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en jeu une autre idée du sport la revue de l’UFOLEP

Juin 2017 - N° 27 - Prix 3,50 €

INVITÉ Jean-Jacques Gouguet REPORTAGE Courses de pneus à Mayotte

LES NOUVEAUX SÉJOURS SPORTIFS


édito

10% de sportifs en plus : chiche !

Mélanie Gallard / Ufolep

Par Philippe Machu, président de l’Ufolep

I

nterrogé avec plusieurs autres candidats à l’élection présidentielle dans le dernier numéro de En Jeu, Emmanuel Macron affirmait son ambition d’« augmenter de 10% la pratique des activités physiques et sportives dans les dix prochaines années ». Il disait aussi vouloir que « le sport aide ceux qui en ont besoin à retrouver la santé » et partager « avec l’Ufolep le souci de tendre la main vers les publics les plus éloignés de la pratique sportive ». Ceci avec un effort particulier « vers les quartiers de la politique de la Ville », où le futur président de la République proposait la prise en charge d’une partie du coût de la licence des 6-25 ans. L’Ufolep dit : chiche ! Particulièrement sensible aux difficultés d’accès à la pratique des populations fragilisées par les handicaps territoriaux, culturels et sociaux, notre fédération, qui connaît les ravages et le coût de l’inactivité pour notre pays, est prête à s’engager pour relever ce défi. Comme le rappelle dans ces pages Jean-Jacques Gouguet, l’Ufolep est en effet très investie dans cette dimension éducative, sociale et citoyenne du sport. Mais, pour être en mesure de s’impliquer davantage encore dans la mission qu’elle s’est donnée, notre fédération a besoin d’une véritable délégation de service public et d’une convention d’objectifs pluriannuelle à la hauteur de ces enjeux. Après la campagne présidentielle, notre réseau reste mobilisé pour porter ce message auprès des candidats aux élections législatives puis sénatoriales. Car pour nous, être citoyen sportif, c’est construire avec les publics concernés les ressources associatives et territoriales qui rendront possible une pratique sportive adaptée et partagée. Alors, chiche ! ●

coup de crayon par Jean-Paul Thebault

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sommaire

Philippe Brenot/ Archives En Jeu

4 actualité

INVITÉ

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Jean-Jacques Gouguet, contempteur de « La société dopée »

À Mayotte, l’Ufolep démarre avec les courses de pneus

Ufolep Mayotte

REPORTAGE

6 invité 9 dossier 15 pratique Du neuf pour les associations

18 fédéral

Philippe Brenot

Peut-on lutter contre le dopage sportif dans une société de marché ? Non, répond l’économiste Jean-Jacques Gouguet dans un essai co-écrit avec Jean-François Bourg.

22

Nadia Bellaoui

Samedi 1er juillet, l’île vivra le plus grand événement sportif de l’année : la finale du championnat de courses de pneus. Un événement accompagné par un comité Ufolep encore en cours de structuration.

AG Ufolep d’Agen : le fond et la forme ; Continuer d’impacter la société ; Interventions orales

DOSSIER

20 recherche Le « sport citoyen », thème de la 2e Université européenne du sport, les 11 et 12 juillet à Strasbourg

Les séjours sportifs

Sylvain Cochard / Les Portes du Soleil

Petit déjeuner inclusif avec ID-Orizon VuLuEntendu : Le Marquis des stades, Tristan Bernard (Le Castor Astral) ; Les Conquérants de l’inutile, Lionel Terray (Guérin-Paulsen)

09

22 reportage 25 réseau Meurthe-et-Moselle : Ufo Move Party ; À Nantes, une citoyenneté en actions ; Martinique : l’Ufolep partenaire de l’insertion professionnelle ; Instantanés : national Ufolep de bike-trial

28 histoires Morceaux choisis : « Ventoux », de Bert Wagendorp (Galaade éditions) Je me souviens : Isabelle Pandazopoulos L’image : « Le footballeur » d’Angel Zarraga (musée national du Sport)

30 repères Escalades pour tous (FSGT) ; Éthique et sport, Philippe Sarremejane (éd. Sciences humaines) ; L’actualité de l’Ufolep sur Twitter

Pratiquer son sport favori du matin au soir, durant plusieurs jours et dans un cadre privilégié : le concept a le vent en poupe. À tel point que des fédérations dédiées aux activités de pleine nature comme l’Ufolep s’en saisissent aujourd’hui à l’intention de leurs propres licenciés, à côté d’opérateurs privés ou du géant du secteur, l’UCPA. en jeu “une autre idée du sport” est la revue de l’Union française des œuvres laïques d’éducation physique (Ufolep), secteur sportif de la Ligue de l’enseignement Ufolep-Usep 3, rue Récamier, 75341 Paris Cedex 07 Téléphone 01 43 58 97 71 Fax 01 43 58 97 74 Site internet www.ufolep.org Directeur de la publication Jacques Giffard Président du comité de rédaction Philippe Machu Rédacteur en chef Philippe Brenot Ont participé à ce numéro Vincent Bouchet, Isabelle Gravillon, Benoît Gallet, Mamadou Mbodji, Jacky Robichon Photo de couverture Fédération française de randonnée pédestre Maquette Agnès Rousseaux Impression et routage Centr’Imprim, rue Denis Papin 36 100 Issoudun Abonnement annuel 13,50 € Numéro de Commission paritaire 1015 K 79982 Numéro ISSN 1620-6282 Dépôt légal Juin 2017 Tirage de ce numéro 8389 exemplaires

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CNOSF

Denis Masseglia a été réélu le 11 mai pour un troisième et dernier mandat de quatre ans à la présidence du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Président depuis 2009, âgé de 69 ans, il s’est imposé avec 556 voix contre 385 à Isabelle Lamour et 54 à David Douillet. Denis Masseglia a fait de la candidature française aux Jeux olympiques 2024, dont il est à l’initiative, la priorité de son ultime mandat. Il a toutefois dû faire face à une opposition inédite. Présidente de la Fédération française d’escrime et portée au départ par le groupe des sports de combat, Isabelle Lamour lui reprochait un mode de gouvernance trop solitaire. Quant à David Douillet, double champion olympique de judo et ancien

ministre des Sports, il défendait un projet voulant que le CNOSF, plutôt que l’État, pilote le sport français. On saluera par ailleurs l’élection au conseil d’administration du CNOSF de Véronique Moreira, présidente de l’Usep, au titre des fédérations scolaires et universitaires, et d’Emmanuelle Bonnet-Ouladj, coordinatrice générale de la FSGT, qui y fera entendre la voix des fédérations affinitaires et multisport.

Le « fish » s’est échappé Roger Poisson, ancien permanent (1989-1998) et élu national Ufolep (2000-2003), est décédé fin mars à l’âge de 78 ans de la rechute d’un cancer. Roger aura accompagné à l’Ufolep le développement des activités cyclistes. Économe dans un collège, il est l’un des principaux artisans, à la fin des années 1970, de l’essor du club Loisirs Cyclisme de Crèvecœur-le-Grand et de la création du Tour de l’Oise, avant de mettre ses compétences au service de la commission nationale cycliste puis de rejoindre le « central » de la rue Récamier. Une fois retraité, il est élu au comité directeur national,

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actualité

Denis Masseglia réélu président du CNOSF

où il assume durant deux ans la charge de trésorier. Après s’être établi à Céret (Pyrénées-Orientales), il abandonne ses mandats nationaux mais, licencié au VéloClub de Vallespir, s’investit dans la commission cyclo départementale. Ces dernières années, le « fish », comme l’avait affectueusement surnommé le peloton Ufolep, avait pris un peu de recul pour se consacrer exclusivement à son autre passion, la philatélie.

Moins de postes pour les fédérations affinitaires Les six fédérations affinitaires et multisport – Ufolep, FSGT, FSCF, FFEPGV, FFSPT, UNSLL (1) – ont manifesté début avril auprès du secrétaire d’État aux sports leur « incompréhension » et leur « désaccord » concernant la suppression de 10% des postes

PETIT DÉJEUNER INCLUSIF AVEC LA PLATEFORME ID ORIZON partagé organisait vendredi 28 avril un petit déjeuner (9h-10h30) sur le thème

de tous horizons et de tous niveaux, avec

Philippe Brenot

La plateforme ID Orizon-Pour un sport

l’appui de l’Ufolep. Pour sa part, Veronica Noseda s’est efforcée d’expliquer com-

des « dispositifs et modalités d’un sport

ment il s’agissait pour son association

inclusif », et plus précisément auprès

(qui fédère 90 joueuses) d’être « inclu-

des minorités sexuelles. Il a réuni une trentaine de participants sur la péniche du Rosa Bonheur sur Seine, amarrée près des Invalides (Paris

7e).

sive » tout en promouvant une identité Philippe Liotard, Pascale Reinteau, Veronica Noseda et Philippe Machu.

particulière. Elle a distingué dimension « communautaire » (qu’elle revendique)

Parmi eux, outre les représentants de

et « communautarisme » (qu’elle rejette), et élargi la question

fédérations, on notait la présence d’étudiants, de la présidente

à tous les publics s’estimant souffrir d’exclusion dans le cadre

des Anestaps, de membres de l’association Femix’Sports et du

des pratiques sportives.

pôle national ressources « mixités » du ministère, ou bien

Vivants et très concrets, ces deux éclairages ont été prolongés par

encore celle de Denis Masseglia.

des échanges avec la salle. De l’avis unanime des participants, ce

Animés par Philippe Liotard, sociologue et maître de confé-

premier petit déjeuner à thème proposé par ID-Orizon fut un

rences à l’Université Lyon 1, les débats furent étayés par deux

succès, notamment en raison de son format court. À l’issue de

témoignages : ceux de Pascale Reinteau, co-présidente des

celui-ci, rendez-vous a été donné au 30 mai dans les locaux de

Gay Games Paris 2018, et de Veronica Noseda, présidente des

l’Union nationale Léo Lagrange, rue des Poissonniers (Paris 18e).

Dégommeuses, association de football féminin créée par des

Le thème : le sport comme outil « réinsérant », en prison et plus

joueuses lesbiennes peu à l’aise dans le giron fédéral.

généralement pour les personnes placées sous main de justice.

Pascale Reinteau a précisé la démarche et l’esprit des Gay

D’autres débats seront programmés ultérieurement, toujours à

Games, qui accueilleront en août 2018 à Paris 15 000 athlètes

l’initiative des fédérations membres du collectif. ● Ph.B.

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d’État placés auprès d’elles. Le ministère des Sports souhaite réaffecter ces postes au sein de fédérations devenues olympiques depuis peu, dans la perspective des Jeux olympiques de Tokyo 2020 et de la candidature de Paris 2024. Les six fédérations y voient à la fois une « mise en concurrence contreproductive » entre l’ensemble des fédérations sportives, olympiques et non olympiques, et un manque de reconnaissance de leur action, « principalement axée sur la conduite de projets au service de l’accès du plus grand nombre aux activités physiques et sportives ». (1) En toutes lettres : Union française des œuvres laïques d’éducation physique, Fédération sportive et gymnique du travail, Fédération sportive et culturelle de France, FF d’éducation physique, FF sport pour tous, Union sportive Léo Lagrange.

Albi marche nordique

Trois jours de randonnées pour découvrir Albi (Tarn), ses environs et sa cathédrale inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco : c’est ce que propose les 2, 3 et 4 juin la 2e édition de « L’Épiscopale Nordique », organisée par le club Ufolep Marche Nordique Albi. Avec des circuits de 9 à 15 km et des milliers de participants attendus. www.episcopalenordiquealbi.fr

VuLuEntendu TRISTAN BERNARD, LE MARQUIS DES SPORTS À un interviewer qui s’étonnait de ne lui voir pratiquer aucun sport, Tristan Bernard (1866-1947), Paul de son vrai prénom, lui répondit : « Mon cher, j’en suis dispensé au titre d’apôtre. » L’aphorisme, rapporté par Benoît Heimermann, éditeur de cette collection d’articles de presse et d’extraits de romans ayant en commun leur fibre sportive, résume parfaitement le personnage, figure attachante du petit monde des lettres qui dispensa son esprit sur le XIXe siècle finissant et la première moitié du suivant. L’un des titres de gloire qui contribua à sa réputation d’écrivainsportsman fut d’avoir dirigé, de 1892 à 1896, le vélodrome Buffalo sis à Neuilly-sur-Seine, près de la porte Maillot. En phase avec son époque, il conçoit les courses cyclistes comme de vrais spectacles, suggère la formule des repêchages et, en auteur dramatique de talent, invente la cloche du dernier tour. Le sport tel que l’entend Tristan Bernard est volontiers un défi, un duel, un combat. Avec le vélo, la boxe occupe d’ailleurs l’essentiel de ces pages qui, en dépit d’un style resté alerte, ont parfois un peu vieilli. En plus d’articles où il salue le punch et l’élégance d’un Georges Carpentier, il consacre même deux romans au noble art : Autour du ring et Nicolas Bergère. Ses conceptions, Tristan Bernard les réaffirmera d’ailleurs en 1920 dans une préface à l’ouvrage d’un médecin sur L’Éducation physique, obligation nationale. Il y clame que « les champions sont les “échantillons-réclames” du sport » et se désole qu’«un certain nombre de gens, tout en proclamant l’excellence de la culture physique, nient l’importance du sport proprement dit ». Auteur et directeur de théâtre, en 1934 Tristan Bernard suit encore le Tour de France pour le compte du Journal. « Il a soixante-sept ans, parade dans sa Hotchkiss, fait bombance, multiplie les kilomètres mais jamais ne se soustrait à sa tâche, raconte Benoît Heimermann. À 18 heures précises, il dicte sa copie aux sténos de la rue Richelieu avant de rejoindre le car de la TSF pour partager sa science avec Jean Antoine, pionnier du radio reportage. » La fin de sa vie a en revanche peu à voir avec la passion du sport. Fin 1943, ses origines juives lui valent d’être interné à Drancy, d’où l’entregent d’Arletty et Sacha Guitry réussit à l’extraire. Tristan Bernard décèdera en décembre 1947 : quelques mois plus tôt, celui qui avait tout perdu, y compris sa joie de vivre, avait-il suivi le Tour de France renaissant ? La légende rapporte seulement qu’à son enterrement, on l’entendit héler le corbillard : « Cocher, vous êtes libre ? ». ● Philippe Brenot Le Marquis des stades, Tristan Bernard, édition établie par Benoît Heimermann, Le Castor Astral, 212 pages, 14 €.

