RAPPORT DE PROFILAGE DES COMITÉS DE VIGILANCE DES COMMUNAUTÉS DE BLANGOUA, FOTOKOL, KOLOFATA, MAYO M

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PROJET DE STABILISATION REGIONALE INTEGREE DU BASSIN DU LAC-TCHAD PHASE II

RAPPORT DE PROFILAGE DES COMITÉS DE VIGILANCE DES COMMUNAUTÉS DE BLANGOUA, FOTOKOL, KOLOFATA, MAYO MOSKOTA ET MORA

Etude Réalisée par :PNUD-CAMEROUN/Juillet 2019 En collaboration avec les Services du Gouverneur de la Région de l’Extrême-Nord et les Organisations de la Société Civile, membres du groupe PVE (Prévention de l’Extrémisme Violent)


Supervision générale :

GANGNON Cyprien, Senior Project Manager ; cypr ien.gangnon@undp.or g; MAMTSAI YAGAI Léopold, Exper t Cohésion mamtsai.yagai@undp.org; Charles EDOA, Exper t Cohésion sociale: char les.edoa@undp.or g; Tony KOUEMO, M&E Specialist : tony.kouemo@undp.org.

sociale :

Coordination scientifique : Pr WASSOUNI François, enseignant Chercheur à l’Université de Maroua et Consultant National en Prévention de l’Extrémisme Violent/PNUD: francois.wassouni@undp.org; Assisté de : KANGANTLAM Alexis, enseignant à l’Université de Maroua et consultant National en Sécurité Communautaire, Réintégration et Réintégration/PNUD : alexis.kangatlam@undp.org. Appui à la mise en forme : DIMISSIA Florent, Exper t National PVE: florent.dimissia@undp.or g.

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- REMERCIEMENTS

Que l’équipe de la représentation du PNUD au Cameroun à Yaoundé soit remerciée pour tous les efforts déployés pour accompagner l’ensemble des étapes de ce travail, de la collecte des données à leur traitement et leur finalisation. Au niveau de Maroua, le chef du bureau Cyprien Gangnon et les autres collègues n’ont ménagé aucun effort pour que ce travail se fasse dans de bonnes conditions et qu’il réponde aux critères de qualité. Les experts Léopold Mamtsai, Charges Edoa, le responsable du suivi-évaluation Tony Kouemo, le service administratif et financier constitué de Jean Regasso et son assistant Nathalie Bakop, volontaire des Nations Unies, Florent Dimissia et Jean Mard Balaga respectivement volontaires des Nations Unies n’ont pas été du reste. Leurs conseils, appuis matériel et logistique sous-tendent ce travail. Les deux consultants du projet, Pr. François Wassouni et Alexis Kangantlam tous deux enseignants de l’Université de Maroua ont été au centre de l’organisation et de la coordination des différentes articulations de cette étude. Au haut niveau de l’administration régionale, nous disons un merci tout spécial au Gouverneur Midjiyawa Bakary qui a toujours promptement réagi aux différentes sollicitations des Organisations du Système des Nations Unies actives sur le terrain de l’humanitaire à l’Extrême-Nord en générale et au PNUD tout particulièrement ainsi que les hauts responsables de ses services à savoir l’Inspecteur général de ses services Oumar Bichaïr, les inspecteurs de ses services Mrs Titus Manga et Abraham NtchotuTembei, le cadre technique Boubakari Aboubakary . Ce travail a été rendu possible également grâce aux services déconcentrés de la région dont les préfets et les Sous-Préfets en sont les coordonnateurs. Un grand merci aux Préfets Albert Mekondane Obounou du Logone et Chari, Raymond RoksBo du Mayo Sava et Jean Daniel Djoboina, leurs collaborateurs les Sous-Préfets Mohaman Yaya de Blangoua, Mamoudou de Fotokol, Ouhe Kolandi de Mora, Tchombai Ibrahim de Kolofata, Julien Martial Assé de Mayo Moskota. Les Maires Abouzari Mahamat, Mahamat Abdoulkarim, Sa Majesté le Dr Seini Boukar Lamine, Abba Boukar et Viche Yatahad n’ont pas été des moindres dans ce travail. - Les Commissaires spéciaux Abani Alhadji, Michel Mboudga, Idrissou, Moustafa, Oumarou Abdoulaye, les commandants de Bridage Oscar Gbapol, Joseph Nkenko, - Les autorités traditionnelles des différentes localités dont leurs Majestés les Lamibé de Limani Sultan Bishair Hachimi, Boukar Medjeweh de Moskota, Abba Chétima Mahama de Mozogo, les représentants du Sultan de Goulfey à Blangoua Amadou Ousman et celui de Makary à Fotokol Ali Mayo. L’Université de Maroua et certains de ses enseignants-chercheurs et étudiants des cycles de Master et Doctorat ont été sollicités tant dans la collecte des données, la supervision des travaux sur le terrain que leur traitement. Nous pensons au Prs. Adder Abel Gwoda, vice-doyen de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines, Félix Watang Ziéba, chef de département de Géographie à l’Ecole Normale Supérieure, Dr Sylvain Baizoumi Wambae, Dr Bénédicte Kiki, aux doctorants Zelakwa, Georges Ndoumbé.

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- SIGLES ET ABREVIATIONS AGR : Activités Génératrices des Revenus ALDEPA : Action Locale de Développement Participatif et Autogéré BLT : Bassin du Lac Tchad CAPROD : Centre d’Appui à l’Auto- Promotion et le Développement Durable CBLT : Commission du Bassin du Lac Tchad COVI : Comités de Vigilance CPDH : Centre pour la Promotion et la Défense des Droits de L’Homme CUA : Commission de l’Union Africaine FD ; Forces de Défense FMM ; Force Multinationale Mixte FMO : Forces de Maintien de l’Ordre ONG : Organisations Non Gouvernementales OSNU : Organisations du Système des Nations Unies PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement UA : Union Africaine

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- Résume exécutif

La présente étude sur le profilage des membres des comités de vigilance conduite par le PNUD en collaboration avec les Services du Gouverneur de la Région de l’Extrême-Nord, les préfectures, les souspréfectures, les mairies, les services de maintien de l’ordre, s’est focalisée sur les communautés cibles de ce projet au Cameroun, à savoir Blangoua, Fotokol, Kolofata, Mayo Moskota et Mora.

Cet arrêté donne ainsi une dimension formelle à cette activité de sécurité communautaire et du coup, les autorités ont pris des mesures pour rendre effective cette disposition.

Les membres des comités de vigilance ont contribué aux côtés des FMO à la sécurisation des territoires et de leurs communautés d’origine. Ces comités de vigilances (COVI) ont d’ailleurs été ont parfois été encouragé et équipés par les autorités administratives, militaires et même par le Président de la République, qui Pour ce faire, la méthodologie adoptée plus d’une fois, a octroyé des dons spéciaux aux repose sur l’analyse des données issues des membres des comités de vigilance. enquêtes de terrain à l’aide d’un questionnaire, Prenant activement pris part à la sécurisades entretiens avec les personnes ressources et des focus groups dans les communautés une tion de leurs communautés en laissant de côté question. Un échantillon aléatoire de 599 per- les activités pratiquées auparavant, les commusonnes répartis dans cinq arrondissements a été nautés de vigilance constituent une catégorie sélectionné et a répondu à un questionnaire sociale qui mérite d’être encadrée et entourée articulé autour des modalités sociodémogra- d’une attention particulière. Il ressort de ce prophiques, économiques et de perception. Cette filage que les membres de comité de vigilance enquête a été complétée par des entretiens me- sont constitués à plus de 50% des hommes adultes de plus de 36 ans. Les groupes ethniques nés avec des informateurs clés notamment les les plus représentés sont les Kanuri, les Arabe autorités administratives, traditionnelles et reChoa, les Haoussa, les Mandara, les Mafa, les ligieuses, les responsables des forces de mainKotoko et les Glavda. On note des disparités tien de l’ordre, les membres de la société civile profondes en termes de représentativité ethnique présents dans les zones concernées par l’étude. d’un arrondissement à un autre. L’islam est la Il en ressort que les comités de vigilance religion pratiquée par la majorité des membres sont effet une organisation sécuritaire ancienne des comités de vigilance, soit 71% d’entre eux. qui existait depuis belle lurette dans les entités La part des chrétiens n’est pas négligeable et traditionnelles de la Région. Autour des chef- atteint 25% des enquêtés. A peine 15% des feries traditionnelles, il existait des corpora- membres de COVI enquêtés ont atteint le secontions dont le rôle était d’assurer la sécurité daire et seulement 48% ont été scolarisés. La communautaire en alertant les populations à la grande majorité est non scolarisée tandis que moindre situation ou de repousser les éven- 34% n’a été qu’à l’école coranique. L’étude a tuelles menaces autour de leurs localités. Seu- accordé une attention particulière à la question lement, le déclenchement du phénomène Boko de la possession ou non de pièces officielles. Il Haram au Cameroun en 2013 a donné une en- en ressort que la quasi-totalité des membres de vergure toute particulière au phénomène de comités de vigilance dispose de la carte natiocomités de vigilance depuis lors que le Gou- nale d’identité, soit 96%. verneur de l’Extrême-Nord a, en juin 2014, a rendu publique l’arrêté N˚00000019 du 02 juin, portant création dans chaque chefferie de1er, 2e et 3e degré de l’Extrême-Nord, des comités locaux de vigilance et leurs modalités de fonctionnement. 5


Pour ce qui concerne leur recrutement, il obéit à un processus rigoureux qui va de la proposition d’une liste des candidats par l’autorité traditionnelle qui est soumise à l’appréciation de l’autorité administrative territorialement compétente. Une enquête de moralité est alors effectuée par la police ou la gendarmerie avent l’admission définitive du candidat comme membre des comités de vigilance. On relève par ailleurs, une absence de structuration. On devrait se référer à leur structuration en groupes ou en équipes dans les quartiers, dans les villages, les cantons et par arrondissement en connexion avec les autorités administratives, traditionnelles et aux forces de défense. Les membres des comités de vigilances ont plusieurs rôles, notamment servent d’intermédiaire entre les Forces de défense et de sécurité d’une part et les populations locales d’autre part, alerter en cas d’intrusion et ou de suspicion d’une attaque, collecter et fournir des renseignements aux forces de maintien de l’ordre et de sécurité afin qu’ils prennent les dispositions sécuritaires y avenantes, effectuer des patrouilles dissuasives dans les quartiers, les villages et les villes. En dépit de leur contribution remarquable dans le processus de sécurisation de l’Extrême-Nord, certains membres des comités de vigilances se sont caractérisés souvent par des écarts de comportement. Ce qui a poussé les autorités administratives à réagir pour éviter d’éventuels effets de contamination ou d’imitation en sanctionnant aussitôt ces dérives, soit à travers des avertissements, des exclusions et même de la traduction devant les tribunaux. C’est dire que contrairement à la peur qui entoure certains milieux lorsqu’on parle des comités de vigilance, ils sont plutôt bien encadrés par les autorités qui d’ailleurs, n’hésitent pas à le faire savoir. Et pour elles, le processus de

recrutement où les chefs traditionnels sont grandement impliqués, constitue déjà une mesure qui permet de filtrer les candidats à la base puisque ceux qui sont proposés sont en général des individus dont la moralité ne fait l’objet d’aucun doute dans leurs communautés.

