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La lettre APFEE des élus

Association pour la Formation des Elus Etudiants

Spéciale grandes écoles

#188 Mai 2012

Bonjour à tous !

Actualités • Réforme du

concours de SciencesPo Paris // IDEX de Toulouse

Dossier • Unifier l’enseignement supérieur pour démocratiser les écoles

Ces derniers mois, dans le cadre des élections présidentielles, le débat public est revenu sur la question de la réussite dans l’enseignement supérieur et la diversité des étudiants au sein des grandes écoles. Pour faire état des propositions des élus « UNEF et association étudiantes » et des batailles à mener dans les conseils, la Lettre des Elus consacre ce mois-ci un numéro spécial aux élus étudiants dans les Grandes Ecoles. Si la qualité du diplôme dans les grandes écoles est indéniable, l’accès à ces diplômes demeure réservé à une minorité. La massification de l’enseignement supérieur, qui permet aujourd’hui à plus de 2,3 millions de jeunes d’être étudiants, repose principalement sur les épaules des universités. Les élus « UNEF et associations étudiantes », s’organisent dans chaque établissement pour réduire les inégalités entre les étudiants et démocratiser l’accès aux grandes écoles. Le dossier du mois est consacré au rapprochement entre les universités et les grandes écoles. Les élus « UNEF et associations étudiantes » portent le projet d’unification de l’enseignement supérieur. Celui-ci passe nécessairement par un rapprochement des deux structures.

Fiche pratique • Rôle des

élus dans les grandes écoles

Nous donnerons également la parole à Pierre Tapie, président de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE), qui nous fera part de sa vision du rapprochement entre les écoles et les universités. Bonne lecture ! Sébastien Chaillou, Élu au CNESER

Interview • Pierre Tapie, Président de la CGE

Une publication mensuelle de l’UNEF et de l’APFEE - 0,15 Euros

N° de Commission Paritaire : 0108G82659 • ISSN : 1761-1547 // Directeur de publication : Sébastien Chaillou // Rédacteurs en chef : Yannis Burgat, Benoit Soulier // mail : universitaire@unef.fr // tél : 01 42 02 25 55 // Impression : imprimerie Grenier RCS Créteil B 622.053.189


Actualités des conseils 5 écoles suppriment leurs frais d’inscription illégaux Suite au recensement des établissements pratiquant des frais d’inscription illégaux et aux courriers de rappel à l’ordre réalisés par les élus UNEF et associations étudiantes, l’Institut Polytechnique de Bordeaux (IPB), l’Institut National Polytechnique de Toulouse (INPT), l’Institut Lillois d’Ingénierie Santé (IRIS) et Centrale Paris ont annoncé la suppression de leurs frais d’inscription illégaux ainsi que le rembourse-

Grandes écoles : épreuve annulée L’épreuve de chimie du concours d’entrée à plusieurs grandes écoles (Polytechnique, les Ecoles Normales Supérieures de Cachan et Lyon et l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris) qui s’est déroulée le 17 avril 2012 a été annulée. Le Comité de pilotage des banques d’épreuves aux écrits communs de ces écoles a annoncé qu’elle devra être repassée. Selon lui, « une partie de l’épreuve de chimie du concours Physique-Chimie n’était pas totalement inédite ».

REFORME DU CONCOURS

L’ouverture sociale à SciencesPo Paris L’Institut d’Etudes Politique de Paris va réformer son concours d’entrée en première année à la rentrée 2013. L’objectif est de diversifier les profils des étudiants. En effet, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche oblige Sciences Po Paris à intégrer la procédure Admission Post Bac. Cette exigence du ministère impose alors une réforme en profondeur du concours d’entrée à l’IEP afin qu’il s’organise avant les épreuves du baccalauréat.

Une remise à plat du concours Suite à la volonté de la direction d’avancer la date du concours au mois de mars, les élus « UNEF et associations étudiantes » identifient plusieurs risques. D’abord le risque que les lycéens ne soient pas informés à temps de la procédure d’entrée à SciencesPo et que seuls ceux issus des milieux les plus favorisés s’y présente. Le risque également que les épreuves ne soient pas en conformité avec ce que l’on peut attendre d’un élève de terminale, renforçant ainsi le poids des inégalités sociales entre les lycéens et les étudiants inscrits en prépas privées.

