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URBAIN tanger

Bouab Younès

“Je ne suis pas Zéro”

rencontres - actualités - société - culture - agenda - adresses mensuel gratuit - n°6 - juin 2013


S pa Hammam Coi ffu re - Fit ness

Rue Adolfo Fessere Quartier California - Tanger TĂŠl. : 05 39 37 43 47 / 05 39 37 43 28 www.serenitydayspa.ma


é“dito UN PEU D’ANIMATION... Le mois de mai aura été, à plus d’un titre, un mois particulièrement animé dans la vie du magazine URbain. D’abord parce qu’il s’est littéralement “arraché” partout où il était disponible. La présence de Muslim n’a évidemment pas été étrangère à cette affaire. Les propos du “rappeur malheureux” ont en effet alimenté bien des conversations et fait couler beaucoup d’encre, comme en témoigne le courrier des lecteurs dont vous trouverez des extraits dans ce numéro. Cette expérience nous a prouvé, s’il était besoin, que vous n’attendiez pas d’un magazine de société tel qu’URbain uniquement du divertissement mais également que nous donnions la parole à tous, quelles que soient les opinions, quelles que soient les polémiques à naître. Soyez assurés que le message est parfaitement passé. Enfin, last, but not least , une dernière raison de se réjouir est l’arrivée, au sein de l’équipe d’URbain, de deux nouveaux membres très attendus. Nous avons en effet la joie d’accueillir Stéphanie Gaou qui nous a fait l’honneur d’accepter le rôle de Secrétaire de Rédaction de “haut vol”. Bienvenue également à Mouna Sebti, nouvelle Directrice Artistique qui, nous n’en doutons pas, saura apporter à l’avenir encore plus d’attrait à votre magazine.

Je vous souhaite un excellent moment de lecture.

Christine Cattant

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© Fotolia.com

tanger Directeur de Publication : Othman Noussairi Rédactrice en Chef : Christine Cattant Secrétaire de Rédaction : Stéphanie Gaou Rédaction : Mohammed Al Kh., Khadija Barkani, Ali Bobo, Philippe Chaslot, Estelle Du Brusc Relecture : Marie-Anne Carbonel Direction Artistique / Maquette : Crevette In Tangier & Mouna Sebti Imprimeur : Graficas Norte Contact Mail : Rédaction : Administration : Commercial : Contact Publicité : Site Web : Facebook : Siège : Dépôt Legal : ISSN :

contact@urbainmagazine.com c.cattant@urbainmagazine.com o.noussairi@urbainmagazine.com m.sabri@urbainmagazine.com 06 33 64 79 99 www.urbainmagazine.com Urbain Magazine 67, avenue de la Résistance - Tanger 105984 En cours

Photo Couverture : © Baptiste de la Ville D’Avray Toute reproduction totale ou partielle des titres, textes, photos ou maquettes sans autorisation écrite préalable est interdite. La revue n’est pas responsable des textes, photos et illustrations qui lui sont adressés. Elle décline toute responsabilité pour la perte ou la détérioration des documents non sollicités par écrit ainsi que pour le contenu de la publicité.

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S ommaire

URBAIN

tanger

juin 2013 / N°6

Younès

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© Baptiste de la Ville d’Avray

Bouab

L’interview

6 ACTUALITÉS

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Courrier des lecteurs Nouvelles de la ville Rendez-vous en ville Actus Maroc Actus décalées

16 À LA UNE

16 FIGURES 5 - Pierre Boussel : Confessions 22 LA CHRONIQUE DE LOTFI AKALAY 24 RENCONTRE QDP à Stéphanie Gaou

26 YOUNÈS BOUAB : ÇA TOURNE !

34 CULTURE 34 38 44 46 49 50

VISIONS DE TANGER Votre concours photo AGENDA CULTUREL Musique, expos... RENDEZ-VOUS Exposition Postic CINÉ À l’affiche PAGES de Tangérois LIVRES La sélection du mois

54 SOCIÉTÉ

54 ON EN PARLE Les Brèves d’URbain 56 TANGER VUE PAR... ROCK DA KASBAH

60 DÉCOUVERTE

60 WEEK-END La Sultana 64 EXPOSITION Saïd Ouarzaz chez Delacroix

70 PRATIQUE

70 SHOPPING Toutes en beauté avec URbain 72 CONSO Les bons plans d’un Tangérois 74 RECETTE Le Tajine de Kefta aux Oeufs de Kamal

76 UTILE 76 78 79 80

Urbanoscope Annonces immobilières Carnet d’adresses Points de distribution

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co urrier des lecteurs

Actus I

Vous nous avez ecrit... sur contact@urbainmagazine.com

Les deux Maroc par Philippe Chaslot Fallait-il donner la parole à Muslim dans URbain le mois dernier ? Compte tenu des propos réactionnaires que le rappeur a tenu sur les femmes, sur les libertés religieuses, syndicales et sexuelles, certains nous ont reproché de l’avoir fait. Nous continuons de penser que nous avons eu raison de permettre à Muslim d’exprimer le fond de sa pensée, ne serait-ce que parce que c’est un homme public et populaire, très représentatif d’un certain Maroc et qui a, notamment, l’oreille des jeunes. Le parcours du rappeur est respectable et son combat pour plus de justice sociale est légitime. Mais oui, ses propos peuvent paraître sectaires. Oui, ses propos peuvent blesser les Marocaines et les Marocains qui rêvent de liberté individuelle, d’émancipation de la femme et d’une société plus tolérante. C’est ainsi : il y a aujourd’hui plusieurs Maroc qui coexistent et qui doivent se parler. La grande majorité qu’on pourrait appeler la majorité silencieuse, globalement conservatrice et plutôt soumise, est traversée depuis quelques années par des courants contraires dont l’avenir reste à écrire. Pour faire rapide, il y a d’un côté ceux qui pensent que les solutions aux problèmes du Maroc sont dans un repli identitaire à connotation religieuse, c’est le cas de Muslim et de bien d’autres ; de l’autre côté, il y a ceux qui pensent que le Maroc doit mettre en avant sa diversité culturelle et permettre à chaque individu, homme ou femme, par l’éducation et l’apprentissage de la liberté, de devenir plus adulte et autonome, dans une société plus ouverte : c’est le cas du cinéaste Nour-Eddine Lakhmari qui l’avait exprimé dans un précédent numéro d’Urbain. Mais c’est aussi la pensée de beaucoup d’anonymes dont les lecteurs d’URbain sont représentatifs et qui prennent la parole dans ce courrier des lecteurs. Qu’ils en soient remerciés.

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IN URBAt a n g e r

Muslim

Pas d’accord avec Muslim ! P o l é m i q u e.

L’entretien accordé le mois dernier à ” e t URbain par le s i onféororismn°1 au Maroc c e célèbre rappeur l l e b Le “nrtree avec le rappeur tang ss e s tangérois Muslim - a d re a d n co e Ren - ag lt u re a créé une vive té - cu é ci - so a li té s - a ct u polémique. Le n tr e s re n co chanteur-compositeur qui se présente comme un « rebelle » est apparu, pour beaucoup, comme un conservateur très fermé. En rêvant « d’une corniche sans discothèques et avec uniquement des filles avec foulards », en stigmatisant « les gays et les lesbiennes mauvais pour la société », en se déclarant « contre la liberté sexuelle et celle de faire grève », en affirmant que l’art doit être « conforme à l’islam » et en insistant sur la nécessaire virginité de filles, « le Charaf », Muslim a choqué beaucoup de lectrices et de lecteurs qui ont décidé lui répondre qu’ils aspirent, eux, à un Maroc complètement différent. Devant la masse de réactions à notre article, URbain a souhaité leur consacrer entièrement ce “Courrier des lecteurs”. gratuit mensuel

- n°5 -

mai 2013

MAIS QUELLE TYPE DE SOCIÉTÉ A BERCÉ MUSLIM ?

La rencontre avec Muslim, à travers l’entretien qui a été publié dans Urbain, m’a laissée quelque peu perplexe. Non pas vis-à-vis du personnage, mais de la société qui l’a bercé. Ce qu’a exprimé Muslim en toute candeur reflète l’image d’une société vivant un mal-être. Muslim montre une difficulté à coexister avec ceux qui ne rentrent pas dans le moule, et pour moi, ça renferme un arrière-goût d’amertume. Radia Zaki


MUSLIM LE MALAISE...

MUSLIM, UN POINT DE VUE À RESPECTER

Merci à vous de m’avoir fait découvrir Muslim, que je connaissais de nom et pour avoir entendu quelques-unes de ses chansons. C’est un personnage assez dur et triste, cela m’a fait de la peine de le constater. Il tient des propos qu’on entend souvent et qui montrent le malaise de notre société. Pour ma part, je comprends ces propos même si je ne les partage pas. Quoi qu’il en soit, je vous suis reconnaissante de nous montrer les Marocains dans leur diversité, c’est cela votre intelligence. Continuez ! Bouchra K.

MUSLIM, UN “REBELLE” ?

Je suis étonné mais heureux de constater que vous donnez la parole aussi aux gens qui expriment le point de vue d’une partie de la société. Je suis en profond désaccord avec le chanteur Muslim, mais il a entièrement le droit de dire ce qu’il dit. En tout cas, votre numéro de mai a engendré bien des discussions et c’est bien l’essentiel. Anonyme

Au suivant !

Tournons les pages... du numéro d’URbain du mois prochain en espérant y lire des choses plus gaies, plus agréables et plus distrayantes. Et merci. :) Mohammed E. C. (par SMS)

Rebelle, Muslim ? Mais contre quoi exactement ? Contre la liberté sexuelle, contre les filles sans foulard, contre les boîtes de nuit ? Alors, nous n’avons pas la même définition de la rébellion. Se rebeller, c’est être à contre-courant et je ne vois, dans les propos de Muslim, que conformisme. J’ai l’impression d’entendre un journaliste de Grand Angle parler, pas un “rappeur”. Depuis l’époque de l’indépendance, nous n’arrêtons pas de critiquer tout ce qui va mal dans notre pays. Mais depuis le temps, qu’avons-nous concrètement changé ? Cela m’attriste de voir une personne comme Muslim, encore naïf, chanter et dire que l’on doit changer. Je me demande si c’est avec sa boutique de fringues hip hip américain que l’on va “changer” ? Je me méfie clairement des gens autant influençés par une contre-culture américaine, soumise. (...) Hicham Bouzid

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nouvelles de la ville

Actus I

L ’a c t u T a n g e r o i s e

Par Estelle Du Brusc

La fin d’un calvaire Le ferry Biladi de la société Comarit, saisi par la justice française en janvier 2012 dans le port de Sète pour créances impayées, a été adjugé hier aux enchères pour la somme de 1 million d'euros à un armateur grec. Le produit de la vente permettra de rembourser une partie des créanciers mais aussi de verser les arriérés de salaires des marins marocains qui étaient bloqués à bord du navire. Car, dans un geste de solidarité, le conseil d'administration du port de Sète a renoncé à l'unanimité "au caractère privilégié de la créance du port au profit de la créance salariale des marins". Deux autres ferrys, le Marrakech et le Bni Nsar, sont toujours bloqués par la justice française dans le port de Sète, eux aussi avec des marins à leur bord.

TRAFIC : LA CHRONIQUE On va finir par en faire une rubrique mensuelle ! Encore une belle prise puisque c’est une saisie record de 32 tonnes de haschich qui a été réalisée par les douaniers à Algéciras le mois dernier, au milieu des melons contenus par un semiremorque en provenance de Tanger. Un policier et deux douaniers marocains ont été arrêtés au Port de Tanger Med grâce au visionnage des films des caméras de surveillance. Ils auraient facilité le passage au scanner du véhicule.

REMEX 2013 : UNE PREMIÈRE L'Espagne et le Maroc ont participé, les 25 et 26 avril derniers, à une simulation de situation d'urgence nucléaire réalisée à l'École Nationale de Protection Civile à Algésiras. Cette simulation avait pour but de tester les procédures opérationnelles d'intervention et d’analyser la coordination entre les deux pays dans une situation d’attaque nucléaire au passage des MRE entre Tanger et Algéciras. L’opération, baptisée Remex 2013, est la première simulation hispanomarocaine à caractère international réalisé dans le cadre de l'Initiative Globale pour Combattre le Terrorisme Nucléaire.

TRANSPORT : UNE CRÉATION

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Depuis seize mois ces marins, citoyens marocains, ne pouvaient quitter leur navire car un « abandon de poste » équivaut à une démission.

Une nouvelle usine à la TFZ Le groupe espagnol Bamesa installe à TFZ, la zone franche d’exportation de Tanger, une usine de découpe industrielle d’acier plat au carbone qui devrait être opérationnelle dans les prochains jours. Elle vise à servir le marché marocain et surtout l’usine Renault de Tanger.

Un projet de création d’une ligne de transport maritime reliant le Maghreb au Moyen-Orient ? Elle aurait comme point de départ le port Tanger Med et comme point d’arrivée le port de Jeddah, via les ports de Alger, Tunis et Alexandrie. L’enjeu étant de faire de Tanger Med un hub pour le Maghreb et du port de Jeddah un hub pour le Moyen-Orient. Ce projet est le résultat d’une étude initiée par le Conseil des Chambres de commerce saoudiennes.

Pour le (sou)rire Fini la malbouffe... avec Coca ? Côté stratégie marketing, la marque ne manque pas d’imagination. Depuis avril et jusqu’au 6 juin, la caravane “Wajabat Assaada”, mise en place par la fameuse marque de boisson gazeuse, sillone le Royaume en compagnie de la Cheffe Myriam Ettahri et convie les femmes à des ateliers culinaires pour “sublimer leur cuisine et leur table”. La caravane se trouvait donc à Tanger, sur la Corniche face au Port, le dimanche 26 mai.

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© D.R.


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ren de z-v ous en vil le

Actus I

Par Estelle Du Brusc

TOURNOI DE TENNIS - 22 AU 30 JUIN Sous l’égide de la Fédération royale marocaine de Tennis, le tennisclub M’sallah Garden de Tanger organise du 22 © D.R. au 30 juin 2013 son 3e Open M'allah. Tournoi ouvert aux joueurs et joueuses de tout le royaume et composé de plusieurs tableaux (classés et non classés). Entrée libre.

