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A magazine focusing on art & fashion

5 the summer issue


DITORIAL EDITOR BONJOUR,

bienvenue dans ce cinquième numéro de Veine. Dédié à l’été, nous avons choisi 9 artistes dont le travail se rattachait, selon nous, et d’une façon ou d’une autre, à ce thème. Par le calme des images, par l’utilisation des couleurs, par le placement des éléments dans l’espace, par les sujets traités… Bref, nous souhaitions créer un objet qui parle de souvenirs, d’un temps unique, différent du reste de l’année, et significatif pour tout un chacun.

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La série d’Amanda Jasnowski est d’ailleurs entièrement basée sur cette idée. Elle nous livre une série calme, colorée, à la fois fraîche et brûlante, une sorte d’été indien, à la pluie chaude. Mais ce numéro est aussi, et surtout, notre numéro anniversaire. Veine a déjà un an, et nous en sommes très fiers. Du premier essai, monté seul, à aujourd’hui, l’évolution est énorme, et, vous le verrez dans ce numéro, nous tentons de faire à chaque fois mieux. Nous avons pour vocation de vous offrir, tous les 3 mois, un objet sérieux, précis, et communiquant nos goûts et notre esthétique. Cependant, nous en sommes au balbutiement. Tout reste encore à faire, pour que Veine devienne véritablement présent dans la presse papier, et que se développe tout ce que nous voulons en faire. Les idées nous viennent sans cesse, et nous espérons que vous nous suivrez jusqu’au bout. Bientôt, nous serons grand.

En attendant, bonne lecture à vous, et encore merci.

Guillaume Ferrand Rédacteur en chef Anne Wiss Directrice Artistique


VEINE MAGAZINE

RIAL EDITORIAL E HI,

welcome in this 5th issue of Veine. Dedicated to summer, we’ve chosen 9 artists whom the work is related, for us, and in a way or another, to this theme. Through the peace of images, the use of colors, the elements’ place in space the subjects… To sum it up, we wanted a piece talking of memories, of a unique temporality, different from the rest of the year,and significantfor every one.

Moreover, Amanda Jasnowski’s series is entirely based on this idea. She delivers a quiet story, colorful, both fresh and warm, an indian summer, surrounded by hot rain. But this issue is also, and more especially, our birthday issue. Veine is already one year old, and we are very proud of it. From the first try, built alone, until today, the evolution is huge, and, as you’ll see in this issue, we try every time to do better. We aims to bring you, quarterly, a serious product, accurate,and sharingour tastes and aesthetic. But this is just the beginning. Everything is still to be done to make Veine truly present in the paper press, and to develop everything we want to do. Ideas never stop, and we hope that you’ll follow us until the end. Soon, we’ll be big.

Until there, enjoy your reading, and thank you again. Guillaume Ferrand Editor in chief Anne Wiss Creative Director

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EMMA BENNETT ERIC CAHAN LISA WASSMANN NICHOLAS ALAN COPE SZE TSUNG LEONG TALITA HOFFMANN THERESA BLOISE YAGO HORTAL ZANDER OLSEN


VEINE MAGAZINE

COVER

Hattie Watson by Amanda Jasnowski

INTERVIEWS 6 14 34 40 72 80 88 114 120

Eric Cahan Emma Bennett Talita Hoffmann Lisa Wassmann Sze Tsung Leong Theresa Bloise Nicholas Alan Cope Zander Olsen Yago Hortal

PHOTOSHOOTS 22 54

Matthieu Belin « Summer Breath » by Amanda Jasnowski

REVIEWS 52 62 70

Men/Women Women Men

TEAM Rédacteur en chef Guillaume Ferrand guillaumeferrand@veinemagazine.fr Directrice artistique Anne Wiss annewiss@veinemagazine.fr Fashion Editor Katarina Jansdottir katarinaj@veinemagazine.fr Crédits page 4-5 : backyardcitypools.wordpress.com pages 50, 60, 67, 68 : Veine Magazine Pour toutes informations ou pour devenir annonceur, contactez - nous à postmaster@veinemagazine.fr Pour tout le reste, retrouvez - nous sur notre site www.veinemagazine.fr

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INTERVIEW

ERIC CAHAN 6

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VEINE MAGAZINE Nous aimons beaucoup le travail d’Eric Cahan. Son idée, unique, de photographier les couleurs du ciel à certains moments de la journée, offrent un résultat hyper contemporain. Si l’aspect est numérique, l’artiste retouche en fait très peu ses images. Se référant à des artistes tels que Rothko, il cherche à capturer l’aspect quasi irréel de la lumière. C’est un art contrasté, entre science et poésie.

VEINE MAGAZINE/ Bonjour Éric, avant tout, peux-tu me dire qui tu es ? Où es-tu, que fais-tu ? ERIC CAHAN/ Eh bien, je suis un photographe, un sculpteur, et en attente d’un meilleur travail, un artiste. J’ai appris ma technique à l’âge de 20 ans en tant que photographe commercial, puis mon travail et mes intérêts ont évolué en même temps que mes photos, puis mes sculptures, qui sont à leur façon des représentations en trois dimensions de mes photographies. À la fois faites pour capturer et manipuler la lumière, elles représentent la sensation de regarder dans le ciel ou l’océan. La façon dont la lumière agit et interagit avec la matière des sculptures dépend entièrement de leur environnement. Si c’est en extérieur, la terre et le ciel sont visibles et filtrés par le matériau, qui est de la résine polyester. Si c’est en intérieur, la résine va refléter la lumière autour d’elle en agissant à la façon d’un prisme. Quel est ton parcours ? Je veux juste continuer à faire de l’art, à aiguiser ma technique, à apprendre de mes erreurs et à grandir. Et bien sûr, plus mon travail est montré au public, plus cela me rend heureux. J’essaie donc vraiment de sortir le plus possible, de voir ce que les autres artistes font et ont fait, à la fois historiquement et actuellement, et de montrer mon travail à l’audience la plus large possible. Je suis heureux de dire que depuis toutes ces années j’ai été assez chanceux pour réunir autour de moi plusieurs supporters loyaux. Quelles sont tes sources d’inspiration ? Je suis inspiré par la nature dans ce qu’elle a de plus sublime. Les artistes que j’admire sont James Turrell, John McCracken, Doug Wheeler, Agnes Martins, et bien sûr Mark Rothko. Plus je suis exposé à l’art, plus je découvre et admire de nouveaux artistes. Ton travail est définitivement actuel. Tes photographies et tes sculptures peuvent être parfois interprétées comme si elles avaient été faites

grâce aux logiciels Adobe, ou, au contraire, comme si elles étaient peintes. En même temps, elles sont ancrées dans une tradition d’artistes tels que Rothko, Soulages, ou autres expressionnistes abstraits tels que Barnett Newman. Que cherches-tu à montrer dans ton travail ? Que veux-tu communiquer ? Je répondrais d’abord à la question sur Adobe Photoshop, que l’on me pose de temps en temps. Mon travail implique un processus technique qui n’a quasiment rien à voir avec Adobe Photoshop. J’utilise le logiciel seulement à la fin : pour ajuster les tonalités ou faire s’accorder les types de papier, et, dans certains cas, ajouter un peu de couleur. Mon travail est en fait réalisé avec des filtres de résine colorée que je fabrique moi-même et que je tiens en face des lentilles avant de shooter. Quand un filtre de couleur est utilisé devant un ciel bleu, cela change toujours la couleur du ciel. Je connais les couleurs que je cherche à représenter et choisi mes filtres en fonction. De nombreux facteurs affectent la capture et la manipulation de la lumière et de l’ombre, ce qui est la raison pour laquelle je travaille toujours au lever ou au coucher du soleil, et également, invariablement, au raz de l’eau : ma mission est de capturer la lumière. La lumière est le véritable objet de ces séries : son mystère constant, la façon qu’elle a de changer et de colorer toute la nature autour. Je suis également influencé par la façon qu’ont les Impressionnistes de représenter la lumière naturelle et ses qualités changeantes, et par l’étude de la Théorie des Couleurs - la science de comment les couleurs, les tonalités et les nuances se combinent pour créer des résultats très variés. Je cherche à traquer la magie de la lumière du lever ou du coucher du soleil. Je trouve que les levers de soleil ont généralement cette teinte marine, mais le ciel a plus de nuages. Si j’attends le bon moment, je peux capturer le reflet clair que l’on peut voir avant le lever du soleil. La température de la couleur change de froid à chaud dans la matinée. Lorsque le soleil est levé les couleurs sont plus

saturées ; je cherche à me concentrer sur les ombres parce que je ne shoote pas directement le soleil. J’imprime ensuite mon travail autant de fois que nécessaire afin qu’aucune erreur n’apparaisse et que le spectateur puisse être totalement plongé dans l’image, et dans le moment que je cherche à capturer. Je reçois également une aide précieuse de mon imprimeur Griffin Editions car nous sommes tous deux perfectionnistes. Les titres de tes photos semblent également importants. Tu écris toujours le lieu, le moment de la journée et l’heure exacte. La plupart de mes photographies de la série « Sky » ont été prises durant mes nombreux voyages. Chaque photographie et sculpture est nommée en fonction du moment et du lieu de sa conception. De cette façon, je tiens une sorte de journal visuel. Durant mes voyages, je découvre ce que je cherche à documenter. Mais travaux sont nommés de façon à m’aider à me souvenir de mes expériences, à la fois visuelles et spirituelles. De plus, cela permet aux spectateurs de se rendre compte de ma façon d’interpréter un lieu et un moment précis. Es-tu intéressé par d’autres formes d’art ? J’ai vu que tu fais de la vidéo, es-tu intéressé par l’idée d’images en mouvement ? En effet. Je travaille actuellement sur des sculptures photographiques que j’aime à appeler des « travaux de verre liquide ». Cela combine mes images à la sculpture. Elles devraient être prête pour mon exposition à la Eric Firestone Gallery cet été. De plus, je continue à travailler sur mes sculptures grand format en résine polyester. Quelle est ta meilleure expérience ? (Exposition, collaboration, …) Je travaille avec Kadar Brock sur une collaboration de peinture dans laquelle je peins des levers de soleil avant qu’il ne les détruise. Je sais que cela sonne très Warhol/Basquiat pour une époque aussi moderne, mais c’est très amusant. Je ne

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INTERVIEW me compare pas au travail de ces deux artistes en particulier, mais le procédé de collaboration me rappelle le leur. Y’a-t-il quelque chose que tu souhaites absolument faire ? Mon but actuel est de voir une de mes sculptures grand format présentée à la High Line, ce qui est je pense l’environnement parfait pour ce travail. La plupart des dégradés s’accordent avec l’architecture du parc et le côté interactif du parc public, fait pour incorporer l’art et la nature dans un environnement urbain. Les travaux seront également très intéressants et interactifs pour les amoureux d’art de tout âge. Les gens réagissent aux sculptures en extérieur sans avoir à connaître leur construction ou leur intention, simplement à cause de la façon qu’elles ont de capturer la lumière naturelle. C’est vraiment une installation parfaite et un rêve que j’espère pouvoir réaliser.

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Et en conclusion, peux-tu nous parler un peu de tes projets à venir ? La prochaine exposition sera à la Eric Firestone Gallery dans le East Hampton cet été. Retrouvez Eric sur internet via : www.ericahan.com

1. Stevens Cove, Block Island RI Sunset 7-41pm 2. Dynamic Gray Gradient 2 3. Bridgehampton, NY Sunset 7-48pm 2


VEINE MAGAZINE

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INTERVIEW 1

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VEINE MAGAZINE

VEINE MAGAZINE/ Hi Eric, first of all, could you please tell us who you are ? Where you are, what you do ? ERIC CAHAN/ Well, I’m a photographer, sculptor, and, for lack of a better work, an artist. I learned my craft in my twenties as a commercial photographer and my work and interests in life have evolved as has my photographs and now my sculptures, which are in their own way three-dimensional interpretations of my photographs. Similarly meant to capture and manipulate light, they conjure the sensation of looking into the sky or the ocean. The way light behaves and interacts with the material of the sculptures depends entirely on the their environment. If outdoors, earth and sky are visible through and filtered by the their material, which is a polyester resin. If indoors, the resin will predominately reflect the light around it, acting much like a prism. What is your career pathway ? I just want to keep making art, and to keep honing my craft and learning from my mistakes and growing. And of course, the more public exposure my art gets, the happier I am. So I do try to getout there as much as possible, to see what other artists are doing and have done both historically and currently, and to show my work to as broad an audience as possible. I’m happy to say over the years I’ve been lucky enough to gather several loyal supporters. What/who are you inspired by ? I am inspired by nature at its most sublime. Artists that I admire are James Turrell, John McCracken, Doug Wheeler, Agnes Martins, and of course Mark Rothko. The more art I am exposed to, the more artists I admire. Your work is definitely current. Your photographs and sculptures could be sometimes interpreted as they’ve been made through Adobe softwares, or, on the contrary, as if they were painted. In the meantime, they’re anchored in the traditions of artists such as Rothko, Soulages, or other Abstract Expressionist such as Barnett Newman.

