédictin fut saisi du projet p a r u n i n t e r m é d i a i r e , à l'occasion d'un article b i o g r a p h i q u e qu'il avait publié, en j a n vier, dans Y Université catholique de Lyon sur la R. Mère MarieEugénie, fondatrice des Religieuses de l'Assomption. Dès qu'il eut connaissance de ce qui avait été réalisé p a r le Carmel de Vienne, il en conféra avec le R ' Abbé de Saint-Maur, et ils convinrent d e travailler à cette p r o p a g a n d e , l'un en usant des relations q u e lui donnaient son n o m et sa dignité, l'autre en y a p p l i q u a n t ses recherches de théologie. mi

Le même p e r s o n n a g e , qui avait reçu de Saint-Maur de si p r é cieux encouragements, écrivait quelques j o u r s après à plusieurs supérieures de communautés religieuses p o u r l e u r d e m a n d e r le concours de leurs prières. Une réponse i m m é d i a t e et enthousiaste lui vint, à la date d u 8 février, de l a P r i e u r e du Carmel de T o u r s , lia R. M. Marie-Xavier .exprimait sa j o i e l a plus vive d ' a p p r e n d r e ce qui avait été fait et elle avouait d é s i r e r depuis l o n g t e m p s q u e la Sainte Vierge reçoive cette gloire s u p r ê m e . Quelle meilleure occasion pouvait lui être offerte de c o n t r i b u e r p a r la prière et le zèle au succès d'une cause si chère k son âme? Saint-Maur de Glanfeuil et le Carmel de Tours seront d o n c désormais deux centres d'action. Au mois de juillet paraissait la dissertation du religieux b é n é dictin sur la définition d o g m a t i q u e de l'Assomption de la Très


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Sainte Vierge. Elle a été le point de d é p a r t d'importants travaux clans ce sens, dans diverses nations. Après trente ans de silence presque absolu, elle était un écho du magistral Poslulatum d'une partie notable des Pères d u Concile du Vatican. Pendant q u e ces pages s'élaboraient dans le cloître bénédictin, toute u n e légion de religieuses faisaient m o n t e r vers le ciel l'ardeur de leurs oraisons et de leurs saints désirs. Il n'y a peut-être pas de diocèse de France où ne soit p a r v e n u e à quelque Carmel, Visitation, c o m m u n a u t é religieuse, souvent m ê m e à plusieurs, l'invitation ù prier p o u r d e m a n d e r n, Dieu la glorification de sa sainte Mère, si telle était sa volonté. Les réponses étaient celles-ci : « Nous n o u s unissons avec g r a n d b o n h e u r à cette croisade de prières, nous faisons les vœux les plus ardents p o u r que l'Assomption soit définie p a r l'autorité infaillible d u S o u v e r a i n Pontife. » Quelques-unes contenaient des motifs particuliers, c o m m e celle de la Visitation d'Annecy, faisant r e m a r q u e r q u e saint François de Sales avait une piété très vive pour le mystère de l'Assomption. La Visitation d'Autun p r o m i t un n o m b r e i n c r o y a b l e de chemins de croix et de rosaires. En s e p t e m b r e de cette m ê m e année 1900, eut lieu, à Lyon, le premier Congrès Mariai international. M Dadolle, alors recteur d e l'Université catholique, en fut le secrétaire. Nous avons e n t e n d u ce prélat, dans u n e réunion privée, exprimer son a d m i r a t i o n p o u r la dissertation théologique du religieux b é n é d i c t i n ; et il ajoutait qu'à l'occasion d u Congrès, il avait reçu des lettres sur ce sujet, même de personnes laïques. RP

Cette même année, sur la montagne de la Salctte, les religieux missionnaires déposèrent dans la sacristie de la Basilique u n cahier. Les prêtres pèlerins étaient invités, si telle était l e u r opinion, à y apposer leur signature en faveur de la définition de l'Assomption. De longues séries de noms couvrent les p a g e s de ce cahier. M Henry, évèque de Grenoble, dans les deux retraites pastorales, e n septembre, dit à son clergé qu'il a p p r o u v a i t et encourageait cette p r o p a g a n d e . er

Une religieuse d u Carmel de Tours était originaire de Naples, et y avait conservé des relations. Cette circonstance servit à m e r -


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veille, comme on va le voir, la cause d o n t on s'occupait en F r a n c e , L'année 1900 était le p r e m i e r j u b i l é — d e vingt-cinq a n s — d ' u n e église érigée à Notre-Dame du Rosaire d a n s la vallée d e Pompéi, à q u e l q u e distance d e Naples. L'histoire détaillée d e cette église et des établissements d e bienfaisance et d'éducation q u i l'entourent ne serait point ici à sa p l a c e . Qu'il nous suffise d é d i r e q u e tout cet ensemble est l'œuvre d e deux chrétiens éminents et généreux, l'avocat comte Barthélémy Longo et sa digne épouse. La rénovation m o r a l e de ce pays a b a n d o n n é fut telle, et les diverses œ u v r e s devinrent si importantes, q u e , p a r u n Bref d u k m a i 1 9 0 1 , le sanctuaire fut érigé en basilique et p l a c é sous l a j u r i d i c t i o n i m m é d i a t e du Souverain Pontife. C'est là q u e , suivant l'expression m ô m e du comte Longo, l'étincelle p a r t i e d u Carme 1 d e Vienne et déjà très brillante au Carmel de Tours, « devait a l l u m e r u n g r a n d incendie ». La Carmélite napolitaine de Tours n e m a n q u a pas d e faire savoir aux protecteurs d u sanctuaire de la Nouvelle P o m p é i que beaucoup d e communautés françaises p r i a i e n t à l'intention q u e la" Vierge du Rosaire fut glorifiée dans le mystère d e son Assomption. Aussi la Revue trimestrielle, p u b l i é e et dirigée à Pompéi p a r le comte Longo, dans son n u m é r o d e j u i l l e t - s e p t e m b r e 1900 contenait sous ce titre : « La s u p r ê m e gloire de la Vierge du Rosaire », u n article dont voici des extraits. « Vallée d e P o m p é i , l e 14 s e p t e m b r e .

« Sur le point d'envoyer à nos abonnés le Bulletin de la Madone de Pompéi, u n e pensée très h a u t e brille dans notre esprit comme le rayon d u n e nouvelle gloire p o u r notre céleste Reine. La définition dogmatique des deux d e r n i e r s mystères d u Rosaire est depuis longtemps le désir de b e a u c o u p d'éveques et d ' u n e multitude de fidèles. Elle était d a n s le c œ u r du saint Pontife Pie IX, mais Dieu en a disposé a u t r e m e n t . Au j o u r solennel d u 7 octobre, où les évoques de tant d e diocèses seront réunis p o u r glorifier ici l a Reine d u Rosaire dans son temple universel, n o u s la prierons qu'elle daigne inspirer à ces vénérables prélats d e l'Église de Jésus-Christ, à ces saints successeurs des Apôtres, d'adresser et de soumettre a u Chef d e la chrétienté u n vœu, u n désir qui est celui


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CATHOLIQUE

EN FAVEUR

DE

LA

DÉFINITION.

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de tous les fidèles de l a Croix du Christ... Des prêtres de la Sicile et de Malte, venus ici en pèlerinage, à q u i j ' a i c o m m u n i q u é cette pensée, m ' o n t e n c o u r a g é avec des t r a n s p o r t s de joie à p o u r s u i v r e ce projet, et ce m a t i n ils ont célébré le divin sacrifice à l'autel de la Vierge miraculeuse p o u r le succès de cette sainte entreprise. « Après avoir pris conseil de m o n d i r e c t e u r spirituel, j e livre donc m a . p e n s é e , en ce j o u r qui est à la gloire cle la Croix du Christ. » Vint la fête d u Rosaire, le 7 octobre. Elle eut, à la nouvelle P o m péi, toute la solennité que souhaitait le pieux fondateur. Le c a r dinal de Naples, r e t e n u p a r la maladie, e n v o y a une lettre d ' u n e haute éloquence. Son absence fut suppléée p a r le c a r d i n a l Manara, évêque d'Aucune; avec lui seize a r c h e v ê q u e s ou évoques, sans compter les prélats d ' o r d r e inférieur, e n t o u r è r e n t le c h a r de l a Vierge du Rosaire. Un g r a n d nombre d ' a u t r e s s'étaient fait r e p r é senter par des d é l é g u é s ou avaient envoyé des lettres. La Revue des Sciences et des Lettres de Naples, eu n o v e m b r e 190J, consacrait à la question une solide et intéressante étude du c h a noine Provitera, doyen du Collège de théologie de Naples. Un semblable article : Le Cœur de Jésus et la définition de l'Assomption, paraissait en m a i 1901 dans l a Voix du Cœur de Jésus, autre revue de Naples. En octobre 1902, le comte Longo p o u v a i t écrire à b o n droit : « A u j o u r d ' h u i , l a F r a n c e et P o m p é i se d o n n e n t la main, d'une m a n i è r e a d m i r a b l e , dans le zèle, p o u r p r o m o u v o i r l'accroissement de la gloire cle l a Reine d u Ciel dans son Assomption ». A l'imitation de ce qu'avait fait à l'origine le Carmel de Vienne, il avait édité et r é p a n d u à profusion u n e p r i è r e qui fut indulgenciée p a r u n g r a n d n o m b r e d'évèques. Pour ne pas être t r o p incomplet, il faut encore mentionner le zèle de la comtesse d'Eu, fille de l'ancien e m p e r e u r du Brésil, a u p r è s des évoques de cette contrée. Elle-même adressa u n e s u p p l i q u e personnelle à Léon XIII en s e p t e m b r e 1 9 0 0 ; ce fut S. E. le cardinal Coullié qu'elle p r i a de la t r a n s m e t t r e . Le p r o g r è s d e cette cause au Brésil a été tel q u ' o n lil d a n s les Annales de NotreDame du Bon-Conseil, n u m é r o de s e p t e m b r e 1908 : « Les Révérends {


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LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Pères de l'Assomption ont reçu du R. P . E m m a n u e l Bailly, leur supérieur g é n é r a l , l'excellente nouvelle suivante : « Sur la d e m a n d e de cent mille Brésiliens, et a p r è s beaucoup d'autres suppliques anciennes et nouvelles des évoques et des fidèles de tous les points du m o n d e , le pape est préoccupé de mettre à l'étude la proclamation du d o g m e de l'Assomption. » Au Congrès m a r i a i de Fribourg, en août 1 9 0 2 , les RR. PP. de la Broise et A. de Becdelièvre, de la Compagnie de Jésus, firent une l a r g e place à la question dans l e u r Mémoire, et m a r q u è r e n t quelques points de vue théologiques i m p o r t a n t s . Leurs i d é e s ont été exposées de n o u v e a u p a r un r é d a c t e u r d u Messager du Cœur de Jésus, en août 1 9 0 4 . . . Un digne Supérieur des Franciscains à Épinal, le P. Barthélémy dcBionville, à l'occasion du Congrès m a r i a i de Lyon en 1 9 0 0 , propagea des formules de prière à saint Antoine de Padoue avec une gracieuse i m a g e de Marie et de l'aimable saint. On y lit : « II faut que le T h a u m a t u r g e , serviteur et fils p r i v i l é g i é J e Marie, unisse ses supplications aux nôtres p o u r o b t e n i r la définition et l a promulgation d'un dogme qui a été l'objet d'une de ses croyances les plus chères. Aussi, c'est sous son p a t r o n a g e q u e se l i g u e r o n t tous ceux qui d e m a n d e n t à l'Église d'ajouter h la couronne de Marie ce dernier et glorieux fleuron. » Enfin le Journal de la Grotte de Lourdes, le 2 0 d é c e m b r e 1 9 0 3 , publiait u n entrefilet sur ce même sujet. C'était un coup de cloche d o n n é dans le célèbre sanctuaire qui, c h a q u e a n n é e , pend a n t l'octave de l'Assomption, voit accourir les foules d u p è l e r i n a g e national. En dehors du mouvement, dont le Carmel de Tours a été l'origine, ainsi que nous Pavons expliqué, il existait u n a u t r e courant très fécond en résultats, grâce au zèle de l a Visitation du Mans. Lorsque, dans chacun de ces monastères, les tilles de sainte Thérèse et de sainte Chantai a p p r i r e n t qu'elles p r i a i e n t p o u r la ' m ô m e cause et qu'elles y e m p l o y a i e n t leur activité d a n s toute la mesure permise p a r l'obéissance à leurs Supérieurs, elles en furent aussi étonnées que r é j o u i e s ; elles n ' e u r e n t qu'à continuer selon les opportunités fournies p a r les circonstances. Et l'on n e peut


LE MOUVEMENT CATHOLIQUE EN FAVEUR DK SA DÉFINITION.

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s'empêcher de voir d a n s cette double inspiration, non concertée et si semblable, un indice que le Saint-Esprit n'était pas é t r a n g e r aux désirs de c e s Ames religieuses. La Visitation d u Mans était restée préoccupée de la cause de l'Assomption depuis le Concile flu Vatican. Etait-ce p a r l'influence de M Fillion, cvèque d u Mans, qui tint u n r a n g h o n o r a b l e parmi les 1 V i r e s du Concile, ou de Uom Guéranger, toujours à F avant-garde des affaires religieuses? On n e saurait le dire. U n e religieuse du m o n a s t è r e actuel s e souvient q u ' é t a n t au noviciat à l'époque du Concile, clic avait ce v œ u g r a n d e m e n t à c œ u r . Et comme c'est la coutume que les novices, au j o u r de leur profession écrivent leurs plus chères intentions qu'elles r e c o m m a n d e n t à Notre-Seigneur q u a n d elles sont étendues dans le c h œ u r sous le drap m o r t u a i r e , cette religieuse atteste qu'elle avait expressément noté la définition de l'Assomption dans la cérémonie de sa profession, le 26 avril 1871. C'était là le g e r m e ; il d e m e u r a caché, e n tretenu seulement p a r l'oraison et les vertus du cloître, j u s q u ' e n 1900. Comme p o u r le Carmel de Tours, l a Providence avait p r é paré les voies. Rr

Avant q u e l a P r o p a g a t i o n de la Foi eût pris le développement qu'elle a de nos j o u r s , la Visitation du Mans avait correspondu avec d e n o m b r e u x évèques au sujet des missions chez les infidèles. Cette correspondance avait continué p o u r les causes de la v é n é rable Mère Marie Chappuis et d e l à b i e n h e u r e u s e Marguerite-Marie. A l'époque d o n t n o u s p a r l o n s , c e s relations avaient assez de consistance pour p e r m e t t r e a u x religieuses de présenter à l'appréciation des évoques u n Votum rédigé en latin. Ce texte était accomgagné d ' u n e lettre explicative, et, p a r u n e déférence pleine d e délicatesse, on y faisait r e m a r q u e r qu'il était surtout désirable que c h a q u e évoque composât son Yolum. Dans ce multiple é c h a n g e de lettres, on ne sait ce qu'il faut le plus a d m i r e r , ou de l ' h u m i lité et de la piété des filles de Saint François de Sales, ou d e la condescendance des prélats, qui acceptent avec un touchant respect c e s communications. Les u n s y r é p o n d e n t directement en envoyant le Volum signé, et ils y j o i g n e n t des l e t t r e s élogieuses à l'adresse de l a Visitation; d ' a u t r e s ont la bienveillance d'informer qu'ils


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ont déjà écrit à Rome ou qu'ils vont le faire; quelques-uns disent qu'ils veulent rélléchir. Quelle joie ce d u t être p o u r saint François de Sales d e v o i r dans la l u m i è r e de Dieu les pontifes de la sainte Eglise ouvrir ainsi leur à m e à ses chères et h u m b l e s filles, à q u i il a r e c o m m a n d é de s'appeler « Filles de Nosseigneurs les Évoques ». Dans Tintervalle, une Visitation du Nord-Est de la France, toul près de la frontière, écrivait à la R. Mère Supérieure d u Mans, à la date du 7 j u i n 1902 : « Nous avons lu en la Circulaire de Chartres que le cher Mans s'emploie p o u r p r o c u r e r la prochaine définition du dogme de l'Assomption de Marie... Depuis de longues années, le p a u v r e petit monastère de *** traite de cette question avec le bon Dieu et ses Saints. Une de nous, entre autres, p r i e pour cela depuis l ' â g e de onze ans, elle en a q u a r a n t e et un à présent. Notre vénérée S œ u r la Déposée et Sa sainte S œ u r surtout avaient reçu d'un Père Chartreux, leur insigne Père en Dieu, la prédiction que ce dogme serait défini. Il est décédé en 1888, et certainement il a du. s'en occuper a u ciel. » C'est par ces moyens q u e , des cinq parties d u m o n d e , sont arrivées nu Vatican des suppliques que Léon XIII et sa Sainteté Pic X ont o r d o n n é de déposer d a n s les archives du Saint-Office et de la Sacrée Congrégation des Rites. Le Cardinal C e n n a r i , très favorable k la cause, l'eu M" ' Piffcri, sacriste de Sa Sainteté, très attaché à la Visitation du Mans, et M Bressan, secrétaire particulier du Pape actuel, ont été les destinataires i m m é d i a t s les plus ordinaires de ces envois. 1

ffr

Il faut maintenant venir à l'Espagne et a d m i r e r les nobles ardeurs de cette catholique nation. On sait q u e , p a r m i ses plus chères traditions, il y a le souvenir d ' u n e apparition de la Vierge, dans sa chair mortelle, à l'apotre saint Jacques, sur le sol ibérique. Vers la fin de mai 1900, nous avons écrit à u n e Académie de Lérida, dont nous sommes le m e m b r e c o r r e s p o n d a n t , p o u r la mettre au courant des t r a v a u x récents sur l'Assomption. Cette Académie, fondée en 1850, a p o u r b u t de p r o p a g e r la gloire de Marie p a r les belles-lettres et les a r t s : elle c o m p t e plusieurs milliers de membres t a n t laïques qu'ecclésiastiques. Le directeur de l'Académie, Don Brugulat, archidiacre de la cathédrale


LE MOUVEMENT CATHOLIQUE EN FAVEUR DE LA DEFINITION.

18:»

d e L é r i d a , nous r e m e r c i a de nos informations en nous disant qu'il les avail transmises à son Comité, et q u ' a p r è s délibération, on avait conclu d a n s n o t r e sens.' Les Annales de l'Académie, publication mensuelle, dans le n u méro du 31 a o û t , contenaient la noie suivante : « Le Comité directeur, d a n s la session, du 17 de ce mois, a convenu d ' a d h é r e r de nouveau à la proposition qui lui a été faite au sujet de l'Assomption, et il excitera de plus en plus le zèle de tous les m e m b r e s pour q u e , p a r leurs prières et leurs efforts, ils coopèrent à cette œ u v r e si sainte. » Le 31 octobre, ces m ê m e s Annales d o n naient la t r a d u c t i o n d e notre lettre du 4, p a r laquelle n o u s p r é venions Don B r u g u l a t que le R. Père lui avait envoyé sa Dissertalion et attendait son bienveillant concours. En avril 1902, les sociétaires étaient informés que, le mois suivant, ils r e c e v r a i e n t , avec les Annales, la Dissertation t r a d u i t e en espagnol. Le distingué Directeur avait voulu faire lui-même ce travail auquel il mil une préface doctrinale. La Revue populaire, a u t r e publication espagnole, en lit l'éloge. Par la suite, plusieurs lettres de l'avocat Barthélémy Longo p a r u r e n t dans les Annales. Mais déjà a u p a r a v a n t , le m o u v e m e n t s'était étendu. L'archevêque de Séville, M* Spinola, d e p u i s cardinal, adressait à son peuple une magnifique lettre p a s t o r a l e sur la doctrine de l'Assomption (30 août 1900). r

Un nouveau t r a v a i l du religieux bénédictin : La dêfinibilité de l'Assomption, b e a u c o u p plus étendu q u e l a Dissertation, fut traduit en 1903 et publié p a r Don R r u g u l a t . « La faveur g é n é r a l e , disait le t r a d u c t e u r , avec laquelle fut reçue la première publication, nous a encouragé à faire p a r a î t r e l'ouvrage que nous p r é sentons a u j o u r d ' h u i . » On le distribua aux m e m b r e s de l'Académie en octobre. Au c o m m e n c e m e n t de cette m ê m e année, M Tévêque de Vich recevait un volumineux a l b u m contenant 'i.2.293 s i g n a tures d e ses diocésains p o u r l a définition d o g m a t i q u e , avec p r i è r e de le déposer aux pieds de Léon XIII. gr

VUnivers d u 17 j u i n 1905 annonçait q u e les dames p a t r o n nesses du Comité o r g a n i s a t e u r des fêtes de Notre-Dame del P i l a r avaient pris l'initiative d'une adresse au Saint-Père, lui d e n i a n -


180

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

dant la définition d o g m a t i q u e de l'Assomption d e la très Sainte Vierge. L'adresse avait été signée dans la basilique d e Notre-Dame del Pilar par des milliers de pèlerins : la r e i n e - m è r e avait donné son adhésion, l'épiscopat espagnol son a p p u i cntliousiaslc. Cette nouvelle était r e p r o d u i t e en août p a r le Messager du Sacré-Cœur avec le texte m ô m e de l'adresse. On y ajoutait : « Nous lisons dans la Lectura Dominical de Madrid, 1 juillet, que les catholiques de la province de Malaga font u n e p r o p a g a n d e très active et recueillent de nombreuses signatures en laveur de la définition. » Enfin, les Annales de l'Académie de Lérida donnaient aussi en août un l o n g article d o g m a t i q u e de M" ' l'Archevêque de Séville, le môme qui avait fait la lettre pastorale d u 30 août 1900. On voit combien nous avions raison de dire que l'Espagne s'est montrée a r d e n t e dans cette question de h a u t e théologie si glorieuse pour Marie. e r

1

Nous sommes arrivés au t e r m e de l'exposé historique que nous avons commencé en s e p t e m b r e . Pendant ces douze a n s , quelle activité chrétienne, que de p r i è r e s en l'honneur de l ' a u g u s t e Mère de Dieu! Ce mouvement n ' a p a s cessé d e s'accroître, et c h a q u e année le Saint-Siège reçoit de nouvelles suppliques d'évêques. On peut dire que l'Église se p r é p a r e , p o u r u n avenir p l u s ou moins p r o chain, à faire, avec son Chef infaillible, l'acte de foi divine en l'Assomption corporelle de Marie . » l

Un sujet aussi i m p o r t a n t q u e la délinibilité de l'Assomption ne pouvait m a n q u e r d'occuper l'activité des théologiens. L'Italie nous d o n n e , en 1901, les r e m a r q u a b l e s études d u chanoine Crosta, professeur de théologie à Còme : VAssunta nell'odierna teologia cattolica, Monza; du chanoine Provitera, doyen du collège théologique de Naples : Del recente movimento dei cattolici per la definizione dogmatica dell'Assunzione di Maria in cielo [Revista di scienze et lettere, Napoli, 1901, marzo, a p r i l e , m a g g i o ) ; d u docteur Perrella, professeur au séminaire archiépiscopal de Naples : Vtrum B. Virgo non solum in anima, sed etiam in corpore erecta fuerit in cœlum, Napoli; et en 1902, celles de M '" Gargiulo, évéque g

1. Châtain, l. C , 25 ocl. 1910, p. 328, 3 2 9 ; 25 n o v . 1910, p. 360. 361 ; 25 j a n v i e r 1911, p. 40-42, 25 i'évr. ! ! M 1 , 70-72.


LE MOUVEMENT CATHOLIQUE EN FAVEUR DE LA DÉFINITION.

IS7

de Sansevero i n Puglia : La corporea assunzione di Maria in citdn, Napoli, et du chanoine Scclzo, doyen d u chapitre de Castellarnare : L'Assunta e i suoi doni, Napoli. La thèse trouvait des sympathies d e plus en plus n o m b r e u s e s , surtout en Espagne où les travaux de L). Valenti, de Mallorca [La Asuncion de la Virgcn. La définition dogmatica de este mistero, Vergara), contribuaient à i a r é p a n d r e , de concert avec l'Académie mariale d e Lérida. Au mois de s e p t e m b r e de la m ê m e a n n é e , le Congrès m a r i a i de F r i b o u r g (Suisse) accueillit favorablement plusieurs r a p p o r t s sur le m ê m e sujet, l'un du chanoine Pieraccini, d'Ajaccio, u n autre d u docteur Gfolner, professeur au s é m i naire de Linz (Autriche), et un troisième^du collaborateur de la Revue thomiste, dont il a été question (Compte rendu du Congrès mariai de Fribourg, Blois, 1903, 1.1, p . 187-196). Il faut citer aussi l'article d u professeur Bellamy, dans le Dictionnaire de théologie catholique de Vacant et Mangcnot (1903), qui ne fait g u è r e q u e résumer, avec quelques additions, la dissertation p a r u e h Angers trois ans plus tôt. Enlin le R. P . Eusebio, carme espagnol, a exposé (190G) les raisons de déclarer l'Assomption d o g m e d e foi, Conveniencia de definir corno dogma de fe la Asuncion de la Virgeen, Barcelona.


CHAPITRE VII LES VOtSUX DES ÉVKQUES EN IWVEUll DE LA DÉFINITION DOGMATIQUE DE L ASSOMPTION.

§ I . — L e s suppliques episcopales.

La d e m a n d e des Pères du concile d u Vatican a été pieusement recueillie p a r leurs successeurs dans l'épiscopat. Depuis l ' a n née 1 9 0 0 , il semble q u e nous assistions à, u n m o u v e m e n t semblable à celui qui se produisit dans l'Église a v a n t la définition d o g m a t i q u e de l ì m m a c u l é e Conception, lorsque les évoques, soit s é p a r é m e n t , soit réunis dans des conciles provinciaux, demandaient il Grégoire XVI et à Pic IX de p r o c l a m e r l'origine divine de la croyance à l'exemption d u p é c h é originel chez la divine Mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ. On n ' a pas oublié la joie qui s ' e m p a r a d u monde catholique, lorsque le Pape, exilé à Gaëtc, adressait aux évoques la lettre pontificale qui l e u r notifiait la prochaine définition; c'est alors q u e , d'un pays h é r é t i q u e , où la vraie foi comptait peu de fidèles, le vicaire apostolique de Suède, M Studach, écrivait au Souverain Pontife : « Je n e sais comment exprimer m a joie de ce que Dieu a inspiré à Votre Sainteté de s'occuper plus que jamais cle l'importante question d e l'Immaculée Conception, d a n s ce temps q u i a, plus q u e tout a u t r e , besoin de l'intercession et de la protection puissante de la Sainte Vierge. La solution de cette question viendra mettre e n r a g e tout l'enfer, mais elle sera le triomphe complet de la Mère d e Dieu s u r la t e r r e , et fixera les yeux de l'univers catholique, d ' u n e m a n i è r e spéciale, sur le Saint-Siège, et m ê m e ceux des hérétiques de b o n n e foi '. » er

1. M-' Malou, Histoire de la définition aurea Mariana, L VIII, p. 5 7 t . )

dogmatique

de la T. S. Vierge

(bumma


i

LA DOCTULNË Oli L'ASSOMPTION.

00

Le mémoire de Virdia, de Tordre des Mineurs Conventuels, évèquc de Cariati : Pro dogmatica definit ione integrae in coelos Assumptione Deiparae Virginis, présenté au Souverain Ponlife en 1880, peut otre r e g a r d é c o m m e Ja p r e m i è r e de ces suppliques episcopales q u e nous avons eu la joie de voir se m u l t i p l i e r de notre temps. v

En 188Ì, W Ballon, évoque d'Arequipa, au P é r o u , adressa au Saint-Siège une supplique p o u r d e m a n d e r la définition dogmatique de PAssomption. La m ê m e d é m a r c h e fut faite, en môme temps, p a r plusieurs archevêques et évoques de l'Amérique du Sud. La troisième initiative episcopale, simultanée avec le mouvement qui se manifesta en F r a n c e , en Italie vers 1900, est celle de S. E. le cardinal Spinola, a r c h e v ê q u e de Séville. Après avoir adressé à son p e u p l e une lettre pastorale, où il exposait m a g i s t r a l e m e n t la docIrine de l'Assomption, le p r é l a t s'adressait au Saint-Père, et lui d e m a n d a i t de déclarer d o g m e de foi l'assomption corporelle de Marie. Il était « persuadé q u ' u n si h e u r e u x é v é n e m e n t contribuerait efficacement ¿i r a n i m e r la piété des fidèles, et à faire fleurir les vertus chrétiennes, en b a r r a n t le chemin au p r o g r è s d u funeste naturalisme qui envahit les domaines de la science et trouble toutes les classes de la société, m e n a ç a n t d ' e n t r a î n e r les peuples dans une immense ruine morale et m a t é r i e l l e . » Les l'êtes jubilaires de Notre-Dame du Bosaire, à l a Nuova Pompei, d o n n è r e n t naissance, en Italie, à un m o u v e m e n t a u q u e l s'associèrent bientôt de n o m b r e u x évoques en d e m a n d a n t au Saint-Siège de p r o c l a m e r dogme de foi la glorieuse Assomption d e Marie. Nous donnons la liste de ces p r e m i è r e s suppliques d ' a p r è s la revue / / Rosario e la Nuova Pompei *. 1900-1902. NN. SS.

1. Appendices,

Salvatore P A L M I E R I , archevêque de Brindisi. Giuseppe G I U S T I N I A N I , archevêque de Sorrento. Michele DE -lomo, évèquc de Caslcllamare di Stahia. Nicola Z I M M A I U N O , évêque de Lacedonia. 1900-1902.


LES VOEUX DES EVÈQUES EN FAVEUR l>E LA DÉFINITION.

NN. SS.

IDI

Giovanni B L A N I H M , évêque d e Nolo. Francesco vi P I E T R O , évêque d'Acorra. Luigi D E L F O R N O , évêque d e Nocera dei Pagani. Ignazio ZuccAJto, évêque de Caltanisetta. Giuseppa P A D U L A , évoque de Bovino. Domenico T A C C O N E - G A L U C C I , évêque de Nicol era et Tropea.

Pietro M A G B I O N E , évêque d e Copaccio et Vallo. Orazio M A Z Z E L L A , archevêque de Rossano. Antonio B U G L I O N E , archevêque d e Conza. Bernardo G O Z Z U C L I , évoque de Nicosia. R a i m o n d o I N G H E O , évoque d'Iglesias. Ignazio M O N T E R I S I , évêque de Potenza et Marsico-Nuovo. Eugenio C A N O , évêque de Rosa. S. E. le cardinal C E L E S I A , archevêque de Palcrme. NN. SS. Nicola P I C C I R I L L I , archevêque de Santa Severina. Felice G I A L D I N I , archevêque titulaire de Cyrène. B o n a v e n t u r a G A R G I U L O , évêque d e Sansevero di P u glia. Antonio B R I G A N T I , a r c h e v ê q u e titulaire d* A p â m é e . Giuseppe Izzo, évêque de Cava et Sarno. Angelo I A N O K A C M I I N O , évêque d e (Cerreto Sannita, ou Telese. Benedetto pyles.

DELLA CAMERA,

évêque titulaire de T h e r m o -

ToLia P A T R O N I , évêque d e Valva et Sulmona. Ludovico M A R A N G O N I , évèquc» de Chioggia. Antonio L A M B E R T I , évêque de Conversano. Antonio B O N I T O , évêque de Cassano a l l ' I o n i o . F u l b e r t P E T I T , archevêque de Besançon. S. E. le c a r d i n a l M A N A R A , évêque d'Ancóne. NN. SS. Roberto M E M N I , archevêque titulaire de Gangres, vicaire apostolique de Sofia et Philippopoli. Joseph B O N N E E O Y , évêque de La Rochelle. Agnello R E N Z U L L O , évêque de Noie. Teodosio G A R G I U L O , évèque d'Oria.


102

NN. SS.

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Giuseppe G K L L I , évoque de Volterra. Giovanni V E S C I A , évoque de Policastro. Carmelo P L J I A , évoque d'Anglona et Tursi. Enrico DE DoMiMCis, archevêque d'Amalii. Andrea D ' A G O S T I N O , évêque d'Ariano di Puglia. Antonio G R A S S E L L I , avchevcque-évèque d e Viterbo Toscamella. Joseph l l o A R E , évèquc de Ardagli. Raimondo P É R I S Y M E N C H E T A , évoque d e Coria. Elfèze G R A V E L , évoque de Nicolet. Salvatore C A F F I E R O , auxiliaire de Malte. Joseph D O U M A N Î , évêque grec de Tripoli d e Syrie. PaulÏEiiziAN, évêque arménien d'Adana. Thomas C A M O R A v C A S T R O , évoque de S a l a m a n q u e . Sebastiano H E R R E R O Y E S P I N O Z A , a r c h e v ê q u e de Valence. Gustave D E P Ê L A C O T , évêque de T r o v e s . Mariano S U P E K Y J A Y L O S T A L É . évoque de Huesca. Pietro R O C A M O R A Y G A R C I A , évoque de Tortosa. Simone M I L I N O V I C , a r c h e v ê q u e d'Antivari. Pasquale G U E R I N I , archevêque d e Scutari. Antonio R O V E G G I O , évêque titulaire d'Amastri, vicaire apostolique d u Soudan. Abbondio C A V A D I N I , évêque de Mangalorc. Giuseppe D E C A M A R G O B A R R A S , évèquc d e P a r a n á . José Homobono A N A Y A , évêque d e Sinaloa-Culiaran. Francesco P L A N C A R T E Y X A V A R R E T E , évêque de Cuernavaca. Emanuele V Ê L E Z , évêque de Comayagua. Robert B R O V O N E , évoque de Cloyne. Pietro C A M P I Ñ A S Y D A R C E L O , évêque d e Majorque. Giacomo Z U B I R I A Y M A N Z A N E R A , a r c h e v ê q u e d e Du rango. Giuseppe A L Y E S D E M A I U Z , évêque de Bragancc. Raimondo T O R R M O S Y G O M E Z , évêque de Badajoz. Antonio D E S O D Z A B A R R O S A , évêque d'Oporto. Camillo S O R G E N T E , archevêque d e Cosenza.


LES V ΠU X DES

EVÈOUES EN FAVEUIÌ DE LA DEFINITION.

193

Un g r a n d n o m b r e d'autres suppliques épiscopales n e se rattachent pus au sanctuaire de Pompei. Des circonstances spéciales nous ont procuré l ' h o n n e u r de les connaître, souvent m ê m e d a n s leur texte a u t h e n t i q u e . Comme p o u r les précédentes, nous donnons ici la liste d e leurs signataires.

1900. 81

M ' Marcel

SPINOLA Y M A E S T R E ,

archevêque do Sévillc.

1902. NN. SS. Aoùl Jean G E R M A I N , archevêque cle Toulouse. J2 juillet René R E N O U , archevêque de Tours. . 8 d é c e m b r e Etienne S O N S O I S , archevêque de Cambrai. 16 janvier Prospcr Dis R O N F I L S , évoque du Mans. lévrier A r t h u r M O L L I E N , évoque d e Chartres. 21 avril François D E L A M A I U E , évoque de Périgucux. 15 mai Charles L A B O R D E , évèquc d e Blois. juillet François M A I L L E T , évoque de Saint-Claude. 26 août Abcl G I L I I E R T , évoque d'Arsinoë. 3 septembre Pierre F A L L I È R E S , é v ê q u e d e Saint-Rricuc. 20 août Frédéric O U R Y , archevêque d'Alger. 29 août Edouard C A N T K L , évoque d'Oran. 13septembi'e Clément C O M B E S , archevêque de Carthage. 15 juillet Léon L I V I M I A C , évoque de Pacando. 13 mai P a u l P E L L I Î T , évèquc de Rcthymc. Jean K O I ' P È S , évèquc de Luxembourg, avril Stanislas J A R L I X , évoque de P h a r b a i t u s , coadjutcur de l'évêque de Pékin. 2 niai Alphonse R E R M Y N , évoque de Stratonicc, vicaire apostolique de la Mongolie occiduo-méridionalc. 2 mai Félix C H O U L E T , évoque de Zéla, vicaire apostolique de la Mandchourie méridionale. LA

DOr.TRINE D E L'ASSOMPTIOK.

lu


194

LA nOCTWNE DE L'ASSOMPTION.

