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VAC NZE

Stop making sense. Revue. Do It Yourself. Bordeaux. Numero 0


Photos couverture / Chrystal & Sonia Ci-contre : Photo / YANN FELIXAIN


#0 HEROIQUE ARGENTIQUE

ÉDITO

....................................................................................CE QUE J’EN PENSE P.5

CLIN D’ŒIL

.................................................................................................................P.6

HEROS

.....................................................................................LETTRE OUVERTE P.8

PHOTO 

...............................................................SKATE TRIP P. 13 / PORTFOLIO P.29

ARTISTES CINEMA

.............................................JOHAN BAGGIO P.16 / ATELIER GOAL P.23 .................................................................................................DMHDLCF P.26

JEUNES CREATEURS MUSIQUES PAPER CRAFT

...............................WHISTLING CROW P.38 / LENOCIP P.44

.............................................................BOTIBOL P.42 / LANDSVALA P.46 ..............FOR GEEK P.48 / FOR GIRLS P.50 / ORIGAMI BIRDS P.53


CE QUE J’EN P E N S E ? VACANZE se cristallise tandis que je m’éveille. Il fait beaucoup trop chaud. Alors je sors du lit. Trop confortable. Dehors il se passe des choses. La nuit surtout. Profitons des vacances pour passer inaperçu. Mon animal et moi allons voir la rive. La patte lourde et sans assurance mais impatiente, ma bête se jette à l’eau. Elle frétille, hume… VACANZE veut dénicher et protéger. Sa meute ? Ses amis. Son nid ? Le subjectif. Sa particularité  ? Masochiste. Faites comme moi, sortez vos bêtes. Parcourez la ville. Bordeaux imparfaite ? Désuète ? Tant mieux. Si vous vous ennuyez cet été, venez admirer ma bestiole. Pour son entrée en scène, dans l’air du temps catastrophique. Un thème  : héroïque argentique. De la photo, des héros et des machins à fabriquer. Petit animal en papier vient de naître et demande à être apprivoisé. Tournez la page et faites passer le mot. Ah VACANZE. 5 Ci-contre : Thomas & La loyauté c’est exprès pour qu’on te bouffe par Sonia Cz.


CLIN D’ŒIL

Florent. Portrait

Aquarelle sur napperon en papier

2010, JULIE DOBERSET

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Sans titre. PopoĂŠsie

Impressions tampons

2010, JO LlCOOL toooldtoocold.blogspot.com

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L E T T R E O U V E R T E « Une instance supérieure munie d’une bonne dose d’explosifs veille sur vous chers compatriotes... Dormez sereins et surtout, surtout, votez à droite ! »

LE MASQUE DU SUPER-HÉROS Superman fit son entrée dans ma vie alors que j’étais encore tout petit. C’était pendant la période de Noël et, bien que je fusse alors très jeune, je savais déjà que cette période était idéale pour se forger une solide culture cinématographique. Maman, j’ai raté l’avion, la série Arme fatale, la trilogie Retour vers le futur, les films genre  : Le père Noël est tombé en panne de traîneau ou Y aura-t-il un Noël cette année  ?, je regardais tout et le plus impressionnant c’est que je me suis longtemps souvenu des histoires les plus aberrantes, mais de Superman, rien... Juste un grand ennui ; je me suis longtemps souvenu du héros volant au secours d’un avion à la dérive, mais du reste pas grand chose... Alors même qu’il n’y avait parfois rien d’autre à la télé j’ai toujours préféré regarder Stéphane Bern nous parler de ses amis que de perdre mon temps à visionner un autre épisode de la franchise... Je concède avoir tenté de m’intéresser à Supergirl quand le film fut diffusé sur M6, mais n’y trouvant pas vraiment ce que j’y cherchais je zappais rapidement ne voyant que le premier quart d’heure...

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Plus tard, vers la puberté ils ont commencé à diffuser Loïs et Clark, les nouvelles aventures de Superman et, ce coup là, j’accrochai immédiatement. Comme tout le monde j’avais envie de secouer Clark et de lui hurler de révéler son secret à Loïs, chaque fois que je rentrais du collège, mais, faisant preuve d’un sacré self-control pour mon âge, j’arrivais quotidiennement à maîtriser ma rage envers Loïs qui s’évertuait insolemment à traiter Clark comme un moins que rien. Plus d’une fois, en pleurs, je fus consolé par ma mère qui me rassurait en me disant que de toute façon elle ne l’aurait jamais son prix Pulitzer, mais rien n’y faisait, je haïssais plus que tout cette scribouillarde qui n’avait pas assez de jugeote pour faire le rapprochement entre son collègue et son sujet favori. J’avais

pourtant l’impression que Clark faisait tout pour être reconnu, pas de masque, un léger changement de coiffure, le costume traditionnel et, bien entendu, la suppression des lunettes. A bien y réfléchir, mis à part le costume, c’était définitivement les lunettes qui distinguait Superman de son alter ego... Un peu faible pour qu’une journaliste digne de ce nom ne fasse pas le rapprochement... Cette série me laissa un goût amer... Quelques années plus tard, M6, toujours, annonça en grande pompe la diffusion de Smallville. La jeunesse de Superman avec des personnages sensés avoir mon âge avec des préoccupations de mon âge et les pouvoirs naissants de Clark Kent en prime, cette série avait tout pour me plaire. Malheureusement elle arriva trop tard et j’avais alors d’autres choses à faire de mes samedis soirs, à regret... Cependant tel qu’ils ont admirablement su le faire pour La petite maison dans la prairie, les gars de M6 ont su rentabiliser leur achat des droits pour la diffusion de cette série et il la diffusèrent et rediffusèrent sur tout un tas de créneaux horaires... ( Je crois  d’ailleurs que Smallville passe encore sur W9.) J’eus donc diverses occasions de suivre, avec plaisir, le jeunesse de Clark Kent. Ah, le suspense lié aux différents retournements de situations, les fous rires liés aux différentes maladresses de Clark, les délicieuses histoires d ‘amours et la non moins délicieuse Lana... Regarder Smallville c’était un peu comme regarder Sept à la maison, la drogue et les problèmes sociaux en moins, mais surtout, les supers pouvoirs en plus. Il est vrai que je rechigne encore à expliquer avec sincérité à mes parents pourquoi j’ai vraiment échoué ma première année de fac mais leur révéler mon addiction à Smallville ne ferait qu’accroître leur déception, alors je m’en tiens à la version bien rodée de la prise excessive d’excitants en tous genres... (Les deux ne sont pas incompati-


