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Guyane Une saison en

Guyane Une saison en

Les blessures du Bagne Les photographies inédites du Dr Collin

LE GOULAG GUYANAIS DES ANNAMITES

Lagrange: bagnard, artiste et mythomane

Parcs nationaux des Guyanes GUYANA, L’EXPÉRIENCE IWOKRAMA Le géant brésilien des Tumuc-Humac

La double vue du Grage DOM/S : 6,50€ - CAL/S : 900 CFP – POL/S : 950 CFP – PORT.CONT : 7,20€ - MAR : 78 MAD CAN : 11,50$CAD

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n°13 - août à décembre 2014

FAUNE


AOÛT À DÉCEMBRE 2014

Guyane Une saison en

Editow w w . u n e - s a i s o n - e n - g u y a n e . c o m Du Purgatoire des hommes à l’avenir de l’humanité La Guyane, jadis véritable Sibérie équinoxiale, où l’on envoyait criminels et déportés politiques, deviendra-telle, au XXIe siècle, la nouvelle terre promise des pays développés dépassés par leurs émissions de gaz à effet de serre et l’extinction massive de leur biodiversité ? Certes, le chemin est encore long avant que l’on n’admette que la nature guyanaise n’est plus un purgatoire, mais probablement l’une des clefs de la survie de l’humanité. Et pour cause, la Guyane traine l’image du bagne comme un boulet, sans chercher à se réapproprier cette histoire, aussi lourde soit-elle, pour la changer. À travers le dossier spécial Bagne de ce numéro, nous avons voulu rendre hommage aux relégués et transportés qui sont venus mourir en exil pour le “ bien ” de la République, disait-on. Un devoir de mémoire qui, une fois les nombreux vestiges des bagnes valorisés, pourrait donner un nouvel attrait touristique à la Guyane. Aujourd’hui, la région des Guyanes et sa forêt pluviale n’accueillent heureusement plus de déportés, mais voit débarquer un nouvel hôte encombrant en provenance des pays développés : le Co2. Le marché du carbone deviendra-t-il une nouvelle ressource financière pour Avec

les pays détenteurs d’une forêt tropicale intacte ? Le bouclier des Guyanes est, rappelons-le, l’un des rares endroits (le dernier ?) sur Terre où les forêts ne sont pas encore converties en palmier à huile, en soja ou en pâturages à boeufs… Elles n’ont pas encore été transformées en “ supermarché ”. Certains l’ont bien compris et travaillent à la mise en place d’aires protégées. Ils inventent même une valorisation monétaire de ces biens immatériels. Le Guyana fait figure d’exemple à travers un accord innovant avec la Norvège : celle-ci lui verse une rente en contrepartie d’une garantie de non-déforestation. Dans ce grand dossier, nous sommes donc allés à la rencontre de ceux qui concourent à la conservation de notre région. Ainsi le Guiana shield facility, cette petite organisation rattachée aux Nations unies (ONU), se distingue-t-elle par ses actions, du Guyana jusqu’au Brésil, en passant par la Colombie. En observant le dynamisme de cette ONG, on rêve à une grande forêt protégée, par-delà les frontières des nations : un modèle que notre responsabilité face aux enjeux du XXIe siècle devrait imposer. Pierre-Olivier Jay - Rédacteur en chef

le soutien de

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Sommaire

n° 13 — août 2014

JOURNAL DES GUYANES............................ . . . . . . . . 4 L’ÉCHO DU SPATIOPORT.. ............................ . . . . . . 8 LES BRUITS DE LA FORÊT ........................... . . . . . . 10

Dossier Conservation

IWOKRAMA G uyana. ......................................... . . . . . 15 INTERVIEW Pat ric k C h es ney. . .......................... . . . . . 22 RÉSERVE NATURELLE DU CENTRE S uri name................................................................ . . . . . 25 PARC NATIONAL DES MONTAGNES TUMUCUMAC B rés il .. ......................................... . . . . . 32 PARC AMAZONIEN DE GUYANE G uyane.. ....... . . . . . 38 AUTOUR DE LA QUESTION Cons er vat ion..... . . . . . . 46 LES COLLECTIONS d u doc teur c revaux. . .......... . . . . . . 52 ALABAMA S ur les t races de J ules C revaux......... . . . . . 58

Dossier Bagne

SOUS LES PIERRES U ne h is toire à prés er ver. . ...... . . . . . 60 FLAG L a v ie fals i f iée de F rancis L agrange . . .......... . . . . . . 68 PORTFOLIO LÉON COLLIN Q uat re ans ch ez les forcats ........................................ . . . . . 74 SAIGON — CAYENNE L es der n iers dépor tés poli t iques de G uyane............ . . . . 82 CROTALES L e don de double v ue.. ................................ . . . . 90 L’INDISPENSABLE VOYAGE des plantes . . ................... . . . . 98 LA VIE EN FACE Antonio de B rinco .............................. . . . . . 98 LE PALMIER règne au royaume des arb res . . .................. . . . 112 LIVRES. . ................................................................................... . . . 120 BD............................................................................................. . . . 124 Une saison en

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▲Bagne des Annamites. Montsinery. 2014. Photo P-O Jay. ►Hardy & Lorton, deux criminels condamnés aux travaux forcés à perpétuité en Guyane. Photo Léon Collin entre 1906 et 1910. Une saison en

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JOURNAL des Guyanes

Rubrique par Miguel Joubel

LE GOUVERNEUR DE L’AMAPÁ VEUT EXPLOITER LA FORÊT SANS LA METTRE EN PÉRIL Dans un entretien au magazine Carta Capital (5/09/13), Camilo Capiberibe, gouverneur de l’Amapá, expose sa stratégie de développement durable dans un État encore préservé. Compte-rendu. Une économie en devenir : «  Aujourd’hui, 72  % des recettes de l’État proviennent de fonds fédéraux. Notre plus grand défi est de générer développement et emplois réels ne relevant pas du service public. Notre économie est encore balbutiante, nous devons développer notre potentiel. On exploite le fer et désormais l’or. Notre littoral est l’un des plus riches, mais nos poissons sont transformés dans le Pará ou le Nordeste, ne créant aucun emploi sur place. C’est pourquoi nous avons décidé d’investir dans la création de pôles de pêche industrielle à Oiapoque, Calçoene et Amapá — Feu vert à l’exploitation forestière  : «  Nous avons un domaine forestier de 2,4 millions d’hectares, représentant plus de 2 milliards de reais en bois (1 € = 3 R $). Nous avons besoin d’un modèle d’exploitation durable, capable de créer des emplois pour la population.  » — Stratégie de conservation  : «  Nous avons lancé le programme Pró-Extrativismo1 pour aider les petits exploitants à faire un inventaire forestier et commencer une exploitation à faible impact environnemental. Nous

misons aussi sur les concessions forestières avec des investisseurs moyens ou grands disposant d’un capital initial de 5 millions R $. Actuellement, le bois est exploité illégalement, sans contrôle2. Nous voulons mettre sur le marché du bois certifié, mais aussi le transformer sur place, car il quitte l’État sans valeur ajoutée. » — Gel des parcelles : « Chaque concession est divisée en 30 parcelles. Et l’entrepreneur ne peut exploiter qu’une parcelle par an. Quand il reviendra à la première parcelle, 30 années se seront écoulées. La forêt se sera régénérée. Nous n’avons aucun intérêt à élargir nos frontières agricoles. » — Un corridor de fret pour écouler les céréales du Mato Grosso : « Situé à l’embouchure du fleuve Amazone, l’Amapá occupe une position stratégique sans pareil dans le pays. Du port de Santana, des navires partent pour l’Asie en empruntant le canal de Panama, d’autres rejoignent directement l’Amérique du Nord et l’Europe. Avec l’ouverture de la Cuiabá-Santarém (BR163), la production céréalière du nord du Mato Grosso sera acheminée par camion à Miritituba, dans le Pará, puis par barge jusqu’au port de Santana. Ce corridor

[1] Programme lancé en 2012 et destiné à encourager la chaîne de production de cueillette (wassaï, noix d’Amazonie, liane franche). [2] Selon une enquête du Service forestier brésilien et de l’IEF, entre 80 % et 90 % du bois utilisé dans l’Amapá est coupé clandestinement.

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d’exportation permettra de diminuer les coûts du fret de 30 %. » — Du risque de l’expansion de la culture du soja : « Le soja dans l’Amapá serait très concurrentiel, prêt pour l’exportation. Conscient du risque écologique que représente ce corridor logistique, nous avons créé un groupe de travail pour examiner le zonage du Cerrado3. Nous évaluons ce qui peut ou ne peut pas être développé économiquement dans cette zone. Cette pression de l’industrie agroalimentaire existe, nous avons des plantations de soja, mais ça ne fait pas partie de notre stratégie. L’accent est mis sur un meilleur contrôle, sans pour autant négliger l’agriculture familiale, qui est une des principales sources de déforestation... » — Petits producteurs, grands déboiseurs  : «  Aujourd’hui, nous avons une très faible productivité dans les assentamentos  4. Dans le cadre du Programme territorial d’agriculture familiale (Protaf ), les producteurs ont accès à une technologie mise au point par l’Embrapa5, qui leur permet de multiplier par cinq les rendements. Donc, pas besoin d’étendre les terres agricoles. En plus d’améliorer le revenu des travailleurs,

[3] Cerrado : Zone de savane. [4] Assentamentos : Zones dévolues à un groupe d’agriculteurs dans le cadre de la réforme agraire. [5] Embrapa : Institut brésilien de recherche agronomique.


