Page 1

Guyane Une saison en

Guyane Une saison en

amérindiens

a la rencontre des atikamekw awala yalimapo, kali’na hier et aujourd’hui LEs guerres du XVIIe siècle Portfolio 6 nations

hydroélectricité Le barrage de petit saut Le géant de Belo monte

Mars la rouge Le lamentin

DOM/S : 6,50€ - CAL/S : 900 CFP – POL/S : 950 CFP – PORT.CONT : 7,20€ - MAR : 78 MAD CAN : 11,50$CAD

L 18058 - 10 H - F: 6,50 € - AL

10

n°10 - février à juillet 2013

Dossier


février à juillet 2013

Guyane Une saison en

w w w. u n e - s a i s o n - e n - g u y a n e . c o m

Voilà déjà 5 ans que Une saison en Guyane est présent dans les kiosques, merci à vous ! Pour ouvrir ce 10ème numéro, nous avons souhaité donné la parole à une représentante de la communauté amérindienne de Guyane. Avec l'univers autochtone, c'est la question de l'energie hydro-électrique qui est au coeur de ce numéro. Les centaines de projets de barrages en cours dans la région amazonienne pourraient mettre en péril les écosystèmes forestiers, et parfois le mode de vie des populations sylvicoles. Nous avons voulu en savoir plus. Pierre-Olivier Jay

Edito

de Anne-Marie Chambrier Présidente de l’association Fédération Lokono de Guyane

L’année 2012 a marqué une étape importante dans l’histoire des amérindiens de Guyane au travers de deux événements fortement symboliques : la célébration de la journée autochtone internationale, le 9 août 2012, sur la Place des Palmistes de Cayenne ; et l’inauguration du monument “Chaman”, qui commémore l’antériorité de la présence autochtone en Guyane et affirme la reconnaissance des six nations amérindiennes. Ces manifestations, qui valorisent nos identités culturelles trop longtemps ignorées, ont pu se concrétiser grâce à un partenariat entre la Fédération des Organisations Autochtones de Guyane, les autorités coutumières, les associations amérindiennes et la région Guyane. Peut-être sont elles le signe d’une volonté de mieux prendre en compte les problématiques propres aux peuples autochtones ? Cette réflexion doit être fondée sur notre légitime aspiration : vivre dans un système français sans oublier nos racines amérindiennes, et en préservant nos valeurs identitaires. Elle devrait conduire à élaborer un programme cohérent de développement pour les peuples autochtones, pour décliner des projets dans plusieurs domaines essentiels. La langue autochtone est ainsi un enjeu majeur : elle doit être reconnue en tant que langue régionale et enseignée dans les écoles. A cette fin, les Intervenants en Langue Maternelle (ILM) doivent avoir un statut d’enseignant spécialisé. L’avenir des populations autochtones dépend aussi des conditions de

Avec

le soutien de

formation universitaire de nos frères des communes éloignées. C’est pourquoi, il est urgent de réaliser un Centre d’Accueil à proximité de Cayenne. Par ailleurs, l’autorité coutumière est fondamentale dans la préservation des valeurs autochtones. Or, elle repose sur les Chefs Coutumiers, qui doivent avoir un statut juridique reconnu. Cependant, cette question ne peut-être dissociée de celle de la terre, aussi nous reformulons le souhait que soit réexaminées et validées les nouvelles demandes foncière ainsi que les demandes d’extension des zone de droits d’usage collectif.. Les peuples autochtones ont compris depuis longtemps que La TERRE MERE est la vie de l'humanité et que la survie d’un peuple passe par la préservation de la nature. Conscients du mal que les Hommes lui infligent, nos autorités refusent toutes activités liées à l’orpaillage illégal sur nos territoires, si préjudiciables à l’écosystème et à la santé des frères du Maroni et de l’Oyapock.C’est la raison pour laquelle nous préconisons la vigilance et la réflexion avant tout acte de signature de la charte établie par le Parc amazonien de Guyane. De manière générale, nous souhaitons que les pouvoirs publics travaillent avec les organisations autochtones sur des projets de développement économique durable, et de protection de la biodiversité. Pour construire l’avenir de notre pays, nous avons besoin de toutes ses forces vives ; c’est pourquoi les peuples autochtones de Guyane doivent être acteurs dans toutes les instances décisionnaires.

Avec

l a c o l l a b o r at i o n d e

Une saison en

Guyane 10

1


Sommaire

10 - février 2013

32

46

52 Ecologie

Une saison en

2

60 Faune 68

Guyane 10

Hydroelectricité

Amérindien

2

24

84 96

106


OMMAIRE

▼Arbre fromager (Ceiba pentandra ) sur la Haute Waki (assemblage réalisé à partir de 9 photos de Tanguy Deville)

4...............................................bruits de la forêt 8 Des asso qui font avancer la G uyane 10 Conte palikur Es t wa gid a h a n p a h a v w i a m e ke n e g ik a k m a r u k si 14 jOURNAL DES GUYANES 18................................autour de la question ? Amérindienne 24 ...............................................................Wemotaci

Comm unauté am é rindie nne A t ikam e kw au Q ué bec

32 Vanneries Des us ages e t des symbole s 40..........................................De terre et de sang L es guer res ent re I ndiens e t F rançai s 46........................Portfolio, 6 nat ions - 6 langues 52 awala yalimapo Ter ri toire Kali'na h ier e t aujourd' h ui 60.................................La couleur des oiseaux 68

Le lamantin U ne s irène loin des s t rass

76.........................................................Mars L a Rouge

84...............................................................petit saut 10 a ns d' hydroé lec t rici té au se r v ice de la G uyane

96 Belo Monte Rés is tances s ur le X ing ú 106...............................................................Saint-élie Au pays de l'or e t des mer veil le s

112.............................................................Portfolio L a route de l'ar t 120 Livres, B ande dess inée e t bon de commande . . Une saison en

Guyane 10

3


LANGUES

Conte palikur

La femme baboun

Estwa gidahan pahavwi amekene gikak maruksi

Il

y a bien longtemps, un homme venait de perdre sa femme. Après l’avoir pleurée des jours et des nuits, après son deuil et sa peine, il se consola. Il recommença à vivre sa vie de tous les jours. Tous les matins, il allait faire son canot, puis il revenait chez lui. Cela dura à peu près deux semaines. Un jour qu’il était dans la forêt en train de faire son canot, il entendit des babouns chanter à proximité de l’endroit où il se trouvait. Il se dit en lui-même : - Je vais aller en tuer pour mon repas, car je n’ai rien à manger aujourd’hui. Il y alla et en tua deux. Il revint dans son carbet et s’empressa de les nettoyer. Il décida d’en faire cuire un pour son repas du jour et de faire boucaner l’autre, qui était une femelle. Un autre jour, l’homme repartit faire son canot dans les bois. A son retour il trouva son carbet bien rangé, ses vêtements bien lavés et son cachiri était pressé et passé dans le manaré1, et tout prêt dans une calebasse. Sans se poser de questions, il but bien vite son cachiri, prit son bain et se reposa. Cela dura quelques jours. Quand il rencontrait des gens de sa famille, il leur demandait : - Est-ce vous qui êtes passés chez moi ? Et ils lui répondaient : - Non, ce n’est pas nous. Cela dura quelques jours. Un jour, il se mit en colère : quelqu’un avait mis le doigt dans son cachiri. Cela l’inquiéta, mais le fait de trouver son carbet propre, son repas prêt, ne l’inquiétait guère, car il pensait que c’était quelqu’un de sa famille qui le faisait. Il retourna dans la forêt faire son canot non sans avoir réchauffé son boucané de baboun.

