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en jeu une autre idée du sport la revue de l’UFOLEP

Février 2018 - N° 30 - Prix 3,50 €

INVITÉ Sébastien Nadot

LE SPORT EN

2028


édito

Construire l’avenir

Ufolep

Par Philippe Machu, président de l’Ufolep

À

dix ans de son centenaire, plus que jamais l’Ufolep se doit d’interroger les termes de son apport à la société d’aujourd’hui et de demain. À sa création en 1928, dans une France rurale et encore meurtrie par la Première Guerre mondiale, la mission du secteur sportif de la Ligue de l’enseignement était de favoriser l’accès des jeunes aux pratiques sportives, dans et autour de l’école. Cette mission s’est vite doublée d’une volonté d’utiliser le sport comme levier d’éducation et d’engagement du citoyen, dans un cadre élargi aux parents et aux amis de l’école publique, à travers une vie associative en prise avec la vie locale. Aujourd’hui, une moitié de Français reste écartée des pratiques physiques et sportives. Mais, dans un environnement singulièrement différent, il nous faut agir autrement, plus collectivement, en pesant sur les politiques sportives afin qu’elles répondent aux aspirations et aux besoins de la population. Ces dernières années, l’Ufolep a renforcé son organisation, diversifié ses champs d’action et développé ses partenariats afin de partager avec tous les acteurs concernés un projet global, au service de la société. Mais la contribution à ce projet d’une France plus active et plus solidaire passe par la prise de conscience, commune à tous les dirigeants et animateurs de notre fédération, du rôle qui doit être le sien dans la co-construction des politiques sportives territoriales. L’État et le mouvement sportif se sont fixés pour échéance les Jeux olympiques de Paris 2024. L’Ufolep y ajoute celle de 2028 pour voir s’imposer une culture sportive synonyme de plaisir de pratiquer, de santé, d’insertion sociale et professionnelle et d’engagement citoyen. Voilà pourquoi nous avons souhaité imaginer dans ce numéro l’environnement dans lequel, nous l’espérons, se réalisera cette ambition. ●

coup de crayon par Jean-Paul Thebault

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sommaire

Ce dont « Jeunesse et Sports » est le nom VuLuEntendu : Les éditions Chistera, nouveau venu de l’édition sportive ; Les Lieux de l’histoire de France (Perrin)

INVITÉ

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Sébastien Nadot, un nouveau sport est-il en marche ?

Professeur d’EPS et historien des joutes médiévales, Sébastien Nadot a été élu député en juin 2017, sous l’étiquette de La République En Marche. Avec quelques idées en matière de sport pour tous.

DOSSIER

Le sport en 2028

6 invité 9 dossier 20 santé

DR

Philippe Brenot

4 actualité

Un cancer, les terrains synthétiques ?

CNOSF / KMSP

21 pratique Un Guide associatif en ligne

Ufolep Somme

23 juridique

Le mécénat de compétences

24 réseau

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Sur la route de 2028, Paris 2024…

Dans dix ans, à quoi ressemblera le sport en France ? L’emprise de la finance sur le sport-spectacle sera-t-elle plus prégnante ? Le sport-santé une réalité ? Le bien-être actif partagé par le plus grand nombre ? Quelles disciplines pratiquera-t-on, et comment ? Essai de prospective, avec les éclairages d’une quinzaine d’experts et pour fil rouge les valeurs de citoyenneté et d’utilité sociale. Avec les contributions de : Geneviève Garrigos (Fondation des Femmes), Béatrice Barbusse (sociologue, auteure de Du Sexisme dans le sport), Fabrice Lardreau (journaliste et écrivain), Isabelle Queval (philosophe), Franck Harrold (directeur de l’innovation chez Décathlon), Patrick Clastres (historien), Jean-François Bourg (économiste), Julien Pierre (universitaire, spécialiste du sport en entreprise), Alain Loret (universitaire), Pierre Messerlin (consultant), Frédéric Héran (économiste et urbaniste), Michel Savin (parlementaire), Cyril Linette (DG de L’Équipe), Gilles Dumas (co-directeur de l’agence SportLab).

Commission nationale Sports de neige : l’équipe de formateurs renouvelée ; Indre : une piste de pump track à l’US Brenne ; Rhône : le comité se connecte à l’eSport ; Partenaire : Arnaud Thenoz et la Fédération nationale des comités et organisateurs de festivités (FNCOF) ; Portrait : Farès, Inès, civiquement vôtres ; Instantanés : La Nuit des Relais

28 histoires Morceaux choisis : « Le Doyen du ClubHouse », de P.G. Wodehouse (Joëlle Losfeld) Je me souviens : Didier Tronchet L’image : « El Moro », série Diaspora, d’Omar Victor Diop

30 repères

en jeu “une autre idée du sport” est la revue de l’Union française des œuvres laïques d’éducation physique (Ufolep), secteur sportif de la Ligue de l’enseignement Ufolep-Usep 3, rue Récamier, 75341 Paris Cedex 07 Téléphone 01 43 58 97 71 Fax 01 43 58 97 74 Site internet www.ufolep.org Directeur de la publication Philippe Machu Rédacteur en chef Philippe Brenot Ont participé à ce numéro Nicolas Armand, Noémie Vincent, Benoit Gallet, Benoît Beaur, Arnaud Jean Photo de couverture Shutterstock Maquette Agnès Rousseaux Impression et routage Centr’Imprim, rue Denis Papin 36 100 Issoudun Abonnement annuel 13,50 € Numéro de Commission paritaire 1020 K 79982 Numéro ISSN 1620-6282 Dépôt légal Février 2018 Tirage de ce numéro 8000 exemplaires

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actualité

Service civique à l’Ufolep : bilan 2017

En Jeu

programme Volontaires Tout Terrain, qui avait pour objectif d’améliorer l’écoresponsabilité et le caractère « inclusif » des évènements sportifs, d’accompagner la création de sections sportives et de diversifier les activités de l’association. Ces jeunes ont bénéficié de formations sur les thématiques du grand programme (l’évènementiel à l’Ufolep, le développement durable, etc.) et de temps communs d’échanges de pratiques. Volontaires Tout Terrain se poursuit en 2018, en souhaitant impliquer encore plus d’associations.

Baromètres des villes cyclables RTL

En 2017, près de 700 jeunes se sont engagés dans une mission de service civique au sein du réseau Ufolep. Un peu moins de 200 d’entre eux ont été accueillis dans une soixantaine de comités, et plus de 500 autres au sein de 235 associations. Plus de la moitié de ces clubs ont ainsi recruté dans l’année au moins deux jeunes volontaires. Rappelons que ceux-ci sont âgés de 16 à 25 ans et que la durée de leurs missions peut aller de 6 à 12 mois. Les plus prisées concernent le « soutien à la vie associative » couplé à la « valorisation de l’action de l’association sur le territoire » et « l’aide à la découverte de la pratique sportive par des nouveaux publics ». À titre de comparaison, en 2016, 500 jeunes en service civique avaient été accueillis dans notre réseau, soit une augmentation de près de 30 %. Parmi ces 700 jeunes, 150 se sont engagés dans le cadre de notre

Côté sécurité, 80 % des répondants (85 % des répondantes) estiment qu’il est important d’être séparé du trafic motorisé, et 9 % estiment que les conditions actuelles ne permettent pas aux enfants et aux personnes âgées de se déplacer à vélo en sécurité. Côté « bienveillance » des automobilistes, 8 % seulement des répondants s’estiment respectés par les conducteurs de véhicules motorisés et 90 % constatent que des conducteurs se garent fréquemment sur leurs pistes réservées. Enfin, côté stationnement, 20 % seulement trouvent qu’il est facile de stationner son vélo en sécurité près des gares ou stations de transports en commun.

Les sports de boules à Paris 2024 ?

L’enquête réalisée l’automne dernier par la Fédération des usagers de bicyclette a totalisé plus de 113 000 réponses, ce qui en fait la plus grande menée en France. La Fub met notamment en avant trois points : la sécurité, les rapports avec les automobilistes et le stationnement.

Alors que le base-ball, le karaté, le skateboard, l’escalade et le surf feront leur apparition au programme olympique à Tokyo en 2020, une trentaine de nouveaux sports seront candidats à celui de Paris 2024. Parmi eux, probablement les trois derniers recalés que furent le squash, le bowling et le wushu (un art martial chinois). Mais aussi, avec des chances raisonnables, les sports de boules, la fédération internationale qui en a la charge

CE DONT « JEUNESSE ET SPORTS » EST LE NOM Centré sur la période inaugurale 1928-1948, Jeunesse

caux (…), le premier objectif fut de transformer

et Sports, l’invention d’un ministère, de Marianne

la gymnastique des bataillons scolaires en une

Lassus, est une somme apparemment réservée aux

science des corps nommée éducation physique, et

spécialistes. Pour autant, l’interrogation qui figure

de la détacher des milieux militaires pour la confier

au cœur de l’ouvrage intéressera bien au-delà : pour-

à l’Instruction publique ». Outre Jean Zay, on ne

quoi avoir marié de force les « sports » et « l’éduca-

s’étonnera donc pas que Marianne Lassus mette en

tion populaire » ? Pourquoi cette exception française

évidence le rôle joué par d’éminentes figures de la

des politiques à destination de « la jeunesse » ?

Ligue de l’enseignement et de l’Ufolep telles que

Dans sa préface, Patrick Clastres en voit l’origine dans

Léo Lagrange ou Marcel Delarbre.

le traumatisme des défaites militaires (1870, 1914, 1940), dans

Mais l’ouvrage questionne aussi l’avenir, ce que Patrick

les menaces contre-révolutionnaires (les Ligues nationalistes,

Clastres formule ainsi : « Cette histoire, au final, serait-elle la

Vichy) et dans les enjeux hygiéniste, moral et pédagogique.

“chronique d’une mort annoncée” comme le suggère un ancien

« Rien d’étonnant alors que les différents services en charge de

inspecteur de la Jeunesse et des Sports ? Il est temps, en tout

l’Éducation physique, des Loisirs, de l’Éducation populaire, des

cas, de mettre fin au postulat de “la” jeunesse, et de voir dans

Sports ou de la Jeunesse circulent d’un pôle à l’autre, soit la

la diversité des jeunes et des jeunesses de France une solution

Guerre et la Défense nationale, la Santé, l’Instruction publique

plutôt qu’un problème. » ● Ph.B.

et l’Éducation nationale, les Arts et la Culture. »

Jeunesse et Sports, l’invention d’un ministère (1928-1948), Marianne Lassus, Insep-Comité d’histoire du Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, 665 pages (dont 200 d’annexes), 25 €.

Et l’historien de rappeler que, « pour les Républicains radi-

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Mondial La Marseillaise

VuLuEntendu ENGAGEMENT RÉUSSI POUR LES ÉDITIONS CHISTERA s’efforçant de gommer l’image désuète des trois disciplines spécifiques que sont la pétanque, la boule lyonnaise et la raffa italienne. En revanche on croit moins aux chances du tir à la corde, déjà en lice pour Tokyo 2020. (L’Équipe du 4 décembre)

Dopage : le labo de Châtenay réhabilité Annoncée le 24 septembre par l’Agence mondiale antidopage (Ama) en raison d’un problème d’échantillons pollués par des appareils de mesure mal nettoyés, la suspension du laboratoire d’analyse de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) a été levée fin décembre à la suite d’une inspection des locaux. C’est un soulagement pour l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), qui travaille dès à présent au déménagement du laboratoire dans de nouveaux locaux dans la perspective des Jeux olympiques de 2024.

DR

Décès d’Yves Guillaume

Ancien élu national de l’Usep et de l’Ufolep (1989-2004), Yves Guillaume est décédé d’une maladie fulgurante en novembre dernier, à l’âge de 73 ans. Ancien instituteur, formateur national pour nos deux fédérations, Yves Guillaume était toujours président de la Ligue de l’enseignement de Haute-Marne. Il avait également été maire de sa commune de Treix, près de Chaumont. Très à l’écoute des autres, Yves Guillaume était le seul militant à avoir reçu deux médailles d’honneur décernées par l’Ufolep et par l’Usep.

Les quatre ouvrages avec lesquels les éditions Chistera ont fêté leur naissance fin 2017 résument le parti-pris de ce nouveau venu dédié au sport, « des origines à nos jours ». Et c’est plutôt du côté des origines que réside la singularité de cette première salve. À côté de classiques Petites histoires de la Grande Boucle, narrées par le journaliste et cofondateur de Chistera Jean Damien Lesay, on trouve en effet la réédition de trois « incunables » traitant du Sport à Paris (en 1854), du Cyclisme (en 1893) et du Rugby (en 1894). Signé Eugène Chapus (1800-1877) et paru au début du Second Empire, Le Sport à Paris est le premier ouvrage consacré au sport, au sens moderne du terme, dans la mesure où il ne traite pas seulement de courses de chevaux mais aussi de lutte, de natation, de patinage, d’aviron, de gymnastique, de tir au pistolet et de boxe. Les plus célèbres adeptes de ces temps héroïques ont également droit à leur portrait. D’abord chroniqueur des plaisirs mondains puis auteur de guides de voyage, Eugène Chapus lance la même année 1854 un périodique éponyme, Le Sport, qui paraîtra jusqu’en 1900. Un vrai pionnier ! Contemporain de l’enracinement de la IIIe République, Le Cyclisme théorique et pratique traduit jusque dans son titre cette période qui voit la Petite Reine se populariser. Son auteur, Baudry de Saunier est un journaliste de L’Illustration, passionné de vélocipédie comme nombre d’hommes de lettres de son temps. Le Rugby témoigne d’un même souci didactique, et l’un des coauteurs est fameux : Georges de Saint-Clair (1845-1910), dirigeant du Racing et premier président de l’Union des sociétés athlétiques. Son cadet Édouard Saint-Chaffray participa pour sa part en 1892, sous les couleurs du Stade Français, à la première finale du championnat de France de rugby face au dit Racing. Ce qui permet à Chistera d’établir le lien avec l’époque actuelle, en référence à la fusion avortée entre les deux clubs début 2017… ● Ph.B. Petites histoires de la Grande boucle (10,90 €), Le Sport à Paris en 1854, Le Rugby en 1894 (13,90 €), Le Cyclisme en 1893 (16,90 €). En librairie ou à commander sur www.editions-chistera.com (également en consultation libre sur le site : de grands entretiens, des chroniques...).