BRÉSIL

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Les petits producteurs victimes du développement durable ? le programme empêche l’exode des jeunes vers la périphérie des grandes villes... » — Rémunération des actifs environnementaux : «  En préservant la forêt, en produisant plus dans un même espace, l’Amapá génère un actif environnemental pour le Brésil et pour l’hHumanité. Nous avons lancé un débat avec les organisations internationales et le gouvernement brésilien pour trouver les moyens de rémunérer cet actif. Avec 73  % de terres en zones protégées, l’Amapá est fortement limité dans son développement. Nous voulons que le Brésil réalise que São Paulo a déboisé, mais s’est développé. D’autres États ont fait de même. L’Amapá s’est engagé à préserver la forêt pour l’avenir, cette action doit être reconnue et rétribuée. »

Quelques chiffres & données - Créée en 2006, la forêt domaniale de l’Amapá (Flota/AP) forme un couloir écologique s’étirant sur 10 des 16 municipalités de l’État. - Avec ses 23 694 km2, dont près des 2/3 dévolus aux concessions forestières, la Flota couvre 16 % de la superficie de l’Amapá. - 73 % de la superficie de l’État (143 453 km2) est classée en zones protégées réparties en Unités de conservation (UC) et Terres indigènes (TI). - L’Amapá ne détient que 3,7 % de son foncier. Le reste des terres appartient toujours à l’Union, bien que l’ancien territoire fédéral soit devenu État fédéré en 1988. - Une loi promulguée en 2009 par l’ex-président Lula régit le transfert des terres de l’Union au profit des États fédérés issus des anciens territoires fédéraux. Cependant, sa mise en œuvre tarde, faute de décret d’application.

Environ 200 agriculteurs amapéens se sont réunis le 22 octobre à l’Assemblée législative locale pour demander l’abrogation de la loi créant la forêt domaniale de l’Amapá (Flota). Selon le Syndicat des exploitants agricoles, les contraintes imposées au nom du développement durable brideraient des milliers de familles. Pour le syndicaliste José Ribamar de Porto Grande, la loi est inconstitutionnelle car il n’y a eu aucune étude d’impact socio-économique et pas de programme de déplacement des personnes.“ Certaines familles sont installées sur ces terres depuis 40 ans. On empêche les gens de pêcher et gérer leurs cultures, ils n’arrivent plus à élever leurs enfants. Nous ne pouvons pas vivre uniquement de cueillette, cette loi doit être redéfinie de toute urgence ” affirme l’agriculteur (G1 AP, 22/10/13). Eider Pena, député de l’opposition et grand propriétaire terrien, estime à 6 000 le nombre de personnes dépossédées et expulsables. Une affirmation “ électoraliste ” - les élections présidentielles, législatives et des gouverneurs auront lieu en octobre prochain - réfutée par Ana Euler, ingénieur forestier et directrice générale de l’Institut forestier de l’Amapá (IEF) : “ Si les personnes étaient installées avant la création de la Flota, elles auront le droit d’y rester conformément à la loi. Nous avons déjà recensé 400 familles, qui toutes répondent aux critères et peuvent rester. Ils [les députés] parlent de 6 000 personnes sans étayer leurs chiffres ! ” (Correio do Vale, 22/03/14).

Manœuvres autour de la forêt domaniale amapéenne Plus grande réserve forestière d’État du Brésil, la forêt domaniale de l’Amapá (Flota/AP) est en danger. Un projet de loi présenté par un groupe de députés de l’opposition demande son extinction. Selon Ana Euler, directrice générale de l’Institut forestier de l’Amapá (IEF), les grands propriétaires terriens de la région et les acteurs des secteurs forestier et minier sont à l’origine de l’initiative. « Tant que le projet existait uniquement sur papier, ce n’était pas un problème. Quand on a commencé à préciser les règles - accès aux ressources naturelles, régularisation des occupants - et montré que le pouvoir décisionnel relevait de Macapá, et non plus de Brasília, cela a énormément dérangé... », précise-t-elle. Et de poursuivre : «  Il y a beaucoup de prétendus détenteurs de terrains dans la Flota, qui souvent n’apparaissent pas publiquement, mais qui mettent les petits propriétaires et les assentados* en première ligne en disant qu’ils seront les grands perdants.  » Pour elle, supprimer la Flota serait la porte ouverte à la spéculation avec

à la clé une ruée vers l’or et le bois, entre autres. Pas de paysans sans terre dans l’Amapá « Aujourd’hui, il n’y a pas de problème d’accès à la terre dans l’Amapá, au point que le Mouvement des sans-terre n’est pas présent ici. Au contraire, les assentamentos - une quarantaine - sont sous-occupés, avec un taux d’occupation inférieur à 50  %. Il manque une volonté politique pour encourager la production. Le gouvernement de l’État avec le gouvernement fédéral verse des subventions pour stimuler l’agriculture familiale et empêcher l’exode rural », explique Ana Euler. En raison de l’exode rural, l’Amapá est aujourd’hui un des États ayant la plus forte concentration de population dans les villes, selon l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE). Source : Rede Sustentabilidade (Floresta Estadual do Amapá corre risco de extinção, 15/05/14)

* Assentados : Agriculteurs-cueilleurs installés dans un assentamento. Une saison en

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JOURNAL

Rubrique par Miguel Joubel

des Guyanes

Clevelândia, l’enfer vert des agitateurs d’opinion des années 20 La colonie pénitentiaire de Clevelândia do Norte s’inscrit dans un contexte national et international de répression contre l’anarchisme et le communisme des années 20. Les agitateurs politiques issus de mouvements jugés « subversifs » y furent détenus. Un épisode peu connu de l’histoire de l’Amapá et du Brésil.

Aujourd’hui, Clevelândia abrite uniquement une base avancée de l’armée brésilienne. De tout son passé, il ne reste rien de tangible. Cliché de Thyl Guerra.

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réée dans le but d’occuper la zone septentrionale de l’Amapá, à la frontière entre le Brésil et la Guyane française, la colonie agricole de Clevelândia – hommage au président des États-Unis, Grover Cleveland – fut inaugurée le 5 mai 1922. Mais très rapidement elle va jouer un autre rôle… Dans les années 20, le Brésil est le théâtre de grands bouleversements sociaux et culturels : Semaine d’Art moderne (à l’origine des mouvements artistiques modernes brésiliens), fondation du Parti communiste brésilien, révoltes militaires, campagnes anarcho-syndicales, entre autres. Les mouvements de contestation menés par les anarchistes, les communistes et les officiers rebelles se multiplient. Faisant face à une situation insurrection-

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nelle, le gouvernement du président Artur Bernardes réagit par de grandes vagues d’arrestations. En milieu d’année 1924, les détenus s’entassent par centaines dans des vaisseaux amarrés près des îles au large de la côte de Rio. Les « prisons temporaires  » explosent. Face à la réticence des autres États à accueillir des prisonniers politiques sur leurs terres, Clevelândia, totalement isolée au cœur de la forêt vierge, est alors envisagée comme la solution idéale. Exit la colonie agricole : la colonie pénitentiaire est née. À partir de la fin de 1924, les premiers navires chargés essentiellement d’anarchistes, de militaires rebelles et autres fauteurs de trouble, arrivent à l’embouchure de l’Oyapock. En quelques mois, Clevelândia accueille plusieurs convois. Sur place, les conditions de

vie sont extrêmes : violence policière, travail forcé, épidémies, famine. Clevelândia devient O Inferno Verde, l’enfer vert. Cependant, les évasions sont nombreuses -262 cas signalés- soit plus d’un détenu sur quatre. Les communautés nationale et internationale sont informées de la situation. La censure est mise à mal. Les dénonciations émanent même parfois de pays étrangers. On parle des jusqu’au-boutistes, du noyau anarchiste notamment, qui résistent en s’organisant au sein même du bagne. Cet épisode tragique de l’histoire brésilienne fit des centaines de victimes parmi les prisonniers politiques. Certains estiment Clevelândia comme un facteur important de désintégration des mouvements anarchiste, communiste et militaire des années 20. Si par la suite les survivants furent amnistiés, les syndicats et les mouvements sociaux, en particulier l’anarcho-syndicalisme, ne furent plus jamais les mêmes. La République oligarchique et arbitraire réussit à saper les mouvements de résistance populaires, en arrêtant et éliminant ses leaders. Source essentielle : “ Clevelândia, O Inferno Verde” de Carol Assis ( Overmundo/blog , nov . 2011 )

Domingos Passos : anar et bagnard Anarchiste et syndicaliste engagé issu de la classe laborieuse, Domingos Passos était surnommé le “ Bakounine brésilien ”. Arrêté et torturé à plusieurs reprises à Rio, il fut l’un des illustres “ pensionnaires ” du bagne de Clevelândia. En juillet 1924, suite à l’insurrection militaire de São Paulo, la répression se met en place. Les bureaux syndicaux sont per-


http://www.une-saison-en-guyane.com/breves/journal-des-guyanes quisitionnés et fermés, des centaines d’anarchistes emprisonnés et nombre d’entre eux déportés. […] Après 20 jours de détention à Rio, Domingos Passos est transféré au bateau-prison Campos, ancré dans la baie de Guanabara. Il y passe trois mois dans le plus grand dénuement. Puis il est transféré à bord du Comandante Vasconcellos, comme des centaines d’autres prisonniers-anarchistes, officiers séditieux, voleurs, escrocs, proxénètes, mendiants et immigrés sans le sou. Il est torturé. En décembre 1924, après 22 jours de mer, le Vasconcellos débarque ses détenus. Le bagne de Clevelândia accueille son premier contingent. Au bout de quelques mois en “ Sibérie tropicale ”, Domingos Passos réussit à s’évader par Saint-Georges en Guyane française. Les fièvres contractées dans la jungle l’obligent à rejoindre Cayenne pour se faire soigner. Il y est accueilli fraternellement par un Créole qui l’aide à se remettre d’aplomb. Il regagne ensuite Belém, où il peut compter pendant quelque temps sur la solidarité active du prolétariat local. Extrait de “  Domingos Passos ”: O “ Bakunin Brasileiro’” (R. Ramos & A. Samis )- en bas à droite .

