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Le Soir Vendredi 25 novembre 2011

Je vous mets au défi de trouver un film insolent depuis vingt ans. On nous avait annoncé ’La conquête’ comme un brûlot. Il est impossible de ne pas trouver Sarkozy sympathique » LE RÉALISATEUR YVES BOISSET, DANS « LE FIGARO » DE JEUDI.

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Violence anti-femmes : mobilisation générale ! CE 25 NOVEMBRE est la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. L’occasion de relancer la mobilisation internationale, mais aussi en Belgique.

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ENTRETIEN

akshmi Puri est directrice exécutive adjointe d’ONU femmes, l’entité des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, qui a lancé une campagne contre la violence faite aux femmes. Entre 6 et 7 femmes sur 10 victimes de violence au cours de leur vie : des chiffres effrayants… Cette violence prend de nombreuses formes : physique, psychologique, économique. Il y a des actes de torture, les violences domestiques, les viols, notamment en temps de guerre, le harcèlement sexuel au travail, mais aussi des pratiques spécifiques : petites filles données en mariage, sélection du sexe des enfants à naître aux dépens des filles, mutilations génitales… Face à ce catalogue, quel est votre plan d’action ? Il faut d’abord travailler sur la pri-

L’INDIENNE Lakshmi Puri est directrice adjointe d’ONU Femmes, qui se bat pour l’égalité des sexes. ©D.R.

se de conscience. Confronter la société, hommes comme femmes, garçons comme filles aux causes qui sont à la base de ces violences puis aux symptômes. Il faut que la tolérance zéro devienne la règle générale. Il y a un travail à faire spécifiquement chez les femmes : il faut souvent changer d’abord leur mentalité, améliorer l’image qu’elles ont d’elles-mêmes, leur faire comprendre qu’elles ne sont pas des victimes-nées, mais bien les actrices de leur vie. Il faut en effet sortir du ghetto de la victimisation. L’homme doit aussi être un leader dans la lutte contre cette violence. Le président du Parlement européen Jerzy Buzek vient d’accepter de rejoindre les rangs de nos ambassadeurs masculins dans cette lutte. Nous soutenons de nombreuses initiatives poussant à la prise de conscience. En Inde par exemple, il y a le projet « Sonnez à la porte ». Dans ce pays existe une législation réprimant les violences faites aux femmes. Mais, même si quelqu’un est au courant des violences qui ont cours chez les voisins, il ne s’en mêle pas. Au contraire, il doit sonner à la porte, en parler, alerter la police ! Les femmes ont aussi besoin de protection… Des millions de femmes victimes de violence souffrent en silence, honteuses de ce qui leur est arrivé, pensant qu’elles le méritaient. Elles s’enfoncent dans une spirale négative. Il faut que, partout, elles aient accès un numéro d’urgence où on

EN BELGIQUE 50.094 dossiers de violences conjugales ouverts en 2010

les écoute, mais aussi des centres d’accueil où elles peuvent recevoir des soins médicaux et psychologiques, des conseils légaux et où elles peuvent être hébergées. Elles ont aussi besoin de lois pour les protéger : 125 pays se sont déjà dotés de l’arsenal législatif nécessaire. Les problèmes n’y sont pas réglés pour autant : il faut que les femmes reçoivent un accueil correct quand elles vont à la police, et adapter le système judiciaire pour que les femmes puissent être entendues. Une proportion plus importante de magistrates et d’avocates devrait permettre de progresser.

