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en jeu une autre idée du sport la revue de l’UFOLEP

Décembre 2016 - N° 24 - Prix 3,50 €

INVITÉ Laurent Turcot REPORTAGE X-Cross et Traking

ROLLER, SKATE, BMX

TOUJOURS

REBELLES ?


édito

« S’associer est une force »

Mélanie Gallard / Ufolep

Par Philippe Machu, président de l’Ufolep

D

errière ce slogan que la Ligue de l’enseignement arborait à l’occasion de ses 150 ans se cache une réalité qui ne demande qu’à s’exprimer dans la diversité des projets et l’enthousiasme de coopérations fraternelles. Construire ensemble ses loisirs sportifs, innover dans l’accueil des publics, partager la découverte de tous les sports, sans discrimination, animer et valoriser les territoires… Ensemble, tout est possible. Encore faut-il jouer le jeu d’un véritable engagement citoyen, d’un respect de solidarités associatives et fédérales, utiliser à bon escient la légitimité que nous donne la réalité d’un réseau fédéral présent et reconnu dans les territoires. Accueillir, renforcer des effectifs, adapter le projet associatif aux attentes des publics, les exemples ne manquent pas dans ce numéro d’En Jeu. La fédération se mobilise pour faciliter l’accès de tous à des pratiques stimulantes, ludiques et solidaires, accompagner une vie associative dynamique, et promouvoir de nouvelles relations contractuelles avec ses comités : s’associer pour agir avec détermination et efficacité. ●

coup de crayon par Jean-Paul Thebault

Le skateboard entre au programme olympique.

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Laurent Turcot, sports et loisirs ontils la même histoire ?

sommaire

DR

INVITÉ

Le hors stade se renouvelle en Nouvelle-Aquitaine

6 invitée 8 juridique Le règlement disciplinaire modifié

9 dossier 17 fédéral

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Coup de projecteur sur le X-Cross et le Traking (photo) : expérimentés en Gironde et Haute-Vienne, ces deux formats de course à pied revisitent le cross et le trail.

DOSSIER

Où en sont les glisses urbaines ?

Fédération française de Roller Sports

L’actualité de l’Ufolep et de ses partenaires sur Twitter VuLuEntendu : El Ouafi, la course à l’oubli, Philippe Langenieux-Villard (Héloïse d’Ormesson) ; La littérature marque des buts (Folio) ; Le Mercato d’hiver et La Main de Dieu, Phillip Kerr (Le Masque)

Philippe Brenot

REPORTAGE

Traking Experience

Pour cet historien québécois, étudier les sports sans les loisirs est impensable car les uns et les autres s’entremêlent depuis l’Antiquité. C’est l’approche qu’il défend dans un ouvrage paru chez Folio.

4 actualité

I.D.Orizon, plateforme du sport pour tous ; L’Ufolep dévoile sa stratégie fédérale (en photo) ; Toutes Sportives, bilan d’étape

22 reportage 24 réseau

La randonnée : le roller version familiale.

Oise : des ateliers sportifs en zone commerciale ; Yonne : lutte contre les discriminations ; Somme : sport au travail ; Portrait : Stéphanie Royère, conduite sportive ; Instantanés : National contre la montre en Eure-et-Loir

28 histoires Morceaux choisis : « Goodbye Yachine », de Maxime Schmitt (Le Pas d’Oiseau) Je me souviens : Magyd Cherfi L’image : « De l’art et du sport », par Jacques Seray

30 repères

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Du Sexisme dans le sport, Béatrice Barbusse (Anamosa) ; Randonnée (Amphora)

Quinze ans après la déferlante roller, et alors que le skateboard entrera en 2020 au programme des Jeux olympiques d’été, les glisses urbaines, hier rétives à entrer dans le moule des fédérations, sont-elles en voie d’institutionnalisation ? en jeu “une autre idée du sport” est la revue de l’Union française des œuvres laïques d’éducation physique (Ufolep), secteur sportif de la Ligue de l’enseignement Ufolep-Usep 3, rue Récamier, 75341 Paris Cedex 07 Téléphone 01 43 58 97 71 Fax 01 43 58 97 74 Site internet www.ufolep.org Directeur de la publication Jacques Giffard Président du comité de rédaction Philippe Machu Rédacteur en chef Philippe Brenot Ont participé à ce numéro Nicolas Armand, Isabelle Chusseau, Adil El Ouadehe, Vincent Bouchet, Claudie Azeronde Photo de couverture Gérard Sanz / Mairie de Paris Maquette Agnès Rousseaux Impression et routage Centr’Imprim, rue Denis Papin 36 100 Issoudun Abonnement annuel 13,50 € Numéro de Commission paritaire 1015 K 79982 Numéro ISSN 1620-6282 Dépôt légal Décembre 2016 Tirage de ce numéro 7732 exemplaires

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actualité DR

L’Yonne, spot Ufolep de marche nordique

Bâtons en main, 120 marcheurs ont participé samedi 8 octobre à la « Nordic Ufolep », première manifestation du nom co-organisée au cœur du pays d’Othe par les comités de Bourgogne et de l’Yonne et l’association Pom 89. Cet événement grand public, qui proposait trois parcours de 7, 14 et 21 km au départ de la commune de Villechétive, a marqué l’inauguration officielle du deuxième spot Ufolep de marche nordique, après celui de Bonnac-la-Côte (Haute-Vienne). L’association Pays d’Othe Multisports 89, qui a son siège sur la commune voisine de Cerisiers, aura pour mission de faire vivre à l’année ces tracés balisés. Les prochains parcours Ufolep de marche nordique sont prévus en Eure-et-Loir, en Illeet-Vilaine, en Dordogne, dans le Var et à la Réunion.

Budget 2017 des Sports Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2017, le ministère des sports vient de publier son budget, dont on peut retenir les informations suivantes : avec 521 millions d’euros dont 260 millions pour le Centre national de développement du sport (CNDS), deux objectifs sont clairement affichés : Paris 2024 et l’égalité territoriale en équipements sportifs ; 10 millions d’euros supplémentaires pour la candidature aux Jeux olympiques ; maintien des subventions des fédérations sportives à hauteur de 78,7 millions d’euros ; augmentation des crédits versés à l’Agence française de lutte contre le dopage à hauteur de 700 000 euros ; 9,2 millions d’euros sont consacrés au programme « Citoyens du sport » contre 8,8 millions en 2016 (dont toujours 1,5 million d’euros pour le dispositif « J’apprends à nager ») ; enfin, il est prévu 10 millions d’euros pour un plan de développement des équipements sportifs outre-mer.

Dirigeantes : programme européen avec l’Ufolep Développé dans le cadre du dispositif Erasmus +, le programme européen Success vise à favoriser

L’ACTUALITÉ DE L’UFOLEP ET DE SES PARTENAIRES SUR TWITTER

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l’accès aux responsabilités des femmes dans les instances sportives, qu’elles soient élues ou professionnelles. Il réunit 6 comités nationaux olympiques : Italie, France, Slovaquie, République tchèque, Lituanie et Croatie (qui en est à l’initiative). Du 16 au 22 octobre à Rome, huit représentantes françaises, dont Rosemary PaulChopin, responsable du pôle communication de l’Ufolep*, ont participé avec leurs homologues européennes à une première session portant sur les compétences managériales. Au menu : études de cas et partage d’expériences. La deuxième session est prévue en mai 2017 à Paris. www.success-leadership.eu *Yannick Souvré (nouvelle directrice générale de la Ligue professionnelle de volley), Brigitte Deydier (Fédération française de golf), Rima Cambray (hockey sur glace), Sylvie PascalLagarrigue (handball), Céline Ducros-Brasseur (natation), Anne Boileau-Demaret (tennis de table) et Nathalie Huet (badminton).

Un rapport sur le MMA  Le ministère des Sports a publié fin octobre un arrêté explicitant l’interdiction des compétitions de Mixed Martial Arts, ou MMA, sport de combat hybride intégrant des éléments de judo, boxe anglaise et thaïlandaise, lutte et jujitsu. Cet arrêté est une réponse


à l’organisation d’un gala, le 15 septembre 2015, au Cirque d’hiver de Paris. Le timing de cette annonce a toutefois surpris, quelques jours seulement avant la remise, le 8 novembre, d’un rapport parlementaire qui va dans le sens d’un meilleur encadrement du MMA et d’une structuration sous condition. Car le flou entoure encore une discipline qui, en dehors de toute reconnaissance légale, compterait entre 20 000 et 50 000 pratiquants.

L’e-Ligue 1 aux manettes Alors que la Paris-Saint-Germain s’apprête à lancer sous son maillot plusieurs équipes de joueurs professionnels d’e-sport, la Ligue de football (LFP) promeut son propre événement : l’e-Ligue 1, organisée avec Electronic Arts (EA), éditeur du jeu vidéo Fifa. Il se déroulera sous la forme de deux tournois d’hiver (novembre-janvier) et de printemps (mars-avril) réunissant des joueurs amateurs ou professionnels de Fifa 17 ayant choisi les couleurs d’un des vingt clubs de Ligue 1. Le meilleur représentant de chaque club sera qualifié pour une finale où le vainqueur obtiendra son ticket pour un championnat européen. « La Ligue 1 doit être un spectacle, une marque, un business et doit se déployer sur de nouveaux territoires » explique Didier Quillot, directeur général de la LFP.

Saint-Maur hors piste ? La piste d’athlétisme du stade Adolphe-Chéron de Saint-Maur (Valde-Marne), théâtre de mythiques soirées de demi-fond et des records du monde de Michel Jazy dans les années 1960, va être réduite de six à quatre couloirs et perdre son homologation. Ainsi en a décidé le conseil municipal, dans le cadre d’un réaménagement privilégiant le terrain de football. « On avait déjà perdu Jean-Bouin, à Paris, où Bubka avait passé les 6 mètres pour la première fois, à cause du rugby. Là, c’est pour le foot. Le combat est perdu d’avance pour l’athlé, commentait le président de la FFA, Bernard Amsalem, dans L’Équipe du 13 octobre. C’est désespérant. » Ou juste un signe des temps.

VuLuEntendu EL OUAFI, LA COURSE À L’OUBLI En 1928, alors que naissait l’Ufolep, un français d’origine algérienne remportait le marathon des Jeux olympiques d’Amsterdam : Ahmed El Ouafi, dont Philippe Langenieux-Villard fait ici un personnage de roman. Dix ans plus tôt, cet enfant des Aurès s’embarque pour combattre l’Allemagne, qui capitule bientôt : le frêle jeune homme en est quitte pour un service militaire en bonne et due forme, où il remporte un 10 000 mètres pour l’honneur de son régiment. Devenu ouvrier chez Renault à Billancourt, il continue sur sa lancée, jusqu’à porter le maillot de l’équipe de France. Septième du marathon des JO de 1924 à Paris, il décroche l’or quatre ans plus tard. Mais il est écarté des Jeux de 1932 pour avoir participé à des exhibitions rémunérées dans un cirque américain. Redevenu pur anonyme, Ahmed El Ouafi sera ensuite renversé par un autobus : fini de courir. En 1956, la victoire de Mimoun à Melbourne lui vaut une invitation à l’Élysée et une place de gardien de gymnase, avant qu’il ne tombe en octobre 1959, à Stains (Seine-Saint-Denis), sous les balles d’un « collecteur » de l’impôt révolutionnaire du FLN. Ahmed El Ouafi repose au cimetière musulman de Bobigny et, depuis 1998, une voie jouxtant le Stade de France porte son nom. « À l’angle de la rue Jessie Owens et de l’avenue du général de Gaulle », précise l’auteur, retrouvant le ton du biographe. ● Ph.B. La Course à l’oubli, Philippe Langenieux-Villard, éditions Héloïse d’Ormesson, 158 pages, 16 €.

LA LITTÉRATURE MARQUE DES BUTS Le propre d’une anthologie est d’offrir des retrouvailles avec des auteurs et des textes connus – Eduardo Galeano et son Football, ombre et lumière, Vassilis Alexakis célébrant à l’infini un fameux coup franc de Michel Platini – et d’en faire découvrir d’autres qui sont autant de pistes de lecture. Saviez-vous par exemple que Salman Rushdie était un fan de Tottenham Hotspurs depuis sa tendre enfance ? L’absence de table des matière ou d’index des auteurs – bien dans l’esprit ludique de la collection « Folio entre guillemets » – nous fait croiser au petit bonheur la chance François de Cornière, Patrice Delbourg, Albert Camus, Jean-Philippe Toussaint, Nick Hornby, Raymond Aron, Jean Giraudoux ou Pierre Desproges, en un kaléidoscope de styles auquel les illustrations de Gianpaolo Pagni ajoutent une pointe de fantaisie. ● Ph.B. La littérature marque des buts, une anthologie footballistique réunie par Stéphane Chomienne et préfacée par Hubert Artus, Folio entre guillemets, 240 pages, 8,20 €.

LES MYSTÈRES DE LA PREMIER LEAGUE Ancien journaliste devenu écrivain, l’Écossais Philip Kerr est l’auteur d’une remarquable série de polars dont le héros, Bernie Gunther, explore les zones d’ombre de l’Allemagne nazie. À présent, c’est au milieu du football que s’intéresse ce supporter revendiqué de l’équipe d’Arsenal, à travers un nouvel avatar : Scott Manson, entraîneur de l’équipe imaginaire de London City. Dans Le Mercato d’hiver, celui-ci se retrouve propulsé à la tête de l’équipe après l’assassinat du coach, João Zarco – qui partage plus d’un trait avec José Mourinho. Un meurtre que Manson, qui a une dent contre la police depuis une incarcération imméritée, élucidera lui-même. Au grand plaisir du propriétaire du club, un milliardaire ukrainien aux affaires douteuses... De ce premier opus, on retiendra moins l’intrigue policière, au dénouement un peu décevant, que la fine description des dessous troubles du monde du football professionnel. Cela suffit largement à en recommander la lecture, ainsi que celle du second épisode, meilleur encore, qui se déroule en Grèce lors d’un barrage de Ligue des Champions, avec en toile de fond la crise financière et la rivalité entre l’Olympiakos Le Pirée et le Panathinaïkos d’Athènes. Les connaisseurs apprécieront. ● Ph.B. Le Mercato d’hiver et La Main de Dieu, Philippe Kerr, éditions du Masque, 20 € chaque.

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invité

Il publie une remarquable somme sur le sujet

Laurent Turcot, sports et loisirs ont-ils la même histoire ? Pour cet historien québécois, « étudier les sports sans les loisirs est impensable » car les uns et les autres s’entremêlent depuis la haute Antiquité, y compris au Moyen Âge et à l’époque moderne.

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aurent Turcot, pourquoi avoir fait des « sports et loisirs » un même objet d’étude ? Cela participe de la conviction que dans notre société – et tout particulièrement un XXe siècle identifié comme étant celui de la « société du spectacle » et de la « société des loisirs » –, les deux vont de pair. Et comment penser autrement le sport professionnel, le sport marchand, qui est aussi un loisir commercialisé ? Un match de football, ce ne sont pas seulement vingtdeux individus sur un terrain, mais aussi des millions qui les regardent : tout est imbriqué.

Sports et Loisirs, une histoire des origines à nos jours, Folio Histoires, 688 pages, 11 €.

