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LA

Merci Monsieur Emeri ! Édito de Fred Reno, Professeur, directeur du CAGI

LETTRE

DU

CAGI

N°18

MRS-AVRIL

2013

Ce numéro est dans une large mesure consacré au professeur Claude Emeri . Jeudi 31 janvier 2013, le CAGI lui a rendu un modeste hommage en réunissant de jeunes étudiants qui ne l’ont pas connu et qui ont accepté de présenter ses travaux. Des collègues enseignants et administratifs qui l’ont connu et dont certains ont été ses étudiants ont livré des témoignages sur son parcours universitaire et sa vie aux Antilles. Nous avons écouté avec intérêt le témoignage d’un chef de service à la retraite, en poste dans les années 60 au moment où Claude Emeri commençait sa carrière à l’institut Vizioz. Il enseigna de 1966 à 1970 à Fort de France et à Pointe-àPitre. Il était en Guadeloupe en Mai 67. Il a été par conséquent un observateur avisé de l’évolution de nos collectivités et en particulier de la Guadeloupe pour laquelle il semblait avoir une affection particulière. Avons-nous eu cependant conscience de tout ce que Claude Emeri nous apportait et pouvait nous apporter ? Avons-nous eu à son égard l’attitude qui convenait ? Loin de nous d’en faire une icône, son exemple devrait nous interpeller sur la convivialité, les rapports humains à l’université et singulièrement dans notre faculté. En réalité, nous sommes une communauté d’enseignant- chercheurs éclatée sans échanges véritables, repliés sur nos espaces privés et disciplinaires. Juristes, économistes et politistes se croisent dans les couloirs, sans plus ! A l’initiative du conseil scientifique de la faculté et du doyen, nous tentons difficilement de créer un espace interdis-

ciplinaire à travers le Cercle des Idées. Notre dernière manifestation a été consacrée au rapport entre « crise, violence et politique dans la Caraïbe », thème éminemment transversal. Nous avions deux intervenants de qualité, l’économiste trinidadien Patrick Watson et Delia Blanco ambassadrice à la francophonie de République dominicaine et anthropologue de formation. Combien d’enseignants-chercheurs y ont participé ? Comme ailleurs, il semble bien que l’individualisme soit dominant dans notre « communauté » qui n’existe que lorsque ses intérêts sont remis en cause. Sur ce plan Claude Emeri pourrait nous inspirer, lui qui a toujours été disponible pour toutes les réunions, les séminaires, les communications dans les ouvrages collectifs et même les articles dans la lettre du CAGI Le dernier courrier qu’il nous a envoyé résume bien sa personnalité. Après avoir lu le dernier numéro de notre lettre et accepté de rédiger un texte sur la Responsabilité pour la prochaine livraison, commentant avec humour le contenu de ce qu’il lisait il nous répondit le 5 mars 2012 dans les termes suivants : Cher ami Fred, A première vue, ça remplace avantageusement la RFSP ! Parce que plus proche du vrai terrain et des bons souvenirs. Merci mille fois. D’accord pour contribuer, précisez moi la date de livraison. Fidèles amitiés à vous et toute l’équipe que je n’oublie pas. MRI

SOMMAIRE Page 1 - PREMIÈRES LETTRES - Édito - Sommaire

Page 2 - L’ESPACE

- In Memoriam : Claude Emeri

Page 3 - HUMEURS ET ACTU - Conférence pour les maitres - Drôleries

Page 4 - ACTUS

- Du titre de séjour à la naturalisation - Agenda - La guerre d’Afrique aura-t’elle lieu ? - Financement des partis politiques - Claude Emeri et la gastronomie électorale

Page 6 PAGE CARAÏBE

- Revue de presse - La fin des dictateurs - Claude Emeri : la question statutaire outre-mer et la constitution Française

Page 8 - LE MOIS DU CAGI

- Le livre : Alain Mabanckou - Étudiante du mois : Amandine Saboutin Directeur de publication Corinne MENCE-CASTER Rédacteur en chef Fred RÉNO Équipe de rédaction Marie-Denise BAILLARD Vivien CHARNEAU - Jean-Michel CUSSET - Salammbô GUIBERT-SOUTARDE - Eric NABAJOTH - Alexandra PETIT - Fred RENO - Adrien SORIN - Kelly XAVIER Mise en page Adrien SORIN Contact Rond Point Miquel - 0 590 83 48 47 http://cagiuag.wordpress.com/


In Memoriam : CLAUDE EMERI Eric Nabajoth, MCF-HDR en Science Politique, UAG Né le 6 septembre 1933 au Bouscat, Claude Emeri effectue ses études secondaires à Bordeaux et à Saïgon. Il Poursuivra ses études supérieures à Bordeaux, à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques et à l’Institut d’Etudes Politiques, crée en 1948 et dirigé jusqu’en 1957 par Maurice Duverger. Il sortira diplômé de la septième promotion en 1955. L’année suivante, en 1956, il est licencié en droit et débute sa collaboration avec Maurice Duverger, dont il restera l’assistant jusqu’en 1960. De 1956 à 1966, il accomplit un parcours universitaire couronné de succès, accumulant les diplômes jusqu’à l’obtention de l’agrégation de droit public. Qu’on en juge : 1958, un Diplôme d’Etudes Supérieures (D.E.S.) de Droit public, un Diplôme d’Etudes Supérieures de Science politique et un Diplôme supérieur d’études et de recherches politiques ; 1961, un Diplôme d’Etudes Supérieures en Economie politique ; 1964, un doctorat en Droit public et en Science politique ; 1966, une agrégation en Droit public. C’est donc un parcours qui s’accomplit avant l’arrêté du 9 juillet 1971créant l’agrégation de Science politique et avant que la réforme Fontanet et le décret n° 73-226 du 27 février 1973 ne vienne procéder à la réorganisation des études supérieures en créant, entre autres, les Diplômes d’études universitaires générales (DEUG). C’est dans ce cadre que l’on note l’apparition du DEUG de Sciences économiques. C’est dire que Claude Emeri est le produit du double cursus Droit public et Science politique qu’il n’aura de cesse de rappeler et qui va caractériser l’ensemble de ses travaux. Une fois son agrégation obtenue, Claude Emeri est nommé Professeur à l’Université de Bordeaux, laquelle l’envoie en tant que Directeur adjoint à l’Institut Henri Vizioz en Martinique. Il enseignera ainsi de 1966 à 1970 tant en Martinique qu’en Guadeloupe. Ainsi, il est en poste à une période charnière aux Antilles. En 1967, les « événements de mai » marquent durablement la Guadeloupe au moment où une nouvelle génération d’étudiants émergent, qui décident d’œuvrer au développement de l’enseignement supérieur sur place.

