Page 1


Rendre visite aux Dieux Pèlerinage au temps de l’Égypte pharaonique


Sommaire ▼ Introduction

Auteurs des notices du catalogue

Jean-Luc Bovot ................................................................................................................................................................................6

Christophe Barbotin : C. B. Dominique Bénazeth : D. B. Jean-Luc Bovot : J.-L. B. Marc Etienne : M. E. Florence Gombert-Meurice : F. G.-M. Hélène Guichard : H. G. Olivier Perdu : O. P. Anne-Hélène Perrot : A.-H. P. Geneviève Pierrat : G. P. Lilian Postel : L. P. Elsa Rickal : E. R. Jean-Michel Sablon : J.-M. S.

Le « pèlerinage » dans l’Égypte pharaonique Youri Volokhine..................................................................................................................................................................................9

Première partie : L’espace des dieux : les lieux saints .................................14 Les temples Claude Traunecker .....................................................................................................................................................................15

Les grands sanctuaires osiriens Jean-Luc Bovot .............................................................................................................................................................................22

Les sanctuaires locaux : l’exemple de Deir el-Médineh Anne-Hélène Perrot ..................................................................................................................................................................31

Les dieux Claude Traunecker .....................................................................................................................................................................40

Deuxième partie : la visite aux dieux : Les pratiques cultuelles .................................................................................................................................64 Voyage et déplacements pieux en Égypte ancienne Youri Volokhine ..............................................................................................................................................................................65

Les pratiques funéraires Jean-Luc Bovot .............................................................................................................................................................................79

Les Fêtes : la sortie du dieu Anne-Hélène Perrot ..................................................................................................................................................................89

La piété personnelle Paul Vernus ......................................................................................................................................................................................94

La postérité du pèlerinage Dominique Bénazeth .............................................................................................................................................................128

Annexes .................................................................................................................................................................................132


Rendre visite aux dieux…

Dans notre monde contemporain, l’image du pèlerin est attachée à deux archétypes culturellement ancrés dans nos mémoires, celle du pèlerin affublé de sa coquille Saint-Jacques, crédence en poche, qui parcourt à pied les nombreux chemins menant au tombeau de Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice et celle du croyant qui accomplit le hadjj en se rendant à la Mecque, le cinquième pilier de l’Islam, dont il revient hâj. A ces deux grands modèles religieux, nous associons aussi les révérences au mur du Temple à Jérusalem, les innombrables manifestations hindouistes, que ce soit aux sources du Gange ou la plongée dans les eaux du fleuve à Bénarès, ou les visites aux quatre grands sanctuaires bouddhistes. À toutes ces manifestations de piété de masse, une multitude de mouvements populaires apportent leur caractère plus volontiers laïque comme les dévotions aux grands acteurs et chanteurs disparus, la tombe de Jim Morrison au Père-Lachaise couverte de fleurs et d’ex-voto par exemple, ou, plus franchement actuel, comme tous ces endroits consacrés lieu de mémoire à l’image du tunnel du Pont de l’Alma à Paris... Tous ces pèlerinages ont en commun trois éléments qui les caractérisent : un déplacement, un lieu « sacré » et une intention. En regard de ces manifestations, peut-on prétendre que l’Égypte ancienne a connu le pèlerinage1 ? Une interrogation complexe pour cette civilisation qui ignore, presque totalement, la relique et le miracle. Un brillant article écrit sur ce sujet par Jean Yoyotte en 19602 a cherché à répondre à cette question dont la pertinence est justifiée par le caractère profondément religieux de l’ancienne Égypte. Le savant insistait sur la difficulté de l’étude liée aux deux écueils de l’histoire pharaonique, sa longueur temporelle et le contenu plutôt allusif des sources. En souhaitant explorer ce thème, cette exposition a été confrontée à ces deux obstacles. Aussi riche que soit la collection du musée du Louvre, les monuments disponibles n’apportent que des bribes de réponse ; une documentation d’autant plus partielle que toutes les périodes n’ont pas laissées le même volume de témoignages et que la majorité de ces sources émanent d’une frange sociale étroite a contrario du « pèlerin » ordinaire. Conscient de ces

Volokhine, p. 9-11 Jean Yoyotte, « Les pèlerinages dans l’Égypte ancienne », Les Pèlerinages, coll. Sources Orientales, Paris, 1960, p. 17-74. 1

▼6 Introduction

2


Le « pèlerinage » dans l’Égypte pharaonique

Il en va de la notion de « pèlerinage » en Égypte antique comme de bien d’autres concepts qui, fortement travaillés par la pensée occidentale, semblent en revanche peu adéquats pour rendre compte des réalités culturelles pharaoniques. En effet, si la notion de « pèlerinage » évoque pour un esprit contemporain d’imposants déplacements et rassemblements de population, à l’instar du hajj, du pèlerinage à Lourdes, ou de la Kumbha Mela, rien de semblable n’a existé en Égypte ancienne. En revanche, comme l’avait proposé Jean Yoyotte, il y a plus d’un demi-siècle, dans l’étude fondatrice sur le sujet, les anciens Égyptiens sont néanmoins fréquemment « passés » en pèlerinage à l’occasion de leurs déplacements1. C’est-à-dire qu’à l’occasion d’un voyage, ou d’un trajet quelconque, l’on n’hésitait pas à prendre le temps de faire quelques dévotions aux dieux du lieu . Cela dit, il faut questionner non seulement les 2