Pourquoi embrasser une si vaste période, en remontant même au-delà de la Grèce antique ? Nombre d’historiens, notamment Allen Gutmann, affirment que la société moderne de la fin du xixe incarne des nouveaux modèles sportifs, des modèles qui lui sont propres. Après l’Antiquité grecque, qui a inventé les Jeux olympiques, et l’otium du citoyen romain (terme relatif au temps libre et à la façon de l’occuper, NDLR), il n’y aurait qu’un long désert jusqu’à cette « génération spontanée  » de pratiques nouvelles dans l’Angleterre de la révolution industrielle. Ce que je réfute : certes, l’époque contemporaine crée des pratiques, mais elles plongent leurs racines dans les époques qui la précèdent.

SPÉCIALISTE DE L’ANCIEN RÉGIME Professeur d’histoire à l’université du Québec à Trois-Rivières, Laurent Turcot, 37 ans, est titulaire de la chaire de recherche du Canada en histoire des loisirs et des divertissements. Spécialiste de la culture urbaine sous l’Ancien Régime, il est l’auteur de Le Promeneur à Paris au XVIIIe siècle (Gallimard 2007). Ce qui a conduit Ubisoft à le recruter comme consultant sur la physionomie du Paris de la Révolution pour son jeu vidéo Assassin’s Creed Unity… Sports et Loisirs, une histoire des origines à nos jours paraît directement en édition de poche, façon d’offrir une large audience à cet ouvrage très accessible, qui s’attache à montrer que sports et loisirs « procèdent des mêmes dynamiques et mettent en mouvement des marqueurs culturels et sociaux semblables ». ●

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Je fais ainsi une place à la préhistoire et aux civilisations mésopotamienne et égyptienne, à côté des Grecs et des Romains. Et je n’oublie pas ce Moyen Âge qui, croit-on, va recouvrir les corps et les consciences d’une chape de plomb… Cette construction théorique tombe dès que l’on s’intéresse aux jeux anciens, aux tournois de chevaliers, aux échecs, à la soule, etc. Autant de pratiques procédant d’une société du ludique qui se définit par rapport aux hiérarchies sociales… Par exemple, on ne dira jamais à quel point les échecs sont un miroir de la cour royale, en donnant à voir au prince la place qu’occupe celle-ci dans la gestion de l’État. De même, les tournois incarnent cette même dynamique inégalitaire et hiérarchique, avec une dimension de virilité et de séduction auprès des femmes. Quel regard portez-vous alors sur le lieu commun consistant à exalter les jeux olympiques grecs, symbole d’un idéal sportif encore pur, pour les opposer à la décadence des jeux du cirque romains, censés préfigurer les dérives de notre époque ? Il faut toujours recontextualiser ce genre de référence. « Du pain et des jeux », cela fait sens dans la volonté de la République romaine de remilitariser les corps, de repolitiser les individus. On a tôt fait d’assimiler les spectateurs des jeux romains aux sportifs en pantoufles que nous sommes devant les retransmissions des Jeux olympiques. Or c’est infiniment plus complexe que cela. De même, on identifie les thermes à la mollesse des corps qui se délassent. Mais les thermes accueillaient aussi des salles d’exercice et de lecture. Les commentateurs qui voient dans la Rome finissante le reflet du déclinisme de notre société contemporaine ignorent probablement qu’à la fin de la Rome antique la société chrétienne réutilise et se réapproprie ses jeux. Les travaux récents de Sébastien Nadot (1) ont en effet montré que les jeux romains se sont poursuivis malgré les critiques de saint Augustin et des pères de l’église. On peut établir un lien avec l’époque actuelle, mais il convient de le faire avec beaucoup de précautions. Vous accordez toute sa place à l’époque médiévale et à l’époque moderne, trop souvent négligées à vos yeux… Historien « moderniste », je me suis intéressé aux loisirs


À la fin de votre introduction, vous tempérez votre ambition de faire apparaître des « descendances » historiques en observant qu’on peut difficilement comparer le gladiateur romain et l’adepte des jeux vidéo. C’est néanmoins tentant : le gamer n’est-il pas un gladiateur dont l’engagement n’est plus physique mais purement émotionnel ? Ce serait oublier que tout oppose les contextes propres à l’une et l’autre pratique, à commencer par les références symboliques. Dans la société romaine, on naît et meurt sans quasiment la moindre chance de changer de niveau social. Cela est bien différent dans notre société, caractérisée en outre par la culture de masse et l’extension des moyens de communication. Cela transforme le rapport au corps, à la compétition, au jeu. Ce serait aussi comparer l’arrière-arrière-arrière-grand-père à son petit-petit-petit-fils, en faisant fi du lignage qui les relie : cette généalogie qui permet à l’historien de retisser les liens entre sports et loisirs. Des liens qui s’enroulent les uns les autres pour produire une structure d’ADN très puissante. Pour résumer : regarder du haut vers le bas, non ; mais s’intéresser au tissage, oui. Quels bouleversements provoque aujourd’hui la mise en spectacle exponentielle du sport sur les écrans ? Cela change complètement la donne, et on peine encore à estimer les transformations que cela va occasionner sur la culture visuelle ainsi que pour les sens et les corps. Sommes-nous appelés à ne plus vivre qu’à travers des avatars, reclus chez nous, en se divertissant jusqu’à en mourir ? Pas forcément, car il y a en réaction une tendance que traduisent aussi les régimes alimentaires ou la recherche d’une certaine transcendance. Comment retrouver le contrôle d’un environnement sur lequel je perds prise ? Puisque le collectif se dilue, je travaille sur mon moi, mon corps, et reprends ainsi le fil de ma vie.

DR

de cette époque à Paris et Londres, avant d’étendre ma problématique au sport, en nuançant au passage la thèse – dominante – de Norbert Elias, qui voit dans le « sport » qui naît alors en Angleterre un moyen de canaliser et de réguler la violence des jeux sportifs. Devant le vide immense concernant l’époque moderne, j’ai dû me plonger dans les archives à Londres, Paris, New York, etc. On considérait qu’à cette époque « en dentelles » la cour et les sujets de Louis XIV ne faisaient que se divertir gaiement et que les loisirs n’avaient d’autre fonction que de mettre en valeur l’absolutisme royal. Les tournois laissent simplement la place aux carrousels, fini la compétition… Eh bien non ! Celle-ci ne fait que se transfigurer dans l’idéal neuf et les mises en corps, les mises en jeu ne sont pas absentes. J’ajouterai que l’aspiration à des sports moins violents – comme l’illustre la remise en question, récurrente au Québec, des bagarres au hockey – n’est pas l’apanage de notre époque. Mais plus encore, et c’est là un autre point du livre, la question est  : comment rentabiliser économiquement cette violence ? Car le rapport entre économie d’une part, sports et loisirs d’autre part, est déterminant. Dès la fin du xvii e siècle, on voit par exemple en Angleterre un rapport commercial dynamiser les rencontres sportives, comme la boxe, qui se structure tout au long du siècle suivant.

Mais l’avènement de cette société des écrans ne marque-t-elle une rupture dans le compagnonnage entre sports et loisirs ? Par exemple, les pratiques sportives des individus, jusqu’alors motivées par le délassement, hors du temps contraint du travail, se tournent de plus en plus vers des objectifs utilitaires de préservation de sa santé. Est-ce encore du loisir ? C’est tout le problème de la définition qu’on donne de ce mot. Pour le sociologue Joffre Dumazedier, il s’agit des activités non productives pratiquées durant le temps libre, notion qui pour lui n’existe pas avant la Révolution industrielle. C’est très réducteur. Que dirait-il aujourd’hui des jeux sur les téléphones intelligents ? On revient à une société où le temps de loisir n’est pas forcément défini par opposition au temps de travail mais vient s’insérer dans ses interstices : n’est-ce pas le cas lorsque l’on prend quelques minutes pour jouer à Angry Birds, Candy Crush ou Pokemon Go ? On peut considérer cette forme de divertissement comme une soupape, qui peut-être évite la révolte, la prise de conscience politique. Et, tout comme on craint l’aliénation par le travail, on en vient à craindre cette aliénation par le loisir qui empêcherait de penser par soi-même. Mais on ne peut présager de rien car ces innovations technologiques ont à peine une trentaine d’années, ce qui est très peu à l’échelle de l’histoire. ● Propos recueillis par Philippe Brenot

Laurent Turcot : « Un match de football, ce ne sont pas seulement vingtdeux individus sur un terrain, mais aussi des millions qui les regardent : tout est imbriqué. »

(1) Auteur de Rompez-les lances ! Chevaliers et tournois au Moyen-Âge (Autrement, 2010), Sébastien Nadot propose une nouvelle théorie de l’évolution du sport selon laquelle, « à chaque époque, la classe dominante essaierait par le sport d’imposer aux autres ses valeurs ». (Wikipédia)

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juridique

Le règlement disciplinaire modifié Le décret n°2016-1054 du 1er août 2016 (J.O. du 3 août) modifie le règlement disciplinaire régissant la vie des associations sportives.

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ossibilité de prononcer des mesures conservatoires. L’article 12 indique que « Lorsque les circonstances le justifient, notamment au regard de la gravité des faits, les organes compétents peuvent prononcer à l’encontre de la personne poursuivie, à tout moment de la procédure disciplinaire de première instance et par décision motivée, une mesure conservatoire dans l’attente de la notification de la décision de l’organe disciplinaire. » Une note en bas de page précise que ces mesures conservatoires peuvent être « une suspension provisoire de terrain ou de salle, un huis-clos total ou partiel pour une ou plusieurs rencontres sportives, une interdiction provisoire de participer aux manifestations sportives organisées ou autorisées par une fédération, une interdiction provisoire de participer directement ou indirectement à l’organisation et au déroulement des compétitions et manifestations sportives autorisées par une fédération délégataire ou organisées par une fédération agréée et une suspension provisoire d’exercice de fonction ». Reports. L’article 14 reprend les dispositions antérieures en précisant que « le président de l’organe disciplinaire accorde ou non le report. En cas de refus, sa décision doit être motivée ». Sanctions automatiques. L’article 22 prévoit que « Les sanctions consécutives à la violation des règlements sportifs revêtent un caractère automatique dans les cas limitativement fixés en annexe du présent règlement, sous réserve que l’organe disciplinaire puisse, au vu des observations formulées par la personne poursuivie,

DES DÉLAIS RÉDUITS Concernant plus précisément les délais : • l’instructeur n’a plus le pouvoir de clore lui-même une affaire. Le délai de 2 mois qui figurait à l’article 8 du règlement précédent est supprimé (art. 11) ; • les délais de convocation sont réduits à 7 jours (art. 13) contre 15 précédemment (ils pouvaient déjà l’être à 8 en cas d’urgence). Cette possibilité de réduction ne comporte pas de limite ; • le délai pour demander l’audition d’un témoin passe de 8 jours à 48 heures au moins avant la réunion de l’organe disciplinaire ; • l’organe disciplinaire de 1ère instance doit se prononcer dans un délai de 10 semaines (art. 18) contre 3 mois auparavant (art. 13) ; • l’appel doit être interjeté dans un délai de 7 jours (art. 19) alors que la précédente version laissait le soin à chaque fédération de fixer ce délai (art. 14), qui n’est plus suspensif ; • la commission d’appel dispose de 4 mois pour rendre sa décision (art. 21) au lieu de 6 mois (art. 16). ●

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statuer sur la réalité et l’imputabilité effective des faits qui lui sont reprochés et prendre en compte les circonstances propres à chaque espèce ». Une note précise que ces sanctions prononcées automatiquement peuvent être «  avertissement, blâme, amende, perte d’une ou plusieurs rencontres sportives, pénalité en temps ou en points, suspension de terrain ou de salle ». Composition des organes disciplinaires. Le règlement prévoyait précédemment que « Chacun de ces organes se compose de 5 membres au moins choisis en raison de leurs compétences d’ordre juridique et déontologique ». Le nouveau règlement pose que « Chacun de ces organes se compose de 3 membres au moins choisis, notamment, en raison de leur compétence d’ordre juridique ou en matière d’éthique et de déontologie sportives » mais garde la règle antérieure qu’il « ne peut délibérer valablement que lorsque 3 au moins de leurs membres sont présents ». Le secrétaire de la commission de discipline peut être membre de celle-ci (art. 5). Précédemment, il devait être choisi en dehors (art. 3). Téléconférence. La téléconférence est admise : « Pour tenir compte de l’éloignement géographique ou de contraintes professionnelles ou médicales, le président de l’organe disciplinaire, après avoir recueilli l’accord de la personne poursuivie, peut décider que tout ou partie des débats seront conduits sous forme de conférence audiovisuelle, pourvu qu’il soit recouru à des moyens garantissant la participation effective de chaque personne aux débats et le caractère contradictoire de la procédure » (art. 8). Notification des sanctions. Une disposition nouvelle permet de valider la pratique de certaines fédérations – notamment de football – qui ne pouvaient notifier par lettre électronique recommandée toutes les sanctions du week-end et le faisaient sur la boîte mail du club. L’article 9 dispose dorénavant que « La transmission des documents et actes de procédure mentionnés au présent règlement est effectuée par courrier recommandé avec accusé de réception ou par courrier remis en main propre contre décharge ou, le cas échéant, par courrier électronique à la personne poursuivie ou à son représentant légal, à son avocat, à l’organisme à but lucratif, à l’association ou à la société sportive avec lequel elle a un lien juridique ». Montant de l’amende. L’amende infligée à une personne physique peut atteindre un montant de 45 000 euros (art. 22). Les textes antérieurs, de 1993 comme de 2004, disposaient que « lorsque cette pénalité est infligée à un licencié, elle ne peut excéder le montant des amendes prévues pour les contraventions de police » en raison, manifestement, d’une confusion entre le pouvoir réglementaire des fédérations sportives et celui du gouvernement tel que défini par la Constitution. Il aura fallu seulement vingt-trois ans pour que ce malentendu soit dissipé… ● Nicolas Armand, DTN adjoint de l’Ufolep


Gérard Sanz / Mairie de Paris

dossier Trophées de la Glisse à Bercy.

Où en sont les glisses urbaines ? Quinze ans après la déferlante roller, et alors que le skateboard entrera en 2020 au programme des Jeux olympiques d’été, les glisses urbaines, hier rétives à entrer dans le moule des fédérations, sont-elles en voie d’institutionnalisation ?

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Désormais installés dans le paysage

Roller, skate : l’âge de raison ? Skate, roller, BMX et aujourd’hui trottinette se sont approprié l’espace urbain et les skateparks financés par les collectivités. Ils suscitent aussi l’intérêt des fédérations, qui peinent toutefois à licencier les pratiquants.

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n peut sourire du paradoxe : le skateboard, si rebelle à toute domestication, intègrera dans quatre ans le programme des Jeux olympiques (1). « L’accession du skateboard aux Jeux, compétition la plus regardée et admirée, va changer son image sur le plan international et national. Au-delà d’une pratique libre, sans contraintes, notre discipline sera aussi reconnue comme un sport », se réjouit Nicolas Belloir, président de la Fédération française de Roller Sports, qui parle de « nouvel élan » pour la FFRS et se préoccupe déjà de « la préparation de collectifs potentiellement sélectionnables pour Tokyo 2020 ». On sera toutefois avisé de voir avant tout dans le choix du CIO, officialisé fin août, la preuve du pouvoir d’attraction d’une discipline spectaculaire et très populaire parmi la jeune génération. C’est aussi la confirmation que les glisses urbaines – skate, roller et BMX – n’étaient pas qu’une mode. Plus récemment, dans sa version acrobatique la trottinette a aussi rejoint ce club, contribuant au passage à en rajeunir le public.

