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Samedi 17 et dimanche 18 avril 2010

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DESIGN YOUR CAREER

Dossier «Dynamic office» au SFP Sécurité sociale, c’était le thème du dossier Références, la semaine dernière: des fonctionnaires mobiles au sein de la Tour des Finances remodelée. Et si l’évolution actuelle vers le «virtual office» rapprochait encore un peu plus les services publics du public, en abandonnant le concept obsolète de «cité administrative»? Le privé va déjà dans ce sens-là. Confirmation : il y a encore plus impersonnel qu’une chambre d’hôtel d’aéroport, c’est un bureau pour hommes d’affaires en voyage dans un business center. On n’y pose pas ses valises, on y pose juste son PC portable le temps de travailler quelques heures. Et on s’en ira, place nette, en sachant qu’une nettoyeuse zélée effacera tout vestige d’ADN sur les surfaces impeccablement hygiéniques. Rare trace d’humanité dans un univers synthétique, le sourire de la réceptionniste, à qui appartient aussi la voix qui, au téléphone, répondra en bonne secrétaire. Mais, pour le reste, ça manque furieusement de ces petites choses qui marquent un territoire, les photos de famille et les pensebêtes punaisés sur les parois, le pot de crayons (sans mine), dans le fond duquel on sait retrouver l’agrafe-trombone qui va bien, la pile de papiers inclassables, les sous-bocks sur lesquels on a griffonné une idée ou le téléphone d’une copine… Du brol, d’accord. Appelons ça environnement familier, si vous préférez. En bref, tout ce qui distingue le travailleur sédentaire, installé, du nomade corporate dont les liens avec sa société se limitent aux prises dans lesquelles il vient se brancher au bureau et à la permanence de sa liaison via le portable. Pas présent, mais joignable à tout moment. « Mais rien ne vous empêche de personnaliser votre bureau à votre guise, si vous le louez au mois… Et d’y louer, moins cher que le bureau, un emplacement de stockage pour y mettre vos archives si vous en avez besoin. » Eduard Schaepman, le patron de Regus pour le Benelux, a réponse à tout, corrige la première impression, incomplète. Chez Regus, leader mondial de la location d’espaces de bureau partagés avec un millier de business centers dans 80 villes de 80 pays, bientôt 120, on peut tout faire, louer un bureau à la journée comme au mois ou à l’année, le partager à plusieurs, avoir par abonnement un bureau disponible dans tous les pays… Vingt ans d’expérience cette année, dans ce business que Regus a inventé. Ou, plutôt, que son créateur anglais Mark Dixon a inventé. C’était en 1989, avenue Louise à Bruxelles : il cherchait des mètres carrés à louer temporairement pour le démarrage d’un business et, de sa solution, en a fait un autre business. Autant dire que, depuis, tous les cas de figure ont été rencontrés.

SOIXANTE POUR CENT MOINS CHER

Etude

Tout est prévu, mais l’idée de base est évidemment de voyager léger. Léger pour le portefeuille, avant tout : « 60 % d’économie par rapport au prix d’un bureau moyen de 89 m2, qui coûte 12.000 € par an à une société selon une étude de Deloitte » précise Eduard Schaepman. C’est un peu le système des low-cost/high efficiency companies, les investissements coûteux y sont rentabilisés au maximum et les clients se succèdent. Le succès de la formule se démultiplie aujourd’hui, grâce aux nouvelles formes d’organisation du travail qui, elles-mêmes, sont influencées par la technologie et les problèmes de mobilité. À quoi bon perdre encore deux heures au minimum par jour, dans

