PRÉVENTION, TRANSFORMATION ET RÉSOLUTION DES CONFLITS DANS LE BASSIN DU LAC TCHAD

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PROJET DE STABILISATION RÉGIONALE INTÉGRÉE DU BASSIN DU LAC-TCHAD

PRÉVENTION, TRANSFORMATION ET RÉSOLUTION DES CONFLITS DANS LE BASSIN DU LAC TCHAD Réalisé par : PNUD-CAMEROUN avec la contribution des organisations locales : ALDEPA, ASDHD, CAPROP, CESOQUAR, SALEHI, ODH, LOYOC et les services du Gouverneur de la Région de l’Extrême-Nord Sous la supervision de : Pr Balga, Pr Wassouni, Dr Garakchème et Kangatla

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SOMMAIRE Thème 1 : LA RADICALISATION 1.1. Définition 1.2. Trois caractéristiques de la radicalisation 1.2.1. Qui peut se radicaliser ? 1.2.2. Quelques signes de la radicalisation 1.2.3. Que faire ? 1.3. Les facteurs de la radicalisation 1.3.1. Les facteurs d’incitation 1.3.2. Les facteurs déclencheurs 1.3.3. Les facteurs d’attraction et les facteurs déclencheurs Thème 2 : LA VIOLENCE 2.1. Qu’est-ce que la violence ? 2.2. Les types de violence 2.3. Se mobiliser contre la violence 2.3.1. Les acteurs et les situations qui peuvent être des diviseurs 2.3.2. Les acteurs et les situations qui peuvent être des connecteurs 2.3.3. Pistes de transformation de diviseurs en connecteurs Thème 3 : LA PAIX 3.1. Avoir la paix 3.2. L’extrémisme violent Comprendre l’extrémisme violent L’extrémisme violent dans la Région de l’Extrême-Nord 3.3. Le dialogue interreligieux 3.3.1. Comprendre le dialogue interreligieux 3.3.2. Recommandations Thème 4 : LE CONFLIT 4.1. Définition 4.2. Les manifestations de conflit 4.2.1. Quelques types de conflits communautaires 4.2.2. Un outil d’analyse du conflit : l’arbre à conflit 4.2.3. Mécanismes de résolution de conflit 4.2.3.1. Les mécanismes endogènes 4.2.3.2. Les mécanismes modernes Thème 5 : LA MÉDIATION 5.1. Définition 5.2. Le processus de médiation 5.2.1. Le rôle du médiateur 5.2.2. Descriptions des étapes de résolution Thème 6 : LA COMMUNICATION, L’ANIMATION ET LA DISCUSSION 6.1. Définition 6.2. L’animation des réunions et des discussions 6.2.1. Les principes de base d’animation 6.2.1.1. La phase de l'orientation 6.2.1.2. La phase de positionnement et de la recherche des rôles 6.2.1.3. La phase de la familiarité 6.2.1.4. La phase du détachement 6.2.2. Les outils d’animation 6.3. La Communication Non-Violente (CNV) 6.4. L’Écoute Active 6.5. Le Feedback 6.5.1. Donner et recevoir le Feedback 6.5.2. La méthode « sandwich

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AVANT-PROPOS

1. Présentation socio-démographique de l’Extrême-Nord du Cameroun La Région de l’Extrême-Nord est une des plus peuplées du Cameroun, mais aussi de la zone soudano-sahélienne dont elle fait partie. Sa population de 1 395 231 habitants en 1976 est passée à 1855 678 en 1987 et à 2 141 000 en 1992. Elle est estimée en 1995 à 2 467 000 personnes (Minpat, délégation régionale). Sa densité a connu une très forte évolution, passant de 2 721 500 habitants en 2001 à 3 111 792 lors du recensement de 2005. Elle est passée de 40,7 à 90,8 habitants au km² entre le recensement de 1974 et celui de 20055. Elle se répartit entre les régions semi-arides du nord (le Sahel) et les terres centrales et inclut, entre autres populations, des Peul (en anglais : Fulas ou Fulani ; en peul : Fulbé) et des Kirdi. Toutefois, la répartition du peuplement est marquée de fortes inégalités. Les charges démographiques les plus fortes intéressent les montagnes, hormis les vastes zones de plateaux, autrement dit les monts Mandara septentrionaux. Les plages de fortes densités en plaine concernent les zones de peuplements masa, wina et tupuri. Les groupes repliés près des massifs-îles offrent des densités beaucoup plus basses et plus inégalement réparties. Les densités des peuplements giziga et mundang sont assez voisines de celles des plateaux des Mandara centraux : Bana, Jimi, Gude. Ces derniers ont reproduit sur les hautes terres les mêmes phénomènes d’habitat défensif auprès de reliefs ruiniformes. On passe ensuite à des fourchettes de densités encore variables, mais qui se relèvent parfois sensiblement dans le cadre des entités musulmanes, comme dans les prolongements de l’empire du Bornou que sont les sultanats kotoko au sud du Lac Tchad, de son vassal le Wandala et enfin, dans les lamidats peul. Des vides demeurent, correspondant moins à des zones inhospitalières qu’à des zones tampons ou à des couloirs de razzia. Les deux capitalisations de peuplement possibles telles que les schématise P. PÉLISSIER (1985 : 204) sont ici parfaitement décelables : « Dans un continent largement sous-peuplé, 3

les fortes densités ne pouvaient naître que des deux situations contraires (...) à savoir l’organisation de peuplements régionalement étoffés par un pouvoir politique capable de leur assurer encadrement et protection, ou bien l’entassement dans des aires de refuges et la capitalisation sur place des effectifs de sociétés impuissantes à répondre à la croissance démographique par l’expansion spatiale. » La situation de l’habitat apporte une confirmation et une précision à ces plages d’inégales densités. Les densités sont calculées à partir de chiffres de population pris dans un cadre administratif qui, le plus souvent, n’autorise pas de différenciation entre zones de montagne et piémont, proximité de cours d’eau et interfluves... Si l’on reprend la carte – très signifiante en dépit de son échelle – de la « Localisation de la population », il apparaît que les populations sont regroupées sur les pentes des massifs, fuyant les plateaux intérieurs, ou sur les pentes en face de la plaine dans les massifs de bordure, ou encore en disposition auréolaire autour de reliefs résiduels. En plaine, elles s’alignent le long des cours d’eau, le Logone, le lac de Fianga et ses prolongements, le Guerléo, de même que tous les émissaires venus des monts Mandara.


2. Contenu du manuel PRÉVENTION, TRANSFORMATION ET RÉSOLUTION DES CONFLITS DANS LE BASSIN DU LAC TCHAD est un ouvrage qui traite les thèmes

suivants : radicalisation, violence, paix, conflit, médiation et communication. En effet, la radicalisation est un changement de comportement qui conduit une personne à adopter la violence afin d’imposer ses idées, sa religion ou sa volonté. En général, ce processus commence par un moment de fragilité psychologique qui amène la personne à se couper de sa société. Dans nos communautés où sévissent l’injustice, la corruption, la pauvreté, les conflits fonciers et bien d’autres, la personne se sent marginalisée et éprouve un besoin d’appartenance et de reconnaissance. La violence va au-delà de la bastonnade des enfants ou des bagarres entre personnes qui se disputent un bien. D’autres formes de violence existent et nous en sommes victimes sans en être conscients. Parfois, sans recourir à la force, nous sommes acteurs de la violence au quotidien. Il est donc important de noter que dans la société, chacun doit prendre conscience de son rôle en tant que victime, mais aussi acteur de la violence. La paix est un bien précieux et une affaire de tous. On ne saurait la réduire à une absence de conflit ouvert parce qu’elle revêt plusieurs dimensions. Elle implique l’harmonie avec soi-même et son environnement. Dans la plupart des sociétés, elle est considérée comme un don de Dieu qui doit être préservé. En effet, de nombreuses menaces remettent en cause la paix. Dans la Région de l’extrême-Nord, l’une de ces menaces concerne l’extrémisme violent qui se sert de la religion pour diffuser des idées d’intolérance, de haine et de violence. Il est important de comprendre la nature du conflit afin de pouvoir le régler efficacement. Le conflit est un processus observable qui compte plusieurs étapes. Il se décline en termes d'intérêt et d'identité, d’autorité et de 4

pouvoir, de concurrence ou de rivalité, de génération, d’opinion ou d’idéologie. Il peut être examiné à travers un outil d’analyse de conflit : l’arbre à conflit et les mécanismes de résolution de conflit. Le conflit peut être réglé par des mécanismes endogènes ou modernes. Le médiateur y joue un rôle important. C’est pourquoi il doit être une personne respectée et acceptée par les parties en conflit. Impartial, le médiateur adopte un langage mesuré, car il est responsable du processus de médiation. Celle-ci, comportant plusieurs étapes, débouche sur des accords réalistes à caractère confidentiel finalisés par le médiateur. La communication, elle, est aussi nécessaire dans la société humaine, surtout en matière d’animation des réunions et des discussions. Elle comporte des principes de base qui se déclinent en termes d’'orientation, de positionnement et de la recherche des rôles, de familiarité et de détachement. À cela s’ajoutent aussi les techniques d’animation centrées sur la parole et celles centrées sur l’action. Ce qui suppose la Communication Non Violente axée sur l’Écoute Active et le Feedback qui peut être appliqué à travers la méthode sandwich.


3. Méthodes et techniques d’utilisation du manuel Méthodes : - apprentissage coopératif ; - classe inversée ; - résolution des problèmes. Techniques centrées sur la parole : - l’exposé/cours ; - questions-réponses ; - causeries éducatives.

Techniques centrées sur l’action : - Quiz, vidéogrammes ; - brainstorming ; - jeu de rôles ; - démonstration ; - visite sur le terrain ; - étude de cas ; - historiettes à partir des extraits de proverbes, des contes, des livres sacrés (Bible et Coran).

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peuvent les amener à considérer que la société n’est pas juste, qu’elle est corrompue et finalement qu’elle est la source de tous leurs problèmes. Au fil du temps, elles commencent à se méfier et même à rejeter le reste de la société. L’adhésion à un groupe extrémiste. Dès l’instant où les per sonnes qui se radicalisent n’acceptent plus les idées partagées par les membres de leur société, elles se mettent à l’écart et cherchent ailleurs des groupes qui peuvent apporter des solutions à leurs difficultés. Elles peuvent ainsi devenir des membres des groupes terroristes. L’adoption de la violence. Quand on appartient à un groupe terroriste, on choisit la violence comme meilleur moyen de faire accepter aux autres notre façon de penser, de se comporter et d’agir ; bref notre volonté. On n’hésite pas à chercher dans les livres sacrés (Coran et Bible) les arguments pour montrer que la force est légitime contre ceux qui n’acceptent pas nos idées ou ne sont pas de notre religion.

Thème 1 : LA RADICALISATION Objectifs pédagogique : - définir et caractériser une personne radicale ; - identifier les facteurs d’incitation et d’attraction ; - identifier les leaders d’incitation ; - analyser leurs modes d’opération. - dire comment on peut agir contre la radicalisation ;

Introduction Avec l’insécurité qui sévit dans une partie de la Région de l’Extrême-Nord, on s’habitue, à travers les médias ou les discussions de chaque jour, à de nouveaux termes qui décrivent des situations variables. L’un de ces termes est « radicalisation ». Il importe de se familiariser avec ce vocabulaire de manière à mieux cerner comment s’opère cette transformation qui pousse les individus vers un état d’esprit tel qu’ils rejettent les valeurs de leur société et adoptent des positions tranchées. Ils ne s’ouvrent pas au dialogue parce qu’ils pensent détenir la vérité. 1.1. Définition On parle de radicalisation quand un individu (ou un groupe) se coupe de la société, n’est plus d’accord avec la façon dont elle fonctionne et utilise la violence physique pour exprimer sa pensée, pour imposer sa religion ou sa façon de vivre. La radicalisation est un processus qui se fait par étapes. 1.2. Trois caractéristiques de la radicalisation La radicalisation se fait de manière progressive. On obser ve chez les individus qui se radicalisent un changement de comportement qui se fait progressivement. C’est sous l’influence de ce qu’elles voient, entendent et considèrent comme injuste ou non conforme à leurs croyances que certaines personnes changent d’attitude. Certaines paroles ou actions

1.2.1. Qui peut se radicaliser ? Tout le monde peut se radicaliser, c’est-àdire les adultes, les jeunes, les femmes ou les hommes. Mais, en général, ce sont les jeunes qui se retrouvent dans cette situation pour plusieurs raisons. Beaucoup ont vite quitté l’école, d’autres éprouvent d’énormes difficultés à subvenir à leurs besoins, d’autres encore rejettent la responsabilité de leur échec social sur les élites ou leurs parents. Mais il peut aussi arriver que des jeunes qui sont à l’abri du besoin se radicalisent parce qu’ils ont été séduits par les discours des groupes extrémistes ou pour une autre raison personnelle (une injustice, un désir de vengeance, la fascination pour la violence, etc.) 6


1.2.2. Quelques signes de la radicalisation Il n’existe pas un signe particulier qui indique de manière indiscutable qu’une personne est en train de se radicaliser. Par contre, il y a des propos, des changements de comportements, des réactions qui peuvent amener à penser qu’on assiste à une radicalisation chez un individu. On peut citer : Rupture avec l’école : l’élève n’est plus d’accord avec ce qu’on lui dit à l’école et trouve même que l’école n’est pas une bonne chose. Il est très souvent absent et finit par abandonner les études. Rupture avec la famille et la société : la personne ne dialogue plus beaucoup avec les membres de sa famille et peut même fuir la maison. Il critique toujours sa société, ne reconnait pas l’autorité des parents, enseignants ou ainés, mais préfère vivre seul. N’étant d’accord avec personne, il a des problèmes avec tout le monde au sujet de la façon de s’habiller, de ce qu’il faut ou ne faut pas manger, de la meilleure langue à parler ainsi que de la meilleure façon de gagner et d’utiliser son argent, etc.

Dès lors, le principe de laïcité dans les services publics est incompatible avec les croyances locales et peut ternir l’image de l’Etat. Conversion à une nouvelle religion, adoption d’une nouvelle idéologie : la r adicalisation peut se manifester par la conversion soudaine à une nouvelle religion ou une nouvelle façon de voir le monde. Le discours change et s’intéresse beaucoup aux sujets comme « la fin du monde », la division du monde entre « le peuple de Dieu » et les mécréants, etc. Exemple : le thème de l’accès au paradis par le jihad revient toujours dans les discours de propagande des chefs des groupes extrémistes 1.2.3. Que faire ? Les signes, plus ou moins visibles, décrits ci-haut touchent toutes les catégories sociales (jeunes, adolescents, adultes, etc.), parfois en situation d’isolement, d’échec scolaire et/ou faisant face à d’autres difficultés sociales. Que faire lorsque ces signes sont observés ? Ne pas rester seul, mais partager cette information avec les autres Donner l’alerte et éviter ainsi la rupture radicale (avec l’école, la famille, la société) et l’exposition à des opérations de recrutement et/ou de passage à des actes violents.

Exemple : A Bornori, des jeunes qui suivaient les prédications de certains imams venus de l’étranger ont commencé à modifier leur comportement. D’abord, ils ont changé leur façon de s’habiller. Ensuite, ils reprochaient aux autres des pratiques qu’ils jugeaient contraires à l’islam. Enfin, un matin, ils ont disparu et ont rejoint Boko Haram. Rejet de l’Etat : tout ce qui r epr ésente l’Etat est contesté, la démocratie est dénoncée comme un système corrompu, immoral et imposé par les Occidentaux (Blancs)

1.3. Les facteurs de la radicalisation Il faut distinguer ici deux types : les facteurs d’incitation et les facteurs déclencheurs. Ces deux facteurs ne s’opposent pas, mais sont intimement liés et se complètent.

