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en jeu une autre idée du sport la revue de l’UFOLEP

Avril 2017 - N° 26 - Prix 3,50 €

INVITÉ Frédéric Héran SANTÉ Sport sur ordonnance

ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE

QUEL SPORT DEMAIN ?

6 CANDIDATS RÉPONDENT


édito

Pour un réel droit au sport

Mélanie Gallard / Ufolep

Par Philippe Machu, président de l’Ufolep

C

ertes, le droit au sport et aux activités physiques et sportives est inscrit dans la charte de l’Unesco. Cependant, il est loin d’être une réalité pour une moitié de la France rongée par l’inactivité, la sédentarité, et leur cortège de désagréments. À la veille de l’attribution des Jeux olympiques de 2024 auxquels Paris est candidat, et à l’approche de son propre centenaire, l’Ufolep a décidé d’engager le combat pour une France plus active, plus solidaire et en meilleure santé. Nos regroupements « sport et société » et « sport et éducation », temps de réflexion dédiés aux deux secteurs qui structurent aujourd’hui notre action, explorent le champ des innovations et des possibles, mobilisent les compétences et fédèrent les partenaires autour de ce projet. À l’occasion de l’élection présidentielle – qui sera suivie des législatives et des sénatoriales – l’Ufolep a également souhaité interpeller les candidats sur la place des activités physiques. Notre fédération propose à ce titre des modifications législatives ou réglementaires. Dans le même esprit de nourrir la réflexion, l’Ufolep est partie prenante de la plateforme ID Orizon-Ensemble pour un sport partagé et organise avec l’Usep et la Ligue de l’enseignement l’Université européenne du sport à Strasbourg, dont en juillet la seconde édition aura pour thème le « sport citoyen ». En approfondissant le dialogue qu’elles entretiennent déjà au plan local avec les élus de la République, les associations doivent s’affirmer comme le relais indispensable de cette ambition visant à faire évoluer les politiques sportives territoriales et à transformer la culture sportive en France. C’est pourquoi l’Ufolep se propose de les accompagner dans l’enrichissement de leur projet, dans leur rayonnement social et éducatif, mais aussi dans la consolidation de leurs effectifs, en s’adressant à de nouveaux publics et en les associant plus étroitement à la vie de la fédération. En cela, le droit au sport est à la fois un devoir et un avenir pour tous les acteurs de notre réseau. ●

coup de crayon par Jean-Paul Thebault

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4 actualité L’actualité de l’Ufolep et de ses partenaires sur Twitter VuLuEntendu : Les plus belles histoires de course à pied, Damian Hall (Solar) ; À la verticale de soi, Stéphanie Bodet (Guérin-Paulsen)

Frédéric Héran, le vélo des villes rencontrera-t-il le vélo des champs ?

Auteur d’un ouvrage sur la place de la bicyclette dans les déplacements urbains, Frédéric Héran questionne les liens entre les différentes pratiques du vélo : utilitaire, sportive, loisir et ludique.

6 invité 9 dossier 17 santé Sport sur ordonnance, mode d’emploi

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DR

DOSSIER

Quel sport demain ?

Ufolep Île-de-France / En Jeu

sommaire

Philippe Brenot

INVITÉ

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Congrès d’Agen, du 8 au 10 avril : s’adapter pour mieux s’engager ; Rapport d’activité : une année de transition ; Effectifs licenciés : la baisse n’est pas encore enrayée ; Rassemblement sport et société : tout un réseau mobilisé ; Droits Sacem : rappel ; Priorité au plurisport ; Instantanés : Service civique : le grand programme lancé à Paris

Raidy to Go, Paris, été 2012.

En cette période électorale, l’Ufolep a choisi de défendre la notion de « droit au sport ». C’est sa contribution à un débat démocratique qu’elle a souhaité nourrir en interrogeant aussi les principaux candidats à l’élection présidentielle sur leurs conceptions et leur programme en matière de sport et d’activités physiques. Page 13 : Six candidats répondent : Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière), François Fillon (Les Républicains), Benoît Hamon (Parti socialiste), Emmanuel Macron (En marche !), Jean-Luc Mélenchon* (La France insoumise), Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste).

26 réseau Le Lot-et-Garonne, miroir du sport Ufolep

28 histoires Morceaux choisis : « L’Homme au grand-bi », de Uwe Timm (Le Nouvel Attila) Je me souviens : Laurent Lasne L’image : Le sport vu par le musée de l’Éducation

30 repères

*Les réponses n’ont pas été rédigées et validées par le candidat de la France insoumise en personne mais par Charlotte Girard, co-responsable de son programme.

en jeu “une autre idée du sport” est la revue de l’Union française des œuvres laïques d’éducation physique (Ufolep), secteur sportif de la Ligue de l’enseignement Ufolep-Usep 3, rue Récamier, 75341 Paris Cedex 07 Téléphone 01 43 58 97 71 Fax 01 43 58 97 74 Site internet www.ufolep.org Directeur de la publication Jacques Giffard Président du comité de rédaction Philippe Machu Rédacteur en chef Philippe Brenot Ont participé à ce numéro Noémie Vincent, Benoît Gallet, Laurence Brien, Philippe Machu, Pierre Chevalier, Bertrand Bedin, Amandine Singla Photo de couverture animation Ufolep sur un city-stade, Nogent-le-Roi (28), avril 2014 / Philippe Brenot Maquette Agnès Rousseaux Impression et routage Centr’Imprim, rue Denis Papin 36 100 Issoudun Abonnement annuel 13,50 € Numéro de Commission paritaire 1015 K 79982 Numéro ISSN 1620-6282 Dépôt légal Avril 2017 Tirage de ce numéro 8363 exemplaires

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actualité

Plateforme participative

Running in Paris Mairie de Paris

Qu’ont en commun la Ville de Paris, le ministère de l’Éducation nationale et la candidature française aux Jeux olympiques ? Chacune de ces organisations a mis en place une démarche participative : budget participatif pour la Ville de Paris ; concertation nationale sur le numérique pour l’Éducation nationale ; partage d’opinion et de propositions pour Paris 2024. C’est aujourd’hui au tour de l’Ufolep de proposer aux citoyens et aux associations de partager leurs pratiques sportives innovantes via une plateforme numérique. Chacun pourra proposer et consulter les contributions déposées. Une démarche que résume le slogan : « Partageons ce qui change aujourd’hui notre approche du sport ! » Trois sujets seront proposés à la consultation durant l’année 2017 : les nouveaux formats d’évènementiels, les formes collectives (associatives, relevant de l’économie sociale et solidaire ou autres) et les pratiques sportives innovantes. Vous découvrirez par exemple en quoi consiste le « café des sports » de l’association Exaequo (Val-d’Oise), ou la façon dont l’association l’Afisel (Loiret) rend plus vivante son assemblée générale. Adresse sur : www.ufolep.org

Nation-Stalingrad en courant ou en pratiquant le street work out : ce sera bientôt possible, sur un parcours sportif de 4,4 km. Tel est le projet porté par les mairies des XIe et XXe arrondissements de Paris, « afin de répondre à un double objectif de santé publique et de démocratisation des usages sportifs ». Celui-ci a été plébiscité par les Parisiens dans le cadre du budget participatif. Son coût s’élève à 450 000 € d’après Le Parisien et l’inauguration d’un premier tronçon, entre les stations de métro Avron et Philippe-Auguste, est envisagée pour cet été. Le parcours complet, lui, est annoncé pour 2020.

Présidence du CNOSF : match à trois La présidente de la Fédération française d’escrime, Isabelle Lamour, le président sortant Denis Masseglia et l’ancien judoka David

L’ACTUALITÉ DE L’UFOLEP ET DE SES PARTENAIRES SUR TWITTER

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Douillet sont tous trois candidats à la présidence du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Ce sera donc un match à trois, une première pour un président sortant. L’élection est fixée au 11 mai et intervient dans un contexte particulier puisque la France avec Paris postule à l’organisation des Jeux olympiques 2024, le vote du CIO devant intervenir le 13 septembre à Lima (Pérou). Arrivée en 2013 à la tête de la FFE, Isabelle Lamour est l’épouse de l’ancien ministre des Sports de Jacques Chirac, l’escrimeur Jean-François Lamour. Rappelons aussi que David Douillet, double champion olympique de judo (1996, 2000), est député (LR) des Yvelines. De son côté, Denis Masseglia, issu de l’aviron, a annoncé dès septembre son intention de briguer un troisième mandat de quatre ans, inscrivant son projet aux côtés de Paris 2024. Il avait succédé en 2009 à Henri Sérandour.


DR

La loi éthique au JO

VuLuEntendu LES PLUS BELLES HISTOIRES DE LA COURSE À PIED

La loi visant à préserver l’éthique du sport, à renforcer la régulation et la transparence du sport professionnel et à améliorer la compétitivité des clubs a été publiée au Journal officiel du 2 mars. Les dispositions du texte prévoient notamment : l’établissement de charges d’éthique et de déontologie par les fédérations sportives délégataires ; la soumission des présidents de fédérations sportives, des ligues professionnelles, du CNOSF et du Comité paralympique et sportif français aux exigences de la loi relative à la transparence de la vie publique ; l’interdiction, pour les acteurs des compétitions sportives de parier sur les compétitions de leur discipline ; l’élargissement du rôle et des pouvoirs des directions nationales du contrôle de gestion ; l’institution d’un droit d’usage, par les sociétés sportives, du numéro d’affiliation délivré par les fédérations aux associations ; la possibilité, pour les associations et sociétés sportives, de verser des redevances aux sportifs ou aux entraîneurs professionnels qu’elles emploient, pour l’utilisation commerciale de leur image, de leur nom ou de leur voix ; la faculté, pour les collectivités territoriales, d’accorder leur garantie aux emprunts contactés en vue de l’acquisition, de la réalisation ou de la rénovation d’équipements sportifs par des associations ou des sociétés sportives ; la création d’une Conférence permanente du sport féminin chargée de promouvoir celui-ci ; la possibilité, pour les acteurs du sport et de la diffusion de contenus audiovisuels sportifs sur internet, de conclure des accords en vue de lutter contre l’accès et la mise à disposition en ligne, de façon illicite, de contenus sportifs. (avec Actualités du droit)

Ce « tour du monde en 80 courses » proposé par un journaliste spécialisé dans les activités de plein air passionnera les adeptes du running, mais pas seulement. Damian Hall, lui-même coureur d’ultras, éclaire les multiples facettes de la course à pied à travers des textes courts et sur un ton qui ne sont pas sans rappeler le Football, ombre et lumière de l’Uruguayen Eduardo Galeano : c’est un compliment. On y trouve, résumés en un feuillet, les récits d’exploits : celui de William Howitt, dit le Cerf d’Amérique, premier homme à parcourir 18 km en une heure, en 1845 ; ou celui plus récent de Kilan Jornet qui, en décembre 2014, grimpa puis redescendit l’Aconcagua (6 962 m) en 12 h 49 chrono… Damian Hall évoque aussi de grands moments des Jeux olympiques : le 400 m de l’Australienne Cathy Freeman en 2000 à Sydney ; le duel avorté entre l’Américaine Mary Decker et la Britannique Zola Budd, sur 3 000 m, en 1984 à Los Angeles ; ou la victoire surprise et largement oubliée du Français Joseph Guillemot devant l’invincible finlandais Paavo Nurmi, sur 5 000 m, en 1920 à Anvers – et ce en dépit de poumons attaqués par le gaz moutarde pendant la Grande Guerre. Mais l’auteur emprunte aussi des chemins plus inattendus. Son livre s’ouvre par exemple avec la présentation de ce qu’il considère comme « le plus grand événement sportif japonais » et « l’une des plus rudes courses d’endurance du monde » : le Hakone Ekiden, qui chaque 2 janvier réunit des équipes universitaires – exclusivement masculines – pour un relais long de 217 km. Avant de se clore avec un hommage aux « ultramarathoniens de l’Égypte antique » : les participants de courses entre villes d’il y a 4000 ans et les soldats qui, vers 690-665 avant J.-C., effectuaient de nuit, pour éviter la chaleur, les 100 km de l’aller-retour entre Memphis et Fayoum. Et de rappeler au passage que Ramsès II lui-même dût courir avant son sacre afin de prouver qu’il était suffisamment en forme pour mériter son trône… Soyons tous des Ramsès II. ● Philippe Brenot Les plus belles courses à pied, Damian Hall, illustrations de Daniel Seex, Solar, 2017, 178 pages, 16,90 €.

À LA VERTICALE DE SOI Qu’est-ce qui décide de l’orientation d’une vie ? Sans doute le fait de déménager à Gap, un an après sa naissance à Limoges : une préfecture des Hautes-Alpes où l’on croise parfois Patrick Edlinger, attiré par la proximité de la falaise de Céüse. Et quand vos parents, « jusque-là adeptes des randonnées pépères », inscrivent toute la famille au Club alpin français, la voie est tracée… L’escalade deviendra l’univers de prédilection de cette enfant rêveuse et asthmatique pour qui les cross scolaires sont un long calvaire. « Courir sur un stade ou après un ballon ? À quoi bon ? Marcher sur une poutre ou sauter par-dessus un cheval d’arçons ? Vois pas l’intérêt. Grimper sur du rocher ! C’est tellement simple, tellement évident, tellement tangible ! Aurait-on idée de chercher à traduire un coup de foudre ? » Sans prédisposition physique particulière, Stéphanie Bodet deviendra grimpeuse de hautniveau, pleinement engagée dans la compétition et l’aventure. Vainqueur de la coupe du monde d’escalade de bloc en 1999, elle parcourt le monde avec Arnaud Petit, le compagnon que sa passion lui a donné. « Un an après l’ascension de la mythique paroi du Salto Angel, 979 mètres de dévers sur coinceurs, Stéphanie est devenue, en 2007, la troisième femme à gravir intégralement en libre, El Capitan, dans le Yosemite » précise sa notice biographique. Les connaisseurs apprécieront. L’escalade, c’est aussi réfléchir au sens d’une vie suspendue à un fil, comme lors de bivouacs passés à la verticale de parois vertigineuses. Stéphanie Bodet serait-elle la femme qu’elle est aujourd’hui sans le décès brutal de sa sœur cadette ? Ou sans la chute accidentelle où elle s’est vue mourir, lors d’une équipée dans le Haut-Atlas ? Une chute dont la relation ouvre l’essai d’autobiographie d’une jeune femme qui, à l’âge de quarante ans, a choisi de regarder À la verticale de soi. ● Ph.B. À la verticale de soi, Stéphanie Bodet, préface de Sylvain Tesson, Guérin-Paulsen, 2016, 304 pages, 25 €.

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invité

Il observe le Retour de la bicyclette

Frédéric Héran, le vélo des villes rencontrera-t-il le vélo des champs ? Auteur d’un ouvrage sur la place de la bicyclette dans les déplacements urbains, Frédéric Héran questionne les liens entre les différentes pratiques du vélo : utilitaire, sportive, loisir et ludique.

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rédéric Héran, Le retour de la bicyclette s’intéresse à sa place dans les déplacements urbains en Europe. Quelle est-elle en France aujourd’hui ? La situation a beaucoup évolué. Il y a encore trente ans, la bicyclette était principalement utilisée par les classes populaires en périphérie ; aujourd’hui elle l’est par des cadres et professions libérales ou intermédiaires dans le centre des grandes villes. Pourquoi ? Parce qu’on y a « calmé » le trafic automobile, quand dans le même temps la périphérie devenait le royaume des « radiales » et des « pénétrantes » : tout un ensemble de grandes voiries qui y rend la pratique du vélo quasiimpossible. Statistiquement, quelle est la part de la bicyclette par rapport aux autres moyens de transport ? En France, pour les déplacements inférieurs à 80 km, la « part modale » de la bicyclette était de 2,85 % en 2008.