Des avancées en faveur de la démocratisation Trois ans après la dernière réforme et malgré des améliorations sur le format et le contenu des épreuves, le concours reste encore composé d’épreuves particulièrement discriminantes socialement. Durant plusieurs mois, les élus « UNEF et associations étudiantes » ont fait des propositions afin de réduire la sélection sociale et ont obtenu de nombreuses avancées sur le concours :

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• Le placement des épreuves après les vacances de février afin de permettre à tous les candidats de bénéficier d’un temps minimal de révision. • La suppression de l’épreuve de culture générale fortement discriminante, car elle fait appelle à des connaissances et une méthodologie absente des cours de terminale. • La possibilité de choisir entre plusieurs types d’exercices (une épreuve documentaire et deux dissertations) pour l’épreuve d’Histoire. • Le rapprochement du contenu et de la forme des épreuves avec le programme de terminale afin que les classes de première et de terminale restent la meilleure préparation au concours. • La réduction de la durée et du coefficient de l’examen écrit de langue socialement discriminante ainsi que la suppression de la note éliminatoire pour cette épreuve.

Aller plus loin dans la réforme du concours Afin de diminuer le coût et le temps de déplacement des candidats, les élus « UNEF et associations étudiantes » demandent que ces changements soient accompagnés d’une délocalisation rapide des épreuves sur davantage de sites. Enfin, l’épreuve de langue doit avoir pour objectif d’évaluer et non pas de sélectionner les étudiants. C’est pourquoi, les élus « UNEF et associations étudiantes » demandent la suppression de l’oral de langue étrangère puisqu’une épreuve écrite de langue existe déjà dans les épreuves d’admissibilité au concours. Paul Bernardet, Elu au conseil de direction de SciencesPo Paris


Actualités des conseils IDEX DE TOULOUSE

Le nouveau président de l’INPT souhaite un « ajustement »

Le 4 avril dernier, le conseil d’administration de l’Institut National Polytechnique de Toulouse a élu Olivier Simonin président de l’établissement. Ce dernier souhaite changer la gouvernance et la répartition des financements dans le projet de fusion des établissements toulousains.

Un projet de fusion qui affaiblit le service public La fusion des écoles et des universités toulousaines a été un des 8 projets IDEX sélectionnés par le « jury international » du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. L’IDEX de Toulouse se verra attribuer une dotation en capital de 750 millions dont seuls les intérêts lui seront versés chaque année. L’IDEX de Toulouse a été sélectionné par le jury international pour son caractère élitiste. Le projet de fusion propose de concentrer les moyens sur une poignée d’étudiants et de chercheurs dans le but de faire émerger un pôle d’excellence capable de rayonner au niveau international.

Un projet largement contesté lors des élections Le projet de fusion s’est constitué sans aucune concertation avec la communauté universitaire. Les dernières élections dans les écoles et les universités ont démontré un rejet important de ce projet tant chez les étudiants que chez les personnels et les enseignants-chercheurs. C’est notamment le cas à l’INPT ou les candidats de la liste « UNEF et associations étudiantes », opposés au projet de fusion, ont obtenu 4 élus.

Le changement de président à l’INPT remet en cause le projet de fusion Olivier Simonin, nouveau président de l’INPT a relayé les inquiétudes des étudiants et personnels de son école et exige des ajustements importants. Le projet sélectionné par le jury international prévoit la création d’une grande université fusionnée sous le statut de Grand Etablissement. Elle serait dirigée par un Conseil d’Administration (CA) unique avec une part importante de personnalités extérieures. Selon Olivier Simonin « Il faut s’interroger sur le rôle de cette structure : si elle n’est là que pour chapeauter, ce n’est pas réellement un problème. Si elle a un rôle politique fort, il faut en revoir la représentativité. » La version initiale du projet IDEX proposait également la création de « chaires d’excellence » qui monopoliseraient des moyens important pour quelques scientifiques. Cette vision est également dénoncée par le président de l’INPT pour qui il s’agit d’une « vision particulière de l’excellence qui ne correspond pas à l’ingénierie » Il exige que ce projet soit adapté à toutes les communautés scientifiques.