Pahavwi amekene gihayo miyop. lg amekene ig tihep, tihep, ig kadni guharit gihayomni. Amaviyemni kisepka, ig kavusa kannivwi ke pitatyebe. Mpuse hawkanawa ig tivik adah kehne gihmun. Aygete ig diyuhe givinwat. Inin dahwa pina paka hene. Pahay hawkri ayhte ahavrik, ku aysaw ig kanivanene, ig tima maruksi awna. lg amekene awna : - Nah haviste maruksi ad ahan numana, awaku yumah ariknawnama paytrik. Ig tivik, ig havis piyana. Ig diyuhe givinwa. Ig sakahpta piyamate giwin. Ig sakehe pahavwi adahan gaaxni, ig masere pahavwi. Heneme neg pariye ig masere egu tine. N awenye hawkri akiw, ig amekene tivik. Ku aysaw ig diyuhe givinwa aygete, ig uti givin sagahka kabayhtiwa, gisimsa sukuhbetaki, giwohkisni adahkawa kuwis, ahegbet agiku tumowri. Amekene maviyvi higemni, ig ka ivegmina gihiyakemni awaku ig givewkan pahavwi ariwntak gikebyuvwi maVIya ayge giVInwa. lnin dahwa kibite hawkri. Ku aysaw ig patiptak pahavwi gaytakkis gikebyuvwi, ig ayap ta gitkis : - Mmah yis mpiya nuvinwa ? Avanenekwa egkis kaytwa : -Ka usuhma. 1 : Sorte de tamis.. Une saison en

10

Guyane 10


Alors qu’il était à l’ouvrage, il entendit un bruit derrière lui. Il se retourna et vit une jeune femme avec une belle chevelure rousse. «Tiens, c’est une femme, mais d’où vient-elle ? » Elle s’approcha de lui et lui dit bonjour. L’homme s’empressa de lui répondre chaleureusement. La femme vint s’asseoir à ses côtés. Il déposa sa hache et fit une pause, assis à côté d’elle. Ils parlèrent de choses et d’autres. Soudain elle lui demanda : - Est-ce que je te plais ? Est-ce que tu veux de moi pour femme ? L’homme répondit : - Si tu veux bien de moi, moi aussi. Je suis un homme courageux au travail, j’ai déjà un certain âge, et ma femme est morte il y a peu de temps. Elle dit : - Si c’est comme ça, eh bien je serai ta femme. Je prendrai soin de toi comme ta première femme. L’homme répondit : - Très bien, sois ma femme. Mais la femme dit : -Je ne partirai pas tout de suite avec toi dans ton carbet, il faut que j’aille d’abord en parler à mes parents. S’ils sont d’accord, alors je deviendrai ta femme. Ce jour-là elle prépara le repas, ils se baignèrent et passèrent le restant de la journée ensemble dans la forêt. La nuit commençait à tomber quand elle lui dit : - Je vais partir, car il va bientôt faire nuit.

Inin dahwa mpuse hawkri. Pahay hawkri ig dagawne. Ig hiyap hiyeg giwakdukwen ahakwa giwohkisni. Hewke akiw ig diyuhe amun gannivwi. Ku aysaw ig kanivanene, ig sarayh givegyi, ig hiyap pahavu tino duruwe gusemnu. Eg ayta hiyara gimkat. Ig amekene abet gihiyakemni awna : - Kitakva nor barewyo tino pes ? Egme tino ayta wadit gimkat. Eg batahkiswa kenesa gihumwa. Kuri eg awna ta git : - Ba pis batekye nukakuh ? Ba pts muwaka nah uges pihayo ? Ig amekene kaytwa : - Ku pis batek nukakuh, nah hahwata. Nah wadisewne hiyeg, nah kuwis kiyavuhtewne hiyeg, nuhayo miyuvi ka kuriyenema kuwis. Eg awna : - Nah kamaxwepte. Nah avuriwvi hawata ke pihayo pitatyebe. Amekene kaytwa : - Ihi, giwn, nah kamaxwepte. Eg tino awna git : - Heneme nah kote tivikte pihapti. Nah diyuhte nah kinetihwate gikak nukebyuvwi. Ku pis hiyap nnaguh gikak niguh kaytwa ihi, nahte tivikte pihapti ta pivinwat. Eg ayge mataytak gimun, eg masaya, gikepten, egkis axno, awkevyokis gikak gigihgi, awaku gigihgiwa kuwis. Aygete daraka kamuw, eg awna git: Une saison en

Guyane 10

11


DOSSIER Amérindien

Autour de la

question ?

A mérindienne Jocelyn Thérèse / ANNE MARIE CHAMBRIER Fédération des Organisations Autochtones de Guyane (FOAG) Florencine Edouard Organisation des Nations Autochtones de Guyane (ONAG) Brigitte Wyngaarde Association Hanaba Lokono Jammes Panapuy Parc amazonien de Guyane Hélène Sirder Région Guyane Jocelyn Thérèse est président de la FOAG, Anne-Marie Chambrier est vice présidente de la FOAG - Florencine Edouard est coordinatrice générale de l’ONAG - Brigitte Wyngaarde est présidente de l’association Hanaba Lokono, gestionnaire des terres de Balaté à SaintLaurent du Maroni, anciennement Chef coutumier - Jammes Panapuy, chef de la délégation Oyapock au Parc amazonien de Guyane - Hélène Sirder est 2ème vice président du Conseil Régional de Guyane - Déléguée à l'environnement et au développement durable.

Foncier 1. Les zones de droits d’usage collectif (ZDUC), définies par arrêté préfectoral, délimitent des territoires pour les activités et l’habitat des populations. Comment envisagez-vous l’avenir de ces territoires à la lumière des outils d’aménagement tels que le Schéma d’Aménagement Régional, les Plans Locaux d’Urbanisme, les différentes zones protégées ?

Une saison en

18

Guyane 10

B. Wyngaarde. Les zones de droits d’usage sont des espaces précaires : ces droits – de nature personnelle - peuvent être retirés sur décision du préfet. Comment bâtir l’avenir sans droits réels et pérennes ? Les communautés doivent accéder à la propriété collective de leurs terres. FOAG: Les ZDUC actuelles ne doivent pas être modifiées au vu des plans d’aménagement actuels, les ZDUC futures doivent être établies suivant les demandes des peuple autochtones, selon les droits antérieurs dont ils disposent.

