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URBANIA.CA


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À Venise-en-Québec, l’église toute rouge est à vendre. À partir de là, le chemin pour se rendre au vignoble d’Alfonso Gagliano est bordé de champs, dorés par une lumière de début d'automne qui jure avec la canicule, toute sicilienne. ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: TEXTE : EMILIE DUBREUIL / PHOTO : MAXYME GRENIER-DELISLE (maxyme.net) ASSISTANTE : ÉMILIE GAUTHIER


>> PORTRAIT REGARDEZ LA PHOTO EN VOUS DISANT QUE CE TYPE S'APPELLE ALPHONSE GALARNEAU ET... NON, ÇA NE CHANGE RIEN.


Rue Hadley, Ville-Émard. Une équipe de tournage s’installe dans un club vidéo désaffecté. Un énorme VUS noir, aux vitres teintées, s’arrête devant le local. À son bord, deux armoires à glace. Le plus chauve fait baisser une fenêtre et, en montrant du doigt le matériel, lance au producteur délégué : — C’tu à toi, ça, l’grand ? — Oui, c’est pour un tournage. — Vous avez pas le droit d’être là. C’t’à mon chum, c’te bâtisse-là. — Justement, ça fait des jours qu’on l’cherche pour lui demander la permission d’utiliser son local. On est allés à l’hôtel de ville, à la police même, mais on n’a rien trouvé sur lui. — C’t’étrange. La police le connaît bien pourtant... — Je vais te laisser mon numéro. Peux-tu lui dire de m’appeler pour qu’on règle ça ? Une heure plus tard, le « chum » en question appelle. Le producteur et lui s’entendent sur un prix pour la location des lieux. Il va envoyer un de ses gars chercher le chèque, dit-il, mais il va devoir l’appeler quand il va être sur place. Simple question de sécurité. Situé à un jet de pierre du fameux appartement de la famille Bougon, ce local deviendra pendant les trois prochaines années le quartier général de la production à Ville-Émard. Un quartier pas facile du tout, où le bruit des enfants qui jouent dans les ruelles tard le soir se mêle parfois à celui des coups de feu. L’équipe découvrira par la suite que ce qui semblait être un simple club vidéo déserté était autrefois un front pour que les Rock Machines puissent passer de la dope. Et que Joey, le vrai locataire du logement des Bougon, était payé 500 $ par mois pour surveiller chaque nuit la « marchandise » sur des caméras de sécurité, à partir de chez lui… Bienvenue dans l’univers des Bougon.

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Oui, il y a eu l’histoire du furet, du chat et de la couille. Mais les Bougon, c’est plus que ça. Incursion dans les coulisses d’une des émissions les plus marquantes de l’histoire de la télé québécoise.

::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: TEXTE : CATHERINE PERREAULT-LESSARD / PHOTO : BERTRAND CALMEAU

Diffusé entre 2004 et 2006, Les Bougon ont marqué la télévision québécoise en repoussant à tout jamais les limites du politiquement acceptable Ce qu’il en reste aujourd’hui ? De très bons souvenirs, quelques coffrets DVD et une expression consacrée : « bougon ». En effet, depuis la diffusion de la série, le mot ne renvoie plus seulement à quelqu’un qui bougonne, mais à une personne qui déjoue le système pour le tourner à son avantage. Un petit magouilleur, quoi. Quand on a décidé de faire un numéro sur les escrocs, ça allait de soi pour nous d’écrire un article sur le sujet. C’est en allant prendre un café avec François Avard, créateur des Bougon (et rédacteur en chef invité pour ce numéro), qu’on a eu l’idée de parler des coulisses de l’émission. Au-delà des petites crosses et des histoires de fur et dans le cul, Les Bougon avait pour but de dénoncer les injustices sociales. Et, quand on s’attaque à aussi gros, dans bien des cas, la réalité dépasse souvent la fiction. UNE HISTOIRE DE SALADE DE MACARONIS En 1997, François Avard habitait dans le quartier CentreSud à Montréal. Il vivait dans un petit appartement sur Ontario, pas très joli, pas très propre non plus, où il bossait sur des contrats d’écriture pas très payants. Un jour, alors qu’il marchait pour se rendre à un meeting, il est tombé sur une affiche qui invitait les passants à une manif pour plus de justice sociale. « Ça tombait bien,


