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Les immigrants japonais, asiatiques du Sud, chinois et l’histoire d’une famille 62

Les immigrants Les Chinois La rue King ne fait que deux pâtés de maisons. Elle ne mène nulle part et ne sert qu’à relier les rues Alderson et Quadling. La plupart d’entre vous ne l’ont jamais vue. Même ceux qui l’empruntent pour se rendre à l’école ou au travail ne savent probablement pourquoi elle porte ce nom ou d’après qui elle est nommée. Il y a longtemps, vivait ici un homme appelé Lum King. Il était Chinois et cultivait sur ses terres des légumes qu’il vendait à ses voisins, allant de porte en porte. Parmi les anciens habitants du quartier, nombreux sont ceux qui se souviennent de lui et qui ont témoigné de sa gentillesse et de sa générosité. Il est décédé en 1958; sa maison et sa ferme ont disparu depuis longtemps, mais son nom demeure. Même si les personnes d’origine chinoise constituent une partie importante de la population de Coquitlam dès le début, aucun Chinois n’est enregistré avant 1913, date à laquelle 20 Chinois sont recensés. Ils font sans doute partie de la main-d’œuvre travaillant à la scierie Fraser Mills. Toutefois, l’arrivée des Chinois en ColombieBritannique remonte à 1860, ces derniers arrivant d’abord des mines d’or de Californie, et peu après avoir émigré directement de Chine.1 En 1879, le quartier chinois de New Westminster compte 300 habitants. Il est évident que plusieurs d’entre eux doivent traverser Coquitlam pour aller travailler au chemin de fer qui vient d’être construit même si, au début, le gouvernement stipule que, dans la mesure où des fonds gouvernementaux sont engagés, les Chinois ne peuvent être embauchés.2

La Colombie-Britannique n’est pas un havre d’accueil pour les Chinois. Leur meilleur atout est la main-d’œuvre bon marché qu’ils constituent, ce qui est exploité dans la construction du chemin de fer, de la ligne télégraphique de Quesnel, et de la centrale hydroélectrique du lac Buntzen. Les Chinois travaillent dans des conditions très dures, sans aucune considération pour la sécurité humaine. Au cours de la construction du chemin de fer, six cents Chinois perdent la vie.3 En période de chômage, la pauvreté est extrême, mais certains Chinois gagnent leur vie en effectuant des travaux ménagers, tandis que d’autres cultivent des légumes pour les vendre aux colons ou se lancent seuls dans la prospection de l’or. Peu à peu, une classe de marchands se développe dans le quartier chinois en plein essor de New Westminster. Aujourd’hui, on peut difficilement croire à l’existence d’un quartier chinois, prospère et florissant, avec des magasins, des restaurants, des maisons de jeu et des pagodes.4 En effet, après deux incendies dévastateurs et le déblaiement des décombres ordonné par décret municipal, le quartier chinois disparaît. Les colons blancs craignent la criminalité, de même que la concurrence pour les emplois. Un grand nombre éprouvent de l’hostilité à l’égard des Chinois, de leur nourriture aux odeurs différentes, ainsi que de leurs coutumes, de leur religion, de leurs vêtements et coiffures, de leurs festivités du Nouvel An, de leurs pétards et de leur consommation d’opium. Des mots et des expressions qui aujourd’hui seraient indubitablement qualifiés de racistes, par exemple « nos camarades aux yeux bridés  », sont alors courantes.5 Graduellement, les Chinois s’intègrent mieux à la communauté avoisinante. Le 7 mars 1913,

alors que la ville de Port Coquitlam se constitue en personne morale, l’un des signataires des documents est Tom Lee. L’entrepreneur Gordon Lee, né en 1917, est chargé de construire la route menant à la ferme Colony.6 Quelques Chinois sont embauchés à l’ouverture de la scierie Fraser Mills, mais la majorité des travailleurs proviennent du Québec, à la demande expresse des propriétaires, en raison de leurs compétences et pour limiter l’embauche de travailleurs asiatiques.7 Les travailleurs chinois de la scierie occupent les logements les moins enviables, à proximité des émanations de cendres de la scierie, où le risque d’incendie est constant. Il y a des quartiers séparés pour les Indiens d’Asie, les Japonais et les Chinois. Quin Wong arrive au milieu des années 1920. Il paie la taxe d’entrée pour venir au Canada, participe à la Première Guerre mondiale et travaille dans un restaurant. On lui demande de recruter des travailleurs chinois pour la scierie. Vers la fin des années 1920, il épouse en secondes noces Maida Wong, née à Burnaby. Sa connaissance de l’anglais en fait une aide précieuse, tant pour la direction que pour les travailleurs récemment arrivés. Elle est bien connue dans la communauté locale multiculturelle. C’est là que grandiront ses sept enfants et ses deux beaux-fils, sans connaître de discrimination.8 Les temps changent. Cette année, Coquitlam lance ses premiers cours bilingues, dispensés en anglais et en mandarin à l’école Walton. En septembre 2010, la ville de New Westminster s’excuse publiquement de la manière dont les Chinois ont été traités autrefois. Si Lum King était encore vivant, il aurait sûrement un sourire aux lèvres.

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