What do you try to convey through your work ? What do you want to say/show ? Well, first I’ll address the Adobe Photoshop question, which I do hear from time to time. My work involves an elaborate technical process that has almost nothing to do with Adobe Photoshop. I will only use that software for the final tweaks : to tone photos to match the paper type and, in some cases, add a bit of color curves. The actual process is done with colored resin filters I make myself and hold in front of the lens before I shoot a picture. When a color filter is used against a blue sky, it always alters the color of the sky. I know the colors I am trying to conjure and choose the filter accordingly. Many factors affect the capturing and manipulating of light and shadow, which is why I work at sunrise and sunset and also, invariably, at the water’s edge : My mission is to capture light. Light is the true subject of this series : its constant mystery, the way it shifts and colors everything around it in nature. Also influencing my thinking is the Impressionists’ depiction of natural light and its ever-changing qualities, and the artist’s study of Color Theory – the science of how colors, tones, and hues combine to create widely varied determinable results. I am particularly compelled to pursue the magical light of a sunrise or sunset. I find that sunrises usually have a marine layer, but the sky has fewer clouds. If he waits for just the right moment, he can capture the clear glow before the sun rises. The color temperature changes from cool to warm in the morning. At sunset, colors are more saturated ; he tends to focus on shadows because he’s not shooting directly into the sun. I then print the work as many times as necessary so no blemishes appear and the viewer can be drawn in to the image, and to the moment I wanted to capture. I get great help from my printer Griffin Editions as we both strive for the same level of, for lack of a better word, perfection. The photographs’ titles seem important too. You always write the place, the moment of the day and the exact hour. Most of the photographs in Sky Series were taken during my extensive travels. Each photograph and sculpture is titled with the time and location of its

conception. In this way, I keep a sort of visual journal. During my travels, I discover what I want to document. My works are titled to remind me of the experience, both visually and spiritually. In addition, viewers are made aware of my interpretation of a specific time and place. Are you interested in other forms of art ? I’ve seen you’ve made a video, are you interested in making your photographs move ? Indeed. I’m working now on sculptural photographs that I’m calling liquid glass works. It combines my photos with sculpture. They should be ready for my show at Eric Firestone Gallery this summer. Also, I’m continuing to work on my larger scale outdoor polyester resin sculptures. What is your best experience ? (Exhibitions, collaborations,… I am working with Kadar Brock on a painting collaboration in which I am painting sunsets and he keeps destroying them. I know it sounds very Warhol/ Basquiat for a modern era but it’s great fun. Not that I’m comparing my work to those particular artists, but the process of collaboration is reminiscent of theirs. Is there something you absolutely want to do ? My current goal is to have one of my largescale outdoor sculptures displayed on the High Line, which I think is a perfect environment. Most of the gradient wedges complement to the Park’s architectural design and the interactive nature of the public park, which is meant to incorporate art and nature in an urban setting, Also the works will be great fun and interactive for art lovers of all ages. People respond to the outdoor sculptures without having to know anything about their construction or intention, because of the way they capture and reflect natural light. It’s really a perfect setting and a dream I hope I can fulfill. And as a conclusion, can you tell us a little bit about your upcoming projects ? My next exhibition is at the Eric Firestone Gallery in East Hampton this summer, 2012. You can find Eric on the internet via : www.ericahan.com

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INTERVIEW

1. Tri-Color Diptych Gradient Wedge 3 2.Manzanillo Costa Rica Sunset 5-09pm 3. San Paulo, Brazil Sunrise 6-55am

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VEINE MAGAZINE

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EMMA BENNETT

La peinture d’Emma Bennett absorbe. Du vide qui vous aspire, aux références mêlées, elle est le reflet d’une génération artistique forte de ses connaissances, et en quête de renouvellement. Le noir intense de ses natures mortes pose la base d’un vide faisant le lien, contrastant avec l’hyper-réalisme à l’esthétique historique, entre Renaissance et Art Nouveau. Curieux comme toujours, nous avons cherché à en savoir plus.

VEINE MAGAZINE/ Bonjour Emma, avant tout peux-tu nous dire qui tu es ? Où es-tu, que fais-tu ? EMMA BENNETT/ Bonjour ! Mon nom est Emma Bennett, et je suis une artiste basée à Londres. Quel est ton parcours ? J’ai grandi dans une petite ville marchande dans le Wales entourée par la nature et la campagne. J’ai quitté la maison en 1992 pour étudier la peinture au Central Saint Martin’s College of Art à Londres et, après avoir obtenu mon diplôme en 96, je suis partie au Chelsea College of Art and design pour passer mon MA, de 97 à 98. Depuis je vis et travaille à Londres. J’ai un studio au studio Voltaire, qui est une organisation d’art indépendante proposant des studios à petits prix dans le sud de 14 Londres, et je suis représentée par Charlie Smith London, une galerie située sur Old Street dans le East End. Ton travail est clairement influencé par la peinture classique, tout en étant définitivement contemporain. Quelles sont tes sources d’inspiration ? Je suis inspirée à la fois par l’art contemporain et historique, par les films et la littérature, mais également par mes propres expériences (bonnes ou mauvaises) et par la vie des autres. Dans mon travail, je fais des références directes aux peintres allemands et italiens des XVIIe et XVIIIe siècles ainsi qu’à la peinture abstraite du XXe siècle. J’ai une fascination toute particulière pour les peintres de natures mortes allemands et flamands du XVIIe siècle tels que Willem van Aelst, Abraham Mignon, Jan Davidsz de Heem, Rachel Ruysch et Johannes Bosschaert par exemple, mais également pour les références à l’art historique telles que, Le Caravage, Chardin, Rembrandt et Courbet. Je suis également influencée

par les peintres abstraits du XXe siècle tels que Morris Louis, Barnett Newman, Robert Ryman, Cy Twombly, Frank Stella et Yves Klein, mais aussi par des artistes tels que Ross Bleckner, Jonathan Lasker, Sigmar Polke et Felix Gonzalez Torres. Le contraste entre classicisme et modernité est-il quelque chose d’important pour toi ? Oui, j’explore dans mon travail la relation entre abstraction et représentation ; contemporain et historique ; signifiant et signifié. Le contraste entre classicisme et modernité est important pour moi parce qu’il fait parti du continuum de l’art (qui peut être comparé au continuum de la vie, ou à l’existence humaine). Je n’ai reçu aucun apprentissage d’histoire de l’art, mais ai fait mes propres recherches pour trouver des idées et des images qui pourraient correspondre à ma propre conception de la vie et de la mort, du temps et de l’espace. Pour je ne sais quelle raison, il semblerait que je travaille d’arrière en avant, puisque mes études m’ont ramené en arrière dans le temps, depuis le contemporain jusqu’à l’historique ! Dans tes peintures, nous retrouvons ces éléments de natures mortes, toujours entourés d’un noir profond. Y a-t-il une symbolique derrière ça ? Quand je commence une peinture, je recouvre l’ensemble de la surface de la toile avec une peinture à l’huile Lamp Black (pigments très denses). Je fais référence au concept de vide en commençant par un monochrome de noir intense, supposé créer un espace au dessus (ou au travers) de la peinture, permettant de contempler le temps que nous avons pour vivre et notre relation aux autres choses vivantes. Comme je l’ai dit, mes peintures parlent de temps, et en même temps qu’elles font référence à différentes périodes de

l’histoire de l’art, elles sont également un mélange de procédés rapides et lents, de représentations précises et d’abstraction spontanée. Mes peintures combinent des surfaces représentant le vide, des éléments picturaux, des illusions d’espaces intérieurs et extérieurs, et des interventions abstraites. La composition de ces différents éléments souhaite représenter des moments de vie individuels, à suggérer le mouvement ou l’immobilité, et le contraste sombre ou lumineux de la nuit et du jour. Que cherches-tu à montrer dans ton travail ? Est-il purement esthétique, comme l’ « Aesthetic Movement » du XIXe siècle, ou estce plus conceptuel ? À la différence des artistes de l’Aesthetic Movement, qui pensaient que l’art ne devait pas avoir d’autres fonctions que de procurer des sensations de plaisirs raffinés et de la beauté, je suis d’accord avec Frank Stella qui dit que « le but de l’art est de créer de l’espace… Un espace dans lequel les sujets de peinture peuvent vivre ». En fait, je me sens plus proche de l’existentialisme que de l’esthétisme, et je décris mes peintures comme des recherches personnelles dans les émotions associées à la mort et au fait de mourir, comme des contemplations de la valeur de la vie et des choses vivantes, comme une exploration amusante de la peinture et du fait de peindre. Donc, non, mon travail n’est pas purement esthétique. Es-tu intéressée par d’autres formes d’art ? J’ai une passion pour la peinture et je la décrirais comme mon « premier amour », mais oui, je suis également intéressée par d’autres formes d’art visuel (la vidéo en particulier), la danse et la musique. En plus de la peinture, je suis également impliquée dans l’écriture, l’enregistrement et la performance musicale - je joue de la basse dans un groupe appelé Dear Thief.


VEINE MAGAZINE Quelle est ta meilleure expérience ? (Collaborations, expositions, …) J’aime voyager pour voir de l’art, et une de mes meilleures expériences est d’être allée à Rome pour voir les peintures du Caravage. J’en ai trouvé 16 à différents endroits de la ville, dont quelquesunes dans leur contexte d’origine. Mes peintures voyagent plus que moi, mais j’ai été dans un certain nombre d’endroits, pour voir de l’art, tels que New York, Paris, Amsterdam, Berlin, Venise et Naples. Les meilleurs moments de ma carrière sont : mon exposition personnelle « Death & Co » à la Charlie Smith Gallery à Londres en 2010 ; avoir fait parti du prix de peinture John Moore à la Walker Gallery, à Liverpool en 2002, et ma sélection récente pour le East Wing X, l’exposition Material Matter, qui est présentée au Courtauld Institute of Art à Londres jusqu’en juillet 2013. En conclusion, peux-tu nous parler un peu de tes projets à venir ? Je travaille actuellement sur ma prochaine exposition personnelle, qui ouvrirale 6 septembre à la Charlie Smith Gallery à Londres.

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Retrouvez Emma Bennet sur internet via : www.emmabennett.info

For Want of Sleep, Oil on Canvas, 140 x 110cm 2010


And the Still Hour, Oil and French enamel on board, 30.5 x 25.5cm, 2011

INTERVIEW

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Ardour, Oil on Canvas, 140cm x 110cm, 2011

VEINE MAGAZINE

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Disgrace, Oil and French enamel on Canvas, 140 x 110cm, 2009

INTERVIEW

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VEINE MAGAZINE

VEINE MAGAZINE/ Hi Emma, first of all, can you please tell us who you are ? Where you are, what you do ? EMMA BENNETT/ Hello/Bonjour ! My name is Emma Bennett and I’m a Londonbased artist. What is your career pathway ? I grew up in a small market town in Wales surrounded by nature and the countryside. I left home in 1992 to study painting at Central Saint Martin’s College of Art in London and, after graduating in ‘96, I went on to Chelsea College of Art and Design to do an MA from ’97 to ’98. Ever since then I have lived and worked in London. I have a studio at Studio Voltaire, which is an independent contemporary arts organization that provides affordable studios in south London, and I am represented by Charlie Smith London, a gallery situated on Old Street in the east end. Your work is clearly influenced by classical paintings, while being definitely modern. What / who are your inspiration sources ? I’m inspired by both contemporary and historical art, along with film and literature, but equally by my own life experiences (good and bad) and the narratives of other people’s lives. Within my work I make a direct reference to 17th and 18th century Dutch and Italian painting and 20th century abstraction. I have a particular fascination with the work of seventeenth century Dutch and Flemish still life painters such as Willem van Aelst, Abraham Mignon, Jan Davidsz de Heem, Rachel Ruysch and Johannes Bosschaert for example, but other significant art historical references include, Caravaggio, Chardin, Rembrandt and Courbet. I am equally influenced by 20th century abstractionists such as Morris Louis, Barnett Newman, Robert Ryman, Cy Twombly, Frank Stella and Yves Klein and, other notable references include Ross Bleckner, Jonathan Lasker, Sigmar Polke and Felix Gonzalez Torres. Is the contrast between classicism and modernity something important for you ? Yes, within my work I explore the relationship between abstraction and representation ; contemporary and historical ; signifier and signified.

