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Cinéma Guyane, la série western de Canal+

Panoramas verticaux d’arbres

Comprendre le carbone forestier En arbresanteur

Interview d’Alain Maline L’art du Djokan

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n°16 - Février 2016

Arbre

Le mythe Maufrais adapté


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▲Jean Galmot, Aventurier de Alain Maline

EDITO

LE 7ÈME ART QUI CACHE LA FORÊT

On pourrait s’attendre à ce que la Guyane, terre de fantasmes, soit au coeur de nombreux longs métrages. Mais hormis le célèbre Papillon, campé par Steve McQueen et dont les aventures n’ont même pas été tournées sur place, les films qui ont marqué durablement l'histoire du Cinéma ne sont pas légion. Canal+, en décidant de réaliser sa nouvelle série phare sur la Guyane dont nous vous proposons ici des images inédites, a sans doute pressenti que notre territoire restait sous-exploité par l'industrie cinématographique. Dans ce dossier consacré au 7e art, nous reviendrons sur cette relation inégale qu'entretient l'Amazonie avec le grand Ecran, et pour la Guyane, nous nous intéresserons en particulier à deux réalisations : Jean Galmot Aventurier de Alain Maline, et la Vie Pure, le tout récent biopic de Jeremie Banster. D'autres projets sont en cours de finalisation, depuis le docu-fiction Anuktatop de l'association Chercheurs d'autres, jusqu'au burlesque la loi de la Logo Final

jungle de Antonin Peretjatko. La période est prolixe, et l'on se plait à imaginer un petit Guyollywood, nouvelle terre d'inspiration pour les producteurs ou les scénaristes. Personnages bigarrés, décors mystérieux, contrastes immenses balancés entre passé et futur : qui pourrait douter qu’il y ait là matière à “ faire du cinéma” ? Notre second sujet est tellement omniprésent dans notre environnement, qu’il semble parfois ne plus susciter l’intérêt des Guyanais. Pourtant, nous avons encore beaucoup à apprendre au sujet de nos arbres. Magistralement introduit par le botaniste Francis Hallé, ce dossier ambitionne de nous les faire redécouvrir au travers de leurs multiples fonctions. Tout à la fois précieux stock de carbone, et au cœur d’une filière bois en pointe ; porteur d’une énergie du futur discutée et discutable, ou haut lieu de randonnée verticale, l’Arbre, partenaire indispensable à la vie humaine, transcende ses espèces et se révèle comme le véritable patrimoine de la Guyane. Pierre-Olivier Jay - Rédacteur en chef

Avec

le soutien de

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SOMMAIRE P. 10 - AMAZONIE & CINÉMA

P. 18 - DES PÉPITES D’OR EN SÉRIE le nouveau western Amazonien

CINÉMA

P.48 PORTFOLIO DU BRÉSIL À LA GUYANE Christophe Gin

ARBRE

P.58 - LE TAMARINIER DE MANA P.62 PORTFOLIO PORTRAITS D’ARBRES GUYANAIS Tanguy Deville

P. 90 - NOURAFLUX, décrypter les mystères du carbone forestier P. 96 - EN ARBRESANTEUR

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P. 4 - JOURNAL DES GUYANES P. 6 - LES DÉBRIS DE LA FORÊT

P. 28 - LA VIE PURE le mythe Maufrais revient sur grand écran P. 36 - JEAN GALMOT & ALAIN MALINE

P. 8 LES CHRONIQUES DE DOC LUCHO

P. 40 - L’ART DU DJOKAN

P. 70 - ROSE SANG P. 76 - ÉCONOMIE DU BOIS, la forêt à la croisée des chemins P. 84 -FORÊT ELECTRIQUE

SPATIAL

P. 102 - LES DÉBUTS FIÉVREUX DE L’INSTITUT PASTEUR DE LA GUYANE

P. 112 - AUSCULTER LA TERRE

P. 122 - LA FIÈVRE DES GRENOUILLES P. 133 - LIVRES

P. 136 - BD - COUNANI

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JOURNAL des Guyanes SURINAME. DES DIGUES FILTRANTES POUR CONTRER L’ÉROSION ET SAUVER LA MANGROVE Urgence ! L’érosion du trait côtier surinamais est telle que les scientifiques prévoient la disparition de la mangrove d’ici trente ans. Pour éviter ce scénario catastrophe Sieuwnath Naipal, professeur d’hydrologie à l’Université de Paramaribo, a mis en place un projet original : « imiter la nature » en plaçant des digues filtrantes le long de la côte pour briser les lames, piéger les sédiments et gagner sur la mer. Une fois les terres récupérées, la mangrove recolonise la région et protège à nouveau le littoral. « Notre littoral est plat comme une crêpe », a-t-il déclaré à l’agence de presse IPS en marge de la COP21, où il a défendu son projet et sollicité l’aide internationale. La mangrove protège la côte, mais elle est menacée par la montée du niveau de la mer et l’action de l’homme. « Au cours des 10 dernières années, le littoral a reculé de 600 mètres à certains endroits. C’est énorme, nous devons agir maintenant », a-t-il poursuivi. Mais la défense côtière est une entreprise coûteuse, chaque kilomètre consacré à la construction de digues revient à environ 6,5 millions US $. Le Suriname compte environ 40 000 hectares de mangrove répartis sur les 386 km de sa frange côtière, pour une largeur de 3 à 8 km. Le littoral est alimenté en limon en provenance du fleuve Amazone. « Les changements climatiques dans la région amazonienne ont impacté les côtes. Nous pouvons tirer parti des millions de tonnes de sédiments charriés chaque année. » Au Suriname, 9 habitants sur 10 résident sur le littoral. La double poussée migratoire et démographique conduit les gens à s’installer à proximité de la mer, ce qui a pour effet de détruire les écosystèmes. Le projet de réintroduction de la mangrove vise à enrayer ce fléau. Sieuwnath Naipal est raisonnablement optimiste quant à sa mise en œuvre : « Nous avons le soutien de [l’organisation environnementale] Conservation International Suriname. Nous avons obtenu des fonds de démarrage, et le gouvernement envisage de prendre la relève. » Véritables boucliers contre les tempêtes, les inondations et les tsunamis, les mangroves sont riches en biodiversité, elles abritent de nombreuses espèces animales et végétales. Ce sont des zones dynamiques, riches en nourriture. Feuilles et racines fournissent des nutriments au plancton, algues, poissons et crustacés. Source : thedailyherald.sx, 10/12/15. Photo de Pieter Van Maele : le Professeur Sieuwnath Naipal inspecte son projet anti-érosion à Weg naar Zee, Paramaribo Une saison en

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Rubrique par Miguel Joubel / Photos Pieter Van Maele

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AMAPÁ. DES ZONES FRANCHES VERTES POUR LES INVESTISSEURS Il aura fallu plus de six ans pour que le décret régissant la Zona Franca Verde (ZFV) paraisse. Le 18 décembre dernier, la présidente Dilma Rousseff a signé le texte officiel et salué au passage le travail des trois sénateurs amapéens : Capiberibe, Randolfe et Davi. La ZFV a pour objectif de promouvoir le développement vert et l’intégration économique des zones frontalières. Selon la présidente, les nouvelles dispositions viennent renforcer les zones franches déjà implantées dans la région. « En installant des zones franches vertes, le Brésil garantit que l’Amazonie s’engage dans la voie du développement

durable », a-t-elle déclaré. Et de poursuivre : « Le Brésil amazonien héberge la plus grande biodiversité de la planète et nous avons la double responsabilité de la préserver et d’en faire le socle du développement durable de la région. » La loi prévoit notamment l’exonération de la taxe fédérale IPI (Impôt sur les produits industrialisés) pour les marchandises dont la composition inclut essentiellement des matières premières régionales, qu’elles soient d’origine animale, végétale ou minérale. Sont concernées les villes de Macapá et Santana (Amapá), Tabatinga (Amazonas),

Guajará Mirim (Rondônia), Brasileia et Cruzeiro do Sul (Acre). Selon Armando Monteiro, ministre du Développement, de l’Industrie et du Commerce, la ZFV va stimuler l’industrialisation de l’Amazonie tout en valorisant les matières premières locales. Il reviendra à la direction de la zone franche de Manaus (Suframa) de définir les produits pouvant bénéficier de l’exonération fiscale. Source : Amapá 247, 18/12/15. Ci dessous : Communication de l’association brésilienne du marketing rural et du commerce agricole (ABMR&A)

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LES DÉBRIS Les bruits

Rubrique par Marion Briswalter Dessins de Olivier Copin

de la forêt

St-Élie du Cyanure La deuxième usine de cyanuration de l’histoire de l’orpaillage en Guyane est annoncée pour le premier trimestre 2016. Portée par Auplata sur le site Dieu Merci, commune de Saint-Élie, elle a reçu un avis favorable en septembre 2015 suite à l’enquête publique. Il lui reste à obtenir l’accord du conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques, et du préfet. « Le cyanure permettra de récupérer les 2  % de minerai aujourd’hui jetés », selon Didier Tamagno, directeur général d’Auplata. « 300 tonnes de minerai » pourraient être traitées quotidiennement. Le projet est une ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement). La cyanuration est utilisée par la majorité des opérateurs miniers du globe depuis plus d’un siècle, néanmoins, en mai 2010, le parlement européen préconisait l’interdiction de ce procédé chimique dans les pays européens au vu de l’« extrême toxicité pour l’environnement et la santé humaine ». « Au risque de provoquer des grincements de dents, il faut bien admettre que l’extraction par procédé cyanuré semblerait en 2015 être la principale alternative accessible en remplacement de l’utilisation du mercure dont certains ne se privent pas… Il faut éventuellement accepter l’idée très controversée que l’exploitation aurifère en Guyane se doit d’être considérée par la population comme un mal nécessaire, et pourquoi pas envisager de le considérer comme un patrimoine historique et essayer de valoriser les métiers qui en découlent  », se positionnait en septembre 2015 le commissaire-enquêteur, Alexandre Smetankine, sur Guyaweb.com.

TURBIDE OR NOT TURBIDE Aujourd’hui, les autorités et les forces armées en Guyane citent la baisse des indicateurs de déforestation et de turbidité des fleuves pour vanter leurs actions et le recul des impacts induits par les chantiers aurifères illégaux en Guyane. Mais la diminution de ces paramètres ne veut pas dire que les incursions se tarissent ! Les filons alluvionnaires, c’est-à-dire au fil de l’eau, sont délaissés au profit de l’extraction de l’or primaire dans des galeries ou puits souterrains. Cela entraîne une baisse des indicateurs certes, mais traduit surtout une mutation de l’activité clandestine.

150 000 litres de fuel dans le pripri En octobre 2015, en plein mouvement social à EDF Guyane, environ 150 000  litres de fuel ont été déversés dans les pripris qui jouxtent le site industriel à Rémire-Montjoly. Une enquête a été ouverte, mais ne semble guère avoir défriché le mystère de l’origine de la pollution. Dommage ! Car ce n’est pas la première fois que les terrains sont victimes de pollueurs restés impunis.