La réforme du code du domaine de l’Etat au regard des normes de la C169 [convention n°169 de l’Organisation internationale du travail] est recherchée.Par ailleurs, l'arrêt de la cour interaméricaine des droits de l'Homme stipule que, si un État ne reconnaît pas ou ne restitue pas les droits territoriaux, alors le peuple autochtone dispose de ces droits, de manière intemporelle, suivant les normes internationales. J.Panapuy : (…) L’avenir de ces territoires passe par une meilleure compréhension par les chefs coutumiers et les habitants des différents types de zonage et autres plans d’aménagement. D’autre part, il ne faut pas freiner le développement économique attendu par la population de Camopi bourg par exemple. Les chefs coutumiers et les chefs de villages doivent réfléchir ensemble pour une meilleure gestion de leurs espaces ; les habitants veulent bien préserver les ZDUC, pourtant la zone de cœur du Parc national renforce et consolide le droit pour les habitants de créer un village, de faire un abattis, de pêcher et de chasser. La commune envisage de faire une carte communale, une partie de la ZDUC actuelle sera supprimée et remplacée par un périmètre choisi par les habitants pour permettre le développement économique dans le bourg de Camopi. ONAG : Il y a en effet une incohérence entre les arrêtés et la règlementation, et entre les arrêtés eux-mêmes. Ces arrêtés montrent que la pratique administrative est très variable selon les zones géographiques. (…)Ces arrêtés relèvent des dispositions sur les ZDUC et des concessions dépassées. (…) L’alternative serait soit d’abroger la ZAR pour construire un tout nouveau statut particulier, soit actualiser son objectif et ses conditions de mise en œuvre. (…) Nous proposons donc l’idée de faire de la notion des “ communautés ” et des “ ZDUC ” des autorités et des lieux de “développement autonome”. Région : Dans le cadre de son avis rendu lors de l’assemblée plénière du 27 novembre 2012 sur le projet de charte du Parc amazonien, la Collectivité régionale a précisément émis des réserves sur l’enchevêtrement des règlementations (Zones d’Accès Réglementé, Zones de Droit d’Usage Collectif, cœur de


▼Célébration de la journée autochtone internationale, Cayenne, le 9 août 2012.

Parc…), qui pose clairement la question de l’applicabilité de la charte dans certains cas. développement durable 2. Jusqu’à aujourd’hui le mode de vie sylvicole des populations amérindiennes, basé sur la chasse et l’abattis, est un gage de préservation pour la forêt de Guyane. A l’avenir, la croissance démographique des villages, l’électrification, les produits de consommation ne pourraient-ils pas remettre en question le développement durable des communautés ? Jammes Panapuy : (…) La mutation de ces sociétés est engagée depuis des dizaines d’années et elle s’accélère de plus en plus. C’est pour cela qu’il est important de faire un gros travail sur l’éducation à l’environnement pour que le fleuve ne devienne pas une poubelle et que la forêt ne devienne pas un désert. Il convient aussi de valoriser et de préserver certaines pratiques traditionnelles qui sont respectueuses de la nature et d’assurer leur transmission aux jeunes générations. ONAG : Nous sommes conscients que nous avons laissé se détériorer, suite à l’inertie du gouvernement français, nos territoires et leurs

ressources au profit des entreprises privées. Mais nous utilisons toutes nos énergies pour obtenir la reconnaissance de nos droits de premiers occupants, afin de construire sur cette base un avenir acceptable pour les générations futures. Nous savons que nous n’avons plus le choix.

années, voire plusieurs décennies. Et chaque acteur (Etat, Région, mairies, Parc amazonien…) a le devoir d’accompagner au mieux cette évolution inéluctable, afin qu’elle soit le moins génératrice possible de tensions individuelles et collectives.

Brigitte Wyngaarde : Les sociétés communautaires sont fragiles, et tous les changements sont de nature à remettre en cause, voire à bouleverser les conventions, les usages et l’ordre établi. Le danger est que les amérindiens vivent ces changements en tant que sujets passifs, et non en qualité de décideurs.

Langues

FOAG : La question des peuples autochtones est liée implicitement à la question de la décolonisation (…). Le mode de vie, le transfert de technologies propres et les modes de gestions coutumiers, permettent aux peuples autochtones d’être plus efficaces que les aires protégées ou les PSE [paiements pour services environnementaux] (…). Le mode d’agriculture Wayana est reconnu par l’UNESCO (…). Toutefois, d’autres technologies doivent être implantées comme l’agroforesterie, ou la culture sur champs surélevés qui est aussi une technologie amérindienne. Région : Mais c’est déjà le cas depuis plusieurs

3. Aujourd’hui, l’école ne donne que trop peu de place aux langues natives amérindiennes, si ce n’est aucune, alors qu’elles sont primordiales pour la culture de ces nations. Les États généraux du multilinguisme qui s’étaient tenus à Cayenne en 2011 avaient rappelé l’intérêt d’un apprentissage scolaire prenant en compte dès la petite enfance les langues maternelle et républicaine. Comment donner enfin une vraie place aux langues amérindiennes ? Brigitte Wyngaarde : Toutes les langues amérindiennes sont en danger, aucune ne jouit du statut de langue "véhiculaire" qui permettrait d’éviter la désuétude à moyen terme. Les communautés amérindiennes sont des sociétés dominées, et dans un contexte de mise en concurrence, leurs langues seront inévitablement supplantées. Dans le contexte français et guyanais, la domination économique, sociale,

Une saison en

Guyane 10

19


DOSSIER Amérindien

wemotaci,

communauté amérindienne atikamekw au québec

24

Village autochtone dans la grande forêt boréale québécoise, sur les bords de la rivière St Maurice, Wemotaci pourait être le double nordique d’un village amérindien guyanais. Les Atikamekw qui y vivent ont d’ailleurs reçu à plusieurs reprises des guyanais Une saison en

24

Guyane 10


voyages ◄La piste

de Wemotaci existe depuis 1995.

d’origine amérindienne, et certains d’entre eux ont même fait le voyage jusqu’en Guyane. Francophones, mais parlant leur propre langue, les Atikamekw, le peuple de l’écorce, vivent à quelques centaines de kilomètres de Montréal de la grande ville de Montréal, ► Une saison en

Guyane 10

25


DOSSIER Amérindien

Vanneries amérindiennes de Guyane

Des usages et des symboles

Q

uand on pénètre dans un village ou un carbet amérindien, les objets qui attirent notre regard sont bien souvent des vanneries. Elles constituent le mobilier le plus important de l’habitat amérindien. De nos jours en Guyane, on connaît plutôt les grandes corbeilles palikur, les éventails à feu en fibres d’awara des Kali’na, les pochettes nommées pagras en créole ou bien les fameux manarés en arouman. Mais nombre d’autres vanneries demeurent encore utilisées de nos jours dans les foyers amérindiens du littoral et de l’intérieur. La grande majorité des vanneries est tressée grâce aux fibres d’aroumans (Ischnosiphon obliquus et I. arouma, Marantacées) mais les vanniers utilisent également avec grande dextérité les fibres du palmier awara (Astrocaryum vulgare), du kunana (Astrocaryum paramaca), du muru-muru (A. sciophilum), du comou (Oenocarpus bacaba) ou du wassay (Euterpe oleracea) ou bien la liane franche (Heteropsis flexuosa, Aracées) et la liane sipo (Thoracocarpus bissectus, Cyclanthacées). De nombreuses autres plantes sont également indispensables pour ligaturer les bords, consolider les hottes, teinter les fibres ou faire office de bretelles.  Au total, plus de 100 espèces botaniques entrent dans la confection des vanneries en Guyane. De riches motifs figuratifs ou stylisés ornent tous ces objets de grandes qualités esthétiques. Ces représentations graphiques et ces formes sont issues d’une représentation du monde particulière plongeant leurs racines dans les mythes et les savoirs empiriques de ces peuples.