bles...) Enfin Kill Bill 2 arriva, j’avais été très déçu par la première partie pour laquelle j’avais payé ma place alors je décidai d’attendre la sortie DVD, résistant avec sang froid à l’envie de voir ce que pouvait bien donner David  Caradine dans un Tarantino... Je ne fus pas déçu et comme bon nombre d’entre nous (excepté, bien entendu, les dingues de combats de sabres durant près d’une demie heure...), j’oubliai quasi-instantanément qu’il y eût jamais un premier volet à ce film. Pour en revenir  à mon sujet, je fus très sensible à la dernière scène ; plus particulièrement à ce moment où Bill raconte à Béatrice pourquoi Superman est un super héros totalement différent des autres faisant de ce sujet une parabole pour expliquer pourquoi il décida d’exécuter celle qui fut sa compagne... En effet, le plus dur pour Clark Kent, ce n’était pas vraiment de combattre Lex mais plutôt de préserver son identité secrète. Je me débrouillai alors pour me procurer les films que j’avais tant méprisé dans mon enfance et appris à apprécier la subtilité avec laquelle le journaliste faisait tout pour passer pour le pire des minables... Il en fallait du cran pour s’efforcer, à chaque geste, de se rendre toujours plus ridicule aux yeux de son entourage. Vous me direz que j’aurais pu le comprendre plus tôt et que je n’aurais pas dû juger si sévèrement Loïs mais vraiment, si Clark Kent avait vraiment voulu éviter tout soupçon sur sa double identité il aurait prévu dans son déguisement de super héros, un masque, des lunettes de soleil... Je sais pas, n’importe quoi d’autre qu’une coupe de cheveu excentrique et trop semblable à celle qu’il a quand il est en civil. Un collant sur la tête aurait fait l’affaire, c’aurait été moins drôle c’est sûr... COMBIEN DE VIES BRISÉES ?  Club Dorothée, un mercredi matin comme tous les autres mercredis matins j’étais dans le canapé familial quand commençait Sailormoon. Sailormoon, c’était sympa mais, de loin, beaucoup moins bien que ce qui suivait. Lors du générique de début mon père m’appela du jardin. Il avait besoin d’un coup de main ! Je haïssais les mercredis matins où mon père ne travaillait pas... Faisant semblant de ne pas entendre alors même que ma sœur, qui, elle, était fan de Sailormoon, disait à mon père, par la fenêtre, que j’entendais très bien qu’il m’appelait, j’attendis patiemment que ce soit la figure paternelle qui me relève de ma position allongée. Heureuse, ma sœur prit ma place. Me montrant une pile de bûches gigantesque mon tortionnaire m’expliqua que je pourrais retourner regarder la télé quand tout serait tronçon-

né... Ne perdant alors pas une seconde je retroussai mes manches et plaquai un rondin de bois contre un tronc tandis que mon père tronçonnait ledit rondin. Du haut de mes sept ans je n’étais alors pas très au fait du métier de bûcheron et tremblais quand  la tronçonneuse se rapprochait de mes doigts... Avec la peur au ventre j’accomplis mon travail pendant un moment qui me parut alors une éternité quand ma sœur sortit la tête de la fenêtre et me cria : « Ca commeeeeeeeeeeeennnnnnnnnnce  !!!  » Je regardai mon père, il regarda la pile de bûches, je compris que je ne verrais même pas le second épisode... Alors que Songoku n’en aurait fait qu’une bouchée de tous ces rondins, et à la main qui plus est, je devrais me pointer à l’école le lendemain avec, sur le visage, la honte de celui qui n’a pas, la veille, vu Dragon Ball Z... Disons le, de mon temps cette série était une institution dans les cours d’écoles. On avait des cartes Dragon Ball Z, des pogs Dragon Ball Z, on s’habillait avec la marque Dragon Ball Z, et, Dieu m’en a préservé, certains se coiffaient en Dragon Ball Z. A la récré on se battait à coup de Kaméhaméha et lorsqu’on en a entendu parler on s’évertuait, des heures durant, à tenter la fusion que Songoten et Trunks avait si brillamment réussie. Je ne sais pas si le créateur du maga y avait pensé quand il avait créé ce concept mais en chorégraphiant la fusion de ces deux personnages il avait logé

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profond dans le cerveau de tous les gamins adeptes du Club Dorothée l’idée qu’en exécutant une série de pas farfelus ces derniers arriveraient à atteindre un niveau supérieur dans leur fictive carrière de supers guerriers. Je me souviendrai toute ma vie du regard de mon institutrice quand elle nous surprit pour la première fois... Les jours passèrent et la pratique de la fusion devint banale aux yeux de tout le monde comme le devint, plus tard, la pratique de la tecktonique... (On s’habitue à tout ?). Au retour des grandes vacances, S., un de mes potes nous fit savoir avec fierté qu’il avait réussi à se transformer en super guerrier détruisant par la même occasion sa chambre et un bout de sa cuisine... Le lendemain deux autres se vantèrent du même exploit et le troisième jour tout le monde savait se transformer mais ne le faisait pas pour des raisons de sécurité. On ne revit plus jamais S., j’appris plus tard qu’il avait été placé dans un centre spécialisé afin de calmer ses tendances pyromanes... Oh Akira Toriyama, combien d’autres vies as-tu détruit ? Tout d’abord ils ne diffusèrent plus Dragon Ball Z, puis le Club Dorothée disparut à son tour, ce fut la fin d’une époque. La passion des Sayians ne m’a cependant jamais quitté. Au collège j’achetai la collection complète de mangas et au lycée j’investis dans les DVD de Dragon Ball. En effet depuis l’école primaire j’avais revu à la baisse ma préférence pour la deuxième partie de la série (Dragon Ball Z) et préférai dès lors la première partie (Dragon Ball). Il faut dire aussi qu’avec l’âge je trouvais de moins en moins probable qu’il me fût un jour possible de me transformer en super guerrier tandis qu’agiter un bâton de bois et courir dans la forêt en donnant des coups de pied à des oiseaux ou à d’autres bêtes (quoi que ce fut plus dur que je l’imaginasse), me paraissait tout à fait à ma portée. Mes parents, dépités, me regardaient ainsi partir tous les matins vers une destination inconnue, mon bâton accroché dans le dos. Ils ne demandaient jamais ce que je faisais de mes journées (trop peur de la réponse  ?), mais s’inquiétaient ouvertement qu’à deux semaines de l’échéance je ne révise pas un peu plus pour le bac... Je ne me rendis compte que trop tard qu’ils avaient raison de s’inquiéter ; mon Kaméhaméha n’impressionna pas du tout le type qui me faisait passer mon rattrapage d’histoire-géo.

