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APFEE

Association pour la Formation des Elus Etudiants

Le mensuel d’information des élus étudiants N° 178 - Juillet 2011 - 0,15 Euros

Fiche pratique

Dossier

Interview

Quelle formation pour les doctorants ?

Quel financement pour les thèses des doctorants ?

Henri Audier, membre fondateur de Sauvons la recherche

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p. 4 - 5

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Spécial élus en Conseil Scientifique

Édito

SOMMAIRE Bonjour à tous,

Actualités locales • Des aides financières pour les doctorants de Toulouse 2 • Des délais de contractualisation qui s’allongent

p. 2 Actualités nationales • Vers une immigration contrôlée à l’université ? • Les salaires des doctorants stagnent face à l’inflation

p. 3 Zoom sur... • Nature et financement de la recherche

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Les dispositifs actuels d’orientation, d’évaluation et de financement de la recherche française bouleversent le paysage. Les élus « UNEF et associations étudiantes » consacrent ce mois-ci une LDE dédiée à la recherche et aux conditions de vie et de recherche des doctorants, afin d’appuyer les élus étudiants des conseils scientifiques dans leur action. Les nouveaux dispositifs d’attribution des financements, alliant stagnation des budgets alloués aux organismes et aux universités et progression du budget de l’ANR, fait de celle-ci le centre de gravité du système de recherche français. Cela conduit à remplacer progressivement le financement de programmes de longue durée par des financements de projets à durée limitée. En parallèle, la précarité que vivent les doctorants au quotidien est en contradiction avec les discours gouvernementaux qui souhaitent ériger la recherche française au rang de l’excellence mondiale. Cette précarité pourtant indéniable freine la démocratisation du doctorat car elle est un obstacle à l’accès comme à la réussite de la thèse. Le manque notamment de financement des doctorants est en cause, mais aussi leur illisibilité. Les élus « UNEF et associations » étudiantes vous proposent, dans le dossier du mois, leur analyse et leurs propositions sur le financement des études doctorales. La fiche pratique reviendra sur les compétences transversales qu’offre la formation doctorale et qui sont pas ou peu valoriser par les modes d’évaluation de la thèse. Enfin le Lettre Des Elus laisse la parole à Henri Audier membre fondateur de Sauvons la recherche et directeur de laboratoire afin d’avoir son avis sur les conditions de recherche des chercheurs français. Bonne lecture !

Maria Cotora Élue au CNESER

Une publication mensuelle de l’UNEF et de l’APFEE. N° de Commission Paritaire : 0108G82659 - ISSN : 1761-1547 — Directeur de publication : Sébastien Maurice Rédacteurs en chef : Sayna Shahryari, Sandra Carvalho— courriel : universitaire@unef.fr — Tél : 01 42 02 25 55 — Impression : imprimerie Grenier RCS Créteil B 622.053.189


Actualités locales Toulouse. Les élus « UNEF et associations étudiantes  » obtiennent deux nouvelles aides financières pour les doctorants à Toulouse 2.

Des aides financières pour les doctorants Le début de la thèse est une période compliquée pour les doctorants qui doivent s’installer, régler de nombreux détails administratifs, attendre leur premier salaire et régler les frais de scolarité qui s’ajoutent aux dépenses personnelles. Cette période est d’autant plus problématique pour les doctorants qui n’ont pas accès à un financement pour leur thèse et doivent débuter leur travaux dans une situation de précarité et un environnement peu propice à la réalisation de leur projet de recherche. Certains déplacements utiles à la poursuite de la thèse sont très couteux et nécessitent un investissement financier important.

Une aide à l’installation A Toulouse 2, les élus « UNEF et associations étudiantes » se sont battus pour améliorer cette situation et ont ainsi obtenu une aide financière à l’installation des doctorants. Cette bourse, d’un montant de 300 euros, est disponible pour les doctorants en première année de thèse. Son attribution se fait sur critères sociaux par une commission du conseil scientifique constituée d’élus enseignants, de doctorants et d’assistantes sociales de l’université. Ce sont les laboratoires d’accueil qui sont ensuite chargés de verser l’aide aux doctorants.

Une aide à la mobilité Les élus « UNEF et associations étudiantes  » ont également obtenu une aide à la mobilité nationale permettant à tous les doctorants de participer à des colloques et ainsi de s’insérer dans le réseau de leur discipline. L’aide est ouverte à tous et est attribuée par le conseil scientifique de l’université sur présentation d’un dossier justifiant le déplacement. Frédéric Marty Élu au CS à Toulouse 2

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Paris 7. Les élus « UNEF et associations étudiantes » se battent pour le respect des délais de paiement des doctorants.