LES CONQUÉRANTS DE L’INUTILE

Le 10e numéro de la revue trimestrielle Desports, dont la parution se faisait chaque fois plus espacée, sera le dernier. Cette dernière livraison ne fait qu’aviver nos regrets, avec entre autres une conversation au long cours avec Titouan Lamazou et des textes de Stéphane Audeguy, Leonardo Padura, Philippe Delerm, Gigi Riva... Et, en guise de bouquet final, une bibliothèque idéale des 100 livres sportifs indispensables.

« Lionel Terray ? Un grand écrivain. Voilà ce que l’Histoire devrait retenir. Les Conquérants de l’inutile sont, avant tout, un texte d’une remarquable qualité, un récit picaresque et poétique, un exemple rare et presque inégalé de littérature de montagne. » Cinquante-six ans après sa parution, combien de nouveaux lecteurs la préface signée par Jean-Christophe Ruffin gagnera-t-elle à ce titre qui claque toujours comme un étendard ? Et l’académicien d’insister : « La plupart des livres que l’on place dans cette catégorie sont des romans ou des récits qui mettent en scène des drames se déroulant en montagne comme d’autres illustrent des histoires de marins ou de guerriers. (…) La montagne y est un décor », quand Lionel Terray (1921-1965) « raconte une vie qui n’a de sens que par et pour l’alpinisme. La fusion entre littérature et montagne est totale chez lui. » Certes, la quête d’absolu qu’incarnait l’alpinisme après-guerre, avec ces grandes expéditions himalayennes et une ascension de l’Annapurna dont Terray fut l’un des héros, n’est plus guère de mise aujourd’hui. Mais il demeure ce récit qui, au-delà des événements anciens qu’il narre, happe le lecteur. Un récit où l’auteur vous engage, vous encorde avec lui, corps et âme. ● Ph.B.

Desports n°10, 224 pages, 19 €.

Les Conquérants de l’inutile, Lionel Terray, préface de Jean-Christophe Rufin, Guérin-Paulsen, 436 pages, 22 €.

Fin de partie pour Desports

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invité

Auteur avec Jean-François Bourg de La société dopée

Jean-Jacques Gouguet : le dopage comme symptôme sociétal Peut-on lutter contre le dopage sportif dans une société de marché ? Non, répondent Jean-Jacques Gouguet et Jean-François Bourg dans un essai qui propose de substituer le jeu à la compétition à tout prix.

J

ean-Jacques Gouguet, vous expliquez dans La société dopée qu’il est vain de s’acharner à lutter contre le dopage pour la raison qu’il est moins une entorse à l’éthique que le symptôme de la recherche de la performance à tout prix qui caractérise notre société… C’est notre conviction. Cela fait longtemps qu’avec JeanFrançois Bourg nous souhaitions traiter du dopage, ce que nous faisons là à travers trois questions : pourquoi se dope-t-on, pourquoi le dopage est-il irréductible, et enfin que faire ? Il apparaît que la lutte antidopage est non seulement inefficace mais n’a pas de sens dans un système productiviste d’amélioration de la performance. Et le dopage médicalement contrôlé serait une fausse solution. À nos yeux, la seule solution consiste donc à changer de modèle économique et social.

La société dopée, Seuil, 216 pages, 17 €.

Et donc de modèle sportif ? La ligne de fracture qui traverse aujourd’hui celui-ci traduit l’opposition croissante entre le sport «  marchandise, business, spectacle », qui obéit à une logique purement économique, et ce que j’appelle le sport « authentique », qui lui est avant tout du jeu et possède des fonctions sociales et éducatives avérées. Or, au fur et à mesure du développement du sport marchandise, il y a mise en danger du sport authentique. Car cette valorisation de la victoire à tout prix le détruit. Il est d’ailleurs malheureux que ces visions opposées, sinon antagonistes du « sport » partagent le même vocable.

ÉCONOMISTE AU CDES DE LIMOGES Jean-Jacques Gouguet, 68 ans, est professeur émérite d’économie, d’aménagement et d’urbanisme à l’Université de Limoges, et directeur scientifique des études au Centre de droit et d’économie du sport (CDES). Il est par ailleurs président de l’association de défense de l’environnement Sources et rivières du Limousin et a exercé diverses responsabilités associatives (locales, régionales et nationales) au sein de la fédération de savate-boxe française. Son co-auteur, Jean-François Bourg, 61 ans, est également économiste et chercheur à l’Université de Limoges, rattaché à l’Observatoire des mutations institutionnelles et juridiques (OMIJ/CDES). ●

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En quoi ce nouvel ouvrage prolonge-t-il le propos de votre Économie politique du sport professionnel parue il y a dix ans (1) ? La façon dont nous abordons le dopage relève de la même approche, celle d’une critique de la logique productiviste, économicienne, qui s’exerce au détriment de la vie sociale. À quel moment la productivité, la compétitivité, le rendement, les économies d’échelle deviennent-elles des valeurs cardinales ? On y retrouve les deux points de retournement ou de rupture que Jean-François Bourg et moi avons toujours mis en évidence : la révolution industrielle au XIXe siècle en Angleterre, pays berceau du sport moderne, puis le basculement du sport professionnel dans l’ère du marché dans les années 1980, celles du triomphe du néolibéralisme. La performance à tout prix devient alors la règle, y compris au prix du dopage, qui passe alors à un stade industriel. Au-delà du sport et du dopage, votre essai pose les termes d’un choix de société. Est-ce pure coïncidence s’il est publié en pleine période électorale ? Oui, car il aurait dû paraître plus tôt. En revanche, il s’agit bien d’un débat de société car la question du dopage ne résoudra pas seulement dans le seul champ du sport. Mais je ne suis pas persuadé que la campagne présidentielle ait accordé à ce débat de société la place qu’il mérite. Pourtant, on voit bien que notre modèle économique est à bout de souffle et nous conduit dans le mur, avec une triple crise : économique et financière (avec pour conséquence le chômage), sociale (avec la montée des inégalités) et écologique (voyez l’état de la planète). Ce modèle n’est plus viable, et en changer aurait évidemment un impact sur le sport en général. Lequel ? D’une part, un changement de société entraînerait inévitablement une évolution des institutions sportives. D’autre part, le sport peut lui-même jouer un rôle fondamental dans ce changement de société. Il peut en être porteur. Aujourd’hui, le libéralisme pousse à la compétition, laquelle compétition ne fait que renforcer les valeurs propres à celui-ci : être plus compétitif, plus performant, toujours gagner, se montrer le meilleur… Le sport est ici au service de ce modèle économique. À l’inverse, le sport authentique peut mettre ses vertus au


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service d’une conception alternative de la société. Car le sport authentique c’est de l’éducation, de la citoyenneté, de la santé, du respect de l’autre, de la convivialité… Et l’on a besoin de relier les consciences autour d’un nouveau modèle d’organisation sociale. Vous proposez de sortir de la « compétition », en lui substituant le « jeu ». Mais le jeu, c’est aussi se mesurer à l’autre : où se situe la frontière ? La frontière, c’est le résultat. Le jeu, c’est le plaisir de participer et celui de la confrontation avec autrui, mais dans le respect commun. Cela génère de la socialisation, de la convivialité et ça n’a rien à voir avec le sport compétitif actuel, où il s’agit avant tout de gagner, d’établir une performance à n’importe quel prix, y compris en « prenant » ce qu’il faut pour cela. Pour la théorie critique du sport, le pas est franchi dès qu’il y a championnat et encadrement par une fédération, c’est-à-dire institutionnalisation des pratiques. C’est pourquoi celle-ci ne fait aucune différence entre une fédération affinitaire comme l’Ufolep et les plus puissantes fédérations olympiques : partagez-vous cette analyse ? Cette approche d’inspiration marxiste considère que tout système suscite des appareils idéologiques pour se reproduire, et qu’à ce titre le sport fait partie des appareils idéologiques suscités par l’État et le système capitaliste. Je ne partage pas tout à fait ce point de vue car cela reviendrait à penser qu’il n’y a aucune issue. Or on observe depuis plusieurs années – et l’Ufolep est bien placée pour en parler – que la demande sociale de pratique sportive compétitive diminue, tandis qu’à l’inverse la demande sociale de pratiques orientées vers la convivialité, la santé, le bien-être et le lien social augmente. En outre, aujourd’hui la majorité de la pratique sportive se déroule hors structure, ce qui traduit l’incapacité du mouvement sportif à répondre à cette demande de manière satisfaisante. S’il continue à produire de l’encadrement pour faire de la compétition, je crains qu’il ne soit « à côté de la plaque ». Vous connaissez bien l’Ufolep, pour avoir supervisé de 2009 à 2011 avec le Centre de droit et d’économie du sport de Limoges (CDES) un « observatoire » de ses pratiques. Comment la considérez-vous dans le paysage sportif, au regard de cette évolution de la demande sociale ? L’offre de l’Ufolep est non seulement originale mais va dans le sens de l’histoire. Celle-ci a fait me semble-til le choix d’une sectorisation, avec une partie de son offre qui reste structurée autour de la compétition (ou tout au moins d’une confrontation organisée, avec des championnats), et un secteur consacré au loisir, à la convivialité, à la santé, à l’éducation, à la citoyenneté. De ce point de vue, l’Ufolep remplit tout à fait sa mission. Pour autant, les fédérations dites affinitaires se sentent aujourd’hui marginalisées au sein du mouvement sportif. Comment, dans ces conditions, l’Ufolep peut-elle être un laboratoire d’une pratique sportive reposant sur des valeurs de solidarité et de bien-être et non pas structurée par la recherche de la performance ?

Je suis tenté de répondre que cela se fera de toute façon. Nous sommes à la veille de mutations sociales et économiques considérables, et le sport y n’échappera pas. J’en reviens à cette opposition entre des spectacles sportifs qui tendent à tout monopoliser (des moyens financiers à l’attention des médias), et de l’autre les aspirations d’une majorité de citoyens. Les institutions sportives devront s’adapter, ou elles feront les frais de ces évolutions. Parce que nous restons dans une économie de marché et que, dès lors qu’il existe une demande solvable, les structures commerciales sont là, et bien là. ● Propos recueillis par Philippe Brenot

Jean-Jacques Gouguet : « La lutte antidopage est non seulement inefficace mais n’a pas de sens dans un système productiviste d’amélioration de la performance. »

(1) Vuibert, 2007. Voir En Jeu n°407, mai 2007.

IRRÉDUCTIBLE DOPAGE La société dopée met en lumière les fondements et les mécanismes du dopage. L’ouvrage s’attache à démontrer en quoi celui-ci est « inévitable » et « irréductible » dans une société de marché, alors même que « le pire est à venir » à travers l’avènement annoncé du « sportif posthumain ». Après en avoir mis en balance les avantages et les inconvénients, les auteurs réfutent aussi l’idée d’une « régulation du dopage sous contrôle médical » pour inviter in fine à « abandonner la compétition » : une façon de « reconnaître les limites d’un monde fini », en accord avec la notion de décroissance. Ils font par ailleurs plusieurs fois référence à deux ouvrages : L’emprise sportive, de Robert Redeker (François Bourrin, 2012) et La Dissociété. À la recherche du progrès humain, de Jacques Généreux (Seuil, 2011), conseiller économique de JeanLuc Mélenchon. ●

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née r u o t e 1èr ! a l e r u c s n s a r u -no de F z e e n n g n i e Rejo itoy c t e t r o multisp

JUIN

JUILLET

AOÛT

6-8 / ST NAZAIRE (44) 7-8 / WITTENHEIM (68) 31.07-25.08/ LA COURNEUVE (93) 21-25 / SILLERY (51) 9 / LA COURNEUVE (93) 1-20 / EVRY (91) 23-25 / EVRY (91) 10-13 / PORT-LEUCATE (11) 2-4 / TOULON (83) 23-25 / MARVILLE (93) 11-12 / COLMAR (68) 30.08-03.09 / REIMS (51) 25 / LYON (69) 11-13 / ST MALO (35) 26-27 / CHAMPS S/ MARNE (51) 14-16 / PLOUGONVELIN (29) 17-18 / LARMOR-PLAGE (56) 17 -19 / GRAU-DU-ROI (30) 17 -19 / BERCK S/ MER (62) 20-21/ GIFFAUMONT (55) 20-21/ DAMAZAN (47) 03.06 / LE GOSIER 20-22 / VOVES (28) GUADELOUPE (971) 24-26 / LA SEYNE S/ MER (83) 20-23.07 & 18-20.08 / 25-27 / BRAY-DUNES (59) MAYOTTE (976) 25-30 / LA COURNEUVE-MARVILLE (93) 27.08 / SAINT-LEU - LA 27-28 / POIX TERRON (08) RÉUNION (974)

CIRCUIT OUTRE-MER


Isabelle MAGENDIE / UCPA

dossier Dans un centre UCPA.