Mode de s f é e s La petite griffe créer sa griffe

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Soirée solidaire Mathilde et Coralie vous invitent à un dîner destiné à les aider à financer leur participation à la 3e édition du Rallye Cap Fémina Aventure au Maroc. Un événement aux valeurs humanitaires et solidaires. Dans le cadre de la Surfrider Foundation Europe, trois Tangéroises, Anne Scheuer, Sara Médiouni et Annalù Sabetta, ont décidé de “déclarer la guerre au plastique” dans la région de TangerTétouan. Cette belle initative a surtout pour but de sensibiliser l’opinion publique sur l’empreinte laissée dans l’environnement par nos mauvaises habitudes de jeter n’importe où nos déchets et de tenter de faire évoluer les mentalités. Cette initiative se traduit par des journées “nettoyage” en forêt ou sur les plages, par exemple. Pour connaître le bilan des actions, faire un don ou vous inscrire à la prochaine journée de nettoyage, appelez le 06 61 35 25 81 ou rendez-vous sur le site : www.initiativesoceanes.org.

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Dîner de bienfaisance

Sur chaque ticket, 100 Dh seront reversés à Mathilde et Coralie.

Défilé de mode Mia Création

La créatrice originaire de Fès est aussi partenaire du projet des filles. Elle proposera aux convives un défilé de ses créations orientales aux lignes épurées et élégantes.

Le samedi 22 juin à 20 h La Fabrique - Rue d’Angleterre - Tanger

Ticket d’entrée : 350 Dh. Sur réservation au 05 39 37 40 57


Séminaire “Mindfulness”

Alain Cailhol et sa compagne, psychiatre à Bordeaux, organisent des séminaires de méditation "mindfulness" (pleine conscience). On parle d’un “apprentissage de la régulation des émotions”. Samasthiti vous propose de vous aider à développer votre “pleine conscience” (mindfulness) en vous appuyant sur des techniques de relaxation, entre autres, inspirées à la fois par les médecines occidentales et par les pratiques bouddhiques. Informations et contact sur : http://www.samasthiti.fr La prochaine session aura lieu dans la maison d’hôtes Dar Jenna les 15 et 16 juin.

O n l e n o t e. . .

 La réouverture du restaurant La Piscine, c’est

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pour ce mois-ci. Philippe, Rémi et leur équipe se chargent de la programmation pour l’été 2013 : soirées à thème, déjeuners, dîners, etc.

 Réouverture également de la jolie piscine de La Rose Bleu, route du Golf. Animations, restauration légère, transats... Tous les jours à partir de 10 h. Entrée 100 Dh.

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maroc

Actus I

Par Estelle Du Brusc

Comment va,, Commentçaça leleMaroc ? ? Maroc

BR AVO ! Exploit Les lecteurs d’URbain avaient découvert en janvier ce jeune Casablancais fou d’alpinisme qui envisageait de gravir l’Everest. Voilà qui est chose faite. Le dimanche 19 mai 2013 à 23h50 (GMT +1), ou le 20 mai à 05h50 heure népalaise, Nacer Ibn Abdeljalil est devenu le premier Marocain à réussir l'ascension de l'Everest, plus haut sommet de la planète (8 848 m).

Son secteur artisanal

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© D.R.

Spécial MRE Des revenus en baisse

La manne financière que représentent les recettes provenant des MRE s’appauvrit chaque année. Au premier trimestre 2013, elles ont encore diminué de 3,8 % par rapport à 2012. En cause, une population vieillissante et, surtout, des difficultés économiques croissantes rencontrées dans les pays d’accueil (voir article suivant).

La situation calamiteuse des MRE d’Espagne

En 2008, environ 13% de la population active MRE en Espagne était sans emploi. Quatre années plus tard, ce sont désormais 60% des Marocains qui se retrouvent au chômage contre une moyenne nationale de 26 % selon Alami Susi, Président de l'Association espagnole des Amis du peuple marocain. En découlent des situations désastreuses de “dé-regroupement” familial, avec des mères et des enfants de retour au Maroc. Le même phénomène est observé en Italie.

Une communauté marocaine oubliée

Après la France, l’Espagne et l’Italie mais devant la Belgique et les Pays-Bas, la quatrième communauté MRE se trouve en Israël. En effet, les Marocains d’Israël étaient 245 000 en 2010 (World Map of Migration 2010). Si l’on estime à plus de 800 000 les Israëliens d’origine marocaine (13 % de la population), cette communauté reste pourtant occultée par la plupart des études sur les Marocains dans le monde, en particulier celles de la Fondation Hassan II qui l’ignore purement et simplement. Sur le site Yabiladi, Abderrahmane Zahi, Secrétaire général de la Fondation Hassan II “l’explique” ainsi : « Dans la mesure où nous n’avons pas encore épuisé l’étude de toutes les zones de résidence des Marocains dans le monde, nous ne nous pencherons pas sur les Marocains d’Israël. Quand il y aura moins d’allergie autour de cette question, nous pourrons l’envisager. » Autant dire que ce n’est pas pour demain... Malgré ce rejet assez manifeste, les Marocains d’Israël demeurent profondément attachés à leurs racines. Ils ressentent un fort sentiment d’appartenance au Maroc et vouent, en particulier, une grande affection au souverain Mohammed VI.

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Il se porte bien, en tout cas si l’on en juge par le prix du Meilleur pavillon remporté au Salon International de l’Artisanat qui s’est tenu à Kiev, en Ukraine, en avril dernier. Une première étape vers la conquête de nouveaux marchés dans cette région d’Europe de l’Est tout en oeuvrant à la promotion de l’image du Maroc et du tourisme.

Son taux de chômage

En recul, s’établissant à 9,4 % au premier trimestre de l’année contre 9,9 % pour la même période en 2012. La population la plus touchée par le chômage reste en majorité citadine (4 chômeurs sur 5), jeune (2 sur 3 ont entre 15 à 29 ans) et diplômée.

Sa littérature

Fouad Laroui, romancier et essayiste marocain, a été primé pour L'étrange affaire du pantalon de Dassoukine. Il a remporté en mai le prestigieux Prix Goncourt de la Nouvelle. Un message fort pour les écrivains marocains de langue francophone.

Son cimetière au Cap Vert

SM le Roi Mohammed VI a financé la réhabilitation d’un carré juif au coeur d’un cimetière catholique au Cap-Vert, honorant ainsi la mémoire de la communauté juive marocaine ayant émigré vers les îles cap-verdiennes aux xVIII et xIxe siècles. En ces temps troubles ce carré, inauguré le 2 mai dernier, est un symbole de tolérance religieuse comme on aimerait en voir plus souvent. L’intervention du Maroc dans cette rénovation fait suite à une série de mesures visant à restaurer le patrimoine juif, parmi lesquelles la récente rénovation du musée juif de Casablanca, la réouverture de l’ancienne synagogue de Fès et la réhabilitation des écoles juives du Maroc.


m onde

Actus I

L’info décalée d’URbain

Drôle, futile, inutile, c’est aussi ça, l’info qu’on aime... Par C.C.

I N F O U T I L E ...

... I N F O F U T I L E

RUBY A MENTI

© D.R.

Ainsi, le “Rubygate” n’aurait été qu’une farce ? Le 24 mai dernier, la très jeune et jolie Marocaine a avoué devant le tribunal avoir menti aux enquêteurs à propos de l’existence de “relations tarifées” avec le Cavaliere. Elle a expliqué avoir inventé cette histoire par “vantardise”(sic). L’honneur de ce brave Berlusconi est donc sauf...

HUMANITÉ : UN AVENIR PAS BRILLANT

Les gens intelligents se reproduisant moins que les gens idiots, le corollaire logique est d’affirmer que l'homme est de plus en plus bête. C'est en tout cas ce que révèle une étude de psychologues de l'Université d'Amsterdam publiée en avril dans la revue Intelligence et relayée par le Huffington Post. Les travaux ayant précédemment tenté de prouver, notamment l’étude de C. Burt, le niveau de corrélation statistique entre l’intelligence des parents et celle de leurs enfants étant contestés, on peut dire qu’il reste de l’espoir...

TOUT LE MONDE PEUT SE TROMPER

Un couple de touristes américains partis de Los Angeles pour Dakar, Sénégal, a atterri à Dacca, Bangladesh, à la suite d'une erreur de codage informatique de la part du voyagiste ayant enregistré la réservation. Et au retour, un petit vol pour Los Yebenes ?

SPORTIF ET BOURRÉ... D’HUMOUR

Un consultant en informatique de 35 ans a parcouru plus de 1 000 km en sept jours en vélo entre Parla, dans la région de Madrid, et le village de Moncuq, dans le Lot, par amour de l'effort mais aussi du calembour. Bien plus drôle que le Paris-Roubaix...

PETITES FOLIES...

 Un lot de deux melons cantaloups à la forme jugée “parfaite” vient d’être vendu aux enchères au Japon pour l'équivalent de 1,6 millions de Yens (134 000 Dh). À ce prix-là, ils n’ont quand même pas l’intention de les manger ?  Après de multiples plaintes de villageois, la police a découvert, dans le garage d’un facteur de Sardaigne, un stock de 400 kg de lettres et de factures en souffrance. L’homme, un brin fêtard, n’avait plus le courage, depuis 2009, de monter sur son vélo le matin pour distribuer le courrier.

 À San Teodoro, commune de 16 000 habitants aux Philippines, l'élection du maire s’est décidée à pile ou face en raison d'une égalité parfaite de voix entre les deux candidats finalistes. C’est “face” qui a gagné.

 Un journaliste et un auteur norvégiens ont battu jeudi le record de la plus longue interview au monde. Sur le site internet du tabloïd norvégien "VGTV", le journaliste et son invité, l'intellectuel Hans Olav Lahlum, ont échangé pendant plus de trente heures...

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© D.R.


le m a n è g e Cr èc he

Pédagogie

Apprentissage du français

Socialisation

Bien-être des tous petits

Pour les enfants de 3 mois à 3 ans (pete secon) Actuellement : inscripons pour la rentrée 2013 203, rue Harroun Errachid - 90000 Tanger (près de l’École Américaine) Tél. : 05 39 93 64 72 - www.lemanege.ma


À la Une I

figures de tanger

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Pierre Boussel

Confessions sur le vif Après toutes ces années, je suis devenu un Tangérois “comme les autres”. Installé depuis bientôt quinze ans à Tanger, Pierre Boussel distille les moments de sa vie avec un véritable sens de la répartie et un art consommé du discernement. Rendez-vous pris dans les salons feutrés de l’hôtel El Minzah. En fond sonore : Mory Kante. Ça tombe bien, l’homme connaît l’Afrique sur le bout des doigts, a voyagé dans le monde entier et arbore plus d’une corde à son arc : il vient de publier son dernier roman aux allures de thriller aux Éditions Kero, Les Confessions de l’Ombre, sort un album 38 Nord et continue sa chronique sur l’actualité internationale Sans Détour à Medi1 Radio. Close-up. PAR STÉPHANIE GAOU PHOTOS : PIERRE BOUSSEL

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Urbain : Vous êtes arrivé à Tanger en 1999. Racontez-nous dans quelles circonstances. Pierre Boussel : Je sortais d’années mouvementées. Une vie de dingue à cavaler partout. Journaliste, je couvrais le tout-venant de l’actu. Somalie, Rwanda, Mali, Sarajevo. Certains rêvent d’être rock-star, moi, c’était photographe de presse. Par fatigue, par usure et qui sait, peut-être par peur d’être tué ou, pire, blessé, je me suis installé au Maroc. J’y ai trouvé une stabilité. Un axe. En passant moins de temps dans les aéroports, j’ai pu réorganiser mon temps de travail. Être plus efficace. De 17 à 33 ans, j’ai vécu dans le « ventre de la bête ». À Tanger, j’ai trouvé un lieu où faire fructifier mes expériences. Les restituer. URbain : Quand vous a pris le virus du journalisme ? Pierre Boussel : À 17 ans. Un jour, en sortant du lycée, je vais jouer au flipper dans un café situé près des locaux du quotidien Libération à Paris. Un type

discute avec moi, sympa, cool. Il me demande ce que je veux faire après le bac. Je réponds à l’arrache : « Journaliste ». Il me dit : « Ok, Envoie-moi un papier ». Pris au jeu, j’écris un article qui sera publié sous un pseudo. Le démon du journalisme ne me lâchera plus. URbain : Vous avez eu de la chance… Pierre Boussel : Oui et non. Dans ma vie, je me suis bagarré pour tout. Rien n’a été gratuit. Personne ne m’a pistonné ou soutenu. Très vite, j’ai compris qu’il fallait coincer son pied dans l’entrebâillement des portes. Provoquer le hasard. URbain : Dans le fond, ne pas être aidé, ça donne du nerf aussi, non ? Pierre Boussel : Ne pas être attendu a été ma chance. Le jour où j’ai voulu faire de la musique, j’en ai fait. Quand j’ai voulu écrire, pareil. Idem pour la photographie.

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fi gures de tanger

À la Une I URbain : Vous ne craignez pas qu’avec toutes ces « casquettes », on vous prenne un peu pour un opportuniste ? Pierre Boussel : Je n’aime pas le mot “opportuniste” car il laisserait entendre que je mange à tous les râteliers. Dans mes romans, tout est lié. Le journalisme inspire mes intrigues. Les gammes harmoniques de ma guitare donnent le sens du rythme qui accélère une scène, ralentit une autre. Le photo-reportage m’a apprit à résumer une situation complexe en 20 photos, soit 20 plans/séquences. Quant aux chansons, c’est l’économie de mots pour suggérer une ambiance. Un climat. Un ressenti. En fait, chacun de mes livres est un acte de synthèse. URbain : Vous venez de publier votre dixième livre, un roman intitulé Les Confessions de l’Ombre chez Kero. C’est le quotidien d’un « officier de renseignements » chargé de surveiller des mouvements terroristes dans le nord du Maroc. L’essentiel de l’intrigue se passe à Tanger. Comment est née l’idée du livre ? Pierre Boussel : Ce roman est le fruit d’une longue maturation. Le premier épisode d’une fiction consacrée aux Services français. On suit un personnage, Bastien Hernandez. Officiellement, il est économiste. En fait, il surveille les agissements des réseaux islamistes après les événements du 11 septembre à New-York. J’avais envie de décrire le quotidien d’un officier de renseignement, m’éloigner des clichés du genre, le style James Bond : beau mec, belles filles, gros flingues. Son existence se nourrit de solitude, de patience et d’analyses. J’ai voulu qu’il soit profondément humain, porteur de tendresse et, je l’espère, d’humour. URbain : On réalise avec cette fiction que les Services se donnent des coups de main entre pays. C’est ainsi dans la réalité ? Pierre Boussel : La caricature voudrait nous faire croire que les acteurs du renseignement travaillent systématiquement dans une posture agressive. J’ai plutôt le sentiment que c’est un job de gens cérébrés, cultivés, malins. Ce n’est pas un hasard si les anglosaxons parlent d’Intelligence Service. Dans cet univers clos, la défense des uns implique celle des autres. Or, sur quoi repose la coopération ? L’écoute. La compréhension mutuelle. L’emplafonnade, oui, parfois. Mais, avant tout, la définition d’objectifs communs. Ce versant du métier est méconnu. Il me semblait intéressant d’en parler.