ÉCONOMISTE ET URBANISTE Frédéric Héran, 59 ans, est enseignantchercheur à l’université de Lille. Sensibilisé à la question du vélo durant ses études à Strasbourg, il envisage les transports urbains dans leur ensemble, en s’intéressant conjointement à la voiture, aux transports publics (métro, bus, tramway), au vélo, aux deux-roues motorisés, aux piétons. Autant d’interactions, voire de conflits, qui sont au cœur des enjeux urbains. C’est là tout l’intérêt de Le Retour de la bicyclette, qui se veut « une histoire des déplacements urbains en Europe, de 1817 à 2050 » (La Découverte Poche, 2015, 256 p., 10 €.). Citons aussi : La ville morcelée. Effets de coupure en milieu urbain (Économica, 2011), ou son article « Automobile versus bicyclette », dans Les Transports de la démocratie. Approche historique des enjeux politiques de mobilité (Presses Universitaires de Rennes, 2014). ●

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C’est peu, mais cela masque de grandes différences. À Strasbourg, ville la plus cyclable de France, on est par exemple à 8 % sur l’ensemble de l’agglomération (1), tout en retrouvant d’importantes disparités entre le centreville (14 %) et la grande périphérie (2 %). Un écart qui était à peu près inverse il y a vingt-cinq ans… Vous expliquez cette fracture centre-ville/périphérie par les équipements routiers. N’y a-t-il pas aussi d’autres facteurs, sociaux et culturels ? Quand on ne sait pas expliquer quelque chose, on dit que c’est culturel… J’insiste : le critère principal est la modération du trafic automobile, c’est-à-dire un environnement apaisé, et ceci bien plus que la création d’aménagements cyclables. Un exemple : fin août 2016, la ville de Lille (2) a instauré un nouveau plan de circulation qui interdit le transit des voitures en centre-ville : on peut accéder à celui-ci, mais plus le traverser. Grâce à cela, et sans aucun aménagement cyclable, la pratique du vélo a augmenté de 42 % en l’espace de trois mois ! Désormais, à Lille, la part modale du vélo est de 5 à 6 %, quand chez sa voisine Tourcoing elle ne dépasse pas 1 %. Justement, Tourcoing est une ville plus ouvrière… C’est vrai. La voiture est une conquête relativement récente pour les classes populaires : environ une trentaine d’années. C’est pourquoi elles y demeurent beaucoup plus attachées. Dans votre ouvrage, paru initialement en 2014, vous vous projetez jusqu’en 2050. Les trois ans écoulés confirment-ils votre essai de prospective ? Trois ans de recul, c’est peu. Néanmoins, les évolutions constatées confirment les pistes dessinées. Je prendrai l’exemple, inattendu, d’un pays que je traite peu dans mon ouvrage, centré sur l’Europe : aux États-Unis, que ce soit à Washington, Chicago, San Francisco, New York ou Portland, la pratique urbaine de la bicyclette augmente de 10 à 14% par an. Or 14%, comme à Washington, cela signifie un doublement tous les cinq ans. Même dans des pays émergents, le vélo commence à avoir droit de cité : c’est le cas à Bogota, en Colombie. Certes il peut aussi y avoir des reculs : à São Paulo, le maire, qui avait construit en peu de temps 400 km de pistes cyclables, a été battu


Philippe Brenot

aux dernières élections… Néanmoins, la tendance est nette et elle est mondiale. Revenons en France : quels sont les principaux freins au développement de la pratique utilitaire du vélo ? Outre la modération du trafic automobile qui, je le répète, est le levier principal, il faut aussi de la communication pour améliorer l’image du vélo. Dans certaines catégories sociales ou certains univers professionnels c’est déjà un acquis, mais pas partout. Par exemple, le costume-cravate à vélo, ça passe bien dans une start-up parisienne, moins dans une ville moyenne comme Le Mans… La voiture fonde-t-elle encore la crédibilité ? Elle est encore statutaire, oui. Mais le vélo lui-même peut aussi devenir statutaire. Il est des vélos chics qui vous posent, marquent votre différence. Peut-on établir un lien entre l’usage utilitaire de la bicyclette et les autres types de pratique, que vous identifiez comme le ludique, le sportif et le loisir ? Cela reste très peu étudié. Ces quatre aspects – utilitaire, sportif, ludique, loisir – sont liés, mais jusqu’à un certain point seulement. Certains adeptes du vélo sportif vous expliquent qu’ils n’ont jamais envisagé d’utiliser la bicyclette comme moyen de transport. Je pense au témoignage d’un cyclotouriste très tourné vers la performance : instituteur retraité, il ne s’est jamais rendu à vélo à son école, qui pourtant n’était qu’à 5 km de son domicile ! À l’inverse, aux beaux jours, d’autres prendront facilement leur bicyclette pour aller au boulot… Même le vélo utilitaire possède une dimension sportive : il faut se sentir physiquement à l’aise pour pédaler. La dimension de loisir est également présente : le cycliste est en contact avec l’environnement extérieur, les odeurs du printemps, le vent ou la pluie… Et n’oublions pas la dimension ludique : la magie de l’équilibre sur deux roues, qui rejoint le plaisir de la glisse éprouvé par les amateurs de skate, trottinette, roller ou BMX. Vous proposez une projection spatiale des diverses « cultures » du vélo autour de ces quatre pôles : loisir, utilitaire, sport, ludique (voir page 8). Vous estimez également que ces cultures sont de plus en plus perméables : qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ? Je manque d’éléments tangibles, car aucun sociologue n’a travaillé sur le sujet. Mais j’observe que les fédérations qui représentent les différentes pratiques du vélo se sont rapprochées. L’Ufolep en est l’exemple même, puisque vous êtes en contact avec la Fédération des usagers de la bicyclette (3) ; auparavant, la plupart du temps ces différents acteurs s’ignoraient. Autre signe : la façon dont le Tour de France, lorsqu’il fait étape, contribue désormais à valoriser aussi le vélo comme mode de déplacement, en lien avec les élus locaux. C’est significatif : longtemps, on a envisagé le vélo exclusivement sous l’angle sportif. Ce n’est plus vrai. S’y ajoutent également des préoccupations environnementales ou de santé… En effet. Le ministère de la Santé a compris depuis 2008 l’intérêt du développement de la pratique urbaine du vélo. Mais il a fallu tous les efforts de persuasion de l’an-

cien chargé de mission interministériel à la promotion du vélo, Hubert Peigné. Car le bilan de santé publique du vélo utilitaire est excellent : certes, il y a un petit danger supplémentaire lié aux accidents – d’où les réserves initiales –, mais il pèse peu face aux bénéfices. Vélo utilitaire et vélo sportif sont-ils amenés à se rapprocher ? Prenons l’exemple de l’Ufolep, qui réunit des pratiques très variées. Tout en affichant le souci de « faire société », elle reste « sportive » dans l’âme, à l’image de ses licenciés. Comment établir des passerelles avec les autres usages du vélo ? Ces passerelles existent déjà entre les différentes fédérations. Et, à l’échelon local, il suffit parfois de se rencontrer, voir ce que l’on peut faire ensemble. Par exemple, un collège de Marcq-en-Barœul (Nord) organise chaque année pour les 150 élèves de 5e une sortie à vélo pour les sensibiliser à sa pratique. Cela exige un encadrement conséquent. L’association de cyclistes urbains à l’origine de l’initiative s’est donc rapprochée d’un club cycliste (4). C’est le type même de projet fédérateur des différentes familles du vélo. ● Propos recueillis par Philippe Brenot

Frédéric Héran : « Il y a encore trente ans, la bicyclette était utilisée par les classes populaires en périphérie ; aujourd’hui elle l’est par les cadres en centre-ville. »

(1) Selon la dernière enquête ménages-déplacements. On retrouve à peu près les mêmes chiffres à La Rochelle, autre ville pionnière. Et, à Paris, le vélo est passé de 0,2% de part modale du vélo en 1976, à 5%, et atteindra probablement 15% en 2030. Le vélo dépasserait alors la voiture, dans une métropole dotée d’un métro particulièrement performant. (2) Autre exemple : Grenoble a généralisé la limitation de vitesse à 30 km sur l’ensemble de son agglomération. (3) La Fub réunit 230 associations d’usagers de la bicyclette. (4) Des clubs Ufolep participent également à l’encadrement des étapes du P’tit Tour Usep.

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Des cultures vélo de plus en plus diverses et perméables

DES CULTURES VÉLO DE PLUS EN PLUS DIVERSES ET PERMÉABLES Loisir

Vélo pliant

VTC

Vélo de randonnée Tandem, triplette… Vélo demi-course Vélo de course

Vélomobile

Biporteur

Vélo couché Bicross VTT

BMX

Vélo de ville

Vélo-taxi Vélos anciens

Fixie

Sport

Vélos fashion

Utilitaire Triporteur Handicycle Vélo générateur d’électricité Draisienne pour enfant

Monocycle

Ludique

© Schéma proposé par Frédéric Héran

Tous les vélos autrement

Philippe Brenot

Au-delà de la diversité des pratiques sportives du vélo développées en son sein, l’Ufolep en promeut les dimensions éducative et sociale.

Ufolep Playa Tour, Strasbourg, 2015.

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Historiquement, l’Ufolep a toujours été centrée sur la pratique sportive du vélo, qu’elle soit compétitive ou de loisir. Cela n’excluait pas la diversité, comme en témoigne la répartition de nos licenciés entre cyclosport, cyclotourisme, VTT, bicross, dirt ou trial (1). Mais aujourd’hui l’Ufolep s’ouvre davantage aux autres cultures du vélo, notamment à travers le développement des activités de plein air et la promotion des mobilités actives comme la marche ou le vélo. Et donc de l’usage utilitaire de celuici, en plein renouveau. Cette démarche s’appuie en particulier sur le dispositif « Kid Bike-Savoir Rouler » à destination des plus jeunes. Lancé en 2015, il a permis de structurer notre offre éducative en mobilisant tout un réseau d’associations. On notera à ce propos qu’outre le VTT, la draisienne fait partie des engins permettant d’aborder à la fois la pratique technique du vélo, la sécurité, la mécanique et l’éducation à l’environnement. Ce support pédagogique donne lieu à de grands « plateaux » organisés à l’échelle des comités. Il est aussi utilisé par les écoles de vélo, les écoles multisport ou de plein air, des stages de vacances ou des évènementiels de type « vélo en famille ». Sur un registre purement sportif, l’Ufolep est également attentive aux nouvelles tendances. C’est vrai pour les matériels, du Gravel (littéralement « vélo de gravier », hybride entre route, cyclo-cross et VTT) aux vélos à assistance électrique (VAE), en particulier en VTT (2). Ça l’est aussi pour les formats d’épreuves innovantes relevant plus de l’événementiel que de la compétition. L’Ufolep est également sollicitée par des collectivités

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locales souhaitant se doter d’équipements, tant pour son expertise technique que pour en assurer ensuite la gestion (comme pour le bike-park de Toulon, dans le Var). Sur le versant « sociétal » de nos activités, le vélo peut également devenir un outil d’insertion sociale et professionnelle. Dans le prolongement d’ateliers sportifs destinés à des bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA), le comité des Yvelines s’investit dans un projet baptisé Ybouge. Considérant que la mobilité est essentielle pour trouver un emploi, Ybouge accompagne ces allocataires avec des séances d’apprentissage de la pratique du vélo, une sensibilisation au code de la route et à la circulation urbaine et des ateliers de réparation. Le tout assorti d’une offre de prêt de vélo pour commencer un nouvel emploi. Tous ces aspects seront abordés lors de prochaines Assises du cyclisme Ufolep à l’occasion desquelles seront également présentés les séjours « vélo » des « Villages sport passion » lancés par le service vacances de la Ligue de l’enseignement. ● Benoît Gallet, DTN adjoint de l’Ufolep (1) À savoir, par ordre décroissant : cyclosport (18 348), cyclotourisme (10 534), VTT loisir (6733), VTT compétition (5183), bicross (309) et trial (204). (2) Deux exemples de manifestations dans ces disciplines innovantes : L’Enfer des Landes du CS Casteljaloux (47), qui alterne route et chemins forestiers ; et l’Élecr’Enduro organisé près de Lyon par l’association Boostrider (69) avec l’appui du comité régional.

•Rencontre avec la Fub : l’Ufolep a rencontré vendredi 10 mars les représentants de la Fédération des usagers du vélo (Fub). L’Ufolep souhaite en effet se rapprocher des différents acteurs associatifs et institutionnels (comme le Réseau des villes actives) afin de mener des actions communes autour des enjeux éducatifs, de santé, d’autonomie et environnementaux du vélo.


Sports et Loisirs de la Vie / En Jeu

dossier

L’association Sports et Loisirs de la Vie, en Vendée.

Quel sport demain ? En cette période électorale, l’Ufolep a choisi de défendre la notion de « droit au sport ». C’est sa contribution à un débat démocratique qu’elle a souhaité nourrir en interrogeant aussi les principaux candidats à l’élection présidentielle sur leurs conceptions et leur programme en matière de sport et d’activités physiques.

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L’Ufolep s’invite dans la campagne électorale

Pour un droit au sport Afin de réduire les inégalités d’accès à la pratique physique et sportive et de lutter contre la sédentarité, l’Ufolep s’engage pour la prise en compte d’un droit au sport.