Les batailles à venir pour faire avancer les droits des étudiants en école Ce changement de cap à l’INPT vient s’ajouter à l’élection de nouveaux présidents à Toulouse 2 et Toulouse 3 qui critiquent également vivement le projet de fusion. Le renouvellement des

conseils des universités et des écoles a ainsi permis de changer la donne et de suspendre la signature de la convention entre les établissements toulousains et le ministère. Les élus « UNEF et associations étudiantes » entendent bien poursuivre leur action contre le projet de fusion et faire entendre leurs revendications. Il est important de s’assurer une gouvernance démocratique et une répartition équitable du budget dans la nouvelle université fusionnée mais il est également fondamental de faire progresser les droits des étudiants en école. La fusion des établissements toulousains doit également permettre d’assurer des passerelles entre écoles et universités. D’un côté, pour que les étudiants des universités puissent intégrer en cours de route les cursus d’ingénieurs. De l’autre côté, pour que les étudiants en écoles puissent intégrer des masters universitaires, en particulier pour pouvoir se tourner vers la recherche. La fusion doit également être l’occasion d’harmoniser vers le haut les droits de tous les étudiants. Les étudiants à l’université bénéficient de droits comme des frais d’inscription faibles et régulés, ou des modalités d’examens qui permettent la réussite des étudiants (rattrapages, compensation entre les UE…). Les étudiants en écoles doivent pouvoir bénéficier de ces droits. William Martinet élu au CNESER

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Dossier du mois

GRANDES ECOLES

Unifier l’enseignement superieur pour démocratiser les écoles L’enseignement supérieur est aujourd’hui divisé avec d’un côté les universités et de l’autre les écoles. Cette bipartition de l’enseignement supérieur est aujourd’hui un frein à la démocratisation de l’enseignement supérieur et pose deux problèmes majeurs. Mettre fin à la bipartition de l’enseignement supérieur L’accès aux grandes écoles reste fermé au plus grand nombre et les universités, qui accueillent tous les publics, supportent seules la démocratisation de l’enseignement supérieur. Les voies d’excellence que représentent les écoles sont sélectives et la plupart du temps payantes créant ainsi une forte reproduction sociale. Si 21% des enfants de cadres accèdent aux grandes écoles, ce taux baisse fortement pour les autres catégories socioprofessionnelles : 4% pour les enfants d’employés et 1% pour les enfants d’ouvriers. Ce système crée aussi des inégalités fortes entre les étudiants. Les écoles drainent la majorité des financements tant publics que privés (taxe d’apprentissage, frais d’inscription) qui font que l’encadrement et les condi-

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tions d’études sont nettement supérieures à celles des universités. Les étudiants au sein des écoles ne bénéficient quant à eux pas des mêmes droits. Les élus « UNEF et associations étudiantes » portent le projet d’unification de l’enseignement supérieur. L’unification de l’enseignement supérieur reste à terme le seul outil permettant d’assurer à la fois l’égalité entre les étudiants et la qualité de toutes les formations dispensées. Cette unification ne pourra pas se faire sans un processus de démocratisation des grandes écoles qui passe par la mise en place de mesures visant à favoriser l’accès de tous aux écoles. Cette unification doit débuter par un processus de rapprochement entre les écoles et les universités incluant un rapprochement des travaux de recherche, des formations, ainsi que des moyens qui sont attribués aux différents établissements.

Démocratiser les grandes écoles Afin que les universités ne soient pas les seules à assumer la démocratisation de l’enseignement supérieur, il est déterminant de modifier le fonctionnement des écoles. Démocratiser les concours La sélection sur concours est le premier verrou social à l’entrée des écoles. Les concours demandent généralement la maitrise de connaissances qui ne sont pas enseignées et qui dépendent du capital culturel acquis par l’étudiant. Ceux qui souhaitent intégrer des écoles sont obligés d’avoir recours à une formation supplémentaire comme les prépas, souvent privées et hors de prix. Afin de démocratiser les concours, leurs contenus doit correspondre au niveau d’études antérieur à l’intégration de l’étudiant dans l’école. Les concours doivent


Dossier du mois être gratuits pour qu’ils ne soient pas réservés à une minorité d’étudiants. A titre d’exemple le regroupement des concours qui permet de passer un seul concours pour plusieurs écoles au plus près de chez soi, est une véritable mesure en faveur de la démocratisation. Démocratiser la préparation aux grandes écoles

universités. Une coopération plus poussée doit permettre de mutualiser les bonnes pratiques pédagogiques et de renforcer la qualité des diplômes délivrés par les universités : suivis individualisés, pluridisciplinarité, années d’études à l’étranger, stages… Cette coopération permet également de renforcer la qualité des enseignements en écoles par leur adossement à la recherche.

