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Sommaire

n °3 - juillet 2009

DOSSIER

BRÉSIL

ALUKU

C A RT E : la forê t guyanaise à la loup e LES BRUITS DE LA FORÊT L E B E S T I A I R E : I ls ont leur é tat d ’âme… A U X S O U R C E S D E L ’ H I S TO I R E L E J O U R N A L D E S G U YA N E S sur le l aY o n les pr ipr is de Y iyi, un site R A MS AR ent re Sinnamar y e t Iracoub o 2 2 v o Ya G e sur la route de Marajo : l’île Amazone 3 3 h i s to i r e la République de Counani : l’ homme qui voulait ê t re roi 40 évÈnement le for um social mondial de B elém 4 6 fau n e tor t ues mar ines : à la conquê te de l’Est 5 4 P o r t f o l i o P h o t o : te xt ures nat urelles 5 6 at e l i e r P h o t o : la photo ké’ne t te 6 3 s c i e n c e : la forê t guyana ise e t le c ycle du carb one 6 8 e t u d e : la vie aér ienne d ’un arbre du lit toral, l’Er y thr ine 7 6 P o r t f o l i o P h o t o : v ue de l’esp ace a vec SPOT 5 78 Biodiversité : les ab at t is* Cot t ica 8 6 c u lt u r e : la cult ure Aluku 9 2 a rt : l’ar t Temb e b usinenge 9 6 r a n d o n n é e : randonnée sur le Mont C hauve 9 8 e n t r e t i e n : Pap a Taki 100 livres 1 0 2 l e X i q u e : re t rouvez ici la dé f init ion des mots suivis d ’un astér isque* dan s l e t e x t e . DOSSIER

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Les pripris de Yiyi photo de G. Quenette

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ViSUALiSATiON

la carte À thÈme Une pierre d’angle de la gestion durable des forêts : l’aménagement forestier

d Carte de l’aménagement forestier

Suriname

Maro ni

St Laurent du Maroni

ans le cadre de la mise en œuvre d’une gestion durable des forêts publiques, l’O.N.F, établissement public gestionnaire, élabore pour chaque forêt des plans de gestion dits plans d’aménagement pour une durée de 20 à 30 ans. Ces plans d’aménagement sont fondés sur la connaissance la plus récente du milieu naturel (analyse d’images satellites, inventaires tactiques, diagnostics de terrain, inventaires naturalistes, inventaires dendrométriques* en plein) et sur la connaissance des besoins socio-économiques exprimés localement au travers d’une concertation avec les utilisateurs de la forêt. L’analyse de ces éléments permet d’aboutir à la définition d’objectifs prioritaires spatialisés au sein de chaque forêt (ces espaces d’objectif sont dénommés “séries”). Les objectifs envisageables couvrent toutes les missions de la forêt : conservation stricte des milieux (séries d’intérêt

Kourou b

écologique sans intervention humaine), protection physique des milieux (séries de protection), production durable de bois d’œuvre, d’industrie ou d’énergie dans le respect de la protection générale des milieux (séries de production), accueil du public (séries d’accueil), usage des populations tirant partiellement leur survie de la forêt (séries d’usage). La programmation des actions, essentiellement sur les séries de production (inventaires préexploitation, ouverture de pistes, ouverture à l’exploitation forestière), est présentée annuellement pour l’ensemble des forêts dans un Plan régional de Mise en Valeur Forestier quinquennal glissant. Cette globalisation permet de faire le lien entre les objectifs des aménagements sur le moyen terme et les besoins évolutifs de la Guyane sur le court terme dans le respect de la gestion durable des forêts. La mise en œuvre de ces actions se fait à l’échelle d’unités de gestion d’environ 300 ha dites “parcelles forestières”. A la fois document de programmation et d’action, l’aménagement forestier intervient donc à plusieurs échelles de perception, contribuant tant à l’aménagement du territoire qu’à la conservation ou la valorisation du patrimoine forestier au travers des habitats et espèces qu’il renferme.

d Rv.

rouague

Cayenne

P-J. Morel - Office National des Forêts Cartographie : O.N.F & Atelier Aymara

pock

Régina

St Georges d'Oyapock

Brésil

Maripasoula

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Une forêt à multiples facettes

Carte réalisée à partir des travaux de : Gond, V., Bernard, J., Brognoli, C., Brunaux, O., Coppel, A., demenois, J., Engel, J., Galarraga, d., Gaucher, P., Guitet, S., ingrassia, F., Lelièvre, M., Linares, S., Lokonadinpoulle, F., Nasi, r., Pekel, J-F., Sabatier, d., Thierron, V., de Thoisy, B., Trébuchon, J-F., et Verger, G., Analyse multi-échelles de la caractérisation des écosystèmes forestiers guyanais et des impacts humains à partir de la télédétection spatiale, Karthala éditions, Sous presse.

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Les Bruits de

la forêt AGRONOMIE

Du café en Guyane ?

Une collection internationale d’espèces sauvages et cultivées de caféiers est gérée par le C.I.R.A.D Guyane. Plus de 60 accessions de caféiers Robusta, un échantillonnage significatif de variétés cultivées et de génotypes* sauvages de caféier Arabica, une représentation d’une dizaine d’espèces de caféiers spontanés et quelques hybrides interspécifiques issus des programmes de recherche sont implantés. Cette biodiversité est utilisée dans les projets de génétique et de génomique en partenariat avec des équipes brésiliennes. A partir de l’hybridation du Robusta, bien adaptée aux conditions de basse altitude mais qui donne un café amer et riche en caféine, et de l’Arabica, qui donne un café de meilleure qualité mais dont la culture est impossible en Guyane, le caféier Arabusta a vu le jour. Le café produit par cet hybride, dont la culture serait possible en Guyane, est de qualité correcte et fait l’objet d’une attention particulière par les chercheurs du C.I.R.A.D. Il pourrait un jour être valorisé sur le territoire dans le cadre de petites parcelles d’agriculture familiale. T. Leroy - C.I.R.A.D Guyane Photo : C.I.R.A.D Guyane

POLLUTION

Où se cache le mercure?

MILIEU

Savane en péril

Si je vous dis : “Quel habitat remarquable, original et rare, réparti le long du littoral et ne couvrant que 0,3 % du territoire est en danger de disparition ?” Si je rajoute que celui-ci constitue une zone de transition frappante entre la façade atlantique au nord et le massif forestier au sud et interpelle par son faciès qui attire de nombreuses espèces végétales et animales que l’on ne trouve que là ? Sans hésiter, vous me direz : les savanes sèches ! Bravo ! Alors profitez-en vite, car il se pourrait bien que celles-ci disparaissent à très courte échéance. Les savanes, par nature sans arbre, sont en effet des sites de choix pour implanter des projets qui ne manqueront pas de faire disparaître ces sols si fragiles : lotissements, pâturages intensifs, certains même rêvent de canne mais uniquement à très (très) grande échelle… Toutefois, une question devra nécessairement se poser face à ce notable conflit d’intérêt : comment concilier sa sauvegarde et sa mise en valeur, permettre des activités économiques et s’assurer de son maintien ? C’est par l’intermédiaire de ces questions que le GEPOG entend saisir l’occasion d’ouvrir un débat que nous souhaitons, à l’image des savanes... original ! N. de Pracontal – GEPOG. Photo © Tanguy Deville - ECOBIOS Une saison en

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En 1994, l’Institut de Veille Sanitaire révélait une contamination au mercure des populations amérindiennes du haut Maroni. Dès lors, la question de l’origine de ce mercure s’est imposée comme préalable à toute action des pouvoirs publics. Entre 2005 et 2007, dans le cadre du programme de recherche intitulé “Répartition régionale du mercure dans les sédiments et poissons de six fleuves de Guyane”, des agents du B.R.G.M et du CNRS ont parcouru près de 6 000 km de cours d’eau et prélevé 1 200 échantillons de sédiments vaseux et plus de 970 poissons le long des fleuves et criques des principaux bassins versants* du territoire. L’objectif de cette étude, financée par le Conseil Régional de Guyane, l’Europe (fond FEDER), la D.I.R.E.N, le B.R.G.M et le C.N.R.S, était d’acquérir une information pertinente sur les concentrations en mercure des sédiments et dans les poissons de fin de chaîne trophique. Ces prélèvements ont eu lieu sur un maximum de sites représentatifs du réseau hydrographique de Guyane, notamment les cours d’eau concernés par les activités d’orpaillage et les sites en amont de ceux-ci. Désormais, l’ensemble des acteurs et décideurs du domaine de la santé ou de l’environnement dispose d’une carte de répartition des concentrations en mercure à l’échelle du territoire guyanais. Le rapport issu de cette étude est disponible sur le site internet http://www.brgm.fr à la rubrique “publications ”. M. Parizot - B.R.G.M Guyane


ECOLOGIE

Architecture de l’arbre

La forêt guyanaise est un ensemble dont la complexité tient dans la diversité de ses composants majeurs, les arbres. Au rythme de leur naissance et de leur mort, de leur synergie, de la nature des sols, mais aussi d’événements extérieurs plus dramatiques comme des sécheresses ou des coups de vent, elle se modifie localement pour se régénérer ensuite, prenant alors l’aspect d’une mosaïque forestière faite de “pièces” de forêt parvenues à des stades différents. Inventée en Guyane autour des années 1970 par des botanistes épris des plantes tropicales et des structures forestières, l’Architecture des Plantes permet d’interpréter leurs formes multiples. Par une approche considérant la plante depuis le fonctionnement de ses bourgeons jusqu’à son organisation globale, cet outil renseigne sur les stratégies d’édification spécifiques des arbres, sur leur histoire individuelle, parfois sur leur âge chronologique, et bien entendu sur leur âge “physiologique” L’architecture des arbres est utilisée lors de l’étude de la structure et de la dynamique des forêts guyanaises (“maturité structurale”). E. Nicolini – CIRAD Guyane Illustration : E. Nicolini

ECOLOGIE

A la recherche des origines de la forêt guyanaise

Les forêts ont-elles toujours été identiquement composées ? Comment ont-elles été affectées par les grands changements climatiques du passé ? Quel a été l’impact de l’homme sur elles ? Les chercheurs du laboratoire de génétique écologique de l’UMR ECOFOG de Kourou, géré par l’INRA, ont découvert que certaines espèces, le copaïa (Jacaranda copaia), les carapas (Carapa procera et guianensis) et le yayamadou (Virola michelii), peuvent jouer le rôle de “marqueur” des changements de la forêt. Ces “pionnières”, une fois qu’elles ont occupé un secteur de la forêt, y restent longtemps. La caractérisation des séquences d’ADN a montré que les peuplements des arbres forestiers de Guyane sont généralement “en expansion” : le nombre d’arbres présents sur le territoire a augmenté il y a entre 1000 et 10000 ans. Reste à définir la date exacte de cette expansion et l’origine des populations qui ont “envahi” la Guyane. L’arrivée des graines depuis le bassin amazonien et la présence d’un “refuge” (sorte de “sanctuaire de la diversité génétique”) quelque part dans le Sud de la Guyane sont les hypothèses les plus probables. I.Scotti – UMR Ecofog Photo : UMR Ecofog

SOIN

Soigner et réintroduire les oiseaux dans leur milieu naturel

Membre de l’Union Française des Centres de Sauvegarde (UFCS), le Centre de Réhabilitation des Oiseaux d’Amazonie (CROA) de Saint-Laurent-du-Maroni accueille des oiseaux essentiellement issus du commerce illégal. Ils sont amenés par les agents des Douanes, de la gendarmerie ou de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) après saisie aux trafiquants. Les perroquets, principales victimes de ce trafic, arrivent avec les ailes coupées. Ils sont donc gardés au centre jusqu’à ce que les plumes repoussent. Cependant, une technique issue de la fauconnerie, l’enture, qui consiste à poser des plumes sur l’aile mutilée de l’oiseau sans attendre qu’elles muent, permet de diminuer le temps de rétention dans les volières et d’améliorer la qualité de la réintroduction en milieu naturel. Les autres pensionnaires sont des oiseaux heurtés par une voiture ou blessés par fusil, et dont il faut soigner les plaies ou les fractures. Si vous trouvez un oiseau blessé, mettez-le dans un carton troué afin qu’il puisse respirer et contactez rapidement le CROA au 06 94 91 60 56. M. Guerin-Bouhaben - Photo : M. Guerin-Bouhaben Contact : CROA – BP 64 – 97393 Saint-Laurent-du-Maroni croa.guyane@laposte.net Une saison en

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Les Bruits de

la forêt CHAGAS

Nouvelle espèce de réduve (Heteroptera, Reduviidae- Triatominae)

Au cours d’une expédition organisée par l’association Alabama, dans la région de la borne 1 qui délimite la frontière entre le Brésil et la Guyane, un membre de l’association Guyanamento a récolté une espèce nouvelle de réduve, décrite depuis sous le nom de Panstrongylus mitarakaensis (Bérenger & Blanchet 2007). Cette découverte est importante car les Triatominae peuvent transmettre par leurs déjections un protozoaire* flagellé* – Trypanosoma cruzi, responsable de la maladie de Chagas. Cette maladie très grave est la première parasitose en Amérique du Sud : présente dans 21 pays, elle affecte aujourd’hui près de 20 millions de personnes et en tue environ 50 000 par an. La lutte contre ce fléau nécessitant une bonne connaissance des vecteurs, cela explique pourquoi ces insectes sont très étudiés sur ce continent. L’analyse du contenu intestinal de ce nouvel insecte, effectuée par l’UFR de médecine de Cayenne, a révélé la présence de nombreux Trypanosomes et l’étude moléculaire a déterminé qu’il s’agissait bien de Trypanosoma cruzi. Cette nouvelle espèce porte à 12 le nombre de Triatominae dont la présence est avérée en Guyane française. J-M. Bérenger, guyanentomo.973@orange.fr ETUDE

