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Nou Gon Ké Sa Retour sur la révolte de mars 500 frères, radical & non-violent

DOM/S : 9,90€ - CAL/S : 1250 CFP– POL/S : 1300 CFP

L 18058 - 19 H - F: 9,50 € - AL

Architecture, urbanisme, spatial, éducation À quoi ressemblera la Guyane dans 30 ans ?

Le renouveau des courses de pirogues

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n°19 - Août 2017

Guyane 2048

Harpie féroce superprédateur de la canopée


38 apprentis

LE CENTRE SPATIAL GUYANAIS accompagne les professionnels de demain !

L E C E N T R E S PAT I A L GUYANAIS accueille

et accompagne ceux qui feront le monde de demain. Aujourd’hui étudiants, apprentis, stagiaires ou inscrits dans un parcours d’insertion professionnelle, ils préparent leur avenir et celui de nombreux secteurs.

Energie, électricité, informatique, administration…

166 stagiaires 33% en bac pro 26% en DUT/BTS 19% en école d’ingénieur 72% stagiaires issus

d’établissements de Guyane

40 boursiers (en cours d’étude) 9 nouveaux boursiers par an 4 bourses doctorales Université de Guyane

30 jeunes (en insertion) Sur le chantier Ariane 6 106 000 heures d’ insertion sur 2 ans soit l’équivalent de 60 emplois à temps plein

www.cnes-csg.fr


▲ Lagwiyann Dékolé 2048 -illustration Tyseka Castor

EDITO

2017 - 2048 (R)ÉVOLUTION A VENIR Le mois de mars de cette année fut donc marqué par un véritable séisme social, une succession de marches populaires et de blocages, veritable cri lancé par la Guyane toute entière face à la dégradation des conditions de vie. Alors que la tension des évènements retombe, que la Guyane se réorganise progessivement, nous avons pensé qu’il était temps de se replonger dans cette “ révolte de mars”, à travers quelques articles. Pour l’appréhender avec un peu de recul, pour ne pas tout recommencer comme si de rien n’était, enfin pour vous faire profiter de nombreux clichés marquants réalisés par les photographes. Le bouillonnement et l’angoisse, sources de ce mouvement social, posent aussi des questions sur notre avenir commun ; vers quoi allons-nous ? Si c’est un point de départ que de rechercher des moyens financiers pour le construire, l’argent ne règle pas toujours les problèmes, il faut aussi rêver à une société différente. Remettre en question les modèles qui n’ont pas fonctionné, dans l’économie, l’urbanisme, l’éducation et trouver les solutions qui accorderont toutes les contradictions et les richesses guyanaises. Dans le dossier «Guyane 2048», nous tentons de lancer quelques idées et pistes de réflexion, avec l’espoir de donner de l’inspiration à la nouvelle génération, celle qui aura bientôt la possibilité de changer les choses. Logo Final

Pierre-Olivier Jay - Rédacteur en chef

Avec

le soutien de

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4 | Journal des Guyanes

6 | Les chroniques de Doc Lucho

NOU GON KÉ SA

8 | Portfolio : Nou Gon Ké Sa 16 | Pou Lagwiyann Dékolé, la révolution de mars

20 | Témoignages dessinés par Arnaud Saint-Maxent

GUYANE 2048

44 | Architecture 48 | Transport

72 | Portfolio : Cartes postales de Guyane Léa Magnien

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50 | Urbanisme 54 | Spatial

56| Climat

80 | Les Guyanes à la voile 86 | Thomas Tangvalt,destin de marin 92 | La pirogue, symbole de la cohésion guyanaise


SOMMAIRE

26 | Les 500 frères 30 | Mikaël Mancée, le Grand Frère

58 | Énergie

98 | Maripasoula 104 | Fort Trio

124 | La harpie féroce

38 | De la revendication à la négociation : État vs. Collectifs

62 | Économie 66 | Tourisme

110 | Portfolio : Le village Norino par Julien Rougny 132 | Livres

68 | Culture & Éducation

118 | Les villages du Maroni s’inicient à l’Espace

134 | BD Counani Une saison en

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NOU GON KÉ SA

C’est un véritable tremblement de terre social qu’a connu la Guyane à la fin du mois de mars 2017. La population guyanaise entière s’est levée, a déferlé dans les rues, derrière les 500 frères, pour protester contre la situation calamiteuse du territoire en matière de sécurité, de santé et d’éducation notamment. Retour sur ces événements exceptionnels, qui ont, nous l’espérons, enfin attiré l’attention de l’Hexagone sur nos problèmes.

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PORTFOLIO

Portfolio par Christel Bonard, Nicolas Quendez & Jody Amiet

▲ Marianne guyanaise, barrage de la crique fouillée, 23 mars 2017. Photo de Christel Bonard Une saison en

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Pou Lagwiyann Dékolé

La révolte de mars

▲Rassemblement historique devant la préfecture de Guyane, le 28 mars 2017 Photo de Pierre-Olivier Jay Une saison en