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J’avais envie de décrire le quotidien d’un officier de renseignement, m’éloigner des clichés de James Bond : beau mec, belles filles, gros flingues URbain : L’essentiel de l’histoire se déroule à Tanger. En quoi la ville vous a -t-elle inspiré ? Pierre Boussel : J’avais l’intrigue. Il me manquait un décor. Je ne voulais pas écrire un énième livre sur Tanger. D’autres l’ont fait avec talent. Pour cette histoire, il m’a semblé que c’était le cadre idéal pour raconter l’existence d’un homme simple, Hernandez, un expat qui prend son café avec les Tangérois, fait son marché, côtoie des gens comme vous et moi, qui ont leurs grands et petits soucis de la vie quotidienne. URbain : Dans le livre, le narrateur est « dur » parfois avec la communauté française installée à Tanger. Pierre Boussel : Dur ? Je ne sais pas. Irrité, peutêtre. En tant qu’étrangers, nous sommes tenus de respecter les règles du pays hôte. Ce principe est intangible. Quand je vois des compatriotes qui, hier, poussaient leurs caddies dans une banlieue parisienne et qui, soudainement, se comportent comme des cadors avec les Marocains en raison de l’argent et de la respectabilité que confèrent l’expatriation, oui, cela me choque. N’ayons pas la mémoire courte. URbain : Vous réglez des comptes personnels ? Pierre Boussel : Absolument pas. Ce n’est pas un roman à tiroir. Un diplomate français, autrefois en poste à Tanger, m’a écrit car il s’était senti visé par le roman. Nous nous sommes expliqués amicalement. Il a compris que c’était un malentendu. URbain : La musique maintenant, avec votre dernier album 38 Nord, l’écriture, le journalisme, dans le fond, on peut le dire, vous êtes un homme heureux ? Pierre Boussel : Le bonheur est un concept un peu fourre-tout. Je préfère parler d’harmonie. La musique est mon jardin secret en friche. Certains jours, un havre de paix. D’autres, un défouloir. Quelle chance de pouvoir enregistrer des albums ! Tourner des clips. Faire vivre des chansons.


Quand je vois des compatriotes qui, hier, poussaient leurs caddies dans une banlieue parisienne et qui se comportent comme des cadors avec les Marocains, รงa me choque.

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fi gures de tanger

À la Une I URbain : Vous êtes infatigable ! D’autres projets en vue ? Pierre Boussel : Ma priorité est ma chronique Sans Détour sur Medi1. Dans une vie de journaliste, tenir une chronique de politique étrangère sur une antenne qui compte 23 millions d’auditeurs est un exercice d’équilibriste. Pour l’instant, ça marche. On ne m’a jamais censuré, ni “conseillé” un sujet. Je suis libre ce qui, dans le monde arabe actuel, est lourd de sens. Le concept de Médi1 me plait parce qu’il est audacieux. Oui. Il fallait oser. On l’a fait ! On a tenu ! L'expérience est unique. C’est un pont entre le Nord et le Sud. Une radio, deux langues. Après, on peut dire ce qu’on veut. Aimer ou pas. Mais ça existe. C’est une réalité du paysage médiatique du Maghreb. URbain : Et pour le reste ? Des livres ? Des albums ? Des surprises ? Pierre Boussel : Actuellement, je passe mes nuits à écrire le tome 2 des Confessions. Mon troisième album va sortir d’ici douze mois. Je conserve un œil sur les problématiques de temporalité qui me passionnent. Si je voulais me prendre au sérieux, je dirais que je travaille à l’élaboration d'une Géostratégie du temps au Proche-Orient. Le titre est pompeux mais le sujet incroyablement intéressant. C’est de la recherche. De la vraie. Le pressentiment de quelque chose. Comme une enquête. J’adore. Et puis, quand tout s’arrête, je vais me balader sur les falaises du Cap Spartel, boire un thé, regarder le temps qui passe. Vivre, tout simplement vivre. Après toutes ces années, je suis devenu un Tangérois comme les autres. I

L’ALBUM SECRET DÉFONCE DE 38 NORD

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Repères 1975 : Première guitare 1981 : Article paru dans Libération 1984 : Obtention de sa carte de presse 1992 : Première expo photo 1994 : Couverture du génocide au Rwanda 1997 : Édition de son premier roman 1999 : Arrivée au Maroc 2009 : Parution de son premier album 2012 : Chronique de politique étrangère sur Medi1

Des soutiens de poids L’un des premiers “fans” de Boussel n’est pas exactement un “bleu” en matière d’espionnage, puisqu’il s’agit d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE française (Direction Générale de la Sécurité Extérieure). Il a d’ailleurs “postfacé” son roman. Et il n’est pas le seul. Pour URbain, Éric Denécé, Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement, écrit :

À la différence des pays anglo-saxons, la France ne dispose pas d’une littérature d’espionnage, alors que notre littérature policière est l’une des plus prolifiques au monde. C’est donc tout l’intérêt du roman de Pierre Boussel, à qui il convient de reconnaître un double mérite. D’une part, il contribue à combler cette lacune. Aucun romancier majeur n’a émergé depuis les années 1970, date des derniers romans de Pierre Nord. D’autre part, il renouvelle profondément un genre, le rendant plus réaliste que ses prédécesseurs. Son roman n’est pas seulement une intrigue, c’est une description fidèle et lucide d’une réalité méconnue - donc souvent fantasmée. La lecture n’en est que plus captivante et instructive (...).


la chronique

À la Une I

de lotfi akalay A h , c es n o uv ea u x ri ch e s. Qu e l e n nu i, q u ell e ar r o ga n ce .. . et q u e l m au va is g oû t ! To u t e u n e é d u c a t i o n à r e f a i r e .

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Août à “Cabo”

on mais pour qui se prend-elle cette pimbêche de Fatou ! D’abord, elle ne s’appelle pas Fatou, son vrai prénom, c’est Ftouma. Je le tiens de Zouzou, sa voisine à l’Oasis, un quartier moyennement riche qui ne manque pas d’arrogance. Ses mensurations la font ressembler à une marmite, et c’est pourquoi le tout-Cabo l’a surnommée Faitout, hi hi. L’autre soir chez elle au dîner, il y avait des pieds de veau. Entre autres tagines, bien sûr. Je l’avais complimentée : « Fatou, ma chérie, tu dois avoir une excellente cuisinière ! ». Et cette sotte me répond : « Oui, elle est à gaz. La cuisine, c’est mon dada, pas toi ? ». Je lui ai rétorqué sur un ton écolo : « Non, la mienne est à muscles, c’est ma dada. » Elle a couiné : « Oh, que c’est rigolo ! » en me tendant une coupe de champagne. J’aurais tressailli avec autant d’effroi si j’avais trouvé un cafard dans le verre : figurez-vous que son champagne, c’est du Moët-Chandon, quel manque de goût ! Me faire avaler cette eau de serpillière ! Moi, s’il n’y a pas de l’Étoile Blanche de Pommery, je ne touche pas au champagne. Sitôt qu’elle a eu le dos tourné, j’ai versé le contenu de la flûte dans le rhododendron.

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Manque de chance, son mari m’a vue et m’a dit dans un vouvoiement obséquieux : « Lalla Kenza, comme je vous comprends ! Moi non plus, je n’aime pas les grandes marques de Champagne (la majuscule est de lui). Tenez, goûtez donc cet excellent whisky, un régal ! » Du Chivas, le whisky des nouveaux riches, je l’aurais giflé ! Heureusement, avant de venir, j’avais fait le plein de Glennlivet 24 ans d’âge. Mon mari et moi ne touchons pas au Talisker. Ô le Talisker ! Vous autres roturiers qui me lisez, s’il vous arrive, par miracle ou par accident, d’en boire, vous resteriez 48 heures sans uriner pour le préserver précieusement dans votre vessie qui scintillerait de joie comme une lanterne magique. Je vous disais : le Talisker, nous le gardons en réserve pour la visite de trois ministres qui vont venir bronzer la semaine prochaine. J’ai prévu un cocktail dînatoire pour leur en mettre plein la vue et la panse. L’année dernière, ils avaient été invités chez les Matou, le couple Majda-Toufik. Au milieu de la table en marbre blanc trônait un énorme monticule de crevettes royales achetées à Sebta et péchées à Boujdour. J’en étais suffoquée. Le lendemain, pour marquer le coup et laver cette offense, j’ai invité les mêmes et, sur la table en onyx, j’ai fait dresser une montagne de homards. Vous auriez vu la


tête des Matou ! Ils miaulaient de rage. C’est bien fait pour eux, si tous les millionnaires se mettent à jouer aux milliardaires, où allons-nous ! Je me souviens quand le ministre a tendu la main vers un Cabernet Président, j’ai arrêté son geste : « Voyons, Monsieur le Ministre d’État, ça, c’est pour la valetaille que mon homme d’affaires de mari se croit obligé d’inviter ! » Je lui ai rempli une coupe de Petrus à six cents euros la bouteille à la récolte. Chez Fatou, en entrée, on a eu droit à du saumon qui puait encore son emballage de cellophane, quelle vulgarité ! Moi, je mange uniquement du saumon de chez Petrossian et en cas de fermeture annuelle, je le fais venir de chez Kaspia. Pour accompagner, elle me propose du vin blanc. « Lequel ? » demandais-je avec méfiance, certaine que ce serait du Coquillage, le blanc des arrivistes, toutes directions confondues. Eh bien non, elle minauda d’un air connaisseur : « Un baron de L. » Pauvre Fatou, sait-elle seulement que c’est un vulgaire Pouilly fumé fabriqué par Ladoucette, un trivial négociant, et vendu à peine 75 euros au Drugstore des Champ-Zé et même chez Nicolas, le Tati des

marchands de vin ? Soucieuse de ne point vexer la brave bougresse, j’approche mes lèvres du populaire breuvage et, les yeux fermés, j’imagine, pour me donner de l’entrain, qu’il s’agit d’un Château de Tracy. À l’heure du café, elle lance d’une voix robuste : « C’est de l’Arabica, bien sûr ! » Oui, elle a bien raison d’ajouter « bien sûr » car ce n’est pas chez ces gens-là qu’on trouverait du Blue Mountain de la Jamaïque. Voyant mon air désappointé, son mari me propose du chocolat : « Vous préférez du Belge ou du Suisse ? » Mon Dieu ! Tous les imbéciles se sont donné le mot pour poser cette même question. « Merci, lui ai-je répondu, pour moi, le chocolat, c’est Marquise de Sévigné ou rien du tout. » Voulant faire l’intéressant, ce rustre renchérit : « Oui, et fourré au whisky, on l’appelle Sévigné-sur-Orge, hi hi ». De la fenêtre, on entend le bruit des vagues. Il commence à faire frisquet, un frisson parcourt mon dos nu. « Je prendrais bien un cognac, n’importe lequel, un Cuvée Henry IV de chez Hennessy ferait l’affaire ». Décidément, ce n’est pas mon jour de chance, ils n’ont que du V.S.O.P. à m’offrir. Août à Cabo, quelle misère… I

Bo n s ba i soe..r.s d e Ca b

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ren co ntre

À la Une I

Stéphanie Gaou

Le principal trait de votre caractère ? La perspicacité. Et celui dont vous n’êtes pas très fière ? Mon sens de la répartie parfois trop caustique. La qualité que vous préférez chez un homme ? Que ses actes soient le plus possible en adéquation avec ses dires. Et chez une femme ? Que ses dires soient le plus près possible de ses ressentis. Le bonheur parfait selon vous ? Le bonheur n’atteint jamais la perfection. Il n’y a pas d’instrument pour « quantifier » le bonheur. Il y a des instants de bonheur, qui arrivent souvent à nos dépends. Et c’est merveilleux.

Votre auteur favori ? Pas un seul. Impossible. Autant Quignard que Duras que Michon, que Tchekhov, Paul Auster et tant d’autres encore, le panthéon des auteurs est infini. Votre héros de fiction préféré ? Je dirais le personnage de Brigitte Bardot dans Le Mépris de Jean-Luc Godard. Je trouve que Moravia, l’écrivain, avait tout cerné de la complexité dans le comportement d’une femme qui désaime un homme et en désire un autre. Elle est vive, capricieuse, mais inaccessible et authentique. Le mot de la langue française que vous préférez ? Tempérance. Le mot tangérois que vous préférez ? L’expression « Dounia hania » (la vie est tranquille, belle).

Votre plus grand rêve ? J’ai des rêves un peu flous : aller dans des territoires encore inconnus. Écrire une pièce de théâtre. Passer un an à écrire. Même si en disant cela, j’ai conscience que chaque rêve a son revers une fois transcrit dans la vie réelle.

L’endroit que vous préférez à Tanger ? La route de Cap Spartel, juste avant le dernier virage vers le phare, la vue sur la mer et parfois sur les falaises de Huelva, qui donne des élans de revivre le film Thelma et Louise.

Quand avez-vous été la plus heureuse ? Je suis incapable de le dire. Je suis très heureuse à différents moments de ma vie, de manière diffuse. Je ne saurais pas dater.

Les trois objets que vous emporteriez sur une île déserte ? Noces de Albert Camus, une petite barque avec ses rames (pour partir de l’île quand j’en ai envie), un miroir.

Pourquoi écrivez-vous ?

Votre pêché mignon inavouable ? Je me garderai bien de le divulguer, sinon il ne serait ni mignon, ni inavouable...

Je ne me demande pas pourquoi je marche ou pourquoi je respire. Écrire, c’est du même ordre. Qu’avez-vous réussi de mieux dans votre vie ? À vivre en accord avec mes émotions, même quand je suis « perdante » ou en souffrance. Ce qui arrive dans la vie arrive toujours au bon moment avec les bonnes personnes, quels qu’en soient les causes, les conséquences ou les effets. Votre plus grand regret ? Aucun. Ni grand, ni petit. Ce que j’ai fait, ou pas, devait se faire ou ne pas se faire. Votre occupation préférée ? Lire, indéniablement. Si vous étiez un animal ? Une tourterelle. Votre film culte ? Pas un film seulement. Plutôt un style et une époque. Le cinéma italien des années 50/60 me fascine. Surtout Pasolini et Fellini.