L’archéo à vau-l’eau

Mais que se passe-t-il à RémireMontjoly  ? Le serpent de Pascaud, vestige d’art rupestre considérable qui orne la route des plages, est à Une saison en

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l’abandon. Fin décembre, la mousse et un panneau d’interprétation en lambeaux ne semblaient plus être que les seuls compagnons de ce pan de l’Histoire, laissé au bord de la route.


Les pieds dans l’eau On annonce une montée des mers du globe de 60 cm à 1  m d’ici 2100. « Il faut absolument considérer cet élément dans les projets d’aménagement du littoral », s’alarme Anne Saunier, conseillère municipale à l’environnement de Kourou. Quelle pourrait être l’ampleur en Guyane  ? «  Il y a trop d’inconnues pour donner des chiffres précis  » informe Antoine Gardel, spécialiste du sujet au CNRS Guyane. « Un mètre d’augmentation, ce serait une catastrophe. L’essentiel de la plaine côtière serait sous l’eau. Avec l’élévation du niveau de la mer, les vagues vont pouvoir arriver beaucoup plus proches de la côte, car normalement elles sont amorties par le fond.» « Il existe tout un chapelet de solutions possibles en plus des classiques digues et “stabiplages” qui ne font pas forcément l’unanimité. Les scientifiques doivent continuer leurs travaux d’études et de compréhension de l’influence de l’Amazone sur le littoral guyanais », commente l’élue. « Ce genre de travaux sont menés sur des durées relativement longues » et « nécessitent de gros programmes de recherche  internationaux, de gros moyens commente le scientifique. Néanmoins on étudie comment évoluent les écosystèmes côtiers, les mangroves, les traits de côte ». Un rapprochement avec le Brésil, le Suriname et le Guyana sur ces questions est en cours.

Energiv’or L’exploitation de la Montagne d’or est annoncée pour « 2018 ». Situé à 80 km de Saint-Laurent, le gisement est convoité par la Canadienne Columbus Gold (actionnaire principal de la Guyanaise Auplata). Le site intéresse, car son gisement est énorme, « l’équivalent de la production guyanaise des trente dernières années » selon Les Échos. Mais la consommation énergétique du site sera elle aussi abyssale puisqu’on évoque un be-

C’est la mer à boire En 2012, l’association Conso Guyane et quatre citoyens dont fait partie Franck Dubos, l’ancien président de l’UDI Guyane, déposaient un recours au tribunal administratif de Cayenne à l’encontre du préfet et un recours hiérarchique auprès de la ministre de l’Écologie, Delphine Batho. Ils s’élevaient contre les arrêtés préfectoraux des 11 mai et 20 juin 2012, qui avaient autorisé Shell à effectuer des recherches pétrolières (sismique, forages) à 150 km en mer. « Absence d’enquête publique », «  étude environnementale extrêmement défaillante », et non-respect du principe de précaution par le préfet d’alors, De-

nis Labbé. Deux ans plus tard, le tribunal administratif de Cayenne avait rejeté la requête, car les statuts de l’association sont « centrés sur les problématiques de consommation », « la défense de l’environnement ne présente qu’un caractère nécessaire dans la définition de son objet social ». Pour les citoyens, les juges ont estimé « que l’argument de “consommateurs” qui ingèrent des “produits de la mer” ne leur confère pas un intérêt suffisant pour dénoncer un impact sur le monde marin » ! Tenaces, ils ont fait appel de la décision devant la cour de Bordeaux. L’audience et la décision sont attendues vers mars 2016.

soin annuel équivalent au cinquième de la consommation du littoral guyanais. Et à ce jour on ne sait pas comment le site sera alimenté. Éoliennes, bois-énergie, petite hydro ? Le modèle

choisi devra tourner à plein régime pour répondre à la consommation et pour coller au « modèle de la mine responsable du 20e siècle », concept sur mesure étiqueté Emmanuel Macron. Une saison en

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DOSSIER CINÉMA

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Amazonie & Cinéma

▲Fitzcarraldo (1982).


CULTURE

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’Amazonie présente un matériel fictionnel riche,

que ce soit par sa géographie, son histoire ou son exceptionnelle diversité culturelle. Pour autant, les films de fiction notables dont l’action se situe dans cette vaste région sont peu nombreux. Aguirre ou la colère de Dieu (Aguirre, der Zorn Gottes, Werner Herzog, 1972), Iracema (Iracema, uma transa amazônica, Jorge Bodansky et Orlando Senna, 1975), Fitzcarraldo (Werner Herzog, 1982) et La Forêt d’émeraude (The Emerald Forest, John Boorman, 1985) sont les plus connus. Plus récemment Xingu (Cão Hamburger, 2012) ou encore Serra pelada (Heitor Dhalia, 2013) obtiennent une certaine répercussion. Logiquement, le Brésil est le principal producteur de films dans une région qui occupe une vaste parcelle de son territoire. Bien que constituant un ensemble hétéroclite, les longs-métrages que nous évoquons ici, au-delà de l’originalité artistique de chacun d’eux, nous sensibilisent aux problématiques écologiques, sociales et culturelles qui sont propres à cette région. Chef d’œuvre du jeune cinéma allemand régulièrement cité dans toutes les anthologies du cinéma, Aguirre ou la colère de Dieu (1972) est une critique acerbe du colonialisme et un film épique et fascinant sur la mégalomanie d’un homme et sa confrontation avec un espace inconnu et hostile. Troisième film de Werner Herzog et première collaboration avec l’acteur Klaus Kinski, le long métrage s’inspire librement de faits historiques : l’expédition de l’Orénoque et de la Cannelle (Gonzalo Pizarro, Francisco de Orellana, 15411542) et celle de l’Omagua et de l’Eldorado (Pedro de Ursúa, Lope de Aguirre, 1560-1561). Les premiers plans nous montrent les conquistadors et les porteurs amérindiens descendre de la cordillère des Andes dans la brume et s’enfoncer dans la forêt amazonienne.

▲Œuvre à part, Symphonie amazonienne (Sinfonia amazônica, Anélio Latini, 1953) est non seulement le premier long métrage d’animation brésilien mais aussi l’un des rares films à s’inspirer du fond culturel amazonien. C’est aussi un tour de force. Entre 1947 et 1952, Anélio Latini réalise seul 500 000 dessins. Il est aidé pour les prises de vue par son frère Mário. Curupira, petit être roux aux pieds tournés à l’envers, ou Iara, sirène du fleuve Amazone, surgissent au gré d’une narration poétique dont l’esthétique rappelle Fantasia (Walt Disney, 1940).

▼Aguirre ou la colère de Dieu (1972)

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DOSSIER CINÉMA

Des pépites d’or en série Le nouveau western amazonien

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GUYANE DES FANTASMES ET DES DÉCEPTIONS Qui connaît la Guyane pour y avoir séjourné ou vécu, en dehors de l’Île de Cayenne et de sa base spatiale, s’est sans doute un jour figuré des aventures inspirées de À la poursuite du diamant vert, version française. Comment ne pas s’imaginer que les aventures de Papillon, tourné en Jamaïque, ou celles d’Amazone de Philippe de Broca avec Jean-Paul Belmondo et Arielle Dombasle, tourné au Brésil, auraient pu être tournées en Guyane ? Depuis le Cayenne Palace d’Alain Maline, sorti en 1987, sur fond de bagne, d’or et de forêt, incarné à l’écran par Richard Berry et Jean Yanne, d’autres réalisateurs ont plus récemment tourné dans notre région, avec des résultats mitigés en termes d’entrées et de critiques. L’Orpailleur de Marc Barrat aura reçu un bien meilleur accueil en son pays que les 600 kilos d’or pur d’Éric Besnard, film d’aventure tourné dans le département en 2009. Si la série télévisée tournée pour Canal+ est née de l’envie de développer un scénario sur la Guyane, elle aurait pourtant pu aussi ne jamais voir le jour sur ce territoire français d’Amérique du Sud. UNE ENVIE DE GUYANE Bénédicte Lesage, codirectrice de Mascaret Films, explique ce premier défi : « La Guyane porte une dimension d’imaginaire qui ne serait pas possible ailleurs, par ses territoires neufs et sa diversité humaine. Pour nous, c’était la première pierre de la construction. » Pour cette ▲La plupart des scènes de la série Guyane ont été tournées en décor naturel Une saison en

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SOCIÉTÉ

A

près Mafiosa, Borgia, Braquo, voici la série Guyane, de son titre provisoire, la nouvelle création originale de Canal + produite par Mascaret Films. Engagé en août 2015, le tournage s’est achevé mi-décembre, avec un casting recruté localement à 95 %. Sur un budget de 13 à 15 millions d’euros, près de 6 millions ont été dépensés dans le territoire. « Du jamais vu ! », relève-t-on unanimement. Cinq mois de tournage, huit épisodes avec trois équipes différentes, une équipe de 80 personnes sur le territoire à gérer. À bien des titres, cette série pourrait faire rêver les Guyanais à davantage de cinéma et attirer la curiosité des touristes et des professionnels du 7e art. Plusieurs défis se sont posés à la production : économiques, humains, logistiques et techniques, mais au premier chef, celui de tourner réellement en Guyane. La série qui compte huit épisodes de 52 minutes, promet au téléspectateur de l’aventure, version western 2015 sur fond vert et or, mais « pas seulement ». La production annonce de véritables révélations à l’écran. La première saison de cette série qui « n’est pas là pour montrer la réalité, mais raconter une histoire », est attendue sur les écrans en octobre 2016.


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le mythe Maufrais revient sur grand-écran

C

’est quelques semaines avant la sortie du film, dans le bar d’un hôtel parisien, que Jérémy Banster m’accueille. J’ai trois quarts d’heure : le réalisateur enchaîne ensuite sur un autre entretien avec un journaliste, avant de filer pour une projection en région. Pour faire vivre son premier long-métrage, Jérémy Banster déplace des montagnes. La sortie nationale de La Vie Pure a eu lieu le 25 novembre dernier (sur une vingtaine de copies seulement), deux semaines après sa première diffusion à l’Agora en présence du réalisateur et de l’acteur guyanais Stany Coppet – qui livre une interprétation saisissante, brute et parfois bestiale de Raymond Maufrais. Les deux hommes se sont rencontrés sur le tournage d’un court-métrage à Cayenne (dont personne ne semble se souvenir du titre !), en 2009. Le courant est tout de suite passé. « Le père de Stany, Bernard, m’a offert Aventures en Guyane (le journal de bord de Raymond Maufrais, ndlr), explique Jérémy Banster. C’était une vieille édition. Il m’a dit : “Écoute Jérémy, je t’offre ce bouquin, tu en feras ce que tu veux, mais je sens quelque chose. Vous vous entendez bien avec Stany. Un an après, on avait acheté les droits et on était dans l’écriture. C’était en 2010. » ◄ À son arrivée à l’aéroport de Goiânia (État de Goiás, Brésil) le 17 septembre 1946, au début de son expédition de contact avec les Indiens Chavantes dans le Mato Grosso

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HISTOIRE

La Vie pure

En 1950, le carnet de route du jeune Raymond Maufrais est retrouvé à Dégrad Claude, au bout du sentier des Émerillons. Soixante ans après sa disparition, Jérémy Banster consacre un biopic à l’explorateur et réactive le mythe Maufrais. Fitzcarraldo faisait traverser la jungle à un bateau, Banster y filme un métro qui ne sait plus trop dans quoi il s’est embarqué.