Les nouveaux séjours sportifs Pratiquer son sport favori du matin au soir, durant plusieurs jours et dans un cadre privilégié : le concept a le vent en poupe. À tel point que des fédérations dédiées aux activités de pleine nature comme l’Ufolep s’en saisissent aujourd’hui à l’intention de leurs propres licenciés, à côté d’opérateurs privés ou du géant du secteur, l’UCPA. Juin 2017

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Surfant sur l’engouement pour les séjours sportifs

Les fédérations accompagnent leurs adhérents en vacances À côté des acteurs traditionnels du marché, plusieurs fédérations proposent des séjours sportifs à leurs adhérents : le cyclotourisme, la randonnée et aujourd’hui l’Ufolep, en partenariat avec Vacances Passion.

C’

est une sorte de réflexe pavlovien. Quand on évoque le thème des séjours sportifs, un nom vient immédiatement à l’esprit : l’UCPA, l’Union nationale des centres sportifs de plein air. Normal : depuis sa création en 1965 (1), cette association s’est imposée comme LA référence sur ce marché. En 2016, plus de 3,2 millions de personnes ont effectué un séjour sportif avec elle. L’UCPA propose des stages en France et partout dans le monde, autour d’innombrables disciplines, des plus classiques (randonnée pédestre) aux plus « extrêmes » (spéléolo-

gie) en passant par les plus « tendance » (vélo à assistance électrique). Et son slogan anglicisé, « sport your nature », renseigne sur son cœur de cible : les jeunes. Même si, au fil des années, l’UCPA s’est aussi ouverte aux plus petits (dès 6 ans) et aux plus âgés (jusqu’à 55 ans). « Notre philosophie reste inchangée depuis plus de 50 ans : ancrer la pratique sportive dans les habitudes des jeunes grâce à nos séjours. Cela relève d’une mission d’intérêt général, au même titre que ce qui est proposé par le professeur d’EPS à ses élèves ou par les clubs au sein des fédérations,

Un programme sportif et touristique, avec lieu d’hébergement inclus : c’est ce que propose à ses homologues l’association Ufolep Pujols Rando Nature,

près

de

Villeneuve-sur-Lot

Ufolep Yvelines

CLUBS ET COMITÉS UFOLEP AUSSI (Lot-et-

Garonne). En 2015, trente jeunes vététistes du club Ufolep de Bonnières (Yvelines) ont ainsi pro-

Du ski pour les gymnastes franciliens !

fité d’un séjour d’une semaine. Et, l’an passé, ce fut au tour d’un club de Marans (Charente-Maritime). « Nous possédons plus de 200 km de chemins entretenus pour la pratique du VTT, et diverses possibilités d’hébergement collectif : sous tente, en mobil home et en dur, dans un centre équestre ou en chambre d’hôtes », précise le président du club Jacky Teyssedre, également impliqué auprès de l’Office de tourisme du grand Villeneuvois. De son côté, le comité Ufolep des Yvelines organise chaque année aux vacances de printemps un stage ski-gym ouvert aux jeunes gymnastes d’Île-de-France, avec une pratique à mi-temps des deux activités. Une semaine très conviviale qui est aussi un moyen de favoriser l’engagement associatif et la formation des cadres. ●

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insiste Rodolphe Legendre, directeur de la stratégie éducative et sportive de l’UCPA. D’ailleurs, dix-sept fédérations sportives participent à notre gouvernance : c’est loin d’être anodin ! Notre objectif est en effet de construire ensemble et sur le long terme un parcours sportif qui peut se traduire par une prise de licence en club à l’issue d’un séjour chez nous. » DU CYCLO AU CYCLOTOURISME Autrement dit, fédérations et UCPA œuvrent main dans la main pour l’intérêt général. Point de concurrence entre elles, vraiment ? De plus en plus de fédérations sportives s’intéressent pourtant à ce créneau des séjours sportifs. Auprès, il est vrai, d’un public différent et sensiblement plus âgé, comme par exemple pour la Fédération française de cyclotourisme. « Concevoir des séjours sportifs pour nos adhérents fait partie de notre ADN, explique Béatrice Barrière, responsable de la commission tourisme à la FFCT. Dans cyclotourisme, il y a tourisme, donc voyage et découverte. La pratique cyclotourisme va naturellement de pair avec la découverte de nouveaux horizons. » Chaque année en novembre, les adhérents de la fédération reçoivent un catalogue de 90 séjours en France ou à l’étranger, mis sur pied par les comités départementaux et les ligues régionales. On y trouve des séjours cyclo-découverte (environ 90 km par jour) prévoyant des haltes pour visiter des lieux touristiques, rencontrer des gens, déguster des mets locaux. Mais aussi des stages plus sportifs, pour s’entrainer en début de saison


Manu Mole / Haute Route du Ventoux

Les nouveaux séjours sportifs

Les cyclos sont le public le plus « accro » aux stages sportifs.

ou préparer des “diagonales”, ces traversées du territoire très exigeantes puisqu’il faut souvent rouler nuit et jour… Béatrice Barrière insiste sur les « plus » offerts par rapport à un opérateur privé : « La convivialité, l’encadrement par un moniteur diplômé, l’importance de la sécurité, les bons gestes santé à travers les échauffements et les étirements par exemple. Ce ne sont pas des séjours-usine ! » LA RANDO EN « VOYAGE CLUB » La Fédération française de randonnée pédestre n’est pas en reste. En 2016, plus d’un millier de « voyages clubs », regroupant près de 27 000 participants, ont été organisés en son sein. Soit 6% de plus que l’année précédente, signe de l’engouement croissant pour ces séjours proposés depuis près de vingt ans. « Pour se mettre en accord avec la réglementation, la FFRP s’est dotée dès 2003 d’une immatriculation tourisme. Cela a permis de professionnaliser nos produits et notamment de faire bénéficier nos adhérents d’une assurance annulation, comme avec n’importe quel opérateur de tourisme » souligne Fabienne Venot, conseillère technique nationale. Parallèlement à ces séjours organisés par les associations, la FFRP a noué depuis 15 ans un partenariat avec Huwans clubaventure.

« Cette agence spécialisée dans les voyages d’aventure conçoit pour nous des séjours à l’étranger sur mesure, réservés à nos adhérents et respectant les valeurs de notre fédération » complète Cécile Legrand, conseillère technique fédérale. Si ces séjours en France et à l’étranger sont aussi prisés, c’est aussi parce qu’ils permettent d’animer et de prolonger la vie de club. « Les tarifs sont également attractifs. Chez nous, pas de notion de profit. L’animateur qui organise le séjour, réserve les hébergements et prévoit les itinéraires, va même parfois les repérer sur place, et paie son voyage comme les autres ! », insistent les deux conseillères. Et pour s’inscrire, pas de limite d’âge : un atout décisif par rapport à l’UCPA quand la moyenne d’âge des licenciés est de 63 ans… POUR L’UFOLEP, UNE NOUVELLE PASSION Depuis peu, l’Ufolep s’intéresse elle aussi aux séjours sportifs. Plus précisément depuis qu’elle s’est rapprochée il y a deux ans du secteur vacances de la Ligue de l’enseignement, Vacances Passion (2) pour l’accompagner dans la création d’une nouvelle marque : Villages Sport Passion. « Parmi nos villages de vacances, nous en avons identifié une dizaine, idéalement situés pour une pratique sportive de pleine Juin 2017

nature : bord de mer, moyenne montagne ou “campagne pentue”. Et nous les avons habillés de services spécifiques afin d’accueillir des groupes de sportifs » résume Johan Olivier, responsable de l’animation commerciale. Pour cette première saison 2017, une sélection de sports assez large est proposée : vélo, VTT, marche nordique, trail-course nature, triathlon, plongée, eaux vives, windsurfkitesurf et surf. Pour l’instant, c’est de loin le vélo qui occasionne le plus de réservations, avec ces séjours ouverts aussi bien à des clubs qu’à des groupes d’amis, avec pour seule exigence de réunir au minimum dix personnes. « Nous allons recevoir plusieurs associations Ufolep (3), mais aussi le club VTT du comité d’entreprise de la Banque de France de la région PACA, un groupe émanant d’un magasin Décathlon, un club belge, etc. » détaille Emmanuel Bona, responsable de la marque Villages Sport Passion. Les cyclistes accueillis dans ces villages sont particulièrement choyés : local sécurisé pour leurs vélos, repas à horaires décalés servis quelle que soit l’heure de retour, menus adaptés, mise à disposition d’une salle pour préparer les sorties du lendemain… «  Nous proposons également un guide des éditions VTOPO pour repérer les parcours, et les conseils avisés du capitaine

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FIDÉLISER LES LICENCIÉS On cerne bien l’intérêt pour Vacances Passion d’un tel rapprochement avec l’Ufolep : remplir ses centres de vacances hors saison en attirant un nouveau public avec « l’étiquette » de

Toulon Marche Nordique

de village, qui connait parfaitement son territoire » souligne Emmanuel Bona. Il s’agit toutefois de séjours que les participants construisent eux-mêmes, et non de stages encadrés par des coaches et moniteurs. En outre, l’idée est d’accueillir plutôt des groupes déjà constitués. « Le stage sportif de perfectionnement est déjà bien installé sur le marché, avec des opérateurs très performants (4), et cela n’est pas notre cœur de métier » précise Emmanuel Bona. C’est en revanche celui des Stages du soleil. Lancés il y a vingt ans par la Ligue de l’enseignement des Alpes-Maritimes, ceux-ci se présentent aujourd’hui comme « le plus gros organisateur de stages cyclistes en France ». Parmi les 2000 stagiaires annuels, on compte environ un tiers de cyclos Ufolep, tandis que les « capitaines de route » qui participent à l’encadrement au côté de titulaires de brevets d’État sont aussi issus de clubs Ufolep locaux. Outre les stages de début de saison (axés sur la progression physique), on trouve aussi au catalogue des Stages du soleil des séjours proposant de découvrir une région à travers ses plus beaux cols, ainsi que des stages VTT et triathlon qui, eux aussi, s’adressent à des pratiquants (très) confirmés. Certains viennent même des États-Unis pour préparer le Roc d’Azur ou l’Ironman de Nice ! « Notre offre est tout à fait complémentaire, insiste Philippe Lucas, délégué général de la Ligue des Alpes-Maritimes. Les Stages du soleil accueillent des mordus, motivés par la performance, mais qui dans un autre contexte, familial ou amical, peuvent aussi être intéressés par l’offre loisir des Villages Sport Passion. Nous renvoyons d’ailleurs vers leur site internet. »

Les séjours construits avec les fédérations jouent l’esprit club. Ici, l’association Ufolep Toulon Marche Nordique.

la première fédération multisport de France. Mais pour celle-ci ? « Nous positionner sur le temps des vacances – en général peu investi par le mouvement sportif traditionnel – est un moyen supplémentaire de fidélisation de nos licenciés, affirme Benoit Gallet, directeur technique national adjoint de l’Ufolep. Et nous avons remarqué que certaines de nos associations se tournaient vers d’autres fédérations ou d’autres opérateurs pour obtenir un service que nous n’offrions pas jusquelà. » S’impliquer dans la construction de séjours sportifs avec Villages Sport Passion peut aussi « dynamiser » le réseau Ufolep, estime le DTN adjoint : « Cela peut permettre de créer des liens, voir un jumelage entre l’association Ufolep locale qui aide à élaborer le séjour, à identifier des itinéraires et bâtir un road-book, et celle qui est accueillie. » L’Ufolep et le secteur vacances de la Ligue de l’enseignement espèrent aussi tirer leur épingle du jeu sur leurs séjours ciblés sur les seniors. « Ce sont des séjours multi-activités, avec des pratiques douces de plein air et liées au bien-être : tai chi, qi gong, marche nordique, randonnée pédestre, yoga… À chaque fois un thème sert de fil rouge, par exemple la préparation à la retraite ou la découverte du

patrimoine local » argumente Benoit Gallet. Plus largement, celui-ci voit dans cette offre l’opportunité de faire évoluer le projet associatif de l’Ufolep en s’ouvrant à d’autres manières de fonctionner. « C’est aussi, insiste-t-il, une manière de valoriser notre identité multisport et d’offrir la possibilité de s’initier à de nouvelles activités. » Et l’occasion de vivre sa pratique sportive un peu différemment, en dehors de son environnement quotidien, mais en conservant l’esprit club. ● Isabelle Gravillon (1) L’UCPA est née de la fusion de l’Union nationale des centres de montagne (UNCM) et de l’Union nautique française (UNF). (2) Vacances Passion commercialise des séjours pour les familles et les adultes tandis que Vacances pour Tous, autre marque du secteur vacances de la Ligue de l’enseignement, est dédiée aux séjours collectifs pour les jeunes. (3) Lesquels bénéficient notamment d’un avantage commercial sous la forme d’une gratuité toute les 15 personnes. (4) Ceux-ci ne manquent pas d’imagination : un opérateur international, Haute Route, propose sous ce vocable six circuits de 3 à 7 étapes chronométrées qui donnent aux participants le sentiment de faire partie d’un vrai peloton, avec voiture suiveuse : dans les Rocheuses aux États-Unis, dans les Dolomites, les Pyrénées, les Alpes franco-suisses, ou encore autour de l’Alpe d’Huez et du mythique mont Ventoux.

