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Or, Éducation, Économie, Science, Quel bilan pour le parc national ?

Tourisme vert & emploi, le défi des communes isolées Portfolio : paysages & faune du Sud guyanais Orpaillage illégal, une guerre pour la forêt

PARC AMAZONIEN

L 16651 - 5 H - F: 5,00 € - AL

Dom : 6 € - N. CAL/S : 900 cfp – POL/S : 950 cfp

10 ANS +DVD L’espace au fil du fleuve

HORS-SÉRIE 05

n°05HS - Septembre 2017

DE GUYANE


▲Famille teko sur les berges de l’Oyapock après la nivrée. Photo Aurélien Brusini

PARALLÈLE

ÉDITO

Voilà 10 ans de cela, fasciné par les paysages, les populations, les espèces méconnues de Guyane, j’imaginais un magazine pour les raconter et les valoriser. Voilà 10 ans, le Parc amazonien de Guyane (PAG) voyait le jour officiellement, après une longue gestation. Coïncidence que ces destins parallèles d’une revue et d’un projet de conservation ? Peut-être la conscience du patrimoine de la Guyane a-t-elle connu un coup d’accélération pendant ces années, sous des formes multiples, associatives, scientifiques, jusqu’à une nouvelle gestion des territoires dits "isolés". Depuis, les liens et les collaborations entre Une saison en Guyane et le parc national de Guyane se sont multipliés. Aussi lorsque l’idée a germé de préparer un hors-série pour fêter cette première décennie, nous avons été honorés qu'il nous fasse confiance pour le réaliser. L’expérience menée par le Parc amazonien dans le sud de la Guyane devrait tous nous intéresser à plusieurs titres. Expérience innovante, elle tente d'initier de nouveaux modes de gouvernance et de gestion, de remettre en relation le citoyen et l’État. Logo Final

logo Final « Une Saison en Guyane » 03/07/2015

Publirama

STUDIO

Peu de territoires confrontent en effet quotidiennement, des sociétés traditionnelles, des hauts fonctionnaires, des scientifiques, des travailleurs migrants. Expérience risquée, elle montre les limites de nos moyens d’action face à l’agression de l’orpaillage, face à la crise identitaire des sociétés sylvicoles, et la nécessité de trouver de nouvelles réponses. Expérience visionnaire, parce qu’elle tente de s’interposer à l’érosion inéluctable des surfaces forestières tropicales et à l’acculturation, malgré la pression de l’exploitation des ressources et de la société de consommation. Bien entouré à l’Est par le Parc national brésilien des Montagnes de Tumucumaque (le plus vaste du Brésil, mais le moins bien loti économiquement), et à l’Ouest par la réserve centrale du Suriname (qui n’est qu’une limite administrative), le PAG se retrouve de fait leader pour la conservation du plateau des Guyanes. Un enjeu planétaire à l’échelle du siècle si l’on garde à l’esprit que notre grande région possède 1/5 des réserves d’eau douce de la planète, et la dernière surface intacte de forêt tropicale humide.

Pierre-Olivier Jay - Rédacteur en chef

Avec

le soutien de

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10 ANS DU PARC AMAZONIEN

4 | Le Parc amazonien face à ses contradictions 7 | Entretien avec Gilles Kleitz et Claude Suzanon

VIVRE DANS LE SUD

30| Une jeunesse bouillonnante 34 | Maripa-Soula le défi de l’emploi

39 | Saül mise sur l’écotourisme 43 | Tourisme découvrir les communes de l’intérieur

RICHESSES NATURELLES & CULTURELLES 66 | Science au service du territoire Une saison en

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72| Accès et partage des avantages une démarche pionnière


SOMMAIRE

12 | De la préfiguration au 8e parc national français

54 | Portfolio Portraits

48 | Orpaillage illégal Une guerre pour la forêt

80 | Portfolio Faune

20 | Portfolio Paysages

88 | Lieux, histoire & Territoires teko et wayãpi

94 | Éducation à l’environnement Une saison en

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2007-2017 : QUEL BILAN ?

Le Parc amazonien face à ses contradictions

LA QUESTION AUTOCHTONE

▲Le Tukusipan d’Antecume-Pata endommagé par un incendie. Mai 2012. Photo Jody Amiet.

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ne des missions assignées au Parc amazonien de Guyane (PAG) dans son décret de création de 2007 est de contribuer au « développement des communautés d’habitants qui tirent traditionnellement leurs moyens de subsistance de la forêt ». Cette périphrase est habituellement utilisée en droit français pour désigner les peuples autochtones que l’État évite de nommer pour des raisons constitutionnelles. Plusieurs milliers d’Amérindiens wayana, teko et wayãpi vivent dans le sud de la Guyane. Cette situation a amené le Parc à se positionner vis-à-vis de la reconnaissance des droits de ces peuples en vertu de leur antériorité sur le territoire. La charte adoptée en 2013 choisit en effet de parler de « communautés autochtones et locales ». L’introduction de l’adjectif “ autochtone” est à noter tant la terminologie importe dans les questions juridiques. S’il n’est pas question de “ peuples ”, on peut tout de même voir dans l’emploi de ce terme une volonté d’officialiser “ l’autochtonie”. Concrètement, cela s’est traduit par la mise à disposition de cinq voix aux instances coutumières dans le conseil d’administration (45 sièges).

Il n’en fut pas toujours ainsi. Les chefs coutumiers ne siégèrent dans le comité de pilotage qu’après 2003, soit plus d’une décennie après le lancement du projet. Les quinze années de préfiguration du Parc amazonien (de 1992 à 2007), furent celles d’une prise en compte progressive des populations locales pour la gouvernance la plus vertueuse possible. « Pour que les habitants s’approprient les enjeux du Parc, il faut qu’ils prennent plus part aux décisions, car ce sont eux les meilleurs connaisseurs du territoire et les plus à même d’établir les règles », commente Marie Fleury, présidente du conseil scientifique du PAG. « On ne respecte la réglementation que si l’on y adhère. » Dès l’instauration du Parc, des règles ont été adaptées pour permettre aux populations locales de pratiquer leurs modes de vie, mais « il y a encore des aménagements à faire ». Marie Fleury donne l’exemple des plumes de hocco utilisées par les Wayana dans leur artisanat, mais qu’ils n’ont pas le droit de commercialiser. L’absence de débouchés commerciaux freine la réalisation de cet artisanat et pourrait participer de l’absence de transmission de la pratique. « Des efforts ont été faits en matière de cogestion » tient tout de même à


souligner l’ethnobotaniste. Des membres des communautés autochtones ont ainsi été employés par le Parc amazonien, alors qu’ils ne répondaient pas aux critères nationaux de recrutement. Dans sa communication, le Parc insiste sur la gestion partagée avec les habitants des actions mises en œuvre. « Pour autant, le PAG n’a pas vocation à être le vecteur politique de la revendication de la cause autochtone »,

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« 

écrivait Bérengère Blin, directrice adjointe de 2011 à 2017. « Le PAG apporte de la connaissance et des matériaux pouvant œuvrer à la reconnaissance de cette cause. » L’établissement se positionne donc comme un possible outil pour un combat qui reste celui des organisations autochtones. Texte de Hélène Ferrarini

L’EXPLOITATION AURIFÈRE ILLÉGALE

orsque la mission parc a été installée dans les années 90, il y avait déjà beaucoup d’orpailleurs sur la rivière Tampok et des malformations chez les nouveau-nés  » commente le fondateur du village d’Antecume Pata, André Cognat, qui a participé aux travaux des commissions du comité de pilotage pour le projet de Parc. (Selon une étude du Réseau national de santé publique de 1994, la population d’Antecume Pata présentait le plus fort taux d’imprégnation de mercure dans les cheveux parmi différents échantillons guyanais). La prédation par les orpailleurs illégaux, depuis des décennies, d’espaces naturels, a des retombées désastreuses. Aux perturbations sanitaires, environnementales et sécuritaires, s’ajoutent la défiance civile et politique à l’égard du Parc, alors que la lutte contre l’orpaillage ne relève pas pleinement de ses prérogatives. ce métal non renouvelable, à la traçabilité perfectible, Malgré l’engagement militaire depuis le début des encourage également les trafics. années 2000 et un durcissement de la réponse judiLe territoire doit aussi composer avec l’activité ciaire ces dernières années, l’espoir né de la création légale. D’ailleurs, au cours de la seconde mission d’un parc à même d’éradiquer ce fléau est resté à vif. Parc, les contours et les degrés de protection du En août 2017, le plus haut niveau de sites illégaux parc national furent dessinés en fonction de la carte jamais observé dans les zones de cœur et d’adhésion minière. L’aire d’adhésion est ouverte à l’exploitation était enregistré. sous autorisation, sauf exception portée par le schéma Les «  résultats  » de la lutte contre l’orpaillage départemental d’orientation minière (SDOM). illégal sont « indignes » d’une Ainsi, les différents usages aire protégée exprimait alors le coexistent et cristallisent les L’espoir né de la création conseil d’administration du Parc. divergences : si le sud de Saintd’un parc national à même « Cette situation finit par faire Élie renferme le prolongement d’éradiquer, ce fléau est douter certains de la capacité voire de la réserve de la Trinité et les resté à vif de la volonté de l’État d’exercer sa sources du fleuve Sinnamary, souveraineté », estimait deux ans la commune est aussi un haut plus tôt le Conseil général de l’environnement et du lieu de l’activité minière. développement durable. À Maripa-Soula, l’or est une manne financière pour Cette malédiction est entretenue par des facteurs des artisans, alors que depuis des décennies, les villages exogènes : le cours international de l’or, en hausse, en amont s’y opposent au regard de la turbidité et qui piétine les politiques publiques  ; la difficile de la contamination des poissons par le mercure que diplomatie environnementale et les difficultés l’activité engendre, ainsi que des tensions avec les sociales, économiques et politiques des États voisins. exploitants. L’attrait des consommateurs du monde entier pour Texte de Marion Briswalter

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▲Le barrage militaire sur l’Inini, non loin de Maripa-Soula. Novembre 2016. Photo P-O Jay.

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L'ACCÈS À LA TERRE

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’englobement de 30 % du territoire guyanais dans le parc national a levé dès les Guyane, le 25 février 2015. premières missions de vives contestations. Photo Stéphanie Bouillaguet. Certains citoyens et hommes politiques y virent la confiscation de leurs compétences et crurent en la résurgence d’un nouveau territoire de l’Inini. En effet, de 1930 à 1969, l’intégralité de la Guyane - moins une bande littorale - fut extraite du giron de la colonie puis du conseil général et directement placé sous l’administration d’un gouverneur nommé par Paris. Forestier, ce périmètre renfermait des ressources précieuses telles que l’or, le bois de rose et le balata. L’histoire coloniale et le L’histoire coloniale et le statut statut des terres guyanaises, des terres guyanaises font de qui sont aujourd’hui en la propriété foncière un sujet quasi-totalité sous dodouloureux maine privé de l’État - c’est le cas du parc national font de la propriété foncière un sujet douloureux où se télescopent les différentes entités administratives, l’individu et le collectif. L’accès au foncier est au cœur des revendications des habitants, et ce, bien avant les premières missions du Parc amazonien. Au principe communautaire appliqué depuis le début des années 1990 dans les huit zones de droit d’usage collectif (ZDUC), concessions et cessions collectives, qui font des communautés d’habitants bénéficiaires les usufruitiers gestion▲Conseil d’administration du Parc amazonien de

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naires de ces zones, se sont superposées les nouveautés juridiques introduites par la loi instaurant le parc national. Il en a résulté des difficultés de compréhension de ce mille-feuille juridique. « Il n’y a pour l’instant rien qui a changé sur les taxes foncières, mais il y a un manque d’information de la part de la mairie de Maripa-Soula et du parc. Il y a une grande rumeur qui dit que si tu ne payes pas tu vas en taule. Une grande majorité des gens commencent à payer la taxe, mais c’est nous qui avons défriché les terrains donc je ne sais pas si on doit payer comme les Occidentaux », exprime Akama Opoya, président du comité de vie locale au Parc amazonien, en écho à la généralisation sur Maripa-Soula des taxes communales. Globalement, la légitimité ou l’absence de reconnaissance des communautés sur les terres qu’elles occupent depuis des millénaires est restée inchangée. La création du Parc a reconnu des droits spécifiques aux populations en zone cœur et la charte a validé le principe de travailler sur ce domaine en partenariat avec les communes en zone d’adhésion. Cette reconnaissance légitime a vu le jour après un débat passionné de plusieurs années et a permis de ne pas rompre l’habitude des familles rurales et forestières vivant en ZDUC de pêcher, chasser, cueillir, transmettre les savoirs et faire vive leur identité en zone d’adhésion comme en zone de cœur. Texte de Marion Briswalter


2007-2017 : QUEL BILAN ?

Des attentes fortes & des conciliations parfois difficiles Claude Suzanon, président du Parc amazonien de Guyane (PAG) depuis quatre ans, et Gilles Kleitz, directeur depuis octobre 2014, évoquent les réussites et les difficultés des dix premières années d’existence du parc national. Une Saison en Guyane : Y a-t-il eu une évolution sur dix ans dans l’organisation de la gouvernance, et dans l’approche de la charte ? Quelles sont les erreurs commises et les leçons tirées, de ces dix années de fonctionnement ?