Durant toute la durée du mandat d’Albert Mabileau, il est Directeur des Etudes de l’IEP, avant d’en prendre la direction en 1977. Il restera en fonction jusqu’en 1984, année où il sera remplacé par Pierre Sadran 1. Ses pairs le désigneront Directeur honoraire de l’IEP. En 1985, il rejoint l’Université Paris I – Panthéon Sorbonne où il dirige le Centre d’analyse comparative des systèmes politiques, créé par Maurice Duverger, ainsi que l’Ecole doctorale de Science politique de la Sorbonne, fonctions qu’il occupe jusqu’en 1995. Au cours de l’année 1992-1993 il est le président du jury du concours d’agrégation de Science politique. Plusieurs d’entre eux connaîtront la prison à la suite de ces événements. En 1968, les «événements de mai» en France vont provoquer l’adoption d’une nouvelle loi sur l’enseignement supérieur. C’est dans ce cadre que les étudiants guadeloupéens se mobilisent pour obtenir la création d’une Unité d’Enseignement et de Recherche (UER) de Sciences juridiques et économiques en Guadeloupe. Claude Emeri est au cœur de cette actualité et les étudiants de cette époque ont en mémoire tant ses enseignements que les discussions passionnées et passionnantes sur les sujets qui font alors l’actualité. Il participe donc de ce processus de réorganisation qui voit d’abord la disparition de l’Institut Henri Vizioz et la création de deux Unités d’enseignement et de recherche de Droit en de Science économique, l’une en Guadeloupe, l’autre en Martinique ; ensuite la mise en place du Centre universitaire Antilles-Guyane (CUAG), préfiguration de l’Université des Antilles et de la Guyane (UAG) qui prendra naissance en 1982. Pendant toute cette période, il fera preuve d’une grande disponibilité, d’une capacité au dialogue, tout en n’abandonnant jamais ce sens de l’humour corrosif qui caractérisait le personnage. En 1970, à l’issue de son séjour, il retourne à Bordeaux et rejoint l’Institut d’Etudes Politiques, dirigé par Albert Mabileau, lequel avait pris la suite de Marcel Merle, Directeur de 1958 à 1967.

En 1996, soucieux de revenir là où il avait fait ses premières armes en tant que professeur,, il se bat littéralement pour obtenir sa mutation à la Faculté des Sciences juridiques et économiques de la Guadeloupe, suscitant l’étonnement de bien de ses collègues, ne comprenant pas que l’on puisse abandonner Paris pour la Guadeloupe, ainsi que le questionnement des nouveaux « spécialistes » qui ne comprenaient pas toujours comment un « politiste » entendait venir sur un poste de « droit public », oubliant bien vite le double profil de l’intéressé. Qu’importe ! Il retrouve la Guadeloupe et certains de ses étudiants de l’époque désormais ses collègues et y reste jusqu’à son départ en retraite en 2002. Avant son départ pour Plassac, nous serons un petit nombre à lui témoigner en toute simplicité notre amitié et notre reconnaissance pour le travail accompli, hors de toute manifestation institutionnelle par ailleurs inexistante. Professeur émérite, Claude Emeri conserve une activité intellectuelle intense. Non seulement il est juge de proximité au tribunal d’instance de Blaye depuis 2004, mais en plus il tient un blog à destination des abonnés du journal Le Monde, tout en continuant à publier, à distiller ses conseils à ses amis de l’IEP Bordeaux, à participer à des jury de thèse et à multiplier les conférences en France et à l’étranger. Ainsi, en 2007, il était partie prenante du Colloque de Toulouse organisé par Henri Roussillon : [suite et fin page 3]


[suite et fin de la page 2] « Demain la Vie République ? », pour partager avec d’autres autour de la nécessité de moderniser les règles du jeu politique en France 2. On peut noter également la sortie, en 2004,de l’ouvrage Le Marché électoral 3. En septembre 2009, il donne une conférence à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) au titre évocateur : « Une hyper présidence à la française : Sarkozy = Obama + Poutine ? ». En novembre 2011, il est à l’université Paris Ouest, Nanterre La Défense, dans le jury de la thèse de science politique soutenue par Thomas Marty : « Mobilisations politiques et expertise électorale : la question de la représentation proportionnelle. Histoire sociale de la réforme électorale sous la IIIe République » 4. Spécialiste de droit constitutionnel et du comparatisme institutionnel, Claude Emeri a beaucoup écrit sur les élections et les libertés publiques, privilégiant très souvent des ouvrages collectifs avec Jean-Marie Cotteret, Christian Bidegarray et Henri Roussillon. Ses anciens étudiants et ses collègues les plus proches gardent l’image d’un enseignant flamboyant, avec un humour corrosif, qui avait très tôt pris quelques distances avec le microcosme universitaire tout en gardant d’étroites relations avec certains d’entre eux, n’hésitant pas, chaque fois que cela était nécessaire à prodiguer des conseils et des avis. Au moment où il est de bon ton de rendre hommage aux « Pères fondateurs » au sein de la Faculté de sciences juridiques et économiques de la Guadeloupe, Claude Emeri, en toute discrétion, a été l’un des artisans essentiels de cette fondation et il restera présent pour tous ceux qui partagent avec lui cette histoire et cette aventure humaine et intellectuelle. Encore une fois, Merci pour tout. 1 Pierre Sadran y restera de 1984 à 1998. Robert Lafore lui succède de 1998 à 2007, année où il est remplacé par Vincent Hoffman-­‐ Martinot, toujours en fonction à l’heure actuelle. 2 H. Roussillon, S. Mouton (dir.), Demain la VIE République ? Presses de l’Université des Sciences Sociales de Toulouse, 2007. On notera, à cette occasion, son article : « Vincent Auriol candidat ? La Vie République ne sera pas la IVe ». 3 Jean-­‐Marie Cotteret, Claude Emeri, Le Marché électoral, Michalon, 2004. 4 Thèse dont le directeur est Bernard Lacroix et qui est soutenue dans le cadre du Groupe d’Analyse Politique (EA 1591).

