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Belém L’économie de l’açaï Le culte des machines de tecnobrega L’aventure japonaise de Tomé Açu Des coraux sous l’Amazone ?

Saveurs

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Paléofaune

MADE IN GUYANE

Mégatherium, Titanoboa, les géants disparus des Guyanes

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n°20 - Février 2018

Fruits, patisseries, crustacés, des produits...


La Guyane est classée 1ère Région d’outre-mer en terme de programmation des dossiers de demande de subvention FEDER et FSE*et 10ème région au niveau national au 27 novembre 2017. Au 1er décembre 2017, 163 projets sont validés pour un total de 137 millions d’euros de FEDER/FSE . Il est à noter un bon rythme de programmation soit 47 %. Le taux à atteindre en 2018 est de 65 % de projets financés par rapport à l’enveloppe dédiée au Feder et FSE.

Lors du dernier comité de suivi des fonds européens du mois d’octobre 2017, les représentants de la Commission européenne et des Ministères ont effectué des visites de terrain à Roura, Matoury et Rémire-Montjoly. 1 - Brasserie Guyanaise 2 - Délices de Guyane 3 - Guyaclic 4 - Exploitation agricole - Roura

*FEDER : Fonds Européen de Développement Régional *FSE : Fonds Social Européen *FEADER : Fonds Européen Agricole de Développement Rural

Pour en savoir plus sur les programmes européens : www.europe-guyane.fr

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ÉDITO

▲ Le port du Ver-O-Peso à Belém. Photo P-O Jay

BELÉM, LES PORTES DE L’AMAZONE

Située dans les méandres de l'embouchure de l'Amazone, Belém se dresse au dessus des eaux brunes et saumâtres de la baie de Guajará, comme une porte mythique vers un continent de forêt. Depuis la grande révolte de la Cabanagem (que nous évoquons en p.18), la ville ressemble à un avant-poste entre deux mondes, celui des Brésiliens urbains, et celui des caboclos, les véritables habitants de l’Amazonie. C’est aussi l'une des villes les plus peuplées de la région, qui, malgré ses difficultés économiques, connaît une vie culturelle passionnante. Avec l'aide de l'Alliance française de Belém, nous avons réalisé quelques reportages qui témoignent de ce foisonnement : sa culture techno singulière, une communauté japonaise méconnue en Guyane, l'économie de l'açaï, ou encore la découverte d’un improbable récif corallien. Malgré ce bouillonnement, la ville est loin de Brasilia ou de São Paulo, et semble toujours considérée comme une banlieue exotique par le Brésil. Cette situation n’est pas sans Logo Final

rappeler, à une autre échelle, celle de la Guyane avec Paris. L’Amazonie brésilienne et la Guyane française partagent les handicaps des périphéries, trop loin des "métropoles". Et lorsque l’on tente de créer des ponts physiques (comme celui de l'Oyapock) ou économiques entre nos deux régions excentrées, pourtant voisines entre elles, tout se complique jusqu’à l’absurde. Nous l'avons expérimenté lors de la livraison d’une palette de Une saison en Guyane de Cayenne à Belém. Les relations douanières de nos pays sont dignes d’un roman de Kafka. Il faudra pourtant bien un jour se tourner vers son voisin, au travers pourquoi pas, d'un espace politique ou économique commun, et rassembler les intérêts et les peuples de cette grande forêt. Non, l’univers amazonien n’est pas voué à rester une périphérie. Bientôt, la valeur des écosystèmes, la valeur des puits de carbone et de l’eau, celles des patrimoines agricoles, pourraient bien conduire à une répartition plus équitable des pouvoirs sur la planète .

Pierre-Olivier Jay - Rédacteur en chef

Avec

le soutien de

Belém - Brasil Une saison en

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SOMMAIRE 4 | Journal des Guyanes

9 | Carnet de voyages de Gilles Clément

6 | Les Bruits de la forêt

DOSSIER BELÉM

18 | Il était une fois la révolte de Cabanagem 25 | Tome Açu, l’aventure agricole nippo-brésilienne

32 | Açaí & castanha Made in Amazonie

DOSSIER RICHESSE SAVEURS DE GUYANE

DE SAVEURS

68 | Mollusques, crabes et fruits de mer

86 | Devant le chinois.... En libre service

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70 | Fruits de Guyane et d’ailleurs 72 | Parfums de Guyane

94 | Portfolio : La Dernière lune par Karen Paulina Biswell 102 | Saint-Rose de Lima, une capitale pour les Arawaks de Guyane


12 | Autour de la question : de Montagne d’or 10 | Les chroniques de Doc Lucho

40 | Tecnobrega, le culte des machines à son

48 | Portfolio : FotoAtiva

74 | Pâtisseries créoles 76 |Produits "Made in" Guyane"

108 | Black Dolls Project

58 | Au large de Belém, le récif de l’Amazone

78 | Mégafaune, voyage dans les mondes perdus des Guyanes

116 | Aquariophilie 124 | Le (super) héron très discret

132 | Livres

134 | BD Counani Une saison en

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Les Bruits

DE LA FORÊT

La Charlotte fouillée On en sait un peu plus sur l’habitation sucrière "La Charlotte" de MontsinéryTonnégrande exploitée dès le début du XIXe siècle par un couple de noirs libres, les Frontin. Plusieurs éléments architecturaux originaux pour l’époque et le lieu ont été mis en évidence par l’association Aimara, tels que des "batardeaux" pour retenir l’eau plutôt que l’habituel " barrage hydraulique". Quant au moulin de broyage, il présente des "rolles verticaux" (rouleaux de broyage de la canne) et non " horizontaux". « Quelques sucreries antillaises du XVIIIe et XIXe siècle en possèdent, mais ce système devient exceptionnel  » pour l’époque de "La Charlotte" explique Nathalie Cazelles, docteur en archéologie qui a dirigé les opérations. « Cette sucrerie s’inscrit dans plusieurs périodes transitoires : le passage d’une industrie sucrière traditionnelle (un four par marmite) au tunnel de chauffe à l’anglaise associé à une roue à eau alors qu’au tournant du XIXe siècle la plupart des sucreries adoptent la machine à vapeur pour broyer les cannes ».

▲Une orque au large de la Guyane. Photo A. Baglan / Pelagis/AFB

Les baleines et les orques aiment la Guyane

Les eaux guyanaises abritent « une importante densité et diversité d’espèces marines  » s’enthousiasme Antoine Baglan, naturaliste du Groupe d’étude et de protection des oiseaux de Guyane (Gepog), partenaire du programme REMMOA (Recensement des mammifères marins et autre mégafaune pélagique par

▲Les vestiges de l’habitation "La Charlotte". Photo N. Cazelles

observation aérienne) de l’observatoire Pelagis et de l’Agence française pour la biodiversité. 90 heures de survol effectuées en octobre 2017 jusqu’à 300 kilomètres en mer ont permis de repérer « une quinzaine d’espèces de cétacés  », tels le grand cachalot (Physeter macrocephalus), l’orque (Orcinus orca), la baleine à bosse (Megaptera novaeangliae). Pour les poissons, «  une très grande concentration de raies manta (Manta birostris) a été constatée non loin des côtes  », ainsi que par exemple le requin-tigre (Galeocerdo cuvier), les requins marteaux (Sphyrnidae spp.) ou encore le balèze requin-baleine (Rhincodon typus). Selon M. Baglan, « toutes ces observations viennent confirmer les conclusions du précédent passage de REMMOA en 2008 et les autres inventaires réalisés jusqu’à présent au large  », à savoir que la grande faune marine est bien représentée dans les eaux guyanaises.