Dissémination des graines

Quel est l’impact de la chasse sur les relations plantes-animaux et la dynamique des écosystèmes forestiers guyanais ? En février 2009, deux chercheurs et une étudiante du Département d’Ecologie et Gestion de la Biodiversité du Muséum National d’Histoire Naturelle ont tenté de mettre au point une méthode d’évaluation rapide (“rapid assessment”) des effets de cette pratique. Ils ont mesuré les conséquences de l’absence des frugivores pour la dissémination des graines de deux espèces d’arbres (les yayamadous Virola kwatae et V. michellii, Myristicaceae, famille de la noix de muscade, qui sont naturellement dispersées par le singe araignée et les toucans) au sein de trois forêts guyanaises (Réserve des Nouragues, Réserve Trésor et Réserve du Grand Matoury, illustrant un gradient de pression humaine respectivement nul, faible et fort). La principale hypothèse de travail est qu’une modification des peuplements d’animaux (réduction des espèces de gibiers spécialistes et dominance d’un petit nombre d’espèces ubiquistes* au détriment de nombreuses espèces forestières) induit une altération des processus de dissémination et de régénération naturelle des arbres. A terme, d’autres études viseront des essences commerciales. P.-M. Forget Photo : P.-M. Forget CONSERVATION

Réserve Naturelle Régionale

Le 21 avril 2009, le Conseil Régional de Guyane réuni en assemblée plénière, a adopté une délibération portant création de la Réserve Naturelle Régionale Trésor. Il s’engage ainsi pour la première fois dans l’utilisation de ce nouvel outil décentralisé de gestion du patrimoine naturel guyanais, tout en officialisant une transition statutaire depuis le mode “réserve volontaire”, aujourd’hui disparu. La Réserve Naturelle de Trésor occupe une place originale parmi les espaces protégés de Guyane. Couvrant quelques 2 464 ha de forêts et de savanes sur le flanc sud de la Montagne de Kaw, elle conforte régulièrement, depuis sa création en 1997, sa haute valeur patrimoniale (avec par exemple plus de 1 200 espèces végétales), et met un point d’honneur à développer ses capacités d’accueil du public (maison de la réserve, encadrement de groupes scolaires ou autres, sentier botanique agrémenté de totems pédagogiques, etc.) et d’intégration locale. Depuis sa création, son fonctionnement est en grande partie assuré par des fonds privés ou institutionnels collectés aux Pays-Bas par la Fondation Trésor, et par un appui marqué du WWF (Pays-Bas et France). O. Tostain Photo : O. Tostain Une saison en

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CIEL

Nuit des Etoiles en Guyane

A l’occasion du 400ème anniversaire de la première utilisation de la lunette astronomique par Galilée, 2009 a été déclarée “Année Mondiale de l’Astronomie” par l’Union Astronomique Internationale et l’UNESCO. Toute la Guyane est conviée à participer à la Nuit des Étoiles qui se déroulera au mois d’octobre avec des professionnels de l’astronomie. Mais au fait, que peut-on voir dans le ciel guyanais ? La faible pollution lumineuse dont bénéficie la Guyane et sa position privilégiée près de l’équateur permettent d’observer à l’œil nu, tout au long de l’année, pas moins de 2 000 étoiles et de reconnaître les constellations. Certaines planètes, telles que Mars, Vénus ou Jupiter, souvent confondues avec des étoiles, sont aussi visibles. II ne faudra pas non plus oublier de regarder les “étoiles filantes”, notre galaxie la Voie Lactée ou la Lune dans ses différentes phases, ainsi que les cratères présents à sa surface. Pour en savoir plus : http://webtice.ac-guyane.fr/ama2009guyane/ E. Jantet - Photo : ESA – CNES – ARIANESPACE Optique Vidéo CSG CHARANÇON Cholus pantherinus Cristofori & Jan, 1832 Ce coléoptère ponctué de taches fait partie de la plus importante famille de coléoptères au monde : les charançons. En Guyane, près de 900 espèces sont décrites mais il en reste probablement plusieurs milliers à découvrir dans cette famille très diversifiée. S. Brûlé et J. Touroult - Société Entomologique Antilles-Guyane Photo S. Brûlé ESPACE

Herschel et Planck aux origines de l’Univers

Le 14 mai 2009, dans le cadre d’un programme scientifique de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) auquel la France participe, Ariane 5 a envoyé à plus de 1,5 million de kilomètres de la Terre deux satellites. Planck, grâce à un télescope et 2 instruments permettant de cartographier le ciel, observera le rayonnement lumineux dit “fossile”, émis quand l’Univers n’avait que 400 000 ans. Le modèle du Big Bang suppose que l’Univers à son origine, il y a 13,7 milliards d’années, était dans un état extrêmement dense et chaud. Reste maintenant à savoir pourquoi durant la très courte période dite “d’inflation”, toutes les distances furent multipliées par un facteur astronomique. Quant à Herschel, à l’aide notamment de caméras et du plus grand télescope jamais construit dans l’histoire de l’astronomie, il observera la naissance des étoiles à travers les nuages de poussière et tentera de percer le secret de la formation des galaxies, qui se sont construites lorsque s’allumèrent les premières étoiles, entre quelques centaines de millions d’années et quelques millions d’années après le Big Bang. E.Jantet. Photo : ESA – CNES – ARIANESPACE Optique Vidéo CSG .

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PEDAGOGIE

Mayouri dilo

CASSIDE Casside Coptocycla undecimpunctata (Fabricius, 1781) Ce groupe de coléoptères phytophages compte actuellement 145 espèces en Guyane dont certaines arborent de leur vivant de splendides couleurs métallisées. S. Brûlé et J. Touroult - Société Entomologique Antilles-Guyane Photo : S. Brûlé

Avis à toute personne encadrant un groupe ! La SEPANGUY et ses partenaires ouvrent aux milieux scolaires publics et privés de tous niveaux, aux centres de loisirs et autres groupes étudiants et hors scolaires “le mayouri dilo”, pour faire découvrir l’importance de l’eau en Guyane à travers son patrimoine culturel. Les groupes participants auront toute l’année scolaire pour élaborer leur projet sur le thème “Eau et patrimoine culturel”. Les projets présentés seront valorisés et récompensés en mai 2010. Inscriptions avant le 15 novembre 2009 Renseignements 05 94 29 04 26 sepanguy.myriam@orange.fr Texte : M.Brand – SEPANGUY Illustration : A-C. Boutard

TEUF

ECO-FESTIVAL

L’association Portnawak’ Production prépare une nouvelle édition de l’écofestival Koérens pour le dernier trimestre 2009. L’édition 2008, parrainée par Chris Combette, avait réuni des artisans, des associations, des conteurs, des marionnettistes et une trentaine de musiciens. Tous étaient unis par l’envie de montrer aux festivaliers présents qu’il est possible d’allier fête et protection de l’environnement. Pour plus d’infos, RDV sur le site de Nawaks’ : www.nawak.ws portnawakproduk@gmail.com

OCEAN

Le Grenelle de la mer Annoncé en février par Jean-Louis Borloo, Ministre d’Etat, le Grenelle de la Mer doit permettre de compléter les engagements du Grenelle de l’Environnement qui concernent la mer et le littoral, et plus largement sur la contribution de la mer au développement d’activités durables. Cet exercice de consultation populaire débouchera sur la définition de la stratégie nationale pour la mer et le littoral et formalisera l’ambition de la France pour la mer et les activités maritimes. Quatre groupes de travail, composés de 6 collèges (élus, ONG, Etat, patronat, salariés et personnes qualifiées), planchent depuis avril sur des thèmes transversaux en lien avec le maritime afin de dégager des pistes d’actions à mettre en œuvre. Une saison en

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L’Outre-mer représente un enjeu majeur de ce Grenelle : la France lui doit sa place de 2ème puissance maritime mondiale avec 11 millions de km² de zones marines réparties dans tous les océans. Les ultra-marins sont représentés à hauteur de 30% au sein des groupes de travail et deux délégations ont été envoyées par le ministre dans les Régions d’Outre-mer (Océan indien et Antilles-Guyane) afin de prendre en compte leurs spécificités. Gageons que la Guyane, avec ses 300 km de côte en terre sud-américaine, saura prendre le train en marche et tirer parti des possibilités de développement qui lui sont offertes côté mer. G.Feuillet – Kwata Pour en savoir plus : http://www.legrenelle-mer.gouv.fr


dOLO

ils ont leur état d’Âme…

U

n paysage, nous dit Amiel, est un état d’âme. Chacun d’eux porte en lui-même ce miroir d’incompréhension qu’il cache si jalousement. Ils ont donc tous leur dada favori. Ecoutez-les avec leur a priori.

Léza di : si mo maché dousman a pa maché, a lô mo ka kouri mo ka maché.

Le lézard dit : si je marche doucement, ce n’est pas de la marche. C’est quand je cours que vraiment je marche.

Chien di : pozé dibout a pa pozé, fô mo kouché, fô mo ka souflé, fô mo lang ka soti pou mo bien pozé.

Le chien prétend : quand je me repose debout, ce n’est pas un repos, il faut que je me couche, il faut que je souffle, il faut que je tire la langue pour bien me reposer.

Serpan di : mo par rahi sa ki tchwé mo, mo rahi sa ki montré mo ki di : “mé li”.

Le serpent a dit : je ne déteste pas celui qui m’a tué, j’en veux surtout à celui qui m’a montré au tueur en criant : “le voici”.

Béf di : si mo pa té savé mo dèriè gran, mo pou té ké valé grinn mang.

Le bœuf déclare : si je ne savais pas que j’ai le derrière grand, je n’aurais pas avalé des

Makak ka vanté : a pa lou tou di volé bwa, a tortiyé lakio ki tout.

Le macaque se vante : ce n’est pas le tout de voler de branche en branche, il faut surtout savoir tortiller la queue. (moquerie de Kwata qui s’adresse à ce pauvre Ouistiti dont la queue n’est pas préhensible)

Krapo di : bon wonm ra, mo ka poté mo pa lassou mo do pou yé pa pran li. La femelle du crapaud déclare : les bons maris sont rares, je porte le mien sur mon dos pour qu’on ne me le prenne pas. Auxence Contout illustration J-P. Penez

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Aux Sources de

l’histoire TRADITION

Ouverture d’un centre culturel amérindien

Sereins et imposants, les carbets du centre Kalawachi incarnent à eux seuls la tradition architecturale des communautés amérindiennes de Guyane. Ouvert depuis le 03 mars dernier au grand public, le musée de la tradition aménagé dans l’un d’eux rend accessible à tous les mystères d’une culture aussi riche que méconnue. Neuf modules consacrés à tous les aspects de la vie des amérindiens de Guyane, de la cuisine à l’architecture en passant par les rites funéraires, des objets usuels placés en regard de panneaux explicatifs éclairent le profane… et surprennent jusqu’aux initiés. A visiter absolument ! Pour vous y rendre : PK 3,5 Degrad Saramaka - Kourou M-P. Joseph-Alberton PATRIMOINE Photo : Centre Kalawachi Illustration : Y. Chevalier La municipalité de Roura, avec le soutien de la Fondation du Patrimoine, souhaite réhabiliter un monument qui fait partie du cœur de son bourg : l’église de la commune. Cet édifice fut érigé vers la fin du 17ème siècle par des jésuites sur le bord des rives de la rivière La Comté. Restaurée au 19ème siècle, l’église prendra le nom de Saint Dominique, Saint patron de la Commune de Roura. Elle est aujourd’hui entourée de la maison du Parc Naturel Régional de Guyane, de l’ancienne mairie de Roura devenue bibliothèque et du presbytère, toutes des maisons créoles nouvellement réhabilitées. Ce bâtiment de bois et de brique va subir une réhabilitation d’un coût approximatif de 90 000 euros. Afin de concrétiser ce projet, la Fondation du Patrimoine et la municipalité de Roura lancent un AGRO- ARCHEOLOGIE appel au mécénat populaire. C. Bebronne. Photo : Fondation du Patrimoine Les sols de notre région sont pauvres malgré la dense végétation qui s’y développe. Et si les amérindiens avaient trouvé la technique pour créer un riche substrat pour l’agriculture ? Dans les années 1960, Win Sombroek entame la description de la terra preta do indío (terre noire des Indiens). Ces sols, d’origine anthropique, datent de l’époque précolombienne (500 av. J.-C.à 500 ap. J.-C.). Composée d’une grande quantité de charbon de bois (élément clé), de restes alimentaires, d’excréments d’humains et/ou d’animaux, de morceaux de poteries précolombiennes, la terra preta s’est mélangée à des sols peu généreux en nutriments et a la capacité de rester fertile après des siècles d’exposition au soleil et aux pluies. De plus, la combustion de plantes et de déchets à basse température provoque un accroissement exponentiel de la population microbienne. Les épaisses couches de terre, qui peuvent atteindre jusqu’à 2 mètres de profondeur, sont enrichies de carbone et fixent les nutriments, évitant ainsi leur lessivation. L’Institut National pour la Recherche Archéologique et préventive (INRAP) aurait trouvé de la terra preta en Guyane sur le site de Saint Louis à Saint Laurent du Maroni (15 hectares sur 40 centimètres à 1 mètre de profondeur). 212 kilogrammes ont été envoyés à l’Université de Bayreuth en Bavière pour une analyse physico-chimique. Comprendre la structure de cette terre noire pourrait résoudre le problème de fertilité des sols dans nos régions. J. Masson - Schéma : J. Masson

