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Les immigrants japonais, asiatiques du Sud, chinois et l’histoire d’une famille 60

rarement. « Il y avait seulement deux familles », de dire Mawa Manget, arrivé au Canada en 1925, « le reste, c’était des célibataires ».5 Ranjit Hall se souvient de sa vie à Fraser Mills, en 1924, alors qu’il avait sept ans : «  On jouait au ghuli-dhanda (un jeu pendjabi) et à d’autres jeux avec les adultes. Ils me faisaient participer, car j’étais le seul enfant dans les parages. J’ai de bons souvenirs de Fraser Mills.  » Pour pouvoir faire des études, Ranjit Hall doit faire de gros sacrifices. Tous les matins, il doit traire une dizaine de vaches avant de marcher près de 12 kilomètres pour se rendre à l’école de Pitt Meadows. Après une demi-journée, il refait le même trajet en sens inverse. «  Physiquement, c’était dur. Parfois, je me disais que je n’aurais jamais dû aller à l’université, car j’y ai presque laissé ma peau. Durant ma dernière année d’études, tous les jours, je travaillais chaque nuit pendant neuf heures, je marchais ensuite jusqu’à Burnaby pour prendre un tramway en direction de UBC et, enfin, je me changeais avant d’assister à mon premier cours,

à 8 h  30. Je me demande pourquoi je n’ai pas eu la Médaille du Gouverneur général. J’ai obtenu mon diplôme en 1946.  » Après 1947, lorsque les sikhs ont accès à des emplois plus nombreux, Ranjit Hall est embauché par le gouvernement fédéral. »6 Sardara Gill, venu rejoindre son père, dit que, son arrivée, « Il y avait de 200 à 300 sikhs. Ils étaient de très bonne compagnie. Mais il y avait une différence de 5 cents entre les salaires des blancs et les nôtres. On nous payait 25 cents de l’heure alors que les blancs recevaient 30 cents pour le même travail. »7 Au début du XXe siècle, il y a des problèmes au Canada, car le gouvernement fédéral tente de restreindre l’immigration d’origine asiatique en n’autorisant qu’un nombre limité d’immigrants. Les personnes d’origine indienne sont victimes de racisme, et l’incident du navire Komagata Maru en est sans doute le pire exemple. Ironiquement, les Indiens se considèrent comme

des sujets britanniques et sont très surpris de la façon dont on les traite. Nombre d’entre eux ne s’enrôlent pas lors de la Deuxième Guerre mondiale parce qu’ils ne sont pas considérés comme des citoyens canadiens. Ils trouvent par la suite un emploi comme défricheurs de terres ou livreurs de bois de chauffage, de sciure de bois ou de provisions. Malgré tous ces problèmes, nombre d’Indiens d’Asie viennent au Canada et travaillent dans l’industrie forestière ou la construction de chemins de fer. Ce n’est qu’en 1947 qu’ils obtiennent le droit de vote. Les politiques d’immigration reposant sur des critères raciaux prennent fin en 1967. Ces premiers immigrants auraient du mal à s’imaginer que, un jour, une communauté indienne asiatique aussi vaste s’épanouirait, à l’endroit même où une telle hostilité avait régné auparavant.

« Il y avait de 200 à 300 sikhs. Ils étaient de très bonne compagnie. Mais il y avait une différence de 5 cents entre les salaires des blancs et les nôtres. On nous payait 24 cents de l’heure alors que les blancs recevaient 30 cents pour le même travail. »

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