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Depuis 15 ans, Claude Robinson mène un combat plus grand que lui. Dépouillé du fruit de son travail et de son imagination, Les Aventures de Robinson Curiosité, il mène une lutte sans merci contre une armée de crosseurs, des bataillons d’avocats et leurs munitions : tracasseries formatées et mensonges carabinés. Voici enfin dévoilés les secrets et pensées intimes de ce poilu héros. ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: TEXTE : FRANÇOIS AVARD / ILLUSTRATION : CLAUDE ROBINSON (clauderobinson.org)


2 Qui seraient les trois hommes que tu ne

voudrais pas y voir ? Le premier : Jean Charest; Le second : celui pour qui il se prend; Le dernier : celui qu’il voudrait être ! 3 Si tu avais 2 couleurs favorites, quelles seraient-elles ? Le rouge sur les joues de ma douce compagne lorsqu’elle essaie de mentir ! Les différentes nuances de blancs de mémoire de mes adversaires, qui prétendaient ne pas se souvenir de moi et de mon œuvre ! 4 Si tu étais un canard, comment aimerais-tu t’appeler ? Enchaîné ! 5 Quel est le fruit que tu trouves le plus beau ? Celui du travail bien fait ! 6 Parmi tes doigts, lequel préfères-tu ? Pourquoi ? Mon préféré est certainement le doigt d’honneur. Probablement parce que c’est le moins respecté. 7 As-tu déjà consulté un libraire ? Oui, car il coûte bien moins cher qu’un psy ! Il me permet de tourner la page et me fait revivre des histoires de toutes sortes. D’autant plus que son tarif est au livre et non à l’heure. 8 Quand tu seras vieux, qu’est-ce que tu veux perdre en dernier ? Trop tard, je l’ai déjà perdue il y a 15 ans : ma naïveté ! 9 Quel mot trouves-tu le plus difficile à épeler ?

Pourquoi ? « A-v-o-c-a-t ». Le son passe mal entre mes dents lorsque je le vomis. 10 À ton avis, quel sport exige de porter le plus beau linge ? La baignade. Je trouve que le dessins sur les serviettes de plage sont absolument magnifiques. 11 Si tu pouvais dire quelque chose à Stephen

Harper, qu’est-ce que ce serait ? Sors de ce corps ! 12 Si tu devais te faire tatouer une femme nue sur le bras, ce serait sur quel bras ? Et, tiens, un coup parti, ce serait quelle femme? Sur mon bras d’honneur et ce serait la « Justice », sans bandeau sur les yeux ! Je trouve ça excitant au max ! 13 Supposons que tu es au volant d’un avion, où

veux-tu aller ? Je veux qu’il atterrisse, au plus crisse ! 14 Quelle est la première chose que tu fais, le matin, avant de te réveiller ? Je dors !

>> PORTRAIT

1 Si tu te retrouvais sur une île déserte, qui seraient les trois femmes que tu amènerais avec toi pour être moins seul ? Josée Verner, Elizabeth II et Pauline Marois. Comme ça, j’aurais la certitude de vouloir quitter cette île au plus vite ! Et, une fois de retour sur le continent, je pourrais retrouver du monde agréable, en sachant qu’elles n’y sont plus !