Claude Suzanon : Le démarrage du Parc amazonien a été très exaltant, notre priorité étant de favoriser le développement local tout en gérant la biodiversité de cet espace naturel. Mais parallèlement, dès sa naissance, à cause d’enjeux politico-économiques, le PAG a cristallisé toutes les rancœurs – tout à fait légitimes - contre les retards de développement, les manques d’infrastruc"À sa création, tures et d’équipements, le Parc est sans oublier les impacts devenu l’objet de de l’orpaillage clandesjoutes politiques tin. Du coup, le PAG est devenu l’objet de joutes qui nous qui nous dépassaient, dépassaient" considéré par certains Claude Suzanon comme un enjeu politique et idéologique alors que notre démarche n’était que pragmatique et technique. Dans ce contexte, je pense aussi que notre grande difficulté a été de mener de front l’élaboration de la charte à soumettre aux communes, à moins de cinq ans d’existence et de répondre de manière visible aux nombreuses attentes de la population. Le point déterminant a été et est toujours de bien prendre en compte la vision des habitants du sud de la Guyane, leurs réalités quotidiennes qui sont différentes et trop souvent mal comprises par ceux du littoral. Ainsi, d’un côté, certains attendaient beaucoup du Parc, porteur d’espoir en raison des trop nombreuses carences de ces zones enclavées, de l’autre, notamment sur le littoral, ceux qui ne voulaient pas du Parc, mais exigeaient de lui qu’il solutionne tous les problèmes ! “ Stimulés ” par cette forte pression, nous avons dû faire très vite nos preuves ! La grande leçon qu’il nous faut en tirer, c’est qu’à côté du travail, la communication est fondamentale. Elle doit être basée sur des échanges francs et constructifs, tant au niveau local que national. Avec Paris, il nous a fallu bien expliquer nos réalités et défendre nos positions par-

QU’EST-CE QUE LA CHARTE D’UN PARC NATIONAL ? La charte est un document élaboré dans chaque parc national, qui fixe les grandes lignes de son action et de ses partenaires sur une période décennale. Les chartes sont issues de la réforme de la loi des parcs nationaux de 2006 et ont été créées avec la vocation d’encourager une gouvernance partagée et l’implication des parcs dans le développement durable des territoires. En Guyane, elle a été construite en concertation avec les acteurs locaux et régionaux de 2009 et 2012 et validée in fine en conseil d’État en octobre 2013. L’adhésion des acteurs, en particulier les communes, aux orientations de la charte est libre. Elle se traduit par la suite par une convention triennale permettant d’appliquer, sous la forme d’un programme d’actions concret, la charte sur leurs territoires. Toutes les communes concernées ont adhéré à la charte du Parc amazonien entre 2013 et 2015.

▲Claude Suzanon. Photo Emeric Auffret Une saison en

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tagées localement sur le territoire (postes dérogatoires aujourd’hui sécurisés, APA…). En venant sur place, l’administration centrale a pu mieux réaliser l’étendue de nos besoins. La charte ayant été validée par toutes les communes, la convention d’application co-construite avec chacune d’entre elles décline les actions de développement ou structurelles choisies pour son territoire. Mais le PAG n'est pas un “guichet unique ”, à côté de ses missions spécifiques de parc national, c’est un facilitateur, un partenaire parmi d’autres qui intervient avec les communes, CTG, CCOG, CCEG, services déconcentrés de l’État, Europe… Ces partenariats sont incontournables pour réussir, surtout dans ces zones isolées ! Gilles Kleitz : Il est difficile de raccrocher deux mondes, celui des établissements et administrations publics et celui des sociétés locales amazoniennes. La logique institutionnelle et administrative, l’utilisation des budgets et des objectifs techniques, ont toujours du mal à s’articuler avec le temps local et avec la logique sociale et politique des communautés du Haut-Maroni, de l’Oyapock ou de Saül. Tout oppose ces deux mondes. Tout le talent d’un établissement public comme le PAG, doté finalement d’une grande autonomie, c’est de réussir à les marier. Je crois, après dix ans d’existence, que nous commençons à y arriver un peu. Et ce petit peu est extraordinaire et encourageant, même s’il y a encore tant à améliorer et à faire. L’idée première est que les communautés puissent se

saisir des opportunités qu’offre le Parc. Cela suppose d’adapter beaucoup le PAG aux communautés… et un petit peu les communautés au PAG ! C’est la première fois qu’un gros établissement public fait du travail dans la dentelle à leurs côtés. Je ne dis pas que tout est parfait, il y a des erreurs, mais les agents sont là, à l’écoute, et certaines réalisations, toujours conjointes, sont vraiment inspirantes. Le Parc est ainsi un moyen de mise en valeur des citoyens de l’intérieur de la Guyane – et de la nature ! Au-delà des actions entreprises avec les habitants, il y aussi 60 agents du PAG sur le terrain, qui ont une plateforme professionnelle et souvent affective pour parler positivement de leurs identités, de leurs cultures, de leur économie. C’est une vraie contribution au territoire. Comment faire pour que les habitants se sentent plus impliqués dans les questions de gouvernance ?

GK : Par le Comité de vie locale, qui est un modèle ambitieux et politique. Il a pu nous jouer des tours, il a parfois fait le jeu de l’opposition politique localement, mais il se remet en route. L’animation sociale, culturelle, communautaire sur des sujets contemporains, fonctionne très bien. CS : Je conçois que pour s’impliquer, on doit se sentir concerné et voir ce que le parc peut apporter. La présence des autorités coutumières dans le conseil d’administration et l’action du Comité de vie locale sont essentielles. Par ces démarches de démocratie participative, les orientations et actions du Parc s’enrichissent des connaissances et de réflexions partant des réalités du terrain, pour construire ensemble.

▼Les différents parc nationaux dans l’Outre-mer et dans l’Hexagone. Source PNF

ÉAN INDIEN

a Réunion

Peut-on dire que la gouvernance d’un parc national comme celui de la Guyane, est la question centrale et décisive ? Nancy

PA R I S

Forêts de Champagne et de Bourgogne (projet) DIJON

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LY O N Chambery C AY E N N E Grenoble

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S A I N T- D E N I S OCÉAN INDIEN

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MONTPELLIER Nancy

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Tarbes MER DES CARAÏBES

Un parc national est constitué de : Cœur terrestre Réserve intégrale Cœur marin Pointe à Pitre Guadeloupe Aire maritime adjacente Aire d’adhésion

Parcs nationaux de France

Pyrénées

Forêts de Champagne et de Bourgogne (projet)

Calanques

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MER MÉDITERRANÉE

OCÉAN ATLANTIQUE

B A S S E -T E R R E

0 km

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Aire potentielle d’adhésion C AY E N N E

Périmètre d’étude de la charte G U YA N E

LY O N Chambery

nb : l’adhésion des communes est à venir pour le parc national de Port-Cros

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Mercantour Nice

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Parcs nationaux de France Tarbes

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GK : Oui, c’est crucial. Le conseil d’administration est la seule arène guyanaise de ce type, accueillant cette mixité sociale, culturelle, géographique. Des coutumiers, habitants de l’intérieur, des élus, des administratifs techniques de haut niveau, le préfet, sous-préfet échangent sur des sujets souvent très politiques (aménagement, développement culturel, économie, jeunesse…). Vanoise Un tel espace de dialogue est important pour faire émerger et mettre en œuvre un projet territorial de l’intérieur de la Guyane. Par ailleurs, je Mercantour ne pense pas que le Parc pourrait exister sans cette légitimité que Nice lui confère son conseil d’administration pluriel et représentatif. Port-Cros CS : C’est un élément fondamental, il faut que

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Cartographie : PARCS NATIONAUX DE FRANCE - février 2016


chaque acteur du territoire s’approprie l’outil Parc coûts, mais aussi des aspects plus fondamentaux car l’idée générale est de construire ensemble et de respect culturel, pour que le tourisme devienne de valoriser les patrimoines naturels et culturels un vrai instrument identitaire, culturel et éconoque représente un parc national. Il est important mique, sans tomber dans le piège de la folklorid’impliquer concrètement les administrateurs sur sation. Le Parc doit ainsi en matière de tourisme tous les sujets fondamentaux qui concernent les suivre patiemment la voie du qualitatif, portée nocommunautés et leur environnement, de pouvoir tamment par les communautés dans le respect des mener des CA délocalipeuples autochtones. Il "Le conseil d’administration du sés, avec, à terme, l’imfaut prendre le temps plantation du siège sur Parc amazonien est la seule arène quand c’est nécessaire, guyanaise de ce type, accueillant le territoire. et aller plus vite quand c’est possible, comme à cette mixité sociale, culturelle, Quelles différences Saül. géographique" peut-on établir entre CS : Le tourisme est Gilles Kleitz le Parc amazonien un enjeu majeur que le et les autres parcs Parc amazonien peut rénationaux français ? aliser, dans les zones voulues par la population, en GK : On a une chance inouïe de ne concerner partenariat avec la commune et les porteurs de proque cinq communes, quatre avec la zone d’adhé- jets. C’est un secteur qui peut générer des activités sion. Même si elles sont immenses, elles peuvent rémunératrices tout en valorisant les habitants et engager avec le PAG un dialogue de proximité et leurs patrimoines. À côté du tourisme classique, le les équipes du PAG peuvent connaître tous les ac- Parc accueille le programme “ Amazonie pour tous ” teurs de façon rapprochée. Ce sont les ingrédients qui avec sa logistique doit faciliter l’accessibilité des pour un vrai travail d’adaptation et de co-construc- sites aux personnes porteuses de divers handicaps. tion, y compris dans la conservation de la nature et Ce programme, en partenariat avec la GMF et les la gestion durable des ressources naturelles. acteurs locaux du handicap, porte ses fruits ! Par ailleurs, l’enclavement, une surface dix fois ▼Gilles Kleitz. Photo Jean-Christophe Marsy plus grande que l’ensemble des 9 autres parcs nationaux réunis, un patrimoine naturel et humain extrêmement riche et encore incomplètement connu, des missions de développement local cruciales et prépondérantes, les exigences de la lutte contre la pression dramatique et destructrice de l’orpaillage illégal font du PAG un espace patrimonial unique, immense, irréductible aux catégories connues ailleurs. L’autre grande différence entre l’Hexagone et les Outre-mer est la place relative du parc national dans son territoire. Dans les trois collectivités d’Outre-mer concernées par un parc national (Guadeloupe, La Réunion, Guyane), le parc national est un acteur majeur, occupant un gros tiers à plus des trois quarts du territoire. Alors qu’en Provence-Alpes-Côtes d’Azur, Auvergne-Rhône-Alpes, ou Midi-Pyrénes-Languedoc-Roussillon, les parcs nationaux sont des acteurs moins centraux. Pensez-vous que le tourisme deviendra une ressource économique centrale dans le PAG ?

GK : Oui, mais c’est un projet à vingt ans. À court et moyen terme, cela ne concerne que Saül et en partie le Haut-Maroni, très partiellement l’Oyapock. Le potentiel pour des produits uniques, de très grand intérêt naturaliste, culturel et d’aventure est là. On le vit tous les jours. Mais il y a beaucoup de facteurs qui compliquent sa réalisation, l’enclavement et le transport, l’accès au marché, les

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Quels sont les objectifs des programmes de coopération menés à l’échelle continentale ?

CS : Beaucoup de choses nous rapprochent sur le bouclier des Guyanes où 60 % des territoires sont protégés : la biodiversité exceptionnelle, les peuples autochtones et les riches patrimoines culturels partagés, même s’il existe des contraintes linguistiques, administratives, législatives… Par le biais des espaces protégés, de nombreuses coopérations sont possibles sur la gestion et la conservation des milieux, la recherche et la valorisation des cultures… Le PAG appartient dorénavant à Redparques (réseau latino-américain des aires protégées), et nous participons au projet IAPA (Intégration des aires protégées de l’Amazonie) ainsi qu’au dialogue actif entre les aires protégées du plateau des Guyanes. N’oublions pas que les premiers parcs nationaux sud-américains datent des années 1920, bien avant le premier parc national français (1963). Il faut absolument actionner les moyens de la coopération régionale pour partager nos connaissances et expériences à l’échelle du continent et faire valoir, dans l’esprit de la COP 21, la contribution des aires protégées de notre écorégion pour la planète dans la lutte contre le changement climatique. Pourquoi la conservation du Plateau des Guyanes (étalé sur six pays, du sud Venezuela au nord du Brésil) est-elle un enjeu planétaire ?

CS : Il faut d’abord réaliser ce que peut apporter cette écorégion de 2, 7 millions de km2 qui représente plus de 10 % de l’eau douce mondiale, à la biodiversité exceptionnelle et un immense patrimoine culturel. Ces immenses espaces protégés sont le gage du maintien des services écologiques rendus gratuitement par la nature. Quand on a compris cela… GK : À l’horizon des cinquante prochaines années, Océan Atlantique le plateau des Guyane sera très certainement un des derniers massifs forestiers tropicaux relativement intacts. Ce qui signifie que les parcs nationaux, réserves naturelles et les terres indigènes qui couvrent plus de la moitié de cet espace ont une responsabilité importante.

Elles doivent réussir à protéger ces écosystèmes uniques, leurs réserves d’eau douce sans équivalent, et leurs peuples et cultures extraordinaires tout en leur ouvrant les perspectives d’avenir qu’elles souhaitent. Il faut donc se poser la question de la pérennité de tels systèmes de gestion de ces espaces naturels protégés, qui recouvrent souvent plus de 50 % des différentes parties du plateau guyanais. En Guyane française, ce n’est pas trop compliqué car un parc national ça dure et c’est à peu près financé. En revanche au Suriname, au Brésil, au Guyana, c’est bien souvent plus fragile, aussi bien en termes juridiques qu’en termes de financements durables, et ceci notamment face à des opportunités d’investissement et d’activité minière ou d’exploitation forestière. La création d’un très grand corridor écologique à travers le Plateau des Guyanes est-elle une utopie ou est-elle réaliste d’ici à vingt ans ?