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Que détestez-vous par-dessus tout ? La mauvaise foi. La faute pour laquelle vous avez le plus d’indulgence ? La précipitation.

Comment aimeriez-vous mourir ? En mon absence. Deux mots pour qualifier Tanger ? Disparité. Aspérité. Quelques dates clés dans votre vie ? 1984 : Sortie du film Purple Rain 1996 : Lecture de The invention of Solitude de Paul Auster 1999 : Voyage à Lisbonne 2004 : Installation au Maroc 2008 : Voyage à Dakar 2010 : Création de la librairie les insolites à Tanger 2012 : Publication de Capiteuses, chez Al Manar


BEAUCOUP PENSENT BIEN LA CONNAÎTRE. L’ENTHOUSIASTE ET VOLCANIQUE LIBRAIRE DES INSOLITES - SANS MAJUSCULE, ELLE Y TIENT, ENTRE CE MOIS-CI OFFICIELLEMENT DANS L’ÉQUIPE D’URBAIN TANGER. PAS QUESTION DE MANQUER CETTE BELLE OCCASION D’ESSAYER D’EN SAVOIR UN PEU PLUS SUR ELLE GRÂCE À L’EXERCICE DU QUESTIONNAIRE DE PROUST AUQUEL ELLE S’EST PRÊTÉE DE BONNE GRÂCE. ET AVEC UN BRIN DE MALICE...

Photo : © Hicham Gardaf


Bouab Younès

“ CE

Q U E J E JO U E N ’EST PAS CE QU E JE SUIS .

ren co ntre

En couverture I

YOUNÈS BOUAB A MARQUÉ LES SPECTATEURS EN 2012 EN ÉTANT « ALI L’BOGOSS » DANS ROAD TO KABUL DU RÉALISATEUR DE BRAHIM CHKIRI, PUIS « ZERO » DANS LE FILM ÉPONYME DE NOUREDDINE LAKHMARI. DEUX FILMS DE GENRE - L’UN COMIQUE, L’AUTRE « DE MŒURS », DANS LESQUELS IL INCARNAIT DEUX PERSONNAGES DIAMÉTRALEMENT OPPOSÉS . O N L’ A VU PROPULSÉ DU JOUR AU LENDEMAIN DANS TOUS LES MAGAZINES ET SUR LES ÉCRANS DE TÉLÉVISION . I L A REMPORTÉ EN FÉVRIER 2013, LORS DE LA 14 E ÉDITION DU F ESTIVAL N ATIONAL DU F ILM À TANGER , LE PRIX DU MEILLEUR PREMIER RÔLE MASCULIN POUR SON INTERPRÉTATION DANS ZERO.

RENCONTRE EN AVRIL, AU CŒUR DE MERS SULTAN, DANS UN CAFÉ POPULAIRE, QUELQUES MINUTES AVANT LE DÉBUT D’UN MATCH DE FOOT MOUVEMENTÉ. L’ACTEUR, TOUT JUSTE SORTI D’UNE RÉPÉTITION POUR LA PRÉPARATION DE SON PROCHAIN RÔLE, A LE SOURIRE TIMIDE, LE REGARD IRRÉSISTIBLEMENT FRANC ET LE VERBE RARE. PLONGÉE DANS UN CASABLANCA AUX RELENTS DE ZERO…

PAR S TÉPHANIE G AOU PHOTOGRAPHIES : B APTISTE

DE

(SAUF MENTIONS

V ILLE D’AVRAY

POUR

URBAIN

CONTRAIRES )

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ren co ntre

En couverture I

Entre tien... URbain : Younès Bouab, vous avez reçu le prix du

Meilleur premier rôle masculin à Tanger. Vous attendiezvous à une telle reconnaissance des professionnels après votre succès auprès du grand public ? Younès Bouab : Très honnêtement, je ne m’y attendais pas, mais je l’espérais vraiment. Je n’avais pas eu de prix à Marrakech pendant le Festival du Film en décembre 2012, ni à Dubaï. J’avais envie - du moins je l’espérais - d’être à la hauteur à Tanger. Je n’ai pas vu tous les films présentés, mais j’aurais pu porter mon choix sur les deux frères qui jouent les héros du film de Nabil Ayouch Les Chevaux de Dieu (NDLR : inspiré du roman de Mahi Binebine, Les étoiles de Sidi Moumen). Des amateurs époustouflants de vérité. D’ailleurs, je dois ajouter que le cinéma de Nabil Ayouch me touche beaucoup, j’aime sa précision. J’avais, à l’époque, adoré Mektoub, film de genre avec une trame narrative très sombre.

URbain : Avant d’être acteur, vous avez longtemps été scénariste ? Quels genres de scenarii écriviez-vous ? Younès Bouab : Oui, j’ai écrit de 2007 à 2009 des épisodes de séries télévisées et des feuilletons pour la télévision marocaine essentiellement, ainsi que des longs-métrages. C’était surtout des commandes, pas mal de sitcoms, de « heroic fantasy », des films d’horreur. J’aime bien les films de genre, c’est vrai. Mais cela fait deux ans que je n’écris plus. Je me consacre entièrement à ma vocation d’interprète. URbain : Cela fait quel effet de passer des coulisses aux feux de la rampe ? Younès Bouab : C’est une atmosphère totalement différente, deux prises de conscience contraires. La réflexion et la lumière. L’exposition, l’ambiance du tournage avec les autres comédiens, des conditions parfois plus éprouvantes. Rien à voir. Quand on écrit, on est à l’abri, on se préserve. Acteur, c’est la mise à nu en continu. URbain : Et si vous deviez reprendre l’écriture, quel type de scénario écririez-vous ? Younès Bouab : Je me lancerais bien dans un film noir, policier. Peut-être une adaptation d’un roman. Et je ferais en sorte que cela se déroule au Maroc.

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“ J’avais envie d’être à la hauteur à Tanger ”


URbain : Vous êtes passé d’un rôle de benêt/beau gosse avec Ali à un rôle plus torturé dans Zero. Lequel de ces deux personnages vousa-t-il donné le plus de « fil à retordre » ? Younès Bouab : Dans le fond, aucun des deux. J’ai conscience qu’un rôle n’est qu’un dédoublement d’une sorte de soi, mais qu’il faut surtout faire la part des choses. Ce que je joue n’est pas ce que je suis. Le héros de Nour-Eddine Lakhmari, Zero, est tiraillé entre son souci de faire le bien et ses complexes liés à l’alcoolisme, à son sentiment d’infériorité. Il a des blessures enfouies, il est désespéré mais veut quand même se surpasser, faire du bien. C’est un flic qui subit les revers de ses supérieurs hiérarchiques, des pourris, qui se plante, s’emporte trop vite, mais j’avoue que ce fut plaisant à jouer. Évidemment,

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ren co ntre

En couverture I

© D.R.

CI-DESSUS : Nour-Eddine Lakhmari dirigeant ses acteurs sur le tournage de Zéro. CI-CONTRE : Younès Bouab au Festival de Tanger.

CI-DESSOUS : Une explosion de popularité pour le héros de Zéro et son réalisateur. © D.R.

Repères Naissance : Le 29 avril 1979 à Salé Filmographie : 2010 : Road to Kabul de Brahim Chkiri 2011 : Zero de NourEddine Lakhmari 2012 : Cheba Louisa de Françoise Charpiat 2013 : Formatage de Mourad El Khaoudi

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“Cinquante salles de cinéma dans tout le pays, c’est insuffisant ” dans la vraie vie, je ne suis pas aussi désespéré, ni aussi torturé par mes vices. Et donc, je peux maintenir une distance entre moi et les personnages que je joue. L’essentiel, c’est de garder le plaisir de l’interprétation et non les séquelles ou les traumas du rôle. URbain : On dit que les réalisateurs marocains contemporains proposent des films qui bousculent les idées reçues sur la société. Mais paradoxalement, ils sont encore peu visibles au Maroc. C’est quoi la recette, au Maroc, d’un film qui fait venir le public en salle ? Younès Bouab : Vaste dilemme. À peu près une cinquantaine de salles dignes de ce nom dans tout le pays, c’est clair que c’est insuffisant. Ce qui pêche en premier, c’est la programmation. Si on veut faire venir les spectateurs, il faut savoir jouer avec le public, lui donner du spectacle, le surprendre, l’encourager. Il y a une interaction entre ce qui se passe sur l’écran et dans la salle. Un réalisateur a toutes les cartes en main, il peut tout faire avec les gens : les faire rire, les gêner, les provoquer, les attendrir, les mettre au bord de la catastrophe. C’est extraordinaire le cinéma par rapport, par exemple, à la littérature. Les images ont cette force : toucher tout le monde, du plus « inculte » au plus « instruit ». C’est une évidence basique, mais il faut sans cesse penser à la diversité du public quand on fait un film. Certains auraient tendance à l’oublier, peut-être. C’est dommage, c’est un moyen extraordinaire de faire passer les émotions directement.

URbain : Que pouvez-vous dire d’un réalisateur comme Nour-Eddine Lakhmari, qui fait couler beaucoup d’encre à chacun de ses films ? Qu’avez-vous appris d’essentiel à son contact ? Younès Bouab : Qu’il faut préserver sa sincérité quand on veut évoquer les névroses d’un personnage, ses travers, ses espoirs secrets. Il a le pouvoir de faire venir les Marocains dans les salles. Ils viennent voir ses films en nombre. Qu’ils aiment ou pas, ils y réagissent. C’est tout ce qui compte. URbain : Ses détracteurs l’accusent d’avoir filmé - je pense aussi à Casanegra - un Casablanca violent, peu crédible, sombre, plongé dans les turpitudes. Qu’avezvous envie de leur dire pour le défendre ? Younès Bouab : On peut accuser ses dialogues d’être « vulgaires » ou ses scènes « violentes », mais c’est dans un souci d’authenticité à chaque fois. Avec Zero, les thèmes déjà abordés dans Casanegra sont prégnants : le vice, la rédemption, la violence, l’injustice, l’amour, le sexe. Il filme avec le cœur. Il met tout de lui dans ses histoires. Il aborde cette chose essentielle : le désir du cinéma. URbain : Qu’admire le scénariste qui sommeille en vous dans une telle mise en scène ? Younès Bouab : Au niveau de la structure cinématographique, le film est construit, pensé, avec une photographie contrastée, forte - une nuit au ras du macadam, des terrasses d’immeuble noyées de soleil, etc. C’est un film qui rappelle les sagas policières des années 70 américaines, à la Scorcese ou les films policiers qui traitent de justice, comme ceux de Charles Bronson avec des plans serrés pendant les bagarres. En termes d’image, c’est du grand cinéma, efficace, grand public.

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URbain : Vous avez étudié la philosophie pendant de nombreuses années en France. Voilà qui est original dans le parcours d’un acteur. En pratique, qu’est-ce que ça vous apporte ? Younès Bouab : Évidemment lire de la philosophie et l’étudier, ça donne le sens de la relativité quand on s’investit dans un rôle. Pour Zero, je suis resté en tournage pendant neuf semaines. J’ai du apprendre à jouer le cynique, à prendre en charge le côté absolutiste du héros. Nietzsche m’a « aidé » à réflé-

chir à toutes les facettes des troubles que vit Zero. C’est un être qui ne supporte pas l’injustice, qui veut marquer sa vie d’un acte épique et qui ne sait pas comment s’y prendre. Il est dans toute l’ineptie humaine mais au final, il est un héros, un vrai.

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URbain : En dehors du cinéma marocain, avez-vous déjà joué pour des films à l’étranger ? Younès Bouab : Oui, j’ai joué dans un film qui est sorti début mai 2013 en France avec Rachida Brakni et Isabelle Carré intitulé Cheba Louisa de Françoise Charpiat, une comédie de « filles », une histoire d’amitié entre deux femmes. Moi, je joue le dragueur, un rôle secondaire mais très présent. C’était vraiment bien de jouer avec ces deux comédiennes, j’étais un peu impressionné mais elles ont été géniales. Le tournage s’est très bien passé, beaucoup d’effervescence, une meilleure organisation qu’au Maroc surtout (rires). URbain : Vous préparez un nouveau film. Pouvez-vous nous en parler ? Younès Bouab : Je tourne actuellement avec Mourad El Khaoudi pour son film intitulé Formatage. Il s’agit d’un thriller psychologique dans lequel je joue le rôle d’un homme qui va aider le héros, campé par Fehd Benchemsi, à démêler le vrai du faux. C’est l’histoire d’un personnage qui a perdu la mémoire et qui cherche à savoir qui il est vraiment. Sa femme, jouée par Fatime Zahra Bennacer, tente de lui faire recouvrer la mémoire mais je suis celui qui va lui donner certaines réponses. Formatage sortira l’année prochaine. URbain : Dans vos prochains films, quelle facette de votre personnalité avez-vous envie de développer ? Younès Bouab : Il faut que je travaille sur ma façon de parler. Dans Zero, tout se passe au niveau de la démarche, de la gestualité, le personnage est un

taiseux, c’est son attitude générale qui donne les effets de ses états d’esprit. On a tourné la nuit essentiellement, c’était très éprouvant physiquement. Mais je voudrais, dans mes prochains films, mettre l’accent sur ma façon de m’exprimer, ventiler mes possibilités. Rapprocher les personnages de moi. URbain : Un père marocain, une mère française. Cela peut-il constituer un handicap dans votre profession ? Younès Bouab : Ce qui est périlleux pour moi, par exemple, c’est d’avoir à jouer un « gars du peuple » et de me demander jusqu’où je suis crédible auprès du public marocain. Je m’interroge sur la véracité de mon accent, de mes tics de langage. Mais dans l’ensemble, je me dis que c’est peut-être aussi un avantage, ce qui permet aux réalisateurs de penser un personnage dans tous ses complexes, s’ils veulent jouer avec cette double identité. URbain : Pour finir, un mot sur Tanger. Vous y avez passé un peu de temps. Quelles ont été vos impressions ? Envie d’y revenir ? Younès Bouab : J’ai complètement été sous le charme de cette ville pendant le Festival du Film, l’hiver dernier. L’atmosphère dans les rues y est plus populaire qu’à Casablanca ou Rabat mais on sent que les gens portent un regard très différent sur autrui, une sorte de bienveillance tranquille. Bien entendu, je n’y suis resté que quelques jours et je ne peux donc pas être très précis, mais je reviendrai avec plaisir. J’ai aimé son âme artiste. Et puis, à Tétouan, j’ai beaucoup aimé le savoir-vivre des gens. I

Baptiste de Ville D’Avray

Photo : © Hans Lucas

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En couverture I

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C’est dans le désert d’Atacama que Baptiste commence à photographier ses premières ambiances, après deux années d’études en multimédia infructueuses. 2005. Rencontre avec celle qui l’accompagnera dans sa nouvelle vie de photographe. 2006. Un autre désert, un autre continent, l’Afrique et la ville de Bamako : une nouvelle famille, des histoires, des décors apparaissent. Et Afrique in visu naît. La plateforme rassemble toute une communauté de photographes travaillant en Afrique. Il en est le cofondateur. Puis retour à Paris et les premières collaborations avec la presse française. Photographe autodidacte, il jongle entre un travail documentaire et un autre, plus esthétique, à la frontière du reportage qui l’amène à voyager, exposer, publier. Aujourd’hui, le Maroc, un nouveau champ de travail. Et demain, qui sait ? www.baptiste-dva.fr ou www.ayoni.ma ou baptiste.dva@gmail.com


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41, avenue de la RĂŠsistance Tanger - 05 39 32 55 33 otorisushi@gmail.com


Culture I

vi si ons de tan ger

-e

Un regard, une image...