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NOU GON KÉ SA

L

e rond-point de la Carapa (CSG), à Kourou, restera emblématique du mouvement. Car c’est ici que l’histoire commence, le 20 mars. Personne n’imagine alors la tournure que vont prendre les événements. À l’aube, le collectif des Toukans et les grévistes d’EDF se retrouvent là pour empêcher les personnels du Centre spatial guyanais d’accéder au site. Un pur hasard. « On ne s’est pas donné le mot, mais on a eu la même idée », raconte José Mariéma, porte-parole des Toukans. Ce collectif kouroucien dénonce l’insécurité grandissante dans la ville et milite pour que le Centre médico-chirurgical de Kourou (CMCK) devienne un établissement public de santé. De leur côté, les salariés d’EDF ont établi une très longue liste de revendications allant de l’emploi (arrêt des suppressions de postes vacants et embauche d’intérimaires) aux investissements (avec notamment le doublement de la ligne Kourou-SaintLaurent), l’évolution au sein de l’entreprise, l’organisation, les conditions de travail, la formation et la sécurité. Au premier jour de la mobilisation, les représentants des deux camps sont déjà unanimes : « On ira jusqu’au bout, on ne bougera pas d’ici tant qu’on n’aura pas obtenu satisfaction. » Le soir même, rejoints à leur demande par le collectif des Iguanes de l’Ouest et les 500 Frères, ils décident de camper sur place. À quelques mètres de là, les salariés de la société Endel sont eux aussi en grève à plus de 80 %. Ce sont eux qui sont chargés de déplacer la fusée Ariane 5 jusqu’à son pas de tir. Le lancement du 20 mars est reporté une première fois.

SOCIÉTÉ

La Guyane a écrit une nouvelle page de son Histoire. Du tout premier barrage, mis en place le 20 mars au rond-point du centre spatial, à Kourou, à la signature de l’Accord de Guyane en préfecture 33 jours plus tard : retour sur les temps forts d’une mobilisation sans précédent. LES TRANSPORTEURS (ET LES AUTRES) S’EN MÊLENT L’Ile de Cayenne est elle aussi paralysée par des mouvements sociaux : à Cayenne, les agriculteurs occupent le siège de l’Agence de service et de paiement tandis qu’à Dégrad-des-Cannes, l’Union guyanaise des transports routiers bloque l’entrée (et la sortie) du port. Des préavis de grève sont déposés à la Caisse d’allocations familiales, au CMCK et au centre hospitalier de Cayenne. La Régie communautaire des transports prend part au mouvement : le 21 mars, aucun bus ne circule sur le réseau de l’Agglo. PREMIÈRE SOMMATION Le 21 mars, les différents collectifs se retrouvent à Kourou. Ils décident de faire front commun pour faire entendre leurs revendications. Mais malgré trois heures de débats à huis clos, les négociations avec les autorités piétinent. Dans la matinée, des représentants des collectifs et des élus de Kourou décident de marcher vers le CSG pour obtenir un rendez-vous avec le directeur. Les forces de l’ordre demandent aux manifestants de s’arrêter : « Ceci n’est pas un exercice. Reculez. Première sommation. » Des ordres qui entreront plus tard dans l’histoire. Des grenades lacrymogènes sont lâchées. C’est la stupeur. « Nous n’étions pas dans la violence ni dans la confrontation », assure Olivier Goudet, porte-parole de Tròp Violans. Ailleurs, les mouvements de grève s’intensifient, les revendications fleurissent et d’autres collectifs, se créent.

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500 PARCOURS FRÈRES D’UN MOUVEMENT RADICAL & NON-VIOLENT

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«

 Alors Mika, le mouvement c’est reparti ? » s’enquiert ce jeune Guyanais. Comme beaucoup d’autres garçons de son âge, il a suivi les aventures des 500 frères à la télévision. En quelques mois, ‘Mika’ Mancée et les 500 frères sont devenus des figures populaires d’un mouvement citoyen qui a agité la Guyane pendant plus de deux mois. Dans les médias, les noms de Mika Mancée et d’Olivier Goudet, les deux porte-paroles du collectif, ont côtoyé ceux des politiques de premier plan. Leurs interventions au balcon de la préfecture sont retransmises en direct sur tous les médias guyanais. Originaires des quartiers populaires, les frères ont décidé d’agir contre les violences urbaines, les squats insalubres, les prisons surchargées, le sentiment d’insécurité des Guyanais. La mobilisation citoyenne qu’ils initient va tester leurs convictions. Quelques semaines après les événements de mars et avril 2017, les élus ont repris leurs sièges dans les hémicycles, les 500 frères, leurs quartiers. Mika Mancée, Olivier Goudet, Stéphane Palmot, José et Jocelyn Achille, Zadkiel Saint Orice et Francesca Félix ont accepté de témoigner sur leurs actions au sein du collectif, leurs convictions, leurs erreurs aussi. LES 500 FRÈRES EN MARCHE “20 000 frères” c’est le titre à la une du France Guyane au lendemain de l’appel à la mobilisation lancé par le collectif Pou Lagwiyann dékolé (ndlr. Pour que la Guyane décolle). Ce 28 mars 2017, un cortège de 20  000 manifestants, 12  000 selon les forces de l’ordre, défile entre le siège

d’EDF et la préfecture de Cayenne. Les 500 frères entièrement vêtus de noir, en cagoules mènent la marche. Une action collective forte qui a touché tous ceux qui y ont participé. Pour Stéphane Palmot, président du collectif, cette grande marche aura permis de montrer à l’Hexagone que les 500 frères n’étaient pas violents. Il se souvient « même si on nous disait milice, au final ils ont vu que le mouvement était légitime. Il n’y a pas eu de casse, de meurtres, ou de blessés. Il y avait des enfants, des grandes personnes. » « Lagwiyann lévé » chantent les 500 frères et la foule de concert. Quelques jours plus tôt, l’Union des Travailleurs Guyanais (UTG) votait la grève générale à la majorité absolue. Dans la foulée, de nombreux secteurs d’activité s’organisent en collectif. Ce 28 mars, debouts sur un camion stationné près de la préfecture, les frères, mais aussi, des représentants syndicaux, des professionnels galvanisent les foules. Les élus sont absents. Quelques semaines plus tôt, la population avait rangé ses masques de carnaval et la vie avait repris son cours. CAYENNE ENTERRE UN FRÈRE, LES 500 AUTRES S’ORGANISENT Nous sommes le 15 février 2017. Une soixantaine d’hommes et quelques femmes, entièrement vêtus de noir, le visage dissimulé par une cagoule défilent dans les rues de Cayenne. «  Les voleurs nou bon ké sa  ! les tueurs nou bon ké sa !  ». Quatre jours plus tôt, Hervé Tambour était froidement abattu devant laverie du quartier d’Eau Lisette. C’est José Achille, le cousin du défunt, qui,