GK : Je crois que la France peut et doit concourir à un tel projet. Il est pleinement cohérent il me semble avec la grande vision mondiale sur le climat et la biodiversité de notre ministre d’État de la Transition écologique et solidaire. Il faut naturellement le faire en pleine intelligence, dialogue et diplomatie avec nos voisins, voire encourager ou susciter leurs initiatives. Ces grands sujets entraînent des dynamiques inter-États, diplomatiques, politiques qu’il faut engager de façon adroite, en y mettant des moyens humains et de l’intelligence collective et bienveillante. La Colombie a déjà essayé, mais sans en parler suffisamment avec le Brésil, ce qui a conduit à un échec. La France est-elle bien positionnée en matière de leadership sur ces questions ? Je crois que oui, et l’Europe peut aussi être un bon véhicule sur la région sur ces thématiques. Il nous faudra innover sur le financement de l’administration et de la protection de ces grands espaces essentiellement naturels. Il y aura toujours besoin d’une part de subventions publiques, nationales et internationales. L’économie de l’écotourisme peut aussi jouer un rôle, ainsi que la finance carbone et la rémunération d’autres services écosystémiques, à penser sur le très long terme. Propos recueillis par Pierre-Olivier Jay Photos PAG et Jean-Christophe Marsy

Guyana Suriname Guyane française

▼Le plateau des Guyanes possède la dernière forêt tropicale intacte de la planète. Avec le Parc national des Montagnes du Tumucumaque brésilien et celui du Suriname, le PAG pourrait former un immense

Corridor de conservation du Sud Suriname Parc amazonien de Guyane Parc national des Monts Tumuc-humac

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Brésil

corridor écologique forestier. Carte Atelier Aymara réalisée avec le concours du WWF et les travaux de V. Gond.


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2007-2017 : QUEL BILAN ?

Parc amazonien de Guyane de la préfiguration e au 8 parc national ►Elie Castor, président du Conseil général entre 1979 à 1982 et de 1985 à 1994, a joué un rôle moteur dans la création du Parc amazonien. Sur ces photos de Vano, il effectue un déplacement sur le fleuve Maroni. ▼Octobre 1980, Jean-Jacques de Granville, botaniste, organise une expédition et réalise une prospection longue de 50 km. Pas moins de deux mois leur auront été nécessaires pour réaliser l’ensemble des échantillonnages et consolider l’inventaire floristique de la Guyane. De 1960 à 1980, de nombreuses missions de cette envergure ont été réalisées dans le but précis d’établir une carte des prospections faites sur l’ensemble du département. Photos Jean-Jacques de Granville

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nnoncé en 1992, il fut créé en 2007. Au cours des quinze ans de gestation du Parc de Guyane, quatre responsables de mission se succédèrent au gré des annonces internationales, des blocages locaux et des volontés de relance du projet. Il a fallu attendre l’émergence d’un des concepts phares du début du XXIe siècle – le développement durable – pour voir se concrétiser cet immense parc national, dont l’une des caractéristiques est qu’il est habité par quelques milliers de personnes depuis des générations. Au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, sous la lumière tamisée de la verrière de la grande galerie de l’évolution, une série de vidéos interactives brosse à grands traits le projet de parc national de Guyane. Les aléas de sa création y servent de cas pratique pour expliquer un jeu d’acteurs, simplifié pour les besoins de la vulgarisation : les positions des biologistes, des élus locaux, des Amérindiens et des orpailleurs y sont expliqués, dessinant des lignes de fracture ou d’entente. Étonnamment, ces données s’arrêtent autour de l’an 2000 laissant dans l’incertitude sur l’aboutissement du projet, comme si l’étude de ce jeu des acteurs était finalement plus intéressante que la finalisation proprement dite de ce parc… Dès 1978, scientifiques et ministère de l’Écologie envisagent la création d’un parc national en Guyane pour préserver une portion de la forêt amazonienne. Près de quinze ans plus tard, en 1992, le président de la République François Mitterrand annonce la volonté de la France de créer un vaste parc national dans le sud de la Guyane lors du Sommet de la Terre à Rio. Dans ses mémoires, le président du conseil général et député de la Guyane Elie Castor écrit avoir joué un rôle moteur dans la naissance de ce projet, attirant l’attention du chef de l’État sur le fait que la Guyane, vaste territoire d’Amazonie, pouvait permettre à la France de se positionner aux yeux du monde en faveur du sauvetage de l’une des plus grandes forêts de la planète. Quelque temps avant Rio, le 4 juin 1992, un protocole d’accord

Au Muséum national d’histoire naturelle, les aléas de la création du Parc amazonien servent de cas pratique pour expliquer un jeu d’acteurs Une saison en

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PORTFOLIO Paysages

▲Vue sur le Maroni, commune de Papaïchton. Décembre 2016. Photo Jody Amiet. ►Vue aérienne des affleurements rocheux de la rivière Marouini en saison sèche. En arrière plan, la roche Koutou. Octobre 2012. Photo Guillaume Feuillet.

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PORTFOLIO Paysages

▲Paroi du Pic Coudreau des Monts Bakkra. Mars 2015. Photo Arnould Eber. ►Lever du jour sur l’inselberg Memora, bassin de l’Oyapock, dans le cœur du Parc amazonien de Guyane. Mai 2012. Photo Guillaume Feuillet.

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PORTFOLIO Paysages

▲Le Mitaraka (681 m). Assis sur la frontière brésilienne, ce massif est constitué de plusieurs inselbergs disposés en arc de cercle autour de l’une des sources des affluents du haut Rio Mapaoni. Septembre 2008. Photo Olivier Tostain. ►Cambrouze au sommet des monts Bélvédère (Saül). Juillet 2015. Photo Guillaume Feuillet.

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VIVRE DANS LE SUD

Une jeunesse bouillonnante

Dans les cinq communes du Parc amazonien, près d’un habitant sur trois a moins de 15 ans. Les parcours sont évidemment multiples : collégiens arrachés précocement à leurs familles au nom de l’obligation de scolarité, mineurs qui doivent jongler avec la coutume, les activités familiales et le marché du travail.

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« 

l y a des sacrés parcours chez les enfants de l’intérieur. Il y en a qui ont un destin hors du commun et qui restent liés à leur terre. Il y a aussi une jeunesse laissée pour compte, et qui, pour avoir une formation doit s’extraire de ces espaces isolés » raconte Sandy, une enseignante. “ La jeunesse ” n’est pas qu’une tranche d’âge en Guyane, c’est une invocation constante au redressement, une gageure en l’“ avenir ”. Dans les cinq communes du Parc amazonien, ils sont 10 000 à être âgés de moins de 15 ans, soit près d’un habitant sur trois. Sur leurs épaules frêles, Une saison en

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les aînés chargent ce qu’eux-mêmes et leurs contemporains ont en partie raté : refuser l’acculturation, exiger le respect “ de l’apprentissage de la vie” en famille, être considéré et discuter les lois. À cinq et trois ans, les enfants du village Roger à Trois-Sauts ne s’en soucient pas encore. Espiègles et débordant de bonheur, ils plongent sans relâche dans l’eau écumeuse de l’itu wasu (le grand saut ou Trois Sauts). En ce mardi de rentrée scolaire, il n’y a pas cours car les enseignants ne sont pas encore arrivés. Les vacances de Pâques s’étirent car aucune pirogue n’a ramené les professeurs partis

sur le littoral, à deux jours de navigation. La conjugaison à l’indicatif du verbe “ râper ”, épinglée au tableau, attend on heure, tout comme l’abécédaire  : « M comme maïs, U comme urubu, J comme jaguar… » Si l’école est à l’arrêt, le village déborde d’activités  : les enfants grimpent dans les arbres pour ramasser des anones, les jeunes hommes s’occupent à la vannerie. Courbées et ceintes de mètres de tissus aux motifs de l’Afrique de l’Ouest, les jeunes filles s’affairent à façonner la galette de manioc sur le feu ou à transporter de pesantes charges de ce tubercule.


◄ Avec le club de Kayak, Carbet Simaye, près de Maripa-Soula. Novembre 2016. Photo P-O Jay ► Monocycliste sur la place centrale de MaripaSoula. Novembre 2016. Photo P-O Jay

Sur le Maroni, les eaux sont bordées d’autant de bonnes ondes  : les jeunes hommes, par exemple, manient avec une grande dextérité et un vrai courage la navigation malgré le tumulte des flots. En ce début de mai 2017, le chef coutumier “ par intérim ” de Boniville, Simonet Doudou, se remémore, les yeux mouillés de fierté, le déroulement du puu baaka (levée de deuil) trois semaines plus tôt. « Ils étaient là les jeunes ! Je ne m’attendais pas à en voir autant, à ce qu’ils participent comme ça, notamment au niveau musical. Ils étaient là pour faire les préparatifs avant le jour J. Cette jeunesse, je la vois d’un bon œil. Mais il y a du travail à faire sur la transmission des savoirs et c’est à nous, les vieux, de les y rapprocher car ils vivent dans le modernisme. » En ce qui concerne la passation des connaissances magicoreligieuses, telles que les obias, « c’est une autre forme de transmission. Ça ne disparaît pas, même si il n’y a plus autant de remèdes maintenant », exprime M. Doudou. Modernisme et conscience collective se conjuguent parfois autrement qu’au conditionnel. Agnès et Franck, la vingtaine, sont frères et sœurs et le démontrent. Nés au Suriname sur le Tapanahony, un affluent du Maroni, et détenteurs d’un titre de séjour français, ils mènent parfaitement leur barque. Sous les eaux de mai, Franck encadre plusieurs équipes d’électriciens sur des chantiers communaux et du Parc amazonien dans les villages amérindiens du Haut-Maroni. Sa cadette vient d’être intégrée comme médiatrice énergie au sein d’une association pour préparer l’arrivée de l’électrification. CARENCES DES ACTEURS DE L’ÉDUCATION Chaque année d’étude ou emploi décroché traduit beaucoup d’efforts déployés face aux défaillances des institutions dans tous les domaines et aussi parfois au veto des parents. L’école obligatoire, souvent distante à plusieurs heures de transport des foyers, a ceci de désastreux qu’elle prive les enfants de « l’apprentissage de la vie » en famille et ne leur présente à la place qu’un enseignement en décalage, qui effraye les parents et qui reste fermé aux langues maternelles. En 2017, aucun lycée n’était encore construit dans cette moitié du territoire guyanais, ce qui entraîne un exode partiel et contraint des adolescents. L’éloignement des collèges oblige de nombreux enfants à quitter dès dix ans leur noyau familial, et à ne le retrouver, pour une bonne partie d’entre eux, qu’à deux reprises au

cours de l’année scolaire : à Nöel et à Pâques. Au grand dam des plus lucides et concernés, à l’image du territoire national, l’école en Guyane est avant tout un outil de sélection, et trop rarement un vecteur d’émancipation, une porte pour la participation aux choix de société. « C’est important pour les enfants d’aller à l’école, pour apprendre à parler le français, le portugais, le créole, pour remplir les papiers  » rappelle l’un des chefs du L’éloignement des collèges obligent village Roger à Trois-Sauts, de nombreux enfants à quitter dès Thomas Palassissi. dix ans leur noyau familial Dans un tel contexte, les décrochages scolaires et les déceptions sont massifs et les formations dites de réinsertion, une autre option. À ce titre, plusieurs institutions, comme le Parc amazonien, interviennent « pour apporter des dispositifs d’appui et de formation… Tous ces dispositifs publics qui existent sur le littoral, mais qui sont mal projetés sur l’intérieur, physiquement, linguistiquement et en termes d’adaptation », explique le directeur du Parc amazonien, Gilles Kleitz. Justement, Alban a 22 ans et est le fils du Une saison en

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▲ Partie de rugby à Antecume Pata, sur le Haut-Maroni. Mai 2012. Photo Jody Amiet

capitaine Palassissi. « Je ne veux pas rester ici à ne rien faire », explique-t-il assis sous le toit d’un carbet du village. « Je ne sais pas trop ce que je veux faire dans la vie. Je voulais travailler dans le domaine du secrétariat. » Ancien élève au lycée Elie-Castor à Kourou, il a brutalement arrêté sa scolarité en cours d’année, car « [s]es parents ne pouvaient pas payer » l’hébergement et le transport. Malgré tout, Alban a rebondi avec succès grâce au RSMA (régiment « Quand ils partent au collège, du service militaire adapté) qui les jeunes ont comme un poids semble réussir de plus en plus là où sur leur épaules : celui de l’Éducation nationale échoue. En devoir réussir » six mois, « j’ai appris la charpenterie, Un enseignant la menuiserie, l’électricité. Je veux développer Trois Sauts ». « Quand ils partent au collège, les jeunes ont comme un poids sur leurs épaules : celui de devoir réussir. Quand ils ne peuvent pas réussir, ils sont déçus par eux-mêmes et ont à subir le regard des autres », témoigne un professeur qui intervient sur l’ensemble du territoire. À Saül, comme dans les autres communes, les merveilles et les difficultés jalonnent aussi la croissance. « Mon premier sentiment, c’est qu’il n’y a pas grand-chose qui attire les jeunes à Saül et pas non plus beaucoup d’activités qui les incitent à rester, partage Euridice Samuel, vice-présidente du Comité de vie locale au Parc amazonien et l’un des cent habitants de Saül. Les seuls Une saison en