The contrast between classicism and modernity is important to me because it is a part of the whole continuum of art (which can be compared to the continuum of life/ human existence). I have never had any formal art history education, but I conduct my own research by looking at the whole history of art seeking out ideas and images that resonate with my own thoughts about life / death, time and space. For some reason, I seem to be working from back to front, as my studies have taken me in reverse chronology, from the contemporary to the historical ! In your paintings, there are those central still-life elements, always surrounded by a deep black. Is there a symbolic behind it ? When I start a painting, I entirely cover the surface of the canvas in Lamp Black oil paint. I make reference to the concept of the void by starting with a dense black monochrome. They are intended to create a space upon (or within) which to contemplate the time we have to live and our relationship to other living things. As I’ve mentioned, the paintings are about time, and as well as referencing different periods of art history they also use a mixture of fast and slow processes, of precise representation and spontaneous abstract mark-making. The paintings combine void-like surfaces, pictorial elements, illusions of interior and exterior spaces, and abstract interventions. The composition of these different elements are intended to be representative of individual journeys through life, to suggest stillness and or movement, and to contrast dark and light or night and day. What do you try to convey through your work ? Is it purely aesthetic, as the « Aesthetic Movement » from the XIX° century, or more conceptual ? In contrast to the artists of the aesthetic movement, who believed that art did not have any purpose other than to provide refined sensuous pleasure and to be beautiful, I agree with Frank Stella who said ‘the aim of art is to create space… a space within which the subjects of painting can live’. In fact, I have more connection with existentialism than with aestheticism and I’d describe my paintings as personal investigations into

the emotions associated with death and dying, as contemplations on the value of life and living things, and as playful explorations of paint and painting. So, no, my work is not purely aesthetic. Are you interested in other forms of art ? I have a passion for painting and would describe it as my ‘first love’ but, yes, I am also interested in other forms of visual art (particularly film), dance and music. As well as making paintings, I am also involved in writing, recording and performing music - I play bass guitar in a band called Dear Thief. What is your best experience ? (collaborations, exhibitions,…) I love travelling to see art and one of my best experiences was when I went to Rome to look at Caravaggio paintings. I found sixteen of them around the city, some of which were in their original contexts. My paintings travel more frequently than I do, but I have been to a number of places to see art including New York, Paris, Amsterdam, Berlin, Venice and Naples. My career highlights include : my last solo show ‘Death & Co.’ at Charlie Smith London in 2010 ; inclusion in the John Moores painting prize at the Walker Gallery, Liverpool in 2002 ; and, my recent selection into the East Wing X, Material Matters exhibition, which is on show at the Courtauld Institute of Art in London until July 2013. And as a conclusion, can you tell us a little bit about your upcoming projects ? I am currently working towards my next solo show, which will open on the 6th of September at Charlie Smith London. You can find Emma on the internet via : www.emmabennett.info

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Disgrace, Oil and French enamel on Canvas, 140 x 110cm, 2009

INTERVIEW

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Shame, Oil on Canvas, 140 x 110cm 2009

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photoshoot INTERVIEW

Matthieu Belin

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Personal works and editorials by Matthieu Belin


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INTERVIEW

Une parenthèse. Voilà ce que représente, pour nous, le travail de Talita Hoffmann. Un peu fatigués de l’illustration actuelle, nous avons été étonnés de découvrir les peintures de cette artiste brésilienne. Entre simplicité et profondeur, son travail est à lire par couches. D’abord attiré par l’aspect enfantin, le regard remarque assez vite les symboles, et les éléments plus sombres, qui composent l’ensemble de son oeuvre. C’est une artiste à découvrir avec un coeur d’enfant, par le biais d’un regard d’adulte.

VEINE MAGAZINE/ Bonjour Talita, avant tout, peux-tu te présenter ? Où es-tu, que fais-tu ? TALITA HOFFMANN/ Je suis une artiste basée à Sao Paulo, au Brésil. Je dessine des peintures et peins des dessins (et de temps en temps je couds).

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Quel est ton parcours ? Je suis jeune, j’ai commencé à peindre quelque part autour de 2007 et je n’ai jamais arrêté depuis. Quelles sont tes sources d’inspiration ? La musique, la nature, l’électricité, les paysages ruraux et les travailleurs. La musique Country et Bluegrass et son imagerie. Le naïf et les artistes folk tels que Henry Darger et Henri Rousseau, et le photographe Walker Evans. Ton travail a cette esthétique naïve, enfantine, qui cache quelque chose de plus sombre. Quand on y paie attention, on commence à y voir des animaux étranges, des éléments bizarres, ou la mort. Est-ce que ce double sens est important pour toi ? Je n’aime pas vraiment le terme « enfantin » (mais je comprends bien sûr où tu veux en venir) mais je pense mon travail en terme d’images simples, de symboles basiques que nous connaissons tous depuis longtemps, mais mis ensemble les uns avec les autres ils créent cette narration plus « sombre » (je n’aime pas vraiment le terme « sombre », « inhabituel » est peut être mieux). J’aime vraiment les réactions instinctives que

certains des éléments visuels peuvent nous procurer, et ces combinaisons et réinterprétations sont ce qu’il y a de plus excitant pour moi, dans toutes les formes d’art. Que cherche - tu à montrer dans ton travail ? Peu importe l’histoire que le spectateur y voit, peu importe où cette imagerie et ces symboles peuvent le mener, ça me va. Que veux-tu que le spectateur comprenne ? Je travaille généralement pour moi, avec cette façon de raconter des histoires un peu intuitives, ce qui signifie que peu importe ce que le spectateur y voit, cela ne devrait pas être contrôlé (en tout cas je n’aime pas ça). Bien sûr j’y pense, mais j’essaye de ne pas trop laisser cela peser sur mon travail, parce que j’ai peur que ça me restreigne. Penses-tu que ton travail soit plus fait pour des expositions ou pour des livres ? Pourquoi ? Les deux me plaisent tout autant. Quelle est ta meilleure expérience ? (expositions, collaborations, …) Développer mon travail pour des expositions individuelles est un super challenge, et c’est ce que je préfère. Faire que chaque pièce appartient au même concept, le tout dans une période de production intense, c’est ce qui est pour moi la meilleure expérience, et depuis longtemps.

Y’a-t-il quelque chose que tu souhaites absolument faire ? Actuellement, je serais très heureuse si quelques bras en plus m’été ajoutés. Et en conclusion, peux-tu nous en dire un peu plus sur tes projets à venir ? Je travaille sur des peintures pour une exposition personnelle à Sao Paulo, en 2013. Je souhaite également développer un genre de B.D, bientôt. Retrouvez Talita sur internet via : www.talitahoffmann.com

1. Untitled - acrylic and indian ink on paper - 66 x 96 cm - 2011 2. Autoharp - acrylic on canvas - 100 x 150 cm - 2011 3. Untitled - acrylic on canvas - 207 x 187 cm - 2011 4. Matchbox - acrylic and indian ink on paper - 80 x 60 cm- 2011


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INTERVIEW VEINE MAGAZINE/ Hi Talita, first of all, could you please tell us who you are ? Where you are, what you do ? TALITA HOFFMAN/ I’m an artist, based in São Paulo, Brazil. I draw paintings and paint drawings (and occasionally sew). What is your career pathway ? I’m young, started painting somewhere around 2007 and absolutely haven’t stopped since. What/who are you inspired by ? Music, nature, electricity, rural landscapes and workers. Country and bluegrass music and imagery. Naive and folk artists such as Henry Darger and Henri Rousseau, and photographer Walker Evans. Your work has this naive, childish aesthetic that hides something darker. When you pay attention to it, you start to see strange animals, weird elements, death. Is this double meaning important to you ? I don’t really like the term « childish » (but of course I understand where you come from) but I think of it as simpler images, 38 basic symbols that we understand from a long time, but put together in this sort of « darker » narrative (but I don’t really think of it as dark, perhaps unusual is better). I really like the instinctive response some visual elements have on us, and this combination and reinterpretation is the most exciting thing for me, in all art forms. What do you try to convey through your work ? Whatever story the viewer pleases, wherever it might take them viewing those symbols and imagery. What do you want the viewer to understand ? I usually work for myself, with this sort of intuitive story telling, meaning that witch ever reading the viewer gets is something that shouldn’t be really controlled (at least I don’t like to). Of course I think about it, but I try not to let it weight so much on the work, because I feel it ties me up a little.

Do you think your work is more made for exhibitions than for books, or editorials ? Why ? I really love doing both things. What is your best experience ? (exhibitions, collaborations,…) Developing works for individual exhibitions is a great challenge, and my favorite. Making each piece belonging to the same concept, in an intense period of production, it’s what has been so far the best growing experience for me. Is there something you absolutely want to do ? Right now, I would be glad if a couple extra arms were implanted on me. And as a conclusion, can you tell us a little bit about your upcoming projects ? I’m working on paintings for a solo exhibition here in São Paulo, in 2013. I also plan on developing some sort of comic book, soon. Retrouvez Talita sur internet via : www.talitahoffmann.com 3


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LISA WASSMANN Si nous avons contacté Lisa Wassmann, c’est que nous avons été touchés par l’immédiateté de ses images. Proche de l’univers de Larry Clark ou Nan Goldin à leurs débuts, elle met en place un concept brutal, aux instants saisies sur le vif, comme ses séries sur les soirées ou les festivals. Cette jeune artiste est générationnelle. C’est son histoire qui l’inspire, les expériences et les voyages. Nous voulions la mettre en avant, dans ce numéro dédié à la lumière et à l’instant.


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VEINE MAGAZINE/ Bonjour Lisa, avant tout, peux-tu nous dire qui tu es ? Où es-tu, que fais-tu ? LISA WASSMANN/ Je suis née et ai grandi à Berlin-Ouest en 1982. Je suis la fille d’un magicien et d’une ingénieuse du son. J’ai passé la plupart de mon enfance dans les théâtres de Berlin-Ouest, où mes parents travaillaient. Je voyage beaucoup pour trouver l’inspiration de mes photos et mes vidéos avant de revenir à Berlin pour finaliser mon travail. J’ai commencé à me spécialiser dans la photo il y a six ans. Les premières images que j’ai prises étaient des photos de choses que je trouvais intéressante, comme mes amis, ou l’atmosphère des clubs de Berlin. Quel est ton parcours ? J’ai commencé par prendre des images dans les clubs de Berlin tels que le Rio ou le Scala avant que ça commence à être vraiment rempli de touristes. Après avoir fait ça pendant un an j’ai rencontré un mec qui travaillait pour Vice Magazine pendant une nuit très étrange au Panorama Bar. J’ai donc commencé à travailler sur ces soirées comme photographe. Le réseau m’a conduit à Cornelius Opper, qui tenait le meilleur club de la ville. À part ça j’ai utilisé les clubs pour trouver des garçons et des filles pour mes shootings. La plupart sont toujours mes amis. Quels sont tes sources d’inspiration ? La nature, voyager, les gens que je rencontre. Quel est ton procédé créatif ? Comment commences - tu un nouveau travail ? C’est dur à expliquer, je fais ça depuis tellement d’années. Et j’ai tellement d’idées que je travaille tout le temps, donc il n’y a ni début ni fin. Une fois qu’une idée est faite, ça laisse la place pour d’autres. Ton travail appartient à cette ligne de photographes, tel que les premières séries de Larry Clark, ou Nan Goldin, qui tentent de trouver de la poésie dans le quotidien, le non - montré, le non - vu. Il y a une immédiateté dans tes images qui les rendent plus réel. Es-tu d’accord avec ça ?

Est-ce quelque chose que tu tentes d’exprimer ? Je suis très flatté que tu mettes mon nom au niveau de ces grands artistes, et je suis d’accord avec ça. Je n’essaie pas d’exprimer quelque chose en particulier, je le fais, c’est tout. Mes images sont parfois mises en scène, mais toujours influencées par les choses en mouvement, telles que la lumière, le vent ou l’eau, elles sont juste un moyen de décrire les personnes dont je fais les portraits. T’intéresses-tu as d’autres formes d’art ? Je fais de plus en plus de vidéo afin d’exprimer des choses qui ne peuvent être montrées que par l’image en mouvement. Quelle est ta meilleure expérience ? (collaborations, expositions, …) C’est une question difficile. Je trouve des challenges dans tout, et tout ce que je fais appartient à un processus de travail similaire. Récemment quelqu’un m’a offert l’opportunité de tenir un magazine, c’est plutôt excitant. Mais pour être honnête, la meilleure expérience est de réussir à survivre grâce à mon travail. 43

En conclusion, peux-tu nous parler de tes projets à venir ? Je viens d’exposer à Athènes, où je suis supposée rester pour la semaine. Je suis arrivée là-bas il y a un mois, et là j’y retourne. C’est plutôt difficile là-bas en ce moment et d’une certaine façon, ça me rappelle le Berlin des années 90, avec tous ces immeubles vides au centre de la ville. Je me suis fait beaucoup de nouveaux amis et ai créé un blog pour relater de mon expérience www.athinatales.com. Je ne suis pas sûr du moment où je retournerai à Berlin, peut-être quand je penserai avoir tout vu… Ou quand Berlin me manquera. Retrouvez Lisa sur internet via : www.lisawassmann.com