DOSSIER CINÉMA

& Alain Maline Une Saison en Guyane vous propose de redécouvrir en DVD le film Jean Galmot, aventurier dans la version collector de ce numéro. Le réalisateur Alain Maline revient avec nous sur cette aventure hors du commun, fondatrice pour le cinéma guyanais. 14/12/2015 21:50:45

Quand avez-vous commencé le cinéma ? J’ai commencé le cinéma avec la Nouvelle Vague en 1968. Lors d’une manifestation, j’ai rencontré Jean Douchet, qui est alors le parrain des Cahiers du cinéma et qui m’emmène le soir même chez Maurice Schérer (Éric Rohmer et B.Schroeder) des Films du Losange. Au Tout commence avec ma venue dernier étage, ils fumaient en Guyane en 1985, alors que et préparaient le tournage j’accompagne Mitterrand en de More… J’ai abandonConcorde pour faire un article de né mes études pour me 10 pages pour le journal Première consacrer au cinéma à partir de là. Par la suite, j’ai voyagé au Népal, à Katmandou, puis aux Indes et aussi en Afghanistan en 4 CV. À mon retour, je rencontre Hélène Scott qui est en train d’écrire avec Truffaut un bou▼Alain Maline. quin sur Hitchcock. Elle me dit : « Votre parDécembre 2015. v2.indd 1

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cours va intéresser François Truffaut ». Je lui dis « Non ! ». La semaine d’après je le rencontre et je suis engagé, parce que lui il partait à New York tourner dans le film de Spielberg, Rencontre du troisième type. Mon côté un peu insolent, un peu anar, lui avait bien plu et me voilà parti faire un casting à Thiers en Auvergne. J’apprends ensuite le métier d’assistant réalisateur pour le film L’Argent de poche. La fin de mes assistanats est marquée par ma collaboration avec Claude Lelouch. Il va négocier la distribution de mon premier film avec UGC, Ni avec toi ni sans toi, avec Philippe Léotard et Évelyne Bouix. Comment est née l’idée du film Jean Galmot ? Tout commence avec ma venue en Guyane en 1985, alors que j’accompagne Mitterrand en


Pourquoi avez-vous choisi Christophe Malavoy pour ce film ? Au départ, le rôle devait être joué par Jeremy Irons ! J’avais été assistant de la production de Volker Schlöndorff pour le film Un Amour de Swann, avec Alain Delon et Jeremy Irons. À l’époque, je dis à Ariel Zeitoun, le producteur du film : « Je ne peux pas vous raconter Galmot à Paris rue Marignan, il

ENTRETIEN

Concorde pour faire un article de dix pages pour le journal Première ! Mitterrand venait voir un lancement d’Ariane, puis des essais nucléaires en Polynésie, mais tout a foiré ! Il est même resté coincé ving minutes dans l’ascenseur au Centre spatial guyanais…C’était exceptionnel, il y avait plusieurs Concordes stationnés à Rochambeau. Je devais rester quarante-huit heures, je suis resté deux mois, et grâce à un responsable du Cnes, j’ai parcouru la Guyane dans tous les sens pendant ce séjour pour faire les repérages de Cayenne Palace. J’ai trouvé ça incroyable. Mais Jean Galmot aventurier est d’abord né de mon coup de foudre pour une femme à Cayenne, une avocate dont je tairais le nom (rires), qui faisait une thèse sur Jean Galmot. J’ai aussi rencontré Maude Rullier dans une maison, qui était à l’époque le QG de Jean Galmot. Elle avait gardé une tonne de matériel, des lettres qu’elle m’a données, des éléments précieux pour notre futur scénario. J’ai même trouvé la demande de Blaise Cendrars, qui écrit à l’époque dans le journal Vu, et qui demande à Galmot la possibilité d’écrire six numéros sur son histoire… J’ai rassemblé les témoignages de ces gens âgés qui avaient connu Galmot. L’histoire du bateau qui attend trois jours que Galmot débarque c’est vrai ! C’était l’émeute, Galmot est venu faire le fameux serment « Je vous jure de vous redonner la liberté » en 1928.

▲L’une des affiches du film

▼Le retour du placer Élysée

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faut venir en Guyane ! ». Il débarque deux mois après avec son équipe. À son arrivée, nous sommes convoqués à Mana par le conseil général. Il y avait Patient, Castor, Karam, Tarcy... Ils étaient tous là ! Ils nous ont demandé « Qu’est ce que vous venez faire en Guyane ? » On leur a répondu: « On va tourner un film sur Galmot ». Ils étaient tous assis les jambes croisées et Ariel Zeitoun trouve un mot magique, ils décroisent les jambes et ils nous disent: « D’accord qu’est-ce qu’on peut faire pour vous ? » Ils ont pris l’avion pour voir Jack Lang à Paris en disant que ce film devait être absolument tourné en Guyane ; que dans le cas contraire, il serait tourné en Haïti. Alors, nous avons obtenu 10 millions de francs d’avance sur recette par le Centre national du cinéma et par le ministère de la Culture. Avec cette avance, le film devait être impérativement tourné en français. Christophe Malavoy s’est imposé très vite à la place de Jeremy Irons. Comment Malavoy a-t-il vécu son personnage ? C’est le film de sa vie ! D’ailleurs, il a ensuite quitté son agent, il s’est mis à écrire et à faire d’autres choses. La Guyane a été pour lui un choc, comme celui qu’a connu Galmot, le choc que l’on a tous avec la Guyane. Christophe Malavoy a été bouleversé par le personnage lui-même, il s’est beaucoup investi. Je me souviens qu’on a passé Noël sur l’Approuague dans le carbet de Serge Fernandez avec Karine Sila. C’était magique, on était tous dans la forêt, on allait à la pêche, à la rencontre de la nature…

▲Jeanne, la maîtresse de Galmot (Bélinda Becker) ▲ Galmot en campagne électorale ► L’hydravion de Galmot pour sa campagne électorale

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Est-ce qu’il y a des acteurs guyanais qui ont participé au film ? Deux des acteurs principaux: ce sont les rôles du maire de Cayenne et du compagnon de Papa Galmot, joués par Jacques et Jean Michel Martial, mais qui sont d’origine guadeloupéene. Jean-Michel Martial est devenu ensuite le "bain-marie " dans toute la série Navarro. Puis il y avait cet homme politique qui dirigeait le service culture de Cayenne à l’époque. Il avait une réplique dans le film : « Tous les Guyanais sont des moutons ». Les gens l’ont pris au premier degré et donc il s’est grillé ! C’était aussi les débuts d’Édouard Montoute dans le rôle de l’avocat Monnerville, puis nous avons eu aussi Serge Abatucci du théâtre KS and Co à SaintLaurent, Viviane Émigré, et Roger Karam entre autres.


Quelles difficultés avez-vous rencon- francs à l’époque. C’était du lourd, mais quel bonheur et anxiété ce tournage ! trées lors du tournage ? Sur la place des Palmistes, dans la petite rue qui descend, il y avait une Pensez-vous que la mémoire de Jean personne qui démontait sans arrêt la Galmot existe encore en Guyane ? devanture de décor qu’on avait fait de- Je pense qu’elle disparaît. À cette vant chez lui ! Il nous demandait tout le époque, quand je passais en novembre temps de l’argent. Il fallait verser 1000 devant sa tombe, elle était toujours sufrancs tous les jours. Comme on est per fleurie. Aujourd’hui, ce n’est plus le quand même des salauds, on a fini les enfants et les petits enfants par lui dire, vous avez déclaré au qui ont participé au tournage fisc tout ça, et on s’en est sorti… Je suis aussi tombé malade à la s’en rappellent encore. Il y a eu fin du tournage, j’ai eu un ulcère. près de 6 000 figurants Oui des difficultés, il y en a eu, et à Paris aussi. J’ai dû bloquer la place de cas. Les gens qui ont connu Jean Galla Concorde pendant trois heures, les mot ont disparu. Mais la mémoire de quais et les voies étaient fermés pour Galmot s’est réveillée à travers le film, le film. Ce plan était important. Galmot les familles, les enfants et les petits enlogeait dans un hôtel non loin et devait fants qui ont participé au tournage s’en traverser la place et l’Assemblée natio- rappellent encore. Il y a eu près de 6 000 nale était en face. Il nous le fallait abso- figurants, c’était le film de leur vie, les lument ce plan, et ça valait 1 million de gens ne voulaient plus enlever leurs

costumes le soir. Je voyais les gens qui pointaient et au lieu de déposer le costume, ils laissaient une petite pièce et revenaient avec le costume nickel le lendemain. Quel a été l’accueil du public lors du passage à l’écran ? C’était très compliqué, il y a eut 650 000 spectateurs, et il fallait en faire 1 million. Donc Canal + a racheté le négatif du film, à peu près 22 millions de francs. Je n’ai pas tous les chiffres mais le film a été vendu ensuite dans plus de 50 pays et beaucoup diffusé sur Canal + et d’autres chaînes. Quoiqu’il arrive, la Guyane vous marque positivement à VIE comme elle avait marqué Jean Galmot ! Entretien par Pierre-Olivier Jay Trancription de Daniela Noreña Waller


L’ A R T D U

Djokan

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UN ART MARTIAL AMAZONIEN…

Pratiquant de longue date plusieurs arts martiaux asiatiques à un haut niveau, Yannick Théolade explique que sa démarche est née de la prise de conscience qu’il existait, dans son pays, des techniques de combat méconnues, oubliées : «  Quand je suis revenu en Guyane, j’enseignais le ninjutsu à Cayenne, mais le mi-

lieu amazonien me façonnait, inconsciemment… J’étais curieux, ça et là en Guyane je voyais des massues, des couteaux, des sabres, des arcs, et je me suis dit ,s’il y avait des armes, c’est qu’il y avait des gens qui les utilisaient ! » Yannick Théolade situe à ce moment le début d’une aventure qui, explique-t-il, l’a amené à parcourir la Guyane pour rencontrer les derniers détenteurs des « savoirs guerriers » amérindiens et afrodescendants (Businenge et Créole). L’idée était de s’inspirer de leurs connaissances pour bâtir ce qui allait devenir le djokan, comme une synthèse des « traditions guer- « Le djokan est une fusion de rières » de ces trois populations diverses cultures et coutumes qui forment la base d’une guerrières de la Guyane» Guyane inscrite dans l’espace amazonien, « Le djokan est une fusion de diverses cultures et coutumes guerrières de la Guyane. Il a pour objectif leur valorisation et leur promotion. Les armes djokan (zanm-yan) rappellent que des hommes du passé ont marqué de leurs empreintes ◄ Yannick Théolade, le temps. Le kalendja (la tenue du djokan) et le fondateur du djokan, fait symbole djokan sont une volonté du fondateur la démonstration des d’unir les richesses culturelles d’Amazonie, et plus, techniques avec le manche de rendre hommage à ces différents peuples qui ont pilon à deux têtes. marqué et marquent l’histoire de la Guyane »1. (mata tiki) Les racines du djokan, telles que les a rêvées Yannick Théolade, plongent ainsi d’abord dans ▼Yannick en kanman Briga le souvenir des danses de combat développées (posture de combat) par les esclaves. Transposition dans un nouveau 1 http://glarance.pagesperso-orange.fr/djokan/symbolique. html

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CULTURE

T

out avait commencé en 2010. Yannick Théolade mettait au point des techniques, des enchaînements de mouvements, un vocabulaire (le Créole forme la base de la “ langue du djokan”), une manière de se vêtir, un rituel pour codifier ce qui allait devenir le djokan. Révélé au grand public cayennais en cette année 2010 lors d’un Salon du Sport et des Loisirs, le djokan s’est inscrit durablement dans le paysage sportif, culturel et médiatique guyanais après la prestation de Yannick Théolade et de ses élèves au Festival des arts martiaux de Paris Bercy en 2012, et la même année à la Nuit des arts martiaux traditionnels à Cayenne. Depuis, il n’y a guère de manifestation touchant aux cultures traditionnelles ou à l’histoire de la Guyane qui ne fasse appel aux pratiquants du djokan, pour une démonstration conçue comme un véritable spectacle musical et chorégraphique dont les photographies de Philippe Roger illustrant ce texte donnent une idée assez forte.