▲ Dimanche 2 avril 2017. Préfecture de Guyane. Les négociations sont terminées. La ministre des outre-mer va repartir à Paris. Les représentants des grévistes annoncent à la foule, depuis le balcon de la préfecture, que la mobilisation continuera jusqu’à ce que Paris donne une réponse à leurs revendications. Ils annoncent déjà de nouvelles actions notamment au centre spatial, afin de maintenir la pression sur le gouvernement. ◄Les 500 frères appellent la population à se rassembler afin de forcer le préfet à recevoir une délégation de grévistes. Le refus de celui-ci provoque des débordements.

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DE LA REVENDICATION À LA NÉGOCIATION

État Vs.Collectifs

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Les revendications du collectif Pou Lagwiyann Dékolé ont touché tous les domaines, sanitaire et social, sécuritaire, culturel, foncier et économique. Plus de soixante entités, parfois déjà existantes, parfois spontanées ont dressé la longue liste de leurs attentes. Elles n’ont pas toutes été entendues, fragilisant progressivement ce mouvement pluriel.

«

 Cette semaine, mon fils a appris la conjugaison du verbe “s’émouvoir” », raconte, touchée, une mère de famille. Elle participait, le 4 avril, à un rassemblement populaire devant le Centre spatial guyanais de Kourou organisé par le collectif Pou Lagwiyann Dékolé contre le plan de sortie de crise du gouvernement, annoncé trois jours plus tôt, pour juguler une à deux semaines de paralysie routière, maritime, aérienne et la fermeture des services publics. Le sit-in devant les grilles du port spatial de l’Europe, qui avait regroupé des milliers de manifestants, intervenait moins d’une semaine après la marche du 28 mars, déferlante, qui avait soulevé les rues de Cayenne et fait vibrer à l’unisson chaque cellule sensorielle de 10 000 manifestants. « Quel moment ! Le bonheur n’est fait que de moments rares, mais rien ne changera sur la gestion de l’État de son ancienne colonie » se lamentait alors, réaliste, un participant à cette marche. QUATRE REVENDICATIONS MAJEURES : LA SÉCURITÉ, L’ÉDUCATION, LA SANTÉ, LE FONCIER Au cours de la seconde moitié du quinquennat de François Hollande, les chefs d’entreprises n’avaient eu de cesse de manifester pour l’allégement de la fiscalité et des procédures, et la relance de la commande publique. Se sont ajoutées, en mars, les exigences syndicales et civiles pour une meilleure qualité de vie collective et individuelle, ou autrement formulé : ne plus avoir peur des agressions et du racket, être certain de sortir sur ses deux jambes après une intervention à l’hôpital, ou trouver un emploi. Dès le début du conflit, des regroupements sectoriels ont été opérés, desquels ont émergé les négociateurs : patrons du tertiaire, agriculteurs, miniers, syndicats, associations, avocats. À ces entités organisées se sont agrégés des groupes d’intérêts communs spontanés, plus confus (riverains de Sinnamary, de Saint-Laurent…), ainsi que des anonymes et sentinelles de l’Union des travailleurs guyanais (UTG) qui ont dressé ou participé au maintien des barrages sur les zones nodales de déplacement des hommes et des marchandises, emmaillotant pratiquement l’ensemble des vingt-deux communes ; une technique couramment employée en Guyane lorsque la coupe est pleine. En somme, le conflit a sonné la fin de la résilience civile aux retards structurels qu’accuse le territoire face aux régions françaises (Mayotte exceptée) et l’exigence d’une considération de l’identité guyanaise. ◄(en haut) Le vendredi 31 mars 2017 au matin, les représentants des nations autochtones amérindiennes étaient reçus par Ericka Bareigts, la ministre des Outre-mers. ◄(à gauche) Vendredi 21 avril 2017. Cayenne. Olivier Goudet, porte-parole des 500 frères, harangue la foule devant la préfecture après la signature de “l’Accord de Guyane” dans les bureaux de la préfecture entre les représentants du collectif, les élus locaux, les parlementaires et le préfet de Guyane. Les barrages sont levés, le mouvement de grève est terminé. ◄ (à droite) Mardi 4 avril 2017. Kourou. Le directeur du CSG Didier Faivre accueille une délégation de manifestants dans l’enceinte même du centre spatial guyanais. Photos Jody Amiet Une saison en