LES LIEUX DE L’HISTOIRE DE FRANCE « Temples du sport, les grands stades sont également des lieux où s’écrit l’histoire des nations », explique Paul Dietschy pour justifier la notice qu’il consacre à l’enceinte de Colombes dans cet ouvrage collectif sur Les lieux de l’histoire de France. Pourquoi Colombes ? Parce que cette banlieue était commodément reliée à la gare Saint-Lazare et qu’à la fin du xixe siècle les dirigeants du Racing Club de France y trouvèrent un terrain à bas prix. Le 2 janvier 1911, le XV de France y remporte face à l’Écosse sa première victoire dans le tournoi des Cinq nations. Puis, à l’occasion des Jeux olympiques de 1924, les tribunes en bois cèdent à la place à « une enceinte en béton armé et au toit en structure métallique, enserrant un terrain de football et une piste d’athlétisme ». Et tant pis si celle-ci se fond dans un environnement industriel : dorénavant, ceux qui voudront supporter les équipes nationales de football et de rugby ou assister à la finale de la Coupe de France prendront le train ! La capacité du stade Yves-du-Manoir est ensuite portée à 65 000 places pour accueillir la Coupe du monde de football 1938, qui verra le triomphe de l’équipe d’Italie, porte-drapeau du fascisme mussolinien. Les années 1960 seront celles du déclin et de l’abandon par les équipes nationales d’un stade définitivement remplacé au début de la décennie suivante par le nouveau Parc des Princes. Et si le rugby professionnel l’a remis un temps dans la partie, dorénavant le Racing 92 dispute le Top 14 dans son U-Arena de Nanterre. Certes, un siècle après, Colombes accueillera de nouveau en 2024 un tournoi olympique : celui de hockey sur gazon. Mais après, qui prendra encore le train pour le stade de Colombes ? Il est également à craindre que, d’une banlieue l’autre, une réédition de ce livre ne lui substitue le Stade de France de Saint-Denis. ● Ph.B. Les Lieux de l’histoire de France, sous la direction d’Olivier Wievorka et Michel Winock, Perrin, 494 pages, 23 €.

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invité

Prof d’EPS, historien du sport et député LREM

Sébastien Nadot, en marche pour un nouveau sport ? Professeur d’EPS et historien des joutes médiévales, Sébastien Nadot a été élu député en juin 2017, sous l’étiquette de La République En Marche. Avec quelques idées en matière de sport pour tous.

S

ébastien Nadot, vous êtes professeur d’EPS et l’auteur d’une thèse qui met en lumière le caractère sportif des tournois de chevaliers du Moyen-Âge. Vous êtes aussi député LREM de Haute-Garonne. En quoi ce parcours nourrit-il la vision du sport que vous défendez aujourd’hui au parlement ? Pour un enseignant d’EPS convaincu que l’on doit aborder le sport sous l’angle de la transformation sociale et de l’amélioration de l’individu à travers les pratiques physiques – et sportives, mais pas seulement –, siéger à l’Assemblée nationale, cela signifie se voir offrir la possibilité d’orienter le sport. Car celui-ci est un objet social et un outil très complexe à qui il manque parfois une boussole. Si ce sont les pratiquants qui façonnent le sport, les politiques sont là pour lui donner du sens social et une orientation. C’est ce que je souhaite faire en tant que député, même si je suis neuf dans l’exercice. Le sport a souvent été instrumentalisé politiquement…

UN « PROGRESSISTE » RALLIÉ À E. MACRON Né en 1972 à Fleurance (Gers), Sébastien Nadot est professeur agrégé d’éducation physique et sportive et docteur en sciences sociales. Il a enseigné en collège et lycée, et aussi durant cinq ans à l’université, en filière Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives). Candidat du Mouvement des Progressistes (fondé par Robert Hue) à l’élection présidentielle 2017, il n’est pas admis à participer à la primaire de gauche et n’obtient pas les 500 parrainages exigés pour se présenter. Il rallie ensuite Emmanuel Macron et est élu député La République En Marche de la dixième circonscription de Haute-Garonne. Sébastien Nadot a également siégé au Conseil économique, social et environnemental de décembre 2015 à juin 2017 et signé un conte politique. Intitulé Reinette 2.0. (Alma éditeur, 2017), celui-ci questionne les rapports entre démocratie, Internet et les réseaux sociaux. Sébastien Nadot a par ailleurs longtemps pratiqué le basket-ball à un très bon niveau sous le maillot du Cercle Jean Macé de Bourges. ●

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Et pour cause : à travers lui, on peut mener des objectifs diamétralement opposés ! Le sport est notamment une arme diplomatique : avoir les meilleurs sportifs, c’est suggérer que son régime politique est le meilleur, quitte à organiser le dopage. Il y a aussi parfois l’idée, même non formulée explicitement, d’occuper les gens à faire et à regarder du sport : le côté opium du peuple, temps de cerveau disponible pour la publicité… Vos travaux universitaires suggèrent que le sport est, à chaque époque, un miroir de la classe dominante. En ce début de xxie siècle, de quoi est-il le reflet ? À bien des égards le sport reflète aujourd’hui les excès de notre société : course à la consommation, au toujours plus, sans se soucier de l’art et de la manière. Cette logique se retrouve dans la dimension forte de la triche, à travers le dopage ou pour obtenir l’organisation des grands événements sportifs. On s’assoit sur l’éthique, alors qu’elle devrait primer dans l’idée d’un sport humaniste ! En 2016, dans une chronique pour l’Obs à l’occasion des Jeux de Rio, vous proposiez de remplacer la devise « Plus vite, plus haut, plus fort » par une autre : « Une heure à regarder, une heure à pratiquer. » Cette devise pourrait-elle être reprise aujourd’hui par la ministre des Sports ? C’est toute l’actualité de mon combat ! Ce sont deux univers qui se complètent : pour certains, le sport est un objet qui se regarde, mais son principal intérêt réside quand même dans la mise en action du corps des individus. On peut être passionné par le spectacle sportif, mais cela ne suffit pas ! Vous reconnaissez-vous alors dans le projet porté par Laura Flessel pour les Jeux olympiques de 2024 ? Il y a deux aspects. Jusqu’à l’automne dernier, le projet consistait d’abord à obtenir les Jeux, précisément en jouant le jeu du CIO. Cela passait par une phase nécessaire de communication sous un certain angle, où je ne me suis reconnu qu’à moitié, ne serait-ce que dans le choix d’un slogan en anglais… Mais c’est à présent qu’on entre dans le vif du sujet : va-t-on faire des JO spectacle ou des JO émancipateurs pour notre société et notre


L’an passé vous étiez encore professeur d’EPS en collège : quelle est la pratique physique et sportive des jeunes aujourd’hui ? Est-elle en chute ? Non, mais les écrans sont partout. Ce qui change, ce n’est pas tant la quantité de pratique sportive dans un cadre donné, mais tout le reste. Il y a 30 ans, notre quotidien était fait de beaucoup plus de mobilisation du corps : l’impérieuse nécessité de la pratique physique s’imposait moins car on dépensait davantage d’énergie. La société numérique a provoqué un changement radical, et on ne reviendra pas en arrière. Pour compenser, on ne peut se satisfaire d’une pratique licenciée stable ou en légère hausse. Ce que j’ai constaté dans mon quotidien d’enseignant, c’est qu’au bord des piscines, les enfants de 6e n’ont plus la même silhouette qu’il y a vingt ans : ils ont un petit ventre. Et trois heures d’EPS par semaine, modèle moyen de la maternelle à la terminale, c’est totalement insuffisant au regard du mode de vie actuel. Mais les réponses ne résident pas seulement dans l’école. Je pense par exemple au sport en entreprise : c’est un Graal quand on ménage aux salariés un moment pour la pratique physique. Le sport au travail, ce devrait être la norme ! La pratique physique de bien-être personnel et social des personnes âgées doit également progresser. Plus largement, il y a un sacré changement à initier pour toutes les catégories de la société française ! Par qui ? Les réponses ne sauraient se cantonner à un secteur ou à un type d’acteur. Chacun doit comprendre que nous sommes à un moment-charnière, un moment crucial. Le modèle du Français, de l’Européen, de l’humain de demain, c’est un bonhomme qui fait 20 kg de plus qu’avant, avec tous les coûts induits que cela représente : car ça coûte cher, une population en mauvaise forme physique… Soit on accepte cet état de fait, soit on prend les choses à bras le corps. Car on n’inversera pas cette tendance d’un coup de baguette magique. C’est là le rôle du politique et de la représentation nationale. Justement, l’Ufolep propose de modifier le Code du sport pour aligner le statut des fédérations de sport pour tous sur celui des fédérations olympiques ou unisport, afin qu’elles disposent demain de davantage de moyens pour développer la pratique du plus grand nombre. Quel regard portez-vous sur cette démarche ?

Philippe Brenot

planète, respectueux de critères sociaux et environnementaux ? Ceux-ci seront-ils un outil de transformation sociale ou juste un moment de communion nationale, où les télés réaliseront des audiences record, mais éphémères et sans lendemain ? J’espère que les Jeux de Paris 2024 vont nous permettre de basculer dans le xxie siècle en allant à l’encontre de ce qui caractérise le sport depuis la fin du xxe : tout pour les médias, tout pour l’argent. Car si le sport n’est plus qu’un modèle économique qui tourne pour lui-même, ça n’a pas d’intérêt. À mes yeux, la mesure de la réussite, ce sera que les jeunes puissent entrer dans la pratique, que les adultes aient envie d’en reprendre une, et que l’on porte un regard neuf sur le handicap à travers le sport.

En tant que député, j’essaierai de l’encourager. Il faut savoir qu’après la loi portant sur les infrastructures olympiques (1), nous devrons travailler l’an prochain un texte que, dans sa feuille de route, la ministre a présenté comme une grande loi « sport et société ». J’espère que ce sera celle que nous attendons. Car si des travaux législatifs intéressants ont pu être menés ces dernières années – je pense au texte à dimension économique initié il y a deux ans par le Sénat – la dernière grande loi sur le sport reste celle de Marie-George Buffet, en 2000. Or, depuis, les évolutions de notre mode de vie ont été considérables. Il est urgent qu’un texte législatif en prenne aujourd’hui la mesure. ● Propos recueillis par Philippe Brenot

Sébastien Nadot : « La dernière grande loi sur le sport reste celle de MarieGeorge Buffet, en 2000. »

(1) Approuvé le 20 décembre à l’Assemblée nationale, le texte sera débattu au Sénat début février en vue d’une adoption définitive à la fin du premier trimestre.

TOURNOIS MÉDIÉVAUX ET ESPRIT OLYMPIQUE Auteur d’une thèse sur les joutes chevaleresques du Moyen-Âge, Sébastien Nadot en a fait un ouvrage : Rompez les lances ! (Autrement, 2010). Ses recherches l’ont par ailleurs amené à défendre la conception d’un continuum du sport de la Grèce à aujourd’hui et à s’opposer à celle, dominante, qui lie l’apparition du sport moderne à un abaissement du degré de violence et à l’avènement d’une éthique propre. Pour lui, la passion sportive est présente à l’époque médiévale et n’apparaît donc pas ex nihilo au xixe siècle dans l’Angleterre de la Révolution industrielle. ●

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#SocieteEnMouvement

POUR UNE SOCIÉTÉ EN MOUVEMENT Un sport au service des enjeux de société

www.societeenmouvement.fr


Usep Gironde / En Jeu

dossier Quels sportifs nos enfants seront-ils ?

Le sport en 2028 Dans dix ans, à quoi ressemblera le sport en France ? L’emprise de la finance sur le sport-spectacle sera-t-elle plus prégnante ? Le sport-santé une réalité ? Le bien-être actif partagé par le plus grand nombre ? Quelles disciplines pratiquera-t-on, et comment ? Essai de prospective, avec les éclairages d’une quinzaine d’experts et pour fil rouge les valeurs de citoyenneté et d’utilité sociale.

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À quoi ressemblera le sport demain ?

Le pire, ou le meilleur Si la science-fiction envisage le sport sous l’angle négatif des dérives possibles, il n’est pas interdit d’imaginer un futur humaniste, tourné vers une pratique quotidienne de bien-être. Et à l’horizon de dix ans ?