Les glisses urbaines sont aujourd’hui inscrites dans le paysage de nos villes, et parfois aussi dans celui de nos villages. En témoignent les quelque 2800 skateparks ayant fleuri partout en France depuis quinze ans (2). Et au rythme où ils sortent de terre, « il pourrait y en avoir deux fois plus d’ici dix ans » prophétise Luc Bourdin, chargé des équipements à la FFRS. 1,7 MILLION DE RIDERS Cela n’empêche pas que la glisse urbaine, très peu fédérée, reste difficile à quantifier. Dans la dernière enquête du ministère des Sports sur La pratique des activités physiques et sportives en France, Patrick Mignon et Muriel Paupardin l’évaluaient en 2010 à 1,7 millions de pratiquants, inégalement répartis entre roller (1,5 millions) et skate (200 000), BMX et trottinette n’ayant pu être pris en compte faute d’un nombre suffisant de réponses. Après un pic à 2,4 millions en 2003, la vague serait donc retombée. Surtout pour le roller. « Forme dominante » de la glisse urbaine, celui-ci est pratiqué à 95% en loisir, de

manière peu intensive : moins d’une fois par semaine dans un cas sur deux. La détention d’une licence et la participation à une compétition sont nettement moins fréquentes que pour les autres activités sportives, constatent sans surprise les sociologues. En revanche, 30% des adeptes sont compétiteurs dans d’autres disciplines, ce qui renforce l’idée d’une activité secondaire. Bien que plutôt jeunes par rapport à l’ensemble des sportifs, les pratiquants de glisse urbaine vieillissent : les moins de 29 ans ne représentaient plus que 50% d’entre eux en 2010, contre 72% dix ans plus tôt. Le roller a « mûri » avec ceux qui en avaient introduit la pratique, tandis que « sa pérennité peut se comprendre dans la mesure où c’est la pratique de glisse la plus accessible » analysent Patrick Mignon et Muriel Paupardin. En résumé, après avoir démodé le patin, le roller en ligne est devenu une pratique « familiale », ce que confirme son caractère mixte (55% de femmes). Il s’est banalisé, et se fait un peu plus discret en ville et sur les skateparks, où dominent nettement les inconditionnels de la « planche à roulettes ». VILLE ET CAMPAGNE

Les deux spécialités du skateboard retenues pour les JO 2020 sont le bowl et le street. Autrefois pratiqué dans des piscines vides à fond rond, le bowl bénéficie aujourd’hui d’infrastructures plus adaptées. Quant au street, il se pratique en compétition sur des skateparks reproduisant les reliefs du mobilier urbain.

Clément Le Gall / FFRS

BOWL, STREET, FREESTYLE…

Skate street

Ce vocabulaire au fort accent américain est commun à toutes les disciplines de glisse urbaine et le street caractérise aussi le « roller acrobatique » ou les évolutions freestyle des adeptes du BMX et de la trottinette. ●

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en jeu une autre idée du sport ufolep n°24

Le skate se caractérise en revanche par sa population toujours très jeune (deux tiers de moins de 20 ans), masculine à 74%. C’est aussi une pratique de pairs : « 63% des skateurs se réunissent entre amis pour pratiquer ». Absents des clubs, ils n’ont pas de licence et ne participent à des rassemblements et compétitions que pour 7% d’entre eux, ce qui n’empêche pas un « noyau dur » (25%) de pratiquer plus d’une fois par semaine. « Les motivations affirmées mettent les pratiquants du côté des pratiques sportives les plus engagées » relèvent par ailleurs les deux sociologues. La performance, proportionnelle à la difficulté des


Gérard Sanz / Mairie de Paris

Où en sont les glisses urbaines ?

Place de la République, Paris, automne 2016.

figures et à la prise de risque, se mesure alors au nombre de vues suscitées par des exploits aussitôt mis en ligne sur Youtube. L’enquête révèle aussi qu’en 2010 pas moins de 36% des skateurs habitaient dans des petites villes ou des bourgs : une proportion dont on peut penser qu’elle a progressé depuis. Plus que le roller, sous sa forme la plus « sportive » le skate se pratique en effet sur des installations dédiées (30% contre 14%) et a davantage profité de l’explosion du nombre de skateparks sur le territoire. ÉQUIPEMENTS : DUR OU MODULAIRE ? Parmi ceux-ci, on compte une dizaine de structures couvertes au rayonnement régional, comme le Palais omnisport de Marseille Grand Est administré par l’UCPA, avec ses 3500 m2. Ou comme le skatepark de Chelles (Seine-et-Marne) considéré par les puristes comme La Mecque du skate car géré depuis sa création par les riders de l’association Cosanostra. La plupart des autres équipements sont plus modestes, mais appelés à se multiplier, ou à se renouveler pour ceux déjà existants. Or, qu’il s’agisse d’une rénovation ou d’un projet entièrement nouveau, les collectivités locales qui les financent sont aujourd’hui à la croisée des chemins. Une question en particulier les taraude :

faut-il investir dans des structures en béton ayant l’attrait de la nouveauté et de courbes tout en galbe, ou bien rester fidèle au modèle aujourd’hui le plus commun, celui de modules en bois et métal installés sur un plateau goudronné ? Derrière ce dilemme se cachent des questions relatives au coût d’investissement, à l’intégration de l’équipement dans son environnement, à son usure et, surtout, à son utilisation réelle. Car rien n’est plus triste qu’un skatepark abandonné, souvent en raison de modules trop exigeants pour le commun des pratiquants. Un «  Code du skatepark  » prêt à sortir des presses se propose justement d’aider à la prise de décision (3). On y reçoit la confirmation que «  l’image du modulaire a souffert de trop nombreuses réalisations irréfléchies, vendues de longues années durant par des commerciaux multicartes non formés aux particularités des skateparks et de leurs différents utilisateurs ». À l’inverse, « l’image du béton est associée à des réalisations modernes, plutôt quantitatives et réputées durables ». Le document se refuse toutefois à choisir entre les deux et préfère insister sur la nécessité « d’une conception mûrie et réfléchie, en étroite relation avec les utilisateurs ». Mais, indéniablement, les skateparks en béton ont aujourd’hui la côte. En Décembre 2016

outre, ils favorisent le skate plutôt que le roller, le BMX ou la trottinette. Pour pleinement s’exprimer, ceux-ci ont en effet besoin de modules de saut dont les courbes les envoient très haut et nécessitent des surfaces de réception qui amortissent une partie du choc, ce que ne permet pas le béton. « Le lieu d’implantation est également déterminant, souligne Luc Bourdin, en charge du dossier à la FFRS et rédacteur en chef de ce « code ». L’idéal c’est en centre-ville, dans un parc ou dans l’enceinte d’un stade : un lieu de passage, avec de la visibilité, tant pour l’animation que la sécurité. Il faut éviter que nos adolescents se retrouvent dans un lieu isolé : cela évite de faire des bêtises, comme parfois à cet âge. » PARTAGEONS LE SKATEPARK « Pour les collectivités, la question dépasse le roller et le skate, ajoute Vincent Bouchet, conseiller technique régional de l’Ufolep basé à Limoges. Elle concerne tout ce qui “roule et glisse”, trottinette, BMX et VTT compris, et tous les publics susceptibles d’en maximiser l’utilisation, des écoles de vélo aux scolaires ». Certaines communes se laissent alors plutôt tenter par un « pump track », circuit aux bosses arrondies, propices aux roues de vélo mais moins aux roulettes. La question des équipements pose aussi

en jeu une autre idée du sport ufolep n°24

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LES CHOIX DE PARIS L’EGP 18 illustre aussi le souci d’une métropole comme Paris d’accueillir tous les publics de la glisse urbaine, avec des plages réservées à l’initiation (mercredi et weekend) et des créneaux dédiés : « roller dans les écoles » (mardi et jeudi), « handisport » (vendredi) ou « famille » (dimanche matin). «  Nous réalisons entre 36  000 et 40  000 entrées par an » précise Ivan Rodes, responsable du site. À côté de cet investissement lourd et coûteux en personnel – une dizaine de personnes présentes tous les jours sur place, l’entrée étant gratuite et le prêt de protections (casque, coudières, genouillères) possible –, la capitale compte deux équi-

Gérard Sanz / Mairie de Paris

celle des conflits d’usage. Le ministère a ainsi jugé utile de lancer il y a deux ans la campagne de prévention « Partageons le skatepark », à laquelle l’Ufolep est associée (4). L’Espace de Glisse Paris 18 était site pilote de cette campagne. Cette installation s’y prêtait presque un peu trop, avec ses diverses zones d’évolution réunies sur 3000 m2 : un bowl (sorte de piscine arrondie et profonde), une aire de street reproduisant le mobilier urbain (rampes, escaliers, bordures), un espace d’initiation pour débutants et une funbox pour l’évolution acrobatique. Cela lui permet d’accueillir souvent deux ou trois disciplines à la fois durant les après-midi ou les soirées en accès libre.

L’EGP 18, à Paris, est ouvert à toutes les pratiques de glisse urbaine, dont le BMX.

pements intermédiaires situés à l’intérieur d’un stade et d’un jardin public, et de multiples espaces plus modestes d’accès complètement libre, disséminés dans ses vingt arrondissements. Question  : les skateurs des rues fréquentent-ils ces structures ? «Il est difficile de jauger une pratique par rapport à l’autre : c’est comme comparer le ski de piste et le freeride. Certains s’entraînent dans un skatepark comme le nôtre pour y répéter leurs gammes et font ensuite du street, pour le plaisir de s’adapter au terrain, ou tout simplement viennent se mettre à l’abri l’hiver », observe Ivan Rodes. Même lorsqu’ils fréquentent régulièrement

les skateparks, les adeptes de la glisse urbaine rechignent par ailleurs à prendre une licence. « Nous ne cherchons pas à faire du chiffre, mais à favoriser les pratiques, avec une vision à long terme » commente Thierry Cadet, responsable du développement à la FFRS. FÉDÉRER CES PRATIQUES EN UFOLEP Ce qui est vrai pour la fédération dédiée l’est tout autant, sinon plus, pour une fédération comme l’Ufolep. « Dès le début, en soutenant dans les années 2000 le projet “Skate à l’Ouest” initié par l’association All Boards Family, nous savions que nous ne ferions pas de licences, ou seulement à

« Une nouvelle culture urbaine » DR

Dans les années 1990, Alain Loret présentait les glisses urbaines comme une contreculture sportive (1). Et aujourd’hui ? Alain Loret, vous décriviez en 2001 les sports de glisse, et notamment de glisse urbaine tels que le skate, le roller et le bmx, comme représentatifs d’une contre-culture (2) : le sont-ils toujours ? Non. Ces pratiques ont été intégrées dans une culture à la fois sportive et urbaine qui, toutefois, se distingue de celle des fédérations sportives traditionnelles. On avait à l’époque un marquage contre-culturel fort, avec la volonté de s’exclure de l’offre du

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service public. Aujourd’hui, sans que cette volonté ait tout à fait disparu, rollers, skateurs et autres adeptes des glisses urbaines ne sont plus dans la revendication mais dans une forme d’activité inscrite dans une nouvelle culture urbaine, à laquelle on peut aussi associer le parkour et le vélo. L’ensemble participant d’un écosystème sociétal plus large lié à l’éco-déplacement dans les smart cities. Dans la culture sportive olympique, disiez-vous, l’autre est un concurrent, tandis que dans la glisse urbaine il est un connivent. Mais, après le snowboard aux Jeux d’hiver, le surf et le skate figureront au programme des Jeux olympiques d’été de Tokyo en 2020 : n’est-ce pas contradictoire ?

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Mais ce n’est pas le même débat ! Je vous parle de la dimension sociétale de la glisse urbaine et vous engagez là le dialogue sur tout autre chose : les stratégies marketing et commerciales du Comité international olympique. Pourquoi, après le snowboard et le bicross, le CIO intègre-t-il le skate et le surf au programme olympique ? Parce qu’il cherche à capter la population juvénile qui lui échappe, avec une visée stratégique à l’horizon 2030. Cette démarche va de pair avec la création des Jeux olympiques de la jeunesse. Son public captif vieillissant, le CIO essaie de le renouveler avec des activités ciblant la jeunesse. ● Recueilli par Ph.B. (1) Directeur de la faculté des sciences du sport de Rouen, Alain Loret se consacre désormais aux enjeux des plateformes numériques pour les fédérations sportives. (2) EJ 349, mai 2001 : « la folie roller ».


la marge » témoigne Patrick Mans, délégué Ufolep de Dordogne. «  C’est une question de culture au sens large : l’Ufolep n’est pas identifiée comme une fédération jeune, ni positionnée sur les pratiques de glisse. Il existe aussi un décalage avec nos pratiques et nos codes : langage, vêtements, modes de communication » analyse Bertrand Bedin, son homologue du Lot-et-Garonne. « Ce n’est pas si anecdotique, poursuit le délégué. Les pratiquants de skate, en particulier, ne partagent pas les références de l’éducation populaire. Ils sont volontiers individualistes, voire méfiants à l’égard d’une institution comme la Ligue de l’enseignement, étrangère à leur univers.» Via des animations ou des festivals réunissant l’ensemble des « cultures urbaines », les différents services de la Ligue pourraient pourtant favoriser des passerelles entre skate, roller ou BMX et le rock, le hip hop ou le graff... Le dispositif des junior associations (JA), soutenu par la Ligue de l’enseignement, est aussi un moyen pour les pratiquants

mineurs de revendiquer un équipement et de peser sur son aménagement, ou de profiter de l’appui d’une fédération comme l’Ufolep. Parmi les JA à vocation sportive, une vingtaine a ainsi pour objet la pratique du skate, du roller ou du BMX. Mais ces initiatives restent trop rares. C’est pourquoi l’Ufolep fédère avant tout les jeunes des écoles de roller, voire de skate, ou les activités loisir de clubs de roller, parfois à double appartenance (lire page 14). Des pratiques éducatives et familiales, plus en phase avec ses publics traditionnels. Alors, même si l’entrée du skate au programme olympique va inévitablement accroître la visibilité d’une pratique qui fait depuis longtemps le bonheur des publicitaires, cela ne changera pas radicalement la donne. La glisse urbaine risque de demeurer encore longtemps une réalité sociétale, culturelle, mais pas forcément sportive, tout au moins en ce qui concerne le nombre de licenciés. ● Philippe Brenot

Le Hangar / Ligue de l’enseignement de Loire-Atlantique

Où en sont les glisses urbaines ?

La trottinette, dernière venue. (2) Selon la revue Acteurs du sport de mai 2016. (3) Édité à la demande du ministère des Sports, il est aussi téléchargeable sur www.collectionlecode.fr. (4) Retrouvez la page dédiée sur www.sports.gouv.org.

(1) À l’instar de son cousin le surf et de l’escalade, du karaté et du baseball-softball.