UNE SEMAINE FÉDÉRALE DE L’UFOLEP EN 2018 Reprenant à son compte une initiative de la Fédération fran-

– et de mettre à leur disposition des activités segmentées. Les

çaise de cyclotourisme, l’Ufolep organisera en mai 2018, à

uns participeront à un raid multisports compétitif, d’autres à

titre expérimental, une semaine fédérale. Le projet ? Réunir

une course d’orientation, à un stage d’apprentissage du vélo

dans différents Villages Sport Passion des associations

ou de la natation, d’autres encore pratiqueront des activités

Ufolep de tous horizons autour d’activités de plein air. « Il

d’entretien » expose Benoit Gallet, DTN adjoint de l’Ufolep.

s’agit de rassembler sur un même lieu des pratiquants très

L’idée est que des espaces et des temps communs favorisent

différents – sportifs compétiteurs, enfants, familles, seniors

les échanges entre ces licenciés aux profils variés. ●

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Les nouveaux séjours sportifs

« Des liens affinitaires » s’agit de liens affinitaires, donc très rassurants, puisque l’on se retrouve entre gens partageant la même passion sportive. Le contenu des séjours sportifs a-t-il évolué avec le temps ? Pendant longtemps, le séjour sportif a été marqué par une empreinte hygiéniste et sanitaire. On quittait son lieu de résidence habituel pour aller faire de l’activité physique « ailleurs » – le plus souvent des sports simples et peu coûteux comme le vélo, la marche ou la natation –, avec l’idée de s’occuper de son corps et de sa santé, de se régénérer. Ici on allait profiter des embruns de la mer, là du bon air de la montagne. Mais, depuis quelques années, le rapport du sportif à son environnement a changé. Désormais, il privilégie les interactions sensibles, esthétiques, fondées sur le plaisir. À présent, le sport pratiqué durant ces séjours est souvent hédoniste : c’est une façon de jouir des paysages que l’on découvre non pas en tant que contemplateur ou observateur mais en tant qu’acteur. Les sensations fortes doivent aussi être au rendez-vous, d’où le succès des stages proposant des sports comme le kitesurf, la plongée, la spéléo ou le parapente. Pendant plusieurs jours, du matin au soir,

Jean-Didier Urbain, comment expliquezvous l’engouement croissant pour les séjours sportifs ? Ce type de séjour peutêtre perçu comme une réponse au mal-être physique, et donc psychique, des citadins asphyxiés par la ville. Le séjour sportif permet une échappée, une bouffée d’air pour tous ceux qui vivent dans la douleur la promiscuité et l’immobilité imposée par l’urbanisation de plus en plus massive. Une semaine dans l’année, on part faire son jogging en Lozère ou au Népal, on cesse enfin de tourner comme un lion en cage dans les parcs urbains ! Le séjour sportif plait aussi beaucoup du fait de sa dimension collective : se retrouver dans un groupe permet de retisser du lien social, tâche que l’on a parfois tendance à négliger, faute de temps, le reste de l’année. Qui plus est, il

on s’implique physiquement, voire sensuellement, dans les univers les plus inaccessibles au quotidien : marin, sous-marin, aérien… Le séjour sportif permet une sorte de « shoot » naturel de plaisir. C’est une tendance durable ? Oui, sans aucun doute, notamment parce que le « touristiquement correct » incite fortement à avoir des vacances actives. Quant aux « vrais » sportifs, ceux qui ont une pratique régulière tout au long de l’année, le séjour sportif leur permet d’intensifier cette pratique de manière extraordinaire. Ils sont hébergés, nourris, on leur propose un programme sur-mesure, on met à leur disposition des encadrants détenteurs de précieux conseils techniques... Quel « accro » pourrait résister à une telle prise en charge, entièrement organisée autour de sa passion ? Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que des coaches indépendants, de plus en plus nombreux, créent leur petite entreprise pour vendre qui un raid itinérant en vélo, qui un stage de perfectionnement en VTT de descente. L’organisation de séjours sportifs devient une niche de reconversion professionnelle très porteuse. ● Propos recueillis par I.G.

L’UFOLEP ET L’ANCV MISENT SUR LE SOCIO-ÉDUCATIF Le partenariat noué en 2014 par l’Ufo-

tionnera à titre d’exemples : en février,

DR

DR

Sociologue et ethnologue, enseignant à l’université Paris-Descartes et spécialiste du tourisme, Jean-Didier Urbain est notamment l’auteur de Au soleil, naissance de la Méditerranée estivale (Payot).

lep et l’Agence nationale des chèques-

une découverte du milieu enneigé à

vacances permet chaque année à des

Ancelle (Alpes-de-Haute-Provence) pour

centaines de 16-25 ans, principalement

6 jeunes des Bouches-du-Rhône  ; en

issus de quartiers et territoires priori-

avril, un raid multisport en itinérance

taires, de participer à des séjours spor-

dans l’ex-région Aquitaine pour 14

tifs d’une durée de trois à six jours. En

jeunes ; en juillet, deux séjours succes-

2016, 776 jeunes, dont plus de la moitié n’étaient jamais partis en vacances,

L’ANCV aide à financer les séjours.

sifs « Solidar’Breizh » en bord de mer, à Treffiagat (Finistère) pour 54 jeunes

en ont bénéficié, après s’être eux-mêmes impliqués dans la

d’Ille-et-Vilaine (dont certains en situation de handicap suivis

construction de leur séjour. Une dimension « éducative » qui

par le comité de Sport adapté) ; ou encore, en décembre, un

se retrouve aussi dans l’approche des activités sportives, géné-

séjour « passion foot » à Bar-le-Duc, monté pour une quinzaine

ralement tournées vers l’initiation, la coopération et le vivre-

de filles et garçons par l’Ufolep Meuse avec plusieurs centres

ensemble.

sociaux. Ces séjours sont en effet souvent construits avec des

Opérationnel toute l’année, le dispositif réunit des projets

structures socio-éducatives partenaires de l’Ufolep. ●

variés, pour un public mixte de garçons et de filles. Parmi les

Pour tout renseignement, contactez votre comité ou l’Ufolep

45 projets (portés par 25 comités) finalisés en 2016, on men-

nationale : avrignaud.laligue@ufolep-usep.fr Juin 2017

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SPORT Les plus belles étapes

pour vos séjours sportifs Réservez votre séjour sportif en groupe à partir de 10 personnes ! ellisés Nos séjours avec hébergements lab ns les « villages sport passion » situés da plus beaux endroits de France, avec un univers de services dédiés à la pratique optimale de votre passion !

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Juin 2017

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pratique

Du neuf pour les associations

Pass découverte à 2 € valable sur le mois de septembre, engagement et paiement en ligne : de nouveaux outils pour gagner des licenciés.

S

Si l’expérience du Pass Découverte, est concluante, il est envisagé de la renouveler dès le mois de janvier prochain. Pour prendre un Pass Découverte : https://inscriptions.ufolep.org/

Afisel / En Jeu

implifier les procédures et attirer de nouveaux licenciés : tel est le but des dispositifs mis en place par l’Ufolep pour accompagner la campagne d’affiliation 2017-2018. Des outils au service des associations et de leur développement qui viennent étoffer ceux déjà offerts et seront suivi par d’autres en cours de saison.

DÉCOUVRIR L’UFOLEP POUR 2 €. Pendant tout le mois de septembre, les associations Ufolep pourront accueillir le grand public, sans la moindre procédure administrative et assurantielle, lors de séances de découverte et de loisir (1). Les non licenciés souhaitant découvrir une association et ses pratiques pourront éditer eux-mêmes leur Pass Découverte Ufolep sur notre plateforme fédérale. Afin d’encourager le dispositif, les associations qui auront suscité le plus grand nombre de Pass Découverte bénéficieront d’avantages au choix auprès de partenaires de l’Ufolep : abonnement à des magazines (Marche Nordique Mag, Women Sports, Les Sportives, Sport Outdoor), promotions sur le catalogue Vacances Sport Passion ou sur la réservation de terrains de fooball à cinq avec le réseau ConviFive.

ET TOUJOURS, À VOTRE SERVICE… Toute association adhérente de l’Ufolep bénéficie de la possibilité de : • s’affilier au CNEA, syndicat d’employeurs associatif et de profiter de ses services (accompagnement juridique, formation…) ; • accueillir des jeunes en service civique en vertu de l’agrément de l’Ufolep, notamment dans le cadre du nouveau programme « Volontaires Tout Terrain » ; • solliciter une aide financière de 200 € par personne de la part de l’ANCV pour monter un séjour sportif pour les 16-25 ans. En outre, les associations pratiquant les activités d’entretien et d’expression (code activité « APE ») bénéficient d’une exonération des redevances obligatoires auprès de la Sacem et de la Spre pour l’utilisation de supports musicaux lors des entrainements. ●

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ENGAGEMENT ET PAIEMENT EN LIGNE. Le numérique facilite la vie des associations, en particulier lorsqu’elles organisent des évènements sportifs exigeant de nombreuses procédures administratives : gestion des frais d’inscription, souscription assurance, autorisation préfectorale, etc. L’Ufolep met désormais à leur disposition une plateforme permettant de générer un formulaire personnalisé. Cette plateforme permet aussi de proposer aux participants un service d’inscription, voire même de paiement en ligne, accessible par ordinateur, tablette et smartphone. Cela est valable pour tout type de manifestation : compétition, séance d’initiation à caractère loisir, festival, etc. Cette plateforme offre également d’autres services pour les associations : vérification des licences, boutique en ligne, système d’e-mailing, paiement sécurisé, outils de gestion financière, mise en ligne automatique des résultats… Cette plateforme permet en outre de publier le formulaire d’engagement sur les réseaux sociaux, sur le site internet du club ou sur une simple page web créée pour l’occasion. Par ailleurs, des fonctionnalités supplémentaires sont en cours de finalisation : souscription en ligne du contrat d’assurance pour la manifestation, et édition du dossier type préfectoral pour les manifestations se déroulant sur la voie publique, comme les courses cyclistes ou les raids multisport. Pour accéder à ces services : https://organisateurs.ufolep.org/ ● Benoît Gallet, DTN adjoint de l’Ufolep (1) Disposition valable pour les activités R1 et R2 (risque 1 et 2) : activités douces et d’entretien, sports collectifs et sports individuels les plus classiques. Sont exclues les activités cyclistes, les sports mécaniques et les sports de nature les plus exposés.

•Pack de bienvenue. Toute nouvelle association rejoignant l’Ufolep bénéficiera d’un « Welcome Pack » consistant notamment en des bons pour des formations aux premiers secours (PSC1) pour ses membres et une réduction spéciale (50 € sur une commande de 150 €) chez notre partenaire Decathlon Pro.

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fédéral

Assemblée générale Ufolep des 7 et 8 avril 2017

Le fond et la forme

«V

ous voulez faire advenir un véritable droit au sport dans notre pays. Et vous êtes prêts à faire évoluer votre organisation pour mieux l’adapter à cet enjeu. » Ces deux phrases, les deux premières de l’allocution d’ouverture de la secrétaire générale de la Ligue de l’enseignement, Nadia Bellaoui, ont donné le ton de la 70e assemblée générale de l’Ufolep, qui a réuni 270 participants représentant 82 comités départementaux. Elles auraient aussi pu faire office de résumé ou de conclusion. Ce bref discours et le complément au rapport moral du président de l’Ufolep, Philippe Machu, se sont en effet largement fait écho. Même constat sur l’absence de pratique physique et sportive de la moitié de la population française ; même volonté affichée d’aller au-devant de ces publics ; et même souci de conserver un équilibre entre, d’une part, l’identité associative, le bénévolat et l’engagement militant, et, d’autre part, une professionnalisation des cadres qui permet une plus grande capacité d’intervention sur des projets partenariaux. DEMAIN, UNE DÉLÉGATION DE SERVICE PUBLIC ?

Philippe Brenot

On aura toutefois noté que, quand Nadia Bellaoui insiste sur les spécificités « d’un sport associatif laïque tourné vers l’intérêt général et inscrit dans des politiques publiques dont nous voulons être des partenaires », Philippe Machu va jusqu’à revendiquer, au nom de l’Ufolep, la « véritable délégation de la puissance publique » que mériteraient des activités physiques et sportives développées « à des fins d’engagement civique, de santé, d’insertion sociale et professionnelle ». Une telle délégation de service public valoriserait l’action des fédérations affinitaires multisports, aujourd’hui réunies dans la plateforme ID Orizon-Ensemble pour un sport partagé afin de réclamer un « droit au sport » pour tous. Elle constituerait le pendant de celle accordée par l’État aux fédérations présidant aux destinées

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Arnaud Jean

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Philippe Brenot

L’AG d’Agen a réaffirmé l’engagement de l’Ufolep pour un droit au sport  pour tous. Avec un renouvellement dans la forme, plus participative. Un public attentif.

d’un seul sport, de l’amateurisme au haut niveau. « Cette délégation doit compléter l’actuel Code du sport, sans rien enlever aux fédérations délégataires disciplinaires, et se traduire par une convention pluriannuelle d’objectifs à la hauteur des enjeux éducatifs, économiques et sociaux qui doivent structurer l’évolution des politiques sportives » a insisté Philippe Machu, résolument offensif. Les représentants de plusieurs candidats à la présidentielle, rencontrés par l’Ufolep alors que la campagne électorale battait son plein, été sensibilisés à une revendication que les comités et associations sont invités à « relayer auprès des candidats aux élections législatives et sénatoriales » (1). FÉDÉRER ET CONQUÉRIR Cette interpellation n’aura que plus de force si l’Ufolep réussit parallèlement à enrayer l’érosion de ses licenciés et de ses associations (2). Or, comme l’a souligné le directeur technique national Pierre Chevalier dans son complément au rapport d’activité, celle-ci s’est poursuivie tout au long de la mandature écoulée. Et la saison en cours ne devrait pas voir l’inversion de cette tendance. Dans le même temps, l’accueil de structures à vocation non sportive, via le dispositif d’affiliation C3S (centres sociaux, maisons de retraites, etc.), est encore trop timide : un comité sur deux n’utilise toujours pas celui-ci. On comprend donc qu’Arnaud Jean ait rappelé avec ardeur que la priorité fédérale tient aujourd’hui en deux mots : « fédérer et conquérir ». Et le secrétaire général de l’Ufolep d’insister sur la mobilisation du comité directeur et de toutes les instances nationales autour de cet objectif, puis d’énumérer les dispositions déjà prises : licence moto à la journée pour étoffer les manifestations ; ouverture à titre expérimental, dans six départements, des courses cyclistes aux non licenciés Ufolep ; licences à la journée dans les sports de nature ; engagements en ligne et digitalisation des pro-