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SOCIÉTÉ

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Guyane 2048 RÊVER L’AVENIR La Guyane devra-t-elle toujours rester une promesse d’avenir, aux potentiels immenses, mais lointains ? Les lendemains prospères semblent se dérober en permanence, comme un mirage dans l’horizon guyanais. Si le futur est si capricieux à notre territoire, c’est peut-être parceque’il faut s’en emparer ! Chacun l’admet volontiers, la Guyane devra relever dans les 30 ans à venir, l’équivalent d’une génération, des défis dans les domaines les plus variés: l’urbanisme, le spatial, l’adaptation au changement climatique, l’énergie, l’éducation, le tourisme ou l’économie. Dans ce dossier, nous avons donc imaginé avec l’aide d’illustrateurs ce que sera la Guyane en 2048, 200 ans après l’abolition de l’esclavage, 102 ans après la départementalisation, 31 ans après les accords de Guyane. Oui, nous en sommes persuadés, le futur pourrait ressembler à ce que vous y découvrirez. Guyane 2048, c’est aussi le concours Une saison au lycée 2e édition, ouvert à tous les lycéens de Guyane, organisé par Une saison en Guyane en partenariat avec le CNES, la Direction des affaires culturelles de Guyane, Orange, Air France et le Rectorat de Guyane. Objectif : réfléchir en équipe ou individuellement pour présenter un projet futuriste en Guyane, dans un domaine que nous présentons ici, habitat, énergie, spatial, tourisme, etc.. Retrouvez les détails de ce concours sur notre site web à partir du mois de septembre et rendez-vous en 2018 pour les résultats, et pour les lauréats dans notre prochain numéro !

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Urbanisme

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Spatial

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Réchauffement climatique

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Énergie

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Économie

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Tourisme

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Éducation

Concours à partir de septembre 2017 en partenariat avec

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Guyane 2048

Architecture E

n architecture, l’avenir se construit à partir du passé. Lorsqu’on se projette dans une trentaine d’années, l’image qui se démarque d’une Guyane urbaine est celle de maisons en bois ou en briques de terre cuite, respectant l’environnement et peu consommatrices d’énergie. Elles auront pour nom «  maisons bioclimatiques ». Sur ce sujet, les architectes s’accordent  : les matériaux traditionnels devront être la source principale des logements les matériaux traditionnels du futur. Si l’on ne veut pas devront être la source détruire la forêt en y piochant principale des logements de façon anarchique et massive du futur. pour répondre à la demande des nouvelles constructions, une production endogène et réglementée s’impose. D’après Franck Brasselet, architecte et cofondateur de Actions pour une Qualité Urbaine et Architecturale Amazonienne (Aquaa), « la production de bois local devrait doubler d’ici dix ans ». À ce propos, une idée complètement

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délirante il y a encore quelques années est en train de renaître dans les couloirs de l’ONF… aller chercher les bois en forêt avec des dirigeables ! « Le gros plus » de ce projet tient en ses vertus « hyper environnementales ». « Les conditions climatiques en Guyane sont parfaitement adaptées », il y aurait un approvisionnement toute l’année contrairement à l’impossibilité actuelle de maintenir un approvisionnement constant en saison des pluies en raison de l’état des pistes forestières. De plus, cela ne demande aucune infrastructure. En bref, « la solution royale » pour faire vivre les ambitions des aménageurs. Par ailleurs, le choix des essences doit dépendre de leurs propriétés mécaniques remarquables. Ainsi l’angélique est naturellement résistante aux termites alors que le gonfolo exige un traitement préalable. C’est en partie dans le but de mieux les connaître que la maison de la forêt et des bois de Guyane (MFBG), en cours de travaux, a été pensée. Son objectif étant de « contribuer au développement concerté de tous les


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Urbanisme

Des marais productifs pour l’autosuffisance agricole de l’île de Cayenne en 2040

▲Le marais agricole de Cayenne

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Polderisation

▼Technique Buttes précolombiennes de culture sur buttes

ans un contexte d’évolution démographique important, nous avons identifié deux phénomènes sur le territoire de l’île de Cayenne (CACL) : un mitage urbain du territoire, colonisant zones humides et forêt tropicale, accompagné d’une production agricole selon les méthodes de l’abattis, dont le rendement assez faible subvient à seulement 14 % des besoins alimentaires de la population locale. Dans ce contexte, il nous est apparu indispensable de proposer une alternative de développement au regard des zones naturelles à préserver. L’étude sur l’évolution de l’île de Cayenne à l’horizon 2040 propose donc des scénarii dont l’un dispose des espaces cultivables le long des fleuves et des zones humides en réinterrogeant les techniques agricoles ancestrales telles que la terra Preta ou la mise en place de buttes précolombiennes. Ainsi, l’étude émet l’hypothèse d’une autosuffisance alimentaire possible pour toute la population de la CACL en 2040. Pour illustrer la stratégie, l’étude propose la mise en culture du marais traversant l’île de Cayenne à proximité du quartier de Cogneau-Lamirande, plus vieux et important quartier d’habitat spontané de l’île. En donnant une fonction productive au paysage, l’étalement des aires urbaines est ainsi limité. L’agriculture sur buttes permet de protéger les cultures des inondations, d’avoir des récoltes toujours hydratées et d’augmenter les rendements de production. La mise en culture du marais est aussi l’occasion d’ouvrir ce paysage jusqu’alors inaccessible en proposant des espaces publics le long du canal. Une épaisseur est laissée libre de toute urbanisation et agriculture, afin de préserver une véritable continuité écologique. Le fleuve redevient quant à lui le support de mobilités douces et fluviales pour le transport de marchandises et de personnes. L’activation de ces milieux humides “dormants ” par la présence de zones cultivables selon des techniques plus respectueuses et plus productives pourrait à terme répondre aux enjeux formulés au début de cette étude : renouveler durablement l’agriculture vivrière de l’île de Cayenne, contraindre mélange terre humide charbon de l’étalement des aires urbaines et permettre aux argile limoneux bois, matière habitants de s’émanciper des flux alimentaires organique, sable et tessons de des territoires voisins en devenant autosuffisant. argile sableux

Buttes précolombiennes Une saison en

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poterie

Terra Preta

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L’auto-construction et de nouveaux modes de gouvernance, comme réponses à l’évolution de la cellule familiale.