La perception des COVI par les autorités administratives, traditionnelles et les Forces de Défense et de Maintien de l’Ordre est globalement bonne. Malgré le fait qu’on enregistre des cas de déviances de la part de certains membres des COVI qui sont fort heureusement peu nombreux et vigoureusement sanctionnés, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils jouent un rôle irremplaçable dans le dispositif sécuritaire. Près de la moitié des membres des COVI enquêtés ne mènent aucune activité économique, soit 297 individus sur les 599 considérés. Dans la perspective d’une éventuelle réinsertion, des initiatives de leurs appuis en activités génératrices de revenus pourraient être envisagées. Les besoins en formations dans les domaines des droits de l’homme, de l’éducation civique et du patriotisme, en secourisme et systèmes d’alerte précoce sont nécessaires dans la perspective des actions visant à renforcer les capacités de ces acteurs de la sécurité communautaires. Plusieurs acteurs pourraient s’impliquer dans ces formations : autorités administratives, forces de maintien de l’ordre, organisations du Système des Nations Unies et de la société civile, entre autres. 6


- Contexte de l’étude

avec les autorités administratives et mili-

Depuis 2013, les pays du Bassin du

taires. Certains ont bénéficié des forma-

Lac Tchad notamment le Cameroun, le

tions en matière de détection des mines.

Tchad et le Niger subissent à la suite du Ni-

A l’heure où il y a une accalmie et

geria de manière aigüe les effets de la crise

que les actions en faveur de la stabilisation

terroriste de la secte Boko Haram. Les in-

sont à l’ordre du jour tant au Cameroun

cursions régulières de cette secte terroriste

que dans les autres pays affectés par la

ont eu pour corollaires la destruction des

crise Boko Haram, l’avenir des comités de

biens, les pertes en vies humaines, les dépla-

vigilance est devenu une préoccupation.

cements massifs forcés des populations vers

Ayant activement pris part à la sécurisation

les zones plus sécures, arrêt du fonctionne-

de leurs communautés en laissant de côté

ment des services sociaux de base, le dys-

les activités pratiquées auparavant, la re-

fonctionnement du tissu socioéconomique,

conversion de ces « milices locales » cons-

la fermeture des frontières, entre autres.

titue une équation à résoudre avec beau-

En réponse à cette crise sécuritaire, les

coup de tact. Le pilier 3 de la stratégie ré-

forces de défense et de sécurité (du Came-

gionale de stabilisation du Bassin du Lac

roun et la FMM) ont été fortement mobili-

Tchad en son objectif stratégique 12 sti-

sées pour juguler cette rude conjoncture. A

pule les membres des comités de vigilance

côté de celles-ci, les groupes d’autodéfense

sont concernés autant que les personnes

issues des communautés à l’instar des

associées à Boko Haram par la réinsertion

membres des comités de vigilance (COVI)

et la réintégration.

ont grandement œuvré aux côtés des forces militaires pour assurer la sécurité communautaire au risque parfois de leur vie. Les comités de vigilance ne sont pas un phénomène tout à fait nouveau, il reste cependant qu’ils ont pris de l’importance et l’envergure toute particulière dans le cadre de la lutte contre les combattants de la secte islamiste Boko Haram. Les hautes autorités du pouvoir central et régional ont encouragé l’action de ces comités et contribué à les équiper et à les mettre en connexion directe

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La stratégie de stabilisation du Bassin du Lac Tchad adoptée le 30 août 2018 à Abuja au Nigéria est aujourd’hui le document de cadrage de toutes les actions des organisations du Système des Nations Unies et de tous les intervenants dans ce processus de stabilisation. Et parmi ses neuf (09) piliers, deux (02) intéressent justement les comités de vigilance qui sont rangés dans la catégorie des acteurs de la sécurité. Il s’agit des piliers 2 & 3 de ladite stratégie consacrée respectivement à la Sécurité et aux Droits de l’Homme et au Désarment, Démobilisation, Réhabilitation, Réinsertion et Réintégration des personnes associées à Boko Haram. Certains points clés de la stratégie méritent une attention particulière, notamment : - Les réponses sécuritaires qui ne prennent pas en compte les droits de l’homme risquent de provoquer la désaffection des communautés stressées, d’alimenter les discours de radicalisation et de réduire à néant leurs propres efforts à court et à long terme ; -En collaboration avec les autorités nationales et les commandants locaux, les procédures opérationnelles normalisées adoptées par la police et par les autres prestataires des services de sécurité locaux seront examinées et une formation sera dispensée pour garantir le respect de toutes les obligations et normes pertinentes en matière de droits de l’homme, afin de réduire les cas de corruption et de harcèlement et de faciliter les interactions positives avec les communautés. - La circulation des armes légères et de petit calibre (favorisé notamment par l’instabilité au Tchad, en RCA et en Libye), ainsi que de la drogue, dans la région de l’Extrême-Nord est un risque à considérer pour le renforcement de la sécurité communautaire à laquelle contribue les comités de vigilance) ; - Les commissions nationales des droits de l’homme et les mécanismes de surveillance et de la société civile intervenant à l’echelon

ommunautaire seront soutenus afin de garantir l’obligation de rendre compte des civils, de renforcer la confiance entre les communautés et les forces de sécurité et d’aider à soutenir les mécanismes d’alerte et de réaction rapide. Une attention sur les objectifs stratégiques de la stratégie de stabilisation du BLT permet de savoir que quelques-uns intéressent de très près les Comités de vigilance. Il s’agit notamment de l’objectif stratégique 06 consacré au Renforcement de la sécurité communautaire et rétablissement de l’état de droit ; le 07 portant sur la Gestion des groupes d’autodéfense ; le 08 sur la Promotion des Droits de l’Homme et le 12 sur la Réinsertion et la Réintégration. Ces déclinaisons de la stratégie de stabilisation du BLT donnent une orientation claire sur le rôle des membres des comités de vigilance dont les activités doivent entrer en droite ligne avec ces indications de la stratégie du BLT.

Pour ce qui est du Renforcement de la sécurité communautaire et du rétablissement de l’état de droit, il est clairement indiqué qu’il doit se faire « selon une application plus vigoureuse de loi, qui étant et garantit le respect de l’état de droit dans toutes les régions, à mesure que les forces militaires libèrent les territoires tombés sous le contrôle de Boko Haram ». Quant à la Gestion des Groupes d’autodéfense, la stratégie indique que « le désarmement et la démobilisation de ces groupes sont prise en charge par le biais d’initiatives nationales appropriées de manière à assurer la réorientation et la réintégration pacifiques de leurs membres ». Au sujet de la Promotion des droits de l’Homme, il est recommandé « qu’on veille à ce que les prestataires de sécurité opèrent selon les plus hauts niveaux d’intégrité et de respect des droits de l’homme, fondés sur les normes internationales et continentales en la matière, par le biais de mécanismes internes et externes de surveillance et d’obligation de rendre compte efficacement, assortis de mécanismes de réparation appropriée pour aborder les violations présumées des droits de l’homme ». 8


Concernant la question de la réinsertion et de la réintégration, il faut « veiller à ce que les personnes associées à Boko Haram, les membres des groupes d’autodéfense, les rapatriés (y compris les anciens prisonniers), les jeunes à risque et les victimes de Boko Haram bénéficient d’un soutien en vue de faciliter leur intégration dans leurs communautés d’origine, selon une approche régionale harmonisée ». Dans la première phase du projet de stabilisation, nombre d’activités avaient été consacrées par le PNUD aux membres des comités de vigilance, à savoir les appuis en formations et en logistique. Dans la phase 2 de ce projet, un accent particulier est encore mis sur l’accompagnement des comités de vigilance dans la perspective du renforcement de la sécurité communautaire transfrontalière. Le profilage des membres des comités de vigilance qui fait l’objet de ce travail a un lien avec les orientations prospectives de la stratégie régionale de stabilisation à propos, en prélude au renforcement de leurs capacités à mieux fonctionner comme systèmes communautaires d’alerte précoce des incidents sécuritaires, tout en reprenant leurs activités génératrices de revenus pour l’autonomisation économique. Dès lors, on comprend aisément qu’il est pertinent et utile de questionner l’organisation et le fonctionnement des comités de vigilance à travers l’analyse des caractéristiques sociodémographiques de ses membres, les modalités d’action sur le terrain, les perceptions des populations visà-vis de cet acteur majeur de la sécurité dans les arrondissements de Blangoua, Fotokol, Kolofata, Mora et Mayo Moskota dans la région de l’Extrême-Nord Cameroun. Telle a été la motivation du PNUD, en partenariat avec les services du gouverneur de la région de l´Extrême-Nord en organisant le profilage des comités de vigilance dans les communes de Blangoua, Fotokol, Kolofata, Mora et Mayo Moskota.

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Au sujet de la Promotion des droits de l’Homme, il est recommandé « qu’on veille à ce que les prestataires de

sécurité opèrent selon les plus hauts niveaux d’intégrité et de respect des droits de l’homme, fondés sur les normes internationales et continentales en la matière, par le biais de mécanismes internes et externes de surveillance et d’obligation de rendre compte efficacement, assortis de mécanismes de réparation appropriée pour aborder les violations présumées des droits de l’homme ».

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- Les différentes parties impliquées dans le profilage des Comités de Vigilance Les comités de vigilance faisant partie du dispositif sécuritaire et relevant du domaine de la défense populaire, aborder cette problématique constitue quelque chose de très sensible. Pour donc conduire ce profilage, le PNUD s’est rapproché des services du Gouverneur de la région de l’Extrême-Nord qui a manifesté également un grand intérêt pour cette activité. C’est ainsi que les termes de référence avec les différentes déclinaisons de l’activité ont été élaborés de commun accord avec lesdits services et la collecte des données dans les cinq communautés a également coordonné par trois représentants désignés par le Gouverneur lui-même, à savoir deux inspecteurs de ses services et un cadre d’appui. Au niveau des trois départements, les préfectures ont été associés avec la désignation d’un représentant qui a accompagné le processus de collecte des données dans les communautés où les Sous-Préfets ont pris le soin de mobiliser les membres des comités de vigilance et faciliter le processus sur le terrain. Leurs collaborateurs locaux, à savoir les maires, les Forces de Maintien de l’Ordre (Commissaires de Police) et les chefs traditionnels ont également joué un rôle très important dans l’accompagnement de cette activité. Par la suite, un atelier de restitution du premier draft a été organisé à Maroua le 30 juillet en présence de toutes les parties citées plus haut (soit trente-six (36) personnes) et des critiques faites sur le document ont permis de faire des amendements. Il s’agit donc d’un travail qui a été élaboré grâce au concours de plusieurs acteurs : autorités administratives, Forces de Maintien de l’Ordre, autorités municipales, traditionnelles, les membres des Comités de Vigilance, les organisations de la société civile membres du groupe PVE et le PNUD.