Restauration de l’église de Roura

Terra Preta

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ARCHEOLOGIE

De l’habitation Artur-Danclan au cacao Sur la face nord du Rorota, une vingtaine d’habitants avaient installé leurs exploitations au XVIIIème siècle. Parmi celles-ci, celles située tout près de Fort Diamant, qui d’après un document de 1747 (le registre terrier, c’està-dire l’ancêtre du cadastre) appartenait à M. Danclan. L’habitation aurait été ensuite la propriété d’Artur, Médecin du Roi, auteur de l’Histoire des colonies françaises de Guyane (écrit entre 1744 et 1771). Cette habitation produisait probablement du sucre, du cacao, du roucou et de l’indigo. A partir de 2006, trois chantiers de nettoyage et de consolidation rapide des vestiges avec des jeunes, dans le cadre du DISPO, ont été organisés avec l’association d’insertion ROZO, ce qui a permis de révéler les vestiges enfouis. En octobre 2008, un chantier de restauration mené par l’association CHAM a permis de consolider les différents escaliers et quelques murs des terrasses de contention. Actuellement ce terrain, propriété du Conservatoire du Littoral, a été concédé à un exploitant agricole qui développe une production de cacao. Le prochain chantier de restauration devrait avoir lieu en octobre 2009. G. Migeon Photo : DRAC PATRIMOINE

Les journées européennes du patrimoine : 19-20 septembre 2009 46 sites ouverts au public sur le thème “Un patrimoine accessible à tous”. Contact : DRAC – 95 avenue De Gaulle – 97300 Cayenne. Tél standard : 0594 25 54 00

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TRAFIC

Le journal des Guyanes

Faune sauvage

En Guyane, la réglementation française en matière de chasse ne s’applique pas. Il existe cependant différents niveaux de protection des espèces animales concernant la chasse et le commerce. Cette situation diffère dans les pays voisins. Au Suriname une loi sur la chasse et le trafic proche de la législation métropolitaine est en vigueur depuis plusieurs années déjà. Au Guyana, le processus est en cours pour l’adoption d’une loi nationale exigeante. Dans le cadre de son programme forestier, le WWF - Guianas a organisé au Suriname une rencontre régionale sur cette question. Ce dialogue a rassemblé des gestionnaires de la faune sauvage, les douanes, la police des frontières ainsi que des exportateurs d’animaux (interdit en Guyane) de ces trois pays. Il a favorisé la mise en relief des priorités pour chaque pays. L’événement a permis à la délégation française de renforcer ses liens avec ses voisins pour éviter que notre écosystème ne se vide de sa richesse. C. Charlec – WWF France bureau Guyane Photo : M.-L. Felix MINIER

Orpaillage

AUTOCHTONES

Rencontre entre les leaders

Du 13 au 17 avril 2009, les leaders des peuples autochtones de la Guyane française (FOAG – Fédération des Organisations Autochtones de Guyane), du Surinam (OIS – Organizatie van Inheemen in Suriname) et du Guyana (APA – Amerindian People Association) se sont retrouvés à Georgetown, capitale du Guyana. Ils ont élaboré un plan d’action commun visant à préserver la biodiversité de la forêt amazonienne et les populations qui y vivent des impacts du changement climatique et de l’extraction minière. Toutefois, leur principale préoccupation concerne la déforestation massive que causent les grands projets d’infrastructures menés par l’IIRSA (voir carte dans cette même rubrique). Selon eux, “l’IIRSA est un processus qui poursuit l’objectif de la colonisation et de la spoliation des territoires autochtones visant l’extraction irrationnelle des ressources naturelles dont les bénéfices profitent à l’oligarchie et au consumérisme élitiste”. E. Jantet Photo : D. François – OkaMag

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Les conséquences sanitaires, sociales, économiques et environnementales de l’exploitation illégale des ressources aurifères sont dramatiques. Afin de lutter contre ce fléau, le WWF s’est engagé dans la production d’informations stratégiques visant à stimuler la mise en œuvre de politiques publiques ambitieuses. Ainsi, en s’appuyant sur le dispositif SEAS, le WWF proposera avant la fin de l’année 2009 la première cartographie de l’emprise de l’exploitation aurifère à l’échelle régionale. L’imagerie satellitaire permettra ainsi d’appréhender la problématique de l’exploitation aurifère illégale et d’imaginer des solutions à l’échelle du Plateau des Guyanes (Nord-Brésil, Guyane, Suriname et Guyana). Le WWF entend ainsi sensibiliser l’ensemble des décideurs régionaux au principal problème socio-environnemental qu’ils partagent, afin d’envisager ensemble des actions de prévention et de lutte concertées. Dans cette perspective, la production de cette cartographie, en fin d’année 2009, donnera lieu à une communication à l’intention des décideurs du Plateau des Guyanes. R.Taravella et C.Charlec – WWF France Bureau Guyane Les titres miniers sur le plateau des Guyanes (WWF)


RESEAUX

Interconnexion régionale IIRSA

Depuis 2000, l’IIRSA réunit les autorités de 13 pays d’Amérique du Sud (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Equateur, Guyana, Guyane française, Paraguay, Pérou, Suriname, Uruguay, Venezuela) afin de développer des infrastructures en matière de transport, d’énergie et de communication. L’objectif est de promouvoir la coopération interrégionale selon un modèle de développement durable et équitable, y compris pour les régions isolées. E. Jantet. La carte ci-dessous présente les projets en cours de l’IIRSA sur le plateau des Guyanes (Guyana – Suriname – Guyane française – Brésil) Ligne électrique de haute tension entre Paramaribo – Nickerie (South Drain) – Guyana (Corriverton)

Réseau électrique entre le Suriname et la Guyane française Pont international sur le fleuve Oyapock

Amélioration des routes Georgetown-Albina et Macapá-Oyapock (tronçon Ferreira Gomes – Oyapock)

Usine hydroélectrique de 500 Méga Watts

Route Apura-Nieuw Nickerie Dispositif hydroélectrique de 300 Méga Watts sur le Tapanahoni

Amélioration du bac international sur le fleuve Maroni FLUX

Les migrations actuelles en Guyane

Classiquement la Guyane française est perçue comme le déversoir d’une migration Sud-Nord. Cette vision pourrait bien être remise en cause par les résultats, attendus en 2010, du programme de recherche “Dynamiques des circulations migratoires et mobilités transfrontalières entre Guyane, Surinam, Brésil, Guyana et Haïti” financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et mené par une équipe de chercheurs issus de divers organismes (IRD, CNRS, UAG), coordonnée par Luc Cambrezy, directeur de recherche à l’IRD. Au carrefour de plusieurs espaces géographiques proches ou lointains, l’hypothèse de formes diverses de “circulation migratoire” est abordée selon différentes approches disciplinaires (géographie, socio-linguistique, anthropologie, science politique). Il s’agira de s’interroger sur la notion de frontière et d’espaces frontaliers, mais aussi sur ce que représentent les réseaux en termes de transfert (argent, biens, codes et pratiques). L’objectif final est de comprendre l’impact des migrations et des mobilités sur le développement économique et social tant en Guyane que dans les pays et régions citées. E.Jantet Une saison en

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SUr LE LAYON

les sentiers du littoral Les pripris de Yiyi, un site RAMSAR entre Sinnamary et Iracoubo

Eleocharis (1 plan) et moucou-moucou ▼

er

(2ème plan) forment un paysage typique des zones inondables guyanaises.

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un laBel international

troisieme Zone ramsar en GuYane

La Convention Ramsar sur les zones humides est un traité intergouvernemental adopté le 2 février 1971 à Ramsar, en Iran. Elle regroupe aujourd’hui plus de 160 pays, dont la France depuis 1986. La Convention Ramsar s’applique à conserver des milieux très variés (rivières, lacs, lagunes côtières, mangroves, forêts inondées, récifs coralliens, etc.) qui ont en commun un intérêt écologique mondialement reconnu. Cette désignation constitue un label de reconnaissance internationale, et non une protection réglementaire ou une mesure contraignante. Ce label marque du sceau de la durabilité une gestion antérieure responsable et cet héritage précieux que l’on reçoit doit perdurer par une utilisation rationnelle des ressources.

En Guyane, une troisième zone Ramsar a vu le jour au niveau du centre littoral, sur les communes d’Iracoubo et de Sinnamary. Elle vient conforter l’intérêt exceptionnel de la frange littorale, puisqu’elle succède aux zones Ramsar des Marais de Kaw (à l’Est) et de la Basse Mana (à l’Ouest). Elle comprend les estuaires des fleuves Sinnamary et Iracoubo, les pripris de Yiyi ainsi que les mangroves attenantes. Cet ensemble de zones humides de plus de 20 000 ha se situe sur des terrains du Conservatoire de l’Espace Littoral et des Rivages Lacustres, qui en assure l’emprise foncière et y développe des mesures de gestion durable. un site multicriteres…

Cet espace naturel constitue, de par la diversité


La Maison de la Nature de Sinnamary Soucieux d’accueillir et de sensibiliser un public varié à ces richesses, le Conservatoire de l’Espace Littoral rend accessible une partie de la zone : les petits pripris de Yiyi. Ce site aménagé bénéficiant d’une protection forte, il est propice à la découverte de la nature guyanaise. Un sentier de découverte jalonne les différents milieux caractéristiques de Yiyi. A travers la savane, la forêt, les marais ou les criques, on peut surprendre les Aigrettes, Grébifoulques, Canards musqués, Moucherolles ou les furtifs Cabiaïs. Trois observatoires ont été construits pour les amateurs d’ornithologie, l’occasion d’assister au repas de l’Anhinga d’Amérique ou du Balbusard pêcheur ! Au vol des Amazones aourou et munis de frontales (et d’anti-moustique) direction le marais pour assister à un ballet de petites lueurs rouges à la surface de l’eau… les reptiles sont de sortie ! La diversité de la faune rencontrée est directement liée à la diversité des milieux qui composent ce paysage insolite. Un écomusée (entrée gratuite) est ouvert les mercredis, week-end et jours fériés. Vous y trouverez les ouvrages nécessaires (exposition, aquariums, ouvrages naturalistes) pour interpréter vos observations. Les animateurs de la SEPANGUY (Société d’Etude de Protection et d’Aménagement de la Nature en GUYane, co-gestionnaire du site avec la mairie de Sinnamary et le Conservatoire du littoral) vous accueillent à la Maison de la Nature et vous proposent la location de canoës pour “s’immerger” au cœur du marais et découvrir les criques qui l’alimentent.

de ses milieux, un habitat privilégié pour de nombreuses espèces. Il est reconnu d’importance internationale puisqu’il répond à 5 des 9 critères gageant pour la préservation de la biodiversité : • “Il abrite des espèces vulnérables, menacées d’extinction ou gravement menacées d’extinction ou des communautés écologiques menacées”. En effet, le Lamantin des Caraïbes (Trichechus manatus) fréquente les eaux saumâtres le long des côtes et particulièrement dans les estuaires, notamment du Sinnamary et de la Counamama. Ce fragile Sirénien est inscrit sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et figure à l’annexe 1 de la Convention de Washington* •“Il abrite des espèces végétales et/ou animales à un stade critique de leur cycle de vie ou sert de refuge”. Cet espace constitue un site d’escale

important pour l’ensemble des oiseaux migrateurs, et un des lieux de nourrissage et de reproduction des tortues vertes et des caïmans à lunettes et rouges. •“Il abrite, habituellement, 20 000 oiseaux d’eau ou plus” (notamment des espèces de Bécasseaux et de Chevaliers) • “Il abrite, habituellement, 1% des individus d’une population d’une espèce ou sous-espèce d’oiseau d’eau”. Ce site accueille 5 % de la population mondiale de Bécasseaux semi-palmés (Calidris pusilla). •“Il sert de source d’alimentation importante pour les poissons, de frayère”, de zone d’alevinage* et/ ou de voie de migration dont dépendent des stocks de poissons se trouvant dans la zone humide ou ailleurs” (Citons par exemple les raies, les muges, les alevins et surtout les crevettes et les tarpons).

L’observatoire,

▲ est mis à disposition des naturalistes de tous âges..

