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Nouvelle campagne de l’UNL année 2006

- Créer un Service Public d’Orientation - Projet d’Interdisciplinarité pour l’Autonomie - Lycée Polyvalent des Metiers

Union Nationale Lycéenne Tél : 01 40 82 94 00

Fax : 01 40 82 94 82

13 boulevard de Rochechouart Courriel : contact@unl-fr.org

75009 Paris Site : www.unl-fr.org


INTRODUCTION

L

e 16 janvier, le premier ministre Dominique de Villepin annonçait la création du Contrat Première Embauche, provoquant un tollé au sein du mouvement social. Ce contrat destiné aux jeunes de moins de 26 ans instaurait une période d'essai de deux ans durant laquelle l'employeur pouvait à tout moment licencier sans motif. Dans le mépris le plus total, le gouvernement a volontairement exclu les partenaires sociaux de toute consultation, imposant un contrat qui faisait de l'entreprise une zone de non-droit pour les jeunes. Un mouvement de contestation s'est alors organisé dans l'unité syndicale pour répondre à cette véritable déclaration de guerre faite à notre génération. Cette énième attaque tendait, une fois de plus, à généraliser la précarité. L'Union nationale lycéenne s'est investie pleinement dans ce mouvement et est parvenue, dans l'unité syndicale, à mobiliser de très nombreux lycéens pendant plus de trois mois : 2 000 lycées bloqués, 3 millions de manifestants dans la rue, cette mobilisation fut un franc succès et a abouti, le 10 avril, au retrait du CPE. La jeunesse, l'ensemble des lycéens et des étudiants, ont donc prouvé qu'ils pouvaient être porteurs d'un mouvement social de grande ampleur, et réussir à faire fléchir un gouvernement autiste et buté. Les lycéens se sont informés, et ont pris conscience que c'était leur avenir qui était en jeu. Cette mobilisation unitaire s'est construite rapidement et a révélé l'ampleur de la conscientisation de la jeunesse et son esprit citoyen.

Depuis sa création en 1994, L'UNL a toujours milité pour la transformation de l'école au service de l'égalité. Conscients que l'exclusion de l'emploi est intimement liée à l'exclusion scolaire, il est aussi de notre responsabilité de réduire la fracture scolaire en réformant un système éducatif à deux vitesses, qui laisse un nombre trop important de jeunes sur le bord de la route et les mène tout droit vers l'exclusion. L'apprentissage à 14 ans s'inscrit dans la logique d'écartement des jeunes en difficultés du système éducatif. Elle remet en cause le principe du collège unique qui assure un socle élevé de connaissances pour tous. Cette remise en cause est un renoncement au même titre que le CPE était un renoncement à donner aux jeunes une insertion professionnelle durable. Mais notre génération n'a pas renoncé et, animée par une conscience collective, elle est prête à participer à l'élaboration d'un projet pour s'attaquer au chômage et à la précarité. C'est dans cet esprit que nous avons décidé de formuler trois propositions. Elles ne sont pas exhaustives et ne constituent pas une solution miracle à la fracture scolaire. Cependant, ce sont des pistes vers une transformation plus globale de l'école, tant sur le plan pédagogique qu'à travers notre combat contre les inégalités et pour l'émancipation de notre génération.


SOMMAIRE

A B C

Service Public

d’Orientatione

Projet

Interdisciplinaire

pour l’Autonomie Ly c é e P o l y va l e n t

Des Métiers


SERVICE PUBLIC D’ORIENTATION

A

Créer un service public d'orientation (SPO)