Des délais de contractualisation qui s’allongent Tous les ans, de nombreux doctorants de Paris 7, victimes de l’inertie administrative, se voient attendre jusqu’à plusieurs mois avant de recevoir la copie signée de leur contrat doctoral.

Une procédure complexe qui pénalise les doctorants La procédure qui amène à la signature du contrat doctoral nécessite des aller-retours incessants entre l’école doctorale, l’UFR, le laboratoire, le bureau des thèses, et la direction des ressources humaines. Il est difficile pour les étudiants qui arrivent à Paris 7 de trouver facilement les bons interlocuteurs, et ils doivent faire eux-mêmes les intermédiaires entre les différents services de l’université qui doivent apposer tampons et signatures sur les documents nécessaires à l’établissement du contrat.

Des retards de paiement aux lourdes conséquences

Les délais de contractualisation s’allongent, entrainant avec eux les délais de paiements. Cette situation met en difficulté les doctorants qui sont dans l’obligation de fournir un contrat de travail pour accéder à un logement et les empêche de débuter leurs travaux de thèse dans de bonnes conditions. Certains doctorants peuvent attendre jusqu’à trois mois avant de percevoir une avance sur leurs premiers mois de travail, ce qui génère des situations de précarité anormales. Les élus « UNEF et associations étudiantes » se battent dans le conseil scientifique de Paris 7 pour que les doctorants puissent bénéficier de manière régulière de leur financement. Les élus « UNEF et associations étudiantes » ont exigé de l’administration qu’elle apporte des solutions en simplifiant les démarches Marc Geiller Élu au CS à Paris 7

En hausse

En baisse

Une réforme de la charte des thèses rejetée par le CS de Bordeaux 3

Création de classements internationaux

Une réforme de la charte des thèses de Bordeaux 3 vient d’être rejetée par le conseil scientifique grâce au travail des élus « UNEF et associations étudiantes ». Cette réforme comportait une obligation d’avoir une moyenne de 14/20 au master 2 pour pouvoir prétendre à une inscription en doctorat, elle rendait la soutenance impossible avant d’avoir rassemblé 60 ECTS que les doctorants obtenaient soit en publiant un article dans une revue soit en participant à des séminaires nationaux ou internationaux. Enfin, en cas de conflit avec un laboratoire les doctorants risquaient la radiation de l’université.

Alors que l’Ecole des Mines et l’University College of London ont créé leur propre classement pour concurrencer le célèbre classement de Shanghai, certains se réjouissent d’enfin trouver quelques établissements français parmi les 100 privilégiés. Aucun de ces classements ne prend en compte la situation des doctorants, si ce n’est comme dans le classement de Shanghai où est noté le nombre de « prix Nobel et médaille Field parmi les anciens élèves de l’institution ». Encore une fois le choix de l’excellence se fait au détriment de la qualité générale de la recherche et des droits de ses doctorants.

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Actualités nationales Etudiants étrangers. Valérie Pécresse a fixé l’objectif de deux tiers des étudiants étrangers inscrits en master et en doctorat.

Vers une immigration contrôlée à l’université ? Valérie Pécresse, vient d’annoncer sa volonté de « mieux sélectionner » les étudiants étrangers. Elle fixe l’objectif d’ici à 2015, que 2/3 des étudiants étrangers vivant sur le sol français et principalement issus des pays en partenariat avec la France soient en master et doctorat. Sous couvert d’améliorer la mobilité internationale, la ministre se sert de l’immigration pour servir les intérêts économiques et diplomatiques de la France. Or, notre système d’enseignement supérieur a pour mission de diffuser la connaissance et de permettre au plus grand nombre quelques soient leurs origines sociales, ethniques ou culturelles d’accéder au plus haut niveau de qualification. De plus, les étudiants étrangers sont déjà soumis à une sélection drastique. Les démarches pour obtenir un visa, via Campus France, sont particulièrement couteuses et les critères pédagogiques totalement arbitraires. La ministre voudrait rajouter à cette sélection sociale et pédagogique, une sélec-

tion selon le pays d’où l’étudiant vient et le niveau d’étude auquel l’étudiant aspire. Chaque année, 261 000 étudiants étrangers font le choix de venir étudier en France, faisant de notre pays le 4ème pays le plus attractif en matière d’études supérieures. A l’heure où nombreux sont ceux qui, s’appuyant sur des classements internationaux aux critères contestables, s’appliquent à décrire les faiblesses de nos universités, ce chiffre témoigne de la qualité scientifique et pédagogique de notre enseignement supérieur. Les élus « UNEF et associations étudiantes » s’opposent à toute volonté de vouloir renforcer la sélection des étudiants qui voudraient suivre leurs études en France, et ce quelque soit leur niveau d’étude et le pays d’où ils viennent.