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A travers l’Amapá, sur la route

de Marajó

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voYaGes

L’ÎLE AMAZONE Une saison en

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Saint-Georges de l’Oyapock - Santana oël ! Nous allons réveillonner au Brésil. Rio ? Salvador ? Non, à Counani ! Un minuscule quilombo* perdu sur la ligne de l’équateur. La saison des pluies débute. A St-Georges, sur le quai, on débarque les marchandises en provenance du Brésil. Une “tapouille” en bois à 2 mâts de quinze mètres se vide intégralement de ses victuailles à dos de marins. Plus loin sur le fleuve, un vieux cargo rouillé semble attendre sa dernière virée. Notre barge remonte l’Oyapock pendant une trentaine de minutes pour rejoindre l’une des villes les plus septentrionales du Brésil. Bientôt un pont reliera les deux rives, sa construction anime les conversations depuis quelques années. La route 156 jusqu’à Macapá est une piste de latérite*, que la saison des pluies ravage chaque année. Camions, bus et même 4x4 s’y enlisent souvent, mais nous traversons d’une traite le territoire réglementé Uaça. Les amérindiens y parlent une langue qui sonne étrangement francophone à l’oreille. Quelle idée farfelue d’aller réveillonner à Counani ! Que vont penser les habitants lorsque notre équipe improvisée débarquera dans la nuit pluvieuse ? Nous quittons la nationale pour une piste de soixante kilomètres jusqu’aux rives du Counani. Un pont suspendu surplombe la rivière qui nous sépare du village, d’où s’échappe une atmosphère festive. Nous entamons d’un pas fébrile sa traversée. Une musique étonnante résonne, elle mélange des sonorités de forró* brésilien à des tambours qui rappellent l’aleke marron ou le kaseko créole. Seke, musicien Aleke réputé de StLaurent-du-Maroni est du voyage, il improvise avec les percussionnistes de Zimba pour faire danser le village. Le fleuve Maroni et le rio Counani se sont rejoints ! La fête de Noël commence à peine, mais continuera sans interruption pendant trois jours, dans un festival de danse, de pétards et aussi de gengibirra, un mélange détonnant de cachaça et de gingembre. A la fin des festivités, nous reprenons la piste en direction de Macapá. En route, un site archéologique fascinant attire notre attention : “l’équinoxe”, un cercle de pierres dressées, qui serait vieux de 2000 ans. Au solstice d’été, un phénomène étrange d’illumination est censé s’y produire...

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Brésil Sur la route de Marajó Après quelques jours à Macapá, notre groupe se scinde en des directions variées, je décide de continuer le voyage, de faire une autre traversée, d’une autre dimension cette fois. L’Amazone est là et, c’est décidé, je vais voir de l’autre côté. C’est à Santana, à une dizaine de kilomètres en amont de Macapá sur l’Amazone, que se trouve le port d’embarquement. De là, on peut aussi relier Santarém, Manaus et toutes les localités dispersées le long du fleuve mythique, territoire des Caboclos. Descendants des unions entre colons et Amérindiens, le Brésil métissé, c’est eux. Ils sont le fruit du cunhadismo, terme portugais pour désigner une vieille pratique amérindienne qui consistait à intégrer l’étranger en le liant à une femme de la communauté. Car dès les premières heures de la colonisation, Européens et Indiens se sont mélangés, au fil de leurs intérêts respectifs, des alliances stratégiques, de la détribalisation imposée et de la constitution de l’économie coloniale. Tandis qu’en Amérique du Nord, les Anglo-saxons veillaient à ne pas “souiller” leur sang, la couronne portugaise encourageait plutôt les unions mixtes. Existe-t-il un autre pays aussi métissé ? Dans l’estuaire de l’Amazone, les Caboclos peuplent les innombrables îles qui s’enchevêtrent là. Plantées dans le limon, adossées aux rives, leurs maisonnettes de bois sont toujours entourées de graciles palmiers : des açaïs dont le fruit donne une excellente boisson qui s’exporte désormais jusque dans les épiceries parisiennes. La traversée J’en ai entendu des histoires sur cette traversée, mais la seule chose que j’ai retenue, c’est “24 heures” ! 24 heures de traversée pour relier Macapá à Belém. Comment peut-on prendre si longtemps pour franchir un fleuve ? Est-ce un fleuve ? Est-ce une mer ? Les Brésiliens ont résolu le problème, ils l’appellent rio mar, le fleuvemer. Le bateau est à quai, on se presse, les premiers ont les meilleures places pour leur hamac. Loin des moteurs. Il y a beaucoup de jeunes, surtout brésiliens. Ils vont à Belém, au Forum Social. Les uns sur les autres, mais tous logés à la même enseigne. Mon voisin passe son temps à aller chercher des “mixto”. De simples croque-monsieur, mais d’une saveur... inégalable... sûrement l’air du large. “ - Où sommes-nous ? ” Je suis bien en mal de renseigner mon interlocuteur. Il y a de l’eau partout, nous ne sommes nulle part. Des rumeurs disent que nous passerons par l’océan. Je scrute, on ne voit plus de terre. Je ne me lasse pas de regarder toute cette eau. Ça y est, j’y suis : si l’Amazone est un fleuve, la France, alors, n’a pas de fleuve. Régulièrement, je retourne dans mon hamac. Dans la promiscuité,

De haut en bas :

L’Amazone, le fleuve mer..

- Le fleuve Oyapock marque la frontière entre le Brésil (Etat d’Amapá) et la Guyane - Une famille à Counani (Noël 2008) - La route nationale 156, qui relie Oyapock à Macapá.

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L’homme qui voulUt être roi En 1887, l’affaire vaut quelques bonnes pages des journaux parisiens... Jules Gros, résidant à Vanves en banlieue parisienne, romancier populaire, et membre de diverses sociétés de géographie, est devenu président à vie du Counani. Si quelques-uns le prenne au sérieux, la plupart y voient le vaudeville de l’année. Le territoire de Counani existe pourtant bel et bien, coincé entre le Brésil et la Guyane française, Une saison en

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histoire

L A RÉPUBLIQUE DE C OUNANI

et il n’appartient à aucun État en cette fin du XIXe siècle. Jules Verne n’aurait pu trouver meilleur sujet de roman. Ruée vers l’or, évasion, trahison, espionnage, voici l’histoire de la République de Counani...

Jules Gros (1829-1891),

Journal des Voyages, 30 octobre 1887. Au second plan, le village de Counani aujourd’hui.

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Concessions aurifères dans le Contesté, 28 février 1894. Ad de Guyane.

“Les découvertes récentes de gisements aurifères d’une grande richesse, faites à Carsewenne, dans le territoire de Counani, ont produit une véritable crise dans la Guyane (...). Tous les gens valides se précipitant vers le Counani, il ne reste plus personne pour la culture, la chasse, la pêche, et Cayenne, à deux doigts de la famine, ne comptait plus que sur l’envoi des denrées alimentaires de la métropole.” Nouvelles géographiques, 1894, p. 109.

le contesté franco-Brésilien

Quelles sont les frontières de la Guyane française ? A la fin du XIXème siècle, il est bien difficile de trouver réponse à cette question. Versant brésilien, une zone contestée existe depuis la fin du XVIIe siècle et ce malgré des dizaines de traités et conventions. Aragouari, Cachipour, Caraparori, Ouassa, Tarturagal, les fleuves frontières changent selon les interprétations des textes anciens ou les géographes. En 1862, c’est le statu quo. Les deux parties échouant une nouvelle fois à trouver un accord décident que l’immense territoire qui s’étend entre l’Amazone à l’Oyapock restera une zone neutre, où les gouvernements français et brésiliens n’interviennent que pour régler des questions de justice regardant leurs ressortissants respectifs. Ni état, ni police, ce no man’s land est une aubaine pour les bagnards en cavales, esclaves fugitifs (le Brésil met fin à l’esclavage en 1888) et aventuriers en tout genre.

la terre de counani

▲ Tiré de la revue L’Illustration,

6 juillet 1895.

Carte de 1843

▼ , Archives départementales de Guyane. Selon les auteurs, la superficie du Contesté pouvait aller de 60 000 à 500 000 km2. .

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L’explorateur Henri Coudreau découvre la terre de Counani en 1883 lors d’une mission pour le Ministère de la marine et des colonies dans le Contesté. Sa description en est idyllique, un climat doux et sain où les moustiques sont inconnus, des prairies fertiles propices à l’élevage. Cette terre située à l’embouchure du plus grand fleuve du monde, écrit-il dans son ouvrage Les français en Amazonie, promet des “relations aisées avec le reste du globe”. Pour lui, le doute n’est point permis, “ces savanes n’attendent que l’Européen”. Quant aux quelques deux cents habitants qui vivent dans le village de Counani, ces “tri-métisses” (Blanc, Indien et Noir) parlant portugais mais “familiers avec le créole de Cayenne”, ils ne désirent qu’une chose, devenir Français ! “Counani : un nom harmonieux, une belle chose, une grande idée,” s’enthousiasme-til. “Une grande idée”, c’est bien ce que pense également Paul Quartier, l’un des membres de l’expédition Coudreau. L’ancien horloger suisse, installé un temps à Cayenne puis reconverti dans la prospection aurifère, est lui aussi tombé sous le charme de Counani. En décembre 1885, il débarque dans la petite bourgade avec son mentor et associé, l’aventurier bourguignon Jean-Ferréol Guigues. Ils s’acoquinent avec les deux capitaines de Counani, Trajane Supriano, un ancien esclave, et Nunato de Maceda (dont Quartier épouse la fille). Les capitaines sont hostiles aux brésiliens,


Brésil La république de Counani

ils ont plusieurs fois apporté des pétitions au gouverneur à Cayenne pour demander l’annexion par la France, en vain. Cette fois, ils vont aller beaucoup plus loin. Les capitaines de Counani ont-ils été convaincu, leur a-t-on forcé la main ? (Supriano n’a signé que sous la contrainte de révolvers, écrira plus tard un habitant de Cayenne). Quoiqu’il en soit, ils signent, en juillet 1886, un manifeste par lequel est instituée une république indépendante dont les habitants adoptent les lois et la langue française. Sûrs de leur fait, Guigues et Supriano se rendent ensuite à Cayenne dans une vaine tentative de légalisation de ce document par le maire de Cayenne. Guigues sait que sa jeune république a besoin d’une légitimation. Il confie la présidence du nouvel état à Jules Gros, “publiciste, officier d’Académie, membre des sociétés de géographie de Paris, Rouen, Lisbonne et de diverses sociétés savantes, conseiller municipal

de Vanves, etc.” Jules Gros et indéPendante

la

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“Quand je passais chez eux, en 1883, ils me dirent : “Cette fois, c’est notre dernière tentative. Si le gouvernement français ne veut pas s’occuper de nous sous prétexte que de vieux papiers nous déclarent neutres, indéterminés, in attribués, eh bien, nous nous déclarerons indépendants.” Il paraît qu’ils viennent de le faire. Ils ont eu joliment raison. Comment ! voici des gens à qui vous refusez le droit d’être, et cela parce que, il y a soixante-treize ans, des diplomates, qui ne savaient pas la géographie, ont signé un traité amphigourique ! Vous ne serez, leur ditesvous, vous ne serez ni Français, ni Brésiliens, ni Counaniens, vous ne serez pas. — Eh parbleu ! soyez Counaniens, mes amis, c’est votre droit. Hourra pour Counani ! America to Americans ! ”

Henri Coudreau, La France équinoxiale, t. 1, Études sur les Guyanes et l’Amazonie, 1886, p. 415. Gros, homme estimé et proche de la soixantaine, semble le bon choix. Ancien secrétaire de la Société de Géographie commerciale de Paris, rédacteur dans diverses revues populaires, il bénéficie d’une notoriété certaine. Comme son confrère Jules Verne, dont il est contemporain, il mélange allègrement vulgarisation scientifique et littérature d’aventure. Le lien de Jules Gros avec la Guyane ? Paul Gustave Franconie, le député élu en 1879. Les deux compères se retrouvent tous les vendredis soir au restaurant du Grand Véfour à Paris. Autour d’un repas, marins, commerçants et politiciens, échangent leurs idées sur les questions coloniales. Ce lobby expansionniste, Franconie en est le président et Gros le secrétaire. Gros fait la connaissance de Coudreau et Guigues

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FORUM SOCIAL MONDIAL BELÉM 2009 a

1 – Pour la construction d’un monde de paix, de justice, d’éthique et de respect des diverses spiritualités, sans armes, en particulier sans armes nucléaires ; 2 – Pour la libération du monde de la domination du capital, des multinationales, de la domination impérialiste, patriarcale, coloniale et néo-coloniale et des systèmes inégaux de commerce, pour l’annulation de la dette des pays appauvris ; 3 – Pour assurer l’accès universel et soutenable aux biens communs de l’humanité et de la nature, pour préserver notre planète et ses ressources, en particulier l’eau, les forêts et les sources renouvelables d’énergie ; 4 – Pour la démocratisation et décolonisation de la connaissance, de la culture et de la communication, pour la création d’un système partagé de connaissances et de savoirs, avec le démantèlement des Droits de Propriété Intellectuelle ;

OBJECTIFS

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près des détours au Kenya (2007), en Inde (2004), le Forum social mondial est revenu en 2009 en terre brésilienne, où il vit le jour en 2001. Accueilli par les deux universités de l’état du Para, à Belém, ce rassemblement de tous les altermondialistes était inscrit dans la réalité amazonienne et latino-américaine : les peuples “autochtones”, notamment Amérindiens, étaient à l’honneur, présentant des modèles alternatifs de développement. En ces temps de crise économique sévère, ils montraient effectivement qu’ “un autre monde est possible”, selon le credo des altermondialistes. D’autres thèmes de discussion ont émergé de ces cinq jours de discussion : la question du travail, de la criminalisation des mouvements sociaux ou encore des migrations. Des questions abordées dans toutes les langues (et principalement en brésilien) et sous toutes les formes (spectacles, conférences, performances, musiques, ateliers). En voici quelques aperçus.