LA FÉDÉRATION FRANÇAISE ROLLER SPORTS FAIT SA RÉVOLUTION Comment héberger sans trop de tiraillements tous les sports

les gens à prendre une licence, ni de les contraindre à entrer

à roulettes quand on est née en 1910 autour du rink-hockey,

dans un moule qu’ils refusent. Il faut faire preuve de patience

puis de la course, avec l’ADN de la compétition ? La Fédération

et être ouvert », confie Thierry Cadet.

française de roller skating, dont le siège est à Bordeaux, a mis

Depuis deux ans, la fédération est même allée plus loin :

du temps à résoudre l’équation.

« Jusqu’alors nous étions compartimentés, discipline par dis-

Mais, à l’instar de la fédération internationale, elle a fait sa

cipline (1). Cette structuration n’a pas disparu, mais nous

révolution. Cela s’est traduit en 2011 par un nouveau nom et

en avons superposée une autre, transversale, avec un service

une réorganisation. Elle qui végétait autour de 20 000 licenciés

“compétition”, un service “développement” tourné vers les

dans les années 1990 en compte à présent 60 000. Et combien

autres pratiques et le loisir, ou bien encore la formation. Une

demain, avec le skateboard nouvelle discipline olympique ?

vraie mutation de l’identité fédérale. »

« La vague du roller en ligne a été déterminante. Nous avons pro-

La fédération travaille actuellement sur l’offre de pratique et

fité de cet engouement, même s’il n’a pas forcément rejailli sur

propose une découverte des différentes disciplines en version

les disciplines historiques », explique Thierry Cadet, responsable

ludique et simplifiée. C’est précisément l’esprit du « roller

du développement. Le roller a permis l’essor du roller-hockey

mix » lancé en cette fin 2016 auprès des associations, à l’in-

(disputé avec un palet sur un plus grand terrain que son cousin

tention des jeunes et moins jeunes qui patinent déjà un peu.

le rink), de la randonnée et du freestyle. Il a également modifié

Réunis en équipes mixtes de trois à cinq personnes, les parti-

la pratique de la course en apportant une nouvelle technologie.

cipants s’essaient sur une demi-journée au roller dance (plus

Même le vénérable patinage artistique, pratiqué sur des patins à

accessible et moins corseté que le patinage artistique), au rol-

l’ancienne, plus stables, profite à plein de la série « Soy Luna »,

ler-hockey en format 3 x 3 et au skatecross (version alternative

une mièvrerie Disney pour préadolescentes. Dans un style plus

et fun de la course). Loin des schémas strictement compétitifs

trash, le Roller Derby a également rajeuni l’image du quad.

d’autrefois. ● Ph.B.

La FFRS a compris qu’il ne fallait pas brusquer ces nouveaux publics, mais les apprivoiser. « Il n’est pas question de forcer

(1) Au total, 16 directeurs techniques nationaux sont répartis sur les différentes disciplines fédérées par la FFRS.

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En Ufolep, des initiatives diverses En 2015, 1600 licenciés Ufolep pratiquaient le roller et plus rarement le skate en activité principale. Quelques exemples piochés parmi les comités.

L

Abil

pour les petits. Et, L’Abil, club Ufolep-FFRS, organise les Six heures de Beauvais. en Ille-et-Vilaine, le Cercle Paul-Bert de Rennes possède une grosse section roller. L’Amicale laïque de Redon aussi, mais plus modeste. En Loire-Atlantique, le comité organisait chaque printemps jusqu’à l’an passé une tournée départementale en cinq étapes, le Contest Ufolep : une jour- Bedin. Une association de skate a égalenée d’animation avec accueil des scolaires le ment été affiliée un temps afin d’organiser matin et des riders l’après-midi. Une façon une étape de la tournée Skate à l’Ouest. pour les communes dotées d’un skatepark Mais ce fut éphémère : « C’est une pratique de valoriser leur équipement, au-delà d’un auto-organisée que l’on a du mal à fédérer. cercle restreint de passionnés. « Nous avons Son public est exclusivement adolescent, tourné sur une quinzaine de communes, alors que le roller-skating réunit des enfants, l’idée étant d’impliquer les riders pour les de jeunes adultes, d’autres un peu plus âgés amener vers la prise de responsabilités, et les amateurs de randonnée. » afin qu’ils puissent reproduire de manière Dans l’Oise, l’Abil (Association Beauvais in autonome ce genre d’événement avec l’appui line), club à double affiliation Ufolep-FFRS, des collectivités locales. C’est le cas sur propose école de roller, randonnée sportive, quatre communes du secteur La Baule-Saint- vitesse et hockey jeunes et adultes. Il Nazaire » se réjouit Bruno Douillard, ancien réunit plus de 180 licenciés et organise les Six heures roller de Beauvais. délégué Ufolep. En Lot-et-Garonne, le Roller Skating Age- La Haute-Vienne peut s’appuyer sur le CS nais, section du club omnisport local, est Bellac Rollers, fort de 70 licenciés : princiune association à double affiliation : Ufo- palement des enfants, plus des adultes qui lep pour le loisir, FFRS en compétition. « Ils participent ponctuellement à la Limoges organisent des randonnées en ville et le long Roller Skating, randonnée urbaine mende voies vertes, avec beaucoup d’enfants, suelle organisée par un club un temps affiet animent des activités périscolaires dans lié lui aussi, mais qui négocie aujourd’hui deux écoles » explique le délégué, Bertrand en direct avec la mairie. « Pas de skate, si ce n’est à travers l’achat ponctuel de prestations pour nos stages multisports lors de vacances scolaires » précise le délégué Ufolep, Dominique Garcia. Dans les Deux-Sèvres, une section roller Les associations tournées vers l’initiation peuvent utiliser principalement dédiée aux jeunes s’est le Pass’Roll élaboré il y a plusieurs années et téléchargeable créée au sein de l’Union cycliste du Val-d’Or. sur www.ufolep.org. Il propose notamment une progression Enfin, dans le Val-d’Oise, les Roller Eagles de Cergy-Pontoise proposent une pratique inspirée des ceintures au judo – patin jaune, orange, vert, loisir pour enfants et adultes le dimanche marron –, rappelle les règles à respecter sur la voie publique matin, et la participation à la rando urbaine et dispense des conseils d’entretien du matériel. ● du mardi soir. ● Ph.B.

e comité de l’Ain comptait jusqu’à l’an passé une association de roller forte d’une centaine de licenciés. Mais, «  trop isolée, elle ne s’est pas réaffiliée, regrette la déléguée Ufolep, Mélina Cordon. La plus-value représentée par l’appartenance à la fédération n’était pas suffisante. » Dans l’Aude, le roller est toujours aussi populaire au sein du Foyer d’éducation populaire l’Alzonne, où depuis dix ans JeanMichel Arnaud anime deux créneaux pour les 4-6 ans et les 7-10 ans, le soir après 17 heures : « Les ateliers se déroulent sur le goudron très roulant de la cour d’école et sont centrés sur l’apprentissage de l’équilibre. Je propose des jeux collectifs et un peu de freestyle pour les plus à l’aise. Cela permet une pratique en famille, le long des berges de l’Aude par exemple. Puis, adolescents, ils fréquentent le skatepark municipal. Sinon, l’Ufolep aurait-elle des outils pédagogiques autour du skate ? Cela m’intéresserait… » En Dordogne, la glisse urbaine est apparue au début des années 2000 avec l’association All Boards Family (lire page 16). Avec elle, le comité a monté en 2003 un challenge départemental, prolongé ensuite par la tournée régionale Skate à l’Ouest. L’Ufolep et la Ligue de l’enseignement soutiennent à présent un projet de déménagement du skatepark sur une ancienne base américaine. Il viendrait s’insérer dans un espace multisport au côté d’autres pratiques, dont le parkour. En Finistère, l’amicale laïque du Plateau de Ploudiry, près de Landerneau, pratique le rink-hockey et anime une école de roller

PASS’ROLL POUR RIDERS EN HERBE

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Où en sont les glisses urbaines ?

Quinze ans de glisse vus du Hangar

E

n 2001, son ouverture en périphérie de Nantes fut un événement. Avec ses 3500 m2 dédiés à la glisse urbaine, le Hangar reste d’ailleurs l’un des plus grands espaces couvert de ce type en France. Ce à quoi s’ajoute un plateau de rink-hockey dédié à l’initiation. «  Le Hangar est né des revendications d’adeptes du skate et du BMX pour un équipement indoor. À la demande de la Ville de Nantes, la Ligue de l’enseignement, experte en projets de jeunes et en lien avec le milieu sportif et scolaire via l’Ufolep et l’Usep, fut alors chargée de mener une large concertation » explique Bruno Douillard, ancien délégué Ufolep. Le rapport remis six mois plus tard préconisait la réalisation d’un skatepark équipé de modules freestyle. « Le souhait était de ne pas en faire seulement un lieu identitaire réservé aux riders mais aussi un lieu de découverte pour les enfants des écoles et les jeunes des maisons de quartiers ou centres sociaux », précise celui qui est désormais directeur du Hangar. INDIVIDUELS ET SCOLAIRES La Ville proposa alors à la Ligue de l’enseignement de porter le projet, tout en le finançant à travers une subvention de fonc-

tionnement annuelle. Nul n’avait alors d’assurance quant à la pérennité de pratiques encore émergentes. Hors scolaires et groupes (environ 4500 usagers par an), le Hangar compte 4600 adhérents individuels (1). Prendre la carte de l’association (10 €) est en effet un préalable. Différents forfaits sont ensuite proposés, de l’entrée pour quatre heures (5 €) à l’abonnement annuel (240 €). « Les deux tiers ont moins de 18 ans, avec une dominante skate et roller. En revanche, les pratiquants de BMX, souvent très exigeants, sont majoritaires chez les adultes : certains ont cinquante ans, avec un certain niveau culturel et social » note Bruno Douillard. Des éducateurs sportifs proposent pour les plus jeunes une pratique encadrée qui sécurise les parents. C’est le cas en skate pour les 7-12 ans. « Vers l’adolescence, nombre d’entre eux migrent vers le centreville ou sur des skateparks en accès libre où personne n’exige le port du casque ni ne leur recommande de faire attention » relève Bruno Douillard. Apparue il y a quatre ou cinq ans, la trottinette freestyle représente pour sa part 15 à 20 % des usagers. Le directeur du Hangar reconnaît qu’au fil des ans celui-ci a perdu un peu de son pouvoir d’attraction : « Au début, c’était tout

Le Hangar / Ligue de l’enseignement de Loire-Atlantique

La Ligue de l’enseignement de Loire-Atlantique gère depuis 2001 un vaste skatepark à Nantes. Un poste d’observation privilégié de l’évolution des pratiques.

Modules de roller au skatepark de Nantes.

nouveau tout beau. Mais depuis d’autres métropoles se sont équipées à leur tour de grands skateparks indoor comme Lyon, Lille, Marseille, Bordeaux ou Le Mans. Et si certains rechignent toujours à acquitter un droit d’entrée, notre budget de fonctionnement, incompressible, est de l’ordre de 900 000 €. » ● Ph.B. (1) Pour un total de 28 000 entrées par an.

À SAINT-MAIXENT-L’ÉCOLE, IL EST UNE JUNIOR ASSOCIATION… Le 6 octobre dernier, la junior association Amaride a proposé

le skatepark, était aussi à la recherche d’interlocuteurs. »

pour la deuxième année consécutive des démonstrations

Amaride réunit six ou sept jeunes de 14 à 19 ans. Mais cela

de skate et de roller freestyle sur la place du marché de

ne s’est pas fait si naturellement. « Préparer des démons-

Saint-Maixent-l’École (Deux-Sèvres, 3000 habitants), dans

trations, cela leur plaisait. Mais remplir les papiers, c’était

le cadre de l’opération « Les jeunes sont dans la place ».

moins évident pour eux. Et expliquer que l’adhésion à l’Ufo-

« L’idée est que les jeunes soient acteurs de l’événement,

lep permet de les assurer et offre un cadre juridique leur

explique Émilie Court, chargée de mission auprès de la

passe parfois un peu au-dessus de la tête », observe la char-

communauté de communes du Haut Val de Sèvre. C’est

gée de mission.

pourquoi, l’an passé, afin de donner un coup de projecteur

Et, au-delà de cette manifestation annuelle, quel est le

sur le roller et le skate, un éducateur s’est rendu à plusieurs

projet de cette junior association ? « Notre message c’est : si

reprises sur le skatepark pour convaincre un noyau de

vous voulez qu’il se passe quelque chose, à présent c’est à

pratiquants de se fédérer en junior association, comme lui-

vous d’agir, explique Émilie Court. Même s’il faut aussi leur

même l’avait fait plus jeune. La mairie, qui souhaitait rénover

laisser le temps… » ● Ph.B.

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Où en sont les glisses urbaines ?

Deux skateparks à la fibre sociale

L

orsque de jeunes pratiquants de skate, de roller ou de BMX se regroupent en association, c’est souvent c’est pour réclamer un équipement. Puis celle-ci se délite quand les études ou l’entrée dans la vie active éloignent ses membres. Plus rarement, l’association se pérennise autour d’un lieu. C’est le cas à Abbeville (Somme) et Coulounieix-Chamiers (Dordogne), où la création d’un skatepark couvert a débouché sur un projet social qui dépasse la seule pratique de l’activité. Deux démarches auxquelles l’Ufolep est associée.

All Boards Family

Les skateparks de Coulounieix-Chamiers et Abbeville sont gérés par des associations affiliées à l’Ufolep de la Dordogne et de la Somme.

ALL BOARDS FAMILY Issue d’un noyau de jeunes pratiquants, l’association All Boards Family s’est constituée en 1998 à la demande de la mairie de Périgueux, sans que sa demande d’un skatepark aboutisse. Mais, l’année suivante, elle est sollicitée par le centre social de la commune voisine de Coulounieix-Chamiers pour construire une rampe de skate. Co-fondateur de l’association, Jérôme Masson en devient ensuite le salarié en 2002 grâce à des animations rémunérées et l’agrément Jeunesse et Sports. Cet ancien étudiant en langues étrangères appliquées, titulaire d’un Brevet d’État 1er degré, avait auparavant effectué son service national comme objecteur de conscience auprès du centre social. Le skatepark couvert, créé en 2012 et installé dans des locaux loués à un particulier, a été financé dans le cadre du Contrat urbain de cohésion sociale. « Il s’agissait de montrer aux décideurs de l’agglomération l’intérêt d’une telle structure, insiste Jérôme Masson. On achète les matériaux et on construit les modules nous-mêmes, en faisant appel à des chantiers pédagogiques qui mobilisent deux partenaires : un centre de préformation pour jeunes déscolarisés ou réfugiés où ceux-ci apprennent la menuiserie, et une association de prévention. » Baptisé – comme à Nantes – le Hangar, le skatepark est ouvert du mardi au samedi, de 14 h à 19 h, avec un prix d’entrée très modique : 1 € pour les adhérents (licence

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L’école de skate de l’association All Boards Family.