Yannick Sabau Élu au CNESER

Fiche de lecture P.E.C.R.E.S., Recherche précarisée, recherche atomisée. Cet ouvrage, paru en avril 2011 est l’œuvre du collectif P.é.c.r.e.s (Pour l’Etude des Conditions de travail dans la Recherche et l’Enseignement Supérieur) constitué en 2009 à l’initiative de l’ensemble des organisations syndicales de l’enseignement supérieur et de la recherche suite à la mobilisation universitaire contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs. Le collectif P.é.c.r.e.s s’était vu assigné pour principal objectif la construction d’une enquête nationale sur la précarité dans l’enseignement supérieur et la Recherche, dont cet ouvrage est la concrétisation. Loin des discours officiels avançant des investissements financiers historiques dans les activités de recherche, cette enquête fondée sur plus de 4000 témoignages met en avant une toute autre réalité. Dans l’enseignement supérieur et la recherche, comme dans d’autres services publics, la précarité est devenue une composante structurelle à coups de réformes statutaires, de mise en concurrence des personnels et de développement du financement sur projets dans la recherche. Au-delà de la dégradation des conditions de travail des personnels administratifs, enseignants et chercheurs, ce livre pointe les conséquences lourdes d’une telle évolution sur la qualité de l’enseignement et des travaux de recherche.

Financement. La rémunération des doctorants contractuels est gelée pour la deuxième année consécutive.

Les salaires des doctorants contractuels stagnent face à l’inflation Avec la réforme du contrat doctoral, les doctorants contractuels ont tous le statut d’agent non titulaire de la fonction publique. A ce titre, leur rémunération est fixée par décret et est indexée sur le point d’indice de la fonction publique. Le 19 avril 2011, poursuivant sa politique de rigueur, le gouvernement a annoncé que la valeur du point d’indice salarial des fonctionnaires ne serait pas augmenté en 2012, pour la deuxième année consécutive. Le montant de la rémunération minimale mensuelle reste donc fixé à 1 365,94 euros brut, hors primes. Cette décision est contraire à toutes les annonces de la ministre de la recherche qui dit vouloir promouvoir la recherche publique. Il n’est pas possible de valoriser les parcours de recherche sans valorisation financière. La France est déjà largement à la traine parmi les pays de l’OCDE dans la rémunération de ses jeunes chercheurs. Cette décision risque de rendre la recherche encore moins attractive avec pour conséquence la « fuite des cerveaux  », mais surtout l’abandon de la recherche publique au profit de formations professionnelles en écoles ou de carrière dans des laboratoires ou des instituts privés. Le gel du point d’indice est aussi un signal négatif envoyé aux étudiants chercheurs qui subissent déjà la précarité. Car si le point d’indice n’est pas revalorisé depuis 2010, les prix eux augmentent et le taux d’inflation a atteint près de 3% sur ces deux dernières années. Les élus «FENEC-UNEF et associations étudiantes  » ont dénoncé ce gel et ont réaffirmé qu’encourager la recherche publique passe avant tout par augmenter en nombre et en montant les contrats doctoraux, notamment en indexant la rémunération des doctorants contractuels sur l’inflation. Maria Cotora Élue au CNESER

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Dossier Financement. Malgré les annonces budgétaires gouvernementales, les conditions de vie et de recherche des doctorants se détériorent. Les élus « UNEF et associations étudiantes » vous font part de leurs revendications.

Financement des thèses : les doctorants payent la facture Alors que la question budgétaire demeure un problème récurrent pour de nombreuses universités, les effets d’annonce du gouvernement n’y font rien, les doctorants sont en première ligne d’une précarisation rampante mais certaine. En effet, la réalité est bien différente des discours officiels valorisant le doctorat, et entamer une thèse en 2011 défie toutes les règles du bon sens tant les conditions d’étude, de recherche et d’insertion sont malmenées. Les conséquences de ce climat délétère pour les doctorants sont implacables : seuls 6 doctorants sur 10 bénéficient d’un financement pérenne, les autres doivent cumuler un emploi en plus de leurs études, au profit d’un taux d’abandon important. L’absence d’une politique budgétaire cohérente avec les ambitions affichées du ministère en matière de recherche se paye chèrement pour les doctorants.