5 – Pour la dignité, la diversité, la garantie de l’égalité de genre, de race, d’ethnie, de génération, d’orientation sexuelle et pour éliminer toute les formes de discrimination et de castes (discrimination fondée sur la descendance) ; 6 – Pour la garantie (au long de la vie de toutes les personnes) des droits économiques, sociaux, humains, culturels et environnementaux, en particulier le droit aux soins de santé, à l’éducation, au logement, à l’emploi, au travail décent, à la communication et à l’alimentation (avec la garantie de la sécurité et de la souveraineté alimentaire) ; 7 – Pour la construction d’un ordre mondial basé sur la souveraineté, l’autodétermination et les droits des peuples, y compris des minorités et des migrants ; 8 – Pour la construction d’une économie démocratisée, émancipatrice, soutenable et solidaire, avec un commerce éthique et juste, centrée sur tous les peuples ; 9 – Pour la construction et le développement de structures et d’institutions politiques et économiques – locales, nationales et globales – réellement démocratiques, avec la pleine participation des peuples sur les décisions et le contrôle des affaires et des ressources publiques ; 10 – Pour la défense de la nature (l’Amazonie et les autres écosystèmes) comme source de vie pour la Planète Terre et pour les peuples originaires du monde (indigènes, afro-descendants, tribaux, côtiers) qui exigent leurs territoires, langues, cultures, identités, justice environnementale, spiritualité et bien vivre. 11 – Autres. Une saison en

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◄Les diverses activités autogérées du FSM seront axées sur l’un des 10 objectifs ci-dessous. Elles sont proposées par des organisations, des groupes d’organisations ou réseaux, au cours du processus d’inscription des activités pour le FSM 2009. Les objectifs ont été fixés après une vaste consultation publique auprès de diverses organisations et entités qui participent au processus du FSM.


évÈnement

Brésil Forum social mondial de Belém

L’ amérique latine, modèle ou utopie ?

Photos : D. Lamaison, P-O. Jay, S. Gya

Indicateurs de richesse : pièges et opportunités Qu’est-ce qu’une société “riche” ? Une société dont le PIB/habitant serait le plus élevé ? Résolument pas. Encore trop utilisé pour répondre à cette question et guider l’action publique, le PIB (indicateur de la production) est de plus en plus critiqué car il ne rend pas compte des problématiques sociales et environnementales. Définir de nouveaux indicateurs de richesse (i.e. des outils permettant de mesurer si la société va dans le “bon” sens) constitue donc une opportunité essentielle. Mais la démarche recèle aussi quelques pièges : 1) multiplier les indicateurs au détriment de tout effort de synthèse (indispensable pour voler la vedette au PIB) ; 2) laisser la définition de ces indicateurs à des experts alors que ce choix est éminemment politique (et qu’il appelle donc un processus démocratique). C’est la position que défend le collectif FAIR face à la “Commission Stiglitz”. 3) Un autre piège consisterait à n’intégrer à ces indicateurs que ce qui peut être valorisé monétairement. Or les indicateurs doivent aussi nous alerter sur les conséquences, parfois irréversibles, qu’impliquent nos choix politiques. Enfin, il convient de distinguer les indicateurs ayant une valeur universelle des autres (en matière de respect de droits fondamentaux, le développement du lien social, l’épanouissement individuel et le respect de l’environnement). Concernant l’Amazonie, cette question est d’autant plus cruciale qu’elle renvoie à la préservation des ressources naturelles, de la biodiversité et des droits des populations autochtones. Définir des indicateurs intégrant ces aspects pourrait, s’ils étaient largement admis, pousser les pays du Nord à reconsidérer la dette des pays du Sud et les politiques commerciales, à faire évoluer le régime de propriété intellectuelle (en faveur du domaine public) et à réduire certaines activités industrielles. Nous en sommes encore loin. Mais c’est un combat politique qu’Utopia souhaite mener, avec d’autres. David Flacher, Utopia http://www.mouvementutopia.org Une saison en

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Biopiraterie En choisissant Belém, l’une des deux plus grandes villes amazoniennes, pour organiser la 9ème édition du Forum Social Mondial, un certain nombre de thématiques jusqu’alors peu abordées par le forum, ont été placées au cœur des réflexions. C’est notamment le cas pour toutes les questions liées à l’écologie, dans leurs dimensions environnementales et sociales. Plus encore, c’est la région de l’Amazonie qui a ainsi été mise à l’honneur, avec la tenue d’une journée “panamazonienne” spécifiquement consacrée aux enjeux de cette région vitale pour le monde. Droits des peuples autochtones, défense d’un modèle de développement respectueux de l’environnement, lutte contre des projets extractivistes et destructeurs… sont autant de problématiques qui ont été discutées en cette journée du 28 janvier 2009. C’est dans ce contexte que France Libertés a inscrit un atelier consacré à la lutte contre la biopiraterie, et cela au nom du Collectif biopiraterie. La biopiraterie est un sujet très large et complexe dont il faut démêler un important jeu d’acteurs politiques, économiques, juridiques et culturels afin d’en saisir les tenants et les aboutissants. Le terme, apparu dans les années 1980, désigne l’appropriation, par des sociétés commerciales, des savoirs traditionnels sur la biodiversité des peuples autochtones. C’est un phénomène qui se situe au croisement de problématiques économiques et écologiques, en lien avec la question du droit des peuples autochtones et du droit international. Par le biais des brevets, droits de propriété exclusifs, des acteurs privés peuvent s’approprier l’intégralité des revenus générés par l’exploitation de ressources naturelles sans reconnaître la contribution des connaissances autochtones,

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qui peuvent dans certains cas, augmenter jusqu’à 300 fois les chances d’identification des principes actifs L’atelier “Contra a biopirateria !” au FSM de Belém a réuni plus de 160 personnes. Les différentes interventions ont contribué à mieux saisir les enjeux liés à la biopiraterie et envisager des modes d’actions concrets pour s’opposer à ces pratiques. La “vision autochtone”, apportée par le témoignage de Patricia Gualinga, représentante de la Communauté Sarayaku d’Equateur, a souligné le caractère fondamentalement éthique et moral que pose la biopiraterie. David Flacher, Maitre de conférence en économie à l’Université Paris XIII a quant à lui posé le contexte économique et juridique dans lequel s’insère ces pratiques. Le lien entre ces pratiques et la nécessité de préserver les biens communs de l’humanité a été longuement rappelé par Danielle Mitterrand, Présidente de France Libertés et André Abreu, Directeur du développement de la Fondation. Enfin, Pauline Lavaud, coordinatrice du Collectif Biopiraterie, a présenté les pistes d’action des ONG françaises pour lutter contre les prartiques de biopiraterie. S’engager dans une lutte contre la biopiraterie, c’est contribuer à préserver la diversité biologique et culturelle, en s’appuyant sur un point crucial où se concentrent les enjeux économiques, sociaux et environnementaux liés à la biodiversité. Les citoyens, les personnes morales, peuvent jouer un rôle pour lutter contre ces pratiques et préserver le patrimoine commun. Plus d’info : www.biopiraterie.org Pauline Lavaud - France Libertés Fondation Danielle Mitterrand

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Brésil Forum social mondial de Belém L’arc numérique, nouvelle arme des indiens Lutter pour rester chez eux. Vaincre les préjugés. Prouver qu’ils ne sont pas un peuple du passé. Les Indiens réunis à Belém veulent briser leurs carcans. Non pas durant les journées du Forum, où l’emportaient le symbole et la découverte de leur diversité, mais à travers la maîtrise des nouvelles technologies. Dans le Nordeste, une région du Brésil où la situation des tribus est le résultat de siècles de conflits sanglants avec des grands propriétaires terriens, l’heure est à l’arc numérique. “Avant, nous avions pour arme un arc et des flèches, explique Aracé Pankararu, 30 ans, de la tribu Tacaratu. Nous utilisons maintenant internet pour nous défendre à travers l’information”. L’ordinateur remplace l’arc et la flèche devient le mail. Sept tribus ont mis en ligne www.indiosonline.org.br. Le site a permis de créer une e-communauté rassemblant aujourd’hui une vingtaine de tribus d’Amérique du Sud.“Nous sommes des ethno-journalistes, affirme Indianara Ramires, 17 ans. Nous parlons de nous, de nos coutumes, du quotidien… Nous sommes les protagonistes de notre histoire Les communautés se sont battues pour parvenir à se connecter sur un ordinateur dans leurs villages respectifs.Celles qui n’ont pas internet se rendent dans la ville la plus proche. Dans le contexte d’une guerre de communication, notamment sur la déforestation très avancée du Nordeste, les Indiens utilisent le site pour donner leur version des faits. “Lorsque des hommes de main embauchés par les propriétaires se tuent entre eux par accident, nous sommes systématiquement accusés, et lorsque l’un de nous est tué, il y a une impunité pour les assassins”, déplore la jeune Iremlié Potiguana. La volonté de s’approprier leur identité s’accompagne aussi d’une nouvelle dimension dans leur combat pour la préservation de leur environnement. L’arc numérique doit désormais se tendre pour envoyer très loin le message de la préservation de la forêt amazonienne. “C’est universel : nous sommes tous la terre, si nous la blessons, nous nous blessons aussi” dit simplement Aracé Pankararu. liens web : www.indiosonline.org.br Sailesh Gya

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TORTUES

MARINES

A la conquête de l’Est Une saison en

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la GuYane : un hot-sPot

Et la Guyane dans tout ça ? Des milliers de femelles de tortues vertes, luths et olivâtres ont choisi les cordons sableux du Plateau des Guyanes pour venir creuser leurs nids et y déposer des centaines de milliers d’œufs, processus évidemment indispensable à la pérennité des populations… Pour la conservation des tortues marines, la Guyane est assurément un “hot-spot” comme le disent nos amis anglo-saxons.

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faune

Elles semblent sorties de la préhistoire !” Les observateurs impressionnés de tortues marines sur les plages de Guyane ne croient pas si bien dire : les premières formes de tortues marines sont apparues au Crétacé inférieur, il y a plus de 120 millions d’années (MA). Et l’anatomie de certains fossiles retrouvés laissent penser que ces dernières ressemblaient à celles d’aujourd’hui. N’y a-t-il pas quelque chose de fascinant à imaginer que les ancêtres de ces reptiles marins aient côtoyé les dinosaures ? Et que contrairement à ces derniers, certaines espèces aient survécu à la grande crise d’extinction survenue il y a 65 MA, rayant du globe un nombre considérable d’organismes vivants ? Au gré des bouleversements climatiques et géomorphologiques qui ont affecté la Terre, les tortues marines ont su s’adapter et coloniser les espaces marins pour évoluer jusqu’à notre époque où finalement, à cause des folies humaines, elles se retrouvent menacées d’extinction. Surexploitation des ressources marines, urbanisation des sites de ponte, pollution des océans, braconnage, etc., font que petit à petit, les populations de tortues marines déclinent et se meurent. Il existe aujourd’hui 7 espèces appartenant toutes à l’ordre des Chéloniens, luimême se divisant en deux familles : les Cheloniidae et les Dermochelyidae. Cette dernière famille ne comprend qu’une seule espèce : la tortue luth (Dermochelys coriacea). Comme son nom scientifique l’indique, c’est une tortue à peau ou à dos de cuir (du grec dermo = la peau et du latin corium = le cuir). Elle n’est donc pas couverte d’écailles contrairement aux 6 espèces de Cheloniidae.


Le plan de restauration des tortues marines en Guyane

En 2007, à l’initiative du ministère de l’Environnement, un Plan de restauration des tortues marines en Guyane a été acté au niveau interministériel. Ce plan est coordonné par le WWF et l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, sous l’égide de la direction régionale de l’Environnement. Ce projet réunit une multitude d’acteurs concernés et doit aboutir dans les 5 ans à une amélioration de l’état de conservation des tortues marines. La Guyane est donc désormais dotée d’un plan d’actions à mettre en œuvre à l’échelle du territoire, tant en terme de réduction des menaces anthropiques à terre et en mer qu’en terme d’amélioration des connaissances scientifiques sur les espèces.