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Je parvins à me sevrer, mais il y a de cela quelques mois je replongeai. Au début c’était juste pour voir si Dragon Ball était vraiment mieux que Dragon Ball Z, puis sans vraiment m’en rendre compte je me suis mis à fréquenter des sites de fans qui expliquaient

comment développer efficacement son énergie vitale. Quand j’eus estimé avoir suffisamment exploité tout mon potentiel je me rendis à la piscine. Je ne voulais pas non plus risquer le tout pour le tout du haut d’une falaise; alors je fis mon premier essai du haut du plongeoir de cinq mètres. Après quelques minutes de méditation je m’élançai, bras le long du corps tout en me forçant à bien rester en position horizontale afin de me servir au mieux du vent venant de face pour orienter mon vol vers le haut. Quelque chose avait du clocher dans ma préparation, les maîtresnageurs acquiescèrent... 
  LA NAISSANCE DU BIEN ! Aujourd’hui j’ai définitivement tourné cette page de ma vie pendant laquelle je me croyais doté de pouvoirs surnaturels. Cette remise en question, je la dois entièrement aux Watchmen. En lisant leurs exploits je me suis rendu compte qu’il n’était pas nécessaire de défier les lois de la gravité pour faire régner l’ordre. Je confesse avoir jalousé  ce grand  bonhomme bleu détenant des secrets sur à peu près tout, mais me prenant plus particulièrement d’affection pour Rorschach je décidai d’adopter son mode d’action. Lui, en confectionnant son costume il avait pas oublié de lui ajouter un masque... Dans un sens, avec son affreuse tête de roux, il aurait du, un jour ou l’autre, super-héros ou non, se résigner à porter un masque même pour effectuer le plus banal des jobs de caissier... Mais quel masque ! Il me fallait un truc dans ce genre mais plus en harmonie avec mon bâton de bois. J’optai donc pour un loup confectionné en contreplaqué avec quelques cercles dessinés dessus, genre carrément hypnotique. Pour le costume je choisis de faire sobre  : un short en velours noir (le short, c’est pour mieux courir et sauter... Pratique non  ?), une barbe postiche et un long pardessus qui couvre mes jambes jusqu’aux genoux et des baskets noires. J’aurais dû me faire un truc un peu plus personnalisé mais en ce temps-là j’avais des problèmes de financement. Rorschach n’avait pas la vie facile quand il patrouillait de nuit ; il y en avait une flopée de raclures qui rôdait par les rues. En plus de ça il s’était chargé d’une affaire personnelle qui le mena à un tueur de Watchmen, rien de bien folichon en somme... En revanche il y avait son ex-collègue habitant au Pôle Nord (n’étaitce pas lui le tueur ?) qui avait une idée surprenante pour mettre fin à la guerre froide : faire exploser une bombe atomique sur New York ! C’est vrai que dit comme ça n’a l’air ni original ni très intelligent comme idée, mais quand il l’explique à ses amis Watch-


men tout le monde a l’air bien emballé à part Rorschach qui est trop amoureux du genre humain pour accepter une telle chose. Enfin pour en revenir à mon histoire, un samedi je pris la résolution de me renseigner sur la confection d’explosifs. (Pour l’heure je n’ai toujours pas utilisé le quart de mon stock, mais on n’a jamais assez d’explosifs pour faire régner l’ordre...). Donc en chattant sur mon ordi pour glaner des infos je tombai rapidement sur un type qui se moqua de moi publiquement en disant : « Mdr les gars ce bouseux il a pas vu Fight Club, il sait pas fabriquer de la nitro.  » Je ravalai mon orgueil et partis prestement louer le DVD. Je relisais les notes que j’avais prises sur les renseignements que Tyler m’avait fourni tandis que je me dirigeais vers le Auchan pour me procurer les ingrédients indispensables... Alors j’eus quelques inquiétudes : et si les gens ne comprenaient pas mes actions comme il était arrivé à Batman dans ce film avec Jack Nicholson ? Devrais-je coûte que coûte continuer ? AU CŒUR DU CHAOS...  Mon observation minutieuse de Rorschach m’avait appris qu’il fallait être complètement réac et bien ancré à droite pour faire un bon super-héros. J’étais armé ! Lors de ma première patrouille nocturne la racaille se tint tranquille, lors de la seconde aussi puis la troisième je sentis qu’il allait se passer un truc. En effet, le lendemain, alors que j’étais perché sur un arbre offrant une vue parfaite sur un quartier pavillonnaire outrageusement suspect, je remarquai une voiture de type Mercedes qui faisait le tour du pâté de maisons. Il fallait en savoir plus et comme mes jumelles ne permettaient pas de discerner de petits détails je descendis de mon arbre et, couvert du manteau de la nuit, je me faufilai vers le lieu où la voiture semblait s’être arrêtée. A présent je voyais bien mon suspect : un noir à l’air peu commode, genre bien costaud  ; il téléphonait tout en portant son regard sur la demeure de madame Delage. Une connaissance à elle ? Un cambrioleur ? Un drogué en quête de sang ? Les possibilités étaient infinies, alors quand je le vis descendre de son véhicule, je sus que je devrais appliquer les enseignements de Rorschach à la lettre  : cogne d’abord et, après, cherche les indices. Mais je devais être discret, un bon super-héros agit toujours dans l’ombre ! Deux coups de bâtons derrière la tête eurent raison de lui, pas si costaud que ça le gars... Il mit un certain moment à reprendre ses esprits, entre temps je l’avais traîné derrière la clôture ombragé de sa victime, pour pouvoir l’interroger à ma guise : Parle enflure, donne moi vite des indices avant que je te foutes encore un peu plus sur la gueule.