L

’Ufolep invite aujourd’hui les citoyens que nous sommes à porter haut et fort le combat pour mettre les pratiques sportives à la portée de tous les publics et instaurer un véritable droit au sport, dans une société attentive et bienveillante où l’accueil et la coopération donneront sens et force au projet associatif. Demain, l’Ufolep entend faire du sport pour tous les publics le moyen d’enrichir les rapports entre les individus, de favoriser l’insertion sociale et la richesse culturelle, d’encourager de nouvelles coopérations à l’échelle des territoires, de contribuer à la co-construction des politiques sportives dans un dialogue argumenté et responsable avec toutes les parties prenantes. L’Ufolep partage également le constat, établi en 2013 par le Centre de droit et d’éco-

nomie du sport de Limoges à l’occasion d’une étude approfondie de nos pratiques, d’une mutation profonde dans la demande sociale de pratique sportive. DEMANDE SOCIALE Cette demande se structure de plus en plus autour de la santé, du loisir, de la convivialité, de la nature, et non plus en priorité autour de la compétition. D’autre part, l’offre de pratique est en en train de se diversifier avec le développement d’un secteur marchand (salles privées, coaching) aux côtés du secteur associatif. Dans cette perspective, l’Ufolep dispose d’atouts considérables : elle a su depuis des années interroger les évolutions de la demande et élargir son offre, aussi bien dans ses associations (son secteur « sport

« VOTEZ VÉLO ! » Parmi les causes défendues par d’autres organisations à l’occasion de la campagne présidentielle, l’Ufolep s’associe volontiers à celle du Club des

PRÉSIDENTIELLE 2017

votezvélo!

villes et territoires cyclables. L’argumentaire diffusé auprès des candidats et du grand public propose « 10 pistes pour accélérer le changement », en affirmant notamment que le vélo c’est : « plus de pouvoir d’achat », « un remède anticrise », « bon pour l’emploi », «  la santé », et « plus de proximité et de lien ». Autres pistes mentionnées : la sécurité, le stationnement, l’apprentissage. Le Club des villes et territoires souligne également que le vélo « c’est rapide » pour circuler en ville et que son usage combiné avec les autres transports publics est une solution gagnante. Enfin, c’est un moyen de réduire les émissions de gaz à effet de serre. ●

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en jeu une autre idée du sport ufolep n°26

et éducation ») que dans les initiatives de ses comités en direction de publics identifiés : seniors, femmes, jeunes des quartiers populaires, personnes isolées socialement ou à la santé précaire (son secteur « sport et société »). Au carrefour de l’éducation populaire et de son engagement social, elle a déjà acquis une solide expérience dans l’utilisation du sport en réponse aux problématiques d’éducation, de santé, d’insertion sociale, de formation… À côté d’une ressource militante considérable, notre fédération a su utiliser pour cela les différents dispositifs d’emplois aidés pour tendre la main aux jeunes et s’engager dans une professionnalisation qui doit soutenir sa capacité à répondre aux nouvelles attentes sportives. PARTENARIATS Sur le plan des partenariats institutionnels, l’Ufolep se félicite de la démultiplication de ses partenaires et de la déclinaison, dans de nombreux comités, des conventions ou des accords négociés au plan national, les initiatives des uns nourrissant heureusement les initiatives des autres dans ce domaine. Ce dialogue – avec le ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), l’Agence nationale des chèques-vacances (ANCV), les ministères de la Justice, de la Santé ou de la Famille – contribue largement à la reconnaissance de l’engagement citoyen de notre fédération. À l’heure de la réduction des moyens publics, cette diversification des partenaires est indispensable. Elle est aussi un gage de richesse du projet fédéral. Il en va de même avec les relations engagées avec la Mutuelle générale de l’éduca-


En Jeu

Quel sport demain ?

National jeunes de volley Ufolep.

tion nationale, l’Alliance dynamique, les agences régionales de santé ou les missions locales, où la satisfaction des partenaires et des publics doit encourager la recherche de nouvelles ambitions collectives et la mobilisation de nouveaux moyens. Enfin, l’intégration du projet de l’Ufolep dans le projet de la Ligue de l’enseignement illustre la double identité de notre fédération, à la fois multisports affinitaire et mouvement d’éducation populaire. La Ligue de l’enseignement considère désormais pleinement le sport comme un élément important de l’évolution éducative et sociale de la société. Cette intégration se traduit par ailleurs dans des projets communs avec les différents secteurs de la confédération. Les secteurs vacances, classes de découverte, éducation, culture, action internationale, éducation à l’environnement ou lutte contre les discriminations sont des partenaires privilégiés de projets innovants et attractifs qui servent le plaisir des participants et le développement qualitatif et quantitatif des activités des uns et des autres. DES IDÉES, UN HORIZON… Aussi déterminée, aussi forte soit-elle, l’Ufolep a toutefois conscience que, pour faire évoluer la place et les représentations du sport dans notre pays, elle a besoin d’en

partager la réflexion, dans un dialogue élargi aux autres acteurs de la société, civile ou institutionnelle. C’est dans cet esprit qu’elle a entrepris, avec le soutien de la Ligue de l’enseignement, de réunir les fédérations affinitaires et multisports qui partagent, avec des nuances, les mêmes aspirations pour le développement des activités physiques, du sport pour tous les publics… De cette convergence d’idées est née la plateforme ID Orizon-Ensemble pour un sport partagé, dont l’objet est d‘éclairer les conditions du développement d’une véritable nation sportive, c’est-à-dire d’une nation qui privilégie la mise en mouvement de tous plutôt que le spectacle sportif télévisé. Lancée officiellement au Sénat en décembre 2016, cette plateforme a vocation à s’élargir à toutes les institutions concernées : autres fédérations sportives, mouvements d’éducation populaire, organisations de tourisme social ou de santé, universitaires, etc. Elle entend interpeller les décideurs politiques et sociaux pour faire évoluer la « culture sportive » dans notre pays, afin de faire du sport et des activités physiques, au sens large, un levier du mieux-être social, du développement économique et de l’aménagement du territoire. Dans cette perspective, la formation technique de nos dirigeants dans les activités Avril 2017

sportives qu’ils mettent en œuvre doit être complétée par une formation politique visant à leur donner les moyens d’être les ambassadeurs du projet social de la fédération sur l’ensemble des territoires : ainsi deviendront-ils des interlocuteurs avertis, et reconnus, des responsables politiques dans l’élaboration des politiques sportives publiques. ALLER AU-DEVANT DES 50% DE NON SPORTIFS Aujourd’hui, le sport « fédéré » ne réunit qu’un petit quart de la population. Un autre quart organise en toute liberté ses propres activités physiques, parfois avec l’appui d’un secteur marchand qui multiplie les initiatives en direction des publics les plus actifs et les plus solvables, en délaissant tous les autres. C’est notamment le public des salles de remise en forme et des adeptes du running. Un public très dynamique, très urbain, très CSP +, et qui est aussi la cible préférée des publicitaires et des équipementiers sportifs. Cela laisse au bord de la route toute une moitié de la population qui n’a aucune pratique sportive. Une population parmi laquelle on trouve beaucoup de femmes, beaucoup de personnes en difficulté sociale, de santé précaire, ou qui tout sim-

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DROIT AU SPORT ET MIEUX-ÊTRE Fédération sociale, éducative et citoyenne, l’Ufolep se doit d’engager la lutte pour faire évoluer cette situation, et faire du « droit au sport » un levier de mieux-être individuel et collectif de cette population, mais aussi un levier de développement économique et d’aménagement du territoire. Le

droit au sport, c’est donner de la vie aux années, c’est multiplier les occasions d’agir ensemble, c’est développer le sens de l’accueil et de la solidarité, c’est faire de la société française une société plus vivante, plus souriante, plus confiante en ellemême… En un mot, plus ouverte sur l’avenir et sur les autres. Aujourd’hui l’Ufolep doit s’organiser pour faire vivre ce droit au Atelier équilibre dans une maison de retraite. sport avec la détermination d’une fédération citoyenne engagée, mature, forte ce que nous allons faire » : comme y invite de la générosité de ses acteurs. Pour faire le philosophe et humaniste Gaston Bacheévoluer la place du sport dans notre pays, il lard, l’Ufolep est déterminée à agir avec ses nous faut agir à tous les échelons du terri- adhérents, ses associations, ses dirigeants, toire, avec toutes les instances concernées : avec la force d’une grande organisation les organismes sociaux, les collectivités fière de son histoire et consciente du rôle territoriales, les parlementaires, les uni- qu’elle peut et doit jouer dans une société versitaires, les entreprises de matériel ou qu’elle veut plus active, plus accueillante, plus solidaire. ● d’équipements, etc. « Le futur ce n’est pas ce qui va arriver mais Philippe Machu, président de l’Ufolep Ufolep Creuse / Archives En Jeu

plement habitent des quartiers défavorisés ou des zones rurales où l’offre de pratique est au mieux inadaptée, au pire inexistante. Quant aux retraités, une étude nous apprend qu’ils passent plus de sept heures par jour devant les écrans. Souvent isolée, perdant peu à peu les contacts sociaux, cette population est très souvent sujette à toutes les pathologies liées à l’inactivité : elle subit leurs conséquences sans réagir autrement que par les visites et les prescriptions médicales ; elle se replie dans le cocon de la maison et considère l’extérieur et les autres comme des dangers potentiels. Or cette inactivité est un véritable fléau : elle tue en France 46 000 personnes par an, autant (ou presque) que l’alcoolisme ou le tabagisme, bien plus que les accidents de la circulation. Elle pénalise également de près de 4 milliards d’euros les comptes de l’État et de la Sécurité sociale.

UN MESSAGE : « VOTEZ ! » dit : il est quasiment acté que l’extrême droite sera au deuxième tour de la présidentielle. La

à l’occasion de la présidentielle et des législatives 2017.

TeR VO ne u é r poul aïcit i qu le mb e s r as

défiance grandissante des Français à l’égard des institutions et des politiques est renforcée par les affaires judiciaires, et les inégalités toujours plus criantes exacerbent les tensions sociales,

Destinée en premier lieu aux adhérents et bénévoles de notre réseau associatif, cette campagne propose un outillage militant autour de nos trois

#ActeursElecteurs weblaligue

contribuant à discréditer l’acte de voter.

de la campagne d’appel au vote que nous lançons

es ns IR aG tre lnatio concrimi dis

Conception : Agence 4 août

caractère bien particulier, regrettablement iné-

pas de démocratie, c’est en substance le message

Ligue de l’enseignement

La période électorale que nous vivons a un

www.laligue.org

Les jeunes hommes « perçus comme noirs ou arabes » ont une probabilité 20 fois plus élevée d’être contrôlés par les forces de l’ordre*. Pour faire reculer les préjugés et prévenir les stigmatisations, des centaines de milliers de bénévoles et des milliers de salariés s’engagent dans la Ligue de l’enseignement. Aux élections présidentielle et législatives, faisons entendre notre voix. * Source : Défenseur des droits. Enquête sur l’accès aux droits. Volume 1. Relations police/population : le cas des contrôles d’identité (2017).

LIGUE_vote.indd 2

03/03/2017 09:13

combats fondateurs que sont l’éducation, la laïcité et la démocratie : agir pour la réussite de tous,

Dans ce contexte, il faut rappeler que si voter tous les cinq

voter contre une école du tri ; agir contre les discriminations,

ans ne suffit pas, ne pas voter, c’est prendre le risque du

voter pour une laïcité qui rassemble ; agir pour porter une

pire. En 2017, plus que jamais, il y a des visions du monde

parole citoyenne, voter pour qu’elle soit entendue.

qui s’opposent et des modèles de société qui peuvent pro-

Ces mots d’ordre simples veulent rendre compte de la phi-

fondément changer nos vie.

losophie qui fonde les actions des centaines de milliers de

Il y a 150 ans, la Ligue de l’enseignement a été créée pour

bénévoles et des milliers de salariés qui s’engagent dans

garantir la République par l’éducation au suffrage univer-

la Ligue de l’enseignement. Ils appellent à ne pas opposer

sel. Nos actions d’hier comme d’aujourd’hui sont le prolon-

le vote et l’action mais à penser l’un comme un prolonge-

gement de cette ambition démocratique. Sans démocratie

ment de l’autre. ●

pas d’initiatives citoyennes, sans initiatives citoyennes

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Nadia Bellaoui,

secrétaire générale de la Ligue de l’enseignement


Quel sport demain ?

Trois questions aux candidats L’Ufolep a interrogé huit candidats sur leur programme en matière de sport et d’activités physiques. Six ont répondu. Dans une campagne en jeu une autre idée du sport électorale parasitée par des incertitudes qui ont retardé le moment d’aborder le fond de chaque projet, le sport et les LE SPORT activités physiques DANS LA ont été jusqu’à préCAMPAGNE sent absents des débats (1). Le thème n’avait pas été non plus au centre de l’élection présidentielle de 2012, alors qu’en 2007 les principaux candidats de l’époque avaient été invités à s’exprimer à la tribune du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). En jeu s’en était alors largement fait l’écho dans le cadre d’un dossier.

ej

le mensuel de l’Ufolep et de l’Usep Avril 2007 - N°406 - Prix 3,50€

INVITÉ Lionel Lacaze

HISTOIRES Erri de Luca

PRÉSIDENTIELLE

C’est dans cet esprit que l’Ufolep a sollicité huit candidats déclarés (2), représentatifs des différentes sensibilités de l’échiquier politique français : Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), François Fillon (Les Républicains), Benoît Hamon (Parti socialiste), Marine Le Pen (Front national), Emmanuel Macron (En marche  !) JeanLuc Mélenchon (La France insoumise) et Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste). Nous publions les six contributions écrites qui nous ont été adressées. Certains candidats ont personnellement validé ces réponses, quand d’autres ont laissé le soin à leur équipe de campagne de résumer leur projet.

Les questions étaient ainsi formulées : 1. Sur quelles conceptions votre programme concernant le sport et les activités physiques repose-t-il  ? À quels enjeux entend-il répondre ? 2. Quelles en sont les mesures les plus emblématiques ? Celles que vous prendrez en priorité ? 3. Le sport pour tous est au cœur du projet de l’Ufolep. Comment comptez-vous favoriser la pratique physique et sportive du plus grand nombre, et notamment des publics les plus éloignés de celle-ci ?

l’égal accès au sport pour tous. Je veux pérenniser le temps scolaire alloué au sport dans le cadre du parcours scolaire. La France a l’un des taux les plus élevés d’Europe, c’est l’une de ses forces. Mon projet vise aussi à favoriser la pratique sportive à l’université et tout au long de la vie, le sport possédant des vertus thérapeutiques indéniables. Il faut aussi promouvoir et développer le handisport et le sport adapté dès le plus jeune âge, en concertation avec les associations sportives et avec les acteurs du mouvement sportif handisport. Enfin le sport pour tous ne peut se développer sans les centaines de bénévoles qui l’animent. Un véritable statut des bénévoles doit être mis en place et ils doivent être encouragés notamment à suivre des formations dans le cadre de leurs responsabilités. 3. La pratique sportive doit concerner toute la population, des plus jeunes aux plus âgés, le sport adapté et le handisport. Je laisserai aux collectivités locales le soin de soutenir le sport pour tous et la pratique

quotidienne, ce qui est actuellement le cas et qui est très bien géré, tout en affirmant la région comme chef de file pour les politiques sportives territoriales. Je développerai à l’échelle intercommunale plus de liens entre les établissements scolaires et les clubs sportifs, afin d’amener les publics les plus éloignés de la pratique sportive à la rencontre des acteurs de ce milieu et j’autoriserai les centres de formation des clubs sportifs professionnels à percevoir la taxe d’apprentissage. Enfin, nous avons une formidable opportunité d’accélérer la mutation de notre modèle sportif avec la candidature de Paris à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de l’été 2024. Grâce à elle, nous pourrons lancer un vaste mouvement en faveur de la pratique sportive par le plus grand nombre. C’est pourquoi je soutiens avec énergie cette candidature : je veux investir dans la préparation des athlètes et la construction des infrastructures sportives qui permettront de faire de Paris 2024 une réussite et un héritage pour les générations futures. ●

(1) Même si Jacques Vendroux a accueilli plusieurs candidats pour son interview dominicale sur les antennes de France Bleu. (2) Sous réserve de la validation officielle des candidatures par le Conseil constitutionnel.

François Fillon

(Les Républicains) 1. Aujourd’hui, 47 millions de Français pratiquent une activité physique et plus de 3,5 millions de bénévoles sont engagés dans l’animation de ces pratiques. Nos champions et nos équipes de France s’illustrent régulièrement lors des grands rendez-vous internationaux. Le sport français va bien… mais il pourrait aller beaucoup mieux ! Ma conviction, c’est que notre modèle d’organisation du sport, défini il y a plus de 50 ans, n’est plus adapté aux enjeux du xxie siècle. Il n’a pas su prendre en compte la nouvelle demande de la pratique sportive, la décentralisation et la réorganisation territoriale, ainsi que l’essor du sport professionnel. Or, le sport est à la fois un facteur de cohésion sociale, de bien-être, de croissance et d’emplois. Mais avant tout, le sport est un facteur d’épanouissement personnel et mon projet vise à le favoriser. Je veux continuer à faire de la France une grande nation sportive, en mettant au cœur des politiques sportives la liberté et le dialogue avec l’ensemble des acteurs concernés. 2. L’une de mes priorités est de garantir

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Benoît Hamon (Parti socialiste*)

*Benoît Hamon est également soutenu par Europe-Écologie-Les Verts après le désistement de Yannick Jadot.