Lorsqu’à la fin des années 1960, les plages de l’Ouest de la Guyane furent reconnues comme sites d’importance mondiale pour la ponte des luths, un énorme travail d’étude de ces animaux marins se mit en place. Au cours de la décennie suivante, une équipe du Muséum National d’Histoire Naturelle, soutenue par le WWF et le Ministère de l’Environnement, a commencé à compter les nids et identifier les femelles luths sur toutes les plages de la BasseMana, aujourd’hui intégrées à la Réserve Naturelle de l’Amana. Avec parfois plus de 1 000 tortues observées dans la même nuit, l’importance de la région pour l’espèce fut confirmée et donna le jour à l’un des plus gros projets de conservation qu’ait connu la Guyane : les campagnes Kawana. Avec l’implication de la communauté Kalina d’Awala-Yalimapo et en faisant appel à des centaines d’écovolontaires, des campagnes saisonnières sur Yalimapo et les plages isolées créèrent une véritable dynamique autour de la

conservation des tortues marines. Au fil des ans, la tortue luth devint une figure emblématique de la Guyane, suscitant l’intérêt des médias, des touristes et par ricochet celui de partenaires. de nouveauX sites de Ponte autour de caYenne

À l’époque de ces premières campagnes, la communauté scientifique était loin de s’imaginer que quelques décennies plus tard, on assisterait à un phénomène important à l’autre bout du département. La présence des tortues marines côté Est a toujours été décrite par le passé, mais jamais en grand nombre. À la fin des années 1990, l’engraissement des cordons sableux et les observations de pontes au pied des maisons ont aiguisé la curiosité de membres de Kwata (association guyanaise de protection de la nature). Après avoir arpenté durant quelques nuits les plages de Cayenne et de Montjoly, il leur a fallu

Tor tu e l u t h D e r mochelys c o r i acea

Ess

equ

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hell Beach

Taille moyenne : 165 cm Poids moyen : 400 kg Saison de ponte en Guyane : avril à juillet. Cycle de ponte : Pond tous les 2 à 3 ans. Peut revenir pondre jusqu’à 12 fois au cours d’une même saison. Statut : espèce en danger critique d’extinction selon la liste rouge de l’UiCN. intégralement protégée en Guyane par arrêté ministériel. La tortue luth est la plus grosse tortue du monde. On la reconnaît à sa dossière et sa peau dépourvues d’écaille. Elle est de couleur bleue nuit, mouchetée de blanc. Son régime alimentaire est essentiellement constitué Ge or ge de méduses. to w n

Principaux sites de ponte du plateau des Guyanes

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Matapica

Samsambo Galibi

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Paramaribo

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Guyana

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RN de l’Amana

+ de 500 pontes / an + de 100 pontes / an Kourou

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sur le plateau des Guyanes - tiré de l’ouvrage La tortue luth, WWF

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Carte des sites de ponte de tortues luths

+ de 5 000 pontes / an Awala-Yalimapo

Cayenne

Suriname

Guyane


Tor tue olivâtre L e p i d o c h e l y s o l i va c e a se rendre à l’évidence : les tortues luths pondaient à nouveau autour de la capitale et, cerise sur le gâteau, ils constatèrent aussi que la tortue olivâtre y nidifiait. Pour la petite histoire, cette dernière était connue dans la région pour pondre au Suriname et au Guyana, mais les effectifs de l’espèce chutaient de manière inquiétante depuis la fin des années 1970. Avec le soutien du Ministère de l’Environnement, du WWF, du Centre Spatial et de la commune de Rémire-Montjoly, ces informations importantes ont permis à l’association d’initier à l’aube des années 2000, un programme de conservation des tortues marines sur l’Est de la Guyane. Il s’articule aujourd’hui autour de plusieurs volets, auxquels des dizaines de bénévoles passionnés participent tous les ans. Les femelles et leur activité de ponte sont suivies grâce au marquage des animaux par puce électronique (PIT) et au comptage quotidien des nids. Un important volet de sensibilisation sur les plages et dans les écoles a également été mis en place, complété par l’édition de documents de vulgarisation. Enfin, les équipes réalisent des opérations de sauvetage sur des animaux en difficulté, la plupart du temps avec le soutien des pompiers, notamment lors de la libération d’une tortue piégée dans un filet côtier. Les chiffres parlent d’eux-mêmes quand il s’agit de mesurer l’ampleur prise par les plages de l’Ile de Cayenne pour la nidification des tortues. Entre 1998 et 2008, le nombre de nids de tortues luths est passé d’un millier à près de 6 400 et celui des olivâtres de 500 à 2 600. Alors comment expliquer l’importance de cette récente activité des tortues sur cette partie du territoire ? La question est complexe car de nombreux paramètres entrent en jeu et surtout, ce qu’on observe depuis dix ans est fondamentalement différent pour les deux espèces. Il s’agit de deux phénomènes distincts. de Gros olivÂtre

enJeuX

Pour

la tortue

En dépit du nombre de pontes en augmentation, les récentes études portant sur la tortue olivâtre tendent à montrer que le statut de l’espèce en Guyane reste préoccupant. Il s’agirait d’une population relictuelle, probablement issue des populations présentes au Guyana et au Suriname au milieu du siècle dernier et aujourd’hui quasiment disparues. Avec 2 500 pontes par an, les plages de l’Ile de Cayenne accueillent aujourd’hui près de 75% des femelles de la région, ce qui en fait l’un des plus gros sites de reproduction pour l’espèce en Amérique du Sud. Autant dire que les enjeux sont importants sur ces quelques kilomètres de plages urbanisées où les tortues doivent faire face

Taille moyenne : 70 cm Poids moyen : 36 kg Saison de ponte en Guyane : juin à août, principalement sur l’ile de Cayenne. Cycle de ponte : pond tous les 1 ou 2 ans. Les femelles pondent 1 à 2 fois au cours d’une même saison. Statut : espèce vulnérable selon la liste rouge de l’UiCN. intégralement protégée en Guyane par arrêté ministériel La tortue olivâtre est la plus petite des tortues marines. On la reconnaît à la couleur jaune de sa peau et à sa carapace brune en forme d’écuelle. Son bec est beaucoup plus fort et pointu que celui d’une tortue verte. La tortue olivâtre est une tortue côtière qui se nourrit de petits poissons et de crustacés.

Tor tue ver te Chelonia mydas Taille moyenne : 110 cm Poids moyen : 180 kg Saison de ponte en Guyane : février à juin, principalement sur le territoire de l’Amana. Cycle de ponte : pond tous les 2 ans. Statut : espèce en danger critique d’extinction selon la liste rouge de l’UiCN. intégralement protégée en Guyane par arrêté ministériel. La tortue verte est la tortue la plus représentée sur Terre. d’allure massive, on la reconnaît à sa carapace bombée au niveau de la nuque. Sa tête est petite par rapport au reste du corps, ses yeux globuleux sont implantés de manière oblique, et son bec est très court et arrondi. A l’âge adulte, cette espèce se nourrit exclusivement d’algues. Les jeunes grandissent à l’abri des rochers où ils trouvent de la nourriture en abondance. En Guyane, on les observe notamment autour des iles du Salut.

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Portfolio macro de Ludovic Salomon teXtures naturelles (descriptions p 59)

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 

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Guyaflux

Latour qui mesurE le bilan carbone de la forĂŞt Une saison en

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le chanGement climatique en GuYane

annuelle. Il est aussi projeté que les précipitations varient : une augmentation de 4% lors de la saison des pluies, et une baisse de 3% lors de la saison sèche. Les conséquences d’un tel pronostic sont multiples : des sécheresses plus longues et plus sévères ; une hausse du niveau de la mer ; la disparition de certaines espèces végétales ; de plus importantes inondations ; des maladies vectorielles telles que la dengue ou le paludisme transmises plus aisément ; la baisse des rendements agricoles, et surtout, la détérioration de la capacité de la forêt à stocker du CO₂.

Le réchauffement de la planète est une réalité, un fait scientifique. Les données météorologiques issues des stations d’enregistrement l’attestent et la Guyane n’est pas épargnée. Météo France confirme que la température moyenne de la Guyane a augmenté de 0.6°C depuis un demi-siècle, avec une accélération au cours des deux dernières décennies. Il y a encore quelques années, l’origine de ce réchauffement était largement débattue. Mais récemment, en particulier après la publication du dernier rapport du GIEC* en 2007, seuls quelques sceptiques continuent de nier la lutte contre le réchauffement l’évidence : l’augmentation de la concentration en gaz climatique au niveau international à effet de serre (GES) dans l’atmosphère est à l’origine de ce réchauffement. Attention : ce n’est pas “l’effet L A GÉOPOLITIQUE DES QUOTAS de serre” en soi qui est en cause mais l’effet de serre ADDITIONNEL, lié aux rejets de GES depuis le début Face à l’imminence des conséquences, essentiellement de l’ère industrielle ! L’effet de serre est un phénomène désastreuses, du changement climatique sur l’Homme naturel sur notre planète Terre, qui nous permet d’avoir et les écosystèmes, la nécessité impérieuse de conclure une température moyenne à la surface du globe de au niveau international un accord est apparue dès le l’ordre de 15.5°C. Sans cela, elle serait proche de -18°C, début des années 1990. Au Sommet de la Terre à Rio de un milieu bien trop glacé pour l’espèce humaine ! Le Janeiro en 1992, 150 pays signent la Convention cadre phénomène est simple. Les rayons du soleil (dans les des Nations Unies sur le Changement Climatique. Ils longueurs d’onde du visible) chauffent la planète Terre. s’engagent à “stabiliser les concentrations de GES dans Elle émet alors un rayonnement infrarouge, ▼ en partie piégé par les GES (H2O, CO�, CH4, etc.) présents dans l’atmosphère, dont extrait du rapport du GIEC* 2007. l’une des propriétés chimiques est d’absorber le rayonnement infrarouge. Cela contribue à conserver l’énergie de ce rayonnement dans notre immense “serre”, c’est-à-dire l’atmosphère, et à la réchauffer. Ainsi, plus la quantité de gaz est importante dans l’atmosphère, plus le piégeage, et le réchauffement donc, est accentué. Ce phénomène s’est amplifié avec l’augmentation des GES depuis 150 ans, et se poursuit à grande vitesse aujourd’hui. Les conséquences sur l’environnement, les ressources vitales, la production alimentaire et la santé notamment sont encore mal connues et difficiles à appréhender. Elles pourront être positives, comme l’extension de l’aire géographique de certaines espèces (ex., le chêne vert pourrait pousser jusqu’à Paris), mais surtout négatives (ex. la montée du niveau moyen des océans et la submersion d’îles, la disparition d’écosystèmes fragiles, l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation d’espèces animales ou végétales, l’arrivée de nouvelles anthropique dangereuse du système climatique”. C’est maladies et surtout l’augmentation des sécheresses). En là que l’idée de valoriser les capacités de séquestration de Guyane, entre les relevés de 1980-1999 et les années CO₂ de la forêt germe. Il faut pourtant attendre février 2080-2099, le GIEC* prévoit une augmentation de la 2005, et la ratification du Protocole de Kyoto – élaboré température de l’air de l’ordre de 3,3°C en moyenne en 1997 – par la Russie, pour que cette lutte prenne une

Configuration du réchauffement climatique à la surface du globe

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sciences

QUE SAIT-ON AUJOURD’HUI SUR LE RÔLE DE LA FORÊT GUYANAISE DANS LE CYCLE DU CARBONE ?


l’erythrine de Montravel

La vie aérienne d’un arbre Une saison en

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etude

du littoral

TEXTE & PhOTOS Tanguy deville ▲Surprise par l’arrivée brutale d’un Mango à cravate noire, une Ariane de Linné quitte précipitamment son perchoir. Une saison en Guyane 03

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sur l’erYthrine La vie aérienne d’un arbre du littoral

e

n Amazonie, la floraison des arbres est généralement annuelle, et souvent très précise dans le temps. D’une année à l’autre, elle se produit à la même époque, et l’ensemble des arbres d’une même espèce et d’une même population fleurissent en même temps. La pollinisation des fleurs peut ainsi se faire d’un individu à l’autre, assurant le brassage génétique. Les arbres produisent des fleurs adaptées à leurs pollinisateurs pour les attirer en grand nombre. Les fleurs sont colorées, odorantes ou sucrées, et leurs formes conviennent aux insectes, oiseaux, ou chauve-souris, chacun trouvant une nourriture abondante correspondant à ses besoins.

Un combat

▲ oppose deux Arianes de Linné. Suite à une attaque dans son dos, l’individu perché a basculé en avant et est resté pendu par les pattes, la tête en bas. L’autre Ariane reste en vol stationnaire devant lui, et provoque une séries de cris agacés.