Que... Que... bredouilla-t-il apeuré. Un nouveau coup de bâton, dans le ventre cette fois-ci, lui fit passer l’envie de bredouiller. Parle et sois précis. Mais qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Ce coup-ci il ne bredouillait plus mais il me prenait sérieusement pour un con. Les questions, c’est moi qui les pose, affirmai-je en lui donnant un coup de pied dans l’œil. Ton patron, c’est qui ? Et qu’est ce que tu fait dans les beaux quartiers ? Tu crois que je vais te laisser impunément terroriser les bonnes gens ? Il pleurait maintenant et je savais qu’il allait cracher... Je voulais... terroriser... personne. Mon patron... il s’appelle... Ramirez... je reviens de chez lui... il habite...    Trois derniers coups au niveau de la tempe me permit de m’assurer qu’il se tiendrait tranquille jusqu’à l’arrivée de la police. Je savais où habitait Ramirez, dans une rue parallèle. La gangrène avait attaqué les beaux quartiers, ça je le savais depuis longtemps, mais qu’un baron de la drogue sévisse quotidiennement sous mes yeux et que mes parents le considère comme un homme respectable je ne pus le supporter. Pour l’heure il fallait rassurer madame Delage et lui demander d’appeler des renforts. Je sonnai et attendit un instant. Comment allait elle apprécier ma prestation ? Me prierait-elle d’accepter de l’argent en guise de récompense ? Quelle réaction allait susciter mon costume  ? Toutes ces questions me trottaient dans la tête... Je tremblais, j’avais froid aux jambes, le short est pratique mais peu adapté aux rudes soirées d’hiver. La porte s’ouvrit, un cri terrifié m’accueillit. Je la rassurai en lui disant que je ne lui voulais aucun mal. Elle voulut que je sorte mes mains de mon pardessus, j’obéis mais elle s’était évanouie avant que je puisse expliquer quoi que ce soit.    Le lendemain, je m’occupai de Ramirez. Boum. Dans les journaux, aucune mention de lien avec le milieu de la drogue, le système entier était corrompu. Par la suite mes différents nettoyages firent la une des journaux mais je décidai de rester dans l’ombre, les journalistes, tous ces trucs c’est pas pour moi... Donc Aujourd’hui je profite de la parution de votre journal pour me faire connaître, mais surtout pour rassurer vos lecteurs :  Une instance supérieure munie d’une bonne dose d’explosifs veille sur vous chers compatriotes... Dormez sereins et surtout, surtout, votez à droite ! Texte / Dr S. Illustration / CLAIRE REY

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SKATE TRIP DELTA Avant de se retrouver gelés tous les quatre face à la mer dans cette voiture, seuls au monde, en dégustant notre repas LIDL, il y a eu d’autres moments à relever. Rien de pire que de se retrouver sous la pluie pendant une semaine dédiée au skate. Solution : le skatepark couvert. Heureusement, on échappe au port du casque. Mais on ne peut éviter les compétiteurs malsains, se sentant obligés de sortir le grand jeu. C’est le moment où l’on se dit qu’il y a une différence culturelle indéniable. Ils ne sont pas là pour le fun. L’influence de l’industrie toute proche se ressent fortement. Après ces déboires climatiques, nous attendons nos autres amis. Nous prenons le temps, comme un seul homme, d’apprécier cette vue tous les quatre.

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PNV Une fois les deux groupes réunis, nous sommes partis à l’assaut des spots. Accompagnés par un filmeur et un photographe qui connaissent bien le pays, nous sommes arrivés sur des blocs monstrueusement hauts. Ici, les possibilités de figures sont maigres pour tout le monde et resteront de l’ordre de l’imaginaire. Nous nous déplaçons suivant un chemin non défini mais inconsciemment réfléchi : celui qui nous emmènerait vers ce que l’on convoite tant, le spot parfait. Après une descente bien rapide et risquée (les voitures arrivant de face), on aperçoit un trinquet. Sans vraiment y prêter attention, on s’engouffre dans l’espace. Voilà notre spot. De jolies marches et des blocs de taille parfaite pour l’usage que l’on va en faire. Tellement contents de cette trouvaille, une grande partie de notre groupe décide de placer sa figure. Faut le faire, rien que pour nos amis média qui nous baladent partout. Ni une ni deux, sans se poser des questions, tout le monde se balargue. Des enfants se massent pour nous regarder un peu partout, de l’élan à la replaque des figures. Nous arrivons jusqu’à l’entrée d’un bâtiment, il y a des mères de famille, elles ont l’air de se poser des questions… Finalement une femme s’avance vers nous et, avec un très charmant accent espagnol, nous demande si on est venu faire un show pour les enfants. Un peu tous en même temps nous répondons qu’on filme et faisons des photos pour Internet. Notre réaction et tellement spontanée et naïve que la femme réplique : «Savez-vous que vous êtes dans une école?». Et oui depuis plus d’une demi-heure nous n’avions rien remarqué. Après une figure, assis en bas des marches, j’ai immortalisé un ami, qui, blessé, n’a pu que nous regarder. Un peu de Bordeaux sur fond Basque. Quelques minutes avant que la Guardia Civil ne débarque.

