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Minhag

Par Yossi Taieb, Professeur de chant, piano, guitare et oud

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Ou est donc passée la Musique Juive «Tune»?

Les Tunisiens sont habituellement désignés par l’expression «les Tunes». Pour quelle raison sont-ils la seule communauté d'Afrique du Nord à avoir hérité d'un surnom? Pourquoi ne dit-on pas les «Marcs», les «Alges», les «Libes»? Quoiqu'il en soit, on ne pourra nier le caractère affectueux de ce surnom. Comment alors expliquer l'absence totale et mystérieuse de la musique «Tune» dans le paysage si riche et varié que constitue la musique juive? Comment interpréter la liste des nombreux conférenciers qui ont participé pendant plusieurs années consécutives aux colloques consacrés au Judaïsme tunisien, qui se sont tenus dans l'enceinte de l'Université Bar-Ilan, liste où n'a jamais figuré pas même un seul musicologue et que le thème de la musique soit ainsi totalement passé sous silence? Face à l'engouement dont est sujet

le genre du Piyout, au-delà des clivages sociaux -- qui constituent sans doute l'un des phénomènes culturels parmi les plus remarquables de ces dix dernières années – et face à l'intérêt grandissant que suscite la musique andalouse, comment expliquer le fait que le Piyout et la musique «Tune» restent invariablement absents des programmes de concerts, de radio, de télévision? Bien sûr, le regretté paytan et hazan Acher Mizrahi, dont l'œuvre jouit aujourd'hui d'une très grande popularité, a écrit la quasi-totalité de ses piyoutim (Naguila Halleluya, Habibi,…) à Tunis où il a vécu entre 1929 et 1967, bien que né et décédé à Jérusalem; il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui, il ne fait plus aucun doute pour personne que les mélodies qu'il a associées à ses textes confèrent à son œuvre, de par leur nature, un caractère bien plus oriental que maghrébin. La question n'en devient que plus aiguë… et plus grave en même temps: «existe-t-il réellement une musique Tune»? Bien évidemment! Les Tunes ne font pas exception et leurs événements heureux sont, bien entendu, accompagnés de gastronomie et de musique absolument typiques et atypiques; mais pourquoi, alors

que la Fricassée et la Boukha, leIyun Tounsi, 'Rabbi Haï Taieb Lo Met, Albert Memmi ont acquis leurs titres de noblesse jusqu'au plus profond de la société israélienne, la musique «Tune» reste-t-elle résolument inconnue? Cette interrogation angoissée a hanté mes jours sur la Terre d'Israël jusqu'à l'instant où j'ai fermement décidé d'attraper le diable par la queue du piano, ce qui m'a heureusement conduit, après maints écueils, à énoncer les premières explications ainsi qu'à ébaucher les premières solutions. Voulez-vous que je vous confie la vérité? Les Juifs Tunes eux-mêmes, y compris leurs paytanim, chanteurs et instrumentistes ne comprennent plus depuis longtemps leur propre musique… chhhhhuuuuut… ne le répétez à personne! La Gastronomie «Tune ne pourra plus jamais se passer du Métronome Tuner: c'est une question vitale de Tempérament Musical! Si vous voulez en savoir davantage, je vous invite à vous rendre à la MusiConférence «Tune» ponctuée de Souvenirs d'en France que donnera votre dévoué serviteur, Motsaé Chabbat Ytro, à Jérusalem. Rendez-vous Motsaé Shabbat Yitro, Samedi 18 janvier à 19h, Hôtel Ganei Yeroushalayim. Pour plus de renseignements, tél.: 03-5784096 / 052-8977761

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