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Ghost Estates


Ghost Estates ValĂŠrie anex

Uqbar


© Valérie Anex et les éditions d‘Uqbar, 2012 Association Uqbar, 28-30, avenue Ernest-Pictet, 1203 Genève.


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Irlande, 2011 L’Institut National de Recherche Irlandais pour l’Analyse Spatiale et Régionale (National Institute for Regional and Spatial Analysis, NIRSA) a défini comme ghost estate (quartier fantôme), un quartier de plus de 10 maisons dont plus de la moitié est inoccupé ou inachevé. En octobre 2010, selon les chiffres officiels, on dénombrait 2846 ghost estates et plus de 350 000 logements inoccupés dans toute la République d’Irlande. Les ghost estates se répartissent sur tout le territoire du pays. Mais le plus grand nombre d’entre eux se situent dans les régions rurales du centre et de l’ouest du pays, dans les countys de Leitrim, Roscommon, Longford et Cavan que j’ai visités. La présence de ces quartiers fantômes irrite les habitants de ces régions. Leur vue nargue les passants, vestiges prématurés évoquant une époque révolue, faste mais brève. La crise se fait sentir de partout chômage, dettes, coupes budgétaires, fuite des capitaux étrangers - mais elle prend aussi forme dans le paysage. Elle est visible partout sur le territoire. Souvenirs amers laissés par la nature spectrale et passagère de la bulle immobilière, les ghost estates sont le symbole de l’effondrement du marché de la propriété en Irlande, une topologie de la désintégration économique du pays. Ces coquilles vides, fantasmes d’une vie rêvée avortée au bord des routes, sont également la preuve de la faillite des politiques et d’une logique économique qui a, durant des années, semblé opérer des miracles. En effet, le Celtic Tiger avait complètement transformé le pays, brassant ressources et énergie, créant emplois et richesses, attirant de l’extérieur investissements financiers et nombre d’immigrants. Pourtant, depuis la crise financière de 2008, la prospérité a depuis fait place au désastre et à la dépression. Souvenirs amers laissés par la nature spectrale et passagère de la bul-

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le immobilière, les ghost estates sont le symbole de l’effondrement du marché de la propriété en Irlande, une topologie de la désintégration économique du pays. Le paysage irlandais est aujourd’hui le reflet de cette situation, mais également le miroir d’une crise beaucoup plus globale. Ces maisons sont là, désertes. Elles attendent, qu’on les habite ou qu’on les termine. L’Institut National de Recherche Irlandais pour l’Analyse Spatiale et Régionale (National Institute for Regional and Spatial Analysis, NIRSA) a défini comme ghost estate (quartier fantôme), un quartier de plus de 10 maisons dont plus de la moitié est inoccupé ou inachevé. En octobre 2010, selon les chiffres officiels, on dénombrait 2846 ghost estates et plus de 350 000 logements inoccupés dans toute la République d’Irlande. Les ghost estates se répartissent sur tout le territoire du pays. Mais le plus grand nombre d’entre eux se situent dans les régions rurales du centre et de l’ouest du pays, dans les countys de Leitrim, Roscommon, Longford et Cavan que j’ai visités. Souvenirs amers laissés par la nature spectrale et passagère de la bulle immobilière, les ghost estates sont le symbole de l’effondrement du marché de la propriété en Irlande, une topologie de la désintégration économique du pays.


Irlande, 2011 De grandes pancartes décrépies au bord des routes nationales, recouvertes par plusieurs couches de bandeaux affichant des baisses de prix, signalent l’existence de banlieues résidentielles érigées au milieu de la campagne. Les pneus de ma voiture crissent sous la caillasse des routes et chaussées inachevées qui y mènent. Sur place, dans la lumière hivernale de ce mois de février 2011, nulle trace de vie humaine au milieu de ces vastes rangées de bâtiments immaculés. Parfois, au loin, une camionnette qui disparait aussitôt après mon arrivée sur les lieux. Sans doute un ou deux loubards venus dérober quelques matériaux récupérables ayant de la valeur. Ce sont les seules personnes que j’aie pu croiser dans ces quartiers censés respirer la vie familiale. Au lieu de cela, il y règne une atmosphère de désolation et de vide absolu. On y entend le bruissement du vent dans l’herbe des pelouses non entretenues et parfois celui d’un chien aboyant au loin. Des chantiers abandonnés bordent les environs, des monticules de terre retournés ainsi que des déchets de toutes sortes jonchent les sols. L’Institut National de Recherche Irlandais pour l’Analyse Spatiale et Régionale (National Institute for Regional and Spatial Analysis, NIRSA) a défini comme ghost estate (quartier fantôme), un quartier de plus de 10 maisons dont plus de la moitié est inoccupé ou inachevé. En octobre 2010, selon les chiffres officiels, on dénombrait 2846 ghost estates et plus de 350 000 logements inoccupés dans toute la République d’Irlande. Les ghost estates se répartissent sur tout le territoire du pays. Mais le plus grand nombre d’entre eux se situent dans les régions rurales du centre et de l’ouest du pays, dans les countys de Leitrim, Roscommon, Longford et Cavan que j’ai visités.