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LA FRESQUE À cause de la pluie, nous sommes obligés de trouver des solutions. Les endroits couverts sont rares. Le skatepark… Pas question. Ça sera ce fameux hangar aménagé par des skateurs, avec des modules fabriqués maison. Le spot est entièrement recouvert d’une épaisse couche de poussière blanche et d’ énormes flaques d’eau croupie. Pas question de tomber. Textes et Photos argentiques / YANN FELIXAIN

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JOHANBAGGIO Artiste bordelais de 23 ans, Johan Baggio présente pour VACANZE ses derniers travaux intitulés Rituels. Œuvres performatives et quêtes identitaires éphémères, elles interrogent le rapport de l’homme au sacré, à la ritualité et à l’absurde.

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Johan Baggio nous reçoit dans son atelier situé à la Caserne Niel de Bordeaux Bastide. La CUB a racheté ces 30 hectares de bâtisses militaires et espaces abandonnés au Ministère de la Défense pour créer une ZAC (Zone d’Aménagement Concerté). Elle verra naître logements sociaux et éco-quartiers dans un futur proche. Pour le moment, quelques artistes en louent une parcelle pour y loger ateliers, lieux associatifs et résidences d’artistes. La monumentalité des structures et la vacuité des espaces dépaysent et nous invitent à une errance au milieu de ruines, à 5 minutes du centre de Bordeaux. Nous avons souhaité rencontrer Johan pour évoquer son travail de peintre. L’artiste déclarait il y a de ça deux ans au sujet de sa pratique : « Pour moi, la peinture est un médium sacré  ; je l’aborde comme un travail et comme une passion de vie, au rythme des pulsions créatrices.  » Ces peintures figuratives, aux couleurs vives, dans des décors urbains convoquent des personnages mythiques, des icônes franco-africaines ou afro-américaines. Elles utilisent les  références d’une communauté comme moyen d’accéder à une réflexion identitaire et

politique. Johan Baggio considère la peinture comme une sorte de thérapie et estime aujourd’hui en avoir fait le tour.  
  Nous sommes le lendemain de la fête de la musique. Fraîchement sorti d’une sieste salvatrice, Johan nous accueille dans son atelier. Nous n’évoquerons donc pas ses peintures, l’artiste nourrit aujourd’hui un nouveau projet, plus intime, celui des Rituels. Il nous présente ses cagoules cousues mains, fidèles en leurs formes à celles des membres de l’organisation d’extrême droite xénophobe du Ku Klux Klan. Johan Baggio se met en scène seul ou accompagné, mais toujours cagoulé, dans des actions qu’il nomme Rituels. Les traces photographiques, lorsqu’elles existent, sont les témoins de scènes évocatrices qui sèment le trouble dans la lecture de situations invoquant ritualité et dimension mystique. La lourde charge historique de la cagoule du Ku Klux Klan se heurte violemment aux motifs des tissus wax à consonances africaines. De son propre aveu, Johan Baggio produisait des peintures de façon assez monomaniaque. Le projet des cagoules revêt quant à lui une dimension toute autre. Le tissu


utilisé pour ces capuches d’un nouveau genre est celui des boubous africains, dont la signification des motifs varie selon les ethnies et les régions. Si l’artiste en a produit près de 30, il souhaite rapidement arriver au nombre de 100, ce qui constituera l’aboutissement de ce projet artistique. Cet objet à caractère subversif tend à se propager, à contaminer les espaces publics ou artistiques bordelais pour finalement devenir un concept autonome, porteur d’une réflexion intuitive sur notre relation à l’autre. 
 
  Il existe, derrière ce projet, une idée de lutte sociale. L’artiste bordelais a muri une riche réflexion sur l’environnement politique dans lequel il évolue, en tant qu’artiste et citoyen. Son œuvre trouve une certaine résonnance dans certains textes anarchistes, comme ceux du groupe La fête est finie (www. lafeteestfinie.fr.free). Johan Baggio s’interroge sur les moyens de porter les luttes. Dans ses peintures, il évoquait les combats afro-américains dont Obama est aujourd’hui l’un des symboles contrasté. Les cagoules viennent ici enrichir ce propos et se présentent comme une alternative, un moyen de résistance à un système oppressif. Il interroge notre rapport à l’illégal, quand le fait de cacher son visage est aujourd’hui répréhensible par la loi française. Nous en voudrons pour preuve les interdictions du port de la cagoule lors des manifestations et du port de la burqa dans les espaces publics. Johan Baggio convoque au travers des cagoules de nouvelles interrogations sur la notion de dissimulation. Masquer son visage, donc sa couleur de peau reviendrait à brouiller les pistes dans une société où la blancheur reste institutionnellement hégémonique. Lors de certains Rituels, la mise en scène de réunions de groupes d’individus cagoulés sur des parkings ou aux pieds de tours HLM font échos aux communautés marginalisées. Fasciné par l’univers des gangsters, des clans et des gangs, l’artiste aime à glisser ses réflexions sur l’illégalité dans les interstices que laisse ouvert le système. Il en découle une certaine obsession de l’artiste vis-à-vis de l’illégalité, des structures hiérarchiques et des lois internes inhérentes à ces groupes.  
  En prolongement des réflexions abordées de prima bord au travers de ses peintures, puis en continuité dans les Rituels, Johan Baggio évoque la figure du père, plus précisément l’absence de figure paternelle. Personnalité publique intellectuelle, le père de Johan l’abandonne dès sa naissance. Le père serait-il alors cet autre cagoulé, étranger et anonyme, figure pourtant fédératrice et structurante de la sphère familiale ? Par métonymie, la famille devient dans les Rituels un clan où se jouent et se rejouent en permanence les enjeux de filiation, de solidarité et de

respect des règles communes. La parenté réelle ou fictive des membres du clan permet le sentiment d’appartenance à une communauté.  
 