1. Je veux faire de la France une « nation sportive ». La lutte contre nos modes de vie sédentaires représente un impératif de santé publique. Les chiffres de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), publiés récemment, nous alertent sur les conséquences de la combinaison d’une alimentation trop riche, de la culture des écrans et de la diminution des activités physiques quotidiennes. L’obésité touche 15 % de la population française. Un homme sur deux et une femme sur trois sont en situation de surpoids. Or, le surpoids et l’obésité offrent un terrain propice au développement des pathologies cardiovasculaires ou du diabète de type 2. Le coût des maladies chroniques dans notre pays est de 90 milliards d’euros par an dont 20 milliards pour l’obésité. La Fédération française de cardiologie nous alerte : en 40 ans, la capacité physique des collégiens a diminué de 25% : nos enfants courent moins et moins vite. 50% des collégiens ne font pas du sport en dehors de l’établissement scolaire. J’ai une conviction forte  : une activité physique et sportive régulièrement pratiquée dès le plus jeune âge est la meilleure garantie que cette bonne habitude sera poursuivie tout au long de la vie au plus grand bénéfice de la santé publique et du vivre-ensemble. 2. Je propose la création de plusieurs milliers d’équipements sportifs légers de proximité dans et aux abords des écoles (aménagement des cours de récréation, salles d’évolution, pistes cyclables, plateaux sportifs multisports, fitness...) et de parvenir à l’acquisition du « savoir-nager » pour 100% d’une classe d’âge à l’entrée en 6e. Je propose également le remboursement progressif par la Sécurité Sociale du « sportsanté-bien-être sur ordonnance », pour les patients atteints d’une affection de longue

durée dans un premier temps et sa généralisation progressive. Je veux également favoriser les investissements des employeurs favorisant la pratique des activités physiques et sportives sur le lieu de travail (réduction du stress, de l’absentéisme, amélioration de la qualité de vie au travail...). 3. Paris est candidate à l’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024. Quel que soit le résultat de la candidature, et je la souhaite positive, cette candidature est l’occasion de mettre en œuvre, durant sept ans dans notre pays, un grand plan de développement de la pratique d’activités physiques et sportives pour tous et à tous les âges de la vie. Fin 2016, nous avons voté au Parlement, à l’initiative du député Régis Juanico, rapporteur spécial des crédits du Sport, des ressources financières supplémentaires de 25 millions d’euros par an pour le Centre National du Développement du Sport (CNDS), dédiées à un « Fonds Héritage sportif et territorial Paris 2024 ».  Ce fonds permettra de financer ces équipements et les initiatives des clubs amateurs sur l’ensemble du territoire, entre 2017 et 2024, à partir des taxes prélevées sur les mises de jeux de loterie, essentiellement la Française des Jeux. Je souhaite que ces financements puissent accompagner les initiatives des fédérations, ligues, comités et clubs qui s’adressent en particulier aux publics les plus éloignés de la pratique sportive : personnes en situation de handicap, seniors, personnes vulnérables... ●

Emmanuel Macron

(En Marche !) 1. La France est une grande nation sportive. 30 millions de Français pratiquent régulièrement une activité sportive, 17 millions sont licenciés dans un club, 3 millions ont une activité bénévole. Nos sportifs de haut niveau obtiennent de très bons résultats. Je salue les per-

1. Sur quelles conceptions votre programme concernant le sport et les activités physiques repose-t-il ? À quels enjeux entend-il répondre ? 2. Quelles en sont les mesures les plus emblématiques ? Celles que vous prendrez en priorité ? 3. Le sport pour tous est au cœur du projet de l’Ufolep. Comment comptez-vous favoriser la pratique physique et sportive du plus grand nombre, et notamment des publics les plus éloignés de celle-ci ? ●

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formances de Martin Fourcade et de Kevin Meyer encore récemment ! La France excelle aussi dans l’organisation de grands événements sportifs internationaux, l’Euro 2016 l’an passé, les mondiaux de handball au début de cette année. Elle accueillera les Gay Games à l’été 2018. Elle est candidate pour les Mondiaux de rugby en 2023 et pour Les Jeux Olympiques et Paralympiques en 2024. Et je soutiens naturellement ces candidatures Le sport représente près de 1,8% de notre PIB et plusieurs centaines de milliers d’emplois directs et indirects. Et pourtant, la pratique sportive des Français tend à baisser. Il faut enrayer cette baisse et faire au contraire repartir à la hausse la pratique du sport chez nos concitoyens, tous nos concitoyens, c’est un enjeu de santé publique, de développement économique et d’influence. 2. Je souhaite prendre des mesures qui permettront d’augmenter de 10% la pratique des activités physiques et sportives dans les dix prochaines années. En clair, passer de 30 à 33 millions de pratiquants réguliers. Pour y parvenir, l’État continuera évidemment à aider les fédérations et, à travers elles, les clubs et leurs sportifs. Nous inciterons les établissements scolaires et les associations sportives locales à se rapprocher pour garantir la continuité et la complémentarité des pratiques sur le temps scolaire et extrascolaire en structurant une gouvernance territoriale du sport au niveau le mieux adapté. Nous encouragerons les mutualisations d’équipements sportifs. Par exemple, les établissements scolaires seront invités à ouvrir leurs gymnases aux associations, en soirée, le week-end ou pendant les vacances scolaires. Je veux aussi que le sport aide ceux qui en ont besoin à retrouver la santé. Ainsi, nous mettrons en place des Maisons du sport santé pour garantir un accompagnement personnalisé de nos compatriotes atteints d’affections lourdes (obésité, maladies cardiovasculaires, diabètes, etc.), mais aussi désireux de se remettre en forme. Le bilan et la programmation des activités physiques et sportives seront assurés notamment par d’anciens sportifs de haut niveau. Pour ce faire, nous créerons une filière nouvelle de reconversion professionnelle. 3. Je connais bien le travail accompli par l’Ufolep et je tiens à en féliciter ses dirigeants, ses salariés et ses bénévoles qui interviennent chaque semaine auprès de nos jeunes.


Quel sport demain ?

Première fédération multisports affinitaire avec près de 400 000 licenciés, elle joue un rôle essentiel dans ce grand et beau mouvement d’éducation populaire qui fait la richesse de notre pays. Je partage avec l’Ufolep le souci de tendre la main vers les publics les plus éloignés de la pratique sportive : les moins diplômés et les moins fortunés d’un côté, les jeunes femmes d’un autre côté. Nous souhaitons par exemple que les crédits du Centre national de développement du sport (CNDS) soient en partie réorientés prioritairement vers les quartiers de la politique de la Ville et qu’une partie du coût de la licence des jeunes de 6 à 25 ans issus de ces quartiers soit également prise en charge. Nous voulons également développer les expérimentations, en lien avec les Caisses d’allocations familiales (Caf), pour créer des garderies de courte durée afin de mieux tenir compte des contraintes des familles monoparentales et nous encouragerons ainsi le sport féminin. ●

Jean-Luc Mélenchon* (La France Insoumise)

*Ce texte a été rédigé par Charlotte Girard, co-responsable du programme de La France insoumise.

1. Il y a aujourd’hui une mise en avant du sport professionnel «capitaliste», des clubs entreprises et des sportifs qui gagnent énormément d’argent, comme étant ce à quoi rêvent les jeunes aujourd’hui. Cela entre dans la logique individualiste d’accumulation personnelle comme seul horizon, synthétisé par E. Macron quand il dit début 2015 : « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires. » Ça ne correspond pas à la façon de voir le sport de la France insoumise. Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise souhaitent faire le choix d’un sport libéré de l’argent, d’un sport pour tous en réaffirmant la fonction émancipatrice de la pratique sportive. 2. Le programme « L’avenir en commun » propose donc les mesures suivantes : • Réaffirmer le rôle des professeurs d’EPS dans la transmission d’une éducation physique obligatoire pour toutes et tous ; • Interdire la cotation en Bourse des clubs sportifs, s’opposer au naming et à l’appropriation commerciale des équipements et compétitions ; • Interdire à tout sportif qui n’est pas fiscalement domicilié en France de participer à l’équipe nationale dans le cadre des disposi-

tions d’imposition des Français à l’étranger, refuser toute forme de défiscalisation et de réduction de cotisations sociales sur les revenus des sportifs professionnels ; • Garantir l’égalité entre le sport féminin et masculin y compris en matière de diffusion à la télévision ; • Renforcer les liens de solidarité entre le sport pour tous et le sport de haut niveau, les secteurs amateur et professionnel, augmenter la taxation sur les retransmissions sportives à la télévision (taxe Buffet) pour financer le sport amateur, démocratiser la gestion des fédérations sportives et assurer la souveraineté des licenciés sur leur fédération. 3. La pratique sportive peut et doit participer au lien social. Pour que cela soit possible, il est nécessaire à la fois de lutter contre les discriminations sexuelles et le sexisme dans le sport et de favoriser l’accès de tous aux activités physiques de santé, et notamment les classes populaires et les femmes, sous-représentées aujourd’hui parmi les pratiquants sportifs. Pour cela il faut ajouter des heures d’éducation physique et sportive au collège et introduire des activités physiques et sportives de citoyenneté et de sport-santé qui préparent les jeunes à s’investir physiquement et socialement dans la société au lycée. ●

Philippe Poutou

(Nouveau Parti Anticapitaliste) 1. Le sport aujourd’hui est instrumentalisé avec ses enjeux politiques, idéologiques, économiques, financiers... parce qu’il est un secteur important de la vie sociale par sa pratique mais aussi parce qu’il imprègne les consciences (très forte médiatisation) de toutes les classes et couches sociales. Le sport ne peut être traité à part comme s’il avait une existence autonome. Son histoire et son existence sont totalement intégrées au mode de production capitaliste. Le sportif professionnel devient de plus en plus un modèle alors qu’il n’est qu’un rouage d’un système, un objet de performances entre les mains d’un entraîneur ou au profit d’une organisation, d’une sélection, d’une équipe (club, nation), un spécialiste généralement déconnecté de la réalité et aliéné par la pratique intensive et répétitive de son activité dès le plus jeune âge. Il est un instrument du mode de production et de la politique dominante. C’est pourquoi il faut que le sport ne soit Avril 2017

pas réservé à une élite ou à des professionnels. Il faut prendre en compte toute la population quels que soient les pratiques et le niveau. Toutes les formes d’activité sportives notamment d’entretien et de bien-être doivent être reconnues. 2. Nos mesures prioritaires concernant le sport et les activités physiques sont : • Le sport ne doit pas être réservé à une élite ou à des professionnels. Il faut prendre en compte toute la population quels que soient les pratiques et le niveau. Toutes les formes d’activité sportives notamment d’entretien et de bien-être doivent être reconnues, du bébé aux seniors, à l’école, à l’université, en activité professionnelle, à la retraite ou sans emploi, en milieu rural ou urbain, en situation de handicap physique ou mental, en milieu carcéral, en zone urbaine sensible ou d’éducation prioritaire ; • Les associations sportives ont un vrai rôle de service public et doivent donc être reconnues comme telles. Il faut que l’argent public leur revienne entièrement ! Subventions de fonctionnement, mise à disposition des locaux, valorisation du bénévolat, accès aux équipements sportifs, aide au transport, etc. ; • Il faut construire et rénover des milliers d’équipements publics sportifs de proximité proches des lieux de vie et de travail, dans les écoles, respectueux de l’environnement, avec des horaires adaptés aux rythmes de vie de tous et accessibles gratuitement. 3. En reconnaissant l’EPS comme discipline à part entière et obligatoire à l’école dès le plus jeune âge : chaque élève, de l’école primaire à l’université, doit avoir un enseignant formé et un accès à des équipements adaptés. Il faut garantir le maintien de l’EPS au sein de l’école publique et il faut pour cela recruter des milliers de professeurs d’EPS (depuis 2006, on n’a recruté qu’un enseignant pour trois départs en retraite), permettre le travail en petit groupe et établir pour tous les élèves 5 heures d’EPS par semaine. L’EPS doit promouvoir une éducation physique épanouissante, ludique, vivante, joyeuse, fondée sur l’entraide, la coopération, le plaisir de faire et d’être ensemble, débarrassée de l’évaluation permanente et des modèles corporels réducteurs qui privilégient le « défi », l’hyperspécialisation, le dressage, la performance, l’écrasement de l’autre et la souffrance. L’activité physique ne peut être réduite au simple entraînement sportif. Mais aussi en développant les équipements sportifs de proximité. ●

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Nathalie Arthaud* (Lutte Ouvrière)

*La contribution de Nathalie Arthaud nous étant parvenue tardivement, nous n’avons pu respecter l’ordre alphabétique initialement choisi par souci de neutralité.

1. Pour moi, le sport doit avoir toute sa place dans l’éducation, mais il est en régression du fait du manque d’effectifs. Les crédits 2017 pour le développement du sport (CNDS) s’élèvent quant à eux à 261 millions d’euros contre 270 millions en 2015, ce qui est insignifiant, surtout rapporté aux 16 millions de licenciés et au sport pour tous. Pourtant, ce sport génère un gros marché : 38 Mds€ en 2013 qui représentaient 1,8 % du PIB en 2013, contre 1,7% en 2009. Mais cet argent va aux grands clubs privés, aux publicitaires, aux investisseurs, aux marchands d’articles de sport, aux sociétés privées. Eh bien, qu’on prenne sur cet argent pour financer le sport amateur ! Car les collectivités locales sont mises à la diète. Et si le budget général du sport a augmenté comme cette année, c’est uniquement en prévision des Jeux Olympiques de Paris en 2024 et pas pour augmenter les structures sportives de proximité. 2. Comme mesure symbolique d’actualité, dire non à la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2024, ce que j’ai fait en signant la pétition qui s’y oppose. Car c’est la population laborieuse qui paiera la facture finale, comme pour les JO d’Athènes, en 2004, qui ont coûté sans doute plus de

10 milliards d’euros et ne sont pas pour rien dans le surendettement du pays, comme ceux de Londres ont représenté une facture finale de 12 milliards. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une énorme opération de transfert de fonds publics vers les entreprises privées. Les stades et piscines olympiques, réalisés à cette occasion, ne compenseront pas l’absence de construction d’écoles, de crèches, de transports publics, d’hôpitaux et de logements dont la population a besoin. Mais la priorité c’est que l’argent public doit aller aux services publics, le sport amateur, le sport scolaire, le sport pour tous qui font partie, à la différence du sport-spectacle et commercial, de cet ensemble. Par ailleurs, les discours sur les idéaux qu’incarne le sport cachent bien d’autres objectifs. Derrière les performances sportives, il y a le tintement des tiroirs-caisses et les dirigeants politiques se servent depuis longtemps des sports comme terrain de rivalité entre États, pour faire brandir des drapeaux, résonner les hymnes nationaux, pousser au chauvinisme. À l’inverse, j’aspire à une société où le sport ne véhiculera plus l’élitisme, le nationalisme, le racisme ou la misogynie, mais exaltera le sens de la collectivité et le sentiment d’appartenir à une seule et même humanité. 3. Le financement public de structures privées est devenu la règle. Ce sont les collectivités locales qui construisent et rénovent les équipements sportifs, ensuite loués, souvent à bas prix, par les clubs. Quand il s’agit d’associations à but non lucratif, où l’essentiel des entraîneurs sont des béné-