Exemple : dans nos centres de santé, il arrive que ce soit des hommes qui jouent le rôle de sages-femmes. Ce qui heurte certains époux qui ne supportent pas que d’autres hommes voient la nudité de leurs femmes.

1.3.1. Les facteurs d’incitation Les facteurs d’incitation concernent les défaillances qui s’observent au niveau de notre société ou de l’Etat et qui poussent à 7


Exemple : Certains ex-combattants disent avoir rejoint Boko Haram parce que lors d’une opération de l’armée camerounaise, un membre de leur famille a été brutalement tué alors qu’il n’avait aucun lien avec ce groupe.

accepter les idées des groupes extrémistes. Ce sont donc des causes qui se trouvent dans notre environnement et se rapportent au système. Ces causes sont politiques, culturelles ou économiques et nous poussent à adopter la violence comme moyen de changer la société. Des ex-combattants avouent qu’ils voulaient améliorer leurs conditions de vie parce que les personnes associées à Boko Haram avaient beaucoup d’argent. Ils voulaient aussi sortir de la misère. Exemple : Voici les propos de Oumaté Brahim, un ex-associé de Boko Haram : « Des amis nous ont dit qu’on recrutait dans Boko Haram et que la vie était bien là-bas. J’étais curieux et surtout je voulais découvrir les armes et comment manipuler les fusils. On m’a appris à tirer et certaines techniques de combat. On nous a enseigné le coran et on nous a dit que si on meurt au combat, on irait au paradis », extrait de Fadjiri, n° 5, p. 19. Ainsi, la pauvreté, la curiosité, l’absence des infrastructures de base (routes, points d’eau, hôpitaux, marchés, etc.) ou encore la non prise en compte des croyances religieuses dans certains bureaux administratifs peuvent pousser les membres d’une communauté à penser qu’ils sont abandonnés et marginalisés. Ils seront alors réceptifs aux discours de haine contre l’Etat. 1.3.2. Les facteurs déclencheurs Les facteurs déclencheurs sont en général des propos ou des actes qui poussent à prendre la décision de rejoindre un groupe extrémiste. Ces facteurs sont beaucoup plus d’ordre personnel et touchent les aspects émotionnel et psychologique des individus. Dans une société dont les membres vivent déjà avec le sentiment de marginalisation, il existe des événements traumatisants ou des discours de propagande qui peuvent déclencher l’envie d’adhérer aux idées extrémistes.

D’autres encore reconnaissent qu’ils ont rejoint Boko Haram parce que ce groupe avait un discours séduisant qui correspondait à leurs attentes. Ces exemples montrent que les ex-combattants ont basculé dans la violence à cause des exactions de l’armée. D’autres étaient contents d’appartenir enfin à un groupe qui prétendait résoudre leurs problèmes et leur a accordé une reconnaissance, contrairement à leur situation initiale de marginalisés. Dans un cas comme dans l’autre, on voit comment un événement dramatique et un besoin d’appartenance à quelque chose d’exaltant ont déterminé la décision de s’engager sur la voie de la violence. 1.3.3. Les facteurs d’attraction et les facteurs déclencheurs Dans la Région de l’Extrême-Nord, on peut relever plusieurs facteurs de radicalisation. Facteurs socioculturels : non-respect des équilibres sociologiques locaux et discrimination des castes dites inférieures, exclusion et stigmatisation de certaines couches de la population, faible accès aux services sociaux de base (énergie, eau, éducation, santé, communication, inexistence des centres de formation et d’encadrement dans les zones périphériques, vengeance contre une famille ou une communauté, exactions des forces de défense et de sécurité, etc. Facteurs institutionnels : mauvaise gouvernance et violations des droits de l’homme et de l’état de droit (corruption, impunité, tracasseries des agents publics, marginalisation et discrimination), pratiques discriminatoires (mauvaise répartition des ressources, des projets de développement, faible accès aux informations gouvernementales utiles et sur les services), faible accès à la justice (lenteur dans les procédures et corruption) Facteurs socioéconomiques : r echer che du gain rapide, absence de perspectives professionnelles des femmes et des jeunes, conflits autour des ressources naturelles, enclavement des zones de production et des marchés, faible incitation à l’investissement privé Facteurs idéologiques : propagande religieuse, messages attractifs (récits narratifs sur les insuffisances perçues et incompatibilités des actions de l’Etat avec les pratiques culturelles)

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Conclusion La radicalisation est un changement de comportement qui conduit une personne à adopter la violence afin d’imposer ses idées, sa religion ou sa volonté. En général, ce processus commence par un moment de fragilité psychologique qui amène la personne à se couper de sa société. Dans nos communautés où sévissent l’injustice, la corruption, la pauvreté, les conflits fonciers et bien d’autres, elle se sent marginalisée et éprouve un besoin d’appartenance et de reconnaissance, c’est-à-dire qu’elle veut appartenir à un groupe qui le valorise et lui donne le sentiment de ne pas être inutile. Ce moment de fragilité peut arriver à tout le monde, surtout aux jeunes qui éprouvent beaucoup de problèmes économiques et sociaux. Face à cette situation, il faut les soutenir et alerter les services compétents afin d’éviter qu’ils basculent dans la violence.

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Thème 2 : LA VIOLENCE Introduction Objectifs pédagogiques : - définir la violence ; - identifier les types de violence ; - dire comment on peut se mobiliser contre la violence. Introduction La violence est un sujet à la fois ordinaire et grave. Elle est un sujet ordinaire par sa banalité, c’est-à-dire que nous la vivons au quotidien. Il ne se passe pas de jour sans que la radio, la télé ne rapportent des actes de violence : un attentat a été commis près de nous (Limani, Nguétchéwé, Achigachia, etc) ou dans des pays éloignés (Paris, Londres, New York, Jalalabad, etc). Dans notre environnement même, nous voyons chaque jour ces actes d’hostilité : bagarres des enfants, bastonnade des épouses, etc. Finalement, à force d’entendre parler et de vivre cette violence au quotidien, on peut finir par s’y habituer et penser qu’elle est une fatalité, c’est-à-dire qu’elle fait partie des « choses de la vie », et qu’on n’y peut rien. C’est en cela que c’est un sujet grave parce qu’elle s’est installée dans notre quotidien au point où, si nous ne sommes pas vigilants, elle peut s’imposer à nous comme mode de vie ou moyen d’atteindre nos objectifs. Nous ne sommes pas toujours très conscients du fait que c’est aussi notre société, nos mentalités et nos pratiques qui sont à la base de cette violence. Il s’agit donc d’amener chacun à définir et à identifier les différentes formes de violence et à dire comment il faut se mobiliser contre elle.

2.1. Qu’est-ce que la violence ? Au quotidien, nous faisons face à des actes de violence et nous avons tendance à la réduire à l’usage de la force contre un individu. Pourtant, elle s’exerce de plusieurs manières et touche une cible plus large. Généralement, les ainés sont considérés comme auteurs de violence en direction des plus jeunes. On néglige la manière dont d’autres agissements que la force perturbent, blessent ou fragilisent les membres d’une communauté. C’est pourquoi il faut avoir une perception plus large de la violence pour mieux dégager les responsabilités des uns et des autres et ainsi comprendre que c’est une affaire de tous. Il y a violence lorsque notre volonté, nos actes, notre comportement ou nos croyances et pensées sont modifiés sous la contrainte par une force extérieure. Elle revêt donc plusieurs formes. 2.2. Les types de violence D’après Galtung, on peut regrouper en trois catégories les types de violence : La violence directe : c’est la for me de violence qui se r appor te à nos compor tements et qui se manifeste au quotidien par le recours à la force (violence physique) contre des personnes ou des communautés. Dans la vie courante, on assiste à des scènes où les enfants sont bastonnés par leurs parents ou camarades, des communautés sont exterminées après des conflits, des personnes sont agressées dans les quartiers, torturées ou assassinées dans des prisons. Ces formes d’agression renvoient à des événements que nous pouvons raconter en précisant les lieux et les date de leur déroulement. Exemple : Une attaque de Boko Haram à Nguétchéwé a donné lieu à l’enlèvement d’un prêtre. 10


Vis-à-vis de ces femmes et de ces jeunes, s’exerce une violence structurelle parce que leur environnement ne leur donne pas les moyens de réaliser quelque chose et de se sentir utiles. Leurs efforts pour se prendre en charge sont presque annulés par le peu de perspective que leur offre leur société.

Contrairement à ces actes de violence dont nous sommes parfois témoins et que nous pouvons relater, d’autres formes de violence sont moins connues. La violence structurelle : cette for me de violence se distingue par le fait qu’elle n’est pas causée par un individu qu’on peut identifier, mais elle touche à l’organisation de la vie en communauté. On parle de la violence structurelle quand notre vie en communauté ne permet pas à tout le monde de bénéficier des mêmes avantages de telle sorte que chacun puisse se sentir libre, capable de se nourrir, de se protéger et se sentir à l’aise dans la communauté. La vie de groupe suppose que chaque membre parvient à satisfaire ses besoins élémentaires et en retour, ce membre doit s’engager à préserver la communauté des menaces qui peuvent arriver. Ainsi, en sachant que les individus sont plus fragiles que la communauté, il revient à cette dernière d’offrir le minimum à leur épanouissement. Il est donc important que la communauté veille à ce que chaque membre ait les ressources nécessaires à sa survie, soit intégré et reconnu comme faisant partie de la communauté et dispose de suffisamment de droits pour ne pas se sentir brimé. Quand ces conditions ne sont pas remplies, on assiste alors à une violence exercée par la communauté sur l’un de ses membres. Cette violence ne lui cause pas des blessures physiques, mais lui enlève la possibilité de s’exprimer et de participer au mieux de ses compétences à la vie communautaire. Dans nos sociétés, il n’est pas rare d’assister à des pratiques qui empêchent l’épanouissement des individus. Exemple : Très peu de femmes ont accès à la terre. Elles n’ont donc pas la possibilité de se prendre en charge. De nombreux jeunes sont au chômage. Non seulement, ils ne peuvent pas réaliser leurs rêves, mais au quotidien, ils assistent à des injustices qui les frustrent et nourrissent chez eux un sentiment de marginalisation. 11

Il existe une autre forme de violence qui se rapproche de la violence structurelle La violence culturelle : si la violence structurelle se rapporte à notre organisation en société, la violence culturelle concerne la manière dont notre façon de penser et de parler, nos coutumes, notre religion, etc. peuvent être source, voire justifier la violence. En effet, chaque société a tendance à se valoriser au détriment de ses voisins. Exemple : Si on s’intéresse à l’histoire des différentes communautés, on peut se rendre compte qu’il y a très souvent un ancêtre fondateur de la tribu qui est décrit comme un héros violent. Ainsi, on a souvent des récits qui rapportent que tel groupe ethnique s’est implanté dans tel lieu parce qu’il était plus fort que les autochtones qui ont été militairement vaincus. C’est le cas à Maroua où la présence peule est présentée comme le résultat de la défaite des Guiziga et des Mofu. Au lieu de mettre en avant la contribution de chaque groupe ethnique dans la construction de cette ville, on assiste plutôt à un discours qui légitime, c’est-à-dire considère comme acceptables des pratiques qui sont violentes. Dans nos sociétés, en matière d’éducation, les femmes elles-mêmes reprochent aux enfants nonchalants d’être comme des femmes ! Ainsi, nous considérons que la faiblesse et la nonchalance sont des traits de caractère propres aux femmes. Par contre, les garçons sont généralement décrits comme


forts et braves. De cette manière, la différence de sexe produit deux discours qui tendent à faire croire qu’il y a un sexe faible et un sexe fort. Ainsi, le garçon grandit avec la conviction qu’il est le plus fort et peut être tenté d’user de cette force contre la fille qu’il juge faible. Dès cet instant, notre propre éducation enracine dans notre mentalité l’idée, non pas que nous sommes égaux, mais qu’en fonction de notre sexe, nous sommes forts ou faibles. On peut aller plus loin pour montrer comment la religion, qui diffuse pourtant des messages d’amour et de paix, peut être utilisée abusivement pour justifier la violence contre un individu ou un groupe. Par le passé, dans nos sociétés de la Région de l’ExtrêmeNord, on a transformé en esclaves des personnes qui étaient considérées comme infidèles et païennes. Le terme « kirdi » témoigne de cette pratique à laquelle on a mis un terme aujourd’hui. Toutefois, il existe encore des séquelles qui subsistent et qui indiquent que l’appartenance à telle ou telle autre religion expose ou pas aux moqueries de son entourage. Il faut comprendre que la religion ne pousse pas à la haine entre personnes ou groupes de différentes confessions religieuses, mais une mauvaise interprétation des textes sacrés peut conduire à des drames. De nombreux jeunes ont rejoint les groupes extrémistes parce qu’on leur a fait croire qu’il y avait une meilleure façon de pratiquer l’islam. Ils ont acquis la certitude que c’est en réorganisant la société conformément à cet islam-là que les problèmes que connait la société seront résolus.

(violence culturelle). C’est un comportement parce que notre réaction face aux situations de la vie alimente ou fait reculer la violence. Selon que nous préférons résoudre nos problèmes par le dialogue ou la force, nous sommes acteurs de paix ou de violence. En tant qu’acteur de violence, nous choisissons de résoudre nos problèmes en ayant recours à la force physique. La violence est structurelle quand notre modèle social ne permet pas que chacun ait accès au pouvoir et aux ressources économiques nécessaires à son épanouissement. En ce moment, il ne s’agit pas d’un individu, mais l’ensemble de la société qui exerce une violence sur ses membres. La manière dont la société a été pensée génère un système de violence. Enfin, c’est une perception parce que nos représentations et les valeurs qui organisent notre société portent parfois les germes de l’affrontement et de l’hostilité.

Comme on peut le constater sur la base de ce qui a été dit plus haut, la violence est à la fois uncomportement (violence directe), un processus lié à notre organisation sociale (violence structurelle) et uneperception 12


2.3. Se mobiliser contre la violence : renforcer les « connecteurs » au détriment des « diviseurs ». Un conflit n’éclate pas dans le vide. Ce sont des personnes qui agissent. Ce qui présuppose que dans tout contexte, il y a des éléments qui ont intérêt à jeter de l’huile sur le feu. Mais de même il y a aussi des éléments qui sont pour une harmonie, une cohésion, une paix sociale. Ces éléments peuvent être des personnes ou des situations ou aussi des biens, des infrastructures. Ces éléments sont appelés suivant leurs rôles : diviseurs ou connecteurs. Dans chaque conflit, il y a des acteurs directs et indirects. C’est-à-dire que chaque personne ou groupe qui est touché de près ou de loin par le conflit visible ou invisible, violent ou pas, joue un rôle. Et chacun se comporte en diviseur ou en connecteur. Il y a très peu de personnes (ou groupes) qui sont neutres lorsqu’un conflit éclate. Mais ce ne sont pas seulement les personnages qui divisent ou connectent, mais aussi les situations, les faits. Il est donc important aussi d’identifier les situations qui poussent les personnes et les groupes à jeter de l’huile sur un feu ou plutôt à éteindre ce feu. Autrement dit : Qu’est-ce qui divise ou connecte les individus / groupes ? Il est important de bien voir qui se comporte comme diviseurs ou comme connecteur. Il est tout aussi important de voir si notre propre travail réunit les individus et les groupes ou alors les divise.