▲Kumalak (wayana) : milan à queue fourchue (Elanoides forficatus)

▲Tepisi wayãpi : couleuvre à manioc ►Pëmït wayana : corbeille à farine avec pieds.

Une saison en

32

Guyane 10


Culture

Des formes et des usages

En Guyane française, il existe plus de 200 formes de vanneries différentes tressées par les Amérindiens, les Créoles ou les Noirs-Marrons. Seuls les sept peuples amérindiens de Guyane (Arawak-Lokono, Apalaï, Kali’na, Palikur, Teko, Wayana et Wayãpi) continuent à en tresser la majeure partie. Ces vanneries participent à toutes les phases de la vie de ces communautés. On les utilise pour la chasse, la pêche, l’agriculture, le transport, la cueillette, le jeu, les cérémonies, le séchage du coton, mais surtout pour la cuisine. En effet, près de 50 % des vanneries tressées par les nations amérindiennes de Guyane servent à transformer le tubercule de manioc en aliment prêt à consommer. Manioc et vanneries

Le manioc est fondamental dans l’alimentation des sociétés forestières de Guyane. C’est la forme amère qui est majoritairement cultivée et consommée chez les Amérindiens. Pour rendre comestible ce tubercule, les Amérindiens ont dû mettre au point tout au long de leur histoire des outils élaborés afin de le transformer en aliments divers et variés. Ce tubercule hautement valorisé est présent tous les jours dans leur vie que ce soit sous formes de galette (cassave), de farine torréfiée (couac), de condiment (tukupi ou couabio), de boisson (cachiri) ou d’empois (takaka). La presse à manioc ou couleuvre, tressée en arouman, est l’outil fondamental intimement lié à la consommation du manioc amer. Elle est le

▲ Catouri en liane franche ▼Artisan tressant une vannerie ajourée en arouman.

Une saison en

Guyane 10

33


De terre et de sang

L es guerres entre I ndiens et Fe r ançais dans la G uyane du XVII siècle

C

Terra nullius

onquistadors et autres explorateurs européens, venus chercher aux Amériques gloire et fortune, n’hésitaient pas à user de violence envers les populations rencontrées. Les Indiens, décrits dans les premiers temps comme pacifiques, vont rapidement changer d'attitude suite aux pillages dont ils sont les victimes. Amerigo Vespucci, longeant les côtes de l’actuel Venezuela en 1499 vers l’Orénoque, écrivait : « Il nous arriva d’engager avec ces tribus de fréquents combats, car ils ne voulaient à aucun prix nous permettre de débarquer dans leur pays. » (Quatuor navigationes 1507) Après les aventuriers, vinrent les marchands. Dès le milieu du XVIe siècle, des négociants normands commercent le long des côtes guyanaises. Ils échangent outils, couteaux, hameçons et verroteries contre bois précieux, peaux et hamacs avec des profits conséquents. Dans leur course aux gains, ils volent, tuent et enlèvent hommes et femmes pour les réduire en esclavage. Si la rencontre entre l’Ancien et le Nouveau monde est marquée par la violence, celle-ci prend une nouvelle ampleur avec l’arrivée

des premiers colons. A peine débarqué, le moindre condottière plante une grande croix, fait célébrer la sainte messe, crie vive le roi et se prétend dès lors seigneur et maître de contrées immenses. L’Amérique n’était pourtant pas Terra nullius, (terre n’appartenant à personne) et les Galibis de Guyane se chargeront de le rappeler aux envahisseurs. Quand débute cette histoire, les Indiens avaient déjà fait échouer au moins trois tentatives de colonisation Européenne de la Guyane. Le fou au manteau d’écarlate

En 1643, une Compagnie formée à Rouen obtient du roi de France la concession de toute la région comprise entre l’Orénoque et l’Amazone. Le gouverneur normand, Charles Poncet de Brétigny, débarque en Guyane en novembre 1643, avec près de 300 hommes. Ils établissent un petit fortin en bois sur la colline escarpée de Ceperou qui domine l’océan, la rivière de Cayenne et les terres environnantes. Les lieux ont déjà été occupés par les Hollandais, puis abandonnés après leur guerre perdue contre les Galibis. De cette époque, les Français découvrent un puits comblé et empoisonné. Ils vont le dégager et y laisser une sentinelle nuit et

▲Détail du planisphère de

Martin Waldseemüller (1507), avec la 1ère mention de l’Amérique.

◄ «Français aidant des Indiens dans une bataille». Th. de Bry, XVIe siècle.

Une saison en

40

Guyane 10


histoire DOSSIER Amérindien jour « afin d’empêcher les sauvages de faire encore la même chose. » (Boyer 1654) Français et Galibis sont pourtant alliés contre leurs ennemis communs, Hollandais et Indiens Aroüagues, et échangent des articles européens contre de la nourriture. Les colons se contentent en effet de chasser « et à peine défrichèrent-ils quelque coin de terre pour y cultiver des légumes », témoigne Boyer. Selon ce chroniqueur, l’insuffisance de nourriture mais également la violence et le despotisme du gouverneur envers ses propres hommes, les poussent à la révolte. Mais Brétigny profite de leurs mésententes pour reprendre le commandement, et, plus intraitable que jamais, essaye alors d’imposer ses règles aux Galibis. Après la disparition en mer du seul chef Indien qui le soutenait, les autres, écrit Boyer, ne cherchèrent plus « que l’occasion de se défaire de nous. » En mai 1645, Bretigny fait arrêter deux Galibis accusés d’avoir comploté contre sa personne. Les prisonniers parviennent cependant à s’échapper à la nage... Furieux, le gouverneur

se lance immédiatement à leur recherche avec 16 soldats et « quantité de poudres et de plomb. » Pensant les surprendre, ils remontent une rivière, mais échoient sur un campement de Galibis : « Monsieur de Bretigny, saisi de peur, s’embarqua dans son canot avec tout son monde, où il ne fut pas plutôt entré qu’il se vit environné de tous côté d’un si grand nombre de sauvages que les deux bords de la rivière en étaient tous couverts ; et la salve des coups de flèches qu’ils lui firent fut si dru, qu’il n’y en eut jamais que deux de sauvés à la nage, qui furent pourtant repris bientôt après et faits leurs esclaves. Le premier coup qu’un borgne lui décocha fut entre les deux yeux, que ce misérable mourant tachait de couvrir avec son manteau d’écarlate, en leur demandant quartier. » Boyer 1654 Les Galibis attaquent alors toutes les habitations françaises et hollandaises de la région avant de se regrouper pour donner l’assaut final au fort de Ceperou. « Ils furent en si grand nombre, raconta Paul Boyer, que l’on eut dit que chaque

▲L’arrivée de la Compagnie des 12

seigneurs à Cayenne en 1652. Affiche de Israel Silvestre, 1653.

Une saison en

Guyane 10

41


Portfolio

Mirto Linguet

6 nations - 6 langues

Atayumale nation wayana : Haut-maroni

Nelik?

C’est ce qu’on se dit (wayana) lorsqu’on se rencontre. Sa traduction est multiple: ça concerne la vie de tout les jours (pêche, chasse, travail, sexe...). La traduction littérale est « Qu’est-ce-tu as eu?/Tu as trouvé quelque chose ?»…

(famille caribe) Une saison en

46

Guyane 10


Culture DOSSIER Amérindien

Albert alatoe nation kali’na : littoral ouest

Yupa ma !