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qui restent sont ceux dont les parents y vivent et ceux qui aiment la commune et pas vraiment le littoral. » La bourgade, que l’on définit souvent comme le cœur géographique de la Guyane, est rythmée la semaine par les gazouillis de la vingtaine d’enfants de l’école communale. Les adolescents qui ne souhaitent pas partir à Cayenne, au collège, optent pour les cours par correspondance. Cindy a fait le choix de rester dans son village. Après avoir suivi des cours par voie postale du CP à la seconde, la jeune femme de 25 ans a réussi à décrocher un poste d’employée communale, qu’elle cumule avec la gestion d’une parcelle agricole de 15 hectares. « Il est assez difficile de construire un avenir sûr à Saül, en raison de l’isolement et du très petit nombre de places de travail disponibles. Avoir grandi à Saül m’a forgé un caractère fort, indépendant, et débrouillard. Et malgré les difficultés d’y vivre, c’est aussi un superbe endroit pour avoir une vie saine et sans crainte. » Pour Madame Samuel, « la  génération internet n’est pas trop intéressée par les communes isolées, mais plutôt par ce qui va à la vitesse grand V. Les salles de bal ça ne les intéresse plus, pas plus que de vivre comme nous on aime, avec le calme et la forêt. » Gwendoline est une Aluku de 25 ans. Mère depuis un an elle est, comme de nombreux jeunes adultes, animée d’un devoir de


solidarité avec les plus jeunes. Après avoir travaillé pendant deux ans comme chargée de communication à la mairie de Maripa-Soula, elle a repris ses études universitaires. « Quand je vois le nombre de jeunes qui quittent l’école, je me dis que je pourrais être enseignante d’anglais à Maripa-Soula pour les aider. Par mon expérience, et parce que je parle l’aluku, je peux encourager d’autres jeunes à enseigner. Jusqu’au collège il y a plein d’élèves qui ne parlent pas le français. Comment peut-on avoir plus de réussite, plus d’épanouissement, si à la base on ne comprend pas bien le français ? » D’autant que les enseignants ont parfois « beaucoup de mal à comprendre les élèves » car ils ne parlent pas la langue régionale. « C’est à nous de prendre en main l’éducation de nos jeunes. Beaucoup le font déjà, mais il faudrait qu’il y en ait encore plus, pour montrer qu’ils réussissent », appelle de ses vœux Gwendoline. Comme de nombreux anciens, André Cognat, fondateur du village d’Antecume Pata, est soucieux. « Ça devient de plus en plus compliqué avec les jeunes, avec l’apparition de violences contre soi-même. Il y a de beaux exemples, comme sur l’Oyapock (Camopi), où ils utilisent des moyens modernes, le chant, pour expliquer leurs problèmes, c’est super. Mais on aimerait que la tendance s’inverse. » « Face aux mutations socioculturelles, il faut réinventer les modes de transmission, ancrés

▲ Sur le ponton de

auparavant dans l’oralité et l’observationMaripa-Soula, face à la rive du Suriname. mimétisme. Ceux-ci peuvent s’appuyer sur des outils Avril 2011. adaptés aux nouvelles générations, comme par Photo P-O Jay exemple la captation vidéo », exprime Bertrand Goguillon, chef du service Patrimoines naturels et culturels au Parc amazonien. À la question : « Que représente pour vous le Parc amazonien ? », certains interlocuteurs n’ont pas grande inspiration. « On sait juste qu’ils sont sur le territoire pour observer et « Parce que je parle l’aluku, pour limiter les clandestins de je peux encourager d’autres passer ; et pour mettre des lois », exprime Brandon, lycéen de jeunes à enseigner » Camopi. « Ils ne protègent pas Gwendoline, qui se prépare à être professeur d’anglais à Maripa-Soula les animaux aussi ? » hasarde sa camarade Épiphanie. Marius, originaire du village Lipo Lipo, bondit : « Le Parc amazonien ça a changé des choses pour moi car j’ai été volontaire service civique. J’ai suivi une formation pour l’éducation au développement durable. J’ai fait des animations dans les écoles pendant huit mois, c’était bien », explique-t-il face à une vue imprenable sur les deux gardiens de Zidok : le fromager, haut de « 31 mètres » selon l’ancien 1er adjoint de la commune, Laurent Yawalou, et le kwata kaman (le “  lit du kwata ” Parkia pendula), qui s’étale massivement. Texte de Marion Briswalter Photos Jody Amiet, P-O Jay Une saison en

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VIVRE DANS LE SUD

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le défi de l’emploi Depuis quelques années, Maripa-Soula change de visage. Construction de routes, d’infrastructures, arrivée de nouveaux services… Mais le taux de chômage reste encore très fort sur ce territoire où l’activité informelle tient une place importante. La commune ne manque pourtant pas d’atouts, qu’il s’agit aujourd’hui de valoriser et de transformer en réelles opportunités de développement économique.

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oiffure impeccable, maquillage coquet, Véronique, 33 ans, soigne sa présentation autant que son projet professionnel : ouvrir le premier institut de beauté de Maripa-Soula. C’est ce qui l’a poussé à revenir dans sa commune il y a deux ans, après avoir suivi une formation d’esthéticienne et s’être fait la main quelques années en France hexagonale. «  Quand je revenais pendant les vacances, je faisais découvrir à mon entourage des produits de beauté et la façon de les utiliser. J’ai compris qu’il existait un gros potentiel sur MaripaSoula et des gens prêts à me suivre », explique-telle avec ce sourire qui ne la quitte jamais. « On ne connaît pas directement ces soins-là chez nous. Il y a certes des soins traditionnels Maripa-Soula continue de dans la culture bushinenge, mais pâtir de son isolement ça me paraissait bien, pour une et de son éloignement fille d’ici, d’apporter quelque de Cayenne chose de nouveau à sa commune. » Mais avant de pouvoir vivre de son métier, Véronique doit faire face à une multitude de difficultés qu’elle n’imaginait pas : pour avoir accès à un crédit, pour acheminer ses produits, pour trouver un local où faire régner une ambiance appelant à la détente. Alors en parallèle à la création et au développement de son activité, elle travaille au collège, sans désespérer de pouvoir un jour vivre entièrement de sa passion. ► Restauration traditionnelle Véronique est loin d’être la seule dans ce cas. sous le carbet communal de Les freins à la création d’activité et à la pérennité Maripa-Soula. Août 2016. Photo P-O Jay des entreprises sont encore nombreux à MaripaSoula. Parmi eux, le faible accès à des dispositifs ► Local du club de kayak d’accompagnement et de financements de Maripa-Soula. Août 2016. Photo P-O Jay adaptés, l’enclavement géographique et

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numérique, la complexité administrative ainsi que la barrière de la langue, encore réelle pour beaucoup, compliquent amplement la tâche des entrepreneurs et des porteurs de projet. La plus grande commune de France en superficie, mais aussi l’une des moins densément peuplée, continue de pâtir de son isolement et de son éloignement de Cayenne. Le coût du transport, le manque d’infrastructures et la faible représentation des services publics ont d’ailleurs constitué le terreau des principales revendications du collectif du Lawa lors du récent mouvement social en Guyane. ACCOMPAGNER VERS LA FORMALISATION Côté pile, les statistiques de l’Insee dressent un tableau assez sombre du contexte socioéconomique de Maripa-Soula  : un taux d’inactivité qui bat des records, une quasiabsence d’emplois disponibles, une population peu diplômée et peu qualifiée. Coté face, des entrepreneurs motivés qui doivent se battre deux fois plus qu’ailleurs pour créer ou formaliser leur activité. Avec en toile de fond une activité informelle très importante, de l’ordre de 60 à 70 % selon les sources. Mécanos, coiffeurs, bricoleurs, petits revendeurs… Les “jobeurs  ” cherchent un revenu d’appoint, oscillant fréquemment entre plusieurs activités, rémunérées ou non. « Beaucoup de gens ne voient pas l’intérêt de se déclarer. Généralement, ils le font quand ils n’ont plus le choix, en raison de la peur de contrôles par exemple, ou pour pouvoir travailler avec des entreprises privées et des organismes publics  »,


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◄Justin Raymond est propriétaire du gite Akenou à Saül. Juin 2013. Photo Claudia Berthier

IRD). Les chercheurs s’étaient appuyés à l’époque sur les vestiges des chemins utilisés par les chercheurs d’or du début du XXe siècle, eux-mêmes ancrés sur les chemins historiques des communautés autochtones des bassins de l’Oyapock et du Maroni. Depuis 2010, la réhabilitation de cinq sentiers a été entreprise par la commune, avec un fort soutien du parc national, ainsi que celui des fonds européens LEADER, du comité du tourisme de la Guyane, de la CTG et de l’ONF. Aujourd’hui, quatre d’entre eux sont inscrits au Plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée (PDIPR) et ne présentent pas de difficultés majeures pour le tourisme familial grâce à la signalétique, aux ouvrages de franchissement et aux aménagements réalisés. Ces sentiers permettent de s’aventurer au cœur de la forêt, à la découverte de la faune et de la flore exceptionnelles du cœur de la Guyane. Les abords de Saül sont caractérisés par une grande variété de biotopes, allant de la forêt ripicole, en bord de cours d’eau, aux forêts d’altitude parfois baignées dans les nuages. Ces hauts reliefs présentent un grand intérêt écologique et recèlent une biodiversité importante  : ils ont servi de refuge à de nombreuses espèces pendant les périodes de sécheresse qu’a connues l’Amazonie au cours de son histoire. Depuis les années 1960, de nombreuses missions d’études scientifiques et d’inventaires naturalistes ambitieuses sont ainsi menées dans la région. La commune constitue en outre une sorte de château d’eau où plusieurs criques, affluentes des principales rivières de Guyane, prennent leur source : la Mana, à l’ouest, prend sa source dans les monts Galbao, la crique Nouvelle France et la Crique Cochon coulent vers le sud pour former l’Inini, tandis que les affluents de l’Approuague et de l’Arataï prennent leur source à l’est. Baigné dans cet environnement particulièrement riche, Saül possède d’autres atouts touristiques grâce à son histoire. Celleci est intimement liée à la première ruée vers l’or, au début du XXe siècle. Si la présence de vestiges archéologiques (polissoirs, fragments de poterie, etc.) atteste une occupation ancienne de populations amérindiennes, c’est entre 1910 et 1930 que le village tel qu’on le connaît prend forme. Attirés par le précieux minerai, des orpailleurs provenant des Antilles françaises et anglaises, notamment Sainte-Lucie, s’installent dans la région. C’est d’ailleurs l’un d’entre eux,

M. Sahul, qui donne son nom à la commune. De nombreux lieux-dits attestent encore de la fièvre qui s’était emparée de ces « bricoleurs » (orpailleurs légaux) et « maraudeurs » des temps anciens : Cent-Sous, Espoir, Patience, De nombreux lieux-dits attestent encore Mes-Amis, etc. de la fièvre qui s’était emparée de ces La prospérité de “  bricoleurs ” (orpailleurs légaux) et l’activité aurifère décline au cours “  maraudeurs ” des temps anciens : Centdes années 1960, Sous, Espoir, Patience, Mes-Amis… provoquant l’exode des familles. C’est à cette même époque que l’église Saint-Antoine de Padoue est construite dans le bourg. Cet ouvrage en bois, arborant deux clochers, est le seul bâtiment français à avoir été classé monument historique du vivant de son constructeur (1992). Restaurée en 1995, elle constitue aujourd’hui la fierté du village par ▼Récolte du riz à Saül. son originalité et son histoire. Agriculteur hmong. Juin 2013. Photo Claudia Berthier

◄Man Annette est la plus ancienne habitante de Saül. Juin 2013. Photo Claudia Berthier

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ACCUEILLIR TOUS LES PUBLICS Les quelque 2 500 visiteurs attirés chaque année par ces richesses historiques, naturelles et culturelles, ont convaincu la plupart des habitants que l’avenir de la petite commune se joue en partie dans le développement d’un tourisme à échelle humaine, respectueux du cadre de vie des habitants et de l’environnement. Justin Raymond est le propriétaire du gîterestaurant Akenou, qu’il a ouvert dans les années 1980. Ce natif de Saül est l’un des premiers à avoir compris qu’il y avait une demande touristique. « Il y avait bien un restaurant à l’époque, mais les jours d’ouverture n’étaient pas fixes. J’ai eu le déclic en lisant un journal qui posait la question : où se loger et où se nourrir à Saül ? » Plus de trente ans plus tard, son affaire s’est agrandie et marche toujours : « Les gens sont attirés par ce petit point au milieu de la carte de la Guyane. Et puis chez nous, il fait plus frais qu’à Cayenne, on vit tranquille et il y a un côté pittoresque avec nos maisons en gaulette ». L’avenir du village ? « Saül a un fort potentiel touristique et agricole. C’est vers là qu’il faut aller », selon Justin Raymond. Aujourd’hui, la commune compte 52 places de hamac, 49 places en lit, trois restaurants, et les projets pour améliorer l’offre touristique ne manquent pas. « Dans le cadre du contrat de destination "Guyane Amazonie, naturellement généreuse", la commune fera prochainement l’objet d’une promotion à visibilité internationale, ajoute Loïc Massué, chargé de mission Tourisme au Parc amazonien de Guyane. Afin de répondre à une demande croissante, l’offre touristique se diversifie et se développe, les acteurs socioprofessionnels continuent à se former et sont aussi sensibilisés à l’accueil des personnes en situation de handicap. » En effet, afin de permettre au plus grand nombre de profiter de Saül, le Parc amazonien,

la commune et les professionnels du tourisme ◄La mairie de Saül, avec en ont lancé en 2013 l’opération “Amazonie pour arrière plan, son imposant tous ”, en partenariat avec la GMF. Celle-ci fromager, lauréat du concours vise à renforcer l’accessibilité des sentiers et de l’arbre de l’année 2015. des lieux de vie du bourg. Plusieurs séjours Avril 2005. Photo Henri Griffit. ont déjà été organisés avec des experts et des personnes en situation de handicap afin de diagnostiquer l’ensemble des maillons de la chaîne d’accessibilité. « Ce programme implique de multiples partenaires et permettra à court terme à la commune de proposer une véritable offre de tourisme adapté. L’objectif initial est de tout mettre en œuvre pour que Saül obtienne la labellisation "Destination Pour Tous" », précise Loïc Massué. Afin de structurer encore la filière touristique, certains jeunes du village Les habitants en sont convaincus : auront l’opportunité de suivre très prochainement l’avenir de la petite commune une formation qualifiante se joue en partie dans le de “   guide en milieu développement d’un tourisme amazonien”, organisée à échelle humaine par la Compagnie des Guides de Guyane avec le soutien du Parc. «  L’envie de proposer une offre touristique diversifiée et de qualité est bien présente à Saül, explique Matthieu Descombes, responsable adjoint du service Développement durable au Parc amazonien. L’enjeu est d’être à la hauteur d’un public exigeant, parfois novice, mais souvent intéressé par les milieux remarquables et en excellent état de conservation qui composent les écosystèmes et paysages de la commune. » Texte de Guillaume Feuillet & Claudia Berthier, initialement publié dans Une Saison en Guyane n°11 (août 2013), mis à jour en juin 2017 par Stéphanie Bouillaguet (PAG). Photos Claudia Berthier,Henri Griffit, Guillaume Feuillet.