Drôleries : Les lois fondamentales de la stupidité humaine Conférences pour les maîtres Marie-Denise Baillard, doctorante en science politique Le vendredi 13 mars 2013 s’est tenue au CAGI une réunion dans l’optique de faire le point sur la qualification aux fonctions de Maître de conférences. Les docteurs et les doctorants présents suite à l’invitation du professeur Fred Reno, ont pu ainsi s’informer sur les principaux requis pour postuler à la qualification de MCF et profiter de l’expérience de monsieur Reno en sa qualité de membre du CNU. Outre les principales informations telles que les conditions de qualification, les délais à respecter et l’explication de certaines formalités particulières, les chercheurs ont eu un aperçu de la manière dont les dossiers étaient traités et évalués et ont bénéficié de conseils pour mieux anticiper une éventuelle candidature. Dans le cadre de la sélection c’est en effet tout le parcours du postulant qui est pris en compte, de son travail de thèse à son activité au sein de son laboratoire, en passant par le reste de sa production scientifique tels que les articles et publications diverses. Cette réunion a aussi été l’occasion de se renseigner sur les sujets des uns et des autres et d’échanger des impressions. Pour plus de renseignements : http://www.cpcnu.fr/web/section-04/presentation

Adrien Sorin, affilié au CAGI La tentation a été grande, lorsque parcourant le catalogue de ma librairie favorite, mes yeux ont croisé ce titre : “Les lois fondamentales de la stupidité humaine”, de Carlo M. Cipolla. Plus grande encore, la surprise de constater que cet ouvrage est paru aux prestigieuses Presses Universitaires de France. Qu’était-ce donc ? Une blague ? Un essai ? Les questions fusent, et la notice n’est pas très complète. Bon, scrutons quand même les quelques indices supplémentaires : 70 pages, “Bon au moins, c’est vite lu !”. Déjà, ça rassure un peu… Le deuxième indice a nécessité “l’oracle des temps mordernes”, pour reprendre l’expression de Philippe Gabilliet, Google. Si je ne peux pas savoir ce qu’il y a dans ce livre d’après la notice, peut-être que savoir qui est l’auteur m’aidera : bla bla “historien de l’économie”, bla bla “professeur à Berkeley”, bla bla “professeur à l’ENS de Pise”, bla bla… Bon, à priori ce n’est pas une dissertation de nihiliste, mais tout au plus une erreur de parcours d’un homme reconnu. Je suis curieux, et surement déterminé à connaitre mon degré de stupidité, j’achète. Entre les deux épais volumes de fondamentaux sur les règles du graphisme (oui, il faut varier les plaisirs) avec lesquels il est arrivé, l’ouvrage de Cipolla fait figure de papier buvar. Loin de moi l’envie de vous spoiler le plaisir de découvrir les 5 lois fondamentales, je m’attarde sur la troisième, qui stipule : “Est stupide celui qui entraine une perte pour un autre individu ou pour un groupe d’autres individus, tout en n’en tirant lui-même aucun bénéfice et en s’infligeant éventuellement des pertes”. À renfort de schémas et de rhétorique, Cipolla nous offre un panorama de la stupidité, très fortement imprégnié de son parcours dans la découverte de l’économie. Un court et indispensable livre bien écrit, amusant ET pertinent, à faire lire sans modération !


Du titre de séjour à la naturalisation : un véritable parcours du combattant ? « Ce fut un vrai parcours du combattant. Maintenant je suis française, quel bonheur ! » Déclare une jeune haïtienne, récemment naturalisée. Selon l’Atlas des populations immigrées en Guadeloupe rédigé par l’INSEE 1, on comptait lors du recensement de 2004 à 2005 , sur les 444 000 habitants des îles de Guadeloupe 28 900 immigrés soit 5% de la population. L’immigration en Guadeloupe est une problématique qui ne date pas d’hier. En 1999 déjà on comptait 21 200 immigrés en Guadeloupe. Ainsi, nombreux sont les ressortissants étrangers, haïtiens, dominicais (De la Dominique), dominicains (De la république dominicaine), qui choisissent la Guadeloupe comme terre d’accueil. L’obtention du titre de séjour leur est donc nécessaire ; selon les textes de loi : « Il est remis à l’étranger autorisé à déposer une première demande, une demande de renouvellement de carte de séjour, ou un document provisoire de séjour (récépissé). Ce document, dont la durée de validité est d’au moins un mois, lui permet de demeurer régulièrement sur le territoire durant l’instruction de son dossier. Il est généralement délivré pour trois mois et peut être renouvelé une à plusieurs fois.» Suite à l’obtention de ce titre, l’immigré devra signer un contrat d’accueil et d’intégration et pourra par la suite entreprendre les démarches de naturalisation en vue d’obtenir la nationalité française. « Devant la sous préfecture les haïtiens, les dominicais se bousculent pour entrer dans les bureaux. » Lundi, Mardi et Jeudi : jours de « Première demande ou renouvèlement des titres de séjour ». Qu’on le sache ou non, en passant devant la Souspréfecture, témoin de l’agitation qui s’opère devant le bureau de l’immigration, on se doute bien qu’il se passe quelque chose. C’est en effet l’effervescence, les portes ouvrent à huit heures, mais depuis un peu plus de 3 heures une longue file d’attente n’a cessé de s’étendre. Certains ont élus domicile dans les escaliers depuis la veille dans l’espoir d’obtenir, si ce n’est le titre de séjour, tout au moins un rendezvous ultérieur pour entreprendre les démarches dans l’optique d’obtenir le Saint-graal.