15 Qu’est-ce que tu n’aimerais pas collectionner ? Les requêtes pour permission d’en appeler de la Cour d’appel du Québec. 16 Quel était ton surnom quand tu étais jeune ? « Robinson », prononcé en anglais (Râbinesonne). 17 Quel est ton N.I.P. ? Ça, je ne m’en souviens plus. Mais y a sûrement des avocats qui le connaissent. 18 Si tu pouvais faire un voyage de navette spatiale, qu’est-ce que tu mettrais dans ta valise ? Du sable des îles de la Madeleine, une échelle, un ruban à mesurer, des rouleaux à friser pour ne pas avoir tout le temps les cheveux dans les yeux, un sac à vidange recyclable, une toile de Van Gogh, car les murs de la station seraient trop ennuyeux, et, pour finir, une livre de beurre pour cuisiner mon coéquipier le plus dodu, en cas d’un manque de ravitaillement ! 19 Quel film ne veux-tu jamais revoir ? Celui de ma vie. 20 Avec quel produit refuserais-tu d’être associé publicitairement parlant ? Le barreau du Québec. 21 Quelle est ta pièce préférée aux échecs? Je déteste l’échec ! (Je m’étonne que tu me poses cette question !) 22 Si tu étais une femme, qu’est-ce que ça donnerait ? Un phénomène de cirque. 23 Quel est le juron que tu oses dire devant des enfants ? « Cinar ». De toute façon, ils peuvent le lire régulièrement à la fin de plusieurs séries pour enfants! De là toute l’importance de la vigilance parentale par rapport à ce qui est diffusé à la télé… 24 Si tu pouvais inventer un médicament miracle, ce serait bizarre, non ? Après tout, les dessinateurs, vous n’êtes pas reconnus pour être de grands pharmacologistes ! Peut-être… Mais le rire, ça guérit bien des maux ! 25 Où étais-tu et que faisais-tu le 12 septembre

2001 ? J’étais pas avec toi, je le jure !

26 Aux poches, trouves-tu difficile de viser le 1000 points ? Ça n’a pas d’importance, car je ne suis pas celui qui lance : je suis celui qui est dans le trou ! 27 Quelle note de la gamme (rappel : do, ré, mi, fa, sol, la ou si) te définirait le mieux ? Le do, car je l’ai large à force d’écouter les avocats de mes adversaires. Le ré, pour le régime minceur imposé par quinze ans de bataille juridique. Le mi, pour la misère engendrée par les procédures. Le fa, pour tout ce qu’il fallait faire. Le sol, pour l’avoir vu de près trop souvent. Le la, car je trouve tout ça ben « la » (laid en joual). Et pour finir, le si, pour l’expression : « et si jamais... »

LA LUTTE DE CLAUDE ROBINSON N’EST PAS TERMINÉE. PROPOSER UNE VÉRITABLE ENTREVUE AVEC LUI AURAIT PU NUIRE À SON COMBAT, SES ADVERSAIRES SE TROUVANT À L’AFFÛT DU MOINDRE FAUX PAS. SI TOUS LES AVOCATS, JURISTES ET AUTRES VAUTOURS QUI L’ASSAILLENTONT ACHETÉ CE MAGAZINE EN CROYANT Y DÉCOUVRIR DE VÉRITABLES SECRETS, URBANIA AURA ÉPUISÉ SON TIRAGE. SI VOUS SOUHAITEZ AIDER CLAUDE ROBINSON DANS SON COMBAT, FAITES UN DON VIA : CLAUDEROBINSON.ORG

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Bernard Adamus a vécu pendant une trâlée d’années dans le CentreSud, toujours près de la rue Ontario, la rue où ça se passe, la rue où le monde s’essaie, la rue où t’as pas envie d’être une fille seule la nuit, la rue où tu peux rencontrer une fille pis te rendre compte (parfois trop tard) que c’est pas une fille : une rue qui fait une bonne chanson, comme Adamus le montre sur le simple Rue Ontario, paru peu de temps après son premier album, Brun. Le temps d’une promenade entre Dorion et Saint-Christophe, il nous raconte des histoires du temps où il habitait le corridor des petits shylocks de la métropole.