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a ville de Saint-Laurent du Maroni et leBas-Maroni en général sont sujets à une évolution démographique inédite. Ainsi, la ville de Saint-Laurent devrait voir sa population tripler à l’horizon 2030 la portant à 135 000 habitants. Le constat est unanime, face à la pression démographique et à la pénurie de ressources foncières, les dispositifs classiques d’aménagement comme les ZAC peinent à répondre à l’urgence et de surcroît ne remplissent pas les attentes des habitants. Aujourd’hui, les nouveaux occupants ne sont pas intégrés au dispositif d’aménagement des quartiers, cela explique en partie l’échec qu’ils rencontrent. Le choix de projet ci-contre s’est porté sur une logique bottom up ou ascendante. Selon cette approche, l’échelon le plus fin constitue le point de départ. Il s’agit ici de l’habitant. La mise en œuvre générale du quartier se fabrique à partir de cette unité. Elle s’appuie sur la capacité de chacun à investir pour auto-construire et autogérer son lieu de vie. Inspiré du modèle amérindien, les nouveaux quartiers sont fondés sur ▲L’habitat auto-construit, vers une éco-modernité équatoriale un principe de concession donnant l’usage du ▼ Évolution de l’habitat avec la cellule familiale sol, mais pas sa propriété. Le patrimoine foncier

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Économie

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LA BIODIVERSITÉ COMME MODÈLE ?

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n modèle économique nouveau pourraitil se développer à partir des connaissances scientifiques de la biodiversité en Guyane ? Une des opportunités est le secteur de la chimie pharmaceutique. Après tout, les espèces de Guyane se défendent avec des molécules chimiques dont on ne connait pas encore grand-chose, et pour certains, la recherche de molécules bioactives dans la nature pourrait être la clé des médicaments de demain. Ce n’est pas pour autant que des ressources financières importantes vont en découler. En chimie pharmaceutique, il est aujourd’hui plus rentable de développer la chimie de synthèse que de faire des tests longs et coûteux sur l’activité

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biologique de nombreuses espèces. De plus, une large partie du coût de commercialisation est liée aux études précédant la mise sur le marché. Quoi qu’il en soit, la nouvelle loi sur la biodiversité permet désormais de donner un cadre légal à la valorisation commerciale de la biodiversité. En chimie comme dans le reste de la science, la recherche fondamentale peut conduire à des découvertes majeures, et le vingtième siècle nous a habitués à vivre dans un monde d’innovations continues, de la télévision à l’aventure spatiale, de la compréhension du cancer à la découverte de l’ADN. On ne sait pas prédire quand des innovations de rupture vont émerger. Par


contre, on sait que le meilleur moyen de décourager ces innovations est de ne pas faire le pari de la science fondamentale. À l’avenir, la biodiversité pourra contribuer au développement de divers secteurs économiques dont deux sont déjà en émergence en Guyane. Le premier est le tourisme vert. Les leviers économiques de ce secteur incluent le développement de filières de formations et l’expansion de l’infrastructure hôtelière. Le deuxième secteur est la transition

écologique. Cela inclut le développement urbain intégrant mieux la biodiversité et des transports collectifs propres, la promotion des cycles économiques courts, la mise en oeuvre de solutions énergétiques sobres, en particulier locales comme le solaire et les hydroliennes. Tous ces leviers de développement sont déjà testés en Guyane. Texte de Jérôme Chave, labex CEBA Illustration de Jean-Pierre Penez « Pitou ».

PISTES ET SOLUTIONS D’AVENIR Une nouvelle économie pour la Guyane, ce serait quoi en 2048 ? Avec le potentiel amazonien et des outils financiers innovants, l’économie guyanaise gagnera dans la collaboration plutôt que la compétition. Bio-inspirée, elle articule la valorisation des ressources naturelles, culturelles et techniques pour mieux se nourrir, se loger, se soigner, se déplacer, etc. Comment produira-t-on ? Les activités productives seront dynamisées d’un côté par des infrastructures digitales variées et un mix énergétique majoritairement renouvelable, et de l’autre par de nouvelles formes d’éducation et de fiscalité. Ainsi, se nourrir avec l’agriculture biologique dopée par des complexes agroforestiers novateurs, des réseaux coopératifs d’exploitants ruraux et des écofermes urbaines, favorisant autosuffisance, exportation haut de gamme, revitalisation des savoirs traditionnels. Avec qui et comment commercerons-nous ? Intégration continentale et coopération internationale guideront l’économie mondiale. Un label transamazonien de produits fabriqués sur un des territoires du plateau des Guyanes peut favoriser une communauté économique et revendiquer une spécificité compétitive. Les réseaux urbains des fleuves Maroni et Oyapock avec des zones franches transfrontalières et celui du Centre-Littoral avec une zone franche «  euraméricaine  », réussiront l’intégration entre leurs écopôles industriels et organiseront l’export via un tissu de coentreprises (ou associations d’entreprises) partageant technologies et compétences dans