  La confrontation entre la masse et l’individualité interpellent Johan Baggio qui nous présente une idée du monde en perpétuelle transition. Le rituel, rite initiatique, est un passage à l’âge adulte. En langage psy, cela revient à tuer le père. Un homme en devenir se construit sur l’opposition avec la figure patriarcale. Ce sont toutes ces notions qui sont abordées dans la réflexion de Johan Baggio autour des Rituels. L’image du père invite également à penser celle de Dieu, et permet ainsi à l’artiste d’exprimer sa fascination sincère pour la religion. Johan Baggio est un artiste conscient et critique. Il ne situe jamais sa démarche créatrice très loin d’un sens aiguisé pour l’autodérision. À deux pas de son atelier, accoudé au comptoir d’une baraque à frite, il nous confie que les tissus wax, proviennent pour la plupart de boîtes de graphismes européennes, décontextualisant ainsi la charge traditionnelle du tissu. Généreux dans son approche, Johan Baggio défend un propos issu d’une réflexion aboutie. Il nous invite à pénétrer un univers politisé et familier, le portrait en filigrane d’une société qui nous apparaît parfois anonyme, cagoulée. Texte / FLORENT FLECHTER Photographies / CHARLES BADI

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MELANCOLIAH

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La veille de la sortie de la revue Vacanze, Léa J. nous a proposé de contribuer au premier numéro, malheuresement nous étions déjà en vacanze. Voici donc une sélection d’images de nos séjours à Copenhague pour Hugo (pages 22 et 23) et à Amsterdam pour Alaric (pages 24 et 25).

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www. hugoanglade .fr


Hugo & Alaric, fondateurs et membres actifs de l’Atelier Goal vous donne rendez-vous dans le prochain numÊro de Vacanze pour parler davantage de design graphique.

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www. alarigarnier .fr


Les pages 22, 23, 24 & 25 ont été composées par Hugo Anglade en Ballard, caractère typographique dessiné par Alaric Garnier. 2011 © Atelier Goal

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D M H D L C F Des mauvaises habitudes de la critique française Le travail de critique cinématographique peut faire l’objet d’un contrat salarié, mensualisé ou «  à la pige », dans une structure journalistique. La rétribution financière, finalité de ce type de contrat, m’a été refusée pour le présent article. En effet, en dépit de mes modestes demandes, des salaires mirobolants touchés par les autres contributeurs de cette publication, et malgré le luxe obscène dans lequel se vautrent les responsables de cette revue, je ne toucherai rien pour les lignes que vous êtes en train de lire. La raison de cette injustice : la question de ma légitimité à formuler une telle demande, alors même que mon CV en matière de journalisme cinématographique est impeccablement vierge La question de la légitimité m’a donc taraudé, aussi plutôt que d’écrire un article pertinent, comme quelqu’un de consciencieux l’aurait fait, je me suis attelé à la question de la critique. Mise en abîme un peu minable ; comme ces jeunes réalisateurs qui font un court métrage sur la difficulté de faire un court métrage, plutôt que de choisir un vrai sujet. La question de la légitimité se pose pour tous les domaines d’exercice de la critique mais il faut considérer le cinéma comme un cas à part. En effet le cinéma propose une captation de la réalité avec l’essentiel de ses paramètres (sonores, spatiaux, temporels…), et une restitution des plus immersive (dans une salle noire, sur un grand écran). Cela pousse le spectateur à ne pas détecter le dispositif cinématographique, à percevoir donc plus facilement le fond que la forme, et à observer peu de recul sur l’œuvre. Un spectateur commun sort le plus souvent d’une séance cinéma avec une émotion ou une impression sur le film, rarement une réflexion formelle. Cette évidence de la forme cinématographique, qui la rend transparente, amène parfois à considérer comme évident l’exercice de la critique cinématographique. C’est pourtant tout le contraire. Si le dispositif est transparent, c’est justement aux critiques de le mettre à jour. Prenez Very Bad Trip de Todd Philippe, sorti en 2009. Tout ceux qui l’ont vu peuvent dire que le film est drôle (ou pas), que le reconstitution de la soirée

laquelle se livrent les personnages est une idée originale, un exercice ludique pour le spectateur, riche en effets de surprise. Mais une fois que l’on a dit ça, on a rien dit. C’est pourtant ce que l’on retrouve dans l’essentiel des critiques du film dont on s’épargnera le catalogue. Le fait est qu’une telle critique, évoquant les qualités scénaristiques d’un film ne parle pas encore de cinéma. On lisait dans Positif (sans doute la plus sérieuse des revues disponibles en kiosque) à la sortie de Very Bad Trip : « Cette comédie burlesque ne brille certes pas par sa subtilité, de toute façon hors sujet, mais démontre un véritable sens du rythme et une efficacité des coups de théatre peu commune”. Le reste suivait dans le même registre. On n’aurait su dire si l’on parlait d’un roman où d’une pièce de théâtre, cette critique parfaitement superficielle ne parlait pas de cinéma. La critique de cinéma commence donc avec l’intelligence de la forme cinématographique, doit discourir autour de cette forme. Il convient, dans le cadre de Very Bad Trip de parler de montage, de hors-champ, puisque tout le film s’articule sur ce qui est vu ou pas, ce qui est su ou pas, un savant dosage de divulgation et de frustration. L’ellipse a une place primordiale sur l’efficacité comique, tout comme le cadre en scope (le format panoramique au cinéma) et la place des trois personnages dedans. Sans commencer moi même à faire une critique, je constate immédiatement que pour mener rigoureusement une analyse qui soit utile au lecteur, c’est a dire qui ait un intérêt pédagogique, on ne peut se passer d’une grille d’analyse. Dans un merveilleux ouvrage intitulé Qu’est ce qu’un bon film ? (La Dispute), Laurent Jullier, universitaire, tente d’établir des critères généraux d’évaluation d’un film. L’exercice est complexe, l’auteur choisit six critères de jugement de goût, la réussite technique, le caractère édifiant d’une oeuvre, sa cohérence, etc. Chacun est décortiqué dans sa validité et dans son usage, si bien que tout le monde peut apprendre un peu sur sa pratique critique ordinaire et progresser dans son appréciation des films. Plus intéressant encore, ce travail de recherche était