1. Sur quelles conceptions votre programme concernant le sport et les activités physiques repose-t-il ? À quels enjeux entend-il répondre ? 2. Quelles en sont les mesures les plus emblématiques ? Celles que vous prendrez en priorité ? 3. Le sport pour tous est au cœur du projet de l’Ufolep. Comment comptez-vous favoriser la pratique physique et sportive du plus grand nombre, et notamment des publics les plus éloignés de celle-ci ? ●

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voles, cela a un sens. Mais les clubs professionnels de Ligue 1 sont aujourd’hui des entreprises tout ce qu’il y a de plus privé. Un de leurs objectifs est d’accroître leur chiffre d’affaires, et de pouvoir ainsi rivaliser avec les grosses écuries anglaises, espagnoles, allemandes ou italiennes à coups de projets pharaoniques dont l’utilité reste trop souvent à prouver. Et, à côté de cela, les installations sportives sont vieillissantes et souvent insuffisantes en nombre. Je suis donc pour favoriser les associations à but non lucratif de proximité, en y mettant les moyens financiers et humains de l’État. Cela implique de recruter des éducateurs sportifs, des entraîneurs dans toutes les disciplines, d’entretenir et de développer les installations. Par ailleurs, si je pense que les Jeux paralympiques font avancer la cause des personnes souffrant d’un handicap, cela ne change rien à la situation scandaleuse qui leur est faite en particulier dans les milieux populaires, où les possibilités de pratiquer un sport sont limitées à la fois par manque d’accessibilité des locaux et de prise en charge humaine adaptée. Remédier à cette situation suppose, comme pour tout le sport, d’y consacrer des subventions de l’État, à condition de cesser de les dilapider en cadeaux aux grands groupes capitalistes. Dans ce monde dominé par le capitalisme, les manifestations sportives sont avant tout de gigantesques foires commerciales. Quant aux athlètes, malgré leurs efforts pour arriver au sommet, malgré leurs rêves, ils ne sont que les petits figurants, indispensables pour faire le spectacle, mais figurants quand même, dont la valeur aux yeux des sponsors ne s’établit pas en fonction de leurs seules performances mais aussi de leur image comme support publicitaire. Pourtant le sport, ça pourrait être une belle chose, indispensable à l’épanouissement de chaque individu, s’il n’était pourri, comme toutes les activités humaines, par une organisation sociale où l’argent est roi. ●


santé

La mesure est effective depuis le 1er mars

Sport sur ordonnance, mode d’emploi Les médecins peuvent désormais prescrire une activité physique aux patients atteints d’affections de longue durée. Une mesure que l’Ufolep doit prendre en compte dans ses formations.

D

epuis le 1er mars 2017, les patients atteints d’une affection de longue durée (ALD) peuvent se voir prescrire une activité physique adaptée par leur médecin traitant. C’est la traduction de la mesure dite « sport sur ordonnance » adoptée à l’unanimité par les députés le 27 novembre 2015, dans le cadre de l’examen en dernière lecture du projet de loi relatif à la modernisation du système de santé. Ce texte porté par la députée Valérie Fourneyron, ancienne ministre des Sports, permet aux personnes souffrant d’une affection longue durée de se voir prescrire une activité physique adaptée. AFFECTION DE LONGUE DURÉE. Une affection de longue durée (ALD) est une maladie dont la gravité et/ou le caractère chronique nécessitent un traitement prolongé et une thérapeutique particulièrement coûteuse. La liste des affections de longue durée est établie par décret : cancer, accident vasculaire cérébral invalidant, diabète de type 1 et 2, mucoviscidose, sclérose en plaques… C’est dans le cadre du parcours de soins des patients atteints d’une ALD que le médecin traitant peut prescrire une activité physique adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical du patient, précise le décret.

(1) UC : unité capitalisable (2) Fédération française sport pour tous, FFEPGV (gymnastique volontaire), FSCF (Fédération sportive et culturelle de France), FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail), FFRS (Retraite sportive). (3) Brevet professionnel et Diplôme d’État de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et du Sport.

DÉCRET. Le décret d’application n° 2016-1990 du 30 décembre 2016 précise quant à lui les conditions de dispensation de l’activité physique adaptée prescrite par le médecin traitant à des patients atteints d’une affection de longue durée. L’activité physique peut être dispensée par des professionnels de santé comme des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes et des psychomotriciens et par un professionnel titulaire d’un diplôme, titre ou CQP dans le domaine de l’activité physique adaptée ou d’une certification de qualification. Cependant, «  en cas de limitations fonctionnelles sévères », seuls les professionnels de santé seront habilités à dispenser une activité physique. La prise en charge des patients devra être personnalisée et progressive en termes de forme, d’intensité et de durée de l’exercice. Cette initiative a pour but « d’adopter un mode de vie physiquement actif sur une base régulière afin de réduire les facteurs de risque et les limitations fonctionnelles liés à l’affection de longue durée dont elle est atteinte ». À ne pas confondre avec les actes de rééducation « qui sont réservés aux professionnels de santé, dans le respect de leurs compétences ». Avril 2017

CERTIFICATION FÉDÉRALE. Le décret précise également que les personnes titulaires d’une certification délivrée par une fédération sportive agréée (Brevet fédéral), répondant aux compétences précisées dans l’annexe 11-7-1 du décret et garantissant la capacité de l’intervenant à assurer la sécurité des patients dans la pratique de l’activité seront en mesure d’encadrer les patients. Aussi l’Ufolep nationale (via l’équipe pédagogique nationale de secourisme et la commission sport santé) est-elle au travail pour concevoir une certification fédérale permettant à nos animateurs, tant bénévoles que salariés, d’intervenir dans ce cadre défini conjointement par les ministères de la Santé et des Sports. Une fois cette certification fédérale élaborée, elle devra être soumise par le Comité national olympique et sportif français au ministère de la Santé et à celui des Sports, qui fixe une liste de ces certifications par voie d’arrêté conjoint. Notre travail de conception devrait être transmis au CNOSF fin juin-début juillet 2017. Il est piloté par Jean-Pascal Romeur, docteur en physiologie, membre de l’équipe pédagogique nationale de secourisme et élu au comité directeur de l’Ufolep des Pyrénées-Atlantiques. TITULAIRES DE CQP. Pour les titulaires de notre certification de qualification professionnelle d’animateur de loisir sportif (CQP ALS), la branche professionnelle du sport (CPNEF) mène actuellement une large consultation auprès de toutes les fédérations sportives dispensant des CQP, afin d’identifier les démarches entreprises par les fédérations et de mesurer les besoins en matière de formation complémentaire permettant aux titulaires des CQP d’encadrer ces patients souffrant de maladie longue durée. Il sera défini une liste des CQP concernés – éventuellement avec des UC complémentaires obligatoires à obtenir (1). Celle-ci devra elle même figurer sur une liste d’aptitude fixée par arrêté conjoint des ministres chargés des Sports, de l’Enseignement supérieur et de la Santé. De leur côté, l’Ufolep et les cinq autres fédérations porteuses du CQP ALS (2) doivent très prochainement élaborer une réponse et des propositions qui seront ensuite transmises à la CPNEF. Enfin, les titulaires d’un diplôme figurant sur la liste mentionnée à l’article R. 212-2 du code du sport – BPJEPS ou DEJEPS (3) –, ainsi que les fonctionnaires et les militaires mentionnés à l’article L. 212-3 du code du sport, pourront également encadrer les patients souffrant d’affection longue durée. ● Laurence Brien, DTN adjointe de l’Ufolep

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fédéral

Congrès Ufolep d’Agen du 8 au 10 avril 2017

S’adapter pour mieux s’engager

L

e congrès d’Agen sera à la fois une étape dans le processus d’adaptation structurelle de la fédération et le point de départ d’un engagement citoyen pour promouvoir un véritable « droit au sport » pour tous les publics. L’installation statutaire des nouveaux comités régionaux est à présent chose faite. Les nouveaux projets régionaux, construits dans la concertation avec les comités départementaux constitutifs, devront traduire les orientations arrêtées dans la stratégie fédérale 2016-2020. L’AG permettra de faire le point sur les projets et les modalités de contractualisation, afin de renforcer la cohérence et la visibilité du projet fédéral sur l’ensemble des territoires, tout en privilégiant de nouvelles coopérations interdépartementales, voire inter-associatives. L’Ufolep entend partager à Agen une nouvelle dynamique fédérative pour donner une autre « couleur » aux affiliations et aux adhésions : en proposant de nouvelles modalités et en mobilisant l’ensemble du réseau dans une stratégie de conquête, de fidélisation et d’engagement associatif et citoyen. ÉLECTIONS ET ENGAGEMENT

En cette période électorale marquée par la campagne présidentielle et, dans son sillage, celle des législatives, l’engagement citoyen est en effet plus que jamais au cœur des préoccupations de notre fédération. Forte de ses analyses sur la situation du sport en France, et convaincue du rôle qu’elle doit jouer dans l’installation d’une nouvelle culture sportive, plus accessible, plus attractive et partagée par le plus grand nombre, l’Ufolep entend donner à ses dirigeants associatifs les moyens Lire aussi p. 26-27 d’une véritable contribution aux politiques sportives terl’article consacré ritoriales. Elle entend également peser au niveau national à l’Ufolep Lot-etet européen sur les orientations futures des politiques en Garonne, hôte faveur du sport pour tous. du congrès.

Organisée

au

Centre

des

congrès d’Agen (photo), la 70e

assemblée générale de

Patrick Batard

48 HEURES CHRONO l’Ufolep s’ouvrira samedi 8 avril à 14 heures et s’achèvera le lendemain dimanche 9 avril à la mi-journée. Elle sera ensuite prolongée par un stage des dirigeants programmé sur deux demi-journées, jusqu’au lundi 10 avril en fin de matinée. ●

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Destination Agen

Le congrès d’Agen (Lot-et-Garonne) sera placé sous le signe de l’adaptation structurelle et d’un engagement citoyen réaffirmé. Agen : le théâtre et le musée des Beaux-Arts.

Les nombreux projets partenariaux où l’Ufolep est engagée – concernant la santé, l’insertion sociale ou professionnelle, l’engagement citoyen, l’évènementiel sportif ou l’éducation par le sport – ouvrent des perspectives prometteuses pour un nouveau modèle économique de notre fédération. Car c’est aujourd’hui la condition indispensable de la pérennité et du renforcement de notre mission, au service de tous les publics, et notamment ceux les plus éloignés de l’activité physique et sportive. Pour porter haut cette ambition, l’Ufolep revendiquera des ajustements législatifs et règlementaires afin de bénéficier d’une véritable délégation de service public. Une délégation qui devra organiser la reconnaissance et la mise en œuvre du « droit au sport » pour tous. Mais l’Ufolep s’engagera aussi, avec les dirigeants volontaires, dans une véritable stratégie de formation de « citoyens sportifs » armés pour participer à l’évolution des politiques sportives territoriales. Inlassables porteurs d’un plaidoyer argumenté en faveur de la mise en mouvement d’une France active, solidaire et bienveillante, ils seront les ambassadeurs d’une fédération citoyenne, engagée dans le bon usage du sport au bénéfice des publics et des territoires. RÉNOVATION STATUTAIRE À Agen, les chantiers de rénovation statutaire, d’exploration financière, d’ouverture aux autres acteurs concernés se poursuivront également dans la concertation avec le réseau, dans le dialogue avec les institutions et nos partenaires. La formation politique permanente des dirigeants fédéraux devra par ailleurs soutenir notre fédération dans son ambition et dans la concrétisation de ses engagements à l’échelle des territoires, en prise avec les réalités du terrain et de notre environnement. ● Philippe Machu, président de l’Ufolep


Rapport d’activité 2016

Une année de transition

M

arquée par l’élection d’un comité directeur largement renouvelé, l’année 2016 a également vu l’échéance du 4e plan national de développement (PND) : quatre années marquées par la réorganisation de l’Ufolep en deux grands secteurs d’activités, « sport et éducation » et « sport et société ». Cette structuration nous permet de mieux nous affirmer à la fois comme une fédération sportive et un mouvement d’éducation populaire, et de mieux prendre en compte les problématiques sociétales, avec pour objectif principal de réduire les inégalités d’accès à la pratique.

Ufolep Lot-et-Garonne

Poursuite de la structuration en deux secteurs, implication accrue sur les territoires prioritaires, réforme territoriale… Petite revue des chantiers en cours.

Le dispositif Kid Bike s’est développé.

SPORT ET ÉDUCATION  : CONCURRENCE AIGUISÉE. Parmi nos activités traditionnelles, la concurrence est toujours plus aiguisée avec les fédérations délégataires concernant les pratiques compétitives. Mais c’est tout aussi vrai avec le secteur marchand sur le versant loisir. L’érosion des associations et des licenciés constatée depuis plusieurs saisons dans les activités cyclistes et les sports mécaniques s’est poursuivie en 2015-2016, malgré l’élargissement à de nouvelles régions du programme « Kid Bike » destiné aux jeunes. De leur côté, les activités d’expression (gymnastique, GRS et twirling bâton) se maintiennent, tandis que les activités de pleine nature et les pratiques multisport sont en développement, à l’image du programme « plurisport », des écoles de sport et de la marche nordique. RÉORGANISER LES COMMISSIONS NATIONALES. Notre organisation doit évoluer afin de capter de nouveaux publics. Notre modèle de commissions nationales sportives ne répond que partiellement au développement des activités. Exemple : en sports moto, la discipline du moto-cross est la priorité de la commission nationale. De ce fait, des disciplines comme la randonnée loisirs, les activités de 50 cm3, le trial ou l’enduro, n’ont pas d’espace pour se développer. Le secteur sport éducation élabore donc une nouvelle stratégie qui devrait permettre de prendre en compte l’ensemble des pratiques. Les nouvelles propositions d’organisation doivent permettre d’être plus efficients. Il faudra aussi améliorer les relations et la complémentarité entre les membres des com-

missions nationales et les professionnels de plus en plus nombreux de notre réseau. SPORT ET SOCIÉTÉ : PLACE AUX FEMMES. Pour la partie « sport et société », comme le faisait remarquer Alain Bollon, spécialiste de l’évaluation des politiques éducatives lors de l’élaboration du PND4, il est nécessaire d’avoir des « traces ». Pour ce secteur, nous en disposons. Concernant le plan de féminisation, les féminines sont maintenant majoritaires au sein de la fédération : elles représentent 51% des licences, le comité directeur est quasi paritaire, les femmes sont majoritaires au sein de la direction technique nationale, et les trois plus grandes nouvelles régions que sont l’Occitanie, la Nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes sont présidées par des femmes. Nous avons reçu dernièrement le prix « Sexisme : pas notre genre » des mains de la ministre des Droits des femmes. TERRITOIRES PRIORITAIRES. 64 comités départementaux et 9 régions sont engagés dans des projets au sein des territoires prioritaires : environ 5% de nos licenciés sont issus de ces territoires, ce à quoi il faut ajouter les 20 000 personnes comptabilisées à travers le dispositif titres de participation (Tipo). En plusieurs endroits, des parcours de formation sont également proposés aux jeunes issus de ces territoires, des premiers secours (PSC1) au diplôme d’animateur (Bafa), en passant par nos brevets fédéraux et les certificats de qualification professionnelle (CQP). Avril 2017

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Ufolep Var

PARTENARIATS CGET ET ANCV. La convention pluriannuelle d’objectifs signée au cours de cette mandature avec le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) facilite le développement de nos programmes. On peut également signaler l’organisation de séjours sportifs en direction des jeunes de ces territoires prioritaires : le partenariat avec l’Agence nationale des chèques-vacances (ANCV) a permis le départ de 776 jeunes.