NN. SS. septembre Pierre F A V I E R , évoque de Pékin» juin Pierre G I R A U D E A U , évoque de T h y n i a d c , apostolique du Thibet. 8 septembre Célesfcin C U O U V E L L G N , évoque de Dansara, apostolique du Se-tchouen o r i e n t a l . 29 septembre Mare C U A T A G N O N , évoque de Chersonese, apostolique de Se-tchouen m é r i d i o n a l . G juillet Ernest Grcuusx, é v o l u e de Rhinocolure, apostolique du Pe-tcheli o r i e n t a l . 2 3 mars Joseph G A N D Y , archevêque de P o n d i c h é r y . juillet Lucien M O S S A R D , évoque de Médée, vicaire lique de la Cochinchine occidentale. ,îl

l " aoùl l août

vicaire vicaire vicaire vicaire

aposto-

Pierre Osour, archevêque de Tokio. Pierre M U G A B U R E , évoque de Sagalassus, coadjuteur de l'archevêque de Tokio. 5 avril Jules C O U S I N , évèquc de Nagasaki. 1 3 avril Jules C U A T R O N , évoque d'Osaka. 1 3 juin Alexandre B E R L I O Z , évêque d'IIakodalé. 24 j u i n Gustave M U T E L , évêque de Milo, vicaire apostolique de la Corée. 1 6 juillet Henry J O U L A I N , évêque de Juflha 3 mai Louis D A R T O I S , évêque de Temnos, vicaire apostolique du Dahomey. 3 mai Maximilian A L B E R T , évêque d'Adriani, vicaire apostolique de la Côte-d'Or. 1 2 septembre Jean S I M O N , évoque de T h a u m a c u m , vicaire apostolique de Fleuve-Orange. 15 août Jean C A Z E T , évêque de Sozusa, vicaire apostolique de Madagascar cenlral. Vital G R A N D I N , évêque de Saint-Albert. 2 avril Jacques C O R B E T T , évêque de Sale. juillet Joseph L E R A Y . évêque de Rcmessiane, vicaire apostolique d e s i l e s Gilbert. 2 août Louis C O U P P É , évoque de Léros, vicaire apostolique de la Nouvelle-Poméranie. o r


LES VOEUX DES EVÈQUES EN FAVEUR DE LA DEFINITION.

105

NN. SS. 28 avril 14 octobre 9 décembre G juillet

Julien V I D A L , évoque d'Abydos, vicaire apostolique des Iles Fidji. Gustave R O P E U T , évéque de Panopolis, vicaire apostolique des lies Sandwich. Joseph V E R D I E R , évéque de Mégare, vicaire apostolique de Tahiti. Jules B R U G Q I È R E . évéque de Cina, vicaire apostolique d u Pctcheli méridio-occidental. 1903.

mai

fi

Henri

PELGÉ,

évéque d e Poitiers. 1 9 0 4 .

4 octobre

Quinze archevêques el évoques du Mexique (Con grès m a r i a i mexicain). 1903.

10 mars 17 mars 17 mars 18 m a r s 18 m a r s 27 mars 7 juillet 17 mai 17 j u i n 2févr. 22 avril 30 juillet 23 août 1 mai e r

2'i

avril

François D I M L L A R D , évéque de Quimper et Léon. Pierre C A M P I S T R O N , évéque d'Annecy. Pierre C O T T O N , évoque de Valence. P a u l DE B R A O S E J O U R , évéque de Carcassonne. Firmin R E N O U A R D , évéque de Limoges. Pierre R O U G E R I E , évéque de Pamiers. Sébastien I I E R S C I I E R , évoque de L a n g r e s . Félix J O U R D A N D E LA. P A S S A R D I È U E , évéque de Roséa Jean D O U A I S , évoque de Beauvais. Auguste Duc, évéque d'Aoste. Dominique D A R M A N I N , évéque de Syra. Pietro G R A M I G N A , évoque d'Allahabacl. Carlo G E N T I L I , a r c h e v ê q u e d'Agra. Isidore K L A U S , évéque de Tubuna, vicaire apostolique de la Cùte-d'Or. Ilippolyte B A Z I N , évoque de Thacia-Montana, vicaire apostolique du Sahara.


190

LA DOCTRINE DE I/ASSOMPTiON.

NN. SS. 1 5 décembre Philippe A U G O U A H D , évoque de S i n i d c , vicaire apostolique du Congo supérieur français (Oubanghi). 2 5 avril Charles D E COIUUOAT, évoque de la Martinique. mai E m m a n u e l C A N A P P E , évêque de la Guadeloupe. 8 août Emmanuel DE M I Î S A , évoque d'Anlioquia. 3 0 mars André N A V A R R E , archevêque de Cyrra, vicaire apostolique de la Nouvelle-Guinée. 30 mars Alain G U Y N O T D E B O Ï S M E N U , évoque d e Gabala, coadj u l e u r du vicaire apostolique de la Nouvelle-Guinée. Rogatien M A R T I N , évoque d'Uranopolis, apostolique des Iles Marquises.

vicaire

1906. François S T E I X M K T Z , évoque d'Adriani, vicaire apostolique d u Dahomey. Ignace I I C M M K L . évêque de Trapézopolis, vicaire apostolique de la Cote-d'Or. 1907.

novembre 1 2 décembre 1 1 juillet 2 0 juillet 2 9 juillet octobre 1 2 novembre 2 2 octobre 2 0 novembre 2 décembre décembre 1 7 décembre 2 6 décembre 17

Jean R I C A R D , archevêque d'Auch. Auguste Dr BOURG, archevêque de Rennes. Emile L O B U E D E V , évêque de Moulins. Jean D E S A N T I , évoque d'Ajaccio. Charles G I B I E R , évêque de Versailles, Charles D E LIGOISTTKS, évêque d e Rodez. H e n r i A B L E T , évêque d'Angoulème. L A U B A N S , évêque de Cahors. Joseph-Fr. B O N N E T , évêque de Viviers. Jules D E C A R S A L A D G i>r P O N T , évêque de Perpignan, Laurent MONNIEU, évêque d e Troycs. Thomas B O U T R V . évêque du P u y . Jacques G É L Y , évêque de Mende.


LES VOEUX DES ÉVÊOUES EN FAVElïIi DE LA DEFINITION.

NN.

107

SS.

18juillet Guillaume V A X I>Ë Y Ë X , évoque de Bois-le-Duc, 2 1 décembre Louis P K K E Z Y P K K E Z , évéque de Coricus, vicaire apostolique d u Hou-nan septentrional. 2 8 août Joseph C O L G A N , archevêque de Madras. 2 8 août Jean t E L K X , évoque d e Themisonium, coadjuteur de l'archevêque de Madras. 2 8 avril Maximin V E L A S C O , évêque d'Amorium, vicaire a p o s tolique du Tonkin septentrional. 2 2 août Jean C L E R C , évêque d e Vizagapatam. 2 3 d é c e m b r e Jean lliurn, évêque d e Té vos te, vicaire a p o s t o lique d u Victoria-Nyanza méridional. 3 0 décembre François G E R H O I K , évêque d e T u b u r b o , vicaire apostolique de l'Ounyanyenibé. décembre

Jean D Ë R O U E T , évêque de Camachus, vicaire apostolique du Congo français inférieur. . 1 2 s e p t e m b r e Pierre G O K Z A L K S Y E S T R A D A , évoque de La Havane. 2 0 s e p t e m b r e Bernard H E R R E R A - R E S T R E I ' O , a r c h e v ê q u e de Bogota. Jean C A S T R O , évêque de Saint-Jacques de Venezuela, ou Caracas. 8 décembre Jérôme Tno&iÉ DA S I L V A , archevêque de S a i n t - S a u veur de Bahia2

d é c e m b r e Jean C A G L I E R O , archevêque de Sébaste, vicaire apostolique de la Patagonie septentrionale. 2 0 n o v e m b r e Pierre B R O Y E R , évoque de Polémonium, vicaire apostolique de l'archipel des Navigateurs. 1 janvier Joseph G I Ê U A R D , évêque de Coutances. 6 janvier Alfred M É L I S S O N , évêque de Blois. 2 1 mars Félix G U I L L I U K R T . évoque d e Fréjus. juillet Albert N È G R E , évoque de Tulle, mars Andréa F I O R E , évêque de Cuneo. 2 1 lévrier Joseph L A V E S T , évoque de Sophênc, vicaire apostolique d u Kouang-Si. 8 février Charles L A V I G N E , évêque de Trincornalie. février Henri S T R E I C I I E R , évêque de Tabraca, vicaire a p o s 23

E R


198

9

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

juillet

février

NN. S S . toliquc d u Victoria Nyanza septentrional (Ouganda). Thomas S P R E I T Ë R , évoque d e Thènes, vicaire apostolique du Zanguebar m é r i d i o n a l . Henri D E L E S I O N A S S E U E S A U N E , évoque de Rhizonte, coadjutcur du vicaire apostolique de Madagascar c e n t r a l .

1909.

septembre Sébastien L K I T E D E V A S C O N C E L I . O S , évéque de Déjà. 6 octobre A u g u s t e N U N È S , archevêque d'Evora. 1 5 octobre Jérôme V A N A E B T S E L A E R , évèquc de Zarai, vicaire apostolique de la Mongolie centrale. décembre Conrad À R E L S , évèque de Lagania, vicaire apostolique de la Mongolie orientale. 4 octobre Gabriel M A U R I C E , évoque d e Lesbos, vicaire apostolique d u Chen-si septentrional 1 7 août Césaire S C H A N G , évèquc de Vaga, vicaire apostol i q u e du C h a n g - t o n g oriental. 2 4 août Adéodat W I T T N E R , évoque de Milet, coadjuteur du vicaire apostolique du C h a n g - t o n g oriental. 2 6 novembre Hyacinthe J A L A B E R T , évoque de Téleple, vicaire apostolique de la S é n é g a m b i e . 1 5 octobre Jean O G O R M A N , évèque d'Amastris, vicaire apostolique de Sierra Leone. 1 3 décembre Pierre C O L L , é v è q u e de Tignique, vicaire apostolique de Fernando Poo. 2 2 janvier Joseph D O U M A N I , évèque g r c c - m e l c h i t c de Tripoli de Syrie. 1 5 septembre Joseph G U I O T , évèque d'Augustopolis, vicaire apostolique d e San Martino et des Intendances orientales. 27

décembre Cyrille G É Ï I A , patriarche grec-mclchite d'Antioche, décembre Paul A B I - M O U R A D E , a r c h e v ê q u e grec-mclchite de 20


LES

VOEUX

DES EVÈQUES EN

NN.

décembre

octobre novembre

16

FAVEUR

DE LA

DEFINITION.

190

SS.

Damiellc, vicaire d u p a t r i a r c h e grec-melchite à Jérusalem. Pierre S A U A , archevêque g r e c - m e l c h i t e de Palm y r e , vicaire du p a t r i a r c h e g r c c - m e l c h i t e , h Alexandrie. Cyrille M O G A U G A U , évoque grec-melchite de Zahlc. Euthyme ZOULDOI?, archevêque g r e c - m e l c h i t e de

2 5 n o v e m b r e Joseph-D. CAD), archevêque grec-melchite d'Alep. 2 5 n o v e m b r e Germain M E H A K A D , archevêque grec-melchite de Laodicée. décembre Basile H A G G I A R , évêque grec-melchite de Sidon. 1910.

août Giovanni T A S S O , évêque d'Aoste. 10 décembre Natale B R U N I , archevêque de Modène. février Auguste D C R E T , évêque de Bubaste, vicaire apostolique du Délia du Nil. 8 février Joseph D U P O N T , évêque de Tibaris, vicaire apostolique du Nyassa. 12

14-

24 8

février

octobre novembre

janvier

Adolphe L E C U A P T O I S , évêque d'Utiquc, vicaire apostolique du Tanganika. E m m a n u e l B A L L O N , évêque d'Aréquipa. Symphorien B O G A R I N , évêque d'Assomption, au Paraguay. Ignace H O M S I , archevêque grec-melchite de Tarse. 1911.

décembre 24

8

Mathieu D E O L I V E I R A , archevêque de Goa, p a t r i a r che des Indes orientales. avril Hubert O T T O , évêque d'Àssur, vicaire apostolique du Kan-sou septentrional. septembre Mathurin G U I L L E J U É , évêque de Mater, vicaire apostolique de Nyassa.


LA D0GT1UNE DE LWSSOMPTION.

XX.

ss.

Camille V A N R O N S L Ê , évoque de Thymbritim, v i caire apostolique du Congo belge. Louis A U N E A U , évèquc de Cérasontc, vicaire a p o s tolique du Shiré équalorial. Guillaume M I L L E R , é v è q u c d'Euniénie, vicaire apostolique du Transvaal. Célestin J O U S S A R I ) , évèquc d'Arcadiopolis, coadj u t e u r du vicaire apostolique de l'Athabaska. P a u l T E R Z I A N , p a t r i a r c h e a r m é n i e n catholique de Cilicio. Salomon S A D R A G I I , a r c h e v ê q u e chaldécn de Diarbékir. 1912.

Auguste B A S L E , évèquc de Mysore. Antoine C O U D E R T , archevêque de Colombo. P a u l K E R L I K I A N , évèquc a r m é n i e n d'Adana. Joseph R O K O S S I A N , évoque d'Achrida, vicaire p a triarcal des Arméniens catholiques. Joseph M O R E L , archevêque de Pondichéry. Hugo B O T T E R O , évoque de K u m h a k o n a n . Auguste C U A P U I S , évêque d e Casloria, coadjutcur de l'évêque de Kuiubakonan. Charles H R Y N I E W I C K I Z , a r c h e v ê q u e de Perga, j a d i s évêque de Wilna. Joseph P E L C Z A R , évoque de Przémysl. Jules M O U R Y , évoque d'Ariasso, vicaire apostolique de la Cote d'Ivoire. André C E L E B I A N , évoque a r m é n i e n d'Amida ou Diarbékir. Eugène A L L Y S , évoque d e Phacusa, vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale. Florian D É M A N G E , évêque d'Adras, vicaire a p o s tolique de Ïaï-Kou (Corée.) André C A R R Ó N , archevêque d e Gênes.


LES VOEUX DES ÉVÈyUES EN FAVEUR DE LA DEFINITION. NN.

201

SS.

•23 juillet SI juillet 2G juillet 30 j u i l l e t août

Domenico P U U L I A T T I , évoque d e Bova. Disma M A R C H E S I , évoque d'Acqui. Giuseppe S C A T T I , évoque de Savone et Noli. Giovanni GAMHHRONI, évoque de Chiavari. Louis H U M B R K C U T , évêque de Poitiers. S . E . le cardinal C A V A L L A R I , patriarche de Venise. septembre Angelo M A R C H I , archevêque de Lucqucs. 8 septembre* S. E. le cardinal C O L L U É , archevêque d e Lyon. Giovanni A R I S T A - V I G O , évêque d'Aci-Rcale. Jean-Bapt ste P E N O X , évoque de Moulins. ;

A ces d e m a n d e s , pleines d'une confiance et d'une soumission filiales envers le chef infaillible de l'Église, il faudrait ajouter celles q u i é m a n e n t de préfets apostoliques, de supérieurs d'ordres religieux, d'églises particulières, et même de h a u t s personnages l a ï q u e s . On voit, en quelque sorle, se r e p r o d u i r e ce qui avait, eu lieu avant la définition dogmatique de l'Immaculée Conception. Est-il besoin de le dire, ces suppliques ne sont point u n e mise en d e m e u r e irrespectueuse pour le Saint-Siège; elles sont, au con1

1. Citons spécialement . Le comité paroissial de Putiguano di Rari, au diocèse de Conversano. 4 n o v . 1900. Le chapitre de la cathédrale de G o z z o (Malte), 2:t avril 11)01. Le chapitre de la cathédrale d e V i c e n z a . 2i mai 1902. L c s é m i n i i i r c de Monopoli, 1901. L e séminaire d'Anglona e Tursi, 1901. Le chapîLre de la cathédrale d'Ancóne, 25 avril 1901. Le S u p é r i e u r général de la Congrégation du Précieux. Sang, D . Biasclielli, 3 mai 1901. Le Supérieur général de la Société des missions africaines de Lyon, T. H. V. Planque, 13 mai 1902: Le S u p é r i e u r général d e s missionnaires du Sacré-Cmur d'Issoudun, 19 mars 11*02. Le Supérieur général d e la S o c i é t é dos Missions étrangères de P a r i s , M . F l e u r } , 1" mai 1905. R Abbé d e Saint-Michel de Frigolel, de l'ordre de P r é n i o n t r é , D . G . Madelaine, 18 févr. 1908. U Abbé de Sainle-Marie-du-Déscrt, de l'ordre de Cîteaux, I). Maria-CancUdus, mars 1908. R— Abbé d e Saint-Martin de Bcuron, D. Placide Woltcr, s u p é r i e u r général de la c o n grégation bénédictine de B c u r o n , 13 août 1902. T. R. P . I l a m a r d , préfet a p o s t o l i q u e d e la Cote d'Ivoire, 20 j u i n 1902. T. R. P . Zappa, préfet apostolique d u Haut Niger, 20 j u i n 1902. Le Vicaire capitulaire de Iluaraz ( P c i o u ; , i l sept. 1908. MTT

m n


202

LA DOCTRINE D E L'ASSOMPTION.

traire, la reconnaissance de son pouvoir doctrinal suprême et le témoignage d'une entière soumission. Les lils peuvent toujours exprimer u n désir au P è r e commun des fidèles, q u i j u g e s'il est opportun, ou n o n , d'y d o n n e r satisfaction. À qui contesterait la légitimité de leur acte, il suffirait de r a p p e l e r la conduite du Pape Grégoire XVI, r é p o n d a n t aux instances de plusieurs évêques d'Amér i q u e , d'Espagne, d'Italie et d'Allemagne, qu'il n e jugeait pas A propos de définir l'Immaculée Conception p a r c e qu'il n'avait pas encore reçu de s u p p l i q u e s assez n o m b r e u s e s ( J 8 W ) . 1

§ I I . — L e s Congrès mariais.

Comme exemple des vœux des fidèles, l'Espagne nous oiïre l'adresse des dames patronnesses du comité qui a organisé les fêtes de Notre-Dame del Pilar, en mai 1905, d e m a n d a n t au Saint-Père de proclamer la définition d o g m a t i q u e de l'Assomption de la Sainte Vierge. « Nous n e d e m a n d o n s r i e n de n o u v e a u à Votre Sainteté, écrivent-elles, sinon qu'elle daigne accueillir avec bonté la d e m a n d e laite p a r notre reine infortunée, Isabelle II, à votre prédécesseur de sainte mémoire. Pic IX, de définir la glorieuse Assomption au ciel cle Marie, en corps et en Ame, comme il avait défini le dogme de l'Immaculée Conception. A cette supplique, raconte-t-on, le Pape d e la Vierge Immaculée répondit que la gloire de cette définition était réservé à un autre Pape, peut-être pour le commencement d u vingtième siècle. « Nous vous prions, Très Saint P è r e , de faire u n accueil favorable au mémoire p r é s e n t é à cette m ê m e fin, a u concile d u Vatican, p a r Tévêque de La Havane, Fr. Jacinto Martinez, mémoire q u ' a p p u y è rent de leur autorité, dans l'auguste assemblée, l'évêque de Jacn, depuis archevêque de Tolède et cardinal, ainsi q u e tous les autres prélats espagnols. « Nous d e m a n d o n s à Votre Sainteté ce q u e lui ont déjà d e m a n d é le vertueux archevêque d e Sévillc, D. Marcelino Spinola y Mtcslra, et d'autres évêques, ainsi que tant de p r ê t r e s , de religieux et de fidèles de ce r o y a u m e q u i aime tant la Très Sainte Vierge . » 2

l.lt-

r

Malou, L'Immaculée

2. El Pilar,

11 mai 1905.

Conception,

t. I , p. 213-21G.


LES VOEI'X DES ÉVÈOUES EN FAVEUR DE LA DEFINITION.

20:i

Cette supplique a été signée p a r des milliers de pèlerins ; la reinemère Maric Christinc a envoyé son adhésion, et l'cpicopat espagnol lui donne l'appui de sa h a u t e autorité. La Lectura Dominical de Madrid, du l juillet 1905, signale l a p r o p a g a n d e très active des catholiques de la province de Malaga en faveur de la définition dogmatique de l'Assomption. T

ü l

Le Nouveau Monde ne l e cède point à l'ancien dans son zèle pour la gloire de Notre-Dame. Le 4 octobre J90-V, fut i n a u g u r é à Morelia (Mexique) le premier congrès mariai mexicain, a u q u e l p r i r e n t part quinze archevêques ou évèques; et p a r m i les résolulions et les vœux se t r o u v e la supplique, au Saint-Père, de détinir, comme dogme de foi, l'Assomption de Marie . [

Quelques années plus t a r d , en 1 9 1 0 , au congrès mariai i n t e r n a tional de Salzbourg, l a section de langue a l l e m a n d e émit le vœu suivant : « Considérant q u ' u n e définition d o g m a t i q u e de l'Assomption corporelle de la Sainte Vierge d a n s le ciel formerait la clé de voùtc et le couronnement de la Marialogic, et contribuerait sûrement à la glorification de Marie et de son Divin Fils, ainsi q u ' a u salut des âmes et à l'exaltation de la Sainte Église, le congrès m a riai de Salzbourg s'associe aux suppliques respectueuses de n o m breux évoques des deux mondes adressées au Saint-Siège. Il d e mande que la doctrine catholique de l'Assomption corporelle de Marie dans le ciel soit définie, dès que le Souverain Pontife le j u gera o p p o r t u n . )> La section hongroise a a d h é r é à ce vœu. Rien d'étonnant à c e l a ; saint Etienne, roi de Hongrie, au c o m m e n c e m e n t du xi siècle, était u n a r d e n t zélateur d u culte de Marie; il lui éleva un temple magnifique, et apprit aux Hongrois à célébrer solennellement la. fête de l Assomption, que, depuis lors, ils appellent « le j o u r de la Grande Dame »; l u i - m ê m e m o u r u t en la fête de l'Assomption 1038. Le savant liturgistc Mlles, professeur à l'Université d'inspruck, r e m a r q u e que dans plusieurs provinces d'Allemagne, c'était un usage de célébrer l'Assomption peudanl trente j o u r s . c

1

2

Ce v œ u du congrès de Salzbourg n'est que la continuation d u 1. Le Messager 2. Kalendarium

du Cœur de Jésus, janvier 190G, p. lîu. utriusque Ecclc&in, t. 1, p. 2'i9.


204

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

mouvement de piété, qui, on t'a vu, depuis plus de dix ans, a p a r couru une partie notable du monde c a t h o l i q u e . Le caractère national et l'importance du Congrès a u r o n t eu p o u r résultat de lui donner une plus g r a n d e notoriété et de contribuer efficacement à son extension. 1

1. Châtain, l. c,

25 sept. 1910, p. 29(5.


CHAPITRE VIII LES

AVANTAGES

T)E L A

DÉFINITION

DOGMATIQUE

DE

l/ASSOMPTION.

§ I . — A v a n t a g e s relatiis à la doctrine révélée.

La doctrine de l'Assomption fait p a r t i e , croyons-nous, du dépôt révélé, soit oral, soit m ê m e écrit : du dépôt oral, en vertu de son caractère de tradition dogmatique d'origine apostolique, et p r o b a blement aussi d'une révélation spéciale faite aux Apôtres, dont le mode est resté i n c o n n u ; peut-être également, à cause d u caractère intrinsèque de cette doctrine; du dépôt écrit, p a r c e que, dans plusieurs endroits de l'Ancien Testament, de véritables types p r o p h é tiques ont annoncé La prérogative de la Sainte Vierge. C'est la double forme de révélation explicite et implicite. Révélée et p r o v e n a n t de r e n s e i g n e m e n t des Apôtres, la doctrine de l'Assomption peut d o n c être déclarée officiellement dogme de foi. et déJinie a u t h e n t i q u e m e n t p a r l'Eglise comme vérité a p p u y é e sur la parole de Dieu. C'est là ce que le présent travail a voulu d é montrer, en p r e n a n t p o u r base le sentiment des Pères du concile du Vatican : Le fait q u ' u n corps h u m a i n vive dans le ciel avant le j u gement dernier, ne p e u t être attesté ni p a r les sens, n i p a r l'autorité humaine. Ainsi l'Assomption corporelle de la Mère de Dieu peut être delinic de foi, p a r c e qu'elle rentre p a r m i les faits dogmatiques n o n soumis aux sens, et qu'elle a été consignée dans l a tradition divinoapostolique.' Hoc aufem factum, quod, scilicet hominis corjms ante exlremitm judicii diem in cœiis vivat, neque sens!bits, neque hamana aucloritate testificari potest. Illa vero [Assumptio Deiparae corporeà) definibilis de fide est, quia inier facta dogmalica sensibus non subjecta accensetur, atque traditioni divino-aposto/icae consignata est . C'est la possibilité intrinsèque de la définition 1

i. M A H T M ,

/.

c ,

p. 1 0 7 .


200

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

dogmatique de l'Assomption. Il en est u n e autre i n t r i n s è q u e , qui concerne les motifs qui déterminent le pouvoir e n s e i g n a n t à délinir un d o g m e ; p a r m i eux rentrent spécialement les a v a n t a g e s qui doivent en résulter pour la doctrine surnaturelle elle-même et pour le peuple lidèlc. Ces motifs ont été exposés, en un sens général, dans la première partie de cette é t u d e ; il suffit d'en faire l'application à la doctrine de l'Assomption. C'est chose trop facile; car la vérité des principes une fois démontrée, p e r s o n n e ne peut, sans m a n q u e r aux lois de l'esprit humain et sans contredire l a vérité catholique, rejeter la conclusion qui s'en dégage nécessairement. Le progrès logique de l a connaissance du d é p ô t r é v é l é , l'état imparfait d'une doctrine dont la n a t u r e n'est pas e n c o r e nettement précisée, le rùle d'interprète de la vérité s u r n a t u r e l l e dévolu à l'Église, appellent, en q u e l q u e sorte, la définition d o g m a t i q u e de l'Assomption, qui doit p r o c u r e r u n e nouvelle gloire à la divine Mère de Notre-Seigncur. C'est en cela que consiste le p r e m i e r et le plus i m p o r t a n t résultat de l'acte doctrinal du Saint-Siège; il en découle comme une conséquence rigoureuse. Le j o u r où le Vicaire infaillible de Jésus-Christ, assisté de l'Esprit de Dieu, déclarera à la face de l'univers catholique, q u e la doctrine de l'Assomption, dès maintenant et depuis de longs siècles i n d u b i t a b l e et certaine dans l'Église, a été révélée de Dieu et repose sur l'autorité même de la sagesse infinie, ce jour-là, u n r a y o n de gloire accidentelle s'ajoutera à l'éclat de la douce figure de la Sainte Vierge, et sa couronne dogmatique s'enrichira d ' u n ileuron du plus liaut prix; car tout le monde saura désormais q u e la croyance à sa résurrection a. p o u r g a r a n t , n o n la parole de l ' h o m m e , mais le témoignage de Dieu l u i - m ê m e . Tous les mystères d u Rosaire, sans exception, devront être crus de foi divine, p u i s q u e le couronnement se trouve compris dans l'Assomption, entendue a u sens total, c'est-à-dire, comme embrassant la résurrection et la vie glorieuse d u corps immaculé de Notre-Dame. « Cette définition, dit Scheebcn, n e r é p o n d r a i t pas s e u l e m e n t au pieux désir de voir Marie glorifiée p a r t o u t , mais elle établirait encore un d o g m e , qui p r e n d une place importante dans l'orga-


LES AVANTAGES DE LA DEFINITION DOGMATIQUE.

207

nisme des autres dogmes, comme p e n d a n t à la résurrection d u Christ. On p o u r r a i t poser comme thèse : De m ô m e que la r é s u r rection d u Christ, qui est, même i n t r i n s è q u e m e n t , attestée d ' u n e manière si splendide p a r des témoins oculaires, est matériellement et formellement le fondement de la foi et de l'espérance chrétiennes; de morne l'Assomption de Marie, g a r a n t i e p a r celle du Christ et contenue matériellement dans la foi, formera-t-clle, à côté de la première, le couronnement de la foi en l'œuvre de la Rédemption objectivement achevée, et u n gage secondaire de l'espérance c h r é tienne. Sous cette forme, on accentuerait l'analogie et la différence enlre les deux faits . » 1

§ I I . — A v a n t a g e s relatifs a u x catholiques.

Après les intérêts m ê m e de la doctrine, c'est-à-dire,après l a lumière faite sur le vrai caractère de la croyance, il convient au moins de signaler le g r a n d avantage qui résulterait, pour les fidèles, de la définition dogmatique de l'Assomption. Ce qu'ils sont tenus, actuellement, de croire de foi ecclésiastique, ils le croiraient désormais de foi divine ; leur a s s e n t i m e n t revêtirait u n e dignité nouvelle en r a p p o r t nécessaire avec son objet formel. Ils sauraient n o n s e u l e m e n t que Marie est a u ciel, en corps et en «Une, mais que le Seigneur l u i - m ê m e nous assure de ce fait, et que, loin de l'exposer au doute, il l a révélé et pris sous sa divine g a r a n t i e , lui donnant ainsi u n e certitude plus élevée que celle m ê m e de l ' a u torité de l'Église. Ils connaîtraient mieux la glorieuse p r é r o g a t i v e de Notre-Dame, et leur science reposerait sur l'autorité de Dieu. Ne faut-il pas croire que leur pieté envers Marie, plus éclairée, s'épanouirait on fruits p l u s abondants de salut? Ceux qui ignoraient la valeur et le mérite de l'acte de foi divine, et ceux q u e l'on appelle les mirùmistes, qui veulent b i e n croire à la parole du Seigneur, mais le moins possible, qui trouvent déjà trop g r a n d le n o m b r e des d o g m e s et qui le v e r r a i e n t diminuer avec satisfaction, ceux-là seuls p o u r r a i e n t être troublés d'une définition d o g m a t i q u e . Il suffit d'éclairer les premiers, et de r e p r é s e n t e r aux seconds q u e 1. Dogmatique,

n. 1761.


208

1A DOCTKINK DE (/ASSOMPTION.

l e u r opinion est injurieuse p o u r Dieu, et procède d ' u n fond d'orgueil plus ou moins déguisé, d'une véritable i g n o r a n c e de Tordre s u r n a t u r e l et d'une c o u p a b l e mésestime des dons divins. Tout chrétien doit savoir que la certitude de la foi surpasse toute autre certitude, même celle des p r e m i e r s principes, à cause du témoig n a g e de Dieu sur lequel elle s'appuie, et que les hésitations de n o t r e intelligence ont l e u r source dans la faiblesse d e notre esprit, non d a n s la cause de la foi qui exclut toute crainte d ' e r r e u r . 1

P a r m i les avantages q u e la définition solennelle de l'Assomption procurerait au monde, il est impossible de ne pas n o t e r le secours spécial q u ' elle v a u d r a i t à TÉglise en ces t e m p s troublés, où la foi d i m i n u e chez un g r a n d n o m b r e , et où l ' h o m m e parait oublier les lois fondamentales de la vie intellectuelle et m o r a l e , A mesure qu'il connaît mieux, ou moins mal, le m o n d e visible. « Plus le n o m b r e de nos adversaires est g r a n d , plus ils persécutent insolemment Jésus-Christ dans son Église, plus aussi l'Église, qui est en g u e r r e avec la puissance des t é n è b r e s , doit d e m a n d e r Taidc et le secours de Celle q u i a brisé la tète du serpent, plus elle doit louer et vénérer Celle qui, en p r i a n t son Fils, a écrasé seule toutes les hérésies . » 0

C'est l'intelligence de ce devoir, qui faisait agir les Pères du concile du Vatican, lorsque, au n o m b r e de près de deux cents, ils d e m a n d a i e n t au Pape de déclarer l'Assomption dogme de foi, c o m m e l'Immaculée Conception. A l e u r s yeux, cet acte solennel du pouvoir enseignant a u r a i t été une victoire éclatante sur les e r r e u r s du siècle, sur le rationalisme, le matérialisme et Tin1. N o u s n e r é s i s t o n s pas au désir de c i t e r , à ce propos, un passage de Gonet : « Cert i l u d o lidei s u p e i a t c e r t i l u d i n e m o m n i u m s c i e n l i a r u m n a l u r a l h n n , i m o et ipsius habitas priiuoruin principioiuni, l o i n quia n i t i l u r m o l i v o m»#is infallibili, nempe divino t e s l i m o n i o , l,um otiuin quia a s s e n s u s scientiarum naturalium et h a b i l u s prhnorum princ i p i o r u m e s l a natura nos m o v e n t e ad i l h u n : a s s e n s u s au loin iidei est a m o l i o n e et inip u l s u S p i r l t u s S a n c t i . e x c i l a n t i s p i a m xnolionein ad c r e d c w U u n , q u i e s t c a u s a firmior et infallibilior quam natura n i o v e n s nos ad a s s e n s u m p r i m o r u m p r i n c i p i o r u m . U n d e vide nui s ipsa n o l i s s i m a s c i e n l i a r u m h u m a n a r u m principia q u a n d o q u e a (ide corrigi aut l i m i l a r i . . . F i d e s v e r o c u m obscurilaLc e! i n e v i d e n t i a c o n j u n c t a e s t ; ex quo provenil quod (ides indigel pia m o l i o n e v o l u n l a t i s . D u b i l a t i o , si a d e s l , n o n e s t e x parle causai lideï, s e d quoart no.s, in q u a n t u m n o n pJene assequimur per ïnlcllecLuni c a qiuc sunt

lidei. » De virtutibus theoiogicis, c. xi. — Manualo thomisiarum^ t. V, p. 173. 2. M- K O I S T T , ê v ê q u e de F u l d e , à Pic IX (Summa nurea marianu, t. V I U , p. 571). 1


LES

AVANTAGES

DE

LA

DEFINITION

DOIkMATNJUE.

200

diflërentisme m o d e r n e s ; il aurait r a n i m é la foi au dogme d e la résurrection d e l a c h a i r ; il aurait r a p p r o c h é les dissidents de la vraie Église p a r l a vertu de Celle qui selon l a parole de la l i t u r g i e a vaincu les hérésies dans le m o n d e e n t i e r ; il aurait a p p o r t é consolation, j o i e et secours à tous les chrétiens . Ces légitimes espérances n e se réalisèrent p a s . Les événements q u e l'on sait v i n r e n t i n t e r r o m p r e les travaux d u concile, et contraignirent le Pape de s u s p e n d r e les séances de L'auguste a s s e m b l é e ; les prélats durent se s é p a r e r a v a n t m ê m e q u e tous aient p u étudier le v œ u que l'archevêque de Catane, M Dusmet. de Tordre de Saint-Benoit, et l'évoque d e Lipari présentaient à l e u r s i g n a t u r e . A

?r

Qu'on ne dise pas q u e les évèques, q u i sollicitaient, e n J870, l a définition d o g m a t i q u e de l'Assomption, d e m a n d a i e n t s i m p l e m e n t une affirmation d u privilège de l'Auguste Vierge. Rien ne serait plus faux, ni plus contraire aux expressions mêmes don! ils se sont servis ; il f a u d r a i t v r a i m e n t faire violence au sens n a t u r e l des mots et méconnaître les principes d e l à Ihéologie. Quand on invoque en termes explicites la tradition divino-apostolique, la révélation, p o u r établir la possibilité d ' u n e définition, il est de toute évidence que l'on veut p a r l e r d ' u n e définition d o g m a t i q u e , et n o n pas d ' u n e décision doctrinale inférieure, qui ne correspondrait point aux raisons a p p o r t é e s p o u r la justifier. P a r n a t u r e , r e n s e i g n e m e n t q u i procède d e l a révélation, ou de la tradition d i v i n o - a p o s t o l i q u e , réclame l'acte d e foi divine, et a p p a r t i e n t à un o r d r e s u p é r i e u r aux enseignements qui ont leur g a r a n t i e d e r n i è r e d a n s l'autorité de l'Église et n'exigent q u e l'assentiment de foi ecclésiastique. Puisque les Pères d u concile du Vatican croyaient que l a doctrine de l'Assomption de la Sainte Vierge a sa source dans la révélation, ils ne d e m a n d a i e n t donc pas q u ' u n e simple décision doctrinale vint affirmer u n e croyance déjà suffisamment enseignée et obligatoire dans l'Église. Or, ils r e g a r d a i e n t l'Assomption comme u n fait d o g m a t i q u e , dont la connaissance a son origine dans la t r a d i tion divino-apostolique et la révélation : « Sans aucun doute il faut tenir fermement que la croyance à l'Assomption vient d'une t r a d i -

1.