1 - Les obstacles à la construction du projet d'orientation de l'élève Dès le collège, puis tout au long des " années lycées ", il est régulièrement expliqué aux élèves qu'ils devront faire des choix d'orientation importants : malheureusement, de nombreux obstacles les freinent généralement dans la construction de leurs projets d'avenir. Premier constat, l'élaboration du projet d'orientation se fait trop souvent par défaut : orientation selon le niveau, choix conditionné en fonction du milieu social ou encore du lieu d'habitation. Ainsi, 81% d'enfants de cadre ou d'enseignant sont entrés dans l'enseignement supérieur en 2003 contre 38% d'enfants d'ouvrier. Par ailleurs, le manque d'information complète et sérieuse sur l'orientation conduit à une autocensure de certains élèves dans leur choix. Ceci entretient le phénomène de reproduction sociale. La multitude et la complexité des informations données aux élèves rend le tout peu fiable. On peut en effet parler d'une véritable jungle de l'information (seuls 4 portails généraux de l'orientation sur Internet, et plusieurs groupes d'édition privés dans le domaine de l'orientation : le groupe " Bayard " et " l'Etudiant "). Certes il existe un organisme public sous tutelle du MEN : l'ONISEP mais dont les publications sont payantes. En parallèle, les organismes privés répondent à une logique de marché incompatible avec une information objective et neutre. A titre d'exemple, neuf liens commerciaux sont associés au mot-clé " orientation " sur Google. Et lorsque par chance, l'information est gratuite, elle manque cruellement de pertinence, faute d'une actualisation régulière. D'autre part, de nombreux forums des métiers sont organisés chaque année à titre évènementiel. Cependant, ils sont pour l'essentiel parrainés ou financés par des entreprises privées. Pour finir, on constate une formation insuffisante pour les actuels conseillers d'orientations. En effet ils ne reçoivent qu'une formation de 1 000 heures au début de leur carrière. Cette formation les prépare à la "psychologie de l'orientation" (pour obtenir leur diplôme d'Etat de conseiller d'orientation-psychologue (Decop) il doivent en effet valider un mémoire sur ce thème). Aucune réelle actualisation de leur formation n'est prévue dans un domaine pourtant en constante évolution. Dans les textes, l'orientation est une mission du système éducatif, une mission du service public. On constate cependant que cette mission a été en grande partie déléguée à des organismes privés.


SERVICE PUBLIC D’ORIENTATION

A

2 - Un système d'orientation défaillant dans son ensemble

Tous ces dysfonctionnements du système d'orientation français ont de nombreuses répercussions sur le parcours scolaire, étudiant et professionnel des élèves. En premier lieu, on assiste à un décrochage de certains étudiants dû à une mauvaise orientation, ces élèves ne réussissent pas dans leur filière, et perdent l'envie d'étudier. Le niveau scolaire, l'appartenance sociale, le sexe deviennent des variables de l'orientation Ainsi l'orientation n'est plus appréhendée sérieusement, elle est sous-estimée. Certains élèves doivent alors faire des choix déterminants pour leur avenir en quelques semaines. Ce fossé entre l'information gratuite incomplète et l'information payante, commerciale et de meilleure qualité provoque de grandes inégalités, puisque selon les revenus des parents, l'élève n'aura pas accès aux mêmes renseignements, et passera peut-être à coté d'une formation ou d'une filière qui lui aurait mieux convenu. Les diplômes, les filiéres de formation, les débouchés... évoluent très vite, et les Conseillers d'Orientation n'ont pas une formation adéquate à cette évolution, ils ne peuvent donc pas délivrer une formation compléte, et à jour. Cela conduit à de mauvais conseils et donc de mauvaises orientations.