CONCOURS PHOTO

Ta n g e r sa uva g e

BROUSSAILLES OCÉANES

On aime :

La plage, bien sûr ! C’est évidemment sur fond d’océan que le côté sauvage de Tanger s’exprime le mieux...

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PAR NOAM CHAOUDRI

Noamgagneuneexcursionenquaddansl’arrièrepaystétouanaisavecNature’nQuad(valeur550Dh)


URBAIN aime aussi... Campagne Claire François nous offre cette vision de nature à la campagne tangéroise. Un berger, un troupeau, Tanger est toute proche mais déjà si loin... Appareil Olympus Optical

Oiseaux à la plage Merci à Bernard Moutin pour cette côte sauvage et pour ce vol de goélands argentés effleurant l’écume scintillante des vagues au lever du jour. Appareil Panasonic DMC-Fx33

Tanger fleurie Zoé Martin a seulement 13 ans et déjà beaucoup de talent. Quelques fleurs et la nature s’invite en ville... Bravo ! Appareil Canon Ixus 1000HS

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vi si ons de tan ger

Culture I

Un regard, une image...

Tanger gourmand Concours photo URbain

La photo gagnante rapportera à son auteur une invitation pour deux personnes au Club de plage de l’Océan, incluant deux matelas, deux cocktails et deux repas (valeur globale du lot : 620 Dh).

Faites-nous découvrir votre Tanger gourmand...

Alors, tous à vos boîtes à images !

Date limite de partipation : le 16 juin à minuit. Envoyez-nous vos prises de vue accompagnées d’un descriptif du moment où a été prise la photo et de quelques mots présentant le sujet si possible et l’auteur de la photographie.

© Mariusz Prusaczyk - Fotolia.com

Règlement : Envoyez vos photos sur contact@urbainmagazine.com. La taille du document doit être au minimum de 15 x 15 cm (300 dpi). Aucun document ne sera retourné.

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Tous les plaisirs de l ’ O céan... Terrasse panoramique avec vue sur le “grand bleu” Carte de produits de la mer raffinés & cuisine méditerranéenne

Ouvert tous les jours Plage Sidi Kacem - Direction Grottes d’Hercule Tél. : 05 39 33 81 37 - Mail : oceantanger@gmail.com www.oceanplagetanger.com


INÉDIT : PERFORMANCE

LA FABRIQUE

NOIR & BLANC FÉMININ “Trois femmes - Trois arts”

En un seul et même lieu, durant une heure, trois femmes seront réunies pour une performance simultanée dans trois arts différents : la peinture, le chant et la gastronomie. L’occasion unique de voir naître sous vos yeux une oeuvre monochrome de la peintre casablancaise Mounat Charrat, au son du jazz « in Black’n White » et de la voix de la soliste soprano Martine Kroon, en savourant un étonnant cocktail « Noir & blanc » préparé par la cheffe des lieux, Christine Samet. Une soirée inédite et originale imaginée en partenariat avec la galerie d’art Conil.

Samedi 8 juin à 21h30


Performance

Noir & Blanc féminin

© Aurèle Andrews Belmejdoub

Trois femmes - Trois arts

Mounat Charrat - Martine Kroon - Christine Samet Samedi 8 juin à 21h30

La Fabrique en partenariat avec la Galerie Conil Rue d’Angleterre - Tanger - Renseignements au 05 39 37 40 57


re ndez-vou s

Culture I

Postic

il rie Con la gale e d , il Con Olivier

Yann Tribes, de la

galerie Arting is

Galeristes :

L’union sacrée

Tombées sous le charme de l’oeuvre d’une même artiste, deux galeries tangéroises s’associent pour la présenter au public. Une grande première en ville. Les galeristes ont accepté d’expliquer leur démarche à URbain.

URbain : Quelle est l’histoire de cette exposition ? Olivier Conil : Evelyne Postic est venue à la galerie alors qu’elle était en vacances avec son ami. Nous avons discuté, elle nous a parlé d’elle et de son travail. Je lui ai demandé de réaliser des dessins pendant son séjour, elle en a fait quatre, les premiers à Tanger. Tous ont été vendus aussitôt ! Ses dessins me plaisaient beaucoup, d’où l’idée de présenter quelque chose de différent à Tanger et de faire une expo. Evelyne vient d'une grande galerie à Lyon, la Galerie Dettinger, spécialiste de l'art africain et océanien, tenue par Alain Dettinger et avec qui je vais collaborer aussi pour présenter des objets africains

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avec les dessins de Postic pour l’expo en juin... Une rencontre en a amené une autre. URbain : Parlez-nous d’Evelyne Postic. Yann Tribes : C’est une artiste accomplie et joviale, qui a consacré sa vie à son oeuvre. J’aime sa rigueur et la perfection de son trait. Son travail métamorphique ne laisse pas indifférent, il étonne. Olivier Conil : Ses oeuvres ont un côté ethnique et brut qui me plaît. J'aime son parcours de vie, son travail se rapproche d’artistes que j'ai toujours aimés, comme Fred Deux, représenté par un grand galeriste à Paris, Alain Margaron.


URbain : Qu’est-ce qui vous a donné envie de réaliser cet événement en duo ? Olivier Conil : Durant son séjour à Tanger, Evelyne avait également rencontré Bernard (Liagre, NDLR) qui a lui aussi beaucoup apprécié son travail. L’envie d’organiser une expo en commun est venue naturellement. Nos galeries ont de très bons rapports - ce qui ne veut pas dire qu’il sont mauvais avec les autres -, et nous exposons des artistes différents. Étant donné la qualité de cette artiste et le nombre de dessins qu’elle nous a procurés, nous avions la possibilité de réaliser deux expositions distinctes en montrant deux univers et en gardant la singularité de nos deux galeries. Moi, je présente du noir et blanc avec collection africaine d'Alain Dettinger et la galerie Artingis les travaux plutôt colorés et des sculptures de Postic. Yann Tribes : Olivier Conil a, semble-t-il, eu la même démarche que moi ? Il a été passionné par ses compositions et nous avons décidé de l’exposer ensemble en binôme pour un plus grand rayonnement. URbain : Comment qualifieriez-vous les relations existant entre les différents lieux de culture à Tanger, notamment entre galeristes ? Olivier Conil : Nous nous sommes déjà réunis pour essayer de prolonger ce qui se passe depuis quelques années à Tanger avec le soutien d'Alexandre Pajon (Directeur de L’Institut Français de Tanger, NDLR) et de Monsieur Idrissi de la Délégation de la Culture à Tanger. Nous bénéficions d’une écoute et d’un soutien constant de leur part. Je citerai aussi la bonne initiative de la galerie Lusko d’avoir refait une salle des ventes à Tanger avec la Medina Art Gallery. Je pense que tous les acteurs culturels vont dans le même sens et on a un bon esprit à Tanger. Vraiment ! Yann Tribes : En tant que galeristes, nous sommes peu nombreux à Tanger, nous avons tous de bonnes relations amicales mais jusqu’alors, nous ne travaillions pas ensemble. Ce sera une première pour nous avec la galerie Conil. Je profite de cette occasion, pour vous annoncer que nous sommes, à ce sujet, en cours de création de l’association « Tanger des Arts » qui permettra la promotion d’oeuvres et d’artistes, de soutenir des comportements favorables dans les domaines de l’Art et d’effectuer des opérations artistiques spécifiques. L’Institut Français, sous l’égide de son Directeur, Alexandre Pajon, nous ouvre déjà ses portes au travers de la Salle Beckett et de la Galerie Delacroix.

URbain : Exercer votre activité à Tanger, ça change quoi ? Yann Tribes : Tout d’abord, il y a cette douceur de vivre. Tanger, ville du détroit, mythique, n’a-t-elle pas une connotation liée à l’Art ? La galerie Artingis nous permet de rencontrer des artistes venus de tous horizons. Nous avons ainsi pu présenter et faire découvrir de jeunes artistes du nord du Maroc, peintres, bédéistes, sculpteurs... Nous avons exposé photographes, peintres de la Médina de Tanger, etc. et bien d’autres créateurs venant d’Europe. Voilà ce que nous permet Tanger : ce pluralisme ! Les artistes ne s’y trompent pas, ils veulent venir à Tanger, et nous les comprenons ! Olivier Conil : Plus de proximité avec les artistes, nous avons tous des artistes vivants ! Mais aussi davantage de liberté de manoeuvre, des rapports différents avec collectionneurs et clients, grâce à cette ville qui distille une atmosphère plus détendue et plus saine qu’ailleurs. Et les gens ont soif de culture à Tanger. Propos recueillis par Christine Cattant

Le mangeur de courges bleues Encre sur calque

Evelyne Postic est née à Lyon. Elle est autodidacte. Ses oeuvres ont été exposées en France, en Belgique, aux Pays-Bas et à New-York.

Postic - Galeries Conil et Artingis Du 7 juin au 6 juillet

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li vres

Culture I

Cote Livres

Petites perles en librairie À l’heure où le débat fait rage entre livre numérique et livre papier traditionnel, je me propose de vous vanter les vertus de quatre ouvrages minuscules en taille qui ne pèseront pas plus qu’un paquet de cigarettes dans vos bagages. Que vous soyez en partance sur un vol EasyJet ou au bord de la piscine pour une bronzette culture, voici une sélection qui vous redonnera envie de palper du papier et de mettre un peu de côté écrans i-pad et autres gadgets électroniques. Stéphanie Gaou, librairie les insolites

lettres à un jeune danseur Maurice Béjart, Éditions Actes Sud, 45 p.

Je suis vivant Pasolini, Éditions Nous Now, 68 p.

Non, il ne faut pas être danseur pour lire avec plaisir et curiosité ce minuscule ouvrage publié dans la collection « le souffle de l’esprit » chez Actes Sud. Avoir une sensibilité artistique, cela peut aider, oui. Mais cela s’arrête là. Maurice Béjart, maître ès danse contemporaine, prodigue à un jeune disciple des recommandations toutes philosophiques pour une pratique de la danse dans la meilleure harmonie qui soit. Ces quelques instructions, notées en un échange épistolaire fictif, constituent un remarquable parcours initiatique et sont parsemées de considérations philosophiques et religieuses, très instructives même - voire surtout - pour un néophyte. Maurice Béjart, chorégraphe majeur de la seconde moitié du XXe siècle, exprime sa quête d’universalité et d’unicité de Dieu et de l’homme. « Chaque être humain est le centre du monde. Cette sensation légitime qui peut engendrer l’égoïsme le plus forcené et l’oppression la plus brutale est pourtant la base de l’existence profonde. » Un petit ouvrage bourré de références passionnantes qui rappelle à quel point c’est le travail et l’humilité qui donnent accès aux étoiles. « Les humains veulent comprendre Dieu, mais le GRAND reste incompréhensible pour le petit. L’Amour seul permet au petit de s’élever pour de brefs moments au niveau de l’incompréhensible qui cependant est si proche de nous ». Prix indicatif Maroc : 90 DH

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On connaît Pasolini le réalisateur pour ses films chocs sur une Italie décadente, dépenaillée, populaire comme dans son premier film Accatone, mais aussi radicale, baroque, joviale et charnelle. Celui qui a bouleversé le cinéma dans les années 70 avec Salo ou les 120 journées de Sodome a su aussi élaborer une poésie sensible, érotique, qui fait grâce à une sensualité solitaire et solaire et chante en une langue épurée les paysages méditerranéens. Lire Pasolini a posteriori de son assassinat en 1975 dans la banlieue romaine, à Ostia, c’est se consacrer à la célébration de l’artiste en accord intime avec la nature, avec l’organique, avec cette sensation de ne faire qu’un avec le tout. Ce recueil de poèmes édité en version bilingue (italien/français) est précédé d’un prologue superbe par Olivier Apert qui est un des traducteurs de la poésie pasolinienne et qui sait en transmettre toute la conscience splendide. L’angoisse de la flétrissure, de la familiarité étouffante parfois, de l’univers connu, de la promiscuité familiale, voilà les sujets récurrents de cette poésie à fleur de peau. Pas d’autre mot que celui-ci : sublime.