- Objectif de l’étude L’objectif général de cette étude est de contribuer à l’amélioration de la résilience des populations (spécialement les groupes vulnérables) aux chocs sociaux induits par les attaques de Boko Haram dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Il s’agit ici particulièrement des membres des comités de vigilance qui se sont engagés dans l’amélioration de la sécurité communautaire. Plus spécifiquement, il est question d’identifier et de déterminer le profil des membres des comités de vigilance, ainsi que d’inventorier leurs besoins en renforcement de capacités et d’autres formes d’appui afin qu’ils soient mieux redéployés dans les systèmes communautaires d’alerte précoce des crises sociales. Le profilage en question a consisté à : - analyser les caractéristiques sociodémographiques relatives aux membres des comités de vigilance ; - comprendre le processus de recrutement dans le cercle des membres des comités de vigilance ; - étudier les rapports entre COVI, populations et Forces de Maintien de l’Ordre ; - interroger les rôles des comités de vigilances dans le dispositif sécuritaire de l’Extrême-Nord ; - recenser les infractions commises par des membres des comités de vigilance et des mécanismes de répression mis en place par les autorités ; - recueillir des informations sur les différentes perceptions que les autorités administratives, traditionnelles, les Forces de Défense et les Forces de Maintien de l’Ordre (FMO) et les populations ont des Comités de Vigilance ; - inventorier les besoins des membres des COVI en termes de renforcement des capacités et d’appuis nécessaires à même de leur permettre d’exercer sereinement et 11


Il s’agit là d’une kyrielle de centres d’intérêt qui permet d’avoir non seulement une vue panoramique de l’activité des comités de vigilance, mais aussi et surtout de comprendre d’autres aspects jusque-là peu connus susceptibles d’aider dans le renforcement des capacités de ces acteurs de la sécurité communautaire. Ce qui fait de ce profilage un outil digne d’utilité tant pour les autorités que pour les différents acteurs qui voudraient mener des actions en faveur de ces comités de vigilance. Les informations qui fourmillent dans le document constitue une base de données pour l’élaboration des projets et des actions multiformes. - Méthodologie de l’étude - Le choix de la zone d’étude La zone d’étude correspond au cadre géographique du projet de stabilisation régionale intégrée du Bassin du Lac Tchad qui a débuté depuis 2017 et qui intervient dans les communautés situées le long des frontières de part et d’autre des quatre pays que sont le Cameroun, le Tchad, le Nigeria et le Niger. Les zones d’intervention en question correspondent aux arrondissements de Blangoua et Fotokol dans le département du Logone et Chari, Kolofata et Mora dans le département du Mayo Sava et Mayo Moskota dans le département du Mayo Tsanaga. Toutes ces cinq communautés sont celles qui ont subi de manière aigue les assauts permanents des combattants de la secte Boko Haram depuis 2013 et les populations ont grandement payé le prix plus qu’ailleurs de cette crise sécuritaire. Ce sont également les communautés qui ont été déstabilisées à plus d’un titre avec d’un côté des villages entièrement déserts et de l’autre côté d’autres qui abritent un grand nombre de déplacés, créant des perturbations tous azimuts. Ce sont donc des communautés où nombre d’acteurs humanitaires travaillent sur le terrain de la guerre liée à Boko Haram. Plusieurs villages identifiés (Graphique 1) avec l’appui des autorités traditionnelles et administratives ont fait l’objet des missions de terrain

en vue d’enquêter les membres des COVI.

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- Les techniques de collecte des données

Trois techniques de collecte de données ont été utilisées dans le cadre de cette étude : l’exploitation documentaire, les entretiens avec les personnes ressources et les enquêtes proprement dites.

- L’exploitation documentaire

L’exploitation documentaire a consisté à répertorier et à consulter des documents1 portant sur la stratégie de stabilisation du Bassin du Lac Tchad, à l’historique et au cadre légal2 de création des COVI au Cameroun et dans les pays voisins en l’occurrence au Tchad, au Nigéria.

- Les enquêtes membres des COVI

Graphique 1. Localisation de la zone d'étude

auprès

des

Sur la base d’un questionnaire articulé autour des modalités sociodémographiques, économiques et de perception, les membres des comités de vigilance (COVI) ont été enquêtés. Un échantillon aléatoire de 599 personnes répartis dans cinq arrondissements a été sélectionné. Le tableau suivant donne une idée de la distribution des personnes enquêtées avec un nombre plus élevé à Mora. Ce décalage s’explique par le fait que cet arrondissement est de loin celui qui a le plus grand nombre des COVI, soit un millier et demi au moins. Cet effectif correspond au statut administratif (chef lieu de département) et démographique de la ville de Mora. De façon générale, le nombre d’enquêtés par arrondissement représente un peu plus de 15% de l’effectif total. On note néanmoins une forte représentativité des COVI de Mora avec près de 27 %.

Graphique 2. Répar tition des membr es des COVI enquêtés par arrondissement

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International Crisis Group, 2017, Une arme à double tranchant : comités de vigilance et contreinsurrections africaines Rapport Afrique N°251 | 7 septembre 2017. 2 Arrêté régional n°019/AR/K/SG/DPOA portant création des comités de vigilance dans la région de l’Extrême-Nord 13


- Les entretiens avec les personnesressources Des entretiens menés sur la base des guides d’entretien avec des informateurs clés notamment les autorités administratives, traditionnelles et religieuses, les responsables des Forces de Maintien de l’Ordre, les membres de la société civile présents sur le terrain. Dans chaque communauté, les autorités suivantes ont été interrogées : les Préfets, les Maires, les Commissaires de Police, les Chefs traditionnels ou leurs collaborateurs, soit un total de cinq (05) par localité ont été interrogées, pour un total de 25 dans les cinq communautés. Il s’est agi de discuter sur leurs rapports avec les COVI, sur leurs attitudes vis-à-vis des membres de COVI et leurs perceptions sur les perspectives de ces acteurs de la sécurité communautaire.

- Le traitement et l’analyse des

données Les données quantitatives ont fait l’objet d’un traitement statistique descriptif à travers la classification par modalité, leur distribution spatiale et temporelle. Cela a permis de déterminer les profils sociodémographiques de membres des COVI, d’évaluer leurs besoins socioéconomiques. Cette opération s’est faite automatiquement à l’aide des logiciels SPSS 20.0 et Excel afin de générer des graphiques des données quantitatives. Les données qualitatives issues des entretiens ont fait l’objet d’une analyse de contenu avec la prise en compte du contexte, du fonctionnement des COVI et des enjeux qui entourent ce secteur d’activité pour chaque acteur interrogé. - L’architecture du travail Les résultats des enquêtes s’articulent autour des centres d’intérêt suivants : - les caractéristiques sociodémographiques des membres des comités de vigilance ; - le processus de recrutement dans le cercle des membres des comités de vigilance ; - les rapports entre COVI, populations et Forces de Maintien de l’Ordre ; -les rôles des comités de vigilances dans le dispositif sécuritaire de l’Extrême-Nord ; -les infractions commises par des membres des comités de vigilance et des mécanismes de répression ; - les différentes perceptions que les autorités administratives, traditionnelles, les Forces de Défense et les Forces de Maintien de l’Ordre (FMO) et les populations ont des Comités de Vigilance ; - l’évaluation des besoins des membres des

COVI ; - les recommandations.

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« Le désarmement et la démobilisation de ces groupes sont prises en charge par le biais d’initiatives nationales appropriées de manière à assurer la réorientation et la réintégration pacifiques de leurs membres ».

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- Caractères sexospécifiques des membres des COVI L’échantillon de la population

considérée est strictement masculin. Ceci pourrait s’expliquer par la distribution des rôles traditionnels dans les communautés enquêtées. Il est évident que cette présence exclusivement masculine ne devrait pas masquer le rôle non négligeable que les

Graphique 3 : Répartition des enquêtés par tranche d’âge

femmes peuvent jouer dans la logistique, le renseignement et d’autres soutiens divers. L’envergure de la crise sécuritaire Boko Haram ne laisse pas imaginer que des catégories vulnérables et fragiles à l’instar des femmes et des enfants puissent jouer un véritable rôle dans un contexte hautement risqué. Beaucoup de forces de défense ainsi que les membres des comités de vigilance ont laissé leurs vies sur les carreaux de cette guerre lors des affrontements avec les terroristes. Par ailleurs, les membres de comité de vigilance sont constitués pour la plupart des personnes adultes de plus de 36 ans qui représentent 50%.. C’est dire que cette activité est réservée aux personnes assez vigoureuses et actives (Graphique 3).

La Graphique ci-dessous présente la répartition par tranche d’âge des membres de comité de vigilance.

- La répartition sociologique des membres de COVI

De la Graphique 4, il ressort des groupes ethniques majoritaires dans chaque arrondissement. Il s’agit des Kanuri à Mora et Kolofata, les Arabes Choa à Fotokol, les Mafa à Moskota et les Kotokos à Blangoua. Les autres groupes ethniques ne demeurent pas moins lésés. , Graphique 4. Répartition ethnique des COVI par arrondissement De manière générale, on remarque une forte représentativité des Kanuri, des Arabes Choas et des Mafa. Sur l’ensemble des cinq (05) arrondissements. Cela peut s’expliquer par qu’ils sont les grands groupes du point de vue numérique dans plusieurs arrondissements concernés par l’étude. C’est le cas des Kanuri qu’on retrouve dans les cinq arrondissements. On note d’ailleurs des disparités profondes en termes de représentativité ethnique d’un arrondissement à un autre. En ce qui concerne ces COVI, il est important de relever la diversité ethnique et la représentativité des groupes vivant dans ces communautés. Il y a donc une véritable intégration des différentes composantes sociologiques des différentes localités au sein des COVI.