SERVICE PUBLIC D’ORIENTATION 3 - Vers l'instauration d'un Service Public de l'Orientation

A

- Mise en place d'un portail Internet de l'orientation en France. Nous demandons la création d'un portail Internet public sur l'orientation. Il devra répondre à l'exigence d'une information exhaustive et d'une actualisation fréquente de son contenu. Il faudra qu'il soit interactif, que ce soit un lieu d'échanges pour que par exemple des jeunes salariés puissent laisser des témoignages sur leur parcours, etc. Ce devra être aussi le point de départ de toutes les procédures d'inscription dans les différentes filières et les différents cursus de formation (B.T.S., CPGE, Ecole d'ingénieur…). On pourrait aussi laisser la possibilité aux élèves de consulter leur dossier scolaire en ligne à l'aide de cet outil. - Revoir la formations des Conseillers d'Orientation (C.O.) et des professeurs. Nous demandons la mise en place d'une consultation des acteurs du monde de l'éducation (élèves, professeurs, parents…) pour aboutir à la rentrée 2007 à l'instauration d'une formation réguliére pour les C.O. et les professeurs. Celle-ci devra être axée essentiellement sur l'orientation. Celle-ci devra être obligatoire pour les C.O. qui ne reçoivent qu'une formation obligatoire au début de leur carriére. Cette consultation est aussi l'occasion de redéfinir le cadre et la mission des actuels COPSY que nous devons recentrer sur le conseil à l'orientation et non sur la psychologie. - Suivi individualisé de chaque élève Nous demandons la mise en place d'un dossier d'orientation individuel qui garderait la trace des évolutions des projets personnels. Cela dans le souci d'améliorer le suivi de l'individu dans son parcours et ses choix dans les différentes filières. Nous souhaitons la mise en place de bilan régulier entre l'élève, l'équipe pédagogique et les Conseillers d'Orientation. Dans ce cadre, la présence du conseiller d'orientation au conseil de classe devra être systématique. Ces rendez-vous devront être l'occasion pour l'élève de se faire aider dans la construction de son projet professionnel, d'échanger avec différents interlocuteurs qui peuvent le conseiller dans ses choix (au vu de son parcours, ses capacités, etc.). - Forum des métiers Nous demandons la création d'un cahier des charges national, fixé par décret, pour la mise en place d'un forum des métiers annuel et au niveau départemental. Celui-ci devra être élaboré en concertation avec les partenaires sociaux. Les élus lycéens doivent être associés de près à l'organisation locale de ces évènements pour répondre au mieux à leurs attentes. Ces forums doivent bien sûr être dépourvus de publicité et à visée totalement informative et neutre. Toutes ces propositions doivent donner lieu à une loi ambitieuse instaurant un Service Public d'Orientation (S.P.O.) en relation avec le service public de l'emploi. Ce serrait l'affirmation de l'attachement de l'Etat à une orientation publique, de qualité, neutre et objective.


PROJET INTERDISCIPLINAIRE POUR L’AUTONOMIE

B

Projet Interdisciplinaire pour l'Autonomie (PIA) 1 - Une fracture qui persiste entre le secondaire et le supérieur

Au lycée, les élèves sont habitués à suivre de près un programme défini et sont confrontés aux méthodes variées de leurs professeurs. La majorité des apprentissages se font lors de cours magistraux et de manière cloisonnée (peu de liens entre les disciplines). Aucun effort n'est fait pour permettre aux élèves d'acquérir leur autonomie intellectuelle par l'acquisition de méthodes de travail solides. De fait, au sortir du lycée, les élèves se retrouvent le plus souvent livrés à eux-mêmes quelque soit le cursus pour lequel ils optent. Selon une étude menée en 2005, 35% des étudiants ne valideraient pas leur première année de licence (source MEN). Ce chiffre alarmant ne fait que confirmer l'existence d'une fracture réelle entre l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur. En 1999, le gouvernement a fait le choix d'introduire des dispositifs interdisciplinaires dans le secondaire : les Travaux Personnels Encadrés (TPE) dans les filières générales et les Projets Professionnels à Caractère Pluridisciplinaire (PPCP) dans les filières professionnelles. Ces dispositifs visaient à responsabiliser les élèves en leur faisant réaliser des travaux dont ils déterminaient eux-mêmes les finalités et les moyens d'y parvenir. Pour autant, cet outil révolutionnaire a été mal intégré au parcours scolaire. Les moyens consacrés à ces dispositifs n'ont pas été à la hauteur des objectifs préalablement établis (manque de formation du corps enseignant, aussi bien en ce qui concerne les objectifs des TPE, que le traitement pédagogique de ceux-ci). Les TPE malgré l'avancée pédagogique qu'ils incarnent ont été supprimé en 2005 pour les classes de Terminale.