les secteurs de pointe (R&D, linguistique, agrotechnologie, data centers). Avec des infrastructures portuaires et aéroportuaires publiques privées et des transports durables, la Guyane se positionne comme hub transcontinental. Comment l’économie guyanaise pourra s’insérer dans la mondialisation ? Si cette économie propose d’être mieux plutôt que d’avoir plus. On y produit de la richesse grâce aux connaissances tirées de l’extraordinaire diversité culturelle et biologique du territoire avec des investissements financiers et techniques. Le tissu local (entreprises, communautés, associations) s’y épanouit notamment avec un accès universel au microcrédit et des monnaies alternatives complémentaires. La collaboration stratégique entre collectivités publiques, Agence de la Biodiversité, Parcs naturels et Université, se concrétiserait au travers d’instances indépendantes à gouvernance participative, intervenant et coordonnant les activités touristiques, industrielles et scientifiques relatives à la biodiversité en Guyane. En outre, elles agiraient comme opérateurs d’un partenariat plus vaste avec peuples autochtones et pays amazoniens, en vue d’internationaliser les dispositifs de protection et de valorisation et de moderniser la santé ou l’écotourisme. Les filières-clefs (Agriculture, Pêche, Bois, etc.) auront bénéficié de la généralisation et l’optimisation des zones franches spéciales, assurant des partenariats entre coopératives locales et investisseurs privés extérieurs, l’accueil de start-up et une fiscalité écologique. Cette économie de la connaissance attirera Une saison en

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LES GUYANES

à la voile

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S

ous un ciel uniformément gris, la mer ondule à peine, sans une ride. Les voiles pendent lamentablement, suivant les oscillations légères du mât. L’anémomètre, qui mesure la vitesse du vent, affiche 2 nœuds, soit un peu moins de 4 kilomètres à l’heure. C’est peu. Pas assez pour faire avancer un voilier. Et justement, deux jours plus tôt, le moteur auxiliaire a décidé de nous lâcher, définitivement, après avoir émis une série de petits pets fumants, à l’odeur de plastique et de métal carbonisé. Alors à bord, on attend, impuissants, que le vent revienne. AU SUD DU HURRICANE BELT Au nord de Tobago, entre juillet et novembre, les bateaux naviguent dans une zone, grossièrement située, en Atlantique ouest, au-dessus du 11e parallèle nord, et que les assureurs et les météorologues ont pragmatiquement baptisé hurricane belt, la ceinture des ouragans. Pendant la saison à risque, la plupart des voiliers qui le peuvent choisissent de quitter la Caraïbe pour descendre vers le sud. Mais depuis quelques années le choix de destinations sûres est pour le moins réduit. La piraterie au Venezuela est devenue endémique. L’ouragan Matthew a touché la Colombie en octobre dernier. La zone désignée pour la navigation à Trinidad est un cauchemar industriel, peuplé de cargos et de pétroliers.

Store Bay

enezuela

Deux jours que le vent est tombé. Merlin, notre petit cotre en aluminium, avec

Venezuela Guyana Guyana

Bartica

Suriname

St-Laurentdu-Maroni Guyane française

Suriname

Kourou e uyane français G

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VOYAGE

Le Rallye des Néréides emmène chaque année une vingtaine de plaisanciers au départ de Trinidad & Tobago, destination la Guyane, avec une escale au Guyana. Sur cette route maritime réputée impossible, contre vents et courants, l’ambition affichée du rallye est de proposer une option crédible sur les itinéraires des voiliers de voyage, lorsque la saison des cyclones sévit dans les Caraïbes.

◄ Terre en vue dans les eaux brunes de l’embouchure du fleuve Essequibo, au Guyana


Au village

Norino D

iscret sur le bord de la départementale qui relie le bourg de Tonate à Montsinéry, le village palikur Norino est le dernier né des trois villages amérindiens de la commune de Macouria. Si seuls quelques carbets où l’on vend de l’artisanat attirent le regard des automobilistes pressés, il compte aujourd’hui plus de 160 habitants. En 2004, des familles entières se sont installées là, entre savane et forêt. Sous l’impulsion de Phil Labonté, elles ont choisi d’unir leurs destins pour bâtir leur propre village, leur propre avenir. Treize ans plus tard, le petit village palikur a trouvé sa place dans la commune. Régulièrement, les enfants construisent leur

maison près de celle de leurs parents. Pendant plusieurs semaines, en début d’année, l’équipe d’À travers le diaph est allée à la rencontre des habitants de Norino. Tous ont ouvert leur porte, et souvent bien plus que cela : ils ont partagé leurs histoires, leurs joies, leurs peines, leurs espoirs. À travers leurs portraits, ATLD a touché du doigt le secret de l’harmonie et de la tranquillité du village : le vivre-ensemble. Un mode de vie dans lequel se retrouvent encore toutes les générations. Cette série de portraits, photos et écrits, a été exposée au village en juillet, à l’occasion de sa journée portes ouvertes.

► IVANDIR ANTONIO FELICIO, la ruée après l’or Ils forment la porte d’entrée du village quand on se rend à Norino : les marchands d’artisanat palikur. Felicio est le premier à s’être lancé sur le marché. Il fabrique des paniers depuis l’âge de 20 ans. Aujourd’hui, il en a 54. Mais il n’a pas confectionné des vanneries continuellement pendant 30 ans. Dans les années 90, la concurrence naissante dans la production locale a poussé Felicio à chercher du travail ailleurs. Il en a trouvé en forêt, loin de sa savane. Il a prospecté de l’or pour une multinationale. Un job très rémunérateur, mais dans un milieu infesté par les

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dangers liés à l’orpaillage illégal, la proximité des travailleurs clandestins est mal vécue. Malgré la bonne paye et la belle vie, Felicio a préféré retrouver la paix et sa famille dans, ce qui était encore il y a quelques années, le nouveau village de Norino. Aujourd’hui, il peut se vanter de jouir d’une installation « parfaite » à côté des autres artisans du village, un joli stand aux paniers colorés. Même si leur fabriquant regrette le temps où il était seul. A l’époque, il vendait plus.