Toutefois, ce n’est pas véritablement la longueur de la file d’attente qui nous surprend, dans la plupart des bureaux à la CAF, à la poste on y est largement accoutumé, mais là, le fait qu’une intervention policière soit nécessaire met en lumière un problème de fond : la mauvaise gestion administrative des demandes de régularisation des ressortissants étrangers en Guadeloupe. Les explications à ce problème vont bon train : politique de dissuasion, nombre trop important de ressortissants étrangers, personnel non qualifié, voire racisme ou xénophobie. Du côté des ressortissants étrangers l’impression qui revient le plus souvent est que l’obtention d’un titre de séjour relève du « parcours du combattant ». « Parcours du combattant » certes mais pas « mission impossible » répondrait sûrement le personnel des administrations concernées, pour preuve, le 14 juillet 2008 une centaine d’étrangers a reçu, le décret de naturalisation tant attendu. La préfecture a organisé pour l’occasion une cérémonie dans ses jardins, à Basse-Terre. D’autre part, plusieurs organismes en Guadeloupe aident direct ou indirectement à la régularisation : L’ OFII (office français de l’immigration et de l’intégration), la HALDE (haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité), les bureaux de l’immigration sont chargés de traiter les demandes de régularisation, et le bureau de naturalisation de la préfecture de Basse-Terre d’aider à l’obtention de la nationalité française. Toutefois, l’obtention du décret de naturalisation est bel et bien un « parcours du combattant ». Il faut en effet beaucoup de courage, pour aller d’un bureau à l’autre, surtout lorsque ces derniers se renvoient la responsabilité (il y a eu longtemps un conflit entre les bureaux de Basse-Terre et ceux de Pointe-à-pitre qui se ressentait sensiblement dans les discours du personnel administratif). A cela s’ajoute la difficulté de communication, car souvent le personnel ne maîtrise pas la langue d’origine du ressortissant. Il faut également s’armer de patiente car ces démarches durent en moyenne un peu plus d’un an.

Kelly Xavier, Étudiante en Science Politique, UAG A vrai dire, ce serait s’avancer que d’affirmer qu’il se cache derrière tous ces obstacles une véritable politique de dissuasion, mais on ne peut nier qu’elle existe. Elle est d’ailleurs décrite dans un compte rendu de la région Guadeloupe sur « La gestion de l’immigration illégale en Guadeloupe » présenté à Ténériffe les 21 et 22 septembre 2006. L’extension du nombre de places de 20 à 60 au centre de rétention administrative, les 1075 reconduites à la frontière en 2004 et les 1600 en 2005 , sont d’autant de mesures visant à réduire l’immigration tout en conservant « la tradition humanitaire de la Guadeloupe ». Grace à quoi, le nombre de demande d’asile à fortement régressé passant de 4 022 en 2005 à 1 820 en 2004. Que la mauvaise gestion administrative des demandes fasse ou non partie de ce processus ou qu’elle soit due au nombre trop important de demandes il reste de nombreux efforts à faire en la matière. Nombreux sont les étudiants de l’Université qui sont confrontés à des problèmes d’allocation logement ou de bourse lié aux difficultés de régularisation. 1 INSEE, Institut national de la statistique et des études économiques

Agenda Adrien Sorin, affilié au CAGI - Du 12 au 20 Avril Festival du film d’environnement et du développement durable de Guadeloupe. http://www.terrafestival.org/ - Du 17 au 21 Avril à l’ArtChipel le T.A.G. (Transversalité des arts en Guadeloupe), festival pluridisciplinaire musique, danse, théâtre, cinéma


La Guerre d’Afrique aura-t’elle lieu ? Jean-Michel Cusset, Docteur en Science Politique, UAG Qui a dit que les Mayas s’étaient trompé ? Qui a dit que depuis 2012 rien n’avait changé dans le Monde ? Le 18 juillet 1857, les militaires et les quelques 7 000 habitants du village de Médine, au Mali, repliés dans un fort n’eurent plus rien à manger. Le commandant, le sergent Desplat, à court de munitions, prépara des grenades pour se faire sauter « quand il verrait l’ennemi dans la place ». Ils furent bien heureusement secourus par Faidherbe qui les embarqua au large. Le 26 août 1940, Félix Eboué depuis Brazzaville lançait l’appel général à la mobilisation des troupes africaines, avant d’être rejoint par le Tchad ce qui donna une légitimité territoriale à la France libre. Dès lors, « les Soudanais, les Tirailleurs, et autres Tabors, affluèrent de toute part, et après avoir affronté Rommel dans les affres du désert saharien, débarquèrent depuis l’Italie en Normandie. Vingt-deux janvier 2013, c’est la France qui en même temps qu’elle commémore le Traité de paix et d’amitié franco-allemand, intervient au Mali, pour à son tour libérer « l’Afrique » de la « barbarie ». Ce n’est pas, bien entendu, la première fois que la France intervient militairement en Afrique, et se mêle directement ou indirectement à la vie politique et économique de ces Etats. Tel fut sans doute le cas en 1968 au Mali, lorsqu’ une junte militaire formée de quatorze officiers renversa Modibo Keita. La différence cette fois, c’est que l’intervention militaire de la France revêt un caractère consensuel ; une particularité cosmopolitique essentielle. Elle se présente en effet sous le visage d’une nouvelle lutte contre la barbarie et le fanatisme fussent-ils religieux. Tous les chefs d’états africains sont mobilisés sur cette question, car les frontières depuis le Mali sont extrêmement poreuses, et le risque de contagion à l’ensemble du