Saint-Georges, porte d’entrée des évadés « Il est évidemment difficile de sortir d’ici aussi, et la vie est quasiment impossible, car il n’y a pas de travail, mais nous n’avons plus à endurer les humiliations et les actes

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Amnésie autour du bagne Dans une chronique publiée sur le blog de Luis Nassif (12/03/2011), Carlos Andrade affirme que “ les politiques d’exclusion du gouvernement brésilien au cours de la première moitié du XXe siècle” ne sont pas encore rentrées dans l’historiographie brésilienne. Car, explique-t-il,“ les historiens se consacrent plus naturellement à l’étude de la dernière période de rupture démocratique au Brésil. ” [1] Et l’auteur d’illustrer son propos en exhumant le sinistre épisode de la colonie pénitentiaire de Clevelândia do Norte, symbole de la répression et de la tyrannie dans le Brésil des années 20. Entre 1924 et 1926, environ un millier de citoyens, brésiliens et étrangers, séjournèrent dans cette colonie agricole reconvertie en bagne. Le taux de mortalité sur place s’élevait à près de 80 %. [2] Il y avait deux catégories de bagnards : les individus déportés en raison de leurs convictions politiques - communistes, militaires rebelles et surtout anarchistes

– ou de leur condition sociale–voleurs, mendiants et vagabonds. Après la révolte des lieutenants à São Paulo en 1924 les insurgés et les indésirables du gouvernement Artur Bernardes, dont le mandat (1922-1926) se déroula sous le régime de l’état d’exception, furent transférés au bagne de Clevelândia. C’est à cette époque que “ furent posés les fondements juridiques justifiant la Doctrine de la sécurité nationale (DSN) ainsi que la création du Département de la police politique (DOPS) dans le pays ”. La conclusion est amère : “  À ce jour, l’armée n’a rien laissé filtrer sur ce trouble et cruel épisode de l’histoire du Brésil. Il est dommage que les mouvements de défense des morts et disparus politiques ne s’intéressent pas, ne serait-ce qu’en matière de droit et de devoir de mémoire, aux prisonniers politiques tombés au cours des périodes sombres de l’histoire du Brésil avant 1964.” Luis Nassif On Line/GGN-O Jornal de todos os Brasis .

[1] Dictature militaire (1964-1985) [2] Selon Edson Machado de Brito, professeur d’histoire indigène à l’Institut fédéral de Bahia, « en seulement deux ans de fonctionnement, le bagne aurait fait environ un millier de victimes. Un processus d’extermination évident. »

de tyrannie dont nous avons été victimes à Clevelândia. » C’est ainsi que s’exprime un bagnard brésilien réfugié à St-Georges en 1925. Dans son ouvrage “ Clevelândia : anarquismo, sindicalismo e repressão política no Brasil  ” paru en 2002, Alexandre

Samis mentionne également l’évasion vers Belém du peintre et décorateur Pedro Alves Carneiro, premier anarchiste à se faire la belle le 17 février 1925. Les évadés transitaient par la Guyane française, notamment par Saint-Georges .

Que reste-t-il de Clevelândia ? Créé en 1951, le district de Clevelândia do Norte comptait 1 253 habitants en 2010, selon l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE). Aujourd’hui, Clevelândia abrite uniquement une base avancée de l’armée brésilienne. De tout son passé, il ne reste rien de tangible, à part des tombes, voire quelques ossements dans le cimetière de São Carlos.–À Oiapoque [à une vingtaine de kilomètres], il reste bien peu de traces. Selon le père Rogério Alicino (1971), une légende locale met en scène un bagnard condamné à mort qui, au pied de sa tombe qu’il avait lui-même creusée, fut gracié pour avoir chanté ses adieux à sa mère. Clevelândia. Colônia penal ou campo de concentração ? –Carlo Romani (2003) Les activités de la base sont exclusivement limitées à la surveillance de la frontière. La contribution des militaires au développement de la municipalité d’Oiapoque n’est pas adaptée à la réalité du terrain. Dans la pratique, Clevelândia est une zone interdite : l’accès y est restreint et les riverains sont soumis à un ensemble de contraintes. Clevelândia : o Distrito proibido – josealbertostes.blogspot.com (02/2014 )

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L ‘ écho du SPATIOPORT

Rubrique par Jérôme Vallette

L’Europe veut une seule entreprise pour Ariane

L

ongtemps, Ariane a décollé sans pression dans le ciel guyanais. Fiable et plutôt ponctuelle, elle a dominé la concurrence. Mais sa fabrication, lourde et éclatée en Europe, a un revers elle coûte cher. Et aujourd’hui, l’arrivée à (presque) maturité d’une concurrente low cost perturbe. D’autant que cette fusée américaine Falcon de Space X est capable, elle aussi, de ravitailler la Station spatiale internationale (ISS) et annonce prochainement y emmener à bord des astronautes. Du coup, la filière spatiale européenne s’apprête à changer son modèle de conception et de production afin de rivaliser en prix. Les industriels d’Ariane (Airbus, Safran) ont décidé en juin 2014 de créer une seule coentreprise qui regroupera, peu à peu, toute la filière, Arianespace ainsi que les activités de conception du Centre national des études spatiales (Cnes) afin de resserrer les liens entre la myriade d’entités (publiques et privées), dispersées en Europe, qui imaginent, calculent et produisent les lanceurs. Ce projet, Jean-Yves Le Gall, le directeur du Cnes et ex-Pdg d’Arianespace, le résume ainsi : « En Californie on dit : d’un côté, rentrent des tôles, de l’autre sortent

des fusées. C’est notre objectif et c’est ce que nous sommes en train de faire ». Car c’est exactement le modèle que pratique Space X, la société du milliardaire Elon Musk. Largement aidée par le gouvernement

certaines de ses industries s’établissent sur leurs territoires. Résultat, Ariane 5 s’étale sur près de 25 sites industriels. Le but de la coentreprise européenne est donc d’avoir « une meilleure organisation

▲Le lanceur Falcon9 de SpaceX à Cap Canaveral américain (Nasa), elle a mis les pieds dans le plat avec sa fusée Falcon, 40 % moins coûteuse qu’Ariane 5, dont les récents succès ont détourné certains clients, soucieux de rentabilité, du Centre spatial guyanais (CSG). Space X est une entreprise unique, là où, en Europe, la galaxie Ariane multiplie les acteurs publics et privés, avec certaines contraintes : les pays qui financent le programme spatial exigent, en retour, que

industrielle (…) ». Dans un premier temps, le constructeur aéronautique Airbus Group et le constructeur de moteurs Safran vont monter cette coentreprise. Celle-ci devrait rapidement inclure les activités de conceptions du Cnes mais aussi d’Arianespace, le tout devant être opérationnel pour fin 2014. Pour les Européens, c’est un bouleversement majeur, mais jugé essentiel pour rester dans la course, et ce d’autant plus que

CoRot et les exoplanètes Parti en décembre 2006 pour rechercher des planètes de petites tailles autour d’autres “ soleils ”, le télescope spatial CoRot (COnvection ROtation des étoiles et Transit des planètes extrasolaires) vient de prendre sa retraite. Non sans avoir fourni « un diagnostic unique sur la structure, le fonctionnement et l’âge de chaque astre » a expliqué le Centre national des études spatiales (Cnes) dans un communiqué annonçant sa fin de cycle. Depuis 2006, alors qu’il n’était parti que pour 3 ans, CoRot a découvert 37 exoplanètes de manière certaine, ainsi que près de cent “ candidates ” à ce titre honorifique, dont les données Une saison en

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astronomiques sont toujours à l’étude par l’Observatoire de Paris. Bien que mesurés sur les chances de découvrir des planètes équivalentes à la Terre, les scientifiques scrutent en permanence notre univers à la recherche d’autres “ systèmes solaires ” pour mieux comprendre l’origine et le fonctionnement du nôtre. Usé par les bombardements de particules à haute énergie dans l’espace, CoRoT avait cessé de transmettre ses données fin 2012. Après avoir essayé de reprendre son contrôle, le Cnes a démarré son cycle de fin de vie qui le fera se consumer dans l’atmosphère après avoir totalement été éteint et vidé de son carburant.