PROJET INTERDISCIPLINAIRE POUR L’AUTONOMIE 2 - Une révolution pédagogique aujourd'hui indispensable

B

Au collège comme au lycée, les élèves sont spectateurs de leur éducation au lieu d'en être des acteurs à part entière. Habitués malgré eux à " ingurgiter " un certain nombre de connaissances brutes, ils n'ont pas la capacité d'avoir une vision globale de leurs apprentissages et d'en mesure les bénéfices concrets. Nous considérons que ceci est un frein à la construction intellectuelle et l'émancipation des jeunes. Nous pensons qu'il est aujourd'hui nécessaire que les élèves puissent sortir du lycée en ayant acquis des réflexes sur le plan des méthodes de travail, passage obligatoire vers une autonomie indispensable dans l'enseignement supérieur comme dans la vie active. Qui plus est, la façon dont sont cloisonnées les disciplines engendre une difficulté pour les élèves à envisager leurs projets d'orientation dans la mesure où il existe une inéquation totale entre le secondaire et le supérieur. En effet, l'organisation actuelle du lycée, les programmes imposés et les pédagogies utilisées donnent trop souvent l'impression que le baccalauréat constitue la seule finalité des ces " années lycées ". Car, que reste-t-il, deux mois plus tard, des connaissances ingurgitées pendant les deux semaines de " bachotage " qui ont précèdent les épreuves du baccalauréat ? Assurément, bien peu de choses. Au final, ces éléments ne font qu'augmenter la probabilité d'échec dans le supérieur (comme le montrent notamment les chiffres évoqués plus haut), mais ont aussi et surtout un impact non négligeable sur l'insertion professionnelle des jeunes. Face à ce constat, nous défendons une révolution pédagogique qui puisse redonner tout son sens à l'enseignement secondaire et aux projets d'avenir des jeunes. Cette révolution devra permettre l'acquisition de méthodes de travail solides en vue d'une autonomie des élèves dans leurs recherches personnelles mais aussi leur permettre de faire le lien entre les disciplines, de prendre du recul quant aux finalités des savoirs acquis, de stimuler leur esprit critique et de leur donner une ouverture sur le monde.


PROJET INTERDISCIPLINAIRE POUR L’AUTONOMIE 3 - Le PIA, un outil pédagogique innovant