La précarité des doctorants, premier obstacle à la démocratisation du doctorat Aujourd’hui comme hier, l’enseignement supérieur ne tient pas ses promesses de démocratisation. Les enfants d’ouvriers qui représentent

12% des effectifs en licence, ne représentent plus que 2% des effectifs en doctorat. Le gouvernement promettait un changement net avec la mise en place du contrat doctoral unique (CDU). Ce dernier n’a fait que remplacer les anciennes allocations de recherche et le monitorat : les financements des thèses ne sont ni plus lisibles, ni moins opaques. Et, surtout, principal problème, ils ne sont pas plus nombreux : il n’y a pas plus de contrats doctoraux aujourd’hui que d’allocations de recherche hier. Enfin, le contrat doctoral, ajouté à l’autonomie des universités, est un boulevard pour l’avènement d’une recherche à deux vitesses. Les établissements les mieux dotés peuvent attirer les jeunes chercheurs en améliorant leur salaire, laissant de coté les petites universités qui manquent de moyens pour développer des programmes de recherche de qualité. D’autre part, les autres dispositifs de financement existants ne sont pas aujourd’hui connu par la majorité des étudiants alors que la plupart de ces financements, dans le contexte d’une recherche de plus en plus financée sur projet, nécessitent une mise en

Le contrat doctoral unique  Il y a peu de temps nous célébrions le troisième anniversaire de l’instauration du CDU par Valérie Pécresse. Loin de répondre à la nécessaire mise en place d’un statut du doctorant, les élus « UNEF et associations étudiantes » appelle à la tenue d’une évaluation critique du dispositif tel qu’il existe aujourd’hui. Nous demandons  l’élaboration d’un contrat unique national contraignant à reprendre par tous les établissements, la reconduction d’un an du contrat doctoral de droit sur demande du doctorant contractuel, le renforcement du contrôle du ministère et du conseil scientifique sur la répartition des contrats doctoraux, la suppression de la période d’essai, l’élaboration d’une procédure nationale contraignante garantissant l’égalité dans le recrutement des doctorants contractuels, l’intégration d’obligations d’accueil et d’encadrement des doctorants incombant à l’université, de rendre les avis de la commission des doctorants contractuels obligatoires, de donner la possibilité au doctorant contractuel de refuser une transformation de ses missions au cours de ses trois de thèse, l’interdiction de faire cumuler au doctorant en première année des missions de recherche et des missions annexes.

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route dès le Master 1. C’est le cas par exemple du dispositif CIFRE (Convention Industrielle de Formation par la Recherche), dont l’existence est peu connue des étudiants, et dont les conditions d’éligibilité sont devenues plus restrictives depuis cette rentrée. Par ailleurs, ce type de dispositif est sollicité de manière complètement disparate selon les disciplines et conforte une inégalité entre doctorants issu de différentes disciplines.

La précarité des doctorants, premier obstacle à la réussite de la thèse Autre conséquence d’une ambition minimale en matière de financement du doctorat, la réussite de la thèse est elle aussi compromise. L’absence de statut pour les doctorants amène 40% d’entre eux à abandonner leur thèse faute de moyens suffisants. Dans cette situation, la baisse du nombre de thèses, moins 15% en 15 ans, n’est pas une surprise. Si tout le monde s’accorde à dire que la valorisation du doctorat est une nécessité, que les doctorants d’aujourd’hui sont les chercheurs, les enseignants et les cadres dont le pays aura besoin demain, rien n’incite aujourd’hui les étudiants à poursuivre leurs études dans cette voie. Nos voisins européens, eux, l’ont pourtant compris  : 25  000 thèses sont soutenues chaque année en Allemagne, contre seulement 15 000 en France. De ce point de vue, on constate encore une fois un véritable écart selon les filières académiques. Alors qu’en Sciences Humaines et Sociales (SHS) seulement 30% des doctorants bénéficient de financements, en sciences naturelles et expérimentales (SNE) c’est plus de 80%. Il faut tout de même nuancer ces chiffres car aujourd’hui, la plupart des filières de SNE conditionnent l’inscription en thèse à l’obtention d’un financement. Celles et ceux étant mal ou pas financés connaissent une difficulté à fi-


Dossier

nir leur thèse dans les trois années qui leur sont imparties. En effet, 8% des thèses sont soutenues en 3 ans et le prolongement des financements n’est pas automatique. Pour prolonger d’une 4ème année d’un contrat doctoral, les critères sont différents d’une université à l’autre et ils sont dans la plupart de celles-ci complexes à remplir. A cette précarité immédiate s’ajoute une précarité différée : une insertion professionnelle difficile avec un taux de chômage à la sortie d’un doctorat supérieur à celui d’un master 2. Le doctorat n’est pas reconnu dans les conventions collectives et l’absence de politique de développement d’emplois qualifiés dans la recherche et l’industrie ne fait qu’augmenter ces difficultés.