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L’Amérique toujours en quête de Mars La Nasa rêve toujours d’être la première à fouler le sol martien. Pionnière sur la Lune, elle n’oublie pourtant pas que les Chinois, qui ont posé l’année dernière un vaisseau sur le satellite de la Terre, ont aussi des visées de conquête sur l’astre rouge. Fin juin, les Américains ont donc présenté leur nouveau vaisseau, Orion, en cours d’assemblage en Floride, et qui préfigure les futurs voyages au-delà de l’orbite terrestre et donc l’envol d’astronautes vers Mars. Mais tout cela est encore bien incertain, d’autant que les aléas économiques parcourent la vie des programmes spatiaux. Le projet vise à emporter quatre astronautes américains vers Mars à l’horizon 2025. D’ici là, le programme Orion devra résoudre bien

des problèmes liés à cet aller-retour qui est aujourd’hui estimé à 3 ans. En la matière, les contraintes sont nombreuses, et les premières sont d’ordre écologique ! En effet, aucun vaisseau pour le moment n’est en mesure de transporter suffisamment d’eau et de nourriture sur une telle durée, tout en conservant l’énergie nécessaire pour se déplacer. Du coup, les ingénieurs américains travaillent sur le recyclage de l’eau embarquée. Ils doivent aussi résoudre le problème de l’alimentation, bien que des végétaux aient déjà été « cultivés » au sein de l’ISS. Les chercheurs envisagent aujourd’hui de développer des algues suffisamment riches en protéines, au développement rapide, pour alimenter les

d’autres pays (Inde, Chine, Japon) jouent aussi sur les prix. C’est aussi le prix à payer pour, enfin, décider de l’avenir d’Ariane. Héritière de 40 ans de coopération européenne, Ariane fonctionne encore à coup d’accords délicats, mêlant stratégie industrielle et politiques étatiques. À mi-cycle de vie, Ariane 5 fait, depuis l’objet de tractations interminables sur son avenir  : une Ariane 6, plus puissante, tout comme légère évolution d’Ariane 5 sont dans les cartons des donneurs d’ordre public. De leur côté, les industriels penchent pour une famille

Sentinel au plus près de la Terre

▲Jean Yves le Gall, directeur du CNES

de lanceurs : un gros porteur, et un autre plus léger pour le marché, de plus en plus important, des petits satellites. Des choix qui permettraient de fortes économies sur le développement futur d’Ariane mais surtout de rester leader mondial, avec son ensemble de lancements idéalement situé sur l’équateur. Un avantage que Space X n’est pas encore en mesure de concurrencer . Photos CNES, Space X

C

’est depuis la Guyane, à bord d’une fusée Soyouz, que le satellite d’observation de la Terre Sentinel 1A de l’Agence spatiale européenne (ESA) a décollé en avril dernier. Moins de six mois après, il a livré ses premières images. Et quelles images, puisque son radar C-SAR (Circular Synthetic Aperture Radar) lui permet de fournir des clichés de notre astre, de jour comme de nuit, et, ce, quelles que soient les conditions météorologiques. Des clichés précis et rendus quasiment en temps réel qui ont permis de suivre les inondations catastrophiques du fleuve Parana (Argentine) au mois de juin 2014 et de suivre son évolution, tout comme en Serbie au cours du même mois. Précises, rapides, ses images permettent de suivre une crue majeure et d’en modéliser les effets afin d’éviter plus de dommages aux populations. La technicité de Sentinel sert également à suivre les calottes glaciaires et leur fonte, mais est aussi capable de détecter les fuites de pétrole sur les champs off-shore. En 2015, son jumeau Sentinel 1B augmentera les capacités du programme Copernicus d’observation de la Terre et permettra d’obtenir des images plus rapidement (en moins d’une heure parfois). La Terre sera intégralement balayée tous les six jours

humains à bord d’Orion. Dans le cadre du programme de développement d’Orion, un aller-retour sur la Lune est toujours d’actualité, dans moins de dix ans, pour roder la machine. À moins que la concurrence n’oblige les Américains à s’associer avec un autre pays, ou de changer de fusil d’épaule. L’académie américaine des sciences n’y croit d’ailleurs pas, arguant que les budgets alloués pour le moment ne permettront pas à la Nasa de se rendre sur Mars. Les mêmes sages ne voient qu’une seule possibilité pour se rendre si loin, celle d’une coopération internationale, « même avec les Chinois » ! Image de Mars par Spirit /NASA

ce qui ouvre un champ d’application colossal. En ne se limitant qu’aux deux premiers Sentinel 1A et B, l’ESA annonce : la surveillance des glaces en mer, la détection des navires et icebergs, la détection des déversements d’hydrocarbures, l’observation des vagues, des courants océaniques et des vents de surface de la mer, la classification de la couverture terrestre, la surveillance de l’affaissement de la surface terrestre ainsi que la gestion des risques et urgences… Le programme a également son volet sécurité, comme la surveillance des frontières extérieures de l’Union européenne. Il permettra en outre le déploiement rapide et efficace des secouristes lors de situations de crise humanitaire, de catastrophes naturelles. Image : ESA/DLR/CAEARTE/CONAE ML ▼Les inondations en Argentine sur le fleuve Parana le 15 juin 2014.

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Rubrique par Marion Briswalter

Les Bruits DE LA FORÊT 227 espèces d’arbres hyperdominants

Etendu sur près de 6 millions de km2, à cheval sur neuf pays (Brésil, Bolivie, Pérou, Équateur, Colombie, Venezuela, Guyana, Suriname et Guyane française), le bassin amazonien n’est pas appelé par hasard le poumon de la planète. Une étude internationale publiée dans Science en octobre 2013 a confirmé les attributs de ce morceau du monde peuplé par « 390 milliards d’arbres », avec pour les zones les plus denses jusqu’à 300 espèces différentes à l’hectare. « Cependant, l’abondance relative des différentes espèces est très variable : parmi les 16 000 espèces, 227 sont hyperdominantes et représentent la moitié des arbres recensés » détaille Julien Engel de l’UMR Ecofog. L’autre moitié des tiges recensées est composée de nombreuses espèces rares et très rares. Depuis 1970, près de 18 % de la forêt amazonienne ont disparu. « Dans un contexte de forte déforestation, les enjeux en terme de conservation sont majeurs. En effet puisque la majorité des espèces sont rares elles vont être difficiles à inventorier et donc à protéger ».

Cochon bwa géolocalisé

Tayassu pecari fait parler de lui. Depuis le dernier trimestre 2012, un programme dédié à cette espèce au rôle-clé dans la régénération des forêts par la dissémination des graines est engagé par le Parc amazonien de Guyane (PAG) et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) sur tout le département. Il consiste à équiper ces sympathiques bêtes de colliers satellitaires afin de mieux cerner leurs déplacements, la taille de leurs territoires et la façon dont ils l’occupent. Il aura fallu près d’un an aux équipes du PAG et de l’ONCFS pour réussir à pister des hordes de pécaris à lèvres blanches. Cinq individus ont été capturés et parmi eux, deux ont été flanqués d’une balise Argos®. Sur les autres individus, des prélèvements en vue d’études génétiques ont été réalisés.

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Cinquantenaire de la Sepanguy À l’occasion de son 50e anniversaire, la SEPANGUY organise un colloque international, ouvert au public du 12 au 15 octobre 2014 à Cayenne. Le thème : les aires protégées un atout pour le Plateau des Guyanes ? Contact : cayenneguianashield@ sepanguy.com

La première carte en teko & wayãpi

Les premières cartes toponymiques et historiques en langue amérindienne existent désormais. Il aura fallu attendre un travail long de quatre ans de recueil des mémoires et des archives mené par l’Observatoire Hommes-Milieux Oyapock (OHM), les riverains, le PAG et le Cirad pour que les toponymes de la commune de Camopi figurent en teko et wayãpi sur une carte française. Ces toponymes sont souvent choisis en fonction des fondateurs des villages, des arbres comme le mombin, le fromager, le dodomissinga etc., et aussi en référence aux animaux extraordinaires ou aux épisodes passés. « Ça nous permet de savoir, de comprendre où vivaient nos ancêtres, c’est très important pour nous » témoigne JeanMarc Zidock, habitant de Trois Sauts. Le référencement était en effet attendu, car il permet de dépoussiérer les cartes IGN « dépassées », de rétablir le sens des noms des criques, des fleuves et des camps qui furent « déformés au fur et à mesure des rééditions » du XIXe siècle à nos jours ; et parce que les villageois « sont dépositaires d’un patrimoine » souligne l’ethnologue Damien Davy, responsable de l’OHM. Les cartes présentent cinq cents noms ainsi que les données d’occupation des sols du Moyen Oyapock.


n°13- août 2014

La canopée bientôt sous l’œil des drones Une nouvelle mission s’offre aux drones en milieu tropical. Elle fut prétestée pendant deux saisons sur le site expérimental de Paracou (concession accordée au Cirad par le Centre spatial guyanais, à 12 km au sud-est de Sinnamary). Un hélicoptère mimant les conditions de vol d’un drone a cartographié le couvert forestier. Il était muni d’un scanner laser à haute densité et d’un système d’imagerie optique et infrarouge. L’objectif était de démontrer qu’un

tel vol permettait de collecter des données de terrain nécessaires à l’ébauche d’un modèle de hauteur de canopée, malgré la haute densité forestière. Les points de repère établis ont été complétés de données tels que la quantité de biomasses audessus du sol ou le carbone stocké. Les porteurs du projets annoncent que cette approche du couvert forestier « offre une alternative de cartographie peu coûteuse, appropriée aux pays en voie de développement ».

Le Museum revisite l’Atlantique amazonien

The offshore strikes back

Il y a quelques semaines, une équipe formée par le Muséum national d’Histoire naturelle et l’organisation brésilienne Pro-natura international a appareillé du port de Dégrad-desCannes pour une mission hauturière et côtière de plusieurs mois. Comme il l’a fait auparavant en diverses zones du globe riches en biodiversité, le groupement scientifique traque les organismes non ou peu référencés qui habitent les fonds marins, notamment aux iles du Salut et dans la Réserve du Grand Connétable. Le programme intitulé “La Planète revisitée” part du postulat qu’il « reste aujourd’hui entre 5 et 10 millions d’espèces à découvrir [dans le monde]. Le quart, voire la moitié des espèces, pourrait disparaître d’ici le milieu ou la fin du siècle ». Les invertébrés marins, le benthos, relégués par la Science au rang des « négligés », jouent malgré tout « un rôle fondamental dans l’équilibre des écosystèmes ». Une présentation des premiers résultats est attendue pour début 2015. À la mission maritime succèdera un programme terrestre pour l’échantillonnage d’invertébrés, de plantes et de champignons.