Du Brésil à la Guyane Portfolio Christophe Gin

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PORTFOLIO ▲ Brésil, Ressaca, Pará, 2004. Colonie de garimpeiros.

Le bien, le mal, les bons contre les méchants, cette vision bien-pensante qu’a le monde de lui-même m’ennuie profondément et explique sans doute la facilité avec laquelle j’ai laissé la photographie m’attraper. Photographe autodidacte, je débute ma carrière au début des années 90 en collaborant à différents titres de presse sur des sujets de société. Ma première série, Nathalie conduite de pauvreté (1994-2001), est un huis clos photographique qui explore les rouages de la misère. À l’issue de ce travail, je ne veux pas m’enfermer dans un genre. J’ai besoin de nouveaux horizons, un papier de Maurice Lemoine me parle d’un territoire français où les lois n’existent pas, un Far West de légende. J’atterris en Guyane en 2001 et découvre une société multiethnique cloisonnée. Je ne comprends pas, l’apprentissage va être long. Ce travail m’entraine au Brésil, en Colombie, en Bolivie et au Suriname. Dans cette seconde série, Le pont des illusions (2002-2014), j’essaie de pénétrer dans quelque chose de très archaïque, dans une mythologie de ce qui anime l’homme, un espace où l’on poursuit sa quête au détriment des lois, de la nature et parfois de soi. Ce récit est avant tout celui de personnes sans réel autre choix de vie. Texte de Christophe Gin

◄ Brésil, Altamira, Pará, 2004.

► Pages suivantes - Brésil, Xingu, Pará, 2004.

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Dossier Arbre Pourquoi est-ce un vrai Edito de plaisir pour moi d’écrire Francis Hallé cet édito ? Parce que lors

de mon premier séjour en Guyane (1962), les arbres et les forêts n’intéressaient personne ; à l’exception des chasseurs, des orpailleurs, de quelques rares biologistes et d’anciens bagnards qui vivaient de la vente des Morphos, personne n’avait de considération pour l’une des forêts tropicales les plus belles du monde. Pour ma part, j’éprouve de la reconnaissance envers la forêt de Guyane où j’ai eu tant d’occupations diverses : thèse sur les Rubiaceae, remontée de la Mana depuis la côte jusqu’à Sophie, étude de l’architecture des arbres avec Roelof Oldeman, de l’ORSTOM de Cayenne ; stages d’étudiants de Montpellier à Saül et au Mont Galbao ; dessin d’un grand profil forestier en forêt de Saint-Elie ; premiers vols en montgolfière puis en dirigeable au-dessus de la canopée ; premières déposes du Radeau des Cimes à Dorothée, Petit-Saut, Paracou et Crique Voltaire ; visites nocturnes de la forêt avec des grimpeurs espagnols ; préparation du film  Il était une forêt aux Nouragues avec Luc Jacquet. J’attends la suite avec impatience ! C’est une vraie raison d’optimisme que le magazine Une saison en Guyane ait réalisé ce dossier dédié à l’arbre ; les Guyanais, semble-t-il, commencent à s’intéresser à leurs forêts et ils éprouveraient même une certaine fierté en constatant qu’au fil des années, à mesure que les pays voisins voient disparaître leur couverture forestière, la Guyane Française reste la seule région verte de cette

partie du monde. Je suis heureux que ce dossier voie le jour ce qui ne signifie pas que tout ce qu’il contient me convienne. Ceux qui sont favorables au bois-énergie devraient se documenter sur les dégâts du projet Eon en Europe ; ceux qui disent qu’abattre 5 à 7 arbres à l’hectare est une exploitation à faible impact qui ne modifie pas la flore forestière devraient venir voir ce qu’a donné cette pratique en Côte d’Ivoire ou en Indonésie. Sur ce problème, je laisse la parole à Jane Goodall ; en 2015, l’illustre primatologue se demande « pourquoi lorsque l’œuvre de l’Homme est détruite, cela s’appelle vandalisme, mais quand une œuvre de la nature est détruite, cela est si souvent appelé progrès ». Ce qui est vraiment nouveau et me fait particulièrement plaisir, c’est l’intérêt du public guyanais et des touristes envers la canopée forestière. Dans ce numéro de Une saison en Guyane les belles idées abondent : grimpe pour tous, parcours en tyrolienne, passerelles en canopée, plates-formes d’observation, nuit en hamac entre les branches, cabanes en haut des arbres, inventaire de la faune arboricole et des plantes épiphytes, reportages photographiques, travaux de biologie fondamentale, etc. D’accord, les mesures de sécurité sont contraignantes, mais si on les respecte, c’est tout un monde qui s’ouvre aux naturalistes, celui de la biodiversité maximale que même Charles Darwin n’a pas pu voir. Bien au-delà du défi physique, se familiariser avec la canopée tropicale c’est accéder au vrai visage de la forêt - le sous-bois, il faut bien l’admettre, n’étant que l’envers du décor. Passer la nuit là-haut, sous la Voie lactée, au milieu des lucioles, entouré des parfums exacerbés issus de la floraison des arbres, dans le puissant concert nocturne de la faune arboricole, c’est accéder à ce que notre planète a de plus beau à nous offrir, dans la splendeur sans limites de la nuit tropicale. C’est mon vœu pour 2016, c’est ce que je souhaite aux lecteurs de ce dossier arbres de Une saison en Guyane . ◄ Francis Hallé - Photo extraite du film Il était une forêt (2013) © Walt Disney Company France. ►Ébène verte (Tabebuia serratifolia) Réserve naturelle du Mont Grand Matoury. Septembre 2015. Photo T.Deville

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Le tamarinier de Mana

I

l se cache parfois derrière certains arbres des histoires en faisant plus qu’un arbre. Le tamarinier de Mana est de ceux-là.

Il plonge ses racines dans un temps ancien où l’on arrivait à Mana par bateau et où, sur la place du bourg, se déroulaient des combats de lutte pour lesquels les hommes des environs affluaient… en bateau justement. Aujourd’hui encore, le vieux tamarinier dont le tronc noueux s’étire à l’emplacement de l’ancien dégrad offre son ombre aux passants. L’histoire raconte qu’il n’aurait pas été planté là par hasard…

Les habitants de Mana qui la connaissent la tiennent d’aïeux ayant vécu au temps où elle se déroulait ou ayant connu des gens qui euxmêmes connaissaient… Cette transmission mémorielle nous fait remonter à la seconde moitié du XIXe siècle. Mana était alors un bourg commerçant, bénéficiant de l’orpaillage mené sur le fleuve Mana à partir de 1880.

Se souvient-on de qui planta un arbre ? Pour le tamarinier de Mana, ces mémoires s’accordent. Enfin, presque car une version discordante attribue la maternité de l’arbre à la Mère Javouhey, figure tutélaire de Mana. Cette religieuse qui fonda la commune durant la première moitié du XIXe siècle est tellement incontournable qu’il est peu surprenant qu’un lien lui soit attribué avec cet arbre mythique. Mais en attendant d’autres sources, cette version isolée a été écartée. Car toutes les autres versions tendent elles vers une même personne. Un homme. Un certain Monsieur Gabarret, Jean-Baptiste de son prénom. On le dit originaire de l’Approuague, mais installé à Mana, où il arriva certainement un jour par bateau lui aussi. Gabaret ? Gabarret ? Voire Gabbaret ou

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Gabaré ? L’histoire orale n’a jamais écrit son nom. Aucune occurrence de ce patronyme dans les archives, au détour d’un acte de décès ou d’autres documents administratifs qui permettent de saisir par écrit des traces éparses du passé. Si les mémoires s’accordent presque toutes sur l’existence de ce Monsieur Gabarret – que nous écrirons ainsi puisqu’il faut bien trancher - les archives elles restent muettes. L’homme était un dôkô. Le dôkô de Mana. Un maître, un virtuose de la lutte, du "lévé féssé ". C’était un temps où des combats animaient la place de Mana bordée par les manguiers. Des combats organisés, comme la lutte ou la boxe. Monsieur Gabarret était l’un de ces combattants, le meilleur. Suite à sa première victoire à Mana, il y avait installé ses quartiers. Et il était devenu, et resté, le meilleur lutteur de Mana. Sa réputation d’homme invaincu – et invincible ? - courrait jusqu’au Suriname. Un jour, notre lutteur s’était fait planteur d’arbre. Il avait planté le tamarinier à un endroit hautement stratégique, un passage obligatoire. Sans pont, ni route, on arrivait à Mana par bateau. Tapouyes, voiliers, bateaux

CONTE

DOSSIER ARBRE à vapeur reliaient le bourg à Sinnamary et à Saint-Laurent en longeant la côte. Le quai était un haut lieu de retrouvailles, de chargement et de déchargement. C’était ainsi un passage obligé pour tout nouvel arrivant à Mana. Qu’il soit étranger ou enfant du pays, le bateau qui l’amenait à bon port s’arrêtait au bout du ponton et en quelques mètres le passager se retrouvait sur le quai de Mana passant sous le tamarinier. En plantant l’arbre, Monsieur Gabarret aurait peut-être enfoui quelque chose à côté de la graine. Le tout est qu’il se dit que cet arbre possédait le pouvoir d’affaiblir les hommes passant dessous pour venir défier au combat le dôkô de Mana. Le laissant invaincu. Et nous faisant entrer dans l’univers des croyances… Un jour, un homme était spécialement venu du Suriname voisin pour affronter ce Gabarret. Il avait débarqué au dégrad de Mana, en bateau comme il se doit, passant sous le tamarinier sans y prêter attention. Il avait demandé Monsieur Gabarret. Ce dernier profitait de la vie à l’ombre des manguiers, sirotant un rhum en bonne compagnie.

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DOSSIER ARBRE

PORTFOLIO Portraits d’arbres guyanais par Tanguy Deville

L’ascension en canopée permet de s’immerger dans l’épaisseur d’un milieu généralement observé à distance. En visitant les arbres, de la base des troncs aux houppiers, nous pouvons apprécier pleinement tout leur développement.