Au delà des méthodes propres de sélection des grandes écoles, les préparations à l’entrée sont aussi des freins à la démocratisation des grandes écoles. Les classes préparatoires aux grandes écoles demeurent aujourd’hui des lieux de reproduction sociale, qui privent les étudiants de milieux modestes de préparations aux épreuves d’admission aux grandes écoles. L’intégration des CPGE aux universités ainsi que leur transformation en filières non sélective sont des leviers essentiels pour permettre à un maximum d’étudiants de préparer le concours d’entrée aux grandes écoles.

Améliorer les passerelles

Lutter contre la sélection financière

Unifier les droits étudiants

Que ce soit le prix des concours, des frais d’inscriptions ou le manque d’aide à la mobilité pour étudier dans une grande école, la question financière écarte chaque année de nombreux étudiants de l’accès aux écoles. La mise en place de frais progressifs en fonction des revenus des parents est une fausse bonne idée car ils incitent les établissements à recruter des étudiants issus des milieux les plus favorisés. Lutter contre la sélection sociale à l’entrée des grandes écoles suppose de fixer des frais d’inscription au même niveau que ceux de l’université.

Les élus « UNEF et Associations étudiantes » ont obtenu l’année dernière un nouvel arrêté qui garantit au niveau national des nouveaux droits pour les étudiants pendant les examens (rattrapages, compensation annuelle…). Celuici ne s’applique qu’aux étudiants de licence à l’université. Pour aller vers plus d’égalité entre les filières, les mêmes droits étudiants doivent s’appliquer dans l’ensemble des établissements de l’enseignement supérieur.

Unifier le service public : rapprocher les universités et les écoles La bipartition de l’enseignement supérieur crée non seulement des inégalités en termes d’accès au diplôme et de qualité mais rend également illisible l’offre de formation. Pour les élus « UNEF et associations étudiantes », l’unification de l’enseignement supérieur répond au double enjeu d’égalité et de mobilité des étudiants.

La coopération entre les écoles et les universités doit encourager la mobilité des étudiants. A tous les niveaux de sa formation, un étudiant à l’université doit pouvoir rejoindre une grande école. Les ENS ont d’ores et déjà développé les doubles cursus qui offrent la possibilité pour les étudiants en écoles de pouvoir également poursuivre leurs études à l’université. Des passerelles restent à développer pour permettre à des étudiants de l’université d’accéder à des écoles en cours de cursus.

Intégrer les écoles au sein des universités L’unification du service public doit passer par une intégration des écoles au sein des universités. Dans le cadre des fusions d’universités, certaines écoles d’ingénieurs ont déjà été intégrées aux universités. Ces fusions n’ont pour autant pas permis de réduire le fossé entre les deux structures tant sur les droits étudiants que sur la qualité des diplômes délivrés. Pour les élus « UNEF et associations étudiantes », l’intégration des grandes écoles au sein des universités doit donc s’accompagner de dispositifs contraignants d’ouverture sociale et d’harmonisation des droits étudiants.

Développer les coopérations entre écoles et universités

Rattraper le retard des universités

Le contenu des formations entre les écoles et les universités est très différent. Cela handicape à la fois la lisibilité de l’offre de formation et accentue la concurrence entre les écoles et les

Les grandes écoles tirent leur plus-value des conditions d’études et de la qualité des enseignements qui y sont dispensés. Alors que l’investissement pour un étudiant en CPGE est de

15 240€, celui pour un étudiant à l’université varient entre 5000 et 10000€ en fonction des filières. Les universités sont en retard en terme de qualité dans l’offre de formation, ce qui explique leur difficulté à permettre aux étudiants d’obtenir un diplôme qui constitue une vraie protection sur le marché du travail. Il est donc urgent de l’Etat se réengage financièrement dans les universités. Yannis Burgat Elu au CNESER