Modèle de hauteur de canopée de forêt pluviale à partir du premier système Lidar.

Le deuxième semestre 2014 marque un tournant important dans le domaine de l’offshore pétrolier en Guyane. Début juillet, le Conseil général de l’économie, de l’industrie de l’énergie et des technologies délivrait un avis favorable aux deux nouvelles demandes de permis exclusifs de recherches retenues quelques semaines plus tôt par l’administration et la Commission des mines. Une demande qui se situe en permis profond, à quelque 150 km du littoral, est portée par Esso et Total, l’autre permis caresse la côte et les 20 miles nautiques, elle est introduite par Total et Tullow Oil. La dernière étape se jouera

aux ministères de Royal et Montebourg dans les mois qui viennent. En cas de feu vert, les eaux guyanaises compteront alors trois périmètres de recherches sismiques et de forages, le premier étant détenu depuis 2001 par un consortium désormais piloté par Shell. La réforme du code minier et des recours engagés en 2012 par des environnementalistes et des citoyens à l’encontre d’arrêtés préfectoraux autorisant Shell à forer et à utiliser la sismique, pourraient néanmoins allumer des contre-feux à la règlementation et à l’instruction des dossiers que certains jugent peu contraignantes.

Dispositif COPAS La tête dans les nuages Étudier la forêt tropicale de basse altitude au plus près et dans ses trois dimensions sera possible dès 2015 pour les équipes scientifiques internationales. Le projet Copas germait en 1997 depuis la station scientifique du CNRS du Saut-Pararé (Réserve des Nouragues). Trois pylônes de 45 mètres de hauteur reliés par des câbles ont été positionnés en triangle sur une surface de 1,5 hectare. Cette architecture permet aux chercheurs de prendre place sur un siège télécommandé et suspendu à hauteur d’un biotope caractéristique, la forêt dite “de nuages”. Cette démarche inédite permettra ainsi « d’explorer sur le long terme la structure et la dynamique des groupes taxonomiques aux différents étages de la forêt, la physiologie et la phénologie des plantes de canopée ou encore les processus de pollinisation des arbres » explique le CNRS. Photo de Quentin Martinez

Plus de bruits sur www.une-saison-en-guyane.com 11


Dossier

CONSERVATION du plateau des Guyanes 14 24 Aires protégées et autochtones sur le plateau des Guyanes Zone de protection forte Réserve indigène Zone d'utilisation durable

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Sources : UICN, Nasa, Natural Earth, NGA, PAG. Production : PAG, P. Perbet, 15/07/2014.

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Depuis la création du Parc national de Kaieteur en 1929, puis de Canaima au Venezuela en 1962, les aires protégées se multiplient sur le bouclier des Guyanes. Pour mieux comprendre l’enjeu planétaire et les difficultés que posent la conservation de la dernière grande forêt tropicale intacte de la planète, nous sommes partis à la rencontre des gens qui construisent et animent ces projets au Guyana, au Suriname, en Amapá et en Guyane française.

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DOSSIER CONSERVATION

GUYANA IWOKRAMA L’avenir de la forêt tropicale se joue-t-il au Guyana ? Le pays teste un système de financement international lié à la préservation de la forêt et le Centre international d’Iwokrama expérimente un nouveau modèle pour gérer et valoriser les Georgetown ressources de la forêt.

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◄Parcours de Canopée située

dans la réserve d’Iwokrama. Photo Cedric Vevaud - Aeroprod Amazonie. Une saison en

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VOYAGE

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endredi 23 mai 2014, à une bonne journée de 4x4 de Georgetown, la capitale du Guyana, la crème des experts forestiers du plateau des Guyanes est réunit au cœur de la forêt primaire. Les chercheurs prennent place sous l’immense charpente de bois du Centre international d’Iwokrama pour la conservation et le développement de la forêt tropicale (IIC), une étrange construction circulaire, trouée en son centre, à mi-chemin entre carbet amérindien et chapelle ultramoderne. Majestueusement planté au bord du fleuve Essequibo – the “mighty (puissant) Essequibo” disent les Guyaniens –, l’immense écolodge offre tout le confort nécessaire pour recevoir les scientifiques internationaux. Un lieu tout désigné pour organiser la dernière conférence de la Convention sur la diversité biologique, sobrement intitulée “les corridors de la biodiversité sur le plateau des Guyanes”. Cette convention sur la diversité biologique, née à la suite du sommet de Rio en 1992, constitue le bras armé de l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour la préservation de la biodiversité planétaire. Et en la matière, la région est bien placée pour se saisir du sujet. «Le plateau des Guyanes représente 2,7 millions de km², possède la dernière grande forêt tropicale de la planète complètement intacte» résume Patrick Chesney, responsable du Guiana Shield Facility, qui organise l’évènement. Pour celui qui dirige cet organisme, sous l’égide de l’ONU, cette région est «un grand challenge pour la préservation de la biodiversité mondiale, comme pour celle de l’eau douce». Et le Guiana Shield Facility ne fait pas qu’organiser des colloques, mais «soutient différents programmes liés à la conservation dans toute l’écorégion des Guyanes : au Brésil, au Suriname, au Guyana jusqu’en Colombie.»


DOSSIER CONSERVATION

La RĂŠserve naturelle du Centre Paramaribo

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Trésor écologique du Suriname Comme aux temps anciens, une carte fut dessinée, décrite dans ses grandes lignes et le trésor qu’elle indiquait - la Réserve naturelle du Centre Suriname – fut déclarée inestimable. Endémiques au bouclier guyanais et menacés à l’échelle mondiale, ses joyaux méritaient la plus grande attention. Rapidement, la réserve fut classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Seize ans plus tard, ce bout de forêt amazonienne est toujours considéré comme un espace préservé de toute activité humaine. Cependant, gérer et protéger un trésor peut s’avérer difficile ! ◄Rapides sur la rivière Gran Rio entre Djoemoe et Tafelberg, au cœur de la forêt tropicale humide. Photo Erwin Neles.

VIVE INQUIÉTUDE AUTOUR DE LA PROTECTION ET DU MANAGEMENT


À sa création, la réserve est placée sous l’autorité du ministère des Ressources naturelles par décret présidentiel. En 2005, le Ministère de l’aménagement du territoire et de la gestion des terres et forêts (ROGB) prend le relais. Faute de budget, le gouvernement Une saison en

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SOCIÉTÉ

«

J’ai dessiné les contours de ce qui allait être la Réserve naturelle du Centre Suriname (CSNR) sur une serviette de table, lors d’un dîner avec Russel Mittermeier et Ian Bowles »*, raconte Stanley Malone, directeur de la Fondation pour la conservation du Suriname (SCF). « Le traçage a été fait en fonction des intérêts majeurs de cette région remarquable. » Défenseur de l’environnement depuis les années 70, Malone débute sa carrière au ministère des Forêts. Il quitte le fonctionnariat en 1991. Un an plus tard, il installe le Conservation International (CI)– Guyana & Suriname, et travaille pour cet organisme spécialisé dans la préservation de la biodiversité jusqu’en 2005. L’année suivante, il rejoint la SCF. En 1998, il participe à la création de la Réserve naturelle du Centre. Elle alimente en eau douce au moins sept grands fleuves surinamais et contribue à réguler les précipitations et le climat du pays. Située sur les routes migratoires préhistoriques et contemporaines, elle abrite des lieux culturels et cultuels des populations indigènes et marronnes. On y trouve le tepuy (montagne tabulaire) le plus oriental de l’Amérique du Sud et la seule montagne de grès au Suriname, Tafelberg, où il pleut 300 jours par an. À propos des eaux douces et salées qui se mélangent dans le fleuve principal, Malone commente : « Regardez la couleur du fleuve Coppename avec ses trois bras : c’est comme du sprite et du coca.»


DOSSIER CONSERVATION

BRÉSIL - AMAPÀ Parc national des

montagnes Tumuc Humac

Macapá

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LE GÉANT BRÉSILIEN Du Jari à l’Oyapock, la région des Tumuc Humac au Brésil représente la plus grande surface de forêt protégée du Brésil, avec les 3.846.429 hectares de forêt inhabitée du parc national des montagnes Tumuc Humac. Focus sur l’histoire de cette région quasi inaccessible et sur l’avenir d’une aire protégée en devenir.

B

ien que le toponyme Tumuc Humac – ou Tumucumaque en portugais – soit manifestement impropre, il a fait école au Brésil comme en Guyane et sert désormais à désigner la région au relief plus prononcé qui s’étend au nord du Brésil, marquant la ligne de partage des eaux entre le bassin de l’Amazone, au sud, et les bassins des fleuves côtiers comme le Maroni ou l’Oyapock, au nord. En Amapá, on applique plus particulièrement cette dénomination à un ensemble géographique important, comprenant les cours supérieurs de l’Oyapock et du Jari, ainsi que toutes les régions drainées par leurs affluents, auquel on ajoute également le bassin de la rivière Amapari. Si cet ensemble est à vrai dire assez hétérogène, il possède néanmoins quelques traits communs qui justifient de l’envisager comme une région cohérente. En premier lieu, il s’agit de zones d’accès difficile. Le Jari est en effet hérissé de grands sauts et de rapides, et l’Oyapock est aussi difficile à remonter. Les conquérants portugais ou français ont ainsi buté très longtemps sur ces obstacles, qu’ils n’ont jamais vraiment franchis. En second lieu, et ceci découle du premier élément, la région des Tumuc Humac au Brésil a longtemps été un “ pays indien” relativement peu touché par les dynamiques coloniales. Enfin, et cette constatation découle encore des deux premières, l’ensemble a été classé depuis 2002 parc national par le gouvernement fédéral brésilien, au vu à la fois de son environnement très riche, mais aussi de son vide démographique. Comment est-on passé d’un pays amérindien à une zone déserte et quelles sont les missions et les perspectives du parc “ Montagnes de Tumucumaque ” ? Telles sont les questions que nous aborderons dans cet article.