(Bonjour en Kali'na) (famille caribe) Une saison en

Guyane 10

47


DOSSIER Amérindien

awala yalimapO Territoire kali’na

hier et aujourd’hui

Un hamac au bord de la plage sous les cocotiers. Des Amérindiennes fabriquant des colliers à l’ombre d’un carbet. D’imposantes tortues marines déposant leurs œufs dans le sable sous un ciel étoilé. Voila des clichés souvent associées à Awala Yalimapo. Pourtant, à bien observer l’histoire récente de ce territoire, cette impression de calme et d’intemporalité est trompeuse. En quelques décennies, la vie des Kali’na d’Awala Yalimapo a évolué de manière spectaculaire…Focus sur une commune en mouvement.

▲Carte de l'estuaire du Maroni et de la Mana. Jesse de Forest (1623) ►Stéréographie du bagne des Hattes. Une saison en 52

Guyane 10


société Entre Maroni et Mana : un pays kali’na

L

e nombre d’Amérindiens présents sur le territoire guyanais à l’arrivée des premiers colons est difficilement quantifiable aujourd’hui. Toutefois, la majorité des chercheurs s’accorde à dire qu’il était important. Pour certains il est même possible que la population amérindienne à cette époque ait été supérieure en nombre à la population guyanaise actuelle. Positionné à la fois en bord de mer et à l’embouchure des fleuves Maroni et Mana, le territoire de la commune d’Awala Yalimapo devait être particulièrement attractif et, accueillir une population très importante. Les nombreuses découvertes de céramiques ainsi que la présence des champs de culture surélevés de Piliwa en atteste. De même, lorsque l’anglais Lawrence Keymis longe les côtes des Guyanes en 1596, il note à l’embouchure du Maroni la présence d’un très gros village kali’na (« very great town » dans le texte original), déjà nommé “ Iaremappo ”. Au cours des décennies suivantes, les maladies apportées par les colons, bien plus que les combats, ont considérablement réduit le nombre d’Amérindiens (cf. article p.40). Au milieu du XIXème siècle, le nombre de Kali’na vivant en Guyane et à l’Est du Surinam ne s’élevait probablement plus qu’à quelques centaines.

Une saison en

Guyane 10

53


couleurs

des oiseaux

60

Une saison en

60

Guyane 10


écologie

En Guyane, la couleur des oiseaux est source d'émerveillement pour les observateurs attirés par l’esthétique du monde naturel. Mais au delà de leur beauté, les couleurs jouent un rôle important dans la vie des oiseaux. Outil de communication pour attirer les partenaires ou échapper aux prédateurs, l’évolution les façonne en fonction de leur utilisation. Une saison en

Guyane 10

61


LE LAMANTIN

Une sirène loin des strass

68

Une saison en

68

Guyane 10


U

n dos, un museau, une nageoire caudale... C’est à peu près tout ce que le lamantin daigne dévoiler aux observateurs attentifs du littoral guyanais. D’ordinaire discret, le lamantin l’est encore plus dans les eaux turbides des côtes de Guyane. Il fréquente en effet les milieux côtiers et les eaux saumâtres. Il est donc susceptible d’être observé dans les estuaires des rivières côtières, les savanes inondées et autres marais, les abords de mangroves ou encore autour des zones rocheuses à proximité des plages. Avec une taille et un poids pouvant atteindre 4m et 800 kg, l’animal est le plus gros mammifère d’Amérique du Sud. Appartenant à l’ordre des Siréniens (qui comprend également les dugongs, dans l’Océan indien) et à la famille des Trichechidae, Trichechus manatus – c’est son nom scientifique – est l’une des 3 espèces de lamantins qui évoluent entre la côte ouest‑africaine, l’Amazone, les Caraïbes et la côte est des Amériques. Son aire de répartition s’étend sur des milliers de kilomètres, des côtes brésiliennes à celles de Floride, où l’on distingue une sous-espèce (Trichechus manatus latirostris).

Un lointain parent des éléphants

Strictement herbivore, le lamantin est un brouteur opportuniste. Graines flottantes, herbiers sous-marins, jeunes pousses de palétuviers, jacynthes d’eau, racines, etc. Tout y passe ! Ce régime alimentaire et sa taille

Une saison en

Guyane 10

69

faune

Paisible herbivore aquatique, le lamantin est un animal mythique sur le plateau des Guyanes, d’autant plus qu’il est très difficile à apercevoir dans les eaux troubles des rivages amazoniens. Cette espèce vulnérable attire aujourd’hui l’attention des scientifiques et des pouvoirs publics.


Mars MArs 1

la Rouge

76

Une décennie d’exploration de Mars, premiers bilans

C

▼Paysage de Utopia Planitia prise par l’atterrisseur Viking-2. La zone de prélèvement des échantillons en vue de la recherche de la vie est visible sur le sol.

omptant parmi les toutes premières destinations de l’exploration spatiale, Mars, avec la Lune, est à ce jour la planète qui a reçu la visite du plus grand nombre de missions. Ces campagnes d’exploration ont à chaque fois levé un coin du voile entourant la planète rouge, sans pour autant répondre à la question cruciale : a-t-elle un jour hébergé la vie ? Avec l’émergence de l’ère spatiale, l’évolution des connaissances de Mars a connu deux périodes importantes. D’une part dans les années soixantedix, d’autre part dans la dernière décennie. Après les premières images de Mariner-4 en juillet 1965 révélant une surface désolée et grêlée de cratères, trois missions américaines, Mariner-9

en 1972 suivi par les 2 missions Viking en 1976, vont bouleverser nos connaissances de cette planète. La cartographie de Mars sera établie en globalité avec une résolution d’un kilomètre et 100 mètres localement. Apportant les preuves qu’un liquide a coulé jadis sur Mars, ces images sont indiscutables : des fleuves asséchés similaires à nos fleuves terrestres sont observés ; des régions ayant subi une débâcle dévastatrice sont également identifiées. Ces débâcles ont laissé des traces de l’érosion de cratères de taille kilométrique. Seuls des arguments d’ordre thermodynamique et chimique laissent penser que c’est bien de l’eau qui a coulé même si on n’en a pas encore formellement la preuve. De plus les conditions actuelles de pression (la pression sur Mars est équivalente à la pression à 30 km d’altitude sur Terre) et de température (typiquement entre 0° et - 80° C) ne permettent pas à l’eau d’exister sous forme liquide, d’où la difficulté. Les sondes Viking étaient également équipées de trois expériences de recherche directe d’une vie actuelle à la surface de Mars. Mais celles‑ci n’ont pas détecté la moindre trace d’activité biologique. Mars en surface est considéré comme stérile pour trois raisons : absence d’eau liquide, sol très oxydant qui oxyde toutes molécules organiques en oxydes de carbone (CO et CO2) empêchant la possibilité de synthèse de molécules complexes voire pré-biotiques