Momtmenta L\

pro invocaUc dcfhnUionis

DOCTRINE

DE

L*ASSOMPTION.

opportunitate.

MATRUV,

L

C ,

p.

108. 14


210

LA

DOCTiUNif; m

L'ASSOMPTION.

dition divino-apostolique. c'est-à-dire de la révélation. Nous avons là-dessus les plus n o m b r e u x témoignages des Saints Pères, depuis les p r e m i e r s Ages du christianisme j u s q u ' a u douzième siècle; ils pensent même que cette vérité est indiquée dans p l u s i e u r s passages des saintes Écritures. Procul dubio eant a Traditione divino-aposiolica, id est a revelatioite ortum habere firmissime tenendtun... Nequc locuplrtissima SS. 'Paintm testimonia a remoia Mtate ad duodecimum mque swciilnm desiderantur, qui uti testes divhwrvrelationis hanc ceritatem propitgnant, alque in nouiudlis SanclantutScripturantm oracuiis etiam insïvuari atttumant « Voici encore quelques-unes de leurs expressions : « La p r o m u l g a t i o n de ce d o g m e . . . La définition d o g m a t i q u e serait crue de loi divine... (Que le Saint Père) d a i g n e d é c l a r e r d o g m a t i q u e m e n t et définir... Tenerrimi hitjus promutgatio dogmalis... Dogmalica ejusdcw defhiiliu ex fide divinitus crederetur... Dogmatice declarare ac de/inire dignetur, e t c . '. » Leur intention est donc clairement exprimée. D'ailleurs, s'ils n'avaient p a s d e m a n d é u n e définition dogmatique, leur conduite n ' a u r a i t pas eu de raison d'être suffisante. Car, à quoi bon affirmer de n o u v e a u une doctrine q u e tout le monde catholique accepte sans contcslc?Nc serait-ce pas d o n n e r à en tendre q u e les diverses formes du m a g i s t è r e , p a r lesquelles l'tëglise nous l'enseigne sont insuffisantes? Ne serait-ce pas m e t t r e q u e l q u e peu en doute l'infaillibilité de son enseignement o r d i n a i r e ? Il en va tout a u t r e m e n t dans le cas d ' u n e définition d o g m a t i q u e , qui aurait p o u r objet direct non l'existence et l a vérité d ' u n e doctrine mais son caractère et son o r i g i n e . Ce serait v r a i m e n t la solution d'une question, sur laquelle le p o u v o i r ne s'est p a s e n c o r e prononce auctoritativemenl. Certes, notre époque n'a pas moins de raisons q u e le siècle précédent, de d e m a n d e r et d ' a t t i r e r sur elle le secours de Marie. Aussi la piété filiale des catholiques envers Notre-Dame les a-t-elle portés à joindre leurs vœux à ceux de leurs pasteurs sous la forme de 1. Momtmenla pro dogmatiev Yirginis in cwlutn possibilitole. 2. Ibid.. 10S, 1!»9.

defînitionis MMLTIN,

Assiduptionis r., p. 1 0 7 .

corpore e t

Beatic

Maria


LES AVANTAGES DE LA DEFINITION DOGMATIQUE.

211

la prière, qui depuis quelques a n n é e s s'élève de plus en p l u s s u p pliante vers le ciel, aiin d'obtenir de la Providence la définition dogmatique de 1'Àssoraptiou. Ce m o u v e m e n t qui s'est manifesté, au môme m o m e n t , sans entente p r é a l a b l e , sur divers points d u inonde c a t h o l i q u e , semble, on peut le croire, venir de l'Esprit de Dieu. C'est l'Église enseignée qui d e m a n d e à l'Église e n s e i g n a n t e la précision d'un point de la doctrine s u r n a t u r e l l e , et qui sollicite un n o u v e a u t r i o m p h e pour l ' i n c o m p a r a b l e Reine du Ciel; elle c o m p r e n d qu'il n ' e n est p a s de plus fondé en théologie et de plus utile à la société c h r é t i e n n e . Puissent les pieux serviteurs de Marie obtenir bientôt, p a r l e u r s a r d e n t e s supplications, que le Seigneur inspire à son Vicaire s u r la t e r r e , la volonté de prononcer un j u g e m e n t doctrinal, qui d o n n e r a u n nouvel élan à la dévotion des fidèles envers leur Mère ! Le Pape, en effet, d o c t e u r s u p r ê m e et infaillible, peut seul, en d e r n i e r ressort, j u g e r de la question elle-même et de l'opportunité d ' u n e définition. « Le souverain Pontife, dit le savant évoque de Tulle, M Rcrteaud, a u n e g r â c e spéciale d'enseignement. Quand le SaintEsprit ne l'inspire p a s , il n e prononce r i e n d u h a u t de sa c h a i r e . Un concile g é n é r a l l'appelle a d m i r a b l e m e n t Xorgane du Sainl-EsprîL 11 y a d a n s cette expression toute u n e doctrine : l ' i n s t r u m e n t musical a u n e voix, mais l ' h a r m o n i e dort dans ses flancs; elle n e s'en échappe q u e lorsqu'il est f r a p p é ; q u ' a u c u n doigt ne le t o u c h e , il est silencieux... Or, le Saint-Esprit descend selon sa sagesse; il a ses h e u r e s m a r q u é e s . Quand le Souverain Pontife sentira au d e d a n s de l u i - m ê m e les impressions divines, q u a n d a p r è s les j e û n e s , les prières, les l a r m e s et les saints sacrifices de l'Église, après ses p r o pres et a r d e n t e s supplications, il e n t e n d r a les commotions célestes, on p o u r r a , d u moins aux lueurs d'une pieuse prudence, conjecturer (fue le m o m e n t est v e n u . Qu'il se m e t t e à l ' œ u v r e , il d o m i n e d é sormais le t e m p s , la n a t u r e , les vicissitudes de la t e r r e . » Il n'est pas obligé de r é u n i r u n concile pour prononcer une définition d o g m a t i q u e ; car l'exercice de son pouvoir doctrinal n e dépend p o i n t du consentement des é v ê q u e s ; il doit s e u l e m e n t p r e n d r e les m o y e n s pr

1

1. Œuvres pastorales,

t. I, p . 24-27.


21-2

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

qu'il j u g e bons pour a c q u é r i r l a certitude de la révélation d'une doctrine, et s'abandonner à l'Esprit de Dieu, à l'assistance divine qui ne lui fera j a m a i s défaut.

§ I I I . — A v a n t a g e s pour la conversion des et d e s h é r é t i q u e s .

schismatiques

Si m a i n t e n a n t nous portons nos regards en d e h o r s de l'Eglise catholique, chez nos frères séparés, la définition d o g m a t i q u e de l'Assomption ne nous a p p a r a î t pas moins fondée, ni moins utile. En effet, comment les diverses églises orientales schismatiques, m a l gré leur funeste éloignement, ne se réjouiraient-elles pas de cette glorification nouvelle de l a Vierge bénie qu'elles h o n o r e n t d'un culte si touchant? Pourraient-elles ne pas a p p r o u v e r , ne pas nous envier peut-être u n acte d o c t r i n a l , môme é m a n a n t d'un pouvoir qu'elles ne reconnaissent p a s , qui déterminerait n e t t e m e n t le caractère d'une croyance qui leur est c o m m u n e avec tous les c h r é tiens, mais sur la n a t u r e de l a q u e l l e elles n ' e n s e i g n e n t rien de p r é cis? Car, si elles la tiennent p o u r c e r t a i n e , elles ne disent pas sur quelle autorité repose cette c e r t i t u d e . Les chrétiens d'Orient n e sauraient donc m a n q u e r d ' a p p r é c i e r l'éclat qui v i e n d r a i t s'ajouter dans l'Église catholique à la gloire de l'Assomption, et l'avantage q u ' a u r a i e n t les fidèles de Rome de faire désormais un acte de foi divine. Mais s'il en était a u t r e m e n t , si les églises séparées en p r e n a i e n t prétexte p o u r blâmer la conduite du Saint-Siège, cela n e pourraitêtre q u e p a r m a n q u e d e l o g i q u e , on vient de le voir, ou parce qu'elles ne veulent pas a d m e t t r e le souverain m a g i s t è r e du pontife romain. Faudrait-il donc, pour m é n a g e r des susceptibilités injustifiées ou des erreurs manifestes, que l'Église g a r d a i le silence et en vint à frustrer les croyants de toute la vérité qu'ils sont en droit d'attendre d'elle? bien plus, à priver la Très Sainte Vierge d'une gloire véritable, et à s u p p r i m e r la loi de l'étude et du progrès de la doctrine surnaturelle? Toute chose p e u t être l'occasion de fautes pour quelques-uns. Est-ce un motif p o u r s'abstenir de faire u n e action sainte et utile au plus g r a n d n o m b r e ? É v i d e m m e n t non, car


LKS AVANTAGES DE I A DEFINITION DOGMATIQUE.

213

ce serait critiquer la bonté de Dieu q u i a prodigué aux h o m m e s des bienfaits sans mesure, dont les p é c h e u r s abusent. D'ailleurs, est-il certain q u e .les schismatiqnes seraient troublés p a r la définition d o g m a t i q u e do l'Assomption? Nous ne le c r o y o n s pas, car nous avons plus de conlianec clans leur droiture et d a n s leur j u g e m e n t . « Ceux qui n'ont pas le b o n h e u r d ' a p p a r t e n i r h l'Église, écrivait encore M-' Hcrteaud, devraient être attirés p a r un symbole où b r i l l e n t des s p l e n d e u r s nouvelles; c'est plus de substance a p p a r u e d a n s l'objet de la foi : l'àmc famélique se r a s s a siera mieux après ses longs j e û n e s . Si, après tout, q u e l q u ' u n p r e n a i t occasion de là pour s'obstiner a restei dehors, qu'y voulez-vous faire? L'Église ne doit pas être frustrée p a r c e que l ' é t r a n g e r continue d'exercer ses choix dédaigneux. L'hérétique g a r d e son h u m e u r native, il fait ses perpétuels t r i a g e s ; le fidèle accepte le d o n de Dieu dans son e n t i e r . » 1

Mais ici, d e v a n t les témoignages et les h o m m a g e s solennels r e n dus p a r l e s églises séparées à l'Assomption, on p e u t se d e m a n d e r si Dieu n'a pas m a r q u é le j o u r de la définition dogmatique c o m m e devant être le principe de leur r e t o u r a u centre de l'unité. Il est impossible de ne pas se r a p p e l e r les p a r o l e s éloquentes d u concile g r e c tenu à Jérusalem, en 1672, sous la présidence du p a t r i a r c h e Dosithée : « Quel est donc ce si^ne magnifique qui a p p a r u t d a n s le ciel, où Dieu h a b i t e , e n t o u r é des puissances célestes? Sans a u c u n doute, c'est la Vierge très sainte, qui a été elle-même sur l a t e r r e u n signe splendide, en m e t t a n t au m o n d e le Dieu incarné, sans r i e n p e r d r e de son éclatante virginité ; c'est donc à juste titre q u ' e l l e est u n signe d a n s les cieux, où elle est montée en corps et en à me au j o u r de l'Assomption. Et, bien q u e son corps i m m a c u l é ait été renfermé dans le t o m b e a u , elle est ressuscitée le troisième j o u r et, comme le Christ, s'en est allée au ciel-. » Les Coptes, les É t h i o piens, les Arméniens et les Syriens professent la même croyance . 11

1. L e l l x c pastorale du t

c r

mars 1855. à propos tic la définition dogmatique d e l ' I m -

maculée Cou ce |» lion [Œuvres pastorales, l. Il, p. 17;. 2. J U R D O L K N . Acta conciliomm, t. X I , p. 199. 3. K U S E M J , La Vergine Maria vivenle in corpo edin anima in cielo, p . 1 8 3 - 1 8 4 . — V A C C A U I , /. c , p. 98-99. — M A I A N , The catendar of the coptic church, p. 38.


214

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Parmi les protestants eux-mêmes, il en est des plus considérables par l'autorité, qui a d m e t t e n t très bien l'existence, au moins la convenance de l'Assomption. Dullingcr s'exprime ainsi : « Nous croyons que la très pure c h a m b r e nuptiale de l a Vierge, Mère de Dieu, et le temple du Saint-Esprit, c'est-à-dire son corps sacré, a été emporté au ciel. » Brenzius dit de son côté ; « Il a p u se l'aire que Marie ait été enlevée au ciel avec son corps. » Et Jean Puvio, disciple lui aussi de Luther, tout en n'osant pas affirmer ouvertement l'Assomption corporelle de Marie, déclare qu'elle lui parait très vraisemblable, et qu'on a u r a i t tort de la nier a b s o l u m e n t . 1

Sans doute, les protestants de toute n u a n c e ne r e n d e n t pas à la divine Mère du Sauveur des hommes les h o n n e u r s que la piété filiale des catholiques se plait à lui p r o d i g u e r . Ils ne c o m p r e n n e n t pas q u e Marie est la voie q u i mène à Jésus, la médiatrice qui nous p r o c u r e un accueil plus favorable auprès de son Fils. Peut-être certains trouvent-ils notre culte exagéré. Mais faut-il p o u r cela que l'Eglise catholique renonce aux h o m m a g e s qu'elle r e n d à la très Sainte Vierge? Faut-il qu'elle d e m a n d e à Marie de faire trêve aux bienfaits de toute sorte d o n t elle comble l'Épouse du Christ, et de ne plus accepter, et surtout de ne p l u s solliciter ni la construction d'églises, ni pèlerinages en son h o n n e u r ? Et cela, p o u r ne pas froisser les préjugés hérétiques des dissidents, ou sous le fallacieux prétexte de ne pas e m p ê c h e r leur conversion! Ici, plusieurs sont évidemment victimes d'une théorie fausse au point de vue dogmatique, injurieuse pour la m a n i è r e de faire de Notre-Scigncur, des Apôtres et des Souverains Pontifes, et funeste p o u r l'Église. En effet, certains pensent que l a définition d o g m a t i q u e de l'Assomption a r r ê t e r a les protestants dans la voie du r e t o u r à la vraie foi. C'est là u n e supposition g r a t u i t e qui procède d'un zèle p l u s a r d e n t , ou, si l'on veut, plus timide q u ' é c l a i r é . La conversion a p p a r t i e n t à l'ordre surnaturel, elle est le fruit de l a grâce divine et non le résultat des seuls efforts et surtout des concessions illégitimes de l'homme. Ne serait-ce pas se r a p p r o c h e r de l'hérésité pélagienne 1. Ces témoignages sont e m p r u n t é s

Virginie incomparabili et Dei génitrice aurea mariana, t. IX, p . 70.)

à l'ouvrage du

sacrosancta,

Pierre G A M S I U S . De Marin lib. V , c. v . ( M I C N B , Summa

B.


LES AVANTAGES DE LA DEFINITION DOGMATIQUE.

a l ¡i

que d ' a t t r i b u e r aux conditions extérieures une importance qui ne leur revient pas! On ne saurait prouver, d'ailleurs, q u e l'absence de la définition dogmatique de l'Assomption constitue une situation favorable au retour des prolestants, et le sens chrétien se refuse à a d m e t t r e q u e Marie, la m è r e de la divine grâce, devienne, en q u e l q u e m a n i è r e , un obstacle a u salut des brebis é g a r é e s . Si Notrc-Seigncur H, les Apôtres n'avaient j a m a i s prêché que des vérités a g r é a b l e s à l e u r s auditeurs, où serait l'Évangile? Si les Papes et les m a r t y r s a v a i e n t g a r d é le silence devant le inonde et les persécuteurs, où s e r a i t aujourd'hui l'Église? D'après le système q u e nous réfutons, il faudrait m e t t r e la l u m i è r e sous le boisseau, p o u r qu'elle dissipe mieux les t é n è b r e s ; l'Église devrait a m o i n d r i r son symbole, olfrir aux dissidents un m i n i m u m de vérités a p p r o p r i é e s à leurs injustes exigences, cl r a m e n e r le dépôt de l a foi à la taille la plus voisine de l'hérésie. Or, elle fait tout le c o n t r a i r e . Lorsque q u e l q u ' u n veut revenir à elle, il doit tout d'abord souscrire une formule explicite p a r laquelle il renonce à ses e r r e u r s précédentes. Son p r e m i e r devoir est d'accepter toutes les décisions dogmatiques rendues p a r l'Église dans les siècles passés, et toutes celles qu'elle p u b l i e r a dans l'avenir. Si q u e l q u e s protestants étaient arrêtés dans l e u r conversion p a r celte délinition d o g m a t i q u e , cela p r o u v e r a i t qu'ils n'auraient pas accepté actuellement la doctrine catholique i n t é grale dont la croyance à l'Assomption fait dès m a i n t e n a n t p a r t i e , ni surtout le j o u r où elle a u r a i t été déclarée d o g m e de foi. P o u r r a i e n t - i l s accepter la grâce de la conversion, ceux q u i seraient offusqués d ' a p p r e n d r e l'existence ou le caractère d u glorieux privilège de Celle qui est le canal de toute grâce, et p a r laquelle leur viendrait le bienfait d u r e t o u r à l'unité? De plus, les dons d u Seigneur ne se contredisent pas : destiné à tous et à c h a cun des iidèles, le bienfait de la délinition dogmatique de l'Assomption ne peut d o n c n u i r e à la grâce de la conversion, que Dieu accorde aux Ames dociles et aux c œ u r s droits, sans y être n é c e s sité p a r les efforts h u m a i n s ; nous touchons là un des plus i n s o n dables mystères de la Providence, q u e plusieurs semblent t r o p oublier, et q u i , c e p e n d a n t , est de foi. La théologie tout entière


2IG

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

proteste donc contre un sentiment gui diminue Ja vérité surnaturelle, qui (rouble Tordre de la grâce, et a t t r i b u e à l'homme une puissance qu'il n'a pas. Lorsque Dieu touchera le c œ u r des p r o testants ou des schismaliques, s'ils ne se convertissent p a s , ce sera p a r leur faute, et non p a r suite de la définition de l'Assomption et d ' u n acte légitime du pouvoir enseignant. Les moyens établis p a r le Seigneur p o u r aller à lui ne peuvent pas devenir des obstacles à l'obtention de cette fin. Ces craintes au sujet de la disparition possible des velléités plus ou moins problématiques de conversion, chez quelques dissidents, ne peuvent vraiment e n t r e r en ligne de compte avec les grands avantages, d'intérêt g é n é r a l , que la définition d o g m a t i q u e doit p r o c u r e r ii TÉglise entière. Si l'intérêt privé doit être sacrifié à celui de la communauté, à plus forte raison les p r é j u g é s injustes d'étrangers ne peuvent-ils e m p ê c h e r l'autorité l é g i t i m e de pourvoir au bien de tous. L'Eglise doit à ses fidèles toute la vérité, et ce devoir impérieux s'accorde parfaitement avec la mission qu'elle a reçue de travailler, selon ses moyens, et avec le succès q u e Dieu veut, à la conversion des dissidents. De quel droit ces derniers exerceraient-ils u n e influence dans le sein d'une religion qu'ils ont a b a n donnée injustement? De q u e l droit arrêteraient-ils sur les lèvres de l'Eglise la parole de vérité, et la forceraient-ils de r e n o n c e r à l'exercice le plus sacré de sa c h a r g e de g a r d i e n n e et d'interprète de la révélation? De quel droit priveraient-ils l a Sainte Vierge d'une gloire nouvelle, les élus d ' u n e joie spéciale, les chrétiens d'avantages précieux, et Dieu lui-même de l ' h o n n e u r accidentel q u e lui procureraient cette exaltation de Marie, et l ' a s s e n t i m e n t de foi divine que les lidèles a c c o r d e r a i e n t à sa p a r o l e ? « Ne nous effrayons pas, disait à l'assemblée des évêques au Vatican, le 20 n o v e m b r e ISBï, le p r é l a t d o n t n o u s avons déjà cité les paroles, ne nous elfrayons pas de l'opposition p r é s u m é e des sectes. Elles n e combattront pas l a définition d u privilège de la Mère de Dieu avec plus d'animosité et d ' a c h a r n e m e n t que leurs devanciers n'ont combattu les canons du concile de Trente. Que d'objecLions, que de c l a m e u r s n'ont pas été élevées contre les décrets dogmatiques de cette sainte assemblée? Tous les chefs de


LES AVANTAGES DE LA DÉFINITION DOGMATIQUE.

217

la Réforme les ont attaqués avec fureur et à outrance. Et c e p e n d a n t , qui, p a r m i les protestants de nos j o u r s , connaît encore ces objections? Qui voudrait les reproduire? Elles sont oubliées. Il en sera de même des difficultés que l'hérésie élèvera, peul-ètre, contre la définition de l'Immaculée Conception. Si les secles l'attaquent, tout ce bruit s'évanouira bientôt comme u n e fumée sous le souffle des v e n t s . )» Ajoutons que de r e m a r q u a b l e s conversions de p r o testants sont venues, à l a suite de l'acte pontifical, d o n n e r tort aux craintes mal fondées de certains catholiques. 1

La définition d o g m a t i q u e de l'Assomption serait un m o y e n , donné à tous les dissidents, de revenir à l a vraie Église, aussi bien q u ' u n e source de grâces pour eux c o m m e p o u r les fidèles. Qui n e le voit pas, i g n o r e ou ne c o m p r e n d pas l'économie du d o g m e chrétien. C'est en r e n s e i g n a n t qu'on le fait connaître. La foi vient de la prédication e n t e n d u e , /ides ex audiiu; la prédication e n g e n d r e la foi d a n s les intelligences; m a i s comment croira t-on si personne ne proche la vérité s u r n a t u r e l l e ; comment croira-t-on en Celui dont on n'a pas entendu parler? Et. c o m m e n t en entendra-t-on parler s'il n ' y pas de prédicateur? Quomodo credent ci, queux non audierunt? quomodo aulem audienl sine prœdicante-^. La prédication se fait par la parole de Dieu, Audi/us aulem per verbum Dei. Le Verbe de Dieu, en se manifestant p a r l'entremise de son Église, a p p o r t e avec lui grâce et l u m i è r e . Il attire les c œ u r s en m ê m e t e m p s qu'il éclaire les intelligences et fait descendre en elles u n r a y o n de clarté divine, qui infuse la foi dans les âmes b i e n disposées, et l ' a u g m e n t e dans les âmes justes qui déjà y puisent la vie surnaturelle. Le j u s t e vit par la foi, jtisius ex fïde vivii . :)

1.

Ms

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MALUU.

I.

c,

2. Rom., x, 17. 14. 3- lùid,. X. 17.

p.

553.


CONCLUSION Nous avons terminé la tache, exclusivement t h é o l o g i q u e , que nous avions entreprise. Nous avons tenu à ne rien faire e n t r e r dans ce travail, qui ne lut strictement nécessaire à la démonstration de la cléfinibilité de l'Assomption. Il eût été facile d'y j o i n d r e des considérations plus ou moins secondaires, qui n ' a u r a i e n t rien ajouté à la force de nos a r g u m e n t s . Il nous a p a r u préférable de laisser ce soin à ceux qui ont à c œ u r de favoriser, p a r la p a r o l e et les écrits, le succès de la cause d o n t nous avons essayé d ' é t a b l i r la légitimité. Le Saint-Siège, seul j u g e de l'opportunité d ' u n e définition, a p p r é ciera l a valeur de nos raisons et, au t e m p s m a r q u é p a r Dieu, dira au m o n d e attentif la parole qui doit p r o c l a m e r la gloire de la Reine du ciel. Toute définition d o g m a t i q u e exige la révélation divine i m m é diate ou médiate, consignée d a n s la tradition orale ou dans l'Ecriture. L'Assomption ne trouve nulle part ailleurs de fondement suffisant p o u r justifier la certitude de la croyance actuelle d e l'Église, et de son enseignement a u t h e n t i q u e . 11 a donc fallu i n t e r r o g e r le double dépôt de r e n s e i g n e m e n t révélé. Dans la tradition doctrinale, nous avons dû r e m o n t e r j u s q u ' a u x Apôtres, p r o m u l g a t e u r s infaillibles de la foi, qui ont a p p r i s de Dieu m ê m e la résurrection de la Sainte Vierge : ainsi, ils ont enseigné ce fait essentiellement doctrinal avec cette certitude absolue qu'ils ne p o u v a i e n t avoir et c o m m u n i q u e r que grâce à la révélation. Dans les Écritures, nous avons admiré quelques-uns des principaux types, par lesquels le Seigneur a a n n o n c é , p a r avance, le t r i o m p h e de Marie. Outre les conditions intrinsèques d u n e définition d o g m a t i q u e , l'Assomption semble réunir é g a l e m e n t toutes les conditions extrinsèques de convenance et d ' o p p o r t u n i t é . Tel est. en r é s u m é , l'enc h a î n e m e n t de notre travail. Puisse-t-il contribuer à la glorification de Marie, et hâter l'heure tant désirée où nous p o u r r o n s saisir, à la lumière de la foi divine-catholique, cette gloire complète de NotreDame, qui ravit de joie les élus.


APPENDICE I

LES POSTULATA EN F A V E U R

D E S P È R E S DU C O N C I L E

DU

DE L A D E F I N I T I O N D O G M A T I Q U E DE

VATICAN,

L'ASSOMPTION

I P O S T U L A T I " ! ! PIUI D O G M A T K A

DEFINITIONE ARPUMPTIOXI.S I OIIPOHE/E

LN I . O E I . I T M

DLSIP.LHAK.

EmincnLWpimi a t q u c Exe.cllcntissiini P a i r e s ! P o s t u l a l u m a / e r e h i * c.cnuim P a t r i b u s ccl, P a l r i a r c h i s , Sodaliliorum

Archicpiscopis,

Rc^ularium

hiterprclibus, obsigmilum

Modcratoribus, incredibili

eo e n h n a d m a j u r e m D e i Filii a l q u e ChrisLilidcIiuiii

Coucilîi

Episcopi»,

consolationuin.

Vaticani, Cardinalibus

Nullîus

Abbalibns.

germanis

ladilia Deipara.

scnsiib

c.vsnlUinlcs 1

g l o r i a m , ad

Reatam Mariani

anima

bcili-

cl

supretnis

loLius

Ecclesia»

Vobis

c v h i b e m u s . lit

inciïabilpin

omnium

i m m a c i i l a l a ci

corj>ore

virginern a d d e x t e r a m Dei Filii, n o s t r a n i p r i e s L a n t i s s ì m a m m e d i a t r i c e ™ in c œ l i s adstarr, a Sacrosanclo

(Concilio

Valicano

e x p l i c i t e ci s o l c n n r i t e r d e c l a r a r i , ol

iletiniri p c r a r d e n l c r p o s l u l a t u r . Onincs ijuidem

certain

liabent hpom

GaLIioIîcu: E c c l c M a ? C o m i l i a , q u a : s u b l a u s t i s a i i r s p i c i i s A h n a

j

gcncralia

Regina* alj n i n n i

o r i g i n a l i l a b e i m n i u n i s s a n o retici a b a b u e r e c x o r d i a , J p s a P a t r o n a ,

inleruniptis

c u n c t i s h t c r c s i b u s , a d d e s i d e r a t a m i i s q u o m e t a n i q u a m p r i n i i i m et f é l i c i t e r

esse

perventura.

tliunilliuii et addictissimi Y Joseph

Rencd. Dusmct, Archiep.

-j- L i ì d o v i c u s M . Epirrc. I d e o ,

Catamcns.

Lipareu.

Ko ni ai, die XXII t Februarii A. R. 1870. M O M E . N T A P R O DRTIWIATL«:.K D H F 1 N I T I O X I S A s S I ' L I P T L U N I S IÌEAT.I:

MARIE

I. P c r v c l u s t u s et c o n s t a n s docciitis turn

VIKM.NIS

IK I . ΠU J . U

u t r i u s q n e Ecclesia*

d i s c c n t i s est s c n s u s

circa

CORPOREE

POSSIMILUATE.

Occidcntalis et Oricntalis cuni

Corporcain

Deipara;

Assumptionem.

1,

1. Ces d o c u m e n t s se t r o u v e n t d a n s l'ouvrage d e M^ Marlin, déjà c i t é , p . lOG-l 15. Toutefois, Ics n o m s des signataires m a n q u e n t . J'en d o i s la l i s t e à M& P e t i t , a r c h e vêque latin d ' A t h è n e s , q u i a eu la b o n n e fortune d e les d é c o u v r i r clans l e s d o c u m e n t s Officiels, et qui a b i e n v o u l u m e les c o m m u n i q u e r . Que Sa Grandeur daigne a g r é e r l'expression d e ma r e s p e c t u e u s e r e c o n n a i s s a n c e . r


220

I, A DOCTKINE №

L/ASSOMPTION.

Hoc aulcni fact urn, quod scilicet h o m i n i s corpus ante e x l r e m u m judicii diem in coclis vivai, ncque s e n s i b u s , n c q u e humaua aucluritatc le.slifì.ari potest; q u a m v i s oniin S c r i p t u m dical Enoc eL Eliam raplos esse in ooeluni, inferri non potest a d iiiLuilivnm t)ci vibioncui a d m i s s o s esse. Ni.-i i g i l u r Hrmissima Eccle.si:r iides quoad Corporcam BeaUn Marup Virginis A ^ s u m p l i o n c m dici vclil levis nirnis c r c d u l i l a s , quod vcl cogitare iinpiiun e s t , procul d u b i o cam a Trad i l i o n c d i v i n o - a p o s l o l i c a , id e s L a Rovctatinno orluin h a b e r e iirniissiine tenend u m . Quod gloriosuin quidem facinus Divo Evangelista» Joanni, qui post Bealo? Virginia donniLioncni ohiil, rovelatum esse potuil. Insuper Deipara- Virginia anticipala rc-surrcclio eL i n t e g r a glorilìcatio cum c o n n c x a cum d i ù n a Maternilalc e l I m m a c u l a t a C o n c c p l i o n e s i u t , inter facta d o g m a t i c a j u r e merito acccuseri p o s s u n t . Idcirco Assumptio Deipara* Corporea cum S a n c t o r u m Canonizationc, vel Petri Romain advenlu c o m p a r a t i n e q u i t ; q u i p p c qupd i s l i e verilates ad s u m iniiin ecclesiastica ccrlitudinis s u u l , dc q u i b u s tarnen dubitari m i n i m e potest, quin tides labefacLarclur : ilia vero definibihs dc tide e s t , quia inter facia dogmatica s e n s i h u s n o n s u b j c c l a a c e e n s e t u r , alque Iraditioni divino-apostolicie consigliata est. 1

Praì torca magni m o m e n t i est a n i m a d v e r t e r e juxta o r d i n a r i a m L)ci eeconomiam a a i m a s j u s t o r u m , q u i b u s n u l l a .supcrsil peccatoruni pcuaa l u e n d a , illico posi mortem ad intuitivam Dei visionein a d m i s s i ; ast n o n ita e s s e dc eorporibus. qme tanluin in n o v i s s i m o judicii die evigilahunl r e s u m p l o q u o spit ilu divino intuitu fruontur. If. Ncque iocuplclissimu S S . Patrum loótimonia a r e m o l a luLaLc ad riiiodeciuiiim usque stuculuin d e s i d e r a n l u r , qui Liti lestCa divinai rovclalionis liane veritatem propugnante a l q u e in n o n n u l l a S a w l a r u m S c r i p l u r a r u m oraculLs e i i a m insinuar! a u t u m a u l . A n t i q u i o r u m vero Palruni s i l o n l i u m , quod ad s u m muni e s t argumentum n e g a l i v u m , a posterioruni a'tatum Patribus a b u n d e compensalurIII. Nec theologorum suil'ragia a d u o d e c i m o ad n o s t r u m u s q u e ; e \ u m desunt, <[ui pro virili s u a parte banc v c r i l a l c m ]>ropngnant. IV. P r o pia sen lentia g r a v i s s i m a q u o q u e Uicologica militant m o m e n t a qua* n e m p e a divina p o l i s s i m u m MaLcrnilatc d e s u m u n l u r . Si e n i m Christi caro, caro Maria; e s t , prout illc c o r r u p l i o u c m m i n i m e vidit, ila et isla. Immaculata insuper Concepito hue e l i a m poLissimum s p e c i a l . Sì cairn a labe peccati l'uil i m m u n i s , ita etiam ali e j n s d e m peccati poena, i d c o q u e a corruptionc carnis iinmunis esse debuit. Multis d e n i q u e aliis o m i s s i s a r g u m e n t i s , c u m SS, Virgo Augeloruin sii Regina, i n c o u g r u u n i e s s e t A n g e l i c o s Spiritus i n propria nalura perfecta Divina Visione fruì, e o r u m a u t e m B e g ì n a m ad n o v i s s i i n u m usqur judicii diem i n t e g r a m e x p e e l a r o Dei visioneni.

MOMENTA

rno

INVOCATA DEKIMTIONIH

orruim

MTATE.