2.3.1. Les acteurs et les situations qui peuvent être des diviseurs Nous avons vu que ce sont les situations qui amènent les individus ou les groupes à être diviseurs. Ce sont les acteurs dans une communauté qui veulent que le conflit reste et même continue, car ils y voient leur intérêt. Cet intérêt peut être matériel (argent, biens, terre, denrées pour nourrir la famille etc.…) d’influence et de pouvoir (statut dans la communauté, pouvoir de décision, pouvoir sur d’autres personnes ou d’autres groupes etc. …) Dans toute communauté il existe ces diviseurs. Le plus important est d’identifier ces diviseurs, de savoir qui ils sont, dans quels domaines ils agissent et quels sont leurs intérêts particuliers. Mais il y a des situations qui peuvent diviser une communauté. Exemple : si un groupe particulier n’a pas accès aux soins de santé dans un dispensaire, c’est un fait qui exclut ce groupe. La communauté est divisée.

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2.3.2. Les acteurs et les situations qui peuvent être des connecteurs Heureusement que dans toute communauté, il y a aussi des gens et des groupes qui jouent un rôle de pacification du conflit. Ils sont apaisants, essaient de trouver une solution, calment les autres. Ils le font soit parce que c’est leur rôle (par exemple le chef du village, le prêtre ou l’imam) ou parce qu’ils ont plus intérêt à une vie en paix, comme c’est quelques fois le cas pour les mères de famille. Mais il y a aussi des institutions ou groupes informels comme par exemple les systèmes de justice, les forces de police, les groupes d’aînés, les maîtres d’école ou le clergé et d’autres personnalités respectées et en lesquelles la population a confiance qui peuvent jouer ce rôle de connecteur. Mais attention, ceux que nous pensons à première vue être connecteurs ou diviseurs peuvent être le contraire. Exemple : les femmes peuvent être à la fois des diviseurs ou des connecteurs selon les contextes. Nous pensons que parce qu’ils donnent et préservent la vie, elles sont automatiquement connecteurs. Non ! Une femme peut par exemple vouloir venger son enfant mort dans un conflit et vouloir tuer les enfants des autres. Alors elle est un élément diviseur. Donc nous devons toujours analyser le rôle des personnes ou groupes, leurs intérêts et leurs agissements avant de juger trop vite. Les bonnes questions à se poser sont : Qui agit comment, pourquoi, dans quelles circonstances et suivant quelle motivation ? Jetons un regard plus concret sur ce qui peut être en faveur de la cohésion ou de la division dans une communauté. Tout d’abord, n’oublions pas que ce qui divise dans une situation donnée, peut être facteur de cohésion dans une autre. Exemple : un puits d’eau dans un village peut diviser la communauté si un groupe s’accapare de l’utilisation aux dépens d’un autre groupe. Mais si le village est ensemble, est structuré et si chacun a accès au puits, ceci peut amener la cohésion.

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2.3.3. Pistes de transformation de diviseurs en connecteurs Pour renforcer la paix et la cohésion sociale, il faut affaiblir les diviseurs et tout ce qui porte à la division ; renforcer et soutenir les connecteurs et tout ce qui amène un plus de cohésion sociale. Comment transformer les diviseurs en connecteurs ? Maintenant que nous avons vu les effets connecteurs et diviseurs dans les communautés, étudions la façon de transformer les diviseurs en connecteurs. Les chercheurs qui se sont penchés sur les conflits ont trouvé beaucoup de causes et de facteurs qui peuvent engendrer un conflit. Il existe une approche qui pourrait nous aider à mieux comprendre ce qui pousse les individus et les groupes à se comporter en diviseurs ou en connecteurs : c’est l’approche des besoins fondamentaux humains. Selon Abraham Maslow chaque être humain a une hiérarchie de besoins. Il les a présenté ainsi :

Les besoins physiologiques sont ceux qui nous permettent de vivre et de faire vivre notre famille. S’ils ne sont pas respectés, nous chercherons à les satisfaire. Et si pour cela, nous devons mettre nos intérêts au-dessus de ceux des autres, nous le ferons, car il s’agit de notre vie et de la vie de ceux qui nous sont proches. Nous devenons ainsi des diviseurs et sommes susceptibles de créer ou d’envenimer des conflits violents.


La stratégie de transformation consisterait alors à identifier quels besoins fondamentaux ne sont pas respectés et portent les diviseurs à se comporter ainsi. De même, si nous prenons la 3ème catégorie, le besoin d’appartenance est un besoin humain universel. Etre exclu d’un groupe, d’une communauté, d’une nation est vécu comme une violence. Cela peut mener à une autre violence. Insistons, si l’exclusion domine, nous attisons les conflits et renforçons les effets de division. Mais si au contraire, nous créons un sentiment d’appartenance pour tous, nous avons la possibilité d’agir en connecteurs. Une action dans ce sens peut transformer des diviseurs en connecteurs. Il y a mille et une façons de transformer des diviseurs en connecteurs, c’est-à-dire que chaque situation doit être analysée en ellemême, dans son propre contexte. Il faut voir qu’est-ce qui divise, quels sont les besoins légitimes des individus qui ne sont pas respectés, qu’est-ce qui manque, qu’est-ce qui fait mal. Dans nos villages, il y a des problèmes qui reviennent toujours et qui ne permettent pas que l’harmonie règne. Ces problèmes sont multiples, mais on peut citer : La compétition pour l’accès aux ressources : l’accès à la ter r e est difficile alor s que l’agriculture reste la principale activité des populations. D’un côté, certaines familles disposent de vastes espaces cultivables tandis que d’autres se contentent de superficies réduites. A ce problème s’ajoute les conflits entre éleveurs et agriculteurs. Les premiers ne trouvent toujours pas des pâturages pour leurs animaux et détruisent les champs des agriculteurs. L’accès à une eau de bonne qualité, quand on sait que les pluies sont parfois insuffisantes, est aussi un problème pour de nombreuses communautés. Nos activités économiques nous mettent ainsi en compétition et il en résulte des violences.

La stigmatisation et le rejet de certains groupes sociaux et ethniques : depuis les attaques terroristes des années 2010, on assiste à des stigmatisations de certains groupes ethniques accusés d’être à l’origine de l’insécurité. L’harmonie dans les villages est remise en cause du fait des suspicions. Les personnes qui avaient été prises en otage et qui sont de retour ne bénéficient pas encore de la confiance des populations. Exemple : de nombreuses femmes retournées dans la ville de Kolofata (Mayo-Sava) ont perdu leurs époux et leurs biens et éprouvent des difficultés à nourrir leurs enfants. Mais aux yeux de la communauté, elles sont des complices des groupes extrémistes. Les conséquences négatives de certaines croyances et pratiques sociales : il n’est pas rare de voir des personnes s’affronter pour des problèmes de sorcellerie ou parce qu’elles n’appartiennent pas à la même religion. Parfois, des cousins s’affrontent parce que l’un est musulman et l’autre chrétien. Pourtant, ils sont de la même famille, mais l’un pense être supérieur à l’autre. La politique aussi est source de violence dans nos villages. Il nous arrive de transformer nos querelles familiales en rivalités politiques. Des personnes n’appartenant pas à un même parti politique se considèrent comme ennemies alors que la politique ne signifie pas violence physique. Nous faisons la politique en oubliant que dans ce domaine, c’est le débat qui éclaire l’action. Or, dans beaucoup de sociétés, on croit toujours que trop parler est le propre des femmes ! Ceux qui détiennent le pouvoir en abusent, créant ainsi des frustrations chez ceux qui se sentent abandonnés. Une fois que nous avons identifié ce qui peut nous diviser, dans la mesure de nos moyens, il nous faut voir comment transformer une situation qui divise en situation qui connecte. Pour cela, il faut insister sur le 15


fait qu’il y a toujours un minimum qui nous unit. Aucun homme n’accepte de vivre seul, isolé. Chaque communauté possède quelque chose, un bien commun qui explique pourquoi elle se constitue. C’est ce bien commun qui fait que les différents membres de la communauté créent du « lien social », c’est-à-dire qu’ils se sentent concernés par la vie de groupe et s’engagent à protéger la communauté malgré les tensions qui peuvent surgir. En général, les communautés se forment sur la base de leurs liens de famille, parce qu’elles ont les mêmes activités, pour mieux subvenir à leurs besoins essentiels, etc. Chaque communauté définit et préserve ce bien commun, mais toutes les communautés ont à cœur d’assurer leur sécurité. Pour survivre, chaque communauté doit se souvenir de ce qu’il a de plus précieux et le préserver. Ce qui est précieux peut être un bien matériel ou immatériel : La recherche de la sécurité et de la paix. Chacun doit comprendre que sa sécurité dépend de la sécurité du groupe. Si la société s’organise à partir des principes de justice, de solidarité, de travail, de dialogue et de paix, les efforts de chacun seront récompensés, les plus fragiles seront secourus et les tensions connaitront une résolution pacifique. Préserver la paix, c’est aussi dénoncer les injustices et alerter les autorités lorsqu’une menace se présente. L’entretien des infrastructures. Dans les villages, il y a des points d’eau, des routes, des centres de santé, des écoles qui existent pour le bien de tous et de chacun. Il est important que les populations s’organisent en communauté pour veiller à ce que ces infrastructures ne se détériorent pas. Cette préoccupation doit être partagée par tous et non être l’affaire de quelques-uns parce que tout le monde en a besoin.

La gestion concertée des ressources. Les maigres ressources en eau, terre, pâturage, etc. peuvent faire naitre des conflits.Il faut mettre sur pied des associations qui permettent de partager les techniques de production ou d’exploitation, de discuter et de résoudre les problèmes entre différents acteurs (agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, etc).

Conclusion

La violence va au-delà de la bastonnade des enfants ou des bagarres entre personnes qui se disputent un bien. D’autres formes de violence existent et nous en sommes victimes sans en être conscients. Parfois même, sans recourir à la force, nous sommes acteurs de la violence au quotidien. Il est donc important de noter que dans la société, chacun doit prendre conscience de son rôle en tant que victime, mais aussi acteur de la violence. L’une des meilleures manières de lutter efficacement contre la violence, c’est d’agir ensemble à travers des initiatives communautaires comme des comités de paix qui suscitent le dialogue et les discussions sur les problèmes communs. C’est en assurant une communication permanente qu’on lève les malentendus et qu’on trouve ensemble des moyens pour faire face à ce qui nous divise.

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Thème 3 : LA PAIX Objectifs pédagogiques : - Identifier les conditions requises pour être en paix ; - identifier les formes de menace à la paix, notamment les facteurs d’ordre religieux ; - dire en quoi le dialogue interreligieux favorise la paix. Introduction Toutes les sociétés recherchent la paix parce qu’on a coutume de dire que sans elle, rien de durable n’est possible. Dans une société en proie à la violence et au désordre, on ne peut pas envisager un projet de développement. Ainsi qu’on peut le constater, de nombreux projets de construction de routes et d’autres infrastructures ont été suspendus dans la Région de l’Extrême-Nord. Beaucoup de structures sanitaires et éducatives existantes ont été détruites. Dans les villages, les familles ont assisté impuissantes au ralentissement, voire à l’arrêt des activités économiques. Ces exemples permettent de mesurer l’importance de la paix. Mais qu’est-ce que la paix ? Après avoir répondu à cette question, ce module précisera les caractéristiques de la paix. Il est aussi important de parler des menaces à la paix (extrémisme violent) et des moyens pour la préserver (dialogue interreligieux). 3.1. Avoir la paix Dans les sociétés africaines, on a en général recours à des expressions, des images pour désigner la paix. Ces expressions et images évoquent la tranquillité d’esprit, l’absence de trouble, l’harmonie avec soi-même et son environnement, etc. Il est vrai que la paix dépend de nous, mais elle est aussi le résultat de notre capacité à être en harmonie avec nos semblables et tout ce qui nous entoure (la nature, Dieu, etc.). C’est en cela qu’elle renferme un caractère spirituel et se rapporte à la sérénité de l’âme.

La paix est un don de Dieu. Il est vrai que l’homme doit contribuer à sa propre paix, mais sans la bénédiction divine, il est difficile de parvenir à une paix durable et véritable. Tout ne dépend pas de l’homme et comme on a l’habitude de le dire : « l’homme propose, Dieu dispose ». A travers nos prières, nous reconnaissons cela et nous demandons à Dieu de préserver la paix en apaisant nos cœurs afin de donner et d’obtenir le pardon. Exemple : Paul vit en en harmonie avec ses voisins et collègues. Il a remboursé toutes ses dettes et n’a jamais été trainé en justice. Un jour, une tornade a détruit seulement sa maison dans le quartier. Il s’est alors demandé si ce malheur n’était pas arrivé parce qu’il n’observait pas les jours de prière communautaire. On voit ici que tout ne dépend pas de Paul. Son comportement vis-à-vis des voisins est exemplaire, mais son esprit est tout de même tourmenté par le malheur qui n’est arrivé qu’à lui seul. S’il est vrai que Paul est en paix avec ses voisins et collègues, il n’en est pas de même avec sa conscience et Dieu. La paix est un sentiment et une aspiration. C’est un sentiment parce que nous pouvons ressentir avec notre corps les situations de trouble. Exemple : l’annonce du décès d’un proche entraine des modifications de notre comportement qui indiquent que nous ne sommes pas tranquilles.

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C’est une aspiration parce que la paix n’est pas permanente. On ne peut pas être serein tous les jours à cause des difficultés qui surviennent dans la vie. Il y a des injustices ou des rivalités qui créent des conflits. Dès lors, on assiste à une remise en cause de la paix. En raison de sa fragilité, la paix est quelque chose que nous devons rechercher et défendre chaque jour à travers diverses actions. Au niveau des familles et de la société, il faut mettre l’accent sur les principes de justice, de pardon et de tolérance. Quant aux Etats, ils doivent former les forces de l’ordre en leur inculquant l’idée de respect des droits humains de sorte qu’elles se mettent au service de la paix. La paix est le contraire de la guerre parce qu’elle cherche l’entente, la cohésion et l’harmonie entre les membres d’une communauté. La guerre par contre suppose qu’on use de la force pour s’accaparer, imposer et affaiblir son adversaire. Parce qu’elle suscite le désir de vengeance, la guerre plonge dans un cycle de la violence qui déstabilise la société. Mais il est important de rappeler que dans certaines circonstances, on est obligé de recourir à la force pour que la paix revienne.

3.2. L’extrémisme violent Comprendre l’extrémisme violent L’une des menaces les plus dangereuses à la paix dans la Région de l’Extrême -Nord depuis le début des années 2010 concerne l’extrémisme violent. Elle se manifeste par des attaques, des attentats-suicides, etc. Il s’agit donc d’une forme brutale de violence perpétrée par des personnes convaincues que seule leur manière de voir les choses est la meilleure et qu’il faut l’imposer aux autres par la force. L’expression « extrémisme violent » s’est popularisée durant les deux dernières décennies et est souvent utilisée pour désigner la radicalisation parce que dans les deux cas, l’usage de la violence est considéré comme légitime. Toutefois, il faut préciser que tout extrémisme n’est pas violent, ou même condamnable. Exemple : la société ne condamne pas les individus qui sont catégoriquement opposés à la pratique des travaux forcés. Ce qui est condamnable finalement, c’est l’attitude et l’action de ceux qui utilisent la violence à des fins politique, idéologique ou religieuse. Non seulement leurs actions ne sont pas conformes à la loi, mais ils se servent des problèmes de la société pour élaborer un discours de haine contre cette même société. Au lieu de proposer des solutions par le débat, ils prétendent avoir le monopole de la vérité parce qu’ils pensent que celle-ci leur est révélée. On voit donc que la religion est prise en otage pour abuser de la crédulité de certaines personnes qui n’ont qu’une connaissance sommaire des textes sacrés. A partir du moment où le discours des groupes extrémistes nous séduit, nous décidons de les suivre. Dès lors, nous adoptons leurs méthodes d’action, c’est-à-dire que

Exemple : quand deux Etats sont en guerre et que les tentatives de réconciliation par le dialogue ont échoué, l’ONU peut imposer la paix en envoyant ses troupes. Toutefois, il faut retenir que l’usage de la force pour obtenir la paix se fait sous certaines conditions, c’est-à-dire quand les autres moyens de rétablissement de la paix se sont révélés inefficaces, parce que la violence, surtout l’extrémisme violent, n’est pas synonyme de paix.