::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::: CETTE ARTICLE EST PRÉSENTÉ PAR : TEXTE : BENOÎT POIRIER (BANDE À PART) PHOTO : JOHN LONDONO (rodeoproduction.com/londono)

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>> PORTRAIT


« 90 % des gens avec qui je communique se méfient et refusent de coopérer avec moi, parce qu’ils savent que je cherche la vérité. Le soir, quand je retourne à la maison, je suis souvent irrité d’avoir été confronté à autant d’adversité dans ma journée. Je me souviens, lorsque j’ai enquêté sur le dossier de la construction, mon travail a été particulièrement difficile. J’ai dû convaincre beaucoup de gens de me parler, puisque c’est un milieu qui comporte de grands risques de bavures. Malgré ce genre de difficultés, je ne crains pas pour ma vie : je res-

sens plus d’inconfort que de danger. Il faut dire que, pour des escrocs, s’attaquer aux journalistes n’est pas une bonne idée. Ça ouvre la porte aux enquêtes et ça prouve qu’ils ont des choses à se reprocher. Au Québec, il n’y a pas eu beaucoup de journalistes qui se sont fait attaquer. Le cas le plus récent est celui de Michel Auger, et c’est probablement à cause de son histoire que Mom Boucher s’est retrouvé prison. » — ALAIN GRAVEL, ENQUÊTE


>> PORTRAIT


6 SHAMWOW ! Popularisé par le célèbre TV pitchmen Vince Offer, le ShamWow ! est une jolie guenille orangée super absorbante. La populaire infopub, enregistrée en 2007 avec un budget de 20 000 $, a permis d’en écouler des millions ! Des nageurs olympiques l’ont même utilisé comme serviette. Si l’annonce publicitaire mentionnait initialement que la guenille allemande pouvait absorber jusqu’à 20 fois son poids en liquide, elle a été modifiée à la suite du résultat d’un test effectué par le magazine Consumer Reports : le Shamwow ! ne semble pas pouvoir absorber plus de 10 fois son poids en liquide.

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>> REPORTAGE 7 LES BOULES DE MAMAN DION En 2007, la boule Magik a révolutionné le monde de la lessive. Vendue pour 60 $, elle permettait de faire une brassée sans utiliser de détergent. En demandant à Maman Dion de jouer dans sa pub, la compagnie FabMark a frappé fort pour commercialiser sa sphère de plastique blanc, remplie de petites billes d’argile qui émettaient des ions négatifs afin de faire décoller les saletés. D’après les tests effectués par Protégez-Vous, la boule Magik aurait une efficacité comparable à celle… de l’eau.

8 OUIJA Dans les années 1880, un fabricant de cercueils du Maryland, E. C. Reiche, a inventé une méthode pour communiquer avec les morts : le Ouija. La croyance populaire veut que Reiche ait nommé sa planche de jeu ainsi puisque ce nom regroupe le mot français « oui », et le mot allemand « ja » (qui veut aussi dire « oui »). Mais, en vérité, l’inventeur a tout simplement baptisé la planche à la suite d’une conversation avec un esprit, qui lui a suggéré le nom Ouija.

9 SLAP CHOP En vente depuis 2008, le Slap Chop n’a pas son pareil pour découper, couper et hacher (même si certaines mauvaises langues affirment que le hachoir n’est qu’une copie du Quick Chop, popularisé par le concurrent de Vince, Billy May). Il a été mis à l’épreuve par l’équipe du magazine Consumer Reports, qui affirme que l’appareil est loin d’être aussi efficace que dans sa publicité. Consumer Reports conseille plutôt l’utilisation d’un couteau ou d’un robot.

PRODUCTION : LELOI.CA INSTALLATION : ADRIENBAUDET.COM MAQUILLAGE : FELIX MARCUZZO STYLISME : SARAH HALL-K

J'AI ACHETÉ UN CAPTEUR DE RÊVES AMÉRINDIEN POUR UNE DE MES FILLES QUI FAISAIT DES CAUCHEMARS. NON SEULEMENT ÇA NE FONCTIONNE PAS, C'EST HORRIBLE SUR LE MUR AUDESSUS DE SON LIT. EN FAIT, C'EST PEUT-ÊTRE ÇA QUI PROVOQUE SES CAUCHEMARS ! ? JE VAIS REMPLACER ÇA PAR UN POSTER DE JUSTIN BIEBER.