« Ah ce n’est pas pour moi cette beauté de cristal, ce printemps amer : un cri, même de joie, et je serais vaincu. (Je referme les volets et laisse le monde seul, avec son ciel d’argent). » Prix indicatif Maroc : 100 DH


li vres

Culture I Reserve ta derniere danse pour Satan Nick Tosches, Éditions Allia, 140 p. Les éditions Allia ont cela d’extraordinaire : elles publient pour 3 francs 6 sous des textes très originaux dans une collection raffinée - couverture au vernis mat, présentation soignée, beau papier. Nick Tosches, sulfureux auteur américain, est souvent édité chez eux. Avec ce texte publié en 2012, il parle de musique avec le brio que lui connaissent ses fidèles. Les années 50, la naissance du rock’ n’roll, les maisons de production, la Mafia, les coups bas pour récupérer un artiste ou en lâcher un autre, il raconte les prémisses de la variété à l’américaine. Nick Tosches écrit comme certains parlent. Il donne toujours cette impression au lecteur de l’avoir croisé au détour d’un comptoir dans un bar mal famé. Avec sa gueule d’ange et de démon, il se démène pour démêler le vrai du faux et balance une tonne d’anecdotes sur le milieu de la musique. Si vous êtes nostalgique d’Elvis, d’Alan Freed ou de Jackie Brenston et ses Delta Cats, ce bouquin est pour vous. Et si vous n’y touchez pas une bille en musique, eh bien, vous aurez au moins eu le plaisir de découvrir une écriture vivace, charismatique qui vous donnera envie de lire d’autres récits du père Tosches. « Outre les partenariats d’intérêt secondaire, dus à son rôle de prêteur en dernier recours pour le rock’n’roll, la première implication de la Mafia dans le rock’n’roll, comme c’était le cas depuis de nombreuses années dans le milieu de la musique en général, s’effectuait au travers du racket de jukebox. » Prix indicatif Maroc : 75 DH

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Côté livres - Petites perles en librairie

Un souvenir indécent Agustina Izquierdo, Éditions Folio, 121 p. Autant de densité en si peu de pages, il fallait oser. C’est l’histoire de deux hommes qui aiment une femme passionnément, jusqu’à la fêlure. L’un l’a tant aimée qu’il en est mort de chagrin mais elle ne le saura jamais. L’autre l’aime, la revoit, veut lui parler du premier, elle le subjugue, elle l’étreint tant elle est empreinte de mystère et d’aura, mais elle ne veut pas de lui. L’écriture de ce petit bijou est absolument magnifique, comme taillée au diamant. Des mots choisis, débrutis pour raconter le quotidien d’une femme superbe qui se refuse aux hommes qui l’aiment, qui ne veut vivre avec eux que platonisme et désir frustré. C’est une femme entière qui s’épanouit dans la confession et le souvenir, qui étrenne son amour avec la distance et le recul. C’est une des plus belles histoires d’amour avorté qu’il m’ait été donné de lire. « Elle vivait désormais seule. Le soir, disait-elle, elle redoutait d’entrer dans le lit ; elle avait l’impression de ne plus avoir qu’un corps abstrait, d’être abandonnée à l’emprise d’un dieu qui excluait qu’elle se liât jamais. Elle avait l’impression qu’elle était le fantôme d’une enfant et qu’elle avait faim et qu’elle allait mourir. Elle priait longuement avant de se glisser sous le drap. Elle priait le souvenir d’Agustina avec ses bras de coton et sa bouche de porcelaine. » Prix indicatif Maroc : 70 DH


Le Salon Bleu Restaurant - Salon de thé

Horaires 11 h - 19 h Et après 19 h, apéritifs et repas au Dar Nour (06 62 11 27 24)

Les Terrasses du Dar Nour © Juliette Parisot

Grande Place de la Kasbah Tanger - 05 39 37 16 18


Les brèves d’URbain

ON A VU POUR VOUS. ON A AIMÉ. OU DÉTESTÉ, CE SONT LES BRÈVES D’URBAIN ET NOS PETITS BILLETS D’HUMEUR. À TANGER, ON A TOUJOURS DES CHOSES À RACONTER : ALORS ICI, ÇA CROUSTILLE, ÇA S’ÉMEUT ET ÇA RÂLE AUSSI UN PEU...

Un départ...

BRAVO !

Après six ans à la Direction et à la Programmation de la Cinémathèque de Tanger, Léa Morin a décidé de se tourner désormais vers de ©L éa M nouveaux horizons professionnels. o ri n Elle ne sera pas pour autant désœuvrée puisqu’elle continuera de collaborer au projet Modern Heritage Observatory - Observatoire du Patrimoine Moderne dirigé par la Cinémathèque de Tanger, La Fondation Arabe pour l'Image, Le Centre Arabe pour l'Architecture et l'Association pour la Musique Arabe, et financé par l’Union Européenne et la Fondation Heinrich Böll. On lui souhaite bonne chance et beaucoup de succès professionnels.

LA COM’ DANS LE BON SENS à l’approche des vacances et de l’arrivée des touristes - et des MRE notamment, la ville de Tanger a vu fleurir, aux abords du port et sur la corniche, des panneaux incitant à ne pas tomber dans le piège du bakchich. Le texte et l’illustration annoncent très clairement la couleur : “Attention à la corruption”. On pourrait bien sûr faire remarquer qu’il n’aurait sans doute pas été inutile de placer également ces panneaux sur les quais afin qu’ils soient bien visibles dès la sortie des bateaux... Comme ça, juste “pour le cas où”. Mais URbain ne va pas cracher dans la soupe et nous saluons quoi qu’il en soit vivement l’initiative !

Ça gratte un chouïa... Trois mois plus tard, on remet ça. À Tanger, désormais on ne dit plus “Quels beaux arbres !” mais : “Quels beaux troncs !”

© N.S. / URbain

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© N.S. / URbain

o n en parle

Société I


tang er vu e par...

Société I

Rock Da Kasbah

UN UNIVERS “POP ART” À TANGER Virginie Hutin et Alban Trehet, c’est le duo Rock n’Chic de la Kasbah de Tanger qui déboule dans le milieu de la création à un rythme d’enfer. Designers de mobilier aux inspirations vintage, ils ont lancé l’an dernier la marque de tee-shirts et de sacs Rock Da Kasbah. PAR IMANE A. KETTANI

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ls me reçoivent, après une petite escapade en calèche sur le bord de mer encore désert en ce mois de mai, dans la ravissante boutique aux dimensions lilliputiennes, Koulchi, qu’ils ont ouverte en mars 2013 avec Anne Jacono. Entre eux, c’est d’abord une sacrée histoire d’amour. Le hasard les a réunis à Paris. Et c’est sous les cieux tangérois qu’ils poursuivent leur idylle...

URbain : Vous vous êtes installés à Tanger en 2011 avec votre petite fille Rubis. Et avant ça ?

Virginie : Nous nous sommes rencontrés en 2002 aux Puces de Saint-Ouen. Nous avions un stand l’un en face de l’autre. Nous étions déjà tous les deux spécialisés dans le mobilier des années 50. Avant cela, j’avais été styliste photo spécialisée dans la déco au sein d’un studio. Alban : Pour ma part, j’avais une formation de batteur, je voulais monter une boîte de prod’ dans la musique. J’ai joué avec Noir Désir et les Rita Mitsouko en session studio. En parallèle, je mixais pour Radio FG à Paris, j’ai œuvré comme DJ, organisé des rave. Mon père, un jour, m’a dit « Tu as l’œil pour dénicher du bon mobilier 50 ». Même si j’étais fou de musique, j’ai suivi son conseil, je suis parti avec lui chiner des pièces, je me suis pris au jeu. J’étais lancé dans la carrière.

Virginie : Des amis des Puces nous parlaient de Tanger. Ils avaient acheté une maison dans la médina. Alban : J’étais déjà venu à Marrakech, je n’avais pas aimé. Je m’étais dit : « Le Maroc, plus jamais ». Mais en 2006, nous sommes venus à Tanger. Et là, changement radical. Coup de foudre. Je tombe amoureux de la ville. La plage, la lumière. Je vois le quartier California et je pense : « Tanger, c’est le San Francisco de la Méditerranée ».

Urbain : Alors d’où est venu ce désir de vous installer ici ?

Alban : L’activité aux Puces en France s’est calmée en 2008. Nous avions envie de ne pas nous encroûter. La petite était née, elle grandissait. En 2011, nous avons vendu notre stand à Serpette et nous avons pris la décision de venir vivre ici. Sans aucun regret. Virginie : Rubis est adorée dans la médina. Elle s’est fait copine avec les enfants des voisins. Tout le monde la connaît et l’a adoptée. Pour nous, c’est très important ce rapport humain que les gens cultivent ici très simplement. Parfois même, elle fait le mur entre les deux terrasses pour aller voir sa petite voisine. Et nous nous sentons en sécurité à Tanger, bien accueillis, c’est une expérience extrêmement positive.

Urbain : Et Tanger, c’est quoi pour vous ?

Virginie : Un tas d’endroits dans lesquels nous reconnaissons notre attirance pour le vintage, le mélange des styles, l’ambiance décontractée mais recherchée. Nous

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URbain. : Le Maroc, comment est-ce arrivé ?


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“TANGER, C ’ EST LE S AN F RANCISCO DE LA M ÉDITERRANÉE ”

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© Imane A. Kettani pour URbain

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tang er vu e par...

Société I aimons beaucoup le snack du Morocco Club à la Kasbah, mais aussi aller manger une pâtisserie chez Aïda à Las Chicas. La terrasse du Salon Bleu est merveilleuse, ainsi que celle du Nord Pinus. Et nous aimons prendre un cocktail au Dar Nour. Quand nous avons envie d’un italien, nous allons à Pasta Cosy, à Marshan. Côté culture, stop obligé par la Cinémathèque Rif. Sa déco fifties nous ravit et la programmation est riche. Et nous aimons faire un crochet en ville à la librairie les insolites. Alban : La petite cantine du Soussi dans la médina, on adore ! C’est popu et délicieux. Et aussi Chez Abdou à la Forêt diplomatique, ou emmener Rubis faire du cheval au Centre Equestre. C’est la ville arty au Maroc par excellence : les exilés de la Beat Generation, beaucoup d’écrivains, de stylistes, d’artistes. On ne peut pas en faire absolument abstraction, ça laisse une empreinte sur la ville. Avec Tanger, nous sommes certainement venus trouver l’inspiration qui nous manquait en France.

Urbain : En décembre 2012, vous lancez votre ligne de teeshirts et de sacs sous le nom Rock Da Kasbah.

Virginie : Un jour, un ami nous dit « Pourquoi vous ne feriez pas des tee-shirts ? » Alban ne porte que des tee-shirts depuis toujours. Cela nous a semblé une très bonne idée. Nous étions plus branchés « déco » mais de fil en aiguille nous avons concrétisé le projet. Nous jouons beaucoup avec les codes du rock et son côté un peu rebelle et avec l’iconographie populaire marocaine que nous adorons. Les vieilles affiches, les couvertures de vinyles des années 60 avec Nass El Ghiwane, Amrawa (groupe de pop marocaine des années 70), etc. Alban : Le nom, c’est en hommage aux Clash avec leur titre Rock the Casbah, repris par Rachid Taha que nous aimons aussi tous les deux. Les Clash m’ont accompagné toute ma vie. Et puis, cette chanson, c’était tellement en résonance avec Tanger et notre parcours. Nous avions envie de créer un univers très “pop art” et de le décliner au Maroc. Cela a été le fil conducteur pour trouver notre style. J’adorais prendre en photo les taxis. Les transposer sur des tee-shirts, ce fut une manière d’afficher mon amour pour cette ville. J’aime l’idée qu’avec un simple tee-shirt, on puisse exposer ce à quoi nous adhérons ou ce qui nous fait réagir. C’est une véritable prise de position personnelle. Nous faisons intervenir des illustrateurs ou artistes pour la réalisation des dessins de certains de nos modèles. La talentueuse Houda Rahmani par exemple, étudiante à l’Institut des Beaux-Arts de Tétouan, pour notre première collection. Elle fourmille d’idées et elle nous a été d’une aide précieuse.

Urbain - Racontez-nous une anecdote tangéroise ?

Virginie & Alban : Une situation abracadabrante. Nous sommes dans le taxi en train de descendre l’avenue

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Rock Da Kasbah, un univers “pop art” à Tanger Hassan II à Marshan. Des agents de la municipalité taillent les arbres qui bordent l’avenue. Tout à coup, tout tremble, on se retrouve projetés dans le vide. Le chauffeur n’avait pas remarqué la souche d’un arbre au sol, nous avions roulé dessus et étions coincés… les quatre pneus en l’air ! (Rires) Il repasse en 1ère et on repart comme si de rien n’était. La voiture était toute bousillée, de l’eau coulait partout. Il nous a donné le montant de la course et on est partis. On s’est bien marrés.

Urbain : Qu’est-ce qui vous inspire à Tanger ?

Alban : La jeunesse marocaine. Nous adorons regarder comment les jeunes s’habillent avec parfois peu de moyens. Ils sont super inventifs et s’assument. Si certaines filles paraissent vulgaires aux yeux des autres, nous, nous les trouvons géniales parce qu’elles passent outre les critiques. Virginie : Certains expatriés nous disent que Tanger se radicalise. Nous n’en savons rien, en fait. Mais c’est un formidable potentiel, toute cette jeunesse, la moitié de la population a moins de 25 ans, c’est un vivier. Les jeunes sont ouverts aussi au monde, à ce qui se fait ailleurs.

Urbain : Y a t-il des ombres au tableau ?

Virginie : Sans grande originalité : on rase les belles maisons les unes après les autres, pour bétonner à tort et à travers. C’est dommage de voir qu’il n’y a pas de respect pour la conservation des espaces verts, de la végétation. Pourtant, le patrimoine naturel de la zone tangéroise est sublime. Alban : Il m’arrive d’avoir du mal à supporter le machisme ambiant dans les rues, la façon dont les hommes matent les filles ou les insultent, je trouve ça insupportable.

Urbain : Laissons dernier mot à la petite Rubis : tu aimes quoi à Tanger ? Rubis : Les fleurs. Et les bijoux. Mais pas les poubelles. I

Les créations de Rock Da Kasbah sont en vente à Tanger au concept store Las Chicas et à la librairie/galerie les insolites. À Asilah, retrouvez l’ambiance déco vintage et les articles dans la boutique Koulchi. © D.R.


“Heure joyeuse”, tapa s et musique en live Restaurant La Fabrique - Rue d’Angleterre - Tanger - 05 39 37 40 57 Service tous les soirs de 20 h à 23 h sauf le dimanche Retrouvez toute notre actualité sur Facebook

u e a ant e uv taur iqu no res br

Tous les jeudis de 20h30 à 21h30

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L’apéro


week-end

Découverte I

La Sultana

Une fregate au passE tenebreux

© Sultana

Ce mois-ci, URbain vous emmène à la découverte d’un lieu inhabituel. Un navire de croisière, certes, mais celui-ci est d’un genre... un peu particulier.

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IL FAUT ADMETTRE QUE CES DEUX-LÀ SE SONT BIEN TROUVÉS. C’EST AINSI, LE MYTHE FAIT RÊVER L’HOMME. À L’INSTAR DE TANGER, QUI POSSÈDE CETTE “AURA” DE MYSTÈRE QUI ATTIRE IRRÉSISTIBLEMENT, LE YACHT LA SULTANA NOUS CONTE UNE HISTOIRE PALPITANTE À VIVRE, PROCHAINEMENT, AU DÉPART DU PORT DE LA PERLE DU DÉTROIT. PHOTOS : LA SULTANA

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La Sultana, une frégate au passé ténébreux

La vie à bord

PRATIQUE Les cabines 4 cabines “Prestige” de 22 m2, 2 cabines

“Suites” de 36 m2 et 1 incroyable cabine “Suite Armateur” de 66 m2 située sur le pont supérieur.