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Rubrique par Marion Briswalter

Un atlas pour le biome amazonien

Concerto pour un arbre Lors des travaux de déboisement précédant l’installation de nouvelles zones d’urbanisation ou d’agriculture, les petits arbres sont le plus souvent brûlés sur place ou au mieux transformés en énergie. Pourtant, certains bois ont des propriétés exceptionnelles et mériteraient une meilleure valorisation. Des chercheurs du CIRAD et du CNRS de l’unité EcoFoG à Kourou développent des programmes de recherche pour montrer le fort potentiel de ces bois de petits diamètres. En testant de nombreux arbres, ils ont identifié quelques espèces aux propriétés remarquables, proches des caractéristiques des bois d’archèterie (pour les archets de violon) relevées dans le cadre d’autres recherches. Les meilleurs bois ont été envoyés à une archetière de Dinan (Côtes-d’Armor) qui a confectionné plusieurs archets. Les premiers essais sont très encourageants. Ces bois répondent bien aux exigences de l’archèterie et les premiers retours des musiciens sont très positifs. Ce travail en cours n’est qu’un exemple de la nécessité de mieux connaitre tous les bois de la forêt guyanaise pour mieux les exploiter et éviter de les gaspiller. Texte de Bruno Clair et Jacques Beauchêne

▲Archet en bois de Guyane. Photo N. Poidevin

La dernière plateforme interactive (en anglais et en espagnol) signée du WWF Amérique latine fourmille d’informations pertinentes sur le biome amazonien. L’équipe Panamazonienne restitue ses études en cartes, conditionnées par le couperet du changement climatique (jusqu’à + 3 °C et +/- 20  % de pluviométrie en 2030 selon des hypothèses). L’atlas est à destination notamment des «  décideurs politiques  » pour qu’ils maintiennent ou restaurent un certain équilibre Homme/environnement dans ce sous-continent où cohabitent 26 millions d’habitants et des espaces à hautes valeurs patrimoniales régionale et mondiale. «  Nos analyses montrent que 12 % du biome est concerné de manière très importante par un changement climatique  » exprime le WWF. La situation est critique dans la quasi-totalité de l’Amazonie brésilienne ; surtout le Pará et le Mato Grosso. En revanche, les zones les moins inquiétées par les changements, seraient le piémont amazonien des Andes et le littoral des trois Guyanes.

►Carte d’indice régional de changement climatique extrait de Conservation Opportunities in the Amazon Biome under Climate Change Considerations http://arcg.is/1zPKKK

Cachalot pygmée Fin mars 2017, un cachalot pygmée (Kogia breviceps) a été retrouvé échoué sur les rives du fleuve Mahury, qui mène au port de Rémire-Montjoly. « Le kogia est une espèce pélagique extrêmement difficile à observer  » note Amandine Bordin, de la réserve naturelle de l’île du Grand-Connétable. Ce cétacé ainsi nommé pour sa petite taille (3-4 mètres contre 10-16 mètres pour le grand cachalot) est connu dans les pays voisins, mais aucune observation officielle n’était enregistrée jusque-là en Guyane. Probablement en fin de vie ou malade, l’animal est mort peu de temps après sa découverte. Le squelette a pu être prélevé et fait actuellement l’objet d’un nettoyage en vue d’une probable future présentation au public. La présence du kogia porte à «  23  » espèces de cétacés observées par les réseaux de surveillance en Guyane. ►Le cachalot pygmée échoué. Photo Gepog /RN Grand-Connétable Une saison en

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AUTOUR DE LA

QUESTION ?

R O ’ D E N G A T N DE MO

Un débat public sur le projet minier " Montagne d’or " est programmé pour la fin du premier trimestre 2018 en Guyane sous l’égide de la Commission particulière du débat public (CPDP), « autorité administrative indépendante dont le rôle est de veiller à l’information des citoyens et d’assurer la prise en compte de leur point de vue sur les projets d’envergure ». Il va précéder l’instruction par les services de l’État du dossier prévue jusqu’en 2019. Ce projet, de taille industrielle mondiale, est approuvé par la classe politique guyanaise et contesté par le collectif Or de question et des leaders autochtones.

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des chefs amérindiens de Guyane. 5e adjointe déléguée à l’aménagement et au foncier à Saint-Laurent du Maroni. NATHALIE HO-A-CHUCK ABCHÉE, présidente par intérim du Medef Guyane depuis 2017. Patronne d’une entreprise de conseils en gestion et prestations de services aux entreprises.

GEORGES PATIENT, sénateur (La République en marche) de Guyane depuis 2008. Il siège à la communauté de communes de l’Ouest guyanais depuis 1995. COLLECTIF « OR DE QUESTION » rassemble « 120 » associations guyanaises, nationales et internationales, groupes politiques et citoyens guyanais opposés à l’industrie minière en Guyane. Créé en juillet 2016. PIERRE PARIS, président de la société « Compagnie minière Montagne d’or » (CMO) depuis octobre 2017 a été sollicité pour répondre à nos questions. Il n’a pas souhaité s’exprimer. La CMO est le représentant régional du consortium russo-canadien. ►Une Saison en Guyane : Norgold n’a jamais

Bénédicte Fjéké : c’est extrêmement préoccupant. Je sais que l’endroit pressenti est un ancien site d’orpaillage, mais un projet de cette taille, il n’y en a jamais eu en Guyane et ça fait peur. Imaginez-vous en forêt, avec un grand trou béant de 2, 5 km de long et 400 m de profondeur. On aura beau nous dire qu’au bout de 13 ans (douze ans, ndlr) ils vont refermer ce trou et qu’il n’y aura pas de pollution au niveau de l’eau, je n’y crois pas.

terme, la contamination est partout (air, sols, eaux). Dans le cadre du réchauffement climatique, le BRGM prévoit en Guyane, une augmentation des inondations et glissements de terrain. La contamination peut avoir lieu par le drainage minier acide, mais aussi, massivement, lors d’une rupture de digue. En 2007, le mégaprojet minier de Kaw (à l’est de Cayenne, ndlr), qui se qualifiait de " mine verte" a fini par réclamer une dérogation pour rejeter jusqu’à 20 fois la dose de cyanure autorisée, eu égard aux contraintes pluviométriques. Une multinationale n’a aucune limite dans ses promesses puisqu’elle aura les moyens, avec ses avocats, de ne pas les respecter.

Medef : Nous faisons confiance aux porteurs de projets ainsi qu’à l’administration de s’assurer que les projets, qu’ils soient expérimentaux ou usuels, respectent les normes en vigueur, notamment celles relatives à l’environnement.

►Selon "Or de question", les émissions de CO2 du projet feraient croître l’empreinte carbone annuelle de la Guyane de 140 000 tonnes/an. Ceci ne va-t-il pas à l’encontre des objectifs fixés par Paris de réduction des émissions de gaz à effet de serre ?

exploité d’or primaire à cette échelle en milieu équatorial. Doit-on craindre le côté expérimental d’une telle mine dans l’Ouest guyanais ?