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nous acceptons le terrorisme comme moyen pour changer la société. Le terrorisme consiste à utiliser la terreur sans tenir compte des victimes innocentes afin d’obliger des individus ou des Etats à adopter une idéologie, une religion, etc.

Mais avec la mise en place d’une coalition militaire sous-régionale, la contre-offensive s’organise et affaiblit l’organisation. A partir de juillet 2015, elle recourt aux attentats-suicides. Malgré la psychose, des retours dans les villages sont enregistrés progressivement. Dans des localités comme Mozogo et Kolofata, on assiste à des redditions. En 2018 est adoptée la Stratégie régionale de stabilisation, suivie de la création du CNDDR (Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration) avec un centre DDR à Mora. Aujourd’hui, malgré la persistance des incursions, les ONG encouragent et appuient aux côtés de l’Etat les initiatives de réhabilitation des infrastructures, de renforcement des capacités des acteurs communautaires, de réconciliation et de réinsertion des ex-associés. Certes, le niveau de violence a diminué, mais il faut rester vigilant et prendre conscience de la dangerosité de l’extrémisme violent et de la menace qu’elle fait peser sur la paix.

L’extrémisme violent dans la Région Au début des années 2000, c’est surtout à travers les médias que les populations de la Région de l’Extrême-Nord sont informées de la naissance de Boko Haram, un mouvement djihadiste fondé au Nigéria par Mohamed Yusuf. Quand Abubakar Shekau lui succède en 2010, ce groupe extrémiste devient plus violent. Les zones frontalières de la Région de l’Extrême-Nord sont touchées de plusieurs manières : des adeptes de Boko Haram fuyant la répression de l’armée nigériane s’y réfugient, des assassinats ciblés ont lieu dans des villes comme Kousséri ou Amchidé. La Région de l’Extrême-Nord n’est pas seulement une base arrière pour l’organisation terroriste, mais également une zone de ravitaillement et d’enrôlement massif. De nombreux villages assistent au départ massif de jeunes (environ 4000) attirés par l’appât du gain ou en quête de reconnaissance. L’enlèvement d’une famille française en février 2013 constitue un tournant en ce qu’elle alerte l’opinion internationale sur l’extension en territoire camerounais des actions de Boko Haram. En mars 2013 interviennent les premiers accrochages entre l’armée camerounaise et les djihadistes. L’escalade de la violence qui s’ensuit s’accompagne d’une situation humanitaire préoccupante à laquelle de nombreuses ONG nationales et internationales fait face. Entre 2013 et mi-2015, Boko Haram monte en puissance et multiplie les attaques en territoire camerounais.

Prendre conscience de sa dangerosité et des défis qu’elle pose à nos sociétés Il convient de rappeler que l’extrémisme violent est une grande menace à la paix dans le monde actuel. Nous avons vu plus haut que la paix ne signifie pas seulement absence de guerre. Elle est aussi harmonie du corps et de l’esprit. On doit avoir la paix dans la tête, le corps et l’esprit. Or l’extrémisme violent s’attaque à une dimension importante de la paix : celle de la tête et de l’esprit. Les groupes extrémistes inculquent à leurs adeptes que seule leur idéologie est capable d’organiser convenablement une société et de résoudre les problèmes. Ainsi, cette idéologie doit se répandre parce que c’est la volonté divine. Ainsi, l’extrémisme violent veut s’implanter en passant par l’un des piliers de la société, à savoir la religion. Or, tout comme les idées ou une

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idéologie, on ne combat pas la religion avec les armes. Malgré les persécutions, l’islam et la religion chrétienne se sont répandus en Orient puis à travers le monde. Toute idée dangereuse qui se diffuse par la voie religieuse doit être combattue sur le terrain religieux, notamment à travers le dialogue susceptible de conduire à une meilleure connaissance les uns des autres. Car on a tendance à ne pas se méfier (et donc à ne pas être hostile vis-àvis) de ce que l’on connait. C’est pourquoi pour préserver la paix, il faut encourager le dialogue interreligieux.

Les conditions pour réussir le dialogue interreligieux avoir une idée claire de sa propre religion ; être humble (reconnaître les erreurs d’hier et d’aujourd’hui) ; Reconnaître les valeurs de l’autre (il n’est pas nécessairement un ennemi) ; Partager les valeurs que nous avons en commun. Ce que le dialogue interreligieux n’est pas : Il ne s'agit pas de faire des concessions réciproques mais de chercher à avoir une forme de reconnaissance intellectuelle, de penser et de réagir comme son interlocuteur. Il ne lira donc pas le Coran dans l'esprit de la Bible ni la Bible dans l'esprit du Coran, il faut vivre et concevoir les choses chacun dans la peau de l'autre, lire le Coran dans l'esprit du Coran et la Bible dans l'esprit de la Bible et de là ils doivent renoncer aux tentatives de conversion par des moyens fâcheux abusifs et chercher à respecter rigoureusement la liberté des consciences.

3.3. Le dialogue interreligieux La diversité religieuse est une réalité au Cameroun. La question du traitement des conflits religieux est délicate dans la mesure où elle suppose de démêler les enjeux (géo) politiques, économiques, sociaux, ethniques, culturels… C’est la raison pour laquelle il est important de poursuivre le dialogue interreligieux afin de se familiariser avec différentes communautés religieuses et de favoriser la cohabitation de ces communautés. Ainsi, on peut parvenir à l’identification des points communs et des différences, à la suppression des préjugés et au respect mutuel. Cela n’implique pas qu’il y ait consensus sur tout et le débat est toujours ouvert.

Ce n’est pas une étude académique des religions. On ne fait pas un débat sur les religions, mais comment on peut être ensemble. Ce n’est pas une étude comparative des religions (christianisme et Islam). Ce n’est pas un débat pour voir qui a raison Ce n’est pas un espace de conversion à la foi N’encourage pas l’hypocrisie Ce n’est pas un endroit où on juge les manquements et les mérites des religions Ce n’est pas pour unir les croyances pour devenir une seule religion Ce n’est pas un forum pour examiner la qualité de la foi de l’autre Ce n’est pas pour oublier les différences, mais pour comprendre les différences.

3.3.1.Comprendre le dialogue interreligieux Le dialogue interreligieux est une forme organisée de dialogue entre des religions ou spiritualités différentes. C’est un « échange de paroles et écoute réciproque engageant sur un pied d'égalité des croyants de différentes convictions religieuses ».

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Changement structurel : Que les str uctures exclusives et violentes changent et deviennent plus justes et inclusives et qu’elles fassent la promotion de la participation de tous les acteurs sans distinction, etc…

Ce qui est à rejeter dans le dialogue interreligieux : Rejette le syncrétisme. Ça rejette tout essai de vouloir former une seule religion en essence et en pratique, vouloir mettre toutes les religions dans un seul panier. Rejette le prosélytisme. Ne pas persuader l’autre à changer sa religion. Ne pas exploiter les difficultés ou les manquements de l’autre, ne pas respecter sa dignité et lui demander de se convertir et de venir dans ta religion. Ne pas être indifférent dans une religion. Et dire qu’on est humaniste ou libéral. Rejette le relativisme théologique. Rejette toute théologie qui pense que toutes les religions sont les mêmes. Maintient le droit et le devoir de chaque chrétien de propager l’évangile et à tout musulman à appeler les autres à devenir musulman. Il faut promouvoir la liberté religieuse et tout ce que cela comporte.

Changement culturel : Qu’une cultur e de la paix et de la non-violence naissent et / ou soient entretenues dans les communautés, que les comportements pacifiques / nonviolents deviennent la norme dominante dans la société, etc… Ces conditions ou règles, de tout dialogue étant posées, il faut rappeler que le dialogue interreligieux ne peut être réussi qu'en fonction des applications et des pratiques et non en fonction des paroles et des discours. Conclusion La paix est un bien précieux et une affaire de tous. On ne saurait la réduire à une absence de conflit ouvert parce qu’elle revêt plusieurs dimensions. Elle implique l’harmonie avec soi-même et son environnement. Dans la plupart des sociétés, elle est considérée comme un don de Dieu qui doit être préservé. En effet, de nombreuses menaces remettent en cause la paix. Dans la Région de l’extrême-Nord, l’une de ces menaces concerne l’extrémisme violent qui se sert de la religion pour diffuser des idées d’intolérance, de haine et de violence. C’est la raison pour laquelle le dialogue interreligieux qui s’organise dans des associations comme l’ACADIR peut rapprocher les communautés religieuses et ainsi préserver la paix.

3.3.2.Recommandations Quatre dimensions de transformation pour une coexistence pacifique entre les chrétiens et musulmans Changement personnel : Que les acteur s changent leurs attitudes, leurs comportements et qu’ils désistent à l'utilisation de la violence en acceptant la concertation comme voie de recherche de solution dans tout conflit, etc… L'honnêteté et la sincérité du dialogue exigent un certain engagement de la part des partenaires Changement relationnel : Que les acteur s développent de la confiance entre eux, qu’ils améliorent leur communication / coopération et dépassent les préjugés, etc…

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Thème 4 : LE CONFLIT Objectifs pédagogiques : - identifier les types de conflits locaux (communautaires) ; - citer les causes et les phases de conflit ; - analyser l’arbre de conflit ; - dire comment un conflit peut se résoudre. Introduction

Exemple : Dans un Département comme

Le conflit se manifeste de plusieurs manières dans la société. Quelles sont les différentes manifestations de ce phénomène ? Quelles sont les phases de son évolution ? Quels types de conflits communautaires en cours dans le Bassin du Lac Tchad ? Quel est l’outil d’analyse efficace de conflit ? Telles sont les questions qui nous permettront d’analyser les mécanismes de résolution de conflit.

celui du Mayo-Tsanaga où l’on compte

4.1. Définition

etc. C’est inévitable, mais il faut savoir gé-

On peut définir le conflit comme l’absence de paix et de sécurité. Le conflit a été toujours présent dans la société humaine car, les gens ont des points de vue, des valeurs, des expériences, des modes de vie et des intérêts variés ; les différences font naître des conflits entre les hommes. Cette diversité peut enrichir les échanges, les idées des uns et des autres en vue d’améliorer les conditions de vie de toutes les communautés qui vivent ensemble. C’est dire queles conflits ne manquent pas dans notre société, mais ils peuvent amener les gens à une sorte de concurrence positive où chacun donne le meilleur de lui-même ; il s’agit de montrer à son frère ce qu’on est capable de faire, comme une espèce de compétition saine dans un match de football où chaque joueur veut prouver à son vis-à-vis son talent. Le conflit peut aussi être un facteur négatifet

rer les différends positivement, puisque la

nuire au succès du groupe. Celui-ci doit alors

mée et complètement partiale. Notre imagi-

aborder le conflit de manière constructive avant

nation et notre pensée suivent des con-

qu’il ne s’installe définitivement, se propage et

traintes où nous ne nous rendons pas suffi-

ronge les bases de la société.

samment compte.Le problème des conflits

plusieurs groupes ethniques, les conflits peuvent naître entre les communautés lin-

guistiques, ethniques ou religieuses en présence : Mafa-Kapsiki, Podoko-Zoulgo, Moufou-Mouyang ; Chrétiens-Musulmans,

nature humaine est faite de conflits qui apparaissent sous diverses formes. 4.2. Les manifestations (transformations)

de conflit D’aprèsFriedrich GLASL, quand un conflit explose, il passe par 9 stades d'escalade.Le conflit influence notre capacité de percevoir et notre manière de penser de telle sorte que, pendant les évènements, nous ne voyons plus clair ce qui se passe autour et en nous-même. Il semble que pendant ces moments, notre œil serait troublé de plus en plus ; la vue sur nous-même et sur l'adversaire dans le conflit, sur les problèmes et les événements devient plus étroite, défor-

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est le danger de leur escalade, surtout si on utilise de stratégies violentes comme les kamikazes. Ainsi, il devient difficile de contrôler le conflit jusqu'à ce qu'il soit complètement hors de contrôle ; il va causer de la destruction et de la souffrance. Exemple : La secte Boko-Haram qui fait de nombreuses victimes dans les Départements du Mayo-Sava, Mayo-Tsanaga et du Logone-et-Tchari. Elle est justement hors de contrôle des pays du Bassin du Lac Tchad, malgré leurs efforts consentis. Friedrich GLASL a identifié 9 stades d'escalade jusqu'à ce qu’un conflit arrive à son sommet : 1er stade : Durcissement    

Durcissement des points de vue Chanceler entre coopération et concurrence Réserves intérieures Perte de la confiance

Exemple : Les partisans de la secte Boko-Haram ont un point de vue très négatif sur l’école occidentale qu’ils doivent combattre, supprimer. 2e stade : Débat (polémique) 

Polarisation, consolidation

La discussion n’est plus vivante et créative mais devient mécanique : un argument est toujours suivi d’un

contre argument et plus un autre contre argument (jeux de PingPong) 

Le ton audible est correct, mais il existe des tons sous-jacent cachés et agressifs

Écoute filtrée : fautes et faiblesses dans l’argumentation de l’autre partie sont remarquées et on argumente contre cela

Des thèmes et des faits vécus personnellement sont portés au niveau général.

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3e stade : les faits au lieu des mots (création des faits)  La plupart des débats se font dans une impasse  Ce ne sont plus les mots mais plutôt les actions qui sont décisives. Une ou toutes les parties du conflit fait/font simplement ce dont elle est/elles sont convaincue(s) et met(tent) la contrepartie devant des faits achevés.  Avec la différence entre la parole et le fait, la méfiance s’accroît.  L’empathie des parties en conflit diminue considérablement. Exemple : On constate que la secte Boko-Haram pose des actions, des faits au lieu des mots. Elle s’exprime notamment par des kamikazes et des enlèvements, comme c’était le cas le vendredi, 18 octobre 2019 à Moskota où ils ont kidnappé 6 jeunes clandestins.

4e stade : coalitions (et images) L’augmentation

de la pression à l’intérieur du

groupe entraîne une assimilation des avis et despoints de vue Les gens s’organisent en groupes. Ils vivent un esprit de groupe Chaque partie du conflit se fait une image positive d’elle-même et crée une image négative de l’autre. Les personnes centrales (leaders) font un effort pourintégrer aussi l’environnement dans le conflit, et de faire de la publicité pour s’attirer des partisans. Le rapport entre les parties est – s’il existe encore – très faible. La capacité de perception devient de plus en plus limitée : les points de vue déjà arrêtés sur l’adversaire semblent toujours se consolider à travers des nouvelles expériences. Exemple : En rapport avec la secte BokoHaram, on peut noter la publicité faite autour des kamikazes et des combattants à qui on promet de grosses récompenses dans le paradis. Pour avoir tué un incroyant, on sera récompensé par de dizaines de vierges dans le royaume de Dieu, par exemple.