continent, bien réel. C’est drôle mais à voir les images diffusées ci et là, on croirait entendre les soldats chanter : C’est nous les Africains /Qui arrivons de loin/Venant des colonies / Pour sauver la patrie (sic). Mais au-delà de ce nouveau signe de solidarité et de coopération de la France à l’égard de celles qui furent un temps ses colonies africaines, c’est celle de la vulnérabilité des Etats Africains qui est ici posée, vulnérabilité dont Les Djiadistes, pourraient bien profiter en multipliant sur le continent (sur terre comme sur mer) les prises d’otages lesactes terroristes. Le risque c’est encore que les intérêts économiques et financiers français et plus largement occidentaux soient dans la Région remis en cause, faute de protection et de sécurité suffisante des personnes, des biens, et des contrats. Qu’on se souvienne : c’est grâce aux nombreuses troupes africaines que les disciples arabes de Mahomet, après sa mort, au VIII e siècle, purent au nom « d’Allah », conquérir jusqu’à l’Espagne (« Rodrigue as-tu du cœur »). Les cloches de la cathédrale de Yamoussoukro sonneront-elles assez fort, la voix du muezzin de la mosquée de Masdjid-al-Haram, portera-elle assez loin, pour que les folies de l’histoire ne se répète pas en Afrique, et que l’humanité toute entière, fasse corps contre cette tentative d’expansion de « l’ ar-charia-isme ». Il faut le souhaiter ! La nécessité de consolider les Etats Africains, passe cependant par le développement économique, par une répartition plus équitable du revenu national, mais aussi et surtout peut-être, par l’invention du concept de nation « moderne ». Une langue commune, un peuple fondu dans une même nation, un destin commun,

un corps électoral unique… La colonisation a, on le sait, en Afrique, réuni de force à l’intérieur de mêmes territoires, délimités par des frontières artificielles, des populations ayant souvent des cultures et des langues différentes, des peuples qui la plupart du temps ne s’étaient jamais rencontrées auparavant et qui désormais obéissent à un même pouvoir. En l’espace de cinquante ans (1958-2012), «le continent noir» a expérimenté de nombreuses fomules gouvernementales sans parvenir encore à dégager un modèle démocratique spécfique, peemettant l’égale représentation en droit juridique, économique et politique, de l’ensemble des individus et des communautés composant chacune de ces nations. Combien d’énergie a-t-il fallut que dépensa, le dauphin de Félix Houphouët Boigny, le président actuel de la Côte d’ Ivoire, Alassane dramane Ouattara, pour faire accroire sa nationalité ivoirienne ? et à quel Prix ? On connaît les caractéristiques principales des évolutions constitutionnelle et politique africaines : un rythme constitutionnel rapide multipliant les régimes provisoires, un nombre élevé de coup d’état une bonne cinquantaine (un par an en moyenne), l’orientation générale vers le monopartisme malgré un affichage - à la Pyrrhus - d’un multipartisme de convenance. Que les Etats africains méditent sur ce principe d’Aristote : « les hommes sont des animaux politiques par ce qu’ils mettent en commun ». Que doivent mettre en commun les individus et les communautés des nations africaines ? Essentiellement la délibération.


Financement des partis politiques et moralisationde la vie publique Salammbô Guibert-Soutarde, étudiante de Science Politique, UAG D’après un sondage réalisé par le journal « Le Monde » en 2012, 20% des français estiment que dans la vie politique de leur pays, les règles de la morale ne sont respectées par aucun homme politique. Ainsi, on se souvient de la récente affaire Woerth-Bettencourt, où l’ancien trésorier de l’UMP avait été soupçonné d’avoir perçu des fonds de l’une des premières fortunes de France. Il avait alors imaginé un système de gros donateurs pour financer la campagne de Sarkozy.Ce scandale semble témoigner de l’échec de l’efficacité de la législation en rigueur. La première tentative en 1988 était novatrice, en ce sens qu’elle instaurait pour la première fois un financement public pour les groupes politiques représentés à l’Assemblée. Puis en 1995, la loi Seguin limite les dons des personnes privées à 4600€ par candidat et 7500€ par partis. Pour obtenir un soutien de l’Etat, il fallait dépasser les 5% de voix. En 2003, ce barème est rabaissé à

1%. S’agissant des campagnes électorales, elles sont plafonnées à 16 millions d’euros pour le premier tour et 21 millions pour le second. De plus, le remboursement est assuré à hauteur d’environs 50% par le Trésor Public. Pour plus de contrôle il est aussi instauré une Commission nationale des comptes de campagnes et financement des partis politiques (CNCCFP). Malgré ces efforts d’assainissement de la vie politique française, François Logerot, président de la CNCCFP, affirmait que les dons en liquides sont incontrôlables. S’ils restent possibles jusqu’au montant de 150€ (au dessus il faut faire un chèque), on peut imaginer qu’ils servent à payer les conseillers en communication, les coûts d’affichage ou les meetings. On constate de manière générale que la discrétion est de mise et qu’à l’heure actuelle, seul le trésorier de l’ancienne candidate écologiste, Eva Joly, avait accepté de dévoiler son budget de campagne. Tous les moyens

sont bons pour détourner la loi. En effet, la floraison des micros partis apparait comme une astuce efficace pour l’octroi d’argent public (Marine Le Pen ayant crée en 2011 son micro parti « Jeanne »). En 2007, la commission n’a cependant accepté de rembourser que le tiers des « frais de maquillage » s’élevant à 34445€ pour le candidat de droite et 51659€ pour Ségolène Royal. Elle a aussi refusé le remboursement des dépenses pour détecter d’éventuels micros espions au siège de campagne de la candidate socialiste (53581€) ainsi que les « frais de repas » de l’ancien président d’un montant de 50073€.Cette volonté de lutter contre les illégalités pour financer son accès au pouvoir, ne semble pas convaincre les français. Ils gardent en mémoire les affaires d’emplois fictifs, de surfacturations des marchés publics ou encore le réseau France-Afrique. Le sentiment unanimement partagé est celui d’élus malhonnêtes.

Claude Emeri et la gastronomie électorale. Vivien Charneau, Doctorante en Science Politique, UAG « Il est revenu, le temps de la gastronomie électorale ! » ou encore « Le Palais de l’Elysée est-il le château de la Belle au bois dormant ? » Ces expressions tirées des œuvres de M. Claude Emeri montrent le ton qu’il donnait à ses récits. Il avait sans doute l’art et la manière de transcrire ses pensées dans ses ouvrages. Des récits surprenant par la richesse de leur contenu autant qu’à travers l’approche légère que le lecteur pouvait avoir en les dévorant. Vivement intéressée par la question des élections et celle du vote, j’ai beaucoup appris de ces travaux. Ses écrits restent intemporels et s’appliquent parfaitement aux dernières élections présidentielles qu’on a vécues notamment en France ou François Hollande succède à Nicolas Sarkozy, aux Etats-Unis avec la réélection de Barak Obama et même à l’université avec la toute récente victoire de Mme Corine Mencé-Caster.