Georges Patient : La France est un État de droit avec des règlementations qui s’imposent à tous. Par ailleurs, le sujet n’est pas nouveau, il n’est en rien expérimental. Les premiers tests de cyanuration en Guyane remontent à plus de 30 ans, effectués avec le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) sur la mine de Changement au sud de Cayenne (un rapport du BRGM de 2013 soulignait qu’« aucun suivi n’a a priori été réalisé sur le site. Compte tenu des enjeux en terme de suivi post-fermeture, il serait intéressant d’évaluer l’état environnemental du site actuel », ndlr). La technique est utilisée par Norgold en Afrique. Or de Question : Partout dans le monde, l’industrie minière pollue gravement et durablement. La technique classique consiste à annoncer un processus nouveau, mais à

Georges Patient : Il faut rester prudent quant aux résultats des études produites par les partisans ou les opposants du projet. Selon l’Office national des forêts, la forêt guyanaise stocke tous les ans  15 millions de tonnes de CO2 sans compter les autres milieux naturels comme les savanes ou marais. Selon l’Organisation des Nations unies les émissions de CO2 en Guyane seraient de 3 t/hab./an (5, 75 en France hexagonale) soit largement moins que 1 million de tonnes. Donc l’empreinte carbone de la Guyane est et restera largement positive. Medef  : L’activité humaine, qu’elle soit privée ou professionnelle, impacte le bilan carbone de notre planète. Conscientes de cet effet, de plus en plus d’entreprises engagent des process pour tenter d’y remédier. Nous tenons à saluer les efforts

◄ La piste qui mène de

Saint-Laurent-du-Maroni au site du projet Montagne d’or. Au loin, les reliefs des réserves biologiques de Lucifer & Dékou Dékou. Photo Jody Amiet.

Infos et chiffres clés - Utilisation de 46 573 tonnes de cyanure (Chiffres CMO), 10 tonnes de cyanure consommées chaque jour avec un stockage de 300 tonnes. (chiffres DEAL) - Utilisation de 57 000 tonnes d’explosifs (20 t/jour -chiffres DEAL) - Une fosse grande comme 32 stades de France. -- 54 M de tonnes de boues issues de procédés mécaniques et chimiques de traitement des roches. (chiffres CMO) - Construction d’une usine à cyanuration située à 125 km de piste au sud de Saint-Laurent-du-Maroni, entre deux réserves biologiques intégrales. - Porté par un consortium russocanadien, constitué de Nordgold et Vancouver Columbus Gold. - Alexey Mordashov, magnat de l’acier, 2e richesse de Russie, est actionnaire quasiment exclusif de Nordgold - Création de 3200-3900 emplois directs, indirects et induits. (chiffres CMO) - 350 M€ de retombées fiscales en 12 ans pour 85 tonnes d’or extrait.(chiffres CMO) Une saison en

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ENTRETIEN

BÉNÉDICTE FJÉKÉ cheffe coutumière du village Terre rouge à Saint-Laurent-du-Maroni. Présidente


▲Les vestiges de l’habitation de Murutucu sont situés dans la périphérie de Belém. En 1835, le site a été temporairement utilisé par les rebelles cabanos dirigés par Angelim et Gavião, commandants des troupes de Francisco Vinagre. Le 14 août 1835, partit d’ici la 2e invasion de Belém. Photo P-O Jay Une saison en

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Liberté, trahison & diplomatie. Il était une fois la révolte de Cabanagem (1835-1840) De 1835 à 1840, la ville de Belém et la province du Grão-Pará vont être le théâtre de l’une des plus importantes révoltes populaires de l’histoire du Brésil, connue sous le nom de Cabanagem. La France profitera de cette période troublée pour avancer les frontières de sa colonie guyanaise vers l’Amazone.

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n 1822, Don Pedro Ier proclame l’indépendance du Brésil et se fait couronner empereur. Sans véritable autorité, ses quelques années au pouvoir ne seront que luttes contre les partisans du Portugal, les grands propriétaires esclavagistes et les mouvements autonomistes. Après avoir abdiqué en faveur de son fils âgé de cinq ans, l’impopulaire Pedro Ier quitte Rio de Janeiro pour le Portugal en 1831. Une régence est mise en place dans un pays en proie au chaos politique. Plusieurs grandes révoltes populaires éclatent alors, à Rio de Janeiro, au Pernambouc, dans l’Alagoas et enfin à Belém, en 1835.

président de connivence avec l’empire. Les partisans des deux camps s’affrontent dans la rue jusqu’à l’assassinat de Malcher en février 1835. UNE RÉVOLUTION SI PROCHE La monarchie française surveille de très près les évènements. Deux bâtiments de guerre sont ainsi ancrés en face de Belém. Ils ont pour mission de protéger les

INDÉPENDANCE En 1835, Belém, port sur l’Amazone et capitale de la province du Grão-Pará, est une ville en pleine croissance d’environ 25 000 habitants. Éloignée de Rio, et entretenant des liens étroits avec le Portugal, la cité amazonienne n’a reconnu l’indépendance du Brésil que tardivement. La classe dominante, composée de commerçants portugais et de grands propriétaires, conteste en effet l’autorité impériale. La majorité de la population – Amérindiens, esclaves, caboclos (métis amérindiens européens), petits travailleurs agricoles blancs – vivant quant à elle dans une extrême pauvreté, est au bord de l’explosion sociale. L’arrivée en 1833 d’un gouverneur autoritaire, Bernardo Lobo de Sousa, va rapprocher ces factions aux intérêts pourtant antagonistes. En novembre 1834, l’armée donne l’assaut à une fazenda accueillant une réunion d’opposants politiques  : le leader Manuel Vinagre est tué tandis que Felix Clemente Malcher – un grand propriétaire terrien – est arrêté. Cet évènement met le feu aux poudres. Commandés notamment par Eduardo Angelim et les deux frères de Manuel Vinagre – Francisco et Antônio – les rebelles, dénommés cabanos, profitent des festivités du Jour des rois pour investir Belém le 7 janvier 1835. Le gouverneur de Sousa et son commandant militaire sont tués. Les rebelles déclarent alors l’indépendance du Pará : Malcher, libéré, devient président et Francisco Vinagre son chef militaire. Leur gouvernement ne tient pas plus de cinquante jours. Vinagre accuse son ► Cabano paraense. Aquarelle de Alfredo Norfini de 1940. Musée des Arts de Belém. Une saison en

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HISTOIRE

BELÉM DO PARÁ


Japamazonia Tomé Açu, une aventure agricole nippo-brésilienne Voilà 88 ans, débarquait à Belém une petite communauté japonaise, avec la ferme volonté de dompter la forêt équatoriale. Aujourd’hui, après avoir traversé des difficultés à la hauteur de l’Amazonie, les Nippo-Brésiliens ont réussi à mettre en place une agriculture innovante, et transmettent une culture nippone encore vivace.