La création d’un statut du doctorant, première pierre de la démocratisation et la réussite de la thèse Les causes de la précarité des doctorants sont assez identifiables : manque de financements, illisibilité des différents dispositifs, et parfois manque de droits attachés à certains financements (chômage, retraite, sécurité sociale).Les conséquences sont directes pour les doctorants  : sélection sociale, échec universitaire et disparité entre disciplines académiques. Les actions du gouvernement, depuis 2007 se bornent aux effets d’annonces, il est donc urgent de faire entendre l’avis des doctorants et d’obtenir de réelles avancées. Les élus UNEF et associations étudiantes revendiquent en termes de financement : - Une augmentation significative du nombre de contrats doctoraux  : objectif de ¾ des thèses de SHS financées en 3 ans (sans baisse du nombre d’inscrits). Ainsi qu’un objectif de 100% des thèses financées en 5 ans (sans baisse du nombre d’inscrits). - Une augmentation des moyens alloués

pour le développement des conventions CIFFRE. - Une revalorisation du traitement des doctorants contractuels : à minima une indexation sur l’inflation. - Le financement de contrats doctoraux sur le budget propre des universités (sur le budget des initiatives d’excellences, par exemple) - Un contrôle démocratique de l’attribution des contrats doctoraux aux laboratoires (vote de leur répartition dans les conseils scientifiques des universités). - L’élaboration d’une procédure nationale de recrutement des doctorants contractuels. De plus les universités doivent s’engager à prendre des mesures rapidement pour améliorer les conditions de financement des doctorants. Les élus « UNEF et associations étudiantes » revendiquent : - Une obligation d’information des doctorants et futurs doctorants (dès le M1) sur les différents dispositifs de financements et inscription de cette obligation dans la charte des thèses. - Une obligation pour les établissements d’attribuer des heures d’enseignement aux doctorants qui le demandent, et pas seulement aux doctorants financés. - La création d’une enveloppe pour le financement des déplacements internationaux comme nationaux des doctorants (colloques, séminaires). - Un assouplissement des conditions relatives à la prolongation d’une quatrième année le contrat doctoral Sans réponses à ces demandes, les discours d’intention du gouvernement ne sont que des mots creux, à contre-sens du volontarisme qu’impose la précarité dans laquelle se trouvent de nombreux doctorants. Dossier réalisé par Sébastien Chaillou Élu au CNESER

Zoom sur... les dispositifs de financement des thèses - Contrat doctoral unique (CDU) : contrat de travail, qui lie le doctorant et l’université. Il a remplacé l’allocation de recherche, qui était parfois couplée par un monitorat (charge de cours). Il est d’une durée d’un an et renouvelable deux fois, et exceptionnellement d’un an supplémentaire pour des raisons liées à des problèmes de santé ou autre, et exceptionnellement des questions de recherche. Un avenant au contrat peut modifier les missions du doctorant contractuel : par exemple devenir chargé de TD. Il peut être adossé à des heures d’encadrement pédagogique, de valorisation de la recherche et de secrétariat. Il donne droit aux allocations chômage et permet de cotiser pour la retraite. - Convention CIFRE  : financement par une collaboration avec une entreprise, une collectivité territoriale ou une association au sein de laquelle des missions sont assurées en lien avec le périmètre de la thèse. - Bourse du Ministère et de l’enseignement supérieur : sur une thématique de recherche précise. - Bourse de l’ANR : sur une question de recherche « fléchée » ou non. - Bourse des collectivités territoriales : sur une thématique de recherche à dimension régionale. - Financement sur projets  : dans le cadre d’un projet de recherche existant ou prévu. Par exemple, bourses d’établissements publics. - Libéralités : c’est illégal, mais cela existe surtout en sciences humaines et sociales.

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Zoom sur... Grand Emprunt. Le gouvernement passe un nouveau cap dans la restructuration du système d’enseignement supérieur et de recherche en poussant les établissements à la concurrence par des appels à projets et des financements différenciés.