Zoom sur l’intégration des écoles au sein des universités Aujourd’hui, dans le cadre de la restructuration de la carte universitaire, de nombreuses écoles sont devenues des composantes à part entière d’une université. A titre d’exemple, la création de l’Université de Lorraine regroupe les universités de Nancy et de Metz ainsi que l’INPL (Institut National Polytechnique de Lorraine) qui a intégré la nouvelle université. Cependant, ces rapprochements n’ont en réalité rien fait avancer en matière d’unification de l’enseignement supérieur puisque les problématiques de mobilité, d’égalité et de démocratisation restent inchangées. Ainsi, la bipartition de l’enseignement supérieur se retrouve toujours au sein des universités : les écoles concentrent les moyens budgétaires alloués et continuent à mettre en place de la sélection à leur entrée. L’intégration des écoles dans les universités pousse également les universités à changer leur statut pour pouvoir librement sélectionner les étudiants et fixer les frais d’inscription. Certaines composantes des universités tendent également à reproduire la logique d’écoles dans certaines filières comme le droit ou l’économie, freinant d’autant plus la démocratisation. Les élus « UNEF et association étudiantes » revendiquent l’unification du service public de l’enseignement supérieur pour le démocratiser. Il faut pour cela rapprocher les deux structures : en démocratisant les écoles, et en réduisant les inégalités entre les étudiants.

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En direct des universités CIRCULAIRE GUEANT

Interview de Fatma Chouaieb, porte parole du collectif du 31 mai Cette année a été marquée par une forte opposition de la communauté universitaire contre la politique du gouvernement à l’encontre des étudiants étrangers. En effet en moins de six mois, plusieurs textes sont venus remettre en cause les conditions d’accueil et de séjour de ces étudiants comme la circulaire du 31 mai, appelée aussi « Circulaire Guéant ». Les élus « UNEF et associations étudiantes » se sont mobilisé aux côtés du Collectif du 31 mai. Ce collectif a été créé afin de défendre les diplômés étrangers des écoles victimes de cette circulaire. Nous donnons la parole à Fatma Chouaieb, porte parole du Collectif du 31 mai. Cette interview a été réalisé avant l’éléction de François Hollande qui s’est engagé à revenir sur la circulaire

constituera un symbole fort pour permettre aux agents de préfecture de mieux traiter les dossiers, aux entreprises de reprendre le recrutement de jeunes talents formés en France.

Les étudiants étrangers rencontrent de plus en plus de difficultés qu’elles soient financière, administrative ou pédagogique. Comment définiriez-vous la situation des étudiants étrangers aujourd’hui ?

Pourriez-vous nous présenter votre mouvement et votre position sur cette circulaire ? Le Collectif du 31 mai s’est créé au mois de septembre 2011 suite à une prise de conscience, permise par les réseaux sociaux, de problématiques nouvelles auxquelles se sont heurtés de nombreux diplômés étrangers demandant le changement de statut d’étudiant à salarié. A l’origine, ce mouvement d’étudiants et de diplômés, étrangers ou français, s’est constitué pour un partage d’expériences et une aide de proximité. Avec les nombreux soutiens qui se sont créés autour de la cause des diplômés étrangers, la vocation du collectif a évolué : sensibiliser les décideurs et l’opinion publics au problème. Notre revendication : le retrait de la circulaire Guéant du 31 mai 2011.

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La circulaire du 31 mai a été modifiée le 12 janvier. Qu’apportent ces modifications et sont-elles suffisantes pour vous ? La modification de la circulaire le 12 janvier 2012 n’a rien changé en pratique : le flou et l’arbitraire règnent toujours en préfecture. Pire, les entreprises françaises se détournent aujourd’hui des diplômés étrangers, voire des étudiants en fin de cycle à la recherche d’un stage pour valider leur formation. Il n’y pas eu de modification majeure si ce n’est la régularisation des diplômés sous le coup de la circulaire entre le 1er juin 2011 et le 12 janvier 2012, toujours au cas par cas. En cela, la circulaire du 12 janvier n’aura été qu’un coup de communication visant à tuer la polémique. Sur le terrain, seul le retrait de la circulaire du 31 mai

Le manque de transparence, d’information, les délais interminables d’attente en préfecture et la non délivrance de récépissés assurant la légalité d’un séjour (provisoire ou non) en France participent d’une politique particulièrement difficile vis-à-vis des étudiants étrangers qui, sans le vouloir, se retrouvent dans une situation de précarité. Qui aurait pu croire qu’au bout de 5 ou 6 ans d’études et de stages en France, et après avoir décroché un emploi, un jeune diplômé se retrouve sans papiers ? Une précarité subie.