1. To Dispend a Meeting 2. Texas 3 3. Texas 1


INTERVIEW VEINE MAGAZINE/ Hi Lisa, first of all, can you please tell us who you are ? Where you are, what you do ? LISA WASSMANN/ I was born and raised in West Berlin in 1982. I’m the daughter of a magician and a sound engineer. I’ve spent most of my childhood in West Berlin theatres, where my parents used to work. I am traveling a lot to get inspiration for my photos and my video work, until I go back to my base in Berlin to work on the material. I started focusing on photography about six years ago. The first pictures I took were photos of things I found interesting, like my friends and the atmosphere in the Berlin clubs. What is your career pathway ? In the beginning I started to take pictures in clubs around Berlin, such as the Rio or the Scala, before it started getting really busy with tourists. After doing this for a year I met a guy, on a very strange night at the Panorama Bar, who worked for Vice Magazine. So I started working on their parties as a photographer. Their network brought me to Cornelius Opper, who owned the best club in town. Besides that, I was 44 using the clubs to look for boys and girls for my photo shoots. Most of them are still my friends. What / who are your inspiration sources ? The Nature, traveling, the people I meet. What is your creative process ? How do you start a new work ? This is hard to explain, I’ve been doing this for so long now. And I do have so many ideas that I never stop working, so there is no beginning and no end. Once an idea is done, it makes space for the next one. Your work relates to this line of photographers, such as Larry Clark’s first photographs, or Nan goldin, who try to find poetry in the everyday life, the unshown, or unseen. There is an immediacy in your pictures that make them more real. Do you agree with it ? Is it something you try to express ? I feel very flattered that you say my name amongst those great artists, and yes I

agree with that. I do not try to express anything, I just do it. The photographs are sometimes staged but influencedby everchanging moving things such as light, wind or water, and are just a way to underwrite the persons’characters I am portraying. Are you interested in other forms of art ? I am doing more and more video to express things you can only show through a moving image. What is your best experience ? (collaborations, exhibitions,…) Thats a though question. Well I see a challenge in everything and everything I do has a very fluent work process. Recently, somebody offered me the chance to curate a magazine, that’s quiet exciting. But to be honest, the best experience is to survive somehow through your artwork. And as a conclusion, can you tell us a little bit about your upcoming projects ? I just had an exhibition in Athens, where I supposed to stay for a week. I ended up there for a month. And now I am going back there again, it is pretty tough over there right now, and somehow reminds me of Berlin back in the 90’s, with all those empty building in the middle of the town. I made a lot of new friends there and created a blog about my experiences (www.athinatales.com). I am not sure of when I will be back in Berlin, maybe when I think I’ve seen everything… Or when I’ll miss Berlin again. You can find Lisa on the internet via : www.lisawassmann.com


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1. Walking On The Moon 2. Berlin Festival 1 3. Athina Tales 2 4. Scala 1

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REVIEW by Katarina Jansdottir

Credits: Veine Magazine and Vogue Uk

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S’il fallait résumer le show de Prada en un seul mot, ce serait « Pouvoir ». Il est partout, dans l’allée du palace, les vêtements et le choix des modèles. En faisant appel à quelques un des plus célèbres acteurs hollywoodiens, Miuccia Prada a persuadé Tim Roth, Willem Dafoe, Adrien Brody et Gary Oldman, qui ont clôturé le défilé de façon majestueuse, de l’aider à présenter la collection à Milan. Explorant régulièrement les concepts de féminisme et les tendances sociales dans ses collections, elle a appelé celle-ci « une parodie du pouvoir masculin ». Ce qui nous est offert est purement visuel - définitivement trompeur. Ce qu’il y a de fantastique avec les collections Prada, c’est combien elles sont intelligentes, entièrement faites de petits détails, et la façon dont la créatrice réussit à transmettre ses idées par le biais des vêtements. Pour l’automne prochain, elle nous parle par le biais d’un « tailoring » strict et sans défauts. On peut entrevoir les cols roulés apparaître sous les chemises. Pas de sacs, mais les manteaux servent de support à tous les accessoires, des lunettes rondes aux médailles de guerre. Le Palazzo s’ouvre pour une conférence de guerre mi-années 30, et l’élite est réunie. Faussement parfait. Il est dit que derrière chaque grand homme se cache une femme. Pour la collection femmes donc, Madame Prada prend une direction similaire à celle de la collection hommes. Ayant totalement évité les pantalons dans ses dernières présentations, elle ne présente, cette fois, que ça. On pouvait même en apercevoir quelques uns dépasser de sous les robes. Les costumes féminins s’ornaient d’imprimés osés, rendant un vibrant hommage aux années 70. De grosses pierres précieuses venaient relever les parures, portées à la manière de simples badges. L’ensemble des parures est en accord avec la couleur de l’immense tapis ; rouge accrocheur pour les hommes et violet - une couleur fortement liée à l’idée de pouvoir - pour les femmes. Subtilement, Miuccia Prada nous montre clairement qui commande.

If you were to summarise the Prada show in one world it would be “power”. It is omnipresent in the Palazzo venue, the clothes and the model casting. Calling in some of Hollywoods greatest actors, Miuccia Prada persuaded Tim Roth, Willem Dafoe, Adrien Brody and Gary Oldman, who majestically closed the show, to help her present the collection in Milan. Often exploring feminism and social tendencies in her collections, she called it “a parody of masculine power”. What we sense is purely visual – entirely deceptive. The wonderful thing about Prada’s collections is how clever they are, down to the small details, and how she manages to convey her ideas through clothing. Next autumn her idea comes undercover of strict and sleek tailoring. Turtlenecks peak up underneath crisp shirts. No bags are shown, instead the coats hold all accessories including round glasses and military badges. Il Palazzo is open for a 1930s in-between wars conference and the elite is gathered. It is deceptively perfect. Behind every great man is an even greater woman, they say. For the women’s collection, Mrs Prada took a similar direction as with the men’s. Having the last few seasons shunned pants entirely, it was what she showed exclusively. Even under dresses pants peeked out. Feminine suits came in bold patterns and a vibrant 1970s colour scheme. Big gemstones were embellished on the garments and worn in the same way as badges. The set is identical safe for the colour of the gigantic carpet ; attention grabbing red for men and purple – a colour closely connected with power – for women. It was clear in a subtle way who is in charge.

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JIL SANDER

Qui est le Patrick Bateman d’aujourd’hui ? L’auteur d’ « American psycho », Bret Easton Ellis, posait la question sur Twitter en mars dernier. Cependant, Raf Simons donnait déjà son avis en janvier. Faisant écho au personnage légendaire - un « yuppie » de Wall Street, en apparence parfait, mais cachant un goût prononcé pour le sang - le designer créait pour Jil Sander une tenue alliant le professionnalisme irréprochable d’un homme d’affaires 54 à la brutalité et à l’esprit obscur d’un serial killer à la conscience mode indéniable. Le point le plus intéressant était l’extérieur trompeur - des vestes noires brillantes faites de cuir ou de nylon ciré, la différence étant difficile à faire de loin. Les matières, ainsi que les détails subtils, rendaient la collection au noir prédominant tout à fait intéressante. Créant un contraste entre l’utilisation excessive du cuir noir et des pulls en tricot représentant des poissons, des dinosaures et des ghetto blasters, le créateur cherchait à nous rappeler que l’innocence de l’enfance peut être oubliée, mais jamais perdue. Alors que la collection hommes était dominée par le noir et le cuir, la femme avait quelque chose de plus subtil, à la fois dans les matières et les couleurs. Pour sa dernière collection pour la marque, Simons a cherché à montrer la journée type de la vie d’une femme. C’est un conte de fées doux et sucré, à l’opposé total de la collection hommes, sombre et sinistre. Il y a une fragilité dans la façon qu’a le premier modèle de tenir fermée sa veste plein pied sans boutons, comme pour se protéger. La connexion entre les deux collections se fait dans la façon qu’a le designer de « casser l’image » ; les jupes, par exemple, sont tranchées par des pans de PVC brillant. On tombe dans l’émotion avec « Tonight, Tonight » des Smashing Pumpkins à la fin du show, se terminant par « Believe in me as I believe in you tonight ». Raf Simons quitte Jil Sander avec une collection automne/hiver faite de la passion et de l’amour de son travail.

Where is Patrick Bateman today ? The author of « American Psycho » Bret Easton Ellis was openly pondering the question over Twitter in March. Raf Simons had already in January offered his take on the question. Echoing the legendary character – a Wall Street yuppie who’s seemingly perfect, safe for an inhuman blood lust – Simons created a look for Jil Sander that united the sleek professionality of a business man with the brutality and dark mindset of a fashion conscious serial killer. The most interesting point is the deceptive exterior – shiny black coats are either made in leather or waxed nylon and it’s difficult to tell the difference from a distance. The materials as well as the subtle detailing make the all-black collection incessantly interesting. Contrasting the brutality of the overuse of black leather are knitted sweaters bearing motifs of fish, dinosaurs and stereos. It’s a reminder of the innocence of childhood that may be forgotten, but not entirely lost. Whereas the menswear was dominated by black and a heavy use of leather, the womenswear was a softer affair both in fabric and colour. For his last collection for the brand Simons wanted to portray the typical day in a woman’s life. It’s a sugary sweet fairytale, the complete opposite of the dark and ominous menswear collection. There’s a sense of fragility in the way the first model clutches shut her buttonless full-length coat, as though to protect her. There is a connection between the two collections in the way he breaks the image ; skirts are slashed with shiny PVC panels for women. It turned emotional with « Tonight, Tonight » by the Smashing Pumpkins playing at the end of the show, ending with the words “Believe in me as I believe in you tonight”. Raf Simons leaves Jil Sander with a set of autumn/winter collections that are filled with passion and love for his craft.


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DAMIR DOMA Pour l’automne/hiver, l’esthétique calme de Damir Doma regarde en arrière dans l’histoire. La collection hommes est ainsi faite de références aux Huns, grâce aux détails folkloriques, alors que l’inspiration principale pour la femme sont les marchands de la Renaissance. C’est l’aspect nomade qui unifie l’ensemble de ces sources, et Doma les remet au goût du jour de façon brillante. Le succès récent du designer se retrouve dans de luxueux éléments, tels que les grandes fourrures. Une expérimentation autour des motifs porte le look encore plus loin. Tous ces éléments apportés au vocabulaire du designer insufflent une nouvelle vie à ses silhouettes floues et drapées. L’aspect androgyne des panoplies apporte quant à lui une force particulière à la collection femmes. Pour adoucir le tout, Doma apporte une large touche d’ocre et des nuances de rose léger. Cela peut sembler sans risque, mais ressemble en fait à un développement naturel dans l’esthétique du créateur. Damir Doma prouve ainsi son grand talent, tout en suivant sa propre ligne de conduite, pour un résultat à la fois beau et intriguant.

For autumn/winter, Damir Doma’s relaxed aesthetic took a look backwards in history. The menswear is filled with references to Huns with folklore details, while the womenswear’s main inspiration being Renaissance merchants. Uniting the two different points is the nomadic aspect of them and Doma brings them into the 21st century in quite a brilliant and charming way. The designer’s recent success is reflected in new luxury elements like big furs. Experimentation with pattern lifted the look further. It’s brought into the Doma vocabulary in an exciting way, breathing new life into his loose silhouettes. The androgynous quality of the look brings particular strength to the womenswear. To soften it Doma brings in a rich touche of okra and hues of soft rose. It doesn’t seem much like risk-taking on either side, but rather a natural development within the aesthetic. Damir Doma asserts that he is a highly talented designer who sticks to his design point of view, to beautiful and intriguing results.

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DRIES VAN NOTEN


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Le choix d’imprimés de Van Noten s’est précisé cette saison. En guise de toile de fond du défilé hommes, les artistes Gies Frieling et Job Wouters avaient pour charge de créer une peinture murale en direct, les lettres colorées mettant en place des citations d’Oscar Wilde. On les retrouvait ensuite en motifs sur les vêtements, associés à des peintures psychédéliques. Pour la femme, Van Noten a trouvé 16 motifs asiatiques dans les archives du Victoria & Albert museum, puis les a photographié avant de les reproduire sur les tissus. Dans les deux cas, le designer démontre son talent exceptionnelle pour la coupe et son oeil en matière d’imprimés. Les deux collections ont en commun leur aspect androgyne ; l’aspect uniforme militaire ajoute un strict tout masculin à la Femme, alors que le psychédélique a quelque chose de glamour dans sa nature rock’n’roll. On pouvait également trouver des pièces plus simples, à l’attention des clients (des deux sexes), poursuivant la construction d’une garde-robe brillante et intemporelle.

The choice of prints for Van Noten this season were refined. Starting with the backdrop of the men’s show with the artists Gies Frieling and Job Wouters creating a wall painting during the show, the colourful letters spelled out quotes from Oscar Wilde. They were refound as prints on the clothes, combined with a psychadelic print. For women, Van Noten found 16 Asian motifs in the Victoria & Albert museum archives, photographing them and then reprinting them on fabric. In both cases, the designer shows off his incredible talent for tailoring and remarkable eye for prints. Both collections meet on a common androgynous ground ; military tailoring adds a masculine strictness for women, while the psychadelia has a gender-bending glamour in its rock’n’roll nature. There are also simpler pieces on offer for the Dries Van Noten customer (of both genders), continuing the construction of a timeless and bright allaround wardrobe.

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ANN DEMEULEMEESTER Quittant le romantisme doux dans lequel elle s’était inscrite ces dernières saisons, Ann Demeulemeester ajoute une touche plus dure à ses collection automne/hiver. L’équipement de désert fluide est remplacé par un « tailoring » plus structuré pour les hommes, et par des drapés en daim épais pour les femmes. Le noir est définitivement la couleur dominante, comme dans la plupart des cas avec Demeulemeester. Le bleu vient trancher avec un indigo plus sombre chez la Femme, alors que les nuances sont d’un bleu électrique chez l’Homme. La créatrice ne nous présente pas exactement de nouveautés. Elle garde sa ligne de conduite, offrant à sa loyale clientèle les rêves et les vêtements pour nourrir ceux qui remplissent déjà leurs garde-robes. Il y a beaucoup d’amour dans tout ça, mais cela reste discret. Cependant, les contes qu’elle nous raconte au travers de ses collections et sa propre conviction ont finalement un impact plus grand que les grandes tendances qui touchent les podium cette saison.