L

spécialiste du dopage biotechnologique (4). Il est vrai que, pour mieux les conjurer sans doute, la science-fiction se plait davantage à imaginer les dérives du monde de demain que les utopies heureuses.

es œuvres d’anticipation traitent rarement du sport. Et, lorsqu’elles le font, c’est généralement pour en offrir une vision sombre et ultraviolente. Comme dans le film Rollerball, emblématique du genre, où tous les coups sont permis sur la piste sur laquelle tournent des gladiateurs montés sur patins à roulettes (1). Dès 1952, dans son roman de science-fiction Limbo (2), l’écrivain Bernard Wolfe imaginait pour sa part des athlètes aux membres remplacés par des prothèses ultraperfectionnées. De proches cousins des joueurs robotisés dessinés en 1987 par Enki Bilal dans Hors jeu (3), avatars prémonitoires de l’homme augmenté que nous prépare la révolution transhumaniste… Sur le même registre, l’ancien perchiste et grand reporter à TF1 Jean-Michel Bellot proposait dans Doping Zone une vision du sport de haut niveau à l’horizon 2046, d’autant plus crédible que le roman a été rédigé en étroite collaboration avec le Dr Gérard Dine,

DÉSENCHANTEMENT Mais il n’est pas besoin d’aller si loin pour observer un certain désenchantement à l’égard du sport, et plus précisément de son spectacle. « La passion cède lentement la place à une placide indifférence » constatait en 2016 le journaliste Simon Barnes en citant les soupçons qui ternissent les écrasantes victoires de Chris Froome sur le Tour de France, la corruption des institutions sportives ou le poids des enjeux financiers et commerciaux (5). « Chaque jour, c’est un peu de la crédibilité du sport qui disparaît. » Or celui-ci « n’existe plus si les gens n’y croient plus ». On peut voir un symptôme de ce désamour dans les violentes revendications des supporters auprès des dirigeants de club et de

joueurs désormais considérés comme des mercenaires dont on exige des résultats. Et le même phénomène se fait jour dans le rugby, plus présent médiatiquement, mais qui ne suscite plus l’enthousiasme d’il y a trente ou quarante ans. Et les Jeux olympiques, que reste-t-il de leur idéal ? Mais ce désenchantement (qui touche peutêtre avant tout les plus âgés) ne devrait pas empêcher « l’emprise sportive » théorisée par Robert Redeker (6) de se resserrer plus encore. Pour le philosophe, le sport « sature » déjà notre quotidien. En particulier à travers le spectacle sportif, dans lequel Robert Redeker voit un « arraisonnement » de l’existence humaine, au sens où il structure notre existence comme si elle dépendait des résultats de telle équipe ou des exploits de tel champion. S’y ajoute une injonction au divertissement, à la santé, au corps performant… D’où cette crainte : demain, le sport façonnera-t-il les âmes et les corps à la façon d’un moule commun à toute la société ? NUMÉRISATION

Parce qu’elle concerne le sport au premier chef, la question de l’amélioration des performances du corps humain au moyen des biotechnologies

Enki Bilal / Casterman

LE TRANSHUMANISME EST PARMI NOUS

était au cœur de notre dossier sur le transhumanisme de février dernier. Et il est clair que, dans dix ans, les questions éthiques posées par « l’humain augmenté » se poseront avec encore plus d’acuité. À moins que ces débats sur le recours à la thérapie cellulaire, à l’amélioration génétique ou à l’utilisation de prothèses n’apparaissent déjà dépassés… ●

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Sans risque de se tromper, le numérique sera l’une des réalités du sport de notre futur proche. Via nos smartphones, nos montres et autres objets intelligents, le sport connecté accompagne déjà nos pratiques : nous sommes de plus en plus nombreux à compter nos pas quotidiens, à calculer la moyenne de notre sortie de course à pied ou de vélo, à échanger au sein d’une communauté de pratiquants ou à mettre en commun les traces GPS de nos randonnées. Et demain, la réalité virtuelle nous donnera t-elle l’illusion de faire notre jogging dans l’environnement de notre choix ? Joueronsnous au tennis avec un partenaire éloigné de plusieurs milliers de kilomètres ? Et d’ail-


leurs, faut-il le souhaiter, ou s’en désoler par avance… Autre question : l’eSport sera-t-il intégré à la grande famille du sport ? Ou sera-t-il au contraire considéré comme le loup dans la bergerie, accusé de favoriser la sédentarité sous couvert de passion sportive partagée ? À moins que les deux cultures, sportive et numérique, ne s’allient pour encourager la pratique physique des plus jeunes, comme veut le croire le comité Ufolep AuvergneRhône-Alpes (lire p.24).

Suzanne Fournier Schlegel / Rapho

Le sport en 2028

Et si demain le sport était plaisir et bien-être plus que compétition et performance ?

SANTÉ Car il est clair que, demain plus encore qu’aujourd’hui, la pratique physique et sportive sera un enjeu de santé publique, à la lumière de problèmes d’obésité et de sédentarité déjà criants. Mais comment encourager celle-ci ? Comment convaincre de « l’importance de la mise en jeu du corps, d’une relation à l’autre concrète et du sens du collectif », comme le détaille la chercheuse Isabelle Queval, auteure de S’accomplir ou se dépasser (lire p.15) ? Comment attirer vers la pratique sportive les populations qui en sont les plus éloignées ? Et notamment nombre de seniors, de femmes, et les catégories sociales les moins aisées… L’avenir, c’est aussi et d’abord les enfants et les jeunes, alors qu’en quarante ans les collégiens ont perdu un quart de leurs capacités physiques ! Pour commencer, ne faudrait-il pas faire respecter les horaires officiels d’éducation physique et sportive à l’école ? « Il serait très simple de débuter chaque journée par vingt minutes de sport avec sa classe » propose le député LREM Sébastien Nadot, professeur d’EPS et invité de ce numéro de En Jeu. Quant à Véronique Moreira, présidente de l’Union sportive de l’enseignement du premier degré (Usep) et vice-présidente du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), elle souhaite que « des enseignants puissent être investis d’une mission d’animation du sport scolaire ». PARIS 2024, ET ALORS ? Enfin, il est impossible d’essayer d’imaginer le sport de demain en France sans intégrer cette variable : Paris 2024. La ministre des Sports affirmait-t-elle pas, le 20 décembre à la tribune de l’Assemblée nationale, que « c’est dans l’ambition d’une société transformée grâce au sport que résidera [la] légitimité [du projet olympique] ». Cette ambition, le plan Héritage 2024 la décline en plusieurs

thèmes  : éducation, santé et handicap, insertion, égalité femmes-hommes, développement des territoires, excellence environnementale… Il reste à s’en donner les moyens à long terme. Car un événement ponctuel, aussi considérable soit-il, peut-il rendre un pays plus sportif et plus actif, au-delà même de l’objectif des trois millions de pratiquants supplémentaires fixé par Emmanuel Macron et Laura Flessel ? N’est-on pas dans l’utopie ? En 2028, il sera l’heure de faire le bilan de celle-ci… Une dernière interrogation pour en terminer avec cet exercice d’inventaire, approfondi dans les pages suivantes. Quel impact le dérèglement climatique et la pollution Février 2018

auront-ils sur les activités sportives ? Car même si, à l’image de l’escalade, les pratiques nées de l’environnement naturel s’artificialisent, le sport ne vit pas en vase clos. En cela, il est l’un des baromètres de notre société et de notre mode de vie. Pour le meilleur, ou le pire. ● Philippe Brenot (1) Réalisé par Norman Jewison, ce film sorti en 1975 a fait l’objet en 2002 d’un remake inspiré de la même nouvelle de William Harrisson, Roller Ball Murders (1973). (2) L’ouvrage a été réédité au Livre de poche en 2001. (3) Paru aux éditions Autrement puis réédité chez Casterman. (4) Editions du Rocher, 2004. (5) Dans un article paru dans l’hebdomadaire anglais The Spectator et traduit par Courrier international (n°1319, février 2016). (6) François Bourin éditeur, 2012.

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Un sport moins viril ?

«S

  tatistiquement, le nombre de licenciées féminines augmente, notamment dans les grands sports d’équipe comme le football et le rugby. La visibilité médiatique des équipes féminines progresse également, et je crois que l’idée selon laquelle une femme peut pratiquer n’importe quel sport est désormais communément admise. Cela renforce la place des femmes dans le sport, mais aussi l’égalité femmes-hommes, en participant à un mouvement plus général qu’illustre également le débat sur l’écriture inclusive. DES STÉRÉOTYPES AU SEXISME. Historiquement, le sport est un espace où l’on valorise à l’extrême la puissance et la virilité, considérées comme des valeurs masculines par excellence. Mais dès lors qu’on montre des pratiquantes de football, de rugby ou même de handball qui renvoient elles aussi une image de puissance, et donc de virilité, cela fait reculer ces stéréotypes. Bien sûr, ce n’est pas en dix ans que ces stéréotypes vont disparaître. Mais si on valorise davantage le jeu, la tactique et la stratégie que la puissance, le sexisme va régresser. Car celuici se nourrit des représentations différenciées des hommes et des femmes. DES HOMMES LIBÉRÉS. L’égalité hommes-

Fédération française de rugby

C’est ce qu’imagine Geneviève Garrigos, membre du conseil exécutif de la Fondation des Femmes et ancienne présidente d’Amnesty International France.

Le rugby féminin, une chance pour les hommes ?

femmes profitera également à ceux-ci. Le sport, ne serait-ce que dans son vocabulaire, demeure un dérivatif guerrier : « On va les battre, les écraser, il faut aller au combat… » Or je me souviens de la découverte que fut pour beaucoup le rugby féminin lors de la Coupe du monde 2014 en France : les joueuses étaient certes puis-

santes, mais elles pratiquaient le jeu alerte d’il y a une trentaine d’années, avant que le rugby masculin ne bascule dans l’affrontement pur. La féminisation se fait évidemment au bénéfice des femmes, mais aussi du sport dans sa totalité et son essence. Car la compétition est faite pour stimuler, pas pour tuer. » ●

Sociologue, ancienne joueuse de handball et exprésidente de l’US Ivry, Béatrice Barbusse est l’auteure de Du sexisme dans le sport (Anamosa, 2016). « Dans dix ans, le sport sera encore très mascu-

Éric Baudet / Divergence Images

LE SEXISME, DURABLEMENT ENRACINÉ

lin. Peut-être pas dans les pratiques, mais très

Et, sexiste, le sport le sera encore durablement. Pas de manière aussi dominante certes, car nous aurons je l’espère réussi à faire évoluer les mentalités. Mais on n’éradique pas vingt siècles de stéréotypes en une décennie ! C’est pourquoi je ne me fixe pas un objectif dans le temps. Je sais juste une

certainement dans les fonctions d’encadrement technique,

chose : je ne verrai pas la parité et l’égalité parfaite hommes-

dans l’arbitrage et les fonctions dirigeantes. Il faudra plus

femmes dans le sport, je serai morte avant ! Ma seule préoccu-

longtemps pour observer un effet quantitatif significatif et

pation est de faire avancer les choses. Et pour les accélérer, il

atteindre une proportion disons “convenable”, sans même

faut que davantage de femmes et d’hommes nous rejoignent

parler de parité…

dans l’action, la pédagogie et la réflexion. » ●

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Février 2018

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Le sport en 2028

Docteur en économie, Jean-François Bourg est chercheur associé au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges et directeur de la Jeunesse et des Sports de la Ville de Brive.

DR

Entre fric et dopage, quel espace ? Jean-François Bourg

Jean-François Bourg, pour reprendre une interrogation au cœur de votre dernier livre, La société dopée (Seuil, 2017)  : en 2028, le néolibéralisme économique aura-t-il définitivement annexé le sport ? Oui, mais avec deux bémols. Définitivement ? Non. Et puis de quel sport parle-ton ? Concernant le sport de haut niveau mis en spectacle, qui relève de l’industrie du divertissement et de l’économie de la célébrité, il y aura clairement une intégration

toujours plus grande, accompagnée d’une instrumentalisation du sport et des valeurs dont il se réclame au bénéfice d’intérêts financiers. On peut imaginer qu’en 2028, le chiffre d’affaires du sport-business aura dépassé mille milliards d’euros, soit 2 % du PIB mondial, ce qui confirmera sa progression. Un terme a été forgé pour définir ce capitalisme dévoyé par la cupidité que l’on observe depuis les années 1980 : le « cupidalisme ». Or cela correspond bien au sport, qui partage désormais avec les opérateurs de cette financiarisation le même vocabulaire, les mêmes valeurs et les mêmes finalités. Vous n’englobez pas là tout le sport… Non, parce que parallèlement il y a une forte demande sociale pour des pratiques non compétitives relevant de la santé, du bien-être, du loisir, du lien social. Ce sera une alternative mais pas une tendance dominante, et l’autre aura encore de beaux jours devant elle en 2028…

Le sport sera-t-il plus que jamais le symptôme de la « société dopée » que vous dénoncez en titre de votre ouvrage ? Oui, je le crois. La pratique sportive a toujours été instrumentalisée. Au xixe siècle, elle a été mise au service de la patrie et de la société industrielle. À présent, c’est un outil de développement de la société de marché, où tout le monde est en concurrence avec tout le monde… C’est la raison pour laquelle ce sport-là sera un marqueur sociétal encore plus important en 2028. Le fondement du sport, c’est l’amélioration systématique des performances humaines, comme dans le domaine professionnel. Le titre d’un autre ouvrage récemment paru est significatif à cet égard : Se doper pour travailler (1). Et même si on ne les verra pas à l’image, il ne fait aucun doute qu’en 2028, les médecins seront présents aux côtés des athlètes engagés aux Jeux olympiques. ● (1) Ouvrage collectif coordonné par Renaud Crespin, Dominique Lhuilier et Gladys Lutz, Erès, 2017.