Pour finir, quelles revendications principales portez-vous auprès des pouvoirs publics ? Nous portons comme revendication d’abord l’abrogation de la circulaire du 31 mai mais aussi la mise en place de titres de séjour étudiants et salariés pluriannuels. Nous voulons également une clarté administrative renforcée et l’aménagement de l’Autorisation Provisoire de Séjour. Propos recueillis par Morand Perrin Elu au CNESER


Fiche Pratique #188 ELUS EN GRANDES ECOLES

Rôle des élus dans les grandes écoles Alors qu’ils sont les premiers concernés par les décisions relatives au contenu des diplômes ou à la politique de l’établissement, les élus étudiants sont souvent peu reconnus et davantage considérés comme des délégués de classe plutôt que des élus étudiants qui sont forces de propositions. Malgré les différences de fonctionnement des établissements, les élus étudiants rencontrent des difficultés communes. Alors que certains dossiers nécessitent un minimum de connaissances techniques, les élus étudiants ne sont pas formés sur les différents sujets qui sont mis en débat. Ils se retrouvent contraints de valider des projets sans avoir les conditions matérielles pour se faire leur avis. Très souvent mis au ban de toute concertations ou prises de décisions relatives à la politique de l’établissement, les élus étudiants en sont pourtant les premiers concernés. Ils doivent ainsi s’imposer pour faire entendre la voix des étudiants dans les conseils.

Les batailles des élus étudiants Parfois confrontés à un manque de respect de la démocratie dans les écoles, les élus étudiants ont de nombreuses batailles à mener dans leurs conseils au sein des écoles. En effet, les élus étudiants sont indispensables pour pouvoir faire avancer les droits des étudiants.

• Le contenu du concours doit se faire sur la base des connaissances acquises au sein du système éducatif afin de limiter la sélection sociale entre ceux qui détiennent du capital culturel et ceux qui n’y ont pas eu accès. • Multiplier les centres d’examens dans plusieurs villes universitaires pour réduire les coûts financiers liés aux déplacements. • Généraliser les concours communs. Les concours communs à plusieurs écoles permettent de réduire les coûts de concours pour les étudiants et d’augmenter le nombre de centres.

Faire progresser et unifier les droits étudiants

La formation en école profite essentiellement aux étudiants issus des familles les plus favorisées. Le concours d’entrée représente une sélection sociale sévère dans l’accès aux grandes écoles. Les élus étudiants doivent se battre pour que dans chaque école, les concours fassent l’objet d’une réforme au service de la démocratisation :

Aujourd’hui, les droits étudiants au sein des écoles ne sont pas réglementés nationalement. Cette absence de cadrage permet à chaque école de fixer ses propres règles, entraînant des inégalités importantes entre les établissements et les étudiants. Les élus « UNEF et associations étudiantes » ont obtenu en juillet dernier une réglementation nationale garantissant de nouveaux droits pendants les examens (seconde session d’examens, compensation annuelle…) pour les étudiants de licence.

• L’instauration de la gratuité du concours. Le prix de l’inscription au concours est un frein important pour les étudiants issus des milieux modestes.

Les élus étudiants au sein des écoles peuvent prendre appui sur cette arrêté pour faire progresser les droits dans leur établissement mais également en obtenir d’autres avec :

Réformer le concours d’entrée

• La généralisation de la seconde session d’examens • L’anonymat des copies • Le droit de consulter sa copie et à la double correction en cas de litige • Le droit au redoublement • La mise en place de service comme des lieux de vie, la gratuité des polycopiés de cours etc.

Renforcer le rôle des élus étudiants Les élus étudiants sont souvent réduits à une position d’observateurs dont les avis ne sont que peu pris en compte. Il est donc nécessaire de rétablir une véritable démocratie afin d’impliquer davantage les élus étudiants à l’ensemble des prises de décisions. Pour cela, il faut se battre pour : • L’ouverture des commissions de l’établissement (sur les sujets de la vie étudiante, de la santé et les droits étudiants) aux étudiants. • La mise en place d’un Vice-président Etudiant comme dans les universités. Yannick Sabau Elu au CNESER

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3 questions à...

... Pierre Tapie // Président de la CGE Qu’est ce que la CGE ?