Une saison en

76

Guyane 10


◄Reconstitution du globe de Mars à partir des images prises par les orbiteurs Viking. au centre le gigantesque canyon, Valles Marineris, découvert par Mariner-9 en 1972. Cette vallée est profonde par endroit de 8 à 9 km et longue de plus de 4000 km. A gauche les trois volcans de Tharsis. nécessaires à la formation du vivant ; enfin absence de couche d’ozone sur Mars qui a pour conséquence que les rayons ultraviolets d u Soleil atteignent la surface et stérilisent toutes bactéries qui s’y trouveraient. Après une absence de deux décennies, l’exploration de Mars a repris avec l’arrivée de Mars Global Surveyor en septembre 1997. Toujours en lien avec le lancinant problème de l’eau, la caméra de MGS a permis d’obtenir des images d’excellente qualité, et en particulier des observations très surprenantes ont été obtenues et révélées en 2000 : des écoulements ayant provoqué des ravines sont parfaitement visibles sur des centaines de sites, principalement concentrés dans l’hémisphère Sud. Le fait remarquable est que ces écoulements, qui vont de quelques centaines de mètres à un kilomètre, semblent très récents ! Ces ravines se seraient formées sous un climat actuel, d’où la surprise et le questionnement que provoqua cette découverte et les discussions qui s’ensuivirent ne sont toujours pas achevées. Un mécanisme faisant appel à de la saumure, de l’eau liquide très riche en sels pourrait expliquer les observations.

pour la première fois la composition de la glace aux pôles de Mars. Cet instrument a la capacité de faire à la fois des images et des spectres (dans le visible et l’infrarouge) ce qui permet de déterminer la composition minéralogique des matériaux de surface. Début 2004, Omega a cartographié la calotte résiduelle alors que le pôle Sud est en été. La partie claire de la calotte s’avère être constituée d’une couche de givre de glace carbonique dont l’épaisseur n’est que de quelques mètres. Au-dessous se trouve un glacier d’eau plus ancien de quelques kilomètres d’épaisseur qui a une teinte plus sombre par rapport au CO2 solide d’un blanc très clair. Cette détection est la première identification de présence d’eau sur Mars. Pour la première fois, des roches sédimentaires ont été identifiées et c’est au robot mobile Opportunity qu’on le doit. Seulement

▼Le télescope spatial Hubble

a pris ces deux images de Mars en juin et septembre 2001. Une tempête globale de poussière s’est déclenchée obscurcissant l’atmosphère si bien que la surface devient pratiquement invisible.

Il faudra attendre l’arrivée de Mars Express pour avoir la première détection directe de l’eau. En effet l’instrument français Omega a analysé

Une saison en

Guyane 10

77

science

La planète rouge est la dernière frontière humaine. Associé à la Nasa, le CNES participe aujourd’hui à un ambitieux programme d’exploration spatiale, qui s’est concrétisé par l’atterrissage du rover curiosity en août 2012. La planète a-t‑elle connu la vie avant de plonger dans la solitude minérale ?


Petit Saut barrage de petit saut 1

84

18 ans d’hydroelectricité au service de la Guyane

Depuis 1994, le barrage de Petit Saut sur le Sinnamary et son immense retenue d’eau fournissent plus de la moitié de l’électricité de la Guyane. à l'heure où se pose la question d'un second grand barrage pour subvenir aux besoins croissants de la Guyane en énergie, retour sur une aventure humaine, scientifique et économique chargée de remous. Une saison en

84

Guyane 10


▲Le lac de retenue du barrage

de Petit Saut est le plus vaste de France avec 350 km2.

Une saison en

Guyane 10

85

Dossier hydroélectricté

A

Petit Saut, comme souvent, tout commença avec la construction d’une route. Une fois le lieu du barrage décidé, la première étape fut la création d’une bande d’asphalte de 27 km entre la route de Kourou et le lieu du barrage, afin d’acheminer le matériel. Aujourd’hui ce serpent de bitume, entre la RN1 et le barrage de Petit Saut, est interdit au public. Seul le personnel travaillant sur le barrage, pour EDF ou pour le laboratoire d’analyses environnementales Hydreco, a le droit de l’emprunter. On croise parfois quelques quads de la gendarmerie ou des touristes ignorants au milieu de la cinquantaine de carcasses de voitures qui jonchent les bas-côtés. Ce cimetière d’épaves, brûlées par dizaines, serait dû en partie à l’orpaillage illégal mais surtout à des voleurs qui viendraient désosser les voitures volées, puis les brûler sur cette piste reculée, pour ne pas être retrouvés. Quand le chantier du barrage commence en 1989, la route a été construite et ouverte par EDF. Elle est ensuite rétrocédée à l’Etat, qui par défaut la confie à l’Office National des Forêts en tant que route forestière. Faute d’entretien, la route se dégrade et devient inadaptée à la circulation, le préfet l’interdit au public en 2001. Aujourd’hui, il faudrait environ 4 millions d’euros de travaux pour la remettre en état et en attendant, les agents d’EDF appellent régulièrement des services extérieurs pour évacuer les carcasses qui la parsèment. Une fois dépassé ces épaves, esquivé de justesse les singes et les serpents, apparaît le barrage de Petit Saut. Au cœur de la forêt équatoriale de Guyane, d’une hauteur de 35m et long de 750m, ce monstre de


Belo Monte RĂŠsistances sur le XingĂş Belo Monte 1

96

Une saison en

96

Guyane 10


Cayenne

Macapa

Altamira

▲Un camion brûle à l’entrée du chantier de Belo Monte, alors qu’un travailleur quitte les lieux après la grève. Novembre 2012.

des émeutes viennent stopper les trois chantiers du plus gigantesque ensemble hydroélectrique amazonien, qui devrait aboutir en 2019 au 3ème plus grand barrage au monde. Ce n'est pas la première fois que ce projet très polémique est en panne, mais cette fois ce n'est ni une décision juridique, ni une manifestation indigène, ce sont les travailleurs eux-même qui ont détruit le matériel et certains baraquements. « Le consortium Norte Energia ne respecte pas les clauses de nos contrats de travail, et les syndicats ne nous soutiennent pas dans nos revendications » explique un des 16 000 travailleurs qui souhaite, on le comprend, garder l'anonymat. Il faut dire que si l'état brésilien vient de débloquer 22 milliards de reals pour la construction du barrage sur la rivière Xingú, les travailleurs, eux, ne perçoivent généralement qu'un salaire de base de 3,1 réals de l'heure, soit 1,5 euro. De plus ils ne sont autorisés à rentrer chez eux qu'après leurs six premiers mois de labeur sur le chantier. Ainsi donc, après des années de rebondissement, de manœuvres politiques, de duels entre tribunaux, le projet titanesque de barrage sur le Xingú continue de passer en force, et cela malgré la controverse environnementale1 et l’occupation intermittente du site par différents groupes contestataires. Si des soubresauts judiciaires sont encore à attendre, rien ne semble maintenant pouvoir se mettre en travers de la construction de l'ouvrage hydraulique, nouveau pilier de l'essor économique du Brésil.

1 Début août 2011, la banque européenne d’investissement (BEI) renonça à financer le plus grand barrage d’Afrique, situé en Ethiopie, après les conclusions d’un rapport confirmant le manque de consultation des peuples de la vallée de l’Omo affectés par le chantier, et surtout les craintes qui pesaient sur leur survie alimentaire, les décisions rendues plusieurs fois par le tribunal d' Altamira furent en adéquation avec les conclusions de la BEI.