Le sport en entreprise rénové Julien Pierre, en 2028, le sport en entreprise sera-t-il pratiqué par une majorité de salariés ? Je réponds oui, pour deux raisons. Premièrement, on ne parlera plus de sport en entreprise au sens traditionnel du terme, celui du sport corpo. On ne parlera même plus de sport mais d’activités physiques, ludiques, récréatives. Et là, on ouvre le spectre de recrutement de ces « sportifs » d’un nouveau genre. Deuxièmement, avec le développement du numérique, la «  gamification  » du sport, sa pratique connectée, aura un impact de plus en plus important. En outre, le sport en entreprise s’accorde bien avec ces usages divertissants et collectifs. Il se pratiquera demain dans de nouveaux espaces : non plus seulement la salle de fitness traditionnelle avec ses machines de musculation,

mais une salle évolutive pleine d’écrans où la réalité augmentée ne sera plus concentrée dans un casque mais partagée par tous. On pourra faire de la marche nordique dans un environnement de forêt vosgienne, puis passer à une confrontation de balle au prisonnier avec des collègues d’une filiale installée aux États-Unis… Ce sera une version dépoussiérée des challenges inter-entreprises. Et cela répondra parfaitement aux souhaits des dirigeants d’entreprise… Ceux-ci veulent en effet des employés qui ne sont pas sédentaires, qui sont contents d’aller au boulot et ouverts à la communication avec les autres. La gaming room et son cadre ludique permettent de travailler la cohésion, tout en faisant bouger les gens. Cela réunira les intérêts des employeurs et des employés. DR

Le sport en entreprise va muter, annonce Julien Pierre, enseignant à la faculté des sciences du sport de Strasbourg et animateur du site www.sport-entreprise.com

Du coup, on serait à la fois dans le sport qui se pratique et celui qui se regarde ? Février 2018

Course inter-entreprise

C’est là une distinction que l’on doit à Alain Loret (lire page 16) et, en effet, d’une certaine façon on est à la jonction des deux : pratiquer, tout en regardant. J’ajouterai qu’à l’avenir on privilégiera moins la maîtrise technique, afin de ne pas limiter la pratique sportive à ceux ayant pu bénéficier d’un apprentissage auparavant. Aujourd’hui, avec les bracelets connectés et les objets intelligents, cette pratique physique et sportive au travail va s’ouvrir à l’ensemble des collaborateurs, y compris les femmes et les seniors. ●

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Quels produits en magasin ?

«L

a tendance générale est d’aller vers des produits à l’impact écologique réduit : dans la production, le transport, leur utilisation et leur deuxième vie, par le recyclage. Nous allons aussi développer des produits pour des pratiques fines. Par exemple une offre “vélo” découpée en sept segments, de la ville à la route en passant par le tout terrain, le tout chemin, etc. OBJETS INTELLIGENTS. Decathlon est moins centré sur l’innovation technique que l’offre de produits facilement accessibles pour le plus grand nombre. Mais oui, dans dix ans, il y aura forcément des objets intelligents dans nos magasins. Ce terme englobe les objets connectés, mais aussi des vêtements qui s’adapteront d’euxmêmes à la température ambiante et aux besoins d’imperméabilisation ou de ventilation, grâce à des composants textiles et des biotechnologies. Il existe déjà – pas encore chez nous – des semelles en silicone intégrant des bactéries

qui, sous l’effet de la chaleur, les dilatent. COMMUNAUTÉS. Grâce aux objets connectés, nous souhaitons faire vivre des communautés de sportifs, avec des échanges de données via un smartphone ou des produits RFID (radio-identification), ces puces passives qui émettent de l’information. Les progrès technologiques sont tels que ces puces RFID commencent à intégrer des capteurs de chaleur, de pression, etc. BALLONS ET BASKETS. Un ballon est un produit très complexe, avec beaucoup d’interventions manuelles, même si ça ne se voit pas forcément du côté du consommateur. Nous travaillons sur la notion d’étanchéité permanente, afin d’éviter qu’il ne se dégonfle. Et bien sûr, dans dix ans il n’y aura plus ni PVC ni polyester ni aucun composant à base de pétrole. Ils auront été remplacés par des matières végétales ou des matériaux de synthèse moins polluants comme l’EVA (éthylène-acétate de vinyle), qui aujourd’hui restent plus chers et ne sont pas encore utilisables sous toutes les

DR

Les réponses de Franck Harrold, directeur de l’innovation chez Decathlon.

Vêtements et baskets intelligentes, ballons écolos…

formes. Quant aux chaussures, il y aura aussi beaucoup d’innovation dans les méthodes de fabrication. SPORT-PLAISIR. La tendance est au sport bien-être, au sport-plaisir et facile d’accès. L’inverse du tennis, où l’apprentissage est long et où il faut réserver un cours… Nous comptons accompagner l’essor des sports doux comme la marche nordique. Dans le cadre des mobilités urbaines, trottinettes et vélo de ville seront très demandés, y compris dans leur déclinaison électrique, qui séduit aussi de plus en plus les adeptes du VTT. ●

ET SI LES JEUX OLYMPIQUES N’ÉTAIENT PAS ÉTERNELS ? C’est le titre de la « fiction en forme de contre-utopie »

des jeux vidéo, que des sociétés commerciales dégui-

imaginée par l’historien Patrick Clastres dans l’ouvrage

sées en fédérations sportives avaient promus sous le

collectif édité par la FF des clubs omnisports (huit

nom trompeur de eSport. (…)

contributeurs, 44 p., 15 €, www.ffco.org). Pour faire

Hormis la confiance de ses sponsors et des médias,

réagir les institutions en charge du sport. Extraits.

sur quoi pouvait bien reposer la prétention du CIO à être l’organisation faîtière du sport mondial et à

« En ce 23 juin 2094, 200e anniversaire jour pour jour

organiser le plus grand événement sportif de la pla-

de la rénovation des Jeux olympiques en Sorbonne, c’est sur

nète tous les quatre ans ? (…)

un réseau social développé depuis Mogadiscio que le président

Par ailleurs, les sociologues du sport et les experts américains

mozambicain du Comité international olympique (CIO) vient

du marketing olympique avaient identifié très tôt, dès les

d’annoncer la nouvelle : les prochains JO prévus pour 2096 à New

années 2000, la désaffection des nouvelles générations pour

Delhi sont annulés. Cette disparition annoncée laisse d’ailleurs

les vieux sports du programme olympique d’été comme la lutte,

totalement indifférents les commentateurs sportifs en dehors de

l’haltérophilie, l’escrime, etc. Et les Jeux olympiques de la jeu-

l’Afrique et de l’Inde. Il y a bien longtemps, au moins depuis les

nesse (JOJ), imaginés en 2007 sous la présidence du Belge

années 2030, que les champions, les publics, les sponsors et les

Jacques Rogge, n’avaient rien réglé. (…) Le modèle même de

États ne s’intéressent plus à cet événement passé de mode. (…)

la performance, y compris nation contre nation, de la sépara-

À Los Angeles, en 2028, tout s’était effondré. Les organisa-

tion hommes/femmes ne collait plus à la culture juvénile de

teurs du show olympique avaient menacé d’annuler les Jeux si

la mondialisation. (…) [Ce à quoi s’était ajouté] la multiplica-

des équipes de marques n’étaient pas substituées aux équipes

tion des championnats du monde quadriennaux ou bisannuels

nationales. En quelque sorte, ils voulaient importer le modèle

dans chaque sport dans les années 1980 (…). » ●

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Le sport en 2028

Fabrice Lardreau est journaliste à Montagne et Alpinisme, revue du Club alpin français, et auteur de huit romans, notamment d’anticipation.* Fabrice Lardreau, jusqu’où ira l’engouement pour les sports de nature ? Pour ce que je connais le mieux, à savoir les sports de montagne, on assiste à une explosion du trail, qui transpose en milieu naturel la pratique plutôt urbaine du jogging. Et cela sous la forme d’une pratique de masse, à travers une épreuve très médiatisée comme l’Ultra Tour du Mont-Blanc (UTMB), mais aussi de milliers d’autres organisations partout en France. On peut rapprocher de cette pratique estivale l’engouement pour le ski de randonnée en hiver. Les gens en ont marre de skier entre des pylônes et de faire la queue en bas des remontées mécaniques comme pour prendre le bus ou le métro. Il est plus que probable que cette aspiration pour les pratiques de nature va se poursuivre dans la prochaine décennie et la suivante.

La pratique quotidienne de la course à pied est-elle menacée par la pollution ? Avec la multiplication des épisodes de pollution, l’été durant la canicule, mais aussi l’hiver avec les alertes à l’ozone, la question de la pratique en extérieur en milieu urbain va en effet se poser de plus en plus. Les pouvoirs publics peuvent-ils endiguer les phénomènes de pollution ? J’habite moi-même au sud de Paris, à 4 km de la Porte d’Orléans, et si j’ai la chance de pouvoir courir dans le parc de Sceaux, j’adapte déjà ma pratique à ces épisodes de pollution. Il est possible que l’on doive alors se rabattre sur des pratiques d’intérieur, où on est moins exposé aux particules fines dans l’air. Ceux qui veulent combiner effort physique et immersion dans la nature devront aller ailleurs, avec ce paradoxe que cela peut générer une pollution supplémentaire liée aux transports. En outre, le réchauffement climatique ne peut qu’accentuer ce phénomène… Y a-t-il aussi un risque que la montagne perde son côté sauvage ?

Rémi Morel / Vars Mountain Trail

Le sport nature menacé par la pollution « L’aspiration pour les pratiques de nature va se poursuivre. »

Bien sûr, avec les liaisons inter-stations et les équipements en tout genre que les intercommunalités veulent installer pour attirer les touristes… Un suréquipement de la montagne peut lui faire perdre son aspect de milieu naturel qui tranche avec l’environnement urbain quotidien. On peut aussi s’interroger sur les trails dont l’UTMB est l’exemple type : un tel phénomène de masse, avec des milliers de participants, contredit l’idée même de nature qui est à la source de cette pratique du trail, celui d’un relatif isolement en milieu naturel. ● *Dernier ouvrage paru : La Guerre de sécession, Lemieux éditeur, 2018.

S’ACCOMPLIR OU SE DÉPASSER ? vellement, pas un changement de paradigme.

Arte

La question qu’Isabelle Queval posait en 2004 en titre de son ouvrage fondateur (Bibliothèque des Sciences humaines, Gallimard) reste d’actualité.

Les objets connectés favorisent-ils une pratique plus individualiste et plus autocentrée ?

Isabelle Queval, en 2028, les pratiquants sportifs

Oui, c’est autocentré, mais de nouvelles communau-

seront-ils plutôt dans la recherche du bien-être ou

tés se créent aussi autour du running ou des pra-

du dépassement de soi ?

tiques de pleine nature. La société est certes aujourd’hui de

Les deux ! Peut-être de manière plus extrémisée pour le

structure individualiste, mais elle ne l’est pas uniformément.

sport nature, d’aventure et de haut niveau, et en intégrant

Et les gens cherchent un contrepoids à l’individualisme par

davantage l’auto-santé, l’automédication, l’exercice phy-

des appartenances qu’ils inventent. Autrefois, les appar-

sique intégré au quotidien, y compris au travail, pour le

tenances étaient données d’emblée, qu’elles soient idéolo-

versant bien-être. Ces deux tendances demeurent, mais les

giques, religieuses ou sportives : on pratiquait tel sport dans

modalités changent. Des pratiques orientales comme le taï

la famille, alors nous aussi… Aujourd’hui c’est fini.

chi répondent par exemple à des aspirations qui étaient déjà celles des adeptes du yoga hier. Et les objets connectés per-

Que changeriez-vous à votre ouvrage de 2004 ?

mettent de compter ses pas. Quant au dépassement de soi, il

Toutes les références factuelles au dopage. Et je développe-

est toujours très valorisé : on a vu apparaître ces disciplines

rais la philosophie de l’objet connecté et du corps augmenté,

qui prolongent les pratiques de marathon, en plus dur et

qui est une autre dimension du dépassement de soi, avec un

plus long, avec pour enjeu l’estime de soi… C’est un renou-

recours aux biotechnologies qui va forcément se multiplier. ●

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Prédire l’avenir, exercice de style mule des exigences sportives nouvelles. Un vide institutionnel s’est donc formé entre la demande sociale et l’offre des fédérations. Dans dix ans, les « fédérations associations » n’auront pas disparu… contrairement aux « fédérations institutions ». L’État aura permis au mouvement sportif de recouvrer son autonomie historique. Et à quoi ressembleront les marchés du sport ? Depuis 2010, les sportifs exploitent de plus en plus d’instruments connectés utilisant des technologies numériques conçues ailleurs qu’en Europe. En 2030, les marchés du sport seront dominés par des marques chinoises, sud-coréennes et par les Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple), qui exploiteront ce que l’on nomme l’IoT, c’està-dire l’Internet of Things. En Français : l’Internet des objets… sportifs.