LDE : L’enseignement supérieur français est caractérisé par une séparation entre les grandes écoles et les universités. Comment avancer vers un rapprochement universités-grandes écoles et quels sont les leviers à mettre en place pour diversifier les publics qui accèdent aux grandes écoles ? Ces séparations sont largement dépassées. Sur la scène internationale, une large partie des grandes écoles sont considérées comme des « Research Universities », spécialisées en disciplines scientifiques, technologiques ou managériales. La spécificité française est plus de n’autoriser qu’un usage très restreint par la loi du mot « université », d’interdire toute sélection à l’entrée de ce qu’elle appelle université, et de disposer d’une large partie du potentiel de recherche réservé à des chercheurs des Etablissements Publics Scientifiques et Techniques que d’avoir un double système « Grande Ecole » et « Université ». Aujourd’hui le nombre de passerelles entre les deux univers est considérable, dans les deux sens. N’oublions pas qu’au niveau Master, les « Grandes Ecoles » délivrent 40% des diplômes français et qu’un tiers des doctorats sont préparés dans leurs laboratoires. La diversification des publics est devenue considérable sur le plan pédagogique (une minorité des diplômés d’une grande école ont fait une classe préparatoire par exemple) ; sur le plan social, dès lors que l’on considère le niveau Master, seul pertinent pour analyser les grandes écoles, les biais sociaux sont les mêmes dans les universités et les Grandes Ecoles.

LDE : L’année a été marquée par une polémique autour de la circulaire Guéant et des conditions d’accueil et de séjour des étudiants étrangers. La CGE a dénoncé cette circulaire. Quelles sont les propositions de votre conférence concernant l’ouverture

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de l’enseignement supérieur aux étudiants étrangers et leurs conditions d’accueil et d’études en France ? La seconde « circulaire Guéant », en date du 13 janvier 2012, est le fruit d’un travail très coordonné CPU, CDEFI et CGE face au gouvernement. Elle améliore la loi du 24 juillet 2006, qui avait été largement inspirée par les ambassadeurs de France et la CGE. Nous considérons qu’aujourd’hui, avec cette loi et sa circulaire d’application du 13 janvier, la France présente une réglementation ouverte vis-à-vis des étudiants étrangers. Ceux-ci constituent une aubaine pour notre pays, immédiatement pour rendre la vie d’étudiant plus intéressante, à long terme parce que ces milliers de francophiles seront des acteurs de l’influence de la France, culturelle comme économique. L’enjeu est de convaincre les acteurs universitaires comme les pouvoirs publics que quand le nombre d’étudiants augmente chaque année de 7 millions dans le monde, en éduquer une petite partie peut représenter une opportunité extraordinaire pour la France. C’est ce que propose la CGE, en en accueillant chaque année 50 000 de plus pendant 10 ans. L’enjeu économique représente, à la fin de ces 10 ans, 7 fois le grand emprunt.

LDE : La gouvernance des grandes écoles est très variable d’un établissement à l’autre, laissant plus ou moins de place aux élus étudiants. Comment les élus étudiants doivent-ils selon vous être associés à la définition des formations et des orientations stratégiques de leur école ? La plupart des écoles intègrent des étudiants dans leurs différentes instances de gouvernance, à des titres divers. Il est important que les étudiants participent à la gouvernance des écoles d’abord sur les sujets où ils sont ou peuvent être acteurs directs : évaluation des enseignements, vie étu-

La Conférence des Grandes Ecoles est une association qui rassemble 216 grandes écoles, 17 entreprises et 45 organismes. Elle est présidée actuellement par Pierre Tapie, directeur de l’ESSEC. Son rôle est de : • Développer l’information interne l’entraide et la solidarité entre ses membres.

• Promouvoir les écoles, tant sur le plan national, que sur le plan international. • Faire évoluer les formations, développer la recherche . • Effectuer les démarches d’intérêt commun auprès des pouvoirs publics. diante, évolutions de l’architecture, organisation et innovation pédagogiques, etc… qui correspondent aux échéances de temps sur lesquelles les étudiants peuvent être directement concernés. Sur des sujets qui traitent plus d’orientations à long terme, il faut veiller à ce que les étudiants disposent du niveau d’information approprié pour que leur avis soit sollicité sur des sujets parfois très complexes. Leur jeunesse les rend indispensable pour que la sensibilité de leur génération soit entièrement prise en compte. Sur certains sujets hautement techniques, comme des stratégies de recherche ou des décisions d’investissement scientifique lourd, il n’est pas sûr que leur avis soit réellement solide et autonome. Enfin il nous semble que les étudiants, dont l’énergie principale est à priori investie dans le contenu de leurs études, ne devraient pas avoir un poids décisif dans les choix des dirigeants opérationnels universitaires, eux même amenés ensuite, en toute indépendance et professionnalisme, à déterminer les régulations et les contenus pédagogiques auxquels les étudiants seront directement soumis. Propos recueillis par Jonas Didisse Elu au CNESER


La lettre des élus #188