L

ors de mes promenades en forêt les arbres me surplombent toujours. Ils élèvent leurs frondaisons en un toit de verdure lointain. Les troncs, souvent massifs et imposants, occupent peu d’espace. Ils contrastent avec les houppiers au volume très important, où l’air circule à son aise entre les branches et les feuilles. Difficile d’embrasser les arbres d’un seul regard, de leurs contreforts jusqu’aux derniers rameaux, tant leur taille est grande. Les lianes s’y développent et courent de branche en branche en quête d’un nouveau support et de plus de soleil. Les épiphytes croissent en nombre : tapis d’orchidées, broméliacées solitaires, fuseaux de mousses et de fougères qui habillent les troncs. Les oiseaux circulent, mangent, nichent ou se toilettent, accompagnant parfois les troupes de singes. Êtres vivants autant que milieux de vie, les arbres ont des modes de vie et des fonctions aussi diverses que complexes. Les techniques de grimpe issues de l’alpinisme et de la spéléologie, puis adaptées et développées par les arboristes m’ouvrent les portes des arbres. Elles offrent une grande liberté et beaucoup de sou-

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plesse. Je peux transporter mon matériel seul, en tout point de la forêt, et accéder à l’arbre de mon choix. Celui-ci domine un chablis, face à un arbre mort où nichent des Moucherolles à longs brins. Cet autre est en fleur, les colibris le butinent en nombre. Ailleurs, un troisième héberge un pied de Clusia. Les oiseaux se relayent sous ses fruits en étoile en quête de leur pulpe rouge. Je les ai visités tous les trois, et bien d’autres encore. Quelques-uns ont un nom bien connu : Ébène vert, Ébène rose ou Angélique, à l’écorce douce, au houppier clair et propice à une grimpe facile et agréable. Bien d’autres, au nom oublié ou que je n’ai jamais su, garderont leur anonymat. Les émergents, ces géants, ont souvent ma préférence : le grand Fromager de Saül, et un Sablier, au tronc massif hérissé d’épines, dans un bas-fond de la Limonade ; les arbres des Nouragues qui hissent leur cime face à l’inselberg et ceux de la montagne de Kaw, du sommet desquels la vue s’ouvre sur l’immense marais, ses palmiers bâches, et la mer au loin. Sans oublier le plus grand, un Huberodendron swietenioides qui m’a demandé presque soixante-dix mètres d’ascension pour atteindre ses derniers rameaux, sur les pentes des Monts Atachi Bakka. D’une de ses branches pend encore une petite cordelette, si nul écureuil ne l’a rongée. Elle permettra peut-être à un grimpeur d’installer une corde et de monter visiter ces hauteurs. La première ascension est pour moi la plus belle. Ce que mon esprit avait imaginé par l’observation à partir du sol, je le découvre en montant. Certaines branches que je pensais horizontales s’avèrent presque verticales. Les lianes qui donnaient l’impression d’étouffer l’arbre n’en occupent qu’une partie. Je franchis les étages de végétation un par un : les arbustes, les palmiers du sous-bois puis le houppier des premiers arbres, où s’épanouissent parfois des fleurs discrètes ou des petits fruits, invisibles du bas. Lors de mon arrivée en haute canopée, je redécouvre le ciel parcouru d’urubus et de martinets. J’installe alors une seconde corde


qui permet les déplacements dans l’ensemble du houppier, des grosses charpentières aux rameaux les plus fins. Souvent, je grimpe en canopée pour observer et photographier les mammifères et les oiseaux. Je choisis alors avec soin mon lieu d’affût : face à des fruits ou des fleurs bien dégagés, devant un perchoir propice, en regard d’une branche à l’esthétique particulière. Puis j’attends la venue des animaux, celle d’une troupe de singes attirée par des fruits, ou celle d’une ronde d’oiseaux traversant mon arbre. L’attente est parfois longue, les conditions difficiles : les averses de la saison des pluies s’abattent avec violence, le matériel s’imbibe d’eau et sèche lentement. Si certaines journées sont remplies des allers-retours d’oiseaux, la tête dans les fleurs ou les fruits, d’autres sont lisses et monotones, parfois ponctuées d’observations courtes et intenses, souvent imprévisibles. J’aime ainsi les affûts dans les arbres pour leur diversité : des surprises ornithologiques qu’ils réservent aux envolées de l’imaginaire qu’ils provoquent quand je m’endors là-haut, entre deux branches, et qu’une brise éloigne les taons et les moustiques. Texte & photos de Tanguy Deville ►Les portraits présentés ici montrent quelques arbres des Réserves Naturelles des Nouragues et du Mont Grand Matoury. Ils ont été réalisés en grimpant un arbre émergent qui offrait une vue complète de l’arbre photographié, de la canopée au sous-bois. Chacun est constitué d’une centaine d’images prises à plusieurs niveaux, lors d’une ascension verticale, puis assemblées.

Déployant leur houppier au-dessus du couvert végétal, ils viennent troubler l’apparente monotonie de la canopée. Ces “ émergents ” ne se contentent pas de régner sur la forêt et d’imposer leurs cycles comme principaux moteurs de la dynamique forestière : ils concentrent également l’essentiel des richesses amazoniennes. Car un grand arbre n’est pas une réplique en grand d’un petit arbre : il est infiniment plus complexe, ses nombreuses branches et anfractuosités lui permettent d’accueillir une multitude d’écosystèmes miniatures. Il constitue ainsi un support de biodiversité à part entière, d’autant plus que les fruits de ces arbres émergents sont souvent les plus consommés par les espèces emblématiques de nos forêts, comme les singes ou les oiseaux de canopée. De même, leur capacité à stocker du carbone est sans commune mesure avec les arbres de taille plus modeste. Un tronc d’un mètre de diamètre séquestre autant de carbone que 200 tiges de dix centimètres de diamètre… ce qui correspond aux émissions de gaz à effet de serre d’un français pendant 7 ans ! À l’heure des décisions internationales sur le climat, pas question de se passer de ces alliés de poids : pour maintenir les équilibres climatiques, la forêt primaire et ses géants végétaux ont un rôle clé à jouer. Texte de Florent Taberlet - WWF bureau Guyane.

Ce travail a été réalisé par l’association Semilimax, avec le soutien du WWF bureau Guyane. Merci à la Réserve Naturelle des Nouragues, gérée par l’ONF et le GEPOG, et à celle du Mont Grand Matoury gérée par la commune de Matoury et l’ONF. Merci à Xavier pour les corrections.

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Rose SANG

C

hantier forestier de la crique Serpent, Maroni, 1er février 1913

« Une odeur poignante de rose et de musc sort de la boue remuée par le piétinement des hommes. Le contremaître bourru donne des ordres. — Hardi, fainéants, hardi, les gars... Le tronc de bois de rose, lourd de trois tonnes, halé par vingt forçats, est enfoui dans le marais et glisse sous dix centimètres de vase. Arcboutés à la cordelle, les bagnards geignent et tirent, nus et gluants. L’arbre odorant, blessé par les crochets qui l’entourent, saigne un abominable parfum de tubéreuse. » Jean Galmot, Quelle étrange histoire, 1918. Un arbre de près de trente mètres tomba dans un immense fracas, emportant avec lui les arbustes alentour. Plus loin, les bûcherons, torses nus, abattaient leurs haches sur un autre géant. Des scieurs de longs travaillaient une grume. Des forçats hissaient d’énormes bûches sur leurs épaules et parcouraient plusieurs centaines de mètres sur le layon menant au fleuve avant de les laisser tomber lourdement à terre. Un nouveau relayeur soulevait alors ce poids mort pour terminer cette course sans victoire. D’autres s’y prenaient à deux pour transporter des billes de bois monstrueuses pouvant broyer leurs pieds au moindre faux pas. Le contremaître qui œuvrait tel un chef d’orchestre pour tenter d’organiser le chantier ne créait qu’une mélodie du chaos. — Un spectacle magnifique, n’est-ce pas ? L’homme qui s’était adressé au commissaire était assez grand, sec, nerveux. Le visage taillé

à la serpe. — Magnifique, je ne sais pas, mais impressionnant, c’est certain, monsieur... ? — Jean Galmot, répondit ce dernier. Périgourdin de naissance, mais guyanais de cœur, et administrateur de la Société des Mines d’or du Maroni. Ils échangèrent une poignée de main. — Je suis désolé que nous nous rencontrions dans un tel moment, commissaire. On ne parle que de vous. Un ancien des brigades de Clémenceau1... Vous avez fait vite. — J’étais à Saint-Jean quand la nouvelle est arrivée et j’ai pu profiter de la chaloupe à vapeur de l’Administration pénitentiaire. Vos hommes m’ont déjà raconté leur version des faits, mais je souhaiterais connaître la vôtre. — Ecoutez, j’en sais sûrement moins que vous. Je viens également d’arriver. J’étais dans un camp plus haut sur le fleuve où j’inspectais les scieries mécaniques. Une altercation a eu lieu hier soir entre le capitaine Bixier et le libéré Maintéger, je ne sais pour quelle raison. Le premier convoyait mes bois de rose à Cayenne avec sa goélette tandis que le second faisait office d’aide-contremaître. Ce matin, Bixier était retrouvé avec la lame de Maintéger plantée dans la poitrine. Mais allons voir la scène du crime. Le macchabée était dans sa cabine, sur la goélette amarrée au bout d’un ponton effondré. Il avait un poignard enfoncé jusqu’à la garde dans le thorax. Si ce n’était la mare de sang qui s’était formée sous son hamac, on aurait pu croire qu’il dormait. Sur le manche en bois de rose du couteau se lisait 1Les futures brigades du Tigre créées en 1907

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HISTOIRE

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distinctement un nom : Maintéger. Un homme entra dans la cabine, le visage buriné, trapu, les manches retroussées sur ses deux avantbras tatoués. — Ah voici François, capitaine en second et cousin de notre regretté Bixier. Acceptez toutes mes condoléances mon ami. L’homme retira son bonnet. — Expliquez-moi ce que vous savez, lui demanda le commissaire. — L’affaire est simple, m’sieur l’agent. Le coutelas, c’est celui du libéré Maintéger. Pas plus loin qu’hier soir il a eu une rixe avec Bixier. Y’a des témoins... Le commissaire l’interrompit. — Ces témoins me confirmeront qu’ils en sont venus aux mains ? — Heu, non... mais ils auraient pu... — Soyez précis alors. — Eh bein... enfin ça c’est sûr, le Maintéger est venu durant la nuit dernière et l’a dézingué mon cousin. L’affaire est claire comme de l’eau de boudin. — J’aurais préféré comme de l’eau de roche, mais je vous l’accorde, votre expression convient mieux aux eaux du Maroni. Devant l’air hébété du marin, le commissaire se retourna vers Galmot. — Vous connaissiez bien les deux hommes ? — Bixier travaillait pour moi depuis trois ans. C’était un excellent pilote et l’un de mes associés. J’avais entièrement confiance en lui. Je ne connais pas ce Maintéger. — Vous embauchez souvent des condamnés ? — J’en emploie depuis cinq ans : des relégués et libérés. En ce moment ils sont une quarantaine. J’ai obtenu un arrangement avec la pénitentiaire, à qui je paie une redevance de 0,75 francs par homme et par jour. Nous avons même des relégués collectifs qui viennent travailler pour moi durant leurs heures de repos, au grand dam de certains fonctionnaires. Je n’ai jamais eu à m’en plaindre :

ce sont de bons bûcherons qui ne rechignent pas à la tâche si on les paie et nourrit correctement. Je m’assure de surcroît qu’un médecin leur rende visite régulièrement. — Hum. Je doute qu’il puisse soulager leurs dos brisés... mais, qu’est-ce que c’est... Le commissaire se pencha pour ramasser une fiole brisée. Une odeur de rose et de citron enivra l’air. — Le vieux Bixier y soignait ses reins à l’huile de bois de rose, expliqua le capitaine François. P’têtre qu’y a eu de la casse quand il s’est défendu. Heu, l’coupable est juste à côté, m’sieur l’agent. J’crois que ce moule à gaufre2 y veut vous causer. — Pas le coupable, l’accusé, rectifia le commissaire. Le marin se gratta la tête, avant de remettre son bonnet. Maintéger était retenu dans une pièce exiguë, à quelques mètres du mort. Un costaud, le visage dur, marqué de petite vérole. Le commissaire et l’assassin présumé se jaugeaient. — Tu as quelque chose à me dire ? — Non. J’suis un arracheur de chiendent, un détourneur, mais pas un tueur ni une balance. — Très bien. Merci pour cette belle déclaration d’innocence, je note. Et comment expliques-tu la présence de ton poignard dans le corps du capitaine ? — J’explique rien. Ma case est jamais fermée. N’importe qui peut rentrer. Oui, mais personne n’oserait le faire, se dit intérieurement le commissaire, en regardant la mine patibulaire du personnage. — Hum. Et en quoi consiste ton travail sur ce chantier. — Je veille à l’embarquement du bois et... — Oui, je sais et tu surveilles également tes acolytes. Une bonne planque, mais tu ne dois pas te faire que des amis. Maintéger ne répondit rien.