CYRIL LINETTE, en 2028, lira-t-on encore L’Équipe sur papier ? Je le crois vraiment. L’enjeu pour les médias aujourd’hui, c’est leur disponibilité sur les supports existants, c’est-à-dire être capable de suivre les consommateurs dans leurs usages. Parmi ces usages, il y a la lecture d’un journal sous sa forme papier, dont la disparition était déjà annoncée il y a dix ans ! Or rien n’indique que demain le papier disparaîtra ! Il aura sans doute une récurrence différente, ce sera plus une consommation de week-end, de vacances, de loisirs. Mais je crois qu’en 2028 nous lirons encore L’Équipe sur papier journal. Et j’espère aussi que son contenu, écrit, vidéo et sonore, sera disponible sur tous les supports existants. Dans son histoire, L’Équipe a toujours accompagné les nouvelles formes de consommation de l’information sportive : un journal, puis un magazine, un site internet, une chaîne de télévision, une appli mobile (avec le journal disponible tous jours dès 0h30), les réseaux sociaux, une édition Snapchat… Depuis quelques semaines nous sommes également présents sur Google Home à travers une appli dédiée. Pour résumer, quelles que soient les nouvelles formes à venir, le contenu L’Équipe sera présent à la fois à travers l’écrit, les images (notamment les vidéos) et la voix. ●

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Olibia Conseil

ALAIN LORET, en 2028, les fédérations sportives existeront-elles encore ? Vous n’auriez pas posé cette question à la fin du siècle dernier. Si vous la posez aujourd’hui, c’est que leur légitimité n’est plus aussi affirmée. De fait, les fédérations proposent un sport d’utilité publique alors que la société contemporaine leur réclame un sport d’utilité ludique. Les fédérations remplissent en effet une mission de service public fixée par l’État en 1975. Ce sont des institutions. Or une institution ne peut être le moteur du changement  : le sport qu’elles proposent est logiquement estampillé «  20e siècle  ». Le problème est qu’aujourd’hui la société for-

L’Équipe

DR

Chercheur, patron de presse, consultant, économiste, sénateur… Ils ont répondu par écrit, en un feuillet, à nos questions sur les fédérations, les politiques sportives, les mobilités douces et les médias. PIERRE MESSERLIN, en 2028, à quoi ressemblera le paysage sportif français ? Le numérique va transformer les relations entre les acteurs du sport et les pratiquants. Mais pas dans le sens d’une pratique sportive autonome, hors de toute structure. Je crois plutôt à l’émergence de nouveaux modes d’organisation, inspirés par les pratiquants eux-mêmes, prenant la forme de communautés numériques souples et modulables en fonction des envies et des rythmes de vie, gérées à distance par des entreprises ou des territoires… Et les associations dans tout ça ? Elles seront toujours là, j’en suis certain, et elles continueront à offrir une alternative unique et indispensable. Mais pour cela, elles devront apprendre à utiliser le numérique pour leurs propres objectifs : créer des liens plus forts avec les pratiquants, renouveler leurs activités, optimiser leur gestion, proposer de nouveaux services et, au final, enrichir leur projet éducatif et citoyen. Et les fédérations sportives ? Les fédérations disposent de toutes les ressources nécessaires pour se développer dans les dix prochaines années. La différence se fera entre celles qui pensent que les JO 2024 vont résoudre tous leurs problèmes et celles qui ne cherchent pas à éluder les questions difficiles. Comment prendre en compte la diversité des attentes des pratiquants ? Comment proposer de nouveaux partenariats aux pouvoirs publics  ? Comment expérimenter dans l’économie sociale et solidaire ? Comment diffuser une culture numérique dans leur organisation ? Les fédérations devront aussi prendre garde à ne pas perdre leur identité en cours de route. Je fais le pari que les fédérations qui réussiront le mieux seront celles qui n’ont pas peur d’exprimer une vision originale et distinctive du sport.


Philippe Brenot

En Jeu

Le sport en 2028

FRÉDÉRIC HÉRAN, en 2028, la bicyclette aura-t-elle changé le visage de nos villes ? La pratique du vélo remonte rapidement dans les quartiers denses de toutes les métropoles occidentales, en Europe, en Amérique du Nord comme en Océanie, au rythme d’environ 10 % par an, ce qui signifie qu’il devrait y avoir trois fois plus de cyclistes en 2028. Bien sûr, dans les villes les plus cyclistes, la pratique est déjà si élevée que la croissance est plus lente. Les raisons de ce retour de la bicyclette sont toujours les mêmes : des limites de vitesse pour les voitures (zones 30) et une redistribution de l’espace en faveur des transports publics (tramway, bus), des cyclistes (aménagements cyclables) et des piétons (trottoirs élargis, places reconquises). Résultat, le trafic automobile baisse au profit des autres modes de déplacement et surtout du vélo, très sensible aux conditions de circulation. Cette évolution conquiert lentement la périphérie des grandes villes, les villes moyennes et les pays émergents. MICHEL SAVIN, en 2028, le sport qui se regarde aura-t-il supplanté le sport qui se pratique ? La tendance voudrait qu’il y ait une évo-

Nils Louna

« Les fédérations sportives ne doivent pas croire que les JO 2024 vont résoudre tous leurs problèmes. »

lution concernant la pratique du sport, vers une pratique plus individualisée et à la carte. Rien n’indique toutefois la disparition de la pratique au profit du sport qui se regarde. On note cependant un essoufflement de la pratique sportive fédérale liée à ses contraintes : j’entends par là notamment les horaires et jours fixes (entrainements et compétitions) qui en résultent. Parallèlement, la tendance à l’individualisation s’illustre parfaitement avec la pratique du running. Il s’agit de pratiques à la carte qu’il faut accompagner, tout comme les nouveaux sports qui apparaissent. Les orientations sportives du pays se décideront-elles encore au Parlement, ou dans le mouvement olympique et les milieux financiers ? Je pense que les circuits de décision ne seront pas profondément modifiés, et j’espère évidemment que le dialogue entre le Parlement, le mouvement olympique et les différents acteurs du milieu sportif demeurera. Alors que le sport s’individualise grandement, il faut s’assurer que les orientations sportives n’échappent pas totalement aux fédérations, et veiller dans le même temps à ce que les sports fédéraux continuent de Février 2018

se développer. Le rôle du Parlement dans ce cadre n’est donc pas à minimiser, alors que la Sénat représente les collectivités territoriales, qui sont aujourd’hui les premiers financeurs du sport. Enfin, je ne pense ni ne souhaite que les milieux financiers décident des orientations sportives du pays. Ceux-là ont un rôle pour le développement du sport, mais ne doivent pas pour autant décider de l’ensemble des orientations sportives de la France. ●

ALAIN LORET dirige aujourd’hui une start-up d’intelligence numérique et s’exprime sur twitter : @Sport_Web_I. Ses recommandations s’adressent en particulier aux fédérations sportives. PIERRE MESSERLIN est le cofondateur de l’agence Olbia Conseil. Il a travaillé auparavant au ministère des Sports de 2008 à 2012 (successivement auprès de Bernard Laporte, Rama Yade, Chantal Jouanno et David Douillet). FRÉDÉRIC HÉRAN est économiste et urbaniste. Enseignant-chercheur à l’université de Lille, il est l’auteur de Le retour de la bicyclette (La Découverte, 2015). MICHEL SAVIN est sénateur Les Républicains de l’Isère, secrétaire de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication. CYRIL LINETTE est directeur général de L’Équipe.

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« Le spectacle primera sur la performance » Pour Gilles Dumas, co-directeur de l’agence de communication Sportlab, l’esprit de la glisse influencera de plus en plus les sports traditionnels.

Faut-il raisonner en termes de développement conjoint d’une discipline sportive et de son avatar numérique ? Non, car à part l’exception Fifa pour le football, les grands jeux d’eSport ne sont pas des jeux de simulation sportive mais de fantasy, de combat ou de guerre. Revenons au rugby, dont l’espace médiatique s’est développé avec la professionnalisation : pourquoi déclinerait-il ? Parce qu’il est devenu ennuyeux et ressemble au jeu à XIII des années 1970 : c’est de moins en moins un sport d’évitement, alors que c’est ce qui faisait son charme. Il faut permettre aux joueurs de courir davantage pour un meilleur spectacle. Le rugby est aussi confronté à une baisse de licenciés qui s’explique peut-être par la violence des chocs dans le haut niveau, qui peut dissuader des parents d’inscrire leurs enfants. Il souffre enfin d’un calendrier anarchique, avec d’incompréhensibles doublons entre journées de championnat et matchs de l’équipe de France, plus les coupes d’Europe… Vous annoncez le triomphe des sports qui sont dans « l’immédiateté » : c’est-à-dire ?

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Il s’agit de sports faciles à comprendre, ce qui est la grande force du football. À l’inverse, le rugby est régi par des règles complexes  : même les spécialistes ont parfois du mal à décrypter les décisions de l’arbitre. D’autres sports sont trop « longs », comme le vélo : si votre père ne vous a pas emmené sur les routes du Tour de Les sports de glisse vont continuer à gagner en influence. France quand vous étiez petit, comment vous enthousiasmer pour une étape de 250 km Le sport qui « se pratique » pourrait-il de plat l’été devant la télé ! Le cyclisme doit influencer celui qui « se regarde » ? se réinventer, imaginer de nouveaux for- Ce lien n’est pas très marqué. Voyez l’enmats qui favorisent le suspense et l’image. gouement pour le vélo urbain, le BMX ou Aujourd’hui, le Tour propose seulement des les vélos à pignon fixe. Pour autant, les pasétapes un peu plus courtes et disputées en sionnés de vélo urbain ne se sentent pas soirée. Mais pourquoi pas des étapes tout en concernés par le Tour de France. Ce sont descente ? Ou des étapes à VTT intercalées deux univers différents et distincts. Voyez aussi le running : je défie tous ses adeptes au milieu des étapes sur route ? de me citer le nom du vainqueur du maraQuelles autres tendances identifiez-vous ? thon de Paris… En revanche, ils connaissent Prendre du plaisir. On mesure aujourd’hui Usain Bolt. l’influence des sports de glisse apparus dans les années 1980 sur les sports de per- Et dans le sport dit de masse, quelles formance. La prestation artistique devient tendances identifiez-vous ? judéo-chréplus importante que la performance pure. On s’éloigne de ce sport «  Les vidéos sportives les plus regardées sur tien » où il faut souffrir et être méritant : les réseaux sociaux sont celles de sports entraîne-toi le mardi, le jeudi, et tu jouede glisse ou extrêmes. Certes, ces disci- ras peut-être le dimanche… Aujourd’hui, plines n’ont pas supplanté les sports plus si au foot un gamin reste sur le banc de ! Je classiques. Mais ceux qui reposent exclusi- touche, sa mère l’inscrira au judo  vement sur la performance seront en dan- ne suis pas voyant, je n’ai pas de boule ger. Cette vision du sport très hiérarchique de cristal, mais j’observe ce qui se passe (premier, deuxième, troisième…) qui était chez les très jeunes. Et mon intuition, je celle de ma génération – j’ai 57 ans – est le répète, c’est que l’esprit de la glisse sera contestée. Les sports de glisse vont conti- de plus en plus présent, même si ces discinuer à gagner en influence, à grand renfort plines ne sont pas devenues des sports de performance à part entière. Mais cet esprit de vidéos. colle bien à l’époque, à la culture de l’instant et à l’explosion des vidéos partagées De nouveaux sports apparaîtront-ils ? De manière générale, je crois moins à l’émer- sur les réseaux sociaux. ● gence de nouveaux sports qu’à la capacité de sports plus traditionnels à se réinventer. Propos recueillis par Philippe Brenot

en jeu une autre idée du sport ufolep n°30

Gérard Sanz / Mairie de Paris

G

illes Dumas, quels sports seront médiatiquement dominants en 2028 ? 2028 c’est demain, et il n’y aura pas de révolution majeure d’ici là. En revanche, certains sports bien installés, puissants et connus mais faibles sur les 15-24 ans, pourront se trouver en danger à terme. Je pense au cyclisme, au rugby ou au patinage artistique. Plus généralement, nous allons de plus en plus vers des sports privilégiant la sensation, l’émotion et l’immédiateté. Le rugby devrait par exemple s’intéresser davantage au jeu à 7, plus rapide et aux règles plus compréhensibles. Les sports subiront aussi l’influence de l’eSport et des jeux vidéo, même si le buzz fait autour d’eux est exagéré : c’est un sport qui va exister, mais en décalage. En revanche, dans une approche plus « électronique » des sports, le spectacle primera sur la performance.


Le sport en 2028

En 2028, l’Ufolep rayonne…

N

ous sommes en 2028. Les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris n’ont pas déclenché la vague de pratique sportive attendue mais renvoyé l’image toujours plus élitiste d’une manifestation empêtrée dans des scandales financiers, avec en toile de fond un dopage omniprésent. En revanche, la demande sociale pour les pratiques non compétitives relevant de la santé, du bien-être, du loisir et du lien social est plus forte que jamais. C’est une opportunité pour l’Ufolep, en cohérence avec le projet qui a justifié sa création cent ans plus tôt. Dès 2018, le président Philippe Machu n’affirmait-il pas, au nom de la plateforme interfédérale IDOrizon, que « l’héritage des jeux doit irriguer toutes les populations et mobiliser tous les acteurs territoriaux » ? Or, focalisées sur leurs objectifs de médailles, les fédérations sportives délégataires et olympiques ont une fois de plus délaissé le sport pour tous. 500 000 ADHÉRENTS Désormais forte de plus de 500 000 adhérents, l’Ufolep développe au sein de ses 15 000 associations des programmes d’accueil et de découverte, accessibles et peu coûteux, dans des dizaines de disciplines. Près de 80 % de ces clubs proposent également une pratique plurisport aux séances variées. Et, d’une section sportive ou d’une association à l’autre, les pratiquants circulent suivant leurs aspirations ou la saison… Leurs choix sont facilités par les applications numériques et les objets connectés. Certains profitent même de leurs congés et des avantages de leur licence pour continuer leur pratique dans d’autres clubs Ufolep ou dans les centres sportifs affiliés. Sur les lieux de villégiature comme à proximité des métropoles, la vingtaine de bases sportives Ufolep sont des lieux particulièrement attractifs. Le volet Héritage 2024 que l’Ufolep a investi dès l’obtention des Jeux a également placé la fédération au cœur de nombreux projets territoriaux. En outre, sa double approche «  sport et société  » et «  sport et éducation » lui a permis de s’affirmer comme un partenaire incontournable des collectivités territoriales, à travers diverses entrées : les

Ufolep Var / En Jeu

La grande fédération de sport pour tous dont nous rêvons dans dix ans, la voici !