12 €), 2 € pour les autres, et 50 centimes pour les jeunes du quartier. Il accueille aussi le mercredi une école de skate dont les enfants ont longtemps été licenciés à l’Ufolep (et à présent à la FFRS). Parallèlement, les interventions auprès des centres de loisirs et des écoles, dans le cadre des activité périscolaires, ont permis l’embauche d’un jeune passé par le service civique. Durant les congés scolaires, l’association propose aussi des stages élargis à la capoeira ou à la danse hip hop. Musique, graff, vidéo et sérigraphie, figurent d’ailleurs parmi ses activités. Fidèle à son nom de baptême, All Boards Family accueille toutes les glisses urbaines. Le skate y est toutefois dominant. La pratique compétitive n’est pas absente, même si elle ne concerne que quelques mordus licenciés à la FFRS. Parmi eux figure Shani Bru, 18 ans, de Bergerac, déjà championne de France et qui devrait intégrer la liste des sportifs de haut niveau dans la perspective des Jeux olympiques. 80100 SKATEPARK La trajectoire du skatepark d’Abbeville, créé dès 1998 et installé dans le quartier SaintGilles, est assez similaire. « À l’origine, il y

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avait juste quelques modules bricolés dans une cour d’école, en lien avec une Maison pour tous, avant que la mairie ne mette à disposition une caserne désaffectée et ne nous accorde des aides, sur la base de projets de développement urbain » relate Yann Colignon, son responsable. Le fonctionnement du « 80100 Skatepark » (code postal), qui s’étend sur 1500 m2, avec une partie réservée à l’initiation et l’autre aux adhérents plus expérimentés, est sensiblement le même qu’en Dordogne. Les enfants de l’école de glisse sont licenciés à l’Ufolep, avec laquelle l’association co-organise régulièrement des événements. La principale différence réside dans le fait que le skatepark est principalement dédié au BMX et à la trottinette, laquelle tend à supplanter l’autre activité historique, le roller. « Ces deux pratiques partagent le même type de modules, plus haut et plus gros que ceux de skate. Cela explique que les skateurs ne représentent que 10% de nos 400 adhérents » précise Yann Colignon. Enfin, un foyer éducatif avec activités diverses et bar sans alcool, « Le Woodblock », a été inauguré fin octobre dans l’enceinte du skatepark. Contribuant encore un peu plus à en faire un lieu de vie. ● Ph.B.


fédéral

Une plateforme dédiée au sport pour tous

I.D.Orizon, pour voir loin Huit fédérations dont l’Ufolep ont créé une plateforme de promotion de l’activité physique, au-delà du seul sport compétitif et codifié.

I

. D., comme celles qui fondent un « idéal » et accompagnent la réflexion ; « Orizon », pour signifier qu’il s’agit de regarder loin (1). C’est le nom choisi par les huit membres fondateurs de cette plateforme : Ufolep, FSGT, FSCF, FFCO, Uncu (2), FF Sports pour tous, FF Retraite sportive, Union nationale sportive Léo Lagrange. Le but : affirmer la légitimité éducative et l’importance des activités physiques et sportives pour tous, dans un environnement médiatique aujourd’hui monopolisé par le sport-spectacle. COHÉSION SOCIALE, SANTÉ…

Dans sa version événementielle, le sport alimente en effet les médias, cultive des émotions parfois débordantes, génère une économie considérable et contribue à l’animation et l’organisation des territoires. Dans le même temps, dans sa version sociétale, il est de plus en plus interpellé pour sa contribution au bien-être individuel, à la cohésion sociale, à la santé, voire au bonheur. Alors que l’organisation « fédérale » du sport ne réunit que 16 millions de licenciés, les modes de pratique se diversifient. Dans le même temps, près de 40% de la population reste éloignée de toute activité. Sensibles à ces constats et partageant les mêmes préoccupations à l’égard de la promotion du sport pour tous les publics, une quinzaine de fédérations et organisations sportives et de fédérations d’éducation populaire se sont retrouvées en juillet 2015 à l’initiative de l’Ufolep. Huit d’entre elles ont alors été mandatées par l’ensemble des représentants pour formaliser ce projet commun.

Le 11 octobre, après 14 mois d’échanges et de travaux, l’association I.D.Orizon a été officiellement créée, et Philippe Machu, président de l’Ufolep, en a été élu président. Elle s’est donnée pour objet de construire un espace de réflexion et un support de communication destiné à promouvoir et valoriser l’activité physique et sportive. Cette plateforme, qui sera bientôt dotée d’un site internet (www.idorizon.fr), se veut également un centre de ressources et un espace de recherche en coopération avec le monde universitaire. Association d’organisations (3), I.D.Orizon invite celles et ceux qui souhaitent soutenir sa démarche à signer la charte qui définit son projet, et à en devenir acteur s’ils partagent pleinement ses ambitions. ● Isabelle Chusseau, CTN de l’Ufolep (1) Tant pis pour l’orthographe, sacrifié sur l’autel de la concurrence qui règne parmi les noms de domaine... (2) Fédération sportive et gymnique du travail, Fédération sportive et culturelle de France, Fédération française des clubs omnisports, Union nationale des clubs universitaires. (3) Les huit membres fondateurs représentent près de 1,5 millions de licences et de titres de participation et touchent près de 3 millions de personnes lors de leurs manifestations.

• Rendez-vous le 15 décembre au Sénat. La plateforme I.D.Orizon sera officiellement lancée jeudi 15 décembre au Sénat. Ce sera l’occasion de la présenter à la presse, aux parlementaires, aux représentants des collectivités territoriales, aux acteurs du monde sportif, de la santé, de la recherche universitaire, de l’industrie du sport et de l’entreprise.

FAIRE DE L’ACTIVITÉ PHYSIQUE UN DROIT extrait de celle de l’Unesco, version 2015 : « Tout être humain a le droit fondamental d’accéder à l’éducation physique, à l’activité

traditionnelles » ; « Mobiliser tous les acteurs

Toulon Marche Nordique

En exergue de la charte I.D.Orizon figure un

civils et institutionnels, afin que la moitié de la population, qui déclare ne pas faire de “sport”, puisse se mettre en mouvement, et

physique et au sport sans discrimination ».

lui permette de bénéficier des bienfaits d’une

Aussi se donne-t-elle pour mission de  :

pratique sportive régulière » ; « Partager une

«  Placer l’activité physique et sportive dans toutes ses

vision commune d’une société émancipatrice et être une

dimensions comme un droit, et lui reconnaitre sa réalité

force de proposition pertinente, au regard des territoires,

multiple : fédérée, non fédérée, hors champs des pratiques

des partenaires et des institutions. » ●

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Rassemblement des élus et professionnels

L’Ufolep dévoile sa stratégie

P

ourquoi réunir si tôt dans la saison les représentants des comités Ufolep, dirigeants élus et professionnels ? Pour une explication de texte de la stratégie fédérale pour les quatre ans de la nouvelle mandature, et un balayage du contexte dans lequel l’action de l’Ufolep s’inscrit en cette rentrée 2016. Une revue d’actualité au cours de laquelle le président Philippe Machu a insisté sur le lancement de la plateforme interfédérale ID Orizon, commune à huit fédérations affinitaires et multisports (lire page précédente).

Philippe Brenot

Les représentants des comités départementaux et régionaux étaient réunis vendredi 21 et samedi 22 octobre au CISP de Saint-Ouen (1). Les nouveaux dirigeants nationaux ont animé les débats.

PRÉSENTATIONS Il s’agissait également de présenter l’équipe technique nationale, forte aujourd’hui d’une vingtaine de membres, afin de permettre aux comités d’identifier leurs interlocuteurs « parisiens ». C’était aussi l’occasion de mieux faire connaître les nouveaux élus appelés à jouer un rôle central. En particulier le secrétaire général, Arnaud Jean, et les deux vice-président(e)s, Natacha Mouton-Levreay et Henri Quatrefages, en charge des deux secteurs qui structurent l’action de l’Ufolep : « sport éducation » et « sport et société ». Des nouvelles têtes qui ont mené les débats en tribune aux côtés de Philippe Machu. Il n’était pas non plus inutile d’afficher l’identité de vue entre l’Ufolep et la Ligue de l’enseignement. Sa secrétaire générale, Nadia Bellaoui, a énuméré les projets communs et résumé ce partenariat revivifié en employant la formule guère originale mais très parlante du « gagnant-gagnant ». Arnaud Jean a ensuite détaillé, plaquette en main, les orientations de la stratégie fédérale 2016-2020. Il a explicité le terme de « conquérir », à savoir « stopper la baisse continue des effectifs constatée depuis plusieurs années » et « inverser la tendance » : un objectif à l’aune duquel sera évaluée l’action du nouveau comité directeur. La notion de contractualisation a également été mise en avant. « Il y a seize ans, avec son premier plan national de développement l’Ufolep entrait dans la culture du projet. À présent, nous devons entrer dans celle du contrat », a insisté Philippe Machu.

MODIFICATIONS STATUTAIRES Le rassemblement de Saint-Ouen avait également pour objet d’entériner des modifications statutaires lors d’un temps d’assemblée générale, samedi 22 octobre. Celles-ci portaient d’une part sur le Règlement national de lutte contre le dopage, récemment actualisé, et d’autre part sur les nouvelles règles de parité hommesfemmes dans les instances nationales des fédérations. Les unes et les autres ont été adoptées à main levée par 100 % des suffrages. ●

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De son côté, Henri Quatrefages a présenté une démarche visant à expliciter le message de l’Ufolep. Il s’agit de rédiger une sorte de vademecum rappelant son histoire, les valeurs qui la fondent, et de préciser le rôle qu’elle entend jouer dans la société, à la lumière des réalités de terrain. En résumé : « reformuler la parole politique de l’Ufolep à l’interne et à l’externe ». ATELIERS L’après-midi du vendredi s’est justement ouverte sur une « concertation » pour l’élaboration du message politique de l’Ufolep, à travers huit ateliers. Elle s’est ensuite prolongée par une réflexion sur le « développement fédératif », introduite par Arnaud Jean en ces termes : « L’Ufolep est connue, reconnue par ses partenaires, et rayonne sur tout le territoire. Mais ce dynamisme ne se traduit pas dans nos effectifs puisque nous avons perdu 40 000 adhérents en quatre ans. C’est pourquoi, au-delà de la diversité de nos comités, notre priorité tient aujourd’hui en un mot : fédérer. » Arnaud Jean a énuméré une dizaine de pistes qui passent notamment par une meilleure utilisation des outils de communication numériques, le fait d’aller au-devant des associations cyclo disposées à revenir à l’Ufolep après l’avoir récemment quittée, ou le un rapprochement avec des réseaux associatifs « amis » susceptibles d’être intéressés par une offre d’activités sportives. Le secrétaire général a également insisté sur les discussions menées avec l’Apac pour améliorer l’offre assurantielle et sur d’autres chantiers déjà engagés : simplification administrative, déploiement de volontaires en service civique, licence à la journée, dispositif d’affiliation de structures dont le sport n’est pas le but principal. Puis les 160 participants (2) se sont à nouveau répartis en atelier pour creuser cette question du « fédératif » à travers quatre thématiques : l’accompagnement des asso-


L’AXE UFOLEP-USEP-LIGUE

Philippe Brenot

ciations, les publics « traversants » et occasionnels, les partenariats et les évènementiels.

En fin d’après-midi, Jean-Karl Deschamps, secrétaire général adjoint de la Ligue de l’enseignement, a replacé cette priorité fédérative dans le cadre des collaborations naturelles avec la Ligue et l’Usep. Il a appelé de ses vœux des présences croisées entre les comités directeurs départementaux de l’Ufolep et les conseils d’administration de la Ligue, à l’image de la participation, désormais institutionnalisée tous les mois, du président de l’Ufolep et de son homologue de l’Usep, Véronique Moreira, au secrétariat national de la Ligue de l’enseignement. À l’appui de ce discours, Marie Lamy, responsable du développement associatif à la Ligue, a présenté le « grand programme de service civique » dont l’ambition est de doubler en 2017 le nombre de volontaires investis à l’Ufolep, en passant de 300 à 600. Des rapprochements concrets peuvent également être opérés avec l’Usep : aide de l’Ufolep et des associations cyclo à l’événement phare qu’est le P’tit Tour, lien entre sports nature et éducation à l’environnement, Université européenne du sport, secourisme, formations communes, activités périscolaires… Enfin, en soirée les participants étaient conviés à la projection d’un biopic sur Jesse Owens : La Couleur de la victoire. Un délassement après une journée marathon ? Plutôt un ultime prolongement, puisqu’il s’agissait d’un ciné-débat… ● Philippe Brenot

Philippe Machu, Nadia Bellaoui, Jean-Karl Deschamps. (1) Cette résidence hôtelière inaugurée en mai 2015 est gérée par la Ligue de l’enseignement. (2) Représentant 66 comités départementaux et 10 comités régionaux.

• Organisation territoriale et triplettes régionales. Le rassemblement s’est prolongé le samedi matin avec la présentation du nouveau plan national de formation et, surtout, un temps de travail sur les nouvelles instances régionales de l’Ufolep. Cette réorganisation territoriale sera accompagnée dans chacune des treize grandes régions créées en 2016 par des « triplettes » composées de deux élus du comité directeur et d’un membre de l’équipe technique nationale. Après ce temps d’information, les représentants des comités se sont ensuite réunis par région pour poser les bases de ces projets régionaux.

CINQ OBJECTIFS-CLÉS Fédérer et conquérir, adapter, former, soute-

occasionnels qui participent chaque année à nos

nir : ce sont les cinq verbes qui résument les

8000 manifestations et événements sportifs.

orientations que les comités sont invités à

Adapter, c’est améliorer l’accessibilité des pra-

s’approprier.

tiques en s’adresser à tous, et plus particulièrement aux femmes, aux jeunes et aux seniors. En direction de premières, l’Ufolep développe

cline le projet politique 2016-2020 de l’Ufo-

le dispositif « Toutes sportives ». Concernant

lep à travers cinq objectifs-clés : conquérir,

les jeunes, 51 comités sont déjà présents sur

DR

C’est une plaquette de douze pages, qui dé-

adapter, soutenir, fédérer, former. Un outil

les territoires prioritaires de la politique de

destiné à préciser les orientations de la nou-

la Ville. Plus largement, les dispositifs « Éveil

velle mandature auprès des comités départementaux et

corporel », « Écoles multisport », « Parcours périscolaires » et

régionaux Ufolep, appelés à formaliser leurs propres plans

« Kid Bike » s’adressent également à eux.

de développement.