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- L’appartenance religieuse des membres des comités de vigilance

L’islam est la religion pratiquée par la majorité des membres des comités de vigilance, soit 71% de la population enquêtée. La proportion des chrétiens n’est pas négligeable et atteint 25% des enquêtés. Tout comme le paramètre ethnique, l’appartenance religieuse des COVI épouse également les réalités de la configuration sociale dans les arrondissements enquêtés. L’islam qui est pratiqué dans nombre de localités est plus encrée dans la région, comparé au christianisme. Quand on considère la répartition des appartenances religieuses par arrondissement (Cf fig. 6), l’on se rend à l’évidence que dans s l’arrondissement de Mayo Moskota l’ on enregistre plus des membres de COVI chrétiens (63%) conformément à la carte Graphique 5 : Religion des membres de Comité de vigilance

religieuse de l’arrondissement. (Source : Enquêtes de terrain dans les cinq (5) communautés)

- Statut matrimonial et du nombre d’enfants à charge La quasi-totalité des membres de

comité de vigilance est mariée. Les célibataires et les veufs sont très peu représentés (Graphique 7). Ce qui pose le problème de la vulnérabilité de leurs familles car l’engagement comme COVI n’est accompagné d’aucune rémunéraGraphique 6: Répar tition des COVI par ar r ondissement tion et suppose l’abandon partiel ou toet par appartenance religieuse

tal des activités génératrices de revenus

auxquelles se livraient les membres avant la crise. Ce qui sous-entend des difficultés auxquelles les uns et les autres pourraient être confrontée quand on imagine qu’avoir sous sa charge plusieurs personnes alors qu’on a des revenus maigres et qu’on a arrêté d’exercer des

activités génératrices des revenus d’anGraphique7. Répartition des membres de COVI selon tan constitue un réel problème. le statut matrimonial 17


Les membres des COVI qui sont tous des adultes ont des enfants à charge. Plus de 60% d’entre eux ont plus de cinq enfants. La Graphique ci- dessous illustre la distribution des membres des COVI selon le nombre d’enfants à leurs charges. Ce qui les érige également au rang des catégories vulnérables, compte tenu de la modicité des moyens dont ils disposent parce n’exerçant plus d’activités économiques (agriculture, élevage, petit commerce, pêche, artisanat) qui étaient la principale source de leurs revenus. Il apparait dans cette Graphique que 42% des membres de comité de vigilance ont entre 6 et 10 enfants. Outre le paramètre de la vulnérabilité de ces COVI avec une charge familiale remarquable, il convient aussi de relever que ladite responsabilité constitue plutôt un facteur d’assurance et de stabilité. En effet, étant responsable des familles d’une certaine taille, cela les prédispose peu à prendre certains risques en envisageant par exemple des aventures dangereuses à l’instar du départ dans les rangs de la nébuleuse Boko Haram. En général, les membres des COVI sont des gens en qui la population a une grande confiance et considération puisque c’est elle qui est le premier juge de leurs bons ou mauvais comportements. Graphique8 : Nombre d’enfants par membre de COVI

- La répartition des membres de COVI selon le niveau d’éducation

A peine 14% des membres de COVI enquêtés ont atteint le secondaire et seulement 41% ont été scolarisés. La grande majorité est non scolarisée tandis que 34% n’a été qu’à l’école coranique (Graphique 9). Ces données peuvent s’expliquer par les faibles taux de scolarisation de la zone d’étude en général et de la tranche de la population n’ayant finalement pas abandonné les villages d’origine. On peut aussi déduire qu’une bonne partie de la tranche scolarisée s’est déplacée vers des zones plus en sécurité pour continuer sa scolarité ou encore intégrer le marché du travail. Il s’agit d’une donnée importante à prendre en compte dans la définition des modules de formation à envisager dans le cadre des renforcements de capacités et de la sélection des personnes devant en bénéficier. Faudrait-il des modules adaptés à ceux qui n’ont pas du tout été à l’école ou bien former ceux qui ont un certain niveau d’études afin qu’ils puissent devenir les formateurs des autres ? Ce sont là des questions auxquelles les autorités doivent trouver des réponses avant de programmer les formations de ces COVI.

Graphique 9 : Niveau de scolarisation des membres de comité de vigilance 18


- Les comites de vigilance et la possession des documents officiels

L’étude a accordé une attention particulière à la question de la possession ou non de pièces officielles. Il en ressort que la quasi-totalité des membres de comités de vigilance dispose de la carte nationale d’identité, soit 96%. La Graphique ci-dessous donne une idée assez claire de la question.

Graphique 10 : Possession des documents officiels par les membres de COVI

Il ressort de ce tableau que 93% des membres de COVI ne disposent pas d’actes de naissance pour 96% qui possèdent une carte nationale d’identité. En effet, grâce aux mesures spéciales de facilitation d’établissement de la CNI prises par le Président de la République, ce document leur est délivré sur la base de l’attestation d’état civil délivrée par le Sous-Préfet après audition sur procès-verbal de deux témoins, du chef de village et du maire (article 7 du décret du 04 Août 2016). A un moment donné, on a constaté des tripatouillages autour de la délivrance de ces documents notamment dans un contexte marque par les échéances électorales. Des personnes n’ayant pas la nationalité camerounaise par exemple se faisaient établir facilement des CNI et c’est ainsi que les autorités administratives ont très vite sifflé la fin de la récréation dans un contexte où le phénomène Boko Haram prenait progressivement de l’envergure. Il a ainsi été décidé de limiter la délivrance aux personnes de plus de 50 ans et de soumettre tous les moins de 50 ans à l’obligation d’avoir un acte de naissance (y compris jugement supplétif avant d’avoir la CNI.) Ce qui fait que les personnes, y compris les membres des comités de vigilance, de moins de 50 ans n’arrivent plus à renouveler leur CNI sans acte de naissance. L’absence des CNI chez les membres des COVI s’explique aussi par leur destruction lors des incendies des maisons et des villages lors des incursions de Boko Haram. Outre les concessions et autres bien que les villageois ont alors, leurs pièces officielles sont aussi parties dans les flammes et jusqu’à aujourd’hui ils ont des difficultés à les renouveler. Dans la localité de Kolofata par exemple, les services du Sous-Préfet ont mis un accent sur cette raison pour expliquer pourquoi nombre de COVI sont sans docuGraphique 11: Pr opor tion des membr es de COVI ments officiels. possédant un certificat de naissance

Toutefois, les données désagrégées par arrondissement permettent de se rendre compte que cette situation est plus accentuée dans l’arrondissement de Blangoua où tous les membres de comité de vigilance ne disposent pas d’actes de naissance. 19


Un autre problème constitue un véritable goulot d’étranglement en matière d’établissement de CNI, c’est la distance qui sépare les usagers des centres de délivrance. Dans le Logone et Chari par exemple, la situation est assez compliquée lorsque des personnes doivent quitter Blangoua ou Fotokol pour se faire établir une CNI à Kousseri où ils ne sont même pas sûrs d’être reçus le même jour, il y a un découragement qui les anime. Les centres d’identification qui existaient un peu partout à travers les arrondissements ont été supprimés dans plusieurs départements de la région. La non possession de la CNI expose les populations aux soupçons et abus de la part des Forces de Défense et des Forces de Maintien de l’Ordre lors des contrôles, d’où des frustrations et de la peur qui les anime lorsqu’elles veulent effectuer des déplacements.

- L’appartenance à une association

Il ressort de la Graphique 12 qu’à Mora 91% des membres de COVI ne sont pas membres d’une organisation associative. A Blangoua par contre, plus de la moitié des membres des comités de vigilance (67%) font partie des associations de solidarité. Si d’aucuns appartiennent à des associations ou des groupements d’initiative commune (GIC), cela n’a aucun rapport avec leur statut de membre de COVI. S’il faille présentement parler de l’organisation des COVI, on devrait se référer à leur structuration en groupes ou en équipes dans les quartiers, dans les villages, les cantons et par arrondissement en connexion avec les autorités administratives, traditionnelles et aux forces de défense. Graphique 12. Appartenance des membres de COVI à des associations/regroupements

- Le recrutement des membres des comités de vigilance

Les comités de vigilance ne constituent pas une nouveauté. Les corporations des guerriers et chasseurs traditionnels existaient depuis longtemps dans plusieurs chefferies et jouaient déjà un rôle important dans les différents problèmes liés à la sécurité dans les communautés. C’est ainsi qu’avant 2010, on note déjà une autre forme de groupes d’auto-défense avec des effectifs réduits comme l’illustre la Graphique 10. Il est à noter que si ces agents de la sécurité communautaire appartenaient parfois à des organisations auxquelles cette responsabilités était dévolue, il reste que les contextes d’insécurité comme les coupeurs de route et les conflits intercommunautaires 3 dans certaines localités de l’Extrême-Nord ont grandement milité en faveur de l’activation des comités de vigilance.

3

Nous pensons ici au conflit entre Arabes et Kotokos dans le département du Logone et Chari. A ce sujet, lire Saibou Issa, Ethnicités, frontières et stabilité aux confins du Cameroun, du Nigeria et du Tchad, Paris, L’Harmattan, 2012. 20

Graphique 13. Année d’entrée dans le comité de vigilance Graphique 14.Evol ution des adhésions aux COVI entre 2010 et 2015


Telle que présentée sur le graphique 13, la période qui précède 2010 est tout simplement marquée par une très faible adhésion des populations aux comités de vigilances. Non loin de traduire la réminiscence des groupes d’auto-défense traditionnels d’antan, cette période se caractérise par une accalmie dans la région en dépit de la survivance du phénomène des coupeurs de route et des défis sécuritaires qui s’imposent aux populations. Entre 2010 et 2013, la prolifération des cas de vols de bétails, les retranchements des bandes armées provenant du Nigeria dans les Monts Mandara et l’arrivée des premiers réfugiés de Boko Haram en terre camerounaise attisent l’attention des autorités traditionnelles. Ce qui les pousse à renforcer leurs dispositifs sécuritaires locaux à travers la création des comités de vigilance dans chaque quartier. La montée en puissance de Boko Haram avec ses incursions répétitives et destructrices ont poussé les autorités camerounaises à réactiver la défense populaire. Au niveau de l’Extrême -Nord, c’est à travers un arrêté du Gouverneur datant de 20144 que les comités de vigilance refont surface avec une envergure sans précédent dans l’histoire de la région. Dans ce document, cette autorité demande aux autorités traditionnelles et aux populations de mettre sur pied des groupes d’éveil ou encore des comités de vigilance afin de garantir leur sécurité. Ce qui a donné du tonus à la dynamique qui était déjà mise en place dans certaines localités et l’on est passé d’une activité informelle à une activité formelle. Dans la commune de Blangoua, la période 2010-2013 représente la période du renforcement maximal des effectifs des comités de vigilance, soit soixante-trois pour cent (63%) durant cette période (Graphique 14). La proximité avec le Nigeria et sa localisation aux abords du Lac Tchad, les attentats perpétrés dans les localités de Fotokol, Hilé-Alifa ainsi que l’afflux des premiers réfugiés et autres déplacés internes vers cette localité pourraient mieux expliquer cette situation. A Kolofata l’on note également une augmentation des effectifs des membres des comités de vigilance durant la même période. Cette croissance exponentielle des groupes d’autodéfense à Kolofata et dans le Mayo Moskota a été une réponse face aux enlèvements des populations auxquels il convient d’y associer ceux des expatriés notamment de la Famille Moulin-Fournier5 kidnappée le 19 février 2013 dans le parc de Waza, du prêtre français Georges Vandenbeusch kidnappé à Nguetchewé dans l’arrondissement du Mayo Moskota dans le département du Mayo Tsanaga le 13 novembre 20136. La récurrence des attentats et la prolifération des enlèvements dans les villages ont créé un sentiment d’insécurité générale. Se sentant donc menacées, de nombreuses personnes décident d’intégrer les groupe d’autodéfense pour assurer leur sécurité et celle de leurs communautés.