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5e stade : perte d’image (démasquage)  On ne voit l’autre partie du conflit que de manière négative  On ne voit plus que cette personne ou cette partie puisse aussi avoir des côtés positifs ; elle perd son image (humaine) et est « diabolisée »  Les colères et offenses ne sont plus des erreurs, mais des actes intentionnés.  La partie attaquée se voit elle-même souvent comme un bouc-émissaire. Elle ne peut pas se reconnaître dans l’image diabolisée mais s’estime plutôt méprisée et maltraitée. Les combattants de la secte Boko-Haram subissent un lavage de cerveau où ils ne voient plus rien de bon chez leurs adversaires, c’est-à-dire les adeptes de l’école occidentale.

6e stade : menace (stratégies de menace)  Les menaces sont articulées ouvertement et il est signalé, que le coté qui menace a la forte volonté d’aller jusqu’au bout. Cela réussit mieux si des sanctions sont établies en petites doses.  Les réponses aux menaces sont normalement des contre-menaces.  Les conséquences de la menace et le danger possible deviennent encore plus vastes, et plus de parties sont intégrées dans le conflit. 7e stade : Coups de destructions limités  Les sanctions annoncées sont appliquées, respectivement réalisées.  Il ne s’agit pas seulement des « gains », mais de limiter le dommage pour soi-même, pour le propre groupe.  Ce qui est décisif c’est d’endommager l’autre groupe plus que le sien. Dans ce cas on se définitcomme « vainqueur ». Exemple : On l’a vu avec les kamikazes dans une mosquée à Fotokol en 2014 où on a enregistré de centaines de victimes ; les opérations de Kolofata où le Maire et la femme du Ministre d’État ont été enlevés.

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8e stade : Fragmentation de la contrepartie  À partir de maintenant on risque le tout pour le tout : l’adversaire doit être ruiné, matériellement et physiquement.  L’objectif est de se sauver et de détruire la contrepartie. Exemple : Les mines antipersonnel posées par les partisans de la secte Boko-Haram dans le Mayo-Sava et le Mayo-Tsanaga ont fait de nombreuses victimes tant au sein des populations qu’au sein de l’armée camerounaise. 9e stade : Ensemble dans l’abîme  Une confrontation totale cible la destructiondéfinitive de l’autre partie en conflit.  On va jusqu’au bout, tous les moyens sont permis.  Sa propre ruine peut même compter comme  succès tant que le coté adverse est aussi ruiné. Exemple : Les nombreux kamikazes opérés par les jeunes filles de la secte en question. Elles y perdent leur vie en faisant beaucoup de victimes, comme c’était le cas au quartier Pont-Vert et au marché Central à Maroua en 2014.

Le processus de l’escalade est en général neutre. Il peut avoir des conséquences aussi bien négatives que positives. Il nous revient de choisir entre des moyens de l’escalade civils et constructifs et des moyens de l’escalade violents et destructifs selon le type de conflit en cours.

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4.2.1. Quelques types de conflits communautaires

4.2.1.1. Les conflits constructifs ou destructifs Un conflit estconstructiflorsqu'il donne lieu à une expérience qui permet d'éviter des futurs conflits et aboutit sur un climat coopératif ; il met les intérêtsdu groupe avant ceux personnels ; il est source de production d'idées créatives.Le conflit est constructiflorsqu’il permet le réexamen des opinions et des buts, l'accroissement des prises de risque et augmente la cohérence du groupe. Exemple : La Kirtitude, mouvement prôné par le Ministre Baskouda peut être compris comme un conflit constructif dans la mesure où il ne s’agit pas d’un combat contre les Islamo-Peuls, mais plutôt l’acceptation de son statut de Kirdi ou de Montagnard, et d’en être fier afin de constituer un peuple à part entière au Nord-Cameroun. Le conflit est destructif lorsqu'il entraîne un climat compétitif à outrance ; quand il s’agit de considérer vis-à-vis comme un ennemi à abattre.

4.2.1.2. Les conflits d'intérêt et d'identité Dans le conflit d'intérêt, l'enjeu se trouve limité à un objet, un avantage, à l'exercice d'un pouvoir...Dans le conflit d'identité, il s'agit non pas d'acquérir un avantage, mais de rejeter l'autre en tant que tel, l'objectif est l'élimination de l'ennemi pour ce qu'il est et pour ce qu'il représente en tant que personne physique ou en tant que personne morale. Exemple1 : On peut évoquer ce conflit d’identité qui existe entre Mouffou, Zoulgo et Podoko majoritaires et Mandara minoritaires. Ces derniers occupent les fonctions administratives au détriment des groupes ethniques majoritaires que sont les Kirdi. Exemple 2 :Dans le cadre d’un projet d’appui à la résolution des conflits agropastoraux dans l’Arrondissement de Blangoua, l’expérience APA a abouti au constat selon lequel le conflit d’intérêt peut être résolu de manière traditionnelle : « À traversla réconciliation, l’arrangement à l’amiable, la commission et le comité local de gestion de conflit permettent à la victime de trouver réparation des dommages qu’elle a subi et obligent le fautif à faire preuve de responsabilité en réparant le tort qu’il a causé. Force et de constater par la même occasion que les décisions de ces deux instances ont force obligatoire, donc un caractère contraignant à l’endroit des parties ».

Exemple : Dans ce cas, le conflit devient mauvais et destructif, comme dans les guerres de succession au sein de certaines chefferies traditionnelles dans le Département du Mayo-Sava où l’on a recours à la sorcellerie pour éliminer son frère.

4.2.1.3. Les conflits d’autorité et les conflits de pouvoir Les conflits d’autorité appar aissent entr e des per sonnes de même r ang hiér ar chique qui s’opposent suite à l’empiètement par l’un sur les compétences de l’autre. Ce qui rappelle immédiatement la nécessité de bien définir les compétences de chacun dès le départ afin d’éviter ce type de conflit assez souvent observable dans des organisations. Exemple : Le conflit de pouvoir s’observe dans le Logone-et-Chari entre Kotoko et Arabe-choa. La plupart des mairies de ce département sont gérées par les Arabes, pourtant peu nombreux et allogènes alors que les autochtones Kotoko sont très peu représentés dans la gestion des affaires locales. 27


4.2.1.4. Les conflits de concurrence ou de rivalité Ils sont principalement perceptibles dans certains métiers où la compétitivité, la recherche du résultat et sa quantification sont rendus nécessaires. On parvient dans ce cas à une sorte de jeu qui peut rapidement devenir une drogue où le conflit est banalisé mais jusqu’à un certain point.

4.2.1.5. Les conflits de génération Les conflits de génération sont très souvent observables entre personnes de générations différentes. Par exemple, il peut arriver que les jeunes générations du Mayo-Sava estiment qu’elles ne sont pas suffisamment représentées dans la haute sphère de l’État, contrairement aux générations vieillissantes.

4.2.1.6. Le conflit d’opinion ou d’idéologie Le conflit d’idéologie relève des différences de valeur ou de croyance des antagonistes. Ii est extrêmement difficile à solutionner car chacun est intimement persuadé de son bon droit. Exemple 1 : Le Boko-Haram dispose d’un système de croyances fortement ancrées dans l’Islam. Les partisans de cette secte musulmane sont convaincus qu’ils agissent conformément à la volonté d’Allah pendant que les Gouvernements touchés sont persuadés qu’il s’agit d’une secte pernicieuse contre leur patrie. Exemple 2 : ASDHD/CAPROD a mené un projet d’Initiative de facilitation d’un cadre de dialogue et de réconciliation en vue de de la réintégration des ex-associés rendus dans leurs communautés dans les localités de Zamaï, Moskota et Mozogo, les responsables de cette expérience ont appris, entre autres, les leçons ci-après : « Prévenir, gérer et résoudre pacifiquement les conflits entre les individus, les groupes ethniques et sociaux dans la communauté ; encourager de soumettre les animistes et les chrétiens à leur rite respectif de réconciliation et le musulman au sacrément du coran ».

4.2.2. Un outil d’analyse du conflit : l’arbre à conflit Les différents outils d’analyse du conflit nous aident à mieux comprendre ce qui s’est passé exactement dans une situation donnée. Ils nous permettent d’avantage de comprendre le soubassement et l’histoire du problème en cours. Les outils d’analyse permettent d’identifier les acteurs et les parties prenantes. Il peut s’agir des parties qui sont concernées directement, indirectement, immédiatement ou « lointainement ». L’analyse nous donne aussi très souvent une idée des rapports de forces, elle nous montre les différentes influences, les facteurs et les tendances à la base du conflit. À l’aide des outils de l’analyse du conflit, je peux tirer les leçons des échecs et des succès afin de suivre une stratégie qui pourrait m’amener à une résolution du conflit ou une amélioration de la situation. 28


Dans nombre de conflits, il y aura toute une gamme d'opinions sur des questions telles que :  Quel est le problème de fond ?  Quelles sont les causes fondamentales ?  Quels sont les effets induits par ce problème ?  Quelle est la question la plus importante que notre groupe doit traiter ? L'arbre à conflit offre une méthode pour identifier les questions que chaque personne du groupe considère comme importantes, puis de les sérier en trois catégories. (1) problème(s) de fond, (2) causes, (3) effets. Comment utiliser cet outil : 

Dessiner l'arbre

Chaque membre du groupe reçoit plusieurs cartes de modération sur lesquelles il écrit un mot ou deux, fait un symbole ou un dessin, pour indiquer un point clé dans le conflit comme il le voit. Les gens attachent les cartes à l'arbre : 

sur le tronc, s'ils pensent que c'est le problème de fond, sur les racines, s'ils pensent que c'est une cause fondamentale,

Sur les branches, s'ils pensent que c'est là un effet.

Un facilitateur anime une discussion afin que le groupe puisse s'accorder sur le placement des problèmes, notamment le problème fondamental. Si les gens arrivent à un accord, ils pourraient décider des problèmes qu'ils souhaitent aborder en premier lieu dans le traitement du conflit. Il existe dans chaque conflit, des différentes étapes. Il y a des différentes étapes d’activité, d’intensité, de tension et de violence. Connaître ces étapes nous permet d’analyser la dynamique et les événements qui sont liés aux étapes. Pour faire une analyse profonde, il faut y ajouter d’autres outils. Le groupe « Responding to Conflict » parle de 5 différentes étapes qui pourraient revenir dans des cycles similaires :

Le pré-conflit : incompatibilité d’objectifs entre les différentes parties concernées ; la situation peut aboutir à un conflit ouvert ; le conflit est encore caché, même si les différentes parties s’en rendent déjà compte ; tension dans les relations possibles et/ou désir de s’éviter mutuellement.

La confrontation : conflit plus ouvert ; tenants d’une partie peuvent s’engager dans des manifestations (en général, comportements conflictuels) s’il sent qu’il y a problème, bagarres occasionnelles ou d’autres manifestations de violence ; éventuellement accumulation des ressources par les parties, chercher des alliés ; relations tendues entre les parties, polarisation des positions.

La crise : point culminant du conflit, violence plus intense (guerre dans un conflit à grande échelle) ; pas de communication normale entre les parties ; déclarations publiques en termes d’accusation vis-à-vis de l’autre partie.

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L’issue (aboutissement) : crise aboutit à une issue – une partie l’emporte sur l’autre ou appelle à un cessez-le-feu, une partie reconnaît sa défaite, les parties conviennent de négocier (avec ou sans médiateur), une autorité ou tierce partie plus puissante impose un terme aux hostilités ; le niveau de tension, de confrontation et de violence baisse avec la possibilité d’occurrence d’un règlement.

L’après-conflit : toute confrontation violente s’est arrêtée ; baisse de la tension, relation plus normales entre les parties ; ce stade pourrait ramener les parties à une autre situation pré-conflictuelle si les incompatibilités ne sont pas traitées de façon adéquate. Exemple : Le conflit autour d’un point d’eau à Zamaï (Mokolo)

Pré-conflit : tension entre déplacés et populations hôtes Objet du conflit : un forage public (eau) Parties prenantes : populations hôtes, populations déplacées ; Crise : éclats de voix et affrontements entre déplacés et populations hôtes Causes : secte Boko-Haram, déplacement massif des populations à Zamaï, pénurie d’eau Issue : les déplacés se servent la nuit alors que les autochtones puisent le jour, création d’autres forages par l’UNICEF et la mairie L’après-conflit : toute confrontation violente s’est arrêtée ; normalisation des relations entre les parties prenantes, car le problème d’eau a été réglé définitivement. 4.2.3. Mécanismes de résolution de conflit Il existe plusieurs mécanismes de résolution de conflit : les mécanismes endogènes et les mécanismes modernes. Outre des qualités psychologiques, les négociateurs disposent des connaissances techniques fondées sur la culture de leur groupe, sur une bonne maîtrise de l’histoire communautaire et une longue pratique qui procure des stratagèmes imparables. La négociation qui est un processus bilatéral, a permis de résoudre de nombreux conflits, rétablissant l’harmonie et la paix entre deux communautés voisines. Exemple: L’expérience AFES intitulée : « Capitalisation des pratiques endogènes de réconciliation Mayo-Moskota-AFES » a montré que « La notion de réconciliation doit prendre en compte le paramètre de l’appui au développement ; La pratique de réconciliation peut être grippée par les éventuels préalables ; aider la population à mettre en pratique le m’pil diy kwakwar dans les villages Zelevet et KrawaMafa, ce rite qui vise la réconciliation de l’homme avec la nature. La mise en œuvre efficace des pratiques endogènes de réconciliation est conditionnée par le retour effectif de la paix et de la sécurité ».

4.2.3.1. Les mécanismes endogènes Les Mécanismes endogènes est ce qui est produit par la communauté elle-même en dehors de tout apport extérieur, par opposition à exogène, c’est tout mécanisme qui émane de la communauté. Les mécanismes endogènes comportent des techniques coutumières telles que la négociation, la médiation, l’arbitrage, l’arbre à palabre... • La palabre est le cadre d’organisation de débats contradictoires, d’expression d’avis, de conseils, de déploiement de mécanismes divers de dissuasion et d’arbitrage. Elle constitue une donnée fondamentale des sociétés africaines et l’expression la plus évidente de la vitalité d’une culture de paix. • Les mesures coercitives telles que, La pression du groupe, l’ostracisme (bannissement d'une personne de la cité par décision de l'assemblée publique), les sanctions surnaturelles (sociétés secrètes), la violence…

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4.2.3.2. Les mécanismes modernes  La Prévention Elle consiste à entreprendre certaines actions, afin qu’un conflit latent ne se transforme en conflit ouvert  La Négociation Processus volontaire par lequel les parties en conflit parviennent à un accord par le consensus  L’arbitrage Action qui consiste à porter le conflit devant une tierce partie acceptée par toutes les parties, qui rend une décision  La Coercition Elle consiste à menacer ou à user de la force pour imposer sa volonté  Le jugement Action qui consiste à porter le conflit devant une juridiction (tribunal) qui prend une décision qui s’impose à toutes les parties  Médiation: Action qui consiste à faire intervenir une tierce partie (médiateur) qui facilitera la négociation. Le médiateur ne dispose pas d’autorité nécessaire pour imposer une décision.