Former, cela passe évidemment par la formation des diri-

Fédérer et conquérir (de nouveaux licenciés), c’est dévelop-

geants, bénévoles et animateurs sportifs. S’y ajoute la for-

per la vie associative pour renforcer un maillage de 8607 as-

mation aux premiers secours (PSC1) et les certificats pro-

sociations, présentes dans pas moins de 24 867 communes.

fessionnels. Au total, 34852 journées de formation ont été

Les comités peuvent s’appuyer pour cela sur quatre disposi-

organisées en 2015.

tifs nationaux illustrant la diversité de l’offre de l’Ufolep :

Soutenir, enfin, c’est favoriser l’insertion sociale et profes-

« Multisport » (qui réunit les écoles de sport et le concept de

sionnelle à travers le sport. L’Ufolep s’appuie pour cela par

Plurisport), « Tous Dehors » (plein air), « Activités de bien-

la validation des acquis de l’expérience (VAE), le certificat

être et d’entretien » et « Sports émergents ».

de qualification d’animateur de loisirs sportifs (CQP ALS),

Il est également rappelé que l’Ufolep, ce ne sont pas seule-

le dispositif des emplois d’avenir, le service civique et le

ment 364 278 adhérents mais aussi les 300 000 pratiquants

parcours coordonné d’insertion sociale et professionnelle. ●

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LUTTE CONTRE LE DOPAGE : SANCTIONS L’agence française de lutte contre le dopage (AFLD) nous demande de diffuser les sanctions prises à l’encontre des sportifs suivants, convaincus de dopage : M. Jean LESECHE (licencié FF cyclisme) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFC, par la Fédération française de cyclotourisme, par la Fédération française de triathlon, par la fédération française de sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 20 juin 2017. M. David SORRENTINO (licencié FFPJP) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFPJP, par la fédération française de sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 6 février 2018. Mme Delphine THER (licenciée FFA) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la Fédération française d’athlétisme, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 24 mai 2017. M. BETRANCOURT Frédéric (licencié FFHMFAC) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées par toutes les fédérations sportives françaises. Sa suspension prendra fin le 14 juin 2019. M. Geoffrey CHARLESEGE (licencié FFKDMA) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la Fédération de Kick boxing, muay thaï et disciplines associées, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 15 juin 2017. Mme Mylène DE MUYLDER (licenciée FFSQ) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFSQ, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 6 mars 2017.

M. Lucas ANTOINETTE (licencié FFF) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFF, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 15 décembre 2017. M. Mohammed SAHLI (licencié FFR) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées par toutes les fédérations sportives françaises. Sa suspension prendra fin le 6 janvier 2018. M. Alex PELCAT (licencié - FFHMFAC) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFHMAC, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 23 novembre 2017. M. Ahmed MAINY (licencié IAAF) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par les Fédérations françaises. Sa suspension prendra fin le 14 avril 2019. M. Mickaël GROPEAUX (licencié FFTri) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la Fédération française de triathlon, par la Fédération française d’athlétisme, par la Fédération française de cyclisme, par la Fédération française de cyclotourisme, par la Fédération française de natation, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 15 mars 2024. Mr Dimitri SAADI (licencié FFHMFAC) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par les Fédérations françaises. Sa suspension prendra fin le 19 aout 2017. M. Stéphane HERMANN (licencié FFPJP) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par les Fédérations sportives françaises. Sa suspension prendra fin le 30 juin 2017. M. Crice BOUSSOUKOU (licencié FFKMDA) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par les Fédérations françaises. Sa suspension prendra fin le 21 mars 2019.

M. Mathias FAUCHER (licencié FFC) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFC, par la Fédération française de cyclotourisme, par la Fédération française de triathlon, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 7 juillet 2017.

M. Vincent ENCINAS (licencié FFHMFAC) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la Fédération de force athlétique, par la Fédération française d’haltérophilie-musculation, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 22 mars 2017.

Mme Véronique CHASTRES (licenciée FFsquash) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFsquash, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 28 février 2018.

M. Tehauraï RUAROO (licencié FFTri) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la Fédération française de triathlon, par la Fédération française d’athlétisme, par la Fédération française de cyclisme, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 14 octobre 2017.

Mme Delphine THER (licenciée FFA) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la Fédération française d’athlétisme, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 24 mai 2017. M. BETRANCOURT Frédéric (licencié FFHMFAC) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées par toutes les fédérations sportives françaises. Sa suspension prendra fin le 14 juin 2019. M. NEFF Gilles (licencié FFC) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFC, par la Fédération française de cyclotourisme, par la Fédération française de triathlon, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 20 mai 2017.

M. Jérôme LE BANNER (licencié FFKMDA) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFKMDA, par la Fédération française de savate boxe française et disciplines associées, par la Fédération française de boxe ; par la Fédération française de sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 15 juillet 2018 inclus. M. Julien LEGUISET (licencié FFB) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par les fédérations sportives françaises. Sa suspension prendra fin le 4 août 2019 inclus. M. Benjamin HAHN (licencié FFR) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFR, par la Fédération française de rugby à XIII, par la Fédération française de sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 22 décembre 2016 inclus.

M. LENGLET Romain (licencié FFHMFAC) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par toutes les fédérations sportives françaises. Sa suspension prendra fin le 17 juin 2019. M. OULHACI Medhi (licencié FFKMDA) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFKMDA et qu’elle prévoit l’annulation des résultats obtenus par ce sportif et, d’autre part, d’étendre pour son reliquat restant à purger, aux activités de l’intéressé pouvant relever de la Fédération française de boxe, la Fédération française de savate boxe française et disciplines associées, de la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 30 octobre 2017. M. Adama SECK (licencié FFF) : interdiction de participer aux compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFF, par la Fédération française du sport d’entreprise, par la Fédération sportive et culturelle de France, par la Fédération sportive et gymnique du travail et par l’Ufolep. Sa suspension prendra fin le 30 janvier 2018.

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Le dispositif a été lancé il y a un an

Toutes Sportives, bilan d’étape Les actions de communication (site internet, vidéo, expo, partenariats médias) sont allées de pair avec des expérimentations de terrain. des acteurs engagés sur des problématiques touchant massivement les femmes, comme par exemple la question des violences qui leur sont faites. Cela permet d’envisager des actions évènementielles s’appuyant sur le sport afin de sensibiliser le grand public à des thématiques de société. Reste maintenant à structurer et inscrire dans la durée notre action pour l’accès des femmes à la pratique et aux postes de dirigeantes, qui est aujourd’hui une priorité affichée de l’Ufolep. Au-delà de l’impulsion venue du national, il convient à présent de développer des actions au niveau local. La mise en place des contrats fédéraux avec les comités départementaux et régionaux doit venir soutenir cette ambition. ● Adil El Ouadehe, DTN adjoint Sport et Société aelouadehe.laligue@ufolep-usep.fr

RECONNAISSANCE INSTITUTIONNELLE

En bref

Parallèlement, des partenariats « opérationnels » ont permis de mener des actions ayant vocation à être pérennisées au sein de notre réseau : le programme « Bien-être actif » développé avec la MGEN (qui soutient par ailleurs le plan de communication Toutes Sportives), l’élaboration de séjours de remobilisation à destination des dirigeantes et bénévoles féminines ; et enfin l’expérimentation, avec l’association Ufolep chambérienne 4S, d’un soutien fédéral à des actions de sensibilisation : en l’occurrence un raid cycliste en appui de la prévention du cancer du sein (lire ci-contre). Cette première année a également permis de légitimer l’engagement de l’Ufolep par la reconnaissance institutionnelle de ses actions. En effet, notre fédération est soutenue dans son engagement par le ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, par le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) et par le ministère des Familles, de l’Enfance et du Droit des femmes – à travers l’attribution du label « Le sexisme pas notre genre », accordé aux organisations contribuant à déconstruire les stéréotypes de genre. Toutes Sportives a également suscité des rencontres avec

L’association Ufolep 4S (Sport, Santé, Solidarité, Savoie) de Chambéry propose des activités sportives à des femmes ayant affronté un cancer du sein. L’an passé, dans le cadre de la campagne Octobre rose, elle avait organisé une randonnée cycliste le long du Rhône jusqu’à la Méditerranée afin de sensibiliser à la maladie. Une initiative renouvelée en 2016 sur un parcours empruntant cette fois les bords de Loire, avec le soutien de la MGEN et l’Ufolep. Tout au long de leur périple, la quarantaine de participantes ont été accueillies dans les villes hôtes avec le concours des comités Ufolep, qui ont mis en place des actions de sensibilisation et de prévention en partenariat avec les antennes locales de la MGEN. À l’occasion de l’avant-dernière étape, le comité départemental Ufolep de Loire-Atlantique a ainsi organisé le 30 septembre à Nantes une conférence visant à promouvoir la pratique d’une activité physique adaptée. Un message auquel le témoignage des cyclistes de l’association 4S a donné toute sa force. ●

Pédaler contre le cancer du sein

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Ufolep 44

L

ancé il y a un an, le dispositif fédéral Toutes Sportives a permis de matérialiser l’engagement de l’Ufolep au service de la place des femmes dans et par le sport. Toutes Sportives se veut à la fois un outil de communication en direction du grand public et un programme de soutien aux initiatives. Durant cette première année, il a pris la forme : – d’un site internet présentant le programme et ses actions ; – d’une video de promotion valoriX-Cross sant l’engagement au féminin ; – d’une exposition soulignant l’engagement de l’Ufolep sur la thématique Femmes et Sports ; – de partenariats médias avec les magazines trimestriels Les Sportives et Women Sports et d’un soutien à la diffusion de deux ouvrages : Le sport fait mâle (la fabrique des filles et des garçons dans les cités) de Carine Guérandel (Presses Universitaires de Grenoble) et À vos baskets toutes ! (Tour de France du sport au féminin), de Fabienne Broucaret (Michalon).

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reportage

X-Cross en Gironde, Traking en Haute-Vienne

Le hors stade se renouvelle en Nouvelle-Aquitaine

A

vec ses séries à élimination directe, propices au suspense et aux montées d’adrénaline, le X-Cross Eliminator donnera-t-il un nouveau souffle au cross-country  ? C’est en tout cas le vœu du comité Ufolep de Gironde qui, rebondissant sur l’initiative de l’une de ses associations, proposait cet automne un challenge départemental en trois étapes.

Ufolep Gironde

Coup de projecteur sur deux formats de course à pied qui, à l’initiative d’associations Ufolep, revisitent le cross et le trail.

SÉRIES ÉLIMINATOIRES

La première s’est déroulée samedi 29 octobre à Artigues-près-Bordeaux, par X-Cross une matinée frisquette et brouillardeuse. Cela explique peut-être la participation relativement modeste de cette première, avec 20 engagés alors que l’organisation avait été pensée pour en accueillir jusqu’à cent, répartis en séries réunissant 5 à 6 concurrents. « Normalement, seuls les deux premiers de chaque série sont qualifiés pour le tour suivant, les autres étant reversés dans une sorte de “consolante”. Là, exceptionnellement, la qualification pour la finale se faisait au nombre de points gagnés après plusieurs courses », explique Loïc Blanchet, délégué départemental Ufolep. D’une longueur de 310 mètres, le tracé proposait un départ en descente aussitôt suivi d’un virage en épingle ;

puis, au tiers du parcours, une longue cavalcade en forte déclivité. Le dénivelé était ensuite rattrapé en une trentaine de mètres dans un terrible final. « La course étant très courte, il faut toujours être à fond, sous peine de ne jamais rattraper son retard. Et, lors de la finale, tout s’est décidé à deux mètres de la ligne ! », s’enthousiasme Loïc Blanchet. Le délégué insiste également sur « la super ambiance, avec un duo de speakers au micro, même si le public était principalement celui des accompagnateurs ». Après une deuxième épreuve le 26 novembre à Cenon, toujours près de Bordeaux, le challenge s’achèvera le 18 décembre à Sallebœuf, là où est la discipline est née l’an passé de l’imagination de deux mordus de sport nature : Pascal Mouchage et sa compagne Karine Sanson, responsables de l’association Ufolep Raid’n’Trail. Tracé aux abords d’une motte féodale dont subsistent les douves, le parcours y sera particulièrement accidenté, fidèle en cela aux bosses et virages relevés du skicross, dont est inspirée cette formule de course à pied. Un skicross lui-même influencé par le motocross et apparu en 2003 lors de la grande manifestation alternative de ski

ÉLARGIR LE CERCLE DES INITIÉS Tournée vers l’éducation mais aussi l’expérimentation de

caractéristiques qui font aujourd’hui le succès d’activités

nouvelles activités, l’Ufolep est depuis toujours un lieu

nouvelles souvent issues, comme ici, de l’hybridation de

d’accueil pour ceux qui souhaitent développer et proposer

plusieurs pratiques.

au plus grand nombre des formats de pratique innovants :

Pour autant, en dépit de l’intérêt de ces activités et de la

le X-Cross et le Traking en sont la parfaite expression.

qualité des organisations, ces évènements doivent encore

Encore confidentielles et pratiquées entre initiés, ces

confirmer leur public. À nous d’apporter tout le soutien

courses possèdent tous les ingrédients nécessaires à la

nécessaire à ces associations Ufolep – et à toutes les autres

réussite d’un évènement de sport nature  : innovantes,

– pour les aider à consolider leur projet, à mieux le faire

ludiques, conviviales, elles favorisent le dépassement

connaître, afin de trouver de nouveaux partenaires et

de soi et l’émulation plutôt que la recherche d’une

d’élargir le cercle de leurs membres et adeptes. ●

performance mesurée, dans un esprit collectif. Autant de

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en jeu une autre idée du sport ufolep n°24

Vincent Bouchet, conseiller technique national Ufolep


Ufolep Gironde / Traking Experience

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et snowboard que sont X-Games, avant d’entrer dans le giron olympique en 2010 à Vancouver. Le X-Cross Eliminator expérimenté par l’Ufolep Gironde n’a évidemment pas cette prétention. Mais, sait-on jamais… LE TRAKING, TRÈS « SPÉCIALES » De son côté, l’association Ufolep Traking Experience organisait le 27 août à Chaptelat, près de Limoges (Haute-Vienne), la deuxième édition de son épreuve éponyme : une course de 12 ou 24 km semée d’embuches – troncs d’arbre, rivière – dont l’originalité réside dans le fait d’alterner, à la façon d’un rallye automobile, parcours de liaison et spéciales chronométrées. « Ces spéciales représentent entre un quart et un tiers du parcours, explique Émilien Hilairet, membre de l’association. La formule a été imaginée par Laurent Pignol, ancien pratiquant d’enduro moto, et expérimentée par une bande de copains travaillant dans l’événementiel sportif. Nous avons créé en 2011 un challenge du Massif central, avec des dates en Lozère, Aveyron et Puy-de-Dôme, avant de relancer l’épreuve l’an passé en Haute-Vienne ». « L’idée, poursuit Émilien Hilairet, est que chaque concurrent gère son effort comme il l’entend. La formule permet en effet une pratique très engagée ou plus mesurée. Même avec un niveau très différent, on peut passer un moment

sympa avec ses amis, son conjoint, ses enfants : il suffit de les attendre entre deux chronos. Seuls les plus sportifs partent ensuite pour une deuxième boucle, courue entre chien et loup. » Comme la précédente, l’édition 2016 a réuni une centaine d’engagés, en attendant mieux. « Nous ne sommes pas un club à proprement parler, car l’association est expressément dédiée à l’organisation de l’épreuve. Nous manquons de temps pour en proposer plusieurs dans l’année. Mais notre souhait serait de créer un challenge à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine, en s’appuyant sur des clubs affiliés à l’Ufolep, Traking Experience amenant la formule et le matériel de chronométrage », expose Émilien Hilairet. Le délégué Ufolep, Dominique Garcia, est convaincu du potentiel de ce type d’événementiel ludique et atypique, auquel le comité apporte son soutien : « Les courses nature et les randos VTT rencontrent un franc succès, avec des dates chaque fin de semaine en Haute-Vienne, Creuse ou Corrèze. Mais des épreuves comme le Traking, avec leur côté défi, mettent du piment et rompent la routine, dans une ambiance conviviale et en permettant la participation de différents publics. L’idée n’est pas d’en faire une activité à part entière, mais de proposer quelques dates dans la saison. » À bon entendeur… ● Philippe Brenot Décembre 2016

Le X-Cross Eliminator (1 et 4) et le Traking (2 et 3) : deux manières ludiques de rompre avec le train-train du jogging quotidien.