Selon le ministère de la Justice, 50.094 nouveaux dossiers concernant les violences conjugales ont été ouverts dans les 27 parquets correctionnels de Belgique. En 2007, on en dénombrait 44.835. Cela représente une hausse de 11,7 % en quatre ans. Et pourtant, selon une enquête réalisée en 2010 par l’IEFH auprès de 2000 personnes concernant leur « expérience en matière de violence psychologique, physique et sexuelle », seulement 3,3 % des victimes vont porter plainte directement à la police. Cette même étude démontre qu’une femme sur sept (15 %) déclare avoir été victime de violences conjugales durant les 12 derniers mois (2009). Il s’agit d’abord de violence verbale et/ou psychologique (12 %). Et dans une moindre mesure de violence physique (2 %) et sexuelle (1 %). Tout aussi interpellant : l’étude de l’IEFH démontre que les femmes victimes de violences éprouvent encore beaucoup de difficultés pour en parler. Plus d’une sur trois (34 %) n’en a parlé à personne. Près de quatre femmes sur dix (41 %) se sont par contre confiées à leur famille ou à des amis ; 15 % à un médecin ou un professionnel, et 5 % un avocat ou à la police. H.DO.

Le fait qu’il y ait plus de femmes chefs d’Etat a-t-il un effet sur cette violence ? Pas automatiquement. Certaines femmes veulent montrer qu’elles s’occupent de tous, et pas que des femmes. Pour que la violence recule, il faut une mobilisation générale. Nous avons des programmes qui visent à renforcer les capacités de conseillères villageoises en Asie. Si elles se sentent plus fortes comme leader, elles peuvent faire changer les mentalités et les pratiques. C’est très complexe dans les pays où est appliquée la charia ou le droit coutumier : il faut un dialogue pour expliquer que la tradition n’est pas une excuse pour bafouer les droits des femmes, leur faire du mal. ■ Propos recueillis par VÉRONIQUE KIESEL

VIE FÉMININE 12.571 signatures contre la violence masculine

La tribune de Mme Bachelet, directrice d’ONU Femmes : swar.be/onufbachelet

« C’estuneaffaired’Etat » U

ENTRETIEN

n an après l’adoption du plan national de lutte contre la violence entre partenaires (2010-2014), la ministre de l’Egalité des chances Joëlle Milquet (CDH) est formelle : « Un pas important a été franchi, mais il faut aller plus loin. Les moyens sont trop souvent dispersés entre les différents niveaux de pouvoir. Ça reste un grand puzzle, sans fil rouge véritable. On manque d’objectifs chiffrés, d’outils d’évaluation. Il est temps de faire de ce dossier une véritable affaire d’Etat ! »

© NICOLAS MAETERLINCK/BELGA.

Vous tirez tout à coup la sonnette d’alarme, pourquoi ? Parce que tous les signaux sont au rouge ! Plus de 50.000 dossiers ouverts en 2010, c’est énorme. Sans compter les chiffres noirs. Voyez la rubrique des faits divers : tous les jours en Belgique, des femmes sont l’objet de violences et d’agressions diverses. En amont, il y a le sexisme

plus ou moins larvé, les pressions, le mépris, les injures, la déconsidération, etc. C’est intolérable. Il y a quelques années, on sentait une grande attention sur ce sujet. Et puis il y a eu progressivement un certain relâchement dans la prévention et dans la répression. Cela ne fait plus forcément partie des priorités du Collège des procureurs généraux qui sont confrontés, c’est indéniable, à d’autres types de violence. Mais il faut relancer en urgence une stratégie nationale renforcée et collectivement prioritaire.

24/11/11 21:43 - LE_SOIR

Dans le contexte actuel, votre discours est-il audible ? Je l’espère. Le procès en cours à Mons démontre qu’il y a encore du travail à faire pour lutter contre les mariages forcés, un phénomène en-

Lançons un véritable accord de coopération intergouvernemental avec un tableau de bord chiffré et des objectifs

C’est aussi l’avis du terrain. Qui reproche, précisément aux politiques, trop d’effets d’annonce et pas assez de moyens alloués. C’est une matière transversale, impliquant divers acteurs (justice, police, santé…), avec des disparités entre le Nord et le Sud, c’est vrai. On doit impliquer davantage les entités fédérées. C’est pourquoi je défends l’idée d’un véritable accord de coopération intergouvernemental, avec un tableau de bord chiffré, des objectifs, des évaluations, etc. Comme c’est le cas, par exemple, pour le plan Marshall. Je suis également pour la création d’un poste de déléguée à la lutte

www.lesoir.be

contre la violence faite aux femmes, comme il en existe pour les droits de l’enfant. Un organe réellement indépendant, qui fasse rapport chaque année au Parlement. Il faudrait aussi élargir le plan actuel à la violence sur les lieux publics, car ça dépasse largement la sphère privée.