◄Personnes mal-voyantes en randonnée sur le sentier Roche-Bateau à Saül dans le cadre de l’opération "Saül l’Amazonie pour tous". Photo Guillaume Feuillet.

ORPAILLAGE ILLÉGAL SAÜL RETROUVE SA QUIÉTUDE Si l’histoire des chercheurs d’or saint-luciens constitue le patrimoine historique contemporain de la commune, ses habitants ne souhaitent pas que le futur s’écrive uniquement sous le sceau du métal jaune. Car l’orpaillage, les Saüliens en sont fatigués. Le pillage massif du sous-sol guyanais amorcé dans les années 1990 par des milliers d’orpailleurs illégaux venus des pays voisins n’a pas épargné Saül. Entre 2004 et 2008, les Saüliens ont subi de plein fouet cette deuxième ruée vers l’or. « Il y avait chaque jour jusqu’à cinquante garimpeiros qui arpentaient le village avec armes et bagages. Ils venaient se faire soigner et se ravitailler. La tranquillité du village en avait pris un coup », soupire Stéphane Plaine. Cette insécurité physique et sanitaire a conduit un certain nombre d’habitants à prendre le large, à quitter Saül en attendant des jours meilleurs. Les moyens déployés par les forces de l’ordre dans le cadre du dispositif Harpie, conjugués à la création du Parc amazonien de Guyane en 2007, a permis à Saül de retrouver sa quiétude. « Il n’y a aujourd’hui plus de chantiers illégaux actifs dans un rayon de 20 km autour du bourg », indique Antonio Lopez, responsable de l’antenne du parc national à Saül. La commune affiche clairement son refus de toute activité minière, légale ou illégale, dans un périmètre de 10 km autour du bourg. Le dernier survol de diagnostic mené par le Parc amazonien en août 2017 a néanmoins fait apparaître une augmentation de l’activité minière illégale sur le territoire de la commune avec la présence de huit sites actifs, contre deux lors du précédent survol, en mars 2017. « Cela démontre qu’une surveillance en continu est nécessaire », précise Gilles Kleitz, directeur du Parc amazonien. Une saison en

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VIVRE DANS LE SUD

Découvrir

les communes de l’intérieur L e Parc amazonien de Guyane recèle de richesses patrimoniales, à la croisée des populations aluku (Noirs Marrons), wayana et teko (Amérindiens) sur le fleuve Maroni, teko et wayãpi (Amérindiens) sur le fleuve Oyapock, créoles dans le petit bourg de Saül. La préservation de ces patrimoines, des savoirs et savoir-faire traditionnels sont des enjeux forts et prioritaires pour le parc national. Dans ce contexte, la mise en tourisme de certains lieux de vie n’est pas toujours compatible avec le respect des modes de vie des habitants. Ainsi, les projets permettant de diversifier l’offre existante font l’objet d’une concertation avec la population, les communes et les autorités coutumières. Ces patrimoines, matériels et immatériels, constituent des éléments d’attractivité du territoire indéniables, magnifiés

par la beauté des paysages et la diversité des milieux naturels en excellent état de conservation présents sur les territoires concernés par le Parc amazonien. Toutefois, l’enclavement de ces communes induit des coûts liés au transport relativement élevé et une répercussion sur les tarifs proposés par les différents prestataires. Certains sites, uniques, deviendront à court terme de véritables vitrines des territoires : les Abattis Cottica à Papaïchton, la crique et l’inselberg Mémora à Camopi, les cascades de Gobaya Soula à Maripa-Soula, les forêts sub-montagnardes des Monts Galbao à Saül… Ces sites remarquables, chargés d’histoire, ne représentent qu’un échantillon des potentialités en termes d’activités de pleine nature. Parallèlement, le renforcement des ca-

pacités des acteurs locaux, notamment grâce à la mise en place d’une offre de formations, joue un rôle majeur dans la structuration de la filière écotouristique. La commune de Saül a d’ailleurs misé sur le tourisme vert pour son développement économique. Village atypique situé au cœur du milieu amazonien, ayant su conserver son authenticité, la porte d’entrée du Parc amazonien propose aujourd’hui un linéaire de plus de 45 km de sentiers balisés, entretenus et aménagés, ainsi qu’une centaine de kilomètres de layons autour du village. Plusieurs projets d’aménagements et de création d’itinéraires de découverte sont également en cours de réalisation à Maripa-Soula, à Papaïchton et à Camopi, afin de répondre à une demande croissante. Texte de Loïc Massué (PAG)

▲Le potentiel touristique dans le sud de la Guyane. Source PAG Une saison en

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Saül

Destination nature

Grand Bœuf mort - 6h / 12km

Depuis longtemps, Saül est une destination prisée des naturalistes. Le réseau de sentiers permet aux visiteurs de s’aventurer au cœur de la forêt, à la découverte de la faune et de la flore guyanaises. Des ornithologues, entomologistes et botanistes de tous horizons foulent régulièrement les layons de Saül pour assouvir leur passion de découverte de la biodiversité. Au détour d’un chemin ou d’une crique, les randonneurs chanceux surprendront un tapir, un groupe d’atèles, voire un félin curieux. Et entre les grands arbres, là où se pose le regard, il y a toujours un insecte étrange, une belle orchidée ou un oiseau coloré pour susciter la curiosité. Tout cela participe au charme de Saül. Les scientifiques ne se sont d’ailleurs pas trompés sur la richesse biologique de la région puisque depuis les années 1960, de nombreuses missions d’étude et d’inventaire naturaliste se succèdent autour du bourg.

Monts La Fumée - 5h30 / 10km

Belvédère - 1h / 1, 8km

Gros Arbre - 2h / 5km

Roche Bateau - 7h / 14km

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Papaïchton

Abattis Cottica

Berceau du peuple boni

Montagne Cottica

PAPAÏCHTON

Papaïchton, la "capitale historique du pays Boni" était autrefois située plus en aval du fleuve. Le village fut déplacé par le Gaan Man Tolinga, en raison du caractère inondable du site. Il s’agissait aussi de créer un nouveau village pour abriter la commune et un nouveau centre du pouvoir traditionnel et politique. Résidence du Gaan Man, le bourg de Papaïchton renferme de nombreux lieux symboliques pour la communauté aluku. En aval du bourg, les Abattis Cottica forment un paysage fluvial extraordinaire : le fleuve s’y décompose dans un dédale de méandres entrecoupé de sauts et d’îlots forestiers. C’est un haut lieu culturel et historique pour les bushinenge : ils forment d’ailleurs la frontière naturelle entre les pays aluku et djuka.

Montagne Bellevue de Maripa-Soula

MARIPA-SOULA

Maripa-Soula

Carrefour culturel Maripa-Soula, qui signifie littéralement “ le saut du Maripa ”, en référence au palmier amazonien, s’est développée à la fin du XIXe siècle avec l’arrivée des chercheurs d’or. Cette commune, la plus vaste de France, a vu le jour en 1969 dans le cadre de la départementalisation. Elle est le lieu de rencontre de peuples d’horizons divers : les Amérindiens, les Noirs Marrons et les Créoles, puis plus récemment, des populations européennes, brésiliennes, haïtiennes, péruviennes et surinamaises, formant une véritable mosaïque interculturelle. Sur le bourg où sont concentrés les équipements publics (aérodrome, Poste…) et l’activité économique, vivent aujourd’hui plus de 8 000 personnes. En amont se trouvent les villages amérindiens d’Elahé, Kayodé, Twenke, Taluen, Antecume Pata et Pidima, dont l’accès est réglementé par arrêté préfectoral. Le bourg de Maripa-Soula et ses environs immédiats disposent d’un réseau de circuits de randonnée diversifié : à pied, à vélo ou en kayak, il y en a pour tous les goûts et tous les niveaux. Une carte présentant sept parcours terrestres et quatre parcours nautiques est mise à disposition dans les Maisons du Parc et téléchargeable sur le site www.parc-amazonien-guyane.fr.

Twenké

Pidima

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Elahé

Kayodé

Taluen Antecume Pata


Maripa-Soula & Papaïchton Sentiers des communes du Parc amazonien de Guyane

Sentier La Source - 4km

Papaïchton 35 km (4h VTT)

Sentier des Géants - 3h / 3, 8 km

Boucle des Sables blancs 14, 5 km (2h VTT) New Wacapou 9, 5km (2h VTT)

Boucle Sophie 12, 5 km (2h VTT) Crique Daouda (AR) 5 km / 3h

Vers cascades de Gobaya Soula 2, 2 km (1h30)

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VIVRE DANS LE SUD

ORPAILLAGE ILLÉGAL Une guerre pour la forêt

▲Un site d’orpaillage illégal non loin de la crique Lipo Lipo à l’est d'Antecume-Pata. Août 2017. Photo Pascal Assakia. Une saison en

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Lors du dernier survol de diagnostic de l’activité minière illégale dans le sud de la Guyane, le Parc amazonien a comptabilisé 177 sites actifs sur son territoire, soit un record historique depuis sa création. Depuis dix ans, en moyenne, l’établissement dénombre une centaine de sites actifs dans le sud de la Guyane. L’orpaillage illégal porte des atteintes considérables à la biodiversité et au cadre de vie des habitants, engendre des risques sanitaires et génère un climat d’insécurité et de violence intolérable. Les efforts de lutte conséquents mis en place depuis dix ans via le dispositif Harpie n’ont pas permis de venir à bout de ce fléau. D’autres volets entrent en jeu, notamment diplomatiques.

J

uste en face du bourg de Maripa-Soula, New Albina mérite malheureusement bien son titre de “  supermarché de l’orpaillage illégal ”. Des dizaines de commerces sur pilotis, construits en bois et en tôle colorée, s’alignent les uns après les autres sur la rive surinamaise. À l’intérieur de ces grands hangars, du riz et du poulet congelé sont à vendre tout autant que des motopompes et du mercure. Depuis une dizaine d’années, New Albina ne cesse de s’étendre. Derrière les commerces, les habitations de fortune se multiplient à un rythme effréné. D’ici partent les marchandises qui seront vendues à prix d’or sur les sites miniers illégaux du sud de la Guyane. C’est également l’endroit où transitent à un moment ou à un autre les garimpeiros, ces chercheurs d’or venus pour l’essentiel des régions pauvres du nord et du nord-est du Brésil. Sur le Haut-Oyapock, c’est à Ilha Bela que s’organise la logistique de l’orpaillage illégal. Situé dans le périmètre du parc national brésilien das Montanhas do Tumucumaque, face à la rivière Sikini, ce village fait de cabanes en bois et en tôles n’a pas d’existence légale. Les quelque 200 personnes qui y habitent vivent exclusivement – directement ou indirectement – de l’exploitation aurifère clandestine en Guyane. L’or extrait illégalement en Guyane est quant à lui acheminé en grande partie vers Paramaribo (Suriname) ou Oiapoque, au Brésil. Cette commune frontalière compte 25 comptoirs d’or illégaux qui, ne pouvant prouver l’origine de l’or, tombent pourtant sous le coup de deux infractions à la loi (blanchiment / dissimulation des biens par non-déclaration de transactions et non tenue d’un registre ; importation d’or extrait ou importé de manière illégale). À ce titre, la récente ouverture d’une mine dans l’État de l’Amapá, à Rio Cricou, pourrait aggraver la situation en légitimant l’existence même de ces comptoirs. Dans l’Ouest guyanais, les barges surinamaises qui pompent les sédiments du Maroni, fleuve-

frontière, cristallisent aujourd’hui la colère des habitants. Les autorités françaises ne peuvent y intervenir que si elles ont la certitude qu’elles se trouvent du côté français du fleuve. Un véritable casse-tête qui nécessite de prendre un maximum de précautions, « tant d’un point de vue opérationnel qu’en termes de traitement procédural », note le lieutenant-colonel Gladieux, commandant du Centre de conduite des opérations de la mission Harpie, le dispositif de lutte contre l’orpaillage illégal. Dans ce contexte transfrontalier, amazonien, la lutte contre ce fléau doit donc nécessairement impliquer les autorités du Brésil et du Suriname. Mais force est de constater que la coopération opérationnelle, sur le terrain, est encore embryonnaire. « Sans actions décisives dans ce domaine - par exemple la mise en place d’une coordination routinière d’opérations militaires de part et d’autre de la frontière, un dispositif coordonné de contrôle des flux aux frontières, un accord judiciaire pour la pénalisation des illégaux – la situation restera au mieux dans un statu quo, avec un seuil d’efficacité atteint au prix d’un effort de lutte extrêmement conséquent pour les forces engagées  », constate Bérengère Blin, anciennement directrice adjointe du Parc amazonien de Guyane. Le système de lutte contre l’orpaillage illégal sans coopération avec les pays frontaliers entretient en outre la misère et creuse les inégalités. En effet, la destruction de matériels oblige les orpailleurs illégaux à se réapprovisionner auprès des fournisseurs localisés sur les rives surinamaise et brésilienne, ou auprès d’autres filières - y compris guyanaises - ou encore à voler ces matériels dans les villages français. « Le cercle de l’endettement et de l’exploitation illégale est ainsi conforté et permet aux commanditaires de continuer à s’enrichir en toute impunité », ajoute Bérengère Blin. UN ORPAILLAGE DE FOND, AVEC 100 À 180 SITES ILLÉGAUX