I. Revclatas s o l e m n i t e r m a n i f e s t a r e verilates p e r o p p o r l i m u m s e m p e r est. Ait e n i m Christus : Quod dico v o b i s in tenebris, j)raedicale s u p e r t e d a . EL sane aliquam implicite r e v c l a t a m veritatem aperte p r e d i c a r e e s t s e m p e r reccns


APPENDICE I. 1

Victoria, Fideiquc imperii c x l e n s i o ad versus r a t i o n a l i s m u m hac nostra aitati tam impifì gnifcsanLcm. II. Tcncrriini luijus p r o m u l g a l i ^ d o g m a l i s aperta esse! D i v i n i l a l i s I). N . J . C , confessici; tali e n i m privilegio divina* Malcrnilatis intuiti! Deipara i'nit c o n d e corala, a d c o q u e diris d e v o v e r c n l u r orroros, ([ili nostro q u o q u e а л о Clirisli Diviirilalcm tam sacrilegi impoLunt. 1

Ш. C u m q n e de beata Virgine canat Ecclesia : Cunctas haircses sola i n l c i v raisti in universo m u n d o ; d o g m a t i c a ejusmodi dcfinilio quia e s s c l hscrclicis ansa in lifuresi i n s u r d e s c e n d i , e o s in ovile p o t i u s Cliristi per cani r e d u cluni ìri s p e r a n d u m . IV. Suavis 1кес decrclaLio c^sel s e n s i b i l e a r g u m c n l u m arliculi (Idei : Credo carnis r e s u r r e c t i o u e m . Claro e u i m hoc l'acinorc Materialismo, n c c non I n d e f e rcnlisnio, s a n i e n t i b u s t e m p o r u m nostroruin p l a g i s , o s l r a c i s m u s darclur E c c l e ­ sia enim exaltans quasi tuba vocem suam lethali d e p r e s s i s s o p o r e c l a m a r c i : Sursum c o r d a . V. Lucculitìsima hac n o v a a u r e o l a c y c l u s Mariie g l o r ì a r u m in hac H i e r o s o lynia militante claudereliir. VI. ('uni lex s u p p l ì c a n l i i i m sii lex crcdcnliurn, pasLorum e t gruguni v o l a liane s o l c m n e m d c c r e l a l i o n e m exposlulanL; c i h a c c a u s a iìdei ineriium a u g e r e tur; n.\ fide e n i m , q u o d n u n c ex pietatc, divinìtus te nere tur. VII. Concilium Vaticanum I sub auspiciis alma: Virginis ab omni labe i i n m i i nis i n c h o a l u m , duin lucuIcnLum e r g a Dciparam pieLalis m o i i n m e n l i u n p o n e r e l , ad desideratali! tisquc m e l a m , ipsa patrona, q u a m p r i m u m et i'elirilor p e r v e n turum certo c o n l ì d i m u s . Qua; omnia quidom argurnenla fusiori c a l a m o e n u c l e a l a examinari p o s s i m i in opere, cui l i l u l u s : De corporea Dciparm Assumptione, an dogmatico Decreto definivi possi'l, DisjuisUio hlstorico-critico-theolof/ìca Alotjsii Vaccarf Cassine»sis, etc. II Cum ìnfrascripU concilii Valirani P a t r c s j u x l a perpetuimi uLriusquc E c c l e sia; s c n s u m e t venerandani Iraditionem Itoalam Mariani Virgincm intuilu incritorum Chrisli Jesu s a l v a t o n e , sicut de p e c c a l o p e r I m m a c u l a l a m Conccptioncm et de c o n c u p i s c e n t i a p e r virginalcm M a l c r n i l a l e m , i l a de inimica m o r i e s i n g n larem Lriumphum r e l u l i s s c , per a c c c l e r a t a m ad similiLudinem Fini sui K c s u r r e c t i o n e m , (irmissìme I c n e a n l ; i d e o , u t c j u s g l o r i a n o v o s p l e n d o r e u u g e a t n r ejusque praesidium a d i n l e r i m e n d a s hajrcses h a c n o s t r a piaculari a?latc g r a s santes, E a m q u c et D e u m Filiuni r j n s i m p o t e n l c s , n i a g i s inagisque Ecclesia experiatur, et Chrislifidelcs votorum sint t a n d e m c o m p o t c s , Dciparam a n i m a et corporo ccolo a d e s s e v i v c n t e m s o l e m n i i e r dcclarari, p r o c l a m a r ! alque defmiri a Sacrosancla Vaticana S y n o d o , quam ardentissimc e x p c t u n l . lluic postulai

ioni subscrìpserunt

'18 concilii Patrcs

:

Mario card. Malici, v e s c o v o di Ostia e Velelri. Aloisius cardinalis Vannicelli lituli S. P r a x e d i s , a r c h i e p i s c o p u s F c r r a r i c n s i s . D . Card. Carata ti tuli S. Maria; A n g e l o r u m a d T h c r m a s archiepiscopus B e n e ventanus.


222

LA DOCTIUNE DE L'ASSOMPTION.

E. Card. Asquinius p r e s b . Li tu 1L S. Stephani in monte Cadlio. Giov. BaLL card. Pitra titulo S. Callisti. Enrico card. Orici a r c i v e s c o v o di Ravenna. -¡- A. B. card. Antonucci a r r h i e p i s c o p u s - e p i s c o p u s A n c o n a e . i o s c p h u s Aloisius card. T r e v i s a n a l o paLriarcha V c n e l i a r u i n . Fr. Philippus Maria card, Uuidi a r c h i e p i s c o p i ^ B o n o n i e n s i s . I. card. Perei episcopus P e r u s i n u s . Ioscphus card. Milesi Li tuli S. Maria' in Ararseli. t Cwsarius, cardinalis Malhicu, titilli S. Sylveslri in C a p i l e , arcliiupiàcopus Bizuntinns. C. A. card. Monchini e p i s c > p u s ; E s m i > . Lue. cardinal Bonaparte d e l Litólo di San La P u d e i m a u a . Giuseppe cardinal Berardi del Litólo dei Santi Marcellino e P i e t r o . Ed. card. Borromeo d i a c o n o de' Santi Vilo e Modesto. Ludovicus, card, de la Lastra y Cuesta, arcliiepiscopus H i s p a l e n s e . Kaphael card. Monaco Ululi S. Cruci* in H i c r u s a l c m .

Ili BEATISSIME

PATER !

Quuin j u x l a a p o s l o l i c a m d o e l v i n a m , Koin. v - v m , 1. Cor. xv, z24, 20, ¡14, !>7, Heb. n - 1 4 , ili, aliisque locis IradiLaui, triplici vicLoriadc P e c c a l o , et de Peccali fructibus, Goucupiscu-ntia et Morte, velati ex pariibus i n l e g r a n l i b u s cousliLiuitur ille triumphus quem de s a t a n a , a u l i q u o s e r p e n t e , Christus r c l u l i t ; quuinque Gen. ni, 15, Deipara e x h i b e a t u r s i n g u l a r i t e r a s s o c i a t a Filio suo in hoc Iriump h o ; a c c e d e n t e unanimi s a n c l o r u i n Patroni MilTragio, n o n d u b i l a m u s , quin in p radalo oráculo, cadera Beala Virgo triplici illa victoria p n e s i g n i í i c e t u r ilius t r i s ; adeoque non h o c u s ac ile P e c c a t o per Immarulalani C o n c e p t i o n c m , et de Concupiscentia p e r Yirginalcm M a l c r n i l a t e m , sic eliain de inimica Morte singuJarem trinmphum velatura, p e r a c c e l e r a t a m ad s i m i l i l u d i n e m Filii sui r e s u r e c U o n c m , ibidem p r o n u n c i a t a l'uerit. Id quod ex naturali u n i t a l e carnis, Chris t u m inter cjusque Matrcin, illusLraLioncm novaui accipiL. Optimo igilur jure Christum Jcsum ita alloqui s a n c l i s s i m a m Alai reni su am p o s s e clarissimus Suarc-sius d o c c i , JII pari, q. x x x v n , art. i . « Hace n u n c est c a r o , de q u a est caro mea ». Et no> o m n e s iirmiter afiirmare p o s s u m u s , c o r p u s Virginis tuissc q u o d a m n i o d o initiuni h u m a n a e s a l u t i s , quia e x illius s a n g u i n e corpus Christi òumplum est, quod fuil n o s l r a e saluLis p r c l i u n i ; i d e o q u e i n c o n c u s s a fide tenend u m , idem Virginis c o r p u s s i n g u l a r ! m o d o r c d c m p U o n c i u participasse, seu anlicipatam gloriani ci immorlaliLalcm consoquutuni i ' u i s s c 1

j

I n s u p e r d e hàc I m m a c u l a t a V i r g i n i s Hesurreclionc ci, in c o l o s Assiiinptione, il Li ex concordi majorum c o n s e n s u , el constanti, publico, s o l e m n i q u c cullu clare cvincitur, antiqua est u l r i u s q u e Ecclesia? traditio; ad quam servandam rei inanil'esta colnercntia c u m a l i i s BeaUe Virginis pra.*rogaÜvis, c a r e n i l a rcliq u i a r u m , s c p u l c h r u m q u e c o r p o r e virgíneo v a c u u m c o n s p i r a b a n t . Quod si aliquando n o n m i l l ì s InesìLatio q u a dam i'uit, o c c a s i o n e , ut vidolur, Decreti Gelasiani, de Libris A p o c r y p h i s , ea l a m e n n o n o b s t a n t e , a n t i q u a et venerahilis 1


APPENDICI*: I.

223

s e n l c n l i a talem micia e s t a pluribus stecutis c o n s e n s u m , ut a T h e o l o g i s r o m iiiunilor habeaLur prò curia c( definibili de lido, de qua dubitare viro r a l h o l i r o n u f a s s i i ; i m m o n o n desimi iiravos auefores, qui cant ul jain d e lido b a b c a n l . Salis li eie c r i i in mciuoriani revocare Benedirli XIV verba, qui poslquani prò virili sua parte de pia s e n l c n l i a disserueril, a d d i i , De Ganoniz. sancL. l i b . I cap. X L I I , n. l o . De e o d e m .sciliccl feslu l o q u i l u r s a n c t u s Bcruardus, op. 174, ad f.an. L u g d . nuin. 3 . T o m . II. a p p . u Acrcpi s a n e ab Ecclesia illuni d i e m cuni s u m m a vcneralione r c c o l c n d u m , quod coelis inlnlil c e l e b e r r i m a festa g a u d i n r u m , G r e porìi praolcra T u r o n o n s i s , Andrea Iliero.solymilani, Gre^nrii Magni p o n l i l ì c i s , lldcphuusi Tulclani Episcopi, Joannis D a m a s c e n i , Uornardi Aid», assurtioucb p r e c l a r e o s f e n d u n t B c a l i s s i m a m Virginem placida m o r i e tetris c r e p l a m in c i e l o s slatini assuinptam f u i s s c . P i a ' ac religiosa) s e n l c n t k e de a s s u m p l o in coelos Virginis corpore r a l i o n e s eliam Micologica; s u i l r a g a n l u r pelila» e \ d i g n i l a l e Matris Dei, ab cxcellenli v i r g i n i t a l c alt i n s i g n i s u p e r o m n e s h o m i n e s et a n g c l o s s a n c lilalo, ex i n t i m a cimi Ghrisln fìlio c o n j u n c t i o n c , ex fìlli in i n a l r c m riiguissiniam a l l c c l u ; d e n i q u e , quod caput est, *>[ e c c l e s i a n o n modo assuinptam in cechini Virgincni c e l e b r a i , sed eliam homllias s a n c l o r u m Joannis Damasceni el B e r nardi l e g e n d a * l ì d c l i b u s t r a d i i , qua» rum c o r p o r e simul e l a n i m a assuinptam diserlissimis \ urbis affirmant, de cjus aiictorilatc el suffragio ncutiquaui d u h i landum osse videtur •>. 1

Exinde piane c o n s t a i hoc p r i v i l e g i u m , q u o d in s y s l c m a l e Mariano c o n s p i c u a pars osi, quodque l a n l o p e r r cimi aliis docti'inis r e v c l a l i s roluercl, A p o s l o l o s , ipsumque Joauiieni latore non p o l u i s s c , proindeque ex apostolica Lradilione Ecclesia- innofuissc. Ex his. aliisque gravibur* m o m e n l i s , q m e a b a n l i q u i s s c x c e n l i s q u e r e r u m c c c l c s i a s l i c a n u u s c r i p l o r i b u s passim ail'eruulur, liane piani v e t u s t a m q u e s e n leiiliam ornili t i n n i t a l e uiuniri, a l q u r de (ide drthiibilcni e s s e n o v i m u s . Quapropler, Beatissime Pater, qui a paucis abbine a n n i s , Tinnii infallibile o r a c u l u m , l o n g o j a i n populorum desiderio o x p c c l a l u m . cftìisaqm; trenlium dcprecalione e x p c l i l u m , m a x i m e e p i s c o p o r u m c i Cbrislilidelium plausu e x c e p lum, D o g m a l i c a m n e m p e dcfìnilioiirm de I m m a c u l a l o p r i m o Deipara» C o n cepii» e m i s i s l i : a Te nos et Christiana? p l e b c s solliciliidini nostra: comnussa* ([uam v e l i e m e n t e r c x p o s l u l a m u s , ut Ecclesia, o m n i a Deipar;e o r n a m e n l a e l Lriumphos in u n u m c o n g e r c n s , illam anima s i m u l et corpore c o d o n i m s e d i b u * l'uissc ruccplam dclinial. Ncque cnim hoc g l o r i o s u m facinus i m m c r i l o p o s t u l a l u r ; quippe sicut ^ i r g i n c o pede antiqui s e r p e n l i s caput Beala Virgo cnntrivil, ita s o l e m n ì hac n o v a gloria sua* mauitesLaliouc ('liristi Eilii s u i , s u o s q u e h o s t c s in h a c piaculari aliale gl'assunto* i n \ i c l c c o n t e r e i . Si illa q u i d e m ad nos miscricordes oculo^ convertal, i m m a n e s , qui d e b a c c h a n l u r e r r o r c s , r a t i o n a l i s m u m p n e s e r t i m et m a l e r i a l i s m u m , ceu t u m c n t c s icquorìs i l u c l u s c o n f r i u g e n d o s . viliaquc n e f a n d a , quas veluti N o e m i a e v o terram undique p o l l u u n t , exulalura l o i e c o n i ì d i m u s . Quii) i m m o ipsis catbolicje l ì d e i a d v e r s a r i i s , p r a d u c e n l e maris stella, ad Pctri navigiuin'feslinanler r e m e a n t i b u s , u n u m crii o v i l e e l uuus pastor. 1

Qua- cimi ila siili, S a n c t i s s ì m e Pater, S a c e r d o l i i c u l m c n et a p c x , et Ecclesia* eathoiica.' o s , Nos Vaticani Concilii a Te indicti P a l r e s ad Tuos p e d e s , de q u i bus d i c i u m est : (Juam pulchri pedes c v a n g e l i z a n l i u m p a c e m , e \ a n g e l i z a n l i u m


LA IIOCTUINE Uli L'ASSOMPTION. bona, devote provoluti, Dciparnin anima iminaciilaLa e l v i r g í n e o corpore in cailos viven Lem, s u p r e m o T u o m a g i s t e r i o , i n hac. s a c r o s a n t a S y n o d e Urinati, proclamati, definiti, ouixis preci bus p o s l i i l a n i u s ; i d o o q u e c h y r o ü r a p h o nostro has supplicationcs íidcnlcr o h s i g n a m u s . Ihtic

postalaLioiü

snbxcripaerutU

1 1 3 Concilii

Patres

:

-J- l o s e p h Bcnrdiclus Ltusmel a r c h i e p i s c o p u s Gatancnsis. V Laurentius P o u l ü l o a r c h i e p i s c o p u s Conseiitinus. f Vinccnlius Spacrapietra Ahiac Minoris.

a r c h i e p i s c o p u s S m y r n e n s i s vicarius

aposlolicus

t CaieLanus archiepiscopus e p i s c o p u s Melphicli, luvenacii e t Tcrlitii. 'Y l o s e p h archiepiscopus T r a u e n s i s e t Nazaronus. f Ianuarius Maria e p i s c o p u s A n g l o n e n s i s e t T u r s i c n s i s . t Carolus-Viclor e p i s c o p u s M v n d e n s U , et p r a d a l u s O r d i n a r i u s dioccesis Sanctac Luciae in Sicilia. + Marianus archiepiscopus U c g i n e n s i s . t A l o y s i u s e p i s c o p u s Orilanus. -f l o a n n c s Raplisla e p i s c o p u s A t r c b a t c n s i s . t P c l r u s - P a u l n s e p i s c o p u s Koroliviensis. f A l o y s i u s arciiiepiscopus M e s s i n c n s i s . -J- Ioscph-Maria episcopus S y n o p c n s i s . f l o a n n e s episcopus D e r b c n s i s . t Ludovicus Maria Ideo e p i s c o p u s Liparensis. -¡- l o a n n e s Gulladauro e p i s c o p u s Calatinisiadcusis i nie). t Gasparus episcopus A n t i p a l r c n s i s in parlibns auxiliaris Curicnsis. •J- ILiphael Maria Üe Franco e p i s c o p u s Gatacensis. •J* Vinccnlius Ijisceglia e p i s c o p u s T h e r m u l a r u m . -¡- A l o y s i u s episcopus N e r i t o n e n s i s . •{* Fr. Darias archiepiscopus S c o p i e n s i s . f Kr. Aloisius a r c h i e p i s c o p u s I r e n o p o l i t a n u s . •J- Kr. Amatus Pagnucci e p i s c o p u s A g a t h o n i c e n s i s . f Kr. A n g c l u s Kraljevio e p i s c o p u s Melellopolis et vicarius a p o s l o l i c u s Hereegovinie manu propria. f Fr. Petrus Scverini e p i s c o p u s S a p p e n s i s . -¡- Kr. Aloysius MoccagaLta e p i s c o p u s ZenopoliLanus. t Kr. Eligius Cosi e p i s c o p u s P i i c n c n s i s Paschalis episcopus A n l i p h c l i e n s i s . •f* Kaphacl Morisciano e p i s c o p u s S q u i l l a c c n s i s . •f Carolus P o o l e n a r c h i e p i s c o p u s Antibarensis c l S c o d r e n s i s . + Petrus Maria Vranckcn e p i s c o p u s C o l o p h o n i c u s i s vicarius aposlolicus Bataviensis. f i o s e p h u s .Maria Fanelli e p i s c o p u s Sancii Angeli Loinbardorum el Hisaciensis. -¡- l o a n n e s Iosephus e p i s c o p u s Andriensis. f Iosephus episcopus O p p i d c n s i s . f loseph Maria e p i s c o p u s Monlisfalisci. + Antonius episcopus PlaccnUnus. f Edmtmdus F. Gnierry, e p i s c o p u s Danabensis.


APPENDICE I.

•22o

t I n n o c c n l i u s e p i s c o p u s Eugubinus. f Franciscus Giampaolo e p i s c o p u s Larinensis. •[ Vincenlius Rubonsis e t Butunlinus e p i s c o p u s . •j- A l o y s i u s Sodo e p i s e o p u s Thclosinus s e u Ccrretanensis. •]• Dominicus e p i s c o p u s Dianensis. t llenricus e p i s c o p u s GaserLanus. Franciscus e p i s c o p u s Abclline.nsis. •j* Aloisius Maria a r c h i e p i s c o p u s Tcalinus.

-]- Er. Aloysius Maria episcopus Croloiiensis. •\•J•\t t t f

FrancUcus ^Emilius archiepiscopus Mutiuensis. S l e p h a n u s e p i s c o p u s Thcrmopylcnsis vicarius a p o s l o l i c u s M a d r a s p a l a n u s Philippus l o s e p h u s Viard, episcopus W e l l i u g l n n c n s i s (Nova Zelandia). Ioscph e p i s c o p u s L u n c n s i s , Sarzanensis e t B r u g n a l c n s i s . Salvator Magnasco e p i s c o p u s Bolincnsis vicarius capitularis G e n u e n s i s . I. Ioscph e p i s c o p u s S e n o g a l l i e n s i s . A n d r e a s Gasatola a r c h i e p i s c o p u s Ulinensis.

t P e t r u s Gilento a r c h i e p i s c o p u s Bossani. -\- Er. A l o y s i u s De A g a l i o e p i s c o p u s T r i v c n l i n u s . Fr. Aloisius Filippi e p i s c o p u s Aquilanus. t Livius o p i s c o p u s S. Marci e t Bisinianensis. •j- Philippus e p i s c o p u s N ì m l c r e n s i s e t T r o p i e n s i s .

•J- Antonius Ioscph episcopus NicopoliUinus. t Ioauncs e p i s c o p u s Follrensis el B c l h m c n s i s .

7 Budesindus Nursia.*.

episcopus

Portas-Victoria*, n e c n o n ahbas

nullius

7 B e n e v e n l u s , a r c h i e p i s c o p u s Granalensis. 7 C o n s t a n l i n u s , e p i s c o p u s Gcrundeusis. Antonius M. a r c h i e p i s c o p u s Trajanopolilanus. 7 Fr. Paulus B e n i g n u s e p i s c o p u s P o r t o r i c e n s i s . t l o s e p h u s I g n a t i u s , e p i s c o p u s Bolivarensis. f B e n e d i c t a s , e p i s c o p u s Dcrtusensis. Fcrdinandus e p i s c o p u s A s l u r i c e n s i s . f l o s e p h u s Ignatius, archiepiscopus Q u i l c n s i s . •}• Ioscph F r a n c i s c u s Ezechiel e p i s c o p u s A y a c u q u e n s i s .

f Bernardus archiepiscopus GuatamiIcnsis. 7 Emmanuel, e p i s c o p u s Nicaragiicnsis.

Marianus l o s e p h u s a r c h i e p i s c o p u s B o n a e r c n s i s . Fr. I o s c p h Maria B e n e d i c t a s e p i s c o p u s D a u l i c n s i s . •j* Grcgorius a r c h i e p i s c o p u s de Manila. •}• Ioscph e p i s c o p u s A u r i e n s i s . f Ilyacinthus e p i s c o p u s Megarensis. l o s e p h u s Maria e p i s c o p u s Canancnsis. •J- Michael, e p i s c o p u s Gonchcnsis in Hispniiia. f Franciscus d e S a l e s e p i s c o p u s Arccnsis auxiliaris T o l c l a n u s . t Scbastianus, e p i s c o p u s Galagurritanus e t Galcealcnsis. -\- Anlunius Rossi-Vaccari archiepiscopus C o l o s s c n s i s . ÌA

J>OGTMNtf

DE

L'AS&OMI'TION

1 5

Novae


LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION. 7 Kr. P e l m s episcopus Cauricrisis. j Frauciscus Marinu& Viberl e p i s c o p u s Maurianensis. Philippus episcopus Milclensis. •J- P e l m s Kola episcopus Guastallensis. f Eleonorus episcopus Monlisalli. -[* l^couardiiä episcopus Asculi el Coriniohr. 7 P e l m s episcopus Molineusis. Antonius Petrus IX flassun palriarcha Cilicien.iis A r i n c n o r u m . P i e l r o Apelian arcivescovo di Marasc. Giovanni Chiurcghian v e s c o v o di Trebisonda. Stefano Melchiserlech v e s c o \ o a r m e n o d'Erzcriim. Stefano i s n e l i a n vescovo di Karpuih. •J- 0 r e g o r i u s archinpiscopus C o m p s a n u s adniinisLrator Campaniensis. f lacobus Doimelly e p i s c o p u s C l o g h e r e n s i s in Irlandia. 7 Philippus archiepiscopus Caielanus. f l a c o b u s e p i s c o p u s Ürisbancn&is. t Augu=lus .Maria A l o y s i u s , e p i s c o p u s Natcliitochensis. •}• Anselnuis Faidi e p i s c o p u s Grossolani!*. -J- Kr. Raphael Gorradi e p i s c o p u s Balnooregiensisi Nicolaus A d a m c s , e p i s c o p u s Ualicarnasseasis, \ icarius a p o s l o l i c u s Luxemburgiensis. Menricus episcopus Gandavensis, Michael Adrianus l l a n k i n s o n e p i s c o p u s P o r l u s Ludovici, f P e l m s episcopus Delconeusis. Kranciscus episcopus Laqucdoiiicnsis. Franciscus Xaverius e p i s c o p u s Caslrimaris SLabiarum. Leo Mourin s o c i e l a l i s Iesu e p i s c o p u s A s c a l o n c u s i s , v i c a r i u s aposlolicus Bombayeusis. t J.-B. Micge e p i s c o p u s M e s s c n c u s i s . f Adrianus Languiliat s o c i e l a l i s Iesu e p i s c o p u s S e r g i o p o l i t a i m s vicarius a p o s l o l i c u s Nankincnsis. l o s e p h u s Malar a r c h i e p i s c o p u s maronita Alcpì. l o s e p h u s Giag'u a r c h i e p i s c o p u s Maronila Cipri, f Petrus Boslani a r c h i e p i s c o p u s Tyri et S i d o n i d i s Maroni tarn m. J

TV Cum infrascripti Concilii Vaticani P a i r e s j u x l a p e r p e l u u m uLriusque Ecclesia* scnsuni eL venerandatn t r a d i t i o n e m BeaLam Mariani Virginem inluitu meritorum Christi Jesu Salvaloris, sicut de p e c c a l o p e r I m i n a c u l a l a m Coneeptionem e l d e coneupiscentia per Virgiualem Malernitatein, ita de i n i m i c a m o r i e s i n g u hivem triumphum retulisse, p e r a c c c l e r a l a m ad s i m i l i t u d i n e i n Filii Sui l l e s u r e c t i o n e m , h'rmissimc l e n e a n t : i d e o , ut ejus g l o r i a n o v o s p l e n d o r e angeatur e j u s q u e praesidium ad i n l e r i m e n d a s hrereses h a c n o s t r a piaculari relate grass a n l e s , Eainque el Deuui Fiiiiun ejus i m p e t e n l e s , ìnagis n i a g i s q u e Ecclesia evperiatur, e l Cliristifidcles voLorum s i n l Landern c o m p o t e s : Dciparam anima


AITELNIHCU

227

1.

el corpore c œ l o a d e s s e vivcnLeni s o l e m n i l c r declarari, p r o c l a m a l i a l q u c dcliniri a S a c r o s a u c l a Vaticana S y n o d o quam a r d e n l i s s i n e e x p o l u n l . Iluic pet il ioni subttcripserunt 31 Concilii Patres. f Petrus de Villanova Castellarci a r c h i e p i s c o p u s Pctrnnsis. f I o s i ; p h u s Ignatius, a r c h i e p i s c o p u s Quitoiisis. t Salvator a r c h i e p i s c o p u s e p i s c o p u s Auxiuianus et C i n g u l a n u s . Aloysius c p i s c o p u s Bcrisscnsis. t

T h o m a s

c p i s c o p u s

R o c i n e U m s i s

(il

L a u r u l a n u s .

Ï

A m b r o s i u s , c p i s c o p u s d e Chilapa. Gcrmanus c p i s c o p u s de Chiapa. f Bonit'acius A n t o n i u s c p i s c o p u s N c o - P a m p i l o n e n s i s . f loannes B. c p i s c o p u s d e T u l a c i n g o . Fr. l o a n n e s I. de l e s u e p i s c o p i o de C o m a y a g u a . (Kalixtus c p i s c o p u s P a c e n s i s . t liernardus a r c h i e p i s c o p u s de G u a t e m a l a , 7 P e l m s , a r c h i e p i s c o p u s de Guadalaxara. f Carolus c p i s c o p u s P o p a y a n c n s i s . R e m i g i u s , c p i s c o p u s Goncliensis. l o s e p h Ignatius epïscoj)us R i o b a m b e n s i s . f Fr. Buenaventura ohispo d e Salta, f 1*01 r u s e p i s c o p u s S. S e b a s t i a n i Fluminis l a n u a r i i . Aloysius, e p i s c o p u s Fortalexiensis. Lcouardus c p i s c o p u s Asculi, S a triant et Ceriniola . f Antonius, archiepiscopus Salernilanus. P h i l i p p u s a r c h i e p i s c o p u s Pafracensis. Ilenricus e p i s c o p u s Cascrlanus. l o a n n e s e p i s c o p u s Calalanisiadensis. Vincent ins c p i s c o p u s P e n n c n s i s et Atrionsis. j

Barlholoiofcuä e p i s c o p u s Calvensis ac T h e a n e n s i s a d m i n i s t r a l o r aposLolicus Caslellarclensis. f B o n a v e n t u r a e p i s c o p u s iam Liparcnsis. f Iosephus cpiscopus Nolanus. -[- Fr. T h o m a s Michail c p i s c o p u s Tanensis. L a u r e n t i u s

P o n t i l l o

a r c h i e p i s c o p u s

G u s o n t i n u s .

V Fr. A n t o n i o Fania vescovo di Marsico e Potenza. V Cum infrascripli Concilii Vaticani Patres j u x t a perpetuimi utriusque Ecclesia; s e n s u m el traditionem v e n e r a n d a m Beatam Mariain Virginem intuito m e r i t o rum Christi Jesu S a l v a t o r i s , sicut de p e c c a l o per I m m a c u l a l a m C o n e e p l i o n e m , el de c o n e u p i s c e n l i a p e r Yirginalem Maternitatem, ila et de inimica m o r t e s i n gulare ni t r i u m p h u m r e t u l i s s e per a c c c l e r a t a m ad s i m i l i t u d i n e m Filii Sui R e s u rectionem fìrniissime Lencant : i d e o , ut ejus g l o r i a novo s p l e n d o r e a u g e a t u r , ejusque praesidium a d i n l e r i m e n d a s lurrcses hac n o s t r a piaculari aetate g r a s s a n l c s , Earnquc et D c u m Filium suuni i m p e t e n t e s , inagis m a g i s q u e e x p e r i a l u r ,


228

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

ct Chrislifìdclcs voLorum sint tanrlem c o m p o t e s ; Dciparain a n i m a el

corpore

cado adesso vivcnlcin s o l e m n i l c r d e c l a r a n , p r o c l a m a n , a t q u e dcfmiri a SacrosancLa Vaticana Synodo q u a m a r d e n l i s s i m o e x p e t u n t . Huir, pimi uta t ioni subscr ipse runt

."> ConciUi

Patrns.

Fr. Thomas Maria Gentili e p i s c o p u s Dionysionsis. Gulielmus de Cesare a b b a s g e n o r a l i s el o r d i n a r i a s Moni is Virginia. D. lulius de Ruggiero abuas o r d i u a r i u s Sanctissiina* T r i n i l a l i s C a v c n s i s . F r a n c i s n i s Loopoldus Z e l i ì i i b b a s uullius S. Panli de Urbe. D. Carolus Maria de Vera a b b a s o r d m i s Montis Cassini.

VI 1

Cum inter ea, qua universalis E c c l e s i a rredenda s e m p e r r c t i n u i l , ac Chrislifuleles m a x i m a devotione venerati s u n l , sii illnd linaio p r i v i l e g i u m Realissima* Virginia Matris Dei Maria?, ex q u o ,credilur, q u o d , sieut a D e o , qui Eidem Cecil m a g n a , custodita tail a c o r r u p t i o n s peccati in ipso s u o p r i m o introiti! ad vilam, sii: oL in l'elici suo exilti, ob r e v c r e n U a m virgínea' c a r n i s , ex qua carnem s u m p sit, a corruptionu corporis serval am i i n n m n e m , quin l a m e n Ecclesia Docens hoc de íide dcíinieril: infrascripli Sacri Vaticani Concilii P a i r e s , ad Dei, D e i para_*quc g l o r i a m , ad mcrìluin e t lirinitalem F i d e i , ad í i d c l i u m c o n s o l a l i o n e m , devotissime el'llagilanl, ut de d o c t r i n a corporea; Virginia A s s u m p l i o i i i s iu G<rluru in ipso Sacj'o Concilio pertractetur, ac iqnod D e u s c o n c e d a t ) si ipsi videbilur, d o g m a t i c e declarare ac definire dignetur, Mariani Virginem S a n c l i s s i i n a m corpore el. anima, ad s i m i l i l u d i n o m Filii Sui S a h a l o r i s Nostri, in Ccelis gloriose regnare. Ruic jìoatulationi

subcripaorunt

/.? Concila

Paires.

Fr. Fi del is episcopus Rosaliensis et vicarius a p o s l o l i c u s Tunc-li. Fr Michael Angelus Jacobi e p i s c o p u s P e n t a c o m i e u s i s et v i c a r i u s aposlolicus Agra:. Fr. Pauhis Tosi episcopus R b o d i o p o ì i t a n u s , vicarius a p o s l o l i c u s Pallia;. Fr. Franciscus Dominicus

e p i s c o p u s yEgensis

et v i c a r i u s

aposlolicus

So-

phiensis. -\- Fr. Autonius Maria e p i s c o p u s N u c e r i n u s . Fr. Bcrnardinus e p i s c o p u s T e r r a c i n e n s i s . S c t i n u s ct P r i v o r n c n s ì s . f

Fr. loannes de l e s u e p i s c o p u s de C o m a y a g u a .

f Fr. Euslachius Zanoli e p i s c o p u s

Eleutheropolilanus vicarius

. Hu-pc. t Fr. Laurcnlius Bergcrclli a r c h i e p i s c o p u s Naxionsis. f

Fr. Raphael de A m b r o s i o a r c h i e p i s c o p u s D y r r a c h i c n s i s .

-I* Fr. Ioseph Novella e p i s c o p u s P a l a r c n s i s . -¡- Fr. Gabriel episcopus E u r i e n s i s . -¡- Fr. Gabriel episcopus M c l l i p o l a m e n s i s ,

aposlolicus


APPENDICE I.

229

VII Cum infrascripLi Concilii Vaticani Patres juxLa perpetuimi uLriusquc Ecclesia' scusimi ci tradilionom \ e n o r a n d a m Beatimi Mariain Virgiucm intuitu ìncrilorum Christi .Insu Salvaloris, sicuL de p e c c a l o per Immaculalani Conccplioncm, ci do concupisceutiu per Virginal cm Maternitalem, ila ci. do inimica m o r t e s i n g u l a R re m Iriumphum retiilissc p e r ACCELERATIMI AD simililudinom l ILII SUI Rosurcr-

LIOUEM FÌNNISSINIO LEUCANL ; IDEO, NI. EJUS GLORIA NOVO SPLENDORE AUGEALUR, EJUSUILE praesidium ad i n l c r l i i i C T i d a s l u e r e s e s liac nostra piaeulari AITALE g r a s s a u l c s , Eaniquc rt Drum l'ili uni ejus i m p c t e n l c s , m a g i s m a g i s q u e expcrialur, e l C h r i s l i Jidclcs voloriun sinL landein c o m p o t e s ; Deiparam anima et corpore ccclo adesso viveulom s o l c n i n i l e r tieclarari, p r o c l a m a r e alquc detìniri A S a c r o s a n c l a Vaticana Svnodu q u a m ardentissimo c x p c l u n l . Iliu'c posUtlalionì

siibscripHcrunt

duo Concila

Patres.

(L.-S.) Ignatius Philippus Harcn> palriarcha Antiochia' S y r o r u m . •\- Vv. Krauciscus Xavcrius c p i s c o p u s Muranus.

VII!

CUM INI'RASRRIPLI CONCILII VATICANI PATRES JUXTII perpetuimi ULRIUSQUE ECCLESIA^ S i n s u m ET traditionom v m e r a u d a m , Bealani Mariani Virginem, intuitu m e r i t o rum Christi Jesu S a l v a l o r i s , sicuL de peccato p e r Immaculatam C o n c e p l ì o n e m , et de c o n c u p i s c c n l i a por V i i y i n a l o m Malcruilatcm, ila ni de inimica m o r t e s i n gularem Lriumpliiiiii rolulisse, per acceleratimi ad simili! uriinnmFilii Sui Re.^ureclionom u n i t i s s i m e l e n e a n l ; ideo ut Ejus gloria n o v o s p l e n d o r e augealur, E j u s que. praesidium ad i n l e r i m c n d a s h.urcscs liac n o s t r a piaeulari AITATE g r a s s a n l c s , uiagis magisque e x p c r i a l u r , et Curislifìdoles v o l o r u m s i a t landem c o m p o t e s ; Deiparam anima et corpore coelo ades&e v i v e n t e m s o l e m n i t e r declarari, proclamar! alquc dcliniri a Sacrosancla Vaticana S y n o d o quam a r d e n t i s s i m c e x p e t u n t . Nos quidein cum o m n i b u s Palribus certain fiduciam h a b e m u s , g c n e r a l i a C o m i tia C a t h o l i c s Ecclesia;, qua sub tam fauslis auspiciis Almte Marine Virginio ab omni Iahe originali i m i u u n i s (am Felicia e x o r d i a h a b u e r c , Ipsa p r o t e g e n l e , iiüerremptis runclis HA resibus, AD desideralani usque MCLAM QUAM PRIMUM ci l'elicilcr fore perventura. 1

i

llttic pnslulationi

subscripsertiut

quinque

Concilii

Patres.

Slcphanus cpiscopus Bcthlccmcnsis. f E u g e n i u s , e p i s c o p u s Basileensis. 7 Victor-Augustus archiepiscopus Mechliniensis. 7 Gaspar l o s c p h u s c p i s c o p u s Tornaccnsis. •{• l o a n n e s I. c p i s c o p u s Brugcnsis.

IX Cum inter ca, qua; universalis Ecclesia c r e d e n d a s e m p e r relinuit, AC Christifideles m a x i m a devolione venerali sunt, SII illud finale Privilegium Beatissima^


230

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

Virgiiiis Ma tris Dei Marias, ex quo crcditur, q u o d , sicuL a Deo, qui Eidem fecit magna, custodita fuil a c o r r u p l i o n e peccati in ipso suo introiti! ad v i t a m , sic et in l'olici suo du mundo c x ì l n , ob r o v c r o i l i a m villino:»; n i r n i s , ex qua Deus ip?c c a m e n i sumpsit, a c o r r u p l i o n e corporis servatam i m m u n e m , quin taniou Ecclesia Docens hoc de fide definicrit; infrascripli Sacri Vaticani Concilii Patres, ad maj o r e m Dei Dcipartequc g l o r i a m , ad ni cri tum et (irmi la l e m fidei, ad fi deli uni c o n s o l a i i o n e m , devotissime efllagilant, ut de doctrina corporea» Virginis Assumpt i o n s in codimi in dicto S a c r o Concilio pertraclefur, ac (quod D e u s concedal) si ipsi videbilur, doginalirr ricclararo ac dclìniri' d i g u e l u r , Mariani Virginem Sanclissimam corpore ci a n i m a , ad simili!udinem Filii Sui Salvatori^ Nostri, in crelis g l o r i o s e regnare. Iluic postula iioni subscripscrunt

7 Concila

Patres.