core mal connu en Belgique. On doit travailler sur une connaissance objective du phénomène, renforcer la détection et la prévention. Les communes sont en premières lignes, il faut les aider (cellule spécifique, enquête sociale, numéro vert…). Je pense qu’on devrait aussi travailler sur le volet pénal : sanctionner de manière spécifique les parents qui forcent un enfant à se marier contre sa volonté. Mais on ne pourra réaliser tout ça que si on estime qu’il s’agit là d’une priorité, d’une réelle affaire d’Etat. Que chaque femme victime de violence quelle qu’elle soit, relève de notre responsabilité collective. ■ Propos recueillis par HUGUES DORZÉE

UNE LAURÉATE BELGE Amandine Verplaetse, lever les tabous

Amandine Verplaetse, jeune graphiste belge, est, parmi 2.700 projets, l’une des 30 finalistes d’un concours d’affiches lancé par l’ONU. Le 8 mars dernier, Journée de la femme, l’ONU Femme lançait un appel à la création d’affiches pour illustrer la campagne « No violence against women ». « Je travaille comme directrice artistique d’une agence de pub à Luxembourg, explique la jeune Belge. Un de mes collègues avait vu sur internet cet appel, et nous avons participé tous les deux. J’ai trouvé cette idée en partant de l’expression : “il va lui faire sa fête”. Je voulais montrer que la violence n’est pas toujours visible. Le confetti bleuté me permettait d’évoquer le petit détail qui montre que non, tout ne va pas bien. Il faut lever les tabous, ouvrir les yeux. Je connais des personnes victimes de violence, c’est pour moi un thème essentiel. Et c’est très valorisant de travailler sur un sujet comme celui-là : plus que de ”vendre” des produits de consommation… » Ayant trouvé son idée, Amandine a convaincu un photographe, Thierry Siebrand du studio bruxellois Opération Panda, de réaliser la photo, avec l’aide d’une mannequin, Florence Santirso Menendez. Tous ont travaillé bénévolement. V. K.

Ce jeudi, une centaine de femmes ont posé leurs valises, place de la Liberté, à Bruxelles. Avant de rejoindre le Parlement fédéral et de remettre aux élus des quatre partis (PS, Ecolo, MR, CDH), ainsi qu’à la ministre Milquet, une pétition signée par 12.571 citoyens et initiée par le mouvement Vie Féminine. Leurs revendications ? Un : une politique de prévention qui s’attaque vraiment « aux racines des violences à l’égard des femmes » et aux causes des inégalités entre les sexes. « La prévention est insuffisante, insiste Soizic Dubot, la coordinatrice. A l’école, de la maternelle au supérieur, il faut des modules, des campagnes, une approche systématique ». Deux : le mouvement souhaite que les institutions (police, justice, santé, milieu médical, CPAS, médias…) changent leur regard sur les victimes. « Elles ne sont pas toujours prises au sérieux. Leurs plaintes ne sont pas toute prises en considération. Et puis l’assistance pure et simple ne suffit pas. C’est un phénomène complexe avec des petites résistances au quotidien, des sentiments parfois contradictoires, la question de la dépendance économique, etc ». Troisième revendication : l’application « rigoureuse et obligatoire » de la circulaire « violences conjugales » émise en 2006 par le Collège des procureurs généraux. « Ce cadre réglementaire est très riche, mais il est appliqué de façon inégale et parfois pas du tout. Les formations sont insuffisantes. Il y a des arrondissements sans magistrat ni policier de référence. Il manque de places dans les centres d’accueil et les logements de transit. Cette circulaire doit être appliquée », conclut Soizic Dubot. H.DO. 1NL

du 25/11/11 - p. 15



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