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Breaking the softer romanticism she has showed the past seasons, Ann Demeulemeester added a rougher touch to her autumn/winter collections. The flowy desert gear is swapped for structured tailoring for men and heavy suede drapery for women. Black is for both the dominating colour, as in most cases with Demeulemeester. Blue is the breaker here with a darker indigo for women and a shiny electric hue for men. Demeulemeester doesn’t exactly show news. She works in the same manner of always, providing her loyal clientele with dreams and clothes that already fit into their wardrobes. There’s a lot of love in that, but in a larger context it’s easily overlooked. However, the fairytales she tells in her collections and her conviction has a more powerful result in the end than a lot of the grand offerings that strike all the trend notes of the season.


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Issey Miyake


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AF VANDERVOST An Vandervorst et Filip Arickx tirent régulièrement leur inspiration du travail de Joseph Beuys. Pour leur collection automne/hiver 2012, ils ont créé une compagne fictive pour l’artiste. La légendaire chorégraphe Pina Bausch est l’icône qu’ils explorent, mixant son style vestimentaire simple et masculin avec les costumes coupés biais de ses danseurs. Le résultat est dramatique, principalement grâce au stylisme, aux chapeaux de Stephen Jones, perforés pour permettre de voir, et aux écharpes épaisses cachant les visages des modèles. Cet anonymat ajoute au côté mystique, tout en faisant référence au travail de Beuys. Le draper vient, quant à lui, sous forme de robes de soie aux teintes rosées et émeraudes, contrasté par le « tailoring » lourdement relevé d’or et de pierres précieuses. Tous les éléments sont à leur place et fonctionnent parfaitement ensemble, déclenchant de larges applaudissement dans le public au moment où le duo salut. Cette collection était impressionnante, sûrement la meilleure d’AF Vandervorst.

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An Vandevorst and Filip Arickx have regularly drawn inspiration from Joseph Beuys. For their autumn/ winter 2012 collection they created an imaginary female companion to the German artist. Legendary choreographer Pina Bausch is the icon they explore, merging her simple and masculine style of dress with the simple, biais cut costumes of her dancers. The result is dramatic, much thanks to the styling ; Stephen Jones hats, perforated for vision, and heavy scarves hide the models’ faces. This anonymity adds to the mystique while also serving as a reference to Beuys’ works. Drapery comes in silky dresses of rosy and emerald hues. It’s contrasted by tailoring that is heavily embellished with gold and precious stones. All elements fall into place and fit together so neatly, prompting loud cheers from the audience as the duo took their bow. It was a stunning collection from AF Vandervorst, possibly their best to date.


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MARC JACOBS

Les collections présentées à New York sont généralement plus un business qu’un spectacle, le défilé de Marc Jacobs a donc eu un certain impact. Le décor était fait d’un château de papier en ruines géant, et les tenues étaient inspirées par des icônes aux styles excentriques, telles que Anna Piaggi et Lynn Yaeger. Les volumes des silhouettes sont exagérées au maximum, avec des hanches surdimensionnées et un jeu de différentes couches. Le mélange des matières permet au lurex d’être juxtaposé à des brocarts baroques, alors que les grands chapeaux de vison et les chaussures aux boucles immenses avaient quelque chose d’un pèlerinage. Tout est exagéré, éliminant toute limite. Les inspirations sont le vrai succès de cette collection. Des femmes comme Piaggi et Yaeger ont un véritable amour de la mode, et s’habille pour Elle et pour elles, plutôt que pour les photos. Jacobs est de ceux qui mettent en lumière le paysage mode américain et brisent les conventions d’un paradigme trop sage.

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Fashion shows in New York tend to be more of a business rather than a spectacle, so the show Marc Jacobs put on had quite a big impact. The set was of a giant paper castle in ruins and clothes were inspired by eccentric style icons ; the likes of Anna Piaggi and Lynn Yaeger. Silhouette volumes are turned up to a maximum with the hips exagerated and a layered styling. The mix of materials allows for lurex to be juxtaposed with baroque brocades while big hats made out of mink and shoes with oversized, blinged buckles had a pilgrimish feel about them. Everything is exaggerated, eliminating all limits. The choice of inspiration is the success here. Ladies like Piaggi and Yaeger have a genuine love of fashion and dress up for that and themselves rather than for the cameras. Jacobs is the one who lights up the American fashion landscape and breaks the conventions of a predominantly demure paradigm.


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HAIDER ACKERMANN La consistance est la clef du travail d’Ackermann. Quelques autres designers ont une esthétique immédiatement identifiable, et ce simplement grâce à leur dévouement et à leur passion. Pour l’automne/hiver 2012, Ackermann équilibre le « tailoring » architectural et le drapé fluide. Les silhouettes qui en résultent ont quelque chose de plus urbain que son imagerie récente de voyages en Orient. Son habilité à allonger le corps féminin, lui donnant un aspect fin et élégant, est fabuleuse. Les Obis ceinturent la taille, créant une silhouette en sablier. Les couleurs sont chaude et automnales, principalement faites de terracotta, de burgundie, et en contraste avec un bleu profond. Il y a quelque chose de plus agressif dans cette collection, comme si les femmes portaient des armures, principalement grâce aux 64 vestes en cuir. Cependant, se cachent en - dessous fragilité et sensualité. Le travail d’Ackermann nous séduit par son caractère complexe. C’est une romance se manifestant par la forme des vêtements, et il est presque impossible de ne pas être séduit, et ce saison après saison.

Consistency is the key to Ackermann’s work. Few other designers have such a recognisable aesthetic simply thanks to dedication and passion. For autumn/winter 2012, Ackermann balanced architectural tailoring with fluid drapery. The resulting look is a more high profile urban look compared to his recent imaginary voyages to the Orient. His ability to elongate the female body, giving a lean and elegant look, is astonishing. Obi belts cinch in at the waist, giving an hourglass silhouette. Colours are warm and autumnish, mainly terracotta, burgundy with a contrast of deep midnight blue. There is a more defensive feeling about this particular collection, as if the woman is wearing an armour. Here it consists mainly of tailored leather jackets. Underneath it though we find the same sense of fragility and sensuality in the woman. Ackermann’s work seduces with this complex character. It’s a romance manifesting itself in the shape of clothes, and it’s nearly impossible not to be touched by it, season after season.


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BALENCIAGA En tant qu’un des meilleurs stylistes en matière d’innovations, Nicolas Ghesquière est un de ceux à suivre lorsqu’il s’agit de looks inoubliables. L’automne/hiver a transformé l’ensemble de ses modèles en une compagnie de bureaucrates. Il y avait une touche de science-fiction, une histoire d’agents secrets et d’espions derrière ces cols-blancs. L’inspiration verse dans le kitsch avec des posters de sci-fi des années 80 et des imprimés tigres fluos. Comme toujours chez Balenciaga, le pouvoir est dans la technique. Les silhouettes confortables sont faites de pièces assemblées, les manches sont renforcées par des inserts, les motifs sont créés par broderies, etc. Les héroïnes de Ghesquière sont fortes, sans craintes et professionnelles, avec une touche d’humour et de couleur. Le côté snob est bien géré, pour un résultat splendide. Le dress code imposé par Balenciaga aura peut-être du mal à descendre dans la rue ou à atteindre les bureaux, mais certaines pièces seront sans aucun doutes des « it ». Finalement, la technique parfaite de Ghesquière l’emporte, aidée par un certain charme geek. As one of contemporary fashion’s leading innovators, Nicolas Ghesquière is the one to look to for looks that are unfailingly memorable. Autumn/winter saw him transform his set of models into a company of office workers. There was a hint of future evil corporation with secret agents and spies among the sci-fi white collar workers. A certain kitsch comes with the inspiration and is fully explored with 1980s sci-fi posters are made into prints and neon tiger prints. As it is Balenciaga, the power is in the techniques. Cocoon-ish silhouettes are created with gathering, sleeves are strengthed with inserts, patterns are created with embroidery and so on. Ghesquière’s heroines are strong, unafraid and dressed professionally with a dash of feminine fun and colour. The tackyness is handled well with a charming result. The full dresscode of Balenciaga Incorporated may not make it to the streets, or offices for that, but there are items with an it-quality that will be extracted. In the end, Ghesquière’s incredible craftsmanship wins with a little help from his geeky charms.

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PROENZA SCHOULER Jack McCollough et Lazaro Hernandez abandonnent l’inspiration « Americana » pour partir à l’est avec leur collection automne/hiver. Cependant, on trouve toujours une part de romantisme, inspirée par Yoko Ono, ramenant ainsi les créateurs à leur maison-mère, New York. Les silhouettes amples et les coupe biais ont quelque chose d’une armure de samouraï. Le duo Proenza Schouler se sont eux-même établis comme les techniciens de la scène new yorkaise, chaque saison poussant un peu plus loin les technique de coutures traditionnelles. Ce qui est encore plus sensationnel est la simplicité absolue des tenues. Des références peuvent être trouvées, mais le résultat final est bel et bien unique, et bien au-delà des limites de New York. McCollough et Hernandez ont un talent incontestable et appartiennent à une lignée de créateurs ayant quelque chose de vraiment nouveau à apporter au monde de la mode.

Jack McCollough and Lazaro Hernandez abandoned Americana and looked instead to the East with their autumn/winter collection. Although, there’s still a romantic nostalgia with Yoko Ono as the inspiration, thus also taking it back to their hometown of New York City. Loose fitting silhouettes cut on the biais have a sense of samurai armour about them. The Proenza Schouler duo has established themselves as the main craftsmen of the New York scene, each season taking traditional artisanal techniques and pushing them to new edges. What’s even more sensational is how the look feels completely fresh. References can be found, yet the end result is unique in a large context that is way bigger than New York. McCollough and Hernandez together have an incredible talent and belong to a 66 set of designers that have something genuinely new to give to the world of fashion.


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KRIS VAN ASSCHE Avec le titre « Work 15 », nous savions dès le début quel tournant prendrait Kris Van Assche avec sa collection automne/hiver. Il présentait sur le podium une histoire brève du « workwear ». L’homme Van Assche est toujours placé dans un contexte particulier ; les vêtements de l’artiste tachés de peinture, l’adolescent entrant dans la vie active, l’artisan ou le scientifique dans son laboratoire. En bref, nous avons affaire à un travailleur qui souhaite des vêtements utiles qui ne compromettent pas son style. L’aspect formel est contrebalancé par les silhouettes simples, mais le cliché est évité grâce à de petits trucs stylistique ; un cardigan ceinturé remplace le blazer sur une chemise et une cravate. La palette de couleurs sobres est rehaussée de bleu et de rouge. C’est une collection à l’objectif précis, avec quelque chose de bizarre, en faisant une des meilleures de Van Assche depuis quelques temps.

With the title « Work 15 », it was clear from the beginning what turn Kris Van Assche would take with his autumn/winter collection. On the catwalk he represented a short history of workwear. Van Assche’s man is always placed in a context ; from the paint stained artist’s clothes, the adolescent entering professional life, the manual worker or the scientist in his laboratory. In short, he’s a working man who wants practical clothes without compromising style. Formal is balanced with relaxed silhouettes, but the cliché is avoided with clever styling tricks ; a 70 belted cardigan replaces the blazer over a shirt and tie. The sober colour palette is livened up with blue and red. It is a focused collection that has its quirks and one of the better from Kris Van Assche recently.


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Le designer le plus influent de la mode actuelle est sans aucun doute Raf Simons. Depuis qu’il a lancé sa marque éponyme en 1995, à Anvers, jusqu’à aujourd’hui, il n’a jamais cessé de s’accrocher à ses convictions tout en développant une esthétique qui y est étroitement liée. Ayant révolutionné la mode masculine plusieurs fois dans sa carrière, il y apporte, saison après saison, une fraîcheur nouvelle. La collection qu’il a présenté pour l’automne/hiver était dans la même ligne que ses débuts, inspirée par la jeunesse et les cultures underground. Intitulée « Run, Fall, Run », ce qui en fait une combinaison gagnante se trouve dans les détails. Les techniques de couture que Simons a cherché à explorer au cours des dernières saisons se retrouvent aujourd’hui dans les coupes, les formes et les choix de matières. Les pantalons, coupés juste au-dessus du genou, sont associés à des chaussures de running. Les chemises à cols superposés apparaissent sous les pulls ombrés et des mèches de cheveux teintes de couleurs vives sont accrochées dans le dos. La transformation est le concept principal de cette collection, en plus de la capacité à changer l’apparence de quelqu’un. La touche personnelle est partout, car la mode, dans le monde de Raf Simons, est une affaire personnelle. C’est d’ailleurs lui qui donne le rythme de la mode contemporaine.

The single most influential designer in fashion today is without doubt Raf Simons. From starting his eponymous brand in 1995 in Antwerp to today, he has continuously stuck to his beliefs and during the years developed his aesthetic in close connection to it. Having revolutionised menswear already several times in his career, he each season provides a fresh take on the masculine look. The collection he sent out for autumn/ winter followed in the same lines with youth and subcultures as the main starting point. Entitled “Run, Fall, Run”, what makes it a winner are the details. The couture techniques that Simons has explored the past few seasons are refound in cuts, shapes and the choice of materials. Pants, cut right above the knee, are teamed with running shoes. Layered shirt collars peek up underneath ombré sweaters and strands of colourfully dyed hair hang down the back of the sweaters. Transformation is the main concept and the ability to change one’s appearance. The personal touch is felt throughout, for fashion in Raf Simons’ world is an entirely personal affair. In contemporary fashion it is also he who sets the pace.