Les installations Dans une ambiance de luxe très british à la Agatha Christie, vous serez dorlotés par 22 membres d’équipage. La Sultana est dotée de salles à manger, salons, espaces de détente sur les ponts, piscine, hammam, jacuzzi, TV satellite, internet...

L’offre croisière

Itinéraires Le Yacht La Sultana proposera des croisières en Méditerranée, le long des côtes du détroit, avec des escales entre Cadiz, Marbella, Gibraltar et Tanger durant les mois d’été. En hiver, il naviguera au large de Oualidia pour profiter du climat plus agréable du sud marocain. Et quelques chanceux argentés auront la possibilité de privatiser le yacht pour des itinéraires de leur choix.

Quand partir Le premier départ, initialement prévu le 8 juin à Tanger, a malheureusement été reporté “en raison de retard administratif” (sic) à l’été... 2014 ! Cela nous laisse un peu de temps pour faire des économies...

Étonnante métamorphose Dans une autre vie, l’Aji Petri naviguait entre les ports d’Odessa, de Yalta, de Sébastopol ou d’Istanbul, en mer d’Azov et de Crimée. Il transportait alors 102 passagers en cabine, 110 sur le pont et 46 membres d’équipage.

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Un lieu à l’histoire hors du commun Le Yacht La Sultana est désormais prêt à se lancer dans une nouvelle vie. Car avant de subir une restauration d’envergure en passant cinq longues années entre les mains d’architectes navals, de maîtres artisans et autres ingénieurs afin de devenir ce fleuron de l’industrie touristique de luxe marocaine, ce bateau s’appelait Aji Petri. Les histoires de reconversion de navires sont nombreuses, mais celle-ci est tout de même peu commune… En 1962, en pleine guerre froide, l’Union Soviétique fait construire par le grand chantier naval de Varna, en Bulgarie, une série de douze bâtiments (des « Sister Ships »). Destinés tout d’abord au transport du fret et des passagers, ils sont progressivement, à mesure que la tension monte avec les États-Unis, affectés à des tâches quelque peu différentes... Aji Petri, le cinquième de la série, est ainsi envoyé en Atlantique Nord. Là, il pratique des écoutes secrètes pour son pays. En URSS, les Sister Ships sont de vraies gloires, des héros que la population adule, à tel point que l’on fait même imprimer une série de timbres postaux pour leur rendre hommage.

Mais les temps changent. À la chute de l’Union Soviétique, Aji petri est vendu à une compagnie de navigation bulgare et est de nouveau affecté au transit entre Yalta et Istanbul. Et en 2007, sa ligne séduit la société Sultana Hotels qui décide de le faire entrer dans la légende. Pour l’ancien fleuron de la flotte soviétique, l’aventure va désormais se poursuivre... sur les eaux plus paisibles du détroit de Gibraltar.

Désormais, le yacht affiche un luxe extrême et raffiné. Une sorte “d’Orient Express” flottant en accord parfait avec son histoire.

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événement

Ouarzaz s’invite chez Delacroix Rencontre et décryptage... par Philippe Chaslot Le peintre Saïd Ouarzaz a fait l’actualité culturelle à Tanger où il a été, en mai, doublement exposé. À la galerie Delacroix, principalement, où une mise en scène adéquate montrait l’évolution de son travail au travers de tableaux superbes. Mais aussi à la galerie Conil, qui le soutient depuis plusieurs années et qui présentait, sous le titre « Fusion », quelques travaux réalisés à quatre mains, en osmose avec l’artiste tangérois Omar Mahfoudi. Que la peinture reprenne le pouvoir à Tanger en dit long sur l’évolution profonde de la ville. Pour fêter cela, Urbain est allé à l’essentiel : à la rencontre de l’artiste.

PHOTOGRAPHIES : INTHA

Saïd Ouarzaz a la peau cuivrée, les pommettes étonnement hautes, les yeux bridés, les dents rongées par le sucre du thé, la parole rare et le sourire jeune. Ouarzaz possède le charisme silencieux de l’homme qui a taillé sa route à mains nues. L’ancien maçon analphabète a su faire exploser en couleurs le carcan que lui imposait son milieu. En peuplant ses toiles de hiéroglyphes inspirés, en devenant cet artiste « habité » et flambloyant qui illumine en ce moment, à Tanger, les galeries Delacroix et Conil, Saïd Ouaraz réalise le rêve de tous : celui d’être à la hauteur de la révolte de l’enfant rêveur qu’il était. URbain : Pourquoi dessinez-vous ? Saïd Ouarzaz : Je dessine depuis l’âge de 8 ans. Et le départ, c’est que mon père n’a pas voulu que j’entre à l’école. Ça a été très dur pour moi. Mon oncle est intervenu, a demandé pour moi. Mais mon père a refusé. Ça m’a rendu très triste, j’ai trouvé ça injuste. C’était comme une grande blessure dans le cœur À ce moment-là, j’ai demandé à d’autres

personnes de m’apprendre l’alphabet arabe. On se moquait de moi, de mon ignorance. À nouveau, la tristesse. Je suis devenu très souvent seul. URbain : Comment êtes-vous passé de cette frustration à la peinture ? Saïd Ouarzaz : Je voulais réussir à apprendre, tout seul, l’alphabet arabe… mais je n’y arrivais pas ! J’ai alors commençé à dessiner des oiseaux, des moutons, des camions. Je n’arrivais pas à y croire mais je dessinais ! Je cachais petit à petit de l’argent pour acheter des pigments, j’avais alors dix ou onze ans. Les enfants achetaient des bonbons, moi des pigments de peinture ! Parfois, sans argent, je restais là longtemps devant l’étalage en regardant les couleurs : une voix me disait « Vole-les ! », une autre : « Ne vole pas ! ». Parfois j’ai volé, et même des œufs à ma mère, pour avoir ces pigments. Je dessinais sur ce que je trouvais : les feuilles qui entouraient les pains de sucre, les papiers des sacs de ciment… À l’époque (il désigne la feuille sur laquelle sont retranscrites ses paroles), une feuille comme ça, c’était le Paradis pour moi !

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exposition

Découverte I URbain : Et vous avez fini par inventer votre propre écriture… Saïd Ouarzaz : Oui, c’est ça. Les animaux, les personnages, les visages, les expressions mais aussi les formes et les couleurs sont devenus ma façon de m’exprimer ; comme mon alphabet personnel. En grandissant, je devenais quelqu’un d’un peu étrange, je parlais tout seul et je m’entourais de dessins qui étaient mon écriture. Ça changeait la façon dont les gens me regardaient. Dans ma chambre, j’ai fait de grands dessins au mur, partout, et j’ai même sculpté un grand serpent noir sur les parois. Ma famille ne comprenait pas mais ce que j’ai vu, c’est que tout le monde avait peur de rentrer dans ma chambre à cause du serpent. Ils me prenaient pour un fou. Je disais : « Je suis un artiste ». Ils ne m’ont pas cru.

URbain : Qui a commençé à y croire ? Saïd Ouarzaz : Un ami du village m’a dit : « Tu sais, tu peux vendre ça à la médina, il y a une exposition ». Je ne savais pas ce que ça voulait dire. C’est parti comme ça… URbain : Vos toiles ressemblent à des abstractions habitées par les esprits. Comment construisez-vous vos toiles ? Saïd Ouarzaz : Je commence mon tableau de façon abstraite. Ça dure longtemps. C’est le fond du tableau. Après je veux donner une vie au tableau. Et c’est là que je fais ce que j’appelle les « retouches ». À partir des couleurs et des taches, je dessine les animaux, les figures qui apparaissent comme ça dans l’abstraction. Pour moi, c’est là que commence la bataille avec le tableau, c’est comme une discussion,

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Visions. Saïd Ouarzaz, Peintures sur toile (136 x122 cm), 2012

Décryptage L’homme qui fait parler les animaux C’est l’histoire d’un petit garçon, perdu au fin fond du Maroc, au cœur d’un village du Haut-Atlas. Le paysage est sec, on croise des chèvres et des cailloux, des ânes et des oiseaux. Le vent siffle, les arbres se tordent, les cœurs sont durs, les vies arides. Le petit Saïd n’ira pas à l’école et c’est comme ça. Huit ans, et un destin d’analphabète, choisi et imposé par le père. Mais Saïd n’est pas une simple pierre dans le paysage, que l’on place où l’on veut. Il se rebiffe, il résiste, prend la voie difficile des autodidactes éclairés. Privé de l’accès à la calligraphie arabe, Saïd abolit la punition : il crée son propre alphabet. Une folie solitaire. Il n’a pas de mots à écrire ? Il communiquera avec des images. Il peindra la complexité du monde par des éclaboussures de couleurs formant de grands filets de pêche

abstraits. Et puis dans les mailles, c’est son âme, ses angoisses et ses joies qu’il va déposer avec tact, comme pour donner un sens au monde. Grâce à ses hiéroglyphes « à la marocaine », mi-hommes, mibêtes, Ouarzaz étale ses sentiments avec une écriture de chair. Les mots sont remplacés par des visages, des formes, des couleurs et des symboles. Grimaçant ou souriant, Ouarzaz habite littéralement ses toiles. C’est son esprit qui vogue et mène la danse. Comme dans la vraie vie où le tournis du monde brouille la vue et cache l’essentiel au premier coup d’œil, les tableaux de Ouarzaz paraissent brouillons et illisibles. Il faut s’habituer à l’explosion des couleurs, au fouillis apparent. Et puis, on rentre dans les détails, là où est Dieu, c’est bien connu pour, petit à petit, découvrir ces lambeaux d’humanité,

déposés ça et là par l’artiste, comme dans un grand jeu de piste. À qui est cet œil ? Pourquoi ce sourire jaune ? Où va cet oiseau bleu ? Le bestiaire renouvelé de Chagall semble se cacher dans les plis d’un tableau de Pollock. On évoque Jérome Bosch et ses personages déjantés, sortis des enfers. Mais il ne faut pas trop penser en référence, Saïd Ouarzaz n’en a pas, ce n’est pas le moindre de son mystère. Ce peintre est aussi étranger à l’histoire de l’art qu’aux règles de la conjugaison grammaticale. Dernièrement, une table ronde qui lui était consacrée a réuni des spécialistes : ils ont peiné à lui mettre une étiquette. Trop ceci pour de l’art naïf, trop cela pour le l’art brut. Saïd Ouarzaz reste singulier. Raffiné et sauvage.

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exposition

Découverte I

Saïd Ouarzaz, Peinture sur toile (100 x 100 cm), 2013

une bataille même contre le tableau. Parfois, c’est difficile. Ces animaux, ces personnages sont ma pensée, mon esprit. C’est ça qui met l’âme dans le tableau. Autrement, c’est mort. URbain : Vos références constantes aux êtres de la nature et aux forces qui les relient ont-elles un rapport avec des croyances animistes ? Saïd Ouarzaz : Non, il n’y a rien de religieux làdedans. C’est une histoire de langage, de signes, qui expriment mes sentiments à travers des présences humaines ou animales. Tout est alphabet, les formes, les couleurs. La façon de les représenter change le sens. L’oiseau, c’est la paix. L’oiseau noir qui passe dans le ciel, ça montre l’autre monde, celui qu’on ne voit pas mais qu’on peut imaginer. La chèvre blanche ? C’est tout simplement mon environnement. Sur cette toile par exemple : le singe, c’est quelque chose lié à la rapidité, le bison c’est le com-

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bat pour la vie ou mon propre combat avec le travail. La tête noire, c’est le cerveau de l’homme, la pensée. Chacun à sa place crée des tensions. La couleur verte, c’est le vert de la terre, c’est le Paradis du tableau. URbain : La grande tête centrale qu’on devine ? Saïd Ouarzaz : C’est la pensée de tout, l’organisateur du tableau, c’est moi. URbain : Votre langage pictural n’est-il pas aussi une forme de revanche, une façon de séduire le monde ? Saïd Ouarzaz : (il rit) C’est vrai, vous savez, si quelqu’un tombe amoureux de mon tableau, c’est comme s’il tombait amoureux de moi… I Propos recueillis par P. Chaslot Merci à l'artiste Mustapha Bentagourant, traducteur attentif


Performance d’artistes au Lycée Regnault Le Lycée Régnault fêtait ses cent ans en ce mois de mai 2013. L’occasion était belle d’imaginer une performance in situ réunissant Saïd Ouarzaz, présent à Tanger pour son exposition à Delacroix et l’enfant de la ville, Omar Mahfoudi, de retour de Casablanca où il vient d’inaugurer une nouvelle exposition. Les deux peintres qui se respectent réitéraient une expérience qu’ils avaient déjà tenté l’an dernier : celle de faire une toile ensemble. Mais cette fois-ci en direct et en public. Règle du jeu : chacun son carré de peinture, avec une intervention de l’autre sur sa propre toile. Bref, comment marcher sur les plates-bandes de l’autre sans le faire hurler. Un bel exercice d’équilibriste. Chapeau, les artistes !

Qui peut se vanter d’avoir déjà vu naître une oeuvre d’art sous ses propres yeux, d’avoir pu admirer le processus créatif en marche ? Les spectacteurs de Régnault qui, le 18 mai 2013, ont eu la chance d’assister à cette magie, une expérience qu’ils n’oublieront pas de sitôt...

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URbain décline toute responsabilité concernant la validité de ces offres commerciales ainsi que leur contenu. La communication des instituts présents dans ses pages n’engage en aucun cas la rédaction du magazine.

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Pratique I

Les Bons Plans d’une Tangéroise

En panne d’inspiration pour une sortie, un déjeuner, une balade ou une virée shopping ? Pour vous donner des idées, URbain vous présente chaque mois les bons plans d’un ou d’une Tangéroise. Aujourd’hui, c’est Karima El Idrissi, Tangéroise depuis trois ans, qui s’y colle et nous livre ses bonnes adresses. Merci à elle !

ngérois Mon loisir ta e er le dimanch

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Un en-cas

Mon salon de beauté

All Ladies pour leur manucure impeccable, leurs massages et tous les autres soins de beauté... Tout cela dans un cadre zen et agréable.

Le fameux Éric´s sur le Bolivar (boulevard Mohammed V) pour ses hamburgers au goût unique.

Mes restaurants

Le Marquis pour savourer en particulier l'espadon rigamonte dans un cadre de l’époque Renaissance, près du lycée Régnault. Le restaurant O tri K pour déguster le camembert rôti, le carpaccio de boeuf ou de très bonnes pâtes dans un cadre new yorkais avec music live en prime. La Fabrique (pour leur confit au four et leur purée) et bien sûr O Saveur, La Casa d’Italia et Anna e Paolo.