D’une association à l’autre, les pratiquants circulent suivant leurs aspirations…

publics, le développement des activités sportives, la réduction des inégalités et la mixité. L’Ufolep accompagne ainsi les régions, les départements et les communautés d’agglomération sur les plans de mobilité et de lutte contre l’obésité et sur les actions vers les publics les plus fragiles. La fédération participe aussi à l’animation des Maisons de santé, ces nouveaux espaces sportifs de proximité créés au cœur des villes ou dans les zones plus rurales. Ces collaborations ont fait de l’Ufolep la fédération sportive des agents des collectivités locales, organisant chaque semaine des séances sportives dans des centaines de communes et structurant des championnats corporatifs autour d’une vingtaine de disciplines. Ces championnats ont d’ailleurs fini par fusionner avec les calendriers fédéraux traditionnels. Cette proximité a séduit les entreprises de services désireuses d’élargir leur champ d’intervention au service à la personne. Près de 10 000 personnes isolées bénéficient chaque jour d’une pratique d’une vingtaine de minutes proposée par des agents de La Poste préalablement formés par l’Ufolep. Et 40 000 autres se bougent avec leur aide à domicile une fois que celle-ci en a terminé avec ses tâches ménagères ! Parallèlement, les recettes de la fédération Février 2018

se sont diversifiées, permettant de contrebalancer certains désengagements publics. Quinze ans après la création du service civique, des centaines d’anciens volontaires, désormais trentenaires, sont devenus des dirigeants associatifs, membres des comités directeurs départementaux et régionaux, quand ils n’ont pas rejoint les rangs des professionnels de la fédération. Cela a favorisé un rajeunissement et une féminisation des cadres. Une tendance renforcée par l’apport de nouvelles forces vives issues de la formation des bénévoles de Paris 2024. FÉDÉRATION DE SERVICE PUBLIC Celle-ci a en effet été confiée en grande partie à l’Ufolep, notamment sur la sécurité des visiteurs et l’éco responsabilité. Deux champs sur lesquels l’Ufolep continue d’innover pour limiter l’impact des pratiques sportives, à l’heure où la planète subit de plus en plus les effets du dérèglement climatique. C’est donc une fédération sportive responsable, en prise avec les enjeux sociétaux et au plus près des populations, qui en ce mois de février 2028 s’apprête à fêter ses cent ans. Le terme de fédération sportive apparaît d’ailleurs à présent trop restrictif au regard de son action reconnue de service public… ● Arnaud Jean, secrétaire général de l’Ufolep

en jeu une autre idée du sport ufolep n°30

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santé

Un cancer, les synthétiques ?

C’

est So Foot, pourtant davantage connu pour sa monomanie aux accents potaches que ses enquêtes de société, qui a sonné le tocsin dans son numéro de novembre, avec un article très détaillé sur le « cancer du foot ». Cet article mentionne notamment la démarche engagée aux États-Unis par Amy Griffin, une entraîneure qui a établi depuis 2009 une liste de 237 jeunes joueurs et joueuses du pays victimes de cancer, principalement du sang. « Tous ont évolué sur synthétique et plus des deux tiers jouaient au poste de gardien », est-il précisé.

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Après l’alerte du mensuel So Foot sur la toxicité des terrains synthétiques, on attend la réponse des pouvoirs publics. Le synthétique ? On tique…

BILLES TOXIQUES C’est là un problème de santé publique… et de politique sportive locale. Car, en milieu urbain, ces terrains artificiels permettant une utilisation maximum sont devenus la norme. Non seulement la France comptait 4700 grands terrains synthétiques au dernier recensement de 2012, mais la moitié de ceux construits depuis le sont aussi. Sans parler des city-stades et des complexes privés de foot à 5. Combien de parents ont pesté contre ces petites billes noires rapportées par leur enfant dans son sac de sport ! Si le revêtement des terrains synthétiques lui-même n’est pas forcément au-dessus de tout soupçon, le problème semble résider d’abord dans ces billes issues de pneus usagés, et dans lesquelles des chercheurs américains (en 2008) et néerlandais (en 2013) ont identifié de forts taux d’hydrocarbures, d’arsenic, de chlore et de plomb. Toujours selon So Foot, une étude récente menée par l’université de Yale aurait dressé une liste de 190 substances toxiques ou cancérigènes trouvées dans ces granulés. Toutefois, à ce jour aucune étude n’établit de manière indiscutable le lien entre la pratique régulière sur terrain synthétique et le fait de développer un cancer ou un lymphome. Mais des élus municipaux écologistes (EELV), Catherine Bassani-Pillot à Nantes ou Yves Contassot à Paris, ont brandi le principe de précaution. L’élue nan-

• Ne jamais manger sur un « synthé » ; • Porter de préférence des vêtements

DR

PRÉCAUTIONS D’USAGE Les billes qui posent problème.

longs et amples ; • Se laver avec minutie après les matchs, en particuliers ceux disputés sous la pluie, quand les petits granulés noirs restent collés à la peau ; • Se désinfecter aussitôt en cas d’écorchures ou de brûlures, particulièrement fréquentes sur surface synthétique ; • Éviter de jouer en pleine chaleur, quand sous l’effet de celle-ci les granulés libèrent davantage de substances toxiques. ●

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taise n’exige pas séance tenante qu’on cesse d’utiliser les terrains, mais demande une meilleure information des pratiquants. Et le groupe écologiste à la mairie de Nantes ne votera pas de budget de rénovation ou de construction de terrain synthétique sans avoir eu en main « une étude scientifique indépendante au niveau national et une analyse sérieuse bénéfices/risques au niveau local ». Techniquement, des solutions alternatives existent pourtant, affirme So Foot : le recours à des fibres de coco ou de liège, ou tout simplement des terrains synthétiques sans granulés. Mais cela priverait les industriels du pneu d’un débouché pour leurs produits en fin de vie, et coûterait 20 à 25 % plus cher selon le leader du foot à 5 Soccer Park-Le Five, qui envisage à moyen terme de renoncer aux billes de pneus usés. N’est-ce pas la seule solution ? Car au-delà des risques induits pour les pratiquants, les tonnes de billes de caoutchouc remplacées chaque année sont particulièrement polluantes. Emportées par le vent, la pluie et les crampons des joueurs, elles se retrouvent in fine dans les cours d’eau ou l’estomac des oiseaux… QUELLE POSITION OFFICIELLE ? Les autorités se sont faites discrètes sur le sujet, en dépit d’inquiétudes relayées par des élus de la nation. En 2013, déjà, l’ancienne députée Pascale Boistard interpelait à l’Assemblée nationale la ministre des Sports de l’époque, Valérie Fourneyron, sans recueillir de réponse satisfaisante. Le ministère s’est récemment tourné vers celui de la Santé pour obtenir une synthèse des études européennes sur le sujet. En attendant, dans sa newsletter du 8 décembre, l’Association nationale des élus en charge du sport s’est voulue rassurante. Pour l’Andes, «  les enquêtes américaines » citées dans la presse « datent de plusieurs années ». Depuis, la fabrication de terrains a évolué, alors même que « les normes de conception des billes mises en cause sont différentes aux États-Unis et en Europe ». On attend néanmoins que le ministère des Sports réponde de façon circonstanciée à un problème qui interpelle tous les pratiquants sportifs, et tous les responsables de collectivités territoriales propriétaires d’installations. ● Ph.B.


L’Ufolep met à disposition de son réseau un nouvel espace de ressources en ligne.

C

P

e nouveau Guide associatif a été conçu pour accompagner la fonction dirigeante dans les associations et les comités, et plus largement favoriser la réussite des projets associatifs. Cet espace d’information et de services regroupe des formulaires administratifs, des argumentaires, des supports de communication et des documents types. Il propose aussi des liens vers des outils de gestion. Ces différents éléments sont classés selon cinq thèmes : organisation d’évènements, gestion des membres, gestion quotidienne, développement de l’association, communication.

Bonnieux Run and Bike

pratique

Un guide associatif

ESPACE PARTICIPATIF Cet espace sera alimenté et actualisé régulièrement par l’échelon national de la fédération. Mais c’est aussi un espace participatif car tous les acteurs du réseau, en particulier les comités et les associations, sont invités à proposer des contenus afin d’enrichir ce centre de ressources partagé. Une veille sera opérée sur tous les dispositifs et toutes les lois ou mesures réglementaires concernant la vie associative : Compte épargne citoyen, mesures de soutien au bénévolat, dispositifs d’aide à l’emploi, etc. En cela, le

R

É

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Tout pour faciliter votre vie de dirigeant.

Guide associatif en ligne sera complémentaire d’autres espaces ressources déjà existants auprès de nos partenaires, comme par exemple celui du Conseil national des employeurs d’avenir (CNEA) pour la fonction employeur. Mais les associations trouveront dans celui-ci des outils spécifiques au champ sportif et à la vie de l’Ufolep. Il y a deux possibilités d’accéder aux outils en ligne : via le portail associatif www.webaffiligue.org ou le site www. ufolep.org. Ou bien encore via le site du comité départemental Ufolep si cette fonctionnalité est activée par celui-ci. ● Benoît Beaur et Benoît Gallet

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LE GUIDE

ASSO NOUVEAUTÉ 2018 !

Le Guide Asso interactif à consulter sur ufolep.org/GuideAsso

Un outil proposé aux associations du réseau UFOLEP Les contenus balayent tous les temps forts de la vie de l’association :

LA COMMUNICATION ET LES OUTILS DE FACILITATION ADMINISTRATIVE

L’ORGANISATION D’ÉVÉNEMENTS

AFFILIATION, ADHÉSION ET GESTION DE VOS MEMBRES

LA GESTION QUOTIDIENNE DE LA STRUCTURE

SON DÉVELOPPEMENT À TRAVERS SES ACTIONS, SES PROJETS…


Organisateurs de manifestations sportives, facilitez-vous la vie !

Gérez les inscriptions, proposez le paiement en ligne, communiquez les résultats, occupez les réseaux sociaux... avec

organisateurs.ufolep.org


Parce qu’elles relèvent de l’intérêt général, les associations Ufolep peuvent bénéficier des compétences d’un salarié mis à leur disposition par une entreprise mécène.

L

e mécénat est l’engagement libre d’une entreprise au service de causes d’intérêt général. Il se présente sous la forme d’un don financier, de produits, de technologie, ou d’un apport de compétences. Moins connu, ce dernier aspect intéresse directement les associations Ufolep, qui peuvent en bénéficier via l’agrément de la Ligue de l’enseignement, au titre d’association reconnue d’utilité publique. MISE À DISPOSITION DE SALARIÉS. Le mécénat de compétences se définit précisément comme la mise à disposition ponctuelle et gracieuse de salariés, auprès d’une association d’intérêt général à vocation culturelle, sociale ou humanitaire, par une entreprise, dans le cadre d’un prêt de main-d’œuvre ou de la réalisation d’une prestation de service. Il est une forme particulière de mécénat apparentée au mécénat en nature. Concrètement, ces collaborateurs interviennent sur leur temps de travail pour réaliser des actions d’intérêt général mobilisant ou non leurs compétences initiales. Dans le mécénat d’entreprise, les trois parties concernées s’y retrouvent : • L’association bénéficie d’un appui humain et acquiert de nouveaux savoir-faire pour consolider ou développer son activité ; • Le salarié volontaire, lui, se sent utile à la société et développe ses compétences, sa capacité d’adaptation et sa maîtrise de la gestion de projet ; • L’entreprise mécène peut mettre en avant son engagement social et asseoir ainsi son image, sa réputation, voire renforcer son attractivité. Cette démarche concerne tout particulièrement les fondations d’entreprises appartenant ou ayant appartenu

Le comité Ufolep Auvergne-Rhône-Alpes bénéfi-

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UN GRAPHISTE À L’UFOLEP AURA cie depuis décembre 2016 de la mise à disposition de Rodolphe Rocher, 56 ans. Entré à France Télécom à vingt ans, en 1981, cet ancien athlète de haut niveau, karatéka puis triathlète, venait de réintégrer l’entreprise (devenue Orange) après une expérience de graphiste indépendant. Et c’est précisément cette compétence de graphiste et d’illustrateur qu’il apporte au comité régional, à raison de trois jours par semaine (temps partiel à 60%), dans le cadre d’un contrat de deux ans renouvelable une fois. Rodolphe Rocher conçoit les outils de communication de l’Ufolep Aura et des comités départementaux qu’elle fédère et a même revu la déco du siège du comité régional ! Une vidéo de 10 mn disponible sur You Tube détaille les conditions de ce dispositif où chacun s’estime gagnant. ● Ph.B.

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Ophélie Strugala / Usep 62

juridique

Le mécénat de compétences

L’utilité sociale comme moteur.

à la sphère du service public (celles de la RATP ou de la SCNF par exemple). Il s’agit notamment d’entreprises qui comptent dans leurs rangs des salariés dont, en fin de carrière, les compétences ne sont plus en adéquation avec les besoins de leur employeur. Le mécénat de compétences devient alors pour celui-ci un enjeu de ressources humaines et un outil de cohésion interne. En outre, ces mises à disposition peuvent donner lieu à un avantage fiscal. Elles sont par ailleurs susceptibles de faire l’objet d’un suivi et d’une évaluation afin de vérifier qu’elles entrent bien dans le cadre légalement défini. RESPONSABILITÉS. Qu’il s’agisse d’une prestation de services ou d’un prêt de main-d’œuvre, l’entreprise mécène conserve le lien de subordination sur ses salariés ainsi que sa responsabilité, tant civile que pénale, à leur égard. En effet, le Code civil indique que : « On est responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre ou des choses que l’on a sous sa garde (...) ; les commettants sont responsables du dommage causé par leurs préposés dans les fonctions dans lesquelles ils les ont employés. » (1) Toutefois, l’employeur peut contractuellement transmettre le pouvoir de donner des instructions au bénéficiaire de la mise à disposition, qui devient alors le commettant du salarié. LES SENIORS DE CHEZ ORANGE. En France, un bon exemple de mécénat de compétences est fourni par la société Orange (ex-France Télécom). Celle-ci a développé un dispositif Temps partiel seniors (TPS) qui permet aux salariés en fin de carrière d’offrir une partie de leur temps de travail à une association d’intérêt général intervenant dans le domaine de l’éducation, de la santé ou de la culture. En 2016, près de 2 000 salariés Orange ont ainsi travaillé à temps partiel pour des associations. Plus de vingt d’entre eux œuvrent par exemple à l’informatisation de la banque alimentaire de la Croix-Rouge. Cette formule permet d’apporter à l’association des compétences qu’elle ne peut elle-même financer. ● Nicolas Armand (1) Article 1384 alinéa 5 du Code civil.