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INTERVIEW

Sze Tsung Leong Lorsque l’on parcours le site internet de Sze Tsung Leong, on a la sensation d’être venu se documenter. Son travail autour des villes répertorie l’histoire de l’homme, par le biais de ce qu’il construit. Selon les différentes séries, on passe du gigantesque au précis. Ses images d’horizons, tous alignés au même niveau, offrent une poésie du silence, contrastant avec les images de villes surchargées. Voulant en savoir plus, nous avons demandé à l’artiste ce qu’il en disait. © Sze Tsung Leong, Courtesy Yossi Milo Gallery, New York

VEINE MAGAZINE/ Bonjour Sze Tsung, avant tout, peux-tu te présenter ? Qui es-tu, que fais-tu ? SZE TSUNG LEONG/ Je suis un artiste anglais et américain né à Mexico City et basé à New York. Je regarde le monde et fais des images.

Tu es un photographe qui travaille essentiellement autour de villes. Tes trois séries « Cities », « Horizons » et « History Images » ont toutes ce point commun, en plus d’autres éléments. Qu’aimes-tu dans

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Quel est ton parcours ? Mes activités artistiques au lycée consistaient à dessiner, peindre, photographier, et imprimer. J’ai fait 2 ans de cours élémentaire au Art Center College of Design à Pasadena, et ai 72 ensuite rejoint le studio d’architecture Berkley et Harvard. Peu après avoir fini, je suis revenu à ce que je faisais au début : des images. Une bourse du Guggenheim m’a permis de continuer à développer mon travail, au travers duquel j’ai appris à découvrir de nombreux endroits fascinants du monde, et j’en suis très heureux. Quelles sont tes sources d’inspiration ? Je suis inspiré par beaucoup de choses, trop a vrai dire pour être énoncées. Les endroits qui ont eu beaucoup d’effet sur moi, que ce soit de me sentir soulevé ou attristé, me poussent à travailler. Par exemple, ressentir la fragilité de l’existence humaine en regardant les paysages d’Islande, ou se rendre compte de la fragilité de nos cultures en étant témoin de la destruction de l’histoire de Chine.

ces villes ? Es-tu attiré par l’architecture et par l’histoire quelle porte, ou par l’aspect humain évidemment relié à toute construction au paysage ? « Cities » en disent énormément sur nous en tant qu’êtres humains, et sont le reflet de notre culture et de nos sociétés. Alors que les constructions individuelles sont une manifestation physique des efforts fournis à certains moments de l’histoire, les villes sont les témoins des cultures subsistant dans l’histoire. Ta série « Cities » est une collection de « villes médiévales et de constructions récentes » trouvées tout autour du globe. Vois-tu ce travail comme une

documentation de ce que nous pourrions appeler « l’histoire du monde » ? Ou y a-t-il quelque chose d’autre derrière ça ? En tant que miroir qui reflète nos sociétés dans l’histoire, les villes nous aident à savoir qui nous étions, qui nous voulions être, et qui nous sommes maintenant. Au travers de ces images, j’espère également que la réflexion se fasse dans l’autre sens, qu’elles encouragent les spectateurs à se regarder et à se situer dans un contexte plus large que celui dans lequel ils vivent. Avec « Horizons », il y a cette sorte de précision derrière le fait que tous les paysages sont exactement au même niveau. De plus, il y a un certain calme poétique dans ces compositions. Peux-tu expliquer ce travail ? Comment y es-tu arrivé, et pourquoi ce besoin de détails ? « Horizons » est une collection de paysages du monde, qui peuvent être juxtaposés en une ligne pour créer une continuité entre différents espaces. Par exemple, une mer de sel en Bolivie peut être juxtaposée à une banlieue en développement au Caire, à côté d’une ville au Kazakhstan, à côté d’une ligne de construction à Venise. Une des significations du mot « horizon » est la limite de ce que nous connaissons. J’espère qu’au travers de ces juxtapositions de lieux à la fois connus et inconnus, nous nous questionnerons sur


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ce que nous pensons être étranger ou familier, idyllique ou troublant, près ou loin, etc. Pratiques-tu, ou es-tu intéressé par d’autres formes d’art ? Quelques-unes de mes expériences les plus profondes ont été de regarder des peintures. Voir « Las Meninas » de Velasquez, par exemple, et avoir la sensation de faire partie de la peinture parce qu’elle te regarde.

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Quelle est ta meilleure expérience ? (collaborations, expositions, …) Une qui me vient à l’esprit est d’avoir été au Salar de Uyuni, le plus grand océan de sel du monde, après la pluie, quand le sol devient un miroir et ne fait plus qu’un avec le ciel. J’étais complètement entouré, en dessous et au-dessus, par un ciel sans fin. Y’a-t-il quelque chose que tu souhaites absolument faire ? De revoir « Las Meninas ». Et en conclusion, peux-tu nous parler un peu de tes projets à venir ? C’est quelque chose que j’essaie encore de trouver.

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Retrouvez Sze Tsung sur internet via : www.szetsungleong.com

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1. Beicheng Xin Cun, Pingyao, Shanxi Province, 2004 From the series History Chromogenic Color Print © Courtesy Yossi Milo Gallery, New York 2. Ginza, Chuo-Ku, Tokyo, 2003 From the series Cities Chromogenic Color Print © Courtesy Yossi Milo Gallery, New York 3. Beizhuanzi II, Siming District, Xiamen, 2004 From the series History Chromogenic Color Print © Courtesy Yossi Milo Gallery, New York


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Al-Darb Al-Ahmar, Al-Qahira (Cairo), 2007 From the series Horizons Chromogenic Color Print Š Courtesy Yossi Milo Gallery, New York


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Sangam II, Allahabad, 2008 From the series Horizons Chromogenic Color Print Š Courtesy Yossi Milo Gallery, New York


INTERVIEW VEINE MAGAZINE/ Hi Sze Tsung, first of all, could you please tell us who you are ? What you do, where you’re based ? SZE TSUNG LEONG/ I am a British and American artist born in Mexico City and based in New York. I look at the world and make images. What is your career pathway ? My artistic activities in high school consisted of drawing, painting, photographing, and printing. I did two years of foundation courses at Art Center College of Design in Pasadena, and then went on to study architecture at U.C. Berkeley and Harvard. Soon after I finished, I returned to what I started doing in the first place : making images. A Guggenheim Fellowship allowed me to pursue and develop my work, through which I’ve gotten to know many fascinating places in the world, and I feel very fortunate for that. What/who are you inspired by ? I’m inspired by many things, too many really to be able to list. Places that have a deep effect on me, whether the feeling is of being uplifted or saddened, inspire me to make work. For example, sensing 76 the brevity of human existence by looking at landscapes in Iceland, or feeling the fragility of human achievements by witnessing the destruction of history in China. You’re a photographer who essentially works with towns. Your three series « Cities », « Horizons » and « History images » all have this commonpoint, besides other elements. What do you love about cities ? Are you attracted by the architecture and the story it carries, or by the human aspect obviously related to any construction or landscape ? Cities say so much about us as human beings, and are reflections of who we are as cultures and societies. While individual buildings are physical manifestation of individual efforts at particular points in time, cities are the aggregates of cultures existing over long spans of history. Your ongoing series « Cities »is a collection of « medieval towns to recent constructions » found

around the globe. Do you see this work as a documentation of what we could call « the worldʼs history » ? Or is there something else behind it ? As mirrors that reflect us as societies in history, cities help us see who we were, who we wanted to be, and who we are now. Through my images I also hope that reflection happens in another sense, which is to encourage the viewer to reflect on his or her place in the larger contexts we live in. With « Horizons », there is this accurateness behind the fact that all landscapes are exactly at the same level. Furthermore, there is a certain peaceful poetry in these compositions. Can you explain this work ? How did you came to it, and why this need of details ? Horizons is a collection of landscapes around the world, which can be juxtaposed in a line to create a continuum between vastly different places. For example, a salt flat in Bolivia might appear next to a suburban development in Cairo next to a new city in Kazakhstan next to a line of buildings in Venice. One meaning of the word “horizon” is the limit of what we know. I hope that through these juxtapositions of places both known and unknown, we will question our assumptions of what we think is foreign and familiar, idyllic and unsettling, near and far, etc. Do you practice, or are interested in other forms of art ? Some of my most profound experiences have been looking at paintings. Looking at Velazquez’s Las Meninas, for example, and having the sensation of being part of the painting because the painting is looking at you. What is your best experience ? (collaborations, exhibitions,…) One that comes to mind is standing on the Salar de Uyuni, the largest salt flat in the world, after the rain, when the ground turns into a mirror and becomes one with the sky. I was completely surrounded, below and above, by endless sky.

Is there something you absolutely want to do ? To stand in front of Las Meninas again. And as a conclusion, can you tell us a little bit about your upcoming projects ? That’s something I’m still trying to figure out. You can find Sze Tsung on the internet via : www.szetsungleong.com

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1. Toledo, 2009 From the series Cities Chromogenic Color Print © Sze Tsung Leong, Courtesy Yossi Milo Gallery, New York 2. Xiasha Village, Futian District, Shenzhen, 2008 From the series Cities Chromogenic Color Print © Sze Tsung Leong, Courtesy Yossi Milo Gallery, New York 3. Beizhuanzi III, Siming District, Xiamen, 2004 From the series History Chromogenic Color Print © Courtesy Yossi Milo Gallery, New York 4. Masai Mara I, 2009 From the series Horizons Chromogenic Color Print © Courtesy Yossi Milo Gallery, New York

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THERESA BLOISE

Theresa Bloise représente un style de peinture que nous aimons beaucoup. L’élément est mis en valeur au centre du support, comme un objet précieux, fragile. Utilisant principalement comme modèle des objets trouvés, elle délivre un travail épuré, léger, diaphane. Certaines compositions poussent à la rêverie, laissant apparaître des créatures, des êtres marins encore inconnus. C’est un art qui pourrait être peint dans une maison en bord de mer, et c’est ce qui nous a plu.


INTERVIEW VEINE MAGAZINE/ Bonjour Theresa, avant tout, peux-tu te présenter ? Où es-tu, que fais-tu ? THERESA BLOISE/ Je suis une peintre qui vit et travaille à Brooklyn. Quel est ton parcours ? Je n’ai jamais voulu faire autre chose qu’être artiste. Qu’elles sont tes sources d’inspiration ? Je suis une grande fan du travail de Georgio Morandi depuis que j’ai vu une de ses peintures dans un musée à Milan il y a 13 ans. J’aime le fait qu’il soit capable de créer quelque chose de magique à partir d’objets d’apparence banale. J’admire également le travail de l’artiste contemporaine Sara Sze. Pour moi, son travail a le même effet que celui de Morandi, mais au lieu d’être discrètes et humbles, ses installations sont éclatantes et ambitieuses. Es-tu en rapport direct avec ton travail ? Comment en es-tu arrivée à cette pratique ? Je suis attiré par les lieux anciens et les objets à cause de l’histoire qu’ils portent en eux. Quand j’étais en école d’Art, 82 j’ai étudié un an à Rome. J’y ai passé la plupart de mon temps dans des sites archéologiques, à dessiner dans mon carnet de croquis. En observant les objets trouvés là-bas, j’ai ressenti une connexion avec les gens qui les ont créé. Le pouvoir de ces objets à témoigner des vies de leurs créateurs est ce que je cherche à montrer dans mon travail. Je trouve ton travail vraiment mystérieux. Il y a tous ces éléments réalistes, placés dans un espace qui pousse au calme, et ils semblent être tous connectés entre eux. Que cherches-tu à montrer dans ton travail ? Que souhaites-tu dire ? Un certain sens du mystère est quelque chose pour lequel je me bats dans chacune de mes peintures. Je veux que mes images soient ambiguës, et les objets détachés de leurs contextes poussent à ça. Sans contexte, tu ne peux pas être sûr de ce que le spectateur voit, si les sujets flottent, s’élèvent ou tombent, ou s’il existent dans le passé, le présent ou le futur.

Quelle est ta meilleure expérience ? (expositions, collaborations,…) Il y a quelques années, j’ai passé 6 semaines à la McDowell Colony. Je leur suis tellement reconnaissante de m’avoir donné l’opportunité de me concentrer à fond sur mon travail, dans un environnement aussi motivant. L’aspect le plus intéressant de cette résidence est de découvrir combien les procédés créatifs sont similaires entre les différents artistes que j’ai rencontré là-bas, qu’ils soient peintres, écrivains ou architectes. T’intéresses-tu à d’autres formes d’art ? J’ai commencé à lire plus de fictions après mon retour de McDowell, et plus particulièrement de la science-fiction et des romans Fantasy. Y a-t-il quelque chose que tu souhaites absolument faire ? J’aimerais beaucoup faire une résidence en Chine. Ce serait intéressant de créer quelque chose dans un endroit aussi chargé d’histoire et qui évolue aussi vite. Et en conclusion, peux-tu nous parler un peu de tes projets à venir ? Je travaille actuellement sur des peintures à l’huile plus grandes, et il me tarde de voir ce que ça va donner. Ce medium a un peu été un challenge pour moi mais je pense qu’il va me permettre de donner à certaines des idées sur lesquelles je travaille dans mes aquarelles plus d’impact. Retrouvez Theresa sur internet via : www.theresabloise.com

1. Covered Building 2. Debris Field 3. Orbittal Debris 4. Tarp 5. Sea Monster 6. Sea Pile


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VEINE MAGAZINE/ Hi Theresa, first of all, could you please tell us who you are ? Where you are, what you do ? THERESA BLOISE/ I am a painter living and working in Brooklyn.

in these places, I felt a connection to the people who created them. The power of these objects to communicate beyond the lives of their creators is what I try to convey in my work.