Philippe Brenot

cédures ; simplification administrative du dispositif C3S ; licence découverte à 2 € dans les associations dès septembre prochain… Mais cette priorité fédérale ne se limite pas à une simplification administrative et au souci de faire apparaître dans les statistiques toutes les pratiques encadrées par l’Ufolep. Elle consiste aussi à « redonner du sens à l’engagement » à travers des « campagnes militantes à vocation éducative, sociale et citoyenne ». C’est pourquoi, en lien avec le travail engagé sur la « parole politique », un argumentaire sera adressé aux comités afin de « promouvoir notre identité ». UNE AG PLUS RYTHMÉE Au-delà des discours – le fond –, on retiendra aussi le renouvellement dans la forme de ce dialogue annuel entre le comité directeur national et le réseau des comités. Certes, les différents rapports (moral, d’activité, financier) et autres exercices imposés (budget, tarifs, modifications réglementaires, votes divers) rythment toujours l’assemblée générale. Mais, d’une mandature à l’autre, ces interventions sont devenues plus concises, plus vivantes, plus dynamiques. Cela permet d’accorder davantage de place à des témoignages croisés, comme sur le service civique, ou à de courtes présentations reflétant la vie du réseau  : le réseau des Juniors Associations, l’Université européenne du sport, la plateforme participative « Innovons autrement », un raid nature organisé en Nouvelle-Aquitaine… « On ne s’ennuie pas » s’étonnaient presque certains dans l’assistance. Sous-entendu : « C’était le cas avant. » Est-il aussi révolu le temps où une brochette d’élus, assis à une table droite décorée d’une bande de feutrine, faisaient face au public – et parfois tapisserie – en installant un rapport d’autorité avec celui-ci ? Aux antipodes de ce dispositif frontal et descendant, les quelques sièges

disposés en arrondi sur l’estrade du Centre des congrès d’Agen invitaient à l’échange et à la concertation. UN DUO AU MICRO On relèvera aussi que si, comme chaque année, plusieurs élus ou permanents sont intervenus au pupitre, Philippe Machu et Arnaud Jean ont été les principaux animateurs des débats, sur un mode proche du duo. Là aussi, il est permis d’y voir un signe auquel les mots choisis par le président de l’Ufolep pour clore cette 70e assemblée générale ont donné encore davantage de sens. Après avoir énuméré les prochains rendez-vous de l’année, Philippe Machu n’a-t-il pas glissé, dans le style ondoyant qui lui est propre, que « toutes les consultations nécessaires seront engagées pour qu’à Bar-le-Duc, en avril 2018, dans la détermination satisfaite du travail accompli et la sérénité d’une organisation humaine résolument tournée vers l’avenir, nous puissions ensemble décider de doter notre fédération d’une nouvelle gouvernance » ? Et le président d’ajouter : « Je pourrai alors prendre un peu de recul et accompagnerai autant que de besoin (…) celui ou celle que vous aurez choisi pour assurer la relève ». Rien n’est vraiment dit, tout est suggéré. ● Philippe Brenot

De l’AG au stage des dirigeants, la mise en scène se voulait à la fois dynamique et dépouillée. Au pupitre, Philippe Machu.

(1) Respectivement organisées les 11 et 18 juin puis le 24 septembre. (2) Voir En Jeu n°25, avril 2017, page 21.

VOTES : LES RAPPORTS FONT LE PLEIN Guère de suspense au moment de l’annonce des votes effectués le dimanche matin. Le rapport moral, le rapport financier et les modifications du règlement disciplinaire ont été adoptés à 100 %. Le budget (99,44%) et les tarifs statutaires 2017-2018 (98,46%) ont également recueilli un très large assentiment. ●

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Continuer d’impacter la société 

L

e stage des dirigeants a débuté le dimanche aprèsmidi avec trois vagues de sept ateliers « rencontre express » de 30 minutes chacun : une formule sans temps mort qui permettait à chacun de participer successivement aux trois de son choix. Ces ateliers étaient destinés à présenter des innovations et des adaptations de dispositifs, ou à réfléchir à la façon de les faire évoluer. Leurs intitulés : « Vie fédérative », « Grand programme service civique », « Plateforme d’engagement en ligne », « Plan national de formation », « Nouveaux événements “sport et société” », « Programme fédéral “Éduquer c’est prévenir” », « Innovations sportives et démarches participatives ». TABLE RONDE Le stage des dirigeants s’est ensuite poursuivi jusqu’en début de soirée avec une table ronde visant à répondre à une question cruciale : « Comment demain l’Ufolep peutelle continuer à impacter la société ? ». Animée par Arnaud Jean, elle réunissait, autour de Philippe Machu et du secrétaire général adjoint de la Ligue de l’enseignement Jean-Karl Deschamps, trois intervenants extérieurs  : Jean-Baptiste Reynaud, avocat au barreau de Lyon (et défenseur d’un club Ufolep de karaté en conflit avec la fédération délégataire sur la double licence) ; Nicolas Delorme, maître de conférences en sociologie à l’université de Bordeaux ; et Pierre Messerlin, ancien conseiller de quatre ministres des Sports (Rama Yade, Chantal Jouanno, Bernard Laporte et David Douillet) et cofondateur de l’agence Olbia Conseil. Tous ont invité – sans surprise ? – l’Ufolep à rester fidèle à elle-même. Par ailleurs, on décernera une mention spéciale pour la forme voulue par les organisateurs : des exposés de 12 minutes chrono, synthétisés par l’orateur

Philippe Brenot

Le stage des dirigeants a prolongé l’AG jusqu’au lundi, avec des d’ateliers et une table ronde. Au cœur des échanges : l’influence de l’Ufolep. Atelier speed dating sur le dispositif Ufostreet.

en trois phrases et trois mots avant un rapide échange avec la salle. Un format convaincant. Ce stage des dirigeants au format resserré s’est achevé le lundi matin avec des ateliers en sous-groupes. Plus classiques et plus approfondis, ils portaient sur la gouvernance, l’organisation territoriale, le message politique... Leurs intitulés (parfois un peu à rallonge) reflètent les questionnements qui traversent aujourd’hui l’Ufolep  : « Comment associer les différents partenaires et acteurs à la gouvernance du projet fédéral ? » ; « Comment peser sur les politiques territoriales au regard de notre ambition politique de s’adresser à tous les publics ? » ; « Comment s’inscrire dans le paysage politique fédéral et territorial à travers l’organisation d’événements ? » ; « Comment construire le plaidoyer politique de notre fédération et inscrire durablement notre projet politique à travers la définition d’une stratégie d’influence ? »… Et enfin, concernant l’impact sportif, social et éducatif de l’Ufolep : « Comment renforcer notre légitimité à travers notre projet et nos actions fédérales à destination de tous les publics ? ». Les comptes rendus sont très attendus. ● Ph.B.

Quatre représentants des comités sont intervenus samedi après-midi à la tribune de l’AG.

Philippe Brenot

INTERVENTIONS ORALES Patrick Machet

de la législation en vigueur pour favoriser la découverte du kart-cross par les enfants. Audelà du cadre bien établi des écoles de kart-

Jean-Alain Lavige (Centre-Val-de-Loire), a pro-

cross, la souplesse souhaitée est toutefois diffi-

posé qu’à l’avenir les récompenses décernées

cilement envisageable.

au titre de l’engagement militant ne soient

Christian Duveau (Centre-Val-de-Loire) a mis

plus seulement personnelles mais aussi collec-

l’accent sur le coût des formations pour les

tives et puissent distinguer une association. Il a été entendu

personnes à faibles revenus et suggéré une participation du

et une réflexion sera engagée avec pour objectif l’AG 2018, lui

national. Danièle Roux lui a répondu.

a répondu le lendemain Arnaud Jean au nom du comité direc-

Enfin, Patrick Machet (Deux-Sèvres) a invité l’Ufolep à présenter

teur. Jean-Alain Lavige a également regretté l’usage abusif

un candidat à l’élection du conseil d’administration du Comité

de l’anglais au sein de la fédération : process, flyer, kid bike...

national olympique et sportif français. Philippe Machu n’a cepen-

Mais, sur ce point, il semble que le challenge soit difficile à

dant pas caché ses doutes quant au succès d’une telle démarche,

relever…

tout en pointant la marginalisation des affinitaires et multisports

Loïc Angot (Isère) a appelé de ses vœux un assouplissement

dans les nouveaux statuts du CNOSF. ●

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Philippe Brenot

Instantanés

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1. L’esplanade du Centre des congrès d’Agen, où s’est déroulé tout le congrès. 2. En l’absence du trésorier Daniel Guérin, Danièle Roux (élue nationale) et Francis Robin (comptable) ont présenté le rapport financier et le budget 2017. 3. Symbole d’une AG qui n’avait rien d’empesé : un moment de détente corporelle orchestré façon stand up. 4. La présidente de l’Usep, Véronique Moreira, a évoqué plusieurs « perspectives d’articulation » de la fédération sportive scolaire de la Ligue de l’enseignement avec l’Ufolep. 5. Signature de convention avec Stéphane Boueilh, de l’association Colosse aux pieds d’argile, qui milite pour la prévention des abus sexuels sur mineurs dans le sport. 6. Marie Lamy, responsable du développement associatif et militant à la Ligue de l’enseignement, a animé un échange avec de jeunes volontaires en service civique. 7. Le président du comité du Lot-et-Garonne Grégory Camara et son équipe de bénévoles. Merci à eux tous. 8. La médaille d’honneur n°170 a été remise à Alain Bougeard, élu national depuis 2008, parmi de multiples engagements, tant à l’Usep qu’à l’Ufolep.

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recherche

Université européenne du sport 2017

Le sport citoyen : comprendre et agir

«U

n sport citoyen au service d’une autre idée de l’Europe » : telle est la devise, ambitieuse, d’une Université européenne du sport dont l’édition 2017 vient prolonger la réflexion engagée il y a deux ans par cet événement toujours organisé par la Ligue de l’enseignement et les deux fédérations de son secteur sportif, l’Ufolep pour le sport pour tous et l’Usep pour le sport scolaire. La Faculté des sciences du sport de l’Université de Strasbourg demeure également le partenaire scientifique de débats qui se dérouleront à nouveau au Palais universitaire, en centre-ville. C’est notamment avec le concours de William Gasparini et de Michel Koebel – qui accompagnera l’événement de l’ouverture à la clôture – qu’a été choisi le thème de l’UES 2017. Il sera décliné sous trois aspects : « la formation d’un citoyen par le sport », « le droit au sport » et « l’organisation territoriale du sport ». TABLE RONDE ET ATELIERS

Chaque thématique sera introduite par une table ronde réunissant des universitaires et des acteurs institutionnels ou associatifs venus de France, d’Allemagne, d’Italie, du Danemark, etc., avec traduction simultanée en français et en anglais. Puis chaque thème sera approfondi dans quatre ateliers aux formats différents : « comprendre » (éclairer un enjeu sociétal) ; « agir » (expériences et initiatives) ; « se former » (pour une mise en œuvre effective) ; « débattre » (en donnant à entendre deux points de vue opposés). L’originalité de l’UES réside notamment dans ces ateliers « agir » et « se former », peu fréquents dans ce type d’évè-

Philippe Brenot

Le Palais universitaire de Strasbourg accueille les 11 et 12 juillet la 2e édition de l’Université européenne du sport organisée par l’Ufolep, l’Usep et la Ligue de l’enseignement autour du thème du sport citoyen. En 2015, sur les marches du Palais universitaire.

nement : ils mettront en avant des expériences de terrain et proposeront de partager de « bonnes pratiques ». Ouverte à tous les acteurs du sport et de l’éducation, l’Université européenne du sport 2017 est placée comme l’édition précédente sous le haut patronage du Conseil de l’Europe et du ministère des Sports, de la Ville et de la Jeunesse. La Ville de Strasbourg est également partenaire d’un événement organisé très symboliquement à proximité du Parlement européen. ● Fanny Sarrail-Brassens, chargée de mission à l’Ufolep • Pratique : le tarif pour les deux jours est de 200 €. Réductions : 180 € (inscription avant fin mai), 100 € (réseau Ufolep, Usep, Ligue), 30 € (étudiants). La prestation inclut cocktails déjeunatoires, collations, ticket de transports en commun, envoi du dossier pédagogique et des actes de l’UES.

QU’EST-CE QUE LE SPORT CITOYEN ? récent. Il est au fondement de l’idée de République et au cœur du processus démocratique. Il a

meilleure. Mais parler de sport citoyen au singu-

Philippe Brenot

Le terme de « citoyen » est à la fois ancien et

lier, c’est oublier que coexistent des projets de société très différents derrière le projet de déve-

refait son apparition dans le débat public à mesure

loppement du sport en France, en Europe et dans

que le système de la démocratie représentative

le monde.

commençait à faiblir et que les représentants élus semblaient s’éloigner du peuple. Il fallait donc

Michel Koebel

Face à cette diversité de projets, l’enjeu de l’Université européenne du sport est d’explorer cette

revenir à la cellule de base du système – le citoyen – pour s’en

pluralité de points de vue et d’en saisir les implications pra-

rapprocher, l’écouter et reconnaître son expertise, afin qu’il

tiques dans les dispositifs d’éducation par le sport.

retrouve une certaine confiance dans le système.