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PORTFOLIO Regards du Maroni

Photos de Jody Amiet Textes de Stéphanie Bouillaguet

▲Pauline Agesilas Assistante de vie scolaire à l’école Jonas de Maripa-Soula, Pauline Agesilas est une femme pleine d’énergie, toujours prête à s’engager. Active dans de nombreuses associations, elle propose aux jeunes du Maroni de nombreuses activités, notamment pendant les vacances scolaires : jeux, sports, danse, théâtre, animations liées à l’environnement…

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▲ Capitaine Barbosa Le capitaine d’Antecume-Pata représente le village. Les habitants viennent le voir quand ils ont des problèmes ou un conseil à demander. Grand porteur de savoirs et de savoir-faire, il transmet notamment aux jeunes ses connaissances sur l’art de la vannerie lors d’ateliers sous le carbet de transmission du village.

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PORTFOLIO Regards du Maroni

▲Lawa Penon Sur son abattis, Lawa Penon fait pousser du manioc, des choux, des bananes, des racines (patates douces, dachines, ignames)… Ce jeune agriculteur, qui vend ses produits au bourg de Maripa-Soula, cherche à diversifier sa production, tout en respectant un mode de culture propre, naturel, sans utilisation de produits chimiques. Lawa propose également régulièrement des plats préparés uniquement avec des produits locaux et agro-transformés.

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▲ Linia Opoya Fille et petite-fille de potière, Linia Opoya a repris le flambeau et réalise des bols, vases et autres récipients en terre cuite à Taluen. Elle récupère la terre à une journée de transport de là, dans une région située au sud de Pidima. Plusieurs mois de séchage sont ensuite nécessaires avant de pouvoir commencer à la travailler. Linia Opoya aimerait apprendre aux enfants de son village cette pratique ; elle est aujourd’hui la seule potière à Taluen.

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NATURE & CULTURE

Science : un outil au service des territoires Quarante, c’est le nombre annuel moyen d’activités scientifiques au Parc amazonien. Entre écologie, sciences humaines et sociales, géographie et bien d’autres domaines, l’institution est devenue un vrai partenaire de la science à l’échelle locale, régionale et nationale. D’agence de moyens au service de la recherche scientifique en Guyane, elle est passée aux yeux de la communauté scientifique à un rôle de co-constructeur de programmes scientifiques. Bilan de dix ans d’activités scientifiques sur les territoires concernés par le Parc amazonien de Guyane, activités encore méconnues du public. ACQUÉRIR DES CONNAISSANCES, POURQUOI ? 3,4 millions d’hectares, plus de 4 000 espèces de plantes, plus de 1870 espèces d’animaux, 20 000 habitants, sept à dix langues différentes parlées par six communautés autochtones et locales… Ces chiffres impressionnants décrivent bien les patrimoines exceptionnels du sud de la Guyane. Les communautés présentes sur le territoire depuis des centenaires voire des millénaires ont participé activement à la protection de la biodiversité et ont façonné le paysage. Cependant, les récentes sédentarisations, francisations et passage d’une vie traditionnelle à une vie plus moderne ne sont pas sans influencer le rapport aux ressources naturelles. Ceci, dans un contexte d’orpaillage illégal qui a une influence environnementale et sociétale néfaste dans les différents bassins de vie touchés. La mission principale du Parc amazonien, ainsi que celle des dix autres parcs nationaux, est de maintenir le « bon état de conservation des habitats naturels, de la faune et de la flore, les fonctionnalités écologiques et la dynamique des écosystèmes, et éviter une fragmentation des milieux naturels ». Pour répondre aux enjeux de conciliation de préservation des patrimoines naturels et culturels tout en accompagnant le développement de territoires souvent oubliés, le parc doit disposer d’éléments qui feront de lui un gestionnaire éclairé. C’est pour améliorer les connaissances que des activités scientifiques sont mises en place au sein de l’établissement. UNE FOURMILIÈRE D’ACTIVITÉS SCIENTIFIQUES Combien d’espèces vivent dans la forêt tropicale ? Comment les perturbations, atteintes au milieu naturel, les changements climatiques impactent-ils

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la biodiversité ? Comment les hommes occupentils le territoire ? Comment assurer au mieux la pérennisation des ressources naturelles ? Comment les différentes communautés transmettent-elles leurs savoirs ? Ces questions font du Parc amazonien le siège d’activités scientifiques importantes. Depuis 2007, plus d’une centaine d’activités scientifiques - de l’écologie à la santé en passant par les sciences humaines et sociales - se sont déroulées. Si plus de la moitié sont mises en place pour répondre à ses propres problématiques, comme les programmes à finalité de gestion des patrimoines naturels, plus d’un tiers des activités ont une portée nationale et environ un dixième ont une portée internationale (comme le suivi du Héron Agami qui se fait de Bélize au Brésil). Pour la conduite de ses activités scientifiques, le Parc amazonien s’appuie sur un important réseau de partenaires (établissements publics, collectivités, espaces naturels, associations naturalistes et culturelles, organismes privés, laboratoires de recherche, communautés autochtones et locales). Il est membre du réseau IRISTA, club des acteurs de la recherche scientifique de Guyane, et du Labex CEBA (membre socio-économique). UN PROGRÈS FULGURANT DANS LA CONNAISSANCE DES PATRIMOINES NATURELS En termes d’observation, le nombre d’espèces animales recensées sur le territoire du Parc a presque doublé en dix ans, passant de 985 à plus de 1870. La connaissance sur les insectes a explosé avec plus de 4 200 espèces décrites. Pour la flore, plus de 7 500 espèces de végétaux dont 3 000 espèces de plantes ligneuses (arbres, lianes et arbrisseaux)ainsi que


des fougères, mousses et champignons ont été relevées sur le territoire. Pour comparer, dans l’Hexagone, la diversité floristique est estimée à environ 4 000 espèces, dont 200 espèces d’arbres environ. En dix ans, plus de 140 nouvelles espèces (dont plus d’une cinquantaine d’insectes) pour la Guyane ont été recensées sur le territoire. Plus d’une dizaine pourraient également être nouvelles pour la science (la confirmation prend plusieurs années). Par ailleurs, le Parc effectue des suivis d’espèces animales comme le Héron Agami, de la grande faune gibier en zone chassée et non chassée, mais aussi des suivis d’espèces végétales rares ou protégées comme l’Astrocaryum minus. Des programmes permettant d’affiner la connaissance des habitats forestiers (Habitats, 2009-2013) et aquatiques (Petites masses d’eau, 2010-2015) ont été également accompagnés. Ils ont permis de produire des référentiels en termes d’habitats forestiers et des indicateurs de la qualité des cours d’eau. Des sites de référence pour étudier la biodiversité et les changements climatiques ont été définis  : Mont Itoupé, Monts Galbao, Montagne Bellevue de l’Inini… Par ailleurs, une cartographie des végétations particulières a été effectuée. Elle est en cours d’amélioration, mais a d’ores et déjà une

utilité concrète, car elle facilite le travail des layonneurs et permet aux chercheurs de faire une délimitation préalable des parcelles qu’ils souhaitent prospecter. Des stations météo ont été installées à Saül et sur le Mont Itoupé en 2016. Le Parc prévoit d’étendre ces dispositifs de mesures afin de pouvoir fournir des données à ses partenaires scientifiques. En effet, celles-ci sont cruciales pour la compréhension du milieu et des changements climatiques. Par ailleurs, certains programmes de recherche mis en œuvre participent à la compréhension des mécanismes de renouvellement des forêts. Un des projets scientifiques a permis d’évaluer, en 2016, le stock de carbone du Parc amazonien à plus d’un milliard de tonnes. Cela correspond à trois ans d’émissions annuelles de la France et 300 ans d’émissions de la Guyane. COMPRENDRE LES DYNAMIQUES HUMAINES ACTUELLES Étudier les relations actuelles entre l’homme et la nature permet de disposer de bases solides pour comprendre les impacts de l’homme sur la biodiversité. Deux études sur les pratiques de chasse (2009 - 2012) et de pêche (depuis 2013) ont permis de poser les bases pour la définition de mesures de gestion.

▲Botanistes à l'étude sur le mont Itoupé (830 m), second sommet de Guyane, dans la chaîne montagneuse des Monts Tabulaires, qui présente des écosystèmes particuliers jusqu'à sa forêt de nuages, dont l'étude fournira des indicateurs de changements climatiques globaux. Photo Aurélien Brusini. Novembre 2014

Le stock de carbone du Parc amazonien est évalué à plus d’un milliard de tonnes. Cela correspond à trois ans d’émissions annuelles de la France et 300 ans d’émissions de la Guyane.

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NATURE & CULTURE

Accès et partage des avantages Une démarche pionnière

Mis en application le 1er juillet 2017, le décret sur l’accès aux ressources génétiques et le partage de leurs avantages est une avancée dans la lutte pour la préservation de la biodiversité et la protection des savoirs locaux des populations. Particulièrement attendu en Guyane, il répond à des attentes importantes, mais soulève certaines problématiques complexes.

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«  ▲Mouroucoua violacea. Dessin extrait de l’Histoire des plantes de Guiane francoise par Fusée Aublet UN LONG CHEMIN VERS UN DISPOSITIF APA 1992 : convention sur la diversité biologique à Rio de Janeiro 2001 : traité de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture 2002 : lignes directrices de Bonn, dispositions dont les États signataires de la Convention sur la diversité biologique peuvent s’inspirer pour la mise en œuvre d’instruments d’APA 2010 : protocole de Nagoya sur l’APA 2011 : signature du protocole par la France + conclusions de l’étude de l’APA en Outre-mer 8 août 2016 : promulgation de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages 1er juillet 2017 : application du décret d’application du Titre V de la loi Biodiversité concernant l’APA, promulgué le 20 mai 2017

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omment faire en sorte que les connaissances des populations dites traditionnelles ne soient pas spoliées par les chercheurs et les industriels ? Il faut un texte pour les protéger et la France a relevé ce défi. Elle a traduit ce problème dans la loi », explique Chantal Berthelot, ex-députée de Guyane. Un décret sur l’accès aux ressources génétiques et aux connaissances traditionnelles associées et le partage des avantages découlant de leur utilisation a été mis en application le 1er juillet 2017 après un long parcours débuté à Rio de Janeiro en 1992. Le cadre légal mis en place suppose que l’utilisateur, chercheur ou industriel, demande le consentement préalable du fournisseur (détenteur de connaissances ou de ressources) en vue d’obtenir une autorisation d’accès aux ressources génétiques et aux connaissances traditionnelles. Les conditions d’accès et de partage juste et équitable sont ensuite déterminées selon un commun accord entre les deux parties. Ce décret découle directement de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages,

promulguée le 8 août 2016, et permet la transposition en droit français du protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques. Il répond à des attentes importantes dans les Outremer, particulièrement en Guyane, mais il ne satisfait pas toutes les parties concernées. UNE ORIGINE QUI REMONTE À 1992 Le mécanisme d’accès et de partage des avantages, ou APA, est pensé dès 1992 lors de la Convention sur la diversité biologique à Rio de Janeiro. Il est le troisième objectif de ce traité après la conservation de la diversité biologique et son utilisation durable. En 2010, le protocole de Nagoya est adopté. Il fait progresser ce troisième objectif de la Convention en assurant une plus grande certitude juridique et une transparence pour les fournisseurs et les utilisateurs de ressources génétiques. « Avec le protocole de Nagoya, les pays occidentaux s’engagent, dans leur droit, à protéger les populations de la violation de leurs connaissances et de leurs savoirs, résume Chantal Berthelot. Mais ça n’a pas été facile de trouver


