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Interview exclusive

Par Guitel Ben-Ishay

Meyer Habib

Il monte au créneau contre le «phénomène Dieudonné» Depuis le mois de juin 2013, Meyer Habib est notre député à l’Assemblée nationale française. Élu principalement grâce aux voix israéliennes, Meyer Habib n'a jamais caché son identité ou ses convictions, bien au contraire. Il les a toujours revendiquées avec beaucoup de fierté et mène de nombreux combats en France dans ce sens. À son actif on notera entre autres les initiatives dynamiques pour empêcher une législation qui mettrait à mal l'abattage rituel ou la circoncision en France. Par ailleurs, il ne ménage pas ses efforts pour faire entendre le danger que représente l'Iran ou encore

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L'affaire Dieudonné mais aussi les assassinats par Mohamed Merah ont bien comme fond la haine d’Israël véhiculée par les médias et autres organes de communication pour réclamer la libération de Jonathan Pollard en écrivant directement au Président américain Barack Obama pour lui expliquer que l’espionnage de la France par les États-Unis est au moins aussi grave que ce dont est accusé Pollard. Dans une actualité déjà très prenante, Meyer Habib a décidé d'agir ouvertement dans «l'affaire Dieudonné» qui fait couler beaucoup d'encre en France ces dernières semaines. À l'occasion de sa récente visite en Israël, nous avons pu nous entretenir avec lui du sujet et plus largement du climat en France pour les Juifs. Le Plus Hebdo: Pourquoi avez-vous décidé de monter en première ligne sur l'affaire autour de Dieudonné et du geste de la «quenelle» qu'il a

popularisé? Meyer Habib: Nous devons prendre c o n s c i e n c e d e s p r o p o r ti o n s inquiétantes que sont en train de prendre les événements autour de Dieudonné. Il est véritablement à la tête d'un mouvement, d'une idéologie. Ce n'est plus un humoriste, il s'inscrit dans la continuité de la propagande nazie, fasciste et antisémite. Il parvient autour de ce thème à rallier l’extrêmedroite traditionnellement antisémite, l’extrême-gauche qui masque son antisémitisme par de l’antisionisme, et les mouvances islamistes. Ce mélange des ex trêmes, cette popularité transversale a de quoi nous inquiéter: leur dénominateur commun, c'est l'obsession du Juif et d’Israël. Le phénomène autour de Dieudonné surfe sur un antisémitisme déjà présent chez tous ces gens mais il est encore plus dangereux et plus pernicieux. Au départ, il était un humoriste, qui plus est d’un certain talent. On ne s'est pas aperçu tout de suite des idées nauséabondes qu'il insufflait insidieusement. Puis tout est devenu de plus en plus clair, de plus en plus explicite. Mais le point de départ étant l'humour, les cartes sont faussées. Voila pourquoi nous devons réagir. Lph: Pour autant, pensez-vous que tous ses fans soient antisémites? M.H.: Non, je ne le pense pas. Je n'accuse pas tous ceux qui ont exécuté le fameux geste de la quenelle d’être de farouches antisémites et négationnistes. Pour autant, je tiens à en appeler à la responsabilité de chacun: aujourd'hui plus personne ne peut ignorer les pensées qui sont derrière cette gestuelle, plus personne ne peut assister aux spectacles de Dieudonné sans savoir qu'il s'agit de meetings politiques antisémites. Lorsque le geste de la quenelle est fait devant l’école Ohr Torah de Toulouse, devant le Mémorial de la Shoah ou devant le Kotel, il n'y a aucun doute sur l’antisémitisme de ses auteurs. Lph: Aujourd'hui se pose tout de même la question de savoir si finalement le fait de parler autant de lui ne contribue pas à lui faire une vraie campagne de publicité?

M.H.: C'est une vraie question. Pendant longtemps d'ailleurs, j'ai préféré en parler le moins possible. Aujourd'hui encore, j'aimerais ne pas en parler. Mais le discours, les actes sont devenus tellement terrifiants que nous ne pouvons plus nous taire. Il faut surtout appliquer la loi. Dieudonné a été condamné à sept reprises. Il n’a toujours pas payé un euro d’amendes! Lph: Quelle action concrète avez-vous décidé de mener en tant que député pour contrer le personnage? M.H.: Compte-tenu de l'arsenal juridique français et des contraintes qui en découlent, je n'ai que quelques options qui s'ouvrent à moi. Ce que je propose est un amendement à l'article 645-1 du code pénal, qui condamne le port de symboles et d'uniformes incitant à la haine raciale en l’étendant aux gestuelles, saluts ou paroles qui servent de signe de ralliement au nazisme ou autres organisations visées par ce même article. Il est évident que nous ne pourrons pas empêcher le geste de la quenelle dans tous les espaces, en particulier privés. Néanmoins, il faudra s’intéresser au contexte et au lieu choisi afin de décider de l'existence de l'infraction. Lph: Un tel amendement est-il réalisable? M.H.: Je m'engage à y mettre toute mon énergie. Nous devons agir dans le cadre de l’État de droit pour endiguer ce phénomène et je souhaite que tout ceci se fasse le plus rapidement possible. Je suis optimiste quand j'observe les réactions au sein de la classe politique et du gouvernement. J’ai remis personnellement mon projet au Ministre de l’Intérieur Manuel Valls et à Jean-Louis Borloo, président de l’UDI. Lph: D'un point de vue plus général, vous inquiétez-vous d'une montée de l’antisémitisme en France et en Europe? M.H.: Nous le répétons depuis longtemps maintenant: l'antisionisme est le nouvel antisémitisme. À force de boycott, de diabolisation dans les médias, de résolutions à l'ONU, on créé un climat fortement anti-israélien qui se retourne contre les Juifs où

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