Se poser la question d’un sport citoyen, c’est poser une ques-

Le sport n’a pas échappé à ce mouvement : il s’est vu attribuer

tion fondamentalement politique  : quel projet de société

l’adjectif de « citoyen » pour placer les sportifs au cœur de

défend-on et quel citoyen veut-on promouvoir ? ●

la République et affirmer que le sport contribue lui aussi à

Michel Koebel et William Gasparini,

l’émancipation de l’Homme et à la construction d’une société

Faculté des sciences du sport de strasbourg

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LA FORMATION D’UN CITOYEN PAR LE SPORT Par le plaisir et le bien-être qu’il procure et la rencontre avec la diversité des publics qu’il permet, le sport forme le citoyen. Mais quel citoyen à l’échelle de l’Europe ? Si l’activité physique peut promouvoir le civisme, elle peut aussi être catalyseur d’incivilités et de tensions. Espace d’épanouissement individuel et collectif, l’association permet de tester la réciprocité des droits et des devoirs de chacun. De la maîtrise de soi à la prise de responsabilité, le sport, dans ce cadre, construit progressivement un citoyen ouvert et solidaire, contribuant au projet associatif. • À quelle(s) condition(s) le sport émancipe-t-il vraiment ? Quel(s) sont les leviers pour qu’il devienne un véritable outil de formation du citoyen européen? • Référent scientifique : Dominique Charrier, docteur en sciences économiques et maître de conférences, Université Paris Sud. • Plénière mardi 11 juillet (11h-12h30), puis ateliers (14h-15h30) : Comprendre : « Comment faire du sportif citoyen un citoyen sportif ? » ; Agir : « Encourager la mobilité européenne et l’engagement volontaire dans le champ sportif » ; Se former : « Des méthodes pédagogiques pour former le citoyen sportif » ; Débattre : « Quel avenir pour les fédérations multisports visant un idéal de société ? » LE DROIT AU SPORT « Tout être humain a le droit fondamental d’accéder à l’éducation physique, à l’activité physique et au sport sans discrimination ». Le sport est inscrit comme un droit fondamental dans la charte internationale de l’éducation physique, de l’activité physique et du sport de l’Unesco (Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture). Pourtant, 42 % des Européens ne pratiquent jamais d’activité physique ou sportive. Or, le sport peut être un facteur d’intégration et d’inclusion sociale fort. • Comment rendre effectif ce droit pour favoriser l’accessibilité de tous au sport ? Comment engager les médiations nécessaires et mettre en synergie les acteurs, en France et en Europe, pour partager cette « autre culture du sport » ? • Référent scientifique : Gaëlle Sempé, maître de conférences en sociologie et Staps, Université de Rennes. • Plénière mardi 11 juillet (16h-17h30), ateliers mercredi 12 juillet (8h30-10h) : Comprendre : « À quels besoins sociétaux les activités physiques et sportives peuvent-elles répondre ? » ; Agir : « Permettre l’insertion des publics éloignés » ; Se former : « Des projets qui favorisent l’inclusion des jeunes par le sport » ; Débattre : « Entre soi ou mixités : toutes les stratégies d’accessibilités se valent-elles ? » L’ORGANISATION TERRITORIALE DU SPORT Les politiques sportives ont un véritable impact sur le développement des territoires. Aussi les gouvernements nationaux, les collectivités locales, les organisations privées et parfois l’Europe soutiennent-ils régulièrement des opérations de développement sportif associatif. Devenues indispensables pour l’enrichissement du cadre de vie et pour le lien social, ces opérations portées par des équi-

Philippe Brenot

Trois demi-journées thématiques William Gasparini en plénière.

Travaux en atelier.

libres financiers précaires restent fragiles dans la durée. • Comment concilier développement des équipements et équité spatiale, comment associer dynamique économique et bien-être des populations locales ? Comment la société civile peut-elle participer à la définition et la mise en œuvre des politiques publiques ? Les politiques sportives européennes peuvent-elles y contribuer ? • Référent scientifique : Noémie Garcia Arjona, docteur en sciences du sport, Université de Franche-Comté. • Plénière mercredi 12 juillet (10h30-12h) puis ateliers (13h30-14h) : Comprendre : «  Comment repenser une politique d’urbanisme pour favoriser l’accès au sport ? » ; Agir : « Organiser des événements sportifs partagés par des pays frontaliers » ; Se former : « Les différents échelons territoriaux des politiques publiques sportives » ; Débattre : « Quel développement sportif local à partir des grands événements sportifs ? » • Ils participeront à la plénière d’ouverture (mardi 11 juillet à 10h) : Philippe Machu, président de l’Ufolep ; Nadia Bellaoui, secrétaire générale de la Ligue de l’enseignement), Mathieu Cahn, adjoint au maire de Strasbourg. • Ils participeront à la séance de clôture (mercredi 12 juillet à 15h30) : Stanislas Frossard, Conseil de l’Europe ; Véronique Moreira, présidente de l’Usep ; Arielle Piazza, adjointe au maire de Bordeaux chargée du sport, membre de l’Andes (à confirmer) ; Jean-Marc Roirant, président de la plateforme « Éducation et formation tout au long de la vie » au parlement européen. Pour toute information : ues@laligue.org Pour s’inscrire : https://inscriptions.ufolep.org/ues2017/

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reportage

Créé en 2012, le comité en est co-organisateur

À Mayotte, l’Ufolep démarre avec les courses de pneus Samedi 1er juillet, l’île vivra le plus grand événement sportif de l’année : la finale du championnat de courses de pneus. Un événement accompagné par un comité Ufolep encore en cours de structuration.

E

En lançant il y a trente-trois ans la première course de pneus à Mayotte, Jack Pass était loin de se douter de l’engouement que susciterait son initiative. La manifestation imaginée par ce professeur d’EPS pour les jeunes des quartiers défavorisés de Mamoudzou, la capitale, s’est en effet très vite installée dans le paysage socio-culturel et sportif local, attirant un public nombreux et varié où toutes les générations sont représentées. Elle se structure aujourd’hui avec l’appui du comité Ufolep de Mayotte, créé en 2012 au lendemain de la « départementalisation » de ce territoire d’outremer (1). À L’ÉPREUVE D’EPS DU BACCALAURÉAT Cela n’est pas un hasard : à Mayotte, la course de pneus est à la fois un moment de partage privilégié, un outil de cohésion sociale et un élément de l’identité locale. Cela ne l’empêche pas d’être aussi un évènement sportif à part entière : la discipline est même si populaire que les lycéens peuvent la choisir au baccalauréat à l’épreuve d’éducation physique ! Cet engouement s’explique aisément. Sur un territoire caractérisé par la pauvreté d’une grande partie de la population, par l’enclavement des villages et la faiblesse

des pratiques organisées, la course de pneus c’est l’art de la récupération marié à l’activité physique la plus naturelle qui soit, puisqu’on peut la pratiquer pieds nus… Cette popularité croissante a conduit à délocaliser l’événement aux quatre coins du territoire. Cela permet aux jeunes des zones les plus éloignées d’y prendre part, avec l’ambition de se qualifier pour la grande finale. La réorganisation des territoires liée à l’évolution administrative a également favorisé cette participation élargie. CINQ ÉTAPES ET UNE FINALE Sous l’impulsion des services de l’État (2), de l’agence événementielle Angalia et du comité Ufolep, la course de pneus est désormais déclinée sous la forme d’un championnat impliquant toutes les communes de l’île. Encore fallait-il aider celles-ci pour l’accueil des participants : l’Ufolep et l’agence Angalia ont donc mis en place à leur intention un dispositif d’accompagnement qui s’inscrit pleinement dans la démarche « sport et société » de notre fédération. De neufs courses « communales », l’événement est aussi passé à cinq courses « territoriales » afin de se calquer sur les cinq nouvelles intercommunalités mahoraises. Cela a permis de rationnaliser l’organisation. À présent, chaque intercommunalité accueille une course à laquelle participent 300 enfants : 150 garçons et 150 filles, avec deux départs distincts. Selon le cahier des charges, les jeunes doivent être mineurs, ne pas mesurer plus de 1,45 m, apporter deux bâtons, leur pneu et le petit pot de yaourt que l’on glisse à l’intérieur de celui-ci : une astuce afin qu’il roule mieux. Les courses se déroulent sur la voie publique, sur une distance allant de 1,3 à 2 km, et les dix premiers sont qualifiés pour représenter leur intercommunalité à la grande finale de Mamoudzou. RENDEZ-VOUS LE 1ER JUILLET Cette finale voit la participation des meilleurs coureurs de l’ile : 1500 enfants au départ, le but étant de terminer parmi les quarante premiers. Elle se déroulera cette année le samedi 1er juillet. Auparavant, du 29 avril au 20 mai, la manifestation aura fait étape au sud (près de Bouéni), au nord (à Acoua), au Centre (à Sada), à Dembéni et sur l’île de Petite-Terre. Cette finale s’ouvre aussi de plus en plus aux adultes, qui

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Ufolep Mayotte

eux courent par équipe. Ils seront plus de 300, répartis dans différentes catégories : femmes, hommes, troisième âge et « gros pneus », pour les gros bras qui préfèrent manier des pneux de camion ou de tracteur... Et, au-delà de l’enjeu sportif, c’est bien évidemment l’occasion de faire la fête ensemble. L’organisation d’une telle manifestation mobilise tous les services de l’État, les collectivités, les secouristes, les forces de sécurité… Aux côtés de l’agence Angalia, l’Ufolep s’y investit elle aussi avec son jeune réseau de bénévoles. Avec le sentiment d’être parfaitement dans son rôle

en accompagnant une manifestation « identitaire », tout en s’affirmant dans le paysage sportif et culturel local et se structurant elle-même peu à peu. ● Mamadou Mbodji, coordinateur de l’Ufolep Mayotte

Le 1er juillet, 1500 enfants seront au départ de la finale. Ici, l’édition 2016.

(1) Rappelons que cette île de l’archipel des Comores, située dans l’Océan indien à mi-chemin entre la côte de la Tanzanie et Madagascar, est la seule à être restée française à l’issue des référendums d’autodétermination successifs organisés en 1974 et 1976. (2) Et plus précisément de la délégation à la politique de la Ville (au sein de la préfecture) et de la direction à la jeunesse, aux sports et à la cohésion sociale (DJSCS).

UN JEUNE COMITÉ POUR UN TOUT NOUVEAU DÉPARTEMENT de l’enseignement, le comité Ufolep de Mayotte est né en 2012 sur un ter-

pneus, ce qui représente un millier

Ufolep Mayotte

Tout comme la délégation de la Ligue

de titres de participation. Elle compte également une dizaine d’associations

ritoire devenu l’année précédente le

sportives réunissant aujourd’hui une

101e

centaine de licenciés (3).

département français (1). Il est

donc en période de structuration, autour de sa présidente Naoilou Yahaya. Technicienne agronome à la Chambre

Très impliqué dans la formation proL’équipe Ufolep : au centre, Naoilou Yahaya ; à droite, Mamadou Mbodji.

d’agriculture, cette ancienne joueuse

fessionnelle – un enjeu déterminant pour le développement du territoire –, le comité a remporté un appel d’offre

de basket a contribué par le passé au développement à

du conseil départemental portant sur la mise en place du

Mayotte d’un sport pratiqué lors de ses études en France, à

certificat de qualification professionnelle d’animateur de loi-

Bordeaux, et exercé des responsabilités associatives au sein

sirs sportifs (CQP ALS). Le comité forme aussi aux premiers

du Comité régional olympique et sportif (Cros) de Mayotte.

secours civiques (PSC1) et compte quatre formateurs et un

Elle est entourée d’une équipe de quatre salariés : un coor-

médecin référent. ● Ph.B.

dinateur et responsable de la formation (Mamadou Mbodji),

(1) Notamment sous l’impulsion de Michel Mazaré, ancien DTN de l’Ufolep, et agent du ministère de la Jeunesse et des Sports aujourd’hui en poste à Mayotte. Membre fondateur du comité, Michel Mazaré demeure personne ressource. (2) CNDS : Centre national de développement du sport ; Fonjep : Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire. (3) Tennis de table de Choungui, Mreinguei Boxe, OMJS de Tsingoni et OMS de Pamandzi, MJC de Mamoudzou et Centre d’animation jeunesse de Koungou, Amicale des sapeurs-pompiers de Longoni, Missil Rouge d’Acoua (football), Roho NDjema de Dembeni et Ngora Ndjema de Doujani (cricket et activités physiques d’entretien), association SUA (APE également).

une chargée de développement (Anfifa Daroueche), une assistance administrative (Kismati Moussa) et une éducatrice sportive (Myriam Mlazahare). Ces postes sont financièrement aidés, en particulier par le CNDS et le Fonjep (2). Fin 2016, l’Ufolep Mayotte fédérait 11 structures en C3S : à savoir toutes les communes ayant participé aux courses de

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Partenaire du développement local Dans ce département tout neuf au contexte social difficile, l’Ufolep est un partenaire privilégié de l’État et des collectivités locales.

L

et les communes. Les collectivités les plus dynamiques commencent à impulser de vraies politiques sportives, freinées toutefois par le manque d’animateurs qualifiés.

Ufolep Mayotte

INFRASTRUCTURES. Le territoire ne compte aucune piscine et seulement trois gymnases. Non protégés des intempéries, les plateaux sportifs sont globalement en mauvais état. Le faible taux d’éclairage public et les conditions climatiques (chaleur et humidité) sont également des freins. Le cricket permet une pratique des femmes en tenue traditionelle.

Ufolep Mayotte

a réalité de Mayotte est celle de la faiblesse des structures administratives, sociales et économiques. La population est également très jeune : 60 % des 212 000 habitants recensés en 2012 avaient moins de 25 ans. Mais, en raison des 10 000 naissances par an et de l’immigration clandestine depuis les autres îles des Comores, on estime que le seuil des 300 000 habitants est largement dépassé. Cette démographie pèse sur les services publics, saturés : 5 000 à 6 000 enfants ne seraient pas scolarisés. Elle suscite aussi de vives tensions sociales sur fond d’insécurité. Par ailleurs, les habitants venus de métropole ne restent généralement que quelques années. La suppression du statut d’expatrié des fonctionnaires devrait toutefois réduire ce turn-over et favoriser leur implication dans le milieu associatif local.