►Le mécanisme d’accès aux ressources génétiques et de partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation répond au troisième objectif de la Convention sur la diversité biologique adoptée lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro, au Brésil, en 1992. Complémentaire à ce traité, le Protocole de Nagoya sur l’APA est adopté le 29 octobre 2010, au Japon. Son objectif est d’établir un cadre juridique international contraignant afin de promouvoir une mise en œuvre effective et transparente du concept d’APA au niveau régional, national et local. Il faut ensuite attendre le 8 août 2016 pour que la loi française pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages le ratifie. Le 20 mai 2017, Ségolène Royal, Ministre de l’environnement, de l'énergie et de la mer, annonce la publication du décret sur le partage des avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques et des connaissances traditionnelles associées. Mis en application le 1er juillet 2017, « ce décret constitue le cadre d’un des principes opérationnels de la loi pour la reconquête de la biodiversité : Innover sans piller, pour soutenir l’innovation ainsi que les emplois de la croissance verte et bleue en érigeant contre la biopiraterie un principe de justice, pour le bénéfice mutuel des habitants et des territoires concernés ».

un équilibre entre protection et accès. Il est nécessaire que les savoirs se partagent, c’est important que les laboratoires pharmaceutiques y aient accès, mais les populations doivent avoir un rôle actif dans le partage de leurs connaissances. Les avantages qui en sont tirés ne sont pas seulement financiers, c’est aussi une façon pour la recherche de valoriser des savoirs, d’assurer une transmission, de redonner une place dans la société aux populations qui ont des modes de vie traditionnels. » En France, c’est la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages qui transcrit et met en œuvre dans la loi française les dispositions adoptées au niveau international dans le protocole de Nagoya. Le titre V de la loi est ensuite appliqué par le décret mis en application le 1er juillet 2017. « Le décret est un peu décevant. En Guyane, nous avions mis en place des dispositifs et défini une procédure validée par la charte du Parc amazonien de Guyane, indique Hélène Sirder, vice-présidente de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG). Nous voulions simplement l’étendre à l’ensemble du territoire, mais nous n’avons pas été entendus. » La réglementation liée à l’APA fait en effet partie de l’acte de naissance du Parc amazonien de Guyane. Dès 2007, et uniquement pour les territoires concernés par le Parc, le principe de l’APA est instauré dans le Code de l’environnement, prévoyant un régime d’autorisation d’accès par les présidents de Région et du Département. UN AVANT-GOÛT DE L’APA : LE CODE DE BONNE CONDUITE Ainsi, en Guyane, des solutions pour partager les savoirs traditionnels sont imaginées bien avant que le décret d’application de l’APA ne soit annoncé. Par exemple, « l’association Gadepam a été créée en 2002 pour valoriser les produits naturels, les plantes aromatiques et médicinales, les cosmétiques et l’artisanat traditionnels dans une démarche équitable, décrit Marie Fleury, présidente de l’association et ethnobotaniste. Les producteurs prennent en main la valorisation de leurs produits afin de ne pas se faire spolier. » Des initiatives, il y en a eu aussi au Parc amazonien de Guyane, comme le disait Hélène Sirder. Le conseil scientifique a réfléchi ►Moucoucoua guiannensis. Dessin extrait de l’Histoire des plantes de Guiane francoise par Fusée Aublet Une saison en

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PORTFOLIO

Faune

▲ Le hurleur roux ou baboune (Alouatta seniculus) pousse des hurlements caractéristiques dont la fonction principale est la défense du territoire, permettant d’éviter les contacts physiques entre animaux de groupes différents. Photo Tanguy Deville.

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PORTFOLIO

Faune

▲ L’atèle noir ou kwata (Ateles paniscus) ne fréquente que la forêt haute, et possède de grands espaces vitaux de 200 à 300 hectares. Ils ne restent pas en forêt fragmentée. Photo Tanguy Deville.

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Faune

▲ Femelle de casique vert (psarocolius viridis) apportant des feuilles vertes pour garnir le fond du nid qu’elle vient de construire. Photo Tanguy Deville

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▲ Chez le toucanet koulik (Selenidera culik), les signaux colorés sont surtout présents sur la tête et le bec. La plus grande partie du corps, notamment le dos (la partie la plus visible par les prédateurs), est d’une couleur discrète. Photo Tanguy Deville

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PORTFOLIO

Faune

▲ Fulgore (Fulgoridae) sur la litière du sous-bois pendant la mission scientifique sur le Mont Itoupé. Janvier 2016. Photo Aurélien Brusini

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▲ Lézard (Plica plica) sur un tronc moussu pendant la mission scientifique sur le Mont Itoupé. Janvier 2016. Photo Aurélien Brusini

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NATURE & CULTURE

PATRIMOINE TOPONYMIQUE Quand les noms racontent l’histoire des hommes Sur plusieurs centaines de kilomètres, le Moyen et Haut-Oyapock ainsi que la Camopi sont constellés de plus de 600 noms de lieux. Ils permettent de se repérer spatialement et rappellent aussi la géographie mythique et une histoire datant de plusieurs siècles.

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▲Carte de la rivière d’Oyapock, chevalier D’Audiffredy, 1763.

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i les cartes IGN (Institut géogra- moderne de la région. Il fut suivi en 1939 phique national) mentionnent bien par l’officier Baup et le Dr Heckenroth. En quelques noms le long de l’Oyapock, 1949, arrivèrent les relevés systématiques en français, en créole ou dans un wayãpi très du géographe Jean-Marcel Hurault qui approximatif, les habitants de cette immense s’appuya, comme les deux précédents, sur commune en nomment près de huit fois les connaissances du chef wayãpi Eugène plus. Plusieurs centaines de lieux existent et Inãmu. Enfin, durant près de quarante ans, sont attachés à un événement historique, un les ethnologues Pierre et Françoise Grenand mythe, une anecdote, une ressource natu- relevèrent tout le long de l’Oyapock de nomrelle. breux toponymes wayãpi. Ainsi, en remontant l’Oyapock à bord En quelques années, près de 600 topod’un canot avec des Wayãpi ou des Teko, nymes en langue originale ont finalement à partir de la roche Canari-Zozo symboli- été collectés, couvrant la majeure partie des sant la limite entre les communes de Saint- zones connues des habitants du Haut et Georges de l’Oyapock et Camopi, s’égrènent Moyen-Oyapock et de la Camopi. de nombreux noms de lieux qui racontent les liens forts entre les hommes et leurs milieux. QUE SIGNIFIENT Voilà longtemps que les Wayãpi et Teko CES TOPONYMES ? ont exprimé leur désir de disposer de cartes Ces noms marquent des villages contemmémorielles mentionnant, bien orthogra- porains et anciens. Des sauts, des courants, phiés dans leur langue respective, tous les des bassins, des criques, des montagnes ou sites qu’ils connaissent. Afin de consigner différents lieux cultuels ou culturels remartout ce savoir et d’en quables. Cette grande Plusieurs centaines dresser la cartogradiversité montre la de lieux sont nommés et phie, l’Observatoire connaissance intime attachés à un événement Hommes-Milieux et la forte appropriahistorique, un mythe, Oyapock a décidé de tion que les habitants une anecdote, une ressource ont de leur territoire. lancer en 2009 un naturelle programme de reCette toponymie en cherche, en collaboralignes et en points tion étroite avec les habitants, la mairie de remarquables est bien sûr un moyen de se Camopi et le Parc amazonien de Guyane. À repérer spatialement, mais pas seulement. noter que les données en wayãpi sont bien Elle dessine également toute une géographie renseignées depuis plus d’un siècle, ce qui mythique du territoire et témoigne d’une n’était cependant pas le cas pour le teko. histoire datant d’avant l’arrivée des Wayãpi Dès 1890, le géographe Henri Coudreau, et des Teko. compilant des données plus anciennes avec La majorité des noms fait référence au ses propres relevés, dressait la première carte monde naturel, qu’il soit végétal ou ani-


Un autre grand domaine de la toponymie se rapporte à des épisodes mythiques, historiques ou indique les antres d’animaux fabuleux. Ces termes, stables sur le temps long lorsque l’on se réfère aux textes anciens, constituent un maillage structurant du territoire. Ainsi les Teko connaissent sur la Camopi un lieu nommé Mbodjunamisila ("anaconda cornu"), être extraordinaire et dangereux, terme déjà indiqué par le voyageur Patris en 1761. Une île rocheuse de cette même rivière est appelée Wakula dzawat, monstre dévorant les personnes qui l’ont imprudemment nommé. De même, l’Oyapock (Wayapuku en wayãpi et teko) est parsemé de lieux où des épisodes mythiques se sont déroulés comme Wilapolaytawe, "endroit où les oiseaux ont dansé" après avoir obtenu leurs couleurs en se roulant dans les excréments d’anaconda. Toponyme qui apparaît déjà sur des cartes du milieu du XVIIIe siècle. Cette géographie mythique et magique est très importante et demeure vivante dans la pen-

mal. Les toponymes marquant des villages sont le plus souvent construits grâce au nom d’un arbre. Ainsi sur la Camopi, existe le village Citron (Tsitonõng en teko), le village Canari-macaque (Titiki en teko), sur le Moyen-Oyapock : les villages Maripa, Mombin… Dans le pays wayãpi du Haut-Oyapock, on rencontre les villages Yululuwi ("sous l’arbre parkia"), Kumakawi ("sous le fromager"). Mais les villages peuvent également rappeler le nom de leur fondateur : Roger, Sulu, Pina, Zidock… Les cours d’eau, linéaires structurant le territoire, sont presque tous nommés avec le suffixe "li" en wayãpi et "tiãkã" en teko, signifiant "rivière" : comme Tuyukumuli ("crique des feuilles pourries"), Kulumulili ("crique des bambous"), Mãndo tiãkã ("crique de Mado"), Alala tiãkã ("crique du ara rouge")… Le nom des sauts (itu dans les deux langues) est construit de la même façon : Uluku itu ("Saut roucou"), Dzawala itu ("Saut chien"), Paila itu ("Saut de l’arc")…

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Takulu

Oyapock

Français

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Teko

Lieux de vie Toponymes

Taa Aepe

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Sauts Reliefs et iles

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˝tu ˝w t t, Upª’

Abattis (2013)

Koo (2013)

Ko (2013)

Jachère

Koke

Tapelet

Affleurements rocheux

Takulu

Takulu ka'apope

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- Itu Wasu - réalisée par le PAG et l’Observatoire Hommes-Milieux

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97 326 Cayenne Cedex Wayãpi

Sources : Arthur Miso, Raymond Lassouka, Robert Yawalou, Paul Zidock et la communautés d'habitants de l'Oyapock et de la Camopi, Pierre Grenand, Damien Davy, OHM Oyapock, CNRS, NASA, IGN, DEAL, PAG. Réalisation : P. Grenand, D. Davy, P. Perbet, P. Joubert, Jean-Michel, Miso, Yves Kouyouli, Luc Lassouka, Bertrand Pawey.

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Parc amazonien de Guyane BP275 97 326 Cayenne Cedex

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Sources : Arthur Miso, Raymond Lassouka, Robert Yawalou, Paul Zidock et la communautés d'habitants de l'Oyapock et de la Camopi, Pierre Grenand, Damien Davy, OHM Oyapock, CNRS, Français Wayãpi NASA, IGN, DEAL, PAG. *P. Perbet, Lieux de Taa !( !( # Réalisation : P. Grenand, D. Davy, P. vie Joubert, Jean-Michel, !( Toponymes Aepe Miso, Yves Kouyouli, Luc Lassouka, Bertrand Pawey. ul ul ap al

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Sauts Reliefs et iles

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Koo (2013)

Jachère

Koke

Affleurements rocheux

Takulu

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Ko (2013)

Date : 05/05/2016 Echelle : 1:5 043 604

Tapelet

Parc amazonien de Guyane BP275 97 326 Cayenne Cedex

Sources : Arthur Miso, Raymond Lassouka, Robert Yaw Zidock et la communautés d'habitants de l'Oyapock et d Camopi, Pierre Grenand, Damien Davy, OHM Oyapock NASA, IGN, DEAL, PAG. Réalisation : P. Grenand, D. Davy, P. Perbet, P. Joubert, Miso, Yves Kouyouli, Luc Lassouka, Bertrand Pawey.

Takulu ka'apope

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Une saison en

Guyane HS-05

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NATURE & CULTURE

Éducation à l’environnement quel modèle, pour quelle société ? S ▲ Recyclage et

confection de jeux “ fait-

maison ” dans une école

de Maripa-Soula animée par une volontaire de service civique et une animatrice du Parc amazonien. Photo Gaëlle Cornaton

Une saison en

94

i les termes “éducation ” et “ environnement ” sont a priori entendus par tous, l’association de ces deux mots n’est pas toujours comprise ou reconnue, l’éducation à l’environnement étant souvent réduite à une pratique de loisirs et/ou à une activité “ prosélytique ” des gestionnaires de la nature. Pourquoi, au fond, aurait-on besoin d’être éduqué à la compréhension du monde qui nous entoure, puisque nous vivons dans ce monde, voire nous sommes ce monde ? Comment l’éducation à l’environnement peut-elle s’adresser à tous, certains supposant d’ailleurs qu’il s’agit d’abord d’un problème de riches ? Comment sensibiliser aux enjeux environnementaux quand le territoire présente des retards structurels importants et de première nécessité  ? Comment sensibiliser aux enjeux de l’eau, quand on sait que 20 % des citoyens guyanais n’ont pas accès à l’eau potable ou qu’il y a en moyenne 200 jours de pluie par an en Guyane, qui plus est selon une pluviométrie abondante… Quel est l’intérêt d’une sortie en forêt ou sur la plage au-delà du côté agréable et divertissant que chacun peut y voir ? En quoi les gestes individuels quotidiens ont un impact sur le vivre ensemble et les générations futures ?   Afin de répondre à ces questionnements, il faut

Guyane HS-05

commencer par préciser ce que nous entendons par “ éducation à l’environnement ”, et la démarche, voire la philosophie qui en découle. En effet, nos pratiques s’inspirent de nombreux travaux, et en particulier ceux relevant du mouvement de l’éducation populaire, de la sociologie et du droit à l’information et à la participation, qui mettent en lumière l’articulation entre conscientisation et pouvoir d’agir. Le processus dont il est question s’appuie sur quatre phases qui s’entremêlent, se nourrissent et s’entrecroisent : la conscientisation, l’émancipation, l’augmentation de la puissance d’agir et la transformation profonde des sociétés dans une visée plus respectueuse des hommes et de l’environnement. L’éducation à l’environnement est donc une science sociale de l’environnement.