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La présence de ces quartiers fantômes irrite les habitants de ces régions. Leur vue nargue les passants, vestiges prématurés évoquant une époque révolue, faste mais brève. La crise se fait sentir de partout - chômage, dettes, coupes budgétaires, fuite des capitaux étrangers - mais elle prend aussi forme dans le paysage. Elle est visible partout sur le territoire. Souvenirs amers laissés par la nature spectrale et passagère de la bulle immobilière, les ghost estates sont le symbole de l’effondrement du marché de la propriété en Irlande, une topologie de la désintégration économique du pays. Ces coquilles vides, fantasmes d’une vie rêvée avortée au bord des routes, sont également la preuve de la faillite des politiques et d’une logique économique qui a, durant des années, semblé opérer des miracles. En effet, le Celtic Tiger avait complètement transformé le pays, brassant ressources et énergie, créant emplois et richesses, attirant de l’extérieur investissements financiers et nombre d’immigrants. Pourtant, depuis la crise financière de 2008, la prospérité a depuis fait place au désastre et à la dépression. Le paysage irlandais est aujourd’hui le reflet de cette situation, mais également le miroir d’une crise beaucoup plus globale. Ces maisons sont là, désertes. Elles attendent, qu’on les habite ou qu’on les termine.


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Index des photographies page 7 ___________________________________ Holy Park, Leitrim Village Charlestown ______________________________________________ 9 ___________________________________ 11 Oakfield Manor, Kinlough Auburn Village, Ballymahon? _________________________________ 13 ____________________________________ 15 Baileboro Road, Virginia Battery Court, Longford _____________________________________ 17 Battery Court, Longford _____________________________________ 19 __________________________________ 20 An GriĂ nan, Drumshambo ___________________________________ 21 Hill Crescent, Ballymahon _______________________________________ 23 Shantobar, Ballinalee Forest Park, Kinlough _______________________________________ Forest Park, Kinlough _______________________________________ _______________________________ Tullan Strand Road, Bundoran ________________________________ Armada Cottages, Bundoran ___________________________________ Oakfield Manor, Kinlough Tullan Strand Road, Bundoran Tullan Strand Road, Bundoran Mac Oisin Place, Dromod Forest Park, Kinlough The Waterways, Keshcarrigan Unknown name, Keshcarrigan Unknown name, Keshcarrigan Unknown name, Keshcarrigan

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Hawthorn, Baileborough Silver Birches, Longford Unknown Name, Drumshambo Unknown Name, Ballycadare Unknown Name, Ballygawley Unknown Name, Dromore West Unknown Name, Charlestown

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Roosky Lock, Roosky Roosky Lock, Roosky

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Lismeen Hills, Ballyjamesduff Lake View, Keshcarrigon Lake View, Keshcarrigon Cartron Road, Keenagh Oakfield Manor, Kinlough Cartron Road, Keenagh Cartron Road, Keenagh The Waterways, Keshcarrigon The Waterways, Keshcarrigon Battery Court, Longford

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Cet ouvrage, édité par Christian Tarabini et Laura von Niederhäusern, a été achevé d‘imprimer pour le compte des éditions d‘Uqbar par l‘imprimerie Noir sur Noir à Genève, en décembre 2012. Le tirage de l‘édition a été limité à 400 exemplaires. Dépôt légale: 1er trimestre 2013. Numéro ISBN L‘artiste et les éditeurs remercient Camille Decrey, Christian Johannes Koch et traductrice/relectrice? pour leur contribution à la réalisation de ce livre. Avec le soutien de la Ville de Genève, de la République et le canton de Genève et de la Loterie Romande.

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ImprimĂŠ en Suisse

GHOST ESTATES, VALERIE ANEX  

When the Irish housing bubble burst in 2008, activity on building sites suddenly stopped. Still now, the Irish landscape is covered by over...

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