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A

vec son portail rouge traditionnel, recourbé aux extrémités (un torii), le bâtiment de l’association nippo-brésilienne1, planté au cœur de la grande Belém, dénote avec ses allures de temple bouddhiste. Le docteur Yuji Skuta, président et érudit de la communauté, nous y accueille avec une réserve toute orientale. En parcourant avec lui les albums des 5 générations de japonais d’Amazonie, ce ne sont pas les notables, médecins ou businessmen d’aujourd’hui que l’on découvre, mais de simples familles d’agriculteurs qui prennent des pauses sérieuses sur de vieux clichés rongés par le temps. Comment a donc commencé cette aventure japonaise au cœur de l’Amazonie ? 1 MILLION D’HECTARES « C’est en 1908 et d’abord dans le sud du Brésil que les premiers Japonais arrivent pour travailler dans les grandes plantations de café, suite à l’interdiction d’y employer des Italiens », explique le docteur Skuta. Après le Mexique et le Pérou, c’est le Brésil qui acceptait à cette période d’accueillir des migrants japonais. «  Certains Japonais fuient leur pays, chassé par la guerre contre la Russie, et à la suite à l’ouverture récente de l’île vers l’extérieur  ». Ils s’installeront d’abord dans la région de Sao Paulo et le Paraná. C’est suite à la rencontre, en 1924 à Rio de Janeiro, entre l’ambassadeur du Japon Shitita Tatsuke, et le gouverneur du Pará Dionisio Ventès que l’Amazonie surgit dans le destin japonais. Devant le succès des Nippons au sud du Brésil, le gouverneur propose de céder pas moins d’un million d’hectares au Japon pour y développer des terres agricoles. L’entreprise japonaise Kanebo2, qui produit à l’époque de la soie est contactée par l’ambassadeur. C’est elle qui financera l’expédition de “colonisation”, et un premier lieu est choisi perdu à quelques centaines de kilomètres au sud de Belém  : Tomé Acu. «  Là-bas les Japonais ne seront pas de simples commis de plantation comme à Rio, mais patrons de leurs exploitations ! » précise Alberto Ke Iti Oppata, actuel président de la coopérative agricole de Tomé Açu. 43 familles sont recrutées dans les zones pauvres et rurales du Japon et, le 20 juin 1929, ils embarquent à Kobé à bord du « Montevideo 1 l’association panamazonienne nippo-brésilienne est une fédération de 19 associations situées dans les états du Maranhão, Piaui, Pará, et de l’Amapá. 2 Kanebo existe encore dans le secteur du cosmétique.

◄Alberto Ke iti Oppata, directeur de la coopérative agricole de Tomé-Açu Une saison en

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CULTURE

BELÉM DO PARÁ


BELÉM DO PARÁ

Açaí & castanha, Made in Amazonie

Les baies, graines et fragrances de la sylve amazonienne sont à la mode. Sous le matraquage publicitaire, la demande pharmaceutique et alimentaire nationale et internationale du guarana, de la noix du Brésil, ou de l’açaí s’emballe. L’engouement, au-delà des zones rurales, pour cette quintessence forestière entraîne des bouleversements socio-environnementaux à Belém et dans les alentours.

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◄ Au cœur de la nuit, le marché du Ver-o-Peso à Belém voit débarquer les tapouilles des villages alentour, chargées des paniers d’açaí. Novembre 2017. Photos de P-O Jay Une saison en

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SOCIÉTÉ

«

Lorsque c’est la saison, les rues sont pleines de charriots d’açaí », raconte Jorge, conducteur de taxi à Belém. Quelle que soit l’heure, les quartiers populaires de la capitale du Pará et les marchés vibrent au rythme du moteur des barques lourdement chargées qui débarquent les récoltes. La nuit, les livraisons et ventes de gré à gré des paniers acheminés depuis les îles environnantes animent le port. Lorsque l’obscurité baigne les ruelles, des abat-jours rouges illuminent les devantures des maisons où l’on fabrique le suco (jus) d’açaí (fruit du palmier Euterpe oleracea, appelé açaí au Brésil et à l’international, wassay en Guyane, podosiri ou apodon au Suriname), à la consistance d’une pulpe crémeuse violine ou brune. Durant la journée, des fanions carmin et des pancartes indiquent les lieux d’approvisionnement pour les consommateurs locaux. Adepte du jus " artisanal ", Jorge le mange «  avec le poisson pirarucu et la farinha (semoule fine de manioc). Et après avoir mangé, tu peux directement accrocher le hamac pour dormir  », tant l’ensemble rassasie. Jusque dans les années  70, ce fruit au goût rêche, qui pousse en grappe dans la coiffe des palmiers, était exclusivement mangé par les ruraux de l’Amazonie. À partir de cette période, il a gagné les estomacs des Brésiliens des villes. Les années 2 000 marquèrent le début d’une exploitation à échelle industrielle avec une exportation vers le sud du pays et à l’étranger. La production a ainsi «  triplé en volume, sa valeur a quintuplé » entre 2003 et 2013, selon des chercheurs de Belém (La Ruée vers l’açaí, 2014. Tiers Monde). La récolte constitue désormais la majorité des revenus des habitants des bords de l’estuaire et du bassin. C’est le cas pour la famille d’Elen, mère de 28 ans, qui vit sur l’île de


Tecnobrega Le culte des machines à son Portfolio Vincent Rosenblatt

▲Pop Live, la version 2016 de Superpop, "L’aigle de feu, le propulseur des foules", l’une des plus grosses machines de Belém à "La fête de la bière" à Igarapé Açu. Le show des machines à son le plus attendu de l’année avec DJ's Elison & Juninho, les plus célèbres de la scène tecnobrega. Au milieu de la nuit, l’aigle de feu prendra son envol grâce à un système hydraulique, et tirera des feux d’artifice et des lasers, dans un show pyrotechnique à la pointe de la technologie. Une saison en

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D

es idoles de lumières, lasers et feux d’artifice ; des DJ’s adulés comme des popstars internationales : les machines montées par leurs cavaliers font danser des dizaines de milliers de jeunes amazoniens de l’État brésilien du Pará, dont Belém est la capitale. Depuis des décennies, des familles de la périphérie de Belém font construire leurs aparelhagens, boîtes de nuit ambulantes en plein air dans les fêtes foraines, transportées par camion d’un bout à l’autre de la ville ou des autres cités fluviales de l’État. Les musiques exécutées sont la cumbia, le meringue et surtout le brega – souvent stigmatisé par les élites locales, considéré comme un sous-genre musical  : le brega est synonyme de "mauvais goût ". Pourtant les Aparelhagens ont un public captif, leurs fan-clubs et déplacent les foules de tous âges. Au début des années  2 000, l’irruption de la technologie – les ordinateurs personnels, Internet et ses logiciels d’édition musicale – provoque un renouveau et une évolution drastique des machines et de la musique  : l’accélération du rythme (les musiques sont exécutées à 180 BPM) et une nouvelle façon de danser en couple. Du côté des machines, les familles

traditionnelles de la fête ont compris l’évolution en lançant des “appareils” toujours plus futuristes : la Superpop, “L’aigle de feu”, Rubi “la navette du son“, le puissant “Tupinambá” (nom d’un des peuples amérindiens présents avant la colonisation) ou encore le Príncipe Negro (Prince noir) se partageaient les faveurs de centaines de milliers de jeunes issus principalement des périphéries de Belém. Au tournant des années  2  010, de nouvelles machines géantes se disputent la place de favoris des cœurs : le Crocodilo, Ouro Negro (un robot remplacé cette année par un “Tigre”) ou encore le “Grand buffle du Marajó”…

▲"Nostalgia Tupinambá" est la dernière des machines à son Tupinambá, du nom des Amérindiens qui vivaient dans la région lorsque les Portugais sont arrivés au XVIe siècle. Le propriétaire, DJ Dinho, est fier de ses racines indigènes. La machine a été créée par Marcelo "Projesom" - un des artisans les plus talentueux de cette partie du Pará.