Au niveau de l’Extrême-Nord, c’est à travers un arrêté du Gouverneur datant de 2014 que les comités de vigilance refont surface avec une envergure sans précédent dans l’histoire de la région.

21


- Les rapports entre COVI, populations et Forces de Maintien de l’Ordre Les difficultés qu’éprouvent les pouvoirs publics camerounais à assurer la sécurité des populations de la région de l’Extrême -Nord menacées par Boko Haram a contraint les forces de l’ordre et de sécurité à associer les populations locales dans leurs dispositifs sécuritaires. Cette approche intégrative de la sécurité au Cameroun tient plus à l’absence des dispositifs sécuritaires dans cer-

tains villages des zones en proie aux exactions commises par Boko Haram et à l’insuffisance des Forces de Maintien de l’Ordre en grand nombre pour assurer la sécurité totale des populations exposées aux attaques perpétrées par Boko Haram. Cette forme de sous -traitance de la sécurité y a trouvé un champ favorable eu égard au passé guerrier de nombreux villages qui y sont dénombrés et aux diverses formations guerrières qu’ont reçues les habitants de ces zones. Aux chasseurs (Gaw ou Dan Banga) et guerriers traditionnels d’hier, s’y sont greffés les militaires retraités et les anciens scouts qui constituent aujourd’hui une part importante des membres des comités de vigilance dans les villages.

4

Arrêté régional n°019/AR/K/SG/DPOA portant création des comités de vigilance dans la région de l’Extrême-Nord. 5

http://www.slateafrique.com/170811/cameroun-nigeria-famille-moulin-fournier-chronologieenlevement-liberation, consulté le 20 août 2019. 6

https://information.tv5monde.com/afrique/cameroun-enlevement-de-trois-religieux-chretiens1746, consulté le 20 août 2019. 22


- Les modalités de recrutement dans les groupes d’auto-défense : les enquêtes de moralité

Il convient de préciser que la crise sécuritaire à elle seule ne saurait expliquer la croissance

exponentielle des comités de vigilance. Une autre raison à l’origine de l’implication passive des communautés est relative l’arrêt des activités auxquelles les populations se livraient avant la crise. Le commerce, l’artisanat, la pêche, l’élevage occupaient nombre de personnes sont désormais au ralenti. Certains membres de la communauté ont trouvé de l’intérêt à se consacrer à la sécurité communautaire dans un contexte où quelques appuis ponctuels venant des personnes, des autorités traditionnelles, municipales et des organisations de la société civile sont parfois octroyés aux COVI. Vu la délicatesse que revêt leur intégration dans la chaine sécuritaire de la région de l’Extrême-Nord, les autorités traditionnelles, administratives et sécuritaires se sont entourés d’un certain nombre de mesures de sécurité afin d’éviter toute dérive qui pourrait dénaturer la qualité de leurs rôles et fragiliser davantage le dispositif sécuritaire existant. Ces mesures se présentent ainsi qu’il suit : - être de bonne moralité ; - n’avoir jamais été condamné ; - être proposé par une autorité traditionnelles compétente et reconnue comme tel dans sa loca-

lité de résidence ; - n’avoir jamais été impliqué dans le trafic et ou la consommation des stupéfiants. Certains groupes d’auto-défenses tels que ceux de Mora possèdent un code de conduite bien détaillé. Conçu sous forme de flyer et remis à chaque groupe d’auto-défense, il résume dans les détails les attributions desdits COVI et les limites de leurs actions. Afin de s’assurer que ce code soit maitrisé de tous, des séances de lectures et de commentaires dudit code de conduite sont régulièrement organisées par les autorités compétentes. C’est donc sur la base des éléments contenus dans ce code que les membres des comités de

vigilance fonctionnent en étant connectés aux autorités administratives dont les Sous-Préfets.

Graphique15: Pr opor tion des membr es des COVI ayant participé à une enquête de moralité

23


En clair, l’admission au sein d’un groupe

des COVI est soumise à des conditions présentées ci-dessus. Les personnes nominées doivent faire preuve de rectitude morale et de probité dans leurs actions. Dans la foulée, certains sont soumis à des enquêtes de moralité avant d’être intégrés au groupe pour lequel ils postulent. Il en est d’ailleurs ainsi pour l’ensemble des communes étudiées. Cependant, seuls 69

% des membres des comités de vigilance ont été soumis à des enquêtes de moralité. Ce décalage entre la proportion des personnes ayant subie une enquête de moralité avant d’intégrer un groupe d’auto-défense s’explique par la présence des guerriers traditionnels et des militaires retraités dans ces structures. Il en est de même des guerriers traditionnels, des chas-

seurs traditionnels et des jeunes anciens membres des scouts. Leurs activités antérieures les créditent déjà d’une bonne moralité.

- Le recrutement des membres des COVI La plupart des enquêtés ont affirmé que leur recrutement est le résultat d’une recom-

mandation d’une autorité. Les membres de COVI de Blangoua ont été choisi par l’autorité traditionnelle. A Fotokol, 38% des membres affirment avoir été recommandés par le SousPréfet et 8% par le commissaire à Kolofata. L’analyse de l’arrêté du Gouverneur et les entretiens avec les autorités administratives et traditionnelles consultées infirment en bloc ces affirmations relatives aux recrutements.

24


Le texte du gouverneur de 2014 donne des indications claires sur le recrutement des COVI. Il en ressort ce qui suit : « les personnes désirant faire partir du comité de vigilance de leur localité sont toutes recommandées à cette fonction par une autorité traditionnelle. Il s’agit pour l’essentiel des Lamibé, des Sultans, des Lawans, des Djaouro et des Alkali ». En clair, la proposition d’une tierce personne comme membre des COVI relève essentiellement de la compétence de l’autorité traditionnelle de la localité qui prend l’engagement de proposer celle-ci à l’attention du SousPréfet de l’arrondissement de ressort. Sitôt élaborée, la liste des candidats proposés est soumise au Sous-Préfet de l’arrondissement pour enquêtes de moralité et approbation. Dès leur réception, ladite liste est soumise soit au commandant de brigade, soit au commissaire de police selon les services de sécurité disponibles sur place pour les enquêtes de moralité. Au terme des enquêtes des autorités compétentes, les listes sont réacheminées à la sous-préfecture pour approbation. Dans cette dynamique, la prééminence des autorités traditionnelles dans le processus de désignation des membres des comités de vigilances s’explique par le fait qu’une forte majorité des membres des comités de vigilances sont des chasseurs ou guerriers traditionnels reconvertis, et les chefs ont une très forte emprise sur leur dynamique et leurs activités. « Les personnes désirant faire partir du comité de vigilance de leur localité sont toutes recommandées à cette fonction par une autorité traditionnelle. Il s’agit pour l’essentiel des Lamibé, des Sultans, des Lawans, des Djaouro et des Alkali »7. Graphique 16 : Répartition en pourcentage des COVI selon l’autorité ayant recommandé leur recrutement

Le fait d’avoir été recruté/proposé par une autorité est une marque de considération et de confiance au sein de la communauté. Il se dégage une intention des uns qui se sentent plus importants que d’autres en fonction de l’autorité ayant participé à la désignation de ceux-ci. Ainsi, avoir été recommandé par le Sous-Préfet ou le Commandant de brigade donne une prétention à un statut différent de celui qui l’a plutôt été par le chef traditionnel. Or, il est clair que l’ensemble des COVI sont proposés par les chefs traditionnels qui sont les mieux placés pour apprécier leur niveau d’intégrité dans le village.

- Le rôle des comités de vigilance dans le dispositif sécuritaire de l’Extrême-Nord

La Graphique 17 donne des informations pertinentes sur le rôle des comités de vigilance dans le dispositif sécuritaire. Ils sont chargés de : - servir d’intermédiaire entre les Forces de défense et de sécurité d’une part et les populations locales d’autre part ; - servir d’alerte en cas d’intrusion et ou de suspicion d’une attaque ; - collecter et fournir des renseignements aux Forces de Maintien de l’Ordre et de sécurité afin qu’ils prennent les dispositions sécuritaires y avenantes ; - participer aux combats ; - Arrêté régional n°019/AR/K/SG/DPOA portant création des comités de vigilance dans la région de l’Extrême-Nord. 7

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effectuer des patrouil les dissuasi ves dans les quartiers, les villages et les villes. Graphique 17: Répartition des memb res des COVI selon la tâche effectuée


Sur le terrain, les comités de vigilance sont plus actifs dans la collecte des renseignements et

les patrouilles (32. Si la collecte des renseignements se fait régulièrement et très discrètement, les patrouilles quant à elles se font par équipes de jour comme de nuit. Elles se font dans les quartiers, les marchés. Et sont constituées des éléments issus de plusieurs comités de vigilances associés. En plus de ces activités précitées, les comités de vigilance servent de guides aux Forces de Maintien de l’Ordre sur le terrain. Dans cette activité de pisteurs, ils prennent très rarement part aux combats. Ils aident plutôt les Forces de Défense venues généralement d’autres parties du Cameroun et ne maîtrisant pas la géographie assez complexe des localités. Les COVI leur servent de guides lorsqu’ils veulent aller vers l’ennemi qui maîtrise parfois mieux les contours des localités

étant donné que beaucoup d’enfants des villages ont rejoints les rangs de Boko Haram et savent où se cacher et par où passer pour faire les incursions. Dans un rapport publié par la Fondation Friedrich Ebert Stiftung en 2017, on peut lire ce qui suit au sujet de leur contribution remarquable à la guerre Boko Haram : « Sur le terrain, les membres des comités de vigilance ont contribué, au-delà de l’identification des djihadistes et de l’alerte, à déjouer plusieurs attentats kamikazes ou à réduire leur létalité parfois au péril de leur vie. Leur ancrage communautaire et leur parfaite maîtrise de la géographie, de l’histoire, des langues et des cultures locales font d’eux des partenaires privilégiées de la

contre insurrection pilotée par les services de sécurité camerounais. » Il y a nécessité de prendre avec beaucoup de précautions les affirmations relatives la participation des COVI aux combats sur le terrain de la guerre aux côtés des forces de défense. Si l’on s’en tient à certaines révélations des autorités, notamment le Préfet du Mayo Tsanaga, certains membres des COVI se passent comme des êtres extraordinaires dotés de pouvoirs surnaturels et vont même jusqu’à se surnommer avec des noms des grands héros des films : Rambo, Lion du désert, Jaguar. Comme le présente la Graphique 18, les membres des comités de vigilance sont souvent impliqués dans les opérations militaires.