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CN Sports de neige

dépassant de loin celles du simple animateur. Martine Ponsero

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Ufolep Indre

réseau

CN

Commission nationale Sports de neige

Ufolep Indre

LE PUMP TRACK DÉBOULE À L’US BRENNE

L’ÉQUIPE DE FORMATEURS RENOUVELÉE Du 8 au 10 décembre, l’équipe Ufolep de formateurs en sports de neige s’est retrouvée au centre Lionel-Terray de Courchevel 1850. Au programme : une révision, une actualisation et une uniformisation des éléments techniques de base utilisés dans les stages de brevets fédéraux. Des Alpes-de-HauteProvence à la Haute-Savoie en passant par le Puy-de-Dôme, les différents territoires du ski Ufolep étaient représentés dans cette formation destinée à apporter des connaissances et des compétences

À Vendœuvres, commune de 1 100 habitants située dans le parc naturel régional de la Brenne, il existe une association Ufolep multisport, l’US Brenne, qui propose notamment de la randonnée et de la pétanque et vient de créer une nouvelle section, plus remuante, dédiée au pump track. Il s’agit en effet d’une pratique cycliste que l’on peut comparer au bi-cross ou au BMX cross. Plus précisément, le « pump track » est un parcours de bosses et de virages relevés, un peu comme en motocross. Pour bien comprendre, il faut traduire : « track » signifie « piste », tandis que « pump » décrit les mouvements de « flexion-

poussée » effectués par une action combinée des bras et des jambes sur le vélo. Un mouvement de « pompage » grâce auquel on augmente sa vitesse, sans faire usage des pédales. Et un terrain de pump track peut accueillir tous les types de VTT : descente, cross-country, BMX... La municipalité et l’US Brenne ont répondu à la sollicitation d’une vingtaine de jeunes de la commune. Car ce sont bien des ados fans de la discipline qui sont allés chercher les adultes pour les encadrer et ont obtenu la construction de leur circuit. Et si la piste est en accès libre, l’idée est de proposer une pratique licenciée. Jean-Claude Besnard

L’Ufolep du Rhône et de la Métropole de Lyon se lancent dans l’eSport, la pratique compétitive des jeux vidéo.

Aurélie Bellacicco

LE RHÔNE SE CONNECTE À L’E-SPORT La passion de l’eSport.

liers pédagogiques, ils sont prêts, les lieux et publics visés étant les écoles, les collèges et les bibliothèques

Surprenant, à l’heure où le temps passé

(pour démystifier l’eSport auprès des

devant les écrans empiète sur l’activité

parents) et les associations affiliées à

physique ? En fait non.

l’Ufolep. « Nous nous intéressons aussi aux seniors, dans le but de les amener

« Nous voulons mixer l’eSport avec une

parallèlement à l’activité physique  »,

pratique physique, qu’il s’agisse d’un sport

complète le jeune « développeur ».

collectif ou individuel ou d’une pratique de bien-être, explique

L’étape suivante consistera à créer des événements-passerelles

Maryline Faath, directrice technique départementale. Car le but

associant par exemple les jeux Just Dance à la danse, TrackMa-

n’est pas de se cantonner à l’eSport, mais de jouer le rôle de pas-

nia au karting, et StreetFighter à un art martial traditionnel

serelle entre pratique réelle et virtuelle. Notre approche est éga-

comme l’aïkido. Et si aucun problème de connexion n’interrompt

lement pédagogique, avec un accompagnement qui souligne, afin

la partie, l’Ufolep Rhône-Lyon métropole s’attellera ensuite au

de les éviter, les dérives propres aux jeux vidéo : addiction, voire

développement de la pratique licenciée, avec un tarif fixé à

dopage (aux amphétamines), décrochage scolaire, isolement,

10 €. Difficile de trouver meilleur marché, même sur Internet !

mais aussi dévoilement de sa vie privée sur Internet. »

Plus largement, le but est d’établir le lien avec une discipline

François Merlot, chargé de mission sport-société, creuse ce

qui fédère les 12-40 ans, sans discrimination d’âge ou d’origine

sillon avec le concours d’un volontaire en service civique,

sociale, même si elle reste encore majoritairement masculine.

Alexandre Mure, lequel appartient lui-même à une commu-

Par ailleurs, selon une enquête nationale (1), 92 % des jeunes

nauté eSportive française qui compterait 850 000 membres.

eSportifs pratiquent un sport traditionnel en parallèle et 35 %

Après avoir «  référencé  » les acteurs locaux de l’eSport,

disent souhaiter pratiquer l’eSport dans une association enca-

Alexandre est en contact avec une association n’ayant pas

drée comme un club sportif traditionnel. De quoi susciter les

une vision « élitiste » mais « sociétale » de la discipline, afin

plus grands eSpoirs… ● Ph.B.

qu’elle devienne le point d’appui du projet. Quant aux ate-

(1) Enquête Stamm et Melty, avril 2016, basé sur 1024 Français de 15 à 24 ans.

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Partenaire

Les comités des fêtes dans la course

Qu’est-ce que la Fédération nationale des comités et organisateurs de festivités ? La FNCOF est l’héritière de la Fédération des comités des fêtes, créée en 1929 et rebaptisée il y a une quinzaine d’années car elle réunit aussi des offices de tourisme, des mairies et des communautés d’agglomération. Soit environ 2 500 structures et près de 200 000 bénévoles, engagés dans l’animation locale. Nous sommes majoritairement présents en milieu rural, ce qui est un point commun avec l’Ufolep. Notre siège est à Toulouse et nous sommes représentés par des délégués départementaux : je le suis moi-même dans mon département de l’Ain. Après avoir compté près de 10 000 adhérents dans les années 1970, nous avons subi le déclin démographique des campagnes et la désertification rurale. Mais aujourd’hui nos effectifs sont stables. Êtes-vous présents partout en France ? Notre représentativité est forte dans certaines régions comme la Nouvelle-Aquitaine, et plus faible dans d’autres, comme la Bretagne. Le Tarn-et-Garonne, la Haute-Garonne, le Lot, la Dordogne sont chez nous des territoires très dynamiques, avec des unions départementales réunissant plus de cent adhérents. À l’inverse, en Franche-Comté, il n’y en a parfois que quatre ou cinq par département. Quels services apportez-vous à vos adhérents ? Une protection juridique, des contrats d’assurance négociés, des avantages commerciaux, des protocoles avec la Sacem et la Société des auteurs et compositeurs... Nous avons aussi une mission de défense de nos associations auprès des services de l’État, ce qui nous a amené à nous rapprocher de l’Association des maires de France. Pourquoi ce rapprochement avec l’Ufolep ? Il est né de contacts noués en Dordogne autour d’un problème qui concerne tous nos adhérents organisateurs d’une course cycliste ou pédestre. Ceux-ci faisaient appel à des clubs et des fédérations classiques, mais les coûts sont devenus trop élevés. Or nous ne voulons pas que ces animations disparaissent ! Chez moi, dans l’Ain, mais aussi en Bretagne, impossible d’imaginer une fête patronale sans course cycliste ! Il se trouve qu’en Dordogne, plusieurs de nos adhérents travaillent depuis des années avec

La Rand’Omelette 2017, organisée par le comité des fêtes de Guécélard (Sarthe).

l’Ufolep. D’où l’idée de signer une convention nationale pour encadrer ces partenariats et les reproduire ailleurs. Il est également question de sections sportives Ufolep… En prolongement de ces collaborations sur des événements ponctuels, certains adhérents ont créé en leur sein une section sportive Ufolep proposant une pratique à l’année, de la course à pied notamment. Nous souhaitons nous appuyer sur ces expériences locales. La création de sections sportives a tout son intérêt dans les petites communes rurales, et l’Ufolep offre toute une palette de disciplines. Toujours sur ce registre multisport, on peut aussi imaginer des épreuves ou des animations sportives construites autour de pratiques innovantes : du skate et du roller par exemple. Ces pratiques seraient susceptibles de fidéliser de nouveaux publics lors de festivités locales. Or nos adhérents cherchent toujours à renouveler leurs manifestations. ● Ph.B.

FNCOF

A

rtificier de profession, Arnaud Thenoz, 42 ans, est président délégué de la Fédération nationale des comités et organisateurs de festivités (FNCOF). Il explique pourquoi son association a souhaité se rapprocher de l’Ufolep.

FNCOF

L’Ufolep aidera à l’organisation d’épreuves sportives liées à des festivités locales, prévoit la convention signée en octobre avec la FNCOF.

Arnaud Thenoz

RAJEUNIR L’IMAGE DE LA FNCOF « Pour la Fédération nationale des comités et organisateurs de festivités, s’afficher au côté d’une fédération sportive comme l’Ufolep est un gage de dynamisme, et aussi l’occasion de rajeunir notre image. Sinon, concrètement, cette première année sera une période de découverte réciproque et, pour nous, de communication auprès de nos adhérents. C’est pourquoi le président de l’Ufolep viendra présenter le partenariat à notre congrès de Caussade (Tarn-et-Garonne), où il pourra je l’espère répondre à toutes les questions de la salle ! » ●

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Portraits

Farès, Inès, civiquement vôtres

«C

Lire aussi en rubrique Actualité page 4.

ette mission, je la vois comme une miniformation dans le domaine vers lequel je souhaite m’orienter. Et le fait qu’elle ne se limite pas au sport la rend plus intéressante encore. » Farès Haouchet, jeune stéphanois qui vient de fêter ses 20 ans, a raté deux fois son bac S. C’est pourquoi, tout en se réinscrivant en candidat libre, il souhaitait commencer à s’engager dans un projet professionnel : devenir éducateur sportif. « Je voulais m’orienter vers la filière Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives), mais je ne pouvais plus attendre. » Ce projet a suscité l’intérêt du Foyer jeunes éducation populaire de la Métare (1), à Saint-Étienne. « C’est la première fois qu’ils prennent un jeune en service civique », glisse Farès. Sa mission, définie avec son tuteur Karim, directeur de la FJEP, représente 21 heures hebdomadaires, plus 3 pour son projet personnel, et mêle accompagnement d’animations sportives et soutien à la réussite scolaire. En matière d’animation, Farès n’est pas un complet néophyte. Sans posséder son Bafa (Brevet d’aptitude à la fonction d’animateur), il a déjà encadré des enfants en centre de loisir. Mais là, c’est plus varié, tant dans les activités que les publics. « J’anime des ateliers de motricité pour des 3-5 ans, des jeux sportifs pour les 6-10 ans, et j’interviens auprès des jeunes de l’école de basket. Je participe aussi à l’encadrement de sorties culturelles et à l’aide aux devoirs le soir. Et pendant les vacances de fin d’année, j’ai aussi travaillé à la conception d’animations pour les enfants », explique Farès, dont le contrat d’engagement de neuf mois a débuté début décembre. Le plus, c’est aussi la diversité des activités accueillies dans le centre socio-culturel très dynamique qu’est la FJEP, et qu’il apprend à connaître. « Il y a plusieurs étages, un gymnase, une salle de ping-pong, une salle de musique, etc. Et aussi des activités pour les seniors, comme ceux qui se retrouvent le soir pour jouer aux cartes. Ça aussi, c’est enrichissant pour moi. »

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Lui intervient auprès de jeunes basketteurs, elle s’occupe de communication pour un club de GRS. Parcours de deux volontaires en service civique accompagnés par l’Ufolep et la Ligue de l’enseignement. Farès Haouchet

Inès Kouidri

Inès Kouidri, étudiante et engagée auprès du club de gymnastique rythmique de Gennevilliers dans le cadre de sa mission de service civique, est en revanche en terrain connu : cela fait 19 ans qu’elle est licenciée de ce club qui compte 330 licenciées, toutes des filles ! Mais cette mission, entamée en août et portant sur une année, lui permet d’aborder de manière plus fouillée et plus professionnelle des tâches de communication qu’elle accomplissait jusqu’alors comme simple bénévole. « Je crée des flyers et des plaquettes pour nos démonstrations et nos galas, et j’alimente la page Facebook et le site internet du club. Je réalise aussi des mini-reportages sur nos événements, même si je ne suis pas la seule à prendre les photos. Disposer de plus de temps me permet d’être plus investie et d’apprendre à mieux maîtriser les logiciels. J’ai un bureau près d’Élodie, ma tutrice, également responsable du club, et je suis en lien avec les bénévoles et les parents, car nos licenciés sont avant tout des jeunes » explique Inès. La jeune fille côtoie une autre volontaire qui, elle, partage son temps entre la participation aux cours animés par les éducatrices sportives et un petit coup de main administratif. Comme Farès, Inès est une matheuse. Après son année de licence de maths en fac, elle a obtenu une équivalence en 3e année de Staps et se verrait bien travailler dans le sport. Pas la communication ? « Qui sait ? De toute façon, même dans une carrière plus sportive, tout ce que j’apprends me sera utile. Comme le PSC1, le diplôme de secouriste de niveau 1 que j’ai passé dans le cadre du service civique, ou la formation sur la laïcité à laquelle je suis inscrite le mois prochain. » ● Philippe Brenot

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(1) Cette structure est affiliée à la Ligue de l’enseignement, et à l’Ufolep pour ses sections sportives, tout comme le club Gennevilliers GR. Cela leur permet d’accueillir de jeunes volontaires en service civique dans le cadre d’un agrément national.