B

Nous proposons la mise en oeuvre d'un parcours transdisciplinaire, dont l'objectif principal serait de créer le lien entre le secondaire et le supérieur sur le plan des pratiques pédagogiques notamment. Ce dispositif, le " Projet Interdisciplinaire pour l'Autonomie " serait un module obligatoire destiné aux élèves de Seconde et divisé en deux temps. Pendant tout le premier trimestre, les élèves participeraient à des sessions d'initiation à la recherche documentaire et plus largement aux Technologies de l'Information et de la Communication. Des cours de méthodologie basés sur l'organisation du travail personnel, la synthétisation d'informations ou encore la rédaction de fiches de lecture viendraient compléter ce parcours initial de formation. Deux heures hebdomadaires pourraient être consacrées à ce premier temps fondamental. Les deux trimestres suivants seraient pour leur part consacrés à l'élaboration et à la concrétisation d'un projet interdisciplinaire défini au préalable par les élèves. Un système de suivi, et non d'encadrement, serait alors mis en place, ponctué de rendez-vous pédagogiques entre les élèves et leurs enseignants, afin de répondre aux éventuelles questions des lycéens et de les aider à s'orienter dans leurs travaux. Ce projet pourrait concerner n'importe quelles matières, quelle que soit l'option choisie. Au même titre que les TPE, il s'agirait d'un travail en petits groupes. Pour que leurs projets se concrétisent, les lycéens devront par ailleurs disposer de tous les supports médiatiques existants. L'établissement devra donc mettre à la disposition des élèves tout son matériel afin de leur permettre de mener leurs projets dans de bonnes conditions. Il pourra également attribuer des subventions à ces travaux comme cela était prévu dans le cadre des TPE. En fin d'année, une évaluation serait mise en place sous la forme d'une présentation orale et écrite du projet. Le groupe d'élèves réaliserait cette présentation devant un jury composé d'enseignants et d'élèves qui lui attribueraient une note. Celle-ci pourrait être valorisée dans le dossier scolaire de l'élève. Le PIA a vocation à aider les jeunes à apprendre à travailler en autonomie dès l'entrée au lycée, ainsi qu'à élargir leurs champs de recherche, en ne se cantonnant pas au cadre scolaire stricto sensu. Les élèves pourraient ainsi, dans le cadre de leur projet, rencontrer des professionnels et multiplier leurs sources d'information. Bien sûr, c'est sans compter les bénéfices d'une telle formation méthodologique sur l'ensemble des disciplines étudiées traditionnellement. Inscrire nos savoirs dans la durée, voilà une perspective d'avenir.


LYCÉE POLYVALENT DES METIERS

C

Instaurer le " Lycée Polyvalent des Métiers " 1 - Des filières mal reconnues

Depuis trop longtemps, les lycéens partagent le même constat : nos lycées ne permettent pas un véritable choix d'orientation et il existe de grandes disparités entre les filières professionnelles, technologiques et générales. Ces inégalités s'accompagnent d'une dévalorisation des filières professionnelles et technologiques. Cette dévalorisation est le fruit d'une politique inavouée de transfert des élèves dit " en échec scolaire " vers ces filières. Les élèves en difficulté dont le choix d'orientation est déterminé par défaut se voient ainsi enfermés dans leur échec. La méconnaissance des différentes filières professionnelles ainsi que la politique actuellement menée par l'Education Nationale ne font qu'agrandir ce gouffre. 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme. Ceci est révélateur des dysfonctionnements d'un système éducatif vieilli qui n'a pas su s'adapter à la diversité des jeunes à former. De plus, lorsqu'un élève s'engage dans une filière professionnelle, il est rapidement confronté à de nombreux problèmes, et en premier lieu à l'éparpillement sur le territoire des structures lui permettant d'accomplir sa formation de A à Z. Ainsi, il faut parfois parcourir plusieurs dizaines de kilomètres afin de trouver toutes les composantes de formation d'un même corps de métier où d'un même secteur d'activité. Cela constitue un frein pour de nombreux jeunes.


LYCÉE POLYVALENT DES METIERS 2 - Les dangers de l'orientation subie

C

Comme dit précédemment, on assiste depuis quelques années à un enfermement précoce des élèves en difficulté dans des voies dont les débouchés ne correspondent pas toujours à leurs aspirations. Le système est tel que si l'élève s'aperçoit que sa filière ne lui convient pas ou qu'il n'y réussit pas, ses possibilités de réorientation sont quasi nulles et le contraignent à recommencer un cursus scolaire presque complet ou bien à sortir du système éducatif. De leur coté, les filières professionnelles ou d'apprentissage finissent par être considérées comme des " voies de garage " pour les élèves en difficulté. L'apprentissage à 14 ans comme unique réponse à la crise des banlieues est une illustration de ces a priori absurdes. La situation est telle que 77,9% des étudiants en BTS issus de filières générales (soit 25,3% de l'effectif des BTS) sont admis, contre seulement 45,4% de ceux issus de filières professionnelles (soit 14,4% de l'effectif des BTS). Le manque de passerelles est l'un des facteurs qui participent de la dévalorisation des filières professionnelles. Cette non-reconnaissance du droit à l'erreur et à la réorientation n'encourage pas les élèves à se risquer dans un parcours qu'ils jugeront trop ciblé. Cette appréhension est renforcée par la méconnaissance des parcours qui apparaissent souvent comme trop complexes ou peu lisibles. A seize ans, l'élève a pourtant avant tout besoin d'être rassuré quant à son avenir. D'autre part, l'accès à un bac professionnel ou à un BTS nécessite souvent de changer d'établissement et de ville, ajoutant des contraintes dans le projet professionnel de l'élève et le poussant à restreindre ses possibilités de qualification. De plus, l'absence de mixité favorise non seulement le phénomène de reproduction sociale, mais développe également une forme de corporatisme. Celui-ci existe déjà entre les différentes formations au sein d'une même filière. Plus grave encore, cette absence de mixité nuit au rôle émancipateur du lycée. Ce dernier doit être un lieu de vivre ensemble, propice à l'échange et à l'apprentissage de la vie en société.