MENTALITÉS. L’Ufolep Mayotte promeut depuis trois ans le cricket auprès des femmes. Pourquoi le cricket ? Parce qu’on peut y jouer en salouva, la tenue traditionnelle, cousine du boubou africain. C’est là une façon de s’affranchir d’un des freins culturels et religieux qui, parmi une population très majoritairement musulmane, tiennent les femmes éloignées de toute pratique sportive : un premier pas vers l’activité physique, dans l’idée de favoriser bienêtre et santé. Le comité s’inspire en cela d’une démarche qui a fait ses preuves en Nouvelle-Calédonie.

RÉSEAU ASSOCIATIF. Dans ce contexte, la Ligue de l’enseignement et l’Ufolep sont les seules fédérations locales à proposer une assurance aux associations sportives (hors compétition) et culturelles. Bien souvent, ces associations doivent auparavant être accompagnées afin de respecter les normes exigées pour leur affiliation. Le besoin d’éducateurs sportifs est également très fort, dans les clubs et associations mais aussi dans les écoles, afin d’y animer les temps d’activités périscolaires. La formation est donc une priorité. Par ailleurs, l’Ufolep apporte son concours à la renaissance d’un comité Usep à Mayotte, après une suspension de plusieurs années en raison de problèmes de gestion financière. LICENCES. À Mayotte, il est difficilement envisageable de « vendre » des licences à une population qui, en dehors des expatriés de métropole, dispose de moyens financier très réduits et n’a pas non plus l’habitude de payer pour sa pratique sportive, même compétitive. Hormis les pratiques de fitness, voire de pétanque, parmi les fédérations seul le rugby, structuré « à la métropolitaine », déroge à cette règle non écrite de gratuité. L’Ufolep ne peut donc se développer et promouvoir les activités physiques et sportives à Mayotte sans l’appui des partenaires institutionnels indispensables que sont l’État, le département

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Ufolep Mayotte

Un accent particulier est mis sur la formation.

Entretien physique et activités culturelles cohabitent volontiers.

IDENTITÉ CULTURELLE. Avec la Ligue de l’enseignement, l’Ufolep conçoit l’éducation populaire comme une façon de permettre aux Mahorais de revendiquer leur culture et leur identité. C’est pourquoi l’Ufolep a fait de la reconnaissance des pratiques traditionnelles (au premier rang desquelles la course de pneus) un axe de son propre développement. ● M.B.


fédérer les adhérentes d’associations Ufolep d’activités physiques d’entretien, explique la déléguée départementale, Julie Thomassin. En effet, si celles-ci constituent 60 % des effectifs de l’Ufolep, bon nombre ignorent qu’elles y sont licenciées. » L’événement s’inscrit aussi dans la démarche engagée auprès du public féminin avec un projet départemental « Toutes actives », lancé avant même le programme « Toutes sportives » de l’Ufolep nationale. Ce projet de développement vise trois publics distincts : les femmes des quartiers aux habitudes sédentaires, les pratiquantes auto-organisées (qui par exemple font leur jogging en solo), et donc les licenciées Ufolep, donc beaucoup pratiquent des activités d’expression. Le jour de l’Ufo Move Party, l’animateur départemental, Cyril Turla (qui a suivi la formation

Ufolep 54

réseau

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Ufolep Meurthe-etMoselle

PREMIÈRE UFO MOVE PARTY À AUDUN-LE-ROMAN Plus de 70 adeptes des activités d’entretien, dont 50 licenciées à l’Ufolep et une vingtaine d’autres attirées par l’événement, ont participé samedi soir 29 avril à Audun-le-Roman à la première Ufo Move Party organisée par le comité de Meurthe-et-Moselle. La participation était gratuite pour les licenciées, symbolique (2 €) pour les autres. « Le but était de

nationale Ufo Move), a réuni les cinq animatrices des associations du secteur pour convenir avec elles des chorégraphies à réaliser ensuite en commun le soir. Ce fut l’occasion d’échanger avec elles. Des stages techniques seront ainsi programmés à la rentrée. Compte tenu du succès rencontré par cette première, il été décidé de renouveler l’expérience en d’autres lieux. « L’objectif est de programmer quatre ou cinq rendez-vous d’ici fin 2017, mais aussi de faire de ces Ufo Move Parties un lien régulier avec nos licenciées durant l’année », précise la déléguée. Dans le même esprit, afin de renforcer le sentiment d’appartenance à l’Ufolep, il est envisagé d’offrir en début d’année un T-shirt à chaque adhérente, et de proposer la découverte d’autres activités, comme la marche nordique. Ph.B.

À Nantes, une citoyenneté en actions Afin d’être identifiés à ce thème, les comités de Loire-Atlantique et des Pays-de-la-Loire ont organisé une conférence-débat éclairée de témoignages de terrain.

Ufolep 44

l’Ufolep Vendée, qui encadre des activités physiques pour les personnes en grande précarité ; l’Usep Loire-Atlantique, avec son principe de médiation par les pairs sur ses rencontres scolaires ; l’association Orea, avec la «  Le sport, un outil au service promotion du « baskin », basket de la citoyenneté ? » En dépit du inclusif réunissant personnes point d’interrogation final, le titre Une quarantaine de personnes étaient présentes. valides et en situation de handide la conférence-débat organisée cap ; et l’Ufolep Loire-Atlantique, mercredi 17 mars à la Maison des Haubans de Nantes sonnait davantage comme une affir- à travers son réseau d’écoles de sport. mation qu’une question. Le but des comités Ufolep des Un temps a aussi été consacré à l’apprentissage du métier Pays-de-la-Loire et de Loire-Atlantique était de préciser d’éducateur, avec un éclairage sur les formations profescette notion de « citoyenneté » dans le sport et d’échan- sionnelles proposées par l’Ufolep, du BP Jeps au CQP (2). ger sur les actions de terrain présentées. Il s’agissait aussi Seul regret : l’association Nantes Bela Futsal n’a finaled’être identifié comme un acteur pleinement investi sur ment pas pu venir expliquer comment elle fait du futsal « un outil de réussite et d’émancipation » pour les jeunes cette thématique. Après une introduction du représentant de la direction du quartier Malakoff. de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale, le À en croire les retours de la quarantaine de personnes sociologue Charles Suaud (1) a présenté la citoyenne- présentes – issues des collectivités et du monde sportif té comme « un ensemble de droits et de devoirs partagés (3) – la conférence a rempli son rôle d’information et par tous les membres d’une communauté ». Or l’activité ouvert des pistes de collaboration. ● physique et sportive peut contribuer à en transmettre les Maxime Lethu, chargé de mission à l’Ufolep 44 valeurs à travers l’égalité, la mixité, le respect de soi et (1) Co-auteur avec Jean-Michel Faure de La Raison des sports, sociologie des autres et l’apprentissage des règles. d’une pratique singulière et universelle, Raisons d’Agir, 2015. Passant de la théorie à la pratique, l’adjoint au Sport à (2) BP Jeps : Brevet professionnel jeunesse éducation populaire et sport ; la Ville de Nantes, Ali Rebouh, a détaillé les politiques CQP : Certificat de qualification professionnelle. sportives municipales et insisté sur le rôle des associa- (3) Parmi les premiers : directeurs et chargés de missions au sein des services sport, éducateurs, coordinateur vie associative… Parmi les seconds : tions dans leur mise en place. Quatre acteurs ont ensuite président, éducateur sportif, agent de développement, coordinateur témoigné de la façon dont ils déclinaient la citoyenneté : pédagogique... Juin 2017

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Martinique

Forum emploi et parcours coordonné

S

amedi 22 avril, la « Savane », la grand place de Fort-de-France, a vibré toute la journée au rythme d’une manifestation organisée par le comité Ufolep de Martinique qui mêlait tournoi de football à cinq, prestations scéniques et insertion professionnelle. En effet, un Forum pour l’emploi dédié aux 16-30 ans était couplé au 7e des huit Grands tournois des quartiers de la saison et à l’élection du Grand show auquel chaque équipe engagée est tenue de participer.

Ufolep Martinique

L’Ufolep Martinique met le sport au service de l’insertion professionnelle des jeunes avec un Forum de l’emploi couplé à un tournoi de football et un « parcours » tourné vers un engagement dans un service civique. Sortie en yole en baie de Fort-de-France pour les jeunes en parcours d’insertion.

CHÔMAGE DES JEUNES Dans un département où la moitié des moins de 25 ans sont sans emploi, l’insertion professionnelle est aujourd’hui l’un des principaux axes d’action de l’Ufolep Martinique. Le comité a tout d’abord imaginé le Défi solidaire des quartiers, qui fait appel à sept animateurs de quartier, employés dans le cadre d’un contrat aidé ou au statut de volontaires en service Civique. Ces « référents » ont pour mission de proposer sur leur quartier diverses activités aux jeunes et de participer à l’organisation de ces tournois des quartiers. Une fois par an, le Forum emploi vient donner une dimension supplémentaire à l’un de ces tournois. Au-delà de l’animation elle-même, le but est de toucher les jeunes inactifs, difficiles à mobiliser, afin de les orienter vers des organismes ou des dispositifs correspondant à leur profil professionnel. Entre les matchs, les participants étaient ainsi invités à visiter les dix stands animés par nos partenaires : Pôle emploi, la Mission locale de la communauté d’agglomération du Centre de la Martinique (Milcem), ou bien encore le Régiment du service militaire adapté (RSMA), qui forme tous les ans de nombreux jeunes. Le grand public avait lui aussi accès à un large panel de formations, d’offres d’emploi et de dispositifs d’accompagnement. En dépit d’une météo pluvieuse, l’événement a réuni une centaine de participants et vu défiler 200 spectateurs : des chiffres un peu en repli par rapport à l’an passé. PARCOURS D’INSERTION Par ailleurs, l’année 2017 a vu la mise en place d’un nouveau projet, conçu par le comité Ufolep avec la Milcem au lendemain de la première édition du Forum emploi. Il s’agissait de construire un parcours d’insertion pour décrocheurs scolaires en s’appuyant sur la pratique sportive : le « PEPSS », ou « parcours d’éducation professionnelle, sportive et sociale ». L’idée est de conjuguer mise en situation

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au sein d’une entreprise ou d’une association et pratique physique encadrée. Quarante jeunes ont été retenus à partir des courriers adressés à un public cible identifié par la Milcem avec les services de l’Éducation nationale. Après un « bilan professionnel », réalisé par deux conseillers de la mission locale, les jeunes ont connu une période d’immersion sur deux semaines. Parallèlement, l’Ufolep a organisé pour eux durant le mois d’avril plusieurs demijournées sportives : pratique de la yole (bateau à voile traditionnel), randonnée, découverte de la mangrove en kayak, plongée sous-marine avec bouteilles… Sur la base d’une évaluation prenant en compte leur motivation, leur assiduité et leur projet professionnel, dix de ces jeunes se verront proposer de s’engager dans un service civique, dans le cadre du programme Volontaire Tout Terrain développé par l’Ufolep nationale. Les jeunes effectueront celui-ci au sein de l’association de leur choix, conventionnée avec l’Ufolep, toujours en lien avec leur projet professionnel. La moitié de leur temps sera toutefois consacrée à des formations à la gestion de projet, à la mise en place d’événementiels, ou portant sur le Programme national nutrition santé (PNNS) afin d’en faire des « ambassadeurs santé ». Sans oublier une pratique sportive hebdomadaire avec l’Ufolep... Ces dix « volontaires tout terrain » devront également s’investir de manière collégiale sur deux projets : un échange culturel et sportif avec la Guadeloupe et l’organisation d’un raid multisports à partir des activités qu’ils auront découvertes. Quant à ceux qui n’auront pas été retenus mais se seront pleinement investis, ils seront accompagnés de manière prioritaire par la Mission locale pour intégrer des dispositifs ou des formations adaptés à leur profil. ● Arantxa Pako et Ezéchiel M’Benny • Suivez nos projets sur notre site Ufoweb et sur les Facebook : UFOLEP Martinique & GTQ Martinique


Ufolep Cher

Instantanés

SURY-EN-VAUX (CHER), CAPITALE DU BIKE-TRIAL UFOLEP Une soixantaine de pilotes, représentant 12 associations

tandis que les suivants proposaient des obstacles de hau-

et 10 départements, ont participé samedi 6 mai à Sury-

teur croissante. En outre, la pluie qui a précédé les éclaircies

en-Vaux (Cher) au rassemblement national Ufolep 2017

du début d’après-midi a rendu délicats les appuis sur les

de bike-trial, le premier organisé depuis plusieurs années.

rochers et les passages en dévers d’un parcours tracé dans

L’événement visait à relancer une activité où la double

une ancienne carrière.

affiliation est fréquente et qui réunit principalement des

Ce rassemblement accueilli par le club de Sury, avec le

jeunes, dès l’âge de raison, avec une majorité de moins de

concours des échelons national, régional et départemen-

15 ans et quelques vétérans autour de la trentaine (1).

tal de l’Ufolep, n’en a pas moins été une réussite, et ren-

Principale nouveauté de cette édition, les catégories d’âge

dez-vous est donné pour 2018, probablement à Montluçon

généralement utilisées en Ufolep étaient remplacées par six

(Allier), avec pour hôte le club Horizon VTT. Notons aussi

catégories de niveau afin de mieux coller aux spécificités

le succès remporté en marge de l’épreuve par les VTT

de l’activité. Ainsi, les six « zones » du parcours (qui était à

et les draisiennes du stand Kid Bike, où les animateurs

effectuer trois fois) étaient fléchées au sol avec des couleurs

de l’association Vailly Loisirs Vélo proposaient au jeune

différentes selon leur degré de difficulté, comme en esca-

public des exercices d’équilibre, de maniabilité et de

lade. Si le premier niveau tenait avant tout de la maniabili-

franchissement. ●

té, le second exigeait de soulever roue avant et roue arrière,

(1) Le code « vélo-trial-bike-trial » réunit 1813 licenciés à l’Ufolep.