Conclusion Il est important de comprendre la nature du conflit afin de pouvoir le régler efficacement. Le conflit est un processus observable qui compte 9 étapes :Durcissement des points de vue, Débat polémique, Création des faits, Coalitions, Perte d’image, Stratégies de menace, Coups de destructions limités, Fragmentation de la contrepartie et Ensemble dans l’abîme. Le conflit se décline en termes d'intérêt et d'identité, d’autorité et de pouvoir,de concurrence ou de rivalité, de génération,d’opinion ou d’idéologie. Il peut être examiné à travers unoutil d’analyse de conflit : l’arbre à conflit et les mécanismes de résolution de

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Thème 5 : LA MÉDIATION

Introduction Objectifs pédagogiques : - définir la médiation ; - identifier les techniques endogènes ; - énumérer les qualités d’un bon médiateur ; - décrire les étapes de la médiation. Introduction La médiation fait appel à une tierce personne impartiale pour faciliter le dialogue entre personnes en conflit. Elle permet aux parties de résoudre leur conflit dans un climat de sérénité. Ce qui soulève les interrogations suivantes : Comment régler le conflit ? Quelles sont les techniques endogènes disponibles ? Quel rôle joue le médiateur dans la résolution du conflit ? Quelles sont les étapes de la résolution du conflit ? Voilà les questions auxquelles nous allons réfléchir dans cette section.

5.1. Définition Médi = milieu ; Terraneus = terre. Ce qui donne la mer méditerranée: au milieu des terres.Comme la mer méditerranée est au milieu des terres, le médiateur est au milieu des personnes médiées, les aidant à recréer un espace de dialogue/d’entente. C’est un processus qui consiste à faire appel à une tierce personne impartiale, qui facilite le dialogue et permet aux parties de résoudre leur conflit à l’amiable avec une issue gagnant -gagnant. Rôle de la médiation Régler les antagonismes par le dialogue Construire la paix Réconcilier les parties en conflit Principes de la médiation  Participation volontaire (quant aux parties)  La confidentialité (du processus)  L’impartialité et l’indépendance (médiateur)  Vigilance et compétence (médiateur) La neutralité (quant aux résultats) La médiation est une méthode alternative de la résolution de conflit avec l’aide d’une tierce partie impartiale. La médiation alternative fait que les parties en conflit ne se retrouvent pas devant un tribunal, mais essaient de résoudre leur conflit à l’amiable. Il peut s’agir de deux ou plus de deux parties en conflit. Cette méthode est moins couteuse qu’une procédure judiciaire, et souvent, il est plus facile pour les parties en conflit de trouver une solution efficace et durable.

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5.2. Le processus de médiation La médiation laisse toute la responsabilité du contenu aux parties en conflit. Celles-ci doivent être prêtes à trouver leurs propres solutions avec l’accompagnement d’un médiateurqui facilite le processus mais qui n’est pas responsable des résultats ; il ne propose ni n’impose des solutions. Dans la médiation, il existe quelques suppositions de base qui montrent la nature de cet outil dans la résolution de conflit :  Le conflit est normal et sain, mais un conflit non-résolu est dangereux  Très souvent, nous avons un conflit parce que les différentes parties ne savent pas comment le résoudre. Ce n'est pas que les parties ne veulent pas résoudre le conflit.  Ceux qui sont concernés dans la dispute sont souvent mieux placés de prendre des décisions sur leur vie qu'une autorité comme un juge.  Les hommes prennent des décisions plus complètes et plus adéquates, s'ils se rendent compte de leurs émotions et arrivent à les intégrer dans leurs décisions sans totalement oublier le niveau des affaires.  Des échanges de médiation sont plus probables d'être un succès, si les parties en conflit peuvent continuer leurs relations après la dispute. S'ils ne doivent plus avoir de relation après, une solution s’avère peu probable.  Les participants d'une médiation sont plus volontaires de se rapporter aux décisions prises, s'ils sont eux-mêmes responsables des résultats et s'ils acceptent le processus qui a guidé les décisions.  Le caractère neutre, confiant et nonthérapeutique des réunions de médiation encourage d'y participer.

5.2.1. Le rôle du médiateur Des médiations peuvent être faites par une ou plusieurs personnes. Une médiation faite par plusieurs personnes est sensée, si: il s'agit d'un conflit complexe avec plus de deux parties en conflit ; il s'agit des parties en conflit avec des différents arrière-plans culturels ; si c’est le cas il est important d’avoir des médiateurs qui connaissent les différents arrière-plans. l’approche genre joue un rôle central dans le scénario du conflit.

Exemple : dans des communautés musulmanes comme celles des Mandara à Mora, des Kanuri à Kolofata, des Kotoko et Arabes Choa dans le Logone et Chari, il n’est pas indiqué de choisir une médiatrice pour aller régler un conflit dans ces localités, car l’Islam accorde très peu de considération à la gent féminine dans ce genre d’intervention. Acceptation et respect Le médiateur comme personne doit être accepté et respecté par toutes les parties en conflit. Il doit s'agir d'une personne qui a déjà gagné la confiance des parties en conflit ou est en train de gagner cette confiance. Les compétences de cette personne doivent être reconnues et respectées par toutes les parties. Exemple : Un député, un maire, un sénateur, un ancien ministre, un opérateur économique, un lamido de Kolofata, Makari, Kousséri, Mada, Mora… dont la réputation ne souffre d’aucune contestation au sein des communautés en présence.

Exemple : Dans le cadre de ses activités relatives à la PVE via les écoles coraniques dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun, Monsieur BOUKAR MARGAZA, facilitateur (médiateur)/PNUD, a structuré de nombreuses écoles coraniques ;résultat : 08 associations des maîtres et maîtresses coraniques sont déclarées par les Préfets (communes: Kousseri, Makari, Logone-Birni, Goulfey, Fotokol, Blangoua, Mora et l’Union départementale du Logone et Chari basée à Kousseri). Toutes les parties se sont impliquées

Impartialité Le médiateur ne doit pas avoir son propre intérêt dans une certaine résolution du conflit. Dans ce sens il est impartial.L'impartialité n'exclut pas la liaison avec une des parties. Mais cette liaison ne doit pas influencer le processus de telle sorte que le

dans le débat pour désamorcer le conflit entre l’école occidentale et l’école coranique. 33


médiateur dirige les discussions à l'avantage de cette partie et perd la confiance de l’autre. Le médiateur s’engage pour les intérêts et les besoins de toutes les parties en conflit. À ce titre, il est juste et équitable. Langage neutre Le médiateur n'évalue pas et ne juge pas. Il prend tous les points de vue, les intérêts et les sentiments au sérieux. Responsabilité du processus Le médiateur est responsable du processus de discussion de la médiation pendant que les parties en conflit sont responsables du contenu. Les solutions ne sont pas élaborées par le médiateur mais par les parties en conflit. « Réfléchir » (miroir) Le médiateur aide les parties à se rendre compte de leurs intérêts, besoins et sentiments et à les exprimer d'une manière compréhensible. Il leur montre le « miroir » pour qu’ils puissent eux -mêmes apercevoir ce qui se passe. Question de la puissance Les médiateurs essaient de créer une situation dans laquelle les différences de puissance s’équilibrent et n'influencent pas le processus de la médiation. Des accords réalistes Le médiateur veille à ce qu'il n'y ait pas d’accords inutiles ou peu réalistes. Exemple : Dans le cas du conflit entre déplacés et populations hôtes de Zamaï autour du point d’eau, on n’a interdit à aucune partie de se servir de l’eau, ce qui serait irréaliste ; mais il a été convenu plutôt que les déplacés puisent l’eau la nuit tandis que les autochtones se servent le jour. C’est un accord réaliste. Caractère confidentiel Le médiateur traite ce qu'il a entendu avec un caractère confidentiel. Il est important qu'il ne serve pas comme avocat d'une partie après la fin de la médiation. En plus, il ne doit pas être nommé comme témoin ou expert dans un litige qui suit. Finaliser la conversation Le médiateur a le droit d'interrompre la conversation si nécessaire. 5.2.2. Descriptions des étapes de la médiation (check-list pour médiateurs) Le processus de la médiation compte 6 phases : la pré-phase, l’introduction, l’exposition des points de vue, clarification de problème, recherche des possibilités et finalement l’accord entre les parties en conflit. Phase 1 : Pré-phase (préparation) Examine si un processus de médiation est possible dans la situation présente. Es-tu la juste personne pour la médiation ? Est-ce que les parties en conflit se sont mises d'accord de s'impliquer dans un processus de médiation? Avoir une ou plusieurs rencontres en privée avec chacune des parties en conflit. Donner des informations générales sur la médiation : les suppositions de base Être en accord avec les parties en conflit sur une première rencontre (lieu, l'heure, étendue). La pré-phase est le moment de recherche pour savoir si une médiation est vraiment la méthode adéquate du conflit déclaré. Commencer une médiation avec deux parties dont une n’est pas d’accord avec ce processus ne vaut pas la peine. Le médiateur doit savoir compter sur la volonté de deux parties de résoudre leur conflit avec la méthode envisagée. Chaque médiation a besoin d’une préparation soigneuse, surtout quand il s’agit par exemple d’un conflit économique ou foncier où il faut être familier avec la législation officielle et les processus importants pour comprendre totalement le conflit. Exemple : Dans le camp de Minawaou qui compte de milliers de réfugiés, il n’est pas exclu qu’il y ait de plainte au sein des populations hôtes privées acculées dans leurs propriétés terriennes. Dans ce cas, un médiateur doit être parfaitement en phase avec l’histoire et la réalité foncière de la localité afin de jouer le rôle de médiateur. 34


Phase 2 : Introduction (gagnerla confiance, susciter la sécurité)  Accueil et introduction : le ton de l’ouverture rassurant pour un bon début. Le médiateur établit une connexion avec chaque personne (regarder autour de soi !)  Souhaiter la bienvenue à chaque participant et introduire chacun  Présenter encore une fois les possibilités, les limites et les conditions d'un processus de médiation ;  Expliquer le rôle du médiateur ; introduire aussi toi-même comme personne (avec tes expériences en médiation) ;  Décrire le déroulement, l'action ;  Clarifie les questions organisationnelles ;  Se mettre d'accord sur des règles de base (les prises de parole ; pas de violence ; chacun parle de soi, pas des autres ; le médiateur peut intervenir si les règles ne sont pas respectées)  Informer les participants sur ce que tu sais sur le conflit  Demander aux parties ce qu’ils attendent de la médiation  Expliquer que tout ce qui est dit pendant la médiation reste confidentiel  Demander s’il y a encore des questions  Demander aux parties s’ils veulent continuer avec la session de la médiation et avec toi comme médiateur. La deuxième phase de la médiation détermine le déroulement de la médiation. Cette phase sert à créer une atmosphère qui permet aux parties en conflit de se sentir en sécurité et d’être sûres que leur point de vue sera respecté. Cette introduction permet à tout le monde de clarifier d’avantage des incompréhensions Phase 3 : Exposer des différents points de vue sur leconflit (comprendre le conflit)  Expliquer que chaque personne va maintenant recevoir la possibilité de parler sur son histoire. Les autres ne vont pas avoir le droit d’interrompre. Encourager ceux qui écoutent plutôt de prendre des notes et de ne pas interrompre. Il sera la tâche du médiateur de protéger le temps de parler de chacun 

Demander qui veut commencer

 Le point de vue de la partie A sera expliqué. La Partie B écoutera, prendra – si nécessaire – des notes. Tu écouteras activement et feras régulièrement des résumés 

Ensuite, expliquer le point de vue de la partie B

Faire attention aux thèmes, points communs, sentiments et besoins Avant que tu passes de la partie A à la partie B, demander si le locuteur a vraiment fini, si elle ne veut pas encore ajouter quelque chose. En plus, il faut être sûr que tu as bien compris les points centraux de la partie qui vient de finir son histoire. La phase 3 ouvre maintenant le processus profond de la médiation. Chaque personne décrit son point de vue et l’autre doit écouter sans l’interrompre ou ajouter d’autres informations. Parfois, cette procédure n’est pas facile à respecter pour les parties qui doivent d’abord écouter. Il est le devoir du médiateur de garantir à chaque partie qu’elle aura le temps et l’espace d’expliquer son point de vue. Pour le/la médiateur, il est essentiel dans cette phase d’être sûr d’avoir tout compris ce que les parties viennent d’expliquer. S’il existe de moindre doute, le médiateur doit poser des questions d’éclaircissement jusqu’à ce que tout soit clair pour tous. Pendant que les parties relatent leur histoire, le médiateur essaie déjà de noter des thèmes centraux, des points communs des parties et les sentiments et besoins des parties qu’il voit, parce que ces informations vont déterminer la suite du processus. Cette base sera fondamentale pour le travail du médiateur. 35


Phase 4 : Quitter la surface (apprendre sur les intérêts, les besoins et les sentiments) : clarifier le problème  Clarifier avec les parties en conflit les thèmes et enjeux qui sont au centre du conflit  Traiter les thèmes succinctement et commencer si possible avec un thème « simple ». Collecte des informations nécessaire pour bien comprendre les intérêts de chaque partie. Demander des questions comme : « Pourrais-tu décrire ce qui s’est passé quand… ? », «Veux –tu dire que… ? », « Aimeraistu l’expliquer encore un peu plus en détail ? » Évite des questions avec « pourquoi » et « pourquoi pas » parce qu’elles revendiquent des justifications.  Réfléchir (miroir) aux partis en conflit des points communs  Partir des positions aux intérêts et des intérêts aux sentiments et besoins. Écoute avec tes capacités de communication non-violente  Aider les parties à comprendre leurs besoins et les besoins de l’autre. Tu peux par exemple demander à l’opposé comment il se sent quand il entend ce que l’autre dit. Tu peux aussi le demander d’imaginer les émotions que l’autre pourrait avoir.  Donner de l'espace à la reconnaissance des blessures, de la colère et de la frustration afin de créer une base pour la reconstruction de la relation  Souligne des progrès faits  Encourager les parties à parler : « À ton avis, cela a commencé….. », « Raconte encore un peu plus sur… », « Tu peux m’aider à comprendre pourquoi…. est tellement important ? », « Dans quelle manière cette affaire te concerne ? »  Résumer régulièrement pour montrer que tu as compris (il est aussi possible que la partie résume ce que l’autre a dit)  Faire attention aux moments de compréhension mutuelle : un mot gentil, un sourire, une excuse. Créer de l’espace pour ces moments, ils sont importants.  Quand la conversation va du passé au futur, de ce qui s’est passé à ce qui peut se passer dans l’avenir. Note des solutions proposées, les intérêts, les soucis et discutez-les plus tard.

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Dans la quatrième phase de la médiation le médiateur discute avec les parties en conflit, un point après l’autre. Il est important pour le médiateur d’avoir une bonne structure ; quels thèmes il veut traiter à quels moments. Son objectif pendant la médiation est toujours d’ouvrir des portes et jamais de les fermer. C’est pour cela qu’il va essayer de traiter au début des thèmes qui sont moins émotionnels et difficiles pour arriver petit à petit au cœur du problème. Il est important que le médiateur sache qu’il y a derrière chaque intérêt des sentiments et des besoins qu’il faut découvrir. Ces sentiments et besoins peuvent créer une base commune entre les parties en conflit. Il est le devoir du médiateur de trouver des points communs des parties en conflit. La technique de les réfléchir aux parties s’appelle ‘miroir ‘, car le médiateur essaie de montrer le miroir aux parties pour qu’elles puissent eux-mêmes découvrir leurs point communs qui peuvent être une base pour la continuation de leur relation. C’est une phase dans laquelle beaucoup de sentiments vont sortir. Le médiateurcontribue à l’expression de ces sentiments et crée un espace confidentiel pour chaque émotion. Comme la phase 4 est celle la plus difficile pour les parties en conflit, elles essaient parfois d’échapper au présent et d’avancer déjà dans le futur. Le médiateur est là pour garantir que toutes les questions importantes sont clarifiées et comprises avant d’aller à la prochaine étape.