Hcnricus Corvaja abbas ei. praises g e n e r a l i s c o u g r e g a t i o n i s C a s s i n e n s i s IIaliac ordinis sancii Rcncdicli. E. Bernardinus a P o r l u g r u a r i o minister g e n e r a l i s o r d i n i s Miiiorum. Fr. Nicolaus minisler g e n e r a l i s Cappucinorum. D. Franciscus Maria Cirino vicarius g e n e r a l i s C l e r i c o r u m Kcgulariiun. P e t r u s Becks p r o p o s i t u s g e n e r a l i s società lis I C M I . Nicolaus Mauron superior g e n e r a l i s c o n g r e g a l i o n i s SanclisMini U c d c m p l o r i s . Basilius Crifoni ordinis s a n c i i Benedicli a b b a s v i c a r i u s g e n e r a l i s c o n g r e g a lionis Camaldulcnsis. X pROFOSrno AD CONCILII'M.

EpiscopLis Gicnnensis in Ilispania polii a Concilio ut t a m q u a m d o g m a fidei declarelur, vcl polius a c c l a m c t u r Assumptio Beala; Maria; Virginia in Caelum. Indicanda ut poslea verbo e x p l i c e n t u r . 1. Dogma tidei est Conccptio iminaculata B. M. V. ; d o g m a lidei oportet esse ejusdem B. M. V. Assumptio. 2 . Peccati Stipendium m o r s . Qua; non p e c c a v i l , pEenain peccati non poluit l'erre. Dccuil in coelum g l o r i o s e transirc. 3. Sicul praiinium i n m i u n l l a l i s osi g l o r i f i c a l o d e s u m p t a ex radice sanclifical i o n i s , ila et triumphalis c o r o n a d c h u i t e s s e i n B. M. V. A s s u m p t i o singularitcr gloriosa. 4. F e s t u m quo cclebratur A s s u m p t i o B. M. V. in ccelum s o l c m n i s q u i d a m prol'cssio est fidei populi christiani, i d c o q u e a c c l a m a t i o in Concilio d o g m a l i s A s s u m p l i o n i s B. M. V.. n e d u m a u g e b i l pictatem c r e d e n t i u m , sed magnani tenerrimamque consolationcm u n i v e r s o conturbato praeslabil. Doma;, ilio 8. Jamiarìì an. D o m . 1870. -J- A n t o n i n u s , E p i s c o p u s Gicmicnsi*.


APPENDICE l i

1

Ari Sanclissimum D o m i n u m Nostrum PMJAI

PAPAM

IX

:

Immillinne prcccs rirra Beala; Virginis ac Drigcnitricis MAIUAE

AbsutnpLiouem i n Cechini : q u a s supplox l'nmlil, Hyacinlhus Maria Episeopu> S. Chrialophori de A \ a n a . Ne Iteteris, inimica inea, super ine, quia cecidi : consurgant cum sederò in Lencliris : Dominus lux inea csl. MICH.,

MI,

A'eni de Libano, soror mea sponsa : coronaberis. C A N T . , IV,

BEATISSIME

PATER

8.

:

OiTATissrams, ac valile cordi meo desiderabilis landein ilhuiL dies, in quo Deus, m i s e r i c o r d i a r u m Pater, quod m a x i m e c x p c l e b a m , c o n c c s s i l mihi, Kpisrnpuruiu o m n i u m m i n i m o , n e m p e , ut ad Vostra; S a n c l i l a l i s pedes h u m i l l i i n e provolutus cordis m e i a r d c n l i s s i m a d e s i d e r i a aperirc, ac nota lacere, p o s s i i n , ac prcccs supplici a n i m o l u m i e r e , q u a s VcsLrani Sanctitalcm ca, qua scni])er pollct, d e m e n t i a ac bollitale, exauditurain m i n i m e dubito : desiderimi] cnini pauperum e x a u d i v i l D o m i n u s c i prajparationom cordis corum audii, auris D e i . Et quiriem, B e a t i s s i m e Pater, cum m a x i m a fiducia ad Ihronum, in q u o , Vcstra SanctitaLc Dei vices in terra g e r e n t e , ipscmel Christus vivit, (d s e d e i , el i m p e r a i , a c r e g n a i , m e a c c e d e r e profiteor, e o quod certo sciam n e m i n e m ad hoc, vere summa? in Lerris gloria? fastigium, d i g n e a c c e d e r e t h r o n u m graliu;, I. Je dois coininunicalion de c e document, jusqu'ici inédit. à la bienveillance de M' Petit, archeveque latin d'Athèncs. 1


232

LA DOCTRINE DE l/ASSOMPTION.

quin i m p c l r e l u r , qua; c x p e l i l . Major cliam cordi m e o incsL fiducia, dnni de Dcigcnilricis gloria coram Vostra Sane li L a U \ cui i n l c r o n i n i ^ , ni dicain super o m n e s , Principis Aposluloruin Succcs-sores, priecipuam Deus conlulit erga Virginem Mariani d i l e r l i o n c m , agore intendo. H o c e n i m permulLo niilii arridet : cum proleeto Vostra S a n c l i t a s , о п т е * et s i n g u l o s ad Vostra* lìeatitudinis pedes pro q u a l i c u m q u e negnlin a c c e d e n l e s , benigne e x c i p i a l , h e n i g n i s s i i n o proferii» e x c i p i e l , qui pro Virginis Maria* bollore a m p l i i i c a m l o a c p r o c u r a n d o l e g a l i o nem sumit. Ills p r o i n d e p r o l a l i s , a d г л . q i u e e x p o n o r o a c postulare o p o r l e l , e u o d a u d a ,

ь с с и г о

p e d e

p r o g r e d i a r .

A n o n paucis a n n i s , llealissiuic Paler, pra'sertim La m e n p o s l q u a m ad Sancii Chri&lophori regendam Ecclesiali! a Vesica SanctiLaLe uraliani ac missionem acccpi, in a n i m o s e m p e r h a b u i B c a l i s s i m a m V i r g i n e m Mariani, non modo, quod auliquius in me Dei crai m i s e r a l m n e , venerari ac diligci'e, ac inaximo m e n t i s a c cordis afl'eclu b o n o r a r e , sed et omni n i s u . quanLum i n m e orai, l a b o i ' a r e , ni ipsa linmaculala Deigenilrix ab o m n i b u s mea.* cura comniissis lìilclibus in burnire ac vencraLiuue habcreLur. Qua*. uL assequi l'acilius nubi lieeret, Lribus ab bine a n n ì s , ni bor Vestami non LaleL SancLilateni, librum bispann s e r m o n e s c r i p l u m , el de VirLuLibu.s ac E x c c l l c n l i i s Sacrati^simi Oord i s cjusdeni Virginis Mario; p e r l r a c l a n l e n i , in luccni edidi. SimiliLcr cliam, anno nupcr clapsn opus e o d o m s e r m o n e concinaLuin, ac in t r e s libros c o m p a r t i t i m i , i n q u i b u s He o m n i b u s ad B c a l i s s i m a m V i r g i n e m , a b o j u s d o i n m terna p n e d c s l i n a L i o n r e l , eleclione, u s q u e a d iti C r e l o s g l o i ' i o s a m a s s u i n p t i o n e i i t scrino fit, lypis mandavi. I g n o s c a t inibì, o r o . Vostra S a n c l i l a s , si luce, qua* l a u d e digna videutur, coram Chris li in Lerris Vicario, referre a u d e o . 4

Maximani hi, i'aleor, l a b o r c s c o n s o l a l i o n e m aniline mea.* afì'erebanl ; quod mirtini Vestnu Sancii lati, qua; de Virginc Maria m a g n a e t mirabilia pra'dicavil, non vidobilur : in hoc eleiiini virginali agro l a b o r a n t e s s e m p e r id invcnienl, quod Divus Bonaventura t e s t a i u r , dum ail, q u o d scire et c o g n o s c e r e Virginem, est via i m m o r l a l i l a l i s , et narrare ipsius v i r l u l e s , est via salutis (in P s a l l e r . p s a l m . Sui. Certus cliam e r a m , m a g n u m hinc anima» a d v e n t u r u m spirituale qurcslum, cum ex Sanclo A n s e l m o didicerim, quia s e r v i r e h u i c Regina?, r e g n a r e est, el inter ejus m a n c i p i a n u m e r a r i , ptusquani regi uni (De Excellent. Virg. Сар. 0 ) . Quod dicere, m i h i , ad D e i g l o r i a m , l i c e a t : nani in n o n modicis, qua; advenerunt, Lribulationibus, non m o d o v i r e s a d cas s u s l i n e n d a s ex h a c devotione m e haiirirc s c n t i e b a m , veruni e t solaLium a c cordis keliliam : u n d e e x p e r i m e n t o didicì д о г е B e a t i s s i m a m Virginem s o l a t i u m e s s e C h r i s t i a u o r u m ; nani, qui sub legumcnLo c o n i i n o r a t u r hujus Regina; Cuelestis, probra omnia, licet gravia et i m m a n i a , asquo a n i m o patitnr a c \ i r i l i l c r s u s t i n e l . Magna profecto mihi erat c o n s o l a l i o , dum i n f m i l u m p r o p e s p a t i u m , quod inter aHernam praìdcsLinalionem BcaLissimae Virginis ae ejus ad Carlos g l o r i o sani a s s u m p t i o n e m percurrcrc d e c c l , n o v i s s i m o g r e s s u c o m p i e v i . I n t e r n i tanicn la Ieri c o g o r m a x i m u m a n i m o o b v e n i s s e a n g o r e m , d u m ad novissima; Virginis lust randa m o m e n t a vita; d e v e n i . Yacuitas etiam q u i d a m cordi meo incral, dum quidquam pro Virginis o m n i m o d a lexenda gloriai ac i m m o r t a l i t a l i s corona deficere s e n t i e b a m . Absit a u l e m , ut in re aliquid d e s i d e r a r e pro Deigenilricis gloria complenda oporteat, c u m tantum circa m o d u m m e a m e n s versctur : de dormilionc, ac a s s u m p t i o n s , Virginis agitur, q u a m ex Iraditione conligisse


APPENDICE II.

233

s c u n u s , ile lìdc au lem l e n r n d a m e s s e Ecclesia

nonduni sLaUiiL ani. d e c r c v i l .

Maxima

proinde uie:e mciiLi lux a l n i l s i l , n e c minori e x u l l a l i o n e

fui, dum Vostra» S a n c l i l a l i s

pro OEcumeniro Concilio

Valicano

pcrlusus

celebrando

Litteras A p o s t o l i c a s a c c c p i ; statini cniin cogitavi opl.atum f e m p u s j a m ari v e n i s s e , in ([no o m n i a cordis mei desideria impiota, a c s u p e r i m p l e t a udrrem.

El, Deus adsil

: nam pro iis iillro Vostra: Sanrlilali

l'orsi tau

cxponcndi>,

1

lailus simili a c s e c u r u s , ad p c l r a m , qua, coliniina est a c v e r i t a l i s Jìrmaincnlum, n u n c landem accedo. Veslram c a p r o p l c r d e p r e c o r S a n c l i l a l e m , ut, qu;e K c q u u n l u r . l e g e r e non U n i r a i . Nihil o m n i b u s Sancii Petri S u c c c s s o r i b u s , Uomanis Ponlifìeibus, Beatissimo Pater, anliquiiis in a n i m o full, q u a m Sanclani cordis

ac

meni is atfeclu veucrari,

luercticoruin

ipsius

Deigcnilricem

exccllcnlias

iusidiis s c r x a r e , ipsius s a n r l i l a l i

sari as

omni

prorsus

loelasque

ab

g r a d u s t>oli Deo p i e n e n o l o s

c \ t o l l e r e , ejusflem rullum in Ecclesia propagare, ac stabilire, c a m de ni E c c l c s i a m sub i p s i u s p r n l c r l i o n r collocare, m n i i o q u c fìdoles s e m p r r h o r l a r i , ut ad c a m , ul ad piisshnom Malrom, in bujus vita: ccrumnis ac laboribus c u m plena

fide

a c certa s p e accurrant, el. e a r n , qiue p o l e n t ì a m a c virlntcm a Kilio acrcpil, el poleus est ad salvanduin,

depreceiitur,

ul indohinenler

apud

Filium

smini

pro i p s i s intercedili, q u o itlos a inali? hujus viUe c r i p i a l e l ad gaudia s e m piterna p e r d u c a t . IIa;c auLem, circa p o l e n t i s s i m a m Virginis Maria: apud Filium s u u m , q u e m nihil ipsa d e p r e c a l u r , q u ì a o h U n e a l , m t e r c o s s i o u e m , i d e o o n i n c s

l'ere

Prin-

cipis A p o s t o l o r u m S u c c c s s o r e s l o l i s viribus p c r e g e r u n t , ac o m n e s u n d e q u a q u e terraruni S a r r o r u m A n t i s l i t c s e l i a m pneriicaverunl, cu quori ab ipsis Ecclesia

primordio eamel

gloriosissima!]! Virgincm

Ecclesia lirmitcr

in endo c o m m o r a r i , a r una cum

ad cjusdeiu Ecclesia.: expectant dos,

Sancii

Lcneat, a c credaI p i i s s i m a m ac, Eilio o m n i a , qua:

l'ulciinentum ac luta m e n , c i ad Udelcs s o l a n -

han'cticosque ad fidem vcram t r a h e n d o s , atquc univorsas hmresus i u l n -

riniendas, o r d i n a r e . Simili

modo, Beatissime Pater,

nihil

veritàtis h o s t i b u s

antiquius.

ipsam, v e r e d i l e c t i o n e o m n i u m , sivc h o m i n u m sive a n g e t o r u m Ueigenitrkcm inficere,

odio

maximain

prosequi,

cjusque

mirabilia,

dignissimam,

a c venerabilia

etiam ejus d e n i q u e d i g n i t a t e m

quam

privilegia

lolis o m n i n o v i r i b u s ,

miserabili conati! labcfactare. Circa quie, d u o , vere notati! digna

ac

conspicere

c o n v e n ì l , de q u i b u s dici potest, q u o d quadum veluti s i m i l i t u d i n e ad i n v i c e m copulanlur,

rlissìmililudine a u l e m ,

e t r e r u m , et

finis,

infinite difl'erunt,

d i s c e r n u n l u r , et separatitur. Ab initio e t e n i m , a c stalim a c a p p a n n i el h u m a n i t a s S a h a t o r i s nostri Dei- n u l l u s h o m i u u m Malrcm

diligerci, a c vcneralionc

eadcmquc

res

forct

et

Dcum d i l i g e r e ,

Immaculalam

Matrem

amore

pracrogalivas

et e x c e l l e n t i a s

ac ipsi ejus

totis

: voluti

si

una

viribus rlcscrvire, a c

ejus

vi riti Ics m i r a r i .

laudibus estollere,

benignitas

dilexit F i l i u m , q u i n el

pielate p r o s c q u e r e l u r

prosequi,

ac

ac

ineffabiles

n e c n o n i p s i u s apud

Filium

inlercessionein quadrerò, et patrocinium i m p e t r a r e . (Juod p r o f e d o luce clarius a p r i m i s Ecclesia^ t e m p o r i b u s c o n s p i c e r e q u i s q u e polerit. Primis n a m q u e

tribus sacculis, A p o s t o l o r u m e t i n n u m c r a b i l i u m

lere

m a r l y r u m s a n g u i n e sacratis, o m n i n o e l a p s i s , a c idololatria in e r e m i s p e n i t u s relegata, religio ac pietas Ecclesia? i n B e a l i s s i m a m Virginem s l a l i m

ubique


234

LA DOCTRINE DE LWSSOMPTION.

Lerrarum clluxiL : o m n c s q u e s u m m i s p n u c o n i i s cjusdeni v i r l u l e s et gloriani et ¡11 nob dilcctioncm et ipsius apud ü c u m p o l c n l i a m , prmdicarunl. In ipso eLiani perseciitionis fervore a u d i i v Ignalium A n t i o c h e n u m , Ireiurnm Liigdiiiicnsrm, Urigcncm ac Cyprianum oporLcl., qui e q u i d c m p a u r a de Beala Virginc di M i rimi : sed c a m e l , pauca a d m o d u m et modica, m a g n a e s s e n e m o nescit. Cum euim in medio g e n t i u m fideles c o n u n o r a r e n l u r , ac m u l l i t u d i n e m doorum ubique ipsai genfes colcrcnl, ac i p s o s r l i a m populurum d u c e s e t i'cctores inter n u m i n a collocarent, Sanctissimaj Virgiuis s u m m a s v i r l u l c s n e e u o n et ipsius divinai malcrnilatis exccllcntias, s a p i e n t i s s i m a divinarum roruni irconnmia id exig e n t c , cooperlas ac veluLi o l i s i g u a t a s servare Sancii Patres c u r a v c r u u l , ne fideles ipsi, nunc solcm e l c c l u m e o n s p i e c r e uudis o c u l i s cupiontes, e t ejus m a j c s l a l e m scrutari, o p p r i n i c r e n t u r ab ipsius g l o r i a , l a i i l a m q u c Yirgiucm lamquain Üeuin adorare forsitau lenLarent. Alio au Lem m o d o res postca e v e n e r u u t : quis e t e n i m (licere sufllcit quot Virginis prajeonia, quasvc l a u d e s A m b r o s i u s , G h r \ s o s t o i n u s , H i e r o n y m u s , Sophronius, alii([ue S a n c i i P a t r e s , Ecclesia: p r e c l a r a in quarto ac quinto sa;culo lumina c o n c i n u c r u n t ? Quis c a , qua; P e t r u s C h r y s o l o g u s , Cyrillus A l e x a n drinus, Joannes D a m a s c c i u i s , Tarasius, Gcrinanus, I l d e p h o u s u s , Epiphanius, Isidorus Thcssaloniccnsis, A n s e l n i u s , Bernardus, B o n a v e n t u r a ac T h o m a s A q u i n a s , Ecclesia; Pal res ac D o c t o r c s , de Virgilio n a r r a v o r u n l , q u a n t u m sal est dicere queat, illaque m e n t e tenere, ac l i n g u a o x p r i m e r e , qtuc pniiclarissinii lidcliuin pedagogi Antoninus F i o r o n ü n u s , Bernardinu« S c n e n s i s , T h o m a s a Villanova, Petrus Ganisius, Alplioususquc de Ligorio, aliiquo prope i n n u m e r i sapientes ac pii viri de l a u d i b u s Virginis c e c i n e r u n t , ac deiiique descrihere q u a voce, quo cordis ailcctu, q u a n t o q u e animi d c l c c t a m e n l o ea fidelibus c x p l i c a bant, ac pro gloria D I M , et Virginis Ma Iris h o n o r e , sed et lideiium consolatione et solatio vulgabant, ac vulgari facichanl? Impossibile hoc esse n m n e s norunt ; inlerca tarnen n e m i n e m laici, ex bis omnibus duo colligi, \ e n e r a t i o n e m , n e m p e , ac firlelium e r g a Beatissiinam Virg i n e m Deigenitricem d i l e c l i o n e m , a primis Ecclesia? e x o r d i i s una cum fide in ejus Filiuni in corde c r e d e n t i u m innatam l'uisse, e a m q u e n o n aliunde haberi, nisi ex vera in Dcuin fide et d i l c c l i o u o : undo c u m o m n i v e n i a l e dici polest n e m i n e m in Ecclesia Dcum d i l i g e r e se gloriaci p o s s e , quin ejus etiam Malrem vencralione al'fieiat, ac in ea (iduciam ac s p e m b a h e a t . Quis n a m q u e a m o r e prosequi diccndus Filiuni, quin el earn, qtue illuni g c n u i t , rlFerUono ac revcrcntia e l i a m proscqnatur? Prufecto d i c e n d u m , e x e o d e m l'onte a t q u e ex eisdein r a l i o nibus dileclionem nominimi in Rodcniplorcm ac in e j u s Gcnilrieem provenire. Quia autem improbi h o m i n e s , qui statini ac ipsa Ecclesia f'undata ac stabilita fuil, in Christum insurrexorunt, atque ejus E c c l e s i a m v e x a v c r u n l , in ipsam ejus l m m a c u l a t a m Malrem etiam debacchati sunt, dicere o p o r t e t , quod simili modo mendacii ac h;ercsis n a t u r a ad piani Ma treni n u l l o m o d o h o n o r a n d a m ac v c u c randam h o m i n e s proclives facil, q u e m a d m o d u m d i l e c l i o n e m Dei h a b e n t e s naturali prorsus grossa ad ipbain Virginem diligcndam i n c l i n a n l u r . Iliac lacillime conspiciendam se haic s c e l e s l u m h o m i n u m i n i q u i l a s ac m i s e r a n d a conditio u b i que p r e h e l : d u m eniin Arius divinitalein Filii infìciabatur, ac crcaluram illuni appellabal, nonne in Malrem insurgebat, et illain n e q u a q u a m i n l c r inulicres hcncdiclam l'acichal? U n d c n a m Virgo s u p e r o m n e s m i d i e r e s b e n e d i r l a , nisi


APPENDICE II. quia Filiuni м и н и , e u m d c m q u c cum P a l r o meruit habere communem"? S u b b i l a prninde divini Lato Eilii, etiam oniiiis Matris d i g n i l a s , ci gloria, a c e x c e l l e n t i a , auforobalur : idipsuin N o s l o r i u s , licci .alio m o d o , l'acero LcnlaviL; idque a s s e q u i volucruuL q u i c u m q u e vcl iiiiuiinain gloriali], qiuu ad divinali! Virgiuis Malernilalem perline!, labcfactarc quoquo m o d o l e n t a r u n l . Novi.ssimis auLem l e m p o r i b u s a d v c n i e n l i h u s , in quibus puleum abyssi a p c r l u m fuissc, a c ex co h i r r e s u m , ac ha;rclieorum, turbas, l o c u s l a r u m m o r e , e x i i s s c omniuo certuni est, in nullo alio, tanto furore impictas cflervuit, quam in virliilibus ac cxcellciitiis Beatissima; Virginia inficiandis, ac piis Ecclesia* LradiliouiJms circa liane piissimam Malrein Dei ah Apostoli* a c c c p l i s , et a Spirilii Salirlo revelalis, veJ ab ipso Carisio Domino nostro A p o s t o l o s e d o c l i s , d c l r o r landis. Pro f e d o , qua; de ipsa Iin m a c u l a l a m u n d i Regina, ci Angeloruni D o m i n a hi homiiium scclcsLissimi d i x c r u n l , ac h n p n r s e n l i a r u m d i r i m i , describere m e n s d u b i t a i , calamusque rel'ugil. yiiu; c l c i i i m , nisi ex interis p r o d e u n t i u m m o n s l r o r u m , lingua dicere a u d c b i l illam Spirilus Sancti Y i r g i n a l e m S p o n s a m , qua-, i p s o m c l o p e r a n t e ac de ipsius Virlutc, Ver bum Dei c o n c e p i i , noe m i n o r e ccnlcsli r o h o r c i n l c r v e n i c n l e , in l u r c m edidil, illumquc virgineis u b c r i b u s l a c LaviL, millies milliesque illuni o s c u l a n d o , c i ut u n i c u m Eilium Dei ac smini dili­ g e n d o , ncc V i r g i n a l i in parlu m a n s i s s c , nec c a s l i t a l e m poslea servasse, q u i u i m o alios, q u o s in e v a n g e l i o Iralres Domini n o m i n a t o s i n v e n i m u s , ex Joseph lìlios Imbuisse? Пат, aliaque vere horribilia, horum Lcmporum ha'rclici blaterimi : lime eliani u b i q u e , quod maxime l u g c n d u m , liberculos bis b l a s p h e i n i i s r e p l e t o s o x p a r g o n d o , percrcbcsccre s a l a g u n l , m c n d a c i i s ac ureniis Virginitalcm Bealn; Dcigcuitricis in p a r l u i u t ì c i a n l c s , ac b e n e d i c l a m inter m u l i e r c s in m a l e d i c l i o n e iìliarum E u e implicaLam ac ajrumnis in p a r l u , a l i a r u m m o r e mulicruin, oh peccati puMiani mulctatain d i c c u l c s : de quibus quid aliud d i c e n d u n i , nisi q u o d , ul s e m p e r a s s o l c t , mentila est i n i q u i l a s sibi? N a m , qui Iraditiones onincs divinas, inLer (|uas Virginilas Dcigcuitricis Maria post partum n u m c r a t u r , inficianlur, a n i l e s bracliiis apertis a m p l e c t u n l u r I'abulas, u l crrorem s u n m sustineanL el inter h o m i n e s r u d e s a c lillcraruni parum g n a r o s lurresim plantare p o s s i n l . Mirimi a u l e m , quo tandem error ac m e n t i s pervicacia h o m i n e s p e r d u r i m i : hi cniui i m p i i s s i m i h o m i n e s , earn c m ubique s a p i c n t c s , ncc aliud nisi caruem r e d o l c n s perctperc v a l c n l c s , non c q n i d e m V i r g i li ila tern, ani p n r i i a l c m , sed ncc h o n o r e m c u j u s c u i n q u e , vol p a r u m honcsta* mulieris, proprium, Beatissima* Spirilus Sancii Sponsa; c o n c e d i m i , e a m q u c intervere m u l i e r c u l a s , do q u i b u s , qua) Chrislus Doiniuus Samaritana: dixit, аГПгmari p o s s i m i , collocare t e n d o n i , dum assorunf earn ex Joseph alios Iiabnisse post ejus primogeniLum Jcsum lilios, q u o s I'ralres e v a n g e l i u i n dir.il. О vero a m m a l i a in vnhilabro luti l o t a ! О vere carnales h o m i n e s , q u a Dei s u n t n o n pcrcipicnlcb, qui carnalilcr s a p i u n l , c a r n e m tanliunmodo c o g i l a n l , quibus spurcilia c a r n i s o c u l o s h a b e r e s u b l i m e s , cuMumquc lucri, abstulil, ut n o n nisi in l e m m i o c u l o s d e c l i n a l i , e l in eis implealur ijuod с anil P r o p h e l a , d i c e n s : Obscurentur ovuli eonun, tie videaitt, el dorsum rorum semper incurva (Psal. L X V I I I , 64). Quis e n h n nunqunm Lalia a n d i v i l ? N o n n e , q m c ex S p i r i l a Saiicto c o n c e p i i , de h o m i n e concipcre. vcllel : N o n n e , qmu m a l e r u i l a t e m Dei d e l r c c t a v i l , с о quod virginalcin purilatcm omni c u i c u m q u e d i g n i l a l i , e l i a m di\m?e m:\lerniialis, 1

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231»

LA DOCTRINE DE LASSOMPTION.

[j ni* no ne ret, noe Dei esse Malcr adscusa osi, nisi p o s l q u a m a cadile audi vi t virg i n a l i ipsam seinpci' m a n s u r a m . ad carnali imi Iransiret o b l c c l a m o n l a n u p l i a runr? Nonne, qiue Filmiti p e p e r i l Altissimi, cui Paler n r l e s l i s o m n e m in cielo ci in terra ricdil p o l o s l a l e m , regnimi eliam Uli Iribuens David palris sin secundum carnoin, cujus imperium s i c u l dies radi ni, Ibronus ejus sicul sol in c o n spechi Dei nianel in adornimi, (ìlius habere velici s e r v o s peccali, ci danmalioni? eL g e h e n m c ? Nonne, qua- A u g e l o r u m Regina, Cadorimi D o m i n a , tolius mundi liuìtt's, reparalrix E \ w , a e t o l i u s g e n e r i s b u m u n i d e c u s eL gloria ex eo devcnil, quod Kilimn Dei de SpiriLus Sancii virLuLo generare, i n o n d i , el ipsiusmot Spirilus Sancii gratia, q i i c m a d m o d u n i virgo concepii, c l i a m virgo peperil. serva, ci ancilla, el ignobili*, et vilis et al ij ce la, et vere e o n l o m p l i h i l i s (Ieri volici, ad carnalis spensi a m p l e x u s I r a u s e u n d o , el c a r n a l i s , q u a m n e s c i e b a l , vere i n n o eons ac impollula, e o n c u p i s c c n l h v expcrimenla capiendo ? Deliramenla prorsus Iure s u n l , qmo infcrnus c o n c e p i i , c i ex eo p r o d e n n l e s , luorelicuruni turmic inter homines vulgarunt, ul, (culaia Alalris d i g n i l a l e , ex qua prnriiiL nostra s a l u s , omnia eliam ad Ecclesiali) Catholiram perlineulia, l'urlala oLiani, ci spurciliis o h \ u l u l a , ireul. Nec minore animi vesania in Boalam Virginem s e m p e r d c h a c c b a n l e s , Inure! iri omnia inliciantur. ([ine ad ejusriem Virginis gtoriam ac nostrum cliam solatium et incolumilalem s p e c l a n l . Nihil oinnino Earn in m d i s circa n o s posse, de nullo ex his. qua.» circa nostrani s a l u l e m v c r s a n l u r , cam in cadis esse solliritam, n u l l o q u c nos ipsius egero. patrocinio, co quod sul'llcial nobis Jesus ChrisLus. qui advocatus nosier csl apud P a l r e m , aliaque hujus l'urfuris p c r m u l l a indesineuter p n e d i c a u l . Simili e l i a m m o d o fìdcles, i m a g i n e s Beatissima . Virginis, si ve pietas, sive sculplas apud se r e l i n e n l e s , idobda(ri;u i n s i m u l a u t , e o s a cnllii ipsius mundi Regina' relrahere i n l e n d c n l e s , ab cisquo s o l a t i u m , s p e m , ac e o n s o l a lioucm aiil'erentcs. Nova profecto hajc non sunt in Ecclesia qiue, i c o n o c l a s l i s Ecclesiam i p s a m ac pietatem vastanlibus, i n n u m e r o s prope ac g l o r i o s o * niartyres hahuil pro defonsionc sanclarum i m a g i n m n . Aliunde a u t e m . quam ab invidia diaboli ac hujus nequissimi spiritus in Beai am Virginem odio Iure o m n i a baud provenire, o m n e s norunl : inlcrea taineu, (piis a lacrimis temperare q u c a l , dum hanc videt Inereticorum bominum insauiam ac vesaniam contra S a u c t i s s i m a i n Deigenilricenr? Habemus certe R e d e m p l o r c m , qui s a n g u i n e m l'udii, ac vitam dedil, in m i c e pro nobis : sed, nonno aliunde q u a m a Beatissima Virgilio banc vilam ipse R e d c m p tor hausit, et h u n c s a n g u i n e m sumpsil"? Habemus e l i a m aclvocalum apud P a l r e m Jcsuni Chribtum ipsummef : sed, n o n n e h a h e r e m u s , nisi V a l i d i s s i m a Virgo, ab Angelo sciscilata et ex Dei m a n d a l o s a i u t a l a , ac q w e s i t a , an vellel esse Hater Filii s u i , ipsa r e s p o n d i s s e l , ecce ancilla Domini. fUtt inihi secundum vcvbum tuum? (Luc. cap. i, 38». Tantusne h o n o r debetur Filio, quia c a m e n i assumpsit, ut nullus omiiino d e b e a l u r i p s i m c t Mairi, quia d e d i t ? N o n n e regìbus ac hujus mundi prineipihus quidquam aul'erlur honoris el gloria» ex eo quod snoditi, graliam impetrare \ o l e n l c s , ad cubilia accedanl regina: ac ma tris, ut ipsa ari &pousimi et filium, facilius miseri g r a l i a m obtineant Numquam prolecto h u j u s c e m o d i res inter h o m i n e s locum h a b e h u n l . cum gloria malris sit fìlius s a p i e n s , n e c in alio aliquo fìlli is m a g i s glorielur, quam in inatre honoranda, ac in h o u o r i h u s a b aliis e r g a illam c x h i b i t i s . S e d . quid htcreli1

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APPENDICE II.

corani m e n t e ac corde miserius ac aridins? A Virgine, qua* Dei Filium a Spirila N a n d o c o n c e p i i , non modo modicam virlulem, scd eliain vul m i n i m u m h o n o r i s , ipiod qinrcumquo mulier « m i n o r i b u s ad sublimia Inori ruga lis a principe elaLa, Imberci, c x p u n g u n l , alium cnni cirlesli S p o n s o pro lìliis p r o c r e a n d o sponsum illi triliuenles, injuriamquo iJIi i n f o r e n l e s , quam qiuelibel m u l i e r , ulcuuique parva ac m i s e r a c i rerum ignara onini p r o r s u s \ i a se repellerei : a Dco auleni, qui s a p i e n l i s s i m u s osi, ac piissinius ci misericors cLjuslus, o m n i u m fìliorum, eliam rudium ac i m p e r i l o r u m , m a x i m e ubique lerrarum ac. g e n t i u m in lionore propriam m a l r e m luibciiliuni, el ah omnibus honorari earn v o l c u Lium, v i r l u l e s ac animi qualilatcs 1 oliere nesliunl. Proli m i s e r i ! Qui cloni ni de hujusceinodi r e l i g i o n e glorianltir, in qua lilìi malrem a b s q u e h o n o r e debito se habere conLendunt, nee cam alt omnibus honorari volimi, quin cLinm h o n o r e m ah aliis tribueiidum i m p e d i r e g e s l i u n l , audire dcbenl qua: Apostolus fìdclihns Corinlhiorum dicebal : non est bona (jìovialio neutra (I Cor. v, 0). Ul quid anioni de hac g l o r i a l i o n c , d i c r m u s cani non bona ni? Ouin eL iinpiain, ci b l a s p h c m a m , e l iniquam, vera ni Christi Domini religionem d e s l r u e n l e n i , ac oinncs lìdelium virlules ad orruni relogaiUcs. FUii proFeclo a b s q u e inaLre h u j u s c e m o d i Incielici diccndi : d u n q u e liujusconiodi e o s esse comperimi! sii, quam c o r d i s aflecliouem, qua; viscera misericordia;, quani eliani erga Deum dileclionem h a b e r e p o s s i m i ? Ipsi prol'ecLo norunl : ipsi eltam, non n o s . dicant. Ilis i l a q u e l'crum c v e n l i b u s stantibus, v i d e i u r m a g n u m inler inferni p o l e slates el Erelesiam Calliolicam inlerccdere cerLanien : ilhe cleniiu lolis viribu* Virgiuis Maria' glorias obnubilare, conlcndcnLes magna vi d i m i c a n l , ut id a s s e quanlur : hsrr. autem e contra, ipsam Immaciilalaui D e i g e n i l r i c e m qu;e J'on^ lueis est ar veritalis, m a l e r q u c o m n i u m n o s t r u m , (fuos Domino parturiit, cum Filiuin Dei suis caslis visceribus g e n u i l , l o l o cordis ac m e n t i s attedi! m a g i s m a g i s q u e h o n o r a r e conlendil : ut, quo validius porla; inferi ejus dignitatem impelerò Lontani, eo ferventius earn ipsamcL Ecclesia cum o m n i b u s Jidelihus suis beaLam, ac niillics b c a l a m , (licere, illiiis dignilalem e x l o l l e r e , virili le.*» p r a t i c a r e , meriLa l a u d a r e , et ejus apud Filium p o l e n l i a m . ul illuni propilhun nobis s u i s precibus reddal, m a g i s noLam l a c e r e , et publico confi Ieri, e a m q u e o m n e s ac singidas luercses inlercniis.se, h o s l e s veritalis p r o d i g a r e , Eccìesiani ipsam velili matrein J'o visse, ac Io vere, al s e m p e r p r o l e x i s s e , n o n desinai. EapropLer. Beatissime Paler, ad Vostram Sanclitatem cum piena fiducia accedo, uL m e a desidcria, qua; oquidcni, e l o m n i u m sacrorum Anlisliluin l'ore n o n dubito, ni dicam e l c u n c l o r u m Chrislifìdelium, ullro deproniam ac p a l e ladani- Cui a u l e m cum uiajori fiducia luce palam aperiam, quam Vostra' Sancitali"? Non e l e n i m lanluinniodo cum fondamento lidei ac potrà Ecclesia , \ c r i lalisque ac picLalis Magislro el lotius orbis Doclorc, cui Chrislus Dominus ove* et a g n o s pascendi paries in Beati Petri persona commisi!,, loquor, scd r u m KomanoiMim Pontilicum p r e c i p u a s u m m i l a l e , q u e m Deus ab adorno cligere voluit, ut s u p e r pulelicrriiiiuni, ac Spirilui Sanclo a m a b i l e , concupiscibile, ac desiderabile, Sponsge s m e , Dcigcnilricis Maria- Caput, deenris e l gloriai p r c l i o sissimam poncrel c o r o n a m , de q u a i p s a m e l mundi Regina in lanlum g l o r i a tur, u l earn cuieuinque alia; pneponaL, e o q u o d ad Ulani, qua s u p r a A n g e l e s et A r c h a n g e l o s ini ini Le cani e x l o l l i l , d i g n i l a l e m , ul D e u m scilicoL in Mini s u o concipero m e r c r e t u r , n u n q u a m pervenire, p o l u i s s e l , nisi a primo sme Concepì io1