◄Les chutes du Désespoir

Cachoeira do Desespero est un saut, situé au cœur du Parc, emblématique du fleuve Jari. Photo Zig Koch. Une saison en

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DOSSIER CONSERVATION

ENTRE PRÉSERVATION DE LA NATURE & DÉVELOPPEMENT HUMAIN UN NOUVEAU MODÈLE EN CONSTRUCTION

Parc amazonien de Guyane

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I

l dispose pour cela de deux zones : la zone de cœur, qui possède une réglementation forte propre au parc et qui a des objectifs affichés de connaissance et de protection des patrimoines, et une zone d’adhésion, sur laquelle le droit commun s’applique et où le parc national a principalement vocation à soutenir les projets de développement local. Le Parc amazonien de Guyane a été créé en février 2007 après quinze années de concertation. Il est né de la volonté de l’État et de certains élus locaux de préserver un vaste espace de la forêt amazonienne. Le PAG, qui est implanté sur les territoires des communes de Camopi à l’Est, Papaïchton et Maripasoula à l’ouest et Saül et Saint-Elie dans le centre, fait figure d’ovni parmi les parcs nationaux français. En effet, il s’étend sur 3, 4 millions d’hectares de forêt tropicale, est très difficilement accessible et plus de 15 000 habitants y vivent. Ils appartiennent aux communautés amérindiennes Teko, Wayana, Apalaï et Wayampi, Noirs-marrons Aluku et Créoles, qui tirent pour la plupart leurs ressources des fleuves et de la forêt. Un contexte singulier qui n’a pas échappé à l’État qui a reconnu des droits particuliers aux communautés d’habitants dans le décret de création de cet immense espace protégé. En effet, contrairement aux non-résidents, la réglementation en zone de cœur de parc ne leur impose aucune contrainte en matière de circulation, de pêche, de chasse, d’agriculture itinérante sur brûlis, de construction de nouveaux villages ou encore de domestication d’animaux sauvages, dans la limite du droit commun. Des dispositions que les habitants ont âprement négociées avant la création du parc national. « C’était à l’époque une attente forte des personnes vivant dans le territoire concerné par le futur parc national, car les territoires utilisés pour la subsistance

peuvent parfois se superposer à l’actuelle zone de cœur, justifie Bérengère Blin, directrice par intérim du PAG. Aujourd’hui, leurs modes de vie traditionnels sont reconnus par l’arrêté de création du PAG. C’est un cas un peu unique au sein de la République ». Un parc national comme territoire vécu, conciliant développement durable et préservation de la biodiversité, loin de l’image de mise sous cloche qui colle parfois aux espaces protégés, c’est une réalité que défend Claude Suzanon, le président du conseil d’administration du PAG : « Ce sont les projets de création des parcs de la Guyane et de la Réunion qui ont poussé l’État à réviser la loi sur les parcs nationaux pour leur confier des missions de développement local. À partir de là, c’est à nous d’inventer un nouveau modèle qui redonne à l’homme une place centrale, tout en répondant aux enjeux de connaissance et de protection de la nature qui incombent aux parcs nationaux ». Ce projet est formalisé par la charte des territoires, signée par les communes concernées, le Parc amazonien de Guyane et l’État. Pour le parc national, l’élaboration de la charte est intervenue en même temps que sa mise en place. Cet exercice a permis de poser les bases de son action et de son mode de fonctionnement avec les communautés : «  pendant quatre ans, nous avons sillonné le territoire et tenu des réunions dans les villages avec les autorités coutumières, les habitants, les partenaires institutionnels et associatifs. », précise Gwladys Bernard, chargée de mission charte au PAG. Les débats et les nombreuses réunions ont fourni la matière pour élaborer la feuille de route à mettre en œuvre dans les années à venir. Dans ses grandes lignes, la charte propose des pistes d’actions en termes d’amélioration de la qualité de vie des habi-

◄ En haut : pirogue du Parc amazonien de Guyane franchissant Gaan Chton, dans les abattis Cottika (Maroni). En bas : sculpteur de Tembé à Papaïchton. Saül, haut lieu de la randonnée en Guyane. Photo G. Feuillet Une saison en

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SOCIÉTÉ

Comme les parcs nationaux de la Réunion et des Calanques, le Parc amazonien de Guyane (PAG) fait partie de cette nouvelle génération de parcs nationaux français, nés après la réforme de la loi qui les régit, en 2006. Désormais, un parc national doit répondre non seulement aux enjeux de conservation et de connaissance de la biodiversité et des patrimoines culturels, mais aussi à la question du développement durable local.


DOSSIER CONSERVATION

AUTOUR DE LA

QUESTION ?

CONSERVATION

L’angoisse de

la Guyane sous cloche ? ► On parle beaucoup du “ développement de la Guyane  ”, comment définissez-vous cette notion de développement en termes d’aménagement et d’économie ? Jocelyn Thérèse : le mot “ développement” est un paradigme qu’il faut changer. Ce mot vient d’un concept de domination, d’exploitation non durable, religieux et qui ne correspond pas à notre cosmovision. Nous ne sommes pas pour l’exploitation à outrance ni la spéculation. Par exemple, nous n’assimilons pas la seule fonction forestière du captage de carbone. Notre prise en compte est globale, nous assimilons la fonction écosystémique au travers de 24 fonctions y compris la partie spirituelle et culturelle. Voilà la différence avec ceux qui prônent, qui usent et abusent, du mot “ développement” en Guyane. La vision de développement de la classe politique locale vise plutôt la destruction des écosystèmes et l’appauvrissement de la population. Joël Pied : la notion de développement est intrinsèquement liée à la capacité des politiques publiques

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de satisfaire les besoins de la population dans l’instant présent et ses perspectives de développement. Il est fondamental que le développement soit endogène, et axé le plus possible sur la valeur de production. Aujourd’hui, force est de constater qu’une grande partie de la population tire ses ressources de la solidarité publique ce qui pose à termes des difficultés. La Guyane dispose de ressources non négligeables et pour nous (Walwari), il faut qu’elles soient mises à profit du développement économique. José Gaillou : ça dépend ce qu’on veut mettre derrière le mot “ développement ”. En fonction des projets que l’on a, on peut faire plus de l’écologie politique ou du politique-libéral. Par exemple, on voit que la politique régionale sur la réponse énergétique est un paradigme déplacé. Nous ne sommes pas dans une situation où l’on pense local, amazonien, ou sud-américain. Les politiques aujourd’hui en Guyane ne sont pas capables de construire des outils pour le développement du territoire. Stéphane Lambert : je traduis le concept de développement de la Guyane par l’économie, l’entreprise.


Un tiers du territoire guyanais est classé en aires protégées*, outils qui tendraient à conserver les écosystèmes. Ces périmètres et les activités anthropiques sont-ils voués à une difficile coexistence ? Entre les discours lancinants d’une nécessité d’un développement industriel et de marchandisation de la biodiversité ; et les cassandres de l’un des derniers sanctuaires tropicaux de la planète, la Guyane contemporaine peine à trouver un point d’équilibre.

* : réserves naturelles + cœur du Parc amazonien de Guyane

JOSÉ GAILLOU, conseiller régional Guyane Écologie, ancien

président du Parc naturel régional de la Guyane

STÉPHANE LAMBERT, président du Medef JOËL PIED, secrétaire général Walwari JOCELYN THÉRÈSE, président du

Conseil consultatif des peuples autochtones et bushinenge Je le vois aussi avec une vision orientée vers le développement durable, sur le long terme. Est-ce qu’on sera une Silicon Valley ? Un centre de recherches ? Tourné vers la mer, l’intérieur ? Le développement doit reposer sur nos atouts : la biodiversité au sens large.

► Pensez-vous que certaines décisions s’apparentent à une “ mise sous cloche” du territoire ? Stéphane Lambert : Oui. Et il y a plusieurs natures de mise sous cloche. Traditionnellement, on dit que les écologistes participent à cela : c’est vrai, un peu, mais on a principalement une mise sous cloche par rapport aux problématiques administratives imposées par l’État. Le Schéma d’aménagement régional qui va zoner la Guyane et interdire de faire certaines activités. Il y a aussi une mise sous cloche en cours dans le cadre du projet de loi Biodiversité qui, sous prétexte de créer de la connaissance sur les écosystèmes, risque de provoquer une paralysie du business. Jocelyn Thérèse : il y a des extrêmes. D’une part l’extrémisme du développement, des gens avides de spéculer, de rechercher de l’argent sur le marché et de l’autre le conservationnisme des ONG [Organisations non gouvernementales] qui ne sont pas nées ici, qui ne comprennent, ni ne respectent la vision et les droits des peuples nés ici. Elles apportent une vision de conservation qu’elles-mêmes ont créée. C’est donc une mise sous cloche. José Gaillou : c’est la pensée des Guyanais qui est mise sous cloche. Les Guyanais ne savent pas quel type de développement on veut, après est-ce que les

Guyanais sont capables de comprendre la richesse de leur territoire ? Puis, avec mise sous cloche on entend : “ on fige un territoire ”. C’est complètement faux. Lorsque je me suis battu pour la création du Parc national on s’est aussi battus pour faire changer la loi de 1960 qui représentait des Parcs nationaux uniquement comme des territoires de conservation et de préservation. On s’est battus pour que dans la loi nouvelle loi de 2006 ou 2007 on parle de charte, on parle de zones de libre adhésion et que l’on puisse comprendre que dans un territoire protégé, la valeur ajoutée c’est l’humain. Joël Pied : je n’utilise pas la notion de “ mise sous cloche” Je constate simplement qu’il y a beaucoup de dispositions en matière de protection environnementale, comme les zones protégées qui couvrent près de 70 % du territoire guyanais. Si ça n’est pas une mise sous cloche, ça risque à terme de poser problème, notamment en ce qui concerne l’industrie extractive. Je réfute cette notion, car la nécessité de protéger est permanente et d’ailleurs on n’a pas attendu de dispositions particulières en matière de protection environnementale. Nos parents ont très bien su le faire sans dispositifs législatifs ou réglementaires. Après c’est vrai que le contexte n’est plus le même (orpaillage clandestin, braconnage) et il y a nécessité à légiférer pour faire en sorte que la situation soit prise en compte.