 Dans cette perspective, l’éducation à l’environnement s’appuie tout d’abord sur une grille d’analyse explicitant trois niveaux d’intervention, ceux-ci devant être travaillés parallèlement si l’on ambitionne la transformation de nos sociétés : Le premier niveau est appelé “ l’écume ” : c’est la couche dite des “ relations sociales ”, visibles tout de suite, concrètes, interpersonnelles, ce sur quoi


on peut agir facilement. Ce sont les actions que l’on peut mener individuellement une fois le processus de conscientisation engagé. Appliquée à l’éducation à l’environnement, il s’agirait notamment des “écogestes” : récupérer l’eau de pluie, trier ses déchets à la maison, éteindre les appareils en veille, consommer local… Il s’agit de la pointe immergée de l’iceberg, indispensable, mais restant insuffisant au vu des objectifs que se fixent les acteurs de l’éducation à l’environnement. La seconde couche est celle des “  eaux intermédiaires  ” ou des “pratiques sociales  ”. Elles renvoient à toutes les formes de relations sociales instituées dans des collectifs, des groupes sociaux, des institutions (famille, association, syndicat, entreprise…) ou autrement dit l’émancipation de chacun pour un pouvoir d’agir ensemble. C’est ce qui est caché derrière l’organisation collective. La mise en place du projet collectif du “  chemin des savanes de Sinnamary ”, mené par le Gepog, de la réflexion à l’aménagement concret, alliant citoyens, associations, institutions, en est un bel exemple. Enfin, le troisième et dernier niveau appelé “l’abysse  ”, c’est la couche des “ rapports sociaux”. C’est ce qui est souvent rendu invisible, ce sur quoi il est plus difficile d’agir – les brèches ouvertes par les actions sur l’écume et les eaux intermédiaires permettant d’y arriver. Il s’agit ici de travailler à la transformation de notre société. Le travail mené par le Parc amazonien avec les citoyens du sud de la Guyane, concernant les usages et les savoirs traditionnels sur la chasse et la pêche, dans l’optique d’adapter les lois nationales aux réalités territoriales, s’inscrit à ce niveau.   Parallèlement, les acteurs et actions de l’éducation à l’environnement agissent et mettent en œuvre ce que l’on appelle la “  participation citoyenne”. En effet, depuis sa naissance, le droit à l’information et à la participation apparaît intrinsèquement lié au droit de l’environnement (déclaration de Stockholm, déclaration de Rio). L’environnement est toujours utilisé ici dans son acception la plus large, englobant l’environnement social, culturel, économique et écologique. Les acteurs de l’EEDD se basent dans ce cadre notamment sur deux textes importants  : la Charte de l’environnement, adossée à la constitution française en 2004, et notamment les articles 7 et 8, relatifs à l’information et la participation & l’éducation à l’environnement, ainsi que la convention d’Aarhus, convention internationale relative

à l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement.  Accompagner les défis écologiques et humains que l’on rencontre aujourd’hui à différentes échelles passe ainsi par une éducation s’adressant à tous et tendant vers la transformation profonde des sociétés, en tenant compte du social, de l’écologie et de l’économie tout en encourageant cette participation citoyenne. Sa finalité est en effet l’émergence de citoyens responsables, autonomes, respectueux de la vie et des Hommes, capables de réaliser des choix éclairés ainsi que de participer à l’action et à la décision collective. L’EEDD regroupe donc en Guyane une multitude d’initiatives qui permettent aux Hommes de revisiter leurs modes de vie tout en favorisant l’épanouissement de chacun, “ pour aujourd’hui comme pour demain  ”, disait la chanson.

▲ Animation sur les petites bêtes dans une école d’Antecume Pata. Photo Gaëlle Cornaton

DE NOMBREUX PROJETS PORTÉS PAR LES ACTEURS DE L’EEDD EN GUYANE ET LE PARC AMAZONIEN   Afin d’atteindre ces objectifs ambitieux, l’éducation à l’environnement en Guyane est plurielle, animée par de nombreux acteurs, de

Une saison en

Guyane HS-05

95


Livres

Fernand Deroussen,

Graine Guyane,

Damien Davy, savants et vanniers amérindiens

Guyane… sous la canopée,

Les agriculteurs de Guyane,

Aroumans, ressource et usages des

CD Naturophonia, 2013, 11 pistes.

2013, 25 p. - gratuit

Amérindiens du Sud de la Guyane, Ed. Guianensis (Parc Amazonien de Guyane), 2015, 74 p. - 12 €

Fernand Deroussen est un chasseur

Entièrement illustré par de beaux dessins

de son, il a parcouru les forêts guya-

de Jean-Pierre Penez, et bénéficiant

naises pour en capter les ambiances

d’une belle mise en page, cet ouvrage

Édité dans la prometteuse collection Guianensis

et les espèces les plus variées : colonie

pédagogique a été réalisé par l’équipe de

du Parc amazonien de Guyane, ce livre richement

de cassiques en discussion, babounes

l’association Graine Guyane (Groupement

illustré et documenté s’intéresse à une plante de

hurlants à plein poumon, oiseau sen-

régional d’animations et d’initiations à

la culture amérindienne, les aroumans. Celles-

tinelle au son de hautbois, pluie dilu-

la nature et à l’environnement). Il a pour

ci sont à la base du savoir artisanal des peuples

vienne s’abattant sur la forêt. À chaque

objectif de faire découvrir aux collégiens

amérindiens. Des savoirs transmis par “ Kuyuli,

piste, l’auditeur est complètement en

et aux lycéens les différentes pratiques

le tresseur de l’humanité et du monde ” selon les

immersion, grâce à une utilisation

agricoles de Guyane, les espèces culti-

mythes de l’univers des Amérindiens d’Amazonie.

impressionnante de la stéréo, et à la

vées, mais aussi l’histoire et la géogra-

Le tamis pour la préparation du couac, les hottes

qualité sonore irréprochable des en-

phie de cette agriculture spécifique à

pour transporter le manioc ou les vanneries

registrements. Si vous souhaitez vous

notre territoire. Cette publication grand

d’imposition pour le rite du maraké sont issus de

replonger dans les ambiances uniques

format du Graine propose un parcours

la transformation des aroumans. En fin d’ouvrage

de la forêt guyanaise, le CD "Guyane...

coloré et réjouissant, qui pourrait créer

quelques pages sont réservées aux résultats d’une

sous la canopée", vous y conduira

des vocations chez les jeunes généra-

étude de son écologie et sa productivité en forêt

directement ! Disponible aussi sur les

tions.

guyanaise, portée conjointement par CNRS et le

plateformes de téléchargement.

PAG.

Rémi Girault, Françoise Capus, Anne Thiémonge, Carole Pourcher

Fresque des paysages naturels guyanais. Livret 3 Collection Nature Guyanaise, Ed. Sepanguy, 2012, 128 p. Gratuit L’association Sepanguy est historiquement la première association environnementale de Guyane. Accompagnant une série de poster naturaliste trés réussi de Carole Pourcher, ces 3 livrets présentent de manière ludique de nombreuses espèces, de la faune et de la flore guyanaise, pour chaque milieu. Ces 10 posters et ces 3 livrets sont une réalisation majeure de la vulgarisation scientifique guyanaise de cette décennie, à l’attention de tous les âges. À redécouvrir en urgence !

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Guyane HS-05


M. Kulijaman, E. Camargo,

Alexis Tiouka,

Pierre Charles-Dominique, Guyane,

Kaptëlo - l’origine du ciel de case

Le contexte juridique international

milieux, faune et flore, CNRS édi-

et du roseau à flèche chez les

des peuples autochtones -

tions, 2011, 220 p. - 35 €

Wayanas,

Éditions universitaires européennes, 2017,

Ed. Gadepam – 2007 - 112 p. – 25 €

100 p. - 30 €

Mataliwa, jeune Wayana du village d’An-

C’est pendant un Master en droit interna-

conservation dans le sud de la Guyane,

tecume Pata sur le Haut Maroni, nous

tional à Quito en 2004 que Alexis Tiouka a

il créa notamment la station écologique

raconte l’histoire du ciel de case et du

rédigé cette étude sur le droit international

des Nouragues en 1986. Comme

roseau à flèches, traditions et savoirs-faire

des peuples autochtones. Ce juriste amé-

un aboutissement de cette carrière

ancestraux qu’il a lui-même reçu de son

rindien originaire d’Awala Yalimapo propose

scientifique, ce livre est une somme de

père. Ce document, premier ouvrage écrit

pour la première fois une description et une

connaissance sur l’écosystème guyanais,

en wayana et premier texte d’un Wayana

analyse de la question du droit des peuples

synthèse des nombreuses années de

sous forme d’écrit est avant tout pour

autochtones au regard du droit international

recherche accumulées par le chercheur

le lecteur un voyage dans la culture des

en l’appliquant à la situation spécifique des

et ses équipes. Parcourant les différents

Wayana. Voyage ethnographique, historique

Autochtones du Canada et de Guyane fran-

milieux, les relations entre les animaux

et réflexion d’un jeune sur le devenir de sa

çaise. La reconnaissance des droits collectifs

et les plantes, ou encore les stratégies

culture confrontée à la modernité. Éliane

en tant que droits fondamentaux ayant une

du monde végétal, il s’agit d’un outil

Camargo, ethnolinguiste qui travaille sur la

incidence sur les divers autres droits des

indispensable pour l’acquisition de

langue wayana a traduit le texte en français

peuples autochtones se situe au cœur de ce

connaissances récentes sur l’écologie

et l’a enrichi d’explications ethnographiques

travail.

tropicale.

Pierre-Charles Dominique fut un des écologues précurseurs de la

ainsi que d’un lexique.

la Cas’A Bulles - Lettres d’Amazonie les librairies générales de Guyane

51 rue du Lt Goinet - 97300 Cayenne librairie@lettres-amazonie.com

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N°ISSN : 1966-6446 Société éditrice : Atelier Aymara EURL de presse au capital de 5 000 € 24 rue Louis Blanc - 97300 Cayenne Guyane française tel. +594 (0) 5 94 31 57 97

www.une-saison-en-guyane.com Rédaction [redaction@atelier-aymara.net] Directeur de la publication/Rédacteur en chef Pierre-Olivier Jay [pierre@atelier-aymara.net] Chargée de communication Daniela Noreña Waller [daniela@atelier-aymara.net] Coordination Stéphanie Bouillaguet Illustration/infographie/ Cartographie Atelier Aymara / WWF Parc amazonien de Guyane Pierre Joubert Jean-Pierre Penez Géraldine Jaffrelot Fusée Aublet Chevalier D’audiffredy Gérald Maïpouri

Crédits photo Guillaume Feuillet Aurélien Brusini Jody Amiet P-O. Jay Stéphanie Bouillaguet Emeric Auffret J-C. Marcy Jean-Jacques De Granville Vano Gérard Fouet Julio Pereira Marion Briswalter Fanny Rives Olivier Tostain Guillaume Longin Claudia Berthier Henri Griffit Pascal Assakia Maïlys Le Noc Raphaëlle Rinaldo Marie Fleury Tanguy Deville Gaëlle Cornaton

Tarifs anciens numéros

n°3 au N°6 : 5, 90 € n°8 au n°12 : 6, 50 € n°14 et n°15 : 8.50 € n°16 : 6, 50 € n°17 : 7, 50 € n° 5CD : 8, 90 € N°11DVD : 7, 50 € n°6CD au n°13CD (pas de 9 CD) : 9, 50 € n°14 CD et n°15 CD : 10 € n°16 DVD : 12 € Hors série n°1 : 7, 50 € Hors-série n°3 : 8, 50 € Hors-série COP21 : 5 €

*Les numéros 1, 2, 5, 7 et hors-série n°2, 3, 4 sont épuisés

Pour plus de détails sur les sommaires et nos compilations musicales, rendez-vous sur notre site web : www.une-saison-en-guyane.com Formule également disponible sur le site, www.une-saison-en-guyane.com, qui offre un paiement sécurisé par Internet. Vos données sont strictement personnelles ; les fichiers ne sont ni loués ni vendus à des tiers. Une saison en

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Guyane HS-05

Auteurs Camille Guedon Antoine Messager Hélène Ferrarini Marion Briswalter Guillaume Feuillet Claudia Berthier Loïc Massué Stéphanie Bouillaguet Fabien Pons Moreau Sylvie Nadin Marie Fleury Raphaëlle Rinaldo Damien Davy Pierre Grenand Remerciements Jean-Maurice Montoute Claudia Berthier Claude Suzanon Gilles Kleitz Karl Joseph Arnaud Anselin Vente France hexagonale et

MLP Vente Guyane: Plume Verte

Imprimé en France Printed in France sur du papier écocertifié PEFC.

Antilles :

Disponible sur l’App Store et Google Play* *L’application Androïd n’est pas disponible depuis l’Outre-mer.


Une saison en Guyane Hors Série 10 ans Parc amazonien de Guyane  

Ce hors série de Une saison en Guyane est consacré au Parc national de Guyane, à l'occasion de son 10ème anniversaire

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