PORTFOLIO

Portfolio Julien Rougny Textes de Céline Bousquet & Franck Leconte ◄ PHIL LABONTÉ, à l’écoute du village guyanais Il est modeste Phil. Quand on fait sa rencontre, on pourrait presque le prendre pour un jeune palikur jovial et avenant. Ce qu’il est… mais bien plus encore. Derrière ses lunettes, se niche un quadragénaire très impliqué dans la vie de sa communauté mais aussi dans la société guyanaise. Non content d’être un animateur radio populaire au plus proche de la population à qui il tend le micro, Phil est le créateur de Norino. Une idée de fou en 2004. Quitter un village divisé par les méfaits pour repartir à quelques

kilomètres de là, et tout reprendre à zéro. Trouver le terrain, le défricher, en obtenir la propriété, l’occuper, y faire naître et se développer un village vivant et apaisé. Tout cela, beaucoup de Palikurs en ont rêvé, Phil l’a fait. Et quand ça marche, aucune raison de s’arrêter en si bon chemin. Phil a encore plein de projets en tête dont certains qui voient le jour. Des actions destinées aussi bien à sa grande famille qu’à son village, les Amérindiens mais aussi la Guyane toute entière.

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Harpie féroce,

Super prédateur de la canopée

▲ Photo Maxime Dechelle

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e virages en colline, de vallon en couloir ses 4 à 9 kg pour une envergure de 2  m (la écologique, la route de l’Est déroule ses femelle est beaucoup plus grosse que le mâle) paysages boisés. Par moment, à la faveur avec son regard fier et la tête ornée de longues du relief, la canopée et son moutonnement plumes souvent dressées comme une coiffe de verts se révèlent à nous. C’est justement d’indien, la harpie a de quoi marquer les esprits. là, parmi les branches dégarnies d’un grand Incontestablement, elle est l’un des symboles fromager dominant les autres arbres, qu’une forts de la forêt amazonienne, au même titre forme dressée attire notre que le jaguar et l’anaconda. regard. Massive, imposante, Elle semble inactive, mais Mais le plus la harpie surveille son derrière son apparente impressionnant chez elle, ce territoire. Elle semble passivité se cache toute sont des pattes de l’épaisseur inactive, mais derrière son d’un poignet, armées de l’attention du chasseur. serres aussi grandes que apparente passivité se cache toute l’attention du chasseur. Ses mouvements la main et terminées par des griffes d’une de tête et sa huppe à moitié érigée trahissent longueur remarquable, recourbées et aiguisées sa tension et sa nervosité. Elle guette autour comme des aiguilles, capables de transpercer le d’elle les cris d’une troupe de capucins, les cuir et d’arracher de sa branche le singe ou le mouvements de feuillages ou l’imperceptible paresseux. Si elle n’est pas le plus grand (l’Aigle changement de position d’un paresseux, autant des Philippines, lui aussi prédateur de primates, de promesses de repas. est de même grandeur), la harpie est bien le plus Du haut de son mètre de longueur et de puissant des aigles.


FAUNE Des aigles, elle a la stature, le bec fort, le profil fuyant, les yeux surmontés d’arcades prononcées, la vision binoculaire et le regard de face, de ces regards intenses et inquisiteurs qui vous transpercent quand vous avez la chance de les croiser. D’un point de vue génétique, elle est une proche cousine des « vrais » aigles, caractérisés par leurs pattes totalement emplumées et parmi lesquels on trouve l’Aigle royal (Aquila chrysaetos) européen, mais aussi l’Aigle orné (Spizaetus ornatus) et l’Aigle tyran (Spizaetus tyrannus) guyanais. UNE HARPIE EN CACHE UNE AUTRE Quand on évoque “ la ” harpie, on pense d’abord à la Harpie féroce, Harpia harpyja pour les scientifiques, présentée ci-dessus. On oublie souvent, ou l’on ignore qu’il existe deux espèces. La Harpie huppée, Morphnus guianensis, est sensiblement plus petite et surtout moins robustement bâtie. Cela se remarque notamment

▲ Photo Nicolas Defaux

à son bec moins fort et à ses pattes plus fines, toutes proportions gardées. Leurs plumages se ressemblent, mais tandis que la Harpie féroce arbore à l’âge adulte une large bande pectorale noire, la Harpie huppée en est dépourvue à tout âge. Elle se présente en revanche sous deux formes très différentes : une forme claire classique, ventre blanc et tête grise, semblable à la Harpie féroce ; et une forme Des aigles, elle a la stature, sombre plus rare, au plumage le bec fort, le profil fuyant, entièrement noir à peine la vision binoculaire et le marqué de fines écaillures claires sur le ventre. Il faudra regard de face alors être attentif aux pattes dénudées pour la distinguer de l’Aigle tyran, beaucoup plus fréquent et d’apparence semblable, mais aux tarses entièrement emplumés. Leur répartition est à peu près identique, de l’Amérique centrale au sud de l’Amazonie. Les deux espèces de harpies se rencontrent en Guyane, mais la Harpie huppée est plus rare et Une saison en

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Livres

AMAZONIE LES 12 TRAVAUX DES CIVILISATIONS PRÉCOLOMBIENNES HISTOIRE - Stephen Rostain Éd. Belin - 22 € - 352 p. Directeur de recherche au CNRS, Stéphen Rostain raconte les vingt dernières années de fouilles archéologiques qui ont mis en avant le génie amazonien. À la manière de l’épopée herculéenne, le scientifique explique les terrassements colossaux, les grands travaux agricoles, les digues aquacoles, les échanges de la vallée de l’Équateur aux bords du Xingu. On (ré)apprend aussi comment la domestication des espèces végétales structure encore aujourd’hui l’immense forêt amazonienne qui court sur sept millions de km².