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Jacky Robichon

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)

histoires

Morceaux choisis B ert W agendorp

Ventoux

C’

Ventoux, Bert Wagendorp, Galaade éditions, 2016, 318 pages, 23 €.

DR

était le vendredi matin, à huit heures. Nous avions décidé de partir tôt pour éviter les grosses chaleurs. La veille, Joost m’avait montré la liste des pourcentages. Les cinq premiers kilomètres ne seraient pas trop durs, mais ensuite venait la forêt. « La forêt, c’est pas de la tarte, a continué Joost, comme s’il avait escaladé le Ventoux de nombreuses fois. Jusqu’au Chalet Reynard, c’est toujours neuf à dix pour cent. Après, on attaque le Ventoux pour de bon, et là, c’est du lourd les gars. Nature dépouillée, soleil brûlant, vent et chaleur torride. » Peter, à côté de nous, n’écoutait que d’une oreille. Il portait un T-Shirt Raleigh beaucoup trop grand qui avait appartenu au père d’André, un short de gym délavé et ses vieilles Adidas éculées. (…) Je roulais tranquillement en quittant Bédoin, Joost et Peter dans ma roue. Je ne voulais pas que nous lâchions Peter avant que ne commence la véritable ascension. David nous suivait dans la fourgonnette. Laura était assise à côté de lui, André avait pris place à l’arrière. « On roule bien comme ça, a crié Joost. Beau tronçon pour s’échauffer les muscles et augmenter progressivement la pulsion cardiaque. Après Saint-Estève, ça va devenir plus sérieux. » Je roulais toujours à la même cadence. Nous avons dépassé un hameau nommé Les Bruns, puis nous avons pris un virage serré qui débouchait sur la forêt. La pente était maintenant très raide. « La vache ! a dit Peter. La forêt ! a dit Joost. Vous êtes déjà sur votre plus petit braquet ? » Peter, qui essayait désespérément de se dépatouiller avec

UN ROMAN D’AMITIÉ NÉERLANDAIS Pôle magnétique du roman auquel il donne son titre, le mont Ventoux y est escaladé par les principaux protagonistes à deux reprises, à trente ans de distance. Si ceux qui ont peiné sur ses pentes apprécieront le récit de ces ascensions, cette fiction néerlandaise (dont la matrice fut un scénario de film) vaut d’abord pour l’histoire d’amitié qu’elle raconte. Une histoire marquée par la chute mortelle – le suicide ? – d’un des cinq camarades dans la descente. Un drame indirectement provoqué par la troublante Laura, dont le prénom est un clin d’œil à l’inaccessible muse de Pétrarque (1304-1374), lequel conta lui aussi en son temps L’Ascension du mont Ventoux. Sans prétendre à la même postérité, Bert Wagendorp, journaliste et auteur fondu de vélo, tient parfaitement la distance. Aux Pays-Bas, Ventoux fut même un best-seller. ● Ph.B.

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la manette, a failli tomber dès les premiers mètres de côte. Il a réussi juste à temps à remettre son vélo d’aplomb. À ce moment-là, son pied gauche est sorti du cale-pied si bien qu’il a failli tomber une seconde fois. Mais il s’est débrouillé pour remettre son pied en place et attacher ses lanières. J’ai regardé mon dérailleur par-dessous mon bras. Il me restait deux roues dentées. J’ai vu que Joost passait à une plus petite vitesse. Je savais que Laura me regardait et je m’étonnais de la puissance de mes jambes. Je songeais à remettre du braquet mais une petite voix m’a soufflé de ne pas me montrer trop téméraire. On était encore à quinze kilomètres du sommet. J’entendais Joost haleter derrière moi. Je me suis retourné, je l’ai vu me supplier du regard. Lui aussi savait que nous avions des spectateurs. Je me suis détendu et j’ai baissé la cadence. D’un signe, Peter nous a fait comprendre qu’on devait le lâcher. Derrière nous, André était penché à la fenêtre de la fourgonnette. Il imitait Theo Koomen* et sa voix surexcitée. « Et voici les cadors de ce Tour de France, ils gravissent côte à côte le redoutable mont Ventoux ! C’est un spectacle grandiose, chers auditeurs, de voir ces trois jeunes Hollandais lutter, ici, sur cette montagne française. Et c’est une sacrée montagne, vous pouvez me croire. Un monstre, une bête, une horrible pustule ! Ils ont déjà semé tous leurs concurrents et pas des moindres. Où est Hinault ? Où est Thévenet ? Où est le vieux Portugais, Joaquim Agostinho ? Je ne les vois pas ! Mais non, je ne les vois pas ! Nulle part, ni de près ni de loin, ah ah ! » J’ai laissé Joost me dépasser et j’ai attendu que la fourgonnette soit à ma hauteur. J’ai jeté un coup d’œil à Laura. Elle a souri et c’était comme si l’on m’injectait une bonne dose d’adrénaline dans les cuisses. « Ne vous éloignez pas de Peter, ai-je dit à Laura. Vous pourrez peut-être le tirer un peu de temps en temps. (…) Nous étions tous deux sur notre plus petit braquet. Les bornes, sur les bas-côtés, comptaient les kilomètres. J’essayais de mettre les conseils du père d’André en pratique : alterner la poussée et la traction, pousser à gauche, tirer à droite, pousser à droite, tirer à gauche, pédaler en arrondi, pas comme si l’on conduisait un triporteur. Je sentais que la température augmentait mais je ne savais pas si c’était à cause des efforts que je fournissais ou à cause du soleil. « Encore quatre kilomètres avant le Chalet Reynard », a crié Joost. ● © Galaade éditions ** *Journaliste sportif néerlandais (1929-1984), commentateur enthousiaste du Tour de France. **Les éditions Galaade ont malheureusement été mises en liquidation judiciaire le 18 avril.


je me souviens... Isabelle Pandazopoulos

) DR

J

Formatrice dans une École supérieure du professorat et de l’éducation (Éspé), Isabelle Pandazopoulos est auteure de romans jeunesse, dont le très beau Double faute (Gallimard, coll. Scripto, 208 p., 9,90 €) : l’histoire d’un père qui veut à tout prix faire de ses deux fils des champions de tennis.

e n’ai pas de bons souvenirs sportifs, je veux dire, pas du tout. Petite, j’étais balourde et maladroite et j’avais peur de tout. À l’école, personne ne voulait de moi dans son équipe et pour cause, j’avais peur du ballon et donc je l’évitais. En CM2, pour la classe de neige, le maître a décidé de me mettre à part. Je n’ai pas pu faire du ski alpin. J’ai traîné pendant trois semaines sur des raquettes en bas des pistes en regardant les autres passer leur première étoile. Et puis, quand j’ai eu quinze ans, un prof de sport plein de bonnes intentions a décidé que je devais dépasser mes peurs en tournant autour d’une barre fixe sous les yeux de toute la classe. J’ai refusé. Il l’a mal pris. Et a clamé qu’il ne poursuivrait pas son cours tant que je n’aurais pas fait un tour sur moi-même. Impossible pour moi. Impossible pour lui de comprendre que je ne pouvais pas avoir la tête en bas. Ça a duré toute l’heure. J’ai tenu bon sous les regards consternés de mes camarades. Le prof a tout essayé : les blagues, les menaces, le chantage, la force, les cris et l’infini mépris. Je ne me souviens plus de la suite. Je n’ai gardé en mémoire qu’un sentiment violent de défaite et d’humiliation.

Il y a dans ces souvenirs tout le mystère et la complexité de la transmission. Comment fait-on pour amener quelqu’un à dépasser ses peurs, à le conduire ailleurs, à l’amener au meilleur de lui-même sur un chemin qu’il ne pensait pas pouvoir emprunter ? À quel moment doit-on arrêter de vouloir pour l’autre et à sa place quand il s’agit d’éduquer ? Quand doit-on le forcer ? Et quand le laisser faire, chercher et trouver les ressources en lui-même pour qu’il puisse avancer ? Il y a souvent des pères dans les histoires de champions. Des pères qui savent et qui veulent, qui décident et qui entraînent, qui parfois parviennent à conduire leur enfant à cette victoire qui doit justifier à leurs yeux tous les sacrifices et légitimer l’exigence harassante des années d’entraînement. Un nombre certain d’entre eux échoue. Que fait-on alors de toute cette déception ? De ces efforts pour rien ? De ce qu’on a fait pour eux ? Que fait-on des défaites ? Moi, j’en ai fait des livres. Et je ne veux toujours pas avoir la tête en bas ! ●

l’image

« Le jeune footballeur », Angel Zarraga / musée national du Sport

LE JEUNE FOOTBALLEUR, D’ANGEL ZARRAGA (MUSÉE DU SPORT) Les visiteurs de l’exposition du Grand Palais consacrée l’an passé au Mexique ont pu y découvrir la solide «  footballeuse  » d’Angel Zarraga (1886-1946), dont « Le jeune footballeur » est le digne pendant. Récemment acquise par le musée national du Sport grâce à l’apport d’une souscription publique, cette huile sur toile fut réalisée en 1927, lors d’un séjour parisien, par cet artiste inspiré par le cubisme et Paul Cézanne. Outre son thème sportif, le footballeur de Zarraga est « révolutionnaire » en ce qu’il l’un des rares portraits de l’époque présentant « un homme noir dans une posture valorisante ». Il brise ainsi les « stéréotypes », souligne le conservateur du musée aux cimaises duquel est désormais accroché le tableau. ● Ph.B.

Musée national du Sport, stade Allianz Riviera, à Nice. Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h sauf le lundi. www.museedusport.fr

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repères

ESCALADES POUR TOUS

Fédération historique de l’escalade en France, la FSGT réaffirme avec ce guide très complet sa place éminente dans la promotion d’une pratique éducative s’adressant au plus grand nombre. « Pour une escalade populaire, associative et autogérée » : l’ambition de former des grimpeurs responsables ainsi proclamée en préface n’est pas une simple déclaration d’intention. Car tout en réaffirmant leur souci d’éduquer à l’autonomie à travers une escalade progressive, pour tous et orientée vers la pleine nature, les auteurs proposent des ressources pédagogiques et techniques accessibles, mais pas simplistes.

ÉTHIQUE ET SPORT C’est au regard de la mission éducative attribuée au sport par Pierre de Coubertin, avec les Jeux olympiques comme « expression d’un idéal moral universel », que Philippe Sarremejane aborde la question de l’éthique du sport, qu’il enseigne par ailleurs à l’Université Paris-Est-Créteil. « L’expansion planétaire du sport, qu’elle soit celle du sport pour tous ou du sport d’élite, s’est confrontée à des intérêts multiformes et souvent divergents qui ont précipité les manquements et les dévoiements. Car si la grande masse des pratiquants anonymes vit un sport bénéfique, salutaire et bienfaisant, le sport de compétition et professionnel est traversé par les maux chroniques de l’abus, de la malveillance et du mensonge » explique-t-il en introduction, avant de s’employer à interroger ces « errements ». ● Ph.B. Éthique et sport, Philippe Sarremejane, éditions Sciences humaines, 180 pages, 17 €.

Des partenariats avec la fondation Petzl (réputée pour ses dessins technique) et les Céméa (et leur concept d’« éducation active ») contribuent à la réussite d’un guide qui, outre de nombreuses expertises, fait des propositions pédagogiques innovantes. Il éclaire notamment les questions de progression technique, de construction de l’autonomie en milieu naturel et d’évaluation

de la prise de risque : des axes éducatif que partage l’Ufolep dans son projet éducatif pour les sports de nature. Mention particulière au chapitre intitulé « L’escalade pour ceux qui n’avait rien demandé : école, loisirs collectifs de mineurs, handicap, insertion sociale, psychiatrie » : une entrée aussi originale que pertinente qui intéressera nos associations mais interroge aussi nos

L’ACTUALITÉ DE L’UFOLEP ET DE SES PARTENAIRES SUR TWITTER

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méthodes pédagogiques. Enfin, la FSGT propose en accès libre 27 fiches en format numérique pour « débuter et progresser en jouant en escalade ». Pour toutes ces raisons, Escalades pour tous est un ouvrage indispensable. Vincent Bouchet Escalades pour tous (bloc, mur, falaise, grande voie), Les Cahiers du sport populaire, FSGT, 350 pages, 22,50 €. Pour télécharger les fiches et commander l’ouvrage en ligne : www.escaladespourtous.org


< Messages

Ella PLEINDEPROJETS

Hey ! Tu en es où de ton idée sportive ? Tu l’as déposée sur innover. ufolep.org ?

Oui ! En plus, j’en ai pour chaque thème ! Pour réinventer les évènementiels sportifs, animer mon association, et découvrir de nouvelles pratiques sportives...

Eh ben ! Avec tout ça tu as des chances de faire partie de la Promotion Innovation 2017.

Carrément ! J’espère pouvoir participer aux formations, rencontrer des innovateurs et participer à la soirée « Sport et Innovation ».

Faites comme Jean AIDESBONNESIDÉES et Ella PLEINDEPROJETS, déposez vos réflexions, idées, projets sur INNOVER.UFOLEP.ORG


En Jeu Ufolep n°27, juin 2017  

DOSSIER : les nouveaux séjours sportifs ; REPORTAGE : courses de pneus à Mayotte ; INVITE : Jean-Jacques Gouguet, auteur de "La société dopé...

En Jeu Ufolep n°27, juin 2017  

DOSSIER : les nouveaux séjours sportifs ; REPORTAGE : courses de pneus à Mayotte ; INVITE : Jean-Jacques Gouguet, auteur de "La société dopé...