Graphique 18: Pr opor tion des membr es des

Photo1 et 2: Membr es de comités de vigilance tenant une arme de fabrication artisanale

Dans l’exercice de leurs fonctions, les membres des comités de vigilance se servent pour la plupart des armes de fabrication artisanale (cf. Photos). Celles-ci sont essentiellement constituées des armes blanches notamment des couteaux, des machettes, des lances, des flèches auxquelles y convient d’ajouter des gourdins et des faucilles. Le tableau ci-dessous décrit dans les détails 26


- Des infractions commises par des membres des comités de vigilance et des mécanismes de sanctions En dépit de leur contribution remarquable dans le processus de sécurisation de l’ExtrêmeNord, de nombreux membres des comités de vigilances se sont caractérisés souvent par des écarts de comportement. Ces attitudes incompatibles avec l’exercice de leurs fonctions se résument aux vols, aux rackets des populations, aux arnaques, aux usages illégaux des armes à feu et aux port illicite des uniformes militaires. Ce qui a très vite poussé les autorités administratives à réagir pour éviter d’éventuels effets de contamination ou d’imitation en sanctionnant aussitôt ces dérives. Lors de l’enquête, il nous a été rapporté que dans l’arrondissement de Fotokol par exemple, vingt (20) membres de comité de vigilance ont été exclus sur un effectif de 178 membres réellement actifs entre janvier et juin 2019. Pour ce faire, des conseils de discipline spéciaux ont été organisés par le Sous-Préfet en présence des présidents des différents comités de vigilance et des autorités traditionnelles. Certains membres des comités de vigilance ont même été traduits auprès des instances judiciaires pour port illicite d’uniforme militaire, racket sur les populations et port illégal d’arme. Graphique 19. Pr opor tion des membr es des COVI indisciplinés COV DEVIANT

BLANGOUA

FOTOKOL

KOLOFATA

MAYO MOSKOTA

MORA

OUI Non

3 98

33 71

5 126

1 99

2 161

Tableau1: Récapitulatif des membres des comités de vigilance indisciplinés ( Sources: Enquête de terrain)

Globalement, seuls 7% des membres des comités de vigilances se sont caractérisés par des écarts de comportement. Ceci montre que les dérives sont très peu observées et que les membres des COVI brillent par leurs bons comportements dans la plupart des localités. On pourrait expliquer ces bons comportements par les mécanismes de recrutement relevés plus haut où les chefs traditionnels sont étroitement associés. Ce sont eux qui prennent l’engagement de proposer les personnes à recruter avant qu’elles ne subissent l’enquête de moralité par les autorités administratives et de maintien de l’ordre. Quand on sait l’influence des chefs traditionnels dans leurs localités et le respect que leurs sujets ont pour eux, on peut comprendre aisément que ces acteurs de la sécurité communautaire ne ménagent aucun effort pour soigner leurs images et mériter la confiance de ceux-ci. Les évaluations, les suivis quotidiens et la prolifération des conseils à l’endroit des membres de ces groupes expliquent également le faible taux des écarts de comportements enregistrés. Les Sous-Préfets veillent à l’exploitation rigoureuse des informations relatives aux activités des COVI qui leur sont adressées. Le tableau 1 montre que les cas de déviance les plus accrus se trouvent à Fotokol. Qui plus est, la commune de Fotokol est parsemée des centaines des marchés éloignés les uns des autres. L’éloignement de ces zones et les difficultés qu’éprouvent les autorités administratives à y accéder régulièrement expliquent la prolifération des abus commis par certains membres des COVI. La situation est d’autant plus compliquée en saison de pluies. Coupées des centres administratifs, de nombreux membres des COVI se déplacent de marché en marché où ils extorquent de l’argent auprès des populations. Ce qui n’est pas le cas pour les communes où la présence des forces de maintien de l’ordre et de la Force Multinationale a un effet dissuasif sur ces COVI. Les écarts de comportement y sont nettement réduits en dépit de certains cas marginaux enregistrés. Afin de remédier à ces problèmes de discipline, un code de conduite assortie des sanctions y afférentes a été élaboré. Il intègre dans sa grille les blâmes, les exclusions définitives, les mises à pieds et les emprisonnements. L’implémentation de ces mesures sur le terrain a permis de juguler les problèmes d’écart de comportement.

27


Empr.isonnements

Exclusions définitives

Exclusions temporaires

Blâmes

Sanctionnés 0%

5%

10%

15%

20%

25%

30%

35%

40%

Graphique 20. Répar tition des membr es des COVI selon les sanctions r eçues (Sour ces: Enquête ter r ain)

L’on se rend compte à travers le graphique 20 que Les exclusions définitives des membres des COVI sont de plus en plus enregistrées. Celles-ci se matérialisent par les retraits immédiats des badges d’identification des personnes concernées et le retrait de leurs noms de la liste des membres des comités de vigilance de leurs communes d’appartenance. Mis à la disposition des autorités compétentes pour fautes lourdes, de nombreux membres de comité de vigilance ont été emprisonnés entre 2013 et 2018. En 2019, 37 % ont été réellement sanctionnés contre 18 % de cas d’emprisonnement. Les motifs d’emprisonnement furent entre et autres la collaboration entre avec l’ennemi conformément à la Loi N° 2014/028 du 23 décembre 2014 portant répression des actes de terrorisme au Cameroun8. Les rapports entre les populations et les comités de vigilance sont plutôt sains et pacifiques. Cela s’expliquerait par le fait que la plupart des membres des comités de vigilance appartient à des communautés dont ils ont pris l’engagement de protéger. L’ancrage local de ces agents de sécurité, les liens de fraternité qui les unissent aux populations autochtones, leur unité linguistique ainsi que la maitrise des us et des coutumes locales éliminent dès la base toutes les rivalités ethniques et d’allégeance qui pourraient germer entre les membres des COVI et les populations.

- La perception des COVI par les autorités administratives, traditionnelles, les Forces de Défense et les Forces de Maintien de l’Ordre Que l'on soit dans le Logone et Chari, le Mayo Sava ou le Mayo Tsanaga, la perception des COVI par les autorités administratives, traditionnelles et les Forces de Défense et de Maintien de l’Ordre est globalement bonne. Malgré le fait qu’on enregistre des cas de déviances de la part de certains membres des COVI qui sont fort heureusement peu nombreux et vigoureusement sanctionnés, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils jouent un rôle irremplaçable dans le dispositif sécuritaire. Non seulement ils sont très voués malgré qu’ils travaillent bénévolement, mais parfois assurent cette sécurité communautaire au prix de leur vie et de leur famille. Il existe des cas où ils ont été tués ou des membres de leurs familles expressément ciblées par Boko Haram pour leur régler des comptes pour leur engagement à leur tendre des guet-apens. Quoi qu’il en soit, « leurs exploits leur valent d’être régulièrement félicités par les pouvoirs publics et de bénéficier d’une attention médiatique inouïe ainsi que des marques de bienveillance ». Outre les appuis des municipalités et des hommes politiques à l’instar des députés à l’Assemblée Nationale, le Président de la République lui-même en venue en appui aux COVI plus d’une fois. Et la dernière action de sa part date justement du mois d’août 2010 où les membres des COVI des trois départements touchés par la crise Boko Haram ont bénéficié des appuis logistiques et financiers et c’est le Gouverneur de la Région de l’Extrême-Nord qui a remis lesdits dons. 8

https://www.ohchr.org/Documents/Issues/RuleOfLaw/NegativeEffectsTerrorism/FIACAT.pdf, consulté le 05 août 2019.

28


- L’analyse des besoins des membres des COVI

Les principaux besoins identifiés sont ceux relatifs aux activités économiques en cours ou projetés, à l’appui psychosocial et à d’éventuels appuis dans la perspective de la réinsertion socioéconomique. Selon le graphique 21 Près de la moitié des membres des COVI enquêtés ne mènent aucune activité économique, soit 297 individus sur les 599 considérés. Il s’agit là d’une tranche importante qui pourrait être appuyée et encadrée avec des initiatives génératrices de revenus par exemple au cas où on penserait à la réinsertion. Graphique 21: Proportion des membres de COVI menant une activité économique

Le graphique 22 nous montre la volonté manifeste des membres des comités de vigilance à vouloir mener une activité économique. On note tout de même auprès des COVI une volonté de mener une activité relevant pour l’essentiel des secteurs primaire et tertiaire, notamment l’agriculture, l’élevage, le commerce et le transport par moto (moto taxi) . Pour la pratique de l’agriculture, de l’élevage, du commerce et du transport (moto taxi), les membres des COVI concernés sollicitent un appui matériel et/ou financier ( cf. Tableau 2) Agriculture Elevage 6%0% 32%

Agriculture/élévage

62%

Commerce Moto taxi

Autres

Commerce

Taxi (Moto)

Bétail à Semences et Motocyclet re(constitu Petit capital intrants te er) Petit Petits Compléme Moyens de équipemen matériels ntation déplacement t Stockage des Encadreme récoltes nt

Graphique 22: Répartition des membres des COVI selon l'acti- Petit bétail vité désirée Encadrement

s Crédits agricoles Tableau 2: Identification des types de besoins selon l'activité économique

Toutes ces données amènent les observateurs avertis à exploiter rationnellement les mesures proposées par la stratégie de stabilisation du BLT, notamment les objectifs stratégiques 6 consacrés au Renforcement de la sécurité communautaire et rétablissement de l’état de droit ; le 7 portant sur la Gestion des groupes d’autodéfense 12 sur la Réinsertion et la Réintégration. Il s’agit là des pistes qui aideront à mieux planifier et implémenter les activités relatives à la gestion des membres des COVI. 29


- Du

renforcement des capacités et de la structuration

Les besoins en formations sont nécessaires pour l’accompagnement des membres des COVI dans le cadre des activités économiques menées ou projetées. Le niveau d’instruction très bas de la plupart d’entre eux est une contrainte à prendre en compte car il s’agit là d’une opportunité pour les arrimer aux pratiques plus modernes dans leurs domaines respectifs. Les données des enquêtes montrent que 30% des membres des COVI enquêtés ont déjà bénéficié d’une formation (cf. graphique 23). La proportion des personnes ayant reçu une formation varie d’un arrondissement à un autre. Celle-ci atteint 84% à Fotokol alors qu’elle n’est que de 3% à Kolofata, de 12% à Mora et de 15% à Mayo Moskota ( cf. graphique 24)

Graphique 23: Proportion des membres des COVI ayant bénéficié d'une formation

Graphique 24:Répartition par arrondissement des membres de COVI ayant bénéficié d'une formation.