Nature du financement de la recherche Annoncé en 2010 comme un outil de la relance, le Grand Emprunt consacre une part à l’enseignement supérieur et à la recherche. Ainsi, une somme de 16 milliards d’euros a été placée et les intérêts serviront à financer des « Investissements d’avenir », parmi lesquels des Initiatives d’Excellences «  IDEX  » et des laboratoires d’excellence «  Labex  ». Les IDEX sont des projets qui doivent être portés par des regroupements d’établissements et qui doivent présenter un intérêt en matière de recherche appliquée pour relancer la croissance. Sept projets ont été présélectionnés par le ministère. Les Labex quant à eux sont des projets qui doivent faire collaborer des éléments issus de plusieurs laboratoires sur 10 ans.

Un nouveau mode de financement de la recherche Depuis 2007, le gouvernement a imposé une nouvelle logique dans le financement de l’enseignement supérieur. La notion de performance remplace la notion de financement récurrent qui était attribué en fonction des besoins des établissements. Ainsi, un établissement qui publie de nombreux articles scientifiques, où les étudiants sont nombreux à passer leurs examens et s’in-

serent mieux sur le marché du travail, est jugé performent par le gouvernement et sera mieux financé au détriment des autres établissements. Le Grand Emprunt, vient accentuer cette mise en concurrence des universités par un financement sur appel à projet. Les établissements qui réussissent à se mettre le plus en valeur, et à déposer les meilleurs projets IDEX ou Labex seront financés alors que les autres projets ne bénéficieront pas du financement du Grand Emprunt. En France, la recherche a toujours été abondée par un financement récurrent permettant aux laboratoires et aux doctorants de pouvoir financer l’ensemble de leurs projets malgré de faibles moyens. Cette logique de financement selon les besoins a été remise en cause par le financement sur projets de l’enseignement supérieur et de la recherche. Le financement sur projets, au-delà de mettre en concurrence les établissements, creuse encore un peu plus les inégalités. Des éléments forts de la recherche auront plus de facilités à monter des projets qui seront sélectionnés par le gouvernement que des laboratoires avec peu de moyens et isolés sur le territoire.

Des répercutions sur le financement des thèses Ce financement par le Grand Emprunt est fortement décrié par les élus « UNEF et associations étudiantes » et par l’ensemble de la communauté scientifique. Le gouvernement, au lieu d’augmenter les moyens récurrents de la recherche publique décide de concentrer les financements sur 100 projets Labex sélectionnés de façon opaque. Le risque pour les élus «  UNEF et associations étudiantes » serait que les doctorants choisissent de moins en moins leur sujet de thèse, faute de financement par l’Etat, mais se voir au contraire imposer des sujets financés par le Grand Emprunt. Le financement sur projets fragilise donc l’indépendance des choix de la recherche . Les critères de sélection des projets par le gouvernement qui compte faire émerger des pôles de compétitivités sur le territoire, posent également des interrogations sur la pérennité du financement de la recherche fondamentale au profit de la recherche appliquée. La recherche appliquée beaucoup plus visible sur la scène internationale et offrant des débouchés directement utilisables par les entreprises est largement plus valorisée actuellement et fortement soutenue par le Grand Emprunt. Le danger de voir disparaitre le financement de la recherche en sciences humaines et en sciences sociales est également élevé dans un contexte où les sciences dures sont privilégiés par le gouvernement pour se mettre en avant à l’échelle internationale. Les élus «  UNEF et associations étudiantes  » attachés à l’indépendance de la recherche et au service public mènent la bataille dans les conseils scientifiques pour que l’ensemble des projets Labex soit au préalable votés en conseil scientifique ainsi que pour une augmentation des moyens récurrents pour l’ensemble des laboratoires. Maria Cotora Élue au CNESER

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Fiche pratique Formation. Autre que les travaux de recherche, le doctorat donne des compétences transversales qui doivent être valorisées pour faciliter l’insertion professionnelle des doctorants.

Quelle formation pour les doctorants ? Aujourd’hui, près de 40% des titulaires d’un doctorat n’occupe pas un emploi lié à la recherche. Même si la formation à la recherche demeure le cœur de la formation doctorale, le doctorat s’est depuis quelques années étendu à d’autres domaines de qualifications. La thèse ne doit pas être réduite à une étape dans une carrière académique notamment au vu de la raréfaction du nombre de postes ouverts dans la recherche publique. La thèse aujourd’hui ne donne que trop peu de débouchés dans les domaines extra-académiques. Ce manque de débouché dissuade de plus en plus d’étudiants de s’engager dans une thèse, au profit des formations en écoles. Les universités conscientes de ce problème d’insertion professionnelle des doctorants, encouragent de plus en plus ces derniers à suivre une formation intellectuelle et professionnelle complémentaire au travail de thèse. Celle-ci leur permet de valoriser leur diplôme sur le marché du travail et de pouvoir prétendre au même niveau de qualifications et de rémunération que les diplômés des grandes écoles. Ces formations existent déjà la plupart du temps mais leur qualité n’est pas la même dans toute les universités. Les élus « UNEF et associations étudiantes  » défendent l’accès de tous les doctorants quelque soit leur université, leur discipline ou leur statut à une formation doctorale au contenu de qualité.