Dans ses ouvrages, intitulés « Le marché électoral » et « le référendum négatif », il compare le système électoral à un marché où l’électeur devient un client qui cherche à tirer profits de l’offre des partis politiques, eux-mêmes, assimilés à des entreprises. Les règles de ce marché semblent bousculer les concepts classiques de représentation et de démocratie, et les médias télévisés se situent au cœur du jeu électoral. Il émet, par ailleurs, les hypothèses que le « référendum négatif » est un contre pouvoir populaire et alimenterait une frilosité sociale face au changement. N’ayant pas eu l’honneur de connaître, Claude Emeri de son vivant, j’ai pu le découvrir à travers ses écrits. J’ai appris de ses œuvres, et ai pu appréhender des notions, tel que la présidence et le pouvoir. Un des nombreux exemples qu’il m’est resté de mes lectures est que « l’irresponsabilité

efface du pouvoir le chef de l’Etat et transfert les compétences qui lui sont dévolues sur les ministres. » J’ai également été surprise par l’étendue de ses recherches tant historique que géographique. L’œuvre à laquelle je fais référence étudie trois pays sur le concept de démocratie. Il écrit très clairement que « les sociétés civiles sont en pleine croissance, processus qui limite les excès de la régulation de l’État-providence en Occident et qui fait tomber les régimes dictatoriaux dans le Tiers Monde ». Je ne connais donc Claude Emeri qu’à travers ses ouvrages et ses travaux.. L’hommage qui lui est rendu m’aura permis de découvrir un auteur stimulant. Il a une plume délicate et, le sens de la formule, abordant la plupart de ses écrits avec ironie.


La fin des “dictateurs” Adrien Sorin, affilié au CAGI

Revue de presse Adrien Sorin, affilié au CAGI Guadeloupe - Le 15 mars a débuté le 14e congrès des élus au Conseil régional, reportant la question de l’évolution institutionnelle. Suriname - Le gouvernement construit une raffinerie orifère au bénéfice des pays caribéens. Guyana - le CARICOM désapprouve la politique appliquée par l’UE, introduisant le principe de différenciation dans l’APE qui écarterait nombre d’îles de l’aide européenne. - l’U.E. fincance le développement agricole dans le CARICOM à hauteur de 8,6 millions d’Euros via le FED consacré aux ACP. St Lucia - L’OECS cherche à fédérer les objectifs touris tiques dans la Caraïbe à travers le slogan “des îles, une mer”, également grace au FED de l’UE. USA - Le président de l’OEA a appelé à la rédaction de lois visant à promouvoir la parité dans la représentation politique caribéenne. Jamaïque - La PM, Mme Simpson-Miller, a réaffirmé sa détermination à se débarasser de la Reine d’Angleterre en tant que chef d’État de la Jamaïque.

“Si vous voulez savoir qui était Hugo Chavez, regardez ceux qui pleurent sa disparition […] Luimême, ne soupçonnait pas à quel point il était un grand homme”. Cette déclaration de Fidel Castro après l’annonce du décès d’Hugo Chavez, son “meilleur ami”, résonne comme un digne hommage aux nombreux éloges faits au Leader Maximo par l’ancien Président du Venezuela. En effet, Chavez n’a jamais caché son admiration pour Castro qu’il a continuellement qualifié de maître à penser, figure de père et ami proche tout au long de ses 14 ans de Présidence. Cette bonne relation ne se limitait évidemment pas aux paroles. Cuba est le premier partenaire économique du Venezuela : les flux incessants de fonds, de pétrole et de médecins ont lié intimement les deux peuples qui étaient imprégnés de cette même empathie pour un “ennemi” commun, les USA. Mais Chavez avait également un autre ami, venu au Venezuela transmettre en personne ses condoléances à la mère du défunt : Mahmoud Ahmadinejad, le Président Iranien qui partageait cette empathie pour les États-Unis. Ces trois chefs d’État formaient le trio infernal, l’ultime combat avant un monde sans opposants à la politique extérieure américaine après la chute de Hussein et Kadhafi. Avec le retrait de Castro en 2011 (dont le frère Raùl, actuellement au pouvoir, projette de laisser la place à la fin de son mandat en 2018) et le décès de Chavez, le nom du Président Iranien résonne aujourd’hui comme celui du dernier homme à abattre pour les USA. En 2007, un Général de l’armée Américaine désormais retiré, Wesley Clark, révélait qu’au lendemain du 11 septembre 2001, la décision était déjà prise par les officiels américains d’attaquer l’Irak, première étape d’un plan visant à renverser les gouvernements de 7 pays (Irak, Syrie, Liban, Lybie, Soudan, Iran) en 5 ans. Il ne fait cependant pas mention du Venezuela, qui dès 2002 fait l’objet d’un coup orchestré par la CIA, dont la communauté internationale se félicite mais qui échoue devant la ferveur du peuple Vénézuélien à qui on n’arrive pas à faire croire que Chavez, élu en 1999, est l’homme à écarter du pouvoir. Dans son documentaire “The War on Democracy”, le journaliste John Pilger revient sur ces événements.