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Ufolep Oise

Ufolep Oise

réseau

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DES ATELIERS SPORTIFS DANS LA MAISON DE THER Une crèche interentreprises, une conciergerie et des services à la personne, plus des activités physiques et sportives : c’est ce que propose la Maison de Ther, du nom de la zone d’activité commerciale de Beauvais où celle-ci est sise. Inauguré le 23 septembre par Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes (photo), cet équipement est le fruit d’un projet porté conjointement par la Ligue de l’enseignement de l’Oise, le

comité Ufolep et l’association Sime (Services et interventions multiples pour l’emploi). La Maison de Ther trouve son origine dans le déménagement sur la Zac de la fédération départementale, autrefois installée en centre-ville. Elle est pensée pour faciliter le quotidien des salariés en offrant différents services dans une zone jusqu’alors exclusivement commerciale. Proposées du lundi au samedi matin, les activités sportives s’adressent à tous les publics, les seniors (atelier « seniors soyez sport » du matin) aux enfants, y compris ceux de la crèche (animation « baby-sport » et écoles de sport pour les 3-5 ans le mercredi). Toutefois, il s’agit principalement, dans le cadre d’un projet « sport en entreprise », d’ateliers axés sur la remise en forme (renforcement musculaire, cardio, zumba, bien-être, etc.) sur les créneaux de la mi-journée et de la fin d’après-midi ou début de soirée (1).

Dans le cadre du projet départemental « sport santé », les patients bénéficiant de prescriptions médicales « médicasport », sont également accueillis. Enfin, concernant le sport handicap, des structures ou des associations peuvent solliciter le comité pour des séances sportives adaptées encadrées par un éducateur sportif. C’est ce qu’à déjà fait l’Association des paralysés de France. Les associations Ufolep peuvent également solliciter la mise à disposition d’une salle pour leurs réunions ou leurs formations. S’il est trop tôt pour faire un premier bilan de la fréquentation de la Maison de Ther et de sa salle multisport, au moins contribue-telle déjà à rendre plus humaine, et plus conviviale la Zac qui l’accueille. ● Claudie Azeronde (1) Pour un coût à l’année de 120 ou 160 € (une séance hebdomadaire ou bien autant que l’on veut), en plus de l’adhésion initiale à la Maison de Ther.

Yonne : lutte contre les discriminations Pour donner du sens à une soirée-débat sur les discriminations dans le sport, le comité de l’Yonne a consulté ses responsables associatifs. Être plus proche de ce qui est vécu dans les associations et favoriser leur participation : c’est dans cet esprit que l’Ufolep et la Ligue de l’enseignement de l’Yonne renouvellent, jeudi 15 décembre à Auxerre, l’organisation d’une soirée débat sur la lutte contre les discriminations dans le sport. « L’an passé, notre premier rendez-vous avait surtout attiré des participants extérieurs à notre mouvement. C’est pourquoi nous avons décidé de mener cette fois-ci sur un travail en amont auprès de notre réseau » explique Charly Gonzalez, délégué Ufolep. AVEC LES COMMISSIONS

Cette soirée est l’une des rencontres thématiques territoriales organisées par l’Ufolep autour de la promotion des valeurs citoyennes par le sport, dans le cadre du plan Citoyens du Sport.

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Pauline Brousse, chargée de mission à la Ligue 89, est ainsi intervenue auprès du comité directeur puis des principales commissions techniques départementales de l’Ufolep : football, tennis de table, billard et cyclisme. « Dans un premier temps, raconte-t-elle, je leur ai précisé ce que l’on entend par “discrimination”. J’ai expliqué que celle-ci peut être directe mais aussi indirecte – quand elle prend l’apparence d’une fausse neutralité – ou se traduire par de l’auto-discrimination quand une personne s’autocensure d’elle-même. » N’a-t-elle rencontré aucune réticence de la part de son auditoire ? « Elles ont vite été balayées et tenaient je crois à la crainte de devoir subir un exposé magistral. Mais l’uti-

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lisation d’un diaporama puis d’un quizz ont permis de dynamiser la présentation et de susciter les échanges. Mes interlocuteurs étaient surtout ravis de revoir des notions qui, pour beaucoup, demeuraient floues » relève Pauline Brousse, sollicitée par ailleurs pour intervenir lors des formations d’arbitres de la commission football sur un registre élargi au respect et au fair-play. Les commissions techniques ont ensuite été chargées de diffuser auprès des associations des questionnaires pointant plus particulièrement trois types de discriminations : celles liées au sexe, à l’origine et à l’orientation sexuelle. En d’autres termes : existe-il des obstacles à la pratique sportive ou des formes de discrimination propres au fait que l’on soit femme, immigré(e) ou homosexuel(le) ? « L’idée est que les réponses nourrissent les trois tables rondes après l’ouverture en plénière », explique Pauline Brousse. Entamée à 18 heures à la salle de conférences du « 89 » (un site du conseil départemental de l’Yonne), la soirée s’achèvera vers 21 heures après la signature, par le conseil d’administration de la Ligue et le comité départemental Ufolep, de la charte de la diversité (1). Quant au projet lui-même, l’Ufolep et la Ligue de l’Yonne continueront de le mener conjointement, afin de donner tout son sens à la notion de sport pour tous. ● Ph.B. (1) Texte initié par Dadou Kehl, secrétaire général de la Ligue de Charente-Maritime et membre du CA national, pressenti pour participer aux débats aux côtés de Marion Bagnard, de la Ligue de Bourgogne, et d’Adil El Ouadehe, DTN adjoint de l’Ufolep en charge du pôle sport et société.


Championne Ufolep de poursuite sur terre

Stéphanie, conduite sportive

D

ans la vie courante, Stéphanie Royère, 31 ans, élève à Sarlat (Dordogne) des chiens de race Beagle. Depuis neuf ans, hormis une interruption pour la naissance de ses deux enfants, elle pratique aussi le sport auto. Plus précisément la poursuite sur terre, à l’instar de son mari et de son beau-père. C’est d’ailleurs son époux, Romain, féru de mécanique, qui lui a trouvé sa première voiture : une Peugeot 205 achetée 1000 € à un autre pilote.

Guillaume Saint-Jean

Stéphanie Royère a remporté la catégorie Prototype 1 au National 2016 et fait le « buzz » dans l’univers très masculin du sport auto Ufolep.

DE LA TRACTION À LA PROPULSION Puis, il y a deux ans, Romain l’a convaincue de grimper dans la catégorie où lui-même évolue, au volant d’un véhicule plus puissant : une Fiat X1/9 de 1500 cm3 en propulsion (moteur à l’arrière). « Au début j’étais réticente, explique Stéphanie, car les sensations sont très différentes : quand on accélère, on encaisse toute la poussée. Pour essayer, mon mari m’a prêté la sienne en compétition. Et j’ai remporté la course. » Mais comme seul le champion régional – désigné après cinq ou six courses – est qualifié pour le National Ufolep, c’est son mari qui fut invité à défendre les couleurs de l’Aquitaine et de l’Association circuit automobile de Bonnet (Acab), leur club. En revanche, l’année suivante, madame s’étant classée deuxième derrière monsieur, en guise de cadeau pour ses trente ans celui-ci s’est désisté à son profit. Stéphanie termina 3e, suscitant au passage la jalousie de certains concurrents, qui prétextèrent que sa conduite tout en dérapages les empêchait de doubler… « En propulsion, on ne freine pas en début de virage pour accélérer ensuite, on “balance” sa voiture », précise Stéphanie. Ces réclamations de mauvais coucheurs ont été vite repoussées par le jury des commissaires. Cette année, Stéphanie s’est à nouveau qualifiée pour la finale nationale. Devant son mari, et sans qu’on puisse savoir ce qu’il en aurait été si celui-ci n’avait pas connu des ennuis mécaniques durant la saison. « Comme mon beau-père ne s’était pas qualifié lui non plus, je portais tous les espoirs de la famille, et j’ai abordé la course concentrée comme jamais. Et quand j’ai remporté la première manche, ils m’ont dit : “Il est pour toi, ce titre”.» Devenue le 21 août à Minzac, près de Bergerac, la première championne nationale Ufolep de poursuite sur terre, Stéphanie a recueilli cette fois une pluie de félicitations, y compris sur les réseaux sociaux. Oubliées les susceptibilités machistes… « Le sport auto demeure un milieu très masculin, et au national nous étions seulement trois femmes sur 195 pilotes, observe Stéphanie. Mais, à titre personnel, je me suis toujours sentie à l’aise dans les univers d’hommes. La preuve : ma deuxième passion, c’est la chasse ! Et j’ai

toujours apprécié l’atmosphère conviviale et familiale du sport auto Ufolep, puisque c’est la seule fédération que je connaisse. D’ailleurs, Rosalie et Romuald, 7 et 9 ans, nous accompagnent, et ils adorent ça ! » Et si un jour ils succombent à leur tour à la passion familiale, grâce à des pilotes comme leur mère la mixité y aura probablement encore progressé…● Ph.B.

Stéphanie Royère, l’émotion d’une première.

TOUT SAVOIR SUR LA POURSUITE SUR TERRE La poursuite sur terre est l’une des trois disciplines gérées par la commission nationale sport auto de l’Ufolep, avec le kart-cross et le trial 4 x 4 (1). Et attention, rien à voir avec le stock-car ! Il est interdit de se heurter, même s’il y a souvent des touchettes dans les virages : des « effets de course » dont les commissaires placés sur le circuit jugent de l’intentionnalité. Huit catégories existent en Ufolep. Trois en Prototype plus quatre en Tourisme, où les véhicules sont d’origine, et une en Monoplace (buggy). « Les épreuves se déroulent sur un week-end, explique Stéphanie Royère. Le samedi est consacré aux essais chronométrés, et le dimanche à la course proprement dite, disputée en trois manches d’au minimum 5 tours, sur un circuit de 1 km environ. Chacune est généralement d’une durée de cinq minutes, et le cumul des points détermine le vainqueur. » ● (1) La pousuite sur terre réunit 3630 licenciés (activité principale) au sein de 210 associations. La CNS sport auto fédère au total 8323 licenciés dans 311 associations, toutes disciplines confondues (le karting piste étant géré par une CNS dédiée).

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L’Ufolep Somme a lancé son offre il y un an

Sport au travail, tout un programme

L’

offre de « Sport au travail » lancée en septembre 2015 dernier par le comité Ufolep de la Somme à l’intention des salariés des entreprises et des collectivités publiques a séduit cinq structures. Parmi elles figurent la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), deux groupes scolaires et un organisme paramédical intervenant au domicile des personnes âgées. Un éducateur sportif Ufolep y encadre chaque semaine des cours de gymnastique douce ou de zumba auprès d’un public principalement féminin.

Ufolep Somme

Les éducateurs sportifs départementaux interviennent notamment auprès des salariés de l’usine d’un grand fabricant de lessive.

Une salle de sport a été spécialement créée sur le site de l’entreprise.

SALLE DE MUSCU ET COURS DE GYM Toutefois, la plus grosse structure à avoir répondu positivement à l’offre de services du comité Ufolep est l’usine de lessive Procter & Gamble d’Amiens. Celle-ci a investi dans un projet d’ampleur, construit en concertation avec le délégué départemental, Stéphane Lecossois. Préalablement à l’intervention des éducateurs sportifs du comité, l’entreprise s’est en effet dotée d’une salle de sport pourvue de nombreux engins de musculation et cardio. Parallèlement, une autre salle est dédiée aux cours collectifs d’activités physiques d’entretien (APE). Depuis avril dernier, du mardi au vendredi de 15 heures à 19 heures, les éducateurs Ufolep animent des cours d’APE. Il se proposent aussi un encadrement individualisé portant sur l’utilisation des machines en accès libre et des programmes d’entretien physique à la carte. Ils répondent par exemple aux demandes de salariés souhaitant se préparer pour une course hors stade ou un raid. BLOCAGES CULTURELS Pour l’entreprise, l’enjeu est la santé et le bien-être de ses employés, dans une région où la population est particulièrement touchée par les problèmes de surpoids et les maladies cardiovasculaires. « Il existe aussi des blocages culturels : pour certains les loisirs sportifs ne sont ni une priorité, ni une habitude », relève Stéphane Lecossois. C’est pourquoi l’entreprise n’a pas voulu que le coût de l’inscription puisse être un frein. À ce jour, si 200 des 1200 salariés du site ont rempli un dossier, seulement la moitié d’entre eux fréquente les deux lieux de pratique. Dans un premier temps, la direction souhaiterait toucher 10% de ses employés, lesquels sont à 90% des hommes. Toutefois, si ces derniers sont très largement majoritaires parmi les utilisateurs de la salle de musculation, les femmes le sont dans les mêmes proportions parmi les adeptes des activités d’entretien. Pour développer le nombre d’usagers, le délégué Ufolep et le pôle santé-ressources humaines de l’usine ont programmé des animations régulières pour l’automne et l’hiver : journées portes ouvertes en septembre, chal-

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lenge inter-disciplines en octobre, soirée « overdance » en novembre, défi Téléthon en décembre, préparation au ski en janvier-février… UN ÉQUIVALENT TEMPS PLEIN « L’ensemble des prestations développées dans le cadre de notre offre “Sport au travail” représentent pour le comité un emploi équivalent temps plein. Ces interventions sont cependant réparties entre trois éducateurs sportifs aux compétences spécifiques : activités gymniques de la forme et de la force, gym douce, zumba, précise Stéphane Lecossois. Nous avons dû aussi nous professionnaliser, dans le sens où le monde de l’entreprise a des impératifs de rentabilité qui ne sont pas forcément ceux du milieu associatif : le contrat avec nos clients ne sera renouvelé que si les objectifs sont atteints. » Justement, qu’est-ce qui a convaincu une entreprise comme Procter & Gamble de se rapprocher de l’Ufolep plutôt que de coaches freelance ou d’une structure spécialisée ? « Au-delà de la notoriété de l’Ufolep sur Amiens et dans la Somme, l’appui d’un cabinet de communication pour lancer notre offre comme un vrai produit a peutêtre été le coup de pouce décisif. Et, en tant que fédération sportive, nous offrions un plus lié à notre réseau associatif, souligne Stéphane Lecossois. En effet, deux associations sportives regroupant des salariés de Procter & Gamble, et respectivement dédiées au cyclisme et à la course à pied, sont adhérentes à l’Ufolep. « L’idée est aussi que, via l’offre “Sport au travail”, certains salariés puissent se diriger vers l’une d’elles, ou vers d’autres. » ajoute le délégué. Le dispositif étant encore fragile, le comité se donne trois ans pour l’asseoir plus solidement. Et faire ainsi coïncider le souci des entreprises du bien-être et de la productivité de leurs salariés avec les objectifs de santé publique. ● Ph.B.