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Dans cet article, nous proposons le récit de la floraison d’un arbre commun dans les jardins de Guyane : l’Erythrine ou Immortelle, Erythrina indica. Cet arbre, originaire d’Asie du Sud-Est, a été planté sur tous les littoraux tropicaux du monde, comme plante ornementale. L’arbre qui nous intéresse pousse au pied du Montravel, dans un jardin à une encablure de la plage. Il est très imposant pour cette espèce, et sans doute assez vieux, les branches les plus hautes atteignant une vingtaine de mètres. En Guyane, la forêt s’étend jusqu’au littoral et vient s’échouer contre l’océan en une déferlante verte et vivante. Une vie qui bruisse jusque dans les jardins et les abattis*. Elle nous entoure et fréquente les lieux proches de nous : les haies, les buissons, les bosquets, les arbres. Ces éléments du paysage nous sont familiers, mais notre regard

en décèle rarement la complexité. Notre vision est fondamentalement différente de celle d’une fourmi, d’un lézard ou d’un oiseau. Nous offrons aux arbres un regard d’esthète s’ils s’avèrent jolis, fleuris, ou assez grands pour attirer l’attention, un regard intéressé aux arbres fruitiers. Mais pour la faune, ils sont un habitat, un perchoir, une source d’alimentation, milieu de vie avant d’être élément décoratif. La floraison est l’occasion de passer du temps dans un arbre, à observer la vie en ses tableaux changeants et fugaces. Nous allons nous intéresser ici aux oiseaux. Les fourmis qui occupent les branches creuses, les papillons de passage, les abeilles butineuses, toute la petite vie invertébrée volante et courante sera mise de côté. Un monde pourtant vaste, imbriqué à celui des oiseaux, gigogne du nôtre, tous reliés les uns aux autres. La vie est par essence complexe, l’ignorance seule la simplifie. L’Erythrine commence à fleurir début avril. Toutes les branches ne fleurissent pas en même temps. La floraison s’étale ainsi sur plus d’un mois. Les branches basses commencent et se couvrent de grandes fleurs rouge vif. Chaque inflorescence dure une dizaine de jours et s’ouvre petit à petit, de l’intérieur vers l’extérieur, laissant un accès aisé aux pollinisateurs. L’arbre est pollinisé par les insectes et par les colibris. La floraison, abondante, représente pour ces oiseaux une importante source de nourriture. Pour les oiseaux d’un secteur, un tel arbre à la floraison annuelle fait sans doute partie de leur culture locale. Ils connaissent son emplacement et viennent en grand nombre s’y nourrir quand les fleurs s’épanouissent. Pendant les dix jours passés dans l’Erythrine, nous avons observé huit espèces de colibris : l’Ermite hirsute (Glaucis hirsutus), le Mango à cravate noire (Anthracothorax nigricollis), la Coquette huppe-col (Lophornis ornatus), l’Emeraude orvert (Chlorostilbon mellisugus), l’Emeraude à menton bleu (Chlorestes notata), la Dryade à queue fourchue (Thalurania furcata), l’Ariane vert-doré (Amazilia leucogaster) et l’Ariane de Linné (Amazilia fimbriata). Aubaine


▲▼

Une femelle de Mango à cravate noire butine les fleurs de l’Erythrine, en vol stationnaire.

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Saut* Gaan Chiton

à l’étiage en saison sèche.

Sur le Maroni, Un site à la biodiversité et à l’histoire exceptionnelles A la fin du XViiie siècle, les chefs Aluku et Boni à la tête d’un petit groupe d’esclaves marrons quittaient la région de la rivière Cottica à l’Est de Paramaribo pour se réfugier sur le Maroni. C’est vers 1791 qu’ils fondèrent leurs premiers villages en amont de cette succession de sauts* que l’on allait appeler “Abattis Cottica”. repoussé peu après en amont par les hollandais alliés aux N’djuka, ils ne revinrent s’installer définitivement Une saison en

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Biodiversité

aBattis cottica

dans ce qui allait devenir le pays Aluku que 40 ans plus tard. Aujourd’hui les abattis* Cottica marquent une frontière naturelle entre les Pays Aluku et djuka, témoins de leurs affrontements passés. ils restent un lieu marqué par la forte valeur culturelle que leurs accordent les descendants des chefs Boni et Aluku. Mais c’est aussi une combinaison extraordinaire de paysages naturels présentant une biodiversité des plus remarquables. Une saison en

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CultureLesaluku Abattis Cottica

Circonscrite entre le fleuve Maroni et son affluent la rivière du petit Abounamy, à une journée de pirogue de Grand Santi en aval, les abattis* Cottica constituent la porte d’entrée du pays Aluku et de ses villages situés immédiatement en amont. A partir de saut* Lessé dédé soula, il est tout de même nécessaire de remonter la quinzaine de kilomètres de méandres que forment les Abattis Cottica avant d’atteindre les premiers villages de l’Enfant perdu sur Gaan Tabiki (la grande île) et de Cotticadorp sur la rive surinamaise. Aux plus hautes eaux en juin, alors que le fleuve aura noyé toutes ses aspérités, une petite heure sera suffisante pour réaliser ce trajet. A

partir d’octobre, un paysage complètement minéral prendra place et seuls ceux qui vivent ici sauront retrouver leur chemin dans ce dédale, faisant preuve d’une dextérité hors du commun pour franchir les sauts les plus difficiles. Au fil de l’eau

Très linéaire en amont, le fleuve limite la perception que l’on a de son environnement immédiat en le parcourant en pirogue. Au niveau de l’îlet d’Assissi, la montagne se dévoile majestueusement dans le paysage en dominant le vieux village Aluku. A partir de là se dévoile toute une série de panoramas des plus diversifiés, qui offrent une véritable composition scénique des paysages parcourus. Une fois passé Gaan Tabiki, le Lawa s’ouvre largement sur une succession de sauts qui ne se découvriront que tardivement dans la saison sèche, égrenant une infinité de rochers au sein de ce vaste plan d’eau. A partir de Gaan Chton soula, le saut du grand rocher, la montagne qui est encore là toute proche va s’effacer alors que la pirogue pénètre dans l’un des nombreux méandres du fleuve. Au fil des passages à travers l’abondante forêt de berge, se succèdent alors des paysages plus intimistes, entrecoupés de ruptures minérales formées par les sauts. Plus en aval le paysage s’ouvre à nouveau au niveau de Saut Léssé Dédé, saut emblématique

©CNES/Distribution Spot Image/Traitement SEAS Guyane

L

e long du Maroni, sur sa portion appelée Lawa, se situent les Abattis* Cottica, site emblématique du pays Aluku, où la montagne du même nom domine le fleuve sur une de ses parties les plus majestueuses. Il est ici fragmenté en une infinité de bras et d’ilôts forestiers, entrecoupés de sauts* spectaculaires. Sur la rive droite, la montagne Cottica, ou Lebi Dotsi en Aluku, culmine à un peu plus de 730 mètres, soit un des plus hauts reliefs de la Guyane. Cette proximité du fleuve au pied de la montagne constitue une combinaison de paysages exceptionnels. Riches d’une diversité d’habitats naturels abritant une faune et une flore, nous vous proposons de la découvrir au fil de ces lignes.

La salade coumarou,

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◄ Mouera fluviatilis, plante aquatique poussant sur les rochers des sauts des Abattis Cottica.


Les abattis Cottica

◄ image SPOT 5 du 10 août 2008

Classement des Abattis Cottica à l’inventaire des sites et monuments naturels. instauré par les lois de 1906 et 1930, l’inventaire des sites et monuments naturels est le plus ancien dispositif de protection du patrimoine français. il vise à préserver des éléments du paysage, que ce soit des grands ensembles ou des éléments plus ponctuels, qui présentent un intérêt majeur en raison de leur caractère artistique, historique, légendaire, pittoresque ou scientifique. Un premier niveau de reconnaissance de l’intérêt d’un site est possible avec son inscription à l’inventaire. Cette disposition relativement souple mais peu contraignante, peut être renforcée par le classement du site, si celui-ci présente un intérêt majeur au niveau national ou internationale et si les enjeux concernant sa conservation justifient de mettre en œuvre des mesures de protection plus fortes. En un siècle ce sont plus de 2600 sites qui on été classés et prés de 4800 qui sont inscrits, soit 4 % du territoire national. Parmi les sites classés on retrouve le massif du Mont Blanc, le Mont Saint Michel, les falaises de Marie Galante en Guadeloupe, ou le cimetière du PèreLachaise à Paris. La Camargue représente le plus grand site inscrit sur plus de 100 000 hectares. L’inventaire des sites et monuments naturels n’a été déployé que dans les années 80 en Guyane. Seuls 14 sites sont aujourd’hui inscrits, principalement sur le littoral, les îles du Salut, les Monts de Cayenne, les centres anciens de Cayenne et Saint Laurent du Maroni… Le dernier site, les abattis Cottica, a été inscrit en 2005. Cette inscription offre une première reconnaissance à ce patrimoine exceptionnel. Le classement des abattis et de la Montagne Cottica a été proposé depuis. il visera à consacrer au niveau national la valeur de ce grand site d’exception témoignage du marronnage, où la valeur du paysage extraordinaire est très étroitement liée à sa forte identité culturel et historique pour la communauté Aluku.

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La levée de deuil (PUU BAAKA )

CHEZ LES ALUKU

Texte Marie fleury - Photos Jean Hurault MARRONAGE

L

►Accueil des Busiman par les femmes portant des bannières où flottent les pagnes (pangi)(à droite). ▼Coiffure traditionnelle dite paata ede (“tête plate”) (en bas à gauche) ▼Les femmes déposent les plats traditionnels devant les capitaines : à noter l’importance du riz. (en bas

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es Aluku sont un des six groupes de Noirs marrons vivant en Guyane française et au Suriname. Ce sont des descendants d’esclaves qui avaient fui les plantations hollandaises au XVIIIe siècle, et avaient trouvé refuge dans la forêt. Les Boni sont un des derniers groupes à s’être formé vers 1769 sous les ordres de Boni, qui était né dans la forêt d’une femme ellemême fugitive. Un autre chef, plus agé, s’appelait Aluku et s’occupait plutôt de la vie au village, des femmes et des enfants, tandis que Boni dirigeait les hommes qui partaient à la guerre (Hoogbergen, 1985). Entre 1776 et 1777 les Boni traversèrent le Maroni pour s’installer du côté français sur la crique Sparouine. Ils y rencontrèrent l’hostilité des Ndjuka avec lesquels ils entrèrent en conflit. Après divers épisodes sanglants, ils remontèrent le Maroni en 1791 et s’établirent le long du Lawa. Les Ndjuka s’installèrent le long du Tapanahoni et un traité de paix fut signé plaçant les Boni

sous la tutelle des Ndjuka. La convention francohollandaise signée à Albina en 1860 libéra les Boni de la tutelle des Ndjuka, et les plaça sous la protection des français. En 1890 lorsque le Lawa fut reconnu comme frontière officielle entre les Guyane hollandaise et française, les Boni choisirent de vivre sous l’autorité française. La départementalisation en 1946 puis la création des communes en 1969 a transformé leur statut en citoyens de nationalité française (De Groot, 1984; Romny, 1861). STRUCTURE MATERIELLE

SOCIALE

ET

VIE

Leur structure sociale est basée sur un système matrilinéaire*. Il existe huit lignages subdivisés en clans qui choisissent un capitaine (edeman) et des porte-parole (basia) pour les représenter au conseil des anciens (lanti kuutu). Le grand chef coutumier (gaan man) rassemble les pouvoirs politiques et religieux. Chaque lignage possède un


cultures

Jean Hurault : un précurseur de l’ethnologie guyanaise Jean hurault (1917-2006) géographe français a passé toute sa carrière à l’institut Géographique National (iGN). Polytechnicien, il intègre cet institut en 1942 et y conservera un bureau jusqu’à sa mort, sa retraite étant survenue en 1982. Cartographe et géomorphologiste de formation, il s’intéresse pourtant très tôt aux sociétés humaines. Sa mission officielle en Guyane fut de livrer la carte définitive de notre département. Ce à quoi il va s’attacher sur le terrain, essentiellement entre 1947 et 1962. L’intérieur de la Guyane restait, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, imparfaitement cartographié et l’on se basait encore à l’époque sur la carte d’henri Coudreau réalisée à la fin du XiXe siècle. Ayant découvert très tôt l’Afrique, il y consacra l’essentiel de ses efforts de terrain après 1965. Pourtant, c’est à la Guyane que sera consacré l’essentiel de son œuvre publiée. il a 81 ans, en 1998, lorsqu’il effectue sa dernière mission dans le haut Maroni. En outre de son immense travail cartographique, il a réalisé une importante recherche ethnologique puis historique et démographique en Guyane. C’est dans l’optique très pratique d’un employeur, qu’il s’est intéressé, dans un premier temps, aux populations de l’intérieur qu’il rencontrait lors de ses missions géographiques. il travaille tour à tour ou simultanément avec les Créoles, les Saramaka et les Wayãpi de l’Oyapock, les Boni (Aluku), les Wayana puis enfin

les Emerillon (Teko). C’est ce contexte particulier de vie partagée en forêt qui permit vraiment l’essor de sa vocation d’ethnographe. On ne peut ainsi séparer son œuvre sur les Wayana de celle sur les Noirs Marrons, tant les équipes des missions géographiques étaient mixtes et tant les informations recueillies sont contiguës. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’un des ouvrages les plus consultés de hurault, publié en 1965, s’intitule La vie matérielle des Noirs réfugiés Boni et des Indiens Wayana du haut Maroni (Guyane française) : agriculture, économie, habitat. Mais c’est surtout aux Boni (Aluku) que Jean hurault a consacré un effort scientifique particulier avec de nombreux articles et deux gros ouvrages Les Noirs Réfugiés Boni de Guyane Française et Africains de Guyane, ce dernier traitant surtout de l’expression artistique de ce peuple. Jean hurault s’est montré très moderniste en matière d’image puis de son. il contribua en particulier au progrès de la photographie aérienne. il comprendra aussi très tôt l’importance ethnographique irremplaçable de photos, de films puis d’enregistrements. Ses photos (indiens de Guyane : Wayana et Wayampi de la forêt) et ses films (Les funérailles de Kotoida) ont connu une bonne diffusion, même si une importante partie de ses archives visuelles reste méconnue. En particulier, il tenait pour un art mineur la photographie en couleur et s’est toujours refusé à publier les diapositives doublées destinées à une lecture stéréoscopique. Pierre Grenand Une saison en