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Le concept québécois de salon de massage érotique est distinct de celui qui prévaut dans le reste de l'Amérique du Nord, voire dans reste du monde. Comme nulle part ailleurs, il existe ici une pratique en marge des traditionnelles prostitutions de rue ou de luxe et du tripotage de danseuses nues. Plutôt que de sucer les clients ou de se laisser pénétrer par eux, les masseuses québécoises huilent et caressent le corps du client, des oreilles aux orteils, avant de se concentrer sur la région génitale, jusqu'à ce qu’éjaculation s’ensuive. 35 $ la demi-heure, parfois jusqu'à 100 $ l'heure, mais jamais plus : un tarif équivalent à une baise avec une prostituée dans la plupart des autres pays. Charles, touriste sexuel intrépide qui s’incline devant l'infinie beauté des femmes and beyond, explique cette spécificité québécoise : « Dans les pays comme le Mexique, Cuba, la Jamaïque ou même dans des villes comme Las Vegas, il y a de super belles filles que tu peux ramener à ta chambre pour baiser pendant des heures pour 100 $ max... À Toronto ou même à New York, il existe des pseudo salons de massage érotique qui offrent souvent le complet avec pénétration pour le même prix qu'un massage à l'huile au Québec ! » UNE MACHINE BIEN HUILÉE Le modus operandi des salons de massage est toujours le même. Discrètement, l'homme à soulager se présente dans un salon de massage sans devanture faisant état de la véritable nature du commerce, ou encore au domicile d’une masseuse autonome. Une fois sur la table, après une douche dans certains cas, le client se couche nu, sur le ventre, pour se faire masser le dos et le reste du corps par la fille en bobettes de son choix. La durée du massage varie entre une demi-heure et une heure et demie. Après un certain temps, le client se retourne, presque assurément en érection, pour mieux se faire crosser — et seulement crosser — à deux mains par la fille maintenant nue. Tout au long de la séance, le toucher de la masseuse est amplifié par l'huile à massage, généreusement badigeonnée sur le corps du client et particulièrement sur ses bijoux de famille, jusqu'à sédation des spasmes. « Y a deux types d'hommes qui viennent ici : ceux qui cherchent les belles filles ou un profil en particulier, comme les filles à gros seins; pis les autres, qui veulent la meilleure technicienne, celle qui masse et crosse le mieux... », raconte Marie-Jeanne, réceptionniste dans un salon de massage de Sainte-Foy où plusieurs vedettes vont et viennent. Fait amusant, l'écran de son iPad, posé sur le bureau devant elle, affiche le site Hollywood PQ.

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MITRAILLES DE SPERME La jeune trentenaire Véronica, assise en indien, porte cheveux tressés, et une jupe courte. Notre rencontre se déroule dans le parc pour jaser et fumer. Il fait toujours beau avec des lunettes de soleil. Pour faire court, disons que Véronica a décongestionné le basventre d’hommes durant cinq années à temps plein : en moyenne cinq clients par jours, cinq jours par semaine. Ce qui donne environ 5000 pénis ayant éjaculé entre ses doigts, sur ses seins et parfois même sur son visage. Pour les tripeux de statistiques de baseball, dites-vous qu'elle a une moyenne de 1000 au bâton : aucun pénis laissé pour compte. « La plupart des mythes sur le pénis sont vrais, tu

sais ? », dit-elle. Entre savoir expérimenté et légende urbaine, la différence est nulle, comme disait l'autre. « Les Noirs ont vraiment de gros pénis, mais les plus beaux pénis sont ceux des Blancs… » «Et de tout ce sperme, tu faisais quoi ? » « Je l'essuyais avec une serviette propre que je changeais entre chaque client », explique-t-elle. Et que doit répondre une masseuse consciencieuse lorsque son client est avide d’une bouche ou d’une vulve, sachant que la loi non écrite du milieu interdit toute forme d’insertion, sous peine de congédiement sans préavis ? « Rares sont ceux qui s’essayent vraiment, certains le suggèrent et c’est normal... dit-elle. Les filles sont belles et la situation est propice


aux propositions de toutes sortes, mais la plupart des clients connaissent les règles ! De toute façon, si ce n’est pas correct pour eux, ils ont juste à se caller une pute ! » C’est dit : les masseuses ne sont pas des prostituées. Du moins de son point de vue de « fille qui se respecte », selon elle, les services qu’elle prodigue sont de savants câlins, rien de plus. Aussi, il n’est pas rare de rencontrer une masseuse érotique ayant des compétences en massothérapie. Même que certaines vont jusqu’à émettre des reçus pour les remboursements d’assurance.