Instantanés

Ufolep / Fondation des femmes

À LA NUIT DES RELAIS, L’UFOLEP AFFICHE SA SOLIDARITÉ FÉMININE Événement sportif et solidaire organisé par la

La ministre, Laura Flessel, a elle-même chaussé les

Fondation des Femmes avec l’appui de l’Ufolep,

baskets pour défendre la cause !

2e

Nuit des Relais a réuni 800 personnes, ven-

Présente avec une vingtaine de bénévoles, l’Ufo-

dredi 24 novembre au stade Jules-Ladoumègue de

lep était chargée de l’animation sportive et festive

la

(19e).

Toute la soirée, 60 équipes composées

proposée parallèlement aux relais eux-mêmes. En

de salariés d’entreprises, femmes et hommes, et

amont, la fédération avait également accompagné

renforcées par des sportives de haut niveau, ont

la Fondation des Femmes dans l’organisation géné-

occupé la piste pour afficher leur soutien à la lutte

rale de l’événement et l’accueil de volontaires en

contre les violences faites aux femmes.

service civique « missionnés » sur celui-ci.

Chaque équipe avait auparavant collecté 1000 €

Après le succès de cette seconde édition, en 2018

afin de les reverser à des associations. On retiendra

l’objectif sera de la décliner aussi en région. Avec

que c’est celle du ministère des Sports qui a couvert

le soutien de l’Ufolep, évidemment ! ●

Paris

la plus longue distance durant le temps imparti.

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Noémie Vincent

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)

histoires

Morceaux choisis P.G. W odehouse

L

Le Doyen du clubhouse, Joëlle Losfeld, 2002 (édition demipoche, 2003).

e golf est, dans son essence, un sport simple. Vous éclatez d’un rire aigu, glapissant et amer quand je dis cela, mais c’est néanmoins vrai. Où l’homme moyen se trompe, c’est qu’il rend le jeu difficile pour lui-même. Observez le non-joueur, l’homme qui vous accompagne par amour de l’air frais. Il terminera le trou d’un unique petit coup de parapluie insouciant alors que vous réfléchissez et hésitez sur le putt de vingt pieds pendant une bonne minute avant d’envoyer la balle hors champ. Mettezlui un driver dans les mains et il flanque la balle dans le comté voisin sans y regarder à deux fois. C’est seulement quand il prend le jeu au sérieux qu’il devient gauche, inquiet, et tope ses coups comme vous et moi. Un homme qui pourrait garder tout au long de sa carrière de golfeur la confiance presque méprisante du non-joueur serait imbattable. Heureusement, un tel état d’esprit est hors de portée de la nature humaine. Ce ne l’était cependant pas de Vincent Jopp, le surhomme. Il fut, j’ai tendance à le penser, l’unique golfeur qui ait abordé le jeu dans un esprit de Pure Raison. J’ai lu que des hommes, n’ayant jamais nagé de leur vie, ont étudié un manuel en se rendant à la piscine, maîtrisé son contenu, plongé, et gagné la grande course. C’est dans un esprit semblable que Vincent Jopp s’est mis à jouer au golf. Il confia à sa mémoire les conseils de McHoots, puis se rendit sur le terrain et les mit en pratique. Il vint au tee avec, à l’esprit, une image claire de ce qu’il devait faire, et le fit. Il n’était pas intimidé, comme le novice ordinaire, par l’idée que, s’il mettait toute sa force dans ses mains, il slicerait, ou que, s’il serrait trop le grip dans sa main droite, il hookerait. Mettre toute sa force dans ses mains, c’était une erreur, aussi ne le fit-il pas. Tenir le club trop serré était un défaut, aussi s’en abstint-il. Avec cette étrange concentration qui l’avait si bien servi dans les affaires, il exécuta avec précision ce qu’il avait prévu

HISTOIRES DE GOLF ET HUMOUR ANGLAIS Après avoir débuté comme journaliste, le très anglais Pelham Grenville Wodehouse (1881-1975) signa des dizaines de romans, pièces de théâtre et comédies musicales, et plus de 300 nouvelles. Une bonne trentaine d’entre elles parlent de golf, l’un des sports préférés de l’auteur avec la boxe, le cricket et le football, qu’il pratiqua au collège. Les dix qui composent ce recueil sont autant de récits à l’humour pince sans rire : ceux que Le Doyen du club-house d’une banlieue américaine aisée fait au jeune homme qu’il s’est choisi pour auditoire. Ironie du sort, prisonnier des Allemands en 1940 pour être imprudemment resté dans sa villa du Touquet, une fois libéré P.G. Wodehouse fut accusé d’intelligence avec l’ennemi. Cet écrivain so british s’exila en 1955 aux États-Unis et ne revit jamais ni sa terre natale, ni ses greens. ● Ph.B.

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DR

Le Doyen du Club-House

Le golf, ou le chic éternel.

de faire – pas moins, pas plus. Avec Vincent Jopp, le golf était une science exacte. Les annales du jeu sont parsemées de noms de joueurs qui ont fait des progrès rapides durant leur première saison. Nous lisons dans notre Verdon que le colonel Quill se mit au golf à l’âge de cinquante-six ans et que, grâce à un ingénieux appareil fait d’une ligne de pêche et d’une colonne de lit sciée, il put si bien garder sa tête immobile qu’il devint un joueur handicap zéro avant la fin de l’année. Mais personne, j’imagine, sauf Vincent Jopp, n’avait jamais réussi à l’être à la fin de sa première matinée sur le terrain. La principale différence, nous dit-on, entre l’amateur et le professionnel, c’est que ce dernier vise toujours le drapeau du trou, alors que le premier a vaguement dans l’idée qu’il arrivera quelque part, raisonnablement près de celui-ci. Vincent Jopp s’attaquait au drapeau. Il essayait de mettre la balle dans le trou à partir de n’importe où, dans un rayon de deux cent vingt mètres. La seule fois où je l’aie entendu exprimer du dépit ou du désappointement, ce fut durant le parcours de l’après-midi de sa première journée quand, au départ du septième, qui fait deux cent quatre-vingt mètres, il amena sa balle à quinze centimètres du trou. – Un coup merveilleux !, m’écriai-je, sincèrement exalté. – Beaucoup trop à droite, dit-il en fronçant les sourcils. Il alla de triomphe en triomphe. Il gagna la médaille mensuelle en mai, juin, juillet, août et septembre. Vers la fin du mois de mai, on l’entendit se plaindre que le Wissahicky Glen n’était pas un parcours sportif. Le Comité des Greens veilla tard, nuit après nuit, à essayer d’ajuster son handicap afin de donner aux autres membres une petite chance de gagner contre lui. Les experts des quotidiens consacrèrent des articles à son jeu. Et l’on estima très généralement, dans tout le pays, que ce serait pure formalité pour n’importe qui d’autre de se présenter contre lui au championnat amateur – opinion corroborée lorsqu’il fut retenu pour la finale sans perdre un trou. Un homme sur lequel on pouvait parier en toute sécurité, auriez-vous dit. Mais notez la suite. Le championnat amateur américain eut lieu, cette année-là, à Detroit. (…). ● © Éditions Joëlle Losfeld


je me souviens... Didier Tronchet

) Dupuis

J

Dessinateur et scénariste de bandes dessinées né à Béthune en 1958, Didier Tronchet a signé en 2017 Le Meilleur ami de l’homme (Dupuis), où le football est au cœur de l’intrigue. Il est aussi l’auteur de divers ouvrages, dont Football, mon amour (J’ai Lu, 2010) et Petit traité de vélosophie (Plon, 2000).

e me souviens que le jour où mon fils a fait son premier pas, c’était pour me renvoyer du pied le ballon que je lui avais adressé. Et il l’a fait du gauche, ce qui était bien la preuve qu’il était de moi. Ce jour-là, j’ai formé le vœu que je puisse un jour jouer au football avec lui, car nous avions quand même quarante ans de différence d’âge. Sans que je le force, sans que je l’influence – ou juste un peu quand même –, il a eu le goût très précoce du football. Alors, dès l’âge de 6 ou 7 ans, je l’ai accompagné, deux à trois fois par semaine, à ses matchs et à ses entraînements. J’étais le seul père de famille à attendre et regarder, y compris sous la pluie et dans le froid. Le stade était celui de la porte de Clignancourt, et l’équipe celle de l’Olympique de Montmartre. Puis, quand mon fils a eu dix ans, nous sommes partis vivre en Equateur, où je l’ai aussitôt inscrit à la Liga de Quito, le grand club de la capitale. Ce jour-là, il y avait match, et pour le jauger on lui a demandé d’entrer sur le terrain. Dans une équipe

sudaméricaine, pour une rencontre officielle. Mais avec le maillot qu’il avait sur le dos : celui que je lui avais offert, celui du RC Lens, le club qui avait enchanté mon enfance et mon adolescence. Un maillot sang et or qui dansait parmi le blanc, le bleu et le rouge de celui de la Liga de Quito. Et il a été très bon. Puis, avec son équipe, en fin de saison, ils ont gagné la coupe de la ville de Quito : je le revois encore courir et sauter de joie avec ses camarades équatoriens. Pendant toutes ces années, j’ai attendu qu’il grandisse, qu’il murisse. Et mon vœu s’est enfin accompli. J’ai fini par jouer avec lui, des petits matchs amicaux. Aujourd’hui nous habitons Lyon, mon fils a 19 ans et moi bientôt 60, et nous jouons encore ensemble, avec des amis, sur des petits terrains synthétiques. II est rapide, puissant et il a un fameux pied gauche. Il a rempli la mission que je lui avais secrètement confiée : devenir le joueur que j’aurais aimé être. Me voilà ainsi remboursé de toutes ces années sur le bord des terrains. ●

l’image

EL MORO, SÉRIE DIASPORA, D’OMAR VICTOR DIOP © Omar Victor Diop / Courtesy Galerie MAGNIN-A, Paris

Un ballon, des gants de gardien, un carton rouge… Dans son projet Diaspora (2014), le photographe sénégalais Omar Victor Diop se met en scène en s’inspirant des portraits peints de notables africains ayant marqué, du xve au xviiie siècle, l’histoire de l’Europe. Mais il ajoute un objet faisant référence au football, détail anachronique à partir duquel il interroge l’identité africaine, à une époque où le ballon rond nourrit la culture populaire du continent et le rêve de réussite sociale de nombreux migrants. La série Diaspora est l’un des attraits de l’exposition «  Nous sommes Foot », qui s’achève le 4 février au Mucem de Marseille. ● Nous sommes Foot, Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), à Marseille (13). www.mucem.org Six photos de la série Diaspora sont reproduites dans le hors-série de la revue Desports qui fait office de catalogue d’exposition (224 pages, 24,90 €).

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repères

DHORASSO COMME SES PIEDS

Ex-international de football, cinéaste amateur lors du Mondial 2006, cofondateur du mouvement alternatif Tatane, professionnel du poker et nouveau sociétaire des Grosses Têtes de RTL, Vikash Dhorasso a toujours été très joueur. C’est justement ce qui lui a joué des tours durant une carrière inaboutie. Comme ses pieds, sa tardive autobiographie, est à l’image de cet attachant iconoclaste : surprenante, passionnante dans le récit de ses années havraises et parfois frustrante dans ses derniers chapitres, même

S’INITIER AU STAND UP PADDLE Le 3 décembre dernier, ils étaient encore 700 à descendre la Seine en stand up paddle, de la Bibliothèque nationale de France à la Tour Eiffel ! Mais cette discipline ludique et accessible n’a plus besoin de cette publicité, tant elle s’est répandue depuis quelques années sur les rivages français. Ce guide en aborde les différentes facettes : balade, randonnée, vagues, course, mais aussi yoga et fitness. ● Stand Up Paddle, s’initier et progresser, Benoît Roux, Glénat, 2017, 144 pages, 15,50 €.

s’il y raconte le foot pro de l’intérieur comme peu l’ont fait auparavant. Et l’on saisit le personnage quand il confie n’avoir jamais éprouvé autant de plaisir que dans les parties improvisées disputées au pied de sa barre HLM ou lorsqu’il défendait les couleurs de son club de cœur. Comme ses pieds, Vikash Dhorasoo, Seuil, 2017, 192 pages, 17 €.

SPORTS VIRILS À partir d’une étude sociologique menée conjointement dans deux

clubs de musculation et de boxe anglaise des ghettos new yorkais et un club de boxe thaï de banlieue parisienne, Akim Oualhaci met en évidence la « fabrique » d’un style de masculinité « populaire »

L’ACTUALITÉ DE L’UFOLEP ET DE SES PARTENAIRES SUR TWITTER

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et « respectable », entre autonomie et rapports de domination. Les deux derniers chapitres, intitulés « Former des citoyens dotés de compétences sportives et morales » et « Encadrer la jeunesse populaire par le sport », mettent en avant une dimension éducative revendiquée par des pratiques qui suscitent encore parfois certaines réserves. Se faire respecter, ethnographie de sports virils dans des quartiers populaires en France et aux États-Unis, Akim Oualhaci, Presses universitaires de Rennes, 2017, 336 pages, 22 €.


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ENGAGÉS DEPUIS 1866, MOBILISÉS AUJOURD’HUI POUR LE SERVICE CIVIQUE

Avec la Ligue de l’enseignement, Nina, 24 ans, fait découvrir aux jeunes les arts du cirque, au sein de l’association Supercrampe (Reims). REJOIGNEZ NOUS : WWW.LALIGUE.ORG

En Jeu Ufolep 30 février 2018  

Revue fédérale de l'Ufolep (Union française des oeuvres laïques de l'éducation physique) INVITE : Sébastien Nadot, professeur d'EPS, histor...

En Jeu Ufolep 30 février 2018  

Revue fédérale de l'Ufolep (Union française des oeuvres laïques de l'éducation physique) INVITE : Sébastien Nadot, professeur d'EPS, histor...