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accompagné, à sa sortie, d’une série d’interview de personnalités du monde critique, mené par Laurent Jullier et disponible sur internet, dans lequel il était question de protocole d’analyse. On pouvait écouter dans l’une d’elle Jean-Michel Frodon, ancien directeur de la rédaction des Cahiers du Cinéma annoncer fièrement qu’il n’avait pas de critère d’analyse, seulement son instinct, et qu’il savait donc par intuition si un film était bon ou pas. De cette négligence méthodique dans la pratique critique, découle tout naturellement le peu d’intérêt que présente la lecture des critiques de cinéma en France. Si on va voir hors de France, on peut trouver des pratiques critiques bien plus constructives. Deux recueils de critiques de Pauline Kael, une journaliste américaine, ont récemment été publiés, chez Sonatine éditions (Chroniques américaines et Chroniques européennes). A la première lecture, pour un cinéphile habitué à l’analyse interprétative un peu vague des Cahiers du Cinéma c’est un choc. L’histoire est évoquée, bien sûr, mais aussi tous les aspects techniques et formels, on parle du décor, et du chef décorateur qui l’a imaginée, de l’image, et du directeur de la photographie qui l’a signée et bien sur de mise en scène. En bref les films sont abordés dans toute la complexité de leur fabrication, et on dépasse le simple stade de l’impression, pour rentrer dans leurs caractéristiques formelles. Alors qu’en France on ne parle des films que comme une émanation pure de l’esprit du réalisateur, la critique anglo-saxonne voit d’avantage le film comme une œuvre collective. Comme une somme de compétence. Cette vision du cinéma comme un travail collectif est à mon sens le seul moyen d’arriver à formuler une critique juste. Un film c’est un réalisateur mais c’est aussi un directeur de la photographie, avec qui le réalisateur filme les scènes, un monteur, qui lui propose une version montée du film, un producteur qui rassemble ces compétences, etc. Je revoyais l’autre jour OSS 117, le Caire nid d’espion, bijou de comédie française, qui est née dans l’imagination du producteur, Nicolas Altmeyer. Le scénario à été confié à Jean-François Halin qui a écrit pour Jean Dujardin, la mis en scène a été assurée par Michel Hazavicius et la photo est de Guillaume Schiffmann. Comment, dès lors, ne pas considérer ce film comme un objet complexe, dont la réussite tient à la parfaite maîtrise du genre jusque dans ces moindres détails : des cadres en passant par la photographie, complètement désuète, jusqu’au jeu de sourcil de Jean Dujardin. Le critique se doit d’appréhender cette complexité de fabrication et de ne pas rester à la superficie. La France, ancrée dans sa tradition lit-

téraire de la critique cinématographique, a du retard à rattraper. Pour ce qui est de mon salaire, j’attaque aux prud’hommes. A lire absolument : Qu’est qu’un bon film, Laurent Jullier, 2002, La dispute Chroniques américaines, Chroniques européennes, Pauline Kael, 2010, Sonatine éditions Texte / MARTIN R. Photographies / SONIA Cz


PORTFOLIO

PORTFOLIO ARGENTIQUE / EREA DAY / RETOURNE-MOI Bdx & Paris / Photographies: Chrystal / Esclave modèle : Guhery Iome C’est au moment où l’on s’y attend le moins que tout arrive. Je n’avais rien prévu, je n’avais même rien envisagé, sauf une infinité de banalités mises cotes à cotes. Alors j’ai erré et j’ai attendu que ça vienne. Voilà ce qui est venu : un corps, un lieu, une soirée et un homme tout près de ma machine à laver. C.

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WHISTLING C R O W « Artaud. Beckett. Céline. L’abécédaire d’une apocalypse moderne, ou trois interprétations littéraires du tragique de l’existence, livrées dans la parole et le geste. Artaud convulse : la dégénérescence des hommes. Beckett s’étouffe : leur terrible inconsistance. Céline crie : leur intolérable lourdeur. Le premier aurait pourtant voulu le monde beau comme une vague, le deuxième y trouver une bribe de sens, le dernier l’aurait rêvé danse et musique. Mais pour ces désenchantés,  recréer par  l’art une émotion primitive ou exhiber le néant d’une condition humaine universelle, revient peut-être à refuser de faire le deuil d’une communion possible entre individus. Le réconfort, c’est la beauté dans la noirceur, le rire dans l’horreur, le sel sur la plaie. » Wisltling Crow Les petits malins de Whistling Crow ont tout compris. Un collectif, des idées à revendre, une marque, des potes talentueux et surtout : de bons classiques. Bon on ne vous la fera pas : ceux-là, ils sont de Paris. Mais cela ne nous empêche pas de les aimer tendrement. Créateurs de Deuxième Chambre, une société artisanale de sérigraphie, ces joyeux loulous ont créé leur propre collection de tee-shirts, comme ça oui. À l’effigie de nos chers auteurs (préférés ?) et décédés qui n’ont donc plus leur mot à dire. Le résultat est plus que chouette mais ce n’est pas tout. De leurs petites mains innocentes, ils ont aussi élaboré une ligne en collaboration avec le graphiste bordelais (et pas que) Nicolas Oulès. Au regard de ses sérigraphies, nous retiendrons une chose simple: cet homme est fou. Comme VACANZE aime bien s’autodétruire, elle vous conseille d’aller voir leurs sites respectifs et de les rendre riches à l’excès. En tout cas, ils l’auront bien cherché. www.whistling-crow.com www.deuxieme-chambre.com www.nicolas-oules.com