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Les collections du Docteur Crevaux

Jules Crevaux, illustre explorateur avide de découvertes scientifiques est un personnage typique de l’esprit du XIXème siècle, souvent ambigu, prêt à tout pour enrichir ses collections.

E EXPÉDITIONS DE CREVAUX : Maroni-Jary (1876-1877) avec Apatou Oyapock-Parou (1878-1879) avec Apatou Iça-Japura (1879) avec Apatou Magdalena-Guaviare (1881-1882) avec Apatou Pilcomayo (1882)

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n cette deuxième moitié du XIXème siècle, l’immense forêt qui s’étend des contreforts des Andes au plateau des Guyanes est alors, croit-on à Paris, une des régions les moins fréquentées de la planète. Médecin de la Marine, Jules Crevaux (18471882), débarque en Guyane une première fois en 1869. De ce premier voyage et devant la méconnaissance de ce territoire par les institutions politiques, va naître son désir d’en explorer les ressources et de prendre contact avec ses habitants. En 1876, il est missionné par le Ministère de l’Instruction publique de monter une première exploration qui doit le conduire de la remontée du Maroni à l’Amazone. À la même époque, Paris, capitale d’un vaste empire colonial se dote d’institutions savantes pour assouvir cet esprit de conquête et ainsi“ accueillir ” le monde dans le faste de ses expositions universelles. Prosélytes à demi-ton de l’impérialisme et du discours sur l’inégalité des races, la Société de Géographie et celle d’Anthropologie verront le jour respectivement en 1821 et 1859. Dans ce contexte, le tout jeune Musée Ethnographique du Trocadéro est inauguré en 1878. Celui-ci aura pour missions de collecter et de conserver les documents en provenance


HISTOIRE

de ces lointains territoires. Homme de son temps, Crevaux prend conscience des enjeux dès son premier voyage pour doter ce musée des pièces originales qu’il pourrait rapporter. Héritière de la mythologie des premiers conquistadors, la Guyane est à la source de nombreuses légendes qui attira de nombreux aventuriers cupides et peu enclins à l’objectivité. Crevaux est plus pragmatique et part avec l’intention de tirer au clair ces histoires d’Eldorado et de dangereuses Amazones. Homme de science, il s’appuie sur ses relevés topographiques pour documenter les zones laissées vierges sur les cartes de ses prédécesseurs. Et, plutôt que d’illusoires pépites, il rapportera de ses expéditions quantité d’objets bien réels qui éclaireront les visiteurs du Trocadéro sur la façon de vivre peu commune des individus qu’il a rencontrés. Et des récits, magnifiquement illustrés, qui édifieront les lecteurs de la célèbre revue “ le Tour du monde ”. À la fin du XIXème siècle, les frontières de la Guyane sont encore floues et Crevaux part découvrir l’intérieur d’un territoire qui s’étend du Maroni à l’Amazone - la zone des Tumuc Humac en étant le cœur inaccessible. Cette géographie aujourd’hui oubliée est à l’origine du choix de ses expéditions. Le contexte politique franco-néerlandais lui permet alors de remonter le fleuve Maroni jusqu’à alors coupé à la navigation par les Noirs-marrons Ndjuka. Il va s’intéresser aux cultures maronnes et amérindiennes du Maroni et des fleuves du bassin de l’Amazone. Pour l’aider dans cette longue déambulation, à laquelle il consacre sa vie, il fait la rencontre d’un homme à la hauteur des défis à relever. C’est Apatou, sans qui, pas une seule des explorations n’aurait pû aboutir. Car, si Crevaux dresse les cartes et donne la direction de l’inconnu, Apatou est celui qui permet à ce rêve de prendre forme.

10 000 kilomètres à travers l’Amérique du Sud

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DOSSIER BAGNE

Francis Lagrange

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Escroc et filou mais aussi artiste et conteur... Le bagnard Francis Lagrange fut tout cela. Difficile aujourd’hui de s’y retrouver, d’autant qu’il fut aussi doué pour falsifier les billets de banque que l’histoire de sa vie.

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BIO

La vie falsifiée

E

n 1948, Émile Blanc fait la rencontre de Francis Lagrange à Saint-Laurent-du-Maroni. Pour briller devant le nouveau responsable de l’aéroport de Rochambeau (voir USG n°11), ce beau parleur lui raconte qu’il s’est engagé dans l’armée de l’air durant la Première Guerre mondiale et qu’il a connu l’aviateur Guynemer. Cette “  histoire  ” suscite alors la curiosité d’Émile Blanc, qui bien des années plus tard découvrira la vérité. Une histoire d’aviation ? Oui, mais pas aussi glorieuse que souhaitait le faire croire Lagrange. L’AVIATEUR

Francis Lagrange est né le 29 mars 1900 à Lille. Sa famille paternelle est originaire de l’Isère, précisément de la commune des Eparres où son père, Alphonse, vient au monde en 1859. En 1901, Alphonse Lagrange est installé comme artisan ébéniste et antiquaire. Il possède une boutique rue du Palais de justice à Lille. Ce n’est pas son premier métier, Alphonse a exercé auparavant la profession de tisseur dans sa région natale, il a été aussi verrier à Bruxelles et enfin ébéniste à Lille. Il n’a donc jamais été conservateur de musée comme le dit la légende… Marié une première fois à Bruxelles, il se remarie avec Joséphine Lepage, qui décède en 1898. Deux années plus tard, c’est avec la sœur de Joséphine, Eugénie (née à Quimperlé) qu’il a un enfant hors mariage, Francis. Comme son père (dont le père était galocher), l’enfant a probablement grandi dans un atelier où l’on travaillait le bois. Francis n’aura cependant pas l’occasion d’apprendre le métier auprès de son père, qui décède avant ses 10 ans, le 19 décembre 1909. Quelques jours avant sa mort, Alphonse Lagrange fait rédiger un testament auprès

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Quatre ans

CHEZ LES FORÇATS L

e médecin militaire Léon Collin (1880-1970) exerce aux bagnes de Guyane et de Nouvelle-Calédonie au début du XXe siècle. Ces photographies prises entre 1906 et 1910, sur le transport La Loire et dans différents pénitenciers guyanais, seront prochainement présentées au Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine de Saint-Laurent-du-Maroni.

▲ Escale à Alger. Les condamnés arabes avant leur embarquement sur La Loire. Parmi les quelque 70 000 condamnés envoyés en Guyane entre 1852 et 1938, plusieurs milliers étaient originaires de l’Empire colonial français (Algérie, Madagascar, La Réunion...). Au premier plan, des condamnés de la catégorie des “ transportés ” portant une tenue plus claire et des bonnets. Derrière, des relégués, portant un costume gris et des chapeaux de feutre mou. Une saison en

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DOSSIER BAGNE

PORTFOLIO par Léon Collin Le fond de photographies numériques acquis par la Mairie de Saint-Laurent-du-Maroni viendra enrichir le projet du Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP), et son exposition permanente sur le bagne. En effet, ces photographies prises entre 1906 en 1910 par le médecin Léon Collin à bord de La Loire, bateau qui convoyait les forçats de Saint-Martin-de-Ré à Saint-Laurent-du-Maroni, permettent d’appréhender au plus près la vie quotidienne des bagnards durant la traversée. Ce fond sera présenté au public dès l’ouverture du CIAP en fin d’année 2014.

L’ouver ture du CIAP représente un des aboutissements de la politique patrimoniale menée dans le cadre du Label Ville d’Ar t et d’Histoire. Il s’agit du premier établissement culturel de ce type en outre-mer, et le 30ème sur le territoire national. Il occupe plusieurs cases du camp dans lesquelles seront déclinées deux expositions permanentes, l’une sur l’histoire du bagne, l’autre sur l’urbanisme et l’architecture de la ville de sa création à nos jours. C’est aussi un espace dédié au public scolaire, aux ar tistes en résidence, et enfin, un centre de documentation .