Surement était-il déjà dans les cartons en 2001, laissant le Venezuela hors de ces plans d’attaque au grand jour. 11 après cette tentative, Chavez (qui a toujours douté de l’origine “naturelle” de son cancer) bénéficiait toujours d’une popularité immense (en 2005 et 2006 il est dans la liste des 100 hommes les plus influents de la version américaine du magazine Time, et en 2010 il est parmi les 50 hommes les plus influents de la planète listés par le New Statesman, qui le place à la onzième place de ses “Héros de notre temps”) : en témoigne l’impressionnante masse humaine venue assister à ses funérailles… Certains taxent Chavez de démagogie, sa popularité se transformant sous leur verbe en culte de la personnalité. Ce qui est sûr, c’est que le petit peuple a été aux soins sous son aile : entre 2003 et 2006 le taux de pauvreté est passé de 54% à 26%, hors accès au soins et à l’enseignement. Les décès liés à la malnutrition ont chuté de 35 % de 1998 à 2006 et les bénéficiaires des allocations sociales ont quadruplés en 10 ans (1,7 millions de personnes en 1998, 4,4 millions en 2008), avec un revenu global par habitant passé de 4000$ en 2003 à 13000$ en 2011. Son bilan fait rêver les socialistes du monde entier… Pourtant, l’homme est fustigé par les médias et la classe politique internationale : citant l’exemple de certaines restrictions des médias, il est toujours désigné comme dictateur. Comme le souligne Étienne Chouard, pour savoir, il faut regarder les institutions : en plus d’être imprimée et distribuée pour être le livre d’apprentissage de la lecture, celle du Venezuela dispose de 4 référendums d’initiative populaire. Chouard précise que la constitution n’est pas une garantie suffisante, il faut aussi prendre en compte la pratique des institutions. Or, le 15 aout 2004, les Vénézuéliens se prononcent à 58% contre la destitution de Chavez lors d’un référendum révocatoire : non seulement il est inscrit dans la constitution mais en plus il s’est déjà produit, et ce avec succès puisque “surveillé” par la Fondation Carter et l’OEA qui confirment les résultats. La conclusion d’Étienne Chouard est donc que le Venezuela est un État démocratique car le peuple a les moyens de se défaire de ses dirigeants hors des échéances électorales.


Claude Emeri : la question statutaire outre mer et la constitution Française Alexandra Petit, Doctorante en Science Politique, UAG Je n’ai pas connu personnellement le professeur EMERI, je n’ai pas non plus eu le privilège de faire partie de ses étudiants.Cependant, des retours qui m’ont été fait, il semble que ce fut un homme très apprécié de la communauté universitaire et particulièrement de ses étudiants, desquels il était resté très proche même après avoir pris sa retraite. J’ai eu plaisir à le découvrir au travers de ses écrits via lesquels j’ai pu ressentir de par son style, un homme très accessible, plein d’humour, et l’on remarquera sans effort son habilité à en jouer dans ses ouvrages pour évoquer des problématiques parfois polémiques. Dans l’Essai La question statutaire en Guadeloupe, en Guyane et en Martinique, élaboré en collaboration avec Messieurs Fred RENO, Julien MERION et Jean Pierre SAINTON, qui réunis un ensemble de textes présentés par des enseignants chercheurs du Centre d’Analyse Géopolitique et International (CAGI) à l’occasion de conférences et de discussions organisées sur le campus de Fouillole, Claude EMERI propose une analyse axée sur trois interrogations ; Qui propose ? Qui propose quoi ? A qui ? Sans faire une analyse classique de la contribution de Monsieur EMERI à cet ouvrage, mon intérêt a été essentiellement de m’attarder sur mon ressenti à la lecture, sans omettre une mise en perspective de ce qui a été écrit rappelons le en l’an 2000 par rapport à notre contexte actuel, mise en perspective qui paraît inévitable tant les problématiques et les critiques soulevées par monsieur EMERI trouvent encore un échos aujourd’hui. Mais pour revenir au contexte de l’époque, nous sommes à l’aube de la Loi d’orientation pour

l’Outre Mer (LOOM), au lendemain de la déclaration de Basse terre et donc en plein laboratoire institutionnel et statutaire, en pleine réflexion sur le modèle que l’on désire pour nos territoires. Dans cette position, Claude EMERI met en question le rôle que nous nous jouons, nous les politiques, nous les citoyens. Ceci à travers une critique plus qu’appréciable. Il ne se place dans aucune perspective particulière si ce n’est celle de l’intérêt de nos territoires, il interpelle tous les acteurs de la décision autant dans les départements d’outre-mer que dans l’hexagone. Reconnaissant l’échec de la départementalisation, il nous met tous aujourd’hui devant cette interrogation qui de fait prend une dynamique particulière ; Qui propose, Qui propose quoi, A qui ? Ce triptyque il nous le pose à nous, aux politiques, aux citoyens, au gouvernement, il nous met seul devant ces interrogations, on pourrait ajouter; seul devant nos « responsabilités ». Finalement ce qu’évoquait le professeur Emeri en 2000 est totalement d’actualité, bien que l’appareil législatif ait évolué depuis la LOOM et depuis la déclaration de Basse Terre, malgré les consultations populaires, aujourd’hui encore, Qui propose, Qui propose quoi, et A qui ?

largement qualifiée de « laboratoire constitutionnel » comparée à celle de pays comme les EtatsUnis d’Amérique et le Royaume Uni. Claude Emeri dresse le portrait d’une France qui se cherche constitutionnellement, qui se cherche un modèle politique, social et ce rapport constitution/modèle politique et social reflète quelque peu la problématique française. Nous sommes en présence d’une relation d’interdépendance où quand dans certains pays le modèle à du s’adapter à la constitution, en France celle ci évolue à mesure que le modèle se dessine. Il présente donc une France qui se cherche et qui cherche également ce qu’est l’essence d’une constitution. Cet ouvrage est également une mise en perspective. L’instabilité française est présentée comme une exception, il en présente les travers, il avertit sur les limites de la constitution des USA qui à été écrite dans un contexte qui ne correspond plus à la réalité du Géant que sont devenu les Etats Unis (bien qu’elle ait été amendée plusieurs fois). On remarque de nouveau ce style particulier, sans doute marqué par l’approche comparative, proposer une analyse multilatérale, savoir se positionner sur tous les angles pour dégager une problématique cohérente.

Le deuxième ouvrage que j’ai eu à découvrir est plus formel, plus didactique, mais ici également l’on reconnait le style de Claude Emeri empreint d’humour parfaitement modéré et un brin sarcastique. Ecrit en collaboration avec Christian Bidegaray, cet ouvrage s’intitule La constitution en France de 1789 à nos jours. Celui ci explore l’évolution constitutionnelle de la France depuis la révolution et propose une critique de l’expérience française,

Après la lecture de ces ouvrages, nous connaissons un peu mieux Claude EMERI, il nous reste aujourd’hui à investir certaines de ses thématiques préférées : l’analyse comparative des systèmes politiques, les libertés publiques, le système électoral, la citoyenneté et les droits de l’homme.