2 (argot) : Individu dont le visage est marqué par la petite vérole

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Économie du bois La forêt à la croisée des chemins L’EXPLOITATION FORESTIÈRE GUYANAISE S’EST CONSIDÉRABLEMENT MODERNISÉE CES DERNIÈRES ANNÉES. SI ELLE EST RENTRÉE DE PLAIN-PIED DANS LE XXIÈME SIÈCLE, ELLE EST DÉSORMAIS CONFRONTÉE À DES CHOIX CRUCIAUX QUI METTENT SON AVENIR EN PÉRIL. ALORS, QUITTE OU DOUBLE ?

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▲Fabien Escalière, agent de l’ONF réalise le cubage des bois entreposés sur un parc de rupture dans le massif de Régina. Photo P-O Jay


DOSSIER ARBRE

I

UNE FILIÈRE MÉCONNUE Afin de tenter de leur tordre le coup, quelques rappels : la forêt exploitée durablement par l’homme en Guyane, c’est une bande de territoire de 2, 4 millions d’hectares, localisée à 30 km de la côte et s’étendant en moyenne jusqu’à 130 km à l’intérieur. Ce quart nord de la Guyane est géré par l’Office National des Forêts (l’ONF), présent en Guyane depuis 50 ans. Cet établissement public a pris soin de protéger les massifs forestiers les plus fragiles en y bannissant l’exploitation. Ainsi, les zones à forte biodiversité, les zones de sources et les zones humides sont classées en forêt de protection. Sur les 24 000 km de forêt gérée, seul 10 000 sont classés en séries de production. Et là encore, l’exploitation n’est pas possible partout. Elle est proscrite dans les secteurs les plus pentus et les bas-fonds humides. « La forêt guyanaise compte 1 600 espèces d’arbres, contre 130 pour la forêt française » détaille Julien Panchout, directeur adjoint de l’ONF en Guyane. « Cette biodiversité exceptionnelle nous offre beaucoup d’espèces, mais en faible quantité. Sur 80 essences exploitées, trois représentent 75  % de la production, dont l’Angélique, qui représente actuellement plus de la moitié de la récolte. Car à la différence des autres essences, l’Angélique est présente partout et en quantité ». Le mode d’exploitation qui a été retenu s’apparente à de la cueillette. La forêt n’est pas cultivée et le nombre d’arbres prélevés est limité à 5 hectares.

SOCIÉTÉ

l fait encore nuit dans la forêt de la Mataroni, au sud de Régina. Les bûcherons quittent la base vie et montent sur leurs quads, direction le chantier d’abattage. Ils croiseront peut-être le jaguar ce matin, avant que le bruit des machines ne le fasse fuir un peu plus loin. Le soleil se lève et Jean-Baptiste, 26 ans, au volant de son skidder, un tracteur forestier articulé de 250 CV, traîne déjà en sous-bois une grume dans sa pince géante. Plus loin, Julien, 25 ans et originaire de Cayenne, écoute Eminem pour se réveiller, aux commandes de son abatteuse de 44 tonnes. Sa machine saisit un arbre de 30 m et l’abat en quelques secondes, comme on écarterait une branche en forêt… Ces techniques pourraient paraître dangereuses pour la forêt et notamment pour les sols forestiers, éminemment fragiles. Pourtant, ce sont là les nouveaux standards de l’exploitation forestière en Guyane et ils représentent certainement ce que l’on fait de mieux en la matière. Filière méconnue, même par les Guyanais, l’exploitation forestière nourrit certains fantasmes. Fronts pionniers, exploitation à la Atilla où rien ne repousserait après coup, pollution excessive des cours d’eau, voici quelques-unes des idées reçues qui ont cours au sujet de l’exploitation de cette ressource naturelle renouvelable.

Cette modération dans les prélèvements permet ▲Désignation par d’exploiter sans modifier la composition floris- Raoul Soutou, agent de l’ONF des arbres tique de la forêt. Tous les 65 ans, les parcelles qui qui seront proposés à vont rentrer en exploitation sont parcourues par la vente les équipes d’ouvriers prospecteurs de l’ONF. Les (Photo M. Talbot) arbres en bon état et qui sont à maturité, ceux qui dépassent 55 cm de diamètre, sont désignés. C’est-à-dire Sur 80 essences exploitées, qu’ils sont retenus pour l’ex- trois représentent 75 % de la ploitation. Ils sont marqués à production, dont l’Angélique, l’aide d’une petite plaquette et référencés au GPS. Le chef qui représente actuellement d’équipe récolte l’ensemble des plus de la moitié de la récolte. données sur ordinateur, ce qui permettra d’établir plus tard des cartes précises qui serviront à l’établissement du contrat de vente. Afin de protéger les sols forestiers, souvent superficiels en Guyane et exposés à plus de 4  m de précipitation chaque année, une partie des travaux d’exploitation est suspendue pendant la saison des pluies. Après l’exploitation, la régénération est dite naturelle. C’est-à-dire que la forêt repousse toute seule, sans replantation. Ce mode de production est très léger à encadrer, ce qui le rend possible à mettre en œuvre au regard des superficies immenses que doit gérer l’ONF en Guyane.

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Nouraflux Décrypter les mystères du carbone forestier

▲Brume matinale sur la forêt des Nouragues. L’un des pylônes du COPAS émerge de la canopée. C’est sur l’un d’eux, qu’est mis en place le système de "mesure Nouraflux", installé par le CNRS en octobre 2014. Photo P-O Jay. Décembre 2015. Une saison en

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AUX NOURAGUES Au même moment, à la station de recherche des Nouragues, le soleil se lève. Penchée sur un écran au sommet d’une tour émergeant de la forêt, Élodie Courtois observe les instruments de mesure. Bientôt, sous l'effet des premiers rayons du soleil, la photosynthèse va démarrer : les arbres vont absorber le CO₂ atmosphérique pour le transformer en éléments solides : des nutriments, du bois, des feuilles… La tour Nouraflux, dernière-née du réseau guyanais d’observation des gaz à effet de serre, permet de quantifier ce phénomène, en temps réel, au moyen de sondes et d’algorithmes complexes. Elle peut également évaluer les quantités de dioxyde de carbone que la forêt rejette

par son fonctionnement naturel, en particulier quand les plantes respirent. Ces données sont intégrées dans le réseau de référence mondial fluxnet pour la communauté scientifique. Un des enjeux est de déterminer les quantités de carbone absorbées et rejetées pour établir le bilan des forêts amazoniennes. Des données qui seront, un jour, intégrées aux analyses d’organismes comme le GIEC, le Groupe International d’Expertise sur le Climat.

Cayenne

Régina

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e gu ua o pr

POURQUOI MESURER LE CARBONE ? Les forêts tropicales sont considérées comme un des principaux stocks de carbone à l’échelle ▲Localisation de la réserve mondiale. Un stock, car le principal consti- naturelle des Nouragues. tuant de la matière organique est justement le carbone et qu’un hectare de forêt tropicale en bonne santé en contient, en Guyane, entre 150 et 180 tonnes. Autant de carbone qui, si la forêt est détruite La forêt amazonienne ou mal gérée, retournerait dans absorbe en moyenne l’air sous forme de gaz à effet de 2 tonnes de carbone serre, contribuant ainsi au réchauffement de l’atmosphère. par hectare et par an Mais les forêts peuvent également être des puits, absorbant chaque année un peu plus de CO₂ qu’elles n’en rejettent. Pour la forêt amazonienne, cette quantité est estimée par le GIEC entre 1 et 2 tonnes de carbone par hectare 1. Le changement climatique pourrait ▼ Arrivée sur le camp Inselberg du CNRS des changer la donne. Car l’Amazonie, de loin la A

LE TIERS DES FORÊTS FRANÇAISES « Je ne savais pas », c’est souvent ce que répondaient les visiteurs du stand Guyane à la COP 21. Je ne savais pas que la Guyane, représentant plus du tiers des forêts françaises, hébergeait au moins la moitié du stock de carbone forestier national. Je ne savais pas qu’aujourd’hui en Guyane, près de la moitié du territoire fait l’objet de mesures de protection. Cette COP21, en plus de l’accord de Paris déjà qualifié d’historique par certains, aura donc permis de remettre en mémoire quelques faits et chiffres sur la Guyane. L’occasion, surtout, de rappeler que cette forêt, qui représente un patrimoine exceptionnel, est aussi, aujourd’hui, un enjeu de développement local.

SCIENCE

DOSSIER ARBRE

1Depuis onze ans, on observe grâce à Guyaflux un stockage de carbone de l’ordre de 3 t C/ha/an

Nouragues. Décembre 2015. Photo P-O Jay.

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DOSSIER ARBRE

EN ARBRESANTEUR Grimper dans un arbre ! C’est irrésistible à six ans, et en vogue chez les adultes. L’attrait des cimes, en baudrier ou pour y dormir se confirme en Guyane, les prestations se multiplient doucement. Pour la communauté scientifique, la canopée amazonienne offre un terrain de jeu primordial.