▲ Navire La Loire, vers 1910. Ce navire, construit à Rouen spécialement pour le transport des condamnés, est mis en service en 1902. Il effectuait deux voyages par an vers la Guyane. Réquisitionnée pendant la Première Guerre mondiale, La Loire est torpillée en 1918 en Méditerranée. Une saison en

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DOSSIER BAGNE

Saigon- Cayenne : les derniers déportés politiques de la Guyane

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U

17 mai 1931 : le Tout-Paris accourt au bois de Vincennes admirer les pavillons de l’exposition coloniale. Au même moment, en mer de Chine méridionale, le vapeur français La Martinière quitte le pénitencier de Poulo-Condor dans le plus grand secret. Dans ses cales : 538 “ indigènes ” de 18 à 40 ans envoyés en Guyane.

ne centaine d’entre eux a écopé des travaux forcés à perpétuité pour “  complot contre l’État  ” : quelques intellectuels suspectés de sympathies communistes y côtoient plus de 80 soldats et civils impliqués dans la rébellion de Yen-Bay survenue dans la nuit du 10 février 1930. Lors de cette mutinerie, initiée par le parti nationaliste et anti-impérialiste Vietnam Nam Quoc Dan Dang (VNQDD), une division de tirailleurs indigènes, épaulée par une soixantaine d’activistes, s’est emparée des armes de la garnison et a assassiné cinq officiers et sous-officiers français. Dans l’Indochine ensanglantée par une répression sans précédent contre les révolutionnaires, le ministère des Colonies entend expédier ces “ encombrants ” selon la terminologie en vigueur - à l’autre extrémité de l’Empire. Là-bas, justement, dans le tout nouveau territoire de l’Inini, l’immense hinterland guyanais, où l’on a cruellement besoin de défricheurs. Les rizières de la Guyane hollandaise, entretenues depuis un demi-siècle par la “main d’œuvre asiatique”, font depuis longtemps l’envie des administrateurs français. Il suffit donc de réimplanter en Guyane la “ mauvaise graine ” d’Indochine. La question du coût, toutefois, a passablement enflammé les esprits : les deux colonies se sont longuement disputées pour savoir laquelle des deux devait assumer les dépenses de l’opération. Au grand dam des bureaux d’Extrême-Orient, l’Indochine est finalement la seule à devoir s’acquitter de la facture. En pleine campagne contre le bagne, initiée huit ans plus tôt par Albert Londres, la France de Pierre Laval, alors président du Conseil, affrète ce convoi très particulier au prix de multiples dissimulations. Trois mois auparavant, en février 1931, le ministre des Colonies, Paul Reynaud, a

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HISTOIRE

◄ Bagne de Crique-Anguille,

Montsinery. Cl. P.-O. Jay, 2014.


CROTALES

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FAUNE

Le don de double vue

Les grages sont des serpents redoutés en Guyane pour leurs venins. Mais ces crotales ont surtout développé des capacités sensorielles exceptionnelles.

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h30. L’obscurité gagne rapidement le sous-bois de la montagne de Kaw. En quelques minutes, la forêt se retrouve plongée dans la pénombre et notre groupe se maudit d’avoir opté pour une promenade tardive. Évidemment, nous n’avons pas prévu les lampes frontales et nous parcourons les dernières centaines de mètres à tâtons, sous les quelques rayons d’une lune timide. Difficile de savoir où l’on met les pieds : la clarté de la lune se reflète à peine sur les feuilles du sous-bois qui, fantomatiques, balisent vaguement le layon… Au ras du sol, c’est la pé- ◄ Bothriopsis bilineata. Vipéridé arboricole. Serpent venimeux nombre totale. Un serpent solénoglyphe, plutôt nocturne. Le venin est hémotoxique, mais la massif, au corps rugueux, taille assez petite de ce serpent, par rapport à un Bothrops atrox d’environ deux mètres de par exemple, fait que les morsures sont généralement moins graves, long, se déplace très lente- relativement à la quantité de venin inoculé. Réserve naturelle Trésor. Photo Thierry Montford ment dans la litière. Il perçoit soudain des vibraDans la famille des Vipères, le groupe des tions ténues sur le sol. Des animaux de grandes Crotales (que les scientifiques regroupent dans tailles se rapprochent et la sagesse impose un la sous-famille des Crotalinae), se retrouve unirepli. Le Maître de la brousse ou Bushmaster, quement en Asie et en Amérique du Sud. En comme le surnomment les Anglo-saxons, se Guyane, outre le redouté Crotale des savanes love très doucement le long d’un tronc mort (Crotalus duriset dirige son regard vers le danger. Replié sur sus) et le Maître de lui-même, tel un lourd cordage, la tête légère- la brousse (ou grage ment dressée au centre des anneaux, il ressent grand carreaux, à présent pleinement les vibrations du sol pro- Lachesis muta), voquées par notre arrivée. Malgré l’obscuri- on rencontre surté, il perçoit également très distinctement les tout trois espèces hautes formes qui s’avancent. Car le Maître de du genre Bothrops localement connues sous le la brousse, au même titre que son cousin des nom de grages. Le Bothrops atrox, ou grage savanes, le Crotale, possède le don de double petits carreaux, est celui que l’on rencontre le vue. Il est doté d’un organe qui lui permet, en plus fréquemment. Une quatrième espèce a été absence de lumière, de visualiser en trois di- également observée dans l’extrême sud de la mensions d’infimes variations de chaleur : les Guyane, mais elle semble particulièrement rare fossettes sensorielles. et localisée.

▲ Bothrops brazilii. Grage petits carreaux. Photo Maël Dewynter.

Un organe pour visualiser en trois dimensions d’infimes variations de chaleur

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L’ INDIS P EN SA BLE

voyage des plantes

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ÉCOLOGIE

▼Un toucanet koulik (Selenidera piperivora) se nourrit des fruits d’un bagasse (Bagassa guianensis). Photo T. Deville


L A VI E EN FACE A l’image de Villa Brasil ou Ilha Bela sur l’Oyapock, les “ villages frontière ”, véritables bases arrière des orpailleurs clandestins, ne cessent de fleurir sur la rive surinamaise du Haut-Maroni. Reportage en face de Maripa-Soula, à Antonio do Brinco. Où chaque semaine ou presque, un nouveau commerce voit le jour...

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◄ Entre Maripa-Soula & Antonio do Brinco (ou New

Albina), il n’y a qu’un pas. À franchir en pirogue. Une saison en

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SOCIÉTÉ

U

n dimanche comme un autre sur le Haut-Maroni. Il est onze heures, le soleil tape sournoisement à travers la fine couche de nuages suspendue ce matin-là au-dessus de Maripa-Soula. La plus grande commune de France est plongée dans sa torpeur habituelle, bercée par les chants des églises Évangéliste qui se mêlent aux solos haut perchés de quelques coqs complètement détraqués. Au bord du débarcadère, les piroguiers sont là, fidèles au poste, à moitié endormis sous leur parapluie reconverti en parasol. Parmi eux, une poignée de piroguiers... chinois  ! L’image est assez surprenante. Ils sont pourtant bel et bien propriétaires de ces embarcations maladroitement décorées avec de la mauvaise calligraphie chinoise. Proposent-ils des trips touristiques pour partir à la découverte des monts TumucHumac ? Pas vraiment, non. Tous ces “ boatmen  ” qui attendent le chaland effectuent uniquement la traversée du Maroni, pour accoster juste en face. L’un d’eux nous hèle dans un “ taki ” approximatif : « Hey man, you wani taxi ? ». La course est gratos. À condition bien sûr, qu’on aille faire ses courses dans sa boutique. En trente secondes, on a rejoint l’autre côté de la berge. Nous voilà donc au Suriname. Plusieurs dizaines de baraques en bois aux couleurs chatoyantes et construites sur pilotis bordent la rive. Bienvenue à Antonio do Brinco. Ou, c’est selon, Albina 2, ou encore New Albina, comme disent les Maripasouliens. Une référence évidente à Albina, la vraie, située 250  km plus au


Au royaume des arbres règne ...

LE PALMIER Sans palmiers, que serait vraiment l’Amazonie ? Omniprésents dans le sous-bois comme en canopée, influents sur les autres plantes, indispensables à la faune comme aux hommes, leur importance est impondérable… mais considérable.

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◄Les zagrinettes (Bactris major), ici sur une plage de Rémire-Montjoly, forment des colonies le long des estuaires amazoniens et guyanais.

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BIODIVERSITÉ

C

ette année, des scientifiques de Guyane et de toute l’Amazonie ont tenté de savoir combien d’arbres poussent dans la plus grande forêt tropicale du monde... 390 milliards, ont-ils estimé. Mais, surprise, parmi ces arbres, le plus commun n’en est pas vraiment un : c’est un palmier, tout comme cinq des dix espèces arborescentes les plus abondantes en Amazonie… Cette abondance n’est pas un hasard : les palmiers sont l’une des familles apparues le plus tôt au sein des première forêts tropicales modernes. Ils partagent avec ces dernières plus de 100 millions d’années d’histoire évolutive. Ils forment aujourd’hui une des familles végétales les mieux adaptées à ces forêts dont ils ont colonisé toutes les strates. Ce succès des palmiers au royaume des arbres est d’ailleurs singulier tant leur stratégie de développement est différente. Les arbres investissent dans leur bois, les palmiers dans leurs feuilles. Celles-ci sont emblématiques de cette famille : elles sont souvent complexes et gigantesques. Elles peuvent durer plusieurs années et une fois mortes, mettent très longtemps à se décomposer. Cette durabilité est le fruit d’une patiente fabrication. Il faut d’ailleurs plusieurs mois, parfois plus d’un an, avant qu’un grand palmier ne produise une nouvelle feuille. Avis aux sabreurs de tous poils qui ouvrent leurs layons en forêt ! Ces feuilles cependant prennent des formes très différentes suivant la strate qu’occupe chaque espèce de palmiers. Dans la pénombre du sous-bois, les plantes luttent pour un peu de lumière. Pour mieux capter celle-ci, les way, de petits palmiers, fabriquent des feuilles au limbe souvent horizontal et non divisé (dit entier). Le peu d’énergie du soleil disponible n’incitant pas à la gaspiller, beau-


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Une saison en Guyane est un magazine sur la Guyane, et toutes les Guyanes depuis l'Amazone jusqu'à l'Orénoque. Biodiversité, conservation, c...

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Une saison en Guyane est un magazine sur la Guyane, et toutes les Guyanes depuis l'Amazone jusqu'à l'Orénoque. Biodiversité, conservation, c...

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