française. Cette coopération nationale ou internationale à travers la participation à des colloques, permet aux doctorants une insertion dans le réseau scientifique de leur discipline. Mais ces déplacements ont un coup financier et lorsque une aide existe, elle est réservée aux doctorants communiquant (c’est à dire présentant un article à l’événement). Les élus « UNEF et associations étudiantes  » revendiquent la systématisation d’une aide financière à la mobilité nationale et internationale, sans distinction de communication et la mise en place dans les universités de veille pour maintenir informer les doctorants des différents événements de leur discipline.

Les langues

Un des débouché professionnel majeur à la suite d’un doctorat est l’enseignement notamment dans le supérieur. Or les formations à la pédagogie sont quasi inexistantes et souvent réservées aux doctorants financés. Les élus « UNEF et associations étudiantes » revendiquent des modules de formation à la pédagogie pour tous les doctorants souhaitant enseigner, sans distinction de financement.

La condition à une mobilité internationale est la pratique de langues étrangères. Les doctorants doivent avoir accès à des formations linguistiques leur permettant de perfectionner et d’entretenir leur niveau en langues. Sur un plan professionnel, cela permet de trouver un post-doc ou un poste titulaire à l’étranger et sur un plan académique cela permet la constitution d’un réseau international autour d’une discipline. Les élus « UNEF et associations étudiantes  » revendiquent une formation continue et gratuite en langues dans toutes les universités.

Mobilité nationale et internationale

Séminaires

La notion de coopération scientifique est une notion montante dans la recherche

En master 2, les étudiants n’ont pas le temps d’assister à tous les séminaires en

Formation à la pédagogie

rapport avec leur sujet de thèse. Pourtant, des séminaires organisés par les équipes de recherche constituent une offre riche et diversifiée qu’il convient d’intégrer et de valoriser davantage au niveau de l’ensemble de la formation doctorale. Les élus « UNEF et associations étudiantes  » revendiquent le droit d’accès des doctorants aux formations proposées par les laboratoires enrichissant leur formation, la valorisation de la participation à ces séminaires dans le cadre du parcours doctoral.

Insertion professionnelle Des éléments de formation doivent permettre au doctorant de mieux préparer son insertion professionnelle : droit du travail, préparation d’entretien, apprendre à traduire ces connaissances universitaires en compétences professionnelle à travers un cahier de compétences. La formation doctorale doit permettre aux doctorants de mieux préparer la période d’insertion professionnelle et de faire valoir leurs qualifications sur le marché du travail. Des aménagements doivent être prévus, type dispense d’assiduité, pour les étudiants non financés et contraints de travailler en parallèle de leur travaux de recherche ou encore pour les doctorants cumulant des responsabilités au sein des instances démocratiques des universités.

Yannick Sabau Élu au CNESER

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Interview 3 questions à ...

Henri Audier, membre fondateur de Sauvons la recherche LDE : Les annonces gouvernementales sont dithyrambiques sur la recherche  : l’excellence est à l’ordre du jour dans tous les laboratoires, un investissement massif à hauteur de milliards d’euros a été annoncé… Cette politique a-t elle réellement changé les conditions de recherche des chercheurs français? Henri Audier  : Depuis 2007, Valérie Pécresse annonce chaque année une pluie de milliards sur l’enseignement supérieur et la recherche. C’est une propagande mensongère. S’agissant des crédits budgétaires, si on enlève les astuces de présentation budgétaires (changements de « périmètres »), ceux-ci ont monté comme l’inflation. Rien de plus. Le Plan Campus dont la ministre parle depuis 4 ans, vient tout juste de connaître un début de réalisation. Enfin concernant le Grand emprunt, Sarkozy avait averti : les intérêts versés à ce titre seront compensés par des baisses de dotations budgétaires. Cette stagnation du financement de la recherche notamment est conforté par l’OCDE qui montre que les dépenses de la recherche publique, comme celles des entreprises, sont étales depuis 2002. Mais les choses ont changé. L’ANR (Agence nationale de la recherche) et l’AERES (Agence d’évaluation) ont été les premières étapes, bientôt suivies par la LRU, d’un processus qui visait à une main basse du pouvoir sur la science. Avec l’ANR, le financement sur projets de court terme remplace progressivement les crédits récurents, donnés aux laboratoires par les organismes (CNRS, INSERM, etc.) et universités, sur une base scientifique et avec une perspective à long terme. Ces crédits sont beaucoup mieux adaptés à la « temporalité » de la recherche. Les chercheurs sous contrats à court teme (CDD) remplacent les personnels statutaires et, souvent, les doctorants sont utilisés comme de petites mains pour réaliser les contrats en lieu et place d’une véritable formation. Une nouvelle technocratie se substitue aux instances scientifiques où siègent des élus comme le Comité na-