What/who are you inspired by ? I have been a big fan of Georgio Morandi’s work since I first saw one of his paintings in a museum in Milan about 13 years ago. I appreciate how he was able to create something magical out of seemingly mundane objects. I also admire the work of contemporary artist Sara Sze. For me, her work has the same effect as Morandi’s, but instead of being quiet and humble her installations are dazzling and ambitious.

I find your work very mysterious. There are those realistic elements, placed in a very peaceful void, and they seem to be all connected together. What do you try to convey through your work ? What do you want to say/show ? A sense of mystery is something I strive for in all my paintings. I want the images to be ambiguous and the objects being free of their environments helps with that. Without context you can’t be sure of the vantage point of the viewer, weather the subjects are floating, rising or falling, or if they exist in the past, present or future.

Is your work directly connected to you ? How did you came to it ? I am interested in old places and objects because of the stories they tell. When I was in art school I studied for a year in Rome. Much of that time was spent at archeological sites drawing in my sketch book. By examining the artifacts found

What is your best experience ? (exhibitions, collaborations,…) I spent six weeks at the McDowell Colony a couple years ago. I am so grateful to have had the opportunity to intensely focus on my work in such a supportive environment. The most interesting aspect of that residency was learning how the

What is your career pathway ? I have never thought of being anything other then an artist.

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similar the creative process is for the other artists I met there, weather they were a fellow painter, writer or architect. Are you interested in other forms of art ? I started reading more fiction after when I came back from MacDowell in particular science fiction and fantasy. Is there something you absolutely want to do ? I would love to do a residency in China. It would be interesting to create work in a place with such a long cultural history as it going through such rapid change. And as a conclusion, can you tell us a little bit about your upcoming projects ? I am currently working on some larger oil paintings and I am excited to see how where they go. This medium has been a bit of a challenge but I think it will allow me to take some of the ideas I have been working with in my watercolors to a new and more impactfull place. You can find Theresa on internet via : www.theresabloise.com 87


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NICHOLAS ALAN COPE


VEINE MAGAZINE Nous sommes très fiers de vous présenter une interview de Nicholas Alan Cope dans ce numéro. Bien que très pris, l’artiste a tout de suite accepté de nous offrir un peu de son temps. Son travail, déjà très connu, vogue entre art et mode, passant du concret d’un corps à l’abstrait de compositions florales revisitées, en passant par la fascination pour les lignes violentes de l’architecture. Ses photos sont précises, hypercomposées, laissant à la lumière et aux volumes toute leur place. Images courtesy of Nicholas Allan Cope.

VEINE MAGAZINE/ Bonjour Nicholas, avant tout, peux-tu te présenter ? Où es-tu, que fais-tu ? NICHOLAS ALAN COPE/ Je suis originaire de Takoma Park, dans le Maryland, mais vis à Los Angeles depuis 10 ans. Quel est ton parcours ? J’ai étudié la photographie au Art Center College of Design, et passe depuis mon temps à travailler à la fois sur des projets personnels et sur des photos commerciales. J’ai commencé à collaborer avec le directeur artistique Dustin Arnold il y a quelques années et ai produit quelques projets avec lui (« Putesco », « Stamen », « Aether », « Vedas », etc.) Tes séries sont très différentes les unes des autres. Certaines d’entre elles sont directement reliées à l’art, comme « Stamen » ou « Putesco », et d’autres sont plus reliées à la mode. Quelles sont tes sources d’inspiration ? Les projets sur lesquels je travaille avec Dustin sont généralement tirés de petites idées, provenant de conversations que nous avons. Quelque chose de simple, comme le fait de vouloir photographier des fleurs, se transforme en un concept à part entière, au fur et à mesure que nous trouvons un moyen de le transcrire de manière originale. Dans « Vedas », nous avons créé des silhouettes qui pourraient s’accorder avec notre architecture, et avons fini par réaliser nos propres costumes. Le fait que l’on trouve une figure humaine et des costumes confère à notre travail une dimension « Mode », mais ce que nous faisons en réalité, c’est de la nature morte. Le procédé derrière « Vedas »

est vraiment basé sur la sculpture, et c’est en ça que nous touchons à la mode, par la sculpture portable. Est-ce important pour toi, de ne pas être limité à un seul monde ? D’être plus qu’un photographe de mode, ou plus qu’un artiste ? Je continue d’étendre mon travail à différents niveaux, en espérant aller au-delà de la photographie. Ce n’est pas vraiment un leitmotiv, mais cela me permet de ne pas stagner. Quel est ton procédé créatif ? Comment commences-tu un nouveau travail ? Comme je l’ai dit, les projets avec Dustin commencent généralement avec une conversation. Dustin est brillant à de nombreux égards, mais une chose qu’il fait de façon tout à fait obsessionnelle est la recherche. Avant que nous réalisions une série, il crée une présentation exhaustive, tout ce que nous avons à faire ensuite est de trouver les matériaux et de faire les photos. Que cherches-tu à montrer dans ton travail ? Y’a-t-il quelques concepts ou idées que tu cherches à partager avec les spectateurs ? Je pense qu’il y a quelque chose de direct que j’essaie de garder dans chacun de mes projets. Es-tu intéressé par d’autres formes d’art ? La vidéo, l’architecture, et la sculpture. Tu as déjà travaillé pour des clients tels que Vogue Japon ou Damir Doma, et un nombre plutôt important de magazines. As-tu déjà exposé ? Est-ce quelque chose que tu aimerais faire ? J’ai déjà participé à plusieurs expositions de groupe et si j’en ai l’opportunité, j’aimerais faire une exposition personnelle. Mais pour l’instant, je préfère plutôt dépenser mon énergie dans de nouveaux travaux que de me soucier d’exposer, il semblerait que cela vienne à moi, que j’y pense ou pas. Quelle est ta meilleure expérience ? (Collaboration, expositions, …) Collaborer avec Dustin a vraiment été

super, cela m’a totalement ouvert à de nouvelles façons de faire de l’image, aux quelles je n’aurais sûrement jamais pensé par moi-même. Et en conclusion peux-tu nous parler un peu de tes projets à venir ? Dustin et moi avons deux projets à venir en rapport au chapitre 006 du magazine SOME/THINGS. Nous somme actuellement en pré - production sur un projet de portraits et réalisons une série de livres de toutes nos collaborations. Je travaille également pour terminer ma série « Los Angeles » pour un livre à venir. Retrouvez Nicholas sur internet via : www.cope1.com

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INTERVIEW VEINE MAGAZINE/ Hi Nicholas, first of all, can you please tell us who you are ? Where you are, what you do ? NICHOLAS ALAN COPE/ I am originally from Takoma Park, Maryland, but have lived in Los Angeles for that last 10 years. What is your career pathway ? I studied photography at Art Center College of Design and have since been spending my time working on projects of my own invention as well as working as a commercial photographer. I began collaborating with creative director Dustin Arnold a few years ago and have now produced several projects with him (Putesco, Stamen, Aether, Vedas, etc.) Your series are very different from one to another. Some of them are directly related to art, like the « Stamen » or « Putesco »series, while others are more fashionable. What / who are your inspiration sources ? On the projects I do with Dustin, they are usually spawned out of some small idea or conversation we’ve had. Something simple, like wanting to shoot flowers builds into a full concept as we discuss 94 ways to make it original. In Vedas we set out to create figures to go with our architecture and in doing so we started making all of our own costumes. Because there are human figures and costumes, this blends it into fashion, but what we’re actually doing is practically still life. Our process for Vedas is very much about sculpture and I think that’s what we’re both drawn to in fashion, wearable sculpture. Is it important for you, not being limited only to one world ? To be more than just a fashion photographers, or more than just an artist ? I’m going to continue to expand and work in different realms, hopefully beyond photography at some point. It’s not really a driving force, but it does keep my from becoming stagnant. What is your creative process ? How do you start a new work ? Like I said, projects with Dustin generally start with a conversation. Dustin is a brilliant in a number of ways, but one thing he does on a truly obsessive level is

research. Before we shoot he has created an exhaustive presentation, all we have left to do is find the materials and make the photographs. What do you try to convey through your work ? Are there some concepts and ideas you want to share with the viewer ? I think there’s a directness that I try to keep up with each new project. Are you interested in other forms of art ? Film, architecture, and sculpture. You worked for clients such as Japanese Vogue or Damir Doma, and a quite important amount of editorials. Have you exhibited already ? Would you like to ? I’ve done several group shows and given the right opportunity I would love to do a solo show. For now I’d rather spend my energy making new work than worrying about shows, they seem to happen whether I think about them or not. What is your best experience ? (collaborations, exhibitions,…) Collaborating with Dustin has been great, it has completely opened me up to new ways of making images that I never would have considered on my own. And as a conclusion, can you tell us a little bit about your upcoming projects ? Dustin and I have two projects coming out in chapter 006 of SOME/ THINGS. We are currently in preproduction on a portrait project and are releasing a book series of all of our collaborations. I’m also working to complete my ‘Los Angeles’ series for an upcoming book. You can find Nicholas on internet via : www.cope1.com


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Models : Bekah Calabro & Hattie Watson Styling : Amanda Jasnowski Wardrobe provided by : Noir Ohio Vintage (www.noirohiovintage.blogspot.com)


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ZANDER OLSEN

Le but de Veine est aussi de présenter des artistes émergents. Ainsi, lorsque nous avons découvert Zander Olsen sur internet, nous avons tout de suite décidé de le contacter. Ici encore, nous sommes face à une oeuvre actuelle, aux références land art évidentes. La confusion créée le poétique, et laisse la place à des images qui vous attirent. « La nature ne peut être domptée », c’est ce que semble nous dire l’artiste. Ses tissus, éphémères, racontent une histoire immédiate, et font d’une vision banale une sculpture dans l’espace.

VEINE MAGAZINE/ Bonjour Zander, avant tout, peux-tu te présenter ? Que fais-tu, où es-tu ? ZANDER OLSEN/ Bonjour, je suis né dans le Wales et je vis à Londres. Quel est ton parcours ? J’ai fait des études de peinture au Chelsea Art College à Londres. Après l’école, entre autres emplois, j’ai fait de la photographie commerciale documentant des oeuvres et de l’architecture,à côté de ma propre pratique. Actuellement, je suis photographe pour Make Architects à Londres. Les gens n’en savent pas beaucoup sur toi, mise à part ta série « Tree, Line », qui a fait le tour d’internet cette année. Peux-tu expliquer ce travail ? Comment y es-tu arrivé, et pourquoi ? J’ai grandi à la campagne, et je vis maintenant en ville, donc ce contraste entre espaces sauvages et construits m’intéressait, ainsi que le contraste entre espaces positifs et négatifs, et le fait de s’arranger avec l’espace négatif, que de s’arranger avec le positif, et vice versa. J’aurais fait autre chose, mais de voir la peinture de Klimt représentant les arbres séparés par la ligne d’horizon m’a poussé à travailler sur cette idée. Donc il semblait y avoir une opportunité de travailler avec cet espace négatif, en créant son opposé au-dessus de la ligne d’horizon afin de retourner ce côté « yin yang ». C’est pour ça que je fais mes photos les jours couverts, quand le ciel est blanc et se fond quasiment avec les enveloppes des arbres. Le titre « Tree, Line » me semblait approprié. La ligne nous relie à l’horizon grâce à notre vue, notre « ligne » de vue dans les arbres, et au travers de la

ligne d’arbres (le bord des arbres) dessinant la ligne perpendiculaire de l’horizon dans l’image. Qu’as-tu fait avant ? As-tu toujours travaillé in situ ? Te considères-tu comme un « Land artist », ou pas seulement ? En cherchant « Land artist » dans Wikipedia, j’y trouve beaucoup de ceux qui m’ont inspiré - Walter De Maria, James Turrell, Robert Smithson, Jan Dibbets, Michael Heizer. Mais non, je ne me vois pas comme un land artist, je me demande à quoi ça pourrait ressembler, je n’en suis pas sûr. J’ai déjà créé des choses dans des immeubles, une réponse spécifique à une intervention dans l’espace. Je pense que l’intérêt était dans l’espace, les formes, la lumière, et notre connexion à tout ça par la vue. La ligne d’horizon est un bon exemple de comme notre connexion aux choses en change l’aspect physique. Vois-tu plus tes photos comme une documentation de ton travail, ou les considères-tu comme le sujet principal de ta pratique ? Je me suis mis à la photo à l’université, j’étais inspiré par des artistes comme James Turrell ou Dan Flavin. J’étais très aspiré par la lumière et voulait donc travailler avec. Elle semblait être la matière de travail la plus directe, en terme de travail visuel. C’est assez difficile de travailler avec pour essayer de se l’approprier. J’ai utilisé des projecteurs et ai appris comment la projection change selon ta position. J’ai commencé à utiliser l’appareil pour enregistrer des choses, un outil plutôt cool si tu es attiré par la lumière, ou pour poser un point de vue. Avec les arbres, l’intervention est construite autour de points de vue fixes, j’enlève les enveloppes lorsque j’ai fini. J’aime que l’image disparaisse en même temps que l’appareil, comme si elle ne pouvait exister que dans l’appareil.