LYCÉE POLYVALENT DES METIERS 3 - Un objectif : le Lycée Polyvalent des Métiers (LPM)

C

L'UNL propose un lycée à la fois polyvalent qui regroupe des cursus tout à fait différents dans le but d'améliorer la mixité entre les élèves, et un lycée offrant une formation sur la durée. Cela signifie simplement qu'un élève choisissant un BEP dans X domaine trouvera dans le même établissement le bac professionnel et le BTS correspondant à ce même domaine. Cela permettrait à un élève de cerner son projet de manière globale et de se lancer dans sa réalisation en toute sérénité. Ces lycées auraient pour mission de promouvoir une mixité à la fois scolaire puisque différents enseignements y seraient représentés, mais également sociale puisqu'ils regrouperaient des lycéens de différents milieux et promis à des avenirs variés. De plus, ce type de lycée augmenterait sensiblement le niveau de qualification moyen car dans cet environnement de sécurité, moins d'élèves quitteraient leur formation en milieu de parcours. Ainsi dans un même lycée se regrouperaient filières professionnelles, technologiques et générales permettant par conséquent de multiplier les passerelles entre celles-ci. Grâce à ces Lycée Polyvalents des Métiers chaque élève se trouvant en situation de difficulté par rapport à sa scolarité, ou bien n'étant pas satisfait de sa formation, pourrait intégrer une nouvelle filière, plus en accord avec son projet et ainsi moins de jeunes sortiraient du système scolaire sans diplôme. Le passage vers une autre filière pourrait se faire sous forme de stage de " remise à niveau ". Il peut aussi se concrétiser par une année d' " insertion " permettant d'étudier de nouvelles matières spécifiques à la formation choisie. Dans tous les cas, les passerelles doivent permettre à tous de réintégrer une nouvelle formation qu'elle soit en rapport ou non avec la première choisie. Il est indéniable qu'au-delà de la question de l'orientation, la mise en place des LPM permettrait une synergie des savoirs et créerait les conditions véritables du " vivre-ensemble ". Pour autant, les lycées devront rester des lycées à taille humaine qui ne dépassent pas 1000 élèves. Cet équilibre entre " lycée polyvalent " et " lycée de métiers " nécessite une réorganisation progressive de l'offre de filières dans les académies et les lycées. Dans un premier temps, la mise en place de lycées pilotes peut être envisagé. Il sera ensuite nécessaire d'établir un calendrier fixant des objectifs clairs quant à la généralisation de ces Lycées Polyvalents des Métiers. Quoiqu'il arrive, ceci nécessite la mise en place d'une politique volontariste de rénovation de l'enseignement secondaire. Nous considérons que cette proposition, aussi ambitieuse qu'elle puisse paraître, constitue aujourd'hui une nécessité si l'on souhaite réellement relever le défi d'une réelle démocratisation des savoirs.


Éducation, Orientation : Changeons de cap !