Deir el-Médineh, voyage vers Abydos, tombe de Pached TT3 © Jean-Luc Bovot

sources attestant de réelles visites (dédicaces, prières, etc., laissées à l’occasion d’une visite d’un sanctuaire), mais encore l’imaginaire du déplacement pieux. En effet, ces deux configurations ne sont pas sans relation l’une à l’autre. Nous distinguerons donc le voyage réel du voyage imaginé. Dans la vallée du Nil, chaque ville, chaque région, connaît son panthéon spécifique ; mais certaines cités sont plus particulièrement éminentes comme centre de convergence, lors de fêtes par exemple. Cependant, s’il existe bien un vrai désir de pèleriner – c’est-à-dire de prendre la route pour se rendre à un sanctuaire loin de l’horizon immédiat – c’est à la fois dans un contexte funéraire et imaginaire que celui-ci s’exprime. En effet, dès l’Ancien Empire, dans le cadre d’un imaginaire du territoire et de ses lieux sacrés, on constate, d’abord dans le domaine royal, l’idée de visites symboliques vers des lieux clés : une navigation funéraire conduit notamment vers Abydos, ville d’élection des dynasties les plus anciennes, puis ville emblématique du dieu des morts, Osiris. L’iconographie des tombes, où se construit le motif depuis l’Ancien Empire, tend à montrer une véritable procession fluviale, où le défunt, dans une barque d’apparat, se rend solennellement vers la ville du dieu des morts, pour retirer assurément de ce privilège un bénéfice pour sa survie dans l’Au-delà. Mais, si la documentation abydénienne a permis de mettre au jour des milliers de stèles votives, celles-ci, pourtant, dans leur grande majorité, sont sans rapports directs avec ce phénomène, et ne sont pas les témoignages de pèlerins

2

Yoyotte, 1960. Cf. Malaise, 1987. Volokhine, 1998.

9 Le « pèlerinage » dans l’Égypte pharaonique

1


Cercueil de la Dame Henout [...]

Objet hautement symbolique des collections du musée Crozatier et connu localement comme la « momie », ce cercueil égyptien est entré dans les collections avant 1826 et a été donné par Prosper de Parron, Trésorier général au Puy. Ce cercueil anthropoïde à fond noir, orné de bandes peintes en jaune imitant l'or, est typique de la seconde moitié de la 18e dynastie. La tête est recouverte d'une perruque noire rayée de jaune tombant en deux pans sur la poitrine et porte, respectivement représentées à la tête et aux pieds, Nephthys et Isis agenouillées, les bras levés. Le cou est orné d'un grand collier ousekh composé de plusieurs rangs de perles et de fleurs stylisées avec deux têtes de faucon pour fermoir. La colonne centrale de texte est surmontée de la représentation de la déesse Mout, la déessemère. La cuve est ornée de chaque côté d'un œil-oujdat posé sur une chapelle à corniche et des représentations de génies protecteurs du mort. Cette enveloppe funéraire est très proche par son style de celle de Sennefer (E 14026) ou de Mesré (N 2583) conservés au Louvre. Ce cercueil comporte quelques anomalies d'écriture. Les deux premiers signes de la colonne centrale sont écrits de gauche à droite alors que l'ensemble de la colonne se lit de droite à gauche. Les courtes invocations ne sont pas toujours complètes, s’arrêtant au milieu d'un mot ou d'une phrase. Ces erreurs d'écriture et la faible qualité du tracé font supposer que le peintre possédait une médiocre connaissance de l'écriture hiéroglyphique et se contentait de transcrire un texte écrit en hiératique dont il confondit des signes très semblables. Ce cercueil était destiné à la « maitresse de maison Henout [...] » nom utilisé au Nouvel Empire et pendant la Troisième période intermédiaire, mais ici l'espace qui suit le mot « Henout […] » est détérioré, nous privant du nom complet du personnage momifié. Ce cercueil contient une momie partiellement débandelettée au niveau du visage, des mains et des pieds.

Bois stuqué et peint L. 185 cm. La. 56 cm. H. 47,5 cm Nouvel Empire, 18e dynastie (1550-1295 av. J.-C.) Provenance inconnue Musée Crozatier, Le Puy-en-Velay, inv. : 840.37 1 à 3 (don, av. 1826, Prosper de Parron) Biblio : Sablon, 2003, p. 42-46.

J.-M. S.

83

38.

Rendre visite aux Dieux  

Catalogue de l'exposition "Rendre visite aux Dieux - Pèlerinage au temps de l'Egypte pharaonique"

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you