La marche nordique réunit désormais 3000 licenciés.

EMPLOIS D’AVENIR ET SERVICE CIVIQUE. Plus de 200 emplois d’avenir ont été créés au sein de notre réseau dont 129 dans les territoires prioritaires. Il faut y ajouter plus de 500 jeunes volontaires en mission de service civique, ce qui place l’Ufolep en troisième position toutes fédérations confondues pour le nombre de jeunes ainsi concernés, plus de la moitié étant issus de ces territoires prioritaires. Ce secteur, héritier du « socio-sport » dans lequel plusieurs comités pionniers s’étaient lancés dès le début des années 1980, est aujourd’hui en plein développement. DES FINANCES SAINES. Les finances de la fédération sont saines et maitrisées, le résultat de l’exercice 2016 est de 35 000 € pour un budget de 4 634 0000 €. On peut noter une évolution de 10 % du compte d’exploitation, avec 4 238 000 € pour l’exercice 2015. Il faut également signaler que les quatre années du mandat furent légèrement excédentaires pour environ 108 000 € de fonds propres complémentaires. Nous maintenons un bon taux de financement public, et ce dans un contexte de réduction drastique des aides de l’Etat. Le développement du secteur sport et société a permis de nouvelles aides notamment 420 000 € sur trois ans avec le CGET, ou 160 000 € avec l’ANCV sur l’année 2016. À cela s’ajoute des partenariats avec la MGEN ou encore la société Décapro. UNE MUE TERRITORIALE ACHEVÉE. Autre point fort de la saison, la mise en place de la réforme territoriale (loi Notre). L’objectif était la création des nouvelles régions et l’installation de la nouvelle gouvernance : il est atteint, la dernière région Ufolep ayant été officiellement créée le 3 décembre 2016. Reste à présent à élaborer des projets.

UN FIL ROUGE : LE DÉVELOPPEMENT. On peut donc constater une dominante positive avec un projet cohérent, une bonne synergie entre les différentes composantes de la Ligue, des finances saines, des milliers de dirigeants bénévoles et une professionnalisation qui s’accroît, un réseau fort de 8 000 structures affiliées avec des adhérents dans plus de 24 000 communes. Notre notoriété s’accroit et nous bénéficions d’une reconnaissance importante des institutions, des collectivités locales et des partenaires économiques. Cependant, alors même que nous touchons un public de plus en plus nombreux, l’érosion de nos associations et de nos licenciés se poursuit (lire ci-contre). C’est pourquoi le nouveau plan de développement 2017-2020 prévoit, en complément de la poursuite de notre structuration en deux secteurs, de faire du développement de la vie fédérative le fil rouge de la mandature. VIE FÉDÉRATIVE. Pour chaque projet initié, il sera nécessaire de réfléchir à son développement à travers la vie fédérative. Aujourd’hui, trop d’actions sont programmées sous forme de prestations de service : il est impératif d’y intégrer du fédératif. Cela passe également par une simplification de nos procédures d’affiliation et d’adhésion (ce travail est engagé avec la Ligue de l’enseignement) et la création de nouveaux outils. C’est aussi à ce prix que nous réussirons à inverser la courbe de nos effectifs. ● Pierre Chevalier, DTN de l’Ufolep

2016 fut aussi une année importante pour la Ligue de l’enseignement, non seulement pour avoir fêté son

150e

anniversaire (lors de son

Philippe Brenot

LIGUE, USEP : DES LIENS RESSERRÉS la Ligue. L’Ufolep est directement concernée par les travaux engagés en ce sens, en complément de l’accompagnement du réseau fédéral  : vie

congrès de Strasbourg, et en présence du pré-

fédérative, formation, séjours de vacances... La

sident de la République) mais aussi pour avoir

nouvelle gouvernance au sein de l’Usep, secteur

vu la nomination d’une nouvelle secrétaire générale. Nadia

sportif scolaire de la Ligue de l’enseignement, favorise éga-

Bellaoui a en effet succédé à Jean-Marc Roirant, qui

lement l’élaboration de projets communs, dans le cadre des

aura exercé ces fonctions durant vingt-trois ans. Nadia

projets éducatifs de territoire (PEdT), en matière de forma-

Bellaoui porte un projet renouvelé, caractérisé par l’ambition

tion ou à travers des événementiels communs : Université

de renforcer la coopération entre les différents secteurs de

européenne du sport, Playa tour ou P’tit Tour à vélo. ● P.C.

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Effectifs licenciés

La baisse n’est pas encore enrayée

L

ors de la saison 2015-2016, l’Ufolep comptait 336 186 licenciés, soit une baisse de 4 837 adhérents (- 1,4%) par rapport à la saison précédente. Le nombre d’associations est en repli dans les mêmes proportions : de 8027 à 7907 (- 1,5%). L’érosion constatée depuis plusieurs années n’est donc pas enrayée. Par ailleurs, pour la seconde année consécutive les féminines sont majoritaires, avec plus de 51% des effectifs. Cette baisse est due au recul constaté parmi les activités physiques d’entretien (- 3000), la gymnastique (- 1000) et les danses et danses sportives (- 1500), les activités moto et auto (- 2000) et le cyclotourisme (- 1000). Les sports collectifs, qui réunis représentent environ 10% de nos effectifs licenciés, sont relativement stables, avec une légère perte en football et en rugby et une augmentation en volley. Le badminton se maintient bien autour de 13000 adhérents. Idem pour le tir et le tir à l’arc ou pour la grande famille des arts martiaux, qui tai-chi, aïkido, et yoga-qigong réunis passent de 12 500 à 12 700 licenciés. Autres activités à la hausse : écoles de sport et activités d’éveil totalisent plus de 11 000 licences (+ 1000) et la marche nordique 3000 (+ 600). BANCO POUR LES C3S ET LES TIPO En compensation, le nombre des pratiquants fédérés par des structures à objet principal non sportif (centres sociaux, maisons de retraite, collectivités locales, etc.) progresse. Ce dispositif « C3S » représente 8240 personnes

réparties dans plus de 220 structures. Pour sa part, le nombre des titres de participation occasionnelle (Tipo) délivrés lors de manifestations à la journée est de 33 000. Au total, en ajoutant les licenciés, les adhérents des C3S et le titres de participation, l’Ufolep aura réuni 377 431 personnes la saison passée, contre 371 630 en 2014-2015, soit une augmentation de près de 6 000 pratiquants. Ce n’est pas négligeable, car il s’agit là de la comptabilisation officiellement retenue par le ministère des Sports. Par ailleurs, si une majorité de comités continue à perdre des licenciés « classiques », 36 autres en ont gagné : c’est bien le signe que le développement est possible ! Ces éléments statistiques confortent le choix de faire de la « vie fédérative » la priorité de la mandature, à côté de la poursuite de notre structuration en deux pôles « éducation » et « société ». En effet l’Ufolep touche un public de plus en plus nombreux sans que cela se retrouve dans le nombre de ses adhérents. C’est le cas des 400 000 personnes qui prennent une assurance temporaire auprès de notre réseau pour des randonnées pédestres ou cyclistes. Il existe également un potentiel de licenciés parmi les 800 associations qui comptent moins de 4 licenciés. En outre, la plupart des projets « sport et société » développés en collaboration avec d’autres acteurs se traduisent par des prestations qui n’apparaissent pas non plus dans les statistiques fédérales. L’enjeu consiste donc à imaginer et mettre en place les adaptations permettant de dénombrer à l’avenir les milliers de « pratiquants Ufolep » non encore identifiés ! ● P.C.

Philippe Brenot

L’érosion de nos effectifs s’est poursuivie au sein de nos associations. Mais structures non sportives et titres de participation sont en hausse.

Bien qu’en léger repli, la gymnastique reste l’une de nos principales activités.

UNE LICENCE MOTO « À LA JOURNÉE » les

associations

organisatrices

Outre ces formulaires d’inscription en

En Jeu

Demandée depuis des années par

ligne, les associations organisatrices

d’épreuves moto, la licence «  à la

bénéficieront également de la publica-

manifestation  » entre en vigueur

tion de la manifestation sur les réseaux

avec la nouvelle saison 2017. Ce

sociaux et sur le Web, d’une messagerie

mode d’adhésion plus souple doit

avec les engagés et de facilités dans la

permettre aux pilotes non licenciés

Moto-cross.

de découvrir ou de renouer avec

gestion des différentes catégories. Ce nouvel outil doit non seulement

l’Ufolep, et aux organisateurs de proposer des plateaux élar-

profiter au moto-cross mais aussi à l’ensemble des activités

gis, dans un état d’esprit toujours conforme aux valeurs de

mécaniques : trial, enduro, course sur prairie, vitesse, etc. Dès

l’Ufolep. Son coût est de 60 € par manifestation, hors frais

cette saison donc, les comités qui souhaitent déployer ce dispo-

d’engagement (1).

sitif avec leurs associations peuvent s’appuyer sur le cahier des

Techniquement, les pilotes pourront s’engager et régler leur

charges fédéral. ● B.G

inscription en ligne jusqu’à trois jours avant l’épreuve. Cette licence à la manifestation est donc entièrement digitalisée.

(1) La moitié de cette somme (30 €) est directement reversée aux associations organisatrices.

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Premier rassemblement du secteur « sport et société »

Tout un réseau mobilisé Le premier rassemblement « sport et société » de l’Ufolep, les 27 et 28 février à Saint-Ouen, a marqué une étape de plus dans sa structuration et son déploiement fédéral.

L

e secteur « sport et société » a tenu son premier rassemblement les 27 et 28 février. Tout un symbole pour un secteur porté sur les fonts baptismaux en 2011 au congrès de Boulazac, et encore en structuration. Cette structuration s’appuie sur une dynamique illustrée par une participation encourageante : une centaine d’élus et de professionnels, représentant 52 comités départementaux et 7 comités régionaux, preuve vivante d’un réseau existant et déjà opérationnel. Il a même fallu délocaliser au CISP de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) un rassemblement initialement prévu dans nos locaux parisiens !

PARTENAIRES Ce rassemblement conçu sur deux jours s’est appuyé sur des interventions de partenaires et la présentation des démarches de comités engagés de longue date dans le « socio-sport ». Ces interventions ont permis d’introduire une matinée entière de travail en ateliers, avant une conclusion en forme d’invitation à l’action. Après l’ouverture politique d’Henri Quatrefages, viceprésident de l’Ufolep en charge du secteur « sport et société », Stéphan Ludot a expliqué comment le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) et l’Ufolep peuvent collaborer sur les territoires prioritaires. Il

Les deux exemples « historiques » des comités de l’Hérault et de la Somme en matière de «  sociosport » n’ont pas manqué d’inter-

Jean-Philippe Véronique

« UN CHOIX POLITIQUE ASSUMÉ » Stéphane Lecossois

roger plusieurs comités qui commencent tout juste à investir ce terrain. «  N’oubliez pas qu’eux aussi sont partis de rien, il y a plusieurs années », les a rassurés Adil El Ouhadehe, DTN adjoint de l’Ufolep. « Il faut que ce soit un choix politique assumé, a insisté Stéphane Lecossois. Il y a neuf ans, les élus de la Somme ont pris leurs responsabilités dans un contexte de baisse des licenciés, en constatant que notre réseau associatif n’était pas en mesure de répondre à la demande sociale et de s’adresser aux publics éloignés de la pratique. S’y ajoutait également le fait que les subventions de fonctionnement étaient peu à peu remplacées par des financements fléchés sur des projets. » ●

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a invité les comités départementaux à se rapprocher des préfets en charge de la politique de la Ville et précisé les trois axes concernés : accès aux pratiques, accompagnement professionnel et développement social et éducatif. Représentant la Fondation de France, Aurélie Martin a pour sa part exhorté les comités Ufolep à se positionner sur le programme « Allez les filles ! », en rappelant que celui-ci privilégiait les projets associatifs proposant une activité régulière, sur la durée. On retiendra également l’exposé de Benoît Mounier-Saintoyant, de l’Avise (Agence d’ingénierie et de services pour entreprendre autrement) sur l’évaluation de « l’utilité » et de « l’impact » social des actions. Enfin, s’exprimant tous deux au nom de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), Cédric Fourcade et Grégory Peretou ont détaillé toutes les collaborations possibles. Soit auprès des jeunes (organisation des olympiades du Challenge Michelet, camps éducatifs, insertion sociale et professionnelle, éducation à la citoyenneté…), soit en matière de formation des cadres professionnels de la PJJ. DÉMARCHES DÉPARTEMENTALES ET RÉGIONALES Côté réseau Ufolep, les délégués Caroline Deleuze, de l’Hérault, et Stéphane Lecossois, pour la Somme, ont expliqué comment le « socio-sport » était au cœur de leurs actions : depuis plus de 25 ans pour la première, près d’une dizaine d’années pour l’autre ! Avec, à la clé, une professionnalisation des équipes départementales. Ces présentations très détaillées ont été complétées par celle d’Oliver Durand pour le Var : un comité dont la démarche, plus récente, s’appuie sur des partenariats avec les communes de Toulon et La-Seyne-sur-Mer. Deux dispositifs spécifiques développés par des comités régionaux ont également été présentés : le « parcours coordonné » géré par la Bretagne, qui permet à des jeunes en rupture scolaire de s’orienter vers les métiers de l’animation ; et le « dispositif d’inclusion par le sport » initié en Centre-Val-de-Loire auprès de personnes en difficulté sociale. ATELIERS POUR L’ACTION Mais le temps le plus important du rassemblement, pour engager le chantier de la structuration du secteur sport et société, aura sans aucun doute été celui des travaux en ateliers, qui ont occupé tout le mardi matin. Le premier portait sur la « gouvernance » : place et rôle des partenaires, représentativité politique des pratiquants occasionnels ou fédérés par des structures à objet non sportif, etc. Le second était dédié au « modèle fédéral » et


Jean-Philippe Véronique

abordait, entre autres, la place des prestations de service à l’Ufolep. Enfin, le troisième était consacré au « rayonnement politique » et à la « stratégie d’influence » : valorisation des actions, discours politique… « Nous ne pouvons échapper à ces nouvelles missions ; il faut interpeller les décideurs, leur proposer des projets » a conclu le président Philippe Machu après la restitution des ateliers. Pour sa part, le directeur technique national

Pierre Chevalier s’est félicité de la complémentarité des « doublettes élu-professionnel » et d’une « identité qui se clarifie ». De quoi motiver les forces vives d’un secteur qui, progressivement, prend toute sa place à l’Ufolep. Prochaine étape de ce processus lors du congrès d’Agen puis lors du rassemblement « sport et éducation » d’octobre. Car c’est bien de la « réorganisation » de l’Ufolep tout entière qu’il s’agit. ● Philippe Brenot

Le secteur sport et société est déjà une réalité de terrain.

Petit rappel des obligations à l’égard de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) et de la Société pour la perception de la rémunération équitable (Spre).