La plupart de ces machines sont construites en bois naval et recouvertes de métal dans les ateliers de João do Som, de Marcelo da Projesom, L’investissement total des des frères Ronaldo et Rogério plus grandes "machines" peut de Barcarena (ville voisine) dépasser le million de dollars ou encore de Grande do Som, les quatre grands artistes méconnus qui donnent vie à ces créatures uniques au monde. L’investissement total des plus grandes “machines” peut dépasser le million de dollars, investissement couvert en quelques fêtes, notamment pour le lancement des nouveaux “vaisseaux” de son. Outre les aparelhagens les plus célèbres,

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PORTFOLIO

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Portfolio Collectif de photographes & d’artistes à Belém depuis 1984

▲1985 - En action sur l’image : Octávio Cardoso, Mariano Klautau Filho et Eduardo Kalif. ►▲1982 - Intervention Fotoativa sur le côté du Teatro da Paz. Photos Miguel Chikaoka

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’association Fotoativa a commencé ses activités en 1984. Il s’agit d’une organisation à but non lucratif reconnue comme centre culturel de référence pour le nord du Brésil. Elle est née de la rencontre entre des photographes et des artistes pendant l’ouverture politique du pays après 20 ans de dictature militaire. Elle a émergé en écho des mouvements socioculturels, avec la même volonté d’occupation des rues et des espaces publiques de la ville de Belém. Au fil du temps, à travers une constante collaboration entre artistes, éducateurs, chercheurs venus de différents domaines, Fotoativa s’est focalisée sur la promotion d’actions culturelles tout en renouvelant constamment sa réflexion. À partir de pratiques pédagogiques alternatives, qui côtoient des processus de photographie artisanale, Fotoativa s’ancre dans le champ de l’expérimentation. L’association est en perpétuelle évolution grâce à une gestion horizontale et organique toujours en révision, jamais figée. Au-delà de la technologie, elle souhaite consolider cette forme de pensée à rebours de l’accélération de la vie

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contemporaine, et affirme la photographie et la pratique artistique toujours guidées par les interactions humaines, par l’environnement et l’expérience, et par différentes temporalités. La production collective, esquissée initialement autour de la photographie, constitue son épine dorsale. Elle est responsable du déclenchement de processus collaboratifs et de dialogue avec autres formes d’expressions, et développe les manières de percevoir et de comprendre l’image dans le mouvement quotidien. Ses pratiques reposent sur un savoir-faire artisanal et ludique, autant de points de convergence qui se déploient à partir d’ateliers expérimentaux et d’actions avec différentes communautés et groupes de la région. L’éducation, dans sa plus large signification, est l’un des piliers responsables de ce mouvement. Celle-ci se veut virale dans la formation des intervenants - que ce soit des éducateurs du système formel ou informel -, avec la perspective d’étendre Fotoativa au-delà de ses murs, un véritable état d’esprit pour ceux qui ont eu l’occasion de l’expérimenter. Partage, échanges et “contaminations” font de Fotoativa un véritable lieu de rencontre,


pour mettre en place, en dialogue avec les publics les plus divers, un programme fait de conférences, séminaire, causerie, programme de résidences, expositions, installations, groupes d’études (pédagogique et artistique), groupe de déjeuner, etc. Tous les participants sont impliqués dans ce processus d’une manière empirique et intuitive, dans l’idée d’une communion de différents savoir-faire, d’une célébration dans la construction du savoir. Toujours en quête de connaissances et d’incitation à la réflexion, la recherche constitue le deuxième pilier de Fotoativa. Présenter ce lieu d’expérience à travers des personnages qui, d’une manière ou d’une autre, font partie de l’histoire de l’association est un vrai défi, au vu de leurs multitudes. Chacun à sa façon, ils ont tous contribué à faire de ce lieu ce qu’il est aujourd’hui. Les photographies rassemblées dans ces pages – images d’archives, processus et photographies d’auteur - sont une tentative de présenter son énorme diversité. Elles présentent une vision, une manière de regarder et d’interagir avec le monde de certains de ses personnages clés d’hier et d’aujourd’hui. Plusieurs générations s’entrecroisent dans la confluence de cette recherche continue,

créant, à chaque nouveau cercle de personnes, de nouvelles ouvertures dans la manière d’appréhender l’environnement qui nous entoure. Texte par Camila Fialho, présidente de l’association fotoativa 2017-2020 Photos de M. Chikaoka, E. Lima, G.Veloso, M. Klautau Filho, D. Maués, P. Sampaio, O. Cardoso, W. Marques, O. Maneschy, D. Flor, E. Contente, I. Rodrigues, E. Kalif, R. Correia, M. Pic, P. Pardini, J. Nabiça, C. Marques, V. Isabelle, M. Maués, R. Lamonier, M. Pérez, L. MagnoC. Fialho, J.Viana, Tamara Saré, Maria Christina, Flávia Mutran. http://www.fotoativa.org.br/

▼Sélection des images pour l’exposition de la 2e Journée photographique 24 h de Belém (à droite) Fotoativa reçoit la cession d’usage d’un bâtiment de la fin du XIXe me siècle au centre-ville. Photos Miguel Chikaoka

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PORTFOLIO

BELÉM DO PARÁ


BELÉM DO PARÁ

Au large de Belém, le surprenante découverte

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u nord du Brésil, dans les eaux sombres de l’océan Atlantique, à l’embouchure du fleuve Amazone, se trouve un récif sous-marin. Sa découverte fut plus que surprenante puisque ce site ne montre pas les caractéristiques habituellement nécessaires au développement d’un récif corallien. Nous imaginons tous les récifs coralliens comme des écosystèmes marins aux mille couleurs, situés dans des eaux transparentes, à faible profondeur, comme nous pouvons en admirer en Polynésie française, en Guadeloupe ou en Martinique. Pourrions-nous imaginer un lieu semblable à quelques brasses de la Guyane ? Eh bien non, il s’agit d’un récif qui s’est développé dans des eaux troubles, en profondeur. Greenpeace, le « réseau international d’organisations indépendantes » qui agit pour protéger l’environnement, s’est penché sur ce récif, à peine découvert, mais déjà potentiellement menacé par des forages pétroliers.

Dans le bassin de l’embouchure de l’Amazone, non loin des eaux territoriales de Guyane française, un récif coralligène n’attendait que d’être découvert. Ce n’est qu’en janvier 2017, pour que l’ONG Greenpeace et certains scientifiques brésiliens prennent les premières photographies de ce récif, confirmant la présence de ce biome complexe et étonnant. Caché sous des eaux troubles, son fonctionnement n’est pas encore compris par les rares scientifiques à s’y être intéressés.

UN RÉCIF D’UN TOUT NOUVEAU GENRE En 1977 un article scientifique de B. Collette et K. Ruetzler, deux biologistes du Muséum national d’Histoire naturelle de Washington, le Smithsonian Institute, indique déjà la présence de poissons associés habituellement aux récifs coralliens dans l’embouchure de l’Amazone. Il faut attendre la publication d’un article par des scientifiques de l’Université fédérale de Rio de Janeiro dans la revue Science Advances pour confirmer son existence en avril 2016 ! Un peu moins d’un an plus tard, en janvier 2017, des

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ÉCOLOGIE

◄Ronaldo Francini Filho et John Hocevar, dans le sous-marin de recherche scientifique mis à l’eau depuis le navire Esperanza. Photo de Marizilda Cruppe/ Greenpeace


La Guyane, richesse de saveurs ! L

e beau-livre Saveurs de Guyane est paru aux Éditions Lelivredart (2017). Le projet est mené de l’association Jaguar, sous direction de son président, Didier Béreau, maître de conférences en chimie organique à l’Université de Guyane, membre de l’équipe QualiSud (Qualité et valorisation des produits végétaux des pays du Sud).