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U

DOCTRINE DE

I/ASSOMPTION.

nis momento do d i e m o n e viclrix, o m u i u o i m p o l l u l a , a c p r o r s u s i m m a c u l a t a . D e o diarissima, cl gratia u n d o q u a q u o plena e x l i t i s s c t . Quia ergo Vostra S a n e l i l a s , dum de fide t e n e n d u m decrevit Bcatissimam Virginem

in primo sua*

Conceptions

m o m e n t o , intuitu

meril.orum

Filii

sui,

Domini nostri ae Redcinptoris m u n d i , ab o m n i p e c c a t i l a b e fu isso servatala i m m u n e m , et in uxulia r o n c e p l a i u , o m u i b u s q u e virtutibus o r n a l a m , serpeulis antiqui caput in felicissimo solando,

ac

honorando,

instanti c o n l e r e n d o ,

pluriuni

saiculorum

et o m n e

gonus

expectationom,

huiuanum

Catholicorum

regimi, et populoL'Uin (idclium v o l a , s e d e i ouiniuin fere Sanctus Ecclesia; Antibfitum desideria c l studiuin e x p l e v i t : ideo iinpnv.scntiarum, Beatissime Pater, ego

Episcoporuni

OEcumcnici

novissinms,

auspicatissimain

naclus occasionem

Concilii

Vaticani p r o x i m o c e l e b r a n d o g a u d e n s utique et maxima

cordis

betilia p c i i u s u s , a c c e d o , Vostram dcprocalurus S a n c l i l a t e m , ut novani ac f'ulgidam Deigenilrìci coronam d e c e r n e r e d i g n e t u r , n o v u m eliam o m n i b u s eli risii fìdclibus

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kvtitia . ac gaudii

i l l u s c e s c e r e facial d i e m , n o v u m q u e do

inferorum

poteslatibus Lriumphum universo orbi notimi facial, quo el Dei gloria a u g o a l u r , ti ipsiiib Virginia decus t'ulgidius ccriiatur, et ipsa e l i a m C a l h o l k a Ecclesia in Domina sua

et mundi R e g i n a , do m o r i e ac i n f e r n o u u m i u o viclrice,

niagis

m a g i s q u e gloriotur. Omnibus n a m q u e tìdelihus n o t u m e s l , Beatam V i r g i n c m Mariani, per aliquos a n n o s posi Filii sui g l o r ì o s a m in ccclos A s c e n s i o n c m i n t e r A p o s t o l o s ci discipnlos Domini el sìmul c u m aliis tìdelihus, in terra vilain e g i s s o , quos o m n e s ipsa, Aposlolorum R e g i n a ac Magislra dulcisbiniis cdocobal v e r b i s , solabatiir, et, vckit pia Maler, fovebaC a c i n o m n i b u s j u v a b a l . Cimiquc porpluriinos j a m Filio suo p r o g c n i l o s iìlios i n terra h a b e r e t ; ac. r o m a n i s arcibus et o m n i b u s fere orbis, lune notis n a t i o n i b u s ac p o p u l i s A p o s l o l o r u m p r i c d i c a l i o n c Veritas (idei e l i a m illuxissel, l e m p u s tandem advonil, quo i p s a m c l do m o r i e ac inferno v i c Lrix Regina ìnorlcui oppolcro d c b e b a l , non q u i d e m ut uiulctaLum e x poena p o e cali natura* debitum s o l v e r e i , sed ut, in o m n i b u s Filio s u o similiima, p e r paucnm teniporis intervallum a n i m a , corpore i n terra r e l i e t o , ad ccelilum e v o l a r e l limimi, ac lumino i n d u c e r e t u r gloriai, quo l u m e n ruteni u m v i d e r e l , ac aeterno amploclerolur a m p l e x u , c o r p o r e

ilio A u g e l i s

v e n e r a n d o i n l e r c a inlor angu-

s t i a i sepulcri m a n e n t e , p a n n i s o b v o l u t o , lapide o b s i g n a t e , ac caelerorum m o r e , in lenebris d o r m i e n t e et umbra m o r t i s . Quod equidem ita Filii

e v e n i t : natn ideo

in cwlos discessum

mansìl,

rat,

sanciti

ut ine/fabiiibus

quoque hÌG afferre fuisset,

Matrem

poterai

quoque,

Collum secum sustulisset

amor

illa carne detinebatur,

pnvmiis

cum

kominibus

in terra

ail Sanctus Isidorus T h c s s a l o n i c e n s i s

de Dormii. B. M. Virg. n" V), qitontam jam num, dum

Virgo

easlcstibus utilitatem

ut arbitror,

in Deum,

sumere

incrementum

dilavi

debevet

: insuper

nisi fnictus,

Unigenitus

ejus

isque Filius,

tantus,

(Semi,

ardcbal,

ingens

abuntfe : jam

quo pridem

post

vero

cf potèaliis

recondition

cum discederet,

in

: haic Isidorus.

Multa p r o l u d o antiqua; traditìoncs de pretiosa m o r i e , s c u m e l i u s d o r n n t i o n e , 1

Beatissima Virginia n o b i s r e l u l e r i m t ; paucis l a m c n licet ad earn venisse de Ca3io, A r c b a n g c l o

IKCC

d i c e n d a , nunciuin sci-

ad cani l o q u e n l c , p a l m a n i q u c in

manu gestante, quam Virgini Iradidil in s i g n u m viclorbu : A p o s t o l o s e l i a m in dissitis regionibus p e r a g r a n t e s , ad

e a m d c i u aacratissimani i n v i s e n d a m Virgi-


APPENDICE 11. nom, proul i p s a m c l c x p e l i e r a l , Angel oru in lnimeris porlalns, advenissr, e o s q u e sacrimi corpus prop ri is scapiilis c x t u l i s s c c i pra?clarissima p a r e n l a l i o n c ad s c p u l c r u m d c l u l i s s c , alque inter Angcloruni c o n e e n t u s . Q U O S suis a u r i b u s quisque lìdelium audicbal, alquc hyninos cL p s a l m o s , pro ipsius Virginia enarrandis glnriis c o n c i n a l o s , t e r n e m a n d a s s e : qua equidem obiter referre n o n licci. 1

Et prhnuin q u i d e u j , de Angelo ad Virgiuom adventantc perniulta retori antiqua Iraditio : sequenlia e l i a m Virgini Archangel uni dixissc Isidorus T h c s s a l o n i c c n s i s refor! : Gaude 0 Virgo beata, nnm Filins tuns te ad se vocal, paratusque sublimis est locus, qui le, о laude omni dignissima, tertio ab hac legalionc die exeìpiet. Fulgent issimse cairn lucis tv. splendor non perilurus eollustrabit, et inenarrabiks quodam quasi fulgido indumento oila circumvcslicris interna, quae libi delicias, cl juge inssecula сшп Filio tuo ac Beo gaudium tribuat. Ave igitur, ; Ave ulubastrnm odore nunquaìu deficiente plenisstsol puritaJis intentissime mwn : Ave, hortus vita m yenninans, et immortalitatis f'ercns f'ruclus. Symbolum virent is qua potier is jucunditatis,' hune pulirne porro semper ciueiitis, semperque raitntm Ubi porrigert jus&us sum. Исае intulit Angelus, quibits dictis, et palmiti ramo porrcelo, discessit {Do D o r m i t Virg. n° VJ). Ncc quoil de Aposloloriuu a d v c n l u r e W l tradìUo s i l e n l i o pruHoreunduui. Ipsa N A N I Q I K . T I N I I I Ì L Ì S Virgo, sine a d c œ l o s evectionìs probo c o n s c i a , pias contribules s u a s ad se post paranymphi discessuni venire Cecil, ас de crcloruiu g a u iliis ac return л viln o b l e c l a m e n l i s cum illis l o q u o b a l u r , casque de suo j a m iiiiniìuciiLc ad a'terna r e g n a profoclu s o l a b a l u r . Accidit aulciii, ut, dum ho* solamen, purissima Virgo serniones Imberci, et familiale bas dnlce inslillarel quippe cujus lingua diuinum quid resonuns, et ad suavitatem effundendam, et ad ìugerendum audienlibus jucunditatis sensum naia crai, intonai repente cœtum, lonitruis frnnens, ac fragore sun, quodam voluti signo dato, ministres, qui T)ei Mairi extrema persolvant, assurgere juòet. Nnhcs vero muttìs parlibus accurrentes, novum curruum genus sene fune fis curaloribus subponere properabant : ri ulique, excitatis tllìs tonitruum frugo ribus, non aecus ac per turbarum clangores exercitus in eonsuetum pugnai ordinem convocatur, haud aliter ministri Sanct;r agnoverunt, velati Virginis, quorum aurcs magnai hujus murmur is indicium prœcincti milites assury entes, ad nebulas quasi equos conscendentes accurrebauf, aulico agminL Angelorum scilicet exercilui, semel adjungere properanles. Ihcrl a u d a l u s I s i d o r u s , cui c o n s o n a n t , qua; anlca dixerat J o a n n e s E u c h a i l c n s i s h i s verbis : Jit Apostoli, aìii aliis ex mundi play is eodem tempore jam m unum convenienles, quinimo ut magia proprie dicam, ex acre, nescio u/tde in terrain pluentes, adproperant. О noe am pluviam! О via tores volantes I 0 inédites œtereos! Quo* causa tarn admirandi novique éventas? Unde nobis e nubibus homines? (Juoinodo e cœlis tanta s terrestre exercilus? Non ergo ttnus dumtaxat Elias heic per Siterà graditur : non solum Abbacuc sublimis supra nubem atlolitur : neque solus Paulas e terra ad tertium cœtum rapitur, sed acœlo in terrain hic simul rum mid Us aim se svi tit (Div. .loan. EuchaiLen. S e m i , de Dcipar. D o r m i t i o n . l

9

1

1

П»

1

M X ; -

Haïe, aliaque ex antiqua S a n c t o r u m Palrum tradilionc a c c e p i m u s , ex q u î h u s n e m i n c m iatet Heatissimam Virgiiicm naluric c o n c e s s i s s e m o r e crelcrorum h o m i n u t n . Uuod e q u i d e m adeo admiratioiiem paril, nenipe q u o d c a , quae i o n s


240 est

LA DOCTRINE DE I/ASSOMPTION. preüosum caput m o r t i s gladio i n c l i n a v e r i l , ut l e m p u r a n o n dei'ucrinl,

vil;e,

in (juibus intor a l i q u o s invaluerit opinio Rcalam Virginom n u n q u a m , ut casieri h o m i n u m , falis c o n r c s s i s s o , scd ad n c l o s , m o r i e non g u s t a t a , migrassi;. Do quo verba faciens devotissimus Joannes Dama>cciius, veduti a d m i r a t i o n e p c r c u l s u s , ait : ex

qua omnibus

vera

vita

manavil,

quomodo

ilia

mortem

t/uslarel?

Scd

difficultaleiu ipsemel solvit, tradilioncm Ecclesia' propalalo r o n l i l e n d o : 1

inquìi, legi lata tiam subiti V i r g i n .

ab eo, queai ycnuU

: nam ejus Filius,

O r a i .

qui

: et al [dia

veteris

est Vita ipsa,

cam

Adam,

velerem

nan recusavit

cedit, senten-

(De. Dormii.

2''>

Noe minori

perspicuilale i p s e m e l

o m n i a , qua

1

Ecclesia

1

traditio

a primo

rerum exordio aeceperal, Virginis transitimi ac glnriosaui Sui corporis pareutationern n a r r a n d o , l u c u l c n t e r retori. Ait enini : ел antiqua tionc,

quod tempore

Apostoli,

qui orbcm

in sublime angelica,

eiati

terne

qiuidam

rationc

dies contimtos

gentium

Jerosolj/mis

suscepit,

rum

angelica

Gethsemane:

quo

autem

Sancii tempori*

eis appanni

risto

et, sic rum divina

gloria

corpus,

et apostoliea

quod

Deum

hi/mnodia

in he,o Angetorum

ineffa-

elatum,

cantus

mansit

in tres

iDe Dormii. Virgin. Orai. a°ì.

Magnalihus bisce, vere mirabilibus, explieandis ac. c o m m c u l a n d i s n i i b i

tradì-

qaidem

momento

ülic ernten

pofeslalum, Ejus

animam.

accepimua

Universi

pcragrabanl,

: cumque

codestuim

tradìdif

deposifum

Mentir Virginis,

ad salutem

est psalmodta

Lei sanctam

Iaculo full

dormiiionis

convencrunt

et audita

in manus bili

cjlorwsw

a r r i d e r c i ,

q u i a

c o r d i

jucundum

i n i r a b i l e i n

D e u m

in

V i r g i n e

immorari

u b i q u e

p r a >

dicare : e d quia baud n e c e s s a r i u m indico. o L illud p r a i l e r c o , ut bis jam dirli? a

similia rot crani, q u a e S a n c t u s Joannes E u c h a i l e n s i s narrai, dum de dormilione Virginis a l q u e h i s , quae invisibiliter texit. Christus adducala

namque

Yirtutcs,

ipse,

advenit

: et earn, qua} foties pfii

posita)

alque

Sponsam,

a/fectu

Virginem

omnibus,

nempe,

ugual,

complexa

1

qua

sunt

et hospicìo

E u c h a r i t .

d e

Dei

gestaverat,

deducit

Dominum,

qui pvrus,

Sanctus

funeris

D o r m i l i o n .

nobile

curas

n"

X I X

traditili*

En quo modo hic prrcrlarissimus Archipraisnl

uttque

fit

com-

Hex.

Sponsus

cunctis

priecel-

ampliorem

convertimi e t

su mino et

Sanctam,

hand

хесит occursum

quaedam

Reginam

semetipso

oblivioni

D e i p .

perspieuis verbis aoparalam a n i m a m

hue usque in

su st in et : et mira

et ccr.lum animam

il lud immaculalnm A r c b i e p .

uìnis

ampkclens

sernionem

ci arnicas et famuìantes

sateUitium

Dominus

Filius Mairem.

tior praxe.lsiorem

ipsum

ipsum

vie.issim

rei parilitas.

nero, Apostoli

inquit, e coito, sibi

qu;e circa

sincero

hujus o c c a s i o n e e v e n e r u u l ,

•' l'i

suscìpit et

ad

corpus

( S e m i . Div. Joaiui.

X X ) .

Virginis transitimi dcscribiL.

a corpore

l'uisse

atfìnnans,

adveiitum

Christi ad cani s u o sinu excipioudani n a r r a n s , ci e a , qua; ad i p s i u s s a c r a t i s simum corpus t e m e m a n d a n d u m Apostoli

peregerunt, mm

notandum q u o q u e quod a n l e q u a m ad ulteriora narranda

priolcrniillcns. El

procedat, l a c h r y m a -

lionem e t llclum inducit. quasi d o l e n s de tanti thesauri in terra reconditi amissione, vclul si illud c o r p u s , q u e m a d m o d u m et alia, in p i i h c r e m limerei- Ait enhn : Proli t/irum quod lamciilcfur! derti,

alque

illam

proh injuriam sepulchvum

probrum!

Quomodo

enim

non

dif/num

non ferenda m, quod mors primìtias lenuerit,

quse partii

conversimi iri faerù vélx

suo vivifico sepufchra

id,

posseevacua-

vit! Низе divus Joannes E u c h a i l e n s i s de Dormilione Virginis p e r l r a c l a n d o . Ex Iiis proinde, qua; ex priorum sseculorum

Iradilione a c c c p i m u s . manit'e-


APPENDICE II.

24!

s l u m o s i , q u o d Beatissima Virgo Maria prcliosani in conspectu Domini) Apostoli:* ipsis ar miillis lideJibus tcslibus, c a m q u e parentantibus, oppoLiit m o r t e m , ipsiusque s a c r u m c o r p u s i n t e r A p o s l o l o r u m m a n n s , ne c o n i m p s a l m o d i a m ci Angelorum oonceiitus ad . s c p u k h r u m delulum l'uisse. Alia au lem plurima, c a q u e p n e c l a r i o r a , posi Virgiuis transitimi evenisse n o s etiam d o c c i traditio, n e m p e , c a m p o s i m o d e m virlule Domini nostri e m o r l u ì s resurrexisse s e c u n d u m c a m e n i , alquo ad eodos l'uisse a s s u m p l a m . y u a ; un Lem, quatilaquc, h o r u m occasione m a g n a l i u m evenerinl, solus Deus seil, qui iacil mirabilia s o l u s . Q m c d a m a u t e m n a r r a i Di vus Joannes D a m a s c e n e s his v e r b i s , quai e l ipse per Iradiliouem h a b u i l aliorum S a n c t o r u m Palrum ct paucis narj'avit. Poslqunm elenitn A p o s l o l o r u m mirahilem retulit a d v e n l u m , Virginisque disccssurn, a c corporis sacri pin m tumulameli, hajc alia inferi : post très autem dies, angelico canta cessante, qui ndcrant Apostoli, tumulum aperur.runt, co quod units Thomas, qui abfuerat. post diem tertìum venisset, et, quod Deum susceperat, corpus adorare voluisscl : ned omni i\r parte sacrum ejus corpus neqnaquam invenire potnemnt, cum ca tantum invenissent, in qutbus fuerut compositum, el ineffabili, quiexüsprofioiHCubatur, csscnt odore repleti, loculum clauserunt (De Dormit. Virg. S e m i . 2 ) . Hoc etiam Virgiuis s i n g u l a r e Privilegium refert S a n c l u s J o a n n e s Euchaitensis s u p r a l a u d a l n s : p o s l q u a m e t e n i m lamentationeni in o r a l i o n e de Virginio d o r m i l i o n c ac corporis t u m u l a m m o inducil, s e q u e n l i a inferi : al nomo hœc rcreatur : neque de hujusmodi angnlar discrimine : noois enim nova conrp'uunt, atqite Iis, quin ju(/i quodam portento constant^ merito alia por tenta accédant. Non etenim lallt penes se M / U A , quod erat cœlestc : ncque corruptio quod immaculatum erat, invasit. Et hoc igilur a tergo earn cito sequitur. et animse prorsus imiwtGulalœ incorruptum vestitjiis htaret, et pari cum honore a prœdaris Ulis saleflitióm ad eamdetn cum ilia quintan sorlnmque bealam cvohitur : fanlt'sper nihdominus, quippe natane Irgc morti tradii um, aposlolorum simul ac sacerdotum manibns elalum, hymnisque ac vocibus sacris colltiudalum, ad sepulchrum defertur* (Serm. in Dcipar. Dormit. ii° XX). l i s d e m prope rationibus, licet fusius ac elcganlissimis verbis, Inec omnia piissimus Dcigenitricis praico, Isidorus Thcssaloniccnsis deseribil. Ait e n i m Sanctissimam Virginem ex l e c t u l o , i n q u o a m o r e l a n g u e n s j a c c b a t , verba s u a v i t a ilia eis impertis p l e n a a d Apostolus fecisse, p o s l q u r c , be ned id time m purissima tit, mwrorem juc coram in Ixtitiam transmutai, et omnibus pace m precalur el salutem. Tunc vero a sacrâtìssimo corpore ilio solvilur anima sanctissima,atque Unigen/U et. Omni pole ut is ejus Fi'Ü maniùus cxcipilur (Serm. de Dormii. Deipara; n XXI). Delude incorruptum tkesaurum, vas adtnirandum cœlesle illud, quod cadis ipsis est subtimìus, sub terra reGondunt (id. i b i d n° XXVU). Endem circa Apostoli Tliomte procrastinatimi narrai a d v e n l u m , i p s i u s r e f e r e n s animi mocrorem a c pias lachrynias, co quod tcrlio post Iradilum s e p u l c h r o d i e m adveneril, ncc santissima. , morieulis Virginia verba audierit, a c , pari c u m aliis confratribus sorte, beucdictioiicm acceperit. Audit ìnlerea Thomas mirabilia patratu. qnœ ab unoquoque narrantur, cx&stualque animus igne ccelestì, cupitque, et hoc Aposlolos precatur, Viryinis corpus inanime lient, propriis oculis intueri, sacras que exosculurì manus ac il lud sacrai issimum Dei cimetìum adorare: quod equidem fratres non rcfv.giunt, precibus antea i)eo ci Virgini porrectisj ut e cœlo n

;

1

LA DOCTRINE

DC

t'ASSOMPTION.

16


2*2

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

lumen in corum dcscenderet mentes, aique qund Deo et Virgini simul esset acceptum, pro tanto confratris levando dolore scirent. Alia prucclarissima inferí. Üivus Isidoras, in quihiis Beatissima* Virginis corporis incorruplio, el r c s u r r c c ü o alque in o r l o s e v c e l i o , luculonlissinic d e s e r i biüir, Iiis r e r u m e v e n t i b u s a d l u c e m d e d u e t i s , o c c a s i o n e m prajbenlo e o d e m Apostolo, qui, sieul olii» D o m i n u m r o s u r r e x i s s e noluiL c r e d e r e nisi propriis oculis lixuram clavorum el iateris vulnus a n t e a vide.rcí et manu palparci, fide nunc c i charitate p l e n u s , ad m u ñ e r a o b e n n d a a p o s t o l i c a redire n o l e b a l quin virginalera exosculari m a n u m ill! licerci, cujus b e n e d i c t i o n e m s i i m m o p e r e oxoptarat, nee h ahuera I. S e r m o n a n proinde c o n l i n u a t Isidoras di e c u s : Symmi/sins itnque morem ei (Thomui) gerentes (quippe qui dilecto socio admodum dolenti condolebant, supplice*, et Deo et Mairi preces effuderunt. Cum vero operculum dein e sepulchro amovissent, o portent um. ! cadaver nequáquam invcnerunL Non enim tuortuua erat fona vilm : ncque humus ft sepuhhrum diu legere vas illud, prorsus novum, poterai, quod incomprehensibilem comprehenderat : atque kteirco earn dim'Utit, uipute cui ínfima haic nulfatenus consentanea sunt. Ipsa porro mirandum in modum eo a&cendit, ubi congruus UH paratus erat locus 'De Dormilion. Dcipar. S e m i , n" XXVIII). Ex bis omnibus abs dubio liquido apparel inter p r i m o s Ecclesia; lideles duo circa Virginis disecssuin certa c x p l o r a l a q u e i'uisse : Ulani, scilicet, crcterorum liominum m o r e c o n c e s s i s s c natura:, inori cinque l'elieissiuiam inter A n g c i o r u m c a n l a n l i u m , Dcumque Iandantium, a g m i n a , Christo ejus Filio e x s p e c l a n l c , Aposlolisquc circa l e d u m stantibus, o p p c l i i s s c , e j u s q u e s a c r u m c o i t u s , ut roliquas oinncs mortis oxuvias sepulturas Ira di Lam fuissc. Aliud a u l c m pie Udeles ab initio crcdidcrunt, corpus n e m p e e l a n i m a m Beata Virginis terlia die post mortem preliosam in u n u m virlute Dei c o a l u i s s e , e a m q u e Angelo rum slipatani calervis, etelilibus eliam p l u r i m i s ad cam v e n l i t a n l i b u s e l i p s a m r o m i l a n l i b u s , nccnon ct ejus Filio ipsam deifico e l filiali a m p l e x u s u s t e n t a n t e , inter virlutum supernarum incftabilcs h y m n o d i a s , ac Cherubim e l S e r a p h i m s a c r o s conc e n l u s , ad ¡eterna fuissc a s s u m p t a r e g n a , croio terraque p l a u d e n t e , natura undequaque exultante, h o m i n i b u s g a u d e n ü b u s U e o eh ari s, Ircmcntibus auleni potestalibus infernis, ac praì furore f r e m e n t i b u s . 1

Quas q u i d e m pias iìdelinm traditìoncs ad n o s u s q u e ex A p o s l o l i s ipsis lantarum rerum teslibus venisse n e m o inficiatili*. « Quidam r e f e r u n t , ait Sanctus Isidoras laudalus (Scrm. de Dcip. Dormii. n° XXIX), Bcalnm Virgincni <ab Apnstolis c o d e m ferme t e m p o r e quo loculum pro Thormc e s p l e n d o desiderio, aperucrunt, visam fuissc ad c o d o s s p l e n d i d i s s i m e a s c c n d e n l e m , inlcrque angélicos h o n o r e s mire p r o e e d e n t e m , a e r e m q u e ineffabili fragrantia r c p l e u l c m . Quod etiam antiqui» pìcturis e x p r c s s u m v i d e m u s ; n a m inter o e l i t c s ad supernas s e d e s accedens Virgo conspicitur, Apostoli a u l e m d r c a e j u s d e m sepuichrum s l a n l c s , partim ad illud, partim ad ipsam V i r g i n e m , A n g c i o r u m comilalam lurbis, ad ujthcrea r e g n a m i g r a n t e m , a s p i c i c n t e s , c c r n u n t u r . Quidc[uid aulem de hoc fucriL, id tarnen o m n i n o c e r i u m e s t fi d e l e s o m i i c s Sánela: Ecclesia: Calholica: fìlios ab ipsa Virginis prelio&a d o r m i t i o n c pie c r e d i d i s s c earn a mortnis resurrexisse s e c u n d u m c a m e n i , a l q u e in c o r p o r e e t a n i m a ad ccelos i'uisse assumplain, quod sanctorum Patrum traditio confirmal, ut ex dictis apparel. » De Aposlolis caini r e r u m testibus l o q u e n d o ,

lime ait D a m a s c e n u s :

tumu-


2i3

APPENDICE 11.

itaqur Apostoli aperucruiìt, scd ornili ex parti' sacrum Virghi is corpus nequaquam invenire poiuerunt. Ejus mgstcrii obstupefacti miraculo, hoc solum coi/il arc pokier uni, quoti cui placuit cai Virginc Maria cameni sumere, et hominem [ieri, et nasci, cum ossei Deus Verbum, ri Dtaninns glorile, quique post par(u\n iucorruptam serrarli ejus Virginitalem, eidem ctiam placuit et ipsius, puslqutnn migrant, immacidalum corpus, incorruptum servatimi, translation? fumo rare ante communem et wiiversalcm resurrectionem (De Dcip. D o r m i i , sub tinem). Ilqu

Do

Palmiti

Sanctorum

et

Ecclesia

1

Iradiliono

pliira

cliam

dicere

possemus,

judieaiuus, c o q u o d u e m i n e m ipsa laleanl. Sod a u d i e n d u s i l e r u m laiidaLns Damasceni!?-, qui d e ilio j u c u n d i s s i m o AssumpLionis motneiiLo l o q u e n d o , ha'c babel. : Hodic sacra et animata arca liei viventis, quxmum in utero concepii Crealorem, requiescil in tempio Uomini, quoti nulli* est exslruclum manibus. Hodic Eden novi Adam paradisum suscipit est lignum vilo\ in animalum, in quo soluta est coademnatio, in quo plantation quo operta nostra nudilas. Hodic Virgo immaculala, quir nullis terrenis inquinala est affectibus, sed cadestibus educala cogita Ho ni bus, non in terrain rrcrrsa est; sed cum esset animatimi ctrlum, in vceleslìbiis tabernaculis collocatur. (Div. Joann. D a m a s c . S e m i , de Dormii, post inil.i. qua.

1

lanicn

sileni i o p r a d o re u n d a

melius

fiat

llujus p r i e l e r e a dici b e l i l i a m adtnnbranlos, vere miranda, el D a m a s c e n u s ipse, el, alii sancii Palres d i c u n l , l o t i u s curia cadcsUs g a u d i u m d e p i n g o n l c s e l 1

festa c o m m e m o r a n t e * .

De

ingressi!

u a m q u e

Virginia

in cieluni

loquendo,

> i c

purlraclal D a m a s c e n u s : David, a i l , exulta t ejus parens, et cum en chorus ducunl Angeli, celebrant Archttngcli, Virtutes glorificanti Principalus exultant, Potestatcs collwtantur, gaudeat Dominaiiones, Thftmi diem feslum agunl, laudani Cherubim, uloriam ejus pnrdicant Seraphim (Do D o r m i l i o n . Virg. S c r m . i . De S p i r i l u u m S u p c r u o r u m , tanti o c c a s i o n e niyslorii, Iripudiis audiro non r e n u e n d a , qua* p r o l o q u i l u r Divu> Joannes Eucliailensis. Nunc, ail, gttudium gesliunl Angeli ascentlentes el descendentes supra filium hominis (Joann, Cap. i, v. o l ) turn supra malrem hominis : et alter alteri indicmit, ut rursux eleventur partir, non quidem ut prius, dubitantes, et siscitanles, qui* esf isle rex gloria* ( P s a l m . \ \ n i , 8 ) . Jam enim peritane ipsam et illis apertissime opparuit, quod qui prius inde descendit, lib* idem est, qui ascendit deinde et itepari cum stupore alia inlerragant ; « qiav est 1st a, rum : sed ex alia Scriptum qme ascendit sicut aurora, conaargens, pulchra ul luna, electa ut sol? » l ' C a n l . v i , 0). reni

1

Pci'git a u l e m i d e m Joannes Eucliailensis g a u d i u m universa; lerra. . ricliquc cv-iiltalioncm in lanlo e v c n l u n a r r a r e , circa quic ail : Nunc tier ascensu Sanctorum san eli fica tur, et nora luce lotus illaminalur, ac refulget et nunc cinti cum exullatìone pandunlur, et aula Dei Urlanter reginam cxeipil : nunc cailcstia simul ar terrestria frslivam quamdam et ttptissime ordina tarn chorea m agìlant : et htec prwseits Deigenitricis dies facta est universalis qiardam salemaitas, qme simul omnes rreaturas ad Uetitiam provocai (Serin, in Dcip. D o m i . n° X X X ) . H Ì U C porro o m n i a , qua: de Sanclissiime Virginis M a n u p ad ca?los A s s u m p l i o n c Sancla* Ecclesia- P a t r e s zeferunt, m a g n u m aliquid a c vere m i r a bile tuin c o n l i g i s s e &atU o s t e n d u n l . Qua: l a m e n p a u c i s devotissimi!* Beatie Virginis s e r x u s , ac priv o m n i b u s proxime pricteriloi'um l e m p o r u m laudum e j u s


¿44

I A DOCTRINE DE I/ASSOMPTION.

prirclarissimus p n e c u , Bornardus cxplicnl, dicens : scd et it hut quìò cogitare su/jiciat, (ptam gloriosa hodie mandi Regina processori! : et quanto devotionis affeetu tota in ejus occursum ablest ium legionum prodierit multitado, quibus adihronum gloria' cantici* sit deduct a, quam placido viti tu, quam serena facie, quant divinis amptexibus suscepla // Fitto* et super omnem exaitata crealuram; cum en hotiorr quo tanta mater dìgna fail : cum ca gloria, qua* tantum decuit Fitium? Felicia, prursus oscula, labìis impressa ìactentis, citi virginca ma ter ptaudebal in gremio : vcrum, numquid non feliciora censebimus, qute ab ore sedentis in denterà Patria hodic in beata salutatione suseepit, cum ascenderei ad tkronum glorile, epithalamium canens, et dicens : « OSCULETUR ME OSCULO ORIS SUI? ( S e m i . 18 de A s s u m p l . B. V i r g i n . ; . IIa?c d e v o t i s s h n u s Bernardus, qui aliquandn in m e d i i a t i o n e t a n l a r u m rerum totus defixus, ac veluli rapi us, sequenLia ail : Ckristì generationem ci Mario* Assumplionem quìs enarrabiti Quantum enim grati;? in terris adepta est pnv czeteris* tantum et in cwlis obtìnet gloriai singularis (id. i h . ) . Nec ab h i s d i s sonant, quie rcliqui d i v i u a r u m r e r u m s c r i p t u r e s , et Iradilionum aiiLiquaruin servalo res p r e d i c a n t : Divus e n i m Petrus Damianus icstatur, q u o d gloria, qute de hoc munito transeuntem Virginem svseepit, prìncìpium ignorata finem ncscit : de qua nikil aliud dicere possumus, nisi quia gloriosa dicta, sunt de f«, gloria Dei ( S e r m . 4o, in Nat. Virg.). Iti Illa namque inaccessibili luce pertucens, sic utrorumque spivituum habebat dignitatem, ut sint quasi non sint, et compara//one ipsùis nec posbint, ncc debeant comparari (Serin, de A s s u m p l . ) . Eadum o m n i u o de Beatissima Virgine p r e d i c a i Sanctus A n s c l m u s , climi ad r a m d e m R c g i n a m caidorum verba iacieu.s hmv ail : immensitatem quippe gratta: et glorisi, et felicitatis tua' considerare incipienti sensus deficit, et lingua faiscit (De Excellent. Virgin.)- P r o c e s s e r a i bis o m n i b u s pr;eelarissimus Tololanns antistc^ Divus Ilrlephonsus, qui totis viribus dignitatem Beata* Virgiuis conlra hiereticos p r o p u g n a v i ! , qui ha*c de e a d e m p n e d i c a b a l : etsi imperiti proemia Justus judex CJiristus Dominus secundum Apostulum, nnicuique juxta opera sua, huìc tamen Sacratissimm Virgini Genitrici suw, sicut incomparabile est quod gessit, et ineffabile donum, quod percepii, ita et inirstimabile, atque incamprehensibile premium et gloria (Serin, de A s s u m p l . Virg.). His etiam simillinia alii pii ac sa p i c n i c s viri «le Virgilio ad ccelos assumpta diclini. : sed quid quid ipsi dicant, n u m q u i d h o m i n u m , vel c t i a m A n g e l o r u i n , lingua;, qme in illa Virginis ad eoelos c l c v a l i o n e e v e n e r u u l . narrare unquam l i c e b i l ? A p r i s c i s Ecclesia temporibus cum m a g n a piotale n e c minori splendore u b i q u e terraruni (ideles nunc d i e m c c l c b e r r i i n u m c o l u c r u n l , in q u o m a g n a et proletarissima de Virgine Maria c o m n i e m o r a n t u r . Do hac I r t i s s i m a s o l e m n i latc perirà c l a n s scrmoiu' e l o q u e i n i s s i m o J o a n n e s Euchaitcnsis l a u d a l n s , d i c c bat : Genilricis Dei hottierna die celebramus dormitionem, Genitricis Dei depusitionem, Genitricis Dei resurrection cm, ascensionem, exullalionem : ac miruculo accedil, quod et Filia sii qux Metter, et quod insuper sponsa, el iitrsns quod Virgo bit qux sponsa est, atque per ornata Regina, et ante omnia ancitlft divinorumqve charismatvm varia et proletarissimo plenitndo (Orai, in Dcipar. D o r mii. n° III). 1

t

P e r m u l l a , oaque maxima ci mirabilia, luce s u n t : i n g r e d i l u r naiuquo Virgo in alria ccelcstia triplici ornata p n e d i c a n i c n t o virtutis ac g l o r i l e , ul Filia