Une saison en

Guyane 10

97

Dossier hydroélectricté

Novembre 2012,

Le troisième plus grand barrage du monde est en construction dans l’état du Pará, sur la rivière Xingú, un affluent de l’Amazone. Le projet pharaonique révèle les tensions du nouveau modèle de développement brésilien en Amazonie, et ses dommages. Peut-on promouvoir une énergie durable en détruisant la forêt et le mode de vie des populations sylvicoles ?


Saint-élie Au pays de l’oretdes merveilles

▲ La mairie souhaite profiter de l'exceptionnel plan d'eau du barrage pour attirer les touristes.

Une saison en

106

Guyane 10


Lac de Petit Saut Saint-Elie

C

’est souvent l’une des dernières qui nous manque. Quand on se met à recenser les vingt-deux communes que compte la Guyane, Saint-Elie n’est pas du genre à être citée la première. C’est plutôt celle qu’on a sur le bout de la langue, dont on connaît l’existence mais qu’on a tendance à oublier. Et pour cause. Plus personne ou presque ne met les pieds là-bas. Il faut être maire, gendarme ou orpailleur, pour aller voir ce qu’il s’y passe. Et s’armer de temps, et de patience. Techniquement déjà, la seule route d’accès est strictement fermée à la circulation. Ce chemin sinueux de 27 km creusé entre savane et forêt permet normalement aux seuls agents d’EDF d’accéder au barrage de Petit Saut depuis la RN1. Mais passons. Il s’agit ensuite de trouver un canot pour traverser le lac et atteindre, au bout d’une bonne heure et demie de slalom entre les arbres morts engloutis par le barrage, le débarcadère du PK6. Pour, enfin, terminer en quad ou en 4x4, et avaler 26 km de piste défoncée qui mènent au fameux bourg abandonné. Ce jour-là, surprise : on croise une petite équipe de quatre personnes embauchées par la mairie de SaintElie pour s’occuper des espaces verts. Les vêtements souillés par la latérite, les regards fatigués, les gars sont « heureux » de voir arriver la pirogue qui va les ramener « dans la vraie vie. » Comme le souffle le plus jeune d’entre eux, le visage caché derrière une paire de Ray Ban bien trop clinquante pour être vraie : « C’est pas trop tôt. Si vous saviez comme j’suis content de vous voir ». On sent que le cri vient du cœur. Debout sous la pluie, les bottes noyées dans la boue, la clope dans une main, la tasse de café dans l’autre, le jeune homme laisse échapper un grand soupir de soulagement. « Ça fait deux semaines que j’ai vu personne. Un jour de plus et je pétais un câble », lâche-t-il. Bienvenue à Saint-Elie ! Où le maire, Charles Ringuet,

Une saison en

Guyane 10

107

Dossier hydroélectricté

Longtemps gangrénée par l’orpaillage illégal, isolée de tout et abandonnée par ses propres habitants, la commune la plus oubliée de Guyane s’est lancée dans un ambitieux projet de repeuplement. Reportage.


Portfolio David damoison

Le photographe David Damoison arpente le “ Tout-monde ” cher à Édouard Glissant depuis plus de 20 ans. Dans le cadre de la 7ème biennale du marronnage en 2010, son “ voyage des sens ” l’amène pour la première fois à marronner sur les chemins de traverse guyanais. A l’occasion de son quatrième séjour amazonien, en conjuguant au présent les forces créatives si nombreuses ici, il travaille, avec l’association “ Chercheurs d’Art ”, à dévoiler “l’art que cache la forêt”

112

David Damoison s’inscrit dans cette école humaniste et engagée, qui de Dorothea Lange ou Walker Evans immortalisant l’Amérique de la Grande Dépression à Willy Ronis ou Brassaï et ses figures nocturnes des rues parisiennes, a su faire entrer dans la postérité les armées populaires du quotidien et du “ pays réel ” sans misérabilisme

▼ Albert Vola, PK 10 RD 9, Saint-Laurent-du-Maroni

Une saison en

112

Guyane 10


Culture

L a route de l’ art aucun. Sur les traces de l’ethnologue et photographe Pierre Verger, ou de Edward Sheriff Curtis, il documente aussi inlassablement les sociétés créoles et africaines, dans leur quotidien, leurs religions, leurs fêtes, leurs exils et leurs appartenances multiples. Il compose, sans exotisme, au plus près des corps, des visages et des figures des sujets emportés par le mouvement de la créolisation. Il était normal qu’il rencontre CHE, alias “ Chercheurs d’Art ”, association engagée depuis 25 ans à Mana et dans l’ouest guyanais, dans la promotion de l’art contemporain par l’évacuation des classements réducteurs qui enferment les artistes et leurs œuvres (arts premiers, arts décoratifs, arts populaires, savants, artisanat, etc...). David Damoison est ainsi devenu le photographe de “ Route de l’Art ”, projet au long cours mûri depuis maintenant 12 ans par Chercheurs d’Art : « Il s’agit d’identifier, d’inventorier, des hommes et des femmes, des pratiques, des objets, des savoirs, des savoir-faire, ... le long des routes de Mana, Charvein, Javouhey, Saint-Laurent, Awala-Yalimapo, … au cœur des bourgs, des campoes donc suivant un découpage territorial et technique et jamais ethnique ! » explique le plasticien et chef de projet

Patrick Lacaisse. Ce colossal travail concerne plus d’un millier d’œuvres, 150 à 200 artistes et 60 sites géographiques différents. Il débouchera sur l’édition d’un guide/catalogue devenant livre d’art grâce à David Damoison, et une signalétique de bord de route, à la fois reconnaissance et labellisation, et une exposition d’art contemporain inaugurale réunissant dans une vision historique contemporaine toutes les techniques présentes sur la “ route de l’art ” en transgressant les catégories d’art et d’artisanat, de culture populaire ou savante, vernaculaire ou mondialisée : bijoux, céramiques, corps tresses, ornements, accessoires, céramiques, textiles, vanneries, forge, peintures, bois, sculpture, calebasses, … L’ouvrage fera apparaître “ quatre-vingts ” portraits à travers “ sept parcours : la RN1 à partir d’Organabo ; le bourg de Mana ; Awala-Yalimapo et Coswine ; la RD8 par Charvein de Mana à Saint-Laurent ; Javouhey ; Saint-Laurent et ses quartiers ; et la dernière : Saint-Jean, Terre rouge ”. Les photographies de ce port-folio introduisent cette aventure. David Redon, avec la collaboration de Chercheurs d’Art - Légendes : Patrick Lacaisse/Chercheurs d’Art

▼ René Blaise, Awala. Une fois gravée, la calebasse est recouverte dans le creux avec un vernis végétal, le kumete, coloré de noir de suie ou de rouge avec le roucou

Une saison en

Guyane 10

113


A t e l i e r a y m a r A

Oui, je m'abonne pour un an

pour la version web !