C’est aussi plutôt intéressant de l’enlever immédiatement des arbres, de les voir revenir à leur état d’origine, alors qu’il m’a fallu tant de temps pour les installer. Donc ces images font partie intégrante du travail, plus qu’un rôle de documentation. Que cherches-tu à montrer dans ton travail ? Est-ce que la poésie des images est importante pour toi ? Oui, la poésie est importante. Je ne suis pas sûr de vouloir « dire » quelque chose avec quelque chose. L’image et leur sens sont liés, et donnent chacun plus d’informations au spectateur que le feraient les mots. Je ne pense pas avoir autre chose à ajouter là-dessus. Que souhaites-tu que le spectateur comprenne / ressente ? En un sens, le travail va toucher quelque chose qui est au-delà des arbres, et la façon dont nous les comprenons de façon abstraite dans l’espace, donc le travail ne doit pas être trop compliqué, pour que le spectateur puisse réagir, mais ce que le spectateur ressent ou comprend ne regarde que lui. J’espère que le travail parle suffisamment de lui-même sans que je n’ai rien à ajouter. Et en conclusion, peux-tu nous parler un peu de tes projets à venir ? Un arbre ou deux pourraient être impliqués… Retrouvez Zander sur internet via : www.zanderolsen.com

1. Jhutti 2. No Mans Land 3. Untitled (Cader) 4. Beeches

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INTERVIEW VEINE MAGAZINE/ Hi Zander, first of all, could you please tell us who you are ? What you do, where you’re based ? ZANDER OLSEN/ Hi, I was born in Wales and live in London. What is your career pathway ? I did a painting degree at Chelsea Art College in London. After college amongst other jobs I did some commercial photography documenting artwork and architecture, alongside my own art practice. I’m currently a in-house photographer at Make architects in London. People don’t know a lot about you, except your « Tree, Line » series that 3 became viral on the Internet this year. Can you explain this work ? How did you came to it, why ? I grew up in the countryside, and now I live in the city, so this contrast 118 of grown spaces and built spaces was interesting. Also the contrast of positive and negative space, and dealing with negative space like you may deal with positive, and vice versa. I’d made some other things for a cameras viewpoint before and seeing a Klimt painting of trees with the horizon line bisecting the trees led me to putting some of these things together. So there seemed to be an opportunity to work with this negative space, by making its equivalent below the horizon and flipping this yin yang rhythm. This is why I choose to shoot on overcast days so the sky looks white and most similar to the white wrapping. The title ʻTree, Line’ seemed fitting. The line is connecting us to the horizon through sight, our ‘line’ of

sight through the trees, and through the tree line (edge of the trees) drawing the perpendicular horizon line in the image. What have you done before ? Have you always worked in situ ? Do you feel as a « Land art » artist, or not only ? Looking up ‘land artist’ in Wikipedia, a lot of the artists who inspired me are all there - Walter De Maria, James Turrell, Robert Smithson, Jan Dibbets, Michael Heizer. But no I don’t feel like a land artist, I wonder what that would feel like, I’m not sure. I had previously made work in buildings, a specific response or intervention to the space. I think the interest was with the space and forms and light and our connection to it through our

Dan Flavin. I was very attracted to light so wanted to work with it. Light seemed the most direct stuff to be working with in terms of working with the visual. It’s quite tricky stuff to work with to kind of get hold of it. I’d been using slide projectors and was learning how the projection changed as your relative position to it changed. I started using the camera to record things, pretty good tool if you’re into light, and also to fix a view point with these projections. With the trees the intervention is constructed for the cameras fixed viewpoint, I take the wrapping down when I’ve taken the picture. I like that the image leaves with the camera as it only existed in the camera. It’s also kind of fun to cut it off the tree very quickly when it took so long to put on and see them return to their original state. So with these pictures it’s an integral part of the work rather than a documenting of it. What do you try to convey through your work ? Is the images’ poetry important to you ? Yes the poetry is important. I’m not sure there is some ‘thing’ I’m trying to convey with the image being a vehicle to transmit that thing. The thing and the image are bound up together, and inform one another maybe someone better with words may have something more to say. I don’t think I have much more to say on it just now. What do you want the viewer to understand / feel ? In a way the work is kind of tweaking out something that is already there amongst the trees, and how we understand them abstractly in space, so the work may not be too tricky for the viewer to ‘get’ or respond too, but what someone feels or understands by it is up to them. I hope the work is enough without me adding some words to it.

seeing. The horizon line is a good example of how our connection to something changes how it physically appears. Do you see your photographs more as a documentation of your work, or do you consider it as the main subject of your practice ? I got into photography during college, I was into artists like James Turrell and

And as a conclusion, can you tell us a little bit about your upcoming projects ? A tree or two may be involved… You can find Zander on internet via : www.zanderolsen.com


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INTERVIEW Chez Yago Hortal, la matière prime. La peinture est le seul sujet, elle dit tout et ne laisse rien passer. Elle est brutale, pure, compose et structure l’espace. Il est parfois bon de se détacher du concept pour laisser l’organique reprendre sa place. Il y a, dans cette abstraction, de nombreux contrastes. La violence et la douceur se marient, le vide et le plein se confondes. Des compositions puissantes, à laisser parler par elles-même.

Bonjour Yago, avant tout, peux-tu te présenter ? Que fais-tu, où es-tu ? Je suis un peintre espagnol de 29 ans qui vit et travaille entre Barcelone et Berlin.

doit être libre d’interpréter mon travail comme il le souhaite, ou comme il le peut. Toutes mes peintures ont un sens sousjacent, mais cela ne veut pas dire qu’il doit être clairement exprimé.

Quel est ton parcours ? Depuis que j’ai fini mes études aux BeauxArts en 2006, j’ai exposé mes travaux dans différentes galeries et foires d’art en Espagne, en Allemagne, au Danemark, en Belgique, en Colombie et aux États-Unis.

Qu’est-ce que pourrait être une « bonne peinture » selon toi ? L’interprétation d’une peinture est aussi subjective que le nombre de spectateurs qui la voient. Dans mon cas, il faut qu’il n’y ait rien à ajouter ou à enlever. Tout est à sa place et chaque élément apporte quelque chose à l’ensemble. Une peinture qui ne pourrait pas être faite différemment.

Quelles sont tes sources d’inspiration ? Je suis inspiré par toutes les choses qui m’entourent, évidemment par l’art, mais aussi par les rues, la gastronomie, et parfois même la magie. J’aime des artistes tels que Albert Oehlen, Gerhard Richter et Jason Martin (pour n’en citer que quelques uns). En un sens, étudier leur travail m’aide à comprendre le mien, mais je n’ai 120 évidemment pas pour but de les imiter. C’est la même chose avec les gens que je rencontre, comme des artistes moins réputés, ou des amis de l’école. Mais mes plus grosses références restent mes parents et mes amis. Dans le texte « In<pintura<veritas », disponible sur ton site, tu cites Gherard Richter quand il dit « les peintures qui peuvent être interprétées et qui ont un sens sont de mauvaises peintures. Une peinture doit être trouble, illogique, et sans sens ». Est-ce ce que tu penses ? Souhaites-tu que le spectateur soit libéré de tout outil de compréhension ? Avant tout, je souhaiterais préciser que ce n’est pas moi qui ai cité Richter, mais l’auteur du texte (Günter Baumann). Il pensait que cette citation de l’artiste était un bon prélude. Mais j’admets me sentir assez proche de la pensée de Richter, je n’aime pas donner d’outils de compréhension de mon oeuvre au spectateur. Je pense que le spectateur

Considères-tu que la matière doit parler d’elle-même ? Ou cherchestu à exprimer des choses concrètes ou des sentiments dans ton travail ? Chaque discipline a son propre langage. Je vois la peinture comme un langage autonome qui ne doit pas être expliqué. Nous avons constamment besoin de tout expliquer et le problème arrive quand tu ne peux plus contrôler et que tu crées de fausses interprétations. La peinture/l’art peut exprimer des idées sans avoir besoin de mots. L’auteur est le seul qui devrait être capable d’expliquer son intention. Dans mon cas, je préfère que les peintures parlent d’elles-même, parce que je pense qu’elles montrent des choses sur moi que j’ignore moi-même.

Mais bon, je ne rejette pas le fait que peut-être, un jour, j’ai l’envie d’essayer autre chose. En fait, je travaille petit à petit sur quelque chose de nouveau, et je le montrerai peut-être un jour.

YA HO

Et en conclusion, peux-tu nous parler un peu de tes projets à venir ? J’ai quelques projets en cours mais je ne veux pas en parler au cas où ils n’aboutissent pas. Vous pouvez trouver tous mes projets futurs sur mon site, dans la catégorie « News ». Retrouvez Yago sur internet via : www.yagohortal.com

Comment commences-tu une nouvelle peinture ? Tout dépend de la peinture. Parfois ça vient tout seul, en brisant le blanc et le vide de la toile, mais d’autres fois ça demande une réflexion en amont. Je n’ai pas de règle précise pour commencer ou finir une peinture. Pratiques-tu, ou es-tu intéressé par d’autres formes d’art ? Je m’intéresse à toutes les formes d’art, qu’il soit visuel ou pas, mais je me concentre tout de même plus sur la peinture. Je pense qu’il y a beaucoup à expérimenter, et pour longtemps.

1. KL30. acrylic on canvas. 130x100 cm. 2011 2. KL40. acrylic on canvas. 25x20 cm. 2011 3. KL38. acrylic on canvas. 25x20 cm. 2011 4. KL45. acrylic on canvas. 200x250 cm. 2011 5. KL39. acrylic on canvas. 20x25 cm. 2011


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VEINE MAGAZINE/ Hi Yago, first of all, could you please tell us who you are ? What you do, where you’re based ? YAGO HORTAL/ I am a spanish painter of 29 years old that lives and works between Barcelona and Berlin. What is your career pathway ? Luckily since I finished my studies in Fine Arts in 2006 I have been exhibiting my works in different galleries and art fairs in countries like ; Spain, Germany, Denmark, Belgium, Colombia and USA. What/who are you inspired by ? My inspiration comes from all the things that surround me, obviously from the art scene, but also from the streets, the gastronomy and sometimes the magic. I like artists like Albert Oehlen, Gerhard Richter and Jason Martin (to name a few of them). In some way, looking at their works they help me to understand better my work but certainly I don’t have any intention to imitate them. The same way it happens with people I have met during my life, like not so known artists, or university friends. But what are my biggest references are my parents and partner. In the text « In<pintura<veritas », readable on your website, you quote Gherard Richter when he says « paintings that can be interpreted and contain meaning are bad paintings. A painting presents itself as the unclear, illogical, meaningless ». Is it what you think ? Do you want to free the viewer from any clue of comprehension ? First of all I would like to make clear that I was not the one who quotes Richter’s phrase, but the author of the text (Günter Baumann). He thought that Richter’s phrase was a good prelude of the text. But I have to say that I am close to Richter’s thoughts, I don’t like to give the viewer any clue of comprehension of how to interpret my works. I think the viewer has to be free to face my works how he/ she wants or can. All my paintings have an inherent sense, but it does not mean that you have to interpret it with words.

What could be a « good painting » for you ? A painting interpretation is so subjective as the number of viewer that it has. In my case, is the one that you can’t take or add something. All is in its place and all contributes what it has to contribute. A painting that could not be done a better way.

1. KL37. acrylic on canvas. 25x20 cm. 2011 2. KL49. acrylic on canvas. 130x100 cm. 2011 3. KL47. acrylic on canvas. 25x20 cm. 2011

Do you consider the matter must speak by itself ? Or do you try to express concrete things or feelings through your work ? Each discipline hast its own language. I understand the painting discipline like an autonomous language that should not be explained. We have the need to explain everything with words and the problem appears when you can not control the words and you create wrong interpretations. The painting/art, can talk about some themes without using words. The author is the one who should know how to explain its intentions in some way. In my case, I prefer that the painting talks for me, because I think it reflects things of myself that I don’t even know. How do you start a new painting ? It depends of the painting. Sometimes I start in an automatic way, breaking the white and emptiness of the canvas but sometimes I meditate more the first step. I don’t have any rule to start or finish a painting. Do you practice, or are interested in other forms of art ? I am interested in all forms of art, they don’t have to be visual art but actually I am focused on painting. I think there is a big space to investigate for a looong time. Anyway I don’t reject that in some moment in my life I could explore other ways. In fact, slowly I am working in something new for me, and maybe one day I will show it. And as a conclusion, can you tell us a little bit about your upcoming projects ? I have some projects upcoming but I don’t want to talk about them until they don’t happen. You can see what I will do on the near future on my website under “News”. You can find Yago on internet via : www.yagohortal.com

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VEINE #05 - THE SUMMER ISSUE