Auto, boulot, rétro

les embouteillages ou dans les trains, pour se rendre au bureau, quand on y est relié en permanence ? On a, on aura toujours besoin d’un lieu de rencontre car les vidéo-conférences ne valent quand même pas le contact direct, mais il n’est plus vraiment nécessaire, pour une société, d’avoir un siège social imposant et cher. Avec une gestion orientée sur les résultats, on n’a plus besoin non plus que les employés prestent huit heures de présence au bureau par jour. Et, en tirant ainsi sur les fils, le pull-over de la routine se détricote de plus en plus. Pourquoi installer les bureaux dans des zonings dédiés, au milieu de nulle part ? Les motivations à la base de ce type d’installation – prix du mètre carré, proximité des nœuds autoroutiers – n’ont plus la même importance et, franchement, personne n’apprécie réellement de travailler dans des ghettos sans âme, sans restaurants, ni magasins de proximité. De plus en plus, la frontière entre vie privée et vie professionnelle tend à s’estomper. Liliane Fanello, dans un récent article sur le télé-travail (*), signalait que des télécentres « intelligents » peuvent devenir de véritables écosystèmes pour les utilisateurs, offrant des services supplémentaires comme des gardes d’enfants, une cafétéria. Une approche que Regus pratique elle aussi, à côté des environnements de travail classique : « Nous avons des Business Centers dans des “clusters” de banlieue, parce que certains clients préfèrent cela. Ils estiment que rien dans l’environnement ne doit distraire leurs employés et c’est leur droit, dit Eduard Schaepman. Mais d’autres compagnies désirent être implantées où les gens vivent, font du shopping, etc. Et nous nous implantons de plus en plus à proximité de grands magasins, de stations service, de nœuds de communication routière et ferroviaire. En fait, nous cherchons en permanence les endroits qui conviennent à de nouveaux modes de vie, plus flexibles. Avec les chemins de fer néerlandais, nous avons un contrat pour implanter des business centers dans 25 gares. À Amersfoort, par exemple, la capacité est de 35.000 voyageurstravailleurs par jour. La tendance est d’aller vers l’intégration de services dans le business center : à Zwolle, le 1er juin, nous en inaugurons un qui comporte une salle de fitness, une crèche, un coffee bar, un restaurant… » Ce que Regus appelle le concept « easy life », associant profession et vie privée, pourrait se développer rapidement dans des villes moyennes comme Bruges, Malines, Courtrai, avec des business centers d’une superficie d’environ 800 m2. Et aussi Knokke, de manière à concilier le meilleur de plusieurs mondes… Les services au public pourraient suivre le même chemin. Les formules de ce genre ont le vent en poupe, comme Regus, d’ailleurs. La société avait senti se profiler la crise. Elle en a profité pour raboter quelques prix et offrir des possibilités d’abonnement. Pour 200 euros mensuels, on a ainsi l’usage d’un bureau 10 jours par mois dans 950 business centers du monde entier. Pourquoi partir en vacances quand on peut être au STÈVE POLUS boulot à Miami ? (*) Références SOS Emploi, du 31 mars 2010.

«DAVANTAGE D’AGILITÉ AU TRAVAIL, SVP»

Regus s’est associée avec Unwired Ventures afin de tester les intentions des sociétés multinationales au sujet de la gestion de leur parc immobilier et, par ricochet, de la gestion de leurs ressources humaines. Le rapport, intitulé «Agility@Work» se base sur l’avis des responsables immobiliers de plusieurs sociétés internationales dont Nokia, Accenture, Barclays et la BBC, ainsi que l’étude de divers cas comme Vodafone, Macquarie Bank et Interpolis. «À la sortie de la récession, les sociétés internationales auront pour principal objectif de diminuer sensiblement les dépenses liées à leur parc immobilier, de gérer le développement des équipes sans avoir à investir sur de nouvelles surfaces et d’obtenir de réelles avancées en matière de développement durable», affirment les auteurs de l’étude qui estiment que «les grandes entreprises ont pour ambition de réduire le coût par personne de 13.900 euros à 5.100 euros grâce à l’innovation, la mobilité et l’adoption de nouveaux modes de travail.» «Notre modèle d’organisation du travail est nettement dépassé, plaide Mark Dixon, CEO de Regus. Il est le fruit de l’ère industrielle, dont le décalage avec notre monde moderne est si important qu’il est souvent à l’origine de la plupart des problèmes que nous rencontrons de nos jours: l’équilibre chaotique entre la vie personnelle et la vie professionnelle, la dégradation de la rentabilité des sociétés, la mise en péril de

l’environnement. Adopter une meilleure façon de travailler, considérer avec agilité comment, où et quand nous travaillons, nous permettra d’améliorer nos vies, de développer nos affaires et de protéger l’environnement.» Philip Ross, CEO de Unwired Ventures, estime quant à lui que «les entreprises auront atteint un point crucial de leur évolution lorsqu’un plus grand nombre de collaborateurs aura la liberté de choisir où travailler. Dans cette optique, il y aura une explosion d’espaces disponibles “à la demande”, cette approche “délocalisée” étant cruciale car ces multiples espaces seront essentiels à la consolidation des activités.» Et de poursuivre: «La congestion permanente des transports constitue un problème majeur: l’immobilité dans la ville et dans la banlieue se traduira par une demande croissante de points d’attaches multiples pour les collaborateurs.» L’argumentaire étant posé, on ne peut s’empêcher de constater que les années passent sans que de réelles avancées soient enregistrées sur le plan du «télétravail» au sens le plus large. Les sociétés qui ont réellement intégré cette forme d’organisation sont encore minoritaires dans notre pays, en dépit des multiples arguments régulièrement avancés (et renouvelés) pour y parvenir comme la recherche d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, la diminution des coûts immobiliers ou encore celle de l’empreinte écologique des activités… BENOÎT JULY

EDUARD SCHAEPMAN PHOTO DR

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16/04/10 10:49 - LE_SOIR

du 17/04/10 - p. 48

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