Alain Mabanckou : “Lumières de Pointe-Noire” (Seuil, 2013) Jean-Michel Cusset, Docteur en Science Politique, UAG Après vingt-trois ans d’absence, Alain Mabanckou 1, narrateur et principal acteur du roman retourne à Pointe-Noire, ville portuaire du CongoBrazzaville. Un peu à la manière de l’étranger, il remarque, une fois dans sa, famille, « deux chaises vides et deux verres de vin de palme». Il comprend que ses parents ont disparus pendant son exil. «J’ai longtemps laissé croire que ma mère était encore en vie. Je m’évertue désormais à rétablir la vérité dans l’espoir de me départir de ce mensonge qui ne m’aura permis jusqu’alors que d’atermoyer le deuil». Comme dans de Camus on reprochera au fils prodigue son absence lors des funérailles. Mais la vie suit irrémédiablement son cours et le retour du narrateur ira de surprise en surprise, de déconvenue en déconvenue : Une sœur, un frère et un vague cousin se sont disputé devant lui ses francs CFA, ses pompes, sa chemise. Il faut dire qu’il fait figure de riche : ce n’est plus, Le petit négrillon aux pieds nus qui rechignait devant son manioc ; mais monsieur le romancier, celui qui passe à la télé (dit dont !), un «‘Américain», quoi ! , « un très grand »,

qui vit à Hollywood, et qui a pour amis rien que des blancs, Oh !!! « Il ne suffit pas de revenir sur ses pas pour rentrer chez soi », il faut réapprendre à vivre avec les ombres, les doutes, les fantômes. Le thème du retour est un des classiques de la littérature afro-caribéenne ; on imagine très bien le parcours qu’aurait pu entreprendre un migrant antillais redécouvrant Pointe à Pitre , ou Port of Spain, après 30 ans «d’exil» à Paris, ou à Londres. «La cabane maternelle qui n’est plus qu’une «masure» dont la porte est «mangée tout en bas par les termites»; le lycée Karl-Marx, qui a étrangement pris le nom d’un gouverneur de l’Afrique-Equatoriale française; l’ex-cinéma Rex, où une église pentecôtiste nommée la Nouvelle Jérusalem a délogé Bruce Lee.» Alain Mabanckou tire des notes de ses cahiers de retour au pays natal, un beau récit lucide et sans complaisance, dont l’écriture à la manière du poète cherche à ne rien trahir de la nuit, refuge des fantômes du passé. «L’eau chaude n’oublie jamais qu’elle a été froide», lui avait dit sa mère la

dernière fois qu’il l’avait, il y a vingt-trois ans. La critique française, avisée, a salué ce nouveau roman d’Alain Mabanckou en voyant dans cette prose lyrique, poétique propre au gens des fleuves, à la fois du Chateaubriand, du Aimé Césaire, et du Albert Camus. Je vois quant à moi aussi dans ce « voyage d’outre-tombe », du VS. Naipaul, un retour au cœur des ténèbres d’une histoire congolaise (personnelle et collective). Lumières de PointeNoire donne en définitive à voir un nouvel aspect de l’écriture d’Alain Mabanckou, le rapprochant d’autant plus des fresques sociales comico-dramatiques qu’on retrouve sous la plume de ses aînés : Henri Lopes, Sony Labou Tam ‘si. Ainsi vont les écoles du roman africain, et la Seine tardivement d’éclairer, encore le pas des « migrants » des lumières Noires, de Pointe Noire. 1 Né en 1966 à Pointe Noire, vit entre Paris et Los Angeles où il enseigne la littérature ; Prix Renaudot 2006, avec Mémoire de porc-épic

Un pavé dans le marasme… Soutenance de lthèse “Des politiques nationales à une politique communautaire de coopération au développement”, par Adrien Sorin Aux premiers jours de 2013, l’UFR de sciences juridiques et économiques accueillait un événement aussi anecdotique qu’indispensable pour une structure universitaire : une soutenance de thèse. Celle-ci était particulièrement attendue, tant pour son sujet que par l’énorme concours de circonstances nécessaire à sa tenue : un jury de 4 campus différents, issu de 4 “pays” différents, et une doctorante “exilée“ dans un 5ème, avant la fin de la rédaction de son travail. 5 agendas assez chargés qui ont enfin pu se concorder plus d’un an après la remise du manuscrit… Amandine Sabourin a cependant très sereinement et méthodiquement expliqué ces “jeux de pouvoir et conflits d’intérêts entre l’UE et les États membres”, ou comment faire émerger des politiques publiques en l’absence d’engagement financier, mais pas d’engagement politique.

Son travail avait pour but de comprendre deux types de relations entretenues par la France : - en terme de coopération et de développement dans la caraïbe - aux outils et institutions européennes. Il a également pour objectif de montrer l’impact des politiques publiques de développement sur la gouvernance et de faire le bilan du traité de Lisbonne sur le plan de la coopération. Autant dire que 6 années n’ont pas été un luxe pour venir à bout de ce “travail sérieux et important”, comme on conclut à l’unanimité les membres du jury, présidé par Emmanuel Jòs. Il était en effet difficile de ne pas remarquer l’épaisseur de l’ouvrage, chose assez rare en science politique. Pour le justifier, on peut faire appel à la pluridisciplinarité et la masse théorique qu’elle appelle.

Le jury a d’ailleurs exprimé quelques mécontentements quant aux choses peu ou pas exploitées dans ce travail dont le concept d’Européanisation, la gouvernance ou encore la “schizophrénie institutionnelle” entre européanisation et caribéanisation… Il a également discuté les choix des cas étudiés et du vocabulaire parfois trop politique, la faible exploitation des entretiens et logiquement, le manque de prise en compte du poids des Hommes dans l’appareil institutionnel. Ces remarques n’ont pas empêché le jury, après une longue délibération, d’accorder le titre de Docteur en science politique, avec mention très honorable. Également accordés, chose rare, le droit de présenter la thèse au prix de thèse et, chose encore plus rare, le droit de la publier sans la compléter des remarques faites lors de la soutenance. Un moment comme on en redemande.


La Lettre du CAGI n°18, Mars-Avril 2013