L’association montjolyenne Jaguar dont les missions sont la « promotion des activités culturelles et sportives  » a décidé par le biais de cet ouvrage grand format de 264 pages de «  mettre à l’honneur aussi bien la production agricole et agroalimentaire de notre région que son patrimoine culturel immatériel  ». Pour Didier Béreau, il convenait de produire un outil en réponse à «  une mondialisation et une uniformisation des pratiques alimentaires, à la perte des traditions culinaires auxquelles la Guyane n’échappe malheureusement pas  ». Mais aussi de «  rendre hommage  » aux «  Hommes et corporations (de l’alimentation) relevant des secteurs primaire et secondaire et des métiers de l’artisanat (agriculteurs, pêcheurs, boulangers, pâtissiers, restaurateurs…) qui participent à la production et s’échinent à améliorer notre alimentation et nos services au quotidien.  » L’ouvrage est hybride  : entre le guide de cuisine et ses recettes concoctées de Mana à Saint-Georges et un feuilleté scientifique qui

offre des données botaniques, giboyeuses, halieutiques, historiques. Le lecteur pourra (re)découvrir les classiques des plats familiaux salés de l’ensemble du territoire guyanais, qu’ils soient relevés à la sauce pinda (cacahuète), satay ou d’un zeste citronné. La farandole sucrée est aussi représentée, à travers des chapitres consacrés aux pâtisseries et aux fruits. Les tubercules, les brèdes, les ressources marines, les épices sont aussi abordés. L’association Jaguar souhaitait « démontrer la qualité et la diversité exceptionnelles de la gastronomie guyanaise et son apport indéniable au patrimoine gastronomique français ». Le pari est réussi. Une Saison en Guyane revient en détail sur une partie des chapitres publiés dans Saveurs de Guyane et qui font la part belle à certains savoir-faire kali’na, wayampi, wayana, teko, arawak, djuka, boni, saramaka et créole guyanais.

▼Didier Béreau, auteur du livre Saveurs de Guyane. Photo de Marion Briswalter

Textes de Marion Briswalter Photos de D . Béreau, M .Briswalter & P-O Jay

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# S AV E U R S   !

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Mollusques, crabes et fruits de mer «

L’écosystème marin du Plateau des Guyanes est classé parmi les plus productifs à l’échelle de l’ensemble des écosystèmes marins mondiaux. Poissons et crustacés notamment sont très importants à la côte  » souligne Fabian Blanchard, délégué régional de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

On retrouve ainsi des coquillages, des crustacés, des mollusques. Les crabes par exemple entrent dans la composition de plats traditionnels guyanais, assaisonnés de crabio (jus de manioc pimenté), en colombo ou dans le bouillon d’awara servi à Pâques. « On distingue les crabes de terre, de mangrove

et ceux de mer » explique Kristen Sarge en charge du service " langues et patrimoine " à la Collectivité territoriale de Guyane. C’est «  une belle illustration du métissage des cultures » poursuit-il, évoquant « la transmission des techniques de pêche et de cuisine  ». La commune de Montsinéry-Tonnégrande s’enorgueillit de ses huîtres de palétuviers rouges. Aujourd’hui moins ramassées à des fins commerciales, elles étaient durant «  les années  1950 à 1980 largement consommées toute l’année  » note Céline Hotin, ingénieure agricole. Comme ils croissent en eau saumâtre, ces bivalves sont moins salés et iodés que les huîtres de Charente-Maritime par exemple.

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▲Crabe de mer (Calapa sulcata), se retrouve en mer entre 10 et 80 m de profondeur. (1) ▲Langouste brésilienne (Panulirus guttatus), vit en mer entre 2 et 23 m de profondeur. (2) ▲Chancre (Callinectes ornatus),se trouve plutôt dans les estuaires et en mer jusqu’à 60 m de profondeur. (3) ► Calamar (Loligo spp.), mollusque de mer. (4) ►Crevettes "Brown' (Penaeus subtilis) et "Pink" (Penaus brasiliensis) (5) Une saison en

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M ĂŠ g a fa u n e Voyage dans les mondes perdus des Guyanes

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SCIENCE

Les écosystèmes des Guyanes comptent aujourd’hui parmi les plus riches et complexes sur Terre, mais qu’e n était-il dans le passé ? De récentes avancées dans l’a nalyse des restes fossiles découverts en Amazonie permettent une plongée dans les profondeurs du temps, à la découverte d’o rganismes étonnants, parfois aux frontières de l’imaginable.

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uoi de plus naturel aujourd’hui que de se retrouver nez à nez avec un sapajou (saïmiri), un aï (paresseux à trois doigts) ou un pian (opossum) le long du Sentier de Montabo, de rencontrer un caïman dans son jardin par temps de pluie, ou de devoir ralentir pour qu’un tayra (martre à tête grise) traverse tranquillement la Route Nationale 1 ? En fait, chacun de ces animaux a une histoire particulière, étroitement liée à celle du Plateau des Guyanes et, plus largement, à celle de l’Amérique du Sud. Selon les cas, cette histoire remonte à la nuit des temps, des milliers, des millions, voire des dizaines de millions d’années avant notre ère, et met en jeu des phénomènes globaux (tectonique des plaques et climat), régionaux (soulèvement des Andes) ou des événements pourtant hautement improbables (traversée transatlantique sur des radeaux naturels). La biologie et la paléontologie offrent des approches complémentaires pour expliquer l’histoire de ces organismes et l’évolution de leurs écosystèmes. Ces deux disciplines sont largement représentées au sein du Centre d’étude sur la biodiversité amazonienne (Labex CEBA), basé à Cayenne, et qui soutient actuellement un programme original de recherche visant à mieux définir les sources mêmes de la biodiversité guyanaise.

◄Le Megatherium est un ancêtre des paresseux actuels. Terrestre, il fut le plus grand de tous les xénarthres, il pouvait atteindre 4 mètres de hauteur lorsqu’il se dressait sur ses pattes arrière et près de 4 tonnes. Il a disparu il y a environ 10 000 ans. Illustration extraite du documentaire Le Mystère des géants perdus, réalisé par Eric Ellena et Paul-Aurélien Combre, sortie printemps 2018. Une saison en Guyane 20

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Black Dolls Il y a quarante ans, le cofondateur de la Négritude, Léon-Gontran Damas, s’installait à Washington D.C. où son travail sur la question raciale allait inspirer une génération de créateurs, chercheurs et écrivains. Basé sur et inspiré de son poème Limbé, Black Dolls Project est une représentation visuelle du problème du racisme sous la forme d’une triple série de 22 images photographiques réalisées par Mirtho Linguet. En couleur, « loin des habituelles et communes images de chaînes et de sang ou des personnages représentés en posture de complainte, avec le craquement du fouet sur leur dos » précise-t-il. Cette triple série exposée à Washington, en novembre 2017, a été ainsi partie intégrante du Festival International Fotoweek, dont le jury lui a accordé le Prix Beaux-Arts 2017. UNE ESTHÉTIQUE DE L’INVESTIGATION « If you don’t understand White Supremacy (Racism)- what it is, and how it works- everything else that you understand will only confuse you . » (« Si vous ne comprenez pas la suprématie blanche [racisme] - ce que c’est, et comment cela fonctionne- tout ce que vous comprendrez d’autre ne fera que vous confondre »). 1971 Neely Fuller, Jr

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vec Black Dolls Project, Mirtho Linguet affirme une “esthétique de l’investigation”, au travers de trois séries qui interrogent une “situation basique et universelle”.