Ufolep 63

Associations, la musique a un prix La Sacem a pour objet principal de rémunérer les auteurs et compositeurs de musique qui ne bénéficient pas du statut d’intermittent du spectacle. Dès lors que les associations utilisent de la musique en public, et quel que soit le mode de diffusion des œuvres (disque, télé, radio) l’organisateur doit obtenir au préalable une autorisation auprès de la Sacem et régler les droits d’auteur. En outre, lorsque vous diffusez de la musique enregistrée (y compris en streaming ou via des fichiers numériques), il convient également de régler, en complément des droits d’auteur collectés par la Sacem, la rémunération équitable due à la Spre, qui représente les droits des interprètes et des producteurs de disques. En conséquence, une association Ufolep utilisant des supports musicaux pour ses activités doit s’acquitter des droits à la Sacem et à la Spre. Toutefois, l’appartenance à notre fédération et à la Ligue de l’enseignement permet de bénéficier d’une réduction de 12,5 % sur les droits d’auteur. En outre, depuis 2011 la Sacem a mis en place des forfaits payables d’avance pour

les concerts et bals : une transparence des tarifs qui est allée de pair avec un allégement des contraintes administratives pour les associations. APE ET GYM DOUCES Parallèlement, l’Ufolep a signé un accord avec les deux entités concernant les associations dédiées aux activités physiques d’entretien et gymnastiques douces (yoga, taïchi) de « risque 1 ». Il prévoit le paiement annuel des droits d’auteur et de la rémunération équitable directement par l’Ufolep pour l’ensemble des associations adhérentes, dans le cadre des diffusions musicales données en accompagnement de leurs activités. Ces associations n’ont donc aucune démarche à effectuer ! Leur affiliation leur permet d’utiliser toutes les musiques du répertoire de la Sacem dans le cadre des cours dispensés. Il suffit de déclarer à l’Ufolep le nombre de licenciés qui participent aux séances. Mais attention : seuls les licenciés sont couverts par l’accord. En cas d’inspection, la Sacem comparera le nombre de pratiquants à celui des personnes effectivement licenciées. Un accord complémentaire est envisagé afin que les associations de gymnastique sportive, de GRS et de twirling puissent bénéficier de tarifs avantageux. ● P.C. Avril 2017

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Afin de valoriser la multi-activité

Priorité au plurisport Lancé il y a trois ans, le « plurisport » figure parmi les priorités de développement, dans le cadre de la diversification des pratiques.

D

iversifier les pratiques est l’une des priorités du plan de développement 2017-2020 de l’Ufolep. Un objectif qui passe en particulier par la multi-activité et le dispositif « plurisport » lancé en 2014. Ce terme caractérise une pratique destinée aux adultes ou aux familles, distincte en cela des écoles de sport. Le plurisport est plus précisément tourné vers les personnes sédentaires ou qui reviennent à l’activité sportive après un arrêt plus ou moins long, souvent pour des raisons professionnelles ou familiales. Il s’agit d’une pratique loisir et conviviale, généralement hebdomadaire, et qui met à l’honneur les activités innovantes. PRATIQUES À LA CARTE Il n’y a pas de cadre unique et le plurisport peut prendre différentes formes selon les envies des adhérents de chaque association. La pratique est également plus ou moins autonome. On mentionnera à ce titre deux types de fonctionnement récemment constatés parmi nos comités. En Loire-Atlantique, un éducateur sportif départemental intervient chaque semaine dans certaines associations en proposant des cycles d’activités. À l’inverse, en Vendée, les membres d’une association de Saint-Gilles-Croix-deVie animent eux-mêmes leurs activités selon les compétences de chacun. La déléguée départementale se déplace seulement deux à trois fois dans l’année afin de faire découvrir des disciplines innovantes. Les associations qui font ainsi le pari de la multi-activité ont toutefois généralement besoin, en particulier au début, d’un accompagnement de leur comité : pour se structurer, organiser un calendrier d’activités puis se donner les moyens d’élargir le nombre de leurs adhérents. Car ces associations sont particulièrement fragiles : elles reposent souvent sur une ou deux personnes ressources qui, si elles sont esseulées, peuvent vite s’épuiser. MESURES INCITATIVES L’Ufolep entend donc donner toute sa signification à son titre honorifique de « première fédération affinitaire multisport de France » en renforçant les moyens d’un dispositif dont les effectifs recensés ont plus que doublé entre 2015 et 2016, pour atteindre près de 3 500 licenciés. Ceux-ci sont répartis dans 192 associations implan-

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tées dans 47 départements. Cette progression encourageante, qui traduit l’aspiration de nombreux pratiquants sportifs pour les pratiques de plein air et des activités plus diversifiées, est confirmée par de nombreuses études. Ce potentiel a motivé des mesures incitatives fortes afin de lever certains freins et de « changer d’échelle ». Il s’agit notamment de la gratuité de l’affiliation la première année de vie de l’association, et de la réduction du coût de la licence en renonçant à la part Ufolep. Les associations supports de sections se verront également attribuer un chèque-cadeau de 250 € auprès de l’équipementier national pour assurer une continuité de l’aide. Ce sera également le cas des comités impliqués dans ce dispositif, afin de favoriser la mise à disposition de matériel. En outre, ces derniers seront également dotés d’une « box » de matériel pédagogique (d’une valeur de 500 € environ) destinée à soutenir les associations ou sections nouvellement créées. GUIDE, FICHES ET FORMATIONS Un guide méthodologique «  plurisport  » destiné aux comités vient également d’être mis en ligne. Il a vocation à être régulièrement enrichi. Une douzaine de fiches pédagogiques par activité sont également téléchargeables : les deux dernières sont consacrées au scratchball et tchoukball. Les comités disposeront également d’un kit de communication afin d’aller au-devant des publics et des partenaires locaux. Enfin, des modules de formation sont en cours d’élaboration. Un groupe de travail réunissant six comités pionniers s’appuiera sur le savoir-faire acquis pour produire des contenus pédagogiques dans cinq familles d’activités : sports collectifs et activités de bienêtre, de raquette, émergentes, et de pleine nature. Le souhait est de pouvoir proposer ensuite au sein de chaque comité Ufolep des formations, notamment pour les forces vives de ces nouvelles associations. Car l’idée est que ces modules de formation soient accessibles aussi bien aux adhérents seulement désireux d’animer des activités au sein de leur club qu’à ceux qui souhaitent entrer dans un cursus de formation complet. ● Isabelle Chusseau, CTN de l’Ufolep


Instantanés

Noémie Vincent

SERVICE CIVIQUE : LE GRAND PROGRAMME LANCÉ À PARIS Samedi 4 février, le ministre de la Ville, de la

Dans le même temps, la Recyclerie sportive de

Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner, était l’in-

Massy (91) sensibilisait les participants au déve-

vité de marque du lancement officiel du grand pro-

loppement durable et à la valorisation du matériel

gramme de service civique de l’Ufolep et de la Ligue

sportif usagé, en transformant de vieilles chambres

de l’enseignement. Baptisé, « Volontaires tout ter-

à air en ceintures et bracelets, ou en mixant des

rain », ce programme propose d’accueillir sur l’an-

smoothies grâce à l’énergie produite par un vélo

née 300 jeunes au sein des associations et comités,

transformé ! S’y ajoutait un atelier de sensibilisa-

sur des missions « citoyennes » ou portant sur la

tion aux gestes qui sauvent.

diversification des pratiques.

Si ces ateliers étaient proposés par des structures

Pour illustrer cette démarche, un après-midi

partenaires de l’Ufolep, la journée a été préparée et

« Voisins en sport » était organisé au centre d’ani-

co-animée par un groupe de 11 volontaires de l’Ufo-

mation Wangarii-Maathai, géré par la Ligue de

lep Hérault montés spécialement de Montpellier.

20e

arrondisse-

Ceux-ci sont engagés dans des « parcours coordon-

ment. Les habitants du quartier étaient invités à

nés » associant mission de service civique et forma-

découvrir les arts du cirque, le street football, le

tion aux métiers de l’animation et du sport. C’est

home-ball ou le street workout. Les plus jeunes ont

ce qu’ils ont pu expliquer à Patrick Kanner, qui a

aussi participé à un atelier de vélo éducatif propo-

échangé un long moment avec les jeunes et leurs

sant l’utilisation de draisiennes et des parcours de

accompagnateurs. ●

l’enseignement de Paris dans le

Amandine Singla, CTN de l’Ufolep

kart à pédales.

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réseau

Le comité accueille le congrès 2017

Le Lot-et-Garonne, miroir du sport Ufolep

E

n 2016, l’Ufolep Lot-et-Garonne fédérait 105 associations et comptait 4725 licenciés (3004 adultes et 1721 jeunes) pratiquant 60 disciplines. Face à l’érosion constatée ces dernières années, l’objectif est de repasser au-dessus des 5000 licenciés (5074 en 2013) et de stabiliser le nombre d’associations autour de 115. ACTIVITÉS : DES ÉVOLUTIONS CONTRASTÉES. Au tournant des années 1990-2000, le comité a su prendre le virage du sport nature, tandis que les activités cyclistes et mécaniques ont bien résisté en comparaison avec la forte érosion enregistrée au plan national ces dernières années. Autrefois très présents, les trois grands sports collectifs (foot, rugby, basket) ont quasiment disparu au profit des fédérations délégataires, et des activités liées à l’engagement de militants très actifs (tennis de table, voile) se sont progressivement éteintes. D’autres (cyclotourisme, activités d’entretien, randonnée pédestre) sont en recul en raison de prestations jugées insuffisantes. Cet essoufflement est compensé par le dynamisme du VTT, du badminton, de la marche nordique ou du volleyball : le résultat d’une structuration en commissions ou groupes de travail, avec des formations, des rencontres individualisées de l’équipe départementale avec les clubs et l’ouverture à de nouveaux publics. Notons aussi que, sur les 150 manifestations organisées l’an passé sur notre territoire, le vélo se taille la part du lion avec 41 courses en cyclosport, 6 en VTT et 10 en cyclocross.

Avec 333 234 habitants pour

DR

DÉPARTEMENT RURAL, PÔLES URBAINS 5 384 km², le Lot-et-Garonne possède une densité de 60 habitants/km² (contre 112 en France). Même s’il s’agit d’un département rural, les « ruraux » ne représentent

Villeneuve-sur-Lot

que 37 % de la population totale, quand les trois principales unités urbaines d’Agen, Marmande et Villeneuve-sur-Lot (photo) en regroupent plus de 40%. Le Lot-et-Garonne n’échappe pas non plus à un certain vieillissement de sa population. ●

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Ufolep 47

À travers ses publics et ses activités, ses partenariats et ses orientations « sociétales », ce département illustre les évolutions de notre fédération. Endurance VTT

PARITÉ HOMMES-FEMMES. La répartition hommesfemmes (48/52) épouse la moyenne nationale avec, audelà de la gym, une réelle féminisation dans des activités comme le VTT, la natation, la marche nordique, le volley et le badminton. Une tendance qui contribue au rajeunissement du public. De plus, il y a une corrélation entre la prise en compte du public jeune et celle du public féminin. On observe aussi que les clubs qui ont développé des pratiques ludiques et loisirs sont ceux qui attirent le public féminin. DES JEUNES AMATEURS DE VTT. Le nombre d’enfants et de jeunes est en augmentation grâce aux écoles VTT : rappelons à cet égard que si le dispositif Kid Bike, désormais développé au plan national, est issu de Dordogne, l’engagement de deux associations du Lot-et-Garonne et le relais du comité départemental ont été déterminants dans son succès. Cette vitalité fait plus que compenser la baisse en gymnastique artistique et sports collectifs. D’autres initiatives locales contribuent également à cette dynamique, en athlétisme, tir à l’arc et escalade notamment. Enfin, un potentiel de développement existe avec les écoles de sport, qui en sont encore à leurs balbutiements. Des freins existent toutefois. Au-delà du coût de la licence et de l’adhésion, les jeunes habitués à une pratique libre (BMX, skate, futsal) jugent souvent le fonctionnement d’une structure associative trop lourd. La solution peut passer par la création de Juniors Associations ou l’affiliation de Maison des jeunes ; ou bien encore par la création de sections au sein de clubs existants, afin d’accompagner ces jeunes dans un premier temps.


Ufolep 47

OBJECTIF FORMATION. Le développement des activités en direction des enfants et des jeunes exige de combler notre déficit en cadres qualifiés (en gym artistique, en activités physiques d’entretien, en escalade…) et de former des formateurs. Une formation qui passe par le certificat de qualification professionnelle d’animateur de loisir sportif (CQP ALS). SPORT-SANTÉ. Le sport-santé est un axe développé depuis 2004, en partenariat avec plusieurs partenaires : ARS (Agence régionale de santé), DDCSPP (direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations), conseil départemental, Ireps (Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé), MGEN, Mutualité Française… Le comité participe à la mise en place d’un réseau sport santé en Lot-et-Garonne : il s’agit de permettre à des personnes sédentaires, en reprise d’activité ou souffrant de pathologies susceptibles d’être réduites par une pratique régulière, de trouver un accueil adapté dans des associations Ufolep. Au sein du comité, un à deux volontaires en service civique s’investissent ainsi sur des missions sport-santé. En outre, le comité a reçu en 2015 l’agrément pour mettre en place des formations auxpremiers secours (PSC1). L’ensemble de ces actions sont coordonnées par Élodie Cordonnier, recrutée à cet effet en tant que chargée de mission. ENVIRONNEMENT. Un travail important autour du développement durable a également été engagé. L’Ufolep est membre du Collectif enjeux durables (CED), qui regroupe 30 associations et participe à diverses actions, de la sensibilisation à la pratique handi-valide (en partenariat avec des d’instituts médico-éducatifs) à la participation à la Journée mondiale des zones humides. RACISME. Notre comité départemental participe également chaque année, en mars, à une journée s’inscrivant dans le cadre des semaines d’éducation contre le racisme. Depuis cinq ans, l’Ufolep est également partenaire du SU Agen pour une manifestation au stade Armandie sur ce thème, avec le rugby pour activité support – cette année

ce sera le 31 mai, avec un forum citoyen en centre-ville en amont. Citons aussi un événement futsal à Villeneuve-sur-Lot. Et s’ajoutent à cela des animations en milieu scolaire.

Animation escalade sur le Playa Tour.