Instantanés

AC Vosves / Ufolep Eure-et-Loir

CYCLISME : LE NATIONAL CONTRE-LA-MONTRE DÉCOUVRE LA BEAUCE Plus de 400 cyclistes, engagés en individuels et

le premier vélo à déclencher le chronomètre fut un

aussi pour certains en équipes de deux ou quatre

tandem dont l’un des équipiers était un jeune tri-

coureurs, ont participé les 10 et 11 septembre au

somique. Les vélos couchés carénés étaient égale-

national contre-la-montre co-organisé par l’AC

ment présents pour la première fois sur l’épreuve,

Voves et le comité Ufolep d’Eure-et-Loir. Pour cette

et ont réalisé de remarquables moyennes, à l’image

toute première organisation nationale cycliste dans

de l’ensemble des performances.

le département, le tracé de 24 km en a surpris plus

Le dimanche était réservé aux duos et quatuors, qui

d’un par son profil sélectif, avec ses faux plats et ses

empruntaient – une à deux fois selon les catégo-

nombreuses relances : eh oui, du côté de la vallée de

ries – ce même circuit tracé sur les communes de

la Conie, la Beauce n’est pas une morne plaine ! Et

Fontenay et Orgères-en-Beauce. Autour du comité

encore, si le vent avait soufflé…

d‘organisation, plus de 80 bénévoles se sont mobi-

Les individuels se sont élancés dès le samedi matin

lisés tout le week-end pour assumer leurs missions

de la rampe installée sur la commune de Fontenay-

d’accueil, de restauration, de logistique et de sécu-

sur-Conie – 140 habitants, mais trois à quatre fois

risation, en liaison parfaite avec la commission

plus l’espace de deux jours –, encadrés par les motos

nationale activités cyclistes, et avec l’implication

ouvreuses et voitures suiveuses. Symboliquement,

des deux communes d’accueil. ●

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Hervé Pelletier

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)

histoires

Morceaux choisis M axime S chmitt

Goodbye Yachine

C

DR

arlos me tire des pénos. envie de l’épouser. Je plonge sur deux tapisLancer du javelot, poids ou marbrosses alignés devant le teau, les records du monde fémichambranle disjoint de notre nins sont en général soviétiques. porte cochère. Rafistolé à l’Isorel il (…) demeure de bronze sous les coups du ballon en caoutchouc à valve de la LE NAPOLÉON DU FOOTBALL marque Kopa. Avec mon père, nous essayons Comme Yachine, le gardien de but d’entrevoir Kopa dans un hôtel de de l’équipe d’URSS, surnommé la place Saint-Augustin, avant la « l’Araignée noire », je ne repousse rencontre entre les Brésiliens de pas les tirs, je les bloque, aussi Vasco de Gama et le Real de Madrid, rapide à ras de terre que libre dans sa nouvelle équipe. Dans le hall, l’air. Je ne glaviotte pas dans mes il parcourt Miroir-Sprint. Cet hebmains pour capter la balle glisdomadaire – reflet du sport sans Yachine, sous le maillot du Dynamo sante, comme lui je porte gant sur rival –, est sensas dans son édition Moscou. gant. sépia, malgré la qualité passable Quand on me questionne sur mon avenir, je réponds : des radio-photos (par Belino) : « Quand je serai grand, je serai Yachine ! » « Cent mille mouchoirs blancs aveuglants voltigent dans Pour lui ressembler encore plus, j’ai mis le pull militaire les tribunes du stade Bernabéu quand Kopa s’envoie tout de mon père, noir de suie. J’ai enfilé ses mi-bas noirs. Mes de blanc vêtu. » jambes sont deux brindilles brûlées. Au Real, la politique du blanc est une tradition Un peu maboule dans son renard élimé, une dondon fes- monarchique. sue encourage mes parades par un baiser gras mouillé sur Après Kopa, les dirigeants madrilènes veulent s’offrir un ma joue. Me voilà éraillé de rose ! nouveau phénomène en adressant un chèque en blanc à En Russie, les babas ne se fardent pas. Elles ont naturelle- Yachine, le Joyau noir. C’est ne pas savoir qu’il n’a pas de ment le teint avivé, lustrées au jus de betterave. prix. (…) – Ya du monde au balcon ! souligne un passant. Au premier étage de l’immeuble en face, une femme hom- VIGILANCE DE CLASSE masse s’épile devant un miroir accroché à l’espagnolette. D’un regard qu’on réserve aux décédés, Yachine méprise Sa compagne, une lève-tard - actrice déclinante en pei- le buteur du Spartak, Salnikov. Il l’avait trahi auprès d’un Goodbye Yachine, gnoir de finette –, se tient la poitrine aplatie contre la arbitre, dénonçant son astuce pour arrêter les pénaltys. Maxime Schmitt, balustrade. – Il fait semblant de vaciller ! Son pied d’appui mord la Le Pas d’Oiseau, – On peut apprécier le corps d’une femme sans avoir ligne de but ! 150 pages, 13,90 €. – Celui qui esquive le jeu perd. Mon père a lu que Valentina, la femme de Yachine, reproche à son mari de trop crier sur le terrain où sa carrure hypnotise les adversaires. Guitariste et producteur, figure discrète du petit monde du rock – Levka, tu aboies comme un chien de garde. Aussi rugissant éveillé qu’endormi. hexagonal mais aussi collaborateur des Allemands de Kraftwerk, – Un gardien calme n’a pas de futur ! Maxime Schmitt poursuit avec Goodbye Yachine l’évocation d’une Dans sa cage molle, Lev Ivanovitch fait sa ronde de mythologie personnelle où les héros du rock (Face B, 2002, Vince guetteur : « Lev, le lion, doit montrer ses canines ! » Taylor n’existe pas, 2014) et les vedettes de cinéma (Cinéma Perdu, Yachine reste un soldat sur le front de l’Est. – Je dois arrêter les agressions de n’importe quelle 2004) cohabitent avec des sportifs emblématiques : hier Anquetil nation. L’homme libre est attaqué de partout  ! Les (Je me souviens de Maître Jacques, 2012), aujourd’hui Lev Yachine. superpuissances impérialistes cherchent à nous battre. Pour le fils d’un militant communiste originaire du Caucase, dans Elles veulent tout pour elles. Remportons autant de les années 1950-60 ce géant à la fameuse silhouette noire était victoires dans la paix que dans la guerre ! Galvanisé, l’Araignée noire crée un champ magnétique. plus que l’immense goal de l’équipe d’URSS : un super héros doté de Paumes ouvertes, il pétrifie les avants. La peur devant un super pouvoirs, compagnon de chaque instant. En une succession aranéide n’est-elle pas la phobie la plus connue ? de flashes mémoriels, Maxime Schmitt revisite une enfance faubouOn dit que les lampes du vestiaire s’allument rienne, au temps où certains attendaient encore le grand soir. ● automatiquement à son passage. ● © Le Pas d’Oiseau / 2016

SOUS LE SIGNE DE L’ARAIGNÉE NOIRE

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je me souviens... Magyd Cherfi

) Rolo-Garat

J

Chanteur et parolier du groupe toulousain Zebda, Magyd Cherfi publie en cette rentrée Ma part de Gaulois (272 p., 19,80 €), récit truculent, engagé, grave et parfois amer des années lycée et du passage du baccalauréat : « une anecdote pour un Blanc, un exploit pour l’indigène », comme le résume l’auteur.

e me souviens avoir joué vers dix-onze ans dans le club de foot de mon quartier. Un peu grassouillet et peu doué techniquement, j’étais forcément arrière, à droite ou à gauche. Je ne me souviens pas non plus avoir disputé un match entier, toujours remplaçant ou remplacé. Mais j’ai dans l’oreille les cris de l’entraîneur, qui nous hurlait de viser « les chevilles, les chevilles ! » pour arrêter les attaquants. J’ai ensuite joué au handball avec l’équipe de mon collège. Je n’étais guère meilleur qu’au foot, mais j’y trouvais davantage ma place. Mes coéquipiers étaient plus charitables, et le prof de gym plus pédagogue. Je me souviens aussi que, dans mon quartier des Izards, au nord de Toulouse, le terrain de rugby jouxtait celui de foot mais était réservé aux Blancs. Non pas qu’ils ne voulaient pas d’Arabes, mais tout simplement le rugby ne nous parlait pas. Au fil du temps, un ou deux immigrés y ont quand même fait leur place, parce qu’ils recherchaient des jeunes. Mais, devant la rudesse des contacts beaucoup de ceux qui essayaient ne faisaient pas plus d’un entraînement ou d’une mitemps.

Je me souviens des finales perdues par Saint-Étienne en coupe d’Europe, et de ma mère qui nous « éclatait la gueule » parce qu’elle ne comprenait pas que l’on puisse pleurer pour ça. Je me souviens aussi du match Algérie-Allemagne de la Coupe du monde 1982. Nous sommes tous sortis dans la rue pour fêter la victoire : c’était la première fois qu’on le faisait au nom de l’Algérie, ce pays que nous ne connaissions pas, et auquel nous ne nous identifiions pas jusqu’alors. Un patriotisme soudain, la première fois que j’ai eu conscience que nous étions Algériens. Je me souviens aussi du France-Allemagne qui a suivi, qui reste un traumatisme. J’ai ensuite toujours continué de jouer football, jamais en club mais avec les Zebda et d’autres groupes de rock, puis le dimanche avec mes enfants, mes neveux, la famille. Pendant des années, je conduisais « l’autobus », musique rap à fond dans l’autoradio, jusqu’au terrain de la commune de Gratentour, au nord de l’agglomération toulousaine. Mon beau-frère étant conseiller municipal, on bénéficiait d’un petit passe-droit pour jouer sur l’herbe. Puis les enfants ont grandi, et cela fait bien sept ou huit ans que je n’ai plus tapé dans un ballon. ●

l’image

DE L’ART ET DU SPORT Petit-Breton par Julien Jonas, Musée de la Piscine , Roubaix

On ne se procurera pas ce livre en librairie mais en s’adressant directement à l’auteur, Jacques Seray, connu pour ses ouvrages érudits sur le cyclisme et l’histoire de la presse sportive. Cela n’en diminue pas le prix. Sur une classique trame chronologique remontant à l’Antiquité, De l’art et du sport offre en plus d’un texte de qualité une formidable moisson d’images, souvent inédites ou méconnues, et parfaitement mises en valeur par les légendes. Du cycliste figurant sur la page de garde, il est par exemple indiqué que « Lucien Jonas s’attela, en 1905, à une ambitieuse toile à thème cycliste comportant quatre acteurs, Le Rush final. Pour cela, il passa par une demi-douzaine d’études dont ce Petit-Breton, futur double vainqueur du Tour de France. » Éditeur, Jacques Seray a aussi réalisé lui-même la maquette, absolument impeccable. De l’artisanat d’art venant magnifier le geste sportif. ● Ph.B. De l’art et du sport, un regard de quatre millénaires, Jacques Seray, 208 pages, 43 € port inclus (jacques.seray@orange.fr / 8 allée de Normandie, F 78140 Vélizy).

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repères

DU SEXISME DANS LE SPORT

PRÉPARER SA RANDONNÉE La randonnée s’est considérablement démocratisée ces dernières années, sans que ses nouveaux adeptes soient toujours bien préparés. Cet ouvrage aborde la question de la préparation physique et insiste sur tous les aspects de l’équipement, notamment les chaussures. Il apporte aussi des réponses à de multiples questions : quel volume pour son sac ? short ou pantalon ? camping ou gîte ? Et la liste de pharmacie est particulièrement pertinente.

« Ce livre est là pour combattre le sexisme sportif et pour lutter contre les inégalités et les discriminations qui vont avec. » Dès l’introduction de Du sexisme dans le sport, Béatrice Barbusse donne le ton, et précise : « Il ne s’agit pas de créer une égalité mathématique parfaite entre les hommes et les femmes, mais simplement de faire en sorte que les femmes aient les mêmes possibilités que les hommes de s’engager dans le sport. » L’auteure interroge rudement les valeurs d’égalité des chances et de justice dont se revendique le milieu sportif : « Comment un univers (…) peut-il être à ce point en contradiction avec ses principes fondamentaux ? » (…) « Comment est-il possible qu’une part non négligeable de la population soit à ce point tenue à l’écart de ses institutions (…) ? Comment se fait-il que les exploits

Cette lecture sera fort utile aux personnes moyennement aguerries qui envisagent de se lancer pour une itinérance de quelques jours dans les Alpes, un trek de plusieurs semaines en Himalaya, ou ambitionnent d’aller au bout du chemin de Compostelle, qui fait l’objet d’un chapitre. Car l’ouvrage est hybride, à la fois guide pratique et guide touristique présentant les plus beaux itinéraires. Rêver, choisir sa destination, et surtout éviter une fois en chemin ces petits soucis qui se muent parfois en grosses galères et gâchent alors le plaisir de la randonnée. ● Ph.B. Randonnée, préparez vos voyages, Sylvain Bazin, Amphora, 304 pages, 27,50 €.

et les performances des sportives soient si peu relayés par les médias ? » Les discriminations que dénonce Béatrice Barbusse, maître de conférences en sociologie à l’université Paris-EstCréteil (1) dépassent en effet les terrains et les pratiques mais concernent aussi les cadres techniques, les équipes dirigeantes, la presse et jusqu’au sport-business. Sa principale pièce à conviction, ce sont des extraits du journal qu’elle a tenu durant ses quatre années de présidence d’un club professionnel masculin de handball, l’US Ivry. Un témoignage de l’intérieur,

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parfois douloureux mais toujours circonstancié et retranscrit avec la rigueur d’une agrégée en sciences sociales. D’où sa force, et son caractère implacable. Accumulant les exemples, Béatrice Barbusse pointe les différents degrés du sexisme, depuis le plus grossier, ouvertement insultant et hostile, à celui « que l’on qualifie d’ordinaire et qui, bien souvent, est inconscient ». Et difficile à désamorcer quand il se place sur le terrain de l’humour, même douteux. L’auteure réfute au passage la distinction entre sports féminins et sports masculins. D’ailleurs, pour elle « le sport féminin n’existe pas ». L’ancienne handballeuse de haut niveau souligne également – dans deux chapitres intitulés « Les sportives doivent-elles être féminines ? » et « Comment les femmes de sport doivent-elles s’habiller ? » – le conditionnement auxquelles celles-ci sont soumises. Quant à sa

dernière question : « Les femmes sont-elles capables de manager le sport ? », la Fédération française de football semble avoir répondu « Pas encore tout à fait » en remplaçant mi-septembre l’entraineur de l’équipe de France féminine Philippe Bergeroo par un autre homme, Olivier Échouafni. Et demain ? S’il y a « de plus en plus de pratiquantes » ou de « premières fois » – Corinne Diacre entraîneure de Clermont Foot en Ligue 2, l’ex-tenniswoman Amélie Mauresmo capitaine de l’équipe de Fed Cup – « le chemin est encore long ». Ce livre pourrait toutefois contribuer à hâter les choses en ouvrant les yeux de ceux qui, parmi les responsables associatifs, n’avaient pas pris tout à fait la mesure de la question. Ph.B. Du sexisme dans le sport, Béatrice Barbusse, éditions Anamosa, 262 pages, 17,90 €. (1) Et par ailleurs présidente du conseil d’administration du Centre national de développement du sport (CNDS).


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En Jeu Ufolep 24 décembre 2016  

Numéro de décembre 2016 de "En Jeu, une autre idée du sport", mensuel de l'Ufolep, fédération sport pour tous. DOSSIER: Où en sont les glis...

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