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énonce l’encadrant. Dans quelques minutes, les quatre participants à cette matinée de grimpe dans une superbe angélique seront suspendus à 20 mètres du sol, retenus par une corde et leur maillon. Là, les voici suspendus aux lèvres du cordiste, Samuel Counil, qui énumère avec la plus grande précaution les principes de sécurité et de grimpe. Se hisser à la force des bras et d’un pied jusqu’au feuillage d’un gros arbre comme s’il s’agissait de remonter une racine aérienne est une expérience grandiose. L’association Cimes à gré le sait et décidait en 2014 de proposer la grimpe pour tous. « Ce projet s’est véritablement imposé comme une nécessité en Guyane, après avoir constaté l’écart entre la richesse du patrimoine arboré guyanais et la méconnaissance de ce dernier ou les difficultés pour y accéder en toute sécurité » explique Samuel, le président, lequel propose de tester l’“ arbresanteur ”. « C’est comme dans l’eau » retient Anna, de retour sur la terre ferme après une heure passée à flotter dans la coiffe de l’angélique. Juché sur l’une des charpentières voisines, Ewan évoque les « épiphytes qu’on peut voir de plus près », « les arbres en fleurs ». Le vol d’un dacnis, d’un milan à queue fourchue et le passage furtif d’un lézard zébré de vert, Uracentron azureum, témoignent de cette vie qui parcourt la canopée, mais insoupçonnée depuis les contreforts. ENTRE BIOSPHÈRE ET ATMOSPHÈRE « Je suis photographe amateur et j’ai toujours trouvé que mon matériel photo était toujours tout petit. Alors entre un objectif à 7 000 euros et un pont de singe… » ◄ Après s’être élevé de plusieurs dizaines de mètres. On peut installer toute sorte de dispositifs dans un arbre, afin d’y séjourner avec plus de confort. Et ainsi, observer la canopée et les mystères qu’elle recèle ou tout simplement...faire une petite sieste. En restant assuré, évidemment. Photo N. Pouillot Une saison en Guyane 16

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ECOTOURISME

« Les maillons peuvent tenir 2 tonnes, et 8 tonnes en charge de rupture »,


Les débuts fiévreux de l’Institut Pasteur de la Guyane

Les moyens manquaient cruellement à l’Institut Pasteur à sa création en décembre 1940 dans un contexte de guerre. La colonie guyanaise était alors coupée de la métropole. Mais la motivation des scientifiques et notamment de l’incontournable Dr Hervé Floch compensèrent ces lacunes. Tout était alors à faire en Guyane où la situation sanitaire était catastrophique.

L

’Institut Pasteur de la Guyane vient de fêter ses 75 ans. S’il est aujourd’hui un centre de recherches internationalement reconnu avec plus d’une centaine de salariés, il n’en a pas moins connu des débuts difficiles, marqués par son premier directeur, le Dr Floch. D’une grande détermination, ce bourreau de travail donna une impulsion décisive à l’installation de l’Institut Pasteur en Guyane. D’un dévouement quasi maladif, voire légèrement mégalomaniaque, il mena haut la main sa mission sanitaire participant largement à l’amélioration des conditions de santé guyanaises.

▼Portrait du Dr Floch (19081996) médecin militaire, vers 1950 © Institut Pasteur Service des Archives

« Je ferai ici un Institut Pasteur » aurait-il prononcé en arrivant en Guyane en 1938, d’après un article paru dans le journal La Bretagne en 1955 rendant hommage à l’enfant du pays ; le Dr Floch était Brestois. C’est un jeune médecin de 30 ans quand il débarque à Cayenne avec Marie Floch, son épouse et leurs deux jeunes enfants le 30 décembre 1938. Après un séjour de trois ans en Guadeloupe, ce médecin militaire effectue un stage d’assistant de bactériologie des hôpitaux coloniaux et suit des cours de microbiologie à l’Institut Pasteur de Paris. Suite à ces formations parisiennes, il est nommé directeur de l’Institut d’Hygiène et de Prophylaxie de la Guyane. La Bretagne dresse un portrait épique de l’arrivée de la famille Floch à Cayenne. «  Ce jour-là, le ciel guyanais déver-

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sait un véritable déluge d’eau, transformant les rues de la ville en bourbier. Il n’y avait personne sur le quai pour attendre les nouveaux arrivants. Trempé, titubant, le petit groupe finit cependant par découvrir l’habitation qui lui était réservée. Habitation ? Le mot correspond bien peu à la réalité. La maison est vide et à l’abandon. Les placards sont béants, portes arrachées. Sur l’une de ces portes, posée dans un coin, on peut lire : Sérum. Mais de sérum, nulle trace. Pas de meubles non plus, ni tables, ni lits. [...] Les Floch sont littéralement effarés. Un instant pourtant, ils ont quelque espoir en entendant le pas d’un visiteur. Ce n’est qu’un lépreux au visage boursouflé... » L’INDÉBOULONNABLE DR FLOCH Nommé pour deux ans, le Dr Floch est censé repartir en décembre 1940. Mais cette arrivée lamentable - si l’on en croit la description du journaliste breton – n’aura eu cure de le décourager. En 1940, il demande le prolongement de son engagement en Guyane pour prendre la direction de l’Institut Pasteur de la Guyane dont la création est imminente. Son épouse se souvient de «  son immense joie en recevant votre accord par télégramme le soir de la St-Nicolas, joie qui me semblait irréelle, presque miraculeuse  », écrit-elle à l’Institut Pasteur à l’occasion du décès de son époux en 1996. L’homme resta finalement à la tête de l’Institut Pasteur de Guyane jusqu’en 1957, faisant tout pour prolonger sa mission guyanaise. Le 7 décembre 1940, l’Institut Pasteur de la Guyane et du Territoire de l’Inini remplace officiellement l’Institut d’Hygiène et de Prophylaxie de la Guyane, et le Dr Floch en prend la tête. Mais n’en déplaise au journal La Bretagne, la naissance de l’Institut Pasteur


HISTOIRE de la Guyane ne saurait être due à la seule force de volonté d’un jeune médecin brestois. « L’aug- ▲ De 1940 à 1957, l’Institut mentation constante du nombre des examens bactériologiques pratiqués à l’Institut d’Hygiène depuis Pasteur de la Guyane a ses locaux quelques années [...] rendait incompatibles l’organisation actuelle et les services spéciaux ; recherche sur dans une maison créole de la rue Schœlcher la pathologie humaine et animale de la colonie, surveillance de l’Hygiène (eau d’alimentation notamment) que, de plus en plus, rendaient les laboratoires de l’Institut d’Hygiène », lit-on dans l’exposé des motifs expliquant la création de l’Institut Pasteur de la Guyane. Face à la situation sanitaire désastreuse de la colonie, mener des recherches de fond apparaît nécessaire et l’adage "mieux vaut prévenir que guérir" prend tout son sens. « Pour lutter victorieusement contre les endémies et épidémies de l’Amérique du Sud équatoriale et tropicale, il faut commencer évidemment par les connaître à fond. C’est là le rôle d’un Institut Pasteur. »

▼ Îlot Saint Louis, l’île aux

lépreux en 1903. Fonds Arnauld Heuret

LES RAVAGES DE LA LÈPRE Et en Guyane, c’est notamment une terrible maladie qui attend l’Institut. «  Les Instituts Pasteur se sont toujours attaqués à l’affection prédominante dans leur colonie : ceux d’Indochine, au choléra ; celui de Tananarive, à la peste ; celui de Dakar, à la fièvre jaune ; celui de Brazzaville, à la maladie du sommeil ; celui de la Guyane ne manquera pas de s’occuper, en particulier, de la lèpre.  » Le dernier-né des Instituts Pasteur d’Outre-mer rejoint en effet un prestigieux réseau international.

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Conception graphique : Intercom

75 ans de recherches et d’appui à la santé publique en Guyane

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Ausculter la Terre Ils s’appellent Sentinel, Pléiades ou Jason, et scrutent avec toujours plus d’acuité la surface de la Terre. Réchauffement climatique, CO2, pollution, élévation du niveau de la mer, les satellites sont désormais les outils indispensables pour évaluer notre impact sur la planète, et pour tenter de le réguler.

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« Les données satellitaires représentent une véritable révolution dans notre compréhension du système climatique », expliquait récemment Jean

Jouzel, climatologue au Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Car il ne s’agit pas seulement de poser des thermomètres sur la planète pour comprendre que le climat se réchauffe ni de fournir des cartes météorologiques. Depuis les années 60, l’observation de la Terre a permis d’accumuler une incroyable somme de connaissances sur sa météorologie, de réaliser une cartographie d’une précision redoutable et depuis quelques dizaines d’années de scruter plus précisément l’impact de l’homme sur son environnement direct, et ce quasiment en temps réel. OBSERVER LES OCÉANS, C’EST COMPRENDRE LA TERRE En matière de climat, l’exemple le plus marquant des données essentielles à la connaissance demeure l’élévation du niveau des mers, étudiée de longue date par la communauté scientifique. L’altimétrie satellitaire permet en effet de mesurer les reliefs des océans de manière ininterrompue par des satellites de plus en plus performants et polyvalents. Depuis 1992, le satellite Topex-Poseidon a permis d’étudier les évolutions de hauteur d’eau (de l’ordre du centimètre) tout comme les courants marins. Le suivi du phénomène El Niño, ce courant chaud qui perturbe de manière importante la météo du Pacifique Sud avec des conséquences terrestres importantes, en est un exemple le plus connu. Cette base de données constituée de façon continue depuis 24 ans a notamment permis de montrer que le niveau des océans monte chaque année de 3,2 mm en moyenne. Mais aussi d’en comprendre peu ou prou les ressorts. Des résultats jugés si importants pour la recherche que ce programme s’est poursuivi avec une nouvelle génération de satellites, la famille des Jason 1, 2 et maintenant 3, le dernier lancé en janvier 2016. Avec lui, la mesure des niveaux d’eau est faite en temps réel ou presque. Au fur et à mesure de leurs évolutions techniques, les Jason ont acquis de nouvelles compétences. Ils mesurent aujourd’hui les vents de surface, les températures à fleur d’eau, la hauteur de la houle, la salinité des eaux… De Une saison en

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SPATIAL

◄ Catastrophe minière de Mariana Image Satellite SPOT-6/7 © Airbus DS, 2015. Un barrage minier s’est rompu le 5 novembre à Mariana dans l’État de Minas Gerais, provoquant une gigantesque coulée de boue (60 millions de litres d’un mélange constitué de terre, de silice, de résidus de fer, d’aluminium et de manganèse se sont déversés dans le Rio Doce)


La fièvre des grenouilles

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◄ Osteocephalus oophagus perché au bout d’une feuille de broméliacée. Cette espèce se reproduit dans les petites collections d’eau, notamment celles qui se forment au cœur de ces plantes. ► Hypsiboas aff. semilineatus montrant son meilleur profil. Photos G. Feuillet