QUARTIERS PRIORITAIRES. L’Ufolep Lot-et-Garonne intervient sur trois quartiers « politique de la ville » (QPV), avec trois approches différentes : les pratiques parentsenfants à Agen, la formation aux premiers secours à Marmande, et la santé et la pratique sportive adaptée aux seniors à Villeneuve-sur-Lot. ENTRE ÉDUCATION ET SOCIÉTÉ. À la croisée des chemins, le comité Ufolep du Lot-et-Garonne développe de manière parallèle l’animation de son réseau « sport et éducation » et ses projets « sport et société », avec le souci d’établir des passerelles entre ces deux secteurs. C’est déjà le cas autour des premiers secours avec des formations PSC1 bénéficiant à la fois aux publics dit « prioritaires » et aux animateurs de nos associations, ou de sessions du Certificat de qualification professionnelle (CQP). C’est vrai égalemrent pour des actions autour de l’éducation à l’environnement et au développement durable. ● Bertrand Bedin, délégué de l’Ufolep 47

MANIFESTATIONS POUR TOUS Chaque année, le comité organise lui-même des manifestations qui vont au-devant des publics, avec le souci d’élargir la pratique sportive au plus grand nombre, en mettant l’accent sur leur dimension sociale et éducative. Ces journées proposent diverses activités sous forme d’ateliers. Elles sont réparties sur l’ensemble du département et le sport nature y est toujours présent. Après une rencontre à Villeneuve-sur-Lot le 21 mai, le Playa Tour fera ainsi étape les 19 et 20 juillet à Damazan, tandis que deux manifestations à Gavaudun le 24 septembre et Agen-Boë le 8 octobre accompagneront la rentrée. ●

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)

histoires

Morceaux choisis U we T imm

L’homme au grand-bi

«C

Sophia Martineck

ar le véritable naturel, donc il est artificiel et, par problème ne voie de conséquence, pervers. » (…) réside pas dans les Orloff commença par énumérer automutilations ses objections sur le bout de ses auxquelles s’exposent les adeptes doigts boudinés, non sans annondu vélocipède, et à cet égard, nous cer qu’il se réservait de revenir mettons dans le même sac grandensuite plus à loisir sur chacun bi, bicycle bas, tricycle, quadricycle, des points considérés. (…) tandem, bicycle de groupe et tout «  Venons-en au premier point  » ce qui nous pend encore au nez. – et à ces mots, Orloff leva son Non, le véritable problème, c’est le pouce. «  Le bicycle est une danger que lesdites machines font menace pour de nombreuses procourir aux autres, c’est-à-dire à des fessions, en tout premier lieu personnes non concernées, mais (…) pour la cordonnerie. Chacun également à la société en général. sait comment sont chaussés les Le vélocipède constitue en effet vélocipédistes. Plutôt que les un véritable péril pour la société solides brodequins en cuir cousus entière, péril physique, mental, écode main de maître, ils portent des nomique, et bien entendu, et avant articles bon marché, des espatoute chose, péril moral. Le nombre drilles en toile avec lesquelles on Illustration tirée de l’ouvrage. des blessés, principalement enfants n’oserait même pas s’aventurer à et vieilles gens, heurtés ou renversés travers la place du marché mais par un vélocipède, s’est considérablement accru. Ma thèse dont les fines semelles collées s’usent à peine sur les est la suivante : le bicycle n’est pas fait pour nos rues. Il est pédales. En Angleterre et, surtout, en Amérique, où le à la fois trop rapide et trop silencieux. Il n’est pas adapté à vélocipède est déjà très répandu, de nombreux cordonnos sens. Ce qui est adapté à nos sens, donc naturel, c’est niers ont fait faillite et sont à présent dans la misère, au la marche. C’est également le cheval qui se signale à notre point que leurs enfants souffrent la faim. » (…) « Mais attention par le bruit de ses sabots et qui, du reste, éviterait le bicycle menace dans leur existence bien d’autres plutôt l’homme qui viendrait à se trouver sur son chemin, branches professionnelles. Ainsi, par exemple, les fabrià moins évidemment d’être momentanément privé de ses cants de piano : c’est qu’au lieu d’apprendre le noble art L’homme au grandsens par l’approche de quelque vélocipède. Le vélocipède, du piano, les enfants américains se promènent l’aprèsbi, Uwe Timm, dit également bicycle, n’est pas naturel – le vélocipédiste le midi sur leur bicycle ». (…) Le Nouvel Attila, Orloff leva l’index : « Et maintenant, l’aspect culturel et 2016, 240 pages, 20 €. plus fanatique ne saurait prétendre le contraire –, il n’est pas éthique. Pratiquer le vélocipède, cela signifie : plus de lecture, plus de musique, plus de théâtre. Et cela signifie aussi : ravaler son être spirituel à la dimension purement végétative : pédaler, suer, dormir. Une machine à « Le village de Cobourg en Bavière se retrouve chamboulé lorsque le abrutir. » D’un léger signe de la main, Orloff fit taire les naturaliste Schroeder, utopiste dans l’âme, y importe un véhicule rieurs potentiels. « Pratiquer le vélocipède, cela signidont il entend bien démocratiser l’usage : le grand-bi. L’invention fie également fréquentation moindre des lieux de culte et, par voie de conséquence, fréquentation accrue des provoque des bouleversements de société, dans les mœurs, les cercles sociaux-démocrates, tant à la ville qu’à la cammentalités et les rapports hommes-femmes. Des rapports un peu pagne. Enfin, pratiquer le vélocipède, cela signifie la fin trop avant-gardistes pour être acceptés. Une version sportive de la de toute pudeur. On serait sans doute effrayé d’apprendre querelle entre anciens et modernes. » Ainsi l’éditeur résume-t-il ce qui se commet – à l’insu des parents et éducateurs –, en Angleterre, dans les parcs et en pleine nature, sur le roman d’Uwe Timm, auteur allemand né en 1940 à Hambourg. les vélocipèdes à deux, trois et même quatre selles. » Passé par le livre jeunesse, il laisse ici libre court à sa fantaisie en Subjuguée, la salle entière attendait la suite, mais Orloff usant d’un ton faussement désuet pour faire de l’ancêtre du vélo se contentait de boire quelques petites lippées d’eau, le prétexte d’une savoureuse satire sociale. Dans l’extrait choisi, tâchant de réprimer tant bien que mal, suite à la copieuse choucroute, un rot des plus substantiels. « Et finalement, à travers la diatribe du très fat Dr Orloff lors d’une conférence l’apparition d’un phénomène plus que tout autre chargé réunissant la bourgeoisie bien-pensante, il se gausse de tous les de menaces, celui de la femme vélocipédiste. » ● barbons rétrogrades. ● Ph.B. © Le Nouvel Attila

DEUX ROUES QUI SÈMENT LE TROUBLE

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je me souviens... Laurent Lasne

) DR

C’ Né à Paris, Laurent Lasne a publié plusieurs essais sur le football dont Football über alles (2006), anthologie des rencontres franco-allemandes au 20e siècle. Il est également l’auteur de Football brésilien, l’invention d’un style (2014) et de Pier Paolo Pasolini, le geste d’un rebelle (le Tiers Livre), qui a obtenu le prix du document 2016 décerné par l’Association des écrivains sportifs.

était alors une carcasse de ferraille et de tôles grises aux reflets verts pisseux… De l’extérieur, le Parc ressemblait à un vaste hangar d’usine, une sorte de rideau de fer boulonné en lisière du XVIe arrondissement parisien et de ses flâneries bourgeoises. Les princes du Parc étaient alors ces ouvriers à casquette de Billancourt et des Moulineaux qui processionnaient vers l’enceinte sportive les jours de match. Ce samedi 3 juin 1967, c’était la première fois que je me rendais dans un stade, j’avais neuf ans. À l’affiche : France-URSS. Papa me tenait la main, très fort… surtout ne pas se perdre ! Jusqu’alors ma géographie du football se cantonnait à des parties débraillées de cour d’école et à celles du dimanche matin sur les terrains cabossés de la plaine de Bagatelle où mon père nous traînait, mon frère et moi, à une heure chrétienne certes, mais très (trop) matinale ! Après avoir gravi les marches de la tribune Boulogne, ballotté par la houle du public, une émotion de fort tonnage ruissela en moi. L’éclat de la lumière sur la pelouse, la danse des joueurs à l’échauffement, l’onde sonore du public et l’odeur forte du tabac brun, la voix inaudible du speaker… toutes ces sensations réchauf-

faient une enfance ordinaire. Je me souviens aussi de ces voix qui pétaradaient comme des fusées d’artifice laissant échapper des « Allez France ! » patriotiques ou des « Vive les Popofs ! » plus militants et saupoudrés d’une ironie toute prolétarienne… Le réel était à vif, mais c’était comme dans un rêve. J’étais ébloui… De ces joueurs soviétiques, hormis le formidable Lev Yashin, j’ignorais tout, y compris la signification de ce « CCCP » énigmatique floqué sur leur maillot, malgré la lecture de Tintin au pays des Soviets. Face à ces joueurs de l’Est, l’équipe de France présentait un profil très à l’Ouest avec six joueurs du FC Nantes titulaires au coup d’envoi. Cette confrontation tourna à l’avantage des visiteurs qui remportèrent le match 4-2, mais à ma courte échelle l’essentiel se jouait ailleurs. Oui, j’avais neuf ans et j’étais en plein révisionnisme car cette première fois vécue en immersion dans la sarabande joyeuse et populaire des tribunes du Parc des Princes, révéla de manière irréversible ma passion pour le jeu, les stades et les commentaires fervents d’aprèsmatch… Tout part de là et c’est peu dire que l’enfance constitue un territoire sacré… peuplé parfois de nostalgies buissonnières. ●

l’image

Musée national de l’Éducation / Fonds IPN, 1964

LE SPORT, VU PAR LE MUSÉE DE L’ÉDUCATION

Le sport, histoire(s) d’être(s) ensemble, 1936-2016. Jusqu’au 21 mai. Entrée gratuite. Ouvert tous les jours sauf le mardi. Le site du musée propose aussi via internet un parcours numérique en 45 minutes. Maison des Quatre-Fils-d’Aymon, 185, rue Eau-de-Robec, 76000 Rouen (02 35 07 66 61) www.munae.fr

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En dépit d’un cadrage discutable, cet « exercice de contrôle moteur » attire immanquablement le regard. Moins en raison de ces blouses d’un autre âge et de l’absence de mixité – encore la règle en 1964 à l’école Joliot-Curie de Bagnolet (SeineSaint-Denis) – que du caractère insolite de ce « maniement de ballons » dans l’espace confiné d’une salle de classe. La promesse joyeuse d’une prochaine émancipation des corps ? Ce cliché de l’Institut pédagogique national (IPN) est l’un des trésors exhumés à l’occasion de l‘exposition consacrée au sport par le musée national de l’Éducation de Rouen. Une expo où, entre autres curiosités, sont présentées quelques reliques de l’Ufolep-Usep  : une licence d’enseignant-animateur de la fin des années 1940, un exemplaire de notre revue fédérale, ancêtre d’En Jeu, et les documents de la leçon de lendit 1967. ●

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repères

L’ÉPOPÉE DU HAND

Une anecdote résume le chemin parcouru par le handball français en un quart de siècle. À la veille des Jeux olympiques de Barcelone 1992, dont les joueurs français reviendront avec le surnom de « Bronzés », un reporter de France 3 LanguedocRoussillon accoste l’indéboulonnable goal Philippe Médard dans une salle du complexe sportif de Banuyls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), où il se prépare avec ses coéquipiers. « C’est vous le gardien ? – Oui. – Vous n’auriez pas les clés du gymnase ? » Aujourd’hui, alors que les « Experts » viennent de décrocher leur sixième titre mondial, son successeur Thierry Omeyer risque moins pareille méprise… Cette Épopée du handball français est restituée ici sur un mode très événementiel. On aurait pourtant aimé un zeste de sociologie historique pour évoquer un sport très marqué par l’Éducation

DU BON USAGE DU SKATEPARK Ce petit bréviaire s’adresse avant tout aux collectivités territoriales. Il fournit des conseils pour la conception d’un skatepark, informe de l’organisation de la glisse urbaine (fédérations dédiées, encadrement et formation, normes techniques et modes de gestion des équipements) et met en évidence la diversité des pratiques et leurs évolutions. Il convient par exemple de savoir que le skateboard entrera au programme olympique aux Jeux de Tokyo 2020. L’Ufolep est partenaire de ce document initié par le ministère chargé des Sports – aux côtés notamment de la FF Rollers Sports et de l’UCPA – et est présente dans ses pages à travers la gestion du Hangar de Nantes et le témoignage d’Adil El Ouadehe, DTN adjoint chargé du secteur « sport et société ». ● Le skatepark dans tous ses états, c.o.d.e du skatepark (conception-organisation-diversité-évolution), 24 pages. Téléchargeable sur : www.collectionlecode.fr

L’épopée du handball français, Éric Clert et Yann Hildwein, Mareuil éditions, préface de Joël Delplanque, 188 pages, 16,95 €.

SPORT ET SOCIÉTÉ Ce vademecum a été pensé par les éditions Canopé – ex-Centre national de la recherche pédagogique – pour fournir aux enseignants les bases d’une réflexion sur la pratique du sport à l’école et dans notre société. Mais les éducateurs Ufolep pourront aussi y trouver matière à étayer leurs interventions. Le

abonnez-vous ! EN JEU, UNE AUTRE IDÉE DU SPORT LA REVUE DE L’UFOLEP • 5 numéros par an ❒ 13,50 € (octobre, décembre, février, avril, juin) Mon adresse postale :. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .....................................................................................................................

Mon adresse e-mail (pour recevoir également gratuitement la version numérique de En Jeu) : .................................................................................................

Je joins un chèque postal bancaire de la somme de. . . . . . . . . . . à l’ordre de EJ GIE À. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . , le. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Signature :

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UN TERRAIN CONTESTÉ

nationale. Mais on saura gré aux deux auteurs d’avoir conservé le sens de la mesure dans le récit de cette aventure hors norme, quand les plus récents convertis se croient obligés d’accumuler les superlatifs. Ph.B.

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premier chapitre met en évidence le processus de démocratisation – et de féminisation – des pratiques, tout en mesurant ce qui reste à parcourir. Le deuxième met en perspective sport fédéral et pratiques auto-organisées. Le troisième – signé par William Gasparini – met en balance dynamique d’insertion et discriminations. Le quatrième prend l’exemple de l’introduction d’un challenge du fairplay comme outil de remédiation dans le cadre très concret d’une pratique du basket en EPS avec des classes de 6e. Le sport : un miroir de la société dont certains osent croire qu’il peut aussi contribuer à la changer. Ph.B. Sport et société, entre mythe et réalité, Canopé éditions, coll. Éclairer, 100 pages, 8,90 €. (également disponible en version numérique)

Depuis les années 1990, le football est devenu une institution majeure dans la culture populaire des citoyens arabopalestiniens d’Israël. De plus en plus de joueurs arables intègrent les meilleurs clubs israéliens ou, comble de la réussite, l’équipe nationale. Étant donné le statut marginal de la minorité arabopalestinienne en Israël, ce processus est révélateur des contradictions à l’œuvre dans l’identité collective de ce pays. Tamir Sorek met en évidence le pouvoir symbolique du football : utilisé comme un champ de protestation sociale, il peut également servir de voie d’intégration sociale et politiques. Mais jusqu’où ? Un terrain contesté (les dilemmes d’un football arabe dans un État juif), Tamir Sorek, Albin Michel, 350 pages, 23 €.


Faites circuler En JEu numérique !

O

utre un exemplaire papier, En Jeu est adressé par e-mail à chaque association Ufolep. Pour une diffusion la plus large possible, faites suivre ce courriel et son lien internet à vos adhérents et à vos partenaires : vous contribuerez ainsi à mieux faire connaître notre fédération et vos actions.

Retrouvez également la version numérique de En Jeu sur www.ufolep.org


Conception : 4août - Photographie: Stéphane Garnier - Imprimeur Illico Press

L LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT CCOMP GNE LE SERVICE CIVIQUE

FÉDÉRATIONS SPORTIVES DE LA LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT

ENGAGÉS DEPUIS 1866, MOBILISÉS AUJOURD’HUI POUR LE SERVICE CIVIQUE

Avec la Ligue de l’enseignement, Nina, 24 ans, fait découvrir aux jeunes les arts du cirque, au sein de l’association Supercrampe (Reims). REJOIGNEZ NOUS : WWW.LALIGUE.ORG

En Jeu une autre idée du sport Ufolep n°26 avril 2017  

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