APPENDICE U. riempo, e l u l Mater, ìiernou el. ut S p o n s a Regis g l o m e , y u i s , baie a m b e n d o , non perecllatur stupore e l h e l i l i a ? Filia n a m q u e rum s i i Dei Palris, Malerque Dei F i l i i , ac Sponsa Dei Spii'itus S a n c i i , n o n n e q u i d q u a m esse p o l e s l p o s i Dcum in n u l o e l in terra, quod Virgini non raniiilelur? Ea oLenim perl'ectionN alque v i r l u l i s , qua; inter h o m i n e s vigere c o n s p i e i m u s , poliori r a t i o n e in d o m o Dei evenire lirmilcr l e n c m u s : inter nos anioni q m e e u m q u c palris s u n l , e t ipsa ad fdiani pertinent ; qiicccumque h a b c t filius, el possidcL m a t e r : qua; autcm h a b e l s p o n s u s . spons;e cliain dicunlur bona. Ex quo colligerc l i c e i , horre a u l e m oinnos lidoles erodimi, ex illa die Dcalissiniani Virgincin codorimi R c g i u a m , eL A n g e l o r u m D o m i n a m j u r e merito J'uis&o c o n s l i l u t a m , i m p e r i u m q u o in omni t e r r a , ac e l i a m in inl'erorum anlris acrcpis.se, ut illam ae in oa r o m m o r a n l e s h o m i n e s i n t e r e c s s i o u e apud Dcum proLegal, c i a m a l i s e r i p i a l , l u m e autcm virlute e j u s d e m Filii sui c o n t e r a i , el principcni t e u e b r a r u m c a l c n N alligatimi retiueat. 1

U n a pro f e d o iLa c o u l i g i s s c , piu> Calholica; Ecclesia' s c n s u s al'iìrinal, a*', l'use s a p i e n l e s ac pii s c r i p l o r e s describunl. A u d i e n d u s n a n i q u e Divus R e m a r dinus S e n e u s i s , qui ha;c ail : siati Jesus sedet a dextrin Patris, id est, in patioribus bonis paternis, sic iuta Virgo gloriosa in poli ori bus Irmis Filii sui Jcsu, juxta illuni in fhrono sublimata, conscdil (Tom. 3 , S e r m . 1 1 , ari. :ì). Rine d e ingressu e j u s d e m Virgin is in c a d u m l o q u c n s , dicil : illuni mysLicc in ilio matris S a l o m o u i s ad c u b i c u l u m sui lìlii ingressu pr;uliguratum l'uisse : (Lib. Ill Keg. cap. 3) Scriptum quippe est, ait Dernardiuus, qvod surrexiù rex lit, occursum matris suìc, el adoravi! ram, et sedie supra thronum suum : positusque fst tlironita mairi liegìs, aute aedi/ a dextrin ejus. Cum aulem ilia aditmbralio, eaque inns, f'ueril faturorum, contemplare mirificam obmationem, quia surrexil rex Salomon in occursum Main's suo : miri/icam adorai ionetn, quia adoravi! mm : altissimnm subiimattonein, quia posilus est thronus Matri Regis : immedlatissimam conjunctionem, quia scdit ad dexteram. ejus. Surrrxit igitur glorio sus Jesus in occursum sum dulcissinuc Matris. Quid h i s luculcnLius, quid l u c i dili s ? 1

His i n l e r c a d i c l i s . B e a t i s s i m e P a l e r , jam mcnLem men in a p c r i a m , a c q i u e c u m q u e in cordo meo posi non paucum leiuporis recondita n i a n c n t , non m o d o cum m a g n a fiducia, quin e l c u m m a x i m o g a u d i o n o i a f a c i a m , e l S a n c l i l a l i Vcstrjr liumili prece e x p o n a m . Ex Iraditione profcclo, B c a l i s s i m c Pater, a c c e p i m u s qiiiecumque ad transitimi Beatissima; Virginis, ac ejus rcsurrecLionem, e l in c a d o s a s s u m p l i o n e m s p c c t a n l , accopimus : nani de his o m n i b u s Sacra Scriplura omnino l a c u i l . Si Lamcn illa duo e x c i p i a m u s , n e i n p c , quod ejus anima e c o r p o r e aliquanlulum l e m p o r i s separala fucrit, e l posi Ires dies a m o r l u i s Dei virtulc restirrexorit, et in etoluin a s s u m p l a l'uerit, r c l i q u a circa illius i n g r e s s u m in ccelum, ac ejus c x a l l a l i o n c m supra o m n e m e r e a t u r a m , ac h o m i n u m cactus, a l q u e Angolorum a g m m a , pic sancLorum m o n i e s e x e o g i l a v e r u n i , v c s l i giis i n h i e r e n t c s , p l e n a r i s s i m i Ecclesia» l u m i n i s , Divi A u g u s t i u i , qui de his pertraclando m a g n a l i b u s , luxe habol : Quid de Virginis Assumptionc dicendum. ubi divina Scriptura nihil commemorai, nisi quairendum ratione* quod convenil ventati? (Div. A u g . de A s s u m p l . B. V. M.i. Vesligiis i l a q u e tanti doctoris inhaireutes, pie s a n c l e q u c n o s (licere p o s s n mus prteclarissimum Bcatam Virginem Mariani in die A s s u n i p l i o n i s in raduni


LA

DOCTULNE U E 1/ASSOMPTIOIN.

obüiiiiishc Iriumphum, co quod tripliceni lune hahueril c o r o n a i n , qua c o r o n a vil c a m Dominum. Kcc h o c m i n u s dare íIIí p o t e r a i , q u i c o r o n a t s á n e l o s s u o s : ipsa «nini e r a l , qua: A n g e l o s ouincs s l u p o r o i m p l c v i l , c u m Gabrieli magnali;' el mirabilia umilianti, qua; i n ca e t per c a n i , lacere D e u s volcbaL nihil aliud r e s p o n d i t nisi ilia verba : ECCE AM:ILLA Donimi! vi AT MIHI SECUNDUM VIÌMÌUM TUUM!

(Luc. c a p . i, v. in q u i l u o a d e o h u m i l i l a l e o v c o l l u i l , ul vulnere amori* ipsum Spousuiu cojlestcm a i l e c e r i l , r o d i l e s a u l e m i n a d m i r a l i o n c n i , i n a; termini duraturam, rapuerit. Ipsa eliani e r a l . qua: virginilalcm ila coluil, a c o m nibus p n r l u l i l , ul magni Hcgis ac Filii Altissimi m a l e r esse n o h i e r i l , n i s i virg i n i l a l c m servare illi liceret. Ipsa eliani e r a l , qiur omnia a Deo per Angelum illi reveíala ita crcdidil, ul n u l l o m o d o d u b i l a v e r i l omnia possibiiia es>c apud D e u m . Prima e t c n i m o m n i u m ha*c mvslcria n e l c s l i a , vere miranda ci adoranda. Maria Virgo c r e d i d i l ; i p s a m , n e m p e , Matrum l'ulurain, ac Virgincm niansuram, ac Filium h a b i l u r a m qui esset Deus e l h o m o , d u a h u s naturìs in u n a persona, eaque divina, u n i l i s , s e d ini egri « i n i p e r m i x l i s , a c porl'erlis, h u m a n a divinam non furfante, divina h m n a n a m n o n a b s o r b e n t e , i n ¡rteruum i n a n e n l i b u s : el nonne luec, omnia et singula, .^iugulari eranl r e d i m e n d a c o r o n a ? Diccndum proinde, quod in ip.si p n e c l a r i s s i m a Virginia Assumpliuu'' P a l e r coronavi! sua- d u c e lissima* Filia* h u m i l i t a t e m , Filius auteni sua; Matris v i r g i u i l a t e m , Spiritus a u l e m Sanctus sua* p r e e x c e l s a * Spons;e í i d e m . Ünaquaiquc divinarum P e r s o n a r u m in Maria Virgilio coronaba I, q u o d in ipsa q u a g l e r a i ac a b u n d a u l c r inveuural. Major yraüa, a i r Divus Antoninus, non potest intelligi partir ¡pari pura* crea tune quam esse Mat rem Dei (4. pT. 15. cap. 20;. Q u a m g r a l i a m proferì 0 Virgin i dedil P a l e r , ci o b h o c illi dedil, quia i n ipsa iuvenil earn vere m i r a b i l e m , p e r quam illi placuìti profundissimam liumililalem. E l qunnam ratione absque l a n í a h u m i l i l a l e , l an tir p o n d n s gloria' Virgo sustinere p o l u i s s e l ? Quia ergo Pater Virginom liumilem i n v e r n i , proprium Filium illi d e d i l , q u e m c o n c e p i i , a c g c u u i l , el ulnis g e s t a v i i , omnia e r g a illuni m a t r i s officia piissimo adimplcn> all'oc tu : i d c o q u e d u m c u d o n i m i n fii'cditur penetralia Virgo b e a t i s s i m a . P a l e r i p s e e o r u m d c m c a d o r u m , terra etiain a c o m n i u m , (pur in eis c o n t i n e n l u r , U e g i u a m constituí! g l o r i o s a m . f

1

Quid autnin i n Virgin e, q u a m sibi in Ma troni e l o g e r a i , qiuesiveral ac d e s i d e raveral Filius? Qui ex mulicris visceribu> c a m e n i s u m e r e d e c r e v e r a l , n o n n e in e a exoptabal virginilalem ac p u r i t a l e u i , s u p r a A n g e l o s earn c x l o l l c n i c m , el liumililalem i n f i n i t a prope g r a d i b u s illam S e r a p h i m s u p e r a n l c m ? P r i m a enim omnium liouiiiium parens per c o n c u p i s c c n t i a m ac superbiarn a D e o disecssil : qua* aulein Dco ila c o n j u n c t a cs>e debobat, ul una c u m co s u b s t a n t i a dici p o s s e l , ad lam inLimam unionem n u l l o m o d o p e r v e n i r e q u i r e l , nisi p e r l i u m i l i l a l e m , ac puritalcm, p e r q u a s a prima o m n i u m m a i r e inlinìle di se o d e r e i . I l e a u l c m virlulcs ila in Virgilio lìealissima r e ^ p l e i i d u e r u n l , ut vere dicere p o s s i m i nullam prastcr banc ipsam h a b u i s s e c o g i l a l i o n c m : nihil clcnini aliud c o g i t a b a l , nihil d e s i d c r a b a t , nihil q u a T o b a í , nisi p i a c e r e Deo p e r l i u m i l i l a l e m , ac o m n i m o d a m m e n t i s ac corporis p u r i t a l c m . Has a u l c m virlutcs Filius ab « t e r n o p n e s c i e r a l , in t e m p o r e a u l e m , quando subditus crai Mairi, e t crcscebati el c o n f o r t a b a l u r p l c n u s g r a t i a apud D e u m ci homines (Luc. 1 1 , 4 0 ) , i p s e m e l viderat, ac c a n i n i e x p e r i m e n t a c a p i e b a l - . D i l e c tionem enim c j n s , alque malris s o l l i c i l u d i n e m e x p e r t u s fucrat a praisepc usque


APPENDICE

II.

ad cruccni. Ipso n a m q u c s a n g u i u c m fudit, et m o r l c m prò r e d i m e n d o h o m i n i bus oppefiit : s e d , nonne cifra matris consorliuni ar comitatiun baie o m n i a p c r e g i l ? P u s - à m a Malcr p r o f e d o r u m illjo, ar propc i l l u m , ubique maiisil, q u e m propriis laetavit u b c r i b u s , d o m u l s i l o s c u l i s , Го vii a m p l e x i b u s , brachiisque s u s liuuil, duni infantiam a g c b a l ; q u e m e l i a m a pcriculis e r i p u i l , in prajdicationc ac au'umnis s c r u t a est, et in c i n c e dum rosi uni vcluli auieam i n d u i t n a t u r a m , niliil roris »upra p a l i e u t e m Kilium i m m i l t e n s , solabatur, cruci a f f ì x o , d u l c i s s i m o Jcsu c o n c n i c i f i x u m o s t c n d e n s cor : dum enim illc ad P a l r o m c l a m a b a l d i c e n s : D E U S MEUH! D K U S MEIISI UT IJUID DERIÌXHJUISTI ausV (MalLh. xxvu, 4 6 ) , iIla e contra c u m Filio l o q u c b a t u r , ci dicebat il lì : О Jesu Fili mi, О Jcsu Fili mi : quis m i b i del ut e g o m o r i a r prò t e ? Et n o n n e lauta purilas coronanda"? Nonno tanta h u iniliLas ad cudorum s u p r e m a fastigia e v e h e n d a ? N o n n e , quam prodigio n o v o seuipcr uioriculein n o n v i c i l m o r s , d u m animam h a b u i l diris confixam d o l o r i b u s , eL j u x l a c r u c e m ob a m o r e m Fìlii c o r gessit a d a m a u t i n u m , dum i p s u m , \ e r e piuin c i a m a b i l e , ferrea d a v i , l e i , a l o e , spongia, l a n c e a , s i l i s , spina et c r u o r p r e m e b a n t tyrannidc, piissiinam ac mirabilcm Malrcm n o v a ac p u l c h r i l u d i n e m o m u e m vincente o r n a r c i c o r o n a ? Coronavit i g i l u r Filius Matris h u m i l i t a l e m , ac p u r i t a l e m , iiecuon e l f o r l i l u d i n e m , s a p r à eboros A n g o l o r u m Itegiuain cani c o n s l i l u c n d o , poLcslales t e n e b r a r u m illius p e d i b u s s u b j i c i c n d o . Quid a u l e m de Sponsi c o r o n a d i e e n d u m ? Ex sacris Litteris a c c e p i m u s , i d e o prtecipue V i r g i n a l i Mariani b c a l a m fuisse, quia credidil : BEATA ^ QUW ERADICASTI, DIXIL UH ELISA BELLI SPIRI TU S ANETO PIENA, QUONIAM PERFLCÌANTUR, r/utn DIETA xunl tibia Domino (Lue. i, 45). Quam equidem fldein S p i r i l u s Sanctus in Virg i l i o quaesivil ac inverni? Eam p r e d o d o , qua; crederci d u a s in una persona e a q u e divina, n a l u r a s d i s l i n c l a s , impermixLas, ac suas proprielaLes r e l i n e n l e s . noe a m i l i e n l c s , m a n s u r a s , q u i b u s u n u s , i d e m q u e ossei. Deus e l h o m o , n o s t r a a s s u m e n s , el s u a non a m i t t e n s : e a m ulique, qu*e c r e d e r c i virgincm viri n e sciam Dcum c o n c c p l u r a n i , virginali clauslro i u e o r r u p l o m a n e n t e , gloriam a u l e m c i h o n o r e m i n a l c r n i l a l i s i p s a m e l Virgilio a s s c q u c n l e : cani dciiiquc. qua? o m n i a q m e c u m q u e Deus c r e d e n d a p r o p o n i L licei m i r a n d a ac invisa, absque d u b i l a tione c i mora iirmiler credit. Il;ec lides Virgiuis Maria?, i n q u a Abraham i p s i u s patroni v i d i , P r o p h c l a s s a p e r a v i t , e l j u s t o s o m n e s prieLergressa e s t . o u i s e n i m e o r u m , qua* Virgo credidil, u u q u a m audivil? N o v a , invisa, s t u p e n d a , o m n i h u s q a e m i r a b i l i b u s mirabìliora s a n i , qua? ab ore A n g e l i audit B e a l a Virgo : a g i t u r enim de Duo, qui fiL h o m o , q u i a d e s i n a i esse Deus, el de n o m i n o qui eril D e u s , q u i a r e l i n q u a t h o c quod est e s s e h o m o : agitur prusterca de Virginc m a i r e , de m a i r e lliori noseia. Инн* lameii o m n i a Beala Virgo c r e d i t , quin tamen s i g n u m p e l a i ul Moyses (Exod. ni, 11), et G c d e o u ; (Judic. vi. :Г7), п е с i n l e r cordis p e n e l r a l i a rideal, ul A b r a h a m (Genes, xvn, 17). S a l i c i s s i m a Virgo Iirmiler omnia c r e d i t , et lidem s u a m A n g e l o n o l a n i facil, d u m dicil : ECCE ANCILLA D O M I N I ! CoNTINGAT MIHI

SEClIiNDUM

VER B U M

TU'UM.

Iia2c, inquani, lides Maria?, cui in

rcelis c o r o n a servata m a n c b a l ,

omnia,

l i c e i s u b l i m i a , Iranscendcns : qua? a u l e m hojr corona d i c c n d a , nisi Illa, qua* e a m o m n i u m ex meritis Filii sui p n e d c s t i n a l o r u n i , ac S a n c i i Spirilus virtulc s a n c t i l ì c a n d o r u m R e g i n a m c o n s l i t u i t ? Triplici hac e r g o corona i n c o n s p e c l u tol i u s curia* roeiestis ornala a p p a r u i l B e a t i s s i m a Virgo Maria, dum ad

Ccelos

a s s u i n p t a fuit, q u a supra o m u e m Virtulem ac D o m i n a t i o n e m , et o m n e s p r o r s u *


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LA D O C T U L N E D E L ' A S S O M P T I O N .

Angolorum choros sublimis visa est, et q u o l q u o t j u s l o r u m a g m i n a , sive P a Iriarcharum, sive P r o p h e l a r u m , s u p c r g r c s s a est. Placet auteni d e m i o c o r o n a s r e f e r n , p r e c o r q u e ut ncniiiicni lune, qua; (anlam animai credenti dulcoduicin p n e h e n l , Herum p i g e a t a u d i r c Coronavi!, itaque Pater in Fiiia h n m i l i l a t c m , n i a n M i o t u d i n c n i el m o d e s t i a m : e o r o n a v i l Filius in Maire p u r i l a l c m , caslilalcui, virginitalem e t maternitatem : e o r o n a v i l aulcm Spiritus Sanctus S p o n s a e sua: (idem, d ü e c l i o n e m , et s a n e l i s s i n n c officia m a tcrnitalis. Pater, i n q n a m , Ueginani c o n s t i t u c h a l h u m i l i u m , eu quod in nimin Immilliate rapuerat cor e j u s , j u x l a iliaci : VULNERASTI СОК JJRUM, SOROR МЕЛ 1

SPONSA, IX UNO 0 ( L'LORUÌI TÜORUM, KT IX UNO CR IXE COLLI

TUI (Calli.

IV, 0 ) . Kc-

ginam etiam cleclorum Filius c a m c o n s l i t u e b a t , nam ideo e \ ea c a m e n i suinpsil, ac in ejus visceribus h o m o t'acLus e s t , quia puri late o m n i m o d a m e n t i s ot corporis ilium extra se eviro c o c g i l , ас ejus a m o r e velili rapi, j u x l a illntl : AVERTE T

OCULUS TUOS A ME, gt iA ipsi MK A VOLARE FECEHUNT (Id. vi, 4 , . l l c g i u a m

Landern

o m n i u m credentium Spiritus S a n c t u s earn c o n s t i l u c b a l , e o q u o d in ejus utero virginali miraculum m a x i m u m p e r e g e r i l . quod nisi iti imtmiculaLa a c luce puriori terra l i e d n e q u i b a l , quam in Virginc qiuesivil, а с invenit, j u x t a illuci : TOTA PI:LCHIU ES, AMICA МЕЛ, ET MACULA NON EST IN TE : VENI DE LIBANO, VENI, CORONAUEIUS (Id. IV, 7, 8).

Hacc aliaque plurima, caque inenarrahilia profecto, s a n c t o r u m P a t r u m m e n s in Maria: a d w r l o s a s s u m p t i o n e v i d i t : a t l a m c n d e h a c r e r e d e c u m Damasceno diccre p o s s u m u s , quod nemo sii m o r l a l i u m , qui s a c r o s a u c t u u i Deigenilricis d i s c e s s u m pro dignitato laudare q u c a l , n e c si s e x e c n t a s quidem Iinguas, totidemque ora h a b c a l ( D e Dormii. Virg. S e m i . 2 ) . Id lain on d i c c n duni, quod o m n e s Bealissimam Virgincm in cceiis p r o p c F i l i u m s e d e o t e m , ac continuo pro n o b i s i p s u m m e t F i l i u m p r c c a n l c n i , c o n t e m p l a t i s u n t : nihil proinde mirum, si verba ill is defuerinl, d u m c a dignità! e, qua pai- e s t , ejus erga nos dilcclionciii, ejus eliani e r g a Filium potentiarn, a r s u p r a iiil'eriias potestates imperiuni ас doniinalioncni, explicare volucrunt. Spcui o m n i u m Palriarcharum, gloriam P a l r u m , p n e c o n i u m A p o s t o l o r u m , h o n o r e m MarLyrum, löetitiam SancLorum, l u m e n , d e c u s , s p l c n d o r c m ceriti s l l i e r a r c h a r u m , o m n i u m q u e Sanctorum а с Virginuni coronati], spem e t i a m d e s p c r a n t i u m , peccaLorutn el auxilio destilulorum unicam A d v o c a l a m , afque A d j u l r i c e m , n a u f r a g a n t i u m p o r t u m , solatium mundi, s u s c e p t i o n e m o r p h a n o r u m , r e d e m p l i o n e m caplivor u m , a 3 g r o t a n t i u m salutoni, ac mundi kuliliam S a n c t u s Ephrcm cam p l e n o ore appclhibat ( S e m i , de Laud. Virg.). P o s i illum a u t e m P e t r u s C h r y s o l o g u s , Joannes D a m a s c e n u s , Basilius a Scleucia, Methodius, aliique Ecclesia; Catho­ l i c s sancii Patres gratti et Ialini, g l o r i a m saneta; E c c l e s i a , g e n e r i s h u m a n i honorificenliam, Chrislianorum t u t a m e n , peccaloruui rel'ugiiun, hasrelicorum m a l l e u m , d i e m o n u m lerrorem, o m n i u m q u e j u s t o r u m s o l a t i u m loto c o r d i s ас mentis alTcclu Beatissimam Virgincm p n r d i c a v e r u a l . Iis prteconiis ac laudibus primi Ecclesia: Patres virtulcs a c c x c e l l e n l i a s Beatissima; Virginis exlnlerunt. qua; etiam \ c l u t i hairedilote s a c r a o m n i u m s;ccuIorum viri pii tanquam propria l e c c r u n l , e a d e m qua* Pati'es d i x e r u n l , ci ipsi eisdem prupe verbis d i c c n l e s . Ut enim o m n i a p a u c ì s dicatnits, tanta l'uit sanctorum Patrum ас priorum Scriptorum i n Bcatam V i r g i n c m dilcctio ac pietas, ut de illa, propc Filium s u u m in ccclis s e d e n t e a c c u m ilio r e g n a n t e ,


APPENDICE II. s c q u r n l i a , qua; titlern s a n c t o r u m Patrutii ac lolius E c c l e s i a o m n i b u s rontincnL n u m e r i s , sanctus A n t o n i n u s p r e d i c c i : Maler, inquit, slat ante Fdium : Filius stat ante Pat rem : Mater Filio oslendit pectus et ubera : Filius osletidit /'atri, latus et vulnera : ibi nulla poterti esse repulsa, ubi sunt totamoris insignia. Ulne s a n c t u s Bcrnardinus S e n c n s i s assurcrc non dubitai o i n n e m uraliani, qua; Imic minuto c o m m u n i c a l u r Iriplicrm habere processimi : n a m a Deo in Christum, a Christo in Virginoni, a Virgine ad nos ordinalissime d i s p e n s a l u r (Serin, de Naliv). Ncc m i r u m : e a e l e n i m o m n i a rito cxplical divns T h o m a s dum a i l , q u i a Deipara dimidiam retini Dei partem impetrami : ut ipsa sit Regina misericordia ., cujus Filius est Hex Justitiar (PrssfaL in ßxposit. Ep. Can.) 1

Nullum proinde d u b i u m e s s e potest circa Beala* Virgin!* Maria; in coelos gloriosa; a s s u m p t i o n s v e r i t a t e m , cum ab A p o s t o l o r u m t e m p o r e liane ü d e m t e n u e r i n l o m n e s sancii Patres. Nec m i n i m , quod circa hujus sacralissimi my s> l e n i moduni p a u c a ip;?i Patres dix crini : hujuscc a u l e m *ilenlii ve] v e r b o rum parcilalis r a l i o n c m dat pra;clarissimus Divus B e r n a r d u s , dum s e q u e n l i a a s s e r i i : nec in tains locus diyitior iempio uteri virginalis, in quo Christum Maria susrepit, nec in emlis regali solio, in quo Mariani Marne Filius sublimava. Felix mmirum utraque susccplio, ineffubilis utraque, quiautraque ùiexcogitabili* est (Scrm. 2 . de Assvmpt.) Sed quidquid illi circa m o d u m d i x e r i n l , id o m n i n o c e r i u m est ac e x p l o r a l u m , o m n e s Palrcs el Fideles s e m p e r credidisse B c a l i s s i m a m Deigenilricem i n c o r p o r e e l anima ad crrlos virLuto sui Filii a s c e n d i s s e . IIa;c autem circa a s s n m p l l o n c m Virginia in corpore c i anima Fidelium lidcs ila e o r u m d c m cordibus l u e r e b a t , u t cani, voluti n e c e s s a r i o eveniondam, i n t i m o velut rcligionis s e n s u j u d i c a r c n l : idqnc adoo radicitus in m e n t e Fidelium c r a i i m p r e s s i m i , u l , n e c quidam m o r t e m o p p e l e r c d e b u i s s c Beatam Virginem e r e d i d c r u n l , co quod ipsa s e m p e r illibata e l a b s q u e p e c c a l o concepla, m o r t i s jaeuJis sujijacore nullo m o d o p o l u e r i l , cum m o r s s i i prpna peccali. ( )ueni s e n su m Fidelium his verbis cxplical sancLus Epiphanius (Ilajrcs. 78j, dum ail se nolle de hoc texere seimonem, co quod nihil de morte Virginis in Scripturis sacris divatur, nec aliunde certvm sit, an moriva fuenl, vet absque morte in valium assiimpta : nullus tarnen de tanto prodigio dubiiavit. v

l i a n e cliam lidem E c c l e s i a prolilclur, dum inLer p n e c i p u a s s o l e m n i t a l e s liane Realie Virginis ad coelos assumpUe a p r i m i s C h r i s t i a n a ; iìdei sajculis i n s i i l u i l , non alio quam a s s u m p t i o n s n o m i n e illam i n g e m i n a n d o . Non c n i m iioc anima; i n g r c s s u m in regna cudcslia significai : n a m , dum de natali dio s a n c t o r u m Ecclesia p r o l o q u i l u r , de ilio n e m p e , in q u o anima, a corpo reis vinculis soluta, ad d u l c c s a u h e coeleslis spirandas a u r a s progreditili', c o s d e m s a n c t o s ad r e g n a ccelcstia m i g r a s s e , in d o m i n o o b d o r m i s s c , ad coroiiam p r o meri Lam accipiendam e v o l a s s e , ci alia similia, l a n l u m m o d o dicil. Nullo tarnen m o d o de illis d i c i m n s , quod l'uerinl ipsi sancii in cerium a s s u m p l i , cum h o c m o d o loquendi aliud quidpiani signifìcclur, aninne n e m p e n o n solum a terra in coelos t r a n s m i g r a t e , s e d etiam corporis u n a cum illa ad alterna r e g n a evectio. Utrumque autem de V i r g i n e Maria fideles predimi ac prolìlenlur, i p s i u s scilicet anima: in coelos c v o l a l n m , corpore in s c p u l c h r o per aliquod l e m p u s r c l i c l o , a c corporis resurrecLioneni ac u n a c u m a n i m a ad coelcslia li m i n a a s s u m p l ì o n e m , quod p r o f e c t o de reliquis s a n c l i s n o m i n a l i m non p r e d i c a n t ;


LA DOCTIUJXE J)E L'ASSOMPTION. nam resurreelionem s p e r a m u s , et q u e m a d m o d u m ipsa Virgo ad c a d o s assumpta lìdi, et nos s p e r a m u s in n o v i s s i m o die a s s u m p t o s iri, ut una c u m Christo in aAcrnum r e g n c i n i i s , i n l e r e a tarnen nonnisi Virginis Maria.- a s s u m p l i o n c m colimus : quam proi'eelo c o l i m u s , quia l a c t a m c r e d i m u s . Unde fidelcs m a x i m u m hauriunt s o l a m e n , d u m Virginem Mariani, qua: m a l c r e s t pietatis et misericordia^, p r o p e Filami sauiu in reu Iis s c d c n l e m c o n t e m p l a n l u r inluitu tidei, <iuin et c u m ilio de i p s o r u m n e c e s s i l a l i b u b , et au'iunnis, et periculis, loquenlcm et p e r t r a c t a n t c m , atque d e p r e c a u t e n i , ut al) eis o m n i a averlal probra, a b i g a l m a l a , tcmpcatatcs s e d e i , a c r c m p u r i f i e d , p c s l c m c x t i n g u a l , morbos aul'cral, e l in omnibus s o l a t i u m illis tribuat ac l e v a m e n . Ibec lides populi credentis : i n l e r e a tarnen n e m i n e m latel h o r u m tempoi'imi tueretieos totis viribus tentasse h a u e , circa Beatissima; Virginis Marias pro nobis n o n iutorruplam in coelis o r a l i o n e m ac d c p r c c a t i o n e i n , tidclium fidem de medio l o l l e r e , ul nihil pietatis ac r e l i g i o n i s in terra p e r m a n e a t . Simili m o d o , Beatissimo P a l e r , o m n e s certo n o r u n l , VcsLram Sanctitalom religionis Calholicie nogotia omnia in m;iiiibu> Beatissima; Virginis c o l l o c a s s e , i d c o q u e de potestatihus tenebrarum triumphasso. Quis p n r l e r e a , ut par est, dicerc qucal, q u a n t u m in religione calholica buniim b a b u c r i m u s q u u l v e a n i m a s ab erroris barathro ad lumen verilatis a d d u c l a s i p s a Ecclesia Calholica in sinu suo c o n t i n c a l ? Qiiis e l i a m dicerc suHìcif, quoti q u a n l a q u e , pietatis ac dilectionn? in Virginem Mariani i n c r e m c n l a corda fidelium h a b u c r i n l ? Luce clarius a p p a r e l , hivrcticoruin plnrimorum ad lidem e a l h o l i c a m c o n v e r s i o n e m , alquc e l i a m pluriurn judreoruiu i l l u m i n a i i o n e m , ut Christum Jesum Deum a g n o s c a n l , neenon cl p a g a u o r n m ul rolhiquanl i d o l o r u m s u p e r s l i l i o n e s in d i e s c r e v i s s e , posLquam Veslra S a u d i las de, tide c r e d e n d u m ac t e n e n d u m d e c r e v i l Beatissimam Deigenitricem Virginem Mariam a p r i m o sine c o n e e p t i o n i s m o m e n t o inluitu m e r i l o r u m Filii sui Domini nostri Jesu Cbrisli ab omni labe peccati fuisse i m m u n e m servatimi, ac in gratia c o n c e p l a m . EL q u i d e m , Beatissime Pater, Ecclesia Calholica vere et fidenlcr de Virgine practical, q u o d ipsa cunctas h i e r c s c s interrecerit in u n i v e r s o m u n d o . His a u l c m fundanienlis innixus, dicerc a u d c o , sed el lotum h o m i n u m g e n u s ad v e n e (idei l u m e n venlurum fore, si hi, qui in l e n e b r i s inlidelilatis s e d c n l , vol Deum a g n o s c e n l c s extra Ecclesiam Calholicam d e g u n l , B c a l a m Virginem c o g n o s c e r e n t , cl ejus virlutes ac e x c e l l c n l i a s notas h a h e r c n l . Q u o m o d o enim earn c o g n o s c e r e n t , nec d i l i g c r c n l ? Et q n o m o d o diligcrcnl, quin Filium ejus Dominum n o s t r u m etiam n o s c e r c d c s i d c r a r c n l , ct c o g n i l u m diligere, el dileclum a p p r e h e n d e r c ? Naturali p r o r s u s g r e s s u in noslra natura e nialris d i l e c lione ad filium diligendum, et e c o n v e r s o c d i l e c l i o n e fìlii ad dilecLione ai'ficiendam nialrem p r o g r c d i m a r . Simili eliam m o d o h o s in r e l i g i o n e Christi, gratia Dei afflante, evenire comportimi est : dilectio Virginis Maria* d i l e c l i o u e m Filii ejus pariti Christi autcin illam P a l r i s : ct n o n n e hrec est viLa alterna, dicebat ipsemet Christus D o m i n u s cum Patre l o q u e n s , ut c o g n o s c a n t h o m i n e s Patroni et, quern niihil, Filium sua in? Hoc a u t e m sic et u o n alitor e v e n i r e luculentissimc e s p l i c a i Divus Bonaventura h i s verbis (in S p e c u l . c a p . 6) : tjn.icungue voluerit gratiam invenire Spiritus Sancii, quwrat florem divinum in Virga ejvsdem Spì?'ilus. Per virgam ad florem, et per florem pervenitur ad Spirilum, qui rcquìescit in ea. Ha?c virga est Maria : per Mariam pervenimus ad


APPENDICE Ii. Christum, et per Christum l u c u l e n l i u s dici polest'?

invcnimus

f/ratiam

Spiritus

Sancii.