M. Mme Prénom__________Nom_________________ Adresse_______________________________ _____________________________________ Code postal________Ville________________ Pays_________________________________ E-mail obligatoire_______________________

Guyane Une saison en

Oui, je m'abonne pour un an pour

recevoir les 2 prochains numéros A partir du n°___ M. Mme Prénom_________Nom________________ Adresse_____________________________ ___________________________________ Code postal_________Ville_____________ Pays_______________________________ E-mail______________________________

Prix seul : 9 €

Prix pour les abonnés de la version papier : 5 € Prix pour les professionnels : 20 € Je joins un chèque du montant de l'abonnement à l'ordre de Atelier Aymara, et je renvoie l'ensemble à :

Atelier Aymara - 34 rue Louis Blanc - 97300 Cayenne

Guyane : 15 € port compris France métropolitaine, Dom-Tom : 20 € port compris

Pays étranger : 25 €

Je joins un chèque du montant de l'abonnement à l'ordre de Atelier Aymara, et je renvoie l'ensemble à :

Atelier Aymara - 34 rue Louis Blanc - 97300 Cayenne Date________________Signature

Oui, je m'abonne quelqu'un d'autre

Date________________Signature

Oui, je commande des anciens

à Une saison en Guyane pour un an

numéros !

A partir du n°___ Je donne les coordonnées du destinataire de l'abonnement. M. Mme Prénom______________Nom______________________ Adresse________________________________________ ______________________________________________ Code postal____________Ville_____________________ Pays___________________________________________

Je commande les numéros ____________________

E-mail_________________________________________ Je donne mes coordonnées pour être joint en cas de problème Prénom________Nom____________________________ Email__________________________________________

Guyane : 15 € port compris France métropolitaine, Dom-Tom : 20 € port compris

Pays étranger : 25 €

Je joins un chèque du montant de l'abonnement à l'ordre de Atelier Aymara, et je renvoie l'ensemble à :

M. Mme Prénom_____________Nom__________________ Adresse____________________________________ __________________________________________ Code postal___________Ville__________________ Pays______________________________________ E-mail_____________________________________ Frais de port Guyane par numéro commandé : 2,50 € Frais de port France métropolitaine, Dom-Tom par numéro commandé : 5 € Frais de port pays étranger par numéro commandé : 10 € Je joins un chèque du montant total de ma commande à l'ordre de Atelier Aymara, et je renvoie l'ensemble à :

Atelier Aymara - 34 rue Louis Blanc - 97300 Cayenne

Atelier Aymara - 34 rue Louis Blanc - 97300 Cayenne Date________________Signature

Date________________Signature


Guyane Une saison en

n°ISSN : 1966-6446 Société éditrice : Atelier Aymara EURL de presse au capital de 5 000 € 34 rue Louis Blanc - 97300 Cayenne Guyane française. tel. +594 (0) 5 94 31 57 97 / +594 (0) 5 94 30 52 93 fax. +594 (0) 5 94 38 47 79

www.une-saison-en-guyane.com

Redaction/Conception graphique [redaction@atelier-aymara.net] Publicité [pub@atelier-aymara.net] Directeur de la publication /Redacteur en chef : Pierre-Olivier Jay - [pierre@atelier-aymara.net] rubriques brèves : Marion Briswalter rubriques histoire : Dennis Lamaison compilation musicale : Sebastien Lévèque - [seb@atelier-aymara.net] Photo couverture : David Damoison Illustration couverture CD: Marc Delorme Illustration BD : Magayo, Joub & Nicoby, Patochard Illustrations : L. Billault, Marc Delorme, Jesse de Forest,Marc Gayot, Joub, J. de Laon, Olivier Nuguet, Jean-Pierre Penez, Israel Silvestre. Crédits photos : G. Aubertin, D. Boso, M. Briswalter,C. Chat-verre,D. Damoison, T. Deville, EDF, ESA, G. Feuillet, P. Fontaine, M. Foulquié, P-O. Jay,

Je m'abonne pour un an pour recevoir les 2 prochains numéros ! Formule également disponible sur le site www.une-saison-en-guyane.com qui offre un paiement sécurisé par internet. Vos données sont strictement personnelles ; les fichiers ne sont ni loués ni vendus à des tiers

Je commande des anciens numéros ! Les numéros 1,2,4 CD et 5 sont épuisés Tarifs : n°3 au N°6 : 5,90 € n°7 au n°10 : 6,50 € n° 5CD : 8,90 € n°6CD au n°10CD (pas de 9CD): 9,50 €

JPM, Association Kwata, R. Liétar, M. Linguet, N. Montagné, Musée des Cultures Guyanaises,NASA, A. Poupeney, M. Savreux, M. Segers, Voltalia Ont collaboré à ce numéro Remerciements par ordre alphabétique : Atayumale, A.Alatoe,G. Alexander,C. Artero, C.Aubinais,G. Aubertin, Bernadine, A. Bertrand, J-P Biava, P. Cerdan,A-M Chambrier, J. Chevalier, G. Collomb,N. Claire,T. Dacougnia,D. Davy, J. Demenois,T. Deville, M. Dewynter, F. Edouard, M. Emile, M. Entraygues, Ezequiel, G. Feuillet, M. Flori,M. Fortino, M. Gayot, M. Geydan, M. Gosset, E. Houël, Isabelle, D. Janssaud, E. Jantet, P. Jay, L. Jay, J. Jeannequin, M. Joubel, E. Kergoat, P. Lacaisse, C. Lafleur, L. Landrin, M. Launey, D. Lamaison, M. Le Guillou,K. Martine, N. Montagné, B. Morel, R. le Pabic,J. Panapuy, M.C. Parriault, G. Petitcaye, C. Poirier, D. Redon, F. Rocard, C. Roudgé, P. Salvin, A. Sanchis, A. Saunier, S. Second, H. Sirder, F. Taberlet,A. Tiouka, J. Thérèse, M. Tousignant, J. Valette, R. Vigouroux,D. Virollet, M. Viso, B. Wyngaarde, J.Yamann. Le comité de pilotage “Punta Caiena Social Club” remercie l’ensemble des participants ainsi que Daniel & AMAZONIAN RECORDS, Jean MARIMOUTOU & EMOCION LATINA, Sonny, Sarah GILLE et Gonzalo CARRILLO Vente : MLP Vente Guyane : Guyane Presse Service et Plume Verte Distribution et commandes n°

[distribution@atelier-aymara.net] Imprimé en France/ Printed in France sur du papier écocertifié PEFC. Revue publiée avec le concours du Centre national du livre

Je m'abonne pour un an pour la version web ! Cette formule vous permet d'accéder à l'ensemble des articles en ligne sur www.une-saison-en-guyane.com. Vous pourrez aussi télécharger certains articles du magazine au format PDF dans plusieurs langues. Formule également disponible sur le site par un paiement sécurisé par internet.Vos données sont strictement personnelles ; les fichiers ne sont ni loués ni vendus à des tiers

J'abonne quelqu'un d'autre pour un an en cadeau !

Pour plus de détails sur les sommaires et nos compilations musicales, rendez-vous sur notre site web ! Formule également disponible sur le site www.une-saison-en-guyane.com qui offre un paiement sécurisé par internet. Vos données sont strictement personnelles ; les fichiers ne sont ni loués ni vendus à des tiers

Formule également disponible sur le site www.une-saison-en-guyane.com qui offre un paiement sécurisé par internet. Vos données sont strictement personnelles ; les fichiers ne sont ni loués ni vendus à des tiers

Une saison en Guyane n°10  

Une saison en Guyane est un magazine sur la Guyane, et toutes les Guyanes depuis l'Amazone jusqu'à l'Orénoque. Biodiversité, conservation, c...

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you