Si l’on s’en tient aux échanges avec les autorités administratives et traditionnelles l’occasion de l’atelier de restitution tenue le 30 juillet 2019, les membres des COVI dans leur majorité n’ont jamais reçu de formations. Les formations dont certains font mention seraient relatifs à des aspects qui n’ont rien à voir l’exercice de COVI. Il pourrait s’agir des formations reçues dans le cadre des Groupements d’Initiative Commune en matière de santé, d’agriculture ou d’élevage. Ce qui voudrait signifier que pour l’ensemble des membres des COVI, le besoin en formations est important, qu’il s’agisse des questions des droits de l’homme, de la citoyenneté, de la maîtrise des cahiers de charges de leur activité, du système d’alerte précoce ou de secourisme. Quoi qu’il en soit, des échanges rapprochés avec les autorités permettront de dresser de façon exhaustive la liste des modules de formation à envisager à l’intention de ces membres des COVI. Les autorités administratives, les Forces de Défense et de Maintien de l’Ordre, les Organisations de la Société Civile et les organisations du Système des Nations Unies travaillent sur le terrain de l’humanitaire, pourront le moment venu fusionner leurs efforts pour renforcer les capacités de ces membres des COVI dans le cadre des formations envisagées. En ce qui concerne le volet structuration en association, l’on constate qu’il est marginal dans les différentes communautés. Le regroupement des COVI en associations ou coopératives pourrait les aider à monter des projets et pouvoir chercher des financements susceptibles de les aider à développer des activités socio-économiques porteuses. Graphique 25: Proportion des membres des COVI ayant De manière générale, seulement 10 % des adhérée à une association membres des COVI adhèrent à des associations. Dans les arrondissements de Blangoua, Fotokol et Mora, cette proportion avoisine la moyenne des 10% alors que les arrondissements de Fotokol et de Kolofata, le taux d’adhésion aux associations ne dépasse pas les 5%. 30


- Du besoin d’assistance et de la considération/reconnaissance des COVI dans les

communautés L’assistance sociale non permanente relative à la santé, à l’éducation des enfants en charge, à l’amélioration du cadre de vie de façon générale est sollicitée par les membres de COVI . 54% des enquêtés ont d’ailleurs sollicité comme appui primordial une assistance sociale alors que les 46% penchent pour une assistance matérielle.

Graphique: 26:

Répar tition des

membres des COVI selon le type d'appui sollicité

L’établissement des pièces d’identité, des actes de naissance est une priorité pour régulariser la citoyenneté des membres des COVI. En effet, si 7% seulement d’entre eux n’a pas de CNI, 93% ne dispose pas d’acte de naissance. Cela peut constituer une difficulté majeure lors d’un éventuel renouvellement de la CNI et pour toute autre action sociopolitique. Enfin, la reconnaissance du rôle joué par les COVI passe pour certains membres enquêtés par des encouragements et des compensations économiques qui pourraient prendre la forme de subventions en vue de développer des activités génératrices de revenus. Ce qui constitue un besoin réel à prendre en compte.

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Conclusion et des recommandations

Au terme de cette étude sur les COVI dans les communautés de Blangoua, Fotokol, Kolofata, Mora et Moskota, bien de choses méritent d’être relevées. Pour ce qui est caractéristiques sociodémographiques des COVI, il ressort quelques points importants à relever. Il s’agit d’une activité dont les acteurs se recrutent essentiellement au sein de

la gente masculine dont l’âge varie entre 25 et 35 ans. Du point de vue de l’éducation, la grande bonne partie d’entre eux n’a pas été à l’école si ce n’est l’école coranique. Dans la plupart des localités enquêtées, on retrouve en grand nombre les groupes ethniques dominants du point de vue numérique, de même que la représentativité religieuse qui épouse la même configuration. Les groupes les plus représentés sont les Kanuri, les Arabe Choa, les Haoussa, les Mandara, les Mafa, les Kotoko et les Glavda, selon qu’on soit dans le Logone et Chari, le Mayo Sava et le Mayo Tsanaga. Les COVI des deux premiers départements sont d’obédience musulmane tandis que ceux du Mayo Tsanaga et spécifiquement du Mayo Moskota sont plutôt majoritairement chrétiens. Les membres de comité de vigilance sont constitués pour la plupart des personnes adultes et la plupart d’entre eux a plus de trente-six (36) ans. Si certains informateurs rapportent qu’il existe des enfants qui sont impliqués, il n’en est

responsabilité dans un environnement où ils n’exercent plus leurs activités d’antan (agriculture, artisanat, pêche, commerce). De même, l’exercice de leurs fonctions ne s’accompagne d’aucune mesure de prise en charge qui pourrait les aider à subvenir aux besoins de toutes ces personnes dont ils ont la charge. Ce qui les rend vulnérable à plusieurs égards. Au sujet des modalités de leur recrutement dans le cercle des COVI, l’analyse des données collectées après des différentes catégories enquêtées permet de conclure que ce sont les chefs traditionnels qui les proposent aux Sous-Préfets. Ce sont eux qui procèdent aux enquêtes de moralité avec l’appui des FMO avant de décider de qui sera définitivement retenu ou pas dans ce cercle des agents de la sécurité communautaire. C’est par méconnaissance ou par souci de se montrer plus importants que les autres confrères que certains membres des COVI disent qu’ils ont été recommandés par le Préfet, le Sous-Préfet plutôt que par le chef traditionnel. Les COVI du fait du phénomène Boko Haram, sont devenus une composante essentielle dans le dispositif de sécurité communautaire dans la Région de l’ExtrêmeNord en général et dans les zones particulièrement touchées par cette crise tout particulièrement. S’il est évident que l’existence des groupes de surveillance des terroirs n’est pas un phénomène nouveau, il reste que l’avènement de Boko Haram a donné une envergure nouvelle à la sécurité communautaire.

pas en réalité le cas. Sur le plan familial, les membres des COVI ont pour la plupart plusieurs personnes sous leur

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L’arrêté du Gouverneur de 2014 a constitué un cap important pour la mise en place des COVI dans les différentes communautés dans un contexte de perturbations tous azimuts dues aux incursions de la secte Boko Haram. Il s’agit d’une activité purement bénévole, même si parfois certaines personnes de bonne volonté peuvent leur venir en aide de quelque manière que ce soit. Il s’agit pour les candidats de se mettre au service de la sécurité communautaire avec tout ce que cela comporte comme risques. Les COVI jouent les rôles de renseignements et d’alerte, de pisteurs et d’accompagnateurs des forces suscitées. A certains moments, certains ont même livré les combats aux Boko Haram au point même de les repousser et même de tuer certains. Ils travaillent en étant connectés aux autorités administratives dont les SousPréfets, les chefs traditionnels et les Forces de Défense et les Forces de Maintien de l’Ordre. Et justement, ce sont ces autorités qui veillent au respect scrupuleux des règles de conduite des COVI en les rappelant régulièrement à l’ordre ou sanctionner les brebis galeuses. Et ces sanctions peuvent aller jusqu’à l’incarcération si la faute commise est assez flagrante et grave. En termes de dispositif de travail, les COVI utilisent les armes blanches ou d’autre armes non conventionnelles (gourdins, couteaux, fusils de fabrication artisanale, machettes, flèches, poignards, sagaies, etc.). Une attention particulière étant accordée par les autorités cet armement pour éviter d’éventuels dérives. Globalement, les COVI font face à nombre de problèmes. A juste titre, beaucoup ont parfois laissé leurs vies sur les carreaux tandis que d’autres ont vu plutôt des membres de leurs familles attaquées et tuées par Boko Haram. Ayant également abandonné leurs activités d’antan pour se consacrer la sécurité communautaire, ils ont

de difficultés de vie, surtout ceux qui ont plusieurs personnes sous leur responsabilité faute de moyens. De même, nombre d’entre eux ne maîtrisent pas leurs droits, leurs devoirs et tout le code de conduite qui est le leur. Ce qui les expose à des dérapages qui sont susceptibles de leur porter préjudice comme le témoignent si bien les sanctions dont certains ont fait l’objet. L’étude a aussi relevé que la question de la non possession des pièces officielles est l’une des caractéristiques des COVI dans beaucoup de localités. Si d’autres ont perdu lesdites pièces lors des incursions de Boko Haram, d’autres par contre éprouvent des difficultés à comprendre l’importance même de ces documents. Ce qui fait qu’ils ne font pas assez d’efforts pour se les faire établir dans un milieu où parfois il faut faire des sacrifices pour se déplacer de son village vers le cheflieu de département pour la cause.

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Malgré

quelques

dérives

constatées

chez

quelques-uns d’entre eux, les COVI sont en général très bien perçus tant par les autorités administratives, traditionnelles que les Forces de Défense et de Maintien de l’Ordre. Leur bravoure et le sacerdoce qu’ils font pour la communauté créent une forme de sympathie et de considération sociale. Une véritable forme de reconnaissance sociale qui constitue un motif de satisfac-

tion pour beaucoup. Les appuis du Chef de l’Etat et d’autres mécènes sont également à ranger dans le registre de la reconnaissance de l’activité de ces derniers. Ce sont là autant de détails importants qu’a révélée cette étude sur les COVI. Aussi importe-t -il de refermer ce travail avec quelques recommandations phares qui pourraient aider dans la perspective de l’élaboration d’un certain nombre de mesures visant à mieux encadrer cette activité. Ces recommandations sont les suivantes : - La question des CNI qui est entourée des goulots d’étranglement puisse être prise au sérieux. On pourrait y attacher une importance toute particulière en motivant/exigeant que le recrutement dans les COVI soit conditionné par la possession de ce document (comme l’exige l’arrêté du Gouverneur). On pourrait aller vers des plaidoyers qui puissent être favorables aux populations afin que tous les goulots d’étranglement relevés puissent être levés. - Un certain nombre d’actions relatives à l’identification des COVI sont nécessaires et celles-ci

entre les différents arrondissements ou communes ; - Envisager la mise en place des mécanismes de suivi-évaluation de l’activité des COVI ; - Renforcer la communication et les mécanismes d’encadrement des COVI et le modèle du texte de déontologie qui existerait à Mora pourrait également être partagé ou au mieux amélioré pour être exploité par toutes les cinq (05) arrondissements ; - Apporter des appuis logistiques et d’autres types de dotation dans la perspective de la réinsertion des COVI soient envisagés ; - Définir clairement le statut des COVI. Il serait peut-être utile que les autorités administratives s’y penchent, surtout le Gouverneur qui a instruit à travers son arrêté la mise en place des COVI. Il s’agit d’une idée qui, bien mûrie, pourrait être d’une grande importance dans le fonctionnement de ce mécanisme de sécurité communautaire ; - Mettre régulièrement à jour le fichier des COVI et mettre un accent sur l’établissement effectif des badges parce que à travers l’ensemble des zones enquêtées, on constate que les membres des COVI dans leur majorité manquent de badges qui puissent leur permettre d’être facilement identifiés ; - Les autorités doivent veiller au contrôle strict du matériel d’armement des COVI pour que des intentions malveillantes ne puissent pas se développer. Pour ce faire, il est nécessaire d’organiser régulièrement des rencontres de sensibilisation et des mécanismes de contrôle où les chefs d’unités doivent rendre compte très régulièrement aux autorités traditionnelles et administratives.

gagneraient à être élaborées de façon harmonisée

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-Eléments de bibliographie - Commission du Bassin du Lac Tchad/Commission de l’Union Africaine, « Stratégie de stabilisation, de redressement et de résilience des zones du Bassin du Lac Tchad affectées par la crise Boko Haram », version abrégée, août 2018 ; - International Crisis Group, « Une arme double tranchant : comités de vigilance et contreinsurrections africaines », Rapport A frique N° 251, 07 septembre 2O17 (traduit de l’anglais) ; -Abdoul Nasser, « Evolution des comités de vigilance au Cameroun : contexte politique, réglementation et statut juridique », réflexion personnelle ; -Arrêté N° 0019/AR/K/SG/DPOA du 02 juin 2014 portant sur la création des comités locaux de vigilance dans la région de l’Extrême-Nord ; -Friedrich Ebert Stiftung, « Le conflit Boko Haram au Cameroun, pourquoi la paix traine-telle ?, », Rapport édité par PUA, Yaoundé, 2017. - Saibou Issa, Ethnicités, frontières et stabilité aux confins du Cameroun, du Nigeria et du Tchad, Paris, L’Harmattan, 2012.