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Culture aluku lieu de prière (faaga tiki) ou l’on pratique le culte des ancêtres. Le pays traditionnel aluku se situe sur le haut Maroni, sur la portion du fleuve appelée Lawa, entre les confluences du Tapanahoni en aval et du Marouini en amont. Le plus gros village est Kormontibo-Papaïchton devenu commune en 1976. Il existe aussi un village aluku sur le bas Maroni, créé en 1882 par Apatou après son retour de France. Apatou est devenue une commune française en 1976, après division de la commune de Grand-Santi-Papaïchton-Apatou. Tous les villages sont installés le long des cours d’eau et les Noirs marrons se sont spécialisés dans la fabrication de canots monoxyles* ou pirogues (boto) qu’ils équipent de moteurs hors-bord, leur permettant des déplacements rapides. Ils se sont également spécialisés dans le transport de marchandises entre les différents villages et le littoral. Ils commercent jusqu’à St Laurent du Maroni, sous-préfecture de Guyane, où les Noirs marrons représentent une grande majorité, surtout depuis la guerre civile de 1987 au Surinam qui a vu affluer un grand nombre de réfugiés venant du pays voisin. Les Aluku pratiquent une agriculture itinérante sur brûlis où le manioc amer tient une place prépondérante. Les femmes le transforment en une farine torréfiée, le couac

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(kuaka) qui est à la base de l’alimentation. Cette farine qui peut se conserver très longtemps au sec est bien adaptée au mode de vie lié à des déplacements très fréquents. En effet, les Aluku possèdent fréquemment plusieurs lieux d’habitations : village traditionnel lié au matrilignage, habitations de culture, lieux de travail saisonnier pour les hommes, lieu de résidence administrative où les enfants sont scolarisés…

Après la mort, il rejoint les autres esprits des Ancêtres (gaan yooka) qui continuent de veiller sur les vivants ; ils peuvent même venir posséder des membres de leur lignage. (Hurault, 1961) Les ancêtres sont donc très respectés ; on leur fait des offrandes et des prières régulièrement. Les fêtes de deuil notamment soulignent l’importance du rôle des Ancêtres à travers un certain nombre de rituels qui doivent se dérouler de manière organisée.

LE CULTE DES ANCETRES

La religion est basée sur le culte des ancêtres, qui tient une place prépondérante dans l’organisation tant sociale que religieuse. Tous les villages traditionnels sont pourvus d’un faaga tigi où sont pratiquées les prières et les libations aux Ancêtres. En effet si les Aluku croient en un Dieu créateur, Masa Gadu, et en un certain nombre de divinités (Ampuku , Kumanti, Papa Gadu, Kantaasi, Tone …), les principaux cultes se réfèrent aux Ancêtres qui continuent, de l’au-delà, à régenter les rapports entre les Vivants. La conception de l’être humain est complexe et fait référence non seulement au corps physique (sikin), mais à une part de divin, l’akaa, qui reste attaché à une personne durant sa vie, et ensuite retourne au divin. Le nemseki provient de la réincarnation d’un Ancêtre, et est responsable de certains éléments de la personnalité. Le yooka, conscience ordinaire de l’Homme, constitue sa personnalité.

LA LEVÉE DE DEUIL : PUU BAAKA

“Le puu baaka c’est le dernier repas que l’on partage avec le défunt. Son esprit part ensuite rejoindre le monde des Ancêtres, c’est pour cela que c’est la fête de deuil la plus importante, celle où l’on prépare le plus de nourriture”. Louis Topo, 1987. Les fêtes de deuil sont aussi une manière de se commémorer la vie durant la fuite de l’esclavage, les “premiers temps”, l’époque où les Ancêtres avaient fuit dans la forêt, poursuivis par les Hollandais et leurs alliés, les marrons pacifiés Ndjuka. La première étape est la préparation de la boisson fermentée à base de jus de canne à sucre (kien). Ce sont les hommes qui procèdent à la coupe de la canne (koti kien) puis à son pilage (fon kien). Le pilage a lieu la nuit, en tournant autour d’un canot creusé grossièrement dans un tronc d’arbre (kien


boto). Une partie du jus est conservé tel quel pour les libations, et le reste est bouilli (boli kien), pour qu’il puisse se conserver jusqu’à la fête. On laisse ensuite ce jus fermenter une à deux semaines, le temps de faire les autres préparatifs. Ensuite, les hommes partent en forêt (busiman e guwe) pendant environ une semaine. Ils sont accompagnés de quelques femmes assez jeunes qui vont s’occuper de préparer les repas et nettoyer le gibier. Il s’agit de chasser et pêcher suffisamment pour nourrir les nombreux invités à la fête de deuil. Ces parties de chasse et de pêche se déroulent le

plus souvent dans les abattis* Cottica (cf article p. 78). Elles sont l’occasion de retrouver la vie dans les bois ; seules les denrées de base sont apportées (couac, sel, huile…) ; les journées sont occupées à chasser et à pêcher, pour la consommation sur place mais surtout pour rapporter au village des vivres en quantités suffisantes pour les fêtes à venir. On boucane la viande et le poisson. En saison sèche, on organise la pêche à la nivrée : on utilise des plantes ichtyotoxiques qu’on dilacère dans l’eau pour paralyser les poissons : il suffit ensuite de les ramasser à la main, ou à

▲Durant toute la nuit (booko de), les musiciens jouent du tambour. ◄Les femmes viennent déposer les galettes de cassave préparées pour la levée de deuil (à gauche). ◄Retour du doo udu : on est allé chercher du bois pour le feu, au rythme des tambours à bord des pirogues)

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arts marrons

Focus sur l’art tembe ave c l e mu s é e d e s c u l t u r e s g u ya n a i s e s

l

es bushinengé (ce nom vient de Bush Negroes qui signifie Nègres des bois), encore appelés “noirs marrons”, sont les descendants d’esclaves africains qui ont fui les habitations coloniales du Suriname et trouvé refuge dans la forêt entre le milieu du 17ème et la fin du 18ème siècle. ils ont su s’adapter à un environnement nouveau et créer des sociétés originales. Plusieurs de ces communautés vivent en Guyane : les Aluku ou Boni, les Saramaka, les Ndjuka et les Paramaka. Elles représentent environ 20 % de la population globale du département. L’art et l’esthétique sont omniprésents dans la vie quotidienne des marrons. de nombreux objets usuels sont ainsi sculptés, gravés, brodés ou peints. Les pratiques artistiques, acquises dès le plus jeune âge, doivent être maîtrisées au sortir de l’adolescence. Certains domaines et matériaux sont réservés aux hommes (travail du bois, peinture, sculpture), tandis que les femmes excellent dans les travaux d’aiguille (broderie, patchwork, appliqué) et la gravure sur calebasse. Les objets présentés ici, représentatifs de la production artistique des groupes “marrons” des Guyanes française et surinamaise, appartiennent aux collections du Musée des Cultures Guyanaises.

▲ ◄ Moyens de transports privilégiés entre les villages, les pirogues bushinengé sont toujours décorées. Il en est de même des pagaies dont la taille, la forme et le décor varient selon le propriétaire ou la provenance. Les pagaies utilisées par les femmes sont beaucoup plus courtes et moins larges que celles des hommes. Chez les Aluku, le manche des pagaies féminines ou masculines est orné de motifs souvent complexes. Les lames sont, elles, toujours peintes. Chez les Saramaka, les ornements sont plus sobres.

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►▲Les peignes sculptés, fréquemment offerts aux femmes par les hommes, s’inscrivent dans la relation amoureuse ou conjugale. Ils ont évolué avec le temps et ont connu des modes. La multiplicité des formes et des décors témoigne de l’immense créativité des sculpteurs. Les peignes les plus anciens, souvent abandonnés après usage, sont très rares. Ils ont été décrits comme étant de grande taille et peu ajourés. Les années 70 ont vu apparaître des peignes en aluminium et un modèle associant au manche en bois des dents en rayons de bicyclette.

◄Autrefois très élaborés, les décors de façade de maisons bushinengué se limitent aujourd’hui à la porte ou à son encadrement. L’utilisation de peintures industrielles, aux couleurs vives et brillantes, accentue les contrastes. Les motifs peints ou sculptés sont toujours élaborés dans une parfaite symétrie.

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ECOTOUrSiME

Randonnée

sur le Mont Chauve

Trekking vers Saut Grand Machikou

Le Mont Chauve

▼ et en arrière plan le pic du croissant dans la réserve Naturelle des Nouragues.

Jour n°1 Cinq ans après, nous revoici à l’aéroport de rochambeau, prêts pour une deuxième expédition. deux rotations d’hélicoptère emportent les six aventuriers et deux guides que nous sommes au Mont-Chauve. du ciel, nous ne mettons pas longtemps à constater qu’en quelques années la forêt, de vierge qu’elle était, s’est muée en un gruyère troué de mines d’or sauvages et a été saignée par de grandes pistes forestières. Mais déjà apparaît la montagne convoitée. Après un atterrissage sans histoire, nous constatons avec soulagement qu’elle est intacte. Canicule et impressionnant silence, l’ambiance est de nouveau au rendez-vous. Au sommet, les nouveaux de l’expédition galèrent pour monter le camp car ils ne maîtrisent pas les nœuds… Ensuite, chacun y va de sa petite exploration pour, après un coucher de soleil sublime, se retrouver autour d’une bonne fondue suisse (et oui, nous ne sommes pas moins de sept helvètes sur huit) ! Le ventre bien rempli, nous passons une nuit calme, presque trop chaude. Jour n°2 A six heures du matin le soleil se lève, nous avec. L’immensité forestière ne manque pas de nous impressionner. Aujourd’hui, après une descente assez raide depuis le haut de l’inselberg où nous campons, nos pas nous portent au bord d’une petite crique, baptisée “Snaky Beach”. Nous passons notre journée à apprécier la fraîcheur de l’air et à nous baigner dans 10 cm d’eau. En remontant en fin d’après-midi, nous rencontrons des guêpes, première expérience d’une longue série. La nuit tombe. Au menu du dîner : vin, ti-punch et pizza cuite à même la roche. Jours n°3 et 4 Les choses sérieuses commencent. Ca monte raide, ça descend raide, sans compter les counanas, palmiers piquants, ainsi que le passage de quelques endroits boueux et de criques. Après rectification de notre trajectoire, c’est l’apothéose : la cascade recherchée est là devant nos yeux. L’endroit est tellement magnifique que nous décidons d’y passer notre jour de réserve, qui sera rythmé par des explorations individuelles, la remise en ordre du matériel, mais surtout un violent orage nous obligeant à somnoler tout l’après-midi dans nos hamacs. Jour n°5 En compagnie d’une petite couleuvre d’eau capturée la veille, la progression reprend. L’environnement forestier est variable : chablis, “autoroute”, boue et les “méchants” counanas. L’orage d’abord et les pluies diluviennes ensuite nous douchent tout l’après-midi. Plus aucun signal satellite ne passe et nous nous

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Mont Chauve

réserve Naturelle des Nouragues Pic du Croissant

n

Saut Grand Machikou

5 km

trompons de cap. Après quelques heures passées dans une ambiance « électrique », nous retrouvons notre convivialité grâce au tipunch du soir, apprécié dans une sorte de salon constitué de feuilles de palmes à même le sol. Jour n°6 La très longue marche du sixième jour est brutalement interrompue. Alerte aux fourmis ! Leur attaque massive oblige même certains à se déculotter… Un bain-douche dans une cascade que l’un de nous vient de repérer apaise tout le monde. Jour n°7 Le relief accidenté occasionne quelques glissades, des pertes d’équilibre et parfois des chutes, ce qui complique notre progression. Nouvelle cascade au loin. L’un de nous part en éclaireur. Mis à part l’accueil “chaleureux” que lui réservent un petit serpent grage et un nid de guêpes, c’est bon ! Nous nous posons là pour la nuit. Jour n°8 Au loin le moteur d’une pirogue se fait entendre, signe que nous nous rapprochons de l’Approuague, sans pour autant l’atteindre aujourd’hui. Nos rencontres animalières

Montagnes Balenfois continuent : une biche, un pac et deux chauvessouris. Jour n°9 Un troglodyte chanteur nous réveille. Notre dernier jour de marche en forêt est ponctué de troncs glissants et de passages de végétation dense qu’il est nécessaire de sabrer. Malgré les guêpes qui toujours nous accompagnent, nous apprécions la beauté de la forêt avant que l’Approuague ne s’offre à tous nos sens. Mais le rêve prend brusquement fin : le sol est jonché de détritus et de bidons d’essence, une odeur de benzine plane dans l’air et la couleur ocre du fleuve indique la présence d’une source d’orpaillage en amont.

Vue 3D

▲ de la randonnée, orientée vers le sud-ouest.

Jours n°10 à 12 Le retour sur régina se fait en pirogue. Après un arrêt de deux jours à SautAthanase, un bus ramène toute notre petite équipe sur Cayenne.Nous reviendrons ! E.Jantet d’après un récit de T.Lehmann Photos O.Tostain Ecobios ©Ecobios - P. Juillerat.

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Semestriel, Une Saison en Guyane N°3  

Une saison en Guyane est un magazine sur la Guyane, et toutes les Guyanes depuis l'Amazone jusqu'à l'Orénoque. Biodiversité, conservation, c...