Phase 5 : Rechercher des possibilités/ des façons d'agir (« solutions »), travailler ensemble sur les problèmes communs 

Supporter les parties dans leur propre créativité de développer des nouvelles possibilités pour le futur. 

Utiliser la méthode brainstorming pour collecter des idées. Tu notes tous les idées sur un tableau de conférence. 

Discuter chaque possibilité/solution.

Supporter les parties dans leur créativité, mais il ne donner pas ses propres idées. 

Travailler avec les solutions proposées : quels sont les avantages et les inconvénients ? Quelles sont les conséquences possibles ? 

Vérifier si les solutions vont vraiment résoudre le problème : est-ce que les intérêts de tout le monde étaient pris en compte ? Est-ce qu’il faut des moyens ou des ressources pour mettre la solution en pratique ? 

Éventuellement, chercher individuellement des possibilités d'agir. 

Encourager les parties en conflit à chercher une grande variété des possibilités (Brainstorming). 

Après la recherche, animer une discussion et une évaluation des différentes possibilités (séparation du brainstorming et évaluation!). 

Pour quelles possibilités peut y avoir un consensus ? 

Amener les parties à 'élaborer les solutions et, si nécessaire, à développer un plan pour la mise en pratique.

La phase 5 est consacrée à la recherche des solutions réalistes. Le médiateur ne doit jamais oublier qu’il est responsable du processus et non des solutions. Il ne donne passes propres idées mais il est de l’avis qu’il a la solution idéale pour ce conflit. Au début de cette phase, il est indiqué d’avoir un grand nombre des solutions, mais à la fin, le médiateur prend soin de ne retenir que des solutions réalistes, acceptés par toutes les parties en conflit et qui peuvent être mises en pratique. Exemple : Dans le cadre de ses activités relatives à la PVE via les écoles coraniques dans la Région de l’Extrême -Nord du Cameroun, Monsieur BOUKAR MARGAZA, facilitateur ou médiateur/PNUD, a réalisé les actions suivantes grâce à la recherche des solutions impliquant toutes les parties prenantes : Action 2 : profilage des élèves itinérants coraniques; résultat :14601 élèves mendiants non scolarisés sont identifiés pour d’éventuelle prise en charge dont 105 seulement ont d’actes de naissance (MINEDUB/PNUD, 2018); Action 3 : scolarisation: résultats :2350 enfants en âge scolaire sont inscrits à l’école primaire cette rentrée scolaire 2O19 par les Inspecteurs d’arrondissements et maîtres coraniques; Action 4 : alphabétisation des maîtres et élèves adolescents; résultat : 72 sont inscrits 2018 et 03 communes (Goulfey, Kolofata, et Logone-Birni) ont bénéficié en 2019 de l’appui du PNUD pour la réhabilitation de leurs CAF ;Action 5: reforme curriculaire coranique; résultat: utilisation des 03 manuels d’éducation à la citoyenneté, d’éducation à l’insertion professionnelle, le guide d’identification et de prise en charge des jeunes vulnérables des écoles coraniques depuis 2017; Action 6: visibilité des écoles coraniques; résultat: participation des associations coraniques à la vie publique en tant que personnalité juridique(partenaire stratégique de l’Etat et des humanitaires dans la diffusion des messages de paix). Action 7: formation à l’emploi : 122 jeunessontformésen couture, broderie, pisciculture, agriculture, boulangerie, boucherie, cash for work, moto taxi et mécanique (Mora, Limani, Amchidé, Kousseri, Fotokol, Goulfey, Makari, Zimado, Kidam, Blangoua, etc.); Action 8: documentation civile; résultats 1512 actes sont établis par les associations coraniques sur déclaration des naissances et 5000 jugements supplétifs sur financement du PNUD sont en instance; Action 9 : cohésion transfrontalière: 4 comités créées entre Nigéria, Cameroun et Tchad (Gambaru-Fotokol, Blangoua -Mahada, Amchidé-Banki et Kérawa-Pulka

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La phase6 est surtout la phase technique de la médiation. Les décisions, l’accord, les plans d’action seront formulés et signés par les parties en conflit. Le médiateur porte la responsabilité pour un accord clair, réaliste, transparent, détaillé et signé. Après avoir fait ce travail, il est important de songer à l’après médiation : la relation des parties en conflit va continuer ; la médiation ne s’arrête pas à la phase 6 mais il doit y avoir encore au moins une rencontre après la signature de l’accord pour voir comment la situation s’est développée et s’il y a nécessité de changements de l’accord. Dans l’exemple du conflit de Zamaï autour du forage, il avait été décidé que les autochtones puisent le jour, les déplacés la nuit ; par la suite, il y a eu multiplication des forages et l’accord a été revu entre les deux communautés en présence, puisque le problème d’eau ne se posait plus.

Phase 6 : Accord (supporter la durabilité) 

Résumer les décisions prises.

Veiller à ce qu'on mentionne assez de détails (qui, quoi, quand, où, comment, …...). 

Veiller à un accord réaliste, clair et simple.

Veiller à la formulation de l’accord : mots simples et compréhensibles pour tout le monde. 

Veiller à la balance concernant les responsabilités entre les parties en conflit. 

Demander l'approbation des parties en conflit pour mettre l'accord en pratique. 

Discuter sur la démarche s'il y a des problèmes. Rappeler les conséquences si l’accord est violé. 

Lire l’accord à haute voix pour être sûr que tout le monde suit et comprend. 

Laisser les parties en conflit écrire l'accord ou écrire soi-même. Les parties en conflit signent. Le médiateur signe dans sa fonction de participant et de témoin. Parler sur l’après médiation : comment les parties discuteront dans l’avenir quand il y a des problèmes ? Vont-elles avoir une rencontre après une certaine période décidée avec le médiateur ?

Conclusion Au total, le conflit peut être réglé par des mécanismes endogènes ou modernes. Le médiateur y joue un rôle important. C’est pourquoi il doit être une personne respectée et acceptée par les parties en conflit. Impartial, le médiateur adopte un langage mesuré, car il est responsable du processus de médiation. Celle-ci débouche sur des accords réalistes à caractère confidentiel finalisés par le médiateur. La médiation comporte donc les étapes suivantes : Pré-phase, Introduction, Exposer des différents points de vue sur le conflit, Quitter la surface ou clarifier le problème, Rechercher des possibilités ou travailler ensemble sur les problèmes communs et Accord.

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Thème 6 : LA COMMUNICATION, L’ANIMATION ET LA DISCUSSION

Objectifs pédagogiques : - animer des réunions et des discussions ; - citer les éléments de base pour animer les séminaires ; - identifier les outils d’animation ; - choisir la communication Non-Violente ; - écouter de manière active ; - donner et recevoir le feedback. Introduction La communication, l’animation et la discussion ont des principes de fonctionnement de base. Quelles sont ces principes de base d’animation et de discussion ? Comment se déploient les différentes phases d’animation ? Quels sont les outils d’animation ? Qu’est-ce que la communication Non Violente ? Que veut dire l’Écoute active, le feedback et la méthode « sandwich »? Voilà les interrogations qui font l’objet de la réflexion dans ce chapitre. 6.1. Définition Le mot « communication » vient du mot latin « communicare », qui veut dire « partager. La communication implique un partage de savoir, des besoins, des émotions et des valeurs. Elle sert de connexion entre les gens, les communautés et les nations. La communication est l’action d’établir une relation avec autrui et de lui transmettre un message. Selon Dorothy J. Maver, la directrice exécutive de l’Alliance pour la Paix et de la Fondation de l’Alliance pour la Paix :

« C’est par l’intermédiaire de nos paroles que nous sommes connus, car elles racontent l’histoire de notre pensée et de notre être profond. La façon dont nous nous exprimons peut ouvrir des portes ou les fermer, peut guérir ou blesser, créer la joie ou la peine, et détermine finalement le niveau de notre propre bonheur. » C’est avec nos paroles et nos mots que nous entrons en contact avec les autres. C’est aussi souvent avec nos paroles que nous commençons des amitiés mais aussi des conflits. Notre manière de communiquer dans une situation précise influe sur celle-ciet détermine nos rapports avec autrui. La communication est à la base de beaucoup de conflits ; c’est pour cette raison qu’elle doit être bien conduite dans la résolution des conflits.

6.2. L’animation des réunions et des discussions Animer un séminaire ou un atelier peut sembler facile, mais, il est nécessaire de s’approprier quelques principes de base sur la dynamique du groupe.

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6.2.1. Les principes de base d’animation Pour bien gérer un groupe, un formateur doit avoir certaines aptitudes. Il est du devoir d'un formateur de développer une compétence par rapport au thème/contenu et des compétences sociales. Au plan psychosocial, il doit créer des relations et les entretenir ;comme modérateur, il a le devoir de communiquer le thème, de choisir les méthodes appropriées et de changer sa planification s’il se rend compte que son programme prévu n’atteindra les objectifs attendus. Le processusse déroule, dans la plupart des cas,en 4 phases suivant un modèle de pensée où l’on clarifie le développement des relations au sein des groupes. 1. 2. 3. 4.

La phase de l'orientation La phase de positionnement et de la recherche des rôles La phase de la familiarité La phase du détachement

6.2.1.1. La phase de l'orientation Plusieurs personnes sont venues ensemble pour former un groupe. On veut se faire connaissance tout en gardant une certaine distance. Les différentes positions sociales et rôles ne sont pas définis, les attentes mutuelles encore un peu diffuses. Les participants se trouvent dans une situation entre proximité et distance. Pour certaines personnes, il peut y avoir des craintes, des incertitudes, de malaise. Cette situation entre proximité et distance peut se traduire dans un comportement contradictoire des participants. D'un côté, on veut entrer en contact avec les autres, de l'autre côté on veut encore garder une certaine distance. Probablement, les gens ressentent une incertitude parce qu'il n'existe pas encore des relations stables. On se trouve dans une phase d'essai et d'épreuve, surtout le leader est testé car il va présenter un programme au groupe. Le leader est là pour faciliter participation au séminaire, la connaissance mutuelle et donner des orientations. Il joue un rôle important pourencadrer le processus du groupe. Des jeux et des exercices communs donnent aux participants la possibilité de se rapprocher. On ne peut pas exiger des participants en leur demandant de prendre des décisions difficiles ou de rentrer dans une coopération complexe. Exemple : Dans une première rencontre des présidents des Comités de Paix à Mora par exemple, l’animateur ne doit pas intimer l’ordre aux différents participants venus de Kolofata, Makary, Mayo-Moskota, Banki, Zamaï…de prendre des résolutions fermes qu’ils vont sensibiliser toutes leurs populations au terme d’un seul mois d’activités intenses.

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6.2.1.2. La phase de positionnement et de la recherche des rôles

6.2.1.3. La phase de la familiarité Les participants se sentent bien souvent en groupe après s’être familiarisés. L'atmosphère estsereine. Il devient facile d’exécuter des tâches en groupe, ce qui favorise la résolution des conflits. Le groupe a déjà développé une certaine identité et il n'a plus beaucoup besoin du leader. Il se développe une conscience du groupe qui permet l’élargissement des relations interpersonnelles. Les individus peuvent oser, parce qu'ils se sentent en famille ; même des non-conformistes intègrent le groupe. On savoure la bonne ambiance au sein du groupe. De nouveaux participants qui arrivent à ce moment sont considérés comme une menace et il est difficile de les intégrer.

Les participants constituent un groupe. Les premières relations se développent ; il y a des sympathies mais aussi des antipathies. La situation devient normale, les différentes positions des participants se précisent. Mais c'est aussi la phase des conflits potentiels. Certaines personnes se mettent ensemble, d’autres sont peut-être exclues. De petits groupes se constituent pour se protéger. Aussi la pression dans le groupe peutelle augmenter et l'atmosphère devient tendue. Il est probable qu'il y ait une recherche de bouc-émissaire dans cette situation pour cacher ses propres limites et faiblesses. Le facilitateur doit utiliser cette phase pour donner des responsabilités au groupe et montrer qu'il s'agit d'un processus dans lequel chacun prend sa responsabilité. Il doit bien faire attention de ne pas se ranger dans les querelles mais plutôt de garder une position objective au-dessus des tendances partisanes. Dans cette phase, il est bien de faire de petits exercices de coopération et d'être ouvert aux discussions qui portent sur l'ambiance du groupe. Il ne faut pas étouffer des conflits et des tensions mais plutôt les gérer et utiliser leur puissance positive ! Une communication ouverte et juste joue un rôle prépondérant dans cette phase.

Pendant cette période, il est conseillé de faire des activités les plus importantes par rapport au thème. Le formateur devient plutôt un modérateur. Il ne doit pas se perdre dans le groupe, mais plutôt rester vigilant afin d’aider les personnes qui ont peut-être du mal à s'intégrer au sein du groupe. Il rappelle les tâches qui sont programmées, mais en général, il devient un accompagnateur.

Exemple :Lors d’une réunion de Comité de paix à Kolofata, si les membres du Comité de paix critiquent, par exemple, sévèrement le PNUD qu’il ne fait pas assez pour améliorer leurs conditions de travail, il ne revient pas à l’animateur de rejeter en bloc les réclamations des participants. Il doit les comprendre et chercher des solutions objectives avec leur collaboration.

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6.2.1.4. La phase du détachement Plusieurs personnes qui sont devenues un groupe se séparent. C'est la phase de dire au revoir le groupe touche à sa fin. Certains sont contents pendant d’autres tristes à cause de la séparation. C’est une phase de divergence.La fin qui se rapproche libère des différentes réactions. Comme au début, il peut y avoir des incertitudes à cause de la séparation qui s’approche. Peut-être le groupe essaie de retarder la fin en simulant un processus sans fin, mais en général, l'atmosphère du groupe devient lourde. Le rôle du formateur est déterminant car, il est de sa responsabilité de garantir la finalisation des travaux et l'achèvement du processus du groupe pour une fin heureuse. Les expériences communes doivent être échangées, évaluées et appliquées sur d’autres situations hors du groupe. On trouvera une formule pour l’au-revoir commun, par exemple une fête, une évaluation finale, etc. Le leader garantit une évaluation de bonne facture : il ne vante pastrop les expériences positives qui ont marqué le groupe puisque les participants doivent être préparés à comprendre qu'ils ne peuvent pas directement et sans critique appliquer les expériences faites à une nouvelle situation. Il est important de noter que chaque expérience doit être adaptée au contexte spécifique et que chaque groupe est jugé suivant l'ouverture et le courage de s'embarquer dans sa propre dynamique.Il peut parfois aider les participants à rendre possible des rencontres plus tard afin de maintenir des relations interpersonnelles. Exemple : Rendu à la fin de la guerre contre Boko-haram, le Comité de Vigilance de Amchidé-Banki peut, par exemple, organiser une rencontre pour fêter sa victoire sur l’ennemi. L’animateur du groupe féliciterait les uns et les autres pour l’esprit de sacrifice et d’abnégation, mais il ne devrait pas s’étendre sur les stratégies mises au point par le Comité de Vigilance. Pourquoi ? Parce que les membres seraient tentés de croire que ces stratégies peuvent être appliquées partout dans des situations d’insécurité.