HUILE D'OLIVE Pour satisfaire votre désir de badigeonner à l’huile le pénis le plus près de chez vous, voici les recommandations d’Annabella, gentille sorcière autoproclamée du massage corps à corps, qui ne jure que par l'huile d'olive. Selon elle, la plupart des salons de massage utilisent des huiles industrielles sans parfum ni saveur, qu'on achète au bidon chez les grossistes. Normal quand ta clientèle est composée de paranos de l'odeur qui ne veulent pas que leur épouse sente une différence à leur retour à la maison ! « Plutôt que d'utiliser des huiles à base de glycérine ou d'amande douce, j'emploie depuis des années de l'huile d'olive, explique la grande sage, dont le poignet cumule plus de 25 années de pratique. Ses propriétés chauffantes sont parfaitement compatibles avec les tissus du pénis... Aussi, on lui attribue des vertus cicatrisantes depuis la Grèce antique. C’est parfait pour les gars de la construction qui viennent se détendre chez moi. » Alors qu'on ne cesse de nous répéter que l'huile d'olive est bonne pour le cœur, à quand une campagne de sensibilisation sur ses bienfaits pour la queue ?

>> REPORTAGE

LA PHALLISME À LA CHAÎNE Dans toutes les formes d’art, la subjectivité occupe une grande place. Et dans l’art de se faire crosser à l’huile, cette perception demeure propre à chaque zizi. Pour certains, c'est la vigueur du geste qui compte. Pour d'autres, c'est la cadence. « Squeeze my lemon until the juice runs down my leg », chantait Robert Plant, preuve qu'il existe des universaux pour accompagner le sempiternel geste de va-et-vient. La jolie Chantale, infirmière diplômée en retrait préventif parce qu'enceinte jusqu'au toupet, a payé ses études en crossant le système, au début de la vingtaine. Pour notre culture personnelle, voici le résumé des observations de cette femme qui considère que masser à l'huile transforme davantage une jeune fille en amante hors pair qu'en femme dépravée ou malheureuse pour le reste de sa vie : « J'aimais bien masser des épaules jusqu'à l'entre-jambes, en promenant mes seins au-dessus du visage du client. D’ailleurs, c'était souvent comme ça que je débutais la branlette finale. C'était ma signature... » Et combien de temps accordait-elle au dernier acte ? « Rares sont ceux qui toughaient plus de 2, 3 minutes entre mes doigts ! », dit-elle. En plus de polir à l'huile le gland à l’aide de sa paume durant une bonne minute et de raconter des cochonneries, elle incluait toujours un bon pétrissage des couilles, en insistant sur l’entrefesses lorsque le client le désirait. Mais le classique des classiques pour une éjaculation abondante, c'était de garder méticuleusement le rythme qui fait jouir, sans aucune variation jusqu'à la décharge, en pressant délicatement sous les testicules lors du deuxième jet de sperme ! Sortez vos crayons de leur étui, voici d’autres trucs à inclure dans votre routine : le regard complice et un sourire de circonstance, la jouissance vocale simulée en simultané, le sein qui rebondit au gré du mouvement du poignet, les compliments sentis sur le pénis et la promesse coquine d'étendre la sauce sur sa poitrine. « Aussi stupide que ça puisse paraître, j'adorais ce moment. J’avais vraiment l’impression de faire du bien autour de moi… » Dire qu'on entend le même discours chez les religieuses en mission humanitaire…

POURQUOI UN ARTICLE SUR LES MASSAGES ÉROTIQUES DANS UN NUMÉRO ESCROCS ? C’EST QUE, À L’ORIGINE, NOTRE NUMÉRO PORTAIT SUR LES CROSSEURS ET QUI DIT « CROSSEURS » DIT « CROSSER », DIT « PÉNIS », DIT « MASSAGE ÉROTIQUE ».

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Urbania #28 Escrocs  

Magazine Urbania #28 Escrocs

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