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La première série Poupées Noires, présentée pour la première fois en octobre 2015 à l’EnCre, figure la réalité des personnes classifiées comme non-blanches. Celles-ci sont des poupées. La seconde série, Flora, met en question l’imaginaire inculqué et inoculé qui façonne la réalité qui entoure ces “poupées”. Mental-Cide, ultime série, inédite et présentée pour la première fois lors de la Fotoweek, met en scène la phase terminale de la folie qui abîme les personnes classifiées comme non-blanches, phase les laissant désarticulées, à la fois physiquement et psychiquement. Black Dolls Project est le résultat de réflexions sur le problème du racisme et invite à « réflé-


PORTFOLIO chir à ce problème qui fait que les individus se maltraitent à cause de leur couleur de peau » explique Mirtho Linguet. La grossièreté et la subtilité de la vie quotidienne sont révélées par des couleurs, des lumières et des angles ainsi qu’un traitement technique particulier, affirmant, sans embellissement, la dimension tragique de cette question spécifique de la perception. Toutes les photographies ont été prises dans des espaces naturels et non en studio, à différents endroits comme furent transbahutés les esclaves depuis les bateaux de la traite négrière jusqu’aux plantations, leurs corps livrés aux espaces, comme des objets.

Les personnages sont de véritables femmes ▲Mirtho Linguet, Poupées peintes en noir. Il s’agit de renforcer le Noires Nº IX, 2013 fait que le racisme concerne la couleur des personnes classées comme non-blanches/ noires, car elles ont de la couleur dans leur peau. Les différents modèles jouant ces rôles de personnages Étant peintes en noir comme maquillés ont parfaitement étant elles-mêmes noires, elles conscience de la démarche et ont accepté de pointer du doigt du propos du projet. Leur par- le problème du racisme. ticipation est une collaboration qui n’est pas feinte, mais volontaire. Étant peintes en noir comme étant elles-mêmes noires, elles ont accepté de prendre part à ce travail et ainsi pointer du doigt le problème

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Aquario philie

Basée à Cayenne, créée il y a seulement trois ans, l’association Guyane Wild Fish réunit tous les passionnés de la faune et la flore des milieux aquatiques de Guyane : aquariophiles, pêcheurs sportifs, scientifiques et naturalistes la composent. Elle est à l’origine de la découverte de 2 espèces potentiellement nouvelles et de plus d’une vingtaine de nouvelles occurrences pour la Guyane… Focus sur une passion guyanaise. Une saison en

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DE LA VULGARISATION À L’EXPÉRIMENTATION… Les sorties en milieu naturel sont autant d’occasions pour les membres adhérents de faire directement part au grand public de leurs connaissances et de collecter des informations précieuses… En effet, cellesci viennent alimenter la base de données du forum d’échange "ichtyoguyane" entre scientifiques et naturalistes. « Nous leur balançons toutes les infos et photos collectées sur le terrain, reprend l’aquariophile. Ça nous permet d’avoir les avis d’experts (INRA, Museum d’Histoires naturelles de Genève, Université de Toulouse, Biotope, Hydreco…) si l’on a un doute. C’est un forum vivant, vraiment très riche ! » Mais aussi

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BIODIVERSITÉ

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Avec plus de 430 espèces de poissons d’eau douce et saumâtre en Guyane, les membres de l’association ont de quoi faire  » annonce d’emblée Grégory Quartarollo, président et fondateur de Guyane Wild Fish (GWF). Au niveau local, l’association consacre une attention toute particulière à la pédagogie et à la vulgarisation de l’information scientifique en participant aux fêtes de la science et de la nature et en organisant des meetings ouverts au public qui portent sur les dernières expéditions comme celle réalisée sur la rivière Counamama. «  Je retranscris nos expériences et découvertes acquises sur le terrain dans des revues aquariophiles en France, en Angleterre, prochainement aux États-Unis, Allemagne et Japon, ajoute Grégory. Beaucoup d’aquariophiles rêveraient d’être à notre place. La Guyane c’est un aquarium grandeur nature ! » L’association est très active sur les réseaux sociaux et à titre d’exemple, la page Facebook est aujourd’hui suivie dans plus de 70 pays.


UN (SUPER) HÉRON TRÈS DISCRET...

Oiseau étrange aux couleurs chatoyantes, le Héron agami joue à cache-cache avec les naturalistes de depuis une dizaine d’années. Une véritable enquête menée par l’association Gepog, la réserve naturelle de Kaw-Roura et le Parc amazonien pour comprendre les mystères de ce singulier ardéidé... Une saison en

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BIODIVERSITÉ

►Héron agami en vol à la colonie de Kaw. Photo V. Rufray/ GEPOG 2013

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e héron agami (Agamia agami Gmelin, 1 789) intrigue depuis longtemps scientifiques, ornithologues amateurs et professionnels. Et pour cause, il est étonnant à plus d’un titre… La coloration originale de son plumage où se mêlent vert bouteille, bleu pâle, gris ardoise, châtain, blanc, jaune, orange et rouge lui vaut le surnom de " héron colibri" chez nos voisins brésiliens. Sa structure corporelle est surprenante, avec des pattes "trop courtes" d’un côté et un cou et un bec exceptionnellement longs de l’autre comparé aux autres espèces d’ardéidés (famille des hérons). Il est ainsi l’un des rares représentants encore existants de la plus ancienne lignée évolutive de hérons, le distinguant nettement de la plupart des hérons du monde. Peu bruyant, solitaire et discret, il est par ailleurs difficile à observer et très méconnu. Une raison de plus pour les spécialistes d’être fascinés par cet oiseau… Histoire d’une découverte historique en Guyane et d’une quête scientifique sans précédent. Tout commence en 2001. L’IRD (Institut pour la Recherche et le Développement) est en mission scientifique dans la plaine angélique, au cœur de la Réserve naturelle nationale de Kaw-Roura. Alors que l’objectif est d’installer une plateforme flottante permettant aux chercheurs d’accéder aux marais inexplorés jusque-là, l’IRD y découvre de manière fortuite une colonie de hérons agami d’un nombre de

nids jamais observé jusqu’alors. Seulement connues de quelques endroits en Amérique du Sud, avec un maximum de quelques dizaines à une centaine de nids, les colonies de hérons agami semblaient plutôt éparses, de petites tailles, et n’avaient été que peu étudiées. Alors que se cachait au beau milieu de la plaine Angélique et des marais de Kaw… une colonie de plus de 1 000 couples. Chaque année, entre avril et juin, la forêt inondée bordant une petite mare