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annexes

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ANNEXES

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Annexe 1: Carte d’un membre de comité de vigilance

Annexe 2: Cérémonie de remise du matériel aux membres des COVI de Blangoua

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Annexe 3: Arrêté du Gouverneur de l’Extrême Nord

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PROJET DE STABILISATION REGIONALE INTEGREE DU BASSIN DU LAC -TCHAD En partenariat avec les services du gouverneur de la région de l´Extrême-Nord, le PNUD organise une enquête sur le profilage des comités de vigilance dont l´objet est d´évaluer les besoins des membres desdits comités de vigilance de votre commune. Merci de bien vouloir nous consacrer un peu de votre temps pour répondre à nos questions dont les données seront confidentielles. SECTION 1 IDENTIFICATION Sexe : 1- Homme 

2- Femme 

Arrondissement______________________________________________ Village d’appartenance : ______________________________________ Quartier _____________________________________________________ Age : 1- [ - de 15 ans]  Langue:

1- Haoussa 

Mandara  6- Mafa  Réligion: 1- Chrétien 

2- [16 - 25 ans]  2- Kanuri  7- Glavda 

Coranique 

3- Arabe Choa 

5- Non scolarisé 

Statut matrimonial: 1- Marié 

4- [+ de 36 ans] 

4- Kotoko 

5-

8- Autres ________________________________

2- Musulman 

Niveau scolaire : 1- Primaire 

3- [26- 35 ans] 

3- Animiste 

2- Secondaire 

3-Universitaire 

4- Ecole

6- Autres ___________________________________

2- Célibataire 

Nombre d’enfants à charge : 1- [ 0-5] 

3- Veuf(ve)

2- [ 6-10] 

4- Divorcé 

3- [ + de 10] 

Etes-vous membre de l’organisation guerrière/chasse traditionnelle ? Oui  Documents officiels: 1- CNI  2- Acte de naissance 

Non 

3-

Autres_________________________

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SECTION 2 : ACTIVITES DE COMITE DE VIGILANCE-RAPPORTS AVEC LES

AUTORITES, LES MILITAIRES, LES FMO ET LES POPULATIONS Quand avez-vous rejoint le Comité de vigilance ? - Avant 2010  - Entre 2010 et 2013  - Après 2014  Comment avez-vous rejoint le Comité de vigilance ? - Sélection  - Volontairement  -Sous Recommandation  Par/De qui ? ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ _______ Qu`est-ce qui vous a motivé á rejoindre l´activité de comité de vigilance ? ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Procédure de désignation des COVI : 1- Par le Chef  2- Le Sous-préfet  3- Le Commissaire  4- Autres____________________________________________________

Avez –vous subit une enquête de moralité ? - Oui  Identification Avez-vous un badge ? - Oui  Avez-vous un gilet ? - Oui 

- Non 

- Non  - Non 

Quel rôle jouez-vous comme membre de comité de vigilance ? - Renseignement - Alerte  - Participations aux combats  - Patrouilles 

Quels sont vos outils de travail ? Armes blanches  - Lesquelles________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Armes de fabrication artisanale  - Lesquelles_____________________________________ ______________________________________________________________________________

Autres ______________________________________________________

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Avez-vous pris part aux opérations militaires ? - Oui 

- Non 

Si oui, quand et où et á quelles occasions : ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Quels sont les autres matériels de travail ? - Tor ches  - Manteaux  - Bottes  - Haut-parleurs  - Vélos  - Autres ______________________________________________________________________________ Avez-vous des relations avec les comités de vigilance du Nigéria et du Tchad ? - Oui  Non 

-

Quels types de relations ? ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Connaissez-vous des membres de CV qui se sont mal comporté dans l´exercice de leur activité ? - Oui c - Non c Quels types de comportements déviants ? ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Si oui citez quelques-uns ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Ont-ils été sanctionnés ? - Oui  Si oui comment ? 1- Blâme  4- Poursuite ou en prison 

- Non  2- Exclusion temporaire 

Avez-vous des difficultés dans l´exercice de vos fonctions ? - Oui  Si oui lesquelles ?

3- Exclusion définitive  - Non 

______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ 47


Entretenez-vous des rapports avec l`administration ? - Oui 

- Non 

Quels types de relations ? ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Entretenez-vous des rapports avec les militaires ? - Oui 

- Non 

Quels types de relations ? ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Entretenez-vous des rapports avec les forces de maintien de l`ordre ?- Oui 

- Non 

Quels types de relations ? ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Comment sont perçus les membres des comités de vigilance par la population ? 1- Bien 

2- Mal 

3- Peur 

4- Suspicions 

5- Méfiance 

6- Autres _____________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Formation Avez-reçu des formations ? - Oui  - Non  Portant sur quoi ? : ___________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Organisées par quelle structure et les preuves si possible : ________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________

______________________________________________________________________________

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SECTION 3-EVALUATION DES BESOINS

Où habitez-vous actuellement ? 1- En famille  2- Chez les proches  3- Autres _____________________________________________________________________ Etes-vous organisés en associations ? - Oui 

- Non 

Si oui citez ces associations ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ _____________________________________________________________________________ S´il vous était donné de vous venir en aide quels types d´appui solliciteriez-vous ? 1- formation 

2- Appuis matériels 

3- Assistance sociale 

4- Autres

______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Avez-vous déjà reçu des appuis quelconques ?- Oui 

- Non 

Si oui quels types ? 1- Matér iel de tr avail 

3- Argent liquide 

4- Encouragements 

2- Formation 

5- Autres

______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Quelles sont les structures qui ont apporté ces appuis ? Etat

ONG 

Privés 

Autres ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________

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Situation socio-économique/professionnelle avant et actuellement Activité menée avant : 1- Agriculture/Elevage  2- Commerce  3- Autres :___________________________________________________________________ Menez-vous une activité maintenant ? - Oui c

- Non c

Si oui laquelle : 1- Agriculture/Elevage  2- Commerce  3- Moto taxis  4- Pêche  5- Artisanat  6– Autres : ________________________________________ Si non que désirez-vous faire actuellement ? 1- Agriculture/Elevage  2- Commerce  3- Moto taxis  4- Pêche  5- Artisanat  6- Autres : ______________________________________________________________________________ __ Avez-vous perdu une personne proche ou un collègue lors des exactions ? - Oui  - Non  Comment vous sentez-vous dans la communauté ? 1- Fier d’être comité  2- Mal vu par la communauté  3- Recherché par les BH  4- Rancunes de certaines familles  Avez-vous déjà reçu des appuis quelconques ? - Oui  Si oui quels types ?

1- Matériel de travail 

4- Encouragements 

- Non 

2- Formation 

3- Argent liquide 

5- Autres

______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Quelles sont les structures qui ont apporté ces appuis ? 1- Etat  2- ONG 

3- Privés 

4- Autres ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ Préciser l’organisation: ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________

Avez-vous d’autres informations utiles à communiquer ou d´autres documents à partager (Photos c

Badges c

- Documents d´encouragement c

etc) ?

______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________ ______________________________________________________________________________

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Noms et prénoms/signature de l’identificateur

Structure/ONG

Date et lieu de l’enquête

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PROJET DE STABILISATION REGIONALE INTEGREE DU BASSIN DU LACTCHAD GUIDE D’ENTRETIEN DES SUPERVISEURS AVEC LES AUTORITES ADMINISTRATIVES, MAIRES, RESPONSABLES FMO, CHEFS TRADITIONNELS En partenariat avec les services du gouverneur de la région de l´Extrême-Nord, le PNUD organise une enquête sur le profilage des comités de vigilance dont l´objet est d´évaluer les besoins des membres desdits comités de vigilance de votre commune. Merci de bien vouloir nous consacrer un peu de votre temps pour répondre à nos questions en votre qualité de Préfet, Sous-Préfet, Commissaire Spécial, Maire et Chef traditionnel. Nous vous rassurons d’avance de la confidentialité des informations que vous allez livrer. Nom :_____________________________________ Prénom :__________________________ Qualité :___________________________________ Unité administrative :_______________ Age :______________________________________ En service depuis :__________________ 1- Les comités de vigilance dans votre unité de commandement/village/Quartier. Phénomène ancien ? Nouveau ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------2- A partir de quelle année le phénomène prend de l’envergure et quels sont les effets déclencheurs ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------3- Comment est-on arrivé à la création des comités de vigilance dans toute la zone touchée par la crise ? ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------__________________________________________________________________________ ___________________________________________________________________________ 4- Quels ont été les modes de recrutement/sélection des agents ? ____________________________________________________________________________

____________________________________________________________________________ ____________________________________________________________________________ ____________________________________________________________________________ 52


5- Quelles ont été les modalités de mise en service ?

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------6- Quels sont les matériels de travail recommandés ou données ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------7- La logistique de travail pose-t-elle des soucis ou des psychoses ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------8- Peut-on avoir une idée du mode d’organisation et de fonctionnement d’une zone à une autre ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------9- En dehors de votre haute autorité, quelles sont les autres structures impliquées dans l’encadrement des comités de vigilance ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------10- Quels types de rapports entretenez-vous avec ces comités de vigilance ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------11- Quels sont leurs rapports avec les autres structures placées sous votre autorité ? (Armée, FMO et d’autres administrations) ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------12- Quelles appréciation portez-vous sur les membres des comités de vigilance et leur activité ? ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

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13- Quelle appréciation faites-vous du comportement de ces membres des comités de vigilance en rapport avec l’exercice de leurs missions ? ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------14- Quelles appréciations faites-vous de leurs rapports avec les populations ? ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

15- Y a - t-il eu déjà des cas de déviance portés à votre attention ? Si oui combien ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------16- Comment avez-vous gérez ces cas de déviance ? ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

17- Selon-vous, quelle place occupent les membres des comités de vigilance dans la société aujourd’hui ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------18- Pourriez-vous énumérez quelques grandes difficultés auxquelles ces braves hommes font face ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------19- S’il vous est demandé de hiérarchiser les besoins/appuis, quelles seraient les priorités ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------20- En termes de perspectives, quels pourraient être les mécanismes de pérennisation des membres des comités de vigilance ? ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

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21- Quelles pourraient être les mécanismes de réinsertion des membres ?

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------22- Pensez-vous que les comités de vigilance sont constituent-ils une menace ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------23-Existe-t-il un document d’information et de suivi des membres des comités de vigilance ? comment se présente –t-il ? --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Noms et prénoms/signature de l’identificateur

Structure/ONG

Date et lieu de l’enquête

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