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1886 - 1914

Edward, près du sommet de la colline, et son grand-père habite à quelques maisons de là. Le statut professionnel à la scierie, de même que l’ethnicité, déterminent l’endroit où une personne réside : «  Plus vous occupiez un rang élevé au sein de la compagnie, plus vous résidiez près du sommet de la colline.  » Les couleurs d’une maison reflètent également la relation avec la compagnie  : «  De temps à autres, la compagnie retapissait l’intérieur d’une maison et en repeignait l’extérieur. Vous pouviez obtenir toutes les couleurs que vous vouliez, pourvu qu’il s’agisse du blanc et du vert, ou du vert et du blanc, qui étaient les couleurs de la compagnie. »16 Né au domicile familial à Fraser Mills en 1919, Kenneth Charlton évoque la dimension multiculturelle de la main-d’œuvre durant les premières années. Il décrit la ville de son enfance comme une sorte de « Nations-Unies », avec des Anglais, des Écossais, des Gallois, des Canadiens français, des Norvégiens, des Suédois, des Japonais, des Chinois et des Asiatiques du Sud. Il se rappelle que les enfants de ces groupes ethniques jouent, se mesurent entre eux durant des activités sportives et vont à l’école ensemble. Les parents de Kenneth, Jack et Minnie Charlton, émigrent de l’Angleterre vers le Canada et s’établissent à Fraser Mills aux alentours de 1908.17 Bon nombre de souvenirs de Fraser Mills mentionnent ses trottoirs de bois, ainsi que ceux de la ville voisine de Maillardville. Florida Nadon Lamoureux se souvient que ces trottoirs présentent l’avantage de flotter lorsque le fleuve Fraser sort de son lit, mais qu’ils sont également glissants et dangereux lorsqu’il pleut.18

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Harold Schiefke est né en 1911 à Fraser Mills. Son père, originaire de Bellingham dans l’État de Washington, arrive en 1909. Il travaille à l’usine comme mécanicien de machinerie. Dans les souvenirs d’Harold, le propriétaire de l’usine répond aux besoins personnels des résidents d’une façon qui pourrait sembler paternaliste de nos jours (et peut-être même à l’époque aussi), mais dont bien des travailleurs sont assurément reconnaissants. « Nous habitions dans la ville de Fraser Mills – il fallait travailler à l’usine pour y habiter. On payait un loyer très symbolique. On brûlait le bois de l’usine et, par la suite, la sciure de bois. L’éclairage était fourni par la compagnie. Les lumières étaient éteintes à une heure du matin. De temps en temps, la maison était refaite – repeinte et retapissée. »19 Un médecin employé par la compagnie prend soin des travailleurs et de leurs familles. Pour payer le médecin, on déduit 2  $ par mois du salaire de tous les employés.20 Harold commence son éducation vers 1917 à l’école Millside, qui compte alors deux salles de classe. D’après lui, l’école est payée par le propriétaire de la scierie.21 Lorsqu’il y a trop d’élèves dans l’école, des enfants sont envoyés se faire instruire à New Westminster, ce qui est aussi assumé par le propriétaire. Le propriétaire de la scierie possède le magasin général de Fraser Mills. À l’étage du magasin se trouve la salle de réunion de la municipalité de Fraser Mills (qui se sépare du district de Coquitlam en 1913), où les élections du préfet et des conseillers ont lieu. D’après Harold, les élections se déroulent par acclamation  : «  Il

fallait avoir une propriété à Fraser Mills et, bien entendu, la compagnie possédait toutes les propriétés. Ils disaient, eh bien, vous avez ceci et vous avez cela et maintenant, vous êtes ceci et vous êtes cela. Il valait mieux être d’accord. » 22 La fête de Noël annuelle a lieu dans le pavillon de la compagnie. Les travailleurs achètent les dindes et les légumes et les font cuire eux-mêmes. Une autre résidente de longue date de Fraser Mills, Elsie Windram McKinnon, se souvient que le rythme de la vie quotidienne de la ville est régi par la sirène de la scierie  : «  La première se faisait entendre à 7  h du matin, pour réveiller les employés, et la deuxième à 7 h 30 et à 8 h, pour commencer le travail. Elle résonnait à nouveau à midi et encore une fois à cinq heures moins dix, à la fin de la journée de travail. Je pense qu’elle sonnait à moins dix pour coïncider avec l’horaire du tramway. La sirène servait aussi à appeler les contremaîtres et il y avait aussi un code pour ceux qui le connaissaient, indiquant où un incendie se trouvait. On pouvait entendre cette sirène à des milles à la ronde. Les gens de l’endroit réglaient leurs horloges sur la sirène et attendaient l’arrivée des hommes et des enfants à la maison peu après l’avoir entendue. »23 Harold Schiefke, qui est l’un des chefs du service d’incendie de Fraser Mills, souligne que le feu était un danger constant, tant pour la scierie que pour la ville. Les brûleurs de la scierie et de la fabrique de bardeaux produisent des étincelles et les séchoirs de la fabrique de contreplaqué deviennent très chaud. Un énorme incendie rase une maison occupée par des travailleurs japonais.

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