DISCRIMINATIONS ET ACCÈS AUX SOINS EN GUYANE FRANÇAISE SCIENCE - EstelleL CARDE Les presses de l’université de Montreal 34 € - 228 p. Depuis près de dix ans, cette universitaire québécoise explique en quoi « le jeu des identités ethniques » et les lois migratoires entravent l’accès aux soins. « Les catégorisations de l’origine, géographique et ethnoraciale, racontent à leur façon les rapports de pouvoir issus d’une colonie esclavagiste aujourd’hui terre d’immigration ». Les paroles et pratiques des soignants et des patients recueuillis « ont peu à peu dessiné les contours de la scène guyanaise de l’accès aux soins, tandis que s’éclairaient les enjeux universels que sont le racisme et les inégalités sociales ».

UN DJIHAD EN GUYANE, FRANÇOIS ROBIN POLAR Éd. Orphie 9,90 € - 238 p. Le 5e polar de François Robin s’inspire du décès en 2013 de deux frères guyanais partis s’enrôler pour le djihad en Syrie et qui y trouvèrent la mort. Le récit s’ouvre sur la découverte d’un corps décapité à la cocoteraie à Kourou. La blogosphère djihadiste bruisse de l’imminence d’un attentat contre le Centre spatial. Fred, journaliste va une nouvelle fois mener l’enquête. Il est cette-fois sollicité par les services de renseignement du ministère de l’intérieur. Il va devenir leurs yeux et leurs oreilles et déambuler dans les couloirs surchauffés des dancings et les méandres du fanatisme religieux.

MOBILITÉS, ETHNICITÉS, DIVERSITÉ CULTURELLE : LA GUYANE ENTRE SURINAM ET BRÉSIL ANTHROPOLOGIE - Gérard Collomb & Serge Mam Lam Fouck Éd. Ibis Rouge 25 € - 310 p. Les travaux de quatorze universitaires sont ici regroupés dans un formidable ouvrage qui questionne les effets et les causes des migrations vers la Guyane. Les chercheurs proposent une approche apaisée et factuelle « des mutations qui ont affecté l’occupation de l’espace guyanais et les pratiques sociales des hommes et des femmes qui y vivent ou qui y circulent ». Les textes sont tantôt écrits en français, en portugais ou en anglais et abordent les nouvelles musiques kali’na, le pont Guyane-Brésil, les vagues migratoires nécessaires aux travaux publics, ou celles facilitées par le trafic d’or. Une saison en

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LETTRES À VOVÔ ROMAN - Patrick Malherbe & Djé Oussour Ed. Ibis Rouge Editions - 12 € 124p

LES ANIMAUX DE GUYANE JEUNESSE - Delphine LaureThieriet & Cécile Arnicot Éd. PLUME VERTE 14,90 €

REMÈDES BUSINENGE - BUSINENGE DEESI PÉDAGOGIQUE Marie Fleury & Pascal Sele Éd. Gadepam -15 € - 119 p.

Écrit à quatre mains, les Lettres à Vovô (Lettres à “pépé” en portugais) offrent la correspondance tenue par Yahn et Vovô, habités par chacun des auteurs. Le papy à une soixantaine d’années et a vécu la moitié de sa vie en Guyane. Pour des raisons de santé, il est parti vivre à Paris. Nostalgique du pays, il reprend contact avec Yahn, de trente ans son cadet, qu’il a en partie élevé. Grâce à lui, il reprend contact avec sa terre, son fleuve. Les hommes échangent leurs points de vue sur les relations entre les populations, la liberté, la politique, l’orpaillage clandestin…

Croqués avec délicatesse grâce aux coloris doux et à la ligne enfantine de Cécile Arnicot, les animaux de cette nouvelle encyclopédie sont attendrissants et très rassurants. Ils dialoguent avec l’enfant en bulles et en rimes pour lui apprendre ses premières notions et enrichir son vocabulaire. Ma première encyclopédie a été réalisée par Plume Verte pour les petits curieux dès l’âge de 4 ans.

Ce livre succède au premier ouvrage Remède wayana - Wayana epit, qui s’intéressait aux remèdes traditionnels amérindiens sur le Maroni. Cette fois Marie Fleury présente les principales plantes utilisées en automédication à la Charbonnière, village businenge de SaintLaurent-du-Maroni (Guyane française). La version bilingue souligne l’importance des langues régionales, notamment dans l’apprentissage de la lecture chez les enfants, et il est illustré de nombreux dessins. Souhaitons que cet ouvrage donne envie aux jeunes de se réapproprier les connaissances de leurs ancêtres sur la nature.

GUYANE - GUIDE DES VACANCES EN HAMAC GUIDE - Éd. Escapade carbet 18 € - 312 p. - Sortie septembre 2017 Cette mise à jour du premier guide indispensable des carbets de Guyane contient désormais 87 carbets référencés. Surtout, les 80 nouvelles pages proposent désormais des bons plans par secteur, des rubriques sur le tourisme durable, des itinéraires pratiques, des conseils pour partir en carbet bâche, une charte éthique du voyageur, en bref des infos très pratiques pour préparer son séjour en carbet et en Guyane.

la Cas’A Bulles - Lettres d’Amazonie les librairies générales de Guyane

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Une saison en Guyane n°19  

Le magazine Une saison en Guyane vous emmène à la découverte de la région des Guyanes, depuis l’Amazone jusqu’au fleuve Orénoque. Science, h...

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