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BOTIBOL & ME Sous le pseudonyme de Botibol, Vincent Bestaven, vient enrichir le territoire musical bordelais d’un album pop/folk réussi dans veine des américains de Grizzly Bear. Des mélodies légères & raffinées. C’est avec une efficacité redoutable que Vincent B. conjugue pop mélodique et folk pastorale, ne se laissant pas prendre au piège de ce style qui, on le sait, peut très vite faire tourner en rond ses auditeurs. Un travail en amont de 6 mois a été nécessaire pour pondre en studio cette galette où l’on retrouve de délicats arpèges de guitare sèche, de piano ou encore du fameux glockenspiel qui donne cette ambiance aérienne si particulière à l’album. Tous ces instruments sont joués par le bordelais tandis que son acolyte Antoine Pasqualini (aka Arch Woodman), avec sa batterie « minimaliste », soutient tranquillement les mélodies mais sans les étouffer. On se surprend dès la deuxième ou troisième écoute à fredonner les mélodies vocales, piliers de cet album : d’une efficacité imparable. Les influences ? On peut les chercher du côté de Sufjan Stevens ou de l’immanquable Jeff Buckley. L’utilisation des chœurs et leur justesse rappellent quant à eux les talentueux Fleet Foxes et leur folk finement ciselée. La capacité de Botibol à renouveler les mélodies dans un même titre ne laisse rien à l’inutile : que ce soit en guitare-voix (« A small light in the dark ») ou dans l’excellent « Trough the mountains » qui donne, je l’avoue, l’envie folle de courir nu, guitare sèche à la main, dans les plaines américaines. Il faut saluer également l’exploit du groupe: parvenir à caler un refrain en français dans « We were foxes » sans tomber dans la niaiserie. « Sur le goudron brûlant, nous courons vers la mer ». Oui, on se jette volontiers oreilles et âme dans l’eau fraîche de Botibol. Notre bande son de l’été est toute trouvée, il n’y a plus qu’à la savourer. VALENTIN C.

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Botibol – Born from a shore

(Illustration pochette Botibol issue de dakatour.com/botibol/) HipHipHip Records Producteur studio : Pascal Mondaz Piano, guitare, glockenspiel & voix : Vincent Bestaven Batteur : Antoine Pasqualini // à: Grizzly Bear / Andrew Bird / Sufjan Stevens / Jeff buckley / Fleet Foxes http://botibol.bandcamp.com/ http://www.myspace.com/botibol http://botibol.tumblr.com/

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L E N O C I P Crâner sans en avoir l’air n’est pas chose facile sur les rives de Burdigala. Avec ses sacs douillets et ses pochettes en toile, les petites mains habiles de Lenocip, jeune miawou bordelaise, règlent Le terrible problème. Fleuris, unis et même sur mesure (avec le tissu de la fameuse robe préférée, tristement déchirée). Pour mettre tous nos bidules inutiles de filles. C’est joli, cheap, creamy, cuty, mimi, choupi, cheesy et cie. Collection et contacts / tapez Lenocip sur facebook

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LANDSVALA Sable

Chaud

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Rosé

Frais


Playlist LANDSVALA #0 / 1 hirondelle / 10 nids / 10 groupes / 47’45’’ de vol / France, Bordeaux : Petit Fantôme - Yallah Syria, Damas : Omar Souleyman - Leh Jani India, New Delhi : Anoushka Shankar - Prayer in Passage New Zealand, Te Awanga : Connan Mockasin - Forever Dolphin Love Chile, Santiago : Chilombiana - Cholas del Alma Congo, Kinshasa : Staff Benda Bilili - Moziki Niger, Agadez : Bombino - Tar Hani (My Love) United States, Olympia : Angelo Spencer et les Hauts Sommets - Tanger Tanger United States, Tennessee : Seasick Steeve - Back in the Doghouse Iceland, Reykjavik : Pascal Pinon - Undir Heidum Himni À écouter sur http://official.fm/playlists/63821 ou via ahvacanze.tumblr.com Playlist / EUGENE Illustration / SARA HERRANZ

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F O R G E E K À l’origine, c’est un poster crée par la Designer Emma Butler (que vous pouvez acheter sur backpocket. goodsie.com). Alors, soit vous êtes débrouillards et vous en faites une composition inventive pour votre frigo (déjà recouvert de magnets p’ti suisse pour apprendre à lire), soit vous êtes archi-fan de Top gun et de Forrest Gump. Et nous vous conseillons d’aller jeter un coup d’œil sur ce site.

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FOR GIRLS Sur mamzellezonzon.canalblog.com, nous avons trouvÊ LE truc qui nous fait crier aaaaaaaaaaaah en sautant sur notre lit. Pour vous, filfilles adeptes des kitcheries niaises en tout genre, nous avons mis en page cette jolie Paper Doll vintage. À vos ciseaux Mesdemoiselles.

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Les Bestioles responsables du 1er crime V

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ANNE-PERRINE COUËT Illustrations E.T. Fanzineuse chez InK - Membre fondateur de l’atelier d’artistes La Boîte à T. Aime dessiner sur les murs et faire plein de choses en même temps - Dors peu CHRYSTAL Série photographique - Portfolio argentique CLAIRE LUPIAC Elaboration de l’objet à fabriquer Master Arts Illustratrice multi facettes Graphiste pour le magazine parisien Simon(e) CLAIRE REY Illustrations Super Héros Master Arts Se pâme devant vieilleries et kitcheries en tout genre lesmélancolies.com CLEMENT G. Assistant sauveur / Mise en page Dr S. Auteur «Lettre ouverte» EUGENE Playlist VACANZE Directeur artistique du bar El Chicho et de l’association Dynamo FLORENT FLETCHER Chronique artistique - Rencontre avec J. BAGGIO Master Pro Médiation Culturelle Passion vivante pour les musées et les dauphins GUHERY IOME Esclave modèle

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MARTIN R.

Chronique cinéma

Ecole Louis Lumière Paris Talentueux à coeur SONIA Cz.

Photographies

Beaux-arts de Nantes Magie & Paresse VALENTIN C.

Chronique musique

Master pro multimédia Bordeaux

Aime gratter son ukulélé, nu au clair de lune. WILLY B.

Bidouilleur vidéaste et Mascotte / Souffre-douleur Master Arts

Membre de l’association CMH, collectif pour l’Art contemporain

projetcmh.free.fr YANN FELIXAIN

Skate trip photographique

Vagabond - Débrouillard - Skateur LEA J.

Maman et maîtresse de VACANZE / Conception et Mise en page

IUT Conception de projets et médiation artistique et culturelle

Masochiste Molle

Un grand MERCI aux bestioles Bon été à tous


ah.vacanze.tumblr.com



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