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tional de la recherche scientifique. Une recherche étroitement utilitariste se met en place, sans comprendre que c’est du progrès des connaissances que sont sorties les plus grandes avancées. Enfin, il y a eu des changements dans le métier de chercheur et d’enseignant chercheur : il passe désormais plus de temps à gérer les dossiers ou à répondre à la bureaucratie envahissante qu’à chercher ou à enseigner. LDE : Le grand emprunt a donné le jour aux initiatives d’excellences. Que pensez-vous de ce projet ? Henri Audier : C’est une magnifique opération de communication mensongère et une catastrophe pour la science. Tout d’abord ce n’est pas de l’argent « en plus » mais « à la place ». Le texte de l’Elysée, est très clair : « l’emprunt s’articule pleinement avec notre stratégie de réduire le déficit structurel dès que la croissance le permettra. Les intérêts de l’emprunt seront compensés par une réduction des dépenses courantes dès 2010 et une politique de réduction des dépenses courantes de l’Etat sera immédiatement engagée ». Ce fut effectivement le cas. Sous couvert d’une prétendue « excellence », le grand emprunt franchit un pas de plus dans la démolition de notre système. Ainsi les appels d’offres sur les laboratoires dits « d’excellence » conduisent à des projets qui font exploser les Unités mistes de recherche entre organismes et universités. Quant aux « IDEX », elles visent à réduire à 5 ou 7, les pôles qui garderont une recherche de haut niveau. Les trois quarts du territoire sont ainsi voués à devenir des déserts scientifiques. LDE : D’après l’INSEE, 3ans après l’obtention d’un master 2 il y a 5% des diplômés encore au chômage ; 3 ans après l’obtention d’un doctorat le chômage des jeunes diplômés s’élève à 10%. Identifiez-vous les raisons de ce phénomène  ? Quelles solutions peuvent être apportées ?

La Lettre Des Élus n°178 - Juillet 2011

Henri Audier est né en 1940. Après des études au Lycée Voltaire, il entre à l’ENS où il devient représentant de l’UNEF pour la région parisienne jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie. Entré au CNRS en 1961, il devient membre du Bureau national du Syndicat des chercheurs (SNCS-FSU). Il travaille à Gif, à Orsay puis à Polytechnique où il dirigea durant 12 ans un laboratoire de chimie, mixte Polytectnique-CNRS. Il fut durant une dizaine d’années membre du CA du CNRS (élu puis nommé au titre de la FSU) et du Conseil supérieur de la recherche et de la technologie. En 2004, il est membre fondateur de Sauvons la recherche (SLR). Il est membre du CA de SLR et du SNCS-FSU.

Henri Audier : Il y a en effet un chômage important et en même temps aucune création d’emplois dans l’enseignement supérieur et la recherche publique depuis 2007. Du chômage avec une stagnation depuis 2002 des dépenses de recherche des entreprises (malgré des aides de l’Etat les plus forte au monde) alors qu’en Corée du Sud ces dépenses ont doublé. Du chômage des docteurs avec des entreprises dont 13 % seulement des chercheurs sont docteurs. De ce fait, la France se désindustrialise, accentue son retard dans les technologie de pointe, voit son commerce extérieur s’effondrer et le chômage se maintenir à un niveau très élevé. Une autre politique doit mettre une priorité sur l’enseignement supérieur et la recherche. En particulier, ouvrir plus l’entrée à l’université, diminuer le taux d’échec des étudiants par l’amélioration des conditions de vie mais aussi de travail, rapprocher le taux d’encadrement des premiers cycles de celui des « prépas », mieux reconnaître les qualifications dans les conventions collectives et les statuts publics, etc. Propos recueillis par Morand Perrin Élu au CNESER

Lettre des Elus spécial CS - Juillet 2011  

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