Il est l’un des rares représentants encore existants de la plus ancienne lignée évolutive de hérons isolée dans la plaine Angélique se remplit de hérons venant s’y reproduire. Environ mille six cents couples, soit près de 3 200 hérons agami adultes, paradent et construisent des nids sur les arbres qui ressemblent rapidement à des immeubles à hérons où s’entassent les futures petites familles les unes au-dessus des autres. À chaque approche d’un prédateur, une vague de croassements alarmés traverse la colonie, rappelant l’ambiance d’une gigantesque mare à grenouilles. Mystère naturaliste, les hérons arrivent là en avril puis se volatilisent à la fin de la saison de reproduction. D’où viennent tous ces oiseaux ? Où repartent-ils ? Pourquoi y a-t-il

une colonie aussi grande en Guyane ? Les ornithologues sont restés perplexes face à cette équation, qui ne correspondait pas au peu de choses connues sur l’espèce, plutôt solitaire et se nourrissant sur de petites criques forestières, se regroupant habituellement en mini-colonies forestières pour se reproduire. En 2008, le Gepog (Groupe d’Étude et de Protection des Oiseaux en Guyane) décide d’élucider le mystère. Première étape : trouver comment capturer des individus sur un site où l’on ne peut accéder qu’en hélicoptère, où l’on ne peut se déplacer qu’en canoë, et où sont rassemblés des caïmans noirs de près de 6 mètres de long. Ces derniers viennent pour leur festin annuel, attendant la chute opportune d’un poussin ou une approche trop téméraire de l’eau d’un oiseau adulte pour littéralement sauter sur l’occasion… et n’en faire qu’une bouchée. En se déplaçant à la rame en canoë, des filets sont tendus sur des perches rallongées et enfoncées sur plusieurs mètres dans l’eau, et scrupuleusement surveillés et déplacés à chaque accoutumance ou regroupement des caïmans autour de ces repas potentiels "pris au filet". Les premières données biométriques donnent - une fois analysées – des indications sur le sexe et l’âge des individus, et permettent à un laboratoire basé en métropole d’élaborer une méthode de sexage fiable à partir de plumes prélevées.

◄ Héron agami, mare aux caïmans. Photo A. Baglan/RNNKR 2017 Une saison en

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Livres

WAYANA BLUES ROMAN - Laurent Pipet Éd. Publibook 17 € - 182 p.

PETIT GUERRIER POUR LA PAIX ENTRETIEN - Hélène Ferrarini et Alexis Tiouka Éd. Ibis Rouge 15 € - 128 p.

C’est à la lumière de son expérience sur le haut-Maroni, car il y travaille notamment avec l’association Kwala Faya sur l’autonomie énergétique des villages, que l’auteur Laurent Pipet a construit le roman "Wayana Blues". Il nous livre dans ces pages le destin de deux frères, dans le quotidien amérindien wayana, confronté aux différentes réalités de leur société : la vie traditionnelle du village, les changements qu’imposent la vie moderne, les agressions de l’orpaillage. Peu de roman se sont attaqués ainsi avec succès à la description de destins autochtones contemporains, une fresque familiale amérindienne contemporaine qui fait écho au travail de Miquel Dewever Plana, présenté plus loin dans cette rubrique.

Dans cet entretien avec Hélène Ferrarini, Alexis Tiouka raconte son enfance tiraillée entre les bancs de l’école de la République, les homes indiens et son très cher village kali'na d’Awala -Yalimapo. Son arrivée en France hexagonale à l’âge de 20 ans sera une prise de conscience, et réveillera le "petit guerrier" qui sommeillait en lui : il rencontre des Amérindiens des États-Unis et du Canada, et galvanisé par le témoignage de leurs combats, il décide d’en faire autant en Guyane. C’est le début du mouvement autochtone avec le grand rassemblement de 1984, qu’il entamera avec d’autres leaders comme son frère Félix Tiouka. Il représentera les Amérindiens de Guyane à l’ONU lors des discussions sur les droits des peuples autochtones dans les années 1990-2000.

ALFRED PARÉPOU REVUE - Collection Orénoque Monique Dorcy et Lydie Ho-Fong-Choy Choucoutou Les éditions du Manguier 12 € - 43 p. Publié en 1885, Atipa est le premier roman créolophone de l’histoire. Introuvable pendant plusieurs années, mais conservé à la Library of Congress de Washington, il représente une vraie satire de la société guyanaise du 19e siècle. Le mystère autour de son auteur, un certain Alfred Parépou, est aussi sujet de débats. Ce 2e numéro de la revue Orénoque a pour intention de décortiquer le roman et d'en proposer une lecture transversale : qui se cache derrière Atipa ? Quel est le contexte historique, politique et économique dans lequel évolue le personnage du roman ? Quelle a été la résonnance de ce texte subversif en Guyane au 19e siècle ?

GUYANE NOU GON KÉ SA ! RECUEIL DE NOUVELLES Éd. Rymanay /14,50 € - p. 195 Le mouvement de mars-avril 2017 a mobilisé la Guyane entière. Que ce soit lors de la marche du 28 mars, dans les barrages, devant la préfecture, tout le monde a exprimé l’espoir d’une Guyane meilleure. Pour ce collectif d’auteurs guyanais, ce sera plutôt à travers ce recueil de nouvelles, entre fiction et réalité, qui relate les moments forts de cette mobilisation historique.

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PEYI AN NOU BANDE DESSINÉE Jessica Oublié et Marie-Ange Rousseau Éd. Steinkis - 20 € - 205 p.

PACO LES MAINS ROUGES T2 BANDE DESSINÉE Vehlmann & Sagot Éd. Dargaud 15.99 € - 54 p.

Le Bumidom, acronyme de Bureau de la migration des departements outremer, a encore aujourd’hui un impact majeur sur les sociétés ultramarines, notamment démographique aux Antilles et à la Réunion. C’est sur ce sujet peu médiatisé qu’enquêtent Jessica Oublié et Marie-Ange Rousseau, avec une bande dessinée documentaire foisonnante, sous forme de récits familiaux, ou d’entretiens avec des universitaires, à Paris et ailleurs.

La suite et la conclusion des aventures du bagnard Paco est enfin disponible en librairie ! Une bande dessinée de qualité, un dessin et une colorisation très réussis, un scénario toujours addictif et tendu pour suivre le destin du héros (ou antihéros) Paco, dans l’enfer de la Guyane carcérale du début du siècle dernier. Une BD indispensable !

JAPANAMAZÔNIA CONFLUENCIAS CULTURAIS BEAU LIVRE Alberto Bitar, Miguel Chikaoka et Paula Sampaio Éd. Kamara ko fotografias 119 p. Miguel Chikaoka, fondateur du collectif photo de Belém fotoativa (cf. p.48) est un Brésilien d’origine japonaise. S’il ne vient pas de la communauté de Tomé Açu (mais du sud du Brésil), il a réalisé un magnifique travail photo en noir et blanc sur ce sujet, dont les clichés argentiques sont rassemblés ici. Des photos d’arts plus que documentaire se succèdent dans ce beau livre pour se plonger dans l’ambiance de la communauté agricole japonaise d’Amazonie (cf. p25).

D’UNE RIVE À L’AUTRE BEAU LIVRE Miquel Dewever Plana - ed. Artem & Cetera /Blume - 156 p.

Financé par un crowfunding pour l’impression, le livre "D’une rive à l’autre" est l’aboutissement d’un travail au long cours du photographe Miquel Dewever-Plana sur le haut-Maroni et l’Oyapock en collaboration avec l’association La tête dans les images. À des préfaces pertinentes, succèdent des entretiens avec les habitants, illustrés par des diptyques photo très évocateurs. Les textes sont d’une grande force, une production indispensable pour en finir avec les clichés, et mieux comprendre l’état d’esprit amérindien en Guyane en ce début de XXIe siècle.

la Cas’A Bulles - Lettres d’Amazonie les librairies générales de Guyane

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Une saison en Guyane n°20, Dossier Belém, Saveurs de Guyane, PaléoGuyane

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