Quid clarius ar

Ibcc ilaquc. Beatissime P a t e r . iiicuLu rrvolvens, slatini ас Vesica S a u d i t a » Concilium Vaticanum indixil, ad Vostra: Sanclilalis pedes Ii umili p r e c e a c c e d e r r in c o r d e hahui, c i r o g i l a t i o n c s cordis mei c l i a m in aperto poucro d e c r c v i . Magnum eteniin religioni ac p i e t a t i incremeutum o b v e u t u r u m n o n osi d u b i t a n ­ d o n e si Vostra SanctiLas o p u s , vere m a g n u m ci m i r a b i l e , q u o d inccepil, et perficial. Vostra p r o f e d o S a n c t i t a s , sanctorum Patrum Iradilionibus, qui Boa (issi mani Virginem s e m p e r impollulani, i n c o r r u p t a m , ci i m m a c u l a t a m i'uisse prrodicabanl, ìnnixa, s a c r o r u m q u e A n l ì s l i t u m fulcila sufl'ragiis. d e s i d o ria etiam et vota Catbolicoruin Regimi, ac l o l i u s populi christiani c o g n o s c c n s , p o s t plurimas preces ad D e u m Uptimum. Maximum, ut propter majorem e j u s gloriani, ас Virginis Maria: suinmam dignitatem m a g i s prrodicandam, Spiritus Sancii gratia m infondere dignaretur, quo Calholica v c r i l a s o m n i n o p a n d e r c l u r , soleinniter declaravil d o c l r i n a m , qua docci Bcatissiinani Virginem intuitu meritorum Filii ejus Jesu Christi Domini nostri, ab o m n i labe in sua C o n c e p ­ itone i m m u n e m fuisse s c r v a l a m , esse a D c o r e v e l a t a m , quod Sanclissimuj T r i ­ ni tati g l o r i a m , Angel is Irolitiam, populo chrisliauo gauditim, ipsi a u l e m Virgini Maria. m a x i m u m inier h o m i n e s contulil s p l e n d o r e m . Magnum hoc opus 1'uil, Beatissime Pater, m e l i u s d i c a m , mirabile ас ineffabile. 1

1

Initiurn dicrum Sauclissiniro Deigcnitricis p r c l i o s i s s i m a redimivit corona, ас ccelcstibus Vostra S a n c t i t a s splcndoribus cireuindodit. Nonne prol'oclo hiuc Beatissima Virgo Mater Dei esse voltiisscl., qua:, n e uno q u i d e m t e m p o r a m o m e n t o , ipsi c h a r a , e l a c c e p t a , el a m i c a n o n f u i s s e l ? N o n n e AugeJoruin Regina noniinari, ac c o n s t i t u i , quro, una sallcin m o r u l a , m i n u s pura quam ipsi A n g e l i i n c o n s p e c t u Dei a p p a r u i s s e l ? Nonne in d i e m o n e s i m p o n i m i e x e r e c r e . cum principi o m n i u m i n f e r n a r u m polcstatuni per p e c c a t u m , etiam ad I c v i s s i nium l e m p u s subjccta f u i s s e t ? Haje omnia, n e m p e , supra A n g e l o s principaluin, s u p r a S p i r i t u s ncqui Lia? I m p e r i u m , mediante divina m a l c r n i l a t e Sacratissima Dcigenitrix ossequi d c b e b a l : s e d , quid illi profìciebat A n g c l o r u m s c r v i t i u m , drcraunum s u b j c c l i o , ac d i v i n a m a l c r n i l a s , d u m illi n o n inorai o m n i m o d a puritas'? Mis itaque hujusceniodi stantibus, dico, et r e d i c a m puritatis c o r o n a m ab initio, id est, a p r i m o suro vitro instanti in Virgilio Maria, sicul Bla fuit, q u a ab initio S p o n s u s c a d c s l i s , qui cani ab а Ч е п ю c o l u n i b a m vidit immaculaLam, p e r ­ fecta ni, a m i c a m , e t totani p u r a m , earn decoravit, oliani illam e s s e , sine qua Sauctissima Virgo ad d i v i n a m o b l i n e n d a m m a l e r n i t a t e m n u n q u a m evehi p o l u i s s c l . Vostra p r o i n d e S a n c t i t a s sroculorum d e s i d c r i a , Patrum v o l a , et f i d e l i u m c \ p l u v i ! p i e l a t e m , d u m p r i m o Beala* Virginis Maria in vita mortali m o m e n t o laurcani decrevit i m m u n i t a t i s a c u l p a , puritatis, e l gratia:. Iguoscal mihi, n u n c s u p p l e x oro, Vestra S a n c t i t a s , si interrogare a u d e o : e l n o n n e , qui V i r g i n e m Dei MaLrcm foluram, de du?mone, peccati l a b c m in g e n u s h u m a n u n i ex ore s u o n c q u i s s i m o v o m e n l c m , in p r i m o sua vitro instanti declaravil Iriumphantcni, ipsius Virginis de m o r t e , qua? est poena peccati a quo i m m u n i s servata fuil, p e r fcctum ac o m n i m o d u m t r i u m p h u m v c l a m i n e quodain c o o p c r l u m rclinquct? 1

1

T e m p u s a d e s t , B e a t i s s i m e P a t e r , quo terrarum orbis plaudal m a n i b u s , ac s u p r a modurn c x u l t c l , c u m a Vostra- S a n c l i t a l i s o r a c u l o , in rebus iìdei ci


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LA DUCTllINE DE LWSSOMPTJOiV

morum loquenli, oinnino infallibili audicril de fide t e n e n d u m B e a l i s s i m a m Virginem Mariani, vh'Lilc Domini nostri Jesu Christi, a tnortuis r e s u r r c x i s s e el. in corpore o l anima assmnplarn fuisso in c a d u m , ubi continuo pro nobis p r c catur Dominum n o s t r u m , ut m i s c r e a t u r n o s t r i , el ilium propilium nobis r e d dat. Loqualur i l a q u e Vostra S a u c l i l a s , et, quod incu'pil, porficial o p u s , ut sciaut g o n l c s , quia Domina nobis est in c u d o , qua* sicul m i s e r i c o r s est et pia, ita el polena ad bulvandum virtute Filii sui. Intendat e r g o pi'osperc S a n c l i t a s Vestra, ac n o v i s s i m o s et vere meriLos Virgini DeigoniLrici d e c o r n a i b o n o r e s , quo ipsa sole a m i c l a , omniaqtic, qiue in terra sunt p e d i b u s p r a m e u s , ut D o m i n a ac Regina c e r n a t u r : ac damionibus appareat, ut s e m p e r , l e r r i b i l i s , fìdclibus autem uL pia Mater, amabilis, fidei a u t e m s e m p e r infensis h o s t i b u s , ut a c i e s c a s l r o r u m ordinata, lerribilis, his d o n i q u e , qui in iniìdclitatc ac ha?resi v e r s a n lur, ut sol r e f u l g e n s , quo c a d e s t e l u m e n aspiciaul, e t ari v c r a m fìdem et Ecclesia? Calholica? siuum el ip^i adveniant. Maxima e t e n i m bona ex bujus piissimo? tradilionis de fide Lenendo? d c c l a r a l i o n c solomni animabus advcnicnL, m a g n a q u e Ecclesia; CaLholica* g l o r i a , m a g n u m q u e in terris Beatissima? Virgini deuus. Ipsa c t i a m , qua; l u e r e s c s c u n c t a s intercinit in universo m u n d o , caput antiqui s e r p e n t i s s u p e r omnia se e x l o l l e r e bisce vero nefandis temporibus c o n t c n d e n t i s c o n t e r e i ; p r i n c e p s q u e ipse l e n e brarum, voluti novo vulneri* s a u c i u s , etsi fu r e u s , t r e m e n s tarnen, ad i m a inferni prseceps abibit, cum vidcat se loinpus. ci o p e r a m p e r d i d i s s c in virLulibus a c excellcntiis Beata; Virgin is o p e iniquoruin h o m i n u m iulìciandis, c i e x p e r i m e n t o capiat lìdelem catholicorum p o p u l u m firma fide tenere ac c r e d e r e p i i s s i m a m Matrern Yirgiucm Mariam, c a r n e indù tum incorra pLa atque g l o r i o s a , in c a d i s una c u m Filio s e d e r e , ubi nostras p r e c e s c x a u d i l , et coram Deo s u p p l e x t'undil, ut nostri inisercalur. Quid autem de hujus mundi p o l e s t a t i b u s , ac de Inerelicis, p o l c n t i a ac divitiis t u m e n t i b u s , ac Beligionem Calholieam lotis viribus v e x a n t i b u s , di c a m ? Ipsi c l e u h n , in curribus ac c q u i l i h u s , in divitiis ac viribus sapienlia? carnalis c o n ß d e n l e s , Ecclcsiam Dei v e x a r e , el ejus pastores persequi n o n d e s i n u n t , slulto c r e d e n t e s quod rapiendo bona Ecclesia , destruere p o s s i m i ejus p o l c s t a teni, et ad carceres ci cxiliuin adigenLcs P a s t o r e s , d e s t r u e r e q u i b u n l g r e g e m Christi : nos l a m e n in n o m i n e Domini i n v o c a b i m u s , noe umilino l i m e b i m u s , scicntes nostram piihsiiuam Matrern c u m c a r n e g l o r i o s a , in q u a i p s i u s m c l anima, dum vitaui a g e r c l lerrenam, gladio doloris translìxa fu il, in coelis s e d e r e , nostra? tribulationis ac miseria; n o n i m i n e m o r c m , i m o vere m e m o r e m , q u i p p c , quas n o s palimur, animi angustias ac d o l o r e s et monrorcs oh puenam peccati, ipsa c t i a m , licet vere innoccns ac i m p o l l u l a , p a s s a e s t , i d e o q u e a m p l i u s nostrum miscrclur. 1

Quid interea de Ecclesia Catholica dicendum crii, dum ipsa B c a l a m Virginem quotidie s u n m d e c u s , f u l c i m c n l u m e l praesidium, e t s u a m g l o r i a m et lionorilìccntiam appellai? Ipsa p r o f e c l o , qua , de tot l a n l i s q u e p e r i c u ì i s h u j u s B e a t i s sima? Virgin is p r e s i d i o crepta est, qua? etiam fìrmitcr credit c a m c o n t i n u o precari Dominum nostrum in cu?lis, ul lìdei h o s i i u m i m p e t u s cohibcat, ac daemonum artes cludat, nee contra earn inferi porta; pra?valcant, de lanta . D o m i n a a dextris eualcslis Regis s e d e n t i s , ac in vcstiLu aureo c i r c u m d a t a varietale juxta Filii thronum a d s l a n l i s , magnificentia e t g l o r i a a m p l i u s g a u d e b i t , 1

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APPENDICK II.

polcnLerquc ac fidculer j a c u l o fidei h o s l c s vorilalis proslcrnol. Ipsa c l e n i m g a u d c n s de l a n h e Ho.gimo ]>oLcaüa, uhiqim ol s e m p e r do ilia e a n t a b i t , q u o d pt'aiclarissiiuus ejusdom Virginis dignilalis p r o p u g n a l o ^ , Cyrillus Aloxandriuus in Concilio Ephcsiuo riccantahal, ad ipsain in spirilu lidci Virginem verba faciens ; Tu enini, diccbat, es pret iosa margarita orbis terrarum. tu lampas inexlinguihilis, corona Vt'rginUatis, templum indissolubile, sceplrum orthodoxe fidei (HonuL eoiNestor.), Num t a n d e m , Beatissime P a l e r , et de ipsius s a c r a Ü S M i m c Virginis gloria» in terris i n c r e m e n t o quidquam niibi adjicero liccat, ut anima m e a , de lauta Virginis gloria Lraclando in e a c x u l l c t , et g a m b o ilio h n p l e a l u r , q u e m habet lilius, dum de malris bonitalc ac pulebriludine s e r m o n e m tacit. Duo saneta Ecclesia de Dcigenilricis n o v i s s i m i s in terra instanlibus ac temporibus canit; cani, n e m p e , pro c o n d i l i o n e carnis m o r t e m oppeliissc, i p s a m q u e ad ccelos a s s u m p l a m l'uissc. Quod a s s e r i i , d u m g l o r i o s a m haue colil A s s i n n p l i o n c m , ac publice p r o fitclur, quod, licet ex c o n d i l i o n e carnis m i g r a s s e c o g n o s c i t , in ccelis tarnen pro n o b i s i n t e r c e d e r e ; q u o d e t prerarlur, ul seuliainus (In m i s s a A s s u m p l . ß . M. V . ) . Quanta proinde gloria Deigcnitrici obveiiict, c u m de ilia certa fide praedicari p o s s i l incorruptum n u n c c o r p u s ac gloriosum habere in c c e l K sicut a p r i m o sutn vita; instanti i m p o l l u t a m ac i n c o n l a m i n a l a m animain h a b u i s s c firmissima lido c r e d i m u s ? Magnum deinde ac singulare P r i v i l e g i u m , cujus virlule Virgo Beata in primo sua* vita; m o m e n t o s e r p e n l i s caput coutrivit, alio prorsus s i n g o l a r i et novo coronatum videbilur, ac eailem Virgo per omnia Filio suo s i m i l lima, in concepimmo n e m p c , el. in m o r i e ac r e s u r r e c t i o n e conspicilur. S a n c t u s c i ìmpuìlulns c r a i F i l i u s , c o q u o d crai Filius Dei; s a n e l a utique ac i m p o l l u l a fuit Maria, quia futura erat Mater Dei. Habebat Filius illam sauclilatcni, e l in suo c o u c c p l u , e l in s u a v i t a , vi natura* divina;; qum omnia habuil Maria ex Dei gratia. Morluus csl Filius, ul nostra p e c c a t a d o l e r c i , cum mori m m q u a m d c b u i s s c l , qui s e m p e r i u n o c e n s lucrai el s e g r e g a t u s a labcrnaculis p e c c a l o r u i n , et c(ßlis excelsior l'actus: morLua c s l cliam Mater, quaì iunocens ac sine macula s e m p e r lucrai, ac m o r t e m subiit ex condilione naturae, n o n tarnen ex poena peccati quod ncc levussimc q u i d e m incurril. R e s u r r e x i l Filius terlia die, et a d crclos asccndil, ac s e d e i a c d c x l c r a m Palris : el. n o n n e resurgeret Maler? N o n n o in pulvere u s q u e ad c o n s u m m a ü o n e m sajculi r e q u i e s c e r c l ? Qua; Filio p e r o m n i a similis fuiL ac in i n n o c e n t i a ac virLulibus Uli comparabilis, ac d i a m c u m ilio passionimi pcrtulil, tormenta, ac d o l o r e s quae ilio patiebatur in c o r p o r e , s u s l i n e n s eL ipsa in a n i m a , e l j a c u l o mortis ob l'ilii a n i o r e m se subjecil, in a l i i s ad gloriam et e x a l t a l i o n c m pcrtinenlibus Filio similis n o n osseiV Similis in l a b o r i b u s , ac d i s s i m i l i s in prannio? Similis in m o r i e , ac dissimilis in Iriumpho e l in gloria? Absil : absil, n a m c o r o n a j usti Lia; s i m i l i l u d i n e m expclebal, a m o r a u t e m Filii d i s s i m i l i l u d i n e m in g l o r i a n o n p a t i e b a t u r . 1

Si a u t e m in lam ineffabili s a c r a m e n l o naturali rationi s u u m s e n s u m e x p r i m e r c liccat, i l l a m , p o s l q u a m , qua; in corpore Virginis patrata' sunt m a g n a l i a , ex fide cognoscit, audirc n o n pigeai. Ex eo e n i m c o r p u s illud i'ormavit S p i r i t u s S a n c t u s , quod V e r b u m a s s u m p s i t , ut nos r e d i m e r c i : inlra Virginis c o r p o r i s claustra sacratissirna p e r n o v c m m e n s e s Filius Dei c o m m o r a l u s e*l, ex V i r g i n i s substantia s u b s t a n l i a m s u m e n s , ac ex ejus vita vilam hauriens : ubera a u t e m sanctissima fragrantia u n g u e n l i s optimis e u m d e m F i l i u m Dei laclavcrunl : labia


LA DOCTRINE DE l/ASSOMPTION. illa, villa coccínea splendidiora, millies uiilliesque. in labi is ac g e n i s Sanctissinii pucri Jesu iníixa sunt : oculi auleni illi, virginilalis ac p u r i l a l i s s p e c u l u m , de quihns opium* dici polest, ijuod v u l n e r a v e n m l pr;i n i m i a pulohritudiur Regem gloria:, ceni ics c l i a m , e c u t i o q u e lacrymas cll'uderunl, qua: cum in Iiis, quas pra: ('rigore el fame cliam olfundebal iiiJ'aii>, m i s r e b a u l u r , ulrisquo in imam, veluli inargarilam, c o a í o e o n L i h u s . El nonne tabcrnacuJum, in quo Lot mirabilia palrala su ni, et illuni comprchcudiL, q u e m Ierra et cuuliim capero non p o s s u n l , veluli tabcrnacula p e c c a t o r u m in pulvcrr.m a b i r e l , e l , ul eajlerol'iim j u s l o r u m , in terra requiescerct, u s q u e d u m , tuba c l a n g e n t e Ange.loruiu, o m n e s oinnino e pulvere s u r g a n l , ul quod pro m e n t i s q u i s q u e babel, onirics prorsus accipianl? Nonne sacrum lo tin* TriniLatis c i m e l i u m in umbra requies e c r e t m o r t i s ; s a n g u i s , ex. quo i l l e , qui m u n d u m r e d c m i l , l'ormalus est, e v a p o raliunu c v a n e s c e r e l , et caro, in qua Vorbuni raro factum e s t , c o r p u s q u e in quo sedil, dum infans, dum p u e r , qui s e d e i s u p e r c h e r u b i m , i n i e r a n g u s t i a s s e p u l chrales clausuni m a n o r e l ? i

Nihil h e r u m alüs&ima: Virginio D c i g c n i l r i c i s dignitali c o n v e n i r e ratio ipsa suadet : i m o , ipsa ratione d u c e , d i e c r e p o s s u m u s nullo m o d o a d perfectioncni rerum divinarum convenire, ul Virginis Mairi* Dei de m o r t e victoria u.squc a d illuni d i e m , in quo o m n e s h o m i n e s de niorsu inferni v i c l o r c s o r i m i , transieratur. Decebal e l e n i m , ul, qua: in p r i m o sure vita; m o m e n t o ilavinonem contrivit ac vicit, i n novissimo, de m o r t e omiiino victrix exis Lerci. ChrisLns eiihn Jesus m o r i e propria morlem d c s l r u x i l , j u x l a quod scriptum fu orai : Absorplu est mors in victoria \Osec x i u , H i . S e d qineiiam J'uil luce victoria? Jila p r o f e c l o , por quam Christus, semel poccato deicLo, por quod mors i n i r a v i l i n niundiuii, et j a m m o r l e m vicit ac d e l e v i l . Par hominem namque, ail A p o s t o l u s , mors, et per hominem resurrect io morluorutn (/ Cor, xv, 21). Ihec a u l c m mortuoriini resurrectio n o n nisi ilio o r d i n e liei, quern idem Apostolus dcserihil d i c c n s : Primi/im Christus : deinde //, qui sun/ Christi qui in adventv ejus crcdideruul (ibid. (JuapropLer luce Christi supra m o r t e m vicLoriam d u o tempori* m o m e n t a c o m p l c c l i l u r , ut p l e n a , ac universalis apparcat : p r e c l a r a u t i q u e ar. rulilans h a : c Christi victoria fuit, dum ipsemel a m o r l u i s r e s u r r e x i t : sed pra¡clarior adhuc ac illuslrior ronspiriofur, c u m , o m n i b u s j u s t i s virtule ejus a m o r l u i s s u s c i l a l i s , ac redivivi*, e l c a d e s l i b u s c i r c u m a m i c t i s p l e n d o r i b u s , rcgnum ipse (Christus tradet Deo et Patri, cum evacua ver it omnem principa tum, et po/estalem, et virtutem (lhi<L v. 24). IiiLcrea tarnen, o m n i b u s h o m i n i b u s post labilem v i l a m in orcum e u n l i b u s , a l i q u a n l u m imperii i n Lerra m o r t e m habere dici p o l e s t • sed ilio o m n i u m n o m i n i m i r e s u r r c c l i o n i s a d v e n í a n l e m o m e n t o , mors ipsa m o r t e m in i e t e m u m s u b i r e Icnebilur : j u s l i q u e omne& cum Christo jam redivivi, ipsimel morii ex probrare p o l e r a n l , dicen los : Tibi est mors victoria tua? Ubi est mors stimulus tuns? (Ibid. v. on). P i e n i s s i m a p r o i n d e in illa die ac universalis Christi supra m o r t e m M c l o r i a l a u d a b i t u r ; d u m i l l a m , quam ipse p r o p r ü s meritis ac virtule, in die sua r e s u r r c c l i o n i s o b l i n u i l o m n e s umilino h o m i n e s , unusquisque l a m e n in ordine s u o , ipsius meritis ac p o l e n l i a obtinuerunl : n a m , leste A p o s t o l o , Novissima inimica destmetnr mors (I Cor. xv, 26). t

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En ergo natura et clVecLus victorias Christi supra m o r l e m : de m o r i e e t inferno Christus est victor : de m o r t e otiaiu viclorcs e r u n l o m n e s sancii : sed


APPENDICE II. vicloria ilia victoria Filii Dei (licencia, luce auleui s m u r i m i ìioiiiiiianda : ilio namqiie statini post m o r t e m , ipsamet contrivit ac calcavil, propria de inl'cris resurgendo v i r l i d e , et e n wcloria Filii : si a u loin non nisi post mille, vol lus mille annos de m o r t e v i c l o r e s existent,'el en virlnria s c n o r u i n . El nonne F i l i n s , qui m o r t e m vieil et i n t e r n u m , o m n e s q u o j u s lo.* in n o v i s s i m o dio e pulvere r e s u r g e r e tacici, e o d e m agerel m o d o c u m Maire, qua' mortis pnmaiu non incurril eo quod nunquain peccatum l'ecit, ac c u m M ü s aduplionis, qui lalic primi parentis infecti in n i u n d u m \ e n e r u n t , ac mortis poena ob peccatimi inulctati. in pulverem rodarti l'uenuil? Nonne ipsa, quii in rcdinicndis bominibus F i l i u m siunniopere juvil. a i ' m o r t e m oppctiit, non ut solverei pumam peccati a q u o s e m p e r fuit i m m u n i s , sod ut in omuibus s i m i l i s c&sct Filio, plus similitudinis h a b e r e l in morte ac r e s u r r e c l i o n e c u m servis q u a m c u m Filin? Naturalis ratio hase credere refugit : n a m Mater simililudincm habet c u m Filio, n o n c u m r*cvvis; n e e . si u n u m n a t u r a l e m Filium habet, et a d o p t i o n i s p l n r i m o s , natura c o n fer! illi simililudinein c u m Iiis, dum o m n e quod illa est, in Filium n a t u ™ IraiibferL : ideo([ue. naturalis ratio, lidei lumino illustrala, c o n v e n i e n l i a m r e s u r rertionis et a s s u m p t i o n s Virginis a g u o s c e u s , eo quod Maler est Filii Dei, s a p i c n l i a m q u e , rl b o n i l a t e m Dei etiam, Optimi, Maximi, qui, quod coiivcnil, ut liât ad majorem glorialo s u a m , facil, i n l o l l i g e n s , hoc e s s e factum confitelur. 1

E r g o , Beatissime Pater, quod >ancloruni Patrum tonet traditio, quod E c c l e sia universa profitetur; quod cathedra Apostolica, s u p e r quam Vostra sedit Sanotitas, ore pieno p n e d i c a t , prieclarissima Virginio in n e l o s assumpla, sole.ninitatc ac l'estivitatc insLiluta; quod lìdelcs po[»uli s u m m a e x u l l a ü o n e p r o t i t e u tur, ac sincera lido c r e d i m i ; quod denique ratio calholica tanta' Virginis , i a n c tilati ac dignitali c o n v e n i r e s u a d e l , hoc Vostra S a u c l i l a s , in r e b u s iidem et m o r e s continoli Libus perlractaiidis, a c ex cathedra defìniendis falli nescia, e o n lirmarc dignetur, et Bealissim;e Virginis Maria; gloriosnm in corpore cl a n i m a (•(clos ashumplionem da iìde esse credendam ac t e n e n d a m decornai., ul in line, s a x u l o r u m hoc s o l u t i o n ubique tcrrarum lidelos h a b e a n l , ac in laulis fidei ac \ e n e rcligionis amitlenda; c o s t i t u t i [periculis] ad Matrom g l o r i o . s a m in corpore et anima in c i plis regnanteni a«*. propc Filium s c d e i i t e m , el c u m i l i o , dp nostra salute et incolumitate p c r l r a c l a n l c m ac p r e c a n l e m lìrma lido et certa spe cucurrant, e l ejus intercessione g r a t i a m obliueaut in auxilio o p p o r tuno, el ipsius sanclissimu* Malris g l o r i a m c o n t e m p l a n t e s d u m c o m n i o r a n t u r in terris, ad e a m d c m licci illi Virgin! i m p a r a l i posi vani lai os mundi spreta.*, el p o m p a s s a n i l i tanquam slercora projccla* a c diaboli insidias dclusas. pervenire exoptenl ac mercantili'. 1

E n e r g o , Beatissimo P a l e r , ardentissimum c o r d i s mei desiderimi! propalam p a l e f a c l u m , V o s l r i c q u c no lu m Sanctilali. Nihil o m n i n o dcesl pretiosissinne corona q u a m lexuit S p o n s a Chrisli Ecclesia Calholica, u l dilcclissima; Malris s n œ Virginis Maria; sacrata tempora ornarci, si tarnen h o c e x c i p i a m u s : 11011dum e l c u i m de tide t e n e n d u m dccrevil ipsam in corpore glorioso ad ccolos a s s u m p t a m fuisse, sed Iradilionem A p o s t o l o r u m ac P a t r u m accepit, ci scrvavit liacque suirulla, s o l c m n i l a l c m ac fcsluni l i n d i s s i m a ; Dei geuilricis ad e n d o s assumpla: inslituit. S e d n o n n e Deus hanc Vostra Sanctilali gloriam reservavit? 1

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1. Deest in originali.


I.Л DOCTRINE DE l/ASSOMPTION. Hoc ¿taque huniili prcco, B e a l i s s h n e Pater, Episeoporuui n o \ i s s i i n u s Veslraiu dcpt'ücaUírSanctilaloin. Et, licet m á x i m o a q u a r u m ac terrarum spatio a sanclisbima Urbe disjunctus, atque ab o m n i impi-ícsonliarum v e n e r a b i l i u m Kralrum consortium a b l e g a t u s , diccrc l a m e n non vercor, «muios ad Concilium Valicaiium j a m iíer í'acicnLes ac p r o p e r a n t c s , sacrorum A n l i s l i l e s , si iHoruní j u d i c i u m Vestra Sanctitas exquircre d i g n c t u r , idem dicturos, eumdernque scnsuní h a b i t a ros : quininio et ipsi l'orsitan o a m d c m gratiam Vestram S a n c t i t a t e m d e p r e c a buntur. Interca etiam diccre, el a s s e r c r e , audeo hoc Vestra; Sanctitati g a u d i u m n i a g n u m , maximamqiie animi c o n s o l a l i o n c m pariturum : nam corona imrnorlalis gloria; Vestra cingel S a n e l i l a s illud puiclierrimum c a p u l , illudque pretios U s i m u m c o r p u s , cujus a n i m a m innocentia; ac puritatis l a u r e a in primo surc e x i s l c n l i a ; m o m e n t o d e c o r a t a m , ac vestimento juslilia; i n d u t a m i'uissc jam dcclaravil; h i n e q u e flcL, ut qui f u l g e n l i s s i m a m ac prajclarissimam coro nam ad pedes Dcigcnitricis collocavil, ut e a m de áspide inlerni victriccín in primo suavita; m o m e n t o l'uisse o m n e s firma lide proiilercntur, a l t e r a m e t i a m , illi non i m p a r e m , pro novissimo c j u s d c m vita m o m e n t o o n m i m o d a de mortc victoria d e c o r a n d o , deccruat. 1

Nunc t a n d e m , Bcalissime P a l e r , Vestram d e p r e c o r SanciilaLcm, ut mi hi, ас c l e r o , et populo mea , cura; c o m m i s s o , Vestram Sanctam A p u s t o l i c a m q u c l í e n c d i c t i o n e m impartiri dignctur, d u m Dcum humili proco e x o r o , ut o m n i a Vestra* Sanctitati, ac sánela; Ecclcsia* prospera ac felicia o b v e n i a n t . Apud sanctum CbrisLophorum de Avana, die XV Scptcmbris, anni Domini MDCCCf-XIX. 1

BliATISbLME

Р Л Т Е И ,

Vcslra; S a n c l i l a ü s humillimub íilius, t HYACIKTIIUS Млшл, E p b c o p u s S. Cbristopimri de A v a n a .


APPENDICE III

UUELQUES SUPPLIQUES ÉPISCOPALES *. I MB

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GIUSEPPE IZZO, é v è q u e do Cava et S a r n o .

Beatissimo Padre, Reduce dal Santuario di P o m p e i , dove c o n diciotto altri Vescovi ebbi parte alle grandi solennità pel « Venticinquesimo A n n i v e r s a r i o » dell' arrivo in quel luogo dell' l m a g i n e p r o d i g i o s a del S S . R o s a r i o , e desideroso di s e c o n d a r e la risoluzione presa di accordo c o n essi, quella cioè di « promovorc totis viribus la Definizione D o m m a l i c a dell' Assunzione di Maria in a n i m a e corpo al Cielo », ini prostro innanzi al trono della Santità Vostra c o n tutto il m i o G r e g g e , e prego i n s t a n l e m e n l c Vostra Santità ad i n c a s t r a r e quell'altra g e m m a sulla splendida c o r o n a , clic da secoli circonda il c a p o dell' I m m a c o l a t a Regina, d e l l a Piena di grazia, della Madre-Vergine di Dio. I tanti privilegi di q u e s t a più che u m a n a creatura l a q u a l e , p e r la s u a D i v i n a maternità, entro al possibile noli ordine della i p o s t a l i c a Unione, r e c l a m a n o al Lamento quel!' altro ancora dell' assunzione i n a n i m a e corpo in p a r a d i s o ; cosi c h e , m a n c a n d o q u e s t o , gli altri restano in c c r l a g u i s a incompleti. Intendo b e n e c h e n o n s o n o p o c h e nò lievi le difficoltà c h e p o s s o n o elevarsi c o n i c a siffatta definizione; m a so p u r e che la sapienza i s p i r a l a della S. Sede l e sciorrà lutto e c o n pieno trionfo. 1

La Santità vostra a d u n q u e l'accia pago l'ardente desiderio m i o et di tutti i Vescovi dell' Orbe cattolico, del m i o Gregge e di lulli i popoli cattolici, e la divozione a Maria c r e s c e r à , il m o n d o i n c r e d u l o e m a t e r i a l i s t a riceverà u n altro colpo e forse il p o t e n t e , e d il Pontificalo di Vostra S a n l i l à , c h e ò un vero mirac o l o , si circonderà d e l l a gloria, più bella. Prostralo al bacio del S. P i e d e , mi dico di vostra Beatitudine Cava d e i Tirreni 7 ottobre 1900 [jino

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t GIUSEPPE IZZO, Vescovo di Cava e I. L e s 14 s u p p l i q u e s s u i v a n t e s Pompei

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II Bosario

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(Appendice), d'octobre 1900 à août 1901. LA DOCTRINE DE ./ASSOMPTION.

17

Nuova


238

LA DOCTRINE DE L'ASSOMPTION.

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évèque de Cerreto S a n n i t a ,

Beatissimo P a d r e , R e d u c e da Valle di Pompei c o l l e più care impressioni p e r l e tante manifestazioni di fede e Io accorrervi di p o p o l o devoto a f e s t e g g i a r e il P r i m o Giubileo dell Avvento dell I m m a g i n e prodigiosa di .Maria del Rosario in quella terra fortunata, mi prostro ai piedi della Santità Vostra p e r p o r g e r l e u n volo, fedele eco di quello di tutta la Diocesi Telcsina, cioè c h e al s e r t o , che inghirlanda Maria, a g g i u n g a la g e m m a c h e ci m a n c a colla delinizione DommaLica della sua Risurrezione ed Assunzione in Anima e corpo. 1

1

La s a n t a m e m o r i a di Pp. Pio IX alla corona, onde era r e d i m i t a la Madre di Dio, a g g i u n s e un' altra g e m m a c o l l a Delinizione D o m m a l i c a del s u o Immacolato C o n c e p i m e n t o , e la Vergine g l i s o r r i s e colle s u e apparizioni a Lourdes, clic addivenne la terra dei prodigi. Ma nello spero di M a s s a b i e l l e si lasciò vedere colla corona avvolta al braccio, c o m e additando a Lei, o P a d r e Santo, che per via di molteplici Encicliche n o n ha l'atto che p r o m u o v e r e il culto e la devozione del S. Rosario. E davvero in quest' ultimo quarto di s e c o l o la Santità Vostra è stato il vero Apostolo del Rosario, ed è sLalo e g u a l m e n t e c o n s o l a l o nel veder n a s c e r e , crescere e progredire solLo i suoi auspici! il n u o v o Santuario di P o m p e i , ove la Vergine dispensa grazie e favori a n o n £ n i r e da potere ripetere : che quai vuol grazia e. a Lei non ricorre sua desianza vuol volar senz ali. 1

Infatti l'Immagine T a u m a t u r g a di Maria in Valle di P o m p e i è d i v e n u t a Porifiamma dei popoli credenti fra tanto i m p e r v e r s a r e di errori. Quel Santuario, o g g i di suo dominio, è divenuto di fama m o n d i a l e , la m e r c e del sorridere di Maria al suo Apostolato per il s u o tanlo l a r g h e g g i a r e di privilegi e favori verso i sodalizi! e devoli del S. R o s a r i o . Ma fra i misteri che vi si m e d i t a n o n o n v' ò forse, o P a d r e S a n t o , quello della Rizurrezionc ed Assunzione di Maria in anima e c o r p o ? I popoli vi credono, i popoli ci tengono e si farebbe onta alla loro fede il s o l o far sospettare il c o n t r a r i o ; ora perchè n o n pronunziare l'ultima parola a q u e s t o r i g u a r d o ? Per il che ripeto più c a l d a m e n l c l'istanza alla S. V. una al Clero, p o p o l o e sodalizii di q u e s t a Diocesi, e la supplico ad apporre quest" altro g i o i e l l o a l l a corona che inghirlanda Maria, proclamando d o m m a ciò c h e g i à si c r e d e e m e d i l a n e l Santo Rosario a Lei tanlo a cuore e q u e s t o ad incrementum pietatis. Una inalterata tradizione i n o c u l a t a nella coscienza della c h i e s a dalla voce Apostolica lo ha c o s t a n t e m e n t e affermalo, e ben lo e s p r e s s e u n suo p r e d e c e s s o r e di s a n t a m e m o r i a Papa Benedetto XIV « Assumptionis festumApostolos inslituisse » ^ D c F e s t i s B . Maria; Virg. lib. II c a p . vm). E di q u e s t o s o n o mallevadori T i m o Leo v e s c o v o di Efeso e Dionigi PAreopagita nel S e c o l o III; i d u e Grcgorii, A m o r o g i o , Agostino e Girolamo n e l S e c o l o IV, non c h e il C r i s o s t o m o nel Secolo V, pcrtacerc di altri di epoca p i ù r e c e n t e . Di q u e s t o si p a r l a nei martirologi greco e Ialino, indicandosi c o l l e parole dormizione, pausazione, deposizione e m e t a s t a s i , e fin da e p o c a r e m o t a si praticava il digiuno p r e c e d e n t e m e n t e alla festa dell Assunzione, e q u e s t o e r a i n uso fui dal t e m p o di P a p a Nicolo 1, nato 1


A P P E N D I C E III.

iiclP 8 5 0 , anzi i g r e c i vi digiunavano per b e n 15 giorni. Onde di q u e s t a u n i versale credenza cosi scrisse S. Agostino « Corpus Virginis escam vcrmibus traditwn sentir? nonvaleo, diccre perhorresco ». P o s t o il Domina dell I m m a coiaio C o n c e p i m e n t o , una logica stringente ci obbliga a credere che quella carne purissima, c h e formò rUmanilà del Figlio di Dio, n o n doveva, e n è p o teva disiarsi nella polve del sepolcro, m a al pari di quella del Figlio doveva risorgere. 1

Per tutte q u e s l o considerazioni svoltesi per l a mente ne santuario di P o m p e i , e c o m e m o s s o da materna voce, supplico la Santità Vostra a n o n lasciare ad altri la gloria di a g g i u n g e r e quest' ultima g e m m a alla c o r o n a c h e i'a b e l l a la Madre di Dio. Propizio n*è il t e m p o , anzi o p p o r t u n o e c o m e a dire m a t u r o , p e r che la definizione di q u e s t o d o m m a mentre dall' universo sarà la più s e v e r a c o n d a n n a dell' o d i e r n o materialismo e di quanti si d i s s e t a n o nel truogolo della sensualità, e s c l u d e n d o ogni vita di oltre t o m b a , d'altronde nella coscienza dei popoli magnificerà il concetto di Chiesa e d e l P a p a t o , coprendoli di lustro e di prestigio. Per il che io qui s o l l o s c r i t t o quale interprete dei s e n t i m e n t i d e l popolo a m e affidato, s c i o l g o il voto fatto a piò d e l l ' I m a g i n e T a u m a t u r g a di Maria di s u p p l i care Vostra Santità c h e si n o m a Gioacchino, a d e p o r r e s u l capo dell Immacolata Figlia di S. Gioacchino la corona sopraindicata colla definizione d o m i n a l i c a della sua Risurrezione ed Assunzione in a n i m a e corpo. E quando un tal volo la mercè vostra, diverrà l'alto, allora per la gloria del c o m p i u t o d e s i o , auspice la S. V. spero n e l Santuario di Pompei i n l u o n a r c l'Inno del r i n g r a z i a m e n t o , iride di Pace p e r la Chiesa, di gloria pel Pontificalo c di b e n e s s e r e c m o r a l e rinnovamento p e r la s o c i e t à e la famielìa. 1

Con tale v o t o Le basio il Sacro Piede, i m p l o r a n d o su m e v Finterà Diocesi l'Apostolica B e n e d i z i o n e . Della Santità Vostra Umil"" e d e v » f

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figliuolo i n G