Une nouveauté

La boutique Las Chicas Concept Store à la porte de la Kasbah (rue Kacem Guennoun). On y trouve des articles originaux de mode, design, bijoux, accessoires, déco et aussi un salon de thé où on peut manger des desserts succulents.

Mes péchés mignons

Le succulent nougat de Souk d’Barra, le fondant au chocolat de la pâtisserie Palais Gourmand à Dradeb et les macarons de Boston (galerie Andalucia).

Chiner

Dans les boutiques d’antiquités et de brocante, en particulier l’antiquaire du Merchane en haut du boulevard Hassan II.

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M a S h op p in g l is t Pour les chaussures de marque, le magasin Pointure à la galerie de l’hôtel Andalucia, sur la route du golf. Pour trouver les fameuses sandales Birkenstock il faut aller à Souk Dkhel Petit Socco. Pour les enfants, je conseille pour les chaussures Jagger, av. Med Benabdellah et GEOX à Dradeb. Pour leurs vêtements, branchés ou classique, Kids Again (chez Naoufel), rue du Docteur Ben Yaiche, et aussi Next People à Dradeb. Pour les jouets, Joupi est le magasin préféré de mon fils, idéal pour trouver le cadeau que vous cherchez (rue d'Algesiras près de l’école Berchet). Une bonne adresse pour les meubles et objets de décoration design, le magasin In Door également dans la galerie Andalucia.


Pratique I recette

Le Tajine de Kefta aux Œufs de Kamal El Fassi

Ingrédients

pour 5 personnes G

1 kg de bœuf haché G 5 œufs G 5 grosses tomates mûres pelées et concassées G 2 gros oignons jaunes hachés G 2 grosses gousses d’ail hachées G Une petite boîte de concentré de tomate G ½ botte de persil haché G Coriandre hachée (facultatif) G Sel, poivre, cumin et paprika G Huile d’olive G Un tajine en terre de Salé

Préparation - Saler, poivrer et assaisonner la viande de cumin et paprika. Incorporer un peu de persil haché et bien mélanger. © D.R.

- Façonner des boulettes du diamètre d’une pièce de 10 Dh environ.

Mes conseils

- Faire chauffer le tajine sur le feu, puis verser un peu d’huile d’olive.

G Placez, si vous le pouvez, le tajine sur un feu de charbon. Si vous êtes obligé de cuisiner sur le gaz, intercalez un grille-pain entre la flamme et le plat sinon ce dernier se cassera.

- Faire dorer les boulettes de kefta sans les laisser cuire complètement, puis les retirer et réserver.

G

Préférez hacher vous-même la viande car le hachis ne se conserve que quelques heures avant de développer une batterie de bactéries toxiques. Il sera en outre bien meilleur. Une adresse : Restaurant Chez Hammadi, 2, rue de la Kasbah à Tanger

G

Kamal El Fassi

Retrouvez ce grand gourmand tangérois et bien d’autres sur la page Facebook “Les Adeptes du Cooking”.

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- À la place, faire revenir dans le tajine les oignons et l’ail. Lorsqu’ils sont tendres, assaisonner généreusement de cumin et de paprika. - Ajouter les tomates concassées, couvrir et laisser mijoter 5 min (il faut que la tomate s’écrase facilement). - Incorporer le concentré de tomate et rectifier l’assaisonnement. Ajouter les boulettes de kefta, parsemer de persil et laisser cuire sans couvrir 10 min. - En fin de cuisson, casser les œufs délicatement en différents endroits du tajine. Parsemer de coriandre hachée. Couvrir et laisser reposer 1 à 2 min hors du feu. - Servir aussitôt accompagné de bon pain frais tout chaud.


urb anosc ope

Utile I

L Horosc ope de

Lalla Chams

Bon anniversaire, les Gémeaux ! Sentiments : Finie la loose, les astres vont enfin se pencher sur votre cas pour votre anniversaire ! Profitez-en, beaux Gémeaux, pour vous ressourcer en amour et amitié. Vie sociale : Quand l’amour est là, tout va ! Vous avez une pêche d’enfer et votre bonne humeur déteint sur votre entourage. Au boulot, ça carbure, vous faites plaisir à voir...

Capricorne

Sentiments : Vos caprices de star n’y changeront rien, on vous aime ! Alors gardez vos lunettes de soleil, faites péter le champagne et éclatez-vous sous le soleil tangérois ! Vie sociale : C’est le mois pour réaliser un projet qui vous tient à cœur puisque tout vous réussit. Sans brûler les étapes !

Verseau

Sentiments : Les peaux de bananes s’accumulent, vous vous noyez dans un verre d’eau, vous ne captez plus rien... Faites place nette et prenez un nouveau départ. Vie sociale : Même topo niveau social et professionnel. Ayez un peu confiance en vous si vous voulez remonter la pente un jour...

Poissons

Sentiments : Vous vous emballez au moindre compliment, vous rougissez à chaque regard appuyé, vous frisez l’évanouissement à chaque frôlement... On se calme ! Vie sociale : D’humeur boudeuse, vous feriez bien de prendre un peu de recul ou de partir en vacances.

Bélier

Sentiments : Envie de danser, ce mois-ci ? Parfait, si ce n’est pas un tango endiablé qui risquerait d’envoyer valser votre partenaire vers d’autres horizons ! Vie sociale : Buté, autoritaire, vous vous éparpillez “façon puzzle”. ça va être dur de recoller les morceaux. Keep cool...

Taureau

Lion

Sentiments : Le roi des animaux, en grand séducteur qu’il est, va rugir de plaisir ! Si vous ne vous prenez pas la tête avec des futilités, votre pouvoir de séduction sera au top et vous serez irrésistible. Vie sociale : Au boulot, vous allez droit dans le mur. Investissez dans un casque ou réagissez en prenant du recul : oui, oui, vous êtes fort, beau, intelligent... mais vous n’êtes pas le seul.

Vierge

Sentiments : Hé bien, la Vierge, c’est pas la grande forme ! Vous êtes indécis, hésitant, limite parano. Prenez-vous par la main avant de perdre la tête ! Vie sociale : C’est un peu le néant côté vie sociale puisque vous restez cloitré chez vous. Remuez-vous ou vous allez vous momifier.

Balance

Sentiments : Voilà maintenant que vous regretteriez presque votre choix du mois dernier ! Assumez vos décisions et laissez parler les mauvaises langues. Vie sociale : En parlant de balance, vous n’auriez pas pris un peu trop de poids, ces derniers temps ? L’hiver est fini (on a peine à le croire, c’est vrai), terminé le stockage. Il est temps de vous refaire un corps de rêve avant l’été.

Scorpion

Sentiments : La communication est la clé de l’harmonie du couple, quand allez-vous le comprendre ? Soyez plus ouvert ou allez pointer au club des Célibataires. Vie sociale : Pas simple de bosser avec vous, pour les raisons citées précédemment : votre mutisme agace.

Sentiments : Vous fuyez les embrouilles, les courtes ou longues relations, bref, vous voulez être seul. N’oubliez pas les amis qui s’inquiètent pour vous : un petit coup de fil fait toujours plaisir. Vie sociale : Les astres ne sont pas très clairs ce mois-ci à votre sujet... Seriez-vous trop effacé, fatigué pour que l’on vous remarque ? Une petite cure de vitamines, peut-être ?

Sentiments : Le Cancer suit ses potes Gémeaux pour faire le bien autour de lui ce mois-ci. Les amoureux seront comblés et les célibataires feront de belles rencontres. La vie en rose, quoi. Vie sociale : Votre esprit est loin, très loin du travail ! Mais attention : les dossiers s’accumulent et le retour à la réalité risque de faire bien mal.

Sentiments : Qu’est-ce qu’il a, le Sagittaire, à s’agiter comme ça ? Vous avez la bougeotte en ce moment et que vous êtes sur tous les fronts : balades, restos en amoureux, virées entre amis... ça déménage ! Vie sociale : Même énergie au travail : vous jonglez avec les dossiers avec une habilité déconcertante. Et vos collègues envient votre dynamisme. Quelle classe !

Cancer

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Sagittaire


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Carn e t d ’ Adr e ss es Retrouvez ici les coordonnées des lieux cités dans les pages de ce numéro.

Culture Institut Français de Tanger

Librairie les insolites

41 rue Hassan Ibn Wazzane - Tanger T : 05 39 94 10 54 - 05 39 94 25 89 - F : 05 39 94 09 37

11, rue Khalid Ibn Oualid - Tanger - T : 05 34 59 29 83

Galerie d’Art Contemporain Mohammed Drissi Salle Beckett

52, rue d’Angleterre - Tanger -T : 05 39 93 60 73

Rue Okba Ibn Nafie - Tanger - T : 05 39 94 25 89

Artingis Galerie Delacroix

11, rue Khalid Ibn Oualid - Tanger - T : 05 39 33 04 25

86 rue de la Liberté - Tanger - T : 05 39 93 21 34

Librairie La Virgule Galerie Lusko

11, rue Khalid Ibn Oualid - Tanger - T : 05 34 59 29 83

4, rue de Téhéran - Quartier Wilaya - Tanger T : 06 61 34 43 96 - 05 39 94 62 59 - 05 39 32 41 19

Galerie Ibn Khaldoun Rue de la Liberté - Tanger - T : 05 39 93 58 85

Galerie PhotoLoft (sur RDV) 115, av. Med Ben Abdellah - 8e ét. - Tanger - T : 06 41 45 66 40

Galerie Dar d’Art 6, rue Khalil Matran - Tanger - T : 05 39 37 57 07

Galerie Conil 7, rue du Palmier - Petit Socco - Tanger - T : 06 55 64 10 14

El Morocco Club Place du Tabor - Kasbah - Tanger - T : 05 34 94 81 39

Cinémathèque de Tanger - Cinéma Rif Grand Socco - Tanger - T : 05 39 93 46 83

La Fabrique 7, rue d’Angleterre - Tanger - T : 05 39 37 40 57

Institut Cervantès de Tanger 99, Av. Sidi Mohamed Ben Abdellah - Tanger T : 05 39 93 20 01 - 05 39 93 23 99

Theâtre de plein air de la Mandoubia ¨Place du 9 avril - Grand Socco - Tanger

Numéros utiles Renseignements : 160 Police : 190 Gendarmerie Royale : 177 Pompiers - Ambulances : 150 Maroc Assistance : 05 22 30 30 30 Mondial Assistance : 05 22 31 31 50

Port Maritime : 05 39 93 11 29 ONCF : 08 90 20 30 40 Aéroport de Tanger : 05 39 39 36 49 Pharmacies de garde : www.menara.ma (infos pratiques) Urgences vétérinaires : Clinique vétérinaire du Golf 06 61 79 02 19

Clinique Assalam Av. de la Paix - 05 39 32 25 58 Clinique du Détroit Gzenaya Zone de Service Lot 84 A5 - 05 39 39 44 48 Clinique Bennis Route de Tétouan - 05 39 34 07 47

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Utile I

Points de distribution URBAIN

Vous souhaitez mettre URbain à la disposition de votre clientèle ? Contactez-nous : contact@urbainmagazine.com. Tous les numéros d’URbain sont également consultables à tout moment en ligne sur www.issuu.com.

Centres culturels / Galeries La Cinémathèque Le Rif English Center Galerie Artingis Galerie Dar D’Art Galerie Lusko Galerie Conil Galerie Photo Loft Institut Français de Tanger Medina Art Gallery

Hôtels / Maisons d’hôtes

Hotel Andalucia Hôtel César Hôtel Continental Hôtel El Minzah Hôtel Mövenpick Hôtel Solazur Maison d’hôtes Dar Chams Maison d’hôtes Dar El Kasbah Maison d’hôtes Dar Jameel Maison d’hôtes Dar Sultan Maison d’Hôtes La Maison de Tanger Maison d’Hôtes Le Balcon de Tanger Maison d’Hôtes Le Dar Nour Maison d’Hôtes Le Nord Pinus

Librairies

Librairie des Colonnes Librairie les insolites Librairie La Virgule Page et Plume

Restaurants / Salons de thé Boston Café Cafe Le Savouret Café le Savoy Casino Movenpick Le Lounge & Restaurant du Golf Restaurant Anna & Paolo Restaurant Art & Gourmet Restaurant El Morocco Club Restaurant El Tangerino Restaurant L’Adresse Restaurant L’Océan

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Restaurant La Bodega Restaurant La Casa d’Italia Restaurant La Fabrique Restaurant La Pagode Restaurant Rigoletto Restaurant La Table du Détroit Restaurant La Terrasse Restaurant Le Relais de Paris Restaurant Le Salon Bleu Restaurant Otori Sushi Restaurant Pasta Cosi Restaurant Tom Yam Salon de thé Kandinsky Salon de thé La Fuga Glacier-salon de thé La Gelateria

Divers

Aéroport de Tanger Cabinet Bernossi Com Channel Crèche Le Manege Centre Régional de l’Investissement Chambre de Commerce Française Chambre de Commerce de Tanger Consulat Général de France Consulat d’Italie Délégation du Tourisme Groupe Scolaire Le Detroit Médi1 TV TFZ Centre d’Affaires

Beauté / Sport

All Ladies Biguine Spa Catherine Coiffure Club Moving Elyseum Figurella Medispa Nail Lounge Nutricorp Royal club équestre du Détroit Secrets de Beauté Serenity Day Spa Surfiti

Commerces/Autres

Abyss Accès Immo Agence Architexture Ali Souvenirs Ambiance Living Animalerie Animaloo Birkenstock Boutique Majid Boutique Solutions Cabinet d’assurances Raïda Cabinet d’avocats El Khatib Calypso Voyages Cap Property Casa Pepe Chausseur Chez Pointure CityLife Dar Blue Immobilier Designer's Galerie Volubilis Geox Ideapolis Agency Jagger Joupi La Fine Bouche La Tribu des Ziri Las Chicas Loft Club - Complexe La Rose Bleu Opticien Alain Afflelou Passementerie Bouzid Pâtisserie Framboise Pâtisserie L’Italienne Pressing 5 À Sec Promodel Safa Car SMEIA Villa Art Immo ... URbain est également disponible dans la salle d’attente de nombreux professionnels de la santé.


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11 h à 13h30 et 16 h à 19h30 06 55 64 10 14 / 06 51 23 98 28 www.facebook.com/galerieconil

GALERIE ARTINGIS 11 rue Khalid Ibn Oualid ex. rue Velasquez - Tanger 10 h à 13 h et 16 h à 20 h 05 39 33 04 25 / 06 66 37 40 61 www.artingis.com

URBAIN Tanger - n°6 - JUIN 2013  

Le magazine entièrement dédié à Tanger et aux Tangérois.

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