E

n cette fin de matinée d’août 2015, les herpétologues arrivent au compte-goutte sous le carbet du Graine à Montabo. Style décontracté, pantalon kaki, un peu geek, même s’il y a peu de chance de les confondre avec des fans de Star Wars. Il s’agit en fait de la première rencontre herpétologique de Guyane qui regroupe, pour un après-midi, plus d’une vingtaine de fondus de grenouilles, lézards, serpents et autres animaux étranges. Et encore, seule la moitié d’entre eux étaient présents ! Professionnels, amateurs, tout le monde se retrouve autour d’une passion commune. Ambiance studieuse pendant la présentation de Jean-Christophe de Massary du Muséum national d’histoire naturelle, venu spécialement de Paris pour présenter des outils de science participative. Ça discute ferme pendant celle de Daniel Baudain, infirmier à Saint-Georges-de-l’Oyapock quand il n’arpente pas les mares bottes aux pieds, venu nous faire part de ses dernières trouvailles. Les amphibiens sont des animaux fascinants à tout point de vue et pour les herpétologues, la Guyane représente une “ Mecque” en la matière. On y rencontre une diversité parmi les plus élevées au monde avec typiquement de 60 à 90 espèces sur un site donné. Ici, il n’est pas rare d’en croiser ou d’en entendre une trentaine en quelques heures, ce qui est quelque chose d’exceptionnel ailleurs sur la planète, même dans des forêts tropicales humides pourtant à première vue semblables. Cette “ mégadiversité ” particulière à l’Amazonie avait déjà suscité l’émerveillement des explorateurs, mais aussi l’intérêt des premiers biologistes de l’évolution tels que Wallace, Darwin et Bates. Alfred Russel Wallace, le codécouvreur avec Darwin de l’évolution par sélection naturelle avait même

remarqué que la distribution de certaines espèces de singe correspondait avec les grands cours d’eau parcourant l’Amazonie. Cette observation l’avait amené à formuler une des premières hypothèses sur la formation des espèces dans cette région. Aujourd’hui, la question des mécanismes à l’origine de cette diversité est encore très étudiée et au cœur de projets de recherche menés en Guyane. Le LabEx CEBA (labora- Ici, il n’est pas rare de croiser toire d’excellence Centre ou d’entendre une trentaine d’Étude de la Biodiversité d’espèces en quelques heures Amazonienne) qui fédère un ensemble d’équipes basées en Guyane et en métropole, a fait de cette question un des axes majeurs de recherche. COMBIEN D’AMPHIBIENS EN AMAZONIE ? En Guyane, c’est la publication en 2001 par Jean Lescure et Christian Marty du premier atlas des amphibiens de Guyane ainsi que celle du CD des chants des anoures de Guyane par Christian Marty et Philippe Gaucher qui ont lancé de nombreux naturalistes sur la piste de ces étranges bestioles. Cependant,

▼ Carte de la diversité mondiale des amphibiens. Source Union Internationale pour la Conservation de la Nature.

Nombre d’espèces

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Livres

OBIA POLAR - Éd. Rouergue Noir Colin Niel 23 € - 490 p.

L'AMOUR À TROIS ROMAN - Éd. Grasset Olivier Poivre d’Arvor 18 € - 251 p.

Colin Niel signe ici son 3e polar, qui prend place dans une Guyane qui voudrait tout oublier des spectres de la guerre civile de son voisin, celle qui provoqua à la fin des années 80 le passage de milliers de réfugiés sur les rives françaises du Maroni. Alors qu’au Suriname les gros bonnets de la drogue ont remplacé les jungle commandos, le destin de trois jeunes hommes va se trouver pris dans le double piège des cartes de la cocaïne et des revenants d’une guérilla perdue.

C’est un roman sur la mémoire et ses chemins sinueux, et aussi sur l’amitié que livre ici Olivier Poivre d’Arvor. Haut-fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, Léo se remet d’un AVC, qui a considérablement altéré sa mémoire. Handicapé par cette amnésie, il se rend en Guyane, pour des inaugurer les archives départementales. Mais aussi pour retrouver la trace d’un vieil ami.

RAYMOND MAUFRAIS LA VIE PURE BIOGRAPHIE - Éd. Scripta Geoffroi Crunelle 9.50 € - 96 p. L’auteur, Geoffroi Crunelle, est un historien passionné par l’histoire des Maufrais. Il préside l’association des Amis d’Edgar et Raymond Maufrais, et a servi de conseiller historique pour le film La Vie Pure. Il propose là une biographie fouillée et bien documentée qui retrace en détail les dernières semaines de Raymond Maufrais, dont le fameux carnet avait été retrouvé après sa disparition.

PLAIDOYER POUR L’ARBRE VULGARISATION - Éd. Actes Sud – Francis Hallé 30 € - 212 p. Ce livre fantastique de Francis Hallé, botaniste dont vous pouvez retrouver l’édito en page 56, est un véritable outil de référence pour tous ceux qui aiment les arbres et veulent en apprendre bien plus… Un livre scientifique, poétique et philosophique ; une mise en page excellente avec beaucoup de schémas et de références. Qu’est donc au fond ce compagnon quotidien ? Comment définir cette forme de vie extraordinairement ancienne, au modèle architectural aussi singulier que rigoureux, et capable de grandes prouesses ? Écartant tout anthropomorphisme, Francis Hallé pose ici les bases d’une analyse structurale et fonctionnelle de ce végétal multiforme.

la Cas’A Bulles - Lettres d’Amazonie les librairies générales de Guyane

51 rue du Lt Goinet - 97300 Cayenne librairie@lettres-amazonie.com

www.kazabul.com - 05 94 28 26 05

« Le prix du livre est le même partout dans les départements d’outremer, pourquoi vous priver des conseils d’un spécialiste... »

510, route Gaston Monnerville 97354 Rémire Montjolly librairie@lettres-amazonie.com

www.kazabul.com - 05 94 39 23 77 Une saison en

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DANS LES GRAND-BOIS DE GUYANE: UN VOYAGE INOUBLIABLE Éd. Plume Verte Delphine-Laure Thiriet Ill. Anne-Cécile Boutard 6,30 € - 24 p. Livre jeunesse La bande à Neuneu le paresseux, c’est le surnom joyeux d’un groupe de gais lurons : des animaux qui mettent de l’animation dans les grands bois, en toute saison. Pour réaliser le rêve de “ Zaza”, la joyeuse bande l’emmène vivre des aventures étonnantes sur la Mana et dans la forêt guyanaise… Les personnages animaliers de Anne-Cécile Boutard sont vraiment réussis et attachants, à conseiller entre 4 et 7 ans !

LES JEUNES AVENTURIERS: LES CHANTS KALAWU éd. Plume Verte Joub, Nicoby, Copin 12.50 € - 48 p. BD Voici le premier tome de la nouvelle BD de Joub & Olivier Copin, dont vous avez pu découvrir en exclusivité quelques planches dans nos deux derniers numéros. Deux adolescents sont confrontés à la survie dans la forêt guyanaise, après le vol du véhicule du père de l’un d’entre eux, par des malfaiteurs qui les abandonnent sur la route. Ils feront une rencontre décisive, et vivront une aventure initiatique dans l’environnement forestier de Guyane !

LE FILAO QUI VOULAIT DEVENIR FLAMBOYANT éd. Orphie Audrey Virassamy Ill. Ulrich Virassamy 13 € - 37 p. Livre jeunesse Flio, le filao, et son ami Flame, le flamboyant, vivent dans un jardin près d’une école. Tous les jours, les enfants s’amusent avec Flame. Flio aurait aimé, lui aussi, être fêté comme un roi. Le Filao qui voulait devenir flamboyant est le premier livre d’Audrey Virassamy et de son frère Ulrich qui illustre l’histoire à l’aquarelle. Le conte, destiné aux enfants entre 2 et 8 ans, est une jolie histoire d’amitié, mais aussi, et surtout, une fable sur l’acceptation de soi.

KOKOLAMPOE, UN THÉÂTRE ÉCOLE PLURILINGUE DANS LES GUYANES Éd. l’Entretemps - Pierre Chambert 20 € - 190 p. Ce livre, illustré de nombreuses photos, retrace l’histoire de la compagnie théâtrale KS and Co à Saint-Laurent-du-Maroni.Hébergée dans les bâtiments du Camp de la transportation, un lieu marqué par la tragédie du Bagne, l’association parvient à lancer un festival international, une école de comédiens. Ce bel ouvrage est une démonstration du succès culturel de l’Ouest guyanais, et de la créativité de la jeunesse guyanaise par les arts de la scène.

LE TAMBOUR DANS LA CULTURE DES JEUNES CRÉOLES GUYANAIS éd. Ibis Rouge - Berthela John 20 € - 143 p. Le tambour est un symbole identitaire important en Guyane. Bertela John tente dans cet essai d’analyser les relations qu’entretiennent les jeunes créoles avec cet instrument à l’aube du XXIe siècle. D’une lecture musicologique, à une lecture anthropologique et historique, le livre propose une synthèse intéressante pour qui souhaite comprendre l’identité créole guyanaise.

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N°ISSN : 1966-6446 Société éditrice : Atelier Aymara EURL de presse au capital de 5 000 € 24 rue Louis Blanc - 97300 Cayenne Guyane française tel. +594 (0) 5 94 31 57 97/ +594 (0) 5 94 30 52 93

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Rédaction / Conception graphique [redaction@atelier-aymara.net] Publicité [pub@atelier-aymara.net] Directeur de la publication / Rédacteur en chef : Pierre-Olivier Jay - [pierre@atelier-aymara.net] chargée de communication : Daniela Noreña Waller - [daniela@atelier-aymara.net] rubriques brèves : Marion

Briswalter, Jerôme Valette, Miguel Joubel, Loïc Epelboin responsable histoire : Dennis Lamaison Photo couverture : Jody Amiet Illustration couverture DVD: Marc Delorme Illustration dvd: Marc Delorme BD : Marc Gayot Illustrations : Olivier Copin, Anne-Cécile Boutard, Max Sibille

Crédits photos : Jody Amiet, Archives départementales de Guyane, Antoine Baglan, Aurelien Brusini, Cinémathèque de Toulouse, Cinemateca brasileira, CNES / LEGOS /CLS, Copernicus Sentinel data (2015) ESA, anguy Deville,Distribution AIRBUS D.S Spot Image S.A, Geoffoi Crunelle & Ass. des Amis d’Edgar et Raymond Maufrais, Deutsche Kinemathek, Mathieu Ever, Guillaume Feuillet, Antoine Fouquet, Christophe Gin, Arnauld Heuret, Ronan Liétar, Antoine Morin & Cantina Studio, Nicolas Pouillot, Xavier Remongin, Philppe Roger, SEAS-Guyane, Services des archives de l'Institut Pasteur, Francois Sechet, Marin Talbot, Cédric Vevaud & Aeroprod Amazonie, CNES 2014, Pieter Van Maele, Walt Disney Company France. Ont collaboré à ce numéro: V. Alt, G. Aubertin, C. Auguste, C. Bedeau, J. Bodansky, S. Bouillaguet, M. Briswalter, M. Brousse, B. Burban, D.Carita, A-C Clovis, G. Collomb, M. Gosset, O.Copin, E. Courtois, G. Crunelle, X. Deville, T. Deville, L. Epelboin, Fayet, H. Ferrarini, G. Feuillet, M. Gueydan, B. Ficamos, A. Fouquet, F. Hallé, D. Hoarau, P. Jay, L. Jay, M. Joubel, Dr M.Kazanji, D. Lamaison, H. Lamaison, M. Latini, A. Lauger, A. Maline, B. Oulliac, J. Panchout, L. Pipet, C. Roudgé, F. Taberlet, J. Vallette, A. Vigny, A. Virassamy, R, D. Virollet, Vente : MLP Vente Guyane : Plume Verte Imprimé en France/Printed in France sur du papier écocertifié PEFC.

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Guyane 16

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Une saison en Guyane n°16  

Une saison en Guyane est un magazine sur la Guyane, et toutes les Guyanes depuis l'Amazone jusqu'à l'Orénoque. Biodiversité, conservation, c...

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