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Les immigrants japonais, asiatiques du Sud, chinois et l’histoire d’une famille 58

Les immigrants asiatiques du Sud Les premiers immigrants indiens arrivent au Canada à la fin du XIXe siècle. Ils viennent pour des raisons économiques, car les possibilités d’emploi semblent prometteuses, en particulier dans l’industrie forestière. Certains sont venus après avoir assisté au jubilé de diamants de la reine Victoria, à Londres. La plupart de ces immigrants indiens sont sikhs. Au début des années 1900, la vallée du Bas-Fraser compte quelques centaines d’Indiens d’Asie, dont une petite communauté établie à Fraser Mills. Asa Singh Johal arrive au Canada en 1924, à l’âge de 18 ans. Il se rappelle que de nombreux Indiens d’Asie travaillaient de longues journées à la scierie, parfois jusqu’à 16 heures par jour, avec très peu de temps libre. Ils vivent dans des baraques à part, où ils mangent les repas préparés par l’un des leurs. Vers 1908, la direction de la scierie leur donne le bois nécessaire pour construire leur propre temple. 1 Naran Singh arrive au Canada en 1907. Après avoir travaillé à la scierie Fraser Mills pendant vingt ans, il retourne chercher sa femme en Inde, où il s’était marié avant d’émigrer, pour la ramener au Canada. Peu après leur arrivée à Fraser Mills, leur fils Surjit Singh naît, le 15 janvier 1930. C’est le premier garçon d’origine indienne asiatique à voir le jour à Fraser Mills. Naran Singh, qu’on surnomme Shortie, est le premier Indien d’Asie promu contremaître. Surjit Singh racontait qu’on l’appelait Boxie, et que c’est ainsi qu’il avait été enregistré sur son certificat de naissance. Boxie va d’abord à l’école Millside, puis fréquente l’école secondaire Marmont. Il veut aller à l’école secondaire New Westminster, mais cela n’est possible que si sa famille est propriétaire. Son père décide alors d’acheter une

propriété immobilière à New Westminster.2 La vie quotidienne n’est pas facile pour les immigrants : leurs vêtements sont faits en toile de sacs à sucre, blanchie avant d’être teinte et cousue à la main. On leur permet d’élever des poulets et de laisser paître leurs vaches sur les terrains de la scierie. Avec le lait de leurs vaches, ils font du yogourt, du fromage (le panir) et du beurre.3 Leur méconnaissance de la langue leur rend les choses difficiles. Harry S. Manhas se souvient :

« Quand mon père avait besoin d’acheter une enveloppe et du papier à lettre, il allait au bureau de poste. Il sortait son mouchoir et le pliait soigneusement deux fois sur lui-même; après avoir craché sur son doigt, il le posait sur son mouchoir en disant “India”. Le maître de poste savait alors qu’il voulait envoyer une lettre en Inde et lui procurait ce dont il avait besoin. »4 Comme beaucoup d’immigrants à Fraser Mills, les Indiens d’Asie nouent des relations entre eux, dans leurs baraques. Ayant peu de temps ou d’argent à dépenser en loisirs, ils sortent

South Asian Women At Fraser Mills

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