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6.2.2. Les outils d’animation La technique d’animation doit être adaptée à la situation d’apprentissage. Le formateur pourra, selon la circonstance, recourir à une technique précise ou à plusieurs techniques à la fois. 6.2.2.1. Les techniques d’animation centrées sur la parole L’exposé/cours : Le formateur donne des informations en utilisant la parole. C’est la technique de base de tout processus de transmission de connaissances. Le formateur présente des faits, des procédés, des théories, des modèles et les participants prennent des notes. Questions/réponses : Il est important de toujours procéder, après un exposé, au jeu questions/réponses. On donne ainsi l’occasion aux participants de poser des questions pour mieux comprendre l’exposé. L’intérêt de cette démarche étant surtout d’éviter que la formation se réduise à un monologue.


6.2.2.2. Les techniques d’animation centrées sur l’action Brainstorming :appelé remue-méninges, choc d’idées, le formateur pose une question ou évoque un problème à résoudre et les participants présentent toutes les idées qui leur viennent en tête, sans chercher à savoir si elles sont réalisables. Toutes les idées sont donc exprimées et reçues.Puis, suit le débat au cours duquel toutes les idées sont analysées. L’analyse des idées aboutit à un résultat acceptable par tous.L’intérêt de cette technique est de faire émerger un grand nombre d’idées et donner la possibilité aux participants de s’exprimer, de développer leur créativité. Exemple : cette technique est bien indiquée pour recueillir les avis contradictoires autour d’une question épineuse, comme par exemple, comment recevoir un ex-combattant Boko-haram dans le village de Limani, par exemple.La CPDH et DAJEC ont mené un projet intitulé : « initiatives locales de réconciliation à Limani/ Magdeme ». Les activités portaient sur les travaux d’intérêt général, le réarmement moral et les danses thérapeutiques. Au terme de l’expérience qui a fait large usage du brainstorming, les porteurs du projet ont observé le changement suivant : « Après avoir exécuté ces différentes activités, la peur qui pouvait animer l’équipe a disparu car ce n’est pas toujours évident d’affronter les personnes qui ont eu à faire à BH. Aussi, nous avons compris que ces ex associés sont des personnes comme nous et qu’ils n’étaient pas nécessairement hostiles. Les préjugés que nous avions se sont avérés faux, et cela a été une très bonne leçon de vie pour nous ». Jeu de rôles :Les participants simulent une situation de la vie réelle sans se préparer.Cette technique permet de susciter la discussion, étudier un problème ou gérer une situation délicate. Il permet aussi de révéler le potentiel individuel des participants. 43

Visites sur le terrain : Il peut arriver qu’une visite sur le terrain soit nécessaire pour que les participants apprécient concrètement certains enseignements théoriques reçus. Une telle visite suppose que des dispositions pratiques soient prises. Exemple : Un Comité de Paix à Fotokol peut décider d’aller sur le terrain pour voir les dommages perpétrés par la secte Boko-Haram afin de mieux convaincre les sceptiques de la nécessité de la paix pour les habitants de cette ville. Démonstration Le formateur explique, par des exemples concrets, un sujet à l’étude. Il s’agit de montrer comment ceci ou cela doit être fait, comment peut-on résoudre tel ou tel problème. Exemple : comment réagir face à un intégriste qui se moque de notre religion ? Garder son calme en lui répondant poliment que tu crois aussi en Dieu, celui qui a créé le Ciel et la Terre, et nous tous qui y vivons. Sauf si vous croyez à un autre Dieu… ! Étude de cas : Il s’agit de soumettre à l’appréciation des participants une situation. Il leur reviendra de répondre à des questions y relatives. L’intérêt étant pour eux de déceler le problème qui est posé dans ce cas, de trouver les solutions qui y sont présentées ou d’en dégager d’autres. Le cas étudié permet ainsi de développer les habiletés personnelles des participants.


6.3. La Communication Non-Violente (CNV) La Communication Non-Violente est une méthode qui a été développée par l’américain Marshall Rosenberg, psychologue clinique. La CNV reconsidère la façon dont nous nous exprimons et entendons l’autre. Les mots ne sont plus des réactions routinières et automatiques, mais deviennent des réponses réfléchies, émanant d’une prise de conscience de nos perceptions, de nos émotions et de nos désirs. Nous nous exprimons alors sincèrement et clairement, en portant sur l’autre un regard empreint de respect et d’empathie. La CNV aiguise notre sens de l’observation et nous incite à identifier les comportements et les situations qui nous touchent. Nous apprenons aussi à définir et à formuler clairement ce que nous souhaitons dans une situation donnée. La CNV nous mène à une perception neuve de nous-même et des autres, mais aussi de nos intentions et de nos relations. Elle modère les réactions de résistance, de défense ou d’agressivité. En effet, au lieu de critiquer et de juger, nous sommes attentifs à ce que nous observons, ressentons et désirons. La CNV est simple comme méthode. Elle contient 4 composantes qu’on doit respecter si on veut l’appliquer. Mais en réalité, la CNV est un outil qui change notre fond de penser, d’agir et de communiquer. Voici les 4 composantes de la CNV : Observations : J’observe un comportement concret qui affecte mon bien-être. Sentiments : Je réagis à ce comportement par un sentiment. Besoins : Je cerne les désirs, besoins ou valeurs qui ont éveillé ce sentiment. Demandes : Je demande à l’autre des actions concrètes qui contribueront à mon bien-être. Les 4 composantes que Marshall Rosenberg propose dans la CNV nous montrent qu’il est à nous de prendre la responsabilité pour nos sentiments et nos besoins. Quand nous sommes responsables pour nos sentiments et nos besoins, nous sommes aussi responsables de les satisfaire. Bien sûr, nous pouvons demander à autrui de les satisfaire, néanmoins, notre demande reste toujours un souhait qui peut être rejeté ou accepté. 44

Concernant les 4 pas de la CNV, il est important de comprendre qu’une observation ne contient pas des jugements ou d’évaluation. Nous observons ce que sont les faits que nous apprécions ou n’apprécions pas. Puis, nous nous occupons de nos sentiments. Nous disons ce que nous ressentons en présence de ces faits : sommes-nous tristes, joyeux, inquiets, amusés, fâchés ?Troisièmement, nous précisons les besoins à l’origine de ces sentiments. Finalement, nous formulons une demande précise et concrète. Ce quatrième élément indique précisément ce que l’on désire de la part de l’autre afin que notre vie soit plus agréable. Une partie de la CNV vise à exprimer très clairement ces quatre éléments d’information, soit en les verbalisant, soit par d’autres moyens. L’autre aspect consiste à recevoir ces quatre mêmes éléments d’information de la part de notre interlocuteur. Dans les messages qu’il nous adresse, nous cherchons tout d’abord à percevoir les faits qu’il observe, ce qu’il ressent et les besoins qu’il éprouve, puis à identifier ce qui pourrait contribuer à son bien-être en écoutant le quatrième élément, sa demande. Exemples d’une CNV : Avec l’arrivée massive des déplacés à Fotokol, les autochtones observent la pénurie d’eau. Ils réagissent en interpellant les allogènes parce qu’ils se rendent compte que leur vie est en danger à cause du manque d’eau. Les deux parties se concertent et trouvent heureusement une issue qui contribue tant au bien-être des autochtones que des allogènes : création d’autres points d’eau.


6.4. L’Écoute Active La plupart de gens pensent qu'il est très facile d'écouter ce que les autres disent. Des expé-

riences montrent par contre que la capacité d'écoute de nombre de personnes n'est pas satisfaisante. L’Écoute Active se focalise sur l'essai de comprendre en profondeur, ce que la personne exprime. Elle est un moyen d'une communication claire et d'une mutuelle compréhension. L’Écoute Active ne se limite pas aux oreilles. Si on écoute activement, on écoute aussi avec les yeux et on essaie d'être connecté avec l'autre personne. Ça veut dire écouter les mots qui sont dits et entendre le message derrière les mots ou caché autour des mots. On écoute aussi la voix, le vocabulaire, le comportement – ça veut dire la communication verbale et non-verbale. L'écouteur actif s'intéresse aussi aux émotions et sentiments qui se sont développés au sein de la personne qui parle quand il est en contact avec cette dernière. Un écouteur actif écoute avec son cœur, son imagination et avec son esprit ; sensible au message, il est empathique et pleinement présent. Il essaie de comprendre avec un sens du respect ce que les autres vivent. Ça veut dire de ne pas juger, évaluer ou prendre position pour un coté mais quand même accepter la personne. Ce qui est important est que les capacités d'écouter activement doivent être jumelées avec des qualités personnelles nécessaires. L’Écoute Active est un premier pas à la médiation. L’objectif de l’écoute active est que la personne qui raconte l’histoire ou qui vient nous poser un problème devient avec notre aide capable de trouver sa propre solution. Il y a une différence importante entre l’écoute active et l’action de donner des conseils. Une personne qui s’engage dans l’écoute active est d’abord là pour comprendre totalement l’autre qui parle, et non pas pour donner son propre point de vue sur la personne écoutée. S’il s’agit d’un problème qu’une personne vient poser, la solution la plus durable sera celle qu’elle-même a trouvée pour sa propre situation. Le plus grand défi de l’écoute active est vraiment de rester avec la personne qui est en train de parler et de ne pas chercher dans sa propre histoire si on ne connaît pas un cas pareil et si on possède peut-être le remède qui peut aider. Non, l’écoute active est un outil qui me demande de me vider de mes expériences et de me concentrer sur la personne et, à travers des questions, de connaître tous les détails de son histoire. Exemple : À l’occasion d’un séminaire de formation sur la prévention, la transformation et la résolution des conflits dans le Bassin du Lac Tchad à Mokolo, 18, 19 octobre 2019, le Révérend Pasteur Samuel HETECK a présenté un brillant exposé intitulé : DIALOGUE INTERRELIGIEUX POUR LA PROMOTION DE LA PAIX. Il a développé en une vingtaine de minutes son exposé en 10 points ciaprès : 1)Brève présentation d’ACADIR, 2)Définition, 3)Motivations, 4)Conditions et modalités, 5)Principes et exigences, 6)Ce que le dialogue inter-religieux n’est pas, 7)Ce que le dialogue inter-religieux est, 8) Défis du dialogue inter-religieux, 9)Les obstacles au dialogue inter-religieux, 10)Conclusion. Question : Est-ce que tous les participants au séminaire ont fait preuve d’Écoute Active des propos du Pasteur, même ceux qui ne partagent pas sa foi chrétienne ? Comment pourraient réagir les participants qui seraient contre ACADIR ? Les musulmans lui ont-ils prêté une Écoute Active ? De toutes les façons, on peut dire qu’il n’estpas très facile d'écouter ce qu’autrui dit, surtout si l’on ne partage pas ses idées. C’est dire que l’animateur doit redoubler d’effort en vue d’une Écoute Active

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6.5. Le Feedback

Le feedback est un outil important pour le travail en équipe mais aussi dans la vie quotidienne. Il peut jouer un rôle central parce qu’il nous permet de réagir de façon adéquate par rapport à ce que les autres font ; on essaie de donner un retour constructif qui ne dérange pas notre relation même s’il s’agit d’un retour critique par rapport à quelque chose qu’on n’a pas aimé. Le feedback est : 

une information pleine de tact/courtoise sur les émotions que le comportement d'une personne a provoquées ;

une réaction professionnelle par rapport à quelque chose qu'une personne a présenté ou

conduit ; 

un bon feedback peut conduire à une meilleure compréhension mutuelle, entraîner la perception de soi-même et donner des idées pour des changements de comportement ;

l'efficacité de la réaction/du feedback dépend de la confiance/du respect entre ceux qui sont considérés. Si cette information est transmise d’une manière constructive, toutes les personnes présentes

peuvent gagner une compréhension mutuelle, profonde et franche. En plus, chaque personne peut entraîner sa perception de soi-même et recevoir des aspects pour un possible changement de son comportement. Pour cela, un feedback doit être bien structuré et facile à comprendre. L'efficacité du feedback dépend beaucoup de la confiance entre les deux personnes. En général, l'information du feedback peut être donnée de manière différente : conscient (par le biais des gestes et mimes) ou inconscient (s'endormir), verbale (« Non! ») ou non-verbale (sortir de la salle), formel (questionnaire) ou informel (applaudir).

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6.5.1. Donner et recevoir le Feedback

Dans notre contexte maintenant, il s’agit d’un feedback direct, conscient et verbalisé. Afin de travailler avec l’outil de feedback, je dois me poser deux questions : Comment le donner et comment le recevoir ? Très souvent, il est plus facile de donner le feedback que de le prendre. Les indications suivantes peuvent servir et rendre l’outil plus utilisable : Comment donner un feedback ? donner un feedback quand l'autre personne est capable de l'entendre être assez précis et concret des perceptions sont des perceptions, des émotions sont des émotions, des suppositions sont des suppositions nous n'analysons pas l'autre personne surtout des émotions et perceptions positives se concentrer sur un comportement précis et limité assez rapide (immédiat) réception du feedback est plus facile si l'autre personne le souhaite prendre en considération (percevoir) la réaction de l'autre bon temps et bon endroit Comment recevoir un feedback ? écouter, poser des questions, clarifier ne pas se défendre tout de suite il n'est pas question de décider qui a raison et qui a tort prendre/accepter le feedback si tu es capable de le faire décider soi-même ce que tu veux changer par rapport à son comportement et si tu veux changer Le feedback est un outil pertinent mais il n’est pas facile de l’appliquer. Pour faciliter cette approche, on peut se servir de la méthode « sandwich ».

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6.5.2.La méthode « sandwich »

Un sandwich est composé de manière suivante : d’abord une tranche du pain, au milieu quelque chose de consistant comme des saucisses, des haricots rouges ou l’omelette et à la fin encore une tranche du pain. Cela veut dire que ce qui est le plus important se trouve au milieu, le début et la fin sert à donner un cadre à cette nourriture et à la rendre digestible. La méthode « sandwich » dans le contexte du feedback suit la même logique : Quand je veux donner un feedback qui contient des aspects autant positifs que négatifs, je commence d’abord avec un aspect négatif pour faciliter l’écoute de mon interlocuteur. Au milieu, je mets la critique négative ou bien les aspects ou détails que je n’ai pas aimés et je finalise mon feedback avec un point positif. Exemple : Je veux te remercier que tu aies décidé à rejoindre le village en abandonnant la secte terroriste Boko-Haram. J’ai vu que tu as vraiment très bien fait de prendre cette bonne décision qui fait plaisir à tout le monde au village de Godigong. Mais, j’ai l’impression que tu gardes encore de contact avec les autres qui sont en brousse, ce qui me dérange. Il serait bien de songer à couper tout contact avec eux à partir de maintenant. Je suis très fier quand je vois comment tu as fait des efforts pour nous rejoindre ici au village. Cette manière de donner un feedback, en dehors de tous les aspects qui ont déjà été évoqués plus haut, facilite la digestion de la critique ; elle la rend moins lourde. Un feedback n’est pas une occasion de chahuter quelqu’un mais plutôt une opportunité de l’aider à avancer. En outre, la personne qui donne le feedback ne doit jamais oublier que celui-ci est seulement une offre ; il revient à la personne même qui a reçu cette offre de décider si elle veut la prendre en considération ou pas.

Conclusion La communication est importante dans la société humaine, surtout en matière d’animation des réunions et des discussions. Elle comporte des principes de base qui se déclinent en quatre phases : la phase de l'orientation, la phase de positionnementet de la recherche des rôles, la phase de la familiarité et la phase du détachement. À cela s’ajoutent également les outils d’animation que sont les techniques d’animation centrées sur la parole et celles centrées sur l’action. Ce qui suppose la Communication Non Violente axée sur l’Écoute Active